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Vivre ensemble ers un nouveau mode de

L’habitat comme bien commun, alternatives futures ?

Laura Alard - Luisa Moretto - Faculté d’Architecture La Cambre Horta ULB - 2014-2015


à mes parents, qui m’ont toujours soutenue, de jour comme de nuit, dans mes études. à mes amis et colocataires, avec lesquels j’ai débattu et ri de nombreuses fois cette année, et toutes les précédentes. à Margot, qui est présente depuis toujours et laissa dans mon mémoire son empreinte visuelle. à ma promotrice, Luisa Moretto, qui m’intéressa à un sujet passionné et passionnant. à Jules, d’avoir été lui et auprès de moi autant qu’il le pouvait, simplement.

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Aux premières lueurs

Nuances  Origines Processus Diversité des domaines Des biens communs diffusifs

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Une conjugaison des possibles

Constat et attitude Le sol, un bien commun De la crise du logement Une vision Ouverture des frontières Quand la propriété privée devient communautaire 

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ASBL Communa La Baraque Community Land Trust (CLT) Brussels Une nouvelle ressource en partage ?

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Du sens commun

Politiques et obstacles Le logement comme tremplin social L’architecte Pistes futures Bibliographie Annexe

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« Mais qu’est-ce que les biens communs ont à voir avec l’architecture ? » Cette question m’a été posée par un étudiant en droit travaillant au sujet des biens communs, dans le cadre de son mémoire. La réponse me semblait pourtant évidente, pourquoi ne voyait-il pas le lien ? Actuellement, nous travaillons pour que notre futur soit le meilleur possible. Dans l’intérêt de tous et des générations futures, un maximum de personnes se trouve autour de la table, pour une approche pluridisciplinaire. Les biens communs – communs donc, sous-entendent que leur gestion n’est pas entre les mains des seuls grands de notre monde. Une stratégie pour le futur de l’homme et de la Terre, qui touche à l’économie, la sociologie, l’écologie, la science, mais aussi l’urbanisme, l’architecture, l’aménagement du territoire, la gestion des ressources, etc. Les « commons », en anglais, ne sont pas cantonnés à un seul domaine qu’il soit juridique, économique ou autre. Un de ces objectifs est de multiplier et diversifier les acteurs, les architectes y ont leur place, comme tous les autres autour de cette table. Ne dit-on pas que le secret de l’équilibre est la diversité, comme dans la Nature ? Mon travail de fin d’études n’a pas comme but de recenser toutes les actions en faveur des biens communs, à travers le monde, car elles sont multiples et cela a déjà été fait (Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie en 2009). J’aimerais y apporter mon point de vue, celui d’une jeune étudiante en architecture. Je n’ai pas la plume d’une économiste ni d’une juriste, j’écrirai avec mes mots à propos des faits qui m’entourent et j’espère pouvoir sensibiliser les gens au sujet des biens communs. Lorsque j’en parle autour de moi, peu connaisse le terme « bien commun ». Les définitions sont floues et à vrai dire, peu de gens en ont une idée claire. Mais lorsque je leur en explique les idées majeures, tout le monde s’accorde à me répondre « Bien évidemment ! » Auparavant, cette notion m’était également vague. Me documenter m’a grandement intéressé et grandi.

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J’espère qu’à la lecture de mon mémoire et à la fin de celui-ci, vous serez aussi enthousiaste que je ne l’ai été et que le voile sera levé. Concernant ma méthodologie, je m’appuie sur des ouvrages écrits, articles de revue urbanistiques et scientifiques, vidéos, rapport de séminaire sur les biens communs... pour analyser la situation actuelle. Cette riche bibliographie est actualisée grâce à des enquêtes sur le terrain, auprès d’acteurs concrets et concernés par la problématique de l’habitat à Bruxelles, tels que l’ASBL Communa, La Baraque ou le Community Land Trust Brussels. Vous trouverez en annexe de ce mémoire le questionnaire type posé aux trois interlocuteurs. Ces personnes sont réunies dans mon mémoire, car elles militent toutes pour un droit à la ville et au logement pour tous. Ils contribuent à imaginer d’autres voies que celles qu’emprunte notre société individualiste. Parfois encore aux étapes de conception ou déjà ancrées dans un environnement depuis plusieurs années, ces différentes options travaillent chacune une façon de s’approprier la ville. Pour se rendre compte de leur réelle ampleur, de leurs véritables interactions, de leur fonctionnement concret, il a fallu les étudier individuellement de plus près, sur leur terrain. Au travers des interviews, qui permettront d’aiguiser mes connaissances, et peut-être les vôtres, quant au logement à Bruxelles, un débat s’établit assez rapidement ; quelles sont les modifications à apporter à chacune tant dans le cadre actuel légal, social, économique que dans nos mentalités ? Afin d’extraire l’essentiel de ces entrevues, je tirerai des conclusions propres à chaque expérience, mais également dans leur ensemble, je mènerai ensuite des hypothèses quant à la réelle faisabilité de ces projets de logement à Bruxelles. En explorant les approches alternatives de la capitale tant dans le domaine philosophique que conceptuel, j’espère pouvoir éclairer des voies encore trop peu utilisées, pourtant bien réelles et fonctionnelles, avec leurs forces et leurs faiblesses respectives.

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Je parlerai finalement de l’architecte, de son rôle plus qu’essentiel lors des manœuvres de politique du logement de la Région de Bruxelles-Capitale. Bien qu’une littérature abonde à ce sujet, que les idées ne soient pas nouvelles et que je sois au sein de la faculté d’architecture, je me suis sentie bien démunie face aux enjeux et débats suscités par la recherche des biens communs à travers le monde. Cette dernière partie de mon travail n’a pas comme but de justifier le rôle que pourrait avoir un architecte dans ce type de situation. Comme dit précédemment, tout le monde a sa place autour de la table. Par contre, je tenterai de mettre en lumière ce que la formation de l’architecte, son approche de l’habitat, peut apporter à cette dynamique et imaginaire de la ville et de ses habitants. L’approche de l’architecte est cruciale dans la définition d’une nouvelle conception de l’habitat, entre autres grâce à la complétude de sa formation. Cette dernière explore tant de domaines, allant de la sociologie à l’écologie en passant par le dessin. Son rôle est comme une charnière dans un débat, entre professionnels de la construction, futurs habitants ainsi que les autres acteurs.

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«N’est-elle pas inique et ingrate la société qui prodigue tant de biens (...) à des joailliers, à des oisifs, ou à ces artisans de luxe qui ne savent que flatter et asservir des voluptés frivoles quand, d’autre part, elle n’a ni cœur ni souci pour le laboureur, le charbonnier, le manœuvre, le charretier, l’ouvrier, sans lesquels il n’existerait pas de société. Dans son cruel égoïsme, elle abuse de la vigueur de leur jeunesse pour tirer d’eux le plus de travail et de profit; et dès qu’ils faiblissent sous le poids de l’âge ou de la maladie (...), elle oublie leurs nombreuses veilles, leurs nombreux et importants services, elle les récompense en les laissant mourir de faim. (...) En Utopie, au contraire où tout appartient à tous, personne ne peut manquer de rien, une fois que les greniers publics sont remplis. Car la fortune de l’État n’est jamais injustement distribuée en ce pays. L’on n’y voit ni pauvre ni mendiant et quoique personne n’ait rien à soi, cependant tout le monde est riche. Est-il en effet de plus belle richesse que de vivre joyeux et tranquille sans inquiétude ni souci ? Est-il un sort plus heureux que celui de ne pas trembler pour son existence ?» extrait de Thomas More, L’Utopie, livre second, Des religions de l’Utopie. « [...] la véritable crise de l’habitation ne consiste pas dans le manque de logements. La vraie crise de l’habitation, d’ailleurs, remonte dans le passé plus haut que les guerres mondiales et que les destructions, plus haut que l’accroissement de la population terrestre et que la situation de l’ouvrier d’industrie. La véritable crise de l’habitation réside en ceci que les mortels en sont toujours à chercher l’être de l’habitation et qu’il leur faut d’abord apprendre à habiter. » extrait de Martin Heidegger, Essais et conférences, Bâtir Habiter Penser.

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Aux premières lueurs


Nuances La nuance entre les biens communs et le Bien commun, est que les premiers sont des objets, des choses, des outils... tandis que le second définit une philosophie, les deux illustrant la théorie du bien commun. La notion de Bien commun renvoie à l’image d’une vie où les individus partagent et contribuent eux-mêmes à leur bien-être. Les biens communs tentent de favoriser la réalisation du Bien commun, dans une logique d’efficience et d’équité. C’est à ne pas confondre avec l’intérêt général. Celui-ci trouve ses racines dans le Siècle des Lumières et sa rupture avec l’ordre divin. Durant cette période, de nouveaux fondements furent établis à l’État moderne, basé sur des principes plus anciens provenant de l’antiquité, défendant la représentation et la souveraineté populaire dans l’exercice du pouvoir. Cette notion varie d’un pays à un autre, selon la réglementation en cours. Elle est finalement abstraite et appliquée très généralement par les autorités. Selon une vision marxiste, l’intérêt général est souvent brandi comme excuse par les pouvoirs publics et utilisé seulement par les classes sociales au pouvoir, ce qui l’éloigne du véritable public et finit par desservir des intérêts particuliers, dont la résultante de cette situation est une addition d’intérêts personnels. Il reste néanmoins un symbole fort dans la constitution de nos états, car il signifie qu’une cohésion existe. On ne lui connaît pas de définition claire et précise, ce qui équivaut à un avantage quand il est en faveur de tous et de l’action publique, mais à un défaut quand il n’est pas appliqué démocratiquement. L’intérêt général est ce qui permet de reconnaître publiquement une action en faveur des biens communs et du sens du Bien commun, mais celle-ci peut contribuer aux biens communs sans pour autant posséder un rôle d’intérêt général au sein la société, dans la mesure où elle contribue fondamentalement au respect des droits fondamentaux et du maintien du bien commun de l’humanité.

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Violaine Hacker déclare : « Les biens communs, ce sont des ressources matérielles ou immatérielles, qui échappent à la dichotomie public/privé ». (Revue Urbanisme, p.13, 2015). Les biens communs se distinguent des biens privés par leur type de régime de propriété. Les biens privés définissent des droits de propriété privée détenus par des individus. Ce régime induit de la rivalité et de l’exclusion autour d’une ressource et s’associe à un système de marché capitaliste. C’est-à-dire que tout le monde n’y a pas accès et lorsque le bien est à quelqu’un, il n’est plus en libre accès pour les autres. Contrairement au bien privé, le bien commun ne possède pas ces critères d’exclusion ou de rivalité. C’est-à-dire qu’en usant d’une ressource, un individu n’empêche pas un autre individu d’en jouir et tout le monde y a accès. Les acteurs sont les citoyens et les biens sont produits et/ ou gérés par l’action collective. Sa production et sa consommation sont indissociables. L’accroissement du bien-être collectif a lieu par le fait de produire collectivement, plus que pour le bien en lui-même. Traditionnellement, une chose commune est une chose non appropriable et appartenant à tous au contraire d’un bien qui appartient à une personne ou à une collectivité. La notion de bien commun peut-être ambiguë, car souvent confondue avec celle de bien public... Le bien public se définit également par des critères de non-exclusion et de non-rivalité de la consommation de la ressource, mais se différencie du bien commun, car il est produit et/ou géré par les pouvoirs publics. Sa production et sa consommation peuvent être séparées, contrairement aux biens communs. Par exemple, l’éclairage public est un bien public. Ce bien est propriété commune ou propriété de l’État ou propriété d’une société privée régie par l’État. Mais il n’est pas une propriété en accès libre, car cela entraînerait la dégradation de la ressource par une mauvaise gestion. Dès lors la ressource est gérée par des acteurs institutionnels publics.

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Un bien commun est à protéger et à mettre à disposition de tous. Ce n’est ni un bien privé ni un bien public. Le premier sert l’intérêt privé tandis que le second, l’intérêt général. La société que nous sommes a besoin de plus que juste cette distinction, grand nombre de biens ne se rapportent ni à l’un ni à l’autre, mais au terme de bien commun. Nous prétendons ne pas connaître d’autres alternatives, mais nous arrivons au bout de notre modèle de pensée occidental, et des questions commencent à se poser...

Origines Si nous regardons vers le passé, la notion de bien commun a une longue histoire. Les civilisations se sont toujours établies autour d’une ressource, quelle qu’elle soit, les villes et les sociétés se construisant autour de celle-ci. Le droit romain à l’Antiquité abordait déjà la notion de bien commun, la res communis omnium c’est-à-dire une chose à toute la communauté, le patrimoine commun de l’humanité, non soumis à l’appropriation par la souveraineté. Ils prirent de l’envergure au treizième siècle avec Thomas d’Aquin qui proposa un modèle philosophique, une ligne de conduite ayant la religion chrétienne comme modératrice, le bonum comunis. L’individu n’existait plus, totalement dévolu à Dieu, seul son salut l’importait. Plus tard, au Siècle des Lumières, les philosophes allèrent à l’encontre de cette pensée et firent de l’homme l’unité de base, c’est à cette période que naquit l’intérêt général, notion différente des biens communs. C’est au Moyen-âge que l’on retrouve un mythe fondateur des biens communs. Il était d’usage à l’époque de répartir les terres entre seigneurs et villageois, grâce à des droits partagés. Ainsi tout le monde y trouvait son compte, grâce à des règles d’accès et d’utilisation. L’enclosure, nouvel outil du XVIe siècle rompt avec la tradition des communs. L’enclosure se définit comme « En Angleterre, clôture des champs, qui s’est accompagnée du passage d’une forme communautaire à une forme individualiste d’économie agraire » (Larousse, 2015).

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Les terres, auparavant utilisées par les paysans de manière égalitaire, furent privatisées par les propriétaires seigneuriaux du Moyen-âge. Au siècle suivant, l’Angleterre développa une nouvelle approche quant à son commerce maritime. Le blé russe, étant moins coûteux que celui du pays, celui-ci décide de l’importer. Le système de l’enclosure, déjà présent sur les terres anglaises, était totalement adapté à l’élevage de moutons. La production céréalière se limita d’autant plus après ces événements. Les conséquences furent multiples, dont un exode rural accru. Face à cette prise de vitesse de l’industrie, les paysans n’eurent pas d’autres choix que de migrer en ville pour y trouver un travail, dans les usines nationales. Plus proche de nous, la progressive monopolisation des graines et des plantes par les firmes privées par exemple. Actuellement, « 75 % du marché mondial de semences est contrôlé par dix multinationales » (Sophie Chapelle, 2015) ce qui signifie qu’il faut maintenant acheter ce bien à la base accessible à tous. Tout est contrôlé et marchandé, l’usage non autorisé de l’un d’entre eux reviendrait à devoir payer des frais d’usage aux firmes, une logique capitaliste qui vise à faire de la monnaie avec tout, même avec le vivant. « The tragedy of the commons », article écrit par Garrett Hardin en 1968, illustre l’idée que l’homme est incapable d’user d’une ressource sans qu’elle ne se détériore. Il utilise l’image d’un champ sur lequel des fermiers laissent paître leurs animaux. Peu à peu, par l’usage intensif de la terre, celle-ci se détériore jusqu’à sa surexploitation et dégradation totale des sols. Tel est le futur de tout bien commun selon lui, la tragédie des communs. Une ressource ne peut être gérée par les hommes seulement, soit elle est détenue par les pouvoirs publics ou bien par le privé. L’être humain, ou plutôt l’Homo oeconomicus, agit selon des choix dictés par ses intérêts personnels et son égoïsme irrationnel. Ce qu’Hardin ne prit pas en compte, c’est la capacité des hommes à s’organiser entre eux autour de la ressource en question, à mettre en place des règles d’accès et d’utilisation des biens communs. Des alternatives aux deux seules et uniques visions de tout-marché ou du tout-État existent.

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Il est clairement prouvé que « face à des problèmes de coordination (ou des échecs de marché) laisser les parties concernées élaborer par eux-mêmes un arrangement entre elles peut conduire à de meilleurs résultats que de recourir à une intervention publique » (Olivier Weinstein, 2013).

Processus En 2009, Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie, en prouve la faisabilité. Grâce à la logique des biens communs, elle revendique une gestion des ceux-ci par les communautés, grâce à la mise en place de règles décidées entre tous et approuvées par tous. Mais également « la diversité institutionnelle » et « la gouvernance polycentrique ». Le travail d’Elinor Ostrom a permis à la gestion des biens communs de se faire connaître à travers le monde et prouve que la tragédie des communs est une théorie erronée. Ostrom identifie sept caractéristiques principales pour des biens communs optimaux : — des frontières claires. — des règles en adéquation avec l’environnement social local. — une réglementation commune donnant à chaque habitant un pouvoir de prise de décision. — une surveillance de l’usage et de l’état du bien commun. — un système de sanctions progressif. — des mécanismes d’autorésolution des conflits. — Une reconnaissance et un encouragement de la communauté par les politiques supérieures. Les biens communs évoquent « un système auto-organisé par lequel des communautés gèrent leurs ressources de manière indépendante de l’Etat et du marché ou dans une dépendance minimale vis-à-vis d’eux » dit David Bollier (Revue Urbanisme, p. 48, 2015). Le bien commun n’est pas qu’un patrimoine, c’est un héritage collectif. Ce n’est pas qu’une matérialité, mais également un processus de coopération, la démarche qui permet de créer

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une communauté d’action et de réflexion autour d’un bien, et ainsi la place de l’individu dans la communauté. « Il s’agit de créer du bien-être pour tous dans le respect des limites des ressources et de la biosphère », explique très simplement Pierre Calame, auteur de « Essai sur l’oeconomie », paru en 2009.

Diversité des domaines Les bénéficiaires des biens communs sont aussi variés que les acteurs, de la famille à la communauté en passant par l’entreprise et la nation, les échelles sont multiples et mélangées et sont bien loin de se limiter à des biens soit publics soit privés. Il existe une classification des biens communs, mais comme expliqué, les répercussions sont telles qu’on ne peut nommer tous les biens communs existants, il n’existe pas de liste de référence. Néanmoins, on peut dégager plusieurs thèmes, tels que Pierre Calame cite : « Il y a les biens qui se détruisent en se partageant (écosystèmes), ceux qui ne se détruisent pas en se partageant, mais qui restent en quantité finie (ressources naturelles), ceux qui se divisent en se partageant, mais dont la quantité est strictement liée à la créativité et au travail humain et qui relèvent du marché sous réserve que des droits fondamentaux soient préservés (biens industriels et services à la personne) et enfin, ceux qui se multiplient en se partageant. Seule la troisième catégorie relève légitimement d’une gestion par le marché, les trois autres relevant soit de l’action publique, soit d’une gestion par une communauté bénéficiaire, soit encore d’un mélange des deux. » (Revue Urbanisme, p.18-19, 2015). Les biens se détruisant en se partageant, il faut comprendre par là ce qui permet l’équilibre de notre planète et de notre écosystème, par exemple la mer, la forêt tropicale... Ces biens, une fois partagés, sont altérés et n’exercent plus pleinement leur fonction initiale. Les biens, en quantités finies, telles que les ressources naturelles, illustrent clairement des biens tels que l’eau, l’air, la terre... Ces biens risquent, à force d’être usés avant même d’avoir eu le temps de se régénérer, de disparaître complètement de la surface de la Terre.

