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JUNKPAGE TOUS EN RANG

Numéro 46 JUIN 2017 Gratuit


Beam Sofa System designed by Patricia Urquiola discover more at cassina.com

GALERIE TOURNY MEUBLES & LUMINAIRES D’EXCEPTION

23 Cours De Verdun 33000 Bordeaux T 05 56 44 35 48 contact@galerie-tourny.fr www.galerie-tourny.fr


LE BLOC-NOTES 4 EN BREF

10 MUSIQUES

« Où l’ai-je déjà vu ? » On se retourne dans la rue, fixe de manière impolie le visage en attente de reconnaissance, et cette recherche tenace et improductive nous trotte dans la tête toute la journée comme un mot sur le bout de la langue. Mais pour quel résultat ? Quel avantage ? Le fait d’être reconnu sans pouvoir être néanmoins identifié n’institue-t-il pas une renommée à courte vue ? Car, de fait, le nom de l’élu ne dit plus rien à personne. À l’âge warholien, où tout quidam a droit à son petit quart d’heure de gloire, la saturation de la célébrité crée paradoxalement un effet de brouillage. Si tout le monde est connu, plus personne ne l’est d’une certaine manière. Notre voisin de palier se situe, sans qu’il le sache lui-même, au même niveau d’égalité que la dernière vedette de cinéma : nul et non avenu. Il n’en reste pas moins que l’anonymat procure des avantages sans pareils. C’est le poste d’observation universel, le cœur du Panopticon social. Incognito, on peut se mêler à tous, observer, chroniquer, disparaître simplement. L’ère de la surveillance électronique généralisée ne rend que plus précieux ce droit d’effacement, comme le Wakefield de Hawthorne qui quitte le foyer familial et vit pendant 25 ans dans un appartement en face de chez lui à regarder à longueur de journée comment les autres – et surtout sa propre famille – vivent et s’agitent sans lui depuis son promontoire invisible. Le désir d’être anonyme s’explique aussi par la volonté de ne pas se laisser prendre au piège de l’individualisation. L’anonymat, c’est l’individuation sans l’individualisation. Une certaine façon d’être à soi sans être repérable, identifiable, catalogable. L’anonymat, c’est l’anneau de Gygès moderne. La faculté d’être invisible, de se soustraire à la morale qui n’est rien d’autre au fond qu’une manière de se comporter sous le regard d’autrui. En un sens, par un étonnant retournement, l’homme anonyme qui se tient en retrait de la scène sociale, derrière les lunettes noires de sa discrétion impénétrable, est sans doute l’homme le plus célèbre du début du xxie siècle. Il n’a même pas besoin de prendre un pseudo ou un nom d’emprunt comme Banksy et alii. Il jouit de lui-même dans la perte de son identité sociale et publique, se tapit dans l’ombre des institutions, recherche les endroits calmes et discrets où on ne le dérangera pas, à savoir au cœur de la masse. C’est pourquoi l’anonyme n’est jamais seul. C’est parmi les anonymes qu’il est anonyme. Le summum de la célébrité, c’est d’être incognito aux autres et à soi-même. Les lunettes noires par exemple permettent, non pas de se cacher du regard des autres, mais de cacher son regard aux autres. Elles me font voir sans faire voir ce que je vois. Elles attirent les regards sans les rendre. Lorsque je mets des lunettes noires, je ne me soustrais pas à la reconnaissance publique en me cachant derrière un écran de verre opaque. Au contraire, ce sont les autres que je rends par là même anonymes. Je ne cherche pas l’anonymat, en évitant d’être reconnu dans la rue. Mais je me reconnais moi-même dans la méconnaissance des autres. Aussi n’est-il pas étonnant que les avantages de la célébrité s’amenuisent. C’est pourquoi les gens célèbres eux-mêmes cherchent de plus en plus à ressembler à des personnes ordinaires. La gloire, c’est la renommée pour ce que j’ai fait, la célébrité, pour ce que je suis. La première n’intervient vraiment qu’après la mort, tandis que la seconde se vit sur le moment et ne franchit pas le mur du trépas. Être reconnu dans la rue est souvent la forme la plus commune de l’humiliation. Bientôt la célébrité deviendra donc un motif de honte, comme la bassesse morale, le manque d’hygiène ou un abandon d’enfant. Car, en quelques années, la célébrité est devenue un bien de consommation comme un autre. Elle s’est vulgarisée, galvaudée, elle est devenue le summum du kitsch. Sa démocratisation a surtout tenu à sa transformation en un produit de masse, aussi ordinaire, éphémère et jetable. On consomme son quart d’heure de gloire comme une crème glacée. À l’inverse, dans le monde de la communication planétaire et du contrôle électronique universel, l’anonymat constitue en fin de compte l’unique liberté possible. Le salut par la disparation. Les héros du futur aspirent à la méconnaissance publique. Notre époque est celle de la lutte pour la méconnaissance.

FESTIVALS DE SAISON TEENAGE FAN CLUB ANGEL OLSEN THEE OH SEES CHRIS COHEN QUATUORS À BORDEAUX

16 EXPOSITIONS DOSSIER BEAUX-ARTS CHANTAL RAGUET ARNE QUINZE GEORGES DORIGNAC GUILLAUME TOUMANIAN LUC DETOT

28 NOUVELLE-AQUITAINE L’ATABAL MASSEAOT ABAQUESNE

32 SCÈNES CHAHUTS MATHILDE MONNIER

34 LITTÉRATURE 36 CINÉMA 38 ARCHITECTURE JOURNÉES À VIVRE

44 FORMES 46 GASTRONOMIE 50 VOYAGE LISBONNE

52 ENTRETIEN DOMINIQUE PASQUALINI

54 PORTRAIT FRÉDÉRIQUE LACHAIZE

Erratum :

JUNKPAGE N°46

Chantal Raguet, Polo « Le Grand Barnum » 2013, Dolman Brandebourg 2008 (détail). Lire page 22. © Chantal Raguet

Encarté dans ce numéro, le supplément SummerJunk 2017, le guide des Festivals.

Anouk Aimée, La Dolce Vita, Féderico Fellini, 1960.

TOUS ANONYMOUS ?

Sommaire

Dans notre édition de mai (JUNKPAGE#45), une coquille de première qualité s’est glissée dans l’entretien accordé par François Ayroles. Le président de l’association Regard 9 s’appelle Éric Audebert et non Éric Audinet, fondateur des éditions Confluences. Toutes nos excuses aux intéressés. Le journaliste en cause a été déporté au bagne de Cayenne.

de Bruce Bégout

Prochain numéro le 26 juin Suivez JUNKPAGE en ligne sur

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JUNKPAGE est une publication sans publi-rédactionnel d’Évidence Éditions ; SARL au capital de 1 000 €, 32, place Pey-Berland, 33 000 Bordeaux, immatriculation : 791 986 797, RCS Bordeaux. Tirage : 20 000 exemplaires. Directeur de publication : Vincent Filet  / Secrétariat de rédaction : Marc A. Bertin, redac.chef@junkpage.fr 05 56 40 03 24 / Direction artistique & design : Franck Tallon, contact@francktallon.com /Assistantes : Emmanuelle March, Isabelle Minbielle / Ont collaboré à ce numéro : Julien d’Abrigeon, Didier Arnaudet, Bruce Bégout, Marc A. Bertin, Cécile Broqua, Sandrine Chatelier, Henry Clemens, Guillaume Gwardeath, Sébastien Jounel, Anna Maisonneuve, Stéphanie Pichon, Jeanne Quéheillard, Joël Raffier, Xavier Rosan, José Ruiz, David Sanson, Nicolas Sergère-Tavares Sousa /Correctrice : Fanny Soubiran / Fondateurs et associés : Christelle Cazaubon, Serge Demidoff, Vincent Filet, Alain Lawless et Franck Tallon / Publicité : Claire Gariteai, Clément Geoffroy / Administration : Julie Ancelin 05 56 52 25 05 Impression : Roularta Printing. Papier issu des forêts gérées durablement (PEFC) / Dépôt légal à parution - ISSN 2268-6126- OJD en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellés des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays, toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles sont interdits et donnent lieu à des sanctions pénales. Ne pas jeter sur la voie publique.


© Laetitia Molenaar

Franck Manzoni, La Nuit électrique © Sébastien Husté

BRÈVES EN BREF

FASTES

REMAKE

© Andro Eradze

« Here comes the Sun », 2010 - 2017, est un travail de remédiatisation à partir des œuvres du peintre Edward Hopper. Laetitia Molenaar compose ses photos à l’aide de miniatures en carton qui lui ont permis de jouer comme elle voulait avec la lumière et ainsi recréer ces tableaux où elle se met en scène. Le caractère humain et sauvage de la nature, à la fois puissante et fragile, se révèle par la magie d’une lumière hypnotique. Comprendre comment Hopper est parvenu à capturer l’essence de la vie et son mystère d’une manière aussi essentielle et minimale. « Remediation / Remédiatisation », Laetitia Molenaar,

NOMADE

CULTE

Le 19 juin, l’association Ricochet Sonore organise une présentation publique de Saudaá Group, projet de création populaire et de composition à l’orgue de barbarie, mené depuis 2014 par Alexis Paul. Au cœur de cette proposition, où traditions et nouvelles écritures cohabitent, l’orgue est entièrement revisité : répertoire, technique et dimensions symboliques. De cet élan naissent des textures sonores puissantes, répétitives, auxquelles s’ajoutent mélodies, sources électroacoustiques, musiciens invités et réflexions sur l’usage ou l’itinérance. Saudaá Group, samedi 19 juin, 19 h,

Hallelujah ! Cornélius réédite David Boring de Daniel Clowes ! Épuisé depuis plus d’un an, cet indiscutable chef-d’œuvre, publié en 2000 chez Pantheon Books, revient  dans une luxueuse édition cartonnée avec un dos toilé, intégrant également de nouvelles illustrations en couleur présentes dans la version originale. Mêlant observation pointue des sentiments et ambiances à la limite du fantastique, le maître chicagoan dresse un époustouflant portrait de l’adolescence en quête d’identité qu’il résumait ainsi : « It’s like Fassbinder meets half-baked Nabokov on Gilligan’s Island »… David Boring, Cornélius

Le Bar de la Marine.

www.ricochetsonore.fr

D. R.

© Caroline Frechinos

www.arretsurlimage.com

jusqu’au 19 juin, espace La Croix Davids, Bourg-sur-Gironde.

www.chateau-la-croix-davids.com

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D. R.

SONGES

Caroline Frechinos peint des paysages abstraits qu’elle qualifie d’« atmosphériques » en raison de l’ambiance brumeuse, aqueuse, éthérée de ces tableaux où le thème de l’eau est prégnant. Elle nous invite à découvrir ces atmosphères évanescentes réinterprétées au fil des saisons, où les tonalités douces, sombres ou colorées se côtoient ou s’affrontent. C’est un voyage intérieur où l’on flotte dans une rêverie légère, passant d’un monde aquatique à un monde céleste. Elle présente pour la première fois à l’espace La Croix Davids un ensemble de tableaux peints en 2016. « Atmosphère », Caroline Frechinos,

samedi 10 juin, Saint-Macaire.

© François Dumeaux

du jeudi 1er au samedi 10 juin, Arrêt sur l’image galerie.

BROCANTE

Amis de la chine, ceci est pour vous ! Une première action au jardin de la Fabrique Pola, en préfiguration de son arrivée sur la rive droite qui ne saurait tarder. Le 25 juin, entre 9 h et 19 h, grand vide-grenier de quartier (10, quai de Brazza) avec vue sur la Garonne et ses dodus ragondins savourant des Cornetto® vanillefraise. 50 exposants (mobilier, déco, vêtements, éditions et autres curiosités) et une programmation conviviale (troc de plantes, transats animés, « Nuage » actif, Smoothie bike). Inscriptions : 09 65 04 61 99 communication@pola.fr Vide-grenier avec vue, dimanche 25 juin, 9 h-19 h.

www.pola.fr

Dans le cadre des Scènes d’Été en Gironde, le festival Emerg’ en Scène s’implante le 10 juin dans la cité médiévale de Saint-Macaire pour une journée autour du spectacle vivant et de la création artistique. Dans l’enceinte du château de Tardes, surplombant les bords de Garonne, comédiens, acrobates et plasticiens invitent le public à visiter leur univers. Au programme notamment : Mon prof est un troll (Collectif OS’O) ; La Nuit électrique (Franck Manzoni/TnBA) ; Le Cerf au sabot d’argent (Compagnie L’Aurore) ; Attention à ma peau (Smart Compagnie). Emerg’ en Scène,

QUERENCIA

La saison culturelle reprend de plus belle au centre François-Mauriac de Malagar. Les 3 et 4 juin, Rendezvous aux jardins : le partage, des mots et de la musique avec les élèves et professeurs du Pôle d’Enseignement supérieur de Musique et de Danse de Bordeaux Aquitaine. Les 17 et 18 juin, 14e édition de Musica Malagar avec sept concerts de musique de chambre proposés par les élèves du conservatoire de Bordeaux Jacques-Thibaud dont une représentation exceptionnelle samedi 17, à 19 h, à la basilique Notre-Dame de Verdelais. Le Partage, samedi 3 et dimanche 4 juin. Musica Malagar, samedi 17 et dimanche 18 juin. Centre François-Mauriac de Malagar, Saint-Maixant.

malagar.fr

ÉCOUTES

Haut-Fourneau et Primordial Primates s’associent pour une nuit de concerts de musiques électroniques dans une exposition de créations plastiques réalisées pour l’occasion par 6 plasticiennes – 3 résidentes de La Chiffonne Rit (2lise Dye Dye, Nath Géraux et Delphine Gautier) avec 3 jeunes artistes de l’Université Bordeaux Montaigne (Marj Bo, Jasmine Eladnuohg et Zoeux Andrié). Au programme : Julia Hanadi Al Abed, Echowired, Quassine, Gaël Jaton et Buxi Cornet, Birtawill, Henry Spencer, Nicolas Linel, Druc Drac, Dav Masson-Durousseau et Nick Blazy, Lacustre, Antoine Hubineau et Sim Lehms. Somnium#2, samedi 10 juin, 22 h, Espace29.

somniumbx.tumblr.com


embarquez-vous abonnez-vous !

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Saint-Médard

saison

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Blanquefort

scène cosmopolitaine

philippe decouflé chiens de navarre david bobée hamid ben mahi frànçois & the atlas mountains cie opus bachar mar-khalifé la petite fabrique mélissa von vépy yan duyvendak ivana müller raphaëlle boitel titus mapa teatro fishbach …

présentations de saison (gratuites) mardi 13 juin 19h mercredi 13 septembre 19h ouverture de la billetterie mardi 20 juin

carrecolonnes.fr carrecolonnes


samedi 1er juillet, de 15, Frac Aquitaine.

frac-aquitaine.net

FORMICUS

Prix spécial du jury au Festival international du film fantastique d’Avoriaz 1975, Phase IV constitue une expérience cinématographique unique ne serait-ce que parce qu’il s’agit du seul film de Saul Bass, graphiste génial célèbre pour les génériques novateurs qu’il a conçus pour Preminger, Hitchcock ou Kubrick. Au fin fond du désert de l’Arizona, une colonie de fourmis semble vouloir établir une communication au travers d’un langage codé. Or, il s’avère bientôt que l’armée innombrable est mue par une intelligence supérieure. Les élus d’une humanité nouvelle sont-ils sommés de s’adapter pour survivre ? Lune noire# : Phase IV,

D. R.

Dans le cadre de l’exposition « Des Mondes aquatiques #2 » – un projet organisé en deux volets au Centre international d’Art et du Paysage à Vassivière et au Frac Aquitaine qui interroge les rapports entre les humains et les milieux aquatiques – une rencontre art & écologie se tient le 1er juillet, de 15 h à 16 h, au Frac Aquitaine avec l’artiste Vincent Carlier et Françoise Daverat de l’IRSTEA (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture). « Des Mondes aquatiques #2 » se tient jusqu’au 5 novembre. Rencontre art & écologie : Vincent Carlier et Françoise Daverat,

Phase IV

POSÉIDON

© Manuel Knapp

Vincent Carlier, Turlutte japonaise, 2008. Don 2016 des Amis du Frac Aquitaine © Vincent Carlier

BRÈVES EN BREF

CLICHÉS

Un ou deux ? Unité ou dualité ? Semblable ou différent ? Mais... Deux est-il toujours la copie de Un ? Ou plutôt son contraire ? Mais encore... La similitude est-elle belle ? Aussi belle que le contraste ? Au travers de ce prisme, les photographes du Photo Club de Bordeaux présentent leurs visions – diverses, subjectives et intimes – de scènes de vie, de nuances, de textures, ou encore de perspectives architecturales, captées au fil des jours dans le tourbillon de la métropole. « Balades urbaines, dualités & contrastes dans Bordeaux Métropole », du jeudi 1er au jeudi

dimanche 25 juin, 20 h 45, Utopia.

www.lunenoire.org

ONDES

Sound & The City - Interférences, une exploration sonore de la ville invisible se poursuit jusqu’au 2 juillet. À voir notamment l’exposition de Manuel Knapp, à la galerie des Étables, du 2 au 23 juin. Peintre, graphiste et musicien, diplômé de l’École des beaux-arts et de l’Institut électroacoustique de l’École supérieure de Musique et des Arts du spectacle de Vienne, il détourne des logiciels d’architecture pour réaliser ses films d’animation, créant des espaces indéterminés et complexes, visions d’un Piranèse de l’ère numérique. Ses installations s’appuient sur la projection de ces aberrations spatiales, explosant tous nos repères sensoriels. Manuel Knapp, du vendredi 2 juin

au vendredi 23 juin, galerie des Étables.

monoquini.net

im uiola, Sh

Urq Patricia

15 juin, auditorium de la Source, Le Bouscat.

photoclubdebordeaux.com

Du 29 juin jusqu’au 5 novembre, le musée des Arts décoratifs et du Design organise une exposition sur les liens entre la couleur et le design. Mise en scène par le designer Pierre Charpin (créateur de l’année, Maison & Objet 2017), elle prend place dans un lieu exceptionnel – l’ancienne prison municipale de la rue Boulan – située à l’arrière du musée et construite au xixe siècle par la Ville pour les services de police occupant alors l’hôtel de Lalande. Transformée en lieu de stockage pour les réserves du musée dans les années 1980, elle a été vidée afin d’ouvrir ses portes au public en septembre 2016. « Oh couleurs ! », du jeudi 29 juin au dimanche 5 novembre, musée des Arts décoratifs et du Design.

www.madd-bordeaux.fr

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DÉLICES

© Marie-José Pinilla

© Domaine de La Solitude

mer

CHROMIE

DAZIBAO

Le 10 juin, l’appellation PessacLéognan tient sa désormais traditionnelle journée portes ouvertes d’été, de 10 h à 19 h. Les visites et les dégustations sont comme toujours gratuites dans les domaines partenaires de l’opération. Un déjeuner champêtre – uniquement sur réservation (05 56 00 21 90 ou contact@pessac-leognan.com) – est organisé dans 8 propriétés (Château de Rouillac, Canéjan ; Domaine de Grandmaison, Château Léognan, Château La Louvière, Château Olivier, Léognan ; Château Haut–Nouchet, Château Lafargue, Domaine de La Solitude, Martillac). Les Estivales de Pessac-Léognan,

Ses collages sont le résultat d’une traque permanente, voire obsessionnelle, d’affiches, bouts d’affiches arrachées. À partir de ce matériau, elle lacère, décolle, s’approprie les traces de colle, de dessins, de tags. Les mots tronqués, le graphisme, les inscriptions se superposent et se chevauchent, la polychromie est souvent aléatoire. Elle compose, réinvente, reconstitue une histoire, détourne le message. Ces affiches sont le témoignage de notre temps, lambeaux d’événements, d’info ou d’actualité. Ce matériau se fait rare depuis l’installation de panneaux de plexiglas. « Réinventer le monde », Marie-José Pinilla, du jeudi 15 juin

www.pessac-leognan.com

www.facebook.com/QuaiDesLivres/

samedi 10 juin, 10 h-19 h.

au dimanche 2 juillet, Quai des Livres.

HIT-PARADE

Si feu la FEPPIA a fusionné avec le RAMA, le PRMA et d’autres acteurs de musiques actuelles au sein du RIM (Réseau des Indépendants de la Musique), ses compilations de talents d’ici n’ont pour autant pas disparu ! La dernière livraison présente les dernières sorties 2017 issues des labels adhérents, tous styles confondus, et toujours téléchargeable gratuitement. On y retrouve notamment Charles X, soulman atypique, le quartet néo-bordelais Sweat Like An Ape, la légende indie nordaméricaine Shannon Wright, Eko & Vinda Folio de Géorgie, ou encore Nattali Rize. 


510 — 1712 17

expositions workshops

merignac-photo.com

Š Jake Verzosa

rencontres


M Sayyid

© Julien Salaud

BRÈVES EN BREF

APÉRITIF

Vous êtes dans le Médoc ou à proximité et souhaitez profiter des belles fins de journée d’été après le travail ? Vous êtes en visite dans la région bordelaise et désirez découvrir autrement les propriétés viticoles ? Le Château Paloumey, le Château Marquis de Terme et le Château LamotheBergeron, tous récompensés d’un Best Of Wine Tourism, s’unissent pour vous accueillir à tour de rôle pendant tout l’été et vous offrir une expérience aussi inédite que conviviale. Ouverture à partir de 18 h 30, happening à 18 h 55. Petite restauration disponible sur place. Clôture de l’afterwork à 21 h. 18 h 55 - Afterwork en Médoc

samedi 16 septembre.

www.echoavenir.fr

SAUVAGINE Dans le cadre de sa saison « En lices ! », consacrée à la tapisserie, et en partenariat avec le musée de la Chasse et de la Nature, le Centre des monuments nationaux présente « Natures sauvages », tapisseries historiques et créations de Julien Salaud au château de Cadillac jusqu’au 5 novembre. Cette exposition provoque la rencontre entre quatre majestueuses tapisseries, Les Chasses nouvelles, de JeanBaptiste Oudry (1686-1755) et une quinzaine de créations de Julien Salaud autour du thème de l’animalité. Réinventée, elle trouve une résonnance particulière dans l’architecture du monument. « Natures sauvages », Julien Salaud, jusqu’au dimanche

ICÔNE

Selon le dicton, « les légendes ne meurent jamais »… et DJ Shadow le confirme avec brio. Figure de proue de l’abstract hip-hop, l’auteur du classique Endtroducing (1996), qui célèbre ses 25 ans de carrière, annonçait au printemps dernier la sortie de son cinquième album The Mountain Will Fall – riche en collaborations : Run The Jewels, Nils Frahm, Matthew Halsall, Ernie Fresh. Un an plus tard, son grand retour sur scène crée indéniablement l’événement et c’est le Krakatoa qui a l’insigne honneur d’accueillir le sorcier californien. DJ Shadow, lundi 19 juin, 20 h,

5 novembre, château de Cadillac.

www.chateau-cadillac.fr

Krakatoa, Mérignac.

www.facebook.com/18h55/

du jeudi 1er au dimanche 4 juin, Cité du vin.

www.laciteduvin.com

TO BE KIND

Passé l’orgie estivale des festivals, il est souvent délicat de retrouver la monotonie de la rentrée des classes et la petite mort automnale. Que les plus enclins à la dépression (au-dessus du jardin) se réjouissent, voici venir le temps de l’Interceptor Fest, du 6 au 7 octobre. Un nouveau rendez-vous de toutes les musiques faciles pour gens difficiles ; soit un florilège de sonorités d’obédience extrême entre Void, place Dormoy et Rock School Barbey. Tête d’affiche, Swans, soit le plus grand groupe du monde en personne, enfin à Bordeaux… Interceptor Festival, du jeudi 5 au samedi 7 octobre.

www.facebook.com/InterceptorFest/

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© Chantal Sore

BACCHUS

Du 1er au 4 juin, La Cité du Vin invite le Festival international Œnovideo®, le plus ancien festival itinérant de films sur la vigne et le vin, crée et organisé par Forum Œnologie. Une rencontre unique entre le monde du cinéma, de la photographie et le patrimoine vitivinicole. Parrainée par Cédric Klapisch, cette 24e édition du festival met à l’honneur 24 films. Fiction, documentaire, animation, longs, moyens ou courts métrages, plus qu’une sélection, une immersion dans les terres viticoles du monde entier et la preuve de l’universalité du vin. Festival international Œnovideo®,

www.krakatoa.org

Swans © Sébastien Sighell

Cédric Klapisch - D. R.

1er juin, Château Marquis de Terme 6 juillet, Château Paloumey 7 septembre, Château LamotheBergeron

Joseph Conrad. - D. R.

Porté par l’association Organ’Phantom, le festival Écho À Venir prépare sa sixième édition qui se tiendra du 15 au 16 septembre. Comme chaque année, la manifestation produit une création originale. Après la reconstitution d’un ciné drive-in, une projection sur l’orgue en 3D dans la basilique Saint-Michel, des projections immersives dans un dôme à 360°, la création 2017 sera une performance audiovisuelle de M Sayyid – ancien membre du trio abstract hip-hop Antipop Consortium – mêlant concert live, danse et projection d’animation 3D. Écho À Venir, du vendredi 15 au

© Derick Daily

© Château Lamothe-Bergeron

FUTUR

PROMISES

Images d’une intimité simple, empreintes de tendresse, portraits où se mêlent une discrète cruauté et un humour serein se suivent dans les toiles de Chantal Sore qui racontent des histoires de femme, de maternité, de rêves peuplés d’un bestiaire de contes enfantins ou de fantasmes cauchemardeux. Son pinceau esquisse l’essentiel, bouscule les formes et pose les couleurs chaudes et généreuses qui la caractérisent. Son trait est rond et sensuel, ses personnages semblent sortir du rêve qui la poursuit et nous posent la question qui la hante : « Naître femme… cauchemar ou bénédiction ? » « Suites nuptiales », Chantal Sore, jusqu’au dimanche 18 juin, Musée Georges de Sonneville, Gradignan.

www.ville-gradignan.fr

ÉVASION

Du 8 au 9 juillet, le marathon littéraire INSITU / Lire le monde, lire ma ville - Lire les paysages présente la troisième édition d’un programme de lectures publiques de textes d’auteurs étrangers mis en voix par des comédiens dans des lieux insolites, décalés, inaccessibles. Le temps d’un week-end, l’association Lettres du monde propose de découvrir différemment la métropole. 15 lectures cosmopolites d’extraits de 15 textes d’écrivains d’ailleurs dans 15 lieux insolites à Bègles, Bordeaux, Floirac et Mérignac. Inscription obligatoire aux différentes lectures le 19 juin sur lettresdumonde33.com INSITU / Lire le monde, lire ma ville, du samedi 8 au dimanche 9 juillet.

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MUSIQUES

CRÈME

DE LA CRÈME FAADA FREDDY

Petit chapeau melon à la Charlot sur la tête (pas assez pour empêcher qu’une futaie de dreadlocks s’en fasse la malle). Style mi-chic à l’ancienne, mi-rude boy du ghetto. Street dandy zazou, Faada Freddy est surnommé « l’homme à la voix royale ». Son album Gospel Journey a été mis en boîte sans autre instrument que sa voix au timbre soul et des percussions corporelles. Chapeau, disions-nous. À Muzik À Pile, le 9 juin.

