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Book des articles du blog Coupés du monde ? Du 1er juin 2010 au 17 août 2010 sur L’Express.fr – Kévin Deniau


A propos du blog : La coupe du monde, c’est un immense projecteur braqué sur l’Afrique du sud pendant un mois. « Coupés du monde ? », c’est une petite lampe-torche pointée sur les à-côtés de l’événement durant trois mois.

L'auteur du blog : Journaliste ou entrepreneur (en herbe)? Originaire des Sables d’Olonne, en Vendée, j’ai effectué des études d’économie à Nantes avant d’intégrer l’école supérieure de commerce de Grenoble. Parallèlement, j’ai pigé occasionnellement pour le Dauphiné Libéré, co-écrit un supplément régional du Monde et présidé l’association de journalisme de mon école. Cette année, intermède exclusivement journalistique dans les rédactions de L’Express.fr et de Décideurs TV. Avant de reprendre en septembre prochain le chemin des études à Grenoble en master… entrepreneurs ! Avec ce blog, je réussis enfin à réunir mes deux passions : mener un projet, seul à l’aventure, dans un pays que je ne connais pas, avec, dans mes bagages, une petite caméra, un ordinateur et une brûlante envie d’expérimenter différentes formes de journalisme. Pourquoi ce blog ? La volonté de ne pas passer à côté de cette première coupe du monde sur le sol africain ? Vraisemblablement. Le désir de marcher dans les pas du remarquable roman de Dominique Lapierre « Un arc-en-ciel dans la nuit » ? Indéniablement. Une mise à l’épreuve personnelle ? Evidemment… Journaliste ou entrepreneur? Indépendant !

Contact : Kévin Deniau Kev.deniau@gmail.com 06 78 99 28 61 Kdeniau sur Twitter Kévin Deniau sur Facebook

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Sommaire Code couleur : -en jaune => article ambiance -en rouge => article insolite -en bleu => revue de presse -en vert => article reportage

S’il fallait un début……………………………………………………………………………………………………….5 Ke nako (Il est temps) ………………………………………………………………………………………………….6 Book your seat in history………………………………………………………………………………………………8 Comment j’ai rencontré les Bafana à leur hôtel……………………………………………………………….9 L’actu sud-africaine en 3 infos………………………………………………………………………………………11 Les espoirs déçus du South African Dream ..............................................................................13 300 ans après, les petites bulles (belges) frétillent de nouveau à Franschhoek ....................... 15 La première victoire de l'Afrique du sud .................................................................................. 18 La dernière Coupe du monde de Clément d'Antibes, le plus emblématique supporter des Bleus ......................................................................................................................................... 20 Insupportable équipe de France! ............................................................................................. 23 Pourquoi Knysna va prendre l'accent français après la Coupe du monde ............................... 25 Au Fifa Fan Fest, la fête... puis la défaite! ................................................................................ 27 Le soutien de façade de la presse sud-africaine ....................................................................... 29 Revivez le match France - Afrique du sud comme si vous étiez dans les tribunes ...................31 L'Afrique du sud veut éviter à tout prix la gueule de bois ........................................................ 32 Interventions sur le Mouv' ....................................................................................................... 34 Ambiance Copacabana à Durban pour le match du Brésil ...................................................... 35 André, un routard au service des routards .............................................................................. 37 Vivons heureux, vivons cachés... en haut des arbres ! ............................................................. 39 Quand Dieu chausse les crampons............................................................................................41 « Je suis devenu un meilleur joueur grâce à Dieu » ................................................................ 43 Le Ghana va jouer pour l'Afrique ............................................................................................. 44 Le match de la honte ................................................................................................................ 46

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A Munsieville, la Coupe du monde s'invite dans le township .................................................. 56 Avec le Gautrain, la RATP apporte la grande vitesse à l'Afrique du sud ................................. 58 Le rêve éveillé de l'autre équipe de France en Afrique du sud ................................................. 60 L'Afrique du sud craint la Terreur après la Coupe du monde...................................................61 « La Coupe du monde est un désastre pour l'Afrique du sud ! » ............................................. 63 Et l'équipe championne du monde de football en Afrique du sud est... le Kenya ! ................. 66 Le jour où les Zoulous ont mis fin à la dynastie des Bonaparte ! ............................................. 68 Après la Coupe du monde, l'Afrique du sud passe au ski... en attendant le bobsleigh ! ........... 71 Daktari, de la fiction à la réalité ............................................................................................... 74 Quand le surf œuvre pour le Mandela Day .............................................................................. 77 Il faut sauver le pingouin africain ! .......................................................................................... 79 L'Afrique du sud en une photo ................................................................................................. 81 La Coupe du monde joue les prolongations en Afrique ........................................................... 82 Epi(b)logue : Pourquoi je veux être journaliste... ....................................................... 84

La Google Maps complète des reportages disponible sur le blog Coupés du monde ? http://blogs.lexpress.fr/cou pes-du-monde/

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S'il fallait un début... LE 2 JUIN 2010 23H02 | PAR KEVIN DENIAU

Elle occupait mon esprit quotidiennement depuis maintenant 8 mois. La voici devant moi. Enfin ! L’Afrique du sud… « La température extérieure est de 4 degrés Celsius, veuillez garder vos ceintures attachées jusqu’à l’arrêt complet de l’appareil…» Le trajet se termine et l’aventure commence ! Une aventure de deux mois et demi au pays de Mandela, à la rencontre des Sud-Africains. A travers ce blog, je vais tenter de vous raconter le plus fidèlement possible, l’Afrique du sud telle que je la verrai durant mes déplacements. Aucune prétention à la généralisation donc. Seulement, et c’est un euphémisme, la vérité du regard. Ce blog sera en effet un regard, mon regard, sur la nation arc-en-ciel et les à-côtés de la Coupe du monde de football qu’elle s’apprête à accueillir. Avec pour objectifs, l’information, la découverte et le plaisir. Une question avant de commencer : pourquoi ce nom, « coupés du monde ? » ? Les plus téméraires auront compris qu’il s’agit d’une référence à la coupe du monde de football. Facile. Mais pas seulement. « Coupés du monde ? », c’est la question, finalement, à laquelle je vais tenter de répondre tout au long du voyage. Pendant un mois, l’Afrique du sud sera dans la lumière du projecteur de la Coupe du monde. Au centre du monde et de toutes les attentions. L’Afrique du sud, oui, mais quelle Afrique du sud ? Qui profitera de ce rayonnement ? Existera-t-il des coupés de ce monde resplendissant ? C’est donc une expédition hors des tribunes des stades clinquants d’Afrique du sud que je vous propose, à travers ce blog. Voici votre invitation au voyage. Les plus assidus pourront d’ailleurs approfondir l’aventure en me suivant sur Twitter et en se rendant sur le groupe Facebook « Coupés du monde ? ». Au passage, n’hésitez pas à me faire part de vos questions et interrogations, de vos coups de gueule comme de vos coups de cœur, dans l’espace des commentaires situé au-dessous des articles. Je tacherai d’y répondre le plus régulièrement possible. Je vous souhaite une bonne lecture.

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Ke Nako (Il est temps) LE 2 JUIN 2010 23H14 | PAR KEVIN DENIAU

Un aéroport à Johannesburg? Un musée dédié à la Coupe du monde plutôt ! Heureusement qu’il y a encore les tapis roulants pour récupérer les bagages et les quelques panneaux indiquant les horaires des vols pour nous rappeler l’endroit où nous sommes… Dès la descente de l’avion, le tapis rouge (Coca Cola) est déroulé. A chaque pilier de l’aéroport, une affiche jaune (MTN, un sponsor local) « Let’s go Africa ». Le long des allées, des petites boutiques pour acheter des maillots, des drapeaux, des peluches… Et ça marche : même à 7h40, après une nuit blanche dans un avion, on est pris dans l’euphorie ! On a quasiment l’impression que cela va être notre Coupe du monde. On chemine dans l’aéroport comme dans un couloir qui mène à la pelouse d’un stade. Quitte à se demander à quel moment est-ce que l’on va se faire acclamer par la foule en délire ! « Vous avez senti l’ambiance ? » Le rêve devient (pratiquement) réalité quand les deux portes coulissantes qui mènent au hall central s’ouvrent… On entre sur le terrain à cet instant ! Du calme des petites allées de l’aéroport, on passe au brouhaha général. Des dizaines de personnes (la foule en délire !) appellent le nom des clients écrit sur l’affichette qu’ils tiennent dans leurs mains. Au milieu de la voûte du hall, s’élève un ballon de football géant tendu par quelques cordes. Des chauffeurs de taxi vous harponnent le bras pour vous conduire à destination. Faisant écho aux ronflements des vuvuzelas, des supporters brésiliens entonnent des chants sur des airs de samba. « Vous avez senti l’ambiance ? », me demande Lebo, mon chauffeur de taxi. J’acquiesce en riant. Lui aussi a marqué le coup : il arbore fièrement un pin’s doré de la FIFA. « C’est un membre de la délégation que j’ai transporté qui me l’a offert », me confie-t-il. Ferveur populaire Mais le spectacle ne s’arrête pas à là. La trentaine de kilomètres qui relient l’aéroport de l’endroit où je loge est encore un festival de drapeaux, d’affiches, de banderoles…et d’ouvriers ! Sur le bord de l’autoroute – parfois même sous des panneaux « Jo’burg is ready » -, s’activent en effet des centaines de travailleurs aux casques jaunes. La plupart semble s’affairer, dans un style très original par moment, à placer des glissières de sécurité. « On est en retard », me lâche Lebo tout en décontraction. Ces quelques petites finitions de dernière minute ne peuvent pour autant masquer une réalité qui est bien perceptible : la population est prête à accueillir la Coupe du monde. La ferveur populaire est palpable, comme l’indiquent ces drapeaux sud-africains qui flottent en permanence au-dessus des voitures. Un mélange de fierté et d’enthousiasme derrière l’équipe nationale, les Bafana Bafana.

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Quand je demande à Lebo son pronostic sur le sort de l’Afrique du sud dans la compétition, il n’hésite pas une seconde : « They will do it ! » (Ils vont le faire, sous-entendu se qualifier pour les huitièmes de finale). Les Français sont prévenus.

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Book your seat in History (Réservez votre place dans l'Histoire) LE 4 JUIN 2010 12H08 | PAR KEVIN DENIAU

Ce n’est pas à la Fifa qu’on apprendra à faire du marketing. En témoigne ce prospectus destiné à promouvoir la dernière campagne de vente de places pour la Coupe du monde, trouvé dans une grande chaîne de fast food. Son slogan : « Soyez sûr de pouvoir vous dire : j’y étais ! ». Avec la mention en dessous, pour bien enfoncer le clou, « Réservez votre place dans l’Histoire ». J’ironise mais ces argentiers du ballon rond m’ont finalement eu par les sentiments. A la fin de mon sandwich, un homme, qui avait vu que je scrutais scrupuleusement ce prospectus, vient me voir : « Vous voulez que je vous amène au Fifa ticket center ? Il y en a un pas loin. » J’accepte, un peu surpris d’une telle gentillesse. Une fois arrivé dans un des 15 centres du pays qui vendent les derniers précieux sésames, je me rends compte que je ne suis pas le seul à avoir succombé aux belles paroles de la Fifa. Une queue d’une centaine de personnes s’étend sur le trottoir. 60 euros minimum par place Beaucoup de Sud-Africains. Enfin des riches Sud-Africains (Blancs et Noirs confondus). A 560 rands (environ 60 euros) la place pour les premiers prix, cette dernière campagne ne s’adresse en effet qu’à une certaine tranche très aisée de la population –un Sud-Africain sur deux vit avec moins d’un euro par jour. Certains repartent avec 6 ou 7 places. Le sourire jusqu’aux oreilles. « C’est magique ! », s’exclame ce jeune Sud-Africain en face de moi, en voyant les places qu’il vient d’acheter sortir du distributeur automatique. Un autre me tape sur l’épaule : « Hey Brother, tu peux me prendre en photo ? » Je m’exécute. Il prend la pose avec ses cinq places alignées comme des billets de banque à côté de son visage. Je ne résiste pas à la tentation non plus. J'achète deux matchs dont le huitième de finale de la France, si elle finit première de son groupe. Pour être sûr de pouvoir me dire: j'y étais!

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Comment j'ai rencontré les Bafana Bafana à leur hôtel LE 4 JUIN 2010 17H57 | PAR KEVIN DENIAU

Vendredi, c’est Football Friday en Afrique du sud. Tout le pays revêt le maillot vert et jaune de l’équipe nationale, en guise de soutien à leurs « garçons » - la traduction du surnom Bafana Bafana. A l’origine de cette initiative originale, la chaîne d’hôtel Southern Sun, dont l’établissement de Sandton, au nord de Johannesburg, n’est autre que le lieu de résidence de l’équipe sud-africaine durant la Coupe du monde. « En tant que hôte des Bafana Bafana, Southern Sun se doit d’apporter un soutien total à notre équipe et nous appelons les Sud-Africains à en faire de même », explique fièrement Graham Wood, le directeur de la chaîne hôtelière, dans le Sandton Chronicle. Désireux d’en savoir plus, je me dirige donc à pied en direction de l’hôtel en question, situé dans une banlieue huppée de Jo’burg. Une grande bannière jaune et verte « United we shall stand » m’indique que je suis au bon endroit. "Nous voulons que notre pays soit fier" J’entre. Sans me présenter ni au vigile ni à l’accueil. Comme un client ordinaire. Quelle surprise dès mon arrivée dans le hall. En face de moi, le sélectionneur national, Carlos Alberto Parreira ! Il répond à une interview de la BBC. Je tends l’oreille furtivement. « Nous voulons que notre pays soit fier. C’est une immense responsabilité mais aussi un grand honneur, un privilège », déclare le coach brésilien qui s’apprête à disputer sa 6e Coupe du monde en tant que sélectionneur. Je mesure la chance que j’ai au moment où la journaliste, à la fin de l’entretien, lance à son cameraman : « We got it ! ». Mon étonnement s’accroît encore d’un niveau quand je vois débouler Steven Pienaar, la star et meilleur joueur de l’équipe nationale. Décontracté, en survêtement et en tongs. Un café avec Matthew Booth Après avoir pris une photo avec lui, je lui fais part de ma surprise de voir les joueurs aussi accessibles. La langue bleuit par sa sucette, il me répond très naturellement, « Mais c’est notre pays ! ». Sous-entendu, on fait partie de la fierté des gens.

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D’autres joueurs se prêtent volontiers à l’exercice des photos et des autographes auprès des quelques fans présents - je pense que ce sont, eux, des vrais des clients de l’hôtel. Je me pose à côté de Matthew Booth, le défenseur Bafana, qui, au passage, me fait penser au rugueux Jaap Stam, ancien joueur des Pays-Bas. « On n’a pas de consigne spécifique pour être proche des supporters, me révèle-t-il, c’est juste qu’on ne va pas rester dans notre chambre toute la journée ! » Entre deux gorgées de café crème, il poursuit : « Vous savez, ce sont les mêmes qui viennent au stade après ». Et quand je lui dis qu’en France, ceci semble inconcevable, il me sourit : « Oui mais eux ce sont des stars qui jouent dans de grands clubs ! Nous, on ne joue pas à ce niveau ». D'abord le Mexique et l'Uruguay... Les joueurs continuent de passer et de discuter avec les gens. Qui le leur rendent bien. Dans une annexe de l’hôtel, se tiennent trois immenses panneaux de papier où les supporters peuvent écrire des petits mots d’encouragement aux joueurs. « Make us proud » ( rendez nous fiers), peut-on lire. Je pose une dernière question à Matthew Booth. « Vous avez déjà évoqué un plan contre la France ? » « Non, on n’y pense pas encore. D’abord on doit battre le Mexique et l’Uruguay ». Je le remercie et lui souhaite une bonne Coupe du monde. « Toi aussi », me répond-il.

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L'actu sud-africaine en 3 infos LE 7 JUIN 2010 10H44 | PAR KEVIN DENIAU

On cause de quoi en Afrique du sud actuellement ? Coupe du monde évidemment ! Mais pas seulement. Tour d’horizon de l’actualité sud-africaine en 3 infos à travers les pages du (très épais) Sunday Times. 1. Le 12e joueur c’est la vuvuzela ; le 13e c’est Nelson Mandela Si les matchs de préparation de l’équipe de France ont suscité beaucoup d’inquiétudes, ceux des Sud-Africains ont, au contraire, permis aux Bafana Bafana de faire le plein de confiance avant le rendez-vous qu’attend tout le pays face au Mexique ce vendredi. « Les garçons sont prêts » titraient le supplément sports du Sunday Times, après la belle victoire sudafricaine (1-0) face au Danemark. Un enthousiasme habilement attisé par le sélectionneur national, Carlos Alberto Parreira. « Je ne demande jamais à mes joueurs d’y aller et de gagner le match. Je leur demande d’y aller et de faire le maximum, de donner tout ce qu’ils ont. Pas pour moi. Pour le peuple, leur peuple, notre peuple. Les supporters nous donnent tant d’amour. Il n’y a pas de meilleure manière de remercier les Sud-Africains que de mourir la tête haute. C’est notre Coupe du monde ! » En dépit de son 83e rang Fifa, l’Afrique du sud peut compter sur deux éléments essentiels selon le journaliste Bareng-Batho Kortjaas : « le 12e joueur c’est la vuvuzela ; le 13e c’est Nelson Mandela et son aura sur le sport sud-africain, le Madiba Magic ». L’article se termine par ce souvenir de Parreira lors de sa prise de fonction. « En 2006, quand j’ai signé mon contrat, il y avait 4 000 personnes à Soccer City pour un match crucial de qualification pour la Coupe d’Afrique des nations. » Quatre ans plus tard, pour le match de préparation contre la Colombie, ils étaient 75 000 dans ce même stade. 2. La facture salée du Mondial pour les Sud-Africains Coupe du monde toujours, mais versant économique cette fois. Tout de suite, le ton est moins enjoué. Et pour cause : le coût de l’événement serait largement sous-estimé. Pour les stades par exemple, le Sunday Times révèle que la facture ne s’élève pas à moins de 320 millions d’euros comme convenu lors de la candidature sud-africaine en 2003, ni à 890 millions d’euro comme estimé en 2006, mais bien à 1,76 milliards d’euros ! Le coût de certaines enceintes se serait envolé de façon spectaculaire (+400% pour Ellis Park, +200% à Rustenburg, +175% au Cap). Au final, en incluant les transports, la facture totale de la Coupe du monde s’élèverait à plus 4 milliards d’euros. Une mauvaise nouvelle ne venant jamais seule, le nombre de touristes attendus ne serait pas de 500 000 mais de 373 000 finalement. Pour éviter de déprimer le pays avant l‘heure, le journaliste Rob Rose reprend cependant en conclusion les paroles d’une responsable de la région du Cap : « Nous avons des dizaines d’exemples qui montrent que tous ces travaux développent notre société… et pas seulement le temps de huit matchs. »

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3. Quatre mariages et un scandale pour Zuma Avec la coupe du monde, l’affaire ne fait pas la une des journaux. Mais elle figure en bonne place. Car il s’agit tout de même d’un scandale d’Etat : la seconde femme du sulfureux président sud-africain Jacob Zuma aurait eu une liaison avec son garde du corps en décembre dernier. Ce qui ne semble pas déstabiliser pour autant le chef de l’Etat polygame qui, à en croire les rumeurs, pourrait se marier à une quatrième femme juste après la Coupe du monde ! Le tacle appuyé de Desailly envers l’équipe de France A noter également (en bonus) cette tribune virulente de Marcel Desailly, intitulée « Pourquoi l’Uruguay et l’Afrique du sud passeront le premier tour ». « J’ai vu la France perdre contre la Chine vendredi dernier, et de ce que j’ai pu voir, je suis pratiquement sûr qu’ils ne peuvent pas gagner la Coupe du monde », explique l’ex-champion du monde tricolore, pas tendre envers la sélection de Raymond Domenech. « Je suis inquiet de voir que nous n’avons toujours pas d’équipe type et que nous ne nous sommes pas décidé sur une tactique. Une équipe qui va gagner la Coupe du monde devrait déjà savoir ces choses ». Avant d’enfoncer le clou, « Je crois que la nouvelle génération est même meilleure que la nôtre, mais ce sont de bons joueurs dans une équipe et pas des leaders comme Patrice Evra, qui est maintenant capitaine. Pour gagner la Coupe du monde, il faut une équipe de leaders ».

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Les espoirs déçus du South African Dream LE 9 JUIN 2010 9H43 | PAR KEVIN DENIAU

Cape Town. « La montagne à gauche, l’océan à droite et le stade au milieu » est-il inscrit sur la façade de l’immeuble du bout de Long street, une des principales artères de la ville. Un bout d’Europe au sud du sud de l’Afrique du sud, une ambiance décontractée (on est très loin de l’euphorie de Jo’burg à l’approche de la Coupe du monde, à mon grand regret), une situation exceptionnelle: Cape Town a tout d’un rêve. Un rêve qu’ont fait Nelly et Marshall. Avant de déchanter. Nelly et Marshall, ce sont les personnes en orange fluo qui surveillent votre voiture quand vous vous garez dans la rue en Afrique du sud. Quand je suis arrivé à Johannesburg, c’est une des premières choses qui m’a marqué: partout des agents de sécurité en gilet fluo. Près des voitures, dans les centres commerciaux, dans les rues…

"Mieux vaut souffrir dans son pays!" Nelly et Marshall demandent 8,20 rands de l’heure (moins d’un euro) quand on récupère sa voiture. Pas grand-chose. Pour la garantie d’avoir toujours son véhicule quand on revient, ce n’est pas grandchose. Enfin ce n’est pas l’avis du propriétaire de cette belle berline grise qui part en refusant de payer. « Ca arrive », regrette Marshall en revenant vers moi. Nelly et Marshall ont un trottoir chacun. Nelly celui de Loop Street. Marshall celui en perpendiculaire. Une trentaine de places en tout. Nelly et Marshall viennent tous les deux du Congo. Aucun lien de parenté entre eux. Marshall appelle pourtant Nelly « ma sœur ». Fraternité nécessaire quand on est étranger et rejeté par le pays dont on a rêvé depuis tant d’années. « La vie n’est pas mieux ici », se lamente Nelly, venue avec sa fille en Afrique du sud en février 2007 dans l’espoir de trouver un travail. Elle est même pire. « Je pleure tous les jours, lâche-t-elle en baissant la tête, des larmes au bord des paupières, mieux vaut souffrir chez soi ! »

5,30 euros par jour « Je gagne la même chose qu’au Congo mais avec un loyer à payer beaucoup plus élevé. Sans compter la xénophobie envers les étrangers ici», raconte pour sa part Marshall, qui après 17h, va faire des extras dans un restaurant. Quand il ne doit pas prendre ses cours d’anglais. Gagner est un bien grand mot pour parler du salaire qu’ils reçoivent : environ 50 rands (5,30 euros) par jour. La Coupe du monde ? « Cela n’a rien changé », peste Nelly.

