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extraits de l’ouvrage Grand Paris Stimulé, l’AUC, 2009


PROVOQUER POUR FAIRE RÉAGIR La consultation sur l’avenir du Paris métropolitain devrait faire date. Elle s’inscrit dans le fil (interrompu ?) des grandes réflexions sur l’agglomération parisienne associant dans un même objet la question spatiale, la question sociétale, la question de la gouvernance, la question de l’architecture, de l’espace public, de l’esthétique de la ville et la question des représentations. Elle marque aussi la volonté de la métropole parisienne de réaffirmer sa position sur la scène métropolitaine : quête d’une identité renouvelée, comme Londres en son temps, Barcelone, Madrid plus récemment, Berlin après 1989, Shanghai et Pékin, les Emirats... De ce point de vue, il faut reconnaître que Paris a pris un certain retard. À la fois causes et effets, l’échec des candidatures de Paris aux Jeux Olympiques de 2008 puis de 2012 sont, parmi les symptômes d’un déficit de visibilité/lisibilité, celui qu’on peut le plus manifestement attribuer à un déficit de projet métropolitain.

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La consultation sur l’avenir du Paris métropolitain est particulière : elle n’est pas déclenchée par la perspective d’un grand événement international mais elle s’inscrit dans le cadre d’un foisonnement extraordinairement riche de réflexions, de projets, de travaux de recherche, de publications, de débats institutionnels et publics... qui croisent questionnement sur la gouvernance, sur l’organisation spatiale, la structure de l’appareil économique, l’architecture métropolitaine : révision du schéma directeur d’Île-deFrance, conférence métropolitaine puis syndicat mixte Paris Métropole, grands projets sur des territoires stratégiques, de la Plaine Saint-Denis au Plateau de Saclay, de Seine Amont au Mantois Seine Aval..., plan de transports, réflexions et projets sur la hauteur à Paris ou sur le renouveau du quartier d’affaires de la Défense... Le contexte parisien change, et il faut rendre ce changement plus visible, plus manifeste. Ce n’est pas selon nous une affaire de coordination, de mise en cohérence, de synthèse ou d’intégration ; ce type d’approche est dépassé, serait voué à l’échec et ne nous intéresse pas. C’est plutôt une affaire d’agitation, de production d’idées, de stimulation. C’est pour cela une opportunité rare, certainement unique. Le nouveau contexte qui se met progressivement en place autour de la question métropolitaine, les nouvelles catégories, les nouveaux défis qui caractérisent l’après Kyoto, ouvrent un champ illimité pour la production d’idées et pour l’expérimentation, aussi bien dans le domaine de la spatialité métropolitaine que des méthodes d’analyse et de projet ou des outils de communication et de représentation. Nous ne prétendons pas épuiser le sujet mais nous proposons, à travers la spécificité de notre démarche, d’ouvrir quelques brèches dans le bloc sclérosé des représentations, des réflexes et des modes de production de la métropole parisienne : provoquer pour faire réagir.

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crise de la représentation / crise de l’identité métropolitaine parisienne La métropole parisienne est déjà là, c’est une métropole héritée, mais elle n’est pas identifiée. Plombée par son modèle radio-concentrique elle semble incapable de se saisir de sa véritable dimension. Paris enfermée dans le périphérique, certes, mais peut-être surtout intellectuellement enclavée dans des représentations et des modes de faire en déphasage complet avec la réalité et les pratiques de sa population. Enfermée dans une représentation pré-métropolitaine1, qui refuse d’admettre pour de bon que la métropolisation a depuis longtemps dépassé les limites de la première couronne. Enfermée dans une lecture qui reste malgré tout radioconcentrique, dans une façon de voir qui reste surfacique, planimétrique, alors que ce qui caractérise le fait métropolitain ce sont plutôt des données topologiques, des réseaux, des flux, des effets de polarisation. Il y a évidemment, et c’est très important, des compositions, des axes historiques, la RN1, l’axe LouvreDéfense..., des figures enveloppantes, la ligne des Forts, la Seine et la Marne, les canaux... qui participent à une structuration globale de Paris et de ses couronnes jusqu’à très loin dans l’épaisseur du bassin francilien. Ces éléments sont fondamentaux car ils sont porteurs d’identités pour le Grand Paris. Ils en constituent l’assiette topographique et géographique. Ces grandes figures ont aussi dans le temps long dessiné les grandes continuités, la géographie des secteurs stratégiques de développement métropolitain : la Plaine Saint-Denis, Seine Amont, Seine Aval, la Défense, elle-même sur l’axe historique qui a fini par prendre son nom, le Plateau de Saclay...

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Mais si l’on observe d’autres dynamiques de développement de la métropole parisienne on s’aperçoit qu’il y a aussi des effets de polarisation et de fort développement à 10, 20, 30 km de Paris (Eurodisney et Bussy-Saint-Georges en seraient un exemple particulièrement frappant) qui sont les lieux d’autres modes de vie, comme si la ville était ailleurs et qu’elle n’était plus du tout ce qu’on croyait ou ce que l’on voudrait qu’elle soit. Il y a des choses qui débordent, qui investissent des portions de territoire moins résistantes, moins contraintes, où peuvent s’installer, presque comme dans l’ombre de la ville agglomérée, des programmes d’une nature et d’une échelle dont on envisageait peut être même pas la possibilité il y a seulement une dizaine d’années : des gated communities, des centres-ville clés en main, des méga-malls, des aérovilles... Ces choses qui débordent, elles sont la plupart du temps précisément situées sur les têtes de réseaux, aux points d’équilibre entre accessibilité et disponibilité du territoire, aux points d’atterrissage de logiques d’investissement globalisées : c’est aussi là que se produit de la valeur, peut-être même plus rapidement que dans la ville compacte du centre et de la première couronne. Et puis il y a cette substance métropolitaine, réalisée ou en devenir, plus ou moins diffuse, difficile à décrire, en général peu stratégique à l’échelle de la métropole, mais de laquelle émergent des enjeux locaux parfois en conflit avec les visions d’en haut. On y découvre des phénomènes surprenants, à condition d’y accommoder son regard.