THE INSPECTOR CLUZO

Légendes montoises défendant bec et ongles leurs racines gasconnes, le duo sous haute influence heavy (l’axe du mal Led Zeppelin/ AC-DC), mâtiné d’incursions soul et funk (de Curtis Mayfield à Sly & The Family Stone), est retourné au pays, après de longues années bordelaises. Dans leurs Landes natales, ils élèvent des oies et produisent à l’ancienne leur propre foie gras. Et il en va de même pour leurs albums, enregistrés à domicile sur une console analogique des années 1970. Sinon, sur scène, ça tabasse sans concession, avalant plus de kilomètres que Phileas Fogg. À Muzik À Pile, le 10 juin.

CONTREFAÇON

Ils s’appellent Contrefaçon, mais ça s’écrit « CTRFÇN ». Ils sont de Paris, mais ça s’écrit « P4ris ». Et ouais, il y a de quoi rendre folle, ta prof de français, t’as vu. De toute façon, bientôt on n’écrira plus « prof de français » mais « PRF de fr4n Ç ». Ouvertement influencé par Daft Punk ou Air, le groupe Contrefaçon s’est fixé comme objectif de proposer une vision différente de l’univers parisien, en « floutant les frontières entre le réel et le virtuel ». Des obsédés de la réalité virtuelle ; pour ne pas dire de la contrefaçon de la réalité. Au So Good Fest, le 10 juin et au Garorock, le 30 juin.

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WHOMADEWHO

Qu’un trio de vikings danois tire son nom d’un album des Australiens boogie AC-DC, quoi de plus normal en somme au pays de Lars von Trier ? Amalgamant groove et transe hypnotique, Tomas Barfod, Tomas Hoffding et Jeppe Kjellberg ont commencé l’aventure WhoMadeWho le sourire aux lèvres, avant d’affiner la formule. Soit, disco, punk, house, electro, funk et new wave. Entre pop song et jam furieux, on songe dans le même élan à Hot Chip, Gang of Four… Logique pour des gus qui ont ouvert pour Daft Punk, Justice, LCD Soundsystem ou Soulwax. À Vie Sauvage, vendredi 23 juin.

THE EXCITEMENTS

FLATBUSH ZOMBIES

Ces zombies-là tirent leur nom du quartier de New York où ils ont pas mal traîné en baggy, le Flatbush (« un quartier résidentiel au charme discret », d’après Airbnb). Meechy Darko, Zombie Juice et Erick « Arc » Elliott ont gagné la reconnaissance du milieu dès leurs premières vidéos et leur mixtape D.R.U.G.S. Influences classiques : Notorious B.I.G., Snoop Dog, Busta Rhymes, et, pour Erick « L’Architecte », en charge du son du trio (en plus d’être un des trois MCs), la soul 60s et la Tamla Motown. Mélange efficace garanti, avec une bonne dose de mysticisme halluciné posé sur des bases boom bap typiques du rap de la côte Est. Au Garorock, le 1er juillet.

Depuis la publication de leur premier album en 2011, The Excitements ont placé Barcelone sur la carte de la soul européenne. Ni plus, ni moins. On pourrait les envisager comme une sorte de réponse espagnole à l’écurie Daptone Records, tant leur mélange de r’n’b vintage ramène immédiatement à cette époque où l’on pouvait entendre dans un même jukebox Etta James, Ike & Tina Turner, Chuck Berry ou Fats Domino. Autant de références que le groupe cite spontanément. Mené par une MSN muy caliente – Koko-Jean Davis (chant), Daniel Segura (basse) et Adrià Gual (guitare) –, The Excitements a déjà partagé la scène avec Nathaniel Mayer, Betty Harris, Melvin Davis ou la regrettée Sharon Jones. À Eysines Goes Soul, le 30 juin.

HO99O9

TOMMY CASH

Musik À Pile, du vendredi 9 au samedi 10 juin,

On peut s’attendre à le voir débarquer sur le site du festival à cheval, vêtu d’un survêtement Adidas®, accompagné de meufs sur talons aiguilles armées de sabres japonais et arrosant de vodka des cascadeurs contorsionnistes. Un truc simple dans le genre. Car le quotidien de Tommy Cash est spécial. Très jeune, adulant Kanye West, il s’est réfugié dans le rap. Il décline maintenant avec succès son hip-hop tout à fait personnel. Vous ne saurez toujours pas situer correctement l’Estonie sur une carte d’Europe, mais on peut vous dire que vous vous souviendrez de Tommy Cash. Au Garorock, le 30 juin.

Pour se présenter au grand public, à la presse et aux professionnels, les groupes de musique utilisent ce que l’on appelle une « bio ». En général, il s’agit d’une page de présentation, avec l’historique du groupe et les événements marquants de leur carrière. Pour se présenter, HO99O9 se contente d’utiliser ces deux mots : « Fuck off. » C’est un peu court, mais ça a le mérite de bien cadrer les salutations. Musicalement, on peut parler de hip-hop expérimental entrecoupé de remontées de punk hardcore. Et si vous n’aimez pas, vous savez quoi ? Exactement : « Fuck off ! » Au Garorock, le 1erjuillet. Guillaume Gwardeath & Gromit Saint-Denis-de-Pile.

www.musikapile.fr

So Good Festival, du vendredi 9 au samedi 10 juin, Canéjan.

sogoodfest.com Vie Sauvage, du vendredi 23 au dimanche 25 juin, Bourg-sur-Gironde.

www.festivalviesauvage.fr Eysines Goes Soul, vendredi 30 juin, Eysines. www.eysines-culture.fr Garorock, du jeudi 29 juin au dimanche 2 juillet, Marmande.

www.garorock.com À lire : SUMMERJUNK, le guide des festivals de musiques actuelles en Nouvelle-Aquitaine de l’été 2017.

Flatbush Zombies © HiRes Ellington

Qui aller applaudir ? Musik À Pile, So Good Festival, Vie Sauvage, Eysines Goes Soul, Garorock : après scrutation des programmes de cinq des festivals les plus pertinents aux alentours de Bordeaux, réponse à la cruciale question : quels artistes sortent vraiment du lot ?


28 JUILLET › 15 AOÛT

2017

Jazz in Marciac, entrepreneur de spectacles - siret 349 621 185 00033 - licences 1065815 / 1065438 / 1065439 - L’Astrada, licences 1065440 / 1065438 / 1065439

illustration Sébastien Gravouil

NORAH JONES I HERBIE HANCOCK I WYNTON MARSALIS IBRAHIM MAALOUF I GEORGE BENSON I HIROMI I ROBERTO FONSECA GREGORY PORTER I BIRÉLI LAGRÈNE I JOSHUA REDMAN I YOUN SUN NAH RICHARD GALLIANO I MANU DIBANGO I …

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D. R.

© Donald Milne

MUSIQUES

Alors que vacillait la flamme, l’espoir revint par le Pacifique au milieu des années 2000. Thee Oh Sees se levait pour sauver ce qui pouvait encore l’être du désastre.

Emblème indie pop écossais aussi débonnaire qu’immortel, Teenage Fanclub traverse époques et modes avec la même insouciance mélancolique à souhait.

MASTERMIND

Qui à l’époque (1989) aurait parié ne serait-ce qu’une livre sur la longévité exceptionnelle d’un groupe débraillé de Glasgow ne jurant que par Big Star et The Byrds ? Question bruit blanc et larsen, le pavé était fougueusement tenu par The Jesus & Mary Chain, aussi les tentatives brouillonnes mais touchantes de sonner tel un Dinosaur Jr. écossais (God Knows It’s True) n’auguraient pas grandchose. Sauf que la formation pouvait défier sereinement le temps grâce à sa botte secrète : un trio de chanteurs et de compositeurs uniques (Norman Blake, Gerard Love et Raymond McGinley), l’équivalent d’Andrea Barzagli, Leonardo Bonucci et Giorgio Chiellini. Ni plus, ni moins. Alors, oui, le programme n’a pas dévié d’un accord de Rickenbecker ; de toute façon, tout était dit dès 1991 avec Bandwagonesque, deuxième album manifeste, résumant en un single à tomber (What You Do to Me) ce que les gus avaient en tête pour le futur. 10 albums en presque 30 ans de carrière, publiés sans jamais se coller la moindre pression, des hits (mineurs ou majeurs, on s’en moque bien) par défaut, un « fan club » enamouré et d’une incroyable fidélité, un beau compagnonnage jusqu’au requiem avec Creation Records… Comment dire ? Les « Fannies » n’appartiendraient-ils pas à une race d’artisans en voie de disparition ? Et quand le silence se fait trop envahissant, alors les revoilà, aussi fringants et enjoués. 6 ans entre Shadows et Here, mais rien n’a changé. Le bonheur, simple, est toujours au rendez-vous. Marc A. Bertin Teenage Fanclub + Bourbon,

mardi 6 juin, 20 h 30, Rock School Barbey.

www.rockschool-barbey.com

D. R.

HIGHLANDER De retour avec Alex Cameron – le fils caché australien d’Alan Vega et Lewis Baloue –, Angel Olsen tient non pas sa revanche, mais sa consécration.

LA SUPERBE Son dernier passage fut réellement éprouvant. Malade comme un chien, elle avait tenu tout de même à assurer son rang et ce, malgré une première partie au-delà du sublime signée Rodrigo Amarante, qui seul avec sa guitare avait acquis le public à sa cause. On n’est pas là pour décerner des médailles au mérite, mais considérer Angel Olsen de manière cavalière relèverait de la pure malhonnêteté intellectuelle. La native de Saint Louis, Missouri, sur scène dès son adolescence, collabora au Cairo Gang du Californien Emmet Kelly, formation de luxe connue pour ses collaborations avec Bonnie « Prince » Billy ou Joan of Arc. Voilà qui pose un CV dans le biotope indépendant nordaméricain. Totalement émancipée en 2011, Olsen franchit un palier, trois ans plus tard, en signant Burn Your Fire for No Witness pour le compte de l’étiquette Jagjaguwar. Logiquement acclamé par la critique, ce troisième effort condense une somme d’influences aussi impressionnantes que totalement assimilées (Emmylou Harris, Edith Frost, PJ Harvey, Leonard Cohen, Roy Orbison). Publié à l’automne 2016, My Woman accomplit dans le même élan l’œuvre et un nouveau départ, un concept album sur la nature d’une relation condamnée et un champ d’expérimentation inédit. L’ambition ici n’est nullement un vain mot, à l’image de l’épique Sister, sommet majestueux digne du Sara de Fleetwood Mac. S’il y a bien une artiste de sa génération qui tient son rang, c’est elle. Indiscutablement. MAB Angel Olsen + Alex Cameron,

mercredi 7 juin, 20 h 30, Rock School Barbey.

www.rockschool-barbey.com

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La plus élémentaire des politesses consisterait à remercier comme il se doit John Dwyer, non pas au titre des services rendus à la nation, mais simplement pour avoir insufflé ce je-ne-sais-quoi d’insouciance dans le mundillo ultraconservateur de la cause garage, envisagée ici dans son plus large prisme. Savait-il, lorsqu’il quittait Providence, Rhode Island, pour San Francisco, Californie – un exil plus téméraire que BordeauxMontreuil – que son destin allait bouleverser à l’orée du nouveau siècle l’énième revival du genre (passé, relocalisation géographique oblige, au filtre du psychédélisme) ? Après une décennie à se tanner le cuir dans une multitude de combos, Dwyer part bille en tête, en 2006, en format quatuor sous appellation Thee Oh Sees, lointain écho de l’OCS originel. Depuis, en dépit des remaniements de personnel et de schémas tactiques supposément hérétiques (deux batteurs façon James Brown, Swans première époque, Tortoise voire Magma), le groupe sous la férule de son maître à penser a publié 16 albums chez Captured Tracks, In The Red, Tomlab ou son propre label Castle Face. Voilà. Tout est dit. Le type a plus sûrement revivifié l’envie primaire du binaire que le gardien de musée Jack White, mettant au passage le pied à l’étrier de l’inestimable Ty Segall, s’évadant magnifiquement sous alias prog rock Damaged Bug, emmerdant tous les blasés de service qui entonnent, le nez boursouflé dans leur bière tiède, le sempiternel « c’était mieux avant ». Dernier point, et non des moindres, cette foisci, la formation joue en club. Donc, oui, ça va chier. Bande de douchebags. MAB Thee Oh Sees + The Peacers,

dimanche 11 juin, 20 h 30, Bt59, Bègles.

www.allezlesfilles.net


CLASSIX NOUVEAUX par David Sanson

L’an prochain, pour sa première « vraie » saison à la tête de l’Opéra de Bordeaux, Marc Minkowski réussit un beau numéro d’équilibriste. Entre stars et jeunes talents, répertoire et création, prestige et transmission, Bordeaux et Arcachon, il y en aura pour tous les goûts.

LA SAISON

DU PLAISIR ? À la suite de l’article de Sandrine Chatelier (« Cette crise qui ne dit pas son nom »), paru dans notre numéro de mai, la direction de l’Opéra de Bordeaux a récemment fait savoir à Junkpage qu’elle déprogrammait toutes ses prochaines insertions publicitaires dans ses pages. Raison de plus pour informer nos lecteurs de la future programmation d’une maison qui, quoique susceptible, n’en affiche pas moins une belle santé artistique. Pour sa première saison véritablement « consistante », selon ses propres termes, Marc Minkowski, directeur de l’institution, a en effet concocté une programmation 2017-2018 à la fois copieuse (236 levers de rideaux et 113 programmes différents) et équilibrée ; une programmation qui, tirant un trait sur des polémiques ayant résulté « le plus souvent (...) d’incompréhensions réciproques », comme il l’expliquait en mai au mensuel Classica, ambitionne de pallier le (relatif) déficit de moyens financiers « par l’imagination, les partenariats et le renouvellement » ; une saison que Minkowski a placée sous l’égide d’une phrase de Claude Debussy : « La musique doit humblement chercher à faire plaisir... » Debussy, dont l’année 2018 marquera le centenaire de la disparition. En janvier, sera ainsi créée une nouvelle production de son unique opéra, Pelléas et Mélisande, avec une distribution d’une ébouriffante jeunesse emmenée par le Bordelais Stanislas de Barbeyrac dans le rôletitre. Autre nouvelle production maison, célébrant l’ouverture de la saison et celle de la LGV : La Vie parisienne d’Offenbach, confiée au metteur en scène Vincent Huguet et au chorégraphe Kadder Attou. Au rayon opéra-comique, on surveillera encore la reprise du rare Mârouf, savetier du Caire d’Henri Rabaud (1914), mise en scène par Jérôme Deschamps à l’Opéra-Comique en 2013. Parmi les quatre autres titres proposés : un Lucia di Lammermoor de Donizetti coproduit avec le Liceu de Barcelone et la Fenice vénitienne ; Il Pirata de Bellini — dans le cadre d’un hommage à Maria Callas qui, outre une exposition, comptera un récital

de Sonya Yoncheva et un « récitconcert » de Béatrice Uria Monzon – ; Elektra de Richard Strauss. Mais c’est au Belge Philippe Boesmans (né en 1936) que l’on devra à coup sûr l’un des événements de cette saison, avec Pinocchio, cinquième opéra du compositeur, et second volet de sa collaboration avec le génial metteur en scène Joël Pommerat, créé au prochain Festival d’Aix-en-Provence : un ouvrage qui, souhaitons-le, augure le retour de la création entre les murs de cette vénérable maison. L’ONBA de Paul Daniel fera d’ailleurs la part belle au xxe, voire xxie, siècle (Debussy bien sûr, mais aussi Berg, Copland, Scriabine, Stravinsky, Adams...). À l’autre bout du spectre, le baroque sera entre autres défendu par le passionnant ensemble Pygmalion de Raphaël Pichon, qui poursuivra sa résidence à l’Opéra en proposant notamment un rare Enfer de Rameau, mais aussi par Minkowski luimême, avec un Messie de Haendel dans lequel, à la tête des élèves du conservatoire Jacques-Thibaud et de la Maîtrise Java, il donnera corps à son désir d’« ouvrir la scène aux futurs musiciens professionnels ». Ou encore par la mezzo-soprano Magdalena Kožená, l’une des nombreuses solistes de luxe invitées à se produire en récital (avec Anne Sofie von Otter, Elīna Garanča, ou encore les pianistes Grigory Sokolov et Daniel Barenboïm...). Côté danse, ce sera un savant mélange de tradition et de modernité : des chorégraphies de Maurice Béjart, Jiri Kylián, Jerome Robbins ou Nicolas Le Riche (création), – sans oublier, pour Noël, le Don Quichotte de Charles Jude –, voisineront avec le Faune de Sidi Larbi Cherkaoui, le Break à Mozart de Kader Attou, le Pneuma de Carolyn Carlson (inspiré de Gaston Bachelard, sur une musique de Gavin Bryars) ou le très attendu Nicht schlafen du Belge Alain Platel, sur une musique de Mahler. Ce dernier sera proposé hors les murs, au TnBA, alors que l’Olympia d’Arcachon offrira une création de Blanca Li et La Fresque d’Angelin Prejlocaj : premières tentatives d’inscrire l’opéra, comme le souhaite Minkowski, « dans la cité ». À suivre.


Akilone, Pavillon Puebla © Damien Richard

SONO MUSIQUES TONNE

Du 9 au 15 juin, Quatuors à Bordeaux investit la ville. Au programme : concerts et ateliers avec en point d’orgue, au château Lafite-Rothschild, Akilone, lauréat 2016.

Voici un an, Akilone remportait le 8e Concours international de Quatuors à cordes de Bordeaux, qui a lieu tous les trois ans en alternance avec celui de Londres et de Reggio Emilia en Italie. Cette année, pas de concours donc, mais des ateliers et des concerts avec bien sûr, le premier Grand Prix de l’année précédente. Les quatre musiciennes d’Akilone arriveront du Japon pour se produire lors du prestigieux concert au château Lafite-Rothschild le 10 juin et en donneront un second le 12 à Station Ausone avec la pianiste Anne Le Bozec. À voir aussi, le Quartetto Indaco (Italie), New Music String Quartet (Pologne), Quatuor Scarlett et Quatuor Yako (France) qui participeront aux ateliers à la cour Mably et la Villa 88 dirigés par le violoniste Luc Marie Aguerra et le violoncelliste et co-directeur du festival Alain Meunier. Deux ensembles du conservatoire de Bordeaux et une formation du Pôle d’enseignement supérieur Musique et Danse de Bordeaux Aquitaine seront aussi de la partie. Pour ce millésime 2017, place à de nouveaux lieux : le CAPC, Station Ausone, le Palais de Justice (salle Montesquieu) et La Réserve (rue de Marmande). « Il s’agit d’attirer un plus large public, explique Alain Meunier. On continue à composer pour les quatuors à cordes et les opéras alors que bien d’autres formes ont été oubliées. Ce qui prouve que, bien qu’anciennes, elles continuent à susciter l’intérêt. » À côté des concerts, les ateliers, dont l’entrée est libre. Les musiciens apportent une partition, et « on la travaille ensemble » indique le violoncelliste aux près de 60 ans de carrière. « Le rôle d’un prof, c’est d’aider, pas de démolir. Il doit trouver

des solutions pour le court, le moyen et le long terme. Si ce n’est pas une partition qui doit être jouée dans l’immédiat, alors on peut prendre le risque, éventuellement, de la déconstruire. Les blocages viennent souvent d’une maladresse de respiration ou d’un geste qui va contre ce qu’on veut faire. C’est très souvent lié au physique. Et le physique est lié à la pensée. Devant une partition, il faut d’abord se demander : “Qu’est-ce que cette musique m’évoque ? Qu’est-ce que je veux entendre ?” » Et surtout ne pas courir écouter le dernier disque de l’œuvre en question. « Cela fait gagner du temps, mais ce sont des raccourcis terribles qui privent de la connaissance. » Et une fois dans l’exécution, se demander : « Suis-je en train de faire ce que j’avais l’intention de faire ? » Alors, on peut commencer à avancer. Et de conclure : « Au fond, on devrait avoir le courage de ne jamais prendre son instrument avant de savoir ce que l’on veut faire de la partition, avant de l’avoir intériorisée. C’est un peu radical, mais à chaque fois que l’on fait ce travail, c’est formidable ! » Quant à la nouvelle génération de musiciens ? Hormis la mauvaise habitude de se précipiter sur le disque des œuvres, ils sont mieux formés et de façon plus complète, estime Alain Meunier. « Il y en a infiniment plus qui ont un niveau supérieur. Par contre, y a-t-il plus de gens exceptionnels ? Je ne le crois pas. En ce sens, on peut s’en lamenter sans doute, le monde ne change pas beaucoup ! Il est merveilleux et terrifiant. Mais c’est très riche et les musiciens sont des virtuoses. » Sandrine Chatelier

Quatuors à Bordeaux,

H. Dutilleux, Ainsi la nuit A. Webern, Cinq Mouvements pour quatuor à cordes, op. 5 A. Dvořàk, Quintette pour piano en la majeur n° 2 op. 81

du vendredi 9 au jeudi 15 juin.

quatuorabordeaux.com Vendredi 9 juin Ateliers : 9 h 30-12 h 45, Mably ; 14 h 30-18 h, Villa 88 Concert du Quatuor Scarlett, 19 h, CAPC L. van Beethoven, Quatuor à cordes en ré majeur op. 18 n° 3 B. Britten, Quatuor à cordes en ré majeur n° 1 op. 25 Samedi 10 juin Atelier : 9 h 30-12 h 45, Mably Concert du Quatuor Akilone, 19 h, château Lafite

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W. A. Mozart, Quatuor à cordes n° 5 en fa majeur, K 158 A. Webern, Six Bagatelles pour quatuor à cordes, op. 9 L. van Beethoven, Quatuor à cordes en fa majeur op. 59 n° 1 Dimanche 11 juin Ateliers : 9 h 30-12 h 45 et 11 h 15-12 h 45, Villa 88 Akilone rencontre les quatuors de Bordeaux, 15 h 45-16 h 45, Villa 88 Lundi 12 juin Atelierq : 9 h 30-12 h 45, Mably ; 14 h 30-18 h, Villa 88 Concert Quatuor Akilone et Anne Le Bozec (piano), 19 h, Station Ausone

Mardi 13 juin Ateliers : 9 h 30-12 h 45, Mably ; 14 h 30-18 h, Villa 88 Concert Quatuor New Music, 19 h, La Réserve F. J. Haydn, Quatuor à cordes en sol majeur, op. 33 n° 5 F. Mendelssohn, Quatuor à cordes en la mineur op. 13 n° 2

Mercredi 14 juin Atelier : 9 h 30-12 h 45, Mably ; 14 h 30-18 h, Villa 88 Concert Quatuor Yako, 19h, Villa 88 F. Mendelssohn, Quatuor à cordes en fa mineur op. 80 M. Ravel, Quatuor en fa majeur Jeudi 15 juin Atelier : 9 h 30-12 h 45, Mably ; 14 h 30-18 h, Villa 88 Concert Quatuor Indaco, 19h, Salle Montesquieu R. Schumann, Quatuor à cordes en la mineur op. 41 n° 1 C. Debussy, Quatuor à cordes en sol mineur

D. R.

SANG NEUF À QUATRE En chemin pour les festivals de saison, le noble artisan pop Chris Cohen fait escale en ville. Plaisir inestimable + date précieuse = joie dans les cœurs.

SMOOTH

Enfant de la balle grandi au bon air californien, Chris Cohen déroule à maintenant 42 ans un CV parmi les plus copieux de sa génération ; mais pouvaitil en être autrement pour un multiinstrumentiste, auteur compositeur et interprète, qui dès 12 ans maîtrisait tous les secrets de son 4 pistes ? Toutefois, bien avant de se lancer en solitaire, le désormais résidant du Vermont, avait commencé sa carrière en groupe, au sein de The Curtains, en compagnie de Jamie Peterson et Trevor Shimizu. C’était en 2000. S’en suit une période d’intense créativité puisqu’après le départ de ses deux comparses, Cohen s’adjoint les services d’Andrew Maxwell et Greg Saunier ; ce dernier l’invitant aussitôt à rejoindre les merveilleux Deerhoof. Et si cela n’était pas suffisant, le gazier, qui joue également avec Cryptacize (deux albums dans la musette pour le compte de l’étiquette Asmathic Kitty) et Natural Dreamers, devient sideman de luxe (en studio comme en tournée) chez White Magic, Cass McCombs, Haunted Graffiti ou Danielson. Infatigable, Cohen décide – enfin ! – de voler de ses propres ailes au début de la nouvelle décennie. Résultat : Overgrown Path, première référence sous son nom, publiée par Captured Tracks (maison mère de Mac DeMarco, DIIV, The Soft Moon) où rôdent les figures de Robert Wyatt, Mayo Thompson, Syd Barrett voire Jerry Garcia. 2016, As If Apart confirme tout le bonheur envisagé depuis si longtemps, la maturité en prime. Soit l’une des plus belles facettes de la pop enfantée à Los Angeles. MAB Chris Cohen,

mercredi 7 juin, 20 h, I.Boat.

www.iboat.eu


GLOIRE LOCALE par Guillaume Gwardeath

© Pierre-Wetzel

Mis en avant le mois dernier en ouverture du festival Hors Bord, le quatuor Tample trouve sa voie sur les chemins pop rock electro.

DÉVOTION « On trouvait plus graphique d’écrire “temple” avec un A. En fin de compte, ce nom de groupe est assez singulier, puisqu’il n’existe que pour nous », s’amusent les membres de Tample – avec un A, donc – quand on les questionne quant aux raisons de l’orthographe capricieuse de leur patronyme. Fondé il y a trois ans et demi à Bordeaux, Tample a grandi, accompagné étape par étape par des acteurs locaux de référence, des terrasses de l’I.Boat au dispositif Rock School Pro de Barbey. Sam, chant et guitare, reconnaît une « belle évolution ». Progression confirmée par l’alliance avec un bon tourneur régional, Melodyn, et une belle signature sur Yotanka, label indé en vue du moment (Kid Francescoli, BRNS, etc.). De formation a priori rock (basse-batterie-guitare), le projet, assez hybride, inclut clavier, percussions et des samples aux sons franchement electro. « Le mélange

donne quelque chose d’assez vivant... On essaye, en tout cas ! » On peut en effet classer la pop synthétique de Tample dans les bacs de la feel good music – les premières critiques évoquent la filiation de Hot Chip ou The XX. L’enregistrement d’un premier album est prévu cet été, au studio Near Deaf, pendant une dizaine de jours, isolés entre Morlaix et Lannion. Sortie programmée en janvier 2018, avec un single d’étape en septembre prochain. Pour patienter, un single existe déjà en format digital : Chimera. On peut voir sa vidéo sur le Tube, tournée sous les pins, sur la route entre Bordeaux et CarcansMaubuisson, aux alentours du lac de Bombannes. www.facebook.com/tampleband En concert dimanche 4 juin pour Bordeaux Fête le Fleuve.


Retour sur l’épopée de l’École des beaux-arts de Bordeaux qui embrasse plus de trois siècles d’Histoire.