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Leur rêve s’est transformé une prison. Si Marshall compte rester encore trois ans en Afrique du sud, histoire d’avoir un diplôme espère-t-il, Nelly n’a plus qu’une envie:rentrer chez elle. Encore faut-il qu’elle trouve les 800 dollars qu’elle avait déjà déboursés pour venir. Un pick-up se gare. Elle commence à griffonner sur son petit calepin l’heure d’arrivée. Tout en rêvant à celle de son départ.

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300 ans après, les petites bulles (belges) frétillent de nouveau à Franschhoek LE 10 JUIN 2010 10H52 | PAR KEVIN DENIAU

Petite devinette : comment se rendre à Chamonix en venant de la Provence en moins de 10 minutes ? Réponse : en habitant à Franschhoek en Afrique du sud !

Franschhoek, c’est la charmante commune de 7 000 âmes, à 50 km au nord du Cap, où résident Jean-Philippe Colmant, sa femme Isabelle et ses 5 enfants. Une commune qui jouit d’une solide réputation vinicole. Ici les vignobles s’appellent donc Chamonix, La Provence mais aussi La Chaumière, La Petite ferme, la Bourgogne ou encore Dieu donné. Simple coup marketing ? « Non, une réalité historique », explique Jean-Philippe. Petit retour en arrière. Nous sommes en 1688. 270 huguenots naviguent vers l’Afrique du sud, fuyant la France après la révocation de l’Edit de Nantes. Ce sont eux qui fonderont la ville de Franschoek (littéralement en Afrikaans « le coin des Français ») et y planteront les vignes qui forment aujourd’hui le paysage de cette magnifique vallée.

La ville entretient le mythe Jean-Philippe est propriétaire du domaine Colmant, juste après Huguenot street, la route principale. Mais il ne faut s’y tromper, Jean-Philippe et sa famille ne sont pas Français… mais Belges ! « Ce village n’a rien de Français si ce n’est l’origine ! », ironise le sympathique originaire de Mons. « Les gens ont gardé les noms d’origine des propriétés mais il n’y a plus de Français ici, c’est un mythe ! » Les premiers huguenots se sont s’y rapidement intégré aux Hollandais qu’en quelques générations seulement, la langue de Molière a disparu de Franschhoek. Ce n’est qu’en 2002, quand Jean-Philippe et sa famille sont venus s’y installer, qu’un peu de francophonie a refait son apparition dans la vallée. Rien ne destinait pourtant la famille Colmant à venir cultiver la vigne au beau milieu de l’Afrique du sud. Jean-Philippe, lui son truc c’était plutôt la pierre tombale ! Patron pendant 12 ans d’une entreprise de transformation de pierre, il décide de tout quitter avec sa femme pour une autre vie. « Déjà à l’époque j’étais pessimiste sur l’avenir de l’Europe, raconte-t-il, et je me suis toujours mis en tête que si j’en avais l’opportunité, je ferais deux choses radicalement différentes dans ma vie ».

Coup de foudre sud-africain L’aîné de ses enfants a alors 12 ans. C’est maintenant où jamais. Jean-Philippe et sa femme ouvrent une carte du monde et se mettent à la recherche d’une nouvelle terre d’accueil. Avec trois impératifs : de bonnes écoles pour les enfants, un système de santé performant et une langue qu’ils parlent déjà.

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Trois destinations retiennent leur attention : Australie, Nouvelle-Zélande et Afrique du sud. En 2001, ils partent quatre jours pendant le week-end de l’Ascension au Cap. « On a pris des billets de dernière minute ! » en rie encore Jean-Philippe. Ils arrivent et là… coup de foudre ! « Le lundi on est rentré, le mardi j’étais à l’ambassade pour les passeports», se rappelle JeanPhilippe, plus entrepreneur qu’aventurier, selon ses termes. Une fois posé le pied définitivement en Afrique du sud, la petite famille cherche une école mixte qui fait de la maternelle au baccalauréat. Ce sera celle de Franschhoek. L’histoire est en marche.

Champagne ? Non, Cap Classique ! Passionné de petites bulles comme il dit, Jean-Philippe rachète alors une petite ferme et décide de se spécialiser dans le Champagne. Il est le premier à importer les bouteilles de petits producteurs français. Il investit également une grande partie de ses économies dans un bâtiment qui lui permettra de produire lui-même son Champagne. Son Champagne ? Que dis-je, son Cap Classique ! C’est le nom que l’on donne ici au breuvage effervescent. « Je dis aux Sud-Africains que le Champagne s’appelle comme cela car il ne peut s’appeler Cap Classique étant donné que le nom est déjà déposé », s’amuse le grand gaillard de 45 ans. Il importe 14 000 bouteilles par an, tandis que sa production s’élève à 40 000 bouteilles à l’année. « Le maximum si l’ont veut garder tout sous contrôle » explique celui qui travaille juste avec sa femme et une employée. 80% de ses ventes sont destinées au marché sud-africain dont les 2/3 pour Johannesburg. « C’est un marché de niche », reconnait Jean-Philippe. Les chiffres parlent d’eux même : Quelque 300 000 bouteilles sont vendus en Afrique du sud chaque année contre pratiquement 180 millions pour la France.

Des conditions idéales Cet as du marketing ne nourrit pourtant aucun complexe d’infériorité par rapport à ses cousins Champenois. « Ici, les conditions sont fantastiques avec des sols et des climats différents selon les vallées. Mêmes eux le disent… » Si la méthode de production reste la même, la recette diverge sensiblement de celle du Champagne. Les raisins très sucrés avec le soleil donnent un rendu plus fruité. Un délice pour le palais. Avant de me délecter de la deuxième (et dernière je précise) coupe, je demande à Jean-Philippe son sentiment sur l’évolution du pays. « Il faut vraiment éviter les clichés des touristes qui se font une idée du pays en voyant les townships au bord des aéroports. Ce n’est pas la photo mais le film qu’il faut regarder », estime-t-il plein d’optimisme. « Le pays avance, c’est une certitude ! »

Du Brel en Afrique du sud Pour rien au monde il ne reviendra en Belgique me confie celui qui s’apprête à acquérir la nationalité sud-africaine. « Après c’est l’Afrique, on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait », dit-il en citant l’exemple voisin du Zimbabwe.

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Le soleil commence à se coucher au loin derrière les montagnes. Enivré par les odeurs de sucre et d’alcool, je continue à écouter le récit de mon hôte. En fond sonore, Jacques Brel, Le port d’Amsterdam. Et le pétillement des petites bulles. La Coupe du monde sera-t-elle un tremplin pour faire découvrir au monde entier le Cap Classique ? Pas pour Jean-Philippe en tout cas, qui profite de l’événement pour partir en vacances en Namibie. « Je n’ai pas envie d’être une attraction entre deux matchs », se justifie ce passionné. Le soleil a désormais disparu. Il est temps pour moi de quitter Jean-Philippe et de reprendre la route. Moi aussi définitivement tombé amoureux de ce petit coin, non plus des Français, mais véritablement de paradis.

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La première victoire de l'Afrique du sud LE 11 JUIN 2010 1H27 | PAR KEVIN DENIAU

La Coupe du monde n’a pas encore commencé que déjà l’Afrique du sud peut se féliciter d’un premier succès : le succès populaire ! Je suis bluffé par ces Sud-Africains. Je l’admets. Je m’attendais en arrivant à une liesse générale dans tout le pays. Mais à ce point… Comme je le notais dans mon premier post à la

descente de l’avion, Johannesburg dégage depuis longtemps une immense euphorie à l’approche de l’événement. Cela s’est confirmé il y a quelques jours, quand les Bafana Bafana ont été à la rencontre de leur peuple dans les rues de Sandton. Une marée humaine s’est alors massée autour du bus des joueurs. Comme s’ils venaient d’être champions du monde.

La Coupe du monde uniquement à Johannesburg ? Je regardais les images en direct à la télévision, car j’étais au Cap à ce moment. Déçu de ne pas pouvoir y être. Car pour le coup, de mon côté, c’était le calme plat. A Cape Town, ambiance Coupe du monde : zéro ! C’est à ce moment que je me suis demandé si l’événement n’allait pas avoir son épicentre à Jo’burg tandis que les provinces aux alentours ne feraient que figuration. C’est mal connaître l’Afrique du sud, cette nation plurielle. Cape Town l’endormie – c’est un habitant qui le dit- n’est pas Jo’burg la bouillante. Elle se réveille au dernier moment peut-être… mais elle se réveille ! Déjà, quand je suis rentré de mon petit intermède d’hier à travers les vignobles, quelque chose avait changée : de toute part dans la ville, les vuvuzelas vrombissaient en continu.

Le réveil de Cape Town A 14h, le Fan Fest, l’endroit de 25 000 places aménagé par la Fifa pour suivre les matchs sur grand écran, devait faire son ouverture. Je m’y rends à 17h15. « Ah non monsieur, il est plein depuis 3h déjà. Revenez demain ». Tiens ? C’est en m’orientant vers les autres écrans géants de la ville, au croisement d’une rue, que je comprends : impossible de se frayer un chemin à travers la foule jaune et verte qui inonde Adderley Street. Ca y est, la Coupe du monde a commencé à Cape Town ! Des drapeaux sud-africains qui flottent à perte de vue, des perruques de toutes les couleurs, du jaune, du jaune et encore du jaune. C’est beau. Des enfants aussi, beaucoup d’enfants. Durant toute la durée de la Coupe du monde, le gouvernement a décidé de leur donner des vacances pour pouvoir vivre pleinement l’événement.

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L’émotion Mandela Une clameur surgit de la droite et se propage dans la rue : Nelson Mandela à l’écran. Plutôt des images de son discours historique du Cap juste après sa libération. Le vrai devrait être présent à la cérémonie d’ouverture de ce vendredi. Une vive émotion me parcourt. Je ne peux la décrire avec des mots. C’est beau tout simplement. De voir ces familles, cette joie, ces appareils photo brandis, ces danses et ces chants, cette fierté. Quelques Mexicains affichent haut leurs couleurs à l’approche du match de ce vendredi. Les flashs crépitent à leur passage. R Kelly chante son morceau culte I believe I can Fly, que la foule reprend en chœur. Puis vient le carnaval. Une spécialité à Cape Town qui en organise déjà un le 2 janvier de chaque année. Un défilé de costumes à paillettes, de trompettes, de majorettes… L’ambiance samba nous transporte à Rio.

Une grande fête populaire Les sourires illuminent tous les visages. Pas une once d’agressivité dans ce pays qu’on ne cesse de qualifier comme le plus violent au monde. Il faut dire que des forces de sécurité ont été déployées en masse. Mais tout de même. Jamais en prenant une photo ou en marchant simplement dans la rue je ne me sens en danger. Les Sud-Africains sont juste heureux de fêter leur Coupe du monde et de montrer au monde la vraie image de leur pays. C’est leur première et, peut-être, leur plus belle victoire. Je rentre de cette soirée des images plein la tête. Sans compter le bruit des vuvuzelas qui bourdonnent encore dans mes oreilles. Mais depuis ce soir, je l’apprécie finalement ce son morne et sans musicalité. Car c’est ça la Coupe du monde en Afrique du sud!

Retrouvez toutes les photos de la soirée sur le groupe Facebook « Coupés du monde ? » IMPORTANT : demain premier live-tweet en direct d’Afrique du sud pour l’ambiance sur place des matchs Afrique du sud – Mexique et France – Uruguay (depuis les tribunes pour ce dernier :-) Si vous avez Twitter, suivez moi (voici mon compte). Sinon, créez vous un compte ici.

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La dernière Coupe du monde de Clément d'Antibes, le plus emblématique supporter des Bleus LE 13 JUIN 2010 14H08 | PAR KEVIN DENIAU

Note : C’est ce qu’on appelle un « bon client » pour les journalistes. Une gouaille, une histoire originale, une dose d’humour, beaucoup de gentillesse. Voilà pourquoi on le voit partout Clément d’Antibes. Pourquoi alors faire un nième article à son sujet dans ce blog qui traite avant tout des Sud-Africains? Parce que, comme la plupart des posts publiés ici, je ne devais pas écrire sur ce sujet en me levant ce matin. Mais le hasard a voulu que je rencontre Clément aujourd’hui comme il a voulu que je passe un des plus agréables moments de ma journée avec lui. Et aussi parce que Clément symbolise cette race de supporter dont on ne parlera jamais assez. Une fois n’est pas coutume, c’est dans un stade de rugby que je trouve Clément d’Antibes. Le match est fini, la France s’est fait étriller par les

Springboks, le gros des supporters a quitté l’enceinte, mais il est encore dans les tribunes. S’il ne devait en rester qu’un. Il attend son fils pour prendre une photo d’eux derrière les poteaux. « Christophe, viens ! ». J’avais rendez-vous avec quelqu’un d’autre. Mais je suis quand même allé le voir. Pour lui poser deux trois questions en passant. Je suis finalement resté avec lui pour la 3e mi-temps!

« Une star, quelle star? » « Alors, c’est vous la star des supporters ?! » lui ai-je lancé un peu maladroitement. « La star ? » Il se retourne. « Tu vois une star toi ? » Je souris. Prenant conscience de mon erreur : je ne m’adresse pas à un joueur de football mais bien à un supporter. Un supporter certes emblématique mais qui n’en garde pas moins son esprit de supporter - ce pourquoi il est emblématique d’ailleurs. Conscient de n’être qu’un parmi d’autres. Conscient de n’être « que » le 12e homme. Celui sur lequel les projecteurs du stade ne se concentrent pas. En retrait. Dans les tribunes. Je me reprends donc. « Cette passion pour l’équipe de France, ça remonte à quand ? » Réponse du tac-au-tac : « Le 16 juin 1982, Bilbao, France - Angleterre, défaite 3-1 ». Un déclic pour celui qui ne manquera depuis que la Coupe du monde de 1994 aux Etats-Unis. Clément part alors dans le récit de son histoire qui le mène à ce fameux match de 1982. Une histoire qu’il a déjà répétée maintes fois - les mots qu’il emploie sont identiques à ceux de cette dépêche AFP. Mais il ne le fait pas sentir. Humble et généreux.

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31 pays découverts grâce à l’équipe de France Dans la vie, Clément était - il est à la retraite depuis 2008 - infirmier. A Antibes naturellement. « J’ai toujours calqué mes congés sur les déplacements de l’équipe de France », raconte ce supporter, également, de l’OGC Nice et de Monaco. « Quand ça ne suffisait pas, je faisais aussi des arrêts maladie ! » confesse-t-il, un sourire en coin. Pourquoi ce soutien inconditionnel et surtout sans limite aux Bleus? « Il y en a qui partent aux Comores ou à Tahiti. Et bien moi c’est l’équipe de France », justifie-t-il simplement. Car au-delà du football, Clément ne néglige pas l’aspect culturel et touristique. Il part généralement 3 jours avant, parfois plus, pour visiter le pays. Grâce à l’équipe de France, Clément a ainsi découvert 31 nouveaux pays au total. Des pays qu’il n’aurait jamais vus sans le football. « Si on m’offre un voyage au bout du monde, je le revends tout de suite! S’il n’y a pas l’équipe de France je vais me faire chier ! » tonne-t-il de sa voix rauque. En témoigne cette anecdote lors de la Coupe du monde 2002 organisée en Corée du sud et au Japon. Clément doit se rendre au Japon après le premier tour. Malheureusement, l’équipe de France se fait sortir prématurément. « J’ai annulé mes billets et je suis rentré, explique Clément qui n’aura donc jamais connu le pays du soleil levant. Je n’avais plus la motivation. Cela manque de saveur sans le foot… »

Un prêt de 4 000 euros pour la dernière Coupe du monde Une femme l’interrompt dans la rue. « Bonjour Clément, c’est possible de prendre une photo avec vous ? » Il s’exécute poliment. Au dos de son maillot, la mention : « Stade de France : 54 participations sur 59 matchs ». Clément est un homme de chiffre - « cela doit être le Tiercé ». Son compteur indique 152 matchs officiels (Lilian Thuram, le Français le plus capé, pointe à 142), dont la moitié effectué avec son coq Balthazar. Mais à 62 ans, il a déjà fait son petit calcul sur la fin de sa « carrière »: le 16 juin 2012, lors de l’Euro en Ukraine et en Pologne, la terre natale de son père. « Cela fera 30 ans pratiquement jour pour jour de bons et loyaux services à la patrie », s’enthousiasme Clément de son vrai nom Tomaszewski. Un arrêt symbolique donc pour celui qui vit ainsi sa 6e et dernière Coupe du monde. Un arrêt qui risque en tout cas de faire du bien à ses finances. Pour l’Afrique du sud, Clément a emprunté « avec le consentement de sa femme » 4 000 euros !

Le coup de gueule avant l’Uruguay Un personnage de marque vient le saluer : Frédéric Thiriez, président de la Ligue nationale de football. « Salut Fred ! » rétorque Clément. En 2004, il a fondé son association pour réunir les supporters de l’équipe de France. Avec une charte (en acrostiche) bien claire : pas d’alcool les jours de matchs, respect de tous les acteurs ou encore encourager son équipe dans la victoire comme dans la défaite. Fidélité, Ethique… Pour quel retour des joueurs envers ce modèle de supporter ? « Joker ! » me sourit Clément. « Je suis d'une nature discrète ; je ne vais jamais les solliciter. Quand un joueur vient juste dire un merci, c’est merveilleux ». Fair-play même devant la goujaterie de certains.

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Enfin, Clément a quand même poussé sa gueulante avant le match contre l’Uruguay. Il attendait à l’entrée de l’hôtel des Bleus avec d’autres supporters et des journalistes le car des joueurs, qui, à la dernière minute, est finalement passé par une l’entrée à l’arrière. « On s’est saigné quand même pour venir en Afrique du sud et remplir notre devoir de supporter ! » peste le bouillant natif d’Algérie.

Balthazar interdit de stade Des policiers sud-africains passent. Ils l’interpellent en lui souriant. « Tu vois, ce sont ceux du match

d’hier contre l’Uruguay », me raconte-t-il en leur montrant ironiquement ses deux poings comme s’il était attaché. Car hier, Clément a appris à les connaître ces policiers. Et ils n’avaient pas le même sourire. Tout va bien jusqu’au moment où Clément d’Antibes passe avec son fameux coq à l’écran géant du stade. Ni une ni deux, il voit débouler une horde de policiers qui le sortent de l’enceinte et lui demandent de ramener la bête (pour l’histoire, achetée dans un township du Cap) à l’hôtel. « C’est devenu une affaire d’Etat, se remémore celui qui ne parle pas un mot d’anglais, ils me l’ont confisqué et ne m’ont libéré qu’à la 2e mi-temps » - à noter que des drapeaux irlandais anti-Fifa ont également été retirés des tribunes lors de cette partie. Pour le match d’aujourd’hui, Clément a donc été sage et a laissé Balthazar à l’hôtel. « Faut pas que je me fasse encore remarquer si je veux le prendre pour le prochain match ! » Sans limite. Comme toujours.

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Insupportable équipe de France! LE 15 JUIN 2010 10H58 | PAR KEVIN DENIAU

Sale temps sur Knysna. Grosses averses, rafales de vent, température glaciale. C'est pourtant ce lundi que l'équipe de France a programmé son premier (et dernier?) entraînement ouvert au public. Programmé est un bien grand mot: les supporters et journalistes n'ont été averti que la veille au soir. Personnellement, je n'étais pas au courant, n'étant pas référencé sur les listings de la fédération. C'est par le plus grand des hasards que je suis arrivé aujourd'hui dans la charmante bourgade où résident les Tricolores. Durant mon petit tour de la ville, je suis interpellé par les propos d'une commerçante française. "Les Bleus se comportent comme des divas, on ne les voit jamais", peste-t-elle. Désireux de comprendre pourquoi, je me rends donc sur le camp de retranchement de l'équipe de France.

Pris en filature A quelques centaines de mètres de leur hôtel, deux véhicules de policiers. Je passe, comme si de rien n'était. A l'entrée du très classieux Pezula Resort, encore des policiers. Je passe devant, toujours impassible, et cherche une place pour me garer. Sauf que derrière moi, une voiture de police me suit depuis le premier "barrage"! Je rêve... Un agent se met à ma hauteur. "Bonjour, vous cherchez quelque chose?". Je réponds naïvement : "L'équipe de France". Il me demande alors de le suivre en voiture. Quelques kilomètres plus loin, aux abords des townships de la ville, il m'indique un chemin boueux gardé par –encore- des policiers. "C'est au bout". Premier contrôle. "Bonjour, je suis journaliste blablabla...". Ca passe. Au bout de ce long chemin, en pleine forêt, des rangés de voiture sont garées sur le bas-côté. Je continue à pied. Deuxième contrôle. "Bonjour, je suis journaliste blablabla...". Ridicule.

Un entraînement public imposé par la Fifa Les pieds trempés, le bas du pantalon noirci par la boue, me voici enfin face à THE événement : l'entraînement de l'équipe de France! Ouah! Bon, au-delà de 23 types en short qui tapent dans un ballon sous la pluie, des policiers (beaucoup) et, dans les petites tribunes, des supporters tricolores (autant) en train de chanter la Marseillaise. Surpris, je leur demande s'ils sont là tous les jours. "Non, c'est le premier entraînement qui n'est pas à huis-clos depuis le début de la Coupe du monde!" Décidément, j'ai vraiment de la "chance". C'est le premier... et dernier à les croire. La Fifa impose en effet à chaque équipe au moins un entraînement en public durant son séjour. Pour la France, c'était donc aujourd'hui. Après, circulez, il n'y a plus rien à

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voir. Le long des cordes de sécurité autour du terrain, des enfants sud-africains venus applaudir leurs idoles. Peut-être viennent-ils des townships des environs.

Le Danemark plus ouvert En discutant avec d'autres journalistes, je m'aperçois du fossé qui sépare le Danemark, qui réside aussi à Knysna, et la France. A quelques exceptions près, tous les entraînements danois se font en public. En salle de presse, les rouge et blanc sont tous présents en salle mixte et sont donc abordables librement pour tous les journalistes. Côté Français, c'est 15 minutes de conférence avec deux joueurs. Point barre. Et encore, quand tout va bien. Pitoyable équipe de France. La virée dans les townships de dimanche? 30 minutes à donner des maillots et des autographes et puis s'en va. Certains étaient très impliqués comme Malouda ou Evra. D'autres moins, me révèle-t-on.