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Les biens et services se divisant en se partageant, dus à l’ingéniosité humaine. Pierre Calame entend des biens comme le logement, l’éducation, la santé... Des biens ou des services créés par l’homme pour répondre à des besoins des hommes, ces biens ou services sont souvent soumis aux lois du marché. Les biens et services se multipliant en se partageant, pour la plupart ils sont immatériels tels que la connaissance, les relations, l’expérience, les politiques éducatives, l’égal accès à la connaissance, les ressources numériques... Cette catégorie de biens prit son envol en partie grâce au succès des nouvelles technologies comme l’Internet, l’open data, la rapidité de transmission des informations aujourd’hui... Finalement le bien commun enveloppe autant les ressources naturelles que les ressources du patrimoine culturel, historique, mais aussi les biens communs immatériels. La caractéristique unissant tous les biens communs réside dans sa communicabilité.

Des biens communs diffusifs L’immatérialité des biens communs est peu observée et pourtant, elle est énorme. L’accumulation des savoirs, l’expérience d’autrui... « Le vrai patrimoine, c’est la capacité collective de comprendre le monde » déclare Pierre Veltz, à la Table Ronde organisée lors de la 35e rencontre des agences d’urbanisme, à Paris (Revue Urbanisme, p.14, 2015). Plus loin que les biens communs, les biens communs vécus, c’est-à-dire immatériels, ne sont pas quantifiables, car ils relèvent de l’expérience que chaque individu et la communauté en même temps, tirent des biens communs. Mais ces biens sont notables, comme expliqué dans « Les biens communs vécus : une finalité non utilitaire » (François Flahault, 2008). L’auteur explique les externalités positives que possèdent ces biens communs vécus, et l’illustre à travers plusieurs exemples. On y comprend que la satisfaction tirée d’une expérience collective, telle qu’un concert ou une conversation, est liée à plusieurs critères. Entre autres ceux des biens communs, la non-rivalité et la non-exclusion.

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Par exemple, lorsque nous sommes sur une plage, le fait d’être sur cette plage n’empêche pas d’autres personnes d’en profiter (la non-rivalité) et nous en jouissons sans priver d’autres personnes d’y accéder (non-exclusion). Un troisième critère : le nombre de personnes. En effet, le fait d’être à deux, ou plus grandit le sentiment de bien-être, car les acteurs sont multiples, directement ou indirectement. Même si certaines activités telles que lire un livre ou regarder un documentaire sont considérées comme individuelles, un lien indirect se forme entre tous les individus qui produisent cette activité. S’ajoute à cela un dernier critère, celui dit de « bonne ambiance » qui est intangible, mais ancré dans un environnement matériel et institutionnel, tangible lui. Ces conditions réelles contribuent à une atmosphère agréable dont les personnes jouissent. Ces biens, de par leurs immatérialités, sont difficiles à saisir, mais participent au bien-être de tous : les qualités des biens communs ne sont qu’augmentées. C’est parce que nous créons des relations entre nous que les expériences sont enrichies. Le bien-être se vit autant individuellement que collectivement, avec des inconnus ou non. Agir en faveur des biens communs et donc des biens communs vécut, dans une logique de réciprocité, contribue à ce que l’individu ait sa place dans la société, il contribue au bien-être des autres autant que les autres contribuent au sien. Ce capital immatériel est essentiel à la survie d’un territoire. Pierre Calame explique lors de la trente-cinquième rencontre des agences d’urbanisme à Paris : « Rien n’est plus frappant en effet que les différences de réaction entre deux territoires confrontés à une même crise : l’un, fait de capital immatériel, se trouve laminé ; l’autre, bénéficiant de longues traditions de coopération, est en mesure de faire de cette crise une opportunité. Développer le capital immatériel est par excellence le commun d’un territoire. [...] Rien n’est plus riche que l’échange d’expériences, rien n’est plus difficile aussi. [...] L’expérience est un bien qui se multiplie en se partageant et un tel système d’échanges est véritablement le commun des territoires » (Revue Urbanisme, 2015).

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Françoise Flahault illustre notre société comme un écosystème fragile où chaque élément agit dans un ensemble d’éléments hétérogènes pour tendre vers un équilibre, un système complexe dans lequel interagissent plusieurs composants. Une manière scientifique d’aborder notre monde et nous rappeler que l’être humain est un être vivant interagissant physiquement et psychiquement avec son milieu, la Terre.

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Une conjugaison des possibles


Constat et attitude Aujourd’hui, notre monde traverse une série de crises économiques, alimentaires, sociales, environnementales... La mondialisation a permis un développement de plus en plus rapide des technologies, donnant lieu à des villes énormes, abritant des millions d’habitants, chacun circulant et générant une multitude de flux, dont il devient difficile d’en comprendre toutes les facettes. La société semble aller vers un mode de vie individualiste et inconscient de ses propres répercussions sur son milieu, un modèle de vivre ensemble voué à l’impasse. Pourtant, une prise de conscience semble opérer. L’enjeu social actuel clame la nécessité de rendre les choses « communes » et remettre en cause les structures économiques, juridiques, sociétales, environnementales... dans lesquels nous nous sommes empêtrés depuis des dizaines d’années. Petit à petit, bien qu’encore trop isolées entre elles, des voix se lèvent pour un nouveau futur. Si nous sommes attirés par le concept des communs, c’est dans le but de réinventer une prospérité partagée que le citoyen se réapproprie collectivement les biens communs qu’il l’entoure, sans pour autant retourner au temps des hommes préhistoriques. « Le besoin de soustraire du marché des ressources rares sans que le fait de les confier au secteur public soit perçu comme une garantie ; la nécessité de renouveler en profondeur en faisant une place accrue aux usagers et aux citoyens ; l’importance croissante des éléments immatériels parmi les « fondamentaux » d’un territoire ; le formidable développement de l’économie collaborative ; les évolutions induites par les exigences de la transition énergétique, les enjeux de la métropolisation ; le changement radical de paradigme introduit par le numérique et la question des data ; la valorisation de l’usage sur la propriété... » (Revue Urbanisme, Édito, 2015). C’est la raison pour laquelle certaines personnes repensent notre système et commencent à réfléchir en termes de biens communs, voient d’autres issues possibles, dans le but de se réapproprier collectivement nos richesses insoupçonnées. « À l’échelle mondiale, le monde connaît deux enjeux majeurs : l’urbanisation des villes du Sud et la raréfaction des ressources naturelles. Tout l’enjeu aujourd’hui est de bâtir des métropoles

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sans bidonvilles, gérables écologiquement, en préservant la diversité et la capacité de vivre ensemble ». (Revue Urbanisme, p. 58). Les biens communs posent une nouvelle manière de gérer les multiples ressources : eau, énergies fossiles, air, terre... mais également le sol et l’habitat.

Le sol, un bien commun Physiquement liés, légalement unis, le sol et l’habitat sont indissociables. Le bâtiment se trouve sur une surface, et cette surface accueille le bâtiment, tels des vecteurs interagissant entre eux. Le sol, le bien commun le plus terrestre d’entre tous, subit une pression croissante. Cette terre est sollicitée à différentes échelles et par différentes sources. Actuellement, peu de mètres carrés de terre échappent aux diverses agressions de l’homme, et notamment l’étalement urbain des villes sur les terrains environnants agit à une échelle importante sur la perte de nos sols. L’urbanisation de nos villes, due au déficit de logement, fragilise cette notion de terre comme bien commun et diminue la surface d’espaces verts et de champs agricoles voisins. « L’homme impose des flux que la nature ne connaissait pas » déclare Pascal Boivin, directeur de recherche à l’EPFL, lors d’une interview donnée en 2003, à l’émission À Bon Entendeur, traitant du sol comme bien commun. Notre société néo-libérale se déchire des bouts de terrains afin d’obtenir son « chez-soi », ou plutôt « chacun chez soi ». Pour chaque habitant, il faut un nombre énorme d’infrastructures pour espérer atteindre un soi-disant confort ; jardin privatif, parking, centres commerciaux, transports... L’espace privé et économique prend le pas sur l’espace public et commun, privant l’accès à certains et privilégiant d’autres d’une ressource que nous foulons pourtant tous et perpétuellement, le sol. Le foncier, nécessaire à chacun pour pouvoir s’établir en un lieu, est progressivement accaparé et marchandisé, mais par qui ? La perspective de conquérir une ressource aussi disponible que le sol est juteuse, certes. Mais ce n’est certainement pas une initiative venant de ceux qui en ont le plus besoin.

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La spéculation, le néo-libéralisme, la propriété privée, l’individualisme sont les mots clefs de la société actuelle. Tant mieux pour ceux en haut de l’échelle, mais qu’en est-il des moins aisés ? Auparavant peu affectés par la question du logement, les habitants des villes sont aujourd’hui amenés à remettre en question la gestion de l’habitat, pourquoi ne pourrait-on pas partager ces terres, ce sol qui nous lie tous ? Cela semble évident, mais malheureusement, encore peu envisagé dans les esprits... Pourtant il y a bien plus à gagner !

De la crise du logement L’Europe connaît une crise du logement importante, mais à quoi cela est-il dû ? Depuis quelques années, l’offre et la demande de logements n’évoluent plus en parallèle. La demande a augmenté, et la cause de cette croissance est diverse. Tout d’abord un taux de natalité grandissant, les familles de plus en plus grandes qu’il faut pouvoir loger. Mais aussi une augmentation des divorces, ce qui signifie doublement plus de logements. Et finalement de plus en plus de familles monoparentales, en demande d’un toit. Économiquement, la flexibilité des prêts immobiliers a permis à plusieurs personnes d’investir dans un logement et depuis la crise de 2008, la brique est perçue comme une valeur refuge dans le marché. Pour toutes ces raisons, la demande en matière de logements ne cesse de croître, mais l’offre ne suit plus. Selon Le Monde, en France, le nombre de logements en construction entre juillet 2013 et juillet 2014 a baissé de 13 % par rapport à l’année précédente. Le manque de nouveaux logements engendre une flambée des prix, des prix qui ne sont absolument pas en miroir des revenus moyens de la population. Les prix sont exorbitants autant pour l’achat de biens immobiliers que pour la location de biens. « Selon L’Union des Géomètres de Bruxelles, le prix moyen d’un appartement a quintuplé depuis 1975 et celui d’une maison a été multiplié par onze ! » peut-on lire sur le site de Nation, en 2009.

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Une grande partie des logements faisant partie du privé, ceux-ci sont pris en charge par des acteurs privés, les loyers deviennent inabordables pour les faibles revenus et mettent dans la précarité nombre de demandeurs. Et ces derniers sont de plus en plus nombreux, il ne s’agit plus que des personnes à faible revenu, mais également les ménages à revenu moyen sont touchés par cette crise immobilière. « [...] la crise du logement en Région de Bruxelles-Capitale due principalement à la faiblesse des revenus d’une grande partie de ses habitants, à l’augmentation importante des coûts liés au logement et au nombre croissant de demandes en logements sociaux (environ 32.000 attentes en logements sociaux en 2005 [...] » lit-on sur le site de la Société du Logement de la Région de Bruxelles-Capitale, à propos de leur Plan régional de Logement de 2005. Mais alors, comment construire suffisamment de nouveaux logements et accessible à tous ? Des aides gouvernementales existent certes, mais toujours est-il que pour construire, il est désormais difficile d’acquérir le terrain à un prix démocratique et s’ajoute à cela le prix de la construction, loin d’être bon marché. Une attitude récurrente des politiques actuelles est de construire bien plus de bureaux que de logements, parce qu’un bureau coûte moins qu’un véritable logement, car il ne doit pas répondre à une série de normes réglementaires. À Paris par exemple, Le Monde recense, dans une vidéo de 2014 sur la crise du logement, 7 millions de mètres carrés de bureaux complètement vides, c’est-à-dire environ 100 000 logements de 70 mètres carrés, des espaces insoupçonnés non utilisés et en parfait état. Dans la Région de Bruxelles-Capitale, le problème est identique. Le Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat (RBDH) déclare qu’en 2013, Bruxelles possédait 1 million de mètres carrés de bureaux inoccupés. Une vidéo de Tvbrussel d’octobre 2014, plus récent, révèle qu’il existe véritablement 2 millions de m2 de bureaux vides dans la capitale ! Selon l’ASBL Équipes Populaires et chiffres relayés par le RBDH, en 2013, il existait entre 15 000 et 30 000 logements vides à Bruxelles, pour 550 000 logements au total.

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« Aujourd’hui, en ne comptabilisant que les compteurs d’eau pour lesquels aucune consommation n’est enregistrée, on peut affirmer qu’il reste toujours au moins 15 000 bâtiments vides à Bruxelles. La grande majorité est entre les mains de propriétaires privés. Mais l’inoccupation existe aussi dans le logement public. Ainsi, le parc de logements sociaux compte près de 39 000 unités, dont 2 300 inoccupées (hors vacances locatives) » déclare le RBDH, le Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat, sur leur site Web. Comment cela se fait-il ? Souvent, les logements sont devenus inaccessibles dans les étages, car les rez-de-chaussée, occupés par des bureaux ou des commerces, décidèrent d’agrandir leur surface et supprimèrent ainsi l’accès privatif aux logements dans les étages supérieurs. Lors de la manifestation du 25 mai en 2013 à Bruxelles, rappelons-nous que « 50 % des ménages bruxellois sont dans les conditions de revenu leur permettant théoriquement d’accéder au logement social, que seuls 8 % du parc de logements est constitué de logements sociaux et que 41 000 ménages sont inscrits sur les listes d’attente » (IEB, 2013). La situation actuelle est devenue telle que les foyers préfèrent parfois déménager hors de la ville pour accéder à des habitations raisonnables, plutôt que de vivre en ville dans un logement exigu et sans aucune possibilité d’un jour pouvoir investir et devenir propriétaire d’un bien. À Bruxelles, les classes moyennes migrent dans le Brabant Flamand ou Wallon pour une maison à prix raisonnable dans un environnement sain, car les loyers sont devenus trop chers en ville. Le résultat est la gentrification croissante de Bruxelles, le Sud et l’Ouest pour les plus aisés, le centre et les abords du canal pour les plus pauvres. Parallèlement à la gentrification de la ville, celle des campagnes. Les urbains, ne trouvant plus de logements dans la capitale, s’installent dans le milieu rural là où le foncier est plus accessible et le cadre de vie plus agréable. Dès lors, ces familles au revenu moyen ont l’occasion d’acheter un bien plus confortable qu’en ville. Par conséquent, le marché immobilier est en hausse et les petits et moyens revenus sont dans l’incapacité d’accéder à la propriété. Moins de familles, moins d’enfants, moins d’écoles...

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Les perspectives de vivre correctement dans un logement sain s’éloignent de plus en plus des personnes les plus en demande. Un cercle vicieux qui ne semble pas trouver d’alternatives à son sort. Alors plutôt que d’ériger de nouveaux bâtiments pour reloger les personnes dans le besoin, nous devrions repenser la gestion des bâtiments déjà existants, réinterroger la manière de concevoir les projets et les politiques, grâce à des pratiques collaboratives. Ne pourrait-on pas mettre à disposition des gens dans le besoin les espaces inoccupés de la capitale, à l’échelle d’un quartier, d’un projet... ? Débloquer des appareils juridiques et économiques pour soutenir les demandeurs ?

Une vision La stratégie des « biens communs » vise à imaginer d’autres manières de faire, toucher des publics plus larges grâce à des méthodes originales et attrayantes. Les communs posent la question de la propriété. Dans notre société, celle-ci est placée comme base nécessaire et essentielle à tous. Il est dans notre intérêt de réinterroger la place de la propriété dans notre culture et notre économie.

Ouverture des frontières Qu’est-ce qu’un logement et qu’est-ce qu’un sol ? Il s’agit de redéfinir ces deux notions, d’apprendre à parfois devoir faire deux pas en arrière pour en faire quatre en avant plus tard. Fondamentalement, à quoi nous servent-ils ? Un logement, a comme fonction première, de fournir un toit, un endroit pour abriter les personnes qui s’y trouvent, du jour comme de la nuit. Posséder un logement correspond à une fonction vitale de l’être humain. Un habitat, selon le dictionnaire du Larousse, signifie « une partie de l’environnement définie par un ensemble de facteurs physiques, et dans laquelle vit un individu, une population, une espèce ou un groupe d’espèces ».

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Mais loger ne signifie pas habiter. Grâce à la conférence « Bâtir Habiter Penser » donnée par Martin Heidegger en 1951, on discerne complètement les nuances qui séparent ces deux termes. Le logement renvoie à un local, un espace délimité par des éléments architecturaux. Habiter, quant à lui, possède des synonymes tels que se rencontrer, occuper, vivre, animer, peupler, fréquenter, etc. L’habitat est un comportement relatif à l’être humain, voire le comportement de base. Avec lui s’enchaîne toute une série d’autres caractères, il est une condition essentielle à tout être. « Habiter est la manière dont les mortels sont sur terre » assure Martin Heidegger. Un sol est la « couche superficielle de l’écorce terrestre considérée quant à sa nature ou à ses qualités productives » cite encore une fois le Larousse. Cette couche, ou terre arable, est utile à l’homme, ses capacités nourricières lui permettent de la cultiver, mais aussi d’en tirer les ressources nécessaires à sa survie, entre autres l’établissement de son habitat. Bâtir son habitat, pour Martin Heidegger, signifie une intervention des mortels sur la Terre. Ceuxci sont conscients de leur séjour sur la planète et choisissent de construire leurs maisons en tenant compte des ressources environnantes. Le propos du philosophe nous renvoie vers une époque lointaine, le paléolithique, où le logement n’existait pas, mais l’habitat, oui. « Bâtir est déjà, de lui-même, habiter » (Martin Heidegger, 1951) comprenons là que l’action de bâtir permet de préserver un habitat tangible. Au-delà des facteurs physiques de l’habitat et géologiques du sol, on trouve des facteurs économiques, culturels, sociaux, relationnels... à travers ceux-ci, on devine différentes applications. Elles sous-entendent diverses appropriations, gérées chacune d’une certaine manière, se référant à différentes valeurs : colocation, logement groupé, occupation provisoire, squat, habitat plume, habitat solidaire, habitat collectif, habitat groupé...