GRANDEUR ET DÉCADENCE

D’UNE ÉCOLE PIONNIÈRE Éplucher les nombreux documents aux Archives Bordeaux Métropole reste encore le meilleur moyen d’appréhender la genèse de l’École des beaux-arts de Bordeaux. Son origine se perd dans les méandres d’une histoire étonnamment peu étudiée dans ce qu’elle présage de fourmillantes épopées. Sa chronologie lacunaire offre quelques félicités dans une lettre qu’Oscar Gué écrit au Maire de la Ville en 1861. Dans cette missive de plusieurs pages, le susnommé Conservateur du musée des Tableaux et Directeur de l’école gratuite de dessin s’inquiète de l’état des lieux d’un établissement dont il se propose d’évoquer les flamboyantes prémices. Ces dernières nous renvoient en 1690 comme le renseigne l’auteur du courrier : « Frappé des merveilleux effets qu’avait produits dans sa capitale l’institution d’une académie royale de Peinture et de Sculpture, (…) le Roi, pour étendre ce bienfait à toutes les villes du Royaume, avait ordonné à son Ministre de s’occuper d’institutions analogues dans les provinces, et de les autoriser partout où besoin serait. Bordeaux avait été une des villes pourvues de cette institution jugée si utile par le Roi, et quelques mois après la réception de ces lettres patentes, l’académie était en pleine activité. (…) La vie de cette académie fut de courte durée, tourmentée par les vexations, découragée par des écrits malveillants, elle disparut vingt ans après sa création, il ne resta plus à Bordeaux qu’une école de dessin entretenue aux frais de la Ville pour servir aux ouvriers qui avaient besoin du dessin. » Il faudra attendre 1768 pour que « quelques courageux artistes aidés d’amateurs dévoués aux arts et de quelques membres distingués de l’administration municipale » entreprennent de reconstituer l’ancienne académie de Peinture, Sculpture et Architecture. « Après avoir enseigné avec zèle et talent pendant dix ans, ils furent reconnus par lettres patentes du Roi. Leur programme était le même que celui de la première académie. » À l’époque, l’enseignement promulgué ne s’adresse pas exclusivement à ceux qui se destinent aux arts comme le met en évidence Oscar Gué : « C’est que pour être plus efficacement utile à l’industrie, l’art doit rester ce qu’il est, l’étude de la représentation du beau dans la forme, dans la couleur et dans l’ajustement. C’est que plus il reste dans sa poésie, plus il élève l’âme, épure les idées et forme le goût ; l’ouvrier qui puise à

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cette source élève autrement le niveau de sa profession qu’en s’attachant à l’étude d’un dessin purement professionnel, il se fait plus qu’ouvrier, il devient artiste dans son métier. » En proie aux aléas historiques – la Révolution française –, l’académie disparaît. Sous l’Empire, le calme revient et avec lui, l’un de ses anciens professeurs, Pierre Lacour. Ce dernier obtient l’autorisation d’ouvrir une école gratuite de dessin en 1793. Soixante ans plus tard toutefois, rien ne semble avoir beaucoup changé comme le souligne encore celui qui fut l’élève de Jean Alaux : « Le mouvement, le progrès s’est autrement fait sentir dans les autres villes de France (…) où l’enseignement (…) se rapproche de ce qu’il était autrefois à Bordeaux. Notre ville seule la seconde de France est restée stationnaire. (…) À Lyon, l’enseignement à l’École impériale des beaux-arts est artistique et industriel, et il est complet à ces deux points de vue. » Ce réquisitoire aura le mérite de faire bouger les lignes. Quelques années plus tard, les disciplines pédagogiques dispensées vont compter aussi bien la perspective et l’anatomie, que le dessin linéaire, la peinture, l’architecture, les cours de sciences pour les architectes, la sculpture d’ornement et la statuaire. Une amélioration qui se réverbère dans l’attractivité de l’établissement : en janvier 1877, ce dernier compte 91 élèves, en 1878 : 160, en 1882 : 294 et en 1883 : 308 élèves. Forte de cette popularité et de cette identité double, l’école doit trouver des locaux plus spacieux. Le 28 octobre 1889, l’École municipale des Beaux-Arts et des Arts décoratifs est créée. Elle prend ses quartiers dans les murs de l’ancien hospice de vieillards de SainteCroix et prépare les plus qualifiés de ses élèves au Prix de Rome quand les autres intègrent les ateliers d’arts décoratifs de la Ville. Entre 1929 et 1958, la direction est confiée à François-Maurice Roganeau à qui l’on doit d’avoir rénové le plafond du Grand-Théâtre de Bordeaux. Lui succèdera Pierre Lardin qui offre à l’école une nouvelle dimension comme le renseigne un extrait du rapport rédigé en 1960 par Charles Mathonat, inspecteur principal de l’enseignement artistique : « Dirigée avec autorité nuancée de souplesse par M. Lardin (…), l’École des beaux-arts de Bordeaux se réveille et semble enfin participer à la vie du pays. Il convient de féliciter chaleureusement le Directeur qui a su insuffler à cette maison un sang nouveau. En effet, l’école de Bordeaux ne

semblait pas équipée pour aller vers le succès, elle se donnait pour but la formation d’artistes aux carrières aléatoires. Conscient du danger, M. Lardin veut essayer de donner à la jeunesse qui lui est confiée un métier, un débouché possible qui d’ailleurs, ne sera nullement un obstacle à la poursuite vers le grand art. Il a remis l’art appliqué à l’honneur et il peut être certain d’être sur la bonne voie. » Suivant cet horizon, Pierre Lardin tente d’introduire le design industriel ou les expériences de la télévision. Mais ces nouvelles formes d’expression ne rencontrent que peu d’enthousiasme auprès de certains enseignants qui défendent l’apprentissage traditionnel du dessin de modèle et de la statuaire. Mai 68 viendra battre en brèche ce marasme ambiant. L’école d’architecture gagne le campus de Talence et l’ensemble des écoles des beaux-arts de l’hexagone entreprend une réforme en profondeur à partir de 1973, date à laquelle arrive le nouveau directeur René Bouilly. Avec lui, font leur entrée des disciplines comme « les arts de la publicité », des expériences pédagogiques pour favoriser l’expression libre comme la mise en place du DNSEP (Diplôme national supérieur d’expression plastique) Art, Environnement et Communication visuelle et audiovisuelle. En 1992, c’est au tour de Guadalupe Echevarria de prendre la direction de l’établissement. Sous son égide s’initie une réforme pédagogique qui sera reprise dans l’ensemble des écoles d’art françaises : la dissolution des filières distinctes (peinture, sculpture, design, etc.) pour une réorientation autour de la notion de projet (individuel, collectif, transdisciplinaire). Ses vingt-deux ans de règne s’accompagnent d’une ouverture aux échanges internationaux, d’une annexe, du Café Pompier, comme de la transformation de l’école en Établissement public de coopération culturelle. En 2014, la nomination de Sonia Criton pour lui succéder est remise en cause par les représentants du personnel. Une procédure judiciaire pousse le Tribunal administratif de Bordeaux à annuler sa nomination et Fabien Robert, président de l’EPCC EBABX, relance une procédure de recrutement trois ans plus tard. Anna Maisonneuve

© EBABX

DOSSIER BEAUX-ARTS


Chiffres, conditions d’admission, frais de scolarité, enseignement… Vade-mecum des écoles d’art de la région Nouvelle-Aquitaine.

L’ABÉCÉDAIRE

DES ÉCOLES D’ART Leur nombre La France compte 45 écoles supérieures d’art sous tutelle du ministère de la Culture. Parmi elles, 11 écoles nationales supérieures d’art et 34 écoles territoriales supérieures d’art. EN RÉGION École nationale supérieure d’Art : Limoges - École nationale supérieure d’Art (ENSA) Écoles territoriales : Angoulême - Poitiers École européenne supérieure de l’Image (EESI). Biarritz - ESA des Rocailles  Bordeaux – EBABX Art Design Recherche École d’enseignement supérieur d’Art (EBABX). Pau-Tarbes École supérieure d’Art des Pyrénées (ÉSA Pyrénées). Frais concours d’entrée Entre 37 et 45 € en moyenne. Frais de scolarité pour une année ENSA Limoges : 433 €. EESI : 590 €. ESA des Rocailles : 900 €. EBABX : 519 €. ÉSA Pyrénées : 520 €. Conditions à remplir pour se présenter au concours d’entrée en première année Pour l’ensemble : Avoir 18 ans et être titulaire du baccalauréat ou d’un diplôme équivalent. Âge limite : Moins de 25 ans pour l’ENSA Limoges. Moins de 26 ans pour l’EESI (pour les candidats de plus de 26 ans, il existe un formulaire de demande de dérogation). Pas d’âge limite pour l’ESA des Rocailles. Les candidats qui n’ont pas obtenu le baccalauréat et pouvant justifier d’une pratique personnelle et d’un parcours artistique peuvent demander l’obtention d’une dérogation à la commission des nonbacheliers. Avoir moins de 28 ans pour l’EBABX. Pas de limite d’âge pour l’ÉSA Pyrénées. Dates du concours d’entrée en 2017  ENSA Limoges : les 14, 15 et 16 mars à Limoges. Les 6 et 7

avril à Ivry-sur-Seine et les 6 et 7 septembre à Limoges. EESI : Les 21 et 22 mars. ESA des Rocailles : les 3, 4 et 5 avril. EBABX : Les 10, 11 et 12 avril. ÉSA Pyrénées : les 2 et 3 mai. Nombre de postulants au concours de 1re année en 2017 ENSA Limoges : 154. EESI : 363. ESA des Rocailles : 72. EBABX : 320. ÉSA Pyrénées : 85. Nombre de reçus pour l’année 2017 / 2018 ENSA Limoges : 45. EESI : 90. ESA des Rocailles : 20. EBABX : 65. ÉSA Pyrénées : 52 à Pau. 18 à Tarbes. ENSEIGNEMENT  ENSA Limoges : En 3 ans : DNA (diplôme national d’art) option Art. DNA option Art mention Céramique. DNA option Design. DNA option Design mention Céramique. En 5 ans : DNSEP (diplôme national supérieur d’expression plastique) option Art. DNSEP option Art mention Design d’objet. Master « Création contemporaine et industries culturelles ». EESI : DNA option Art. DNA option Art mention Bande dessinée (à Angoulême). DNA option Art mention Image animée (à Poitiers). DNSEP option Art. DNESP option Art mention Bande dessinée. DNSEP option Art mention Création numérique. DNSEP option Art mention Pratiques émergentes. Master Bande dessinée. Post-diplôme « Document et Art contemporain » (en trois ans après un DNSEP). ESA des Rocailles : DNA option Art mention Industries culturelles. EBABX : DNA option Art. DNA option Design. DNSEP option Art. DNSEP option Design.

Post-Master « La Grande Évasion » (après un DNSEP). ÉSA Pyrénées : À Pau et Tarbes : DNA option Art. À Pau : DNA option Art mention Design graphique Multimédia et DNSEP option Art mention Design graphique Multimédia. À Tarbes : DNSEP option Art mention Art-Céramique. INFORMATIONS PRATIQUES ENSA Limoges : Campus de Vanteaux, 19, avenue MartinLuther-King, 87 038 Limoges 05 55 43 14 00

www.ensa-limoges.fr

EESI : Site d’Angoulême  134, rue de Bordeaux, 16 000 Angoulême. 05 45 92 66 02 Site de Poitiers  26, rue Jean-Alexandre, 86 000 Poitiers. 05 49 88 82 44 contact@eesi.eu /

www.eesi.eu

ESA Rocailles : Villa des Rocailles, 11, rue de l’Abbé-PierreMoussempès, 64 200 Biarritz. 05 59 47 80 02.

www.esa-rocailles.fr

EBABX : 7, rue des Beaux-Arts, 33 800 Bordeaux. 05 56 33 49 10.

www.ebabx.fr

PROGRAMME CULTUREL JUIN 2017 LA LITTÉRATURE ET LE VIN1

Mar.

6

CONFÉRENCE CYCLE Les

18h30

Mer.

GARÇON ! DE CLAUDE SAUTET (1983)2

19h00

CINÉMA | COCKTAIL DINATOIRE | DÉGUSTATION

7

CYCLE Ciné

Mar.

13 19h00

Mer.

14 18h00

Site de Pau et siège social École supérieure d’art des Pyrénées - Pau Tarbes 25, rue René-Cassin, 64 000 Pau. 05 59 02 20 06 administration-pau@ esapyrenees.fr Site de Tarbes  École supérieure d’art des Pyrénées - Pau Tarbes Jardin Massey, Place Henri-Borde, 65 000 Tarbes. 05 62 93 10 31 administration-tarbes@ esapyrenees.fr

Gourmand

LE ROSÉ : LES DESSOUS D’UNE SUCCESS STORY1 DÉBAT | AFTER CYCLE C'

Dans Le Vin

DE L’EXPO À L’APÉRO2 VISITE GUIDÉE | APÉRITIF AUTOUR DE L'EXPOSITION

Bistrot ! De Baudelaire à Picasso

Jeu.

15 8h30

DÉVELOPPEMENT DURABLE : LE GRAND ENJEU DES VINS DE BORDEAUX3 PETIT-DÉJEUNER | DÉBAT DES PAROLES ET DU VIN

Sam.

A LA DÉCOUVERTE DES VINS ANTIQUES2

19h00

ATELIER | DÉGUSTATION

17

DANS LE CADRE DE La 7éme édition des Journées nationales de l’archéologie Dim.

18

NOCTURNE EXCEPTIONNELLE DE LA CITÉ DU VIN1 ATELIER | DÉGUSTATION DANS LE CADRE DE Vinexpo

Mer.

21 19h00

CRESCENDO FÊTE LA MUSIQUE ET LE VIN1 ATELIER | DÉGUSTATION DANS LE CADRE DE La

ÉSA Pyrénées :

www.esapyrenees.fr

Vendanges du Savoir

Jeu.

29 18h30

Fête de la musique

LE BOUQUET DE VIEILLISSEMENT OU LE PLAISIR OFFERT PAR LES GRANDS VINS2 DÉGUSTATION SAVANTE CYCLE Les

Vendanges du Savoir

24ÈME FESTIVAL INTERNATIONAL OENOVIDÉO®

Jeu.

1

FILMS ET PHOTOGRAPHIES SUR LA VIGNE ET LE VIN

v Dim.

4

Parrainé par Cédric Klapisch, ce festival itinérant mettra à l’honneur plus de 24 films de 9 pays sur trois journées de projections. → Réservations sur oenovideo.com

HORAIRES, TARIFS & RÉSERVATIONS

sur laciteduvin.com et à la billetterie de La Cité du Vin 1

Gratuit, billetterie à retirer sur place, dans la limite des places disponibles 2 Evènement soumis à billetterie, réservation conseillée. 3 Gratuit, sur inscription : civb@vins-bordeaux.fr Licences : 1-1093861, 2-1093862, 3-1093863

La Cité du Vin - 1, esplanade de Pontac - 33300 Bordeaux


DOSSIER SONO TONNE BEAUX-ARTS

© Thomas Sanson - Mairie de Bordeaux

Entretien avec Fabien Robert, président du conseil d’administration de l’École des beaux-arts de Bordeaux (EBABX). Propos recueillis par Anna Maisonneuve

« L’ÉCOLE DOIT ÊTRE

OUVERTE SUR LA VILLE » Que pensez-vous du rayonnement de l’établissement bordelais ? La métropole bordelaise s’est beaucoup transformée notamment au niveau culturel. Je pense que notre École des beaux-arts n’a pas suffisamment suivi ce mouvement, elle ne rayonne pas assez. Il y a plusieurs raisons à ça. D’abord, parce qu’on a passé trois années avec des difficultés juridiques, qu’il y a également derrière 25 ans de règne avec Guadalupe Echevarria, une directrice qui a fait émerger cette école, mais qui n’a pas su se réinventer. Il y a aussi le fait que nous avions un projet d’établissement pédagogique et scientifique à repenser avec l’arrivée de la réforme LMD, processus de Bologne, et cette idée qu’au fond les étudiants doivent pouvoir avoir des diplômes reconnus au niveau européen. Aujourd’hui, la grande critique faite à ce système européen est qu’on met en concurrence les établissements les uns avec les autres, mais enfin c’est la réalité vécue. Les étudiants choisissent leur école d’art en fonction de la qualité des enseignants, des lieux de résidence, des coûts d’inscription, etc. Je pense que l’EBABX ne se démarque pas suffisamment de l’offre nationale. En 2011, a été fondé l’EPCC, l’établissement public de coopération culturelle. J’aime bien cette idée de coopération culturelle. Le statut a été imposé par l’État. L’autonomie a l’avantage de l’esprit de compatibilité au niveau européen et français, elle a aussi celui, il faut être clair, de s’émanciper de la Mairie de Bordeaux qui n’avait pas une tutelle artistique ou pédagogique mais l’école était un établissement culturel de la Ville au même titre

que le musée des Beaux-Arts ou le CAPC… Ce n’est pas trop son rôle que d’avoir en interne une école d’enseignement artistique, c’est quand même très particulier. Nous ne sommes pas au bout de ce processus d’autonomisation, c’est un apprentissage. Qui finance l’École des beaux-arts de Bordeaux ? La Mairie est le financeur principal, à hauteur d’un peu plus de 83 %. Le reste du budget se partage entre l’État (11 %) et la Région (6 %). Au total, ça fait 3,2 millions d’euros.

« La mission première, c’est l’enseignement. L’école forme des artistes au sens très large. »

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Ce montant était le budget alloué pour 2016 ? C’est statutaire. On est obligé de verser cette somme chaque année.

La Région finance très peu… Oui, j’estime que l’EBABX est sous-financée par la Région. C’est scandaleux qu’on soit à un niveau aussi bas. On est bien plus bas que d’autres écoles de la région. À un moment donné il va bien falloir trouver une harmonisation pour des financements équivalents des écoles d’un même territoire. Quelles sont vos ambitions pour l’EBABX ? Dans les missions fixées au nouveau directeur, il y a plusieurs enjeux : repenser l’école, lui donner plus de singularité… Certes, elle a une spécificité conceptuelle par rapport à d’autres mais ça ne suffit plus aujourd’hui. Il faut lui donner une assise régionale plus forte. À ce titre, nous avons opéré un rapprochement avec l’École de Bayonne-Anglet-Biarritz,

qui est encore dans les services publics de l’agglomération. Elle a obligation de devenir autonome, mais elle est trop petite pour cela. On a signé une convention de travail pour rapprocher les équipes et les enseignements, faire un projet commun, ce sera une fusion à l’horizon 2018-2019. Il y aurait toujours deux sites, mais une direction générale unique, un conseil d’administration unique, des instances pédagogiques, artistiques uniques mais des parcours artistiques différents et complémentaires dans chaque lieu. Demain, on aura une école régionale avec plus de visibilité et plus de poids. De manière plus locale ? La mission première, c’est l’enseignement. L’école forme des artistes au sens très large. On a absolument besoin que cette mission principale soit complétée plus fortement par une mission d’action culturelle c’est-àdire d’expositions, de partenariats. Ça fait partie pleinement du projet pédagogique. On ne peut pas être formé à devenir artiste en ignorant complètement le montage d’un événement, d’un festival, de tout ce qui relève de l’insertion professionnelle. Une des actions que j’ai un peu poussée, c’est le premier week-end de l’art contemporain, le WAC à la rentrée. Le QG sera l’EBABX. Je trouve que c’est une évidence. L’école doit être ouverte sur la ville, en lien avec les galeries, les ateliers, les artistes ; ça sert avant tout les étudiants. Sainte-Croix, c’est le campus artistique de Bordeaux avec l’éstba, le conservatoire, le TnBA, l’IJBA… J’ai bon espoir qu’avant la fin de mon mandat on va aller vers ce campus artistique qui va aussi donner de la visibilité d’un point de vue national. C’est ce que j’essaie d’impulser, après les contenus scientifiques pédagogiques, c’est le travail du nouveau directeur.


LA RECHERCHE, MODE D’EMPLOI

ÉSA (École supérieure d’Art) des Pyrénées, Pau–Tarbes Art et céramique à Tarbes. Le thème de la « céramique disruptive » et du plaisir qu’on trouve à l’observation de la « céramique funk » permet de s’orienter par la suite vers des problématiques d’innovation. Pratiques graphiques (images, éditions, nouveaux médias) et leur inscription dans l’espace public à Pau.

Des recherches-actions affirment l’expertise de l’artiste et du designer, au même titre qu’un ingénieur ou un géographe.

L’unité de recherche Public/Action de l’EBABX (École d’enseignement supérieur d’art de Bordeaux) réunit action publique et publication à travers quatre propositions. La recherche se veut confrontation à un extérieur, social, politique, artistique et culturel. La démarche utilise enquête de terrain et étude de cas aux fins de construire un récit. Au milieu des choses (art) observe les migrations des formes artistiques, apparition et adresse au public, à partir d’œuvres numériques et/ou téléchargeables. Modern Lovers (art) explore la climatisation des affects et des récits de soi, en observant les institutions artistiques comme celles de la Documenta à Athènes dont les thèmes entrent en résonance. Voir un peu plus à travers les fissures des murailles (art) construit un corpus critique face à la réification. Stop City (design) étudie les mutations urbaines entre manifestes utopiques et réalités mondialisées. Jeanne Quéheillard 1. En 1999, le protocole de Bologne a défini l’architecture européenne de l’enseignement supérieur.

festivalruesetvous.net

DORIGNAC

Le laboratoire « La céramique comme expérience » de l’ENSA (École nationale supérieure d’Art) de Limoges soutient une réflexion commune (artiste et designer) à partir des gestes et des outils. Les mondes numériques et les savoirfaire traditionnels sont reliés via la modélisation et l’impression 3D. Le post-diplôme Kaolin confirme cette implication.

Graphisme : www.septiemepixel.com

L’EESI (École européenne supérieure de l’Image) Poitiers-Angoulême En partenariat avec l’université de Poitiers, deux masters spécialisés : bande dessinée à Angoulême et culture numérique à Poitiers (jeux vidéo), Le projet Patio2.0 se penche sur les formes de présence au plateau produites par les dispositifs du cinéma ou de l’art vidéo. La recherche doctorale prend sa place à travers le DSRA (diplôme supérieur de recherche en art) « Document et Art contemporain » et un doctorat de création en bande dessinée, son laboratoire et une classe internationale de la BD.

GEORGES

le trait sculpté

La recherche est devenue un enjeu de taille dans l’enseignement des Beaux-arts1. À partir de 2010, les écoles françaises ont harmonisé les enseignements pour délivrer un diplôme (DNSEP) qui confère le grade de master. L’enseignement niveau projet du deuxième cycle (4e et 5e années) intègre un programme qui s’adosse à la recherche et favorise son initiation. Cette recherche s’impose à partir d’un objet d’étude commun qui ne se réduit pas au projet singulier de l’étudiant(e). Elle vient du dehors en quelque sorte. Avec l’atelier, conduit par un maître (artiste, designer ou théoricien), le laboratoire est devenu un autre modèle pédagogique. Des expériences sont initiées, faites de partenariats locaux et internationaux, (écoles, universités, industries, centres d’art), de séminaires et de journées d’études. Chaque école a développé ses propositions en regard de son histoire, des compétences dont elle dispose et de son implantation. Les programmes sont des indicateurs forts, soit qu’ils ouvrent à une spécialité, soit qu’ils développent une réflexion quant à l’attitude et aux modèles d’action pour devenir artiste ou designer. Fondée sur une production collective, la recherche implique une publication. Contrairement à la recherche universitaire stricto sensu, ouvrages imprimés, expositions, sites internet, films, documentaires, objets, constructions sont autant de médias utilisés. Le parcours de l’étudiant est rendu plus mobile. Chaque étudiant(e) qui veut poursuivre un deuxième cycle doit postuler dans un master de son choix. C’est souvent l’occasion de changer d’école, en France ou à l’étranger. Grâce à la recherche, les écoles deviennent forces de proposition spécifiques et identifiables. Ce que démontrent les quatre écoles d’enseignement supérieur des beauxarts de la région Nouvelle-Aquitaine.

Galerie des Beaux-Arts Place du Colonel Raynal 33000 Bordeaux musba-bordeaux.fr

Chateau Haut-Bailly Mécène d’honneur


DOSSIER BEAUX-ARTS

Sculpteur, réalisateur, historien, écrivain, Pascal Convert est un artiste inclassable. Également fortement impliqué dans l’expérimentation artistique placée au cœur de la pédagogie des écoles d’art, il est actuellement conseiller artistique de l’École supérieure d’Art des Rocailles à Biarritz. Propos recueillis par Didier Arnaudet

QUI FAIT L’ART Votre engagement d’artiste ne vous a jamais coupé de l’enseignement, bien au contraire. Pouvez-vous préciser l’importance de ce lien entre création et enseignement ? Le modèle paternel, peintre et instituteur, a certainement joué un rôle. Ce dont j’ai une conscience précise, c’est de n’avoir jamais pensé vivre de mon travail d’artiste. Il y avait même une forme d’antagonisme – au final assez classique – entre l’idée d’être artiste et celle d’en faire une profession. Côté enseignement, la voie était tracée, je devais porter la blouse grise des instits : j’ai fait partie de la dernière génération qui a passé le concours de l’école normale d’instituteurs en classe de troisième, concours réussi. Mais la rupture est vite arrivée. Lecteurs assidus de Piaget, de Freinet, de Libres Enfants de Summerhill, nous étions quelquesuns, alors en Khâgne au lycée Camille-Jullian, à imaginer un projet d’école alternative que nous avions baptisé « la souris mauve » ! Dès lors, difficile d’accepter la mise en rang des élèves à coup de sifflet. J’ai démissionné deux fois de l’Éducation nationale : après le bac, puis quatre années plus tard. J’ai fini des études de littérature avec une maîtrise sur Jean Le Gac tout en faisant déjà des expositions et des films vidéo. Je n’avais pas la moindre envie de passer un concours d’enseignement. C’est par hasard que j’ai appris l’ouverture d’un poste d’enseignant en vidéo. Le BTS audiovisuel venait de naître à Bayonne. Cela a été une aventure extraordinaire. Nous étions une toute petite équipe, nous inventions tous les programmes, la pédagogie, nous enseignions aux étudiants ce que nous-mêmes ne savions pas. Cela n’a pu se faire que grâce à un soutien sans faille des responsables successifs du lycée Cassin et de la Région Aquitaine. Ils ont pris le risque d’accepter notre liberté. La réussite a été indiscutablement au bout du chemin. Mon travail plastique s’est tissé avec (et grâce à) mon activité pédagogique dans ce lieu précis : formant des monteurs TV, j’étais en contact permanent avec les actualités du monde, souvent les plus violentes. Il s’agissait d’éveiller le sens critique des étudiants mais surtout de le mettre en œuvre dans la pratique même du montage. La série de vidéogrammes titrés Direct-Indirect a été réalisée à partir d’EVN, bourse d’échange d’images brutes délivrées aux chaînes de TV. D’anciens étudiants qui travaillaient dans des chaînes nationales, publiques ou privées, me fournissaient les images par cartons entiers de cassettes ! C’était une période extraordinairement

dynamique, et les événements au Kosovo, en Algérie annonçaient le changement de siècle. Je n’aurais certainement pas réalisé les sculptures monumentales en cire inspirées de photos de presse, La Madone de Bentalha ou La Pieta du Kosovo, si je n’avais pas été immergé dans ce milieu des images d’actualité et dans une relation constante aux étudiants. La sculpture était un autre moyen de leur parler des images du monde. Je me souviens que nous avons analysé pendant des jours entiers les images de la mort de Mohamed Al Dura à Gaza en septembre 2000 et étudié la polémique qui a suivi. Et une sculpture est née. En parallèle à cet enseignement, des relations d’amitié ont fait que je suis intervenu régulièrement à l’École supérieure d’Art de Montpellier entre 1994 et le début des années 2000. L’enseignement en école d’art a été pour moi une découverte. Parfois difficile. J’avais une formation universitaire somme toute classique. Un lieu où la forme, qu’elle soit plastique, temporelle, relationnelle, s’invente sans que l’on puisse réellement la nommer était une chose déstabilisante. Et passionnante. Être toujours au bord. Ni en deçà, ni au-delà, au bord, juste au bord, à cet endroit d’impouvoir qui fait l’art. Quand Didier Borotra, à l’époque maire de Biarritz, m’a demandé d’imaginer une école supérieure d’art à Biarritz, je n’ai pas douté un instant que c’était possible. C’était un projet aussi fou que le BTS audiovisuel. Heureusement, j’ai eu le soutien de l’équipe des enseignants de l’école de dessin de Bayonne – Dominique Berthommé, Delphine Etchepare, Frédéric Duprat… L’aventure dure depuis dix ans. C’est la plus petite école supérieure d’art de France. Tous les étudiants qui y sont rentrés en sont sortis diplômés. C’est une forme d’engagement, réciproque. Comme toute aventure, elle ne vit et ne se développe que grâce au soutien des responsables politiques, ceux qui sont conscients des enjeux d’une école d’art par-delà les accords de Bologne et autres traités qui se parent de la vertu de l’universel pour mieux emprisonner la liberté de l’art des artistes. Dans une école d’art, les enseignants artistes luttent jour après jour contre la misère symbolique de notre époque et tentent d’éviter ici et là un départ en Syrie. Ce début d’un retour à la civilisation prend du temps. Il ne faut jamais l’oublier.