"On est des vrais supporters, pas des hooligans..." Ma surprise n'en est pas moins grande quand je vois Ribéry, de loin, remercier les supporters présents. Ah, enfin un beau geste! Le problème est qu'il marque aussi la fin de l'entraînement. Ce sera le seul qui saluera la petite cinquantaine d'irréductibles ayant fait le déplacement dans ce froid hivernal. Ahurissant. Thierry, l'un d'entre eux, est dégoûté. Malgré tout, il tente, sans conviction, une explication. "Bon, il fait froid et ils ne doivent pas attraper froid avant le match donc c'est pour cela qu'ils rentrent vite dans le bus". Sur le manteau d'une supportrice française, le slogan "Irrésistibles Français". "De moins en moins!" me confie-t-elle. "Ils refont la même erreur qu'en 2008, ils se coupent de leur public", dit-elle, dépitée. Un autre : "Pourquoi ils ferment toujours leurs entraînements? On a fait plus de 1000 kilomètres, on est des vrais supporters, pas des hooligans, on n'est pas dangereux..." Sur la route du retour, je repasse devant les maisons de taule des townships. Un autre monde. A quelques kilomètres seulement de l'hôtel de nos champions.

Go Bafana Go! Si on sait depuis longtemps déjà que ce n'est pas avec l'équipe de France qu'on va voir du beau jeu sur le terrain durant cette Coupe du monde, je ne pensais pas, comme certains me le disaient, qu'elle nous gratifierait en prime d'un comportement aussi irrespectueux –déjà, seuls les Uruguayens avaient applaudi leur public à la fin du match au Cap. Une Coupe du monde (surtout celle-ci) n'est pas une simple compétition de football. C'est aussi un formidable vecteur de passions, de rêves et d'échanges. Beaucoup d'équipes l'ont compris, en premier lieu les Bafana Bafana. Pas la France. Alors "Go Bafana go!", éliminez ce clan d'arrivistes, qui ne doit sa qualification qu'à une misérable main (à défaut de bien jouer avec les pieds) et qui ne fait pas honneur à la formidable fête que vous êtes en train d'organiser. Une fête dont, de toute façon, il ne veut pas faire partie. A moins qu'il n'ait pas compris simplement qu'elle existait.

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Pourquoi Knysna va prendre l'accent français après la Coupe du monde LE 16 JUIN 2010 16H32 | PAR KEVIN DENIAU

Des coqs, des drapeaux français et même une petite tour Eiffel. Autant dire que la petite ville de Knysna (prononcez « Naï-zna ») montre comme il se doit qu’elle est le lieu de résidence de l’équipe de France durant la Coupe du monde. Il faut dire que c’est une chance historique pour la charmante bourgade (50 000 habitants) qui tire l’essentiel de ses revenus du tourisme. « Cela nous apporte une couverture médiatique incroyable ! », jubile Shaun van Eck, le directeur de l’Office de tourisme de Knysna. 200 journalistes français sont en effet installés ici pour saisir les faits et gestes des Bleus. Des journalistes mais peu de touristes. Les Français passent mais ne s’arrêtent pas dans la ville hôte des Tricolores. Ce qui n’inquiète pas Shaun van Eck. C’est que le sympathique Shaun ne regarde pas vraiment le nombre de touristes français d’aujourd’hui… mais plutôt ceux de demain ! Une opportunité historique « Nous n’avons pas le budget pour conquérir ce marché mais nous n’allons pas laisser passer pour autant cette opportunité », affirme Eleanore Bouw-Spies, la maire de la ville depuis quatre ans. Knysna a déjà en effet mis le paquet d’un point de vue marketing pour attirer les habitants de l’Hexagone durant le Mondial. Outre les décorations dans toute la ville, un festival de films français vient d’être organisé. En attendant le spectacle de marionnettes du 29 juin. Ca, c’est pour le court terme. « On va mettre en place une campagne promotionnelle axée sur la France et le Danemark – l’autre équipe résidente à Knysna- d’une durée de 5 ans en rappelant bien que nous avons été la ville d’accueil de leur équipe nationale », programme déjà Shaun van Eck. Une fête en préparation : le « Bastille day » En attendant, la ville se prépare à ce tournant historique. L’office de tourisme a mis en place des cours de Français pour les professionnels du secteur. « Je peux vous dire ‘Bonjour, enchanté, comment ça va’ », tente timidement Eleanore Bouw-Spies. Les menus des restaurants sont en train d’être traduits. Une fête, le « Bastille day », va être organisée à partir de l’an prochain. Devinez la date… le 14 juillet !

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Vous vous rappelez de Franschhoek, la ville fondée par des Huguenots qui joue à fond la carte « Frenchy » pour attirer des touristes de l’Hexagone ? Knysna vient de nouer un partenariat avec ! En attendant un possible jumelage avec une ville près de Bordeaux. « Pourquoi ne pas envisager des échanges d’étudiants entre les deux pays? », réfléchit Eleanore Bouw-Spies. « Dans 10 ans, il y aura un parfum de France à Knysna, certifie Shaun van Eck, nous serons plus ’French friendly’ ». Un programme de 3 ans avec la France Et si cela avait été une autre équipe à la place de la France au Pezula Resort ? « On aurait mis en place le même dispositif envers cet autre pays ! », confesse, opportuniste, le directeur de l’Office du tourisme, qui admet également que cela aurait été une tragédie pour la ville si aucune équipe n’était venue durant la compétition. Mais le french feel de Knysna ne se résume pas à une simple question de tourisme. En visite dans les townships de la ville dimanche dernier, Rama Yade, la secrétaire d’Etat aux Sports, a promis une enveloppe d’environ 100 000 euros en vue d’un vaste programme de développement par le sport sur trois ans. Des entraîneurs vont être formés pour travailler avec des jeunes en majorité défavorisés. Eleanore Bouw-Spies est aux anges. Même si les coups de téléphone n’arrêtent pas en ce moment. Demain, elle doit d’ailleurs accueillir le ministre de la Culture danois. Pas facile de vivre deux grands événements de front. Deux ? Oui, outre la Coupe du monde, Eleanore est en plus enceinte de sept mois d’un petit garçon ! La nouvelle génération. Celle qui saura sûrement dire plus que « Bonjour, enchanté, comment ça va »…

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Au Fifa Fan Fest, la fête... puis la défaite! LE 17 JUIN 2010 12H16 | PAR KEVIN DENIAU

Hier, cela devait être jour de fête en Afrique du sud. Le 16 juin, c’est en effet le « Youth day », un jour férié en mémoire des événements survenus à Soweto le 16 juin 1976. Mais hier, c’était aussi et surtout le match que tout le pays attendait : Afrique du sud – Uruguay. Pour ne pas manquer l’événement, je me suis rendu, pour la première fois, dans un Fifa Fan Fest, celui de Port Elizabeth. Un Fifa Fan Fest, c’est un endroit où l’on peut suivre sur écran géant les matchs de la Coupe du monde. Ce dispositif, datant du Mondial allemand, quatre ans plus tôt, est orchestré d’une main de maître par la Fifa pour que le bonheur du téléspectateur soit total. D’une part, sûreté totale avec un portique de sécurité à l’entrée puis toute une cohorte de policiers à l’intérieur. Les sponsors omniprésents Ensuite, une fois entré dans ce petit village cloisonné, on ne manque de rien. Un chapiteau géant servant de bar à bière (la bière sponsor de l’événement), un barnum Coca-Cola pour prendre des photos de soi sur un bout de pelouse (et acheter la boisson sponsor de l’événement), une animation loto (organisée par un sponsor de l’événement), un stand de l’Office du tourisme, un autre d’objets de décoration africains, des buvettes, un distributeur de billets… Bref, un vrai parc d’attractions. Installé dans le magnifique stade de cricket de la ville, ce Fan fest est un merveilleux endroit de convivialité où, en attendant le match, les jeunes jouent au foot entre eux. Beaucoup de familles sont présentes ce soir. Accessible gratuitement, ce Fan fest représente pour bon nombre d’entre elles, qui ne peuvent se payer le luxe d’une place pour un match, le moyen de vivre pleinement leur Coupe du monde. Dans les gradins, des espaces « familles » sont délimités. Sont interdits : l’alcool et… les injures ! Je ne sais pas si cela a été respecté durant tout le match… Des bénévoles de l’Unicef ont également pour mission de recenser les enfants présents en leur mettant un petit bracelet au poignet. Pour éviter les trafics de mineurs. Lorsque débute le match, nous devons être environ 20 000 (chiffre très approximatif !). L’ambiance est bouillante. En témoigne cette vidéo prise au moment de la chanson du Mondial « Waving flags », juste avant le coup d’envoi du match.

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Bon, inutile de dire que la tournure prise par les événements a rapidement fait taire les vuvuzelas. Têtes basses, les premiers supporters commencent à quitter l’enceinte après le deuxième but uruguayen. Dommage. Il ne manquera donc que la victoire à cette émouvante fête. PS: Je vous prie d'excuser la piètre qualité des vidéos (filmées depuis un téléphone portable). Un petit souci technique m'empêche pour le moment de faire des reportages vidéos avec ma caméra.

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Le soutien de façade de la presse sud-africaine LE 22 JUIN 2010 13H07 | PAR KEVIN DENIAU

Petite revue de presse sud-africaine avant le match crucial contre la France de ce mardi à 16h. The Citizen Avec un grand « Go Bafana ! » en couverture, The Citizen appelle la nation arc-en-ciel à se peindre en jaune aujourd’hui pour soutenir les Bafana. Toutefois, le quotidien reste lucide : ils ont besoin d’un miracle pour se qualifier, même si le président Jacob Zuma se dit optimiste. « Des fantômes hantent les hôtes » titre le supplément Sport. En effet, si l’Afrique du sud ne passe pas le premier tour, elle deviendrait la première nation organisatrice de l'événement dans l’histoire de la Coupe du monde à vivre cet échec. « Une honte » selon le journal qui ne préfère pas s’attarder sur ce point… S’agissant du match, The Citizen appelle les Sud-Africains à être plus agressifs sur la pelouse. Les Bafana ont en effet été jugés trop gentils contre l’Uruguay. Autre requête auprès du sélectionneur Carlos Albert Parreira, mettre deux attaquants de plus pour ce match couperet ( « Do or die » comme on dit en anglais). La ferveur auprès de l’équipe de football parvient même à susciter une petite polémique parmi les politiques. La Youth League de l’ANC, le parti au pouvoir, appelle purement et simplement à ne pas titulariser le défenseur et capitaine des Bafana Aaron Mokoena, très décrié ici. Un sentiment que l’Alliance Démocratique, autre parti, rejette : « Les politiques n’ont pas à s’occuper de ce qui se passe sur le terrain ! » Il n’y a pas qu’en France qu’on se déchire autour du football… La France justement. The Citizen ne s’étend pas trop sur les affaires qui minent les Bleus. Un petit article sur la maman de Raymond Domenech qui demande à rencontrer Nicolas Anelka, quelques encarts sur la préparation française avant le match. Bref, rien à voir avec la polémique dans l’Hexagone. Même Parreira ne préfère pas s’épancher sur le sujet : « Certes, ce ne sont pas des conditions idéales pour préparer un tel match, mais nous ne devons considérer ces problèmes come un avantage pour nous ». The Sowetan Drôle de façon de voir les choses pour le Sowetan. La couverture du jour est sans équivoque : « Go for it Bafana, la nation entière est derrière vous !» Sauf qu’à l’intérieur, on commence avec un article plutôt pessimiste qui annonce que les supporters ne croient pas au miracle ! L’éditorial n’est pas non plus très rassurant. Du style : « Cela sera une belle consolation de gagner le dernier match mais il faut surtout retenir que malgré ce que disaient les mauvais langues, nous sommes sur le point d’organiser la plus belle Coupe du monde de tous les temps. Nous devons rester fier d’être Sud-Africain pour cela ». Pas très encourageant.

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Le quotidien appelle juste les « Boys » à restaurer la fierté de la nation dans l’article central, tout en lançant quelques piques à l’entraîneur brésilien Carlos Alberto Parreira qui a eu le malheur d’encourager le Brésil à aller le plus loin possible dans la compétition. « Loyauté divisée » écrit le Sowetan. Encore une fois, peu de place accordée à la polémique autour de l’équipe de France si ce n’est la prise de parole d’hier de Zinédine Zidane. Peut être ce minuscule encart qui, en résumé, écrit que le désastre de cette Coupe du monde aurait pu être évité si la Fédération s’était séparée de Raymond Domenech en 2008. L’article parle des « méthodes bizarres du sélectionneur qui choisit ses joueurs en fonction de leur signe astrologique ». Volksblad Le quotidien sud-africain se démarque de ses confrères en consacrant le haut de l’affiche à l’équipe de France. En couverture (en afrikaans), le titre « Sokkerdrama in Bloemfontein (est-il besoin de traduire ?) avec une photo de Roselyne Bachelot (pas vraiment à son avantage d’ailleurs…) A l’intérieur, deux pages sur les Bleus avec le coup de gueule de la presse française et celui de Zinédine Zidane.

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Revivez le match France - Afrique du sud comme si vous étiez dans les tribunes LE 22 JUIN 2010 23H19 | PAR KEVIN DENIAU

Une fois n’est pas coutume, Coupés du monde ? a vécu la Coupe du monde depuis les tribunes pour le match tant attendu France – Afrique du sud. Revivez (presque) comme si vous étiez au Free State Stadium de Bloemfontein ce mardi 22 juin quelques passages de la rencontre au beau milieu des supporters sud-africains. BOMP BOMP BOMP… Quand les vuvuzelas font ce bruit (en chœur en plus) dans le stade, il y a de quoi regretter d’avoir fait le déplacement à l’autre bout du monde pour voir un match de football… http://www.dailymotion.com/video/xds7ro_vuvuzela-lors-du-match-afrique-du-s_sport L’autre usage des Vuvuzelas. Bizarrement, on aime mieux ! Dès que les vuvuzelas ne sont pas dans la bouche des supporters mais projetées en avant dans ce mouvement de va-et-vient, on en viendrait presque à vouloir l’importer pour les stades français… Après réflexion, non en fait ! http://www.dailymotion.com/video/xds96w_autre-usage-des-vuvuzelas-match-fra_sport Mexican Wave. Voici le nom que donnent les Sud-Africains (il n’y a pas qu’eux d’ailleurs) à la Ola. Ce n'est peut-être pas un hasard si les Mexicains ont fait couler les Bafana dans ce groupe et douché les espoirs de leurs supporters. Vous êtes prêts ? Elle arrive en face... Les tribunes commencent à trembler… C’est bientôt votre tour…OLA !!! http://www.dailymotion.com/video/xds7wi_ola-lors-du-match-de-coupe-du-monde_tech Corner pour les Sud-Africains. Tiré par le chouchou Tshabalalala. A chaque fois que les Bafana s’approchent du but français, c’est le délire dans les gradins. Je décide donc à ce moment-là de filmer ce coup de pied de coin (prends ça JML !) pour illustrer ce que je viens de vous dire. Mon intuition était la bonne… LADUUUUUUUUUMA !!!!!! (en fait, ça veut dire but ici) http://www.dailymotion.com/video/xds5hd_le-1er-but-de-l-afrique-du-sud-face_sport Le coup de sifflet final a retenti depuis une bonne vingtaine de minutes déjà. Pourtant, le stade est loin d’être désert. Les gens restent. Certains encore sous le choc de l’élimination malgré la victoire. D’autres, désireux de poursuivre la fête ou de prendre des photos. Tous avec des étoiles encore dans les yeux. On vient de vivre un moment inoubliable ! Encore !!! (je ne pense pas partager ce dernier mot avec l‘ensemble des supporters de l’équipe de France)

http://www.dailymotion.com/video/xds8nl_les-sud-africains-restent-au-stade_sport

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L'Afrique du sud veut éviter à tout prix la gueule de bois LE 24 JUIN 2010 13H21 | PAR KEVIN DENIAU

« Quelle magnifique sortie ! », « Eliminé mais fier ! », « Les Héros »… Les Unes des journaux sud-africains hier ne tarissaient pas d’éloges après « l’exploit » réalisé par les hommes de Carlos Alberto Parreira contre la France. Un sentiment qui tranche avec celui que j’ai pu apercevoir à la fin du match dans le stade de Bloemfontein. Les visages des Sud-Africains, certes enjoués, laissaient toutefois transparaître une pointe d’amertume. Comme s’ils venaient de réaliser que, malgré la victoire, ce match était bel et bien synonyme d’élimination pour leur équipe. C’est ce que retiendra malheureusement l’Histoire : l’Afrique du sud aura été la première nation hôte de la Coupe du monde à ne pas avoir franchi le stade des matchs de poule. L’autre Coupe du monde A la radio l’après-midi, les auditeurs ne donnaient pas leurs avis sur les matchs en cours Angleterre – Slovénie et USA – Algérie comme le demandait le présentateur, mais revenaient sans cesse sur leur déception de la veille. Une déception d’autant plus légitime quand on sait maintenant que les Bafana Bafana avaient le niveau pour passer ce premier tour. Une autre Coupe du monde semble avoir commencé en Afrique du sud. Finie la fête, place à la compétition, la vraie. « Qui va gagner maintenant selon vous ?», m’a lancé ce matin un commerçant. En témoigne cette anecdote. Pour le huitième de finale Mexique – Argentine, la Fifa a annoncé avoir remis en vente 1 000 billets. Pour l’Uruguay – Corée du sud qui se jouera à Port Elizabeth, ce ne sont pas moins de 4 000 billets de nouveau sur le marché! Des billets annulés par les supporters Français et Sud-Africains qui les avaient achetés sous condition de la qualification de leur équipe. La première équipe éliminée… c’est le « Plan B » ! Autre signe révélateur, le poster posthume des Bafana que l’on retrouve dans tous les journaux. Vous savez, le poster qui s’achète en début ou en fin de saison !

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Une phrase m’a également particulièrement marqué dans la presse hier. Celle de Danny Jordaan, l’organisateur en chef de l’événement. Quand on lui pose la question sur son sentiment après l’élimination de son pays, voici sa pirouette : « La première équipe qui est rentrée chez elle c’est le ‘Plan B’ », faisant référence aux propos d’il y a un an de Sepp Blatter, le président de la Fifa, qui avait mis la pression sur l’Afrique du sud en arguant qu’il y avait un plan B si la nation arc-en-ciel n’était pas prête à temps. « Ce qu’il faut retenir c’est que la Coupe du monde est un formidable succès ! », rebondit le malicieux Jordaan. Le Ghana pour entretenir l’espoir

Comme je commençais à l’apercevoir il y a deux jours, la communication autour de l’événement repose désormais sur la réussite en matière d’organisation… à défaut de la réussite sportive. Afin de ne pas briser l’élan de fierté et d’optimiste qui flotte actuellement au dessus de l’Afrique du sud. Mais les sponsors ne s’y trompent pas. Comme Vodacom, le partenaire des Bafana (et éditeur du fameux poster), qui a annoncé déjà la fin de sa campagne avec les coéquipiers de Steven Pienaar. « On va se concentrer de nouveau sur le rugby avec le tournoi des Tri-nations qui arrive », explique un responsable de la marque. Le lot de consolation aurait pu venir des autres équipes africaines. Aurait pu seulement: 4 sur 5 sont déjà au tapis ! Les yeux de la nation vont donc se tourner vers le Ghana, la seule rescapée. L’Afrique du sud reste une nation d’espoir.

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Interventions sur le Mouv' LE 25 JUIN 2010 14H00 | PAR KEVIN DENIAU

Quelques éléments (certes un peu datés) de l'ambiance en Afrique du sud à travers ces deux interventions dans l'émission du Mouv' Crénel United, animée par Christophe Crénel (et le prometteur Victor D'hollande-Monnier) du 13 juin et du 20 juin. Emission du 13/06 http://www.dailymotion.com/video/xdrr6e_crenel-united-du-13-06_sport Emission du 20/06 http://www.dailymotion.com/video/xdrrnk_crenel-united-du-20-06_sport

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Ambiance Copacabana à Durban pour le match du Brésil LE 26 JUIN 2010 12H37 | PAR KEVIN DENIAU

Ah ! Durban… Le soleil, la plage, les palmiers… Encore une autre Afrique du sud ! Une Afrique du sud plus californienne qu’africaine. Plus blingbling aussi. Mais une Afrique du sud toujours aussi positive et surprenante. Et toujours vêtue de jaune malgré l’élimination des Bafana Bafana ! Football Friday oblige. Pourtant, ce matin à Durban, la plupart des porteurs de ces fameux maillots or ne parlent pas anglais, ni zoulou, ni afrikaans mais… portugais ! Ce ne sont pas des Sud-Africains mais des Brésiliens venus soutenir leur équipe qui s’apprête à jouer contre le Portugal. « On n’a pas de place pour le match mais on est quand même venu voir le match ici », m’explique Marcos, un brésilien inconditionnel de la Seleção (n’était-ce pas un pléonasme ?) En me rendant au Fan Fest de la ville, je comprends: à Durban, on regarde les matchs de football les pieds dans le sable ! Unique en son genre, l’écran géant se situe en effet sur la plage. Un petit plongeon dans l’Océan Indien et hop, on est reparti pour la deuxième mi-temps ! Des conditions de rêve. Et je ne vous parle pas de la promenade le long de la plage : un mur d’escalade, des stands d’arts africains, une tyrolienne, un télésiège ( !), des groupes zoulous… Tous les 100 mètres, un nouveau pays. http://www.dailymotion.com/video/xdtlok_danse-a-durban_sport Deux heures avant le match, les supporters brésiliens commencent à cheminer vers le magnifique stade Moses Mabhida. Ballon au pied bien sûr. Du sable encore collé sur les jambes. Je fais le chemin inverse vers le Fan Fest. J’apprends au passage que je n’ai pas le droit de prendre ma banane à l’intérieur : nourriture interdite ! Ah, que ne ferait pas la Fifa pour vendre ses hot-dog à 2 euros… Passons. Dedans, bienvenue à Copacabana. Des surfers longent les vagues qui se forment au pied des jetées artificielles, des enfants s’adonnent au beach soccer pendant que les parents s’offrent une petite séance de bronzette, des touristes sirotent des cocktails sous des parasols. Tout le monde en maillot de bain. Le match démarre. Le ressac de la mer dans une oreille, le raffut des vuvuzelas de l’autre.