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Quand la propriété privée devient communautaire Autant de possibilités qu’il n’y ait de personnes pleines d’imagination. Dès que l’on sort des sentiers battus, de la norme dictée par notre modèle économique et sociétal, on retrouve des gens qui ont eu la force et l’envie de relever ce défi, celui que d’habiter et d’utiliser le sol comme un bien commun. Trois expériences, trois modes d’usage du sol, trois rencontres complètement différentes qui permettent aux personnes dans l’incapacité de trouver un logement, pour des raisons diverses, de partager bien plus qu’un toit finalement... Ces échanges vous sont rapportés tels qu’ils me furent livrés.

ASBL Communa Assis dans le salon de leur maison à Uccle, 44 avenue des statuaires, un peu fatigué de la table d’hôtes festive de la veille au soir, je discute avec Sean, l’un des fondateurs de l’ASBL. À la base, avant même que l’ASBL Communa n’existe et ne soit pensé, il s’agissait de cinq étudiants (Dimitri, Maxime, Sam, Dan et Sean) qui souhaitaient loger ensemble, tous de la même université. Au départ, un trajet assez classique, faire une collocation dans une petite maison, etc. Mais face aux multiples refus des propriétaires qui ne faisaient pas confiance à des jeunes pour louer leur maison, ou le souci du prix — souvent trop cher —, il fallut envisager autrement... Deux éléments importants sont à citer dans l’orientation vers l’occupation de bâtiments vides. Le premier élément fut la découverte de la 123, rue royale c’est-à-dire une grande occupation d’une soixantaine de personnes. C’est en quelque sorte l’institution du squat, dont ils furent réellement surpris. De fil en aiguille, ils parlèrent avec l’un des présidents de la 123 pour prendre connaissance du projet. Le second fait à citer est une amie à la mère d’un des jeunes étudiants qui travaillait à la FéBUL (Fédération Bruxelloise de l’Union pour le Logement). Ils la rencontrèrent plusieurs fois, elle leur

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expliqua toutes les possibilités envisageables. Elle leur conseilla de se constituer en ASBL afin d’être plus crédibles auprès des propriétaires. Petit à petit se mit en place l’idée qu’occuper des bâtiments vides était possible, cela leur permettait plus de libertés et était plus avantageux que de louer un appartement ou une maison. Plusieurs mois plus tard, ils fondèrent l’ASBL Communa, en avril 2013 précisément. Communa, car c’est le nom donné aux kibboutz, noms des communautés en Israël. Maxime et Dimitri étaient chacun partis à leur dix-huit ans durant un an, dans un de ces villages autogérés. C’est de là également que leur est venue l’idée de vivre en communauté. L’idée était d’associer communauté et bâtiment vide, et au début, pour des étudiants seulement, afin de leur mettre à disposition des habitats vides pour qu’ils puissent passer plus de temps à leurs loisirs et au développement de leurs projets, plutôt qu’à travailler pour payer leur loyer. Depuis, cela a un peu évolué, ils s’adressent aujourd’hui à un public plus large. Mais, avant de parler vie en communauté à la Communa, comment se déroule une occupation provisoire ? « Occupation précaire et temporaire » est le vrai nom donné légalement à ce type d’occupation. Précaire, car il n’y a pas de contrat de bail, ils jouissent d’un peu moins de droits. Temporaire simplement, car cela ne dure jamais très longtemps. Plusieurs types d’occupation sont possibles. Les occupations qui ont lieu sans l’accord du propriétaire : une technique avec ses avantages et ses faiblesses. C’est ce que l’on appelle le « squat sauvage », le proriétaire n’est pas averti de leur venue. Néanmoins, il leur faut aménager les lieux suffisamment pour prouver que quelqu’un y habite (serrure, frigo, meubles...). Dans les vingt-quatre ou quarante-huit heures suivantes s’ensuit l’envoi d’un recommandé expliquant que le bien est occupé, quelle est leur démarche, quels sont les intérêts pour le propriétaire. Grâce à leur brochure, les squatteurs demandent un dialogue avec ce dernier, en vue d’occuper son bien. Communa emploie toujours cette technique, ainsi il est beaucoup plus aisé de négocier avec le propriétaire, dans l’intérêt que chacun y trouve son compte. La seconde technique de squat sauvage se nomme l’occupation en « sous — marin », c’est-à-dire ne rien dire à personne le plus longtemps possible jusqu’à ce que le propriétaire

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le découvre. Cela peut durer une semaine, deux mois, un an... Lorsque le propriétaire se rend compte de l’occupation de son bien, éventuellement des négociations peuvent avoir lieu, mais il est à savoir qu’il n’est jamais très content d’apprendre que sa maison est occupée sans prévenir. Une technique plus douce est l’occupation où il s’agit de prendre contact avec le propriétaire avant, lui démontrer les avantages d’occuper son bien vide et de signer un contrat précaire et temporaire qui permet de le mettre à l’abri. Il est évident que si seule cette technique était employée, cela serait l’idéal, mais les propriétaires ne sont pas faciles à joindre et ne négocient pas de la même manière selon qu’on soit dans leur bien ou dehors. Les valeurs principales de Communa sont évidemment de lutter contre la vacance immobilière c’est-à-dire que la mise en place de l’idée de communauté, avec tout ce que cela induit comme projets, passe par l’occupation des bâtiments. Par l’occupation, on peut mettre en place toutes ces choses-là, c’est leur socle commun. Les valeurs fondamentales de Communa sont diverses, car l’hétérogénéité des occupants est telle, donc une diversité d’opinions forte, qu’il est très difficile de dégager des valeurs clés. Évidemment ce sont les valeurs types de la vie en communautés, mais dans les faits, cela est plus difficile, car tout le monde n’a pas les mêmes critères de propreté, de rangement, de bruit... En tout cas, ils ont une vision qui cherche à vivre en communauté et durablement. On pourrait résumer que Communa est un groupe d’individus qui vise la collectivité, le contact humain, le partage avec l’autre... Et avec ce groupe, fonder un autre mode de vie et d’esprit, à l’encontre de ceux du néo-libéralisme, par exemple en ne consommant pas inutilement, faire du compost, pratiquer la récupération alimentaire, etc. Ils cherchent à diminuer leur empreinte et avoir un mode de consommation plus réfléchi ; et dans le même temps, promouvoir auprès d’autres personnes ce genre de projet, et leur permettre de s’inspirer de Communa ou d’une autre association. En reflet de leurs idées, ils occupent actuellement un bâtiment à Uccle, sur le principe d’un contrat d’occupation temporaire, en accord avec le propriétaire. Ce dernier autorise pleinement l’accès à sa maison par d’autres personnes, faisant ainsi profiter à la société dans

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le besoin, de ses biens et des capacités en découlant. Les habitants ne sont chargés que de payer les charges engendrées par leur occupation. Leur philosophie est largement inspirée de l’ASBL 123, célèbre « squat » de la rue royale. Ceuxci indiquent sur leur site : « Notre philosophie commune est basée sur plusieurs principes : l’autonomie, l’autogestion, la participation, la solidarité. La particularité de notre association réside dans l’implication et l’investissement réciproque des habitants. L’association a comme objectif la création de logements solidaires et autogérés. Dans ce contexte elle ne souhaite pas freiner l’investissement des propriétaires, mais trouver une solution simple pour occuper légalement un bâtiment en attente d’affectation ou d’investissement, avec des garanties fiables, tant pour le propriétaire que pour les habitants. Plusieurs organismes privés ont déjà fait confiance en notre modèle, comme Delens Sa, Infrabel SA, EMMA ASBL ou la Région Wallonne ». À Communa, ils tentent d’être en rupture d’un mode de vie individualiste. Ils veulent partager, mettre en commun et ne pas chacun avoir sa petite vie, sa petite maison... Car au final, ils y gagnent plus que dans une famille nucléaire ou seul dans un logement. Ce n’est jamais tout rose non plus, il y a des côtés difficiles. La vie en communauté est agréable à court terme, mais sur le long terme, il apparaît des obstacles un peu plus difficiles, auxquels il faut savoir faire face avec une grande motivation. Mais quels sont les intérêts pour le propriétaire dans tout ça ? Disparition des taxes d’inoccupation très élevées, gain de sécurisation du lieu contre les effractions, entretien du bâtiment par l’occupation permanente, etc. Les avantages pour le propriétaire sont divers : ce dernier évite des taxes de non-occupation sur son bien, à la fois régionales et communales, mise en place pour le cabinet du secrétaire d’État au logement. Si la Commune ou la Région constate que le bien est inoccupé, le propriétaire est susceptible de payer des dizaines de milliers d’euros de taxes. C’est à l’avantage des petits propriétaires qui n’ont pas spécialement les moyens de payer ces taxes. Pour les gros spéculateurs fonciers, généralement, cela les affecte moins, ils passent outre les taxes. De plus, son bien est sécurisé, grâce à des clés et de la présence ce qui dissuade les éventuels voleurs. Par ailleurs, le fait d’occuper empêche des

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dégradations du bâtiment. La maison est chauffée, de petits travaux, tels que la peinture, sont exécutés pour rendre l’habitat plus vivable ; ce qui est à l’avantage du propriétaire. Si ce dernier lit bien le projet, il pourra se rendre compte que la Communa tente de créer de l’interaction avec le quartier, ils restent très ouverts aux projets en collaboration avec le voisinage. Cela permet de faire de la bonne publicité au propriétaire. En mettant le lieu à disposition de Communa, c’est aussi pour les activités avec le quartier. Dans le cas où le titulaire du bien demande un permis d’urbanisme à la commune, cela peut être vu comme un plus auprès des autorités puisqu’il s’arrange pour que son bien ne soit pas laissé à l’abandon, une sorte de responsabilité, vis-à-vis de sa commune. Un projet plein de ressources, une maison qui abrite autant des jeunes étudiants d’une vingtaine d’années qu’un collectif nommé Collect’actif et des membres d’une ancienne occupation. Un logement collectif mixte et autogéré, les décisions y sont prises avec l’ensemble de la communauté, de manière la plus transparente possible autant pour les habitants que pour les extérieurs. Toujours en mouvement, La Communa semble ne jamais dormir... L’aventure est tentante, à se demander s’il existe des conditions pour intégrer Communa ? Lors de leur première occupation, ce ne fut pas exclusivement des étudiants, il eut une travailleuse, une autre femme... Pourtant c’était leur objectif initial. Quand la question d’avoir des nouveaux membres s’est posée, il leur parut nécessaire de créer une diversité dans la sélection des personnes. « Il serait pauvre d’avoir des gens d’un seul horizon finalement, et c’est justement dans les divergences et le partage des modes de vie qu’on peut trouver une certaine richesse » déclare Sean. Dans cette première occupation, il y avait sur les quatorze personnes, la moitié d’étudiants c’est-à — dire jeunes, l’autre moitié entre vingt-cinq et trente ans, de jeunes travailleurs. La diversité avait quelque peu opéré, mais n’offrait encore qu’un champ restreint. Un des moments très importants dans le projet Communa fut le changement d’occupation en juin 2014, un an et deux mois après la création de l’ASBL. Au même moment, un autre groupe de squatteurs dut quitter son occupation également (Le Phare), dont ils connaissaient déjà

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quelques membres. Eux venaient d’horizons tout à fait différents. Ils se mirent donc à chercher ensemble une nouvelle occupation, dans une bonne entente générale. Ce coup de pouce leur permit de grandir, ils entamèrent leur nouvelle occupation en septembre 2014, au 44 avenue des statuaires, avec le groupe du Phare entre autres composé de sans-papiers, de personnes plus âgées, d’un couple avec un bébé... à partir de cette nouvelle occupation, la diversité fut bine plus importante, ce fut clairement un plus, une richesse pour le groupe. La variété d’habitants s’est opérée naturellement, intrinsèquement, ils en ressentirent le besoin. Même s’ils ne viennent pas tous des mêmes milieux ni de la même culture, c’est un grand enrichissement pour le groupe. Il peut y avoir des mauvais côtés comme dans la compréhension, mais au final il est vraiment plus dangereux d’avoir des groupes de la même sphère et d’avancer sur le long terme. C’est très insidieux, en ayant un mode de pensée homogène, on se ferme des portes et on rate des opportunités, par une pensée plus réduite. Vivre en communauté est un travail de tous les jours, c’est pour cela qu’il est essentiel de dispenser aux habitants des instants de répit, et permettre à chacun de se retirer dans son espace privé. Chaque habitant a sa chambre qui ne regarde que lui, le reste des espaces communs sont gérés par le groupe. Il n’y a pas d’horaire ni de règles, ils s’arrangent entre eux. Au niveau des individualités de chacun, selon Sean, ils sont encore très individualistes entre eux. « On a du mal à sortir de l’éducation que chacun a pu recevoir, des réflexes égoïstes persistent et quant à son opinion, on veut souvent la faire entendre sans parfois écouter ce que l’autre a à dire... il y a encore du travail à ce niveau-là, tenter d’être plus axé sur la collectivité et moins se mettre en avant. Mais la base et c’est essentiel, c’est d’avoir son espace privé. » Dans ce genre de projet, les forces de tous sont nécessaires, autant celles des habitants que des voisins, ou des membres de l’association, pour l’élaboration et l’aboutissement des nombreux projets. La relation qui lie l’individu et la collectivité se fait par le biais de la gestion de la vie en communauté au quotidien et l’élaboration de projets en petites cellules. La dimension collective et participative est l’un des piliers de cette organisation. Chacun peut amener un projet qui lui tient à cœur, et voir qui d’autre pourrait être intéressé par le projet.

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Au départ, c’est une initiative qui part de l’individu. Après, selon les personnes motivées d’accompagner le projet, se créent de petits groupes nommés « cellules de travail ». Elles se réunissent plusieurs soirs par semaine, il y a par exemple la cellule Bockstael, la cellule manifeste... Finalement, libre à chacun d’accompagner une cellule, il entre et sort quand il veut. Cette cellule permet de tenir au courant la collectivité lors des réunions, afin de perdurer une certaine transparence. Si la Communa trouve que le projet poursuit des idées contraires à ses valeurs, ils émettent leurs avis et en parlent ensemble afin de remettre le projet sur les bons rails. Bien qu’en général, ils soient tous sur la même longueur d’onde. Tous les dimanches a lieu la réunion hebdomadaire, se tenir au courant est excessivement important, tout le monde est obligé de venir. Dès qu’on rentre dans le projet Communa, c’est la base de la communication pour pouvoir avancer ensemble. Mais tout le monde ne vient pas aux réunions, cela arrive parfois de ne pas pouvoir être présent, mais si la personne ne vient jamais et n’y accorde pas d’importance, l’ASBL remettra en question son implication au sein de la communauté. L’épanouissement personnel passe par un cadre de vie agréable mis en place et maintenu par tous. Il n’y a pas de hiérarchie figée qui existe au sein de Communa, pas de chef dans la troupe, ils possèdent une horizontalité totale. Effectivement, il y a des postes ; un joue le rôle de comptable, seul et unique poste fixe. Sinon les rôles tournent entre les personnes, toutes seules ou à plusieurs, les charges sont réparties. Une horizontalité totale c’est-à-dire que les administrateurs de l’ASBL n’ont pas plus de poids qu’un habitant. En bref, tous les habitants et les membres qui gravitent autour et qui s’investissent dans les réunions et les projets ont le même statut, le même pouvoir de décision Ils fonctionnent grâce au système du consensus c’est-à-dire lorsque quelqu’un est contre quelque chose, ils essaient d’en discuter afin que tout le monde tombe d’accord. Une personne peut refuser une idée ou un projet, mais estimer que si d’autres personnes sont motivées à le faire, il peut tout de même avoir lieu. Ils ne résolvent pas leurs blocages par le système de la majorité. Dans les faits, ce système de consensus est appréciable, mais il n’y a encore jamais eu de véritable veto apparemment« Peut être que le poids du groupe l’emporte trop souvent... » avoue Sean.

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Il y aurait sans doute des choses à revoir c’est évidemment susceptible de changer. Pour le moment, c’est le meilleur système trouvé. Ils n’ont pas de rigidité dans leur mode de fonctionnement et sont ouverts à d’autres systèmes. Des inconvénients existent bien entendu, un des premiers est celui de la vie en communauté qui n’est pas simple à gérer jour après jour. Également un autre inconvénient lié à l’occupation est qu’il est très difficile de construire quelque chose sur le long terme. Dans deux voire trois ans maximum, il faudra déménager. Sur le long terme, quelque chose est à réfléchir et à penser pour d’autre façon de faire, d’occuper d’autres types de lieux tels que des villages abandonnés, d’acheter un lieu... Ils réfléchissent actuellement à d’autres alternatives qui leur permettraient de construire sur dix, vingt ou trente ans. À ce jour, ils sont ce qu’on pourrait appeler, des locataires volants. Leur première occupation dura six mois, ce qui fut trop court. S’imaginer bouger tous les six mois et se demander où vivre le lendemain devient invivable. Devenir propriétaire ? Cela dépend de quel type de propriétaire, de quel type de financement, de quelle idéologie et de quelles valeurs seraient véhiculées par le biais de cette propriété... Il faudrait communiquer une image de possession du lieu plutôt que celle de la propriété. Il existe une nuance dans les mots, c’est très théorique, c’est à voir comment cela peut évoluer en pratique. Est-ce que cela va à l’encontre de la lutte contre la vacance immobilière ? S’ils deviennent propriétaires, c’est pour occuper un bâtiment vide bien entendu. Et devenir propriétaire, c’est au nom d’un collectif et non pas au nom d’une seule personne. Par exemple, à Amsterdam, un groupe de squatteurs a racheté une école pour en faire un centre socioculturel. Ils l’ont acheté certes, mais les financements venaient d’épargnes collectives et par achat solidaire avec les autres squatteurs. C’est un mode d’achat alternatif, car ce n’est pas un prêt octroyé par des banques, c’est un soutien communautaire. Le bâtiment public était laissé à l’abandon. Ils devinrent propriétaires, mais tout ce qui fut établi était bien plus stable qu’une occupation. Ils sont aujourd’hui dix-sept dans leur occupation à Uccle, dans une maison grande, mais pas faite pour autant de personne. Personnellement, pour Sean, partager cette maison avec toute la communauté, sur le long terme, n’est pas envisageable, sauf si le propriétaire leur laisse

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son bien, mais c’est réellement un coup de chance. Cela n’arrive quasiment jamais, la seule exception est le 123, ils occupent leur bâtiment depuis huit ans environ. Celui — ci appartient à la Région wallonne, avec laquelle ils signèrent une convention. De par l’importance que prit la 123 sur la scène alternative et politique du logement au sein de Bruxelles, la Région wallonne a plus à perdre en supprimant le bâtiment. La 123 emploie plus de soixante personnes, dont un certain nombre précarisé. C’est quasiment devenu une institution. Mais c’est le seul nom qui vienne à l’esprit... sinon une occupation classique ne dure jamais plus de deux ou trois ans, pour les plus chanceux. Imaginer une occupation à plus grande échelle n’est pas dans les souhaits de la Communa, leurs occupations ne dépassent pas trente personnes. L’optique future de l’ASBL serait de créer de nouvelles associations, pour se protéger juridiquement. Avec bientôt trois occupations, chacune sera gérée séparément des autres. Ainsi, si un problème surgit dans l’une d’elles, les autres occupations n’en subissent pas les conséquences. Avoir plusieurs ASBL permettrait de fonctionner en sous-quartiers. Des projets liés à Communa, qui partageraient des valeurs communes, mais avec une autonomie propre, une indépendance. Il n’y aurait que le nom pour indiquer le vecteur commun. Une occupation pourrait osciller entre cinq et quinze personnes, mais au-delà de ça, cela deviendra incontrôlable. Pour Sean, il n’est pas question de vivre à plus d’une quinzaine de personnes, car les côtés négatifs prennent le pas sur les côtés positifs. Plus il y a de personnes moins il y a d’échanges, plus on retrouve des petits groupes, plus les relations deviennent superficielles. Cela devient très difficile dans la gestion quotidienne du lieu, si tout le monde n’est pas irréprochable, la maison implose. Finalement, l’idée des petites occupations solidaires entre elles, qui ont des liens forts communs, mais qui jouissent de leur autonomie, serait une bonne solution. Des occupations plus petites, plus simples à gérer... Mais les habitants ne sont pas les seuls à faire vivre leur logement. Effectivement, ce genre d’occupation possède une grande influence sur le quartier qui l’entoure. Malheureusement pas toujours autant que prévu, cela dépend du voisinage. C’est évidemment dans les initiatives de départ, mais actuellement, cela ne marche pas, car le mode de vie de la Communa est complètement différent de celui de ses voisins, ils ne se comprennent pas réellement, l’ouverture au quartier marche moyennement.