« Les écoles supérieures d’art sont les lieux dans lesquels vont apparaître plus de 99% des créateurs de demain. »

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¢ Pitkowicz

ÊTRE À CET ENDROIT D’IMPOUVOIR Quelle singularisation doit apporter l’artiste à la pédagogie des écoles d’art ? Le CapcMusée de Bordeaux, à l’époque de Jean-Louis Froment, et le Studio National du Fresnoy créé par Alain Fleisher sont deux lieux qui m’ont éclairé sur les apports possibles d’un artiste à de jeunes artistes. Voir Daniel Buren ou Mario Merz entrer dans une relation dialectique, c’est-à-dire conflictuelle, avec l’espace d’exposition, est une expérience irremplaçable. Le jeune artiste que j’étais à l’époque a appris grâce à eux autant sur ce qui était de l’ordre esthétique, rythme, vide, structure, que de l’ordre politique et symbolique. Artiste invité au Studio National du Fresnoy en 1999-2000, j’ai rencontré le cinéaste américain Robert Kramer et je suis redevenu étudiant. Il me parlait du Vietnam, si loin si proche, de son film sur Lille Europe, du numérique, de la fin d’une civilisation. Il disait ce qui venait. À partir de ce moment, j’ai compris l’importance de la présence des artistes dans une école. Il y a déjà des artistes dans les écoles supérieures d’art. Mais, en France et spécifiquement en France, contrairement par exemple à l’Allemagne, quand un artiste enseigne dans une école, sauf dans quelques écoles nationales (ENSBA, ENSAD), étrangement il perd de son aura. Alors que ce devrait être le contraire. On sait depuis Joseph Beuys qu’être artiste, c’est transmettre dans une langue étrangère. Nul besoin d’être docteur. Chaman, sorcier, peut-être. Le projet de l’École supérieure d’Art des Rocailles et maintenant de l’École supérieure d’Art Pays basque place l’artiste au centre de sa pédagogie. L’option arts et industries culturelles, issue de la réflexion de Bernard Stiegler, a pu créer une confusion : il s’agit d’une dimension critique et non d’un accompagnement vers le marché. Mais s’il y a une option au Pays basque, c’est art option art. Et cela depuis que Man Ray y a réalisé Emak Bakia et Picasso peint Les Baigneuses. À quels enjeux doit absolument répondre une école d’art aujourd’hui ? Dans les années 1980, nous étions peu d’artistes à ne pas avoir suivi un cursus en école d’art. Aujourd’hui, c’est une chose encore plus rare. Les écoles supérieures d’art sont les lieux dans lesquels vont apparaître plus de 99 % des créateurs de demain. C’est une situation nouvelle qui demande une vigilance particulière. Le risque est grand d’avoir une homogénéisation de l’origine sociale des artistes qui demain seront sur la scène internationale, homogénéisation masquée par une pseudo-diversité esthétique.


© Lydie Palaric

Après un passage remarqué par ses engagements dans le monde de l’art, Jean-François Dumont dirige depuis 2015 l’École supérieure d’Art des Pyrénées Pau-Tarbes. Propos recueillis par Didier Arnaudet

INVENTER DES CAPACITÉS

POUR L’AVENIR Votre parcours est singulier. Vous venez du privé. Vous avez été galeriste, commissaire d’exposition, et donc un acteur engagé dans la création contemporaine la plus exigeante, en grande proximité avec les artistes. Pourquoi ce choix d’enseigner et aujourd’hui de diriger une école d’art ? J’ai commencé par la diffusion de jeunes artistes et par la production d’œuvres. Après 25 ans de cet exercice, la chance me fut offerte de faire une expérience d’enseignement en école d’art. Ces quelques années furent très gratifiantes, elles m’ont fait comprendre l’importance de porter, dans le cadre de l’enseignement supérieur, une parole incarnée dans la réalité d’une activité et de ses évolutions. C’était comme réaliser ce que j’aurais moi-même aimé entendre lorsque j’étais en faculté. Nos métiers bougent beaucoup, dans le domaine de la culture tout s’invente en permanence, c’est une illusion de vouloir enseigner un système fixe à nos étudiants. Il faut toujours être réceptif à demain. Aussi, la pédagogie de projet que j’ai connue en tant qu’enseignant, basée sur le désir et l’énergie de chacun, le plaisir d’apprendre, sur la transversalité et sur la collégialité, est la meilleure chose qui soit. Ces mots ont du sens lorsque nous arrivons à réanimer des jeunes, donnés pour morts dans le système universitaire classique. Une école d’art est tout à la fois un établissement d’enseignement supérieur et un équipement culturel de terrain. Revenir aujourd’hui dans l’organisation d’un établissement chargé de préparer l’autonomie de jeunes gens créatifs qui aspirent à construire d’autres modèles reste dans le droit fil de mon histoire. Il s’agit toujours de faire vivre à la racine une parole artiste, comme je le faisais à l’époque

pour former des regards, amateurs et collectionneurs, autour d’artistes qui étaient alors de parfaits inconnus.

Qu’est-ce qu’apporte, prolonge ou interroge cette expérience personnelle dans vos responsabilités actuelles ? J’ai acquis la conviction que l’art est l’ultime aventure humaine et spirituelle. Ma racine est là. Elle me permet de faire face. Bien que tous les artistes ne soient pas formés dans des écoles d’art, bien que nous ne formons pas que des artistes, l’art – les formations artistiques organisées dans leurs différentes options et mentions : Design-Graphisme-MultimédiaCéramique, pour l’ÉSA Pyrénées – reste la raison d’être de notre école. La toupie se doit donc de tourner autour de cet axe. Quel est pour vous le rôle d’une école d’art ? J’aime traverser les ateliers, voir les tables, leurs désordres apparents, comment elles bougent et s’organisent à l’approche des bilans ; j’aime suivre au quotidien la métamorphose des idées, celle des formes. Si j’avais su, lorsque j’étais adolescent, que de telles écoles pouvaient exister, j’aurais aimé m’y inscrire.  Aujourd’hui, lorsque l’école participe à la mise en place d’une plateforme comme Traverses et inattendus à la Chapelle Fauchet, en Dordogne, avec l’artiste Jean-Paul Thibeau, ou encore celle initiée par David Coste Proue au sommet d’une falaise à la chapelle Saint-Jacques de Saint-Gaudens (avec le Frac Midi-Pyrénées, le Centre National des Arts plastiques, le master recherche du département Histoire de l’Art et Archéologie de l’Université Jean Jaurès de Toulouse), le gain en expériences de terrain pour nos étudiants est évident ; tout aussi importants, la rencontre avec les habitants

« J’ai acquis la conviction que l’art est l’ultime aventure humaine et spirituelle. »

d’une commune ou d’une ville, l’échange et le travail commun qui se mettent en place. Les écoles doivent aller vers leurs terrains, montrer leurs forces d’innovation et la qualité de leurs regards. Elles doivent également savoir ne pas se couper des réalités du commerce. Dans ce sens, nous devons aider nos étudiants à se professionnaliser. Nos formations sont solides. L’économie culturelle est forte en France. Il y a, à l’échelle des territoires, une richesse historique qui devrait être le socle d’un développement culturel unique. Les solutions ne peuvent venir que d’une communauté qui pense ensemble, public, privé, économistes, scientifiques, artistes… Ce « commun » s’expérimente déjà chez nous. Je suis très fier que le premier atelier de Sophie Wahnich, pour une relecture de la déclaration des droits de 1793, ait eu lieu sous le « bivouac » de l’ÉSA Pyrénées dans le cadre de Visions au Palais de Tokyo. D’une manière plus générale, je crois pouvoir dire que le génie de nos écoles est dans le fait qu’elles décloisonnent, qu’elles inventent des capacités pour l’avenir.


EXPOSITIONS

Chantal Raguet, Kiss Sandra (détail).

Depuis de nombreuses années, Chantal Raguet développe une œuvre étonnante, fluide et structurée, mettant en scène, autour de roulottes et wagons de cirque, les liens entre fauves, dressage et camouflage. Chacune de ses expositions se présente comme un campement où les motifs, les représentations réelles ou imaginaires, les idées, les sensations, les émotions s’appellent, s’interpénètrent, s’enrichissent mutuellement et se fondent dans une même résonance poétique. Propos recueillis par Didier Arnaudet

L’IDÉE D’UN DÉCORATIF

DÉSOBÉISSANT Pourquoi cet intérêt pour le cirque ? D’où vient-il ? Qu’est-ce qui vous fascine dans la matière impure, débordante, clinquante de cet univers que vous ne cessez d’interroger, de déplacer et donc de prolonger ? À l’origine, il y a eu pour ma part un jeu de mots vis-à-vis de l’appellation des peintres fauves, lesquels n’avaient octroyé aucune place à l’animal prédateur. J’ai voulu corriger cela en plaçant les fauves au cœur d’un mouvement ; j’ai alors initié NFF : Nouveau Fauvisme Français ! Ainsi je me suis rapprochée du cirque Pinder car c’est le lieu où il m’a été permis d’analyser le travail du dresseur et du dompteur avec les plus grands groupes de fauves en France. Je consacre du temps à l’observation, mais, en aucun cas, il ne s’agit de fascination, ni de passion. Un artiste cherche ! De ces moments en ménagerie et de lectures, j’extrais une matière, des prélèvements sous forme de notes, de croquis, de photographies que je réinjecte par la suite dans mes œuvres. Tandis que le chapiteau du cirque Barnum devrait être remisé, je prolonge ce qui s’est joué dans les arènes. Pour ce qui est du clinquant, il est la manifestation d’une mise en lumière, d’un éclat qui cache une forme de gravité. Il vient du fait que les costumes restent véritablement, face au danger de mort, les seules fantaisie et liberté possibles du dompteur dans la cage. Votre travail se développe notamment autour de la figure du fauve et de sa relation au dresseur. En tant qu’artiste, qu’est-ce que vous explorez, expérimentez dans cette relation ? En quoi nourrit-elle profondément votre démarche ?

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Alors qu’on pourrait y voir l’exposition de la domination sur l’indomptable, la monstration du contrôle, celui de la culture sur la nature sauvage, il s’agit pourtant bien d’éducation des fauves et d’enseignement. La relation du dresseur à l’égard de ses fauves s’apparente à celle d’un professeur avec ses élèves. En parallèle, le curateur/commissaire d’exposition et sa relation aux artistes, le metteur en scène/réalisateur et les acteurs, le chef d’orchestre et les musiciens… La première des qualités d’un dresseur est de pouvoir discerner les aptitudes spécifiques à chacune de ses bêtes afin de l’orienter de son mieux vers un apprentissage qui pourrait lui sembler naturel. Lorsque chaque animal aura été sélectionné et repéré pour certaines de ses prouesses et facultés quasi instinctives, alors le travail en cage pourra commencer. L’éducation des fauves se fait de nos jours en douceur, par l’accomplissement de tâches et la répétition quotidienne d’exercices visant à l’obtention d’un enchaînement de figures jusqu’à l’exécution d’un acte dans son ensemble. L’harmonie et la cohésion du groupe de fauves sont réelles lorsque chaque félin obtient une place qui lui est propre. L’aboutissement d’un tel ouvrage de persévérance par le dresseur rend la présentation au public envisageable, il cède

alors son groupe de fauves à un dompteur, le présentateur. Un dompteur éclairé considère que le fauve dressé est l’artiste et non l’humain la star. Vous utilisez de nombreux motifs liés au cirque, à la cage des fauves, mais aussi à une imagerie militaire. Comment vous confrontez-vous à la question de l’ornementation ? Quelle actualité souhaitezvous lui donner ? En effet, en réinterprétant à l’aquarelle les camouflages des avions de pilotes de chasse, chargés de la défense, je lie l’ornement à l’armement. J’envisage, au travers de mosaïques en puzzles, de photographies ornées de strass de Swarovski, de vêtements imprimés cousus, l’idée d’un décoratif désobéissant. Je manipule des objets a priori domestiques qui deviennent supports, porteurs de sens et révélateurs des évolutions repérées. Dans le contexte actuel, il est manifeste que la terreur n’est désormais plus incarnée par les fauves.

« Je manipule des objets a priori domestiques qui deviennent supports, porteurs de sens et révélateurs des évolutions repérées. »

« FAUVES et usage de vrai », Chantal Raguet,

jusqu’au samedi 26 août, les arts au mur-Artothèque de Pessac. 3e campement d’un projet itinérant, en partenariat avec [Pollen] à Monflanquin et l’Agence culturelle départementale Dordogne-Périgord. 

lesartsaumur.jimdo.com


Depuis près de trois décennies, le château d’Arsac entretient son jardin avec des sculptures signées par des pointures de l’art. La nouvelle venue, une pièce monumentale du Belge Arne Quinze, vient fêter ces 30 années animées par la devise de son propriétaire Philippe Raoux : « le mariage du bon et du beau ».

MÉDOCAIN Le jardin est un lieu ambigu, un espace équivoque. Ce monde en miniature accommode l’art de l’agrément avec l’épanouissement maîtrisé d’une nature dont on n’apprécie souvent que peu les désinvoltures appelées mauvaises herbes. « Les jardins spontanés n’existent pas », souligne Pierre Grimal. À Margaux, les vignobles réverbèrent à merveille cet adage. D’autres portions en offrent d’hétéroclites prolongements. C’est le cas du Jardin de Sculptures installé au cœur du château d’Arsac. Cette propriété, Philippe Raoux l’acquiert en 1986. Les pourtours de cette entreprise colorée d’art se forgent graduellement. « Mon attrait pour l’art contemporain est né d’une rencontre en 1988 avec Mme Hachenmacher, la conservatrice de la Fondation Peter Stuyvesant. Cette institution est née dans les années 1960. Elle avait pour mission l’achat d’œuvres d’art contemporain qui étaient ensuite

D. R.

LE GRENIER

installées dans les usines devant des serveurs de machines afin de créer une émotion permanente… Nos chais les intéressaient pour leur portée fonctionnelle (un lieu de travail), historique (Arsac date de 900 ans !) et culturelle (Thomas de Montaigne a vécu ici avec son épouse Jacquette d’Arsac). Un an plus tard, nous vendangions sous le regard de créations de célébrissimes artistes comme Vasarely, Robert Indiana, Niki de Saint Phalle, Karel Appel… » La cueillette terminée, les chefs-d’œuvre repartent et leur éclipse génère un vide. « C’est à ce moment-là que nous avons décidé d’acheter une œuvre chaque année. Comme nous étions en pleine rénovation, nous n’avions pas encore les moyens nécessaires. Mais en 1992, nous avons fait notre première acquisition : une série de fonds de barriques de Claude Viallat. » Deux ans plus tard, l’exploitation de la propriété devient rentable et une nouvelle

œuvre vient augmenter cet ensemble : la création in situ de Bernard Pagès Le Grand Dévers. À ce jour, ce Jardin de Sculptures atypique compte une trentaine de productions. Parmi elles : Mother and Child de Niki de Saint-Phalle, La Fontaine aux oiseaux de Jean-Michel Folon, L’Arbre du soleil e Susumu Shingu comme aussi d’autres spécimens signés Jan Fabre, Jean-Pierre Raynaud, Erró, Jim Dine, César, William Sweetlove ou encore Arne Quinze. Ce Belge vient récemment d’installer sa Stilthouse, une installation monumentale de 16 mètres de hauteur qui se nourrit de résonnances anthropomorphes et environnementales. « Nous considérons chaque acquisition comme le prolongement de l’architecture du château. Chaque œuvre prend sa place dans l’ADN de ce lieu. Et ce lieu n’est ni un château muséifié, ni un site viticole doté d’un centre d’art contemporain à ciel ouvert. Nous sommes le château d’Arsac, un château viticole bordelais en vie ! », précise Philippe Raoux. Anna Maisonneuve Château d’Arsac, Margaux. www.chateau-arsac.com


À l’occasion de la première exposition monographique, dédiée au Bordelais Georges Dorignac, entretien avec Sophie Barthélémy, directrice du musée des Beaux-Arts de Bordeaux et co-commissaire de l’exposition. Propos recueillis par Anna Maisonneuve

SCULPTURAL Qui est Georges Dorignac ? C’est un artiste complètement méconnu et qui mérite vraiment d’être redécouvert. Il est né à Bordeaux en 1879. Remarqué à Paris, il a fait l’objet de critiques élogieuses par des gens comme Apollinaire, André Salmon qui étaient les grands défenseurs de l’avant-garde. Sa reconnaissance a eu lieu aussi auprès d’un cercle d’amateurs et de collectionneurs qui étaient particulièrement séduits par ses dessins à la qualité très sculpturale et d’une grande puissance expressive. Gaston Meunier du Houssoy, son premier collectionneur et son principal promoteur de l’époque, aurait un jour dit à Rodin : « Venez voir mes dessins de Dorignac. » Devant eux, Rodin se serait exclamé : « Mais il dessine comme un sculpteur ! Regardez ces mains ! Ce sont des mains de sculpteur ! » Et c’est vrai que c’est récurrent dans toutes les critiques que l’on peut trouver à son sujet. Dorignac sculpte véritablement le papier, c’est comme s’il sculptait des figures dans des blocs de bronze ou d’argile. À sa mort, en 1925, malgré la reconnaissance qu’il a connue de son vivant, il tombe complètement dans l’oubli. Ce sont des choses qui arrivent dans l’histoire de l’art. Comment son œuvre a-t-elle été exhumée ? Entre Bordeaux et Dorignac, cela a été une suite de rendez-vous manqués. Ce projet d’exposition n’est pas du tout nouveau. Il remonte aux années 1950 avec Jean Gabriel Lemoine qui était le conservateur du musée entre 1939 et 1959. En 1920, alors critique d’art à Paris, il a écrit pour la revue L’Art

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et les Artistes un texte intitulé « Georges Dorignac, peintre et décorateur ». Quand Jean Gabriel Lemoine est nommé à Bordeaux, il essaie de faire entrer des œuvres dans la collection. Il entre en relation avec la famille de Dorignac et son mécène Gaston Meunier du Houssoy avec qui il échange une importante correspondance dans l’objectif de monter une exposition. Mais elle ne se fera jamais. Le travail de Georges Dorignac est redécouvert dans les années 1990 par des chercheurs et des collectionneurs dans les sphères bordelaises. Dorignac entre dans les collections du Musée. La revue Le Festin lui consacre un article en 1994 et Marie-Claire Mansencal, la présidente de la Société des Amis du musée des Beaux-Arts de Bordeaux, s’y intéresse et écrit une monographie.

sanguine sur des thématiques récurrentes avec des portraits souvent réduits à des têtes qui font penser à la statuaire bouddhique ou africaine… des espèces de masques d’une grande puissance, des nus féminins et des figures de travailleurs et de travailleuses de la campagne. Mais Dorignac était aussi un grand décorateur. Il a fait des projets qui n’ont pas abouti, des cartons magnifiques pour des mosaïques, des céramiques, des tapisseries, des vitraux… Il a collaboré avec le céramiste André Metthey qui a travaillé avec tous les grands artistes fauves, Vlaminck, Derain… Il y a aussi tout cet aspect décoratif qui est mis en valeur avec des projets pour la plupart jamais montrés et certains spécialement restaurés pour l’occasion. En fait, Georges Dorignac est quelqu’un qui ne se rattache à aucune école. Il avait son atelier à La Ruche, il était voisin de Modigliani et de Soutine. Il était en marge, mais en même temps il a côtoyé tous ces artistes, a participé à toute cette effervescence cosmopolite du quartier de Montparnasse. C’est quelqu’un d’assez solitaire, à l’écart des modes et en même temps très novateur quand on voit ses dessins, c’est d’une force et d’une modernité incroyable.

Georges Dorignac est quelqu’un qui ne se rattache à aucune école.

Quelles sont ses esthétiques ? Dans l’exposition, on montre toute son évolution. Des portraits de sa famille qu’il représentait beaucoup. Sa femme et ses quatre filles dans des scènes de maternité qui font penser à Renoir, Berthe Morisot. Ses premières œuvres sont colorées dans la lignée des impressionnistes et mêmes des néo-impressionnistes. Entre 1912 et 1914, survient sa période la plus intéressante. Il réalise ces grands dessins au fusain et à la

« Georges Dorignac – Le trait sculpté », jusqu’au dimanche 17 septembre, Galerie des Beaux-Arts.

www.bordeaux.fr

Dorignac-Bordeaux MBA-Galerie Malaquais Paris © Photo Laurent Lecat

EXPOSITIONS


Guillaume Toumanian, L’Envol, 2016.

Le Château d’Issan accueille les peintures de Guillaume Toumanian qui produisent, avec la plus extrême exigence, cet étrange équilibre de l’offre et du retrait. Une quête sans cesse renouvelée du sensible.

L’IMMÉDIATETÉ

DE L’ÉMOTION Guillaume Toumanian ne cherche pas à nier ses filiations, mais cet héritage multiple, entre tradition et modernité, continuité et rupture, il a su l’adapter à son univers personnel et à ses intuitions. Liée à la mémoire, sa peinture rapporte des visions et ouvre à la réminiscence. La mémoire, pour lui, n’est pas liée à un passé révolu. Elle aiguillonne le présent, et donne à voir l’insistance d’un regard mobilisé dans l’exploration d’une image qui ne cesse de s’enrichir en se répétant sans jamais être la même. Dans son œuvre, la forme la plus évidente que prend la figure du monde est un paysage au bord de l’effacement où l’humain n’est plus qu’une lointaine résonance. Pourtant, ce paysage ne s’affirme pas contre sa réalité, mais dans une sorte d’extrême complicité avec elle, dans un échange constant entre apparition et disparition, que signale le tremblé de la matière. Cette matière ne saurait sans se désavouer devenir tout à fait transparente. Elle laisse donc transparaître en elle cette part de présence où le mystère l’emporte sur l’évident. La solution alors qui s’offre au peintre, c’est d’amener la représentation au niveau le plus retenu possible, pour qu’il donne à voir le fond invisible qui autrement se dérobe. La liberté à laquelle Toumanian aspire passionnément, c’est d’abord celle du geste qui tout à la fois exige et crée une qualité d’espace. Une qualité qu’on pourrait dire essentielle, si ce qualificatif n’avait pas été si galvaudé. L’espace est ici un creuset alchimique où s’opère la réduction des contours trop distincts et de l’éclat trop vif des couleurs. C’est une étendue où se transforment, se mélangent des éléments pourtant différents, voire opposés, qui se mettent à se ressembler. Toumanian sait très bien peser cette indétermination ;

il a suffisamment l’usage de celle-ci pour en mesurer tout son pouvoir de suggestion. À la croisée du visible et de l’invisible, de l’éclaircissement et de l’opacité, il retient toute la valeur du simple écho qui persiste en dehors de toute démonstration. Sa peinture a cette capacité d’accueil de l’instant où les choses de la nature ne dépendent pas d’une visibilité maximale mais, plus subtilement, se concentrent dans la fragilité d’une vibration, d’une respiration. Pas d’efficacité trop encombrante, par conséquent. Pas d’habileté, non plus. Pour lui, cette révélation de l’instant n’a d’intérêt que si elle ne se confine pas dans une description fortement calculée. Formes et reliefs sont délivrés de leur référence. Tout est incertain, flottant, et gagne cependant en intensité. Sont rejetés les ruses de la reproduction et les excès du savoir-faire. Le paysage se caractérise d’abord par une étonnante porosité et invite à la rencontre de ce temps de l’étonnement. Ainsi, dans un ciel nuageux, s’élargit une trouée et éclate une effervescence d’oiseaux. Ainsi, des feuillages empruntent à la scintillation de l’eau, des maisons se perdent dans l’ombre grandissante d’une forêt, des incandescences indéfinissables appellent à la vigilance. Ainsi, encore, le jour et la nuit participent intimement au même commencement. Toumanian amène sa peinture à ce degré de miroitement, riche d’abondantes et changeantes virtualités et en mesure d’ouvrir à l’immédiateté de l’émotion. Didier Arnaudet « Memento », Guillaume Toumanian, avec le soutien de l’association Escales, du jeudi 8 juin au vendredi 28 juillet, Château d’Issan, Cantenac.

www.chateau-issan.com


EXPOSITIONS

Avec deux expositions – l’une à la galerie D.X, l’autre à l’Institut culturel Bernard Magrez –, Luc Detot bénéficie enfin d’une belle visibilité à Bordeaux. Son œuvre, qui interroge le corps et son image, le temps et la mesure humaine, n’a jamais cessé d’augmenter l’étendue de ses ressources.

© Luc Detot

Propos recueillis par Didier Arnaudet

ENTRE EFFACEMENT ET RENAISSANCE D’où vient cet intérêt constant, singulier pour le corps ? C’est d’abord un intérêt pour l’image, puis, très vite, une interrogation sur l’origine de l’image : l’ombre, le miroir et bien sûr les imagos, ces masques mortuaires en cire étymologiquement à l’origine du mot image. Dans tous ces cas, il s’agit de la découverte ou du souvenir d’un corps. Lorsque j’ai commencé mes recherches à la fin des années 1970, je me suis orienté vers un art informel. J’étais fasciné à l’époque par Turner, Wols, Rothko, Klein, (je ne connaissais pas encore Twombly ou Richter). La question pour moi, face à ces artistes, n’était pas la question de l’abstraction ou de la figuration, mais plutôt celle de la présence ou de l’absence du corps humain. J’ai décidé à ce moment-là, en revisitant les grands mythes de l’origine de la peinture (Dibutade, Narcisse), de réintroduire l’image du corps dans cet espace vide ou informel. Je me suis vite rendu compte que l’intérêt n’était pas dans une représentation du corps attachée aux différents codes de la représentation académique (anatomie, perspective), mais plutôt dans sa trace, son empreinte, reflet ou souvenir. Il y a dans cette recherche une dimension spirituelle, liée à la mort, à la disparition, dont j’ai très vite pris conscience et qui m’a amené à interroger, dans l’histoire de l’art, les rapports de l’art et du fait religieux. Quels sont les enjeux de la représentation du corps sous différentes formes : traces organiques, visages yeux fermés, fissure de l’œil, constellation de fragments ?