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Les stadiers (un brin zélés) commencent à freiner l’accession au Fan Fest. Trop de monde ! http://www.dailymotion.com/video/xdtmav_fifa-fan-fest-sur-la-plage-de-durba_sport Au Coup de sifflet final malgré un match médiocre, les supporters exultent : les deux équipes sont qualifiées. L’occasion pour certains de piquer une petite tête. La nuit est tombée. Les sonos des bars rugissent tout le long de la plage. La samba ne fait que commencer.

Pour voir une autre vidéo de cette curieuse danse avec des grelots aux chaussures, c'est ici. Pour voir plus de photos de Durban, c'est par là. Pour laisser votre impression sur l'article, c'est en-dessous.

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André, un routard au service des routards LE 27 JUIN 2010 14H20 | PAR KEVIN DENIAU

« Donc là tu as une salle de bain avec les serviettes sur le meuble, ici la cuisine avec tous les ustensiles dont tu peux avoir besoin ». André ouvre le frigo. « Si tu veux déposer de la nourriture, il y a un étage de libre ici ». Et André continue de me passer en revue sa belle maison victorienne de la fin du XIXe siècle. Le salon « avec Internet », le jardin « où tu peux garer ta voiture », la chambre « Ah, il y a une lampe qui ne marche plus ». André n’est pas agent immobilier mais gérant d’un backpacker à Pietermaritzburg, à une soixantaine de kilomètres de Durban. Un backpacker ? C’est une sorte d’auberge de jeunesse pour routards que l’on retrouve essentiellement le long des côtes sud-africaines. Calqués sur le modèle australien, ils offrent des logements à des prix imbattables : 10 euros la nuit en dortoir ou une vingtaine d’euros pour une chambre. Autant vous dire qu’ils constituent mon quotidien depuis le début du voyage ! L’independent traveler D’autant que l’ambiance y est généralement très conviviale et internationale. Chaque jour de nouvelles rencontres. Partie de billard avec des Néerlandais un soir, barbecue (braail comme on dit ici) avec des Anglais un autre, ou encore Allemagne – Australie avec des Français quelques jours après. Pourquoi alors choisir d’écrire sur celui d’André plutôt qu’un autre ? Parce qu’il en fallait un ! Et peut-être aussi parce que j’ai passé un moment hors du temps hier midi avec lui, sur sa terrasse, au soleil, une tasse de café, à parler de choses et d’autres, à se comprendre, pendant plus d’une heure. Il faut dire qu’André (Du Toit pour son nom de famille) en a des histoires à raconter. Ce grand et longiligne Sud-Africain, qui ne cache pas son homosexualité, se définit comme un « independent traveler », un routard indépendant. Voyager pour fuir le service militaire Dans les années 1970, pas un sou en poche, André prend son sac à dos et décide de partir d’Afrique du sud pour rejoindre la Grèce, le pays d’où est originaire sa mère (une destination très prisée des Sud-Africains). « Pour fuir le service militaire qui m’attendait !», m’apprend-il de sa voix rauque.

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En stop, il rejoint l’Italie. Un déclic. Il tombe sur un propriétaire qui tient une auberge de jeunesse. L’idée de faire la même chose chez lui est née. Mais avant, André continue de parcourir l’Europe. Expulsion d’Allemagne après un festival de reggae, découverte de Paris l’été et séjour à Londres pour chercher du travail. Une mauvaise expérience : « Pas facile la vie de travailleur illégal », se souvient-il. De retour au pays, il se fait rattraper par la patrouille : deux ans de service militaire ! Durant l’Apartheid, André se retire dans une communauté du Zoulouland en tant qu’assistant social. Un autre zoulou blanc en quelque sorte. Les grands gagnants de la Coupe du monde Son backpacker, il ne le tient que depuis 6 ans. Une question d’opportunité. La maison se libérait. Il ne dispose que de 5 chambres. « Je n’ai pas envie d’en faire une usine, je veux rester proche des gens », dit-il en allumant sa deuxième cigarette. Car ne l’oublions pas, André est un indépendant. Lui, son rêve serait de partir vivre dans une petite ville du Karoo, une zone semi-désertique à l’est du Cap. Le groupe de Brésiliens qui vient de passer deux nuits à cause du match de la veille contre le Portugal vient le saluer avant de partir. « Merci pour tout ». « Revenez quand vous voulez ! » leur lance André. « C’est bien la première fois que je vois des Brésiliens ici ! », sourit-il en revenant vers moi. L’effet Coupe du monde. Les backpackers sont en effet les grands gagnants de l’événement. La plupart affiche complet durant toute la compétition dans les grandes villes. Même avec des tarifs largement réévalués pour l’occasion (du simple au double, voire au triple à Johannesburg). « Moi, ce qui m’importe le plus, c’est qu’après la Coupe du monde, les gens conservent le même état d’esprit positif, avance André, tout le monde a le sourire aux lèvres en ce moment ». La conversation aurait pu durer la journée. Mais André a du linge à étendre. Et j’ai de la route à faire ! Avant de franchir son portail, j’entends sa grosse voix me dire : « A bientôt dans le Karoo ! ». L’independent traveller n’est donc pas encore au bout du chemin.

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Vivons heureux, vivons cachés... en haut des arbres ! LE 29 JUIN 2010 17H39 | PAR KEVIN DENIAU

Vous vous rappelez de votre première cabane en bois dans les arbres ? Un rêve quand on est enfant, n’est-ce pas ? Ce rêve, Nicolas l’a fait bien évidemment. Sauf qu’à 29 ans, à la différence des autres enfants, ce rêve est devenu une réalité : Nicolas vit dans les arbres ! Autant vous dire que hier matin, lorsque j’ai réservé le Backpacker « The Sanctuary », à Bethlehem, 250 km au sud de Johannesburg, j’étais très loin de me douter que j’allais passer une nuit dans une cabane en bois dans la forêt ! Je n’ai commencé à réaliser qu’en arrivant devant la pancarte « The Sanctuary : 400 mètres ». La flèche indiquait un obscur chemin forestier. Dans quoi est-ce que je me suis fourré… « A 6 ans, quand la maîtresse m’a demandé ce que je voulais faire, je lui ai répondu : ermite ! », se souvient Nicolas, le petit dernier d’une famille de 5 enfants. L’école, lui, cela ne le branche pas trop. « Le soir de ma première journée à la maternelle, j’ai dit à mes parents : je ne veux pas y retourner, il y a trop de bruit !» Un sosie de Jésus Christ né à Bethlehem Nicolas va pourtant aller jusqu’aux études supérieures. Afin de devenir ingénieur. Mais après deux ans à Johannesburg, il laisse tout tomber. « J’ai réalisé que je n’étais pas fait pour cette vie », sourit-il. Avec ses cheveux longs et son épaisse barbe, ce sosie de Jésus Christ retourne alors dans sa ville de naissance, Bethlehem (ça ne s’invente pas !). Car Nicolas, sa passion, c’est l’escalade, sport qu’il pratique depuis l’âge de 16 ans. Il décide de s’installer dans une forêt qui appartient à sa famille sur les hauteurs de la ville. Ici, il pourra vivre comme il en a toujours rêvé : dans la nature, entre les arbres et les montagnes. Et escalader librement. En 4 ans, Nicolas s’est construit de ses propres mains son petit sanctuaire : une cabane, une douche en plein air, un bar, une mezzanine et un dortoir pour gagner un peu d’argent en tant que backpacker.

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La Coupe du monde brise le calme du Sanctuaire « Avec la Coupe du monde, je suis souvent complet ces derniers temps», me révèle-t-il, toujours entouré de ses quatre chiens. Les touristes étrangers qui viennent pour la nuit, c’est bien le seul lien qui peut exister entre celui qui se désintéresse totalement du football et l’événement planétaire. Impossible de faire dire à ce coupé du monde le score des matchs de la veille. Coupé du monde, j’y vais un peu fort. Nicolas a bien un métier en ville : Elagueur indépendant ! Toujours en haut des arbres vous dis-je… Le monde, Nicolas ne le rejette pas, il le contemple. Seul. Je le questionne pour savoir pourquoi. Nicolas répond simplement qu’il est heureux comme cela. Ce n’est pas un bavard Nicolas. J’en apprends plus sur lui dans ses yeux que dans ses mots. Je vois qu’il est heureux. Ce matin, je le retrouve en train d’assembler des pierres pour se faire une petite cheminée. Un de ses amis l’a rejoint. « C’est formidable comme endroit, me lance ce dernier, caché, dans la nature ». Les odeurs de la forêt dans les narines, les chants des oiseaux accompagnés du crépitement des feuilles mortes dans les oreilles, les constructions de la ville à l’horizon, j’acquiesce. Nicolas pose la dernière pierre de sa cheminée sur le plâtre encore coulant. « Et après, tu vas construire quoi ? » « Une piste de danse ! », me répond-il. Une boite de nuit dans le sanctuaire ? « Non, c’est juste pour rendre cet endroit un peu plus convivial ! »

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Quand Dieu chausse les crampons LE 1 JUILLET 2010 10H00 | PAR KEVIN DENIAU

L’association évangélique Sport et Foi revient d’un séjour de 15 jours en Afrique du Sud, pays organisateur de la Coupe du monde de football. Au programme de l’équipe française: matches, entraînements de jeunes sud-africains et formations d’entraîneurs locaux. Avec en toile de fond à chaque fois, le partage du message de Dieu. Enquête sur ce moyen d’évangélisation original qu’est le football. « Aujourd’hui, nous allons axer la séance sur la joie du buteur et la joie dans la Bible ».Nous ne sommes pas dansune église, mais bien sur un terrain de football.Crampons aux pieds, Joël Thibaults’apprête à commencer son entraînementpour les 150 enfants présents pour l’occasion,à Bloemfontein, en Afrique du Sud. Mettre en parallèle les valeurs sportives etbibliques, voici l’initiative originale de l’associationévangélique Sport et Foi, unebranche de l’association chrétienne Agapé

France. Joël Thibault en estle sélectionneur national. « On vit avec notre temps » Du 14 au 30 juin, lui et ses 18 joueurs ont fait le déplacement dans le pays hôte de la Coupe du monde afin de partager leur foi, à travers le football, avec des jeunes sud-africains. « On ne part pas en croisade, tempère Joël Thibault, notre ambition est de vivre avec eux le message de Dieu et pas seulement de le prêcher ». Sport et Foi C’est déjà cette association qui avait organisé un tournoi de jeux vidéo dans une église. « On vit avec notre temps, justifie le jeune sélectionneur, si on ne le fait pas, comment être en diapason avec les gens ? » L’idée du football comme moyen d’évangélisation n’était tout de même pas gagnée à l’origine. Le sport est en effet souvent associé à des pratiques pécheresses par l’Eglise, comme les matches du dimanche, l’alcool ou l’argent. « Ce n’est pas le football le problème, mais c’est plutôt ce qu’on en fait à travers des attitudes sur et en-dehors du terrain », précise Jean-Pierre Mihaljevic, co-responsable du projet en Afrique du Sud. Une relation de confiance grâce au football Partant de ce principe, Sport et Foi réussit à drainer un public beaucoup plus important grâce à la pratique du ballon rond. « Si on avait fait une étude biblique, on n’aurait sûrement pas eu ces 150 enfants ce matin ! », avoue Joël Thibaut en toute sincérité. « On surfe sur la ferveur populaire, ajoute Jean- Pierre Mihaljevic, lors des grands événements, les gens sont moins moroses et ont plus envie de découvrir ».

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Le football, ainsi considéré comme langage universel, permet de créer une relation de confiance avec les jeunes qui, lors des phases de témoignages à la fin de l’entraînement, écoutent d’une oreille plus attentive. « Attention, on ne veut pas piéger les gens, assure Jean-Pierre Mihaljevic, ceux qui sont présents savent qui nous sommes et sont au courant de ce que nous faisons ». La présence de Sport et Foi en Afrique du Sud ne se limite pas pour autant aux entraînements de jeunes issus de quartiers défavorisés. Le projet a une visée à plus long terme. « Nous ne voulions pas faire un coupd’éclat et repartir, explique Jean-Pierre Mihaljevic, nous voulions aussi servir ». C’est alors qu’a germée l’idée de formation de coachs sud-africains. « On a planté la graine… » Après la Coupe du monde, le pays aura en effet besoin de nombreux entraîneurs pour entretenir la flamme suscitée par l’événement auprès des enfants. Quinze entraîneurs locaux ont ainsi suivi les enseignements des joueurs de Sport et Foi durant la quinzaine. Des enseignements toujours illustrés par des passages bibliques. Pour expliquer l’importance du gardien dans une équipe par exemple, ce sont les versets sur le corps (1 Corinthiens 12, 1227) composé de plusieurs organes qui servent d’appui. Un regard différent sur le sport. « C’est vrai que je n’avais jamais vu Dieu dansle sport avant », confesse Faizel Browny, un jeune namibien venu faire cette formation. « L’important est de parler aux gens de Dieu, affirment Maraïs et Jan, deux autres futurs coachs de Bloemfontein, et le foot commed’autres sports peut en effet être un moyen dele faire ». Pour eux, en tout cas, le pari est gagné : ils vont continuer sur cette voie après le départ des Français. S’agissant des jeunes sud-africains, le résultat de l’opération est plus difficile à établir sur le court terme. Eux, s’ils sont présents, c’est avant tout pour le football. Si la plupart ont la Bible à la maison, seule une faible minorité avoue la lire. « On a planté la graine, explique un des joueurs de Sport et Foi, après c'est à eux del’arroser pour la faire vivre ! » L’entraînement touche à sa fin. Joël Thibault conclut sa séance. « Dieu est un Dieu de joie. Rater unbut apporte de la frustration, mais il fautapprendre dans le foot comme dans la vie à latransformer en joie. » Avant de laisser la parole à un joueur de Sport et Foi, dont le témoignage se ponctuera de cette phrase : « Dieu est mon coach ».

Retrouvez le dossier complet sur ce sujet dans le numéro de cette semaine du Messager. Plus de photos de Sport et Foi à Bloemfontein sur le groupe Facebook Coupés du monde?

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« Je suis devenu un meilleur joueur grâce à Dieu » LE 1 JUILLET 2010 18H49 | PAR KEVIN DENIAU

Suite et fin du reportage en compagnie de l’association évangéliste Sport et Foi en Afrique du sud, avec l’interview du sélectionneur national Joël Thibault, qui nous explique comment Dieu a changé se vie sur et en dehors du terrain. Qu’est-ce que Dieu a changé dans ta vie de joueur ? Avant, toute mon identité était construite autour du football. C’est ce qui m’apportait la reconnaissance dont tout être humain a besoin. Par conséquent, en cas de défaite, je me renfermais sur moi-même et pouvais être violent envers mes proches. Le foot était en train de me détruire de l’intérieur. Dieu m’a montré que le sport était synonyme de plaisir si j’avais une attitude qui l’honorait. J’ai compris que pour plaire aux autres, il ne fallait pas paraître mais être. C’est une véritable libération ! Aujourd’hui, je suis devenu un meilleur joueur. Je suis libéré de ces peurs et du regard des autres sachant que j’ai la reconnaissance de Dieu. La seule qui est importante. En plus d’être sélectionneur national, tu es aumônier auprès des sportifs. Peux-tu expliquer en quoi cela consiste ? Il y a des aumôniers détachés auprès de prisons ou d’hôpitaux. Moi, je le suis auprès des sportifs de haut niveau qui acceptent mes services. Etre aumônier, c’est être une oreille attentive, proposer un temps de partage et de prière avec le joueur. Certains sont déracinés ou ont des problèmes d’adultère. D’autres ne comprennent pas pourquoi l’entraîneur ne les fait pas jouer. Ils ont besoin de parler. Dieu est au centre de nos discussions. Les équipes du Brésil et des Etats-Unis ont d’ailleurs des aumôniers durant la Coupe du monde. Après, il faut faire attention à ce que la religion ne se transforme pas en superstition pour les joueurs. Sport et foi ne sont-elles pas deux notions antagonistes ? C’est toute la question de la différence entre compétition et compétitivité. Un sportif chrétien aura évidemment la gagne en entrant sur le terrain. Ce qui ne veut pas dire gagner à tout prix. Il devra se donner à fond, ne pas tricher, respecter les autres et tant mieux s’il y a la victoire au bout. Ces deux notions sont bel et bien compatibles.

Retrouvez le dossier complet sur ce sujet dans le numéro de cette semaine du Messager. En bonus, cette petite vidéo de l’accueil qu’ont reçu les joueurs de Sport et Foi à Bloemfontein. Plus de photos sur Sport et Foi en Afrique du sud sur le groupe Facebook « Coupés du monde ? »

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Le Ghana va jouer pour l'Afrique LE 2 JUILLET 2010 11H30 | PAR KEVIN DENIAU

Et non ce n’est pas l’arrivée de Paris Hilton à Johannesburg (ça c'est juste pour le référencement Google!) qui fait la Une des journaux ce matin ! Tout le pays, que dis-je, tout le continent a les yeux rivés sur de vrais stars : les Black Stars ! L’équipe du Ghana s’apprête en effet à jouer ce soir à Soccer City son quart de finale contre l’Uruguay, un match historique pour l’Afrique. Alors que les vuvuzelas recommencent à ronfler ce matin (cela faisait longtemps tiens…), voici un petit tour d’horizon de la presse sud-africaine de ce vendredi matin. Daily Sun : « Nous sommes tous supporters du Ghana aujourd’hui » Pour le tabloïd sud-africain, « Les espoirs et les rêves de l’Afrique reposent sur les Blacks Stars ». En témoigne la frénésie que suscite ce quart de finale chez les politiques. Jacob Zuma, le président sud-africain a apporté officiellement son soutien aux Black Stars, le surnom de l’équipe ghanéenne. L’ANC, le parti au pouvoir, voudrait même, qu’au moins pour aujourd’hui, l’équipe change de nom et s’appelle les Black Stars of Africa ! « Tout le monde veut que les Sud-Africains se transforment en Ghanéens ce soir » conclut le quotidien. Entre les affaires de vols, de meurtres et d’orphelins, le Daily Sun révèle également une petite anecdote insolite: le sélectionneur serbe de l’équipe, Milovan Rajevac, aurait fait appel aux services d’une guérisseuse de son pays qui agirait à la lumière de la bougie avec des liquides constitués de placentas de cheval. Qui a dit que le maraboutage était une spécificité africaine ? The Citizen : « Go BaGhana ! » The Citizen remet le couvert. Le quotidien avait déjà titré « Go Bafana ! » avant le

match face à la France. « Le continent entier est derrière les Black Stars, la dernière chance de l’Afrique dans cette Coupe du monde » est-il inscrit en soustitre. « Tous ensemble maintenant : les supporters ghanéens vont rejoindre le reste de l’Afrique aujourd’hui », un peu plus loin dans l’article. Le quotidien appelle le pays à s’habiller en vert, rouge, jaune et noir (sacré mélange !) pour soutenir l’équipe ghanéenne. Il faut rappeler qu’aujourd’hui, c’est Football Friday en Afrique du sud. The Citizen évoque aussi la lettre d'encouragement que l’ANC a envoyée à la fédération ghanéenne hier… le jour de la République à Accra ! The Times : « We Ghana win it !» Plus de sobriété pour le quotidien de qualité sud-africain qui ne consacre que son article d’ouverture au Ghana. « Une équipe africaine est en train de naître au-delà les frontières », dit Danny Jordaan, l’organisateur de la Coupe du monde. Un propos repris par le président de la Fédération ghanéenne : « En Afrique, nous nous considérons comme le même peuple, avec une destinée commune. C’est pour cela que nous supportons les autres équipes du continent ».

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Le quotidien reprend également les propos d’un habitant de Jo’burg : « Ce sont nos frères, le Ghana est le nouveau Bafana ! » Dans son supplément sport, outre quelques articles sur les retentissements de l’élimination française et les menaces de la Fifa quant à l’ingérence des politiques dans le football (et un bel article sur le retour de Patrice Evra à Manchester, club le plus populaire ici), The Times ne manque pas de rappeler que le Ghana a l’occasion de devenir le premier pays africain à atteindre le dernier carré de la compétition reine. Un beau symbole après avoir été déjà le premier pays d'Afrique noire à obtenir son indépendance. Méfiance cependant aux gâchettes uruguayennes Forlan et Suarez qui ont enterré les espoirs de qualification des Bafana Bafana en match de poule. Vengeance donc !

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Le match de la honte LE 3 JUILLET 2010 9H00 | PAR KEVIN DENIAU

Très beau quart de finale. Deux belles formations. Un match plein de rebondissements, de beaux gestes techniques. Des buts fantastiques. Non vraiment félicitations aux Ghanéens et aux Uruguayens. Malheureusement, nous venons d’assister au match de la honte. Ce soir, c’est l’injustice qui a gagné. Je parle bien évidemment de cette main volontaire de

l’Uruguayen Suarez qui empêche le ballon d’entrer dans son but à la dernière minute du match. Une main qui prive le Ghana d’une place méritée dans le dernier carré, une main qui gifle l’Histoire, une main qui assène l’uppercut fatal aux espoirs d’un continent. Je ne veux pas jeter la pierre à Suarez -excellent joueur au demeurant quoique très truqueur. Il a eu raison de faire cette main, il fallait faire cette main ! Et c’est bien là tout le problème. Selon les règles en vigueur, la triche paie. Mieux vaut faire main que de ne pas faire main ! Car au bout du compte, ce sacrifice a permis à son équipe de l’emporter. C’est bien l’objectif au final, non ? Tout sera oublié dans quelques mois Une polémique va naître, vite calmée par la Fifa qui va donner une suspension exemplaire au vilain tricheur, les demi-finales vont se jouer, puis la finale et puis chacun retiendra que c’était quand même une belle Coupe du monde organisée pour la première fois par un pays africain blablabla… Dans quelques semaines, oubliée la main de la honte ! L’Histoire retiendra que c’est l’Uruguay qui a affronté les Pays-Bas le 5 juillet 2010 tout comme l’Histoire retiendra que c’est la France qui a participé à cette Coupe du monde et non l’Irlande… Ainsi tourne la planète football… Sauf que je n’aurais jamais écrit ce post si cela n’avait été justement que du football. Je refuse l’argument « Il faut relativiser, ce n’est que du football… ». Non. C’est la Coupe du monde. Un événement qui a largement et depuis longtemps transgressé les frontières du sport (d’où ma charge

contre les Bleus avant la polémique). J’en suis le témoin au quotidien depuis que je suis en Afrique du sud. Ce n’est pas une histoire de football Quand j’écris ce post, je pense notamment –entre autres- aux membres de cette association rencontrés hier (reportage en ligne dimanche) qui se servent de la Coupe du monde et du football comme moyen pour aider les gosses des townships. Quel sera leur message demain sur le terrain ? Dans le foot comme dans la vie, la triche paie ? On parle ici d’image représentative du football. Surtout pour des jeunes qui prennent pour repère leurs idoles sur le terrain. De ce point de vue, la main de Suarez est encore bien plus grave que le coup de boule de Zidane au sens où elle n’a pas été punie à sa juste valeur. Son équipe n’en a pas été pénalisée pour autant. Bien au contraire. Carton rouge : il restait 30 secondes à jouer ! Pénalty : on a vu que ce n’est pas synonyme de but… Des règles archaïques Mon propos est ici de dire que le football véhicule des valeurs et des espoirs comme nul autre sport sur la planète. Il faut de fait que sa vitrine, les grandes compétitions professionnelles retransmises

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partout dans le monde, soit irréprochable. Ce n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui du fait de l’archaïsme des règles en vigueur qui laissent encore quelques espaces de liberté pour les tricheurs. Que faire quand un joueur empêche volontairement le ballon d’entrer dans le but ? Carton rouge et but de pénalité pour antijeu ! De même quand un attaquant est lynché alors qu’il file seul au but. Que faire quand il y a litige sur un but ? La vidéo ! Que faire quand un joueur se roule par terre pour gagner du temps ? On arrête le chronomètre ! Que faire pour empêcher les joueurs de protester à chaque décision de l’arbitre ? Carton jaune ou exclusion temporaire ! La Fifa ferait mieux de prendre soin de la poule plutôt que de ses œufs d’or.