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A contrario, dans leur précédente occupation près de Delta, il n’y avait pas de voisinage, mais ils bénéficiaient d’une population estudiantine participant activement aux événements. Le lieu était mis à disposition de tous, pour des artistes et leurs premières expositions, des concerts, des pièces de théâtre... Comme l’endroit était vide et à leur entière disposition, ils ne devaient rien payer. La gratuité était et est encore de mise, pour le quartier, les passants ou les artistes. Dans les quartiers plus aisés et plus résidentiels, il est dur d’interagir avec le voisinage. L’occupation à Saint-Josse se situe dans un milieu plus populaire, mais malheureusement, la maison étant trop petite, ils ne peuvent proposer beaucoup d’activités. Dans les quartiers plus populaires et moins résidentiels, cela fonctionne bien avec l’entourage, exemple de la 123. En octobre prochain, ils emménagent dans une nouvelle occupation de plusieurs mètres carrés à Forest où il sera possible d’interagir davantage aux alentours. Ils comptent déjà mettre sur pied un centre socioculturel, un espace mis à disposition de tous et du quartier. Des collaborations entre Communa et l’extérieur existent, mais que par phases. Au début, quand ils cherchaient encore un bâtiment, il cherchèrent à avoir énormément de contacts avec les pouvoirs publics et de collaboration, afin qu’ils deviennent le vecteur entre le propriétaire et la Communa. Soit en mettant à disposition un de leurs bâtiments, soit en encourageant les propriétaires privés à recourir à leur alternative. Dès qu’ils eurent leur occupation, ils n’eurent plus trop de contacts avec eux. Au niveau régional et communal, la politique belge est très lente. Ce sont de nombreuses réunions tous les mois pour avancer peu, des politiciens qui ont peur de prendre des initiatives et qui n’osent rien promettre. Ils n’oublient pas qu’ils aimeraient développer des partenariats avec certaines communes, notamment à Forest avec laquelle ils ont de très bonnes relations. Ce n’est pas perdu de vue, mais pour le moment, ce n’est pas une priorité. On compte de nombreuses collaborations avec des associations du milieu alternatif. Par exemple, les tables d’hôtes du mercredi ont lieu grâce au travail du CollectActif, un collectif de récupération alimentaire.

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Des événements sont organisés parfois avec des artistes et des musiciens. Des projections eurent lieu également. En définitive, une grande collaboration perdure avec le milieu des associations et des artistes. En fonction du lieu qui est occupé, les fréquentations changent. L’occupation du Boulevard du Triomphe était immense tout comme la collaboration avec ces milieux artistique et associatif. L’espace était mis à disposition pour une multitude de choses : des expos, des pièces de théâtre, des concerts... Dans l’occupation actuelle, cela s’est un peu réduit, mais dans la future à Bockstael, il y aura de nouveau une grande interaction, au plus grand bonheur de tous. Avoir plus d’interactions avec les pouvoirs publics serait certes intéressant, on ne peut évidemment que souhaiter plus d’entrain de la part des politiques quant à cette alternative au logement. Plus de participation, oser entreprendre, proposer des initiatives, être plus disponible... Malgré tout, les membres de Communa n’ont pas comme vocation de travailler réellement avec les partenaires publics. Dans une certaine mesure oui, mais quelques-uns d’entre eux ne croient pas vraiment en la politique actuelle. C’est évidemment un plus s’il y a de l’entre aide, mais les politiques d’action ne sont pas les mêmes. Pour Sean, il faudrait changer tout radicalement, fini les élus, ou en tout cas pas ce type d’élus ou ce type de fonctionnement politique en matière de pouvoir... « Il ne faut pas couper les branches de l’arbre, mais bien tout l’arbre, pour pouvoir construire quelque chose de plus concret et plus en adéquation. » Tout n’est pas noir pour autant. Avec la commune de Forest par exemple, pourrait se construire un partenariat. Une avancée de la part des pouvoirs publics serait de diffuser et de transmettre ce projet. Celui-là, mais aussi tous les autres, aux propriétaires, que ceux-ci puissent y avoir accès par le biais des pouvoirs publics. Actuellement, cela marche beaucoup par le bouche-à-oreille et par les associations, une initiative venant de la Communa à chaque fois. À part quelques privés qui les contactèrent pour plus d’informations, la mise en contact avec les propriétaires privés provient toujours de l’ASBL. Tout comme avec le service public, c’est à eux de faire le premier pas vers lui.

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Diffuser leur objectif principal de lutte contre la vacance immobilière est une priorité de premier ordre. Elle se matérialisa sous la forme d’une brochure, destinée à être distribuée auprès des politiques, auxquels ils rendirent visite. Leur mission, et pas des moindres, est de promouvoir l’occupation d’espaces vides auprès des autorités publiques, mais aussi des futurs habitants, des propriétaires. Le site internet et le futur manifeste, en plus de la brochure, constituent une sérieuse boîte à outils, mais aussi une bonne façade pour le projet. Elle pourra être utilisée pour véhiculer leurs idées, par les pouvoirs publics également. Ce qu’ils attendent d’eux, en tout cas pour Sean : « Qu’ils aient une vraie politique du logement, qu’ils contrôlent quel bâtiment est vide ou pas, qu’ils harcèlent beaucoup plus les propriétaires, que les amendes soient plus salées pour les gros propriétaires fonciers qui spéculent, des amendes plus conséquentes... » Si cela a lieu, ce serait un progrès pour la reconnaissance des projets tels que le leur, « mais ce n’est pas prêt d’arriver » conclut Sean. La Communa lutte pour éviter toute stigmatisation du squat et de lui redonner une image positive et non stéréotypée. Un squat, dans l’esprit commun, est occupé par des personnes douteuses qui ne prennent pas soin du lieu. C’est partout ailleurs, dans le squat également, il y a de tout. Des gens, issus de tout bord, qui prennent soin du lieu, qui ont des projets... c’est possible aussi. Plusieurs types d’occupations sont possibles dans le squat. Malheureusement, cela engendre une méconnaissance du sujet, les gens ont tendance à simplifier et prendre le plus mauvais exemple pour en faire une généralité. Ils donnèrent une conférence à l’ULB en mars 2014 en collaboration avec le cercle du Libre Examen, à propos de l’occupation précaire et temporaire. En invités : le secrétaire d’État au logement, le président du 123 rue Royale, ainsi que la présidente des syndicats des propriétaires et des copropriétaires. C’est toujours un point positif que les propriétaires soient au courant, un but majeur de l’ASBL. La conférence fut très intéressante pour les novices en la matière, moins pour ceux qui connaissaient déjà le sujet. « La graine a été posée, on en voit pas encore les fleurs, mais ça prend du temps ces choses-là » observe Sean.

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Nos mentalités sont amenées à changer, à penser possession plutôt que propriété. Il faut voir si c’est possible concrètement dans nos sociétés. Aménager une autre forme de propriété et changer notre mentalité néolibérale sont des pistes de réflexion pour le futur. Être propriétaire, mais dans un mode de fonctionnement différent.

La Baraque Au détour d’une rue, à côté de l’Esplanade de Louvain-La-Neuve, s’étend le sympathique quartier nommé La Baraque et ses habitations alternatives. La journée est radieuse, l’ambiance est douce et Jacques m’explique à quel point vivre ici, ce n’est pas le paradis, mais c’est très très loin d’être l’enfer. Ce terrain, d’une surface de deux hectares et demi, aujourd’hui remplit de constructions plus étonnantes les unes que les autres, date d’il y a quarante ans. Suite à la scission de l’université de Louvain en 1970, les Flamands et les Wallons séparèrent leurs universités. De cette façon, la ville de Louvain-La-Neuve vit le jour et en langue française cette fois-ci. Au lieu de simplement construire les bâtiments nécessaires à une université, ils choisirent d’ériger une ville entière. Pour les besoins de cet énorme chantier express, l’UCL expropria à quinze kilomètres à la ronde. Les étudiants en architecture, au lendemain de mai soixante-huit et dans un état d’esprit décomplexé, décidèrent d’accomplir leurs travaux de fin d’année sur les terrains encore libres de l’université. Ils amenèrent plusieurs roulottes sur place et commencèrent à s’installer. Louvain-La-Neuve, trop occupée à se construire, ne vit pas que ses terrains étaient progressivement investis par de jeunes architectes. Environ douze ans plus tard, le centre s’étant établi totalement, l’université se retourne vers ses terrains, demandant aux gens logeant dessus d’arrêter toute activité et de quitter les lieux. S’ensuivit une « lutte » entre l’UCL et La Baraque, pour finalement obtenir gain de cause et le droit de rester sur les terres de l’université. Peu après, des étudiants en sociologie choisirent de s’établir également à la Baraque, ce qui augmenta les constructions sur le terrain. Les autorités universitaires finirent par accepter ces installations, à la condition qu’ils régularisent leur fourniture en eau et électricité. Auparavant, ils utilisaient des rallonges accrochées dans les arbres, et se fournissaient dans les maisons

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voisines. Durant un an et demi, ils exécutèrent tous les travaux exigés par l’UCL. Un organisme mandaté par celle-ci passa pour vérifier les travaux effectués. Avec son avis positif, La Baraque fut enfin reconnue par la commune, les habitants purent se domicilier à leur nouvelle adresse. À l’heure actuelle, seulement une habitation est peuplée d’étudiants. Par la suite, des familles ou des personnes seules investirent les installations. Les maisons évoluant au fil des années, on y trouve des yourtes, des maisons en pailles, des cabanes, mais aussi des roulottes, des bus, ou même des camions. Les modes de construction diffèrent : en terre-paille, en ballots de paille ou en bois. Des roulottes furent agrandies pour les besoins de la famille. Il n’existe pas de caravane, de maison en brique ou autre. Tout est issu de l’autoconstruction principalement, et beaucoup de matériaux sont récupérés. Autogestion, autoconstruction, anti-gaspillage et récupération sont les mots d’ordre de La Baraque, tant pour la construction d’un habitat que pour la récupération de nourriture dans les grandes surfaces. Les gains sont grands, tout comme leurs capacités qui se sont trouvées augmentées, en autonomie et en débrouille. Pour l’anecdote, certaines femmes donnèrent même naissance dans leur logement, grâce à l’aide de personne(s) extérieure(s). Le choix de construction de sa maison est totalement libre, aucune règle ne permet de contrôler cela. Sur le site de Mr Mondialisation, on trouve ceci : « Ces habitats insolites, après avoir été vaguement tolérés, furent finalement autorisés et le quartier de la Baraque bénéficia d’un statut spécial en 1985, celui de zone d’habitat expérimental, ce qui lui permit d’échapper à certaines règles d’urbanisme très strictes en Belgique. » L’autoconstruction permet aux habitants d’imaginer leur propre maison, celle qui sera le plus en adéquation avec leur mode de vie. Un des atouts de vivre à La Baraque est qu’on y consomme très peu de par les petites habitations ainsi que le chauffage au bois récupéré... En conséquence de ces qualités économiques et écologiques engendrées, ils peuvent se permettre de travailler seulement à mi-temps, l’autre moitié du temps étant dédiée aux loisirs de chacun. Une constatation est à relever, la majorité du quartier travaille soit dans l’artistique soit dans le social. Par contre, ce n’est pas une condition pour intégrer la communauté évidemment.

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Le seul inconvénient soulevé par un habitant de La Baraque, à propos de la vie quotidienne est durant l’hiver, la boue. Serait-ce l’unique inconvénient ? Dans tous les cas, il y en a peu. Lorsqu’on y habite, on accepte les conditions du lieu. IL est déjà arrivé que des gens repartent, même après six mois, car le mode de vie ne leur plaisait pas. Il est totalement permis d’essayer et de laisser aux gens le droit rêver que cela fonctionne, mais ce n’est pas automatique, cela dépend de chacun. Assurément, on y vit comme tout le monde, avec des tensions entre voisins qui ne durent jamais très longtemps. Une solution est trouvée, parfois même avec deux ans de débat, mais on trouve une solution. Certes les maisons ont évolué, en confort, isolation, etc., mais une chose n’a pas changé, c’est la solidarité entre les gens. Il y a toujours quelqu’un pour aider, pour soigner... La solidarité entre eux est très grande. Ce quartier d’habitat alternatif fit de l’entre-aide sa ressource principale. Dés qu’un projet se met en place, les habitants se rassemblent, se viennent mutuellement en aide, se donnent des conseils. Certains outils sont « communs » c’est-à-dire partagés entre tous. Si un obstacle survient et qu’aucun habitant ne peut le résoudre, ils font appel à quelqu’un d’extérieur, un entrepreneur parfois, pour résoudre le problème. Une démonstration de cette solidarité se lit à travers une des règles élémentaires du quartier : il n’y a aucune plus-value autorisée à la Baraque, les maisons sont revendues au prix acheté. À moins qu’elles ne se soient améliorées et agrandies, par conséquent le prix s’ajuste à la valeur des travaux effectués. Certains voulant tirer profit de la vente de leur bien poussent les prix trop haut... Dès lors, la communauté se réunit pour en avertir le vendeur qu’il faut revoir son prix à la baisse. Pour empêcher une revente trop élevée des habitations, ils projettent de faire une évaluation de chacune d’entre elles, avec un prix fixé et décidé suivant la surface, l’isolation, le confort... Au début, chacun venait s’installer et construire son logement, comme il l’entendait. Lors d’une réunion de quartier, il eut une vingtaine de demandes pour loger à La Baraque, ce qui engendra des longues et pénibles réunions. À partir de ce point, ils décidèrent que la gestion des habitations serait orchestrée par sous-quartier. Malgré cela, les discussions furent toujours aussi laborieuses. Ils changèrent à nouveau de tactique et décidèrent que celui qui quittait le quartier choisissait son successeur. Rarement, le quartier ou le sous-quartier peut refuser l’arrivée d’un nouvel habitant.

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Souvent, celui-ci est déjà connu des habitants actuels et ne correspond pas aux attentes de La Baraque selon eux. D’ici peu, La Baraque abritera cinq nouvelles habitations. Les demandes s’élevaient au nombre de dix-sept, demandes qui ne purent pas toutes être honorées. Le choix s’opère au sein de la communauté. La plupart du temps, elle connaît déjà, de près ou de loin, la personne demandeuse. Cela empêche de mauvaises surprises plus tard. Mais il est déjà arrivé de devoir expulser des personnes, car elles ne respectaient aucune règle. Dès lors, La Baraque se réunit à nouveau. L’expulsion peut prendre des années, cela ne se fait pas sur un coup de tête. Tous les problèmes sont réglés en interne, aucun besoin d’aide extérieure tel que la police, un notaire, un avocat, les habitants se débrouillent eux-mêmes pour gérer leurs conflits, comme un quartier. Mis à part les habitations et les personnes qu’elles abritent, La Baraque ne gère rien d’autre. Néanmoins beaucoup de projets personnels se développent, comme des chèvres, des fours à pain... Des projets gérés par les personnes responsables, mais nullement par la communauté. Chaque projet est individuel, la communauté ne prend pas en charge la gestion de chacun. De petits groupes se mettent en place pour l’élaboration d’un projet, est convié qui veut participer. Une fois à l’intérieur de son habitation, cela ne regarde plus la communauté et n’a aucun droit de visite ou de regard dessus. On peut vivre à deux, trois, tout seul... Chaque famille vit indépendamment, chacun possède sa propre cuisine, ses propres sanitaires, etc. Toujours est-il qu’elles se retrouvent le dimanche dans l’espace commun, pour partager un bon repas. Ainsi se crée l’équilibre. Une seule et dernière communauté subsiste dans La Baraque, celle du terrain des Bulles. Chacun y possède une bulle avec son espace privatif et une bulle commune existe avec cuisine, salon, salle à manger... Un des avantages de La Baraque, quand on est chez soi et libre de mener chacun sa vie. Le véritable quartier de La Baraque entoure les habitations alternatives. Dans le passé, il y avait quelques maisons, une grande ferme ainsi qu’un ancien petit hameau. Maintenant, les fermes se sont transformées en logements, les activités ont changé. Au commencement, le contact fut un peu difficile, ils étaient vus comme des délinquants, semeurs de troubles.