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Un type d’expérimentation entraîne un résultat, une série de travaux qui euxmêmes entraînent un nouveau type d’expérimentation. Il n’y a pas de programme préétabli. La recherche engendre la recherche. C’est comme un travail de laboratoire. Je ne m’impose aucune restriction technique dans la fabrication d’une image : dessin, peinture, photographie, gravure, etc. Avec le recul que j’ai maintenant, je vois qu’il y a une cohérence, que les choses n’arrivent pas par hasard, mais les choix se font pendant le processus créatif. Ensuite l’observation permet, en étant attentif, de découvrir de nouvelles voies. Par exemple, en fragmentant les visages aux yeux fermés que je dessine depuis pas mal d’années et en me consacrant juste à une partie (la paupière fermée de l’œil droit), j’en arrive avec surprise à dessiner une tout autre partie du corps… aut vultus, aut vulvus, (ou bien le visage ou bien le sexe), l’inconscient comme source d’inspiration… L’ensemble de cette investigation se nourrit de mes lectures et de ma vie. L’histoire de l’art est constamment interrogée et se recoupe avec le plaisir de faire. L’enjeu est de pouvoir continuer cette recherche et de laisser des petits cailloux blancs. 

Apparition et disparition, ombre et lumière, surface et profondeur, vie et mort : qu’est-ce qui se joue dans ces oppositions fortes autour desquelles s’articule votre travail ? Les oppositions ne sont jamais volontairement recherchées. Il s’agit plutôt de la limite, l’espace entre, et les oppositions en découlent. Il y a pas mal d’années, j’ai réalisé des grands dessins de fragments de corps sur papier huilé dont la texture évoque la peau. La peau est cette limite du corps entre extérieur et intérieur, le trait du dessin est celle de son image. Cette limite, entre apparition et disparition, ou entre surface et profondeur, m’offre à chaque fois un espace constituant le processus qui me permet d’avancer. C’est entre ces deux pôles que se situe à chaque fois la faille où je m’engouffre pour modifier des éléments de mon travail, comme si les œuvres ne venaient pas les unes à la suite des autres mais les unes entre les autres.

« La peau est cette limite du corps entre extérieur et intérieur, le trait du dessin est celle de son image. »

Luc Detot

Du jeudi 1er juin au lundi 31 juillet, Galerie D.X

www.galeriedx.com

Du mardi 4 juillet au dimanche 13 août, Institut culturel Bernard Magrez

www.institut-bernard-magrez.com


NOU AINE AQUIT

L’Atabal est la scène de musiques actuelles de l’agglomération Côte basque-Adour – l’ancien BAB (Bayonne-AngletBiarritz), élargi au Boucau au nord et à Bidart au sud. Tel un surfer bien engagé sur sa vague, la biarrote Atabal connaît une belle dynamique ces dernières années.

BIARRITZ • L’ATABAL L’Atabal a émergé en 2005 à Biarritz, dans le quartier de La Négresse, à deux pas de la gare SNCF, entre le skatepark et le siège de la Surfrider Foundation. Après quelques années pour trouver ses marques, la salle paraît connaître une intéressante évolution intéressante Le jeune directeur et programmateur François Maton prend ses fonctions en 2012, à une époque où s’essouffle la tradition du bar rock bayonnais. Il entreprend de fidéliser un nouveau public en invitant de nombreux groupes locaux à se produire gratuitement dans le bar de la salle. L’Atabal est relancé, et les acteurs locaux indépendants, comme le Magnéto à Bayonne ou Musiques d’Apéritif à Biarritz, se développent en parallèle. Pour ne plus faire de l’ombre à ces initiatives, l’Atabal change le braquet de sa prog’, abandonne les vendredis et les samedis et fait le pari des concerts en semaine. « Si les gens d’ici veulent voir Swans, ils viendront même si c’est un lundi soir ! », explique François Maton. « Mieux vaut ce tout petit effort que d’avoir à aller jusqu’à Bordeaux ou à Bilbao pour voir de bons concerts ! » Malgré sa situation isolée dans un coin de France (difficile de faire descendre le routing des tournées au-dessous d’un axe NantesBordeaux-Toulouse-Montpellier), l’Atabal parvient à se positionner et programme par exemple un artiste comme DJ Shadow qui ne donne pourtant que cinq dates en France. LE NOM L’atabal est ce tambour traditionnel dont les percussions accompagnent les flûtistes joueurs de txistu. Plus rock, en basque, la caisse claire se dit atabala. À l’Atabal, toute la communication est bilingue, ainsi que la signalétique : français et basque. Le personnel

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locuteur de l’euskara ne manque pas au sein de l’équipe, y compris le directeur, qui l’a appris adulte. LES ÉQUIPEMENTS La salle de concert de Biarritz a une capacité de 700 places, pouvant être ramenée à 300 pour des soirées de découverte. Le bar, équipé d’une petite scène, peut accueillir une centaine de spectateurs. Une soixantaine de groupes répètent régulièrement dans les trois studios équipés mis à disposition. La structure emploie onze salariés. LES MISSIONS La mission de développement des musiques actuelles sur Biarritz, le BAB et le Pays basque se fait d’abord par l’organisation de concerts : pop, rock, rap, reggae, metal, chanson française, voire réinterprétation des musiques traditionnelles, comme ce fut le cas avec un appel à projets mené avec l’Office public de la langue basque et l’Institut culturel basque. La Rock School locale s’appelle la « Rock Eskola » et en plus des cours de guitare, basse, batterie, etc., il faut aussi compter avec la pratique de la chorale ! L’accompagnement des artistes locaux se fait via un important travail de soutien et d’accueil en résidence (« l’exemple le plus connu c’est Gojira, qui vient souvent travailler dans la salle entre deux festivals »). L’Atabal mène en outre de nombreux projets d’action culturelle en direction du milieu scolaire et des publics dits empêchés. Centre de formation agréé, l’Atabal propose des thématiques sur le son, l’image et le web. LA FRÉQUENTATION Le pari des concerts en semaine a payé. La dernière saison a été une année record. Avec

22 000 billets délivrés, la fréquentation de la salle a quasiment doublé. Dans un territoire où il faut être mobile si l’on veut satisfaire sa curiosité culturelle, l’Atabal connaît selon François Maton un « rayonnement assez large, des Landes au niveau de Seignosse jusqu’au Pays basque espagnol, avec beaucoup de public qui vient depuis Saint-Sébastien, et même depuis Bilbao ». RENDEZ-VOUS Swans + Little Annie, lundi 5 juin, 20 h. The Growlers, mardi 6 juin, 20 h.  DJ Shadow, samedi 17 juin, 21 h. L’Atabal 37, allée du Moura, 64200 Biarritz 05 59 41 73 20 www.atabal-biarritz.fr LEXIQUE Kontzertu-aretoa : salle de concert Beste bat ! : une autre ! Kantaria : chanteur Gitarra : guitare Baxua : basse  Bateria : batterie Ikuskizunetako intermitentea : intermittent du spectacle Estudioa : studio Artisten gelak : loges Multimedia baliabide zentroa : centre de ressources multimédia Ostatua : bar Katxi : pinte Milesker : merci Komunak : toilettes Guillaume Gwardeath

© Les Deux Pieds Dans La Fosse

D. R.

JUNK PAGE

CahiVeErLLE-


Pavement du Déluge, atelier de Masséot Abaquesne,, faïence, Rouen, vers 1550. © RMN - Grand Palais (Musée de la Renaissance Château d’Écouen) / René-Gabriel Ojéda

À Limoges, au cœur du fief porcelainier, le Musée national Adrien Dubouché jette un coup de projecteur sur l’œuvre de Masséot Abaquesne, figure méconnue des arts décoratifs de la Renaissance.

LE PRÉCURSEUR

NORMAND Depuis quelques années, la Cité de la céramique – Sèvres & Limoges a fait peau neuve. Et c’est une véritable réussite. Ces spacieux espaces abritent désormais la Manufacture nationale de Sèvres et le Musée national de la Céramique. Dans une esthétique résolument contemporaine, l’identité graphique imaginée par les graphistes néerlandais Atelier ter Bekke & Behage déploie une ravissante signalétique directionnelle et muséographique composée de lettres de porcelaine. Dans cet écrin entièrement rénové, le Musée national Adrien Dubouché rassemble la plus riche collection au monde de porcelaine de Limoges comme aussi des pièces significatives des grandes périodes de l’histoire de la céramique. La nouvelle exposition temporaire choisit de mettre en lumière l’œuvre de Masséot Abaquesne. Son nom n’évoque pas grand-chose. Pourtant, ce faïencier fait figure de précurseur deux décennies avant Bernard Palissy. Né autour de 1500 à Cherbourg, Abaquesne fera l’essentiel de sa carrière à Rouen alors foyer de la Renaissance artistique. Cette commune normande compte une clientèle fortunée. L’artiste-artisan répond au goût de ses contemporains en produisant notamment des pots de pharmacie fonctionnels aux lignes simples. Installé sur la rive gauche de Rouen dans l’actuel quartier Saint-Sever, Abaquesne développe la manufacture de la faïence dont

il prendra la direction, mais son activité ne se réduit pas aux pots d’apothicairerie. Le Rouennais est l’auteur des magnifiques pavements du temps de François Ier (1515-1547) et d’Henri II (1547-1559) commandés par de riches personnalités proches du pouvoir royal. Elles se nomment Anne de Montmorency ou Claude d’Urfé. Pour la première, il réalise un triptyque en faïence qui conte l’histoire du Déluge. Pour le second, il crée l’imposante marche de l’autel de la chapelle du château de la Bâtie d’Urfé (dans le Forez près de SaintÉtienne), aujourd’hui conservée au Louvre. Les deux cent soixante-dix carreaux de cet ensemble reprennent les compositions de Raphaël s’inspirant des fresques antiques découvertes au xve siècle dans la Maison dorée de Néron, à Rome. Avec des prêts issus des collections du Musée national de la Renaissance – Château d’Écouen, des musées des Beaux-Arts et de la Céramique de Rouen, de Sèvres – Cité de la céramique et du Musée du Louvre, le parcours muséal propose de partir sur les traces de Masséot Abaquesne, une figure majeure des arts décoratifs de la Renaissance au parcours atypique. Anna Maisonneuve « Masséot Abaquesne, entrepreneur et artiste de la Renaissance »,

du vendredi 2 juin au lundi 25 septembre, Musée national Adrien Dubouché, Limoges (87000).

www.musee-adriendubouche.fr


« Voyages insulaires », Maitetxu Etcheverria,

du jeudi 15 juin au jeudi 13 juillet, Arrêt sur l’image Galerie. Vernissage jeudi 15 juin, 19 h.

www.arretsurlimage.com

RAPIDO

À l’honneur de la nouvelle exposition de Crystal Palace, Rémi Groussin a choisi d’investir l’espace de cette vitrine du quartier Saint-Pierre avec une installation marquée par une esthétique du vide et de l’abandon. À rebours du trop-plein de boutiques coquettes et branchées de cette zone de l’hypercentre bordelais, l’espace énigmatique composé par l’artiste crée un point de rupture. Soit une évocation visuelle directe de ces locaux commerciaux vacants que l’on voit se multiplier dans les centresvilles des petites et moyennes agglomérations. Fasciné par ce phénomène de désertification urbaine, le jeune plasticien offre avec Survival une vision qui convoque l’atmosphère de ces boutiques en friche. Quelques éléments architecturaux – colonnes, bâche, fenêtre, miroirs – viennent ici structurer l’espace d’exposition. Conçue comme la maquette à échelle réelle d’une vitrine imaginaire à l’abandon, l’installation est composée d’une multitude de détails et traversée par des jeux de réflexion créant une complexité visuelle qui vient perturber le regard. Au cœur du travail de Groussin, les notions de ruine, d’inachevé et de fiction constituent ici un décor offrant au regardeur un support à l’édification de ses propres récits. Survival, Rémi Groussin,

jusqu’au lundi 5 juin, Crystal Palace

www.zebra3.org

© Alexis Varnier

© Rémi Groussin

UTOPIQUES ÎLES RUIN ART Maitetxu Etcheverria présente à la galerie Arrêt sur l’image une nouvelle série intitulée « Voyages insulaires », issue d’un travail au long cours mené autour des îles de l’estuaire de la Gironde. Formées et déformées au rythme des crues par le dépôt des alluvions sur les fonds sablonneux du fleuve, certaines de ces îles ont été habitées et cultivées au cours des siècles derniers quand d’autres, plus mouvantes, apparaissent et disparaissent sous l’influence des marées. Une dizaine d’entre elles ont ainsi été investies par l’homme. Peu à peu désertées au gré du temps et des mutations agricoles, ces îles ont vu la nature reprendre ses droits sur les digues laissées à l’abandon. Aujourd’hui, elles apparaissent comme un héritage culturel et géologique à préserver. Dans ce travail que l’on retrouvera dans la prochaine exposition du Frac Aquitaine, « Des mondes aquatiques #2 », la photographe bordelaise porte un regard croisé sur la mue de ces territoires capturant à la fois les berges limoneuses de l’estuaire, les traces de l’activité passée qui affleurent ici et là et les jeunes travailleurs agricoles qui habitent aujourd’hui l’île le temps d’emplois saisonniers. Occupants de passage, ces jeunes hommes sont photographiés seuls et immobiles au centre de l’image comme marqués par la contemplation face à cette nature dominante et la force légendaire de ces atmosphères insulaires.

Juan Carlos Zeballos Moscairo, Falguière, aquarelle sur papier, 56 x 76, 2017.

DANS LES GALERIES par Anne Clarck

© Maitetxu Etcheverria

SONO EXPOSITIONS TONNE

FRAGMENTS URBAINS

LA PRÉSENCE ET L’IMAGE

« Ardent topique », Juan Carlos Zeballos Moscairo,

« album no album », Alexis Varnier,

L’artiste péruvien installé à Paris Juan Carlos Zeballos Moscairo est à l’honneur de la galerie Guyenne Art Gascogne avec une exposition monographique intitulée « Ardent topique ». Depuis la fin de ses études en art à San Augustin, au Pérou, puis au Pernambuco au Brésil au tournant des années 2000, Juan Carlos Zeballos Moscairo a acquis une reconnaissance internationale. Il a notamment été exposé au musée des Arts des Amériques en Floride, au Latin Art Museum de Californie ou au musée de l’Aquarelle Guati Rojo au Mexique et a reçu le premier prix du Salon de Versailles en novembre 2016. Sa peinture aux accents expressionnistes se nourrit du vacarme graphique et plastique de nos centres urbains. Fin observateur, il s’imprègne de ce flux d’images en perpétuelle métamorphose, prélève des morceaux d’affiches déchirées, relève des signes, des graffitis et les enregistre dans des cahiers pour en faire la matière première de ses toiles. Dans un mouvement spontané, instinctif, presque rythmique, il allie la fragmentation du récit urbain avec une abstraction gestuelle marquée par une palette de couleurs vives et variées. « Ardent topique » donne à voir un ensemble de peintures inédites inspirées par ses observations des pulsations visuelles de la métropole bordelaise.

du jeudi 15 juin au jeudi 13 juillet, galerie Guyenne Art Gascogne Vernissage jeudi 15 juin, 18 h 30.

www.galeriegag.fr

La galerie Rezdechaussée accueille une série d’œuvres murales inédites d’Alexis Varnier. Formé à Paris aux métiers de l’audiovisuel, Varnier se consacre depuis le début des années 2000 à sa pratique de plasticien avec un travail autour de l’image, de sa matérialité et de son aura. Il choisit le plexiglas comme médium de prédilection. Ses tirages mêlent les techniques de la photographie, de la sérigraphie et de l’infographie à partir d’un procédé finement élaboré au cours de plusieurs mois d’expérimentation. Il s’agit pour l’artiste de retoucher ses photographies à la palette graphique, les convertir en points noirs, travailler la lumière puis décomposer l’image en différentes couches qu’il sérigraphie chacune sur des plaques de plexiglas isolées puis assemblées les unes aux autres. L’image est ainsi décomposée puis recomposée en volume par des jeux de transparence. Le rendu contient à chaque fois une part d’aléatoire, d’unicité et de mystère revendiquée par l’artiste. À l’ère du selfie, des réseaux sociaux et du partage des images en masse, Alexis Varnier choisit pour cette nouvelle exposition d’explorer la pratique du portrait à partir de deux clichés de ses filles. L’artiste propose plusieurs versions de ces images transférées sur plexiglas. Plus ou moins fidèle en fonction du niveau de retouche et d’insolation, certaine prennent des atours expressionnistes qui touchent à l’abstraction. du jeudi 8 juin au samedi 24 juin, Rezdechaussée. Vernissage jeudi 8 juin, 19 h.

rezdechaussee.org

Pensées périphériques présente sa 2e édition des rencontres de critique d’art. La critique d’art y est invitée à questionner ses présupposés, à se prêter à l’exercice de l’autocritique et à se confronter à des œuvres suscitant des différends, ébranlant ses propres convictions pour retrouver sa nature de critique agissante. À l’affiche des conférences : Yves Michaud, Maxence Alcalde et Imma Prieto. Samedi 10 juin de 14 h à 18 h, Station Ausone. Gratuit. www.penseesperipheriques.com • La librairie La Mauvaise Réputation accueille « Gang of Four », une mise en regard des planches originales du comics de Winshluss (coédition Frac Aquitaine et Les Requins Marteaux) inspirées par Untitled 4 de Diane Arbus (collection du Frac Aquitaine). www.lamauvaisereputation.free.fr • Les artistes contemporains allemands et géorgiens Georges Fricker, Dieter Goltzsche, Gocha Gulelauri, Sabine Peuckert, Hans Scheib, Marion Stille et Andreas Theurer sont à l’affiche de l’exposition « À la table de Pirosmani » visible jusqu’au 28 juillet à la galerie MLS. www.galerie-123-mls.com

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© Pierre Planchenault

© Virginie Meigne

SCÈNES

Dans le prolongement de Campagne, en février, l’édition 2017 de Chahuts agite la parole politique dans toutes ses formes sous la houlette de sa nouvelle directrice, Élisabeth Sanson.

PAROLES, PAROLES,

PAROLES...

Caroline Melon partie en fin d’année dernière, Élisabeth Sanson, venue de la Ferme du Buisson, a repris les rênes de Chahuts, festival des arts de la parole intimement lié au quartier Saint-Michel. Pour cette 27e édition, les grandes lignes ne bougent pas : des mots, des mots, encore des mots, qui véhiculent de la pensée, du collectif, des rires, des fêtes. En cette année très politique, impossible de faire l’impasse sur les élections. Campagne proposait des résidences et webséries inspirées des discours des hommes politiques en campagne. Chahuts ne déroge pas à cette ligne de conduite, et, coincé entre les deux tours des législatives, déroule la sentence oratoire, déjoue les petites phrases pour des prises de parole pleines de sens, revisite les débats pour en faire des joutes verbales jouissives. Nombre d’artistes présents en février refont le voyage jusqu’à Bordeaux : ainsi Gaëlle Bourges vient faire conférence ; Fanny de Chaillé investit Barbey en version gonzo ; le collectif OS’O lance un marathon d’écriture. Et Nicolas Bonneau (voir ci-contre) se frotte à Noël Mamère pendant quatre jours. D’autres artistes introduisent de nouveaux engagements verbaux : Jean Magne, chorégraphe installé à Bordeaux, calque les pas de son trio sur le discours d’un homme politique anglais ; Anne-Cécile Paredes décode le langage du pagne africain dans L’Œil de ma rivale ; Julie Seiller propose des flâneries utopiques ; Jonathan Macias expose les lettres au Président. Si le quartier Saint-Michel reste encore le cœur où bat l’âme du festival (et ses soirées au 7e étage et demi), Chahuts prend pied aussi en dehors du quartier : à Barbey pour la Gonzo conférence de Fanny de Chaillé et le concert de Mohdd, à la Manufacture Atlantique pour Ali 74 de Nicolas Bonneau, au théâtre Molière pour une conférence citoyenne. Nouveauté 2017 : un petit QG au 72, rue des Faures, la Chahute, rassemblera artistes, habitants, festivaliers. Tout à la fois zone d’expérimentation pour étudiants en BeauxArts, terrain de jeu de L’Établi pour des lectures collectives et des jeux de rôle ou salle d’écoute du Chien dans les dents, lancé dans son nouveau projet Ce que nous ferons. Ce lieu « où ça discute » complétera la géographie sensible d’un festival made in Saint-Mich’. Stéphanie Pichon Chahuts,

du mercredi 14 au samedi 17 juin, Bordeaux.

www.chahuts.net

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Nicolas Bonneau, conteur documentaire, fait le grand écart entre Noël Mamère et Mohammed Ali. Du combat de boxe à la conférence citoyenne, rencontre avec un artiste les deux mains dans le réel. Propos recueillis par Stéphanie Pichon

LE CONTE EST

UN SPORT DE COMBAT Vous vous intéressez au collectage, aux récits de vie, la plupart du temps de personnes de l’ombre, anonymes. Pour Chahuts, vous allez faire une conférence citoyenne avec Noël Mamère, soit passer quatre jours à échanger avec lui avant de vous produire sur scène ensemble. Il s’agit là d’un personnage public, avec une maîtrise forte du discours. Est-ce cela qui vous intéresse chez lui ? La conférence citoyenne, c’est quelque chose que je fais avec plein de gens. Je l’applique aussi au politique parce que je prépare un spectacle sur les femmes en politique qui s’intitulera Qui va garder les enfants ? et qui s’inspire de cette phrase de Laurent Fabius à propos de Ségolène Royal. Je me suis déjà inscrit dans Campagne avec ce projet, j’ai fait récemment une conférence avec Delphine Batho, ancienne ministre de l’Environnement. J’avais demandé à Élisabeth Sanson si je pouvais faire cette conférence avec une femme élue sur Bordeaux. Elles ont toutes refusé. On a donc demandé à Noël Mamère qui a accepté. Je suis enchanté, parce qu’effectivement il est dans la maîtrise du discours, qu’il a du recul, que c’est une figure qui se met en retrait de la vie politique. Et je pense qu’il a aussi des choses à dire sur les femmes en politique. Cette conférence se base également sur un échange de pratiques entre le citoyen et l’artiste... Oui, même si la plupart du temps l’échange se fait surtout dans un sens, toutefois, l’idée c’est de porter un regard l’un sur l’autre. Il y a des moments de tête-à-tête, je passe aussi des petites commandes d’écriture. À la fin, nous sommes deux sur scène. Même si c’est moi qui la mène, je sais qu’avec quelqu’un comme Noël Mamère, qui maîtrise ce genre d’exercice, ce ne sera pas la même chose. Vous présentez aussi le projet spectaculaire Ali 74. Là, vous vous plongez dans le combat du siècle, celui de Mohammed Ali contre George Foreman à Kinshasa, qui a déjà donné tant de livres et de films. Comment

réinventez-vous cet événement mythique ? J’ai tenté d’y apporter une touche singulière en me rendant à Kinshasa, à la rencontre d’anonymes. Je voulais voir ce qu’il restait du mythe dans les mémoires des gens. C’est un spectacle qui parle de l’Afrique et de la lutte des Noirs. Un spectacle de trois Blancs sur deux boxeurs noirs, puisque je suis accompagné de deux musiciens, dont un Bordelais, Mikael Plunian, qui a composé la musique. Le spectacle, qui a déjà joué près de 170 fois, partira en tournée à Kinshasa cet hiver ; ça marquera la fin de ce projet. Le verbe d’Ali, sa manière de parler, de discourir, si particulière, vous ont-ils influencé ? Oui, bien sûr, je ne pouvais pas faire fi de ces moments. J’ai été influencé par sa prosodie, qui est une sorte de slam avant l’heure. La tactique et le mythe du combat tiennent aussi à la parole, notamment dans sa manière de parler à l’oreille de Foreman sur le ring. Un festival comme Chahuts, poreux aux habitants, avide de paroles partagées, est-il l’endroit idéal pour accueillir vos créations, entre fiction et documentaire ? Cela fait des années que je ne suis pas venu, mais oui, c’est un beau projet, assez exemplaire dans son implantation sur un territoire. C’est quelque chose qui m’habite aussi dans les Deux-Sèvres, où est installée ma compagnie. On y fait par exemple une tournée des cafés oubliés. Caroline (Melon, ndlr) m’avait contacté pour Campagne, Élisabeth a pris le relais, je suis content d’être à ce moment particulier où Chahuts change de mains. Et je suis heureux aussi de jouer au Molière, sur la scène de l’OARA, qui couvre désormais toute la grande région. Discours + Conférence citoyenne,

vendredi 16 juin, 19 h, Théâtre Molière - OARA, Ali 74, samedi 17 juin, 18 h, Manufacture Atlantique,

www.chahuts.net


©NicolasRoux

À Sainte-Croix, en plein air, Mathilde Monnier rejoue le Bal d’Ettore Scola et du théâtre du Campagnol, en version porteña. Douze danseurs y dansent l’histoire (sans parole) de l’Argentine.