Et vous lecteurs de cet article, vous en pensez quoi?

34 commentaires Par durlhiver le 3 juillet 2010 9h44 La méthode de qualification des bleus devrait vous amener à davantage de retenue à moins que vous ne vouliez crier plus fort que les Irlandais Par Mouss33 le 3 juillet 2010 10h07 Si on va par là, le foot devient le sport de la honte, avec touts ses tricheries, simulation, violences etc... Par Samir075 le 3 juillet 2010 10h31 Il me semble qu'au départ de l'action il y'a un hors jeu de position d'un joueur ghanéen, donc erreur d'arbitrage.... De plus il y'a eu penalty donc injustice réparable. On ne va pas fusiller le fautif, si ? Quand on loupe 3 penalty, on ne peut malheureusement espérer plus. Mais bravo au Ghana quand même Par fabryce67 le 3 juillet 2010 11h02 je ne comprends pas : il y a eu main c'est indéniable. Mais il y a eu sanction immédiate : carton rouge pour le joueur et pénalty. le règlement a été appliqué non ? Que fallait-il faire ? Décréter qu'il y a but et donc agir en dehors de toute règle du jeu ? Si l'arbitre n'avait pas agit je serais d'accord pour dire que c'est honteux. Mais là ? Si le pénalty avait été marqué un autre blogueur aurait parlé de match de la honte contre l'Uruguay parce que le départ de l'action était un coup-franc immérité. Le pénalty a été frappé et gâché. Tant pis pour le Ghana et tant mieux pour l'Uruguay. Ça reste du sport

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Par laubreton le 3 juillet 2010 11h03 je suis 100% d'accord avec kevin deniau !! tout ce qu'il préconise , devrait être COMPLETEMENT pris en compte par la fifa : le "dépoussiérage" en profondeur des règles s'impose cependant , ce n'est pas d'aujourd'hui QUE LA TRICHE PAIE (et je ne parle pas du domaine extra sportif!!!!) : la "MAIN DE DIEU" vous connaissez?diego armando maradonna SUPER TRICHEUR sera cet après midi le DIEU VIVANT de tout le peuple argentin !!! merci de m'avoir donné l'occasion de m'exprimer Par MmeToulemonde le 3 juillet 2010 11h27 Pas de langue de bois... j'aime ça ! Par Kévin Deniau le 3 juillet 2010 11h39 Vous avez tout à fait raison fabryce67: le règlement a été appliqué et bien appliqué par l'arbitre. Mais la question que je pose ici est autre: ce règlement est-il bien fait? A la lumière de ce match, mon avis est que non car il valorise l'antijeu en fin de rencontre. Ce n'est pas la première fois que cela se passe dans le football malheureusement. C'est pourquoi je pense que cette rencontre devrait amener les instances internationales à au moins se poser cette question: les règles actuelles garantissent-elles l'éthique dans le football? Ce n'est qu'un avis qui ne vaut ni plus ni moins que n'importe quel avis. C'est pourquoi j'en appelle aux réactions des internautes. Pour ouvrir le débat! Bien cordialement, Kévin Deniau Par Kévin Deniau le 3 juillet 2010 11h47 Bonjour Samir075, Comme je le dis dans l'article, on ne va pas fusiller le fautif en effet car le fautif a eu raison! la question est de savoir s'il est normal que les tricheurs aient raison? Le problème n'est pas l'arbitrage (très bon hier soir) mais le règlement. Par MoneyMike le 3 juillet 2010 12h11 C'est une honte ce qui s'est passé , cette main scandaleuse qui prive une equipe courageuse, de la premiere demi finale de son histoire et de celle de son continent. Suarez est un bonjoueur certe , habile devant le but , renard des surfaces. Mais il reste quand meme que c'est un sacré tricheur , qui simule , qui provoque. Je pense a ces ghanéen spolié d'une victoire et a suarez considéré comme un demi dieu en urugua. On parle tres peu de ce scandale, qu'aurait t'on dit si ce n'avait pas été le ghana mais l'angleterre, l'espagne ou l'argentine... A bon entendeur salut Par zinzala le 3 juillet 2010 12h13 Rugby? essai de pénalité. Et c'eût été justice. Car en prime, Suarez qui agit par réflexe sur le coup, aurait dû ensuite rentrer direct aux vestiaires (c'est le règlement) et nous épargner ainsi sa joie indécente de voleur de poules.

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Par Massawipi le 3 juillet 2010 12h13 Sauf ereur le ballon se dirigeait en pleine face pour Suarez ! Et s'il s'était protégé la face ? Pénalty + carton rouge = double pénalité !! Et le match de suspension pour la demi-finale de surcroît. J'estime que c'est payé cher mais c'était le prix ! Massawipi. Par Grosporc76 le 3 juillet 2010 12h23 Bah voyons... On ne vit pas au pays des Bisounours, non plus. Si vous appelez ce genre faute stratégique de la triche, ne regardez jamais un match de basket!!! Au basket, les fautes statégiques sont légions ne fin de match et personne ne crie au scandale. Le ghanéen n'avait qu'à mieux tirer son pénalty. Les ghanéens n'avaient qu'à marquer un but supplémentaire pendant les prolongations, quand ils étaient en supériorité numérique. Si la faute avait été inversée, auriez-vous écrit ce billet? Ou ce qui vous chiffonne, c'est que ce soit une équipe africaine qui soit "victime" d'une faute stratégique? S'il fallait ABSOLUMENT que ce soit une équipe africaine qui gagne la coupe du monde parce que c'est mieux pour les gosses des townships (dont je doute qu'ils aient le pouvoir d'achat pour assister aux matchs)ou que c'est symbolique pour l'Afrique sur son sol, il ne fallait même pas la jouer, cette coupe du monde, autant la donner directement à une équipe africaine. La vérité, ces que les équipes africaines ont été nullissimes durant cette compétition. Par Ti Dè le 3 juillet 2010 12h26 Très bon article, bien explicite. Je suis tout a fait d'accord, la FIFA devrait remettre en cause son fonctionnement sur l'arbitrage car on s'aperçoit que cela laisse une grande place aux tricheurs et çà ce n'est pas du sport et ce n'est pas ce qui doit être inculqué à nos enfants! Cela étant dit, faire ces modifications mettra du temps au même titre que lorsque une route est réputée dangereuse il faut attendre un quota de morts pour faire les modifications qui s'imposent! Le premier des changements c’est de mettre des jeunes aux postes de responsables car les vieux n’aiment pas le changement et cette première modification peut être rapide. Par Dannyboy le 3 juillet 2010 12h43 Il faut mal connaître le football, ou ne pas l'aimer, pour s'indigner un seul instant du geste de Luis Suarez. Trois raisons à cela : 1) Comparer le geste de Suarez à la main de Thierry Henry est inepte. En effet, le geste de Thierry Henry est commis subrepticement, dans l’espoir que l’arbitre ne le verra pas, ce qui a effectivement été le cas. À l’inverse, lorsque Suarez met les deux mains pour arrêter le ballon, il sait pertinemment qu’il va forcément écoper d’un carton rouge et d’un pénalty contre son équipe ; 2) La deuxième raison découle de la première : la différence fondamentale entre les deux gestes est

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que le premier est resté impuni, contrairement au second. Les règles du football prévoient explicitement ce qui se passe lorsqu’un joueur empêche de la main le ballon d’entrer dans le but – et ces règles ont parfaitement été appliquées. Suarez connaissait naturellement ces règles et les a utilisées à l’avantage de son équipe : en gros, entre une probabilité de 100% pour son équipe d’être éliminée de la compétition (si le ballon avait traversé la ligne), il a, par son sacrifice, redonné quelques infimes chances à son équipe… un coup de poker qui a payé, et qui illustre toute la complexité et la beauté du football ; 3) Ce qui nous amène au troisième argument, le plus important : Ce qui fait la beauté d’un sport, c’est justement le fait qu’il se déploie à l’intérieur d’un système de règles. Ces règles prévoient évidemment toutes sortes de sanctions à l’égard des joueurs qui les transgressent. C’est CELA le cadre qui régit un sport. La plupart du temps, ces règles s’accordent avec une « morale » ou une « éthique » comprises dans un sens plus général. Mais il faut éviter à tout prix le piège consistant à imposer au football des considérations extra-sportives et extra-réglementaires, autrement dit, dans le cas qui nous occupe : « Il fallait accorder le but au Ghana puisque manifestement le ballon en prenait le chemin ». NON !!! La définition d’un but dans le football, c’est le moment où le ballon FRANCHIT la ligne de but. C’est un critère simple (même si malheureusement, même dans ce cas il peut parfois y avoir des problèmes, cf. Allemagne-Angleterre… mais c’est un autre sujet). Si l’on commence à faire entrer en ligne de compte des INTENTIONS, des HYPOTHESES, ou des arguments du type « l’autre équipe méritait de… », c’est la FIN de ce qui constitue l’essence d’un sport, dont l’injustice fait partie, n’en déplaise à tous les commentateurs indignés de ces dernières heures… Car si l’on accorde le but au Ghana, en dehors de toute règle prévoyant une telle possibilité, où s’arrêtera le délire ? Que fera-t-on lorsque la main sera commise un peu plus haut dans les cages, de sorte qu’on ne sait pas si le ballon serait rentré ou aurait peut-être heurté la transversale ? Faudra-t-il accorder également un but lorsque le gardien fauchera l’attaquant qui se présente seul devant lui ? Là aussi, on peut partir du principe qu’en l’absence de cette faute grossière, le but est assuré quasiment à 100 % ! À quelle distance de la ligne de but faudra-t-il accorder le but de pénalité ? Un centimètre ? Dix centimètres ? Un mètre ? Ou encore, à partir de quelle minute du match ? Effectivement, ce n’est pas la même chose de donner carton rouge + pénalty à la 120e qu’à la 20e minute !! Alors, à partir de quel moment ? La 60e ? La 75e ? La 85e minute ? Faudra-t-il accorder un but à une équipe lorsque l’équipe adverse gagne du temps en faisant des changements de dernière minute ou en faisant la passe à dix en protégeant le ballon ? Faudra-t-il accorder des buts d’office à une équipe d’un pays pauvre, sous prétexte qu’en face l’équipe du pays riche est déjà énormément avantagée ? Bref, j’arrête là ce raisonnement par l’absurde, qui montre bien qu’une « morale » bien-pensante et extérieure n’a rien à faire dans le football… et justement, même si cela peut paraître paradoxal, au nom d’une certaine éthique sportive !! Donc, saluons plutôt l’intelligent sacrifice de Suarez, qui a permis à son équipe de rester en vie dans ce tournoi, même si le prochain match se déroulera sans lui… Et espérons, pour la suite du tournoi, encore d’autres matchs aussi palpitants, dont le scénario extraordinaire fait toute la gloire du football. Dannyboy Par laurentj le 3 juillet 2010 12h49 tout a fait d accord avec l article, le football devient du "pseudo" sport beaucoup de choses a redire sur les regles et leus applications. il faut arreter de cautionner ces derives, moralite oblige, respect de l adversaire aussi. quand je vois suarez exulte lorsque gyan rate le penalty, je pense que sa suspension devrait etre effective pour de nombreux match, meme si comme vous le dites, il a eu tout a fait raison vis a vis du reglement de faire cette main. ce n est plus du sport. Par Braz le 3 juillet 2010 12h51

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Je ne vois pas ce qu'il y a de honteux: "pour une fois", la faute a été sanctionnée, et durement: penalty + carton rouge. Ce n'est pas de la faute du fautif si le Ghana rate son pénalty, ni sa séance de pénos. Si le Ghana avait gagné (ce que j'aurais souhaité), personne n'aurait crié au scandale. Il se trouve seulement que ça s'est passé à la 120ème minute et non à la 10ème, auquel cas l'expulsion d'un joueur aurait pesé bien plus lourd pour son équipe. Mais la Fifa ne va tout de même pas créer 36 règles pour s'adapter au contexte. Les Ghanéens n'ont pas eu de chance à la loterie des tirs au but, point. Inutile de crier à l'injustice pour gommer sa déception. Par Pascal le 3 juillet 2010 13h03 Tout à fait d'accord avec Kévin Deniau !! Le message d'hier à tous nos jeunes dans les clubs de football : mieux vaut tricher que rester fair play. Je pense que la FIFA peut inverser le résultat du match pour une seule raison de réglement : lorsqu'un joueur est expulsé, il doit rentrer au vestiaire. Or Suarez est resté au bord du terrain puisqu'on le voit sauter de joie lorsque Gyan rate le pénalty. L'Uruguay a donc fait deux grosses fautes : * Une main volontaire grossière qui méritera j'espère au moins 5 matches de suspension à Suarez * Ne pas renvoyer un joueur exclu aux vestiaires. C'est une faute technique du règlement qui peut valoir disqualification. Par ailleurs, l'arbitre de la rencontre aura pu et même dû faire retirer le pénalty, un joueur uruguayen étant manifestement rentré dans la surface de réparation avant que Gyan ne frappe. Avec un deuxième essai, tout serait rentré dans l'ordre et dans l'esprit ! C'est dommage qu'il n'y ait pas pensé. Pascal Par Jean Picard le 3 juillet 2010 13h22 Je suis complètement d'accord sur l'article. c'est vrai il n'y a pas eu de faute d'arbitrage mais certaines règles du football laissent trop de place aux "triches calculées". Les règles sont faites pour évoluer si nécessaires et en tous cas faites pour essayer de respecter ce qu'on appelle "être sport et fairplay". je n'en veux pas "a mort ... :)" à Suarez sur son geste, suis juste un peu triste (mais ce n'est que du football :) ) pour le Ghana. Je constate cependant que nombre de réponses n'ont rien compris (ou ne veulent pas comprendre) a l'esprit de l'article. je suis un "fouteux" depuis cinquante ans, et je suis souvent de plus en plus déçu par le football dit "de haut niveau" et de ses supporters. vive le sport ... !!! ??? Par Samir075 le 3 juillet 2010 13h45 Suis-je le seul a voir le hors jeu d'Appiah au départ de l'action (ballon remis de la tête), hors jeu de position) ????? Donc toute l'histoire a débuté sur une erreur d'arbitrage... Y'a eu un pénalty (et carton rouge), les pendules à l'heure. Et une séance pour départager, que vous fait-il de plus ? Par van le 3 juillet 2010 14h19 Honte a l’urugay,honte a l’arbritage .honte a Suarez.

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Par PAUL PACQ le 3 juillet 2010 15h01 Bravo au Ghana, pour le reste cela se passe de commentaires tellement c'est navrant. Par Braz le 3 juillet 2010 15h11 Qu'est-ce que c'est que ce délire de "triche calculée" concernant Suarez ? C'aurait été un bien mauvais calcul, sachant que derrière, il y avait pénalty, expulsion et incapacité de jouer le match suivant. En réalité, c'est un très mauvais réflexe à chaud, il n'y a aucun calcul là-dedans. En revanche, quand on voit Van Bommel commettre 20 fautes par match, on peut parler de triche calculée: elles ne sont jamais "trop" vives pour mériter le carton, et le joueur parvient à tenir 93 minutes sans la moindre sanction. A l'opposé de Melo qui disjoncte sur Robben, et se prend le rouge direct. Il faudrait méditer sur ce système bancal, tout de même. Par jean picard le 3 juillet 2010 15h19 il y a triche calculée...Suarez lui même le dit ... "je me suis sacrifié pour l'équipe". cela dit je ne cautionne pas plus les gestes d'un Van Bommel. Je trouve détestable que chercher à tromper un arbitre fasse partie de l'arsenal d'un soi disant bon joueur. sur ce bon WE Par Braz le 3 juillet 2010 15h56 Suarez peut dire ce qu'il veut a posteriori et à froid, comme "je me suis sacrifié pour l'équipe". Sur le coup, il n'a fait aucun calcul. D'ailleurs, si le penalty avait été réussi (ce qui représentait quand même une probabilité bien plus forte qu'un échec), les gazettes uruguayiennes fustigeraient ce matin Suarez sur le mode "Il a sacrifié l'équipe." Suarez n'est donc un calculateur que par la maladresse des Ghanéens. C'est absurde. Par becuwe emeline le 3 juillet 2010 19h38 L’Afrique accèdera t- elle un jour à la plus haute marche du podium ? Le Ghana a été éliminé alors qu’il avait les moyens de rivaliser avec les plus grandes nations. Sur le plan individuel, c’est fait depuis longtemps. C’est sur le plan collectif que le complexe persiste. De l’Afrique du nord à l’Afrique du sud… on retrouve la même retenue : la peur de détrôner les démons de l’occident. Ils n’ont pas compris que le plus important. C’est le talent, pas l’argent. L’insouciance, pas le calcul des chances. L’instinct du jeu, pas la conscience des enjeux. Ils ne sont pas favoris parce qu’ils continuent de croire qu’ils ne sont pas vernis. Que la chance ne sourit qu’aux plus grands. Conclusion : ils jouent aux plus petits. Le jour où ils comprendront que l’amour du jeu est plus payant que la culture du jeu, ils iront beaucoup plus loin dans cette course en avant… Par John le 4 juillet 2010 2h51 Pour moi la main de Suarez c'est laisser la chance au Ghana de perdre. S'il n'a pas mis la main le Ghana serai passé. Donc anti jeu. On va me dire carton rouge ? Pour les 3 secondes qui restait bon ..... SUPER le sacrifice. D'ailleurs il a explosé de joie après tellement c'était sévère ... NOn, c'est

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simple, il a réussi un joli coup. Et c'est aujourd'hui un héro, celui qui s'est sacrifié pour l'équipe. Tout le symbole du collectif aujourd'hui. Le ballon avait 100% de chance de rentrer tandis qu'un pénalty on peu encore le louper même si la probabilité de marquer est forte ( cf les deux pénaltys en une minute de ce soir entre l'Espagne et le paraguay tous deux loupés). Pour moi:anti jeu. Suspension en demi ?? Il s'en fou Suarez, son équipe est en demi.... Pas le Ghana. Après on ne sais jamais, ça se trouve il jouera la final, car il n'est suspendu que d'un petit match .... Mais voila, au fond c'est que les règles sont trop souples que bloquer le ballon de la main est plus judicieux. Et là c'est anormal. JE suis bien d'accord avec cet article. Le football dois changer. Tout cela pour éviter un jeu comme on en vois de plus en plus basé sur une défense à 11 ou l'autre style qui se résume à: si jamais il y a contre attaque on fait une petite faute qui ne peut être sanctionné de carton jeune mais permet d'arréter le jeu et de se replacer ( cf italie tout les jours ou un certain Mark Van Bommel ). Bientôt on aura plus de place pour le football offensif, ce football qui est quand même plus interessant à voir qu'un football defensif et riche en anti jeu. Pourquoi pas une petite règle comme dans la NBA dans le temps, qu'on appeler la defense illégale ? On ne trouvait jamais de défense en zone. Et un basket a vocation offensive et plus interessant à voir ( on préfère tous voir Brésil - Argentine qu'un Italie- Grèce ) et surement à jouer du coté des joueurs. Cette règle a était supprimé aujourd'hui et a était remplacé par la règle des trois secondes défensif. Alors pourquoi pas une règle au football comme pas plus de deux joueurs sur le porteur de ballon et pas plus de 5 defenseurs dans la surface de réparation. Au aura un football plus interessant avec du beau jeu. Sinon bientôt il faut naturaliser italien tous les joueurs. Et les grands joueurs doivent venir sur le terrain comme des joueurs de foot américains ( protéction partout ) car souvent des défenseurs préfèrent leur priver de jambes que les voir dribbler. En tout cas on est loin du football de Pelé, Maradona, Cruyf, Van Basten .... ). Aujourd'hui c'est "que le plus lâche gagne". Souvent on regarde des match ou on voit bien une équipe supérieur mais perd le match au final ( cf Pays Bas - Italie, demi final de l'euro 2000) Dernier point: j'ai l'impression que les règles profite surtout au football européen. Le football brésilien ou argentin on s'en fiche. Sur terrain le jeu italien est privilégié par rapport au brésilien. Pas etonnant si Gattuso dit: 11 défenseurs gagneront toujours contre 11 attaquant ... Aujourd'hui le but ce n'est plus marquer, c'est plutôt ne pas encaisser. Et on ne sais jamais une petit erreur et un petit contre attaque et on gagne. SInon, au pire des cas il y aura tir au but. Et quelqu'un sait pourquoi il y a plus de place pour les équipes européennes dans une coupe du monde ? Et pourquoi très peu pour les autres continent ? Par Joel le 4 juillet 2010 19h42 Je vois que cet article fait réagir mais ce qui est plus honteux c'est la décision de la FIFA de ne donner qu'un match de suspension à Suarez. Quand on voit son attitude et ses déclarations dans la presse, cela devrait apporter de la matière à la FIFA mais apparemment ils ne doivent lire ni la presse ni regarder la TV. Dommage. Par Kévin Deniau le 5 juillet 2010 10h25 Bonjour Grosporc76, A la question "Si la faute avait été inversée, auriez-vous écrit ce billet?" Je vous réponds oui bien évidemment! Cet article pose la question de la qualité des règles en vigueur. Il n'est en rien pro-Ghana ou antiUruguay.