1

Selon l’expression de Frédéric GILLI.

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MATRICE, CARTE D’IDENTITÉS DU GRAND PARIS « La lecture radioconcentrique opposant centre et périphérie (respectivement première couronne et grande couronne) est doublement pré-métropolitaine : elle se méprend sur le statut, la localisation et le fonctionnement des lieux centraux et elle empêche par la même occasion d’analyser correctement la mutation des frontières externes de la métropole. Les représentations mentales contraignent les espaces et les actions. ... Dans les dernières décennies, plusieurs centaines de milliers d’emplois ont quitté le centre de l’agglomération... Ce redéploiement a nourri le développement de pôles en périphérie. Certains sont grands et visibles de tous (villes nouvelles, Roissy,etc.). De nombreux autres pôles sont plus discrets... Une véritable mutation de l’organisation spatiale de la région a eu lieu. Elle transforme la notion de territoire dans la métropole, oblige à penser et gérer des interdépendances croissantes entre les territoires. »1

diagnostic prospectif de l’agglomération parisienne matrice thèmes

Pour contourner la crise de la représentation dans la métropole parisienne, nous proposons la matrice du Grand Paris comme moyen de faire émerger par le bas, à partir d’une sélection de 18 territoires très différents les uns des autres (certains très connus, d’autres beaucoup moins, mais aucun choisi par hasard), les ressorts d’un faire métropole en se posant avant tout la question du sens que cela pourrait avoir, ici ou là, précisément. La métropole parisienne est faite de cette multitude de figures, de dynamiques, de territoires, de sites, d’histoires et de situations... qui, pour être singulières isolément, n’en construisent pas moins, une fois mises les unes à côté des autres, une représentation de notre grand espace commun. C’est cette représentation que la matrice du Grand Paris (parfois des communes, parfois des quartiers, parfois des groupements de communes, parfois des objets...) cherche à esquisser sous la forme non pas d’un plan mais d’une carte d’identités de la métropole parisienne. Cette représentation de la métropole est-elle plus fidèle que tous les plans qu’on pourrait en dessiner ? Elle est à coup sûr différente, et sans doute mieux capable que le plan de saisir la dimension subjective qui conditionne largement les potentialités d’un territoire et les possibilités d’agir sur ce territoire. Elle permet en effet de construire un point de vue, parfois hâtif et qu’il faudrait affiner, mais sans a priori et à partir duquel peuvent s’ouvrir de nouvelles façons d’envisager un devenir possible, partiel, localisé, du fait métropolitain. Le choix des 18 territoires est loin d’être exhaustif. Ce n’est pas son objectif. Sans pour autant préfigurer une quelconque typologie, ce choix couvre cependant une bonne partie du champ des problématiques de la métropole parisienne tel que nous nous le représentons. Les micros récits de la matrice n’épuisent évidemment pas la réalité complexe de chacun des territoires qu’elle contient. Ils se concentrent chaque fois sur quelques traits saillants, toujours positionnés sur la ligne de basculement entre observation décalée et interrogation prospective.

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situations

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Frédéric GILLI, Les nouveaux contours de la métropole parisienne, laviedesidees.fr, nov. 2008.


LA CROIX BLANCHE

SAINT-QUENTINEN-YVELINES

ORLY

VILLETANEUSE

LA SEINE

ANTICIpATION

NATURE SAUVEgARdéE NATURE pROgRAmméE

AgE d’OR dU mOdERNISmE

ECHEC dE LA pLANIfICATION

fLUIdITé

VILLE dE pAQUET à gRANULOméTRIE VARIABLE

CONTENU

INTERCOmmUNALITé

CONTENANT

+ 5% Les Montatons

508

+ 60%

Le Techniparc

1778

+ 12% La Croix Blanche

3493

+ 9%

Les Ciroliers

857

+ 12% + 5%

Le Parc

854

La Grande Brèche La Marinière

3704

Evolution du nombre d’emplois entre 2006 et 2008

Principaux pôles logistiques en Ile de France

méTROpOLISATION

NATURE dE L’ESpACEmENT

mISE EN SCèNE d’UN CIEL méTROpOLITAIN

pAYSAgE méTROpOLITAIN

QUELLES fORmES dE VIVRE ENSEmBLE?

VIEILLISSEmENT dU RêVE

59,4 ORLY

28,5 12,1

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FOSSES-MARLY-St WITZ-SURVILLIERS

GIF SUR YVETTE

BOBIGNY

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PARIS 13

ROISS

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IMAGE DE SUPERIORITé

PôLE MéTROPOLITAIN DéSHéRITé

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LABORATOIRE DE MODERNITé

AT EFFICA

Ligne de tramway T2 80 000 personnes par jour Fonctionnement de 5h30 à 00h30 4 min d’intervalle entre deux tramway (heures de pointe) 8 min (heures creuses) 28 minutes entre Porte de Versailles et la Défense 6 minutes entre Issy Val de Seine et Porte de Versailles

VILLE GéNéRIqUE

TERRITOIRE AMèNE

FRILOSITé

PLUG AND PLAY

ELéVATION

AT ATTRAC

L’ELOIGNEMENT COMME GéNéRATEUR D’UN MODE DE VIE

MéTROPOLE à LA CARTE

EROSION

EXCURSION PARISIENNE EN BANLIEUE

INCURSION DE LA BANLIEUE EN VILLE

AT URBANI IN

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Grand Paris Stimulé - extrait