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Maintenant, le contact avec le voisinage s’est nettement amélioré et est au beau fixe. Lorsque la ville de Louvain-La-Neuve était en pleine construction, l’Université est arrivée dans le quartier de la Baraque en voulant tout exproprier, maison y compris. Les habitants de ce hameau firent lutte et front commun avec les étudiants afin de garder leurs maisons et de sauvegarder le quartier. Deux crèches se situent en bordure du terrain, ce n’est pas le quartier de la Baraque qui les gère, mais une ASBL. Cela n’empêche pas qu’ils jouissent des terres de La Baraque et viennent s’y promener avec plaisir. Également, un magasin bio trouve sa place entre les roulottes, celui-ci non plus n’est pas géré par le quartier, mais par une ASBL. Il s’adresse aux habitants qui le désirent et à toute personne extérieure. La Fattoria, une ASBL inspirée d’une association italienne du même nom, qui vient en aide aux personnes handicapées ou en réinsertion sociale, est elle aussi gérée séparément de la communauté de La Baraque. Il en va de même pour les potagers communs, une centaine situés juste derrière la Fattoria, chacun géré par son propriétaire. La Baraque leur fournit l’eau grâce à leur station d’épuration et établirent un très bon contact entre eux. Beaucoup d’écoles viennent se balader sur les chemins de La Baraque : de Liège, de Bruxelles, d’Afrique, du Canada... Des enfants, mais des adultes également, car la zone bénéficie d’une bonne publicité, ici ou à l’étranger, par des anciens, ou par des amis. La commune envoie également de temps en temps, des sociologues et des architectes, visiter les lieux. Un habitant de la Baraque s’est déjà vu invité à participer à une journée au sujet de l’habitat léger, pour représenter La Baraque. Pour parler de la construction terre-paille, le fils de Jacques fut envoyé comme ambassadeur du quartier. C’est assez gratifiant, car on en appelle aux capacités de chacun qui sert de représentant au nom d’une communauté. Le nom de la Baraque est souvent cité en exemple. Actuellement, le terrain abrite des personnes de tout horizon, des personnes âgées, à faible revenu, des jeunes... pour un total d’une soixantaine de logements. La Baraque est devenue une véritable solution alternative, également pour des personnes n’ayant pas d’attache avec l’Université.

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Les médias sont gérés par les habitants eux-mêmes. Dans l’intérêt des deux parties, ils les reçoivent et leur fournissent les informations plutôt que de rester fermés. Cela ne renverrait pas une bonne image de La Baraque que de paraître sectaire. À l’époque, les étudiants qui s’établirent sur les terrains, ne se doutaient pas que quarante années plus tard, leur projet serait toujours en marche et même amélioré. L’imaginer à long terme, on ne pourrait pas l’affirmer. Qui sait ce qu’il adviendra de La Baraque dans cinquante ans ? Existera-t-elle encore ? Nul ne le sait. Le bon fonctionnement du projet, l’engouement croissant autour de celui-ci, laisse rêveur... Pragmatiquement, une telle utopie à plus grande échelle serait difficile. Déjà actuellement, gérer cent-trente personnes est loin d’être une tâche facile. D’autres lieux existent, comme une ferme belge abritant une quarantaine de personnes. Une autre ferme, sur la route de Jodoigne, loge six personnes. La réglementation est très floue à ce sujet. La seule condition à prendre réellement en compte lorsque l’on s’installe de cette façon, ce sont les voisins. Si l’attitude empruntée est respectueuse et que le voisinage est en accord avec les activités, alors il n’y aura pas de problème. Si l’attitude porte atteinte quotidiennement à la vie des voisins, alors il y aura un problème. On voit très mal ce genre d’installation pour cinq-cents voire mille personnes, ce n’est évidemment pas gérable. Le seul exemple connu par Jacques de projet à très grande échelle est en Hollande, une ville tout entière autogérée avec juste une ligne de tram, pas de voitures. Le mystère reste complet.... Pour le moment, il n’y a ni chef ni président, tout a lieu en réunion. Lorsqu’un habitant émet une volonté de changement, tel qu’une extension, un changement d’organisation dans la communauté, une proposition de projet, etc. ; une réunion est réclamée, les habitants sont invités à participer. Les habitants débattent, acceptent ou refusent la demande, ce qui ne rend inutile tout recours à la police. « Si tous les quartiers étaient comme vous, on serait tranquilles et en vacances tout le temps ! » s’exclama un jour un policier auprès de Jacques.

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Ces réunions ont l’avantage de rassembler un maximum d’habitants, un échange des savoirs s’opère entre eux. Si l’un d’eux construit une nouvelle partie à sa maison, les autres habitants lui proposent leur aide, lui suggèrent d’autres idées... Toutes les connaissances sont mises en commun. Pour faciliter l’organisation entre eux, ils décidèrent de subdiviser La Baraque en trois quartiers : Les Bulles (certaines d’entre elles datant d’une trentaine d’années), Le Jardin et Le Talus. Ces trois sous-quartiers prennent en charge les demandes localisées sur leur terrain, comme abattre un arbre, refaire les chemins, contrôler les acceptations... Pour les questions plus générales, les relations avec l’université ou la commune, cela se règle en « grand quartier » c’est-à-dire toute la Baraque. Hors de sa maison, cela appartient à la communauté et il revient à tous d’en prendre soin, d’aider à l’entretien de cet environnement partagé, comme tondre la pelouse, entretenir les chemins, couper du bois... Chacun ses charges, chacun sa part du travail. Personne n’est obligé de participer et de mettre la main à la pâte, il s’agit que chacun y trouve son rôle et participe à sa manière au bon état de marche de la vie en communauté de La Baraque. Mais il existe quelques règles de base à respecter, telles que : — Pas de véhicules dans le quartier, si ce n’est les pompiers (en cas d’enterrement, parfois c’est à bras d’homme ou de femme). — Les habitations ne se louent pas, elles sont prêtées. Au-delà de deux ans, le bien est vendu. — Pour éviter toute spéculation, si ce n’est la plus-value engendrée par les transformations de l’habitat, le prix des installations reste le même. La Baraque se trouve sur les terres de l’Université de Louvain-La-Neuve et rien ne leur est demandé quant à leur occupation. Jusqu’à présent, ils bénéficient d’un énorme soutien de l’université qui leur permit de rester sur le terrain à condition de ne pas dépasser les limites établies, c’est-à-dire les 3 périmètres des sous-quartiers.

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Afin de régulariser leur situation, dans les premières années, l’université leur demanda d’installer l’eau et l’électricité, ce qui fut fait avec l’aide de tous les habitants. Plus tard, suite à un incendie, l’université leur demanda de se mettre en règle au niveau des pompiers. Ce qui fut également fait, des bornes incendie avec des extincteurs furent installées sur les chemins. Les relations avec l’université sont optimales et constructives. Lorsqu’un problème surgit, il est résolu le plus vite possible. Ils n’ont aucun intérêt à entrer en lutte avec eux, car ils jouissent d’un terrain gratuitement avec une très large marge d’action dessus. Si un projet est prévu sur les terrains de La Baraque, les habitants consultent les autorités universitaires afin d’avoir leur accord, voir parfois des conseils. Jamais l’université n’est venue vers eux avec des projets par contre, elle se contente de vérifier de temps en temps si les limites ne sont pas dépassées. Par exemple, pour le chantier d’un parking de cinq étages et du futur RER, se construisant en partie sur le terrain du sous-quartier du Jardin, l’UCL dut exproprier trois habitations. Dans un souci de bonne entente et de maintien du logement des personnes expropriées, l’université leur fournit un autre bout de terre afin de se reloger confortablement dans La Baraque. Autre exemple, pour l’installation d’une station d’épuration d’eau, de nouveau, les autorités universitaires ont légué un bout de terrain pour l’installation de celle-ci. Aujourd’hui, l’Université de Louvain-La-Neuve aimerait que le quartier alternatif sorte de l’irrégularité, tout en respectant l’esprit communautaire de ce projet, en vue de l’obtention d’un droit réel sur ce terrain. La ville connaît une pression croissante et insistante de la part des promoteurs immobiliers. La construction de nouveaux logements ainsi qu’une desserte de qualité pour ceux-ci sont envisagées dans le quartier de la Baraque. En cela, la ville veut pouvoir sécuriser cette zone, en rompre l’isolement et en régulariser la situation. Dès lors, l’université leur propose de constituer en ASBL. Ainsi La Baraque deviendrait locatrice à très bon prix du terrain sur lequel elle se trouve déjà. Cela permettrait de les protéger des menaces extérieures durant cinquante ans au minimum, durée du bail. Que gagneraient-ils en tant qu’ASBL ? En proposant de créer une ASBL de gestion de l’habitat alternatif, l’université leur permettra de demander des permis d’urbanisme en rapport avec l’existant, d’élaborer des règles d’urbanisme typiques du lieu, d’adapter la réglementation

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communale en faveur du projet et de son environnement, etc. Une entité officielle qui servirait de relais entre la communauté et les pouvoirs publics de la Région, empêchant ainsi que la gestion du quartier ne soit qu’entre les mains d’une seule des parties. La future transformation de La Baraque en une ASBL sera un parfait outil pour les habitants. Des démarches plus systématiques, des statuts clairs... Mais actuellement cela marche très bien comme ça, c’est à voir. Ils examinent d’abord l’état des choses et envisagent deux personnes administrativement reconnues par l’ASBL, par sous — quartier. Cela permettrait de fixer et clarifier, mais aussi, peut-être, de manquer de souplesse par rapport au projet. Que cela soit en reflet des idéaux de la Baraque, c’est cela le plus difficile. Une grande peine des habitants de constructions légères telle que La Baraque est la réglementation au sujet des yourtes, roulottes, etc. Elle est très imprécise et inadéquate. Cela dépend de chaque juridiction, de ci, de ça... Pour loger un habitat « plume » en Wallonie, un permis d’urbanisme est requis. Un permis qui ne correspond pas aux caractéristiques de ce type d’habitat, ce qui engendre de nombreux refus de la commune et déceptions auprès des futurs habitants. On ne sait compter que sur un seul facteur, une bonne entente avec les voisins, et les autorités. Dans ces cas-là, l’établissement de l’habitat est possible, mais reste peu sûr. Si l’habitat plume venait à être régularisé dans la législation actuelle, cela permettrait sans doute aux gens de, fondamentalement, s’y intéresser. « La Baraque a été faite une fois, elle peut être répétée ailleurs, c’est aux gens de prendre l’initiative et les outils ! » L’espoir est là, la Région Wallonne commence à s’intéresser à l’habitat léger. Notamment, elle fait partie de groupe participant à la construction de ce type de logement. En définitive, c’est l’urbanisme qui est le plus rigide et difficile à convaincre. À la base, le projet de la Fattoria, soutenue par le journal Le Soir, était un projet de deux simples abris de jardin en bois. Le résultat est... complètement différent et bien mieux agencé, en réponse aux exigences réalistes de l’ASBL. Lorsque l’agent de l’urbanisme passa pour vérifier la bonne exécution du projet, il n’émit pas de remarques ni même d’amendes, qui fut

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totalement accepté... L’ancienneté de La Baraque a sans doute pesé dans la balance, mais cela démontre la fragilité de cette technique, qui n’aboutit qu’une fois sur deux. En règle générale, les mentalités ne sont encore que peu ouvertes à ce genre d’établissement. Il est de coutume d’avoir « chacun sa maison, son jardin, sa haie... ça fait de petits jardins de rien du tout, une perte de place incroyable ! » s’esclaffe Jacques. À La Baraque, s’ils bénéficient d’un grand espace, c’est parce ce qu’ils ont les frontières entre les gens et effacé les automatismes de propriétaire. Cette attitude du « chacun chez soi » est propre à notre pays, à notre société et à notre culture. Sous d’autres latitudes et notamment en Afrique, tout est commun, les clôtures n’existent pas. Dans nos régions, chacun a besoin de posséder, avoir ses propres richesses. Les gens regardent dans le jardin de leurs voisins et n’hésitent pas à dénoncer toute activité sortant de la norme... Une mentalité tout à fait absurde, qui appauvrit les esprits et les espaces. Il faut changer les mentalités, les individus, vers une vision différente.

Community Land Trust (CLT) Brussels Le Community Land Trust, ce modèle d’accession à la propriété, venu des USA, a inspiré les années 1970. À cette période, le foncier coûtait bien trop cher aux personnes à faible revenu et être propriétaire était quasiment impossible. De là est né le Community Land Trust, façonné par Bob Swan et Slater King, pour une société plus égalitaire. Les penseurs de l’époque voyaient dans « L’accès individuel à la propriété les causes de la pauvreté et de l’injustice, et dans la collectivisation des terres une base pour une meilleure société. » (Site du Community Land Trust Brussels, en un peu plus de mots). La formule connut des heures de gloire en ces temps passés, puis, oubliée un temps sur l’autel de l’industrialisation et de la mondialisation, le modèle revient, à Bruxelles cette fois. Dans les bureaux du CLT Brussels Rue Verheyden, je m’installe à la grande table de la salle à manger et m’entretiens avec Thibault et Yseult, membres de l’équipe. Le projet du Community Land Trust Brussels fut élaboré par une plateforme d’une vingtaine de membres, venue des initiatives du secteur associatif, organismes en lien avec le logement, des groupes épargne... Tout un

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mélange actif dans l’aide aux personnes. L’élaboration du programme CLT connut plusieurs étapes. Historiquement, le CLT Brussels fut élaboré à la suite du projet Espoir, une maison à Molenbeek habitée par 14 ménages qui construisirent leur propre logement. Un immeuble passif peut être même le 1er immeuble de logements passif de la Région Bruxelles Capitale, qui permettait à des ménages primoarrivants de devenir propriétaires. Le projet, qui tourne autour de l’aide à la propriété, des ménages à bas revenus, des ménages exclus du système de la propriété classique, avait été réfléchi dans le cadre de l’Espoir avec la maison de quartier Bonne Vie, Le Cire, un groupe d’épargne collective et en partenariat avec le Fonds de Logements (maître d’ouvrage) et l’organisme de crédit des familles. Ce fut un succès à divers niveaux, mais une fois terminé, les associations se rendirent compte qu’il y avait eu beaucoup plus d’investissements de leur part, voire des pouvoirs publics. Finalement, les ménages payèrent peu par rapport à l’énergie déployée par le reste des acteurs, ce qui est tout à fait défendable, ils le méritaient dans une construction de la ville. Ce qui était dommage, lorsqu’ils eurent à vendre, leur logement fut au prix du marché et s’adressait à des gens plus aisés financièrement. Dans quelques générations, une rotation aura lieu, les nouveaux habitants n’auront pas du tout besoin de l’aide des organismes compétents en la matière, ni des pouvoirs publics et ainsi, capitaliseront la plus-value et l’énergie des associations. C’est une sorte de coup d’épée dans l’eau, l’encadrement et le soutien des pouvoirs publics furent un peu brouillons... L’Espoir permit donc de tirer un diagnostic de ce qui fonctionnait ou pas dans le projet. Le constat fut un réel besoin des ménages de devenir propriétaires, mais il n’existait pas de solution concrète... Comme la solution se devait d’éviter que les investissements des pouvoirs publics disparaissent, ils élaborèrent une nouvelle solution, un nouveau projet qui reproduit quasiment ce modèle d’accession à la propriété et assure une pérennité du subside public pour les projets futurs. Le modèle du Community Land Trust aux USA semblait une bonne piste à suivre. À l’époque, la plateforme associative obtint un subside pour élaborer une étude de faisabilité afin de

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comprendre en quoi le modèle répondait aux besoins bruxellois, et comment le transposer juridiquement, financièrement dans Bruxelles. Existait-il des projets où on pouvait imaginer cela ? Cinq projets furent ciblés pour appliquer un CLT. Sur le modèle de l’Espoir, et la bonne publicité faite autour du concept de CLT ; le CLT de Burlington reçut le prix mondial du meilleur habitat par l’ONU en 2008 ; les gens de la plateforme associative ainsi que les personnes intéressées par la question du logement, voyant les bénéfices et les faiblesses de l’Espoir, se penchèrent sur le modèle du CLT et son système de verrouillage des subsides, et lièrent les deux. Beaucoup de rencontres eurent lieu, notamment aux États-Unis avec les porteurs du projet américain, mais également à Bruxelles avec les associations, la plateforme unissant tous les acteurs futurs du CLT bruxellois (Convivence, Bonne Vie...). Des acteurs vraiment actifs dans le logement à Bruxelles, qui ont servi à la réflexion citoyenne et se sont mobilisés pour faire émerger et défendre le modèle du CLT dans la capitale européenne. En 2010, la plateforme reçut un subside pour une étude de faisabilité. Une série de travailleurs mobilisés pour approuver ce modèle, qui aboutit à la création d’une ASBL, le CLT Brussels, dont les fondateurs sont essentiellement issus des associations de la plateforme. Ils bénéficièrent d’un bon relais auprès des pouvoirs publics. Au sein du précédent cabinet du secrétaire d’État au Logement de Doulkéridis, l’un ou l’autre travailleur sensible à la question, put servir de porte-parole. Il eut une véritable émulation collective autour de la réflexion du CLT qui aboutit, en 2012, à la reconnaissance de celui-ci. Une fois la démarche du CLT reconnue, ces pistes de l’étude de faisabilité furent étudiées plus avant, certaines furent abandonnées tandis que d’autres furent plus poussées. Les premiers habitants furent choisis arbitrairement, certains d’entre eux purent s’impliquer dans le conseil d’administration, dans des groupes de travail spécifiques... Petit à petit, le projet CLT s’est restructuré et mieux défini, il fallut mettre des barrières plus cadrées, une liste de candidats propriétaires fut créée et les candidats durent respecter une procédure. Une fois intégrés, ils font partie d’office de l’assemblée générale, durant laquelle les

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administrateurs sont élus : un tiers occupé par les habitants, un tiers par les pouvoirs publics et un tiers par la société civile. Ce conseil d’administration tripartite a été mis en place fin 2013 - début 2014. Au départ, le travail se faisait en collaboration avec le CEEAC, une association de la plateforme, puis le travail commença avec les habitants et s’ouvrit ensuite à d’autres habitants que ceux choisis pour habiter le CLT. Pendant deux ans, énormément de chantiers furent initiés et aujourd’hui, la liste de candidats est véritablement structurée, les habitants sont complètement intégrés au processus, une base solide a été mise en place ainsi qu’une structure effective pour que cela soit le plus transparent et le plus procédurier possible. Par rapport aux « Trust » des États-Unis, de nombreuses choses se sont alignées (formule de revente, constitution d’un conseil d’administration tripartite...) et sur les grands principes. Sur le fonctionnement du conseil d’administration, ils se sont alignés plus sur l’expérience que possédait chacun des acteurs du logement en Belgique. Par exemple, l’implication des habitants dans la liste d’attente est basée sur ce qui se passe dans le logement social. Les expériences diverses furent cherchées ailleurs, mais ne proviennent pas toujours des CLT américains... Les différentes valeurs prônées par le CLT sont évidemment, en premier, le droit au logement. Presque tous les acteurs associatifs et habitants militent pour le droit au logement. L’art. 23 de la constitution belge est sans conséquence concrètes, car il n’est pas réellement applicable, c’est une déclaration de principe, une valeur fondamentale. Le modèle est reconnu uniquement comme un outil de logement social acquisitif et seulement pour les ménages à bas revenus dans les conditions d’accès au logement social. Mais également, le principe de base dans les projets CLT, la scission entre le foncier et le bâti. De là découle le fait que la propriété reste toujours propriété de l’association d’utilité publique, le CLT. Ce qui permet de faire à long terme, des logements anti-spéculatifs qui, de génération en génération, sont habitables par des familles à faibles revenus.