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Par Kévin Deniau le 5 juillet 2010 10h36 Bonjour Dannyboy, Vous avez raison sur le fait que la main de Suarez n'a rien à voir avec celle de Henry. Après, je pense que nous n'avons pas la même définition de la beauté du sport et du football. Je vous rassure j'aime ce sport (et je pense le connaître un peu) et c'est justement parce que j'aime ce sport que je ne supporte pas quand les règles qui le régissent favorisent l'injustice! Bonne lecture sur le blog Par jean Picard le 5 juillet 2010 11h29 à Braz plus je vous lis et moins je comprends votre raisonnement... :) coté absurde !!! bref... expliquez moi pourquoi, si le ghana avait marqué, les gazettes uruguayiennes auraient fustigées Suarez sur le mode "Il a sacrifié l'équipe." ??? par contre comme l'indique Joel, la FIFA est vraiment rétrograde voire amorale (je sais le terme est peut être un peu fort :) ) en accordant qu'un match a Suarez. D'autres sports plus "ouverts" ont permis l'évolution des règles pour améliorer l'esprit du sport (je pense bien entre autre au rugby). Malheureusement que l'esprit FIFA rejoint une grande majorité des "supporter footeux" (heureusement pas tous) en mettant en avant la règle stricte et figée depuis bien longtemps. Je rappelle d'ailleurs que ces règles ont été faites pour cadrer le jeu mais en espérant que les joueurs et les spectateurs-supporters gardent à l'esprit le respect des adveraires et des arbitres. Sur ce point, je pense que notre société a quelques dérives... Vive le sport et même le foot ...on peut réver :) Par Môgan le 6 juillet 2010 12h04 Entièrement d'accord avec cet article et avec John. Les règles devraient évoluer, le foot n'est pas un sport. L'esprit sportif et le fair play n'y existe pas. Les footballeurs veulent nous faire croire qu'ils sont proche de nous alors qu'ils gagnent 1 millions fois plus que nous. Les matchs de vendredi dernier m'ont clairement dégouté du foot. Cette coupe du monde était vraiment pas à la hauteur, trop d'anti jeu, de fautes, pas assez de cartons, trop de simulation et de jeu défensif. Le foot est devenu une comédie où les tricheurs font la loi. Le Match Pays-bas - Brésil, Van Bommel, Heitinga et De Jong auraient du avoir un carton rouge au moins pour les fautes à répétitions de Van Bommel (6 au total, tous bloquaient l'attaque), la balayette de Heitinga sur Fabiano qui allait vers la balle pour une action de but et le tacle irrégulier sur kaka de De Jong qui aurait du donner penalty. J'oublie aussi Robben et sa simulation qui a permis le coup franc gagnant du pays bas. Le foot européen c'est ça 16 fautes dans un match, toutes volontaires bloquant soit une contre attaque soit une action décisive, une faute toute les 5 minutes. Voilà comment le pays bas s'est qualifié en demi. Comment peut on parler de foot à ce niveau là ? Mais au final la FIFA existe grâce à qui ? grâce aux équipes européennes qui trichent le plus, fautes le plus et manipulent l'arbitre. Si la FIFA voudrait réellement que ce sport devienne un exemple de fairplay, il l'aurait déjà fait. Hélas le manque d'arbitrage vidéo et le manque de réalisme du règlement qui encourage la triche va dans le sens des équipes européennes. C'est grâce à ça qu'ils gagnent (Van Bommel, Mazerrati, Henry et j'en passe). C'est grâce à ça que cette année nous auront 3 équipes européennes sur le podium bien que le pays bas ne le mérite pas.

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Finalement le geste de Suarez est pire que tout mais ce n'est pas de la triche dans le sens où il a été réprimandé (contrairement aux hollandais). Cependant le règlement est idiot et favorise trop ce genre de geste. Aujourd'hui ancien fan de foot je hais ce sport pour tous ce qu'il représente, tricherie, manque de fair play, aucun esprit sportif, simulations.... Le dernier match que je regarderai sera Allemagne-Espagne. Merci la FIFA tu m'as écœuré à vie du foot. Par Julien Bordier le 6 juillet 2010 21h49 Je propose d'instaurer une nouvelle règle: but accordé si main sur la ligne de but. ça me semble réglo? Par Gasy le 7 juillet 2010 6h54 "Je propose d'instaurer une nouvelle règle: but accordé si main sur la ligne de but. ça me semble réglo?" Oui, ça me semble réglo. Par Xav le 8 juillet 2010 11h38 D'accord avec l'article, bien évidemment. Comment peut-on légitimer ce geste en le mettant en perspective dans le cadre d'un ensemble de règles ? Prenons un autre exemple : 1) une faute dangereuse est punie d'un carton rouge => c'est la règle 2) hypothèse : deux équipes se rencontrent. L'une (équipe 1) est extrêmement dépendante d'un seul joueur, qui est le seul capable de faire une différence. L'autre (equipe 2) est constituée de joueurs homogènes, capable de jouer ensemble et d'apporter le danger ensemble. 3) Solution pour gagner le match : un joueur de l'équipe 2 blesse volontairement le stratège de l'équipe 1 en le taclant à la carotide. Carton rouge. C'est la règle. Il n'a pas triché et reste dans le cas de la règle seulement il sait que l'équipe adverse amputée du joueur qu'il vient de blesser perdra contre son équipe. 4) On loue le joueur pour son intelligence et son appréciation audacieuse des règles ?

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A Munsieville, la Coupe du monde s'invite dans le township LE 3 JUILLET 2010 20H24 | PAR KEVIN DENIAU

La France est en quart de finale. Si, si je vous jure. Malgré une défaite 1 – 0 contre l’Afrique du sud, elle est sortie en tête de son groupe et s’apprête à affronter la Slovénie pour une place dans le dernier carré. Bon, vous avez bien compris que je ne vais pas vous parler aujourd’hui de la Coupe du monde…mais plutôt de la Munsieville Children’s Cup. « Une réplique de la Coupe du monde », annonce fièrement Gift Rampuru, le Danny

Jordaan de l’événement selon ses mots. Les 32 mêmes nations, 64 matchs, un mois de compétition. La différence est qu’au lieu d’avoir sur le terrain les Messi, Ronaldo ou autre Kaka, nous avons les enfants du township de Munsieville, à 45 minutes de Johannesburg. Des jeunes de 12 à 19 ans orphelins ou issus de familles à problèmes. « On a tiré au sort le pays que chaque équipe allait représenter lors de la coupe », explique Gift, en charge des programmes sportifs de la ville en temps normal. Le lancement d’un programme novateur de 10 ans Un petit clin d’œil à la Coupe du monde pour ce township qui n’assiste aux matchs de l’événement qu’à travers l’écran géant mis en place par l’église du quartier ? Pas seulement. La Munsieville Children’s Cup va en effet servir de plate-forme de lancement à un projet de grande envergure : celui de l’ONG Britannique Project Hope. « Ce projet est à contre-courant de ce que font habituellement les ONG », annonce un brin provocateur Martin Lafontaine, le sympathique Canadien qui se charge de la mise en place de ce projet prévu sur 10 ans. « On n’arrive pas avec une bourse sur quelques années car dès qu’on donne de l’argent cela signifie qu’on est les chefs du projet », poursuit Martin Lafontaine. Non, Project Hope ambitionne de faire avec les ressources de la communauté en n’apportant qu’une expertise en terme d’encadrement. « Les jeunes au milieu, Project Hope autour », résume Martin. Les membres de la communauté au cœur du système Durant ces 10 ans, un modèle de 7 « Hopes » (7 services en somme) va être mis en place pour accompagner les enfants du township de la naissance à l’âge adulte. Parmi ceux-ci, travail dans les crèches, aide à l’orientation professionnelle, activités (art, musique, sport) après l’école l’après-midi ou encore formation des membres de la communauté. Car il ne faut pas oublier que ce sont ces derniers qui vont faire vivre au quotidien ce projet novateur.

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Avantage majeur : les communautés voisines pourront dupliquer le modèle sous les conseils avisés, cette fois-ci, des membres de Munsieville et sans avoir besoin d’énormes aides financières. « Si cela marche, on peut partir dans 10 ans sans se faire du souci car toute la communauté aura le projet en elle », se réjouit le Montréalais. Pourquoi Munsieville d’ailleurs ? Ce ne sont pas en effet les townships qui manquent en Afrique du sud… « L’attitude des membres de la communauté face au projet fut déterminante », répond Martin. « Cela fait deux ans que Project Hope cherche le meilleur endroit pour lancer ce nouveau modèle, raconte-til, et pour que cela fonctionne, il faut un désir fort des gens pour se l’approprier, le désir de se prendre en main ». « Au moins pendant ce temps là, ils ne commettent pas de crimes… » Martin Lafontaine est ici depuis le mois de février. En éclaireur en quelque sorte. C’est d’ailleurs lui qui a eu l’idée de ce tournoi de football. « Il me fallait une idée pour marquer fortement le lancement du projet », se rappelle-t-il. Emmener les enfants au stade ? Trop coûteux. Mieux : faire venir la Coupe du monde ici ! « C’est en voyant les kids jouer au foot dans la rue que j’ai eu le déclic », se souvient Martin avec son chaleureux accent canadien. Et quel plus beau symbole: les enfants, les futurs piliers de la communauté, au milieu du terrain, les adultes, autour, dans les tribunes. « Cette compétition les sort de la rue, me lance la tonitruante Brenda Manuels, policière dans le township, comme cela, au moins, ils ne commettent pas de vols ou de crimes ! » Le tournoi, qui se déroule sur deux terrains aux deux bouts du township, a également eu un impact inattendu : les enfants ont pour la première fois mis les pieds dans un quartier qu’ils ne connaissaient pas car jugé trop dangereux selon leurs parents. « En fait, ils ne sont pas tous méchants là-bas ! », s’étonne un petit bout de choux à peine plus haut qu’un poteau de corner. Juste avant que je parte, Gift Rampuru m’interpelle : « Je crois bien que c’est la France qui va gagner le tournoi avec la qualité de son équipe ». Tiens d’ailleurs, elle vient de marquer sur corner. Ce n’est bien qu’une réplique de la Coupe du monde…

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Avec le Gautrain, la RATP apporte la grande vitesse à l'Afrique du sud LE 6 JUILLET 2010 10H28 | PAR KEVIN DENIAU

Après un an de métro parisien, je pensais en avoir fini avec la RATP en partant en Afrique du sud. Et bien non ! A peine arrivé à Johannesburg, me voici dans le Gautrain, le premier transport public express d’Afrique exploité par… la RATP ! La RATP Développement plus précisément, la branche de la régie qui agit en dehors de la région parisienne. Des exemples ? Le tramway de Florence, le métro d’Alger ou encore le Trinitrain à Trinidad et Tobago ! Le savoir-faire français fait des émules et les carnets de commande sont pleins. « Cette année, nous allons multiplier notre chiffre d’affaires par trois ! », se réjouit Alain Estève, le directeur général de la Bombela operating company, le consortium d’exploitation du Gautrain dont est membre RATP Dév. Un chantier record sur le continent Revenons-y d’ailleurs à ce Gautrain (prononcez RRrrautrain en raclant bien jusqu’à la glotte). La demande provient du Gauteng (RRrrauteng de la même manière…), la province la plus petite mais la plus riche du pays. « C’est la colonne vertébrale de l’Afrique du sud avec les villes de Johannesburg et de Pretoria », situe Alain Estève. En 2006, le partenariat public-privé est signé et le chantier commence (Bouygues est également de la partie côté Français). Pas n’importe lequel : le plus grand chantier ferroviaire d’Afrique ! En chiffres, cela donne 80 km de lignes, 10 stations, 160km/h en vitesse de pointe, 11 700 emplois directs créés (63 200 emplois indirects) et 42 minutes à terme entre Jo’burg et Pretoria (Tshwane de son nouveau nom). Curieusement, l’ouverture de la première tranche, entre Jo’Burg et l’aéroport, était prévue pour le 27 juin. Soit à la fin de la Coupe du monde. Finalement, au prix d’un gros effort, le Gautrain a ouvert ses portes aux premiers passagers le 8 juin, trois jours avant le coup d’envoi de l’événement. Ouf ! Changer la vision du transport en commun en Afrique du sud Un train arrive. Sur le quai, Alain Estève interrompt notre discussion : le client arrive. « Comment ça se passe alors ? ». Alain Estève arbore alors un grand sourire : « Trop de monde ! » Cette première sur le continent est en effet pour le moment une vraie réussite. « Les dernières prévisions donnaient 8 000 passagers par jour. Le premier jour, on était à 8 500 et les week-end on dépasse les 20 000 ! », annonce, satisfait, Alain Estève. Effet de curiosité pour certains, qui sortent

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des wagons en famille, appareils photo entre les mains. Réelle nécessité pour la plupart, dans une ville qui manque cruellement de transport en commun. La partie était pourtant loin d’être gagnée. « En Afrique du sud, les transports publics sont associés à la criminalité », explique Alain Estève. Résultat : tous ceux qui peuvent se le permettre utilisent la voiture. Ce qui provoque, en heure de pointes, des embouteillages dignes de la région parisienne pour le coup ! « On a voulu changer les mentalités en frappant un gros coup », justifie Alain Estève, en regardant les nombreux agents de sécurité disposés le long du quai. La sûreté, voici ce qui préoccupait Alain à l’origine. Des obligations en terme de recrutement La sûreté et non la qualification de la main d’œuvre local. « Ce fut une très agréable surprise » s’enthousiasme-t-il. Le contrat signé avec le Gauteng prévoyait des quotas d’embauches de Noirs et de femmes, encore plus stricts que les lois actuellement en vigueur (Black

Empowerment Act). « On a pris des jeunes sans expérience qui venaient d’avoir l’équivalent du Bac », explique Alain Estève. Sans le moindre problème. « Ils étaient très enthousiastes pour travailler sur un tel projet », se réjouit-il. Et pour cause: ce sont devenus des stars dans leur quartier tellement l’Afrique du sud est fière de « son » Gautrain. Anecdote insolite : le jour où le premier train est sorti de l’entrepôt, de nombreux accidents se sont succédé sur l’autoroute. Les gens s’arrêtaient en effet pour prendre des photos ! Planning et coûts respectés Si Alain Estève est rassuré quant au lancement, il ne pourra cependant souffler qu’après le 27 mars 2011, date de la livraison totale du projet. « On a prouvé qu’on pouvait mener un tel chantier en Afrique dans les temps et dans les coûts (environ 2 milliards d’euros), c’est porteur d’espoir pour la suite », avance-t-il. La suite ? Reste à voir si le succès de fréquentation se transforme en succès économique. Pour la RATP, peu de souci à se faire. « On a un revenu fixe en fonction du nombre de trains en circulation », assure Alain Estève. Le décideur, c’est véritablement le Gauteng qui engrange les recettes (un peu moins de 10 euros l’aller vers l’aéroport) et par conséquent prend les risques. Le sourire du « client » après sa discussion avec Alain Estève laisse néanmoins à penser que d’autres projets pourraient rapidement être mis sur les rails…

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Le rêve éveillé de l'autre équipe de France en Afrique du sud LE 7 JUILLET 2010 8H30 | PAR KEVIN DENIAU

Une équipe de France s’en va des nuages plein la tête, l’autre arrive des étoiles plein les yeux. Si l’Afrique du sud fut un cauchemar pour « nos » (dans l’Hexagone, l’équipe nationale semble appartenir à chaque citoyen, y compris aux politiques paraît-il…) 23 Bleus, elle représente un rêve pour les 8 gamins de l’association Sport dans la ville. Imaginez-les: de leur quartier dit sensible dans la banlieue de Lyon, au pays de Mandela, à l’autre bout du monde. 8 mômes qui participent du 5 au 11 juillet au Festival Football for Hope organisé par la Fifa. Une Coupe du monde solidaire en quelque sorte: 32 nations, composées cette fois-ci de 8 enfants (4 garçons, 4 filles) issus de milieux défavorisés. Le sport comme moyen d’insertion professionnelle Quelques mois avant mon départ, j’étais allé rendre visite à notre délégation, dans les locaux flambant neufs de Sport dans la ville, au nord de l’agglomération lyonnaise. Pardon, cela fait deux fois que je vous parle de Sport dans la ville sans vous expliquer que fait cette merveilleuse association. Après tout, Philippe Oddou, l’un des deux fondateurs vous en parlera sûrement beaucoup mieux que moi. Je lui laisse la parole dans la vidéo qui suit : http://www.dailymotion.com/video/xdfvty_le-football-comme-moyen-d-insertion_sport Quand j’ai rencontré une partie de l’équipe, aucun ne semblait vraiment encore réaliser. A moins que l’étranger ne leur fasse tout simplement pas peur. « Tu as déjà voyagé dans le monde ? », ai-je demandé à l’un d’eux. En ne m’attendant sûrement pas à une telle réponse : « Dans mon quartier, je voyage tous les jours tellement il y a de nationalités ! » Loin des clichés généralement véhiculés, ces enfants de banlieue ont été choisis par Sport dans la ville pour leur comportement exemplaire. Comme l’explique Philippe Oddou ici: http://www.dailymotion.com/video/xdhsih_le-comportement-est-au-coeur-de-spo_sport L’Afrique du sud est donc une récompense pour eux. Une leçon d’humilité pour nos « vrais » Bleus ? La semaine passée, la délégation de Sport dans la ville a effectué différents ateliers à Johannesburg avec les autres enfants et visité un peu le pays. J’aurais bien voulu vous en dire plus et aller les voir… mais le service de presse de la Fifa s’est montré bien tatillon ! Après plusieurs mails et coups de téléphone, j’ai perdu patience… Promis, vous aurez de leurs nouvelles en fin de semaine, alors que la compétition battra son plein!

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L'Afrique du sud craint la Terreur après la Coupe du monde LE 8 JUILLET 2010 11H21 | PAR KEVIN DENIAU

Les ombres vont-elles ressurgir une fois que la lumière de la Coupe du monde aura déserté le pays de Mandela ? Les vieux démons du pays vont-ils reprendre le dessus quand le rideau sera tombé au soir du 11 juillet ? Depuis le début de la compétition, beaucoup de Sud-Africains m’ont confié qu’ils espéraient fortement que la « positive attitude » qui plane au-dessus du pays actuellement, se prolonge au-delà du coup de sifflet final de l’événement. Que plus rien ne soit plus jamais pareil. Las ! l’espoir a laissé place aux doutes. Voire aux peurs. Un Sud-Africain anti-Coupe du monde (dont l’interview sera en ligne sur le blog demain dans la journée) me révélait déjà il y a quelques jours certains signes avant-coureurs de relent xénophobe. Xénophobie Hier, dans un supermarché, je suis tombé sur cette couverture du Daily Sun : « Retour à la maison » avec une photo d’immigrés sur le bord de la route, en attente pour retourner dans leur pays. Un retour voulu ? Non, un retour sous la menace à en croire les journaux : leurs voisins les ont prévenus qu’ils seraient brulés après la Coupe du monde ! Comme en 2008, année où le pays avait déjà été frappé par une vague de xénophobie. Amir Sheikh, le porte-parole de l’African Diaspora Forum s’est inquiété hier des signes d’une attaque imminente : « Dans chaque rumeur, il y a une part de vérité. Nous n’avons pas de doute, quelque chose va se passer ». Les menaces des voisins Des Somaliens bradent leur boutique, des Zimbabwéens, en proie à la dictature de Robert Mugabe dans leur pays, plient bagage. « Ils savent comment cela commence et comment cela fini, ajoute Amir Sheikh, ils n’ont pas envie d’être aux alentours quand cela va commencer ». L’objectif pour ces malheureux étrangers est de rallier Johannesburg, d’où ils pourront trouver plus facilement des navettes pour leurs pays. Rachel Gatsi, une Zimbabwéenne qui travaillait dans une ferme, avoue que ces voisins lui ont dit les yeux dans les yeux qu’elle devrait partir. Des cibles faciles Pays le plus riche du continent, l’Afrique du sud représente une oasis d’opportunités pour bon nombre d’Africains, qui passent les frontières de la nation arc-en-ciel des rêves plein la tête. Vous vous rappelez l’histoire de Nelly et Marshall ?

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Mais dans un pays gangrené par un chômage de masse (45% de la population), les immigrés sont devenus des bouc-émissaires idéaux. Cibles faciles car accessibles : ils ne peuvent résider ailleurs que dans les townships. Cibles faciles car en minorité et sans représentation dans le pays. Cibles faciles car sans moyen de défense ou de représailles. Ce ne sont pour le moment que des rumeurs. Mais, il n’empêche que cela fait tâche dans un pays qui clamait il y a quelques jours son unité derrière la Ghana au nom de la fraternité africaine.