MILONGA

CONTEMPORAINE Décidément, la LGV a bon dos pour créer du déplacement bien au-delà de la gare Montparnasse ! Pour l’ouverture de la saison artistique Paysages, El Baile emmène les Bordelais jusqu’à Buenos Aires, plantant une immense milonga dans les pelouses du square Dom Bedos. La nouvelle pièce de la chorégraphe Mathilde Monnier et de l’écrivain Alan Pauls puise dans l’histoire et la musique argentine sa substance. Mais elle s’ancre surtout dans un mythe artistique, celui du Bal d’Ettore Scola, film inspiré lui-même de la pièce de Jean-Claude Penchenat et du théâtre du Campagnol. Créé en janvier 1980, Le Bal réunissait une troupe de comédiens sans texte, remontant le fil d’une épopée populaire à travers les récits de vie des habitants d’une petite ville de banlieue parisienne, de la Libération aux années 1980. Indéniablement le Tanztheater influence la troupe de l’époque pour construire cette épopée sans parole, pariant sur la puissance des corps pour dire la grande et les petites histoires, le bal et les flonflons servant de fil rouge et de décor à cette grande fresque. La pièce, devenue un mythe, a traversé l’Europe pendant des années. De ce succès scénique, presque universel, Scola a fait un film trois fois primé aux César, mais dont les atours un peu lourdauds ont du mal à résister au temps. Trente-cinq ans plus tard, Mathilde Monnier, qu’on avait peu vu créer depuis qu’elle a pris la direction du Centre national de la Danse, a reçu commande de recréer ce Baile, cette fois en Argentine, à Buenos Aires, dans une ville où la danse est partout, et les bals – ces milongas langoureuses, festives, nocturnes, populaires – signifient encore quelque chose, au-

delà même du folklore à touristes. Installé deux soirs au croisement de lieux culturels bordelais – entre Conservatoire, TnBA et BeauxArts –, El Baile est un gros morceau à 12 danseurs, format pas si courant par ces temps d’amaigrissement contraint des effectifs sur scène. À dessein, dans cette version contemporaine, la chorégraphe a fait commencer l’histoire deux ans après la fin de la dictature, en 1978. « J’ai choisi d’engager de jeunes danseurs car cette génération est frappée d’une sorte d’amnésie et cherche à échapper au poids de l’Histoire. » Sa reprise souhaite aller au-delà du simple récit historique et souligner « l’expression de ce que l’Histoire fait (faire) aux corps ». Soit capter l’énergie ou la non-énergie de chaque époque : « corps fatigués, corps qui résistent, corps commun, corps éclaté, surénergisé, bodybuildé, corps sportif travaillé, corps abîmé, corps enfant, corps vieilli, corps appareillé, corps cassé, corps transformé ». En chaussures à talon ou en baskets, la troupe nourrit de ses propres expériences ce bal qui ne saurait se contenter du seul tango pour dire l’épopée sociale et politique de l’Argentine. La samba, la techno, la cumbia, le chamamé, le rock, le malambo résonneront aussi dans ce carrefour artistique bordelais. Avant que l’été marque le retour des rockeurs de Relâche, prêts à labourer comme il se doit les pelouses du square Dom Bedos. SP El Baile, Mathilde Monnier et Alan Pauls, du jeudi 29 au vendredi 30 juin, Square Dom Bedos.

www.paysagesbordeaux2017.fr


LITTÉRATURE

GÊNÉTIQUE

D’AVANT « Ne parle pas sur nous » sont les derniers mots qu’il a entendus en quittant le sol syrien, en 2002. « Je n’ai plus le droit de parler. Je ne suis plus moi. Ou disons plutôt que je suis toujours moi mais lavé, rincé de mon passé. La seule chose que j’ai à faire c’est de respecter la règle du silence qui va gérer ma vie pendant des années. » Quinze ans plus tard, Abdulrahman Khallouf, devenu citoyen français, rompt une longue traversée muette et publie ses chroniques syriennes, dans la langue de Molière, chez Ici&Là, maison d’édition landaise spécialisée dans les reportages poétiques. « Parfois il ne faut pas moins qu’une guerre pour se permettre la mémoire » conclut-il. La guerre syrienne a tout ravagé, déchiré, bouleversé. Il y a désormais une Syrie de l’intérieur et une autre de l’extérieur, éparpillée dans le monde entier. En France, Abdulrahman Khallouf a retrouvé nombre de ses compatriotes, dont il a raconté le parcours et l’exil dans Sous le pont, pièce qu’il a écrite pour le FAB l’an dernier. Ceux-là mêmes l’exhortent désormais à se saisir de la langue pour se raconter. Ses textes s’ancrent dans un passé bien plus lointain que les six dernières années, celle d’une famille de bergers alaouites, d’un père soldat, d’une enfance à Damas entre violence, pauvreté et sensations enfouies. La langue vivante, creusant le sillon des souvenirsméandres, vole d’année en année, rattrape un détail, une scène, un paysage : le pain chaud attendu patiemment sur les tapis roulants de la boulangerie industrielle, les défonces au sirop pour la toux, les visites répétées aux femmes des « marchands de viande », les ventes de jeans américains à la sauvette, le visage du président omniprésent jusque sur les bras tatoués des cousins. Ces chroniques racontent la distance qui sépare, le temps qui ne reviendra plus, et le carcan d’une société étouffée, mais pas encore dépecée, cannibalisée, avalée. Stéphanie Pichon Ne parle pas sur nous. Chroniques syriennes, Abdulrahman Khallouf, Ici&Là.

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FLOU ARTISTIQUE Réédité sous l’égide de Jérôme Leroy (auteur, entre autres, du Bloc à la Série noire), ce court texte contient toutes les marottes du sulfureux ADG, dans la droite ligne de ses écrits dans la collection dirigée par Marcel Duhamel, en particulier Je suis un roman noir, où l’admiration pour Boudard et Blondin transparaît à chaque recoin de phrase. On reconnaîtra aussi sa capacité remarquable à raconter les muflées et autres cuites, puisque l’on débute nuitamment dans une boîte à danser parisienne. Domi, personnage vaguement poète et velléitaire en diable, se prépare à retrouver le nouvel amour de sa vie et voit Paris défiler depuis ce taxi qui le ramène chez lui, afin de préparer sa prochaine vie d’aventures avec cette jeune dulcinée… Pourtant, le drame survient, ridicule et vain, ironique même, puisque les lunettes de notre « miro navranturier » se brisent, ainsi que ses rêves de liberté et d’héroïsme. Ce texte court et introspectif, brillant par bien des aspects, empreint d’un humour caustique, voire sarcastique, illustre remarquablement l’impossibilité de la fuite et le côté étriqué de la France giscardienne, et nous partageons avec délectation cet intense moment volé de littérature noire. Olivier Pène La Nuit myope, ADG

La Table ronde, collection La Petite Vermillon.

On avait découvert Benoît Vincent en Farigoule Bastard, curieux berger traversant la Provence pour « monter » à Paris, arpentant les garrigues comme les reliefs de la langue. Il nous revient à Gênes, ville entre bleu et vert, comme dirait Godard de Genève, entre mer et montagne. La langue a changé, elle s’est assagie, mais virevolte encore entre prose, poésie et prose poétique. B. rencontre B. qui vit à Gênes. C’est l’occasion pour lui d’arpenter la ville, ses recoins, l’interroger dans l’espace comme dans le temps, la découvrir par ses habitants, illustres ou passants, son apport à l’histoire et à notre quotidien. On retrouve ici une forme de tentative d’épuisement, forcément impossible, d’un sujet que l’on pouvait rencontrer au début des années 2000, chez Nathalie Quintane notamment (Saint Tropez / Une américaine). GE9, GEnove, c’est le pluriel de Genova, une ville plurielle que le S final français de « Gênes » traduit bien, une ville dont Vincent cherche à décrire chaque facette (quatre-vingt-une du moins, 9 fois 9). Le livre est à l’image de la ville, multiple, éclaté. Au lecteur d’y déambuler à son gré, d’aller où bon lui semble, dans son désordre organisé par de nombreux index, tables, entrées. « Avec toutes ses entrées, on se perd souvent, on se trompe de rue. On part dans le mauvais sens. » On le lit comme on devrait toujours découvrir une ville, en s’y perdant, en errant dans ses méandres. On va dans tous les sens, le passé, l’avenir sans jamais s’y sentir enfermé car GEnove comme Genova est ouvert vers l’ailleurs, le port, l’Amérique, l’arrière-pays, l’amour. Julien d’Abrigeon GEnove, Benoît Vincent,

Le Nouvel Attila, collection Othello


PLANCHES

LES CAVALIERS DE L’APOCALYPSE Coédité par le Frac Aquitaine et les Requins Marteaux, Gang of Four de Winshluss est un comics dans la véritable tradition du genre, présenté comme « une bande dessinée de Winshluss, le maître incontesté du clair-obscur… ». Quel programme ! Comme pour les treize nouvelles précédemment parues dans la collection Fiction à l’œuvre, initiée par Confluences et le Frac Aquitaine, son point de départ est une photographie de la collection du Frac Aquitaine, Untitled 4 (1970-1971) de Diane Arbus. Choisi par l’auteur du mythique Pinocchio et du récent Dans la forêt sombre et mystérieuse, Untitled 4 figure parmi les photographies les plus puissantes de l’immense artiste américaine, disciple de Walker Evans et de Lisette Model, qui s’est suicidée le 26 juillet 1971, à l’âge de 48 ans. Ce cliché d’une puissance inouïe, à la lisière de l’étrange, est issu d’une série réalisée à l’occasion de Halloween, dans un hôpital psychiatrique. Révélée au grand public en 1967, lors la légendaire exposition « New Documents », au musée d’Art moderne de New York, aux côtés de Lee Friedlander et de Garry Winogrand, Diane Arbus quitta rapidement l’école de la street photography pour une exploration inédite et sans concession de la marge. Elle s’est souvent dite prête à tout, « à perdre [sa] réputation ou [sa] vertu, ou tout au moins ce qu’il en reste, pour une bonne photo ». Fille d’une riche famille de commerçants juifs new-yorkais, sa « carrière » fut une longue descente dans le déclassement, tout à la fois fruit d’une insondable dépression et d’un idéal sans concession, quitte à casser la distance avec ses modèles.

À vrai dire, rien de surprenant à ce que Winshluss, auteur qui n’a de cesse de faire grincer son médium en accord avec sa vision désenchantée de la comédie humaine, ait retenu ces quatre figures grimaçantes et surnaturelles, dont la pause constitue un défi au regard – il en émane tant de matière fictionnelle. Résultat, un récit tout à la fois sombre, intemporel et fantastique plongeant abruptement les quatre protagonistes de l’œuvre originale dans une course poursuite haletante et terrifiante. Fidèle à ses obsessions, il distille sans détour et dans le même élan grotesque, obscurantisme, vengeance, féérie, naïveté et une stupéfiante parabole environnementale. L’ambiance hautement sanguinaire est dénuée de toute grâce et encore plus de la moindre once de miséricorde au profit d’une critique sans fard de la bêtise, dont Winshluss, ce grand moraliste, ne cesse de se délecter. Pour autant, quand la tentation du tragique pointe sa sinistre figure, place à la « poésie » : un phasme ventriloque facétieux prodigue de judicieux conseils, Big Mama (ou Gaïa) dévoile un passage dans ses entrailles ouvrant le chemin d’une possible résurrection... Au jeu – forcément hasardeux – des correspondances entre les œuvres et les époques, Gang of Four (hommage au groupe postpunk anglais ?), démontre qu’il suffit de peu pour effectuer la traversée du miroir. Marc A. Bertin

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CINÉMA

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Samedi 24 juin, dès 18 h, le fifib vous invite sur l’esplanade de Bordeaux Mériadeck pour un rendezvous rétro-futuriste où se confrontent utopie et dystopie urbaine. Au programme : set musical et visuel de Maud Geffray (Scratch Massive), projection du cultissime Blade Runner de Ridley Scott, en partenariat avec Utopia, DJ set signé I.Boat Sound System, art urbain et conférence autour de l’architecture. L’événement est gratuit. www.fifib.com

D. R.

HALLOWEEN

D. R.

TÊTE DE LECTURE

par Sébastien Jounel

PARTIES DE

CAMPAGNES

www.les6trouilles.com

ATELIER Les Rencontres cinématographiques d’Aix-en-Provence lancent un appel à candidatures pour l’atelier Jeunes Auteurs 2017 organisé en partenariat avec la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans le cadre du 35e Festival Tous Courts qui aura lieu du 27 novembre au 2 décembre. Les candidatures sont ouvertes à tous les projets de films francophones ne dépassant pas 30 min, à l’exclusion de ceux ayant déjà reçu une aide à l’écriture, au développement, ou toute autre contribution financière institutionnelle ou privée. festivaltouscourts.com/FTC2016/appel-acandidature-atelier-jeunes-auteurs-2017/

FACE-À-FACE

D. R.

La récente campagne présidentielle a eu son lot de nouveautés, de rebondissements et de coups de théâtre dont les scénaristes devraient tirer une matière dramatique particulièrement savoureuse pour l’adaptation cinématographique. Pourtant, faire transiter le monde politique du côté de la fiction ne semble pas être une spécialité française. En témoigne l’échec de La Conquête de Xavier Durringer en 2011. Le pseudo-biopic sur l’accession de Nicolas Sarkozy au pouvoir ressemblait à une sorte de collage de revues de presse. Nous sommes bien loin des thrillers politiques américains qui ont illuminé les écrans durant le Nouvel Hollywood dans les années 1970, et même quelques décennies auparavant sans compter les séries The West Wing, House of Cards et consorts. Pourtant, au xixe siècle, Alexandre Dumas avait ouvert la voie en inaugurant le roman historique, s’inspirant de personnalités et de faits réels pour les transcrire en feuilletons littéraires à succès. Il avait inventé, indubitablement, une forme que nous appelons maintenant « série », travaillant par ailleurs avec les méthodes aujourd’hui usitées par les Américains : Dumas avaient plusieurs plumes à son service, tel un showrunner à la tête d’une pléiade de scénaristes. Mais si le cinéma de fiction français peine à aborder de front le monde politique et ses machiavélismes (à de rares exceptions près : Le Grand Jeu, Chez nous, entre autres), la série française, quant à elle, paraît le faire à merveille. Baron noir a ainsi créé une belle surprise et pour cause, l’un des scénaristes, Éric Benzekri, a fait ses armes aux côtés de Julien Dray et a travaillé dans le cabinet de Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il était ministre de l’Enseignement professionnel. La série s’inspire en grande partie de « Juju », son ancien mentor, et des manœuvres dont il a été le témoin durant sa carrière en politique. Le réalisme de la série doit sans nul doute beaucoup à la réalité Ainsi, après l’annonce de la victoire d’Emmanuel Macron et la traditionnelle tournée des plateaux télé, surprise, Julien Dray apparaît sur France 2, crédité comme « conseiller en stratégie politique » d’Emmanuel Macron... La saison 2 de Baron noir avait déjà commencé. La réalité de la mise en scène politique s’est télescopée dans le réalisme fiction.

Le festival Les 6 Trouilles, organisé par la Ville de Libourne en partenariat avec Périphéries Productions, lance son appel à courts métrages. Au moins 6 films amateurs renvoyant au film de genre y sont présentés et projetés devant un jury composé de professionnels et de personnalités. L’inscription est gratuite. Les participants au projet doivent être âgés de moins de 18 ans. Le film devra être envoyé sous le format d’un fichier numérique de haute qualité avant le 30 septembre, accompagné de la fiche d’inscription, par courrier (Périphéries Production, BP 77, 33151 Cenon Cedex) ou par email (contact@periph-prod.com).

Dans le cadre du 17e Festival du Film court de Nice, qui se déroulera du 13 au 20 octobre, des rencontres auteurs-spécialistes sont organisées pour accompagner et soutenir les auteurs. Destiné aux auteurs de la Région ProvenceAlpes-Côte d’Azur, cet atelier permet aux scénaristes de faire évoluer leur travail, en le confrontant au regard de professionnels de l’industrie cinématographique. L’atelier s’ouvre avec une séance de pitch libre, puis les 4 porteurs de projets rencontrent tour à tour 4 professionnels spécialistes du court métrage pour des entretiens individuels de 30 mn chacun. www.nicefilmfestival.com/heliotrope/travaux-en-courts

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ARCHITECTURE

VIVRE

La 17e édition des Journées d’Architectures À Vivre confirme le succès de la manifestation, en France et en Nouvelle-Aquitaine. Retour sur les lignes de principe de cette invitation à la découverte, suivie d’une sélection de projets : maisons, surélévations, réhabilitations qui témoignent de la diversité des propositions. Par Benoît Hermet.

SUR MESURE ! internet où, en 2017, les internautes ont été appelés à voter pour décerner les prix des maisons d’Architectures À Vivre. La région Nouvelle-Aquitaine et la Gironde ont été parmi les premières à participer à la manifestation et restent fidèles. 50 habitations sont visitables cette année, dans plusieurs départements, avec des typologies de projets variées : échoppe revisitée, ferme transformée, centre d’art à la campagne, villa au cœur des pins dans les Landes…  Cette diversité reflète le dynamisme de la profession même si la maison ne représente pas l’unique activité des architectes. Elle reste cependant un « lieu d’expérimentation », comme le souligne Matthieu de Marien, cofondateur de l’agence FABRE / De MARIEN

et ambassadeur de ces journées en Gironde. « Nos maisons ont souvent fait parler de notre agence et nous aimons les faire visiter avec nos clients car chaque projet raconte une histoire. On souffre encore d’un manque de culture architecturale et ce type de manifestation opère un premier pas vers le public. » Il ne reste plus qu’à pousser les portes ! Journées d’Architectures À Vivre,

du vendredi 16 au dimanche 18 juin et du vendredi 23 au dimanche 25 juin. Tous les projets sont visibles sur le site www.journeesavivre.fr qui permet également de réserver sa visite. Nous remercions les architectes et les photographes qui ont apporté leur aide à l’occasion de ce dossier.

© Grégory Berg - whyarchitecture

Les Journées d’Architectures À Vivre ont commencé en 2000 avec une centaine de maisons à visiter. Cette proposition généreuse portait l’architecture à la rencontre du grand public. Dix-sept ans après, le succès est toujours au rendez-vous. Les journées ont accueilli l’an dernier plus de 20 000 visiteurs ! En 2017, 500 maisons ouvrent leurs portes dans toute la France. À cette occasion, les architectes deviennent les guides et leurs clients partagent leur expérience. Comme le rappelle Éric Justman, créateur de la manifestation : « Les gens visitent aussi des manières d’habiter où l’architecture apporte une réponse sur mesure, des espaces décloisonnés, des matériaux, de la lumière naturelle… » Point de standards ni de systèmes, mais autant de possibles à explorer. « Les Journées sont un moment convivial qui transmet un plaisir de l’architecture », poursuit Éric Justman. De fait, 30 % des maisons visitables aujourd’hui le sont grâce à des propriétaires qui étaient eux-mêmes visiteurs au départ ! Cette expérience collaborative se prolonge sur le site

UN CHAI Entre vignes et estuaire de la Gironde, cet ancien chai en pierre a été transformé en habitation. Monolithe fermé au départ, avec un immense volume intérieur à occuper, l’édifice a été entièrement repensé par les architectes. La trame de la charpente Architectes : d’origine a été conservée, tandis qu’une whyarchitecture des façades en pierre a disparu, au profit Localisation : d’une construction en ossature bois et Plassac (Gironde) verre. Le chai revisité s’ouvre désormais Année de réalisation : 2016 sur le paysage. Les nouvelles poutres Surface : prolongent la charpente initiale, comme 345 m2 une histoire à plusieurs voix.

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© Grégory Berg - whyarchitecture

RÉINVENTÉ


GESTE ARTISTIQUE

De cette ancienne ferme, les architectes ont gardé l’organisation initiale : d’un côté les pièces de vie, de l’autre une ancienne grange transformée en atelier, s’ouvrant aux beaux jours. La palette des matériaux offre de multiples nuances à l’espace. Minéralité du béton brut, cloisons claires en peuplier, blancs chaulés, Architectes : briquettes réemployées… Basé entre Paris Atelier Boteko et la Gironde, l’Atelier Boteko a choisi pour Localisation : patronyme ce mot portugais qui évoque Aillas (Gironde) la simplicité d’un lieu paisible. Un credo Année de réalisation : parfait pour ce projet intégrant également 2016 une dimension écologique (isolation en Surface : laine de bois). 2 430 m

Photo © Édouard Decam

CAMPAGNE CRÉATIVE !

157 m

Photo © Édouard Decam

Photo © Daniele Rocco

Photo © Daniele Rocco

Le centre d’art privé du Domaine perdu, au cœur du Périgord noir, souhaitait réaliser dans un hangar en bois un espace pluriel, à la fois gîte de vacances, résidence de création et galerie d’exposition. À la manière d’une intervention artistique, les architectes ont découpé une bande blanche dans le bâti ancien. Ce nouvel espace concentre les pièces de vie et assure le lien avec l’extérieur. Sur le côté, un agenceArchitectes : ment en bois intègre CoCo architecture cuisine, salle de Localisation : Meyrals (Dordogne) bains et laisse un maximum de possi- Année de réalisation : bilités à l’espace 2016 central… Une optiSurface : misation superbe ! 2


Photo © Philippe Caumes pour DSH architecture

ARCHITECTURE

Photo © Philippe Caumes pour DSH architecture

LA MAISON B Derrière une façade historique du quartier des Chartrons, cette surélévation dévoile un esprit très contemporain. Tout en répondant au règlement d’urbanisme, l’agence DSH a transformé cet immeuble (avec la collaboration d’Alix Bouffard et Alice Scarwell). Leur cahier des charges Architectes : répondait à la nouvelle organisation d’une DSH architecture famille, dont certains enfants devenus Localisation : grands. Pour cohabiter avec fluidité, les Bordeaux espaces et les points de vue sont finement Année de réalisation : agencés. Un patio à l’étage et un solarium 2016 Surface : sur les toits permettent aussi de vivre à 310 m2 l’extérieur.

SECRET

Photo © Fabio Semeraro

MON JARDIN

Photo © Fabio Semeraro

La transformation des échoppes est un sujet important de l’habitat dans la métropole bordelaise. Ces maisons de ville traditionnelles sont généralement compactes et doivent être revues pour faire entrer la lumière. C’est le cas de ce projet sur deux niveaux et mezzanine. Chaque espace Architectes : dialogue grâce BAL architectes à des percées, la façade côté jardin Localisation : Bordeaux est entièrement Année de réalisation : vitrée. 2015 À l’intérieur, Surface : murs blancs et 170 m2 habillages en bois clair laissent le regard circuler à l’envi. Tout est finement orchestré dans le détail… Cosy et artiste dans l’âme !

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Photo © Hoerner Ordonneau architectures

Photo © Hoerner Ordonneau architectures

FARNIENTE

LANDAIS

Photo © Hoerner Ordonneau architectures

Cette maison de vacances au milieu des pins s’intègre à son environnement. Juchée sur une petite colline, elle s’élance avec ses rythmes rectilignes. Bois, métal et verre dessinent des volumes aérés. Bioclimatique, la maison est Architectes : aussi équipée de volets à Hoerner et Ordonneau lames de bois pour moduler les Localisation : apports solaires ou le vis-à-vis. Soorts-Hossegor À l’étage, le grand salon entouré (Landes) de decks fait corps avec les Année de réalisation : arbres. Au rez-de-chaussée, les 2017 chambres sont conçues comme Surface : 232 m2 des espaces autonomes, avec salle de bains, bureau… De quoi se retrouver sans se gêner !


SOUFFLE

Photo © ARIACH

ARCHITECTURE

Constructions neuves, surélévations ou extensions… L’agence ARIACH est familière des programmes de maisons individuelles. Sa démarche met en avant « la confiance du commanditaire, Architectes : ARIACH Virginie la communication entre les Sautou et associés intervenants ». Pour cette échoppe Localisation : à réhabiliter et agrandir, les espaces Bordeaux se déploient côté jardin. Une grande Année de réalisation : structure contemporaine en métal 2017 s’ouvre sur une loggia. L’étage reçoit Surface : trois chambres supplémentaires, tandis 174 m2 que le rez-de-chaussée articule cuisine et grand salon décloisonné. Un air de campagne en ville.

Photo © Yann Rabanier

Photo © ARIACH

NOUVEAU

INTÉRIEURS

Architectes : Il est plus moderne de s’adapter que de Lanoire et Courrian démolir ! Sur ce projet tout en sobriété Localisation : discrète, quatre architectes renommés sont Bordeaux associés : les agences Lanoire et Courrian Année de réalisation : et FABRE/deMARIEN. Derrière son portail 2014 en tôle d’acier, l’ancien hangar en ciment Surface : révèle une rue intérieure, deux patios, une 120 m2 habitation épurée. Les circulations et les menuiseries designées optimisent les volumes. Les ouvertures amènent de la profondeur aux espaces. Habiter un lieu est toujours une source d’expérimentation pour les architectes.

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Photo © Yann Rabanier

JOUR


Photo © Julien Fernandez

MAISON DU MARIN

Photo © Julien Fernandez

Cet immeuble historique du centre de Bordeaux — où beaucoup de Bordelais ont passé leur permis bateau — a été divisé en plateaux nus. Un couple sollicite l’agence FABRE/deMARIEN pour aménager un pied-à-terre en rezArchitectes : de-chaussée sur jardin. Les architectes FABRE/deMARIEN proposent de partitionner l’espace en Localisation : favorisant transparence et luminosité. Grâce à un système de cadres en bois, tantôt Bordeaux Année de réalisation : pleins, tantôt vitrés, ou avec des étagères, 2016 les propriétaires composent librement leur Surface : intérieur. Un appartement malin, d’une 97 m2 élégante simplicité.

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FORMES

LIEUX COMMUNS À quoi ça sert, un pont ? De longtemps, les Bordelais ne se sont guère posé la question, n’envisageant pour l’essentiel leur ville qu’en relation directe avec l’océan ; transactions « en droiture » ou « triangulaires » à la clé. Pour ce qui est des liaisons terrestres avec les pays d’oïl et le pouvoir centralisateur parisien, bacs et gondoles suffisaient. Une « suffisance » à double sens, cette modestie d’infrastructure masquant en réalité le mépris des notables locaux à l’égard de la monarchie – laquelle exerçait sa toute-puissance intra-muros grâce au mastodonte du château Trompette – et la nostalgie de la tutelle britannique. Une sorte de Bordexit avant la lettre ? Il fallut en 1808 un Napoléon impatient de lancer ses grognards à l’assaut de l’Espagne pour concrétiser la perspective d’un chantier à même de franchir les 500 m de la tonitruante Garonne. Positionné dans le prolongement de la route de Paris, actuelle avenue Thiers, le pont, achevé et inauguré seulement 14 ans plus tard, reçut les honneurs, rive gauche, de la porte de Bourgogne (ex-porte Napoléon), faisant état depuis un demi-siècle d’entrée officielle.