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Enfin et c’est essentiel, le Community Land trust réclame une relation avec le quartier, c’est un objectif indiscutable et bénéfique pour l’émancipation des habitants qui, de cette façon, participent à la co-construction du quartier. À propos du futur, bien qu’on ne puisse pas parler d’un mouvement d’une génération, à petite échelle et au sein de ce milieu, le Community Land Trust est quelque chose de très médiatique et partagé. Le modèle CLT, tous les acteurs du logement en ont entendu parler. De plus en plus de gens pensent à le faire, le CLT Brussels est le premier en Europe, beaucoup de contacts s’établissent et fleurissent aux quatre coins du continent. Même si le modèle nécessite d’être transposé du modèle américain en droit européen afin d’être tout à fait cohérent, le besoin de se faire connaître est palpable. Cela ne bénéficie non seulement pas juste à Bruxelles, mais à énormément de villes qui ressentent le besoin de permettre à des ménages à bas revenus de devenir propriétaire ou plus couramment, permettre à des ménages de classe moyenne de se réinsérer dans la ville. Les politiques des villes se rendent compte que le foncier est l’outil indispensable pour garder une certaine maîtrise sur la politique du logement. Le CLT est une réponse réelle à un besoin qui dépasse largement Bruxelles. Les années 20102020, tous les pays avec des droits civils seront riches sur la réflexion sur d’autres formes de propriété et le CLT fournit une réponse à plein d’enjeux. Il est très facilement duplicable et transposable, comparé à La Baraque, qui l’est plus difficilement, car il faut pouvoir gérer tous les enjeux de la ville derrière. Est-ce que le CLT Brussels et ses membres aurait-il été influencé par la théorie des communs, d’Elinor Ostrom ? Oui et non ; Thibault n’a jamais proprement lu Elinor Ostrom, mais, la théorie des biens communs est une vague sous — jacente du CLT. Parmi les porteurs du projet initial du CLT Brussels, on retrouve Thomas Dawance ou Geert De Pauw, deux personnes très impliquées dans les mouvements des communs, notamment le common Josaphat, un projet de réappropriation de l’espace urbain par les habitants, visant à réutiliser la friche près du parc Josaphat, ancienne friche SNCB.

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En Belgique, la théorie des biens communs est un des axes par lequel le modèle du CLT est entré dans le discours public, dans le discours de la société civile, pour réclamer une autre forme de faire la ville ou de la penser. La théorie n’est pas plus appliquée ici, mais philosophiquement la théorie des communs touche très fort les parties prenantes du modèle CLT bruxellois. Actuellement, au niveau du discours, la société civile, au sens large en Belgique, est de plus en plus présente. Ce qui n’est pas spécialement le cas dans le modèle du CLT américain, lui est plus issu des droits civiques, du mouvement pour la taxe foncière unique, la théorie des biens communs y est moins présente, même si la réflexion quant à la propriété est toujours présente. De par sa reconnaissance par le gouvernement, le CLT répond à de réelles attentes envers ses futurs habitants, mais également envers des acteurs extérieurs, notamment via les contrats de quartier. La commune y est impliquée selon la localisation du projet. Pour le moment CLT Brussels est actif dans plusieurs contrats de quartier de Bruxelles : le contrat de quartier de Biestebroeck entre La Roue et le canal, celui de Saint-Denis à Forest, éventuellement pour de futurs logements CLT, ou encore celui de Maelbeek où malheureusement pour des raisons techniques comme l’expropriation, le projet CLT est en stand-by, à Transvaal un contrat de quartier qui est terminé, mais qui à la base prévoyait de faire un CLT, ils essaient d’en faire un hors contrat de quartier. Et aussi celui de Masui et de Scheut - Rue Verbeke . Ils travaillent quasiment tout le temps via des contrats de quartier. Commune, habitants, pouvoirs publics... Mais également plusieurs associations partenaires s’impliquent. Plusieurs d’entre elles, faisant partie du réseau Habitat, travaillent très fort dans ce cadre-là, car c’est leur mission, c’est-à-dire permettre à des ménages à bas revenus de devenir propriétaires. C’est aussi permettre à des ménages à bas revenu de réfléchir sur leur logement. C’est la mission de plusieurs associations telle que La Rue, Convivence, Le Cire, Bonne Vie... Elles travaillent avec le CLT pour compléter l’accompagnement, aider à encadrer les gens. Le travail avec les associations est un des partenariats les plus importants. En parallèle, ils reçoivent beaucoup de soutien et d’intérêt de la part des écoles d’architecture également. Le CLT est assez bien intégré dans le panorama du logement à Bruxelles, moins

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hors de la capitale, à part les CLT de Gand, plateforme Wallonie, Paris, Lille, CLT France. De tels partenariats témoignent d’une grande ouverture vers l’extérieur. Au sein du Community Land Trust, ce n’est pas tout à fait identique. L’objectif est que cela soit le plus ouvert possible évidemment, personne n’est refusé a priori. Mais être dans les conditions d’accès au logement social est la seule condition nécessaire. Une fois candidat, il faut habiter dans son logement et résider en Belgique. Le CLT reste néanmoins ouvert à tous, via le conseil d’administration tripartite entre autres. Récemment, le conseil d’administration a demandé une réflexion sur les personnes à mobilité réduite pour promouvoir et réfléchir quant au nombre de logements PMR dans un CLT, faut-il un pourcentage ou une moyenne... Quant au reste de la diversité, il pourrait y avoir quelque chose de spécifique pour les personnes âgées. Une réflexion est à mener peut-être quant à un quota de personnes d’horizon différent. Dans les programmes architecturaux, ils essaient de diversifier les grandeurs et les catégories d’appartements (catégorie A/B/C/D) selon le type de revenu et la situation du ménage. Dans cette tranche de gens demandeuse d’un logement social, il y a différentes catégories : des gens à très bas revenus et certains à la limite d’y avoir accès. À ce moment-là, une mixité s’opère au sein du CLT. La principale diffusion du projet se fait par le biais du bouche-à-oreille pour le moment, via des partenaires. En conséquence, certains groupes sociaux sont sans doute plus représentés que d’autres. Sur le plus long terme, on pourrait imaginer une plus grande mixité sociale. Beaucoup de liens s’opèrent entre la collectivité et le quidam, l’objectif est que chaque individu, candidat propriétaire ou propriétaire est de toute façon membre de l’association et peut s’impliquer à différents niveaux, autant dans le conseil d’administration, dans l’AG, ou dans des projets spécifiques. Ils s’efforcent pour qu’il y ait le lien le plus grand possible entre chaque habitant, mais aussi entre chaque association partenaire, pour favoriser l’implication de tous, car c’est un projet qu’il appartient à tout le monde.

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Comment ? Concrètement, pour l’instant il n’y a pas encore de réels habitants, c’est toujours en conception. Les assemblées générales se veulent le plus participatives possible. Ils établissent souvent des groupes de travail pour réfléchir à certaines questions spécifiques, cela doit aboutir durant l’année. Les candidats sont mobilisés pour réfléchir à la copropriété, comment la gérer, comment gérer l’implication dans le quartier, les liens avec le voisinage, réfléchir comment faire tel jardin... Permettre à tout le monde de s’impliquer d’une manière ou d’une autre ou devenir membre bénévole. Le CLT fonctionne grâce à des marchés publics, qui se veulent le plus objectifs possible, il est difficile d’imaginer, avec le fonctionnement actuel, que le projet soit piloté que par les habitants. À terme, des solutions pourraient être imaginées pour que l’habitant ou le membre bénévole puisse intervenir sur, par exemple, la finalisation. Peut-être obtenir des choses plus brutes que ce qui existe sur le marché public, la finalisation serait faite collectivement. Mais à nouveau, ils manquent de recul et d’expérience, car aucun projet n’est encore terminé. L’échelle des projets ne se veut pas volontairement plus humaine pour autant. Les immeubles vont de 7 à 32 logements, ce qui est moyennement humain, mais ils sont certainement à une échelle beaucoup plus humaine que la grande majorité des acteurs de l’habitat, de l’habitat public à Bruxelles. La preuve est qu’ils travaillent sur des terrains qui n’intéressent personne sauf eux, des terrains de 15 logements par exemple. Pour les autres, c’est beaucoup de complications engendrées par le choix d’un tel terrain. Entreprendre une rénovation d’un bâtiment pour si peu de logements, a un côté un peu absurde. En même temps, il faut bien que ce bâtiment serve à quelque chose, plutôt que de rester abandonné et désaffecté. Cela permet une plus — value sociale, mais qui financièrement, est difficile à supporter, il faut beaucoup de bonne volonté. Cela démontre qu’économiquement, ce genre de projet n’est pas forcément pertinent, mais il permet de favoriser le tissu social, la qualité du bâti et du patrimoine urbain qui existent déjà. Comme cité plus haut, le Community Land Trust fonctionne avec le service public. De par son statut d’ASBL reconnue par le ministre du Logement, il existe obligatoirement une hiérarchie organisationnelle. Il existe de nombreuses procédures, une structure existante pour

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les employés et surtout, des comptes à rendre vis-à-vis des différents pouvoirs publics, avec une obligation de transparence par rapport aux candidats propriétaires, bref une structure très administrée. Les habitants entre eux, quand ils sont sélectionnés pour participer à un futur projet, signent le règlement du groupe Projet, à travers lequel ils s’engagent à assister à un certain nombre de réunions. Quand ils n’y participent pas, ils doivent verser une épargne collectivisée. Tous les mois par exemple, ils versent 80 € sur le compte du groupe Projet, qui servira à la fin pour le projet construit. Avec tout l’argent collecté, ils choisissent de le répartir entre eux ou de mener un projet tous ensemble, dans l’intérêt de la communauté. Il existe un règlement qui régit les membres du groupe Projet entre eux, et évidemment, dans une copropriété, il existe également une réglementation entre copropriétaires. Une copropriété classique cela dit qui peut-être aménagée selon les situations. Chaque habitant est membre de l’association et libre de donner son avis quant à la structure générale du CLT, quant à la gestion, à la direction... Le CLT, comme une ASBL l’oblige, organise deux assemblées générales par an, chacune dure une après-midi. En même temps, se déroulent des ateliers. On peut difficilement demander plus aux gens, et les mobiliser plus longtemps. Tout le long de l’année, des réunions sont organisées auxquelles les gens sont invités à participer. S’ils font partie du groupe Projet, ils peuvent se réunir très régulièrement, s’ils sont juste candidats propriétaires, des formations sont organisées afin d’avoir un aperçu quant à la copropriété, le vivre ensemble. Effectivement, dès qu’un projet est concret, les candidats de la liste d’attente sont invités à participer. Lorsqu’ils répondent à l’affirmative, un groupe projet est formé avec les personnes intéressées. C’est seulement à ce moment-là que les futurs habitants sont vraiment impliqués, grâce à des ateliers d’architecture, pour une dynamique plus participative. En amont c’est trop tôt, un des reproches qui pourrait leur être adressé est que ce genre de projet prend du temps. Est-ce qu’il est utile d’impliquer déjà si tôt, dés le départ les habitants ? On ne demande jamais autant d’implication à quelqu’un qui achète sur le marché. Ici on leur en demande

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plus, on les forme à devenir propriétaire, c’est quelque chose d’utile et d’essentiel pour eux finalement. Cela participe à leur émancipation globale, ils s’approprient un vocabulaire architectural, ils « grandissent » en termes d’expérience et d’expertise de choix d’immeuble. Les personnes, à qui s’adresse le CLT, en majorité, ne sont pas les plus au courant du langage architectural et immobilier voire ne savent ni lire à écrire. C’est une chose à prendre en compte dans la communication, lors des réunions. Dans le panel des futurs candidats, on note une diversité de niveaux dans les gens qui s’intéressent au CLT, il faut développer de bons outils pour les personnes et pour la compréhension de tous. Également, les moyens de diffusion sont à penser, car les trois quarts des candidats ne possèdent pas d’ordinateur et n’ont pas accès à Internet. Il faut des outils très diversifiés. Cela vient des personnes elles-mêmes, une certaine motivation et implication des futurs propriétaires est attendue. Dans ce cadre-là, les futurs habitants sont impliqués suffisamment tôt dans l’élaboration du projet. Parfois, ils sont impliqués depuis 3 ans déjà et l’entrepreneur n’est pas encore choisi, les travaux n’ont pas encore commencé... il faut attendre encore un an et demi avant que cela se concrétise. Ils comprennent certes de mieux en mieux, mais toutes les procédures sont fastidieuses. C’est très lourd pour des gens, dans des situations de logement précaire. Durant ce temps-là, les gens continuent à connaître des difficultés dans leur logement, c’est réellement épuisant. Si le projet n’arrive pas à être finalisé, dans les quelques mois, il faut l’abandonner sinon les habitants s’essoufflent. C’est une faiblesse du projet. Éventuellement, à l’avenir, les habitants seront impliqués plus tard quitte à ce qu’ils ne se familiarisent pas autant avec le langage architectural. Ils arriveraient dans un projet avec un agenda plus raisonnable en termes de projet de vie. Plusieurs faiblesses existent, mais celle-là revient souvent aux oreilles de l’ASBL. La longueur du projet se retrouve aussi dans les projets d’habitat groupé. Des surprises peuvent arriver à la fin, comme dans les projets d’habitat groupé, mais dans le cas des CLT, les ménages possèdent de moindres moyens financiers, ils seront moins flexibles au changement.

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La différence entre des habitats groupés et le CLT réside dans plusieurs points : la composition tripartite, la revente anti-spéculative en permanence, le fait de s’adresser à des personnes n’ayant pas accès à la propriété, être un organisme qui respecte des critères publics... sont des caractéristiques du Community Land Trust. En habitat groupé, les ménages peuvent coopter eux-mêmes. Le CLT est très réglementé, expressément. Les critères de sélection sont plus cadenassés, les choix sont plus transparents et arbitraires, pour éviter que quelqu’un ait l’impression d’être rejeté pour de mauvaises raisons. De fait, une des qualités est d’empêcher le rejet social, il est possible de participer après à des projets dans le trust... C’est l’objectif vers lequel ils voudraient tendre, mais, encore une fois, en pratique ils n’ont pas encore assez de recul. Une chose est sûre, il existe une différence entre locataire et propriétaire. Lorsque l’on possède un bien, un plus grand soin et importance sont accordés au maintien de la qualité du logement, mais aussi à la dynamique du quartier. Ils s’en rendent comptent et les études le montrent, que les personnes propriétaires ont plus tendance à organiser des fêtes de quartier, à vouloir avoir des démarches citoyennes proactives. Ils savent qu’ils sont là pour très longtemps, ils sont chez eux, leurs enfants grandissent là, on ne va pas les mettre dehors. Par conséquent, les habitants s’impliquent et s’approprient beaucoup plus le quartier. C’est un impact collectif important, mais ce n’est pas du tout certain qu’entre eux tout soit parfait. Les tensions de copropriété et du vivre ensemble ne sont pas plus faciles dans un CLT qu’ailleurs, même si on connaît mieux les gens au départ. Dans son ensemble, cela apporte une vraie plus-value au quartier. Dès lors, devant tant de points positifs, peut-on imaginer ce type de projet à plus grande échelle et à plus long terme ? Fondamentalement, c’est le but. Le CLT est un outil, à Bruxelles, de logement social et public. Cela nécessite une volonté des pouvoirs publics, pour peu que ceux-ci le veuillent. En termes de coût, c’est très raisonnable par rapport à d’autres formes d’accessions à la propriété. C’est l’outil le moins cher à long terme pour les pouvoirs publics. Cela coûte beaucoup moins cher que du logement social locatif, moins cher que d’autres formes à la propriété auxquelles on fournit des subsides puis un autre puis un autre...

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Malgré tout, une volonté publique est nécessaire à l’élaboration d’un CLT, celui-ci est dépendant des pouvoirs publics, c’est un outil de la politique du logement. Un outil qui manque encore de distance pour tirer des leçons. Idéalement, il faudrait faire des évaluations de ce qui fonctionne bien et moins bien. L’évolution est quotidienne, les choses devraient être améliorées. À chaque fois, c’est une première étape à une première chose, c’est encore en construction. Une des choses à changer importante sans doute, serait l’implication des candidats propriétaires qui sera peut être revue à l’avenir, pour essayer d’être plus adéquate par rapport avec ce qu’on peut leur demander, et ne pas dépenser trop d’énergie pour quelque chose sur lequel ils n’ont qu’un impact marginal. Pour l’instant, l’implication des candidats propriétaires pose question, car c’est une volonté forte du CLT, de permettre de participer à la construction de leur logement, mais en même temps toutes les difficultés que cela implique, sont peut-être trop importantes par rapport à la plus-value que cela apporte. On peut éviter les dérives c’est-à-dire empêcher un bâtiment entièrement technocratique, dans lequel personne ne se voit vivre, il y a quand même la voix de l’habitant potentiel. On entend la décision, mais cela ne serait pas forcément l’organe de décision final, mais via un partenariat, pas forcément le CLT, parfois du domaine public. Cela sera toujours dans l’intérêt des futurs habitants, le projet leur appartient, il est fait pour eux et par eux. Ce sont eux les administrateurs et c’est à eux que le CLT doit rendre des comptes. Le Community Land Trust a déjà beaucoup contribué à modifier la perception qu’ont la plupart des acteurs du logement public bruxellois, de ce que sont la participation des habitants, la prise en compte des avis des habitants, de la manière dont on peut travailler avec des ménages pour penser des logements... Ce qu’il faudrait encore modifier, c’est qu’à la base le CLT a été créé rapidement, mais sans avoir tous les outils à disposition pour pouvoir fonctionner pleinement dont d’autres acteurs du logement bénéficient, mais pas le CLT. Il faudrait rentrer structurellement dans le CLT pour qu’il puisse posséder la même latitude qu’un acteur classique du logement en Région de Bruxelles-Capitale, pour avoir une pleine autonomie et avancer.

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Cela nécessite une évaluation sur ce qui est fait, pour connaître quoi changer dans le cadre légal afin qu’il soit adéquat, savoir où les limites doivent être posées. Pareillement pour le modèle de financement, qui actuellement possède beaucoup de lacunes et contraint à devoir faire toute une série de démarches peu confortables et peu efficaces. Il ne faudrait pas que le modèle soit supprimé par les pouvoirs publics en raison de la nonadéquation du cadre légal actuel, malgré l’efficacité potentielle qu’ils pourraient avoir dans le futur. Il leur faudrait plus de souplesse aux entournures, qu’on puisse mieux évoluer une fois que le modèle sera bien appuyé. La nouvelle ministre du Logement soutient, mais de l’avis général du nouveau gouvernement, l’avis est très mitigé, des avis de principe pas forcément justes. Une fois l’expérience concrétisée, cela pourrait faire changer l’opinion publique et les esprits de chacun. Ce qui est très important à faire évoluer dans les mentalités, que les gens comprennent et acceptent la dissociation, le démembrement de la propriété entre le bâti et le sol. Pour le moment, le CLT s’adresse à des gens qui n’ont pas accès à la propriété, sans ça, ils n’auraient pas cette opportunité, ils sont donc prêts à tout. Pour que le projet soit disséminé, reproductible et touche un public plus large, même dans le logement social avec des gens qui ont plus de moyens, il faudrait que ce démembrement de la propriété et du sol rentre dans les mœurs. Ici, le public le plus aisé qui est touché pourrait devenir propriétaire dans le marché acquisitif traditionnel s’il le désirait. Ils doivent faire un choix entre : acheter un logement pas tout à fait adapté à leur famille, pas de qualité optimale, et être plein propriétaire ou acheter un logement CLT pour le même prix tout à fait adapté, neuf, passif ou très basse énergie, où il n’est pas plein propriétaire et où il ne bénéficie pas de la plus-value s’il revend son logement. Faire comprendre cela est un peu difficile, convaincre que le modèle CLT est intéressant et reconnaître que les intérêts sont ailleurs et ne sont pas forcément les mêmes.