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« La Coupe du monde est un désastre pour l'Afrique du sud ! » LE 9 JUILLET 2010 12H34 | PAR KEVIN DENIAU

Après 5 années passées à la radio de sa communauté, Warren McGregor a décidé de retourner sur les bancs de l’université de Johannesburg pour effectuer un master en sociologie. Un bagage nécessaire selon lui pour aller plus loin dans son activisme. Warren est en effet un membre influent du Zabalaza Anarchist Communist Front. Est-il besoin de traduire ? J’ai décidé de lui donner la parole à travers cette interview car il représente une facette, certes minoritaire, mais bien réelle de l’Afrique du sud. Quand il évoque la Coupe du monde, il ne fait en effet pas dans la dentelle, Warren ! Si je ne partage pas la totalité de son point de vue, je pense néanmoins qu’il mérite réflexion. Et a donc largement sa place dans ce blog. Warren, la Coupe du monde est-elle une bonne chose pour l’Afrique du sud selon vous ? Non, pas du tout ! C’est un événement créé par les élites pour les élites. Seule une petite minorité en profite. La Coupe du monde ne sert qu’à créer des opportunités pour les capitalistes néo-libéraux qui désirent attirer des investisseurs et des touristes étrangers. Au final, cela ne va apporter que 0,5% de croissance en plus cette année. Et à quel prix pour le gouvernement en période de crise économique : plus de 4 milliards d’euros! Ces investissements ne vont-ils pas aider au développement du pays ? L’argent n’est pas allé dans les zones rurales mais dans les aéroports ou les routes pour touristes. Là où la Fifa l’a décidé en fait. Prenez le Gautrain par exemple. C’est le type même de transport élitiste : il relie l’aéroport au quartier riche de Johannesburg. Seules les personnes avec beaucoup d’argent peuvent l’utiliser. Le Reavaya (NDLR : nouveau réseau de bus) dit s’arrêter à Soweto. Oui, mais au début de Soweto, sa partie aisée. J’imagine déjà votre réponse au sujet des stades… C’est une tragédie… Quel gaspillage ! Imaginez : on investit des milliards pour un événement qui ne se déroulera qu’une fois dans une vie. Cela n’a aucun sens économique. Qui utilisera ces stades après ? Impossible de les remplir : les matchs auront beaucoup moins d’intérêt et de toute façon les places seront trop chères pour la grande majorité des Sud-Africains. De plus, le rugby et le cricket (NDLR : les autres sports nationaux) ont déjà leurs stades… Le pire dans cette histoire, c’est à Nelspruit. Il y a 5 ans, on a dit aux gens des townships qu’on allait construire un stade sur leur terre et qu’en échange, on allait leur construire des maisons en dur

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ailleurs. Résultat : seul le stade est construit. Les gens ont devant leur fenêtre un stade flambant neuf alors qu’eux vivent toujours dans la misère… Dans ce sombre bilan que vous dressez, on peut tout de même parler de l’impact positif des dépenses des touristes ? C’est une illusion! Les produits qu’ils achètent ne sont pas des produits locaux mais des produits Fifa. Dans les stades comme dans les Fan Fest, il est interdit d’amener à manger ou à boire. On est obligé d’acheter à l’intérieur les produits des sponsors. Même les routes pour aller au stade sont contrôlées par la Fifa. En conséquence, les petits vendeurs qui y travaillaient et survivaient grâce à la vente informelle ont été chassés. Tout cela pour donner une bonne image aux touristes ! Ces évictions pour ne pas montrer la pauvreté au monde entier sont un nouvel Apartheid ! Restent alors l’euphorie et le formidable élan de fierté des Sud-Africains… La Coupe du monde a rendu aveugle tous ceux qui brandissent leur drapeau : un événement sportif ne peut unifier un peuple que pour quelques heures. On fait la fête dans le stade pendant le match mais après, en revenant chez soi, on se rend compte qu’on habite toujours dans des conditions misérables. On apprécie la fête dans l’instant mais il ne faut pas perdre de vue les sacrifices qu’il y a derrière. Des sacrifices décidés par des gens qui eux, ne vivent pas dans la misère ! Vous ne suivez pas les matchs ? Bien sûr que si ! Attention, je ne suis pas un antifootball : je suis anti-Fifa, anti-gaspillage et anticapitalisme. Je veux juste attirer l’attention des gens sur les sacrifices qu’implique un tel événement. Vous savez, nous sommes le pays où il y a le plus d’inégalités au monde, 45% de la population est au chômage, sans compter les travailleurs illégaux. Il y avait clairement des besoins plus urgents qu’une Coupe du monde… Il n’y a pas eu trop de manifestations durant la compétition. Normal, trois mois avant la Coupe du monde, on a fait comprendre aux gens qu’il ne fallait pas faire de grève jusqu’au 11 juillet. En totale violation avec la Constitution ! Il y en a quand même eu ! Oui, cela dépend des provinces. Mais il faut voir dans quelle condition. Le jour de la cérémonie d’ouverture, il y avait plus de policiers que de manifestants lors d’un rassemblement ! Pas de violence pourtant : les banderoles réclamaient juste de l’eau et non des stades ! Autre exemple, à Durban. Les stadiers ont fait grève le premier match car ils ont appris qu’ils ne seraient payés finalement que 20% de la somme pour laquelle ils avaient donné leur accord. Du coup, pour tous les autres matchs, 2 000 policiers ont été mobilisé à leur place dans le stade…

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Que va-t-il se passer selon vous après le 11 juillet ? Un désastre économique ! J’ai aussi peur des rumeurs d’attaques xénophobes contre les étrangers Noirs, surtout des Zimbabwéens ou des Congolais. Ce sont des cibles faciles car ils résident dans les townships et n’ont aucun moyen de défense. On est bien loin de la nation arc-en-ciel rêvée par Nelson Mandela… La nation arc-en-ciel est aussi une illusion. Il faut arrêter de ne regarder le pays que du point de vue des races. Le problème de l’Afrique du sud n’est pas une question de couleur de peau mais d’inégalités économiques. A vous entendre, on ne peut-être que pessimiste sur l’avenir du pays ! Non, moi je suis résolument positif. Je crois en une chose très importante : la force des communities (les communautés des townships) ! Une force inébranlable malgré tout ce qu’elles ont enduré. C’est de cette force que viendra le salut de l’Afrique du sud !

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Et l'équipe championne du monde de football en Afrique du sud est... le Kenya ! LE 11 JUILLET 2010 10H54 | PAR KEVIN DENIAU

Bienvenue à Alexandra, un des townships au nord de Johannesburg. C’est ici que la Fifa a décidé d’organiser la première édition de la fête du football vecteur de développement social : le Festival Football for Hope. Des cahutes en taule, des poules sur les trottoirs (quand ils existent !), des vendeurs à l’étalage le long des rues. Non, ce n’est pas qu’un discours de façade de la Fifa : on est bien en plein cœur d’Alexandra ! Célébrer le pouvoir social du football dans le monde Le lieu n’est pas choisi par hasard : les 32 équipes participantes au Festival Football for Hope sont en effet composées de jeunes, 4 garçons et 4 filles, issus de communautés défavorisées du monde entier. 32 équipes représentants chacune une association qui se sert du football pour résoudre des problématiques sociales dans leur pays. Intégration des réfugiés en Australie, sensibilisation aux mines anti-personnelles au Cambodge, prévention du SIDA en Afrique du

sud, lutte contre la drogue et le crime en Colombie, rapprochement des peuples en Palestine et Israël. Des organisations pour lesquelles les plus belles victoires ne se gagnent évidemment pas sur le terrain ! Des règles novatrices pour la compétition Célébration du pouvoir du ballon rond dans le monde, le festival repose sur le triptyque éducation, culture et football. Pendant 15 jours, les enfants ont ainsi pu alterner visite des alentours de Johannesburg, parade dans les rues d’Alexandra, sensibilisation au SIDA, échanges interculturels et bien évidemment, en apothéose, compétition de football. Une compétition qui n’en porte d’ailleurs que le nom : le but étant ici de promouvoir la tolérance et l’interaction entre les joueurs. Il n’y a pas d’arbitres lors des matchs par exemple. Ce sont les jeunes qui règlent les litiges par le dialogue et le fair-play. Autre règle en vigueur qui mérite réflexion : avant le match, les deux équipes se réunissent pour convenir des règles puis, après la rencontre, rebelote pour faire le bilan et donner

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des conseils aux adversaires. Comme quoi, la Fifa peut parfois être en avance sur son temps ! Sur le terrain, on est presque surpris de voir les joueurs s’arrêter en levant la main quand ils estiment avoir fait une faute ! Bon, les médiateurs du tournoi ont tout de même du intervenir quelques fois pour calmer certains esprits encore peu habitués à ces règles d’un autre temps… La création d’une communauté Football for Hope Aux abords du terrain, je croise la délégation française. J’espère que les fidèles du blog se rappellent de l’association lyonnaise Sport dans la Ville (session de rattrapage pour les autres ici) ! J’ai du leur porter la poisse, ils viennent de perdre en quart de finale (contre les futurs vainqueurs tout de même). « On est tombé contre plus fort que nous », me glisse Samir, le numéro 10 de l’équipe. Fair-play dans la défaite. Comme on peut d’ailleurs le voir dans cette vidéo à la fin du match. http://www.dailymotion.com/video/xdzgx5_festival-football-for-hope-avec-spo_sport Ils n’ont pas décroché la victoire sur le terrain, mais ils ont gagné tellement plus en dehors. « Quelle chance pour ces jeunes des quartiers d’échanger avec des enfants du monde entier ! », se réjouit Quentin Moreno, le responsable de l’équipe. Un jeune chilien passe à côté de Samir. « Dommage mais bien joué quand même ! » Une chance pour les jeunes mais également pour les associations présentes. « On a découvert les actions de nombreuses organisations et on a surtout pris quelques bons contacts pour des futurs partenariats », ajoute Quentin, encore dans l’euphorie de la quinzaine. Une ambiance Coupe du monde à Alexandra Les matchs continuent sur le synthétique du stade d’Alexandra. Et quelle ambiance de fête incroyable. Dans les tribunes, la foule venue du township ne fait pas que chanter : elle danse aussi ! Fièrement. Des groupes locaux viennent se produire entre les derniers matchs. Quelle belle image de l’Afrique du sud ! Pour la petite histoire, c’est l’association kényane de Mathare, un taudis de Nairobi, qui a remporté le tournoi aux tirs au but. Mais l’équipe qui a eu droit à la standing ovation du stade entier fut sans conteste the Spirit of Soccer venue du Cambodge: elle s’est vue remettre des mains du maire de Johannesburg le prix du Fair-Play. La distinction la plus importante du tournoi.

Pour retrouver les photos de la journée, c'est ici. Ne manquez pas non plus le blog de Sport dans la Ville pendant le Festival. PS : je n’allais quand même pas écrire un article sur la Fifa sans gueuler un petit coup ! Qu’est-ce qu’il est insupportable d’être journaliste au cours des événements sur-contrôlés de la très tatillonne fédération internationale… Difficile de faire plus zélée, je vous jure !

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Le jour où les Zoulous ont mis fin à la dynastie des Bonaparte ! LE 14 JUILLET 2010 11H07 | PAR KEVIN DENIAU

Pour le 14 juillet, non, je ne vais pas vous faire un reportage sur le « Bastille Day » à Franschoek, la ville sud-africaine fondée par des Huguenots. Mieux ! Je vais vous parler d’une autre commémoration française en Afrique du sud : celle de la mort, le 1er juin 1879, de Napoléon Eugène Louis Jean Joseph Bonaparte (ouf !), le dernier descendant direct de Napoléon Ier. Je vous entends déjà marmonner, mais quel rapport avec l’Afrique du sud ? Héhé… Ouvrez bien vos oreilles et suivez le guide. En l’occurrence, Elisabeth Durham. Une française, propriétaire du B&B « Chez Nous » (orné d’un drapeau tricolore à l’entrée), installée dans la petite ville de Dundee, dans le Zoulouland, depuis plus de 20 ans. Une tasse de café, des muffins chauds. Nous voilà parés pour découvrir une histoire aussi incroyable que méconnue. Un Napoléon dans l’armée anglaise Tout commence avec l’exil de l’empereur Napoléon III et de sa femme Eugénie en Angleterre en 1871. Leur fils unique, Louis Napoléon, le Prince Impérial, étudie alors dans l’école militaire réputée de Sandhurst. Quand éclate la guerre Anglo-Zoulous, le 22 janvier 1879, le jeune prince devenu officier brûle d’envie de rejoindre les champs de bataille africains. Mais la Reine Victoria refuse. Trop dangereux. Cela est sans compter sur la force de conviction (et les beaux yeux) de ce dernier. Le prince sera donc envoyé dans les rangs anglais (son grand oncle s’en retourne encore dans sa tombe !) dans ce qui ne s’appelle pas encore l’Afrique du sud, en qualité d’aide de camp. Une cérémonie est organisée à son arrivée au Cap. A son grand désarroi. Le prince, ce qu’il veut, c’est faire ses preuves militaires sur le terrain ! Son surplus d’enthousiasme aura raison de lui. 17 coups de lance pour la dernière goutte de sang des Bonaparte Le 1er juin, il part tôt le matin avec une petite patrouille de 8 hommes menée par le lieutenant Carey en mission de reconnaissance. A midi, les cavaliers s’arrêtent pour faire du café près d’une rivière. Malgré la présence de cendres encore chaudes, ils ne prennent pas la précaution de reconnaître les environs au préalable. Erreur fatale. Alors que le Prince est en pleine narration d’une des campagnes de son grand oncle, une trentaine de guerriers zoulous sort des herbes hautes qui recouvrent l’endroit. (Elisabeth se

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lève et s’emballe). Deux anglais sont tués. C’est la débandade, la patrouille s’enfuit au galop. Mais notre malheureux prince ne parvient pas à remonter sur son impétueux cheval. Il chute violemment en se faisant piétiner au passage le bras droit. Son sabre parti avec le cheval, il ne lui reste que son pistolet, qu’il ne réussit à maîtriser de la main gauche. Acculé, le Prince Impérial sera tué de 17 coups de lance… La dynastie des Bonaparte vient de s’éteindre. « C’est un peu comme si la Prince Charles venait à mourir en Irak » Mille hommes sont envoyés pour récupérer le corps du défunt tandis que le fuyard lieutenant Carey est jugé en cour martiale. La dépouille du prince est envoyée à Durban avant d’être enterrée en Angleterre. Un an plus tard, en 1880, Eugénie part en pèlerinage jusqu’à l’endroit où tomba son fils. Elle y rencontre des guerriers zoulous. « Votre fils s’est battu comme un lion », lui révèlent-ils. Un cénotaphe commémore encore aujourd’hui cet épisode tragique, près du village d’Uqweqwe (prononcez le « w » avec le cliquet de la langue), à quelques encablures de Dundee. « Imaginez, c’est un peu comme si la Prince Charles venait à mourir en Irak ! », compare en guise de conclusion Elisabeth. Une histoire redécouverte par une Sud-Africaine Aujourd’hui, elle la connaît par cœur cette histoire. Cela était pourtant loin d’être le cas à son arrivée en Afrique du sud ! Tout vient de sa rencontre avec la professeur de français de l’université de Durban, Glenn Flanagan, une francophile invétérée et une férue de l’histoire du Prince Impérial. « Elle m’a transmis sa passion et c’est comme cela que je suis devenue guide et sa meilleure amie !», me sourit Elisabeth en appelant Glenn pour que je puisse la rencontrer. Je ne vais pas être déçu… Quel personnage cette Glenn Flanagan ! Meilleure guide touristique de la région du Kwazulu-Natal (grossièrement le Zoulouland) en 2003, Chevalier de l’Ordre national du mérite en 1999, présidente de l’Alliance Française de Pietmaritsburg (capitale de la région), initiatrice du programme « French Presence in KwazuluNatal »… Sans elle, nul doute que cette histoire méconnue des Bonaparte serait restée aux oubliettes. Une route touristique sur les traces du Prince Après des longue recherches en France, en Suisse et en Angleterre, c’est en effet elle qui lance en 1996 la « Route du Prince Impérial,

Louis Napoléon ». Un itinéraire, balisé par des panneaux bleus portant un aigle impérial sur un grand N, qui retrace le périple d’Eugénie sur les traces de son fils en pays zoulou. C’est aussi elle qui organise à partir de chaque 1er juin une semaine française dans la région, dont le point d’orgue est bien évidemment le dépôt d’une gerbe sur la stèle du Prince Impérial.

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C’est encore elle qui a trouvé les fonds pour construire les salles de classe de l’école d’Uqweqwe et qui a œuvré pour que le français y soit enseigné. Afin d’aider le village à profiter du tourisme généré par ce haut-lieu de l’Histoire. « C’est une lutte acharnée », me confie-t-elle. Surtout auprès des décideurs locaux. A ses débuts, Glenn a tout de même reçu un soutien de poids : le ministre du tourisme de l’époque, un certain… Jacob Zuma ! Aujourd’hui toute jeune retraitée, Glenn vient de monter avec Elisabeth et deux autres amies, un tour operator en français : le chemin de la liberté. Un chemin qui mène bien évidemment sur les traces du Prince Impérial mais également sur le lieu d’arrestation de Nelson Mandela ou encore dans la gare où Gandhi fut expulsé d’un wagon de première classe. Leur association s’appelle « Les reines africaines ». Un nom tout naturel pour des passionnées du Prince.

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Après la Coupe du monde, l'Afrique du sud passe au ski... en attendant le bobsleigh ! LE 16 JUILLET 2010 0H43 | PAR KEVIN DENIAU

Wessel Bosman est peut-être le seul Sud-Africain qui attend avec impatience l’hiver dans son pays. Et pour cause. Contrairement à tous les commerçants locaux, les mois de juillet-août (hémisphère sud oblige) correspondent à la haute saison pour lui : Wessel Bosman est en effet propriétaire d’une station de ski. Et quelle station de ski ! Sûrement une des plus improbables au monde… Nous sommes à 3222 mètres d’altitude, sur les hauteurs du Lesotho - pays nettement plus réputé pour ses sécheresses que pour la qualité de sa neige au demeurant. Le désert à des kilomètres à la ronde. Et pourtant… après une interminable route en lacets -escaladée en voiture à 20km/h en première, une oasis blanche : Afriski ! 35 euros le forfait journée quand même ! Un incroyable village donnant au pied des pistes d’au moins… 10 chalets ! Pardon, au pied de LA piste… Et oui, la « seule station du sud de l’Afrique » ne compte ni plus ni moins qu’une descente de 1km sur de la neige artificielle ! Ajoutez à cela un téléski ultra-moderne, une piste de luge pour enfants, un snowpark, quelques boutiques et restaurants et vous avez Afriski. Je suis moqueur mais le pire c’est que cela marche : la station affiche en moyenne 110 visiteurs par jour du 1er juin à la fin août. En très grande majorité des Sud-Africains. Fortunés, il va sans dire: à 350 rands le forfait journée (35 euros) et 1000 rands (100 euros) tout compris avec l’équipement, Afriski peut déjà se targuer de rivaliser avec les prix de ses consœurs européennes ! « On espère être rentable d’ici un ou deux ans » prévoit Wessel Bosman, les mains et le visage encore recouverts des particules blanches du plâtre qu’il vient de poser dans le futur nouveau restaurant de la station. Car Wessel Bosman n’est pas le promoteur type costard-cravate inspecteur des travaux finis qu’on pourrait imaginer. Loin de là… Aux portes des Jeux Olympiques Dans sa jeunesse, Wessel était… champion national! Plus précisément recordman d’Afrique du sud pendant 17 ans du 110m haies. A 20 ans, il découvre la discipline. Il s’entraîne sans grand moyen dans sa ferme mais pourtant, dès sa 6e course, il réalise les minima pour les Jeux Olympiques ! Il se qualifiera d’ailleurs quatre fois de suite pour l’épreuve majeure. Vous ne vous en rappelez pas de Wessel Bosman ? Normal : avec le boycott des sportifs sud-africains pendant l’Apartheid, le sprinter ne

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foulera jamais les tartans olympiques. Qu’à cela ne tienne. Les rêves de Jeux Olympiques de Wessel n’en sont qu’à leurs prémices… En 1998, lors des JO de Nagano, c’est en tant que sportif retraité, de retour dans sa ferme, qu’il assiste pour la première fois de sa vie à une compétition de ski. Une révélation. « Je me suis dit que cela pourrait être une super idée dans un pays de montagnes comme l’Afrique du sud ! ». Des Sothos incrédules En rentrant, il ouvre donc une carte du pays et s’empresse de trouver l’endroit le plus favorable en

terme d’enneigement. Ce sera au Lesotho, dans un endroit où des pionniers skiaient déjà dans les années 1980 (en remontant la piste en voiture). L’histoire est en marche. L’idée séduit deux Autrichiens qui s’associent au projet. Le royaume, qui voit également l’idée d’un très bon œil pour le tourisme, accorde un bail de concession du terrain de 60 ans. Et en 2005, le projet fou d’Afriski ouvre ses portes. A la grande surprise des habitants des environs. « C’était la première fois que la neige n’était pas considérée comme quelque chose de négative pour nous », reconnaît Moses, un Sotho qui fait partie des 70 employés de la station. « C’est génial, s’exclame Thebo, de Maseru (la capitale du Lesotho), en plein chasse-neige, moi qui pensait que le ski ce n’était qu’à la télé ! ».

« Oncompte faire venir des enfants ducoin qui n’ont jamais vu de skis en vrai », projette d’ailleurs Wessel Bosman. Créer des passions pour les jeunes et leur donner les opportunités de les réaliser: voici le véritable objectif de l’ancien champion qui s’entraînait sans matériel dans sa ferme. Car à 52 ans, la flamme olympique brule plus que jamais dans le cœur de Wessel Bosman! La folie des grandeurs Déjà, c’est sur la piste d’Afriski que se déroulent les qualifications de l’équipe nationale sud-africaine pour les JO. Mais les espoirs de Wessel se tournent plus vers un autre sport : le bobsleigh ! « Avec la puissance des athlètes Sud-Africains, je suis sûr qu’il est possible d’envoyer une équipe aux Jeux de Sotchi en 2014 ! », entrevoit-il très sérieusement. En tout cas, ils ont déjà leur surnom : les Bafana

rocket ! Rêveur ou mégalo Wessel Bosman? Un peu des deux ! En témoigne la plaquette qu’il me présente pour expliquer ses projets futurs: une centrale hydro-électrique, des hôtels, un centre de conférence, un golf, un complexe d’entraînement en haute altitude pour sportifs de haut niveau, une patinoire… « Si tu sautes une rivière, c’est qu’au fond de toi tu sais que tu peux la franchir », me répond-il quand je lui demande s’il n’est pas un peu fou ! En le voyant encore à l’ouvrage à la nuit tombée (17h ici en hiver…), j’ai décidé finalement de croire moi-aussi au rêve du bondissant qui voulait décrocher les étoiles. Le Lesotho ne vient-il pas de devenir membre de la Fédération Internationale de Ski ?