LE NOM DES PONTS Les innommés À quoi ça tient, un nom ? Visiblement, à pas grand-chose. De fait, le tout premier ouvrage d’art de l’histoire de Bordeaux, événement remarquable et remarqué, ne fut autrement nommé que de la matière qui le constitue, la pierre, habilement dissimulée sous un appareil de briques. L’économie lexicale qui réduit l’ouvrage des ingénieurs Deschamps et Billaudel à son seul statut composite (comme à Libourne) laisse rêveur. S’agit-il d’un témoignage supplémentaire du désintérêt des Bordelais pour un viaduc supposé fantaisiste (un caprice bonapartiste), voire inutile dans leur illusion immarcescible d’une fortune éternelle prodiguée par les lointains atlantiques ? Un hommage à cette pierre matricielle provenant des carrières de Bourg, à laquelle le chef-d’œuvre de la façade des quais doit une part substantielle de son prestige ? Un pied de nez aux rivaux toulousains, apôtres de la brique (sur l’air d’un « couvrez cette brique » tartuffien) ? Un non-choix prudent au regard de la volatilité politique ?… Quelque 40 ans plus tard, le bon sens poursuit sa marche. Jusqu’en 1861, les voyageurs utilisant le train et désirant poursuivre leur route vers le Midi étaient tenus de descendre gare d’Orléans, à La Bastide, pour gagner la gare Saint-Jean via le Pont de pierre. À cette date, ils bénéficièrent d’une desserte directe grâce à l’ouverture d’un pont de chemin de fer réalisé par le jeune Gustave Eiffel sur des dessins de Pierre Regnault. Comme il n’existait pas de tradition pour intituler ce type d’ouvrage d’un nouveau genre – considéré, de plus, comme strictement fonctionnel et guère esthétique –, celui-ci fut simplement désigné en tant que « pont de chemin de fer ». Ce n’est que bien plus tard que l’usage en fit la « passerelle Eiffel » que nous connaissons, Bordeaux profitant de la renommée du brillant ingénieur entretemps reconnu dans le monde entier. Cette glorieuse attribution a contribué à protéger le franchissement métallique lorsqu’il faillit être détruit1 sur l’autel de la rentabilité technocratique au début de ce siècle. Amputée de ses culées à chacune des rives, tel un dragon bicéphale aux gueules grandes ouvertes crachant du vide, la bien nommée passerelle Eiffel attend sagement une seconde jeunesse aux côtés de son « remplaçant » anonyme, disgracieux et strictement utilitaire, dit accessoirement « pont Garonne » (2008). La ville est un long fleuve tranquille Un saut d’un siècle est ensuite nécessaire avant que la chronique hasardeuse des ouvrages d’art bordelais se poursuive. Des grandes ambitions qui présidèrent à la construction du franchissement conçu en 1965 par Jean-Louis Fayeton, il reste des souvenirs aussi vagues que ses voies de circulation routière sont vastes et dépeuplées. Surestimé et au final sous-employé, le pont Saint-Jean porte en son nom ses propres limites, celui de l’accès à la gare, alors que sa destinée le promettait à

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de plus téméraires aventures vers le Grand Sud (voir Junkpage n° 45). Ce pont-ci, au moins, aura été dûment baptisé (et inauguré en grande pompe). Mais son usage aléatoire ne lui a jusqu’à présent garanti nulle renommée. Il en va différemment du flamboyant pont d’Aquitaine, portail inaugural posté en aval de la métropole, qui dresse, depuis 1967, son robuste tablier à 53 m au-dessus de la Garonne. Ses mensurations parlent pour lui : long de 1 767 m, soutenu par deux piles de 103 m de haut, il s’impose comme le deuxième pont suspendu le plus long de l’Hexagone, après Tancarville. Construit de nouveau par Fayeton, il est le grand œuvre du député-maire Jacques Chaban-Delmas, dont les visées nationales, bien connues, s’exerçaient alors à l’échelon régional. C’est assez logiquement que la construction prit pour nom le surnom de l’édile, qualifié de « duc d’Aquitaine » en une allusion évidente à Aliénor, duchesse d’Aquitaine qui maria le quart sud-ouest de la France à l’Angleterre pour la plus grande satisfaction des négociants du cru. Un nom prêté pour un pont rendu, en quelque sorte. Plus loin l’ouverture Puis en 1993, la boucle de la rocade fut bouclée grâce à un nouvel enjambement de la Garonne. D’abord pont d’Arcins, en référence à la petite île qu’il domine, l’ouvrage a rapidement été rebaptisé, du nom du président de la République, François-Mitterrand, après la mort de celuici. Fait nouveau, le tropisme géographique et l’abstinence lexicale ont été manifestement battus en brèche au profit d’une figure de l’Histoire de France. Il en fut de même en 2013 avec le pont levant installé entre les quartiers de Bacalan et de La Bastide, à ceci près que les Bordelais, ravis par leurs quais recouvrés, souhaitèrent en choisir le nom. Si Ba-Ba, pour BacalanBastide, ou Toussaint-Louverture marquèrent les esprits, la municipalité préféra attribuer à la mémoire de Jacques Chaban-Delmas (pour lequel avait déjà été rebaptisé le stade Lescure) la tutelle du nouveau franchissement. En ne retenant pas l’ancien esclave affranchi d’origine haïtienne comme figure de proue, ce qui aurait eu pour insigne intérêt de prendre le contre-pied d’un passé honteux, l’occasion fut bel et bien manquée d’afficher haut et fort l’ouverture de la ville aux consciences du monde. Qu’en sera-t-il du pont Jean-Jacques-Bosc (appellation provisoire reprenant celle du boulevard qu’il rejoint rive gauche), prévu en 2010 et signé de l’architecte Rem Koolhaas ? L’avenir, politique, par définition incertain, nous le dira… 1. Comme le petit pont du Pertuis des Bassins à flot de Bacalan, depuis reconstruit à l’identique.

© Xavier Rosan

par Xavier Rosan


D. R.

DES SIGNES

par Jeanne Quéheillard

Une expression, une image. Une action, une situation.

CÉDER AU CHANT DES SIRÈNES

VR U O ÉC D À • U A VE U O

des Populations (SAIP) s’est progressivement mis en place. À l’horizon 2020, les sirènes seront toutes commandées à distance depuis les préfectures ou la place Beauvau par un logiciel informatique développé par EADS. À condition bien sûr que l’électricité ne soit pas coupée – le pire n’est jamais sûr ! –, le SAIP gérera le déclenchement des sirènes, une par une ou zone par zone, sur l’ensemble du territoire. À terme, il mobilisera plusieurs réseaux d’alerte et d’information. Aux sirènes et aux radios se rajouteront les SMS, les mails ou les panneaux d’affichage publics. Pas question donc de céder à la sirène du mercredi. Tel Ulysse attaché au poteau, il faut rester stoïque malgré la petite inquiétude qui pointe le temps de compter les secondes et d’être soulagé quand l’unique rugissement se termine. « Au feu les pompiers, v’là la maison qui brûle, au feu les pompiers, v’là la maison brûlée » répète la comptine, histoire de conjurer l’excitation qui monte. Elle serait à son comble si on rajoutait à cela les pin-pon du SAMU en la-fa, ceux de la police en la-ré et ceux des pompiers en la-si. Sans oublier les différents sons de cloche, du tocsin à l’angélus, ou faire revenir le chant du coq avant qu’on lui torde le cou. On pourrait se croire au solstice d’été, le 21 juin, pour la fête de la musique au milieu des bandas, des chorales, des guitares, des tambours et des trompettes. Ce serait dénier la gravité des situations que représentent nos sirènes, figures de tous les dangers. Difficile de jouer avec. À trop crier au loup, on y verrait le museau.

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Chaque premier mercredi du mois, la sirène des pompiers se met en branle à midi pétant. Pétant comme le coup de canon sur la tour Eiffel qui, entre 1900 et 1914, marquait 12 h. Un signal de 1 mn qui s’atténue pendant 41 s est émis pour mettre à l’essai la mécanique et vérifier que rien ne cloche. Ce scénario a été établi depuis la Seconde Guerre mondiale par le RNA (réseau national d’alerte). Jusqu’à récemment, dans chaque préfecture, un fonctionnaire de la direction de la sécurité civile, accompagné d’un militaire réserviste de l’armée de l’air, appuyait sur le bouton qui déclenchait automatiquement les sirènes dans tout le département. Vérification était faite. Reste plus que le danger soit là, bombardement, attaque nucléaire, inondation, explosion d’usine… pour que les sirènes se mettent à rugir selon un signal très précis : trois séquences de 61 s plus 4 s de descente séparées par un intervalle de 5 s. Un signal continu de 30 s annonce la fin de l’alerte. Avec quelques couacs cependant. Par manque d’équipement dans de nombreuses communes, on compte encore sur le porte-à-porte ou sur le porte-voix du garde champêtre (belle lurette qu’il a remisé son tambour). Un équipement trop obsolète demande à l’employé municipal le plus fringant de se fader toutes les marches du clocher pour appuyer sur le bouton. Que dire aussi de la fin des PTT et de France Telecom. Plus personne pour entretenir le câblage des lignes téléphoniques fixes supplantées par le réseau ADSL ou la fibre. Depuis 2010, un nouveau Système d’Alerte et d’Information

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LES SIRÈNES D’ALERTE

Bijouterie Argent AU POID S ET AU DÉTAIL

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La Belle Équipe, Julien Divivier, 1936

GASTRONOMIE

« Ils étaient arrivés en face d’une sorte de guinguette en planche qui, le dimanche, était entourée d’une foule avide de s’ébattre dans l’herbe et de manger des choses froides en écoutant le phonographe. »1

SOUS LA TOQUE DERRIÈRE LE PIANO #107 Le soir de l’ouverture saisonnière Chez Alriq, l’entrée était encore payante à 22 h. Il y avait une file d’attente d’une vingtaine de personnes. On entendait un jazz Nouvelle-Orléans plutôt pas mal de l’extérieur. C’était tentant. Mais non. Demi-tour. S’acquitter d’un droit d’entrée dans une guinguette… Le principe est étrange. Bien sûr, il faut payer les musiciens. Au fond, on n’a pas envie de dire du mal de Chez Alriq et de ceux qui ont repris cet endroit qui fut et demeure en quelque sorte une alternative fluviale bienvenue aux soirées de la belle saison. Les berges restent agréables malgré les moustiques et la mise aux normes imposée par « le plus froid des monstres froids ». À l’intérieur, les prix restent raisonnables et, de l’avis de tous, la fraîcheur des produits a même fait des progrès par rapport à l’original. Au fond, le plus triste, ce n’est pas qu’il faille payer 5 ou 6 € selon les soirées (la somme est remboursée si vous décampez avant le début du concert), non, c’est plutôt le fait qu’il y ait une file d’attente et qu’il faille attendre que des clients sortent pour entrer à votre tour. Comme si on ne pouvait pas se faire de la place dans une guinguette, comme si on ne pouvait pas s’asseoir sur l’herbe comme chez Simenon, comme si on était chez Régine. À quand un physionomiste à l’entrée ? Des normes. D’énormes normes. Le principe de précaution adapté à la guinguette fait peur. Mais cela m’a donné envie de parler d’une autre guinguette, située sur les rives de la Dordogne cette fois, à Libourne, dans le quartier de Condat, dans les marais, un endroit entouré d’étangs, lové entre vignes et fleuve, où se trouvent des animaux, des oies, des ânes, des poneys. Un endroit au décor

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de chalet suisse où l’on mange très bien dans une atmosphère qui mêle sport et musique, des grillades, de la pêche, des repas de groupes et d’affaires, l’amour du vin et du bien manger. Un endroit où l’on est accueilli par une pancarte qui dit : « Chez Rossi un seul plat suffit. » Un secret bien libournais où se retrouvent toutes les classes d’âge, où se produisent des groupes locaux et où un chef basque élabore une cuisine robuste et goûteuse. Ouvert depuis 2009, sur un terrain où Bertrand Rossignol, le patron, gardait les vaches de son grandpère, le Mascaret s’est étayé peu à peu par le bouche à oreille des fidèles et des nombreux amis du patron, un ancien rugbyman fou de tous les sports. Et puis est arrivé le chef, Thierry Arrambide, qui tenait la Brasserie du Médoc à Bordeaux. « Alors on a commencé à penser gastronomie, reconnaît Bertrand Rossignol. “Ok, m’a dit le chef en arrivant, on sert la côte de bœuf limousine (70 € pour deux), la côte de veau fermier du Périgord (27 €), le rognon entier et l’andouillette, mais je voudrais bien élaborer un petit quelque chose du côté du poisson !” » Et cela a donné le cabillaud grillé à l’espagnole (24 €), les gambas à la planche (25 €) et surtout, surtout, la signature du chef, l’assiette de la mer ou « Bayonnaise » (29 €). Si vous la choisissez, vous vous ferez un traitement de faveur : une grande et profonde assiette fumante, une pyramide multicolore avec cabillaud, Saint-Jacques, couteaux (les rares et délicieux couteaux !!!), moules, coques, langoustines et gambas sur une sauce onctueuse, probablement secrète et envahie d’herbes. Ce régal véritablement océanique

est aussi au menu à 32 €, ou menu Arrambide, avec une cassolette de chipirons en entrée, dessert et café. Une excellente option. Thierry Arrambide est le cousin de Philippe Arrambide, chef étoilé de l’Hôtel Arrambide à SaintJean-Pied-de-Port, et il a fait de la petite grillade pour les copains la guinguette gastro du libournais. Les desserts sont maison, crème brûlée, fondant au chocolat et tiramisu. Quand il y a des groupes, et il y en a souvent, les pâtisseries viennent du laboratoire de Nicolas Collobert (« Douceurs et créations ») à Libourne. Le pain, excellent, est aussi une référence de chez Sylvain Marie, toujours à Libourne, qui sert les meilleures maisons de la région. Les menus sont à 26, 28 ou 46 € avec trois verres de vin. À propos de vin, le vendredi, le Mascaret laisse les clients apporter leur bouteille sans facturer de droit de bouchon. Une pratique remarquable dont on aimerait profiter un peu plus souvent dans une région si viticole. « On demande au client de prendre un apéritif ou un digestif » précise Esther, femme du patron. Lequel faisait à l’origine cette faveur aux viticulteurs avant de l’étendre à toute sa pratique. La carte des vins est réduite. Il y a un vin maison : le clos l’Oustaôu, un petit hectare de Saint-Émilion, qui appartient au patron et donne 4 000 bouteilles. En blanc, on recommandera le Château Couronneau sur l’assiette de la mer, un vin biologique et biodynamique. On trouve aussi un vin corse, quelques rosés, deux rouges et deux autres blancs. De temps en temps, la carte s’ouvre à des découvertes, à des coups de cœur. Car c’est ainsi que fonctionne Rossi. Esther est née dans la région mais son origine est suisse-allemande.

par Joël Raffier

Le côté chalet du Mascaret, assez surprenant au bord de la Dordogne, c’est elle et, ajoute le patron, « pour le côté chaleureux du bois et la proximité d’une zone inondable qui exclut le béton ». C’est Esther qui fait les foies gras selon une recette périgourdine donnée par des copines. Il est excellent, juste ce qu’il faut d’amertume, travaillé au sauternes, à la consistance parfaite. On le trouve dans la salade du Périgord (avec magret séché et noix, 14 et 19 €) ou dans l’assiette « Saint-Saud » avec magret, confit, manchons et gésiers (29 €). C’est vrai, chez Rossi un seul plat suffit. Ajoutons que l’étang est aux normes pour la pêche à la carpe, au goujon, à la tanche et au brochet. Si on apporte son matériel et à condition de consommer sur place, cela fera l’après-midi sous le regard des animaux qui donnent à l’endroit une côté Petit Trianon populaire. Pour les petits, il y a aussi un golf à neuf trous. La surprise, c’est l’absence de moustiques dans cette zone marécageuse qui s’appelle le palus de Condat. Merci les canards, les grenouilles et les chauvessouris. 1. Les Clients d’Avrenos, Georges Simenon, Gallimard, 1935.

Le Mascaret chez Rossi,

Avenue du Port du Roy Lieu dit Condat Libourne (33500) De septembre à juin, le vendredi midi et soir, le samedi soir et le dimanche midi. Juillet-août, le mercredi soir et les jeudi, vendredi, samedi et dimanche midi et soir. Réservations : 05 57 84 79 10

www.mascaret-chez-rossi.com


IN VINO VERITAS

par Henry Clemens

© Grand Cercle Primeurs Rochemorin 2017

Ah, la belle épreuve que celle des primeurs qui fatigue les palais, bleuit langues et dents des dégustateurs durant les premiers jours d’avril ! Cette fois-ci, magnifiée par la beauté de vins rouges 2016 littéralement abyssaux ! Cependant, elle a parfois pu s’avérer difficile tant la dégustation de vins immatures et turbulents nécessite un cadre approprié à l’exercice technique et de la pédagogie, au risque, sinon, de passer à côté des jolies réussites.

BEAUTÉS INÉDITES Le contexte Le voyage offert par Planète Bordeaux1 – lors des journées primeurs d’avril à travers 120 crus et 53 propriétaires – rappela au plus distrait que les certitudes viendraient se briser sur les écueils de cette évidence : sans pédagogie pas de juste dégustation ! Recommandons donc aux organisateurs, dont les syndicats viticoles, de ménager les dégustateurs en fléchant ces dégustations monstres par zone géographique ou encore par terroir… Ainsi Derenoncourt Consultant2 invitait les professionnels du vin à se pencher sur le berceau du 2016 avec délicatesse. Ici point d’alignement martial de boutanches disparates mais des crus classés par sols, quelles que soient leurs distinctions. Ainsi, à côté du Jean Faux3 en Bordeaux Supérieur, vous trouviez le fringant La Gaffelière4 issu d’identiques coteaux argilocalcaires. Dans ce contexte préparé et didactique, on a pu s’émouvoir de la finesse, de la profondeur des 2016, là où préalablement en d’autres lieux on avait vite été éprouvé par des jus sur-concentrés et inutilement sur-extraits. Ce millésime n’avait assurément pas besoin de ce coup de rouge à lèvres supplémentaire sur son beau visage. Le millésime Une année en deux temps, avec six mois pluvieux et une période de juillet à octobre chaude. Quelques foyers de mildiou et un stress hydrique auraient pu largement hypothéquer le millésime, mais la nature peu rancunière en décida autrement. Pour la troisième année consécutive, après

l’annus horribilis 2013, les vignerons seraient épargnés5. Un été indien chaud et sec amena les merlots à de belles maturités, cajola les cabernets parfaitement aromatiques ; parions d’ailleurs que les crus intégrants une belle proportion de cabernetsauvignon seront à compter parmi les champions de la décennie. Au regard du 2015, qui offrit exubérance et rondeur, lui conférant des petits airs de 2009, le présent millésime a parfois paru plus hétérogène, causant aux dégustateurs quelques ressacs avioniques éprouvants. On rageait ainsi souvent de devoir en passer par des vins sur-extraits, là où pourtant tout arriva à maturité pour ceux qui surent attendre. Quel dommage tout de même en cette année durant laquelle certains œnologues ont pu ériger le non-interventionnisme en règle ! Le Château Malescasse concentre les qualités attendues par ce millésime : les papilles sont enveloppées de notes empyreumatiques exquises, la bouche est profonde et onctueuse pour un résultat littéralement abyssal. Un millésime d’une beauté inédite, on vous aura prévenus. 1. Siège du Syndicat Viticole des Bordeaux à Beychac-et-Caillau. 2. Société de conseillers viticoles et vinicoles créée par Stéphane Derenoncourt 3. Château Jean Faux, Bordeaux Supérieur. 4. Château La Gaffelière, Premier Grand Cru Classé de Saint-Émilion. 5. 2017 sera d’ores et déjà impactée par les gelées du 20 et 21 avril qui ont frappé l’ensemble du vignoble bordelais.


© quitoque

Anthony Ayçaguer - D. R.

GASTRONOMIE

Obsession première du nouveau siècle, du moins dans les pays qui en ont encore les moyens, l’alimentation et, plus encore, son versant diététique et responsable occupent comme rarement les esprits. Toutefois, quitte à subvenir à un besoin fondamental, autant que l’assiette soit chouette.

PANIER

GOURMAND Inutile de revenir sur l’avalanche de programmes audiovisuels, de magazines spécialisés, de sites et autre plateformes (Tumblr, Instagram) envahis par la frénésie alimentaire. L’époque est âpre, les gens en souffrance, l’avenir un lointain souvenir. Dès lors, que reste-t-il ? La table, repli séculaire de l’humanité, promesse d’une communauté au-delà des simples liens du sang. Manger, autrement que seul, refaire corps, groupe, famille autour d’une valeur immuable. Et comme l’humeur est à la prise de conscience généralisée, autant privilégier le fait-maison, le geste ancestral, le produit noble, le petit producteur, l’agriculture raisonnable. S’il faut disparaître, autant savourer le bon en respectant les saisons, les paysans, les éleveurs et les professionnels des métiers de bouche. Start-up française, venue sur un « marché » tout à la fois florissant mais hyper concurrentiel, Quitoque et son slogan digne des riches heures de la réclame à l’ancienne « Souriez, tout est dans le panier » proposent un service d’une simplicité remarquable : livrer chaque semaine des paniers contenant tous les ingrédients frais ainsi que les recettes pour réaliser 4 à 5 plats chez soi. Voilà. On ne saurait faire plus limpide. Un site, une inscription, des choix multiples (classique ou végétarien, pour 2 ou 4 personnes), une sélection de produits de qualité, privilégiant l’origine France, l’agriculture biologique ou raisonnée, des recettes inventives tout en étant accessibles à chacun, un respect de l’équilibre alimentaire. Résultat : une simplification du casse-tête quotidien, une alimentation saine et équilibrée,

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le plaisir de passer en cuisine. En somme, consommer intelligemment et retrouver le goût des choses. Le panier classique testé contenait quatre menus prometteurs : poisson au cumin et au citron, riz à l’aubergine ; bavette de porc, raïta de concombre, gingembre et lentilles ; papillotes de poulet et légumes aux épices brésiliennes ; Spätzle aux tomates rôties et pesto de coriandre. L’imposant colis est arrivé à date, parfaitement conditionné. Un cahier de recettes, illustrées, intelligibles, détaillées (temps de cuisson, temps de préparation, calories par personne, ustensiles nécessaires, produits à sortir de son placard). Des mets soucieux de leurs origines et d’une irréprochable fraîcheur. On ne cache pas sa satisfaction quand on passe à table, c’est copieux, savoureux et, autant l’avouer, on a envie de tout reproduire. En bonus, une recette de dessert (cette fois-ci, un tiramisu pommekiwi), une astuce de chef, un accord plat / boisson. Panier couple (4 recettes pour 2) à partir de 57 €, panier famille (5 recettes pour 2 adultes et 2 à 3 enfants) à partir de 109 €. Livraison gratuite en France métropolitaine, 100 % flexible et sans engagement. En complément, Quitoque propose le panier fruits de saison à partir de 9,50 € par semaine, la cave à vin à partir de 10,90 €, la cave à fromage à partir de 11,90 € – ne jamais oublier les fondamentaux hexagonaux… Après, libre à vous de clapper un « menu » Maxi Bucket du KFC®. Marc A. Bertin www.quitoque.fr

Un emplacement improbable (au pied d’une barre d’immeubles récents), un seul service (le soir) et une carte qui ne cherche pas midi à quatorze heures, Blisss ne choisit pas la facilité.

AVEC TROIS

« SSS » Pour autant, l’établissement séduit par son non-conformisme une clientèle en quête de nouveauté et qui ne se formalise pas de ces trois caractéristiques a priori peu engageantes. Trois, comme le nombre de « s » à son nom, autre marqueur identitaire choisi délibérément par Anthony Ayçaguer, le chef, qui revendique de « ne rien faire comme les autres ». Ayçaguer avoue aussi que la cuisine fut pour lui une vocation tardive, alors que le sport de haut niveau (le rugby) fut son premier apprentissage. La vie en décida autrement. Et après à peine plus d’un an d’ouverture, Blisss se retrouve dans le peloton de tête des tables recommandées sur un des sites les plus prescripteurs. On sait les humeurs des internautes volages et leurs toquades papillonnantes, mais le tempérament du chef, qui tient la boutique avec son épouse Isabelle, donne à penser que couple n’est pas là par accident. Si le cadre, dans un design contemporain épuré avec uniquement des mange-debout, affiche la simplicité, la cuisine y répond en écho. Le chef officie comme en spectacle, face à la salle. Sur la carte du jour : 2 entrées, 2 plats et 2 desserts à combiner sous forme de menus création, découverte et dégustation. Une carte qui change deux à trois fois par semaine, avec des plats qui peuvent évoluer au cours d’une même soirée. On n’en sait pas plus en arrivant. Les entrées s’intitulent par exemple « œufs-champignons brunscafé-jambon sec », les plats peuvent être « cochon du Sud-Ouestchou-romarin » et, au dessert, on pourra opter pour le « citronthé-muscovado ». Le reste se passe d’abord sous vos yeux avec ces assiettes comme des promesses de plaisir simple où les jus sont de rares intrus, travaillés et bienvenus. Quelques pousses, peut-être une fleur ou deux, mais pas de cache-misère ni de garniture faire-valoir. Chaque composante trouve sa raison d’être dans l’association avec le reste du plat. Et une véritable harmonie de saveurs et de textures s’installe en bouche. Vingt-deux convives peuvent savourer l’expérience du mardi au samedi soir. Sans savoir ce qui les attend en arrivant. Sans se demander pourquoi ils sont venus en partant. Bliss signifie béatitude. Alors avec un troisième « s »… José Ruiz Blisss

98, avenue de Magudas 33700 Mérignac Réservations : 05 56 98 66 72. Du mardi au samedi, de 19 h 30 à 21 h 30.

blisss.restaurant


LA BOUTANCHE DU MOIS

par Henry Clemens

CHÂTEAU D’ANGLADE

BORDEAUX SUPÉRIEUR 2015 Le vignoble bordelais compte au total 65 appellations sur quelque 111 000 hectares ! Le décor est pour le moins imposant, il est, à vrai dire, digne d’une grande production bollywoodienne, avec ses moyens, ses couleurs, ses flamboyances mais également ses esbroufes et facilités scénaristiques. N’est pas Satyajit Ray1 qui veut, et, sur les milliers de châteaux bordelais, fort peu évoluent sur ces cimes. Ce qui n’interdit en rien de croiser dans ce vignoble les fameuses pépites ou séries B et découvrir que de nombreux châteaux possèdent les attributs des subtils vins d’assemblage de Gironde. Le château d’Anglade est avant tout un lieu improbable, un écrin inattendu situé entre Izon et Saint-Pardon, au bout d’une longue allée de 1 500 mètres, plantée de vieux ormes. Le château, bâti en 1772 par le célèbre Victor Louis, a fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques en 1965. Propriété de M. Christophe Bocquillon depuis 2000. Cependant, ni son propriétaire ni sa situation aux confins d’un temps présent et au bord d’une Dordogne ventrue, en ce mois de forts coefficients, ne penchent pour une ostentation vaine. Le fleuve épais ouvre à l’observateur un horizon propice à la rêverie et à l’humilité. Un embarcadère refait à neuf et un joli bateau attestent de l’amour du propriétaire pour la flânerie au rythme même du gros boa aqueux. Une architecture, un lieu, un fleuve, un bateau et les palus dévieraient aisément le regard de la fonction principale du château d’Anglade : produire des vins de Bordeaux. M. Bocquillon aurait tort de ne pas revendiquer la paternité de cet agréable Château d’Anglade 2015. Un chai refait à neuf, des œnologues-conseils incontournables, dont l’ineffable Michel Rolland, mais également une expérience passée de faiseur à SaintÉmilion sont autant de marqueurs indiquant que l’iconoclaste homme d’affaires souhaite produire à Izon un excellent nectar. L’étiquette, drouynesque2 à souhait, propose de nous arrêter sur cette demeure remarquable, dont les traits spleenétiques font écho aux rêveries du poète ; un château « ceint de grands parcs, avec une rivière, baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ». Des arômes de vanille, de cacao et des notes torréfiées exquises apparaissent rapidement au nez. La bouche fraîche et juteuse rappelle un millésime exubérant et rond. Vous avez tour à tour l’impression de croquer des

B I ÈRE ART I SAN ALE AROMATISÉE À LA TOMATE DE MARMANDE

LA MARMANDAISE B I e R E

D E S

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T E R R E S

D E

G A R O N N E

L ’ O R I G I N A L E

cerises rondes et de goûter à un jus de fraise. Les tannins se révèlent souples et serrés, en finale une prise de bois sèche secoue la bouche et vient embêter les papilles joyeusement nappées de jus purs. Une année ou encore un carafage énergique viendront en atténuer l’effet. Une partie du vignoble de 6,3 ha s’étend sur des terres argilolimoneuses mais quelques ceps plantent leurs racines dans des sols gravelo-sableux. Des terres d’alluvions, des graves, des merlots mûrs font de ce 2015 un vin recommandable. Peutêtre pas Satyajit Ray mais Anurag Kashyap3, tout du moins. 1. Réalisateur, écrivain et compositeur indien (1921-1992). 2. Léo Drouyn, archéologue, peintre, dessinateur et graveur né à Izon (18161896).

