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L’écho de l’étroit chemin « un rouge-gorge sautille sur le banc ». Il voudrait écrire « un rouge-gorge sautillé sur le banc ». Le groupe semble avoir ce goût du mot juste, du sens précis qui va nous être précieux. Enfin j’atteins le dernier groupe, puis nous formons tous un cercle pour lire à voix haute les poèmes. Lorsque je n’entends ou ne comprends pas bien, je dis qu’il faut parler plus fort et le plus distinctement possible, sous le prétexte qu’Anna ne comprend pas bien le français (je sais qu’elle ne m’en voudra pas d’utiliser ce subterfuge). Nous rions lorsque Vieil esprit lit en mettant le ton un haïku qui s’adresse à la lune. Il en lit un autre, puis se ravise et nous dit qu’il va tenter une autre interprétation : les haïkus prennent vie. So., pressé d’en finir, lit un des siens, sans lien apparent : les autres le lui font remarquer. Alors il fait un peu le mariole, histoire de masquer le malaise. Aujourd’hui, il aide beaucoup son compatriote Gÿpsÿ pour la compréhension. Vieil esprit s’éclipse pour préparer le café. Pendant la pause, je discute avec Matador et Gÿpsÿ, qui me parlent de leurs autres créations. Gÿpsÿ prépare paraît-il dans sa cellule un tiroir peint et Matador une reproduction de maillot de football pour la salle commune. Je propose qu’ils les amènent demain comme potentiel sujet d’écriture. Bâtiment H la lune du plein été peut-on la voir ? Après la pause, nous parlons des haïkus que nous avons lus. Ils notent l’humour de certains poèmes, le faible nombre de mots avec beaucoup de syllabes, l’absence de points mais la présence d’autres formes de ponctuation, des sujets variés liés à la nature, à la ville, aux hommes. Ils soulignent aussi que « l’inspiration vient de la réalité » et qu’il n’y a « pas d’explication », qu’on doit « tirer la conclusion soi-même ». Je suis particulièrement contente qu’ils aient compris d’eux-mêmes ce dernier point. Ils évoquent également les similitudes avec les proverbes, les leçons : je commente la différence. Je suis très surprise de ne pas avoir, comme je le fais habituellement, à déconstruire l’idée que les participants se font de la poésie. Ici, personne ne me parle de rimes (absentes du haïku), de vers, de pieds. L’expérience qui suit va être importante car le groupe ne distingue pas non plus la différence entre une phrase et un haïku. D’autant que la définition même de phrase est relativement floue pour eux. Je rajoute quelques éléments caractéristiques du haïku qui n’ont pas été cités, ce qui nous amène à une discussion sur ce que c’est que « faire joli » : « joli » c’est relatif, me disent-ils.

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L'Echo de l'étroit chemin n° 10  
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