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Une nouvelle ressource en partage ? Chacune de ces réalités aborde une manière de s’approprier le sol en tant que bien commun. Elles ne remplissent pas les mêmes critères, n’agissent pas dans les mêmes dimensions, ni même ne s’adressent au même public. Mais elles démontrent toutes que la société actuelle remet en question les cadres établis. Une prise de conscience de nos réels besoins vitaux, tels que l’habitat, éclaire la jungle de préceptes occidentaux et dégage des pistes. Certaines sont pauvres, d’autres sont ingénieuses. Ce n’est qu’en se risquant, et en tombant parfois, à de nouvelles expériences que nous dépassons cette zone de confort irrationnelle.

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Du sens commun


Politiques et obstacles À la lecture de chaque projet, on peut sensiblement détecter pour qui et comment agissent ces différentes initiatives. La Communa, de par sa jeunesse et son instabilité d’occupation, tient un discours moins confiant quant à l’éventuelle amélioration des institutions publiques. Les faits sont remis en question plus systématiquement et la cadence des projets est plus rythmée, au contraire de la Baraque. Celle-ci détient moins d’explications dans son élocution pour expliquer son élaboration, de subtils changements opèrent dans leur démarche, mais celle-ci reste majoritairement établie. Le Community Land Trust, quant à lui, exprime des principes clairs et des buts précis, malgré une absence de retour, car encore trop récent. Il est clair que ce dernier possède un langage affiné en la matière, l’équipe entourant le modèle étant plus qualifiée. Néanmoins, chaque action remplit ces objectifs et reste ouverte à de quelconques changements pour un meilleur fonctionnement dans leur entreprise. Toutes militent pour un logement anti-spéculatif, source de déficit de logement à Bruxelles. La Communa y parvient via l’occupation de propriétés délaissées. La Baraque, par l’autoconstruction, dans une logique d’autonomie et d’entre-aide de la communauté. Le CLT, lui, réussit à prouver aux pouvoirs publics, l’efficacité et la pérennité de son fonctionnement. Concernant le quartier de La Baraque, celui-ci se distingue des autres. Cette alternative ne répond pas réellement aux besoins d’une population précarisée. Ne connaissant pas la constitution de chacun des ménages habitant sur le terrain, conclure qu’aucun d’eux n’a vécu ou ne vit encore de difficultés de logements serait abusif. Cependant, le mécanisme de sélection des habitants ne semble pas dénué de subjectivité. Il est dommage de constater que la diversité n’est pas tout à fait recherchée, cela enrichirait notablement le fonctionnement du quartier. La logique d’appropriation de l’espace, quant à elle, est tout à fait louable et illustre l’incohérence de la réglementation en matière d’urbanisme et de logement, au sujet de l’habitat léger. Fort heureusement pour eux, le propriétaire du terrain, l’Université de Louvain-

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La-Neuve, semblait enclin aux expérimentations de par sa relative ouverture d’esprit au sujet. Malgré tout, le constat est que La Baraque est l’expérience la plus ancrée et stable dans son milieu, sur les trois présentées. La Communa présente, elle, une grande mixité sociale et culturelle, un atout non négligeable dans ce genre de projet. L’accent fut mis dés le départ sur le métissage des habitants. Cela leur confère un point de vue pluraliste et ouvert, mais peut-être encore trop hésitant. Cependant, l’écriture d’un manifeste, une brochure détaillée, un site Internet, une multitude de projets en construction... la Communa a su mettre toutes les chances de son côté pour prouver sa légitimité, auprès de qui ? Auprès des privés, des associations et de la société civile, mais peu auprès des représentants publics. Sans doute écœurés par un système qui n’a toujours pas su faire ses preuves quant à une politique du logement correcte, les squatteurs mènent leur barque et jusqu’ici avec brio. Il est à espérer que dans le futur, plus de liens s’établiront de l’initiative du gouvernement, mais aussi des citoyens, des riverains de ces installations. La stigmatisation de leur occupation ne provient pas seulement de l’état, mais également de l’entourage. L’occupation précaire et temporaire constitue un véritable levier pour un quartier, en recherche d’activités. Un bémol à cette alternative pétillante, son éphémérité, souvent citée durant l’entrevue. De nouvelles trajectoires se dessinent pour pallier à cela. Une remise en question encore théorique de la propriété qui pourrait aboutir à une mise en pratique porteuse d’espoir. Le Community Land Trust, la plus soutenue des trois alternatives, a développé une énergie et une mobilisation importante autour de ces projets. L’équipe avance ensemble et en collaboration avec d’autres associations. Une formation solide, qui résistera sûrement aux différents assauts. Il est de tout même dommage de ne pas avoir acquis suffisamment de recul pour évaluer les capacités du modèle. Mais ce désappointement est plus synonyme de curiosité que de réelle déception. Seulement, le manque de distance rend le CLT de Bruxelles encore trop fragile que pour posséder un réel poids dans la balance de la politique du logement. L’accompagnement des futurs habitants tout au long du chantier néanmoins, parfois trop long — est une force pour une efficacité concrète dans le processus d’aide

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aux personnes demandeuses de logement. Inclure toutes les parties prenantes dans le mécanisme en offrant au final, un espace ouvert à toute personne et à tout usage, engendre un avis favorable et encourageant quant à une participation des institutions publiques, malheureusement encore trop rigides aux yeux du Community Land Trust. Un point commun aux trois expérimentations est la limite du nombre de participants. La question de l’échelle du projet leur fut posée, tous se sont alignés sur une même opinion. Leur projet ne fonctionne que par leur petite échelle. Le Community Land Trust assure vouloir intervenir à une dimension plus vaste, grâce au soutien des institutions spécialistes en la matière. Bien qu’en réalité, si ce modèle fonctionne, c’est en partie dû à l’humanité relative de leurs chantiers. Leur volonté n’est pas de créer des trust plus grands, mais de le reproduire à de nombreux sites en demande de logement social. De même pour les deux autres pratiques, gérer en sous-quartiers est plus probant. Administrativement, la réglementation en matière de logement à Bruxelles n’est pas en miroir de la situation sociale et économique des demandeurs de logement. Actuellement, lorsque l’on pense à élaborer un projet pour le public, les dialogues ne se font principalement qu’entre experts en la matière et les politiques. À quel moment le principal bénéficiaire de ce chantier est-il questionné et intégré ? L’individu, au sens économique, est devenu le seul élément structurant, au dépens de son humanité et de la communauté. Les conséquences de ce mode d’action sont connues : monopole et exclusion sociale, manque d’appropriation et obsolescence des projets, spéculation foncière et immobilière, ghettoïsation et gentrification des quartiers... Et bien plus ancré dans nos sociétés encore, notre modèle de consommation nous empêche d’envisager d’autres solutions. Partager un bien est encore trop souvent synonyme de perte pour les propriétaires. Il faut inverser cette tendance, basculer dans une logique de « moins de biens, plus de liens » et remplacer l’intérêt matériel par un intérêt relationnel. Une nouvelle politique de la ville est à adopter par un pilotage intercommunal, une concertation renforcée avec les habitants, une adaptation aux spécificités du territoire...

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Des alternatives aux méthodologies traditionnelles sont à proposer, afin de placer l’usager dans le processus, pour qu’il y apporte sa contribution et qu’il puisse enfin posséder un lieu pour être soi-même, en toute simplicité. « Vivre à plusieurs sous le même toit, c’est devenu une solution pour de nombreux Bruxellois confrontés à la crise du logement et à l’explosion de la précarité socio-économique. Et pourtant, plutôt qu’une nécessité, ce mode de vie devrait rester un choix. C’est maintenant au Gouvernement bruxellois d’encadrer et de faciliter le vivre-ensemble, mais aussi de rendre le logement individuel accessible à ceux qui le préfèrent... » explique le RBDH dans son magazine sur la colocation (RBDH, 2015). Le Plan Régional du Logement de Bruxelles promet, depuis 2005, un changement et une amélioration dans la fourniture de logements sociaux et moyens dans la capitale.

Le logement comme tremplin social

« [...] la ville d’aujourd’hui se fragmente en entités constituées sur la base de l’« entre-soi » qui menacent la cohésion sociale et urbaine [...] » (Jean-Yves Authier, Marie-Hélène Bacqué et France Guérin-Pace, 2007). L’habitat est un facteur de solidarité humaine, c’est une donnée philanthrope indispensable. Ne pas posséder son propre toit est synonyme de déclassement. Par le biais du logement, un individu œuvre à son « insertion sociale ». L’acquéreur y trouve son émancipation personnelle, augmente sa responsabilité et par conséquent son assurance à de multiples points de vue. Cela permet à la personne de construire un projet de vie pour luimême, mais aussi pour le groupe qu’il l’entoure. La mobilisation collective autour d’un projet commun constitue un outil majeur dans l’élaboration de l’habitat comme bien commun. Aborder l’acquisition d’un bien à travers la collectivité constitue un atout à bien des égards. Économiquement bien entendu et socialement ; l’obtention d’une propriété propre à soi même, l’implication au sein d’un groupe solidaire, l’opportunité d’apporter sa pierre à l’édifice ainsi qu’une autonomisation accrue, est susceptible d’influer la personne à plusieurs échelles. Les différentes compositions de logement abordées au cours de ce mémoire permettent d’affirmer que le milieu associatif œuvre de manière effective à la résolution de la problématique du logement.

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Située au centre du problème, au courant des réels obstacles et à l’écoute des nécessiteux, l’ASBL accorde une attention à tous les acteurs impliqués. Quels que soient leurs buts principaux, elles tendent toutes à faire (re)naître les liens unissant leurs différents participants. Certains de ces processus jouissent d’un fonctionnement prospère sans l’assistance de l’État ni même d’actions de charité. Cette pratique a le mérite d’acter pour la société civile, mais tout autant pour les pouvoirs publics... Ces microsociétés, assises autour d’un seul et même projet, présentant des valeurs communes et tissant des relations d’écoute et d’entraide, acquièrent une force insoupçonnée et capable d’agir au plus près de la demande. Évidemment, elles ne fonctionnent pas en autarcie totale, un soutien et une aide de l’État sont nécessaires. Le développement de mobilisations autonomes par les habitants est à prendre en compte plus systématiquement dans les politiques. Le quartier constitue une authentique ressource. Il existe grâce aux liens sociaux tissés entre ses habitants, par ses lieux de rencontre et ses différents usagers, par son énergie dégagée. Selon Thomas Dawance, membre du CLT Brussels, la cité jardin de Letchworth est en cela un parfait exemple, qui persiste toujours actuellement. « Les individus qui vivent dans un quartier, ou qui simplement le pratiquent, s’inscrivent dans des réseaux de relations sociales plus ou moins territorialisées qui débordent largement l’échelle du quartier » (Jean-Yves Authier, Marie — Hélène Bacqué et France Guérin-Pace, 2007).

L’architecte

Comme expliqué dans ma méthodologie, en introduction de mon mémoire, ce chapitre n’a pas pour vocation de justifier quelconque effort de la part des architectes, au sujet de leur place dans la gestion des biens communs. Force est de constater que la profession d’architecte bénéficie d’un large aperçu sur de multiples activités, et que celle-ci ne peut se cantonner qu’à un seul domaine. L’apport de la vision architecturale est essentiel à l’élaboration d’un projet, et l’écrire ici n’en fait pas une nouveauté.

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La définition de l’architecture ne pourrait d’ailleurs pas être écrite. Elle est plurielle, constamment en mouvement, ce qui lui confère à chaque fois une nouvelle forme et un nouveau statut à celui qui l’exécute. L’architecture s’adapte au contexte qui l’entoure et par conséquent déploie de nouveaux outils. Il n’existe pas une architecture conventionnelle, mais une multitude d’architectures issues de divers parcours. Pourquoi est-elle dotée d’une telle multiplicité de facettes ? L’architecte est responsable à divers niveaux et envers divers acteurs. Grâce à son intuition et sensibilité face au monde, son rôle est de concilier tous les points de vue afin de mettre en place une architecture large et complète, effaçant toute divergence. Tel est le problème existant aujourd’hui, il ne s’agit pas de construire des œuvres architecturales ne convergeant que vers les intérêts de la seule et unique personne qu’est l’architecte. Les relations faites avec les différents éléments participant à la construction doivent être établies dans le dialogue et l’échange et permettre l’épanouissement de chacun. Les architectes et concepteurs sont responsables de l’espace social qu’ils créent. Cette discipline n’est pas autarcique, les responsabilités sont à répartir entre les individus. L’architecte, maillon essentiel, ne dispose pas d’une place plus haut placée dans une hiérarchie. Il agit sur la conception de l’espace, mais n’en est pas le maître absolu. Tous les acteurs travaillent sur un seul et même patrimoine commun, sans confusion des rôles. Le client nécessite l’aide d’un architecte tout autant qu’un architecte est impliqué dans la commande de son client. « Le projet, ce sont autant de remises en cause à tous les instants, autant de compromis entre un parti et des contraintes [...], autant de dialogues [...] et les lois, règlements, rentabilités, concurrences, stratégies urbaines et sociales [...] » (Jean-Pierre Epron, 1992). L’architecte est là pour écouter les volontés des futurs habitants, tant pour l’aménagement du bâtiment que pour les espaces de vie extérieurs communautaires. Il doit permettre à l’usager de s’investir dans la vie de son logement, mais également dans son quartier, sans jamais prendre sa place et monopoliser l’échange, une posture humble et à l’écoute des demandeurs.

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L’empowerment, ou la montée en capacité des participants. Un phénomène qui n’est pas récent, mais tarde à faire sa place dans les stratégies publiques. Faire appel à un architecte et aux agences d’urbanisme peut contribuer à une meilleure politique sociale et urbaine. Amener et soutenir les acteurs c’est-à-dire les citoyens, les habitants, dans les politiques de l’habitat et leur faire partager les responsabilités et mettre à disposition « [...] des outils pour un urbanisme ouvert et collaboratif » (Revue Urbanisme, 2015). « Les agences d’urbanisme peuvent-elles être vues comme des biens communs ? Elles le sont quand elles aident à mieux gérer des ressources et des politiques publiques. Leur position singulière, leur rôle d’observateur doté d’une liberté d’expression, leur capacité à fédérer l’intelligence collective, tout cela les met en situation d’apporter un regard différent et des pratiques innovantes. C’est une chance pour les collectivités de pouvoir s’appuyer sur les agences d’urbanisme. C’est aussi un bien commun par la force d’un réseau qui doit préparer notre pays aux grands enjeux urbains » (Revue Urbanisme, 2015). Le rôle des agences d’urbanisme est d’empêcher la polarisation des débats politiques. De par leurs aspects lourds et incompréhensibles, ces débats n’intéressent personne, et les citoyens ne s’engagent pas dans ce qui pourrait être partagé entre tous. Là est l’action des agences d’urbanisme. Il en est de même pour l’architecte simplement, travaillant à une plus petite échelle tel qu’un quartier et un projet de logement. Il permet de vulgariser le débat entre les usagers et les politiques, de « pouvoir décoder les enjeux urbanistiques, institutionnels, etc. » (Emmanuel De Loeuf, 2011). Ainsi l’habitant ne se sent plus anonyme, mais impliqué dans une société collective. De plus en plus, le client aimerait être concerné et aimerait avoir un rôle plus actif. Les architectes, au courant des problèmes urbains, possèdent les connaissances requises, et peuvent offrir à la société des projets de qualité, également du point de vue humain. Un architecte devrait être consulté plus régulièrement au sujet des règlements d’urbanisme et de construction. En effet, de par son poste, il est à même de rendre compte de la réalité du terrain et des incohérences législatives encore en vigueur. Ce manque de souplesse et d’initiatives mis en exergue lors des entrevues pourrait trouver une solution auprès de la

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profession. Se rendre compte d’une situation problématique, agir pour que les freins en soient déplacés, voire ôtés, et créer des appareils communs, compréhensibles et rationnels, pour tous. Ce travail n’est pas des moindres et n’est pas du seul ressort des architectes, évidemment. Plus personnellement, un travail est à effectuer en amont à propos de la signification que nous octroyons à l’habitat. Dans notre monde et imaginaire d’Occidental, la maison s’avère être le symbole emblématique. Inconsciemment, cette figure se trouve être assez similaire dans les esprits de tous. Ce lieu possède des caractéristiques dictées par différents facteurs. Ces paramètres son en lien avec notre société, les avancées technologiques qu’elle connaît, les exigences et modes de vie, les idéaux de beauté et de confort... Tout cela ne vient pas de nulle part. Une véritable culture de l’habitat s’est forgée au cours des années, jusqu’à l’intérieur de nos maisons. Une éducation reçue et intégrée au plus profond de nous-mêmes, de nos usages, de nos rituels, de nos codes, etc. provenant de plus profond de nos chaumières. Nous retirer cela reviendrait à nous retirer toute expérience de l’espace que nous connaissons. Les expériences et les repères spatiaux auxquels nous nous référons se logent au cœur de cet abri, auquel nous attribuons notre propre définition du « chez soi ». Mais parfois, les apprentissages sont à nuancer. Ce qui nous a été inculqué ne provient pas toujours de notre propre volonté ni même de nos véritables besoins. Le sol et l’habitat sont devenus des valeurs d’échange, calculs économiques à finalité monétaire. Le logement social est déshumanisé et rompt des équilibres personnels, mais aussi généraux. Un cercle vicieux entretenant la précarité. Ce manque de transparence dans les grandes actions et de rapports sociaux a un prix. Et ce prix est élevé, en facteurs humains.