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« J’ai un défaut, je ne sais pas m’arrêter ! », me confie-t-il. La voici la réponse : Wessel Bosman est tout simplement toujours en train de courir son saut d’obstacles à la poursuite de son rêve olympique…

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Daktari, de la fiction à la réalité LE 18 JUILLET 2010 12H17 | PAR KEVIN DENIAU

« Ici, c’est la ferme célébrités en Afrique sans les célébrités ! » Elle ne manque pas d’humour Michèle, une Normande pleine d’enthousiasme que l’on retrouve au beau milieu du bush sudafricain, dans l’orphelinat pour animaux sauvages de Daktari. Sans les célébrités et sans les projecteurs non plus. A quelques encablures du parc national du Kruger, le centre n’est en effet pas raccordé au réseau électrique. Trop loin donc trop couteux. Ici, l’énergie vient du soleil et d’un générateur d’appoint. Un petit bout du monde dont rêvaient depuis leur enfance Michèle et Ian, le couple gestionnaire de Daktari. « Petite, je ne jouais pas avec des poupées mais avec des zèbres en plastique », se souvient l’originaire de Flers dans l’Orne. Des passionnés de la série TV Rien ne les prédestinait pourtant à se rencontrer. Michèle était en France, Ian au Zimbabwe, déjà dans le bush. Rien ? Pas tout à fait. Enfants, les deux étaient des passionnés de la série (dont les plus jeunes lecteurs ne se souviennent sûrement pas, moi y-compris) Daktari, l’histoire d’un vétérinaire qui soigne des animaux sauvages au Kenya. « C’est ça que je veux faire plus tard », se disaient-ils devant leur télévision chacun de leur côté… C’est pourtant dans l’hôtellerie que l’on retrouve Michèle quelques années plus tard. La jeune fillette éprise de nature et d’animaux sauvages a bien changé. Manager dans un hôtel Formule 1, Michèle ne vit plus que pour le travail, le travail et le travail ! Le destin voudra pourtant qu’elle rencontre son futur mari en Afrique du sud… pendant ses vacances. Attention, vacances pour Michèle cela veut dire inspection des hôtels sur place pour mieux pouvoir s’en inspirer à son retour en France ! Une autre vie Sauf que cette fois-ci, ce n’est pas l’hôtel de la réserve qui attire son attention mais bien le ranger qui y travaille. Michèle tombe sous le charme. Du ranger et de la nature. Après une grosse remise en question, elle prend finalement un virage à 180° : Michèle plaque tout

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et part en Afrique du sud réaliser son rêve d’enfant ! Nos jeunes mariés ouvrent alors un restaurant afin d’amasser suffisamment d’argent pour fonder Daktari. Et en 2006, le rêve devient enfin réalité ! Dure réalité aux premières heures… C’est bien beau de sauver les animaux sauvages mais il faut bien que Michèle et Ian trouvent des ressources pour vivre eux aussi ! Leur vient alors une idée géniale : faire venir des écoliers des environs afin de les sensibiliser à leur environnement au contact des animaux du centre. Un concept unique en son genre. La nature génératrice d’opportunités professionnelles « Il y a un énorme déficit en terme d’éducation au respect de la nature chez les Sud-Africains, explique Ian, ils n’ont plus d’animaux dans leur village car ils les ont tous tués ! ». « Il faut bien qu’ils comprennent que malheureusement les touristes ne viennent pas pour eux mais pour les animaux sauvages », ajoute Michèle. Ainsi, chaque semaine, 8 enfants viennent passer 5 jours à Daktari pour s’occuper des bêtes de l’orphelinat. Sans oublier les leçons théoriques (anglais, biologie, mathématiques) et les fondamentaux (politesse, sensibilisation aux méfaits de la drogue, éducation à une sexualité sans risque). Le moment phare de la semaine étant bien entendu la visite des coulisses d’un lodge dans une grande réserve naturelle. « Ils habitent à côté mais ils n’y ont jamais mis les pieds car cela coûte trop cher», me révèle Michèle. http://www.dailymotion.com/video/xdzeg6_visite-des-enfants-de-daktari-des-c_sport Objectif: voir les opportunités de travail générées grâce au tourisme et… aux animaux sauvages. A voir les yeux émerveillés des bambins tout au long de la visite, il semblerait que cela produise son effet. « Qui veut travailler dans une réserve plus tard ? » sur la route du retour. Toutes les petites mains se lèvent d’un coup… Pour encadrer les enfants (et aussi s’occuper des animaux), Daktari fait appel à des volontaires qui paient leur séjour (environ 1 000 euros le mois, nourri et logé) et qui permettent ainsi au centre de subvenir à ses besoins. 9 00 enfants accueillis Des volontaires –filles en majorité, venus du monde entier pour une expérience unique. A l’image de Nathalie, une parisienne de 32 ans, à Daktari depuis un mois et demi. « J’ai décidé de prendre une année sabbatique pour faire une pause dans mon travail et prendre du temps pour les autres », raconte-t-elle. Un passage qui lui a incontestablement ouvert les yeux. Pas sûr qu’elle continue dans la pub à son retour à Paris… Ah, Daktari, cette petite utopie coupée du monde où chacun trouve son compte : Michèle et Ian, les enfants, les volontaires, les animaux… On se croirait plutôt dans la Petite maison dans la prairie !

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Un Big Five à Daktari « On a accueilli depuis le début plus de 9 00 enfants et plus de 1 00 volontaires », annonce fièrement Ian. Mais le travail est encore long. « Il faudrait aussi sensibiliser les parents », projette Michèle qui réfléchit à des moyens pour faire des réunions dans les villages. Pour l’heure, cependant, la préoccupation majeure de l’orphelinat est l’arrivée récente d’un léopard. Un bon coup marketing pour Daktari : l’animal est une star ! Une renommée dont se serait pourtant bien passée Michèle: Shiloweni (c’est son nom) s’est rendu célèbre car il ne craint pas l’homme ! Admirez par vous-même... http://www.youtube.com/watch?v=b32dcrMMmRE Des autruches, des porcs-épics, des hiboux, un aigle, une genette, un galago et maintenant Shiloweni… la ferme n’est plus vraiment sans célébrité !

Retrouvez plus de photos sur les curieux animaux de Daktari sur le groupe Facebook Coupés du

monde. Si vous êtes intéressés pour devenir volontaire, effectuer une donation ou sponsoriser un animal (30 euros par mois pour les ânes par exemple), c’est ici.

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Quand le surf œuvre pour le Mandela Day LE 19 JUILLET 2010 10H36 | PAR KEVIN DENIAU

Dimanche 18 juin. Ce matin, à la radio, tout le monde ne parle que du 92ème anniversaire de Nelson Mandela, Tata (père en Xhosa) de la nation arc-en-ciel, et de la journée internationale –reconnue par les Nations-Unies- qui lui est consacré. Une journée où chaque personne dans le monde doit œuvrer pour sa communauté ; consacrer 67 minutes de son temps aux autres en symbole des 67 années passées par Madiba à lutter contre l’injustice. Il y en a qui plantent des arbres, qui distribuent de la soupe aux plus démunis, qui vont aider dans des maisons de retraire, qui font des gâteaux à leur grand-mère (ce que m’a confié un petit Sud-Africain hier matin)… A Jeffreys Bay (dit J-Bay), à 60 km à l’ouest de Port Elisabeth (pardon Nelson Mandela Bay, son nouveau nom), Jordy Smith, lui, a décidé d’apporter sa contribution en amenant de la joie et de la fierté à une communauté un peu particulière : celle de Supertubes, LA vague sud-africaine.

Originaire de Durban, Jordy Smith est en effet un surfer. Pas n’importe lequel : le nouveau numéro 1 mondial ! A 22 ans seulement, il s’est permis le luxe, la veille, de chiper la couronne au roi incontesté de la discipline, Kelly Slater.

Le spectacle autant à l'eau que sur la plage Mais ce 18 juin, si les vuvuzelas ont déserté les stades pour venir mettre l’ambiance sur la plage de JBay, c’est pour une autre raison : Jordy est en finale du Billabong Pro J-Bay 2010, la 4e étape de la Coupe du monde de surf. Tous les grands étaient de la partie : Kelly Slater, Taj Burrow, Mick Fanning (cela vous parle ?!). Mais aujourd’hui, les deux finalistes à l’eau sont Jordy Smith donc et l’Australien Adam Melling. La plage est blanche de monde. On pourrait être en Californie ou dans le sud de la France que cela serait pareil. Ah non, il y a les vuvuzelas pour nous rappeler que nous sommes encore en Afrique ! A l’eau, on assiste à des rollers d’exception sur les vagues qui déroulent à la perfection. Sur le bord, le spectacle n’est pas mal non plus. Style défilé printemps – été de tignasses blondes surmontées de casquettes aux couleurs douteuses (pardon flashy), agrémentés de larges shorts vert pomme (oui la saison semble être au vert pomme) et d’imposantes lunettes de soleil qui s’apparentent parfois plus à des « masques »

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de soleil… Par-dessus le grondement de la houle, les paroles du speaker, entrecoupées par Jack Johnson, Red Hot Chilli Pepper et autres Guns ‘n Roses. Sous un soleil de plomb (on est en hiver ici je vous rappelle), Jordy fait monter un peu plus la température en « envoyant » deux gros scores d’entrée : 8,90 et 9,03 (sur 10). C’est dans la poche. En sortant de l’eau, le jeune surfer au dossard rouge brandit les bras au ciel : pour sa troisième saison sur le circuit pro, il vient de remporter sa première épreuve majeure, qui plus est, chez lui, le lendemain de son accession à la première place mondiale. Serait-ce encore un miracle de Mandela, le Madiba Magic comme on dit en Afrique du sud?

PS : et vous, qu’avez-vous fait pour le Mandela Day ?

Retrouvez plus de photos de vagues, de sables et de surf sur le groupe Facebook Coupés du monde? (c’est gratuit et sans engagement !)

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Il faut sauver le pingouin africain ! LE 26 JUILLET 2010 14H05 | PAR KEVIN DENIAU

Alerte à Cap Saint Francis. Ce n’est pas le remake sud-africain de la série californienne aux maillots de bain rouges et aux généreuses formes, mais la réalité. L’état d’urgence est déclaré… pour le pingouin africain ! Un chiffre pour s’en convaincre : 2. Le pingouin africain est la deuxième espèce, parmi les 70 que compte l'oiseau, la plus menacée de disparition. Un autre chiffre ? 7. « Dans 7 ans, soit on arrive à les sauver, soit l’espèce s’éteint ! », s’inquiète Trudi Malan, une journaliste freelance très impliquée pour la sauvegarde de l’espèce. 90 pingouins en moins par semaine J’ai rencontré Trudi au Cap Saint Francis, un petit bout du monde à une trentaine de kilomètres de Jeffreys Bay, au centre de réhabilitation de Penguins-Eastern Cape. Elle y est bénévole depuis plus de 5 ans. Et ce matin, Trudi a le sourire : elle vient de remettre en liberté 30 pingouins. « En espérant qu’ils ne nous reviennent pas trop vite ! », ironise-t-elle. La situation est des plus préoccupantes. La population actuelle de l’unique pingouin qui vit en Afrique est estimée à 70 000 adultes. Une hécatombe quand on pense qu’il y en avait plus de 200 000 dans les années 1970 et 1,45 millions au début du XXe siècle. « Il faut d’autant plus agir que c’est l’Homme qui est en partie responsable de ce déclin », assure Trudi. Ses méfaits? Usage du Guano, dont les pingouins se servent pour couver, comme d’un engrais, collecte des œufs pour la consommation, surpêche et pollution des océans. A cela, il faut aussi ajouter que la population des pingouins d’Afrique est concentrée dans de petites zones géographiques et est donc très vulnérable aux catastrophes comme les marées noires. « Les problèmes sociaux passent en priorité » Le sujet avait déjà alerté, il y a plus de 20 ans, le vétérinaire de Jeffreys Bay Dave Hartley, qui avait pris le problème à bras le corps. Mais des moyens n’ont vraiment été débloqué qu’en 2006 avec la construction du centre de Cap Saint Francis (il en existe aussi un à Port Elizabeth et un autre, le plus grand, à Cape Town). « Il y a tellement de problèmes sociaux à résoudre avant dans le pays qu’on ne fait pas partie des priorités pour beaucoup », lance pleine de réalisme Trudi. Comment faire alors pour trouver des fonds ? « On prie!, rie-t-elle, avant de reprendre plus sérieusement, on doit se montrer créatif ». Pour pallier l’absence de fonds publics, Penguins-Eastern Cape a en effet ouvert un petit magasin à côté du centre –ouvert pour la visite aux touristes, tandis que des tirelires en boite de conserve ont été déposées dans chaque commerce des environs. Sans compter l’aide des surfers locaux, très sensibles aux problématiques liées à l’océan. « Kelly Slater vient nous rendre visite chaque année d’ailleurs », annonce fièrement Trudi.

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Des pingouins aveugles : du jamais vu ! De l’argent, il va en falloir : depuis son ouverture, le centre accueille –malheureusement- de plus en plus de pensionnaires. 74, la première année, 249 l’an passé. « La plupart viennent sousalimentés ou blessés car ils se battent pour avoir le peu de nourriture qu’il reste avec la surpêche », explique Trudi. Sans oublier les nouveaux cas. « On n’avait jamais vu cela par le passé : on vient d’avoir 5 cas de pingouins aveugles en deux ans », s’étonne-t-elle, atour de deux d’entres-eux (qui répondent aux noms donnés pour l’occasion de Steevie et de Wonder !) Un espoir ? En plus de secourir les pingouins, le centre a aussi un pôle recherche, notamment pour comprendre certaines de ces maladies nouvelles. Actuellement, les recherches se concentrent également sur la délimitation d’une zone idéale, en face du centre, pour établir et réimplanter une colonie. Ce qui serait une première. Car, petite note optimiste tout de même, le pingouin d’Afrique est une des espèces les plus robustes et qui s’habituent le mieux à un nouvel environnement. L’opération de la dernière chance ? En tout cas, avant mon départ, je profite de l’occasion pour caresser le dos râpeux de Steevie. En espérant seulement que ce geste ne sera pas classé dans la catégorie des antiquités dans 7 ans.

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L'Afrique du sud en une photo LE 4 AOUT 2010 20H35 | PAR KEVIN DENIAU

Par avance, veuillez m'excuser pour la médiocre qualité audio du commentaire. Quelques petits soucis de logiciel de montage... Les Tours de Sandton City face au township de Johannesburg

http://www.dailymotion.com/video/xe9t27_les-tours-de-sandton-city-face-au-t_news PS: le lien vers l'article du Festival Football for Hope

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ici.

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La Coupe du monde joue les prolongations en Afrique LE 15 AOUT 2010 19H08 | PAR KEVIN DENIAU

L’empreinte de la première Coupe du monde organisée sur le sol africain sera-t-elle indélébile ? Vraisemblablement. Déjà, l’événement a changé la mentalité des Sud-Africains, qui ont pris conscience d’une réalité : la nation arc-en-ciel est capable. « On l’a organisée et on l’a bien organisée », s’enthousiasmait le président Jacob Zuma au lendemain de la victoire espagnole à Soccer City. Avant de lancer, plein d’optimisme, un autre défi pour son pays : les Jeux Olympiques de 2020 (au Cap ou plus probablement à Durban)! L’appétit vient en mangeant… L’autre conséquence de la Coupe du monde, liée à la précédente, est indéniablement l’élan de fierté nationale suscité. Sur les ondes sud-africaines, une expression est revenue avec insistance durant toute la compétition: « Proudly South African » (fièrement Sud-Africain). Une phrase que m’a confiée une petite grand-mère quelques jours après la finale pourrait parfaitement résumer ce sentiment. « Dans ma vie, il y aura a eu deux moments phares : la libération de Mandela et la Coupe du monde ». Mais cette dernière n’aura pas seulement des répercussions dans les têtes sud-africaines. L'événement va laisser derrière lui un héritage matériel. Dans le sillon de la Coupe du monde, poussent en effet des centres de football financés par la Fifa par le biais de son programme Football for Hope. Lancé en 2005, ce mouvement soutient différentes associations du monde entier qui associent football et développement social. Ce sont d’ailleurs ces mêmes associations qui se sont retrouvées dans un township de Jo’burg, durant la Coupe du monde, pour un grand tournoi intitulé Festival Football for Hope. Profitant de cette première sur le sol africain, la fédération internationale a démarré sa campagne « 20 centers for 2010 », 20 centres de football qui permettront d’améliorer l’éducation et les services de santé pour des enfants défavorisés en Afrique. Premier en date à sortir de terre, celui de Khayelitsha, le plus grand township du Cap, en décembre 2009. Depuis, 5 autres ont vu le jour en Namibie, au Ghana, au Mali et au Rwanda. Le prochain sera celui de Maseru, la capitale du Lesotho, dont la première pierre sera posée en septembre prochain. Une échéance qui réjouit d’avance Pete Fleming, le co-fondateur de Kick4Life, l’association qui utilisera l’équipement.

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« On a prévu d’y construire, en plus du terrain de football, une salle de classe, des logements et une pièce pour effectuer des tests de séropositivité », explique cet Anglais de 29 ans, les yeux rivés sur le terrain vague où se situera le centre. Comme l’association de Khayelitsha, Kick4Life se sert du football pour sensibiliser au risque du sida les enfants du Lesotho, un des pays les touchés au monde par ce fléau (23% de la population contaminée). Avec le centre, cette ONG va pouvoir multiplier les tests. « 85% des enfants que nous voyons l’effectuent pour la première fois, m’apprend Pete, et la plupart pense déjà avoir le sida. C’est comme un nouveau départ pour eux quand on leur dit que ce n’est pas le cas! » Un nouveau départ en même temps qu’un choc psychologique. « Ils prennent conscience à ce moment-là des dangers de la maladie et changent leur comportement en conséquence», renchérit le dynamique Pete. Ouverture de l’enceinte de Kick4Life prévue pour mars 2011, tandis que le reste des 20 centres sera mis en service en 2012. Un héritage tangible et durable pour essayer de résoudre les problèmes sociaux du continent que le coup de vent de la Coupe du monde n’aura pas pu balayer. « Si on a réussi à organiser un tel événement, on devrait être capable de répondre à d’autres défis comme la pauvreté ou le sida », me confiait ce positif Sud-Africain dans les rues de Jo’burg, il y a quelques jours. L’Afrique n’a joué que la première mitemps de sa Coupe du monde.

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Epi(b)logue : Pourquoi je veux être journaliste... LE 17 AOUT 2010 16H41 | PAR KEVIN DENIAU

17 250e kilomètre. Aéroport de Cape Town. Ici s’achève mon chemin en Afrique du sud. Le magique « Scatterlings of Africa » de Johnny Clegg qui jaillit de la radio s’interrompt subitement quand je coupe le contact. Direction le terminal d’embarquement B. Ma porte de sortie de la nation arc-en-ciel. Je me revois à mon arrivée à Jo’burg, 77 jours plus tôt, avec ma grosse valise et mes idées reçues sur le pays (criminalité, racisme…). Des panneaux indiquaient le décompte avant l’ouverture de la Coupe du monde. Je repense à cet aéroport bondé, ces couleurs, cette excitation ambiante. Plus rien ne sera jamais pareil pour Themba Malgré les pancartes Coca Cola encore présentes, l’aéroport du Cap est nettement moins euphorique ce matin. Retour à la vie normale ? Pas vraiment. J’ai le sentiment que plus rien ne sera comme avant en Afrique du sud. C’est mon sentiment. Je ne prétends pas dire vrai. Je prétends dire ce que je vois. Comme j’ai toujours voulu le faire dans ce blog. Ce que j’ai vu ce matin, c’est Themba, un porteur de bagages. Themba passait ses journées à « fumer des joints » dans sa chambre. Il a découvert un jour que l’aéroport recherchait des porteurs pour la Coupe du monde. Themba a déposé son CV et a été pris. Il me montre la photo sur son badge. « Ce n’est pas moi, sourit-il, c’est la personne que j’étais avant ! ». Themba travaille aujourd’hui 7 jours sur 7 de 6h à 18h. « J’ai arrêté la drogue, je veux faire quelque chose de ma vie ». Themba rêve d’un hôtel à Maputo, la capitale du Mozambique. Pour l’heure, il économise tout ce qu’il gagne. « L’argent que j’ai sur mon compte, c’est ma confiance, dit-il en me regardant fixement, c’est ce que je suis ». Une nation plurielle Des histoires pleines d’optimisme comme celle de Themba, l’Afrique du sud en regorge. D’autant plus après la Coupe du monde. Pour autant, la partie est loin d’être gagnée pour la nation arc-en-ciel tellement les défis qui l’attendent sont énormes (inégalités sociales, sous-emploi de masse, xénophobie envers les immigrés des pays voisins, sida…). L’Afrique du sud est aussi riche que complexe. Plus j’ai découvert ce pays et moins j’ai semblé le comprendre. Un véritable royaume des paradoxes. Une multitude de mondes en un seul pays. Je revois encore le sourire radieux et les yeux lumineux de ce vieux Sud-Africain quand je lui ai acheté un gâteau à 6 rands (60 centimes d’euro) qu’il ne pouvait s’offrir, il y a quelques jours au Cap. A 30 mètres, se trouvait l’un des plus luxueux hôtels de la ville…

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Le compte vide mais le cœur gros Je remercie Themba. Je remercie tous les Themba que j’ai rencontrés durant ces 2 mois et demi. Je les remercie de m’avoir parlé de leur vie. Je les remercie de m’avoir tant remis en question, de m’avoir tant appris, de m’avoir tant enrichi. Ce matin, au Cap, je pars avec ma grosse valise mais sans mes idées reçues du début. Je pars riche. Riche de mes rencontres avec André, Nicolas, Glenn, Wessel, Marshall... Riche de ces moments uniques vécus comme lors de la première mitemps Afrique du sud- France à Bloemfontein, comme lors du carnaval pré-Coupe du monde au Cap, comme lors de cette coupe de Cap Classique à Franschoek avec Jean-Philippe… Riche de ces histoires insolites comme ce journaliste sud-africain qui accepte que je l’interview à condition que je sois un partisan de José Bové (je ne l’ai pas interviewé) ou encore ces policiers du Lesotho qui ne m’ont laissé passer la frontière qu’en échange de mes (fausses) lunettes de soleil ! Indéniablement même avec 4 000 euros en moins sur mon compte !, je suis plus riche aujourd’hui. Riche des autres Et c’est pour cela que je veux « devenir » journaliste. Pour devenir riche des autres. Et partager cette richesse avec les lecteurs. Etre journaliste, ce n’est pas vivre la vie des autres, c’est vivre mille vies à la fois. Vivre au plus près des autres et écrire au plus près de la vérité du regard. C’est pour cette raison que j’ai essayé dans ce blog d’avoir l’écriture la plus intuitive possible. C’est aussi pour cette raison que je n’ai programmé que très peu de reportages à l’avance. Une sorte de journalisme au feeling des journées. Un journalisme de chances, de hasards, de moments sur le vif. Plus que jamais indépendant. J’espère avoir réussi à vous faire partager au moins une partie du plaisir que j’ai pris à écrire sur ce blog durant ces deux mois et demi. Je vous dis, qui sait, à bientôt pour de nouvelles aventures ? La Nouvelle-Zélande organise la prochaine Coupe du monde de rugby en 2011 paraît-il…

Remerciements : Un grand merci pour leur aide et la confiance qu’ils m’ont accordé, à L’Express.fr et Eric Mettout, Marc Coucourde et le dispositif Envie d’Agir, Claske Dijkema, Jean-Marc Huissoud, Jean Lindner et ses colocs, Tugdual Rabreau, DécideursTV, Aurélien Bernard (jeune entrepreneur vendéen de talent), Olivier Atlante, « Ti Dè » (commentatrice la plus assidue du blog). Je n’oublie pas non plus toutes les personnes interviewées pour leur disponibilité et, la plupart du temps, leur gentillesse. Enfin, des remerciements tous spéciaux à ma famille, mes amis et Claire pour leur soutien sans faille.

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