A

M A R M A N D E

e t da n s l e g r a n d s u d - o u e st

3. Réalisateur indien de la nouvelle vague (1972). L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ, CONSOMMEZ AVEC MODÉRATION


VOYAGE Vols réguliers

CITY NEXT DOOR

LISBONNE

Lisbonne

par Kino Sousa

EasyJet, Du lundi au dimanche, jusqu’au 28 octobre, 2 fréquences les lundis et vendredis. Du lundi au dimanche, du 29 octobre au 4 février 2018, au moins une fréquence hebdomadaire le lundi/jeudi/vendredi/dimanche ; fréquences ponctuelles le mardi/ mercredi/samedi. Durée du vol : 1 h 50

L’Alfama.

« O rio não dialoga senão pela alma de quem o olha e embebeu a sua alma de olhares ribeirinhos no passado ou à flor do pensamento no futuro. » « Le fleuve ne dialogue qu’avec l’âme de celui qui le regarde et imprègne son âme de regards sur les rives dans le passé ou à fleur de pensée dans le futur. » Fiama Hasse Pais Brandão, Foz do Tejo, um país (2000) Le fleuve Tage – Tejo en portugais – borde la ville, jouant tout à la fois le rôle d’une mer en trompe-l’œil et d’un miroir aux alouettes qui piège les âmes des Lisboètes : l’embouchure du cours d’eau est une sorte de mer intérieure au courant puissant, traversée çà et là par des vagues provoquées par les vents et marées, et dont la majestueuse largeur trouble la perception géographique du regard et confond avec elle l’immense océan qui l’absorbe quelques milles plus loin. Reflétant les couleurs changeantes d’un ciel qui semble esquissé par un peintre différent à chaque instant, on l’a poétisée « mer de paille » – bien que « mer d’huile » eût été d’à-propos dans ce pays pratiquant la diète méditerranéenne – pour ses textures scintillantes et attrape-cœurs qui se font jour à l’heure où le soleil disparaît derrière le pont rouge et suspendu à l’américaine, ouvrage symbolique marquant justement le début du canal qui fait face aux Amériques. Lien de l’âme à la ville, lien de la ville à l’extérieur, du local au global, le Tage est un rappel permanent de l’histoire mouvementée de va-et-vient de la capitale portugaise. Point de départ des « découvertes » d’outreAtlantique – triste euphémisme pour « colonisation » – il est aussi le point d’arrivée des Africains depuis le xvie siècle, qu’ils soient esclaves, affranchis ou immigrés libérés des anciennes colonies : Brésil, Angola, Cap-Vert, Mozambique, Guinée-Bissau, São Tomé-etPrincipe.

Un cosmopolitisme à faire pâlir l’Europe

Le rythme de la ville est donc brésilien, caribéen, africain. En un mot : afro. Comment pourrait-il en être autrement au regard de

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l’histoire – sombre – de la ville ? Au xvie siècle, près de 20 % de la population de Lisbonne était africaine, majoritairement en esclavage, ce qui laisse forcément des traces dans la ville, sa culture, son architecture et son langage, au point où les musicologues ont théorisé l’origine africaine du fado. Puis, au xxe siècle, des vagues d’immigration africaine viennent façonner encore plus l’esprit de la capitale. Ce que l’on considère comme typique aujourd’hui, c’est donc tout à la fois un plat de morue et une cachupa cap-verdienne, un fado dans l’Alfama et une funaná à Intendente. Pour qui veut retrouver le mélange des quartiers Saint-Michel à Bordeaux ou Barbès à Paris, direction le cœur (alternatif) de la ville : Intendente, Martim Moniz et Mouraria.

Tout le monde en cuisine !

À Lisbonne, on mange simple mais on mange bien, tant les ingrédients de base sont excellents et variés. En toute logique historique et climatique – le Portugal contient dans un minuscule territoire toute la diversité de la géographie ibérique –, on déguste à Lisbonne des siècles de présences tour à tour, et en même temps, arabe, chrétienne, juive, africaine, indienne et chinoise : huile d’olive partout, beurre nulle part, coriandre et persil, chouriço, alheira et farinheira, manioc et gombos, morue, daurade et sabre noir, escargots et lupins, pakora et salade de méduse. À goûter : le cozido a Portuguesa (un potau-feu suffisamment copieux), la cachupa du Cap-Vert (ragoût de maïs et haricots secs, accompagnés de viande ou de poisson) et le muamba de galinha d’Angola (poulet en sauce d’huile de palme et piment, avec citrouille et

gombos, accompagné de funge, une farine de manioc). Côté pinard, tendance récente avec le naturel et le bio qui commencent à essaimer dans les vignobles du pays, mais aussi dans le grand Lisbonne, dont les vins ont la fraîcheur et l’acidité qu’on peut imaginer pour des terres qui regardent la façade atlantique sablonneuse. Il faut s’intéresser aux appellations les moins réputées mais les plus surprenantes : Vinho Regional Lisboa, Vinho Regional Tejo, Vinho Regional Península de Setúbal, et, plus au nord, le cépage autochtone baga, dans la région Bairrada, l’enfant terrible des raisins portugais.

Le son du ghetto : la batida afro house de Príncipe Discos

Si Berlin a sa techno (minimale), Londres son grime (guttural) et Rio son funk (sexuel), Lisbonne produit depuis 2006 sa batida (syncopée), une musique de danse issue des ghettos périphériques du grand Lisbonne où la première génération des enfants d’immigrés des anciennes colonies portugaises (Angola, Cap-Vert et São Tomé-et-Principe en tête) triture dans des chambres d’ado les rythmes du kuduro, kizomba et tarraxinha angolais, et du funaná et semba cap-verdiens, en y infusant des sonorités house et afro house. Rassemblés depuis 2012 sous l’étendard Príncipe Discos (« les Disques Prince »), le collectif bigarré en âge, de 15 à 32 ans, et littéralement isolé géographiquement de Lisbonne a finalement acquis droit de cité dans les clubs pointus du centre-ville (MusicBox et Lounge) et d’ailleurs (Londres, Berlin, Barcelone, Turin, Bergen, Macau, Hong Kong…). Difficile de sélectionner un tiercé, mais essayons : DJ Nervoso, parrain historique de la scène ; DJ Marfox, leader naturel et


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Le Damas.

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La taverne O Eurico. D. R.

Le quartier de la Mouradia.

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ambassadeur cosmopolite ; et... DJ Maboku, DJ Lilocox et DJ Firmeza, les artisans aux doigts les plus subtils. Un quinté cinq étoiles, au final. Et s’il existe une seule et unique soirée club à expérimenter à Lisbonne, c’est assurément la Noite Príncipe qui voit une fois par mois le MusicBox se remplir d’un public mixte et métissé à tous les niveaux pour six heures d’un marathon de moiteur et d’un défi à la pesanteur, les jambes en mouvement perpétuel rivalisant d’ingéniosité pour honorer les 130 BPM que projette l’excellent sound system.

est temps de se jeter à l’eau. Des bateaux font la traversée en dix minutes pour le prix de deux tickets de métro, et la terre ferme outrefleuve récompense le voyageur audacieux : restaurants de fruits de mer plus accessibles qu’à Lisbonne, explorations urbaines (urbex) pour qui trouve le chemin des quartiers abandonnés et une vue intensément vibrante sur la capitale et ses sept collines. Et le coucher de soleil derrière le pont vers l’Atlantique ? Eh bien, ça dépend de l’heure à laquelle on s’y rend.

Le café comme religion

L’estomac citoyen

Là encore un rappel de l’histoire coloniale, les grains torréfiés du Brésil ou d’Afrique noire ont durablement marqué les palais des Portugais qui sont près de 80 % à en boire quotidiennement. Mais attention, chaque région se plaît à avoir son propre lexique et chaque amateur se plaît à commander son café personnalisé à la carte (officieuse, ne cherchez pas de mode d’emploi) : simple ou double, court, normal ou allongé, avec une goutte de lait froid ou un peu de mousse de lait chaud, avec ou sans les premières secondes du tirage, dans une tasse brûlante ou à température ambiante… À Lisbonne, le simple expresso du matin se dit bica, le noisette café pingado et le grand crème qui accompagne les toasts beurrés au jambon et fromage est le galão.

Du marché à l’assiette (généreuse)

L’échappée belle

Traverser le fleuve pour mieux voir la ville Après la contemplation des reflets irisés, il

Les filles au four et au moulin de la révolution culturelle

Une ancienne fabrique de pain reconvertie en bar et salle de concerts C’était le jour des 41 ans de la Révolution des Œillets, dans un quartier à l’histoire ouvrière encore visible, que deux « dames » ont ouvert le Damas, ancienne fabrique de pains devenue un des hauts lieux, sur les hauteurs de Graça, de la culture musicale alternative lisboète. La programmation est à l’image de

Les fêtes des saints populaires iconoclastes

L’alternative à la musique pimba qui remplit le pavé lisboète le week-end du 12 juin Pendant que la ville vibre au son d’une musique binaire aux paroles non dénuées de connotations graveleuses (« Suce, Teresa ! / Suce ! / Cette glace délicieuse / Est à la framboise ! / Mais ici j’en ai une meilleure / Que j’ai gardée pour Teresa ! ») et aux cris des festivaliers excités, un petit escalier sur les hauteurs de la Mouraria vibre au son de musiques plus variées et à la liesse de jeunes festivaliers heureux d’échapper à la cohue digne des férias de Bayonne. La programmation est étonnamment audacieuse pour l’époque, et on n’avait jamais vu des sardines maîtriser aussi bien la nage à contre-courant. Un court mot de passe : sardinhas achadas. D. R.

La tasca familiale intemporelle En activité depuis près de 40 ans et tenue avec affabilité par Senhor Eurico et sa femme Dona Laura, cette taverne simplement baptisée O Eurico propose une cuisine fraîche du marché, et souvent régionale (Lisbonne, Setúbal, Alentejo). Les grillades de poisson comme de viande sont faites au charbon, les verres de vin remplis à ras bord, les ragoûts mijotés plusieurs heures et les conversations des locaux résonnent contre les murs étroits d’une des deux salles intérieures. Parce que s’il est quelque chose d’essentiel quand on visite Lisbonne, c’est de refuser les terrasses, véritables boîtes à sardines pour touristes, et de plonger en salle, même s’il fait plein soleil dehors. Discret, le Lisboète aime manger à l’abri des regards.

Consommer pour aider les populations défavorisées Localisés dans la Mouraria, ce quartier berceau du fado qui fut successivement le ghetto des Maures et des Juifs puis aujourd’hui celui des prolétaires portugais, des immigrés d’Afrique et du sous-continent indien, deux lieux associatifs luttent contre la gentrification et n’ont jamais envisagé copier un quelconque modèle socio-culturel hype venu des grandes capitales occidentales. À Renovar a Mouraria, précieuse maison avec placette enchâssée dans une fausse impasse, on déjeune, dîne, boit et assiste à des concerts de musiques du monde entier dans une ambiance de fête populaire permanente, et tout ce qu’on y dépense finance des cours de langue portugaise pour immigrés ou d’alphabétisation pour les locaux, des ateliers d’aide juridique, services gratuits pour la population du quartier. Quant à la Cozinha Popular da Mouraria, cantine sociale perchée sur les hauteurs de la zone, on y mange des plats imaginés par des cuisiniers amateurs issus de l’immigration, préparés par les mains d’habitants en difficulté sociale et financière, et qui trouvent dans cette activité une ressource non seulement financière, mais aussi humaine et culturelle.

la production musicale locale : complètement décloisonnée. Pour un musicien, la norme est de jouer dans au moins trois groupes aux genres complètement différents. Seule compte l’affinité des âmes musicales.

Cafe A Brasileira, Chiado.


ENTRETIEN

Après une longue période de crise, un nouveau directeur de l’École d’enseignement supérieur d’Art de Bordeaux – EBABX a été nommé. Dominique Pasqualini entend impliquer l’ensemble des équipes pour que l’école retrouve une place parmi les grands centres d’enseignement et de recherche. Propos recueillis par Didier Arnaudet et Anna Maisonneuve

L’ÉCOLE D’ART Artiste, écrivain… Vous avez un parcours très riche. Pourriez-vous revenir sur ce dernier ? L’époque actuelle est portée par la pluralité. Il n’y a plus grand monde qui fasse une seule chose. C’est vrai que cela n’a pas toujours été une évidence. Je viens du Sud-Est, de Draguignan. À l’époque, la question ne se posait pas. Une fois le bac en poche, on allait à Paris. J’y suis arrivé en 1975, un peu avant l’ouverture du Centre Pompidou, un établissement à vocation polyculturelle. J’étais plutôt censé faire des études scientifiques, mais au lieu de faire Maths sup, j’ai fait Khâgne, puis suis entré en fac d’arts plastiques. J’avais envie de découvrir le monde, de manger le monde. Je m’intéressais aussi bien au cinéma qu’à la littérature, à la musique, à l’architecture, aux arts plastiques. On était encore dans une mouvance post68, en réaction très forte aux Beaux-Arts de Paris. Je me rends compte aujourd’hui que tous les enseignants que j’ai eus à SaintCharles étaient connus. Il y avait des artistes actifs – Claude Rutault, Michel Journiac, Paul-Armand Gette –, des musiciens – Iannis Xenakis ou Jean-Yves Bosseur –, des théoriciens importants – Jean Louis Schefer ou Daniel Arasse –… C’était très amical, il n’y avait pas du tout de relation maître/disciples. Dès la première année, j’ai commencé à faire des interventions artistiques dans la rue. Ce n’était pas du tout du Street Art, mais des choses hyper conceptuelles, comme des marquages très discrets. Il n’y avait pas la volonté de réussir, pas du tout un trip à l’américaine du genre : on va devenir artiste. C’était une activité qui était une manière d’intervenir, d’exister dans le monde. Très tôt, je me suis aussi retrouvé embarqué dans l’aventure excitante des radios pirates, des radios libres qui ont donné la bande FM actuelle. J’ai travaillé à France Culture dans les Nuits magnétiques avec Alain Veinstein, puis participé aux débuts de Radio Nova. Après quelques séjours aux États-Unis avec Jean-François Brun, nous avons retrouvé à Paris Philippe Thomas pour former l’agence IFP (Information Fiction Publicité). Ce groupe s’est pas mal fait connaître entre les années 1984-1994. Cela a marqué le début d’une activité que je n’ai pas cessée depuis : celle de travailler de manière coopérative. Comment passez-vous de la création à une école d’art ? Parfois, il m’arrive de dire que je suis arrivé

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à reculons dans le milieu de l’art même si je me sentais très engagé par l’activité elle-même. Par exemple, je n’ai jamais voulu avoir un job à côté, je voulais que mon art soit au cœur de ce que je faisais. En réalisant qu’on était malgré tout dans une certaine fermeture, celle du monde de l’art et des protocoles auxquels les artistes sont un peu contraints ça m’a provoqué une lassitude. Je suis sorti de ce milieu en 1994 avec la fin de l’aventure IFP. Puis, j’ai voyagé au Japon. Plusieurs fois. Là-bas, l’art contemporain n’existe pas, contrairement à l’architecture, au design, à la musique. À la suite de ces séjours, j’ai écrit un livre sur le thé. L’idée c’était de découvrir quelque chose qui se prête à une richesse technologique et symbolique : la cérémonie du thé, ses rites, sa complexité… Pour la comprendre, il faudrait la comparer à ce que l’œnologie est à la culture du vin en Occident. Incidemment je me suis retrouvé à Chalon-sur-Saône pour une exposition sur la photographie à laquelle j’avais été invité. Là-bas, de manière très circonstancielle, on m’a proposé de m’occuper d’une petite école d’art amateur. Avec l’énergie collective déployée par une équipe jeune, on a porté l’établissement jusqu’à devenir une école supérieure d’art. J’ai pu passer de la création à cette activité parce que pour moi ce n’était pas une activité administrative. La question a plutôt été de me rendre compte de tout ce qui m’avait un peu éloigné du monde de l’art, un milieu constitué autour du marché, des centres d’art et de toute cette espèce de circuit professionnel… Dans l’école d’art, des jeunes arrivent, un peu comme des extraterrestres avec une nouvelle configuration humaine et corporelle. Tu assistes, tu accompagnes ces gens qui découvrent et qui mettent en place un processus créatif. Et cela, c’est extrêmement fort. Tu le vois dans ces jeunes gens qui découvrent l’art paraître sous leurs yeux. Certes, il y a un désir, mais très souvent ils se retrouvent là parce qu’ils ne savaient pas où aller. Certains ont été rejetés du système scolaire, veulent faire quelque chose de leur vie mais ne savent pas quoi. En même temps, ils ont ce désir de construire quelque chose mais un peu dans une grande confusion. Ça engendre des échanges complexes, riches et tumultueux, mais c’est aussi lié au fait qu’il y a dans l’art une base qui est vraiment l’inconnu.

© Claire Baudou EBABX

EST UN NAVIRE

Pourquoi avez-vous fait le choix de vous présenter à Bordeaux ? Je ne pouvais plus rester à Chalon-sur-Saône. La collectivité locale refusant de constituer l’école en EPCC (Établissement public de coopération culturelle), cela signifie très brutalement que les diplômes des étudiants n’auront plus aucune validité. Je ne voulais plus être tenu responsable de décisions que je n’approuvais plus. J’étais en désaccord sur le statut, le niveau de salaires des enseignants. Parfois, par rapport à des décisions politiques, des contraintes budgétaires, il faut se battre et c’est normal. Je l’ai fait pendant 18 ans. Je  sais de quoi il en retourne. Mais là, c’était trop, ça remettait en cause l’école telle que nous l’avions conçue. Dès que s’est présentée l’ouverture d’un poste à Bordeaux, j’ai candidaté. Cette opportunité était pour beaucoup liée aussi au projet d’un rapprochement avec l’école de Biarritz qui s’est créée juste après celle de Chalon-sur-Saône, sur un modèle proche. L’EBABX a vécu quelques années difficiles et traversé beaucoup de turbulences. Elle est aussi depuis pas mal de temps à la recherche d’un second souffle. Vous arrivez dans une situation qui n’est pas simple avec une attente forte. Quel est le message que vous souhaitez d’emblée faire passer auprès de votre équipe mais aussi du territoire ? À l’exception d’une erreur techniquement fatale lors de l’élection de la direction précédente, les difficultés de l’EBABX sont avant tout la mise en évidence du passage des écoles de beaux-arts en Écoles supérieures d’art, selon les accords de Bologne. Je lis dans lesdites turbulences (et l’exemplaire École de Nuit) surtout une grande conscience chez les étudiant(e)s et les artistes qui y enseignent de défendre les nécessaires particularités de l’enseignement artistique qui s’accommodent difficilement de certaines injonctions appliquées sans réflexion ni préparation. Nous n’avons ni message ni méthode autre que de permettre à chacun(e) de pouvoir se faire entendre et de contribuer au projet global en prenant en compte ce simple fait, souvent négligé ou foulé au pied en cette période politique intense, que l’autre peut avoir un avis différent.


Sur quels grands axes souhaitez-vous engager la refondation de l’école ? Il s’agit d’abord de réinscrire l’école d’art dans la cité, asseoir une identité forte aussi : qu’est-ce qu’on fait à Bordeaux qu’on ne fait pas ailleurs ? Elle doit s’affirmer comme pôle structurant de la région NouvelleAquitaine, être en capacité de rivaliser avec celles des autres régions. J’ai conscience que pour protéger l’écosystème des écoles d’art, il faut constituer des pôles, et notamment des pôles régionaux. Sinon, on est trop à la merci des aléas, ceux des changements politiques et du manque de continuité que cela implique. L’EBABX doit conserver son caractère généraliste et ouvert, qui permettra à tout étudiant de se réorienter au cours de son cursus, tout en cultivant sa particularité qui suscitera l’envie de venir à Bordeaux. Sans doute, cette double contrainte doit se faire en premier lieu avec l’École supérieure d’Art des Rocailles de l’Agglomération Côte basque – Biarritz-Bayonne, mais aussi l’École supérieure d’Art des Pyrénées – Pau-Tarbes et les autres écoles de la région Nouvelle-Aquitaine (Limoges, Poitiers-Angoulême) dans une convergence où chacune peut apporter ses spécificités. Plusieurs champs de recherche sont à renforcer : les arts plastiques, le design et les écritures digitales, les nouvelles modalités du livre mais aussi le son et le cinéma. L’école a été particulièrement novatrice dans le domaine de l’écriture. Elle a été la première à inviter un poète à intervenir dans ses murs : Emmanuel Hocquard, une personnalité historique, marquante de l’école. Il faut également occuper une place forte dans l’offre des formations supérieures au niveau régional, au niveau national. Cela doit absolument s’accompagner d’une mise en réseau dans des programmes de recherche reconnus et identifiés au niveau international. Notre situation sur la façade atlantique doit nous inciter à développer des partenariats transatlantiques vers les universités américaines, canadiennes et sudaméricaines. Nous pouvons contribuer à ce réseau au travers de liens personnels déjà établis avec le Canada (UQAM, Montréal), le Brésil et les États-Unis (Providence, New York, San Diego). Les écoles d’art subissent une transformation profonde et sont confrontées à un contexte de plus en plus difficile. Comment y faire face ? Le cadre ministériel pose des contraintes, mais laisse quand même des ouvertures. Les difficultés découlent de la manière forcenée, très française, d’appliquer les

accords de Bologne, signés en 1999, qui ont engagé le processus d’une harmonisation des enseignements supérieurs à l’échelle européenne. Or, l’école d’art ne cherche pas à conduire l’étudiant vers un savoir ou une compétence, elle tend à faire émerger des potentialités ou des virtualités inconnues qui détermineront une singularité. L’enjeu de l’enseignement artistique est la « création ». Comme disait Pierre Boulez, « personne ne va vous apprendre votre métier ». Ce qu’on fait effectivement, il faut l’inventer et c’est un peu perturbant. Les systèmes d’évaluation tels qu’ils existent dans l’enseignement universitaire ne répondent pas aux critères utilisés dans les écoles d’art. Même si le mot « création » a perdu de son fondement artistique, il reste ce qui distingue une école d’art des autres enseignements. Devenir un créateur, c’est la finalité majeure d’une école des beaux-arts, même si l’on ne devient pas forcément un « artiste » reconnu. Maintenir cette visée et cette exigence de l’invention, c’est fondamental. Ma participation au conseil d’administration de l’ANdÉA (Association nationale des écoles supérieures d’art) en tant que vice-président de la formation depuis six ans m’a aussi convaincu que l’établissement public se doit d’associer une vision et une gestion. Sans que l’une ne domine l’autre. C’est par là que se définit la place singulière d’une école d’art dans la cité, et de l’enseignement artistique dans l’activité culturelle et éducative. Les récents déboires d’un certain nombre d’écoles en France proviennent de la difficulté à faire tenir ensemble un projet artistique véritable qui identifie les fonctions sociale et politique de l’école d’art et une solide administration de l’établissement dans le contexte fluctuant de l’économie. L’école d’art est un navire. C’est pour moi la métaphore la plus juste. Étudiant(e)s, enseignant(e)s, artistes, administratifs, techniciens, nous sommes tous dans le même navire, et tous co-responsables de ce que nous y faisons. C’est un engagement mutuel et collégial. Mon rôle est d’arriver à tirer les conclusions des avis divergents, et savoir tirer des bords qui parfois semblent ne pas aller dans la direction la plus évidente. Et arriver à bon port.

MAI 10 MAI 20H DANSE

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DANIEL LINEHAN 23 MAI 20H PERFORMANCES | DANSE | CONCERT

Praxis #9 LA TIERCE

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5 MAI 19H JEUNE PUBLIC

De l’autre côté d’Alice

IDROBUX, GRAPHISTE - PHOTO : BRUNO CAMPAGNIE - L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ - SACHEZ APPRÉCIER ET CONSOMMER AVEC MODÉRATION

« Devenir un créateur, c’est la finalité majeure d’une école des beauxarts, même si l’on ne devient pas forcément un “artiste” reconnu. »

CIE HOP!HOP!HOP! 18 MAI 20H CONCERT

Opus 17.3

PROXIMA CENTAURI 13 MAI 14H-18H

WORKSHOP DANSE PAR LA TIERCE


PORTRAIT

20 ans au compteur pour le premier festival de reggae d’Europe, le Reggae Sun Ska, qui attend 60 000 spectateurs en août prochain. 320 salariés et 800 bénévoles sur le pont pendant les préparatifs et durant les 3 jours de la manifestation, qui a pris, en 2014, ses quartiers sur le campus de Pessac, après 16 ans passés sur sa terre d’origine, le Médoc, terre natale de son directeur Fred Lachaize.

LIKE A LION Même si aujourd’hui il possède des bureaux à Bordeaux, Cissac reste sa base. Pur Médocain, Fred Lachaize aime son coin et s’inquiète du résultat des élections chez lui, où le FN est arrivé en tête avec 33 % des suffrages exprimés lors de l’élection présidentielle. Sans y voir forcément de relation, il note une montée de l’extrême droite depuis le départ du festival après l’édition 2013, et la tempête qu’elle connut, conduisant les organisateurs à déménager et à trouver un autre lieu. Le sentiment d’abandon, loin de tout, de ne pas être pris en considération, de voir tout absorbé par la métropole au détriment de ce monde rural, autant de raisons pouvant expliquer le résultat du vote, « avec des élus FN locaux très présents sur le terrain ». Alors M’A Prod, l’une des 3 entités qui composent le GIE M’Agie (regroupant le label Soulbeats, l’association Reggae Sun Ska et la société de production M’A Prod), a décidé de reprendre le maillage au milieu des vignes et propose à nouveau de labourer le territoire avec une programmation régulière. « On se dit que la culture pourrait être un levier contribuant à ouvrir les esprits dans ces territoires isolés, où insécurité et immigration sont des fantasmes entretenus. Ce sont des gens qui ne sortent pas beaucoup, dans des coins où l’on ne rencontre pas d’autres types de personnes. Le terreau est perméable aux discours d’exclusion. » La culture reste une des principales façons d’agir localement. Voilà le savoir-faire de Lachaize et des siens. Depuis 1995. La motivation première dans cette entreprise avait finalement un peu le même ferment que ce qui semble hanter aujourd’hui le pays. Le grand éloignement. Quand on aime les musiques actuelles (formulation officielle) et que l’on habite dans ce Médoc, il faut pouvoir aller à la grande ville si l’on veut voir des concerts. C’est encore plus compliqué quand on a 16 ans et pas d’amis conducteurs. Le bus ? Après le concert, il n’ y en a plus. Le seul choix : organiser des concerts in situ. Et Lachaize a la volonté de tout construire sur place, chez lui. D’ailleurs depuis le 1er janvier 2017, les bureaux du RSS sont revenus à Cissac. En 20 ans d’exercice, sa fierté est d’avoir produit de très nombreux concerts, monté moult tournées, développé force artistes qui se sont retrouvés sur de grosses scènes et de

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gros festivals européens et au-delà, tout en gardant son ancrage local. « On se rend compte de ce que l’on apporte aux gens. On n’a peut-être pas grand monde dans les salles, mais les gens sont reconnaissants de ce que tu fais. Parce que sinon, il ne se passerait rien. En revanche, quand on fait une production dans une salle bordelaise ou parisienne, ça reste une production. Il ne se passe rien. On vend des billets et des bières, les spectateurs consomment le spectacle, et rentrent chez eux. Ici, le public vient parce qu’il ne s’y déroule pas grand-chose. Pour lui, c’est un honneur que de recevoir un artiste national. Nous mesurons le lien fort que l’on peut amener. Cela redonne un sens à notre action et au métier qui est devenu le mien. » Lorsqu