Pistes futures L’humanité se remet actuellement en question, pour pouvoir sauver ce qu’on lui a offert c’est-à-dire la planète sur laquelle nous vivons. Les écrits de « La tragédie des biens communs » sont erronés, les humains changent peu à peu de paradigme, fini cette croyance qu’on pouvait tout faire et tout est permis sur Terre, nous sommes conscients que l’homme est

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acteur de son milieu, l’ère anthropocène nous la nommons. Le profit immédiat, le surplus et l’individualisme sont des termes dépourvus de sens pour beaucoup d’entre nous. Aujourd’hui, on tente d’accepter les limites de la Terre et de ses ressources. On envisage d’autres manières de vivre ensemble, on adopte une position plus humble vis-à-vis de notre territoire. Apprendre à voir l’invisible, ce n’est pas l’homme versus l’écosystème, c’est l’homme dans l’écosystème. On s’est souvent posé les mauvaises questions et posé les mauvais actes. Trop hypnotisés par le progrès de nos technologies, nous nous sommes placés en haut de la pyramide de la vie. Mais l’homme est une espèce vivante, évoluant dans un écosystème multiple et complexe. Ce qui différencie l’espèce humaine des autres espèces est l’intelligence qui lui a été donnée. Et peu à peu, cette intelligence se met au service de tous, dans l’intérêt commun d’un meilleur vivre ensemble. On peut vivre différemment sans forcément être exclu du système. « Le modèle des biens communs développe de la valeur sans devoir créer de biens, en économisant donc les ressources. » (Revue Urbanisme, 2015). Faut-il de grandes réformes, et des mesures étatiques pour permettre la transition vers une vision du monde basée sur la stratégie des biens communs ? Cela n’est pas la meilleure solution. Justement les commons prônent une décentralisation du pouvoir, les projets de loi, les mesures prises « en haut » doivent être complémentaires aux décisions des citoyens et les accompagner dans leurs démarches. Progressivement, nous évoluons vers une démocratie participative (bottom-up) au lieu d’une démocratie représentative (top-down), pour une économie au service de tous. Petites alternatives par petites actions, de manière parallèle et avec l’appui de l’État, la stratégie des biens communs opère, la société s’adaptant aux nouvelles réalités, avec souplesse, confiance et intelligence. À Bruxelles, la société civile est active et c’est une chance. Les manifestations, une population polyglotte issue de diverses cultures qui se ressent à travers la diversité des communautés présentes, etc. Cette mixité est une force à employer au sein de la politique de la ville.

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L’homme ne va pas courir à sa propre perte, tel que dans « la tragédie des communs ». Peu à peu, nous comprenons que la nécessité est le changement, et que ce changement doit s’opérer auprès de tout le monde. Nous évoluons progressivement et de part et d’autre naissent des initiatives citoyennes. Les modes d’usage se transforment. De nouveaux se mettent en marche. La stratégie des biens communs n’est pas non plus un nouveau modèle économique, mais propose une association optimale entre le système économique, monétaire, juridique, social, etc. que nous employons actuellement pour une meilleure gestion de nos ressources. Les arrangements locaux prévalent sur les intérêts personnels matériels, valorisent le tissu social, la redécouverte de l’authentique, les équilibres microsociologiques, la sociabilité de proximité et le partenariat. « Le bien commun est un outil pour se projeter dans le futur » (Revue Urbanisme, 2015). Il faut prendre garde de ne pas tomber dans une vision naïve du monde, et tomber dans l’autre travers. L’usage des biens communs ne doit pas faire basculer le monde en une série de petites communautés fermées vivant en autarcie qui s’autorégulent. Il ne s’agit pas de sacrifier tout ce qui a été construit jusqu’à présent, mais d’adopter une transition collaborative, repenser l’économie et le social de manière réaliste. Nous avons toutes les clés en main pour nous rendre compte que notre économie moderne ne nous convient plus. Cela nous pousse à imaginer d’autres façons, issues du passé ? Une future voie à emprunter serait-elle celle d’allier moderne et traditionnel, la technologie dans l’alternative ? Les biens communs ne sont pas séparables du monde dans lequel nous vivons et ne prétendent pas nier les convictions de chacun. À travers le monde, chacun possède ses mœurs, sa culture, ses traditions... Il s’agit de s’accorder sur quelques valeurs universelles et communes, et agir dans l’intérêt de tous et du bien vivre ensemble. « Le meilleur conseil, c’est d’agir. Agir individuellement dans la vie quotidienne, les achats, etc., et s’unir pour peser sur les décideurs, car la démocratie est aussi un bien précieux.

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C’est exactement ce que propose notre association : la vie associative est créatrice d’influence, sur nous — mêmes et sur les autres ; nous nous sentons reliés au vivant et au service d’une cause qui nous dépasse. C’est stimulant. » (Hubert Reeves, 2015). « La durabilité est le terme par lequel l’on affirme, depuis la conférence sur l’’environnement et le développement de Rio en 1992, qu’une société n’a qu’un avenir si les générations actuelles subviennent à leurs besoins d’une manière qui garantit aux générations futures de disposer de matières premières suffisantes et de systèmes écologiques salubres. » (SLRB). « Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants » (Antoine de Saint-Exupéry, 1939).

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Ouvrages > JEAN-YVES AUTHIER, MARIE-HÉLÈNE BACQUÉ et FRANCE GUÉRIN-PACE, Le quartier. Enjeux scientifiques, actions politiques et pratiques sociales (2006), Paris, La Découverte, « Recherches », 2007. > ILARIA BONIBURINI, JUDITH LE MAIRE, LUISA MORETTO et HARRY SMITH, LA ville comme bien commun. Planification urbaine et droit à la ville, Nouvelle Série, N°9, Bruxelles, Publication de la faculté d’architecture La Cambre-Horta de l’Université Libre de Bruxelles, Les Cahiers d’architecture La Cambre-Horta, 2013. > JEAN-PIERRE EPRON, INSTITUT FRANÇAIS D’ARCHITECTURE et GROUPE SCIC, Architecture une anthologie. La culture architecturale, Tome 1, Liège, Pierre Mardaga, 1992. > JEAN-PIERRE EPRON, INSTITUT FRANÇAIS D’ARCHITECTURE et GROUPE SCIC, Architecture une anthologie. Les architectes et le projet (1992), Tome 2, Liège, Pierre Mardaga, 1992. > FRANÇOIS FLAHAULT, Où est passé le bien commun ? (2011), Paris, Fayard/Mille et une nuits, 2011. > MARTIN HEIDEGGER, Bâtir Habiter Penser (1951), in Essais et conférences, Paris, Gallimard, « Les Essais », 1958. > DIDIER MINOT, Des associations citoyennes pour demain, Charles Léopold Mayer, « Essai », 2013. > ELINOR OSTROM, La gouvernance des biens communs. Pour une nouvelle approche des ressources naturelles (1990), trad. Française Laurent Baechler, De Boeck Supérieur, « Planète en jeu », 2010. > LUC VAN CAMPENHOUDT et RAYMOND QUIVY, Manuel de recherche en sciences sociales (1995), Paris, Dunod, 2011.

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Ouvrages collectifs > VINCENT CALAY, Du squat au marketing urbain. Quand l’hospitalité devient un outil d’action publique, in ILARIA BONIBURINI, JUDITH LE MAIRE, LUISA MORETTO et HARRY SMITH, LA ville comme bien commun. Planification urbaine et droit à la ville, Nouvelle Série, N°9, Bruxelles, Publication de la faculté d’architecture La Cambre-Horta de l’Université Libre de Bruxelles, Les Cahiers d’architecture La Cambre-Horta, 2013. >ROGER CUNLIFFE, Nouveaux champs d’activité, in Questions 3. Chemins d’économie, Publication de l’Institut Supérieur d’Architecture Saint-Luc de Bruxelles, Bruxelles. > LOÏC GÉRONNEZ, Vers des Community Land Trusts. Essai à partir d’une pratique associative orientée vers une démocratie participative en milieu urbain, in ILARIA BONIBURINI, JUDITH LE MAIRE, LUISA MORETTO et HARRY SMITH, LA ville comme bien commun. Planification urbaine et droit à la ville, Nouvelle Série, N°9, Bruxelles, Publication de la faculté d’architecture La Cambre- Horta de l’Université Libre de Bruxelles, Les Cahiers d’architecture La Cambre-Horta, 2013. > PAUL HANAPPE, L’environnement économique de la construction dans les années 80, in Questions 3. Chemins d’économie, Publication de l’Institut Supérieur d’Architecture Saint-Luc de Bruxelles, Bruxelles. > JACQUES LABAR, Construire demain comme hier ?, in Questions 3. Chemins d’économie, Publication de l’Institut Supérieur d’Architecture Saint-Luc de Bruxelles, Bruxelles. > ROLAND MATTHU, Itinéraire, in Questions 3. Chemins d’économie, Publication de l’Institut Supérieur d’Architecture Saint-Luc de Bruxelles, Bruxelles. > ROLAND MATTHU, Architecture et économie. La recherche de rapports équilibrés, in Questions 3. Chemins d’économie, Publication de l’Institut Supérieur d’Architecture Saint-Luc de Bruxelles, Bruxelles.

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Articles de périodiques > ANNE BAUWELINCKX, IHAM BENSAÏD, DIMITRI BERLINER, al., « Colocation à Bruxelles : enjeux, freins, perspectives », RBDH, N°60, Avril-Mai-Juin 2015. > LAURE DE HESSELLE, « Le logement comme anti-crise. Pour une écologie de l’habitat », Imagine Demain le monde, N°97, Mai-Juin 2013, pg. 10-19. > EMMANUEL DE LOEUF, « L’habitat urbain en de nouvelles mains ? », AlterEchos, N°329, Décembre 2011. > GEERT DE PAUW, « Construire une ville équitable sur des terrains communs : les premiers pas du Community Land Trust bruxellois », Echos, N°82, 2013, pg.33-36. > ÉQUIPES POPULAIRES, « Transition : voir grand, faire petit... », Constrastes, N°147, NovembreDécembre 2011 > ALMOS MIHALY, al., « Bureaux à Bruxelles : état des lieux », Bruxelles en mouvements, N°224225, Septembre 2009. > MOLENBEEKINFO, « Nous construisons notre propre solution de logement », N°45, Mars 2014, p. 8. > AMÉLIE MOUTON, « Aux sources du Community Land Trust », AlterEchos, N°379, Avril 2014, pg. 32-34. > ANDRÉ RUWET, «L’humanité va utiliser son intelligence pour rester terrienne ». Entrevue avec Hubert Reeves, astrophysicien, Imagine Demain le monde, N°108, Mars-Avril 2015, pg. 82-85. > À la recherche du bien commun territorial. 35Ème rencontre des agences d’urbanisme (Mars 2015), Urbanisme (hors-série), N°52, Mars 2015. > Habiter en ville : mixité sociale et fonctionnelle réinventer le vivre-ensemble (Avril-Mai 2015) (dossier), EK Villes en transition Architectures durables, N°44, Avril-Mai 2015. > La ville pragmatique (Avril 2015)(dossier), Traits Urbains, N°74, Avril 2015.

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Articles en ligne > JÉRÔME BALLET, Propriété, biens publics mondiaux, bien(s) commun(s). Une lecture des concepts économiques, Développement durable et Territoires, http://developpementdurable. revues.org.ezproxy.ulb.ac.be/5553, Dossier 10, Biens communs et propriété, 2008. > ANNE BAUWELINCKX, WERNER VAN MIEGHEM, La lutte contre les logements vides et insalubres. Mémorandum régional, Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat, http:// www.rbdh-bbrow.be/spip.php?article1544, 2013. > BRUNO BOIDIN, DAVID HIEZ et SANDRINE ROUSSEAU, Biens communs, biens publics mondiaux et propriété. Introduction au dossier, Développement durable et Territoires, http://developpementdurable.revues.org.ezproxy.ulb.ac.be/5153 #entries, Dossier 10, Biens communs et propriété, 2008. > SOPHIE CHAPELLE, Troc de graines. Des espaces autogérés pour faire vivre les semences libres, basta !, http://www.bastamag.net/Des-trocs-de-graines-pour-reprendre- le-pouvoirface-a-l-industrie-semenciere, 2015. > FRANÇOIS FLAHAULT, Les biens communs, une finalité non- utilitaire, Développement durable et Territoires, http://developpementdurable.revues.org.ezproxy.ulb.ac.be/5173, Dossier 10, Biens communs et propriété, 2008. > FRANÇOIS HUBERT, Une Plateforme Immeubles vides. Pour une politique régionale efficace de lutte contre les immeubles inoccupés, IEB Inter-environnement Bruxelles, http://www.ieb. be/IMG/pdf/texte-plateforme-logement-2.pdf, 2010. > IEB, Une éclaircie sur le front du logement ?, IEB Inter- environnement Bruxelles, http://www. ieb.be/Une-eclaircie-sur-le- front-du, 2013. > IEB, La lutte contre l’inoccupation doit prendre le pas sur les constructions nouvelles, IEB Interenvironnement Bruxelles, http://www.ieb.be/La-lutte-contre-l-inoccupation, 2009. > IEB, La situation des logements sociaux inoccupés à Bruxelles, IEB Inter-environnement

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Bruxelles, http://www.ieb.be/La-situation-des- logements-sociaux, 2009. > TIMOTHY MOSS, Spatiality of commons, International Journal of the Commons, http://www. thecommonsjournal.org/index.php/ijc/article/view/55 6/421, Vol. 8, N°2 , 2014. >MR MONDIALISATION, Ils vivent en auto-gestion sur un terrain expérimental depuis 40 ans, Mr Mondialisation, https://mrmondialisation.org/ils-vivent-en-autonomie-sur-un-terrainexperimental-depuis-40-ans/, 2015. > JEAN-FRANÇOIS VALLÉE, La Baraque. Une utopie porteuse d’avenir, Université catholique de Louvain, https://www.uclouvain.be/9500.html, 2005. > StÉPHANE VIAL, Habiter la terre, la maison, l’appartement. Une lecture de Heidegger et Bachelard, Reduplikation, http://www.reduplikation.net/post/22910466146/habiter-la-terre-lamaison-lappartement-une, 2009. > OLIVIER WEINSTEIN, Comment comprendre les « communs ». Elinor Ostrom, la propriété et la nouvelle économie institutionnelle, Revue de la régulation, http://regulation.revues.org/10452, N°14, 2ème semestre, 2013. Citation reprise dans un volume > VERA BOLGAR, L’intérêt général dans la théorie et dans la pratique (1965) in Revue internationale de droit comparé, Volume 17, N°2, 329-363, Avril-Juin 1965. Communications à congrès > DAVID BOLLIER, ISABELLE CASSIERS, al., Les biens communs. Comment (co)gérer ce qui est à tous ? (2012), Etopia, GEF, Oikos, 9 mars 2012 Bruxelles, 56 pages. > PIERRE THOMÉ, à la recherche des possibles : interactions entre biens communs et économie sociale et solidaire. L’économie sociale dans le mouvement des idées (2013) ADDES, 22 octobre 2013, 19 pages.

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Sites Web > 123 RUE ROYALE, 123 logements [en ligne]. (23 mars 2015). > COMMUNA ASBL, Le logement autrement ! [en ligne]. (23 mars 2015). > COMMUNITY LAND TRUST BXL, Community Land Trust BXL [en ligne] (16 mai 2015). > ÉQUIPES POPULAIRES, Logements vides.be [en ligne]. (25 avril 2015). > FEDAIS.BRUSSELS, agences immobilières sociales [en ligne]. (18 juillet 2015). > LOGEMENT.BRUSSELS, tout sur le logement en région de bruxelles- capitale [en ligne]. (18 juillet 2015). > NATION, Nation.be Mouvement identitaire et solidariste de Belgique francophone [en ligne]. (25 avril 2015). > SLRB, Société du Logement de la Région de Bruxelles-capitale [en ligne]. (17 juillet 2015). Vidéos > FRÉDÉRIC CAZENAVE, MARIANNE BOYER, EUGÉNIE DUMAS ET MOUNA EL MOKHTARI, La crise du logement expliquée en 4 minutes (Octobre 2014) (vidéo), Le Monde, http://www.lemonde.fr/societe/video/2014/10/30/la-crise-du-logement-expliquee-en-quatreminutes_4515007_3224.html, Novembre 2014. > Bruxelles encourage la transformation des bureaux en logements (Juin 2011) (vidéo), Le Soir, http://www.dailymotion.com/video/x13qtm9_bruxelles- encourage-la-transformation-debureaux-en-logements_news, Août 2013. > Le sol est un bien commun qu’il faut protéger (Avril 2003) (vidéo), à bon entendeur, http://www.rts.ch/play/tv/a-bon-entendeur/video/le-sol-est-un-bien- commun-qu-il-fautproteger?id=396740, Avril 2003.

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Questionnaire mémoire « Vers un nouveau mode de vivre ensemble : l’habitat comme bien commun, alternatives futures » Théorie des biens communs et du Bien commun > Avez-vous connaissance de la théorie des biens communs ? Elinor Ostrom ? > Pourquoi le projet fut-il élaboré ? > Quelles sont les valeurs pionnières du projet ? > Est-ce le mouvement d’une génération ? Chercher des alternatives, adopter une philosophie différente de la génération précédente...sommes-nous des doux rêveurs ou un réel changement futur? À quoi cela est-il dû selon vous ? > Existe-t-il un changement dans les mentalités, des gens avec moins de moyens donc plus de débrouille/solidarité ? L’habitat comme bien commun > Pourquoi cette alternative au logement? > Quelles ont été les différentes étapes dans l’élaboration du projet ? > Avantages et inconvénients? > Obstacles rencontrés ? > Pensez-vous que cela marchera à long terme/à plus grande échelle ? > Existe-t-il une collaboration avec des acteurs extérieurs ? (commune, architectes, pouvoirs publics, riverains, artisans, ...)

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Pratique et logique, au jour le jour... > Qui est/sont le/les initiateur(s) du projet ? (habitants, commune, pouvoirs publics...) > Y-a-t-il des conditions pour intégrer ce genre de communauté? > Comment promouvoir la diversité dans ce type de communauté? (Empêcher le phénomène sectaire, vie en autarcie, exclusion...) > Quant est-il des individualismes de chacun ? Comment sont-ils gérés, s’il y en a ? > Comment s’établit le lien entre l’individu et la collectivité ? Y-a-t-il des projets unissant les deux ? Une participation de chacun à de plus vastes projets ? > L’échelle des projets se veut-elle plus humaine ? > Quelle est l’influence du projet sur son environnement ? > Du XS au XL, quelles sont les différentes interactions avec les différents acteurs ? > Existe-t-il une hiérarchie ? Une structure organisationnelle ? Un règlement d’ordre intérieur ? > Quelles sont les démarches légales pour la reconnaissance du projet ? À quelle jurisprudence se réfèrent-ils ? Feedback > Y aurait-il des modifications à apporter au niveau du projet ? > Qu’aurait-il à faire évoluer/changer/modifier dans les institutions de logement ? De la part des autorités ? > Et dans nos mentalités ? > Mise à disposition d’outils pour promouvoir ce genre de projet ? > Quels sont les moyens de diffusion employés pour la promotion des projets?

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Vers un nouveau mode de vivre ensemble  

L'habitat comme bien commun: alternative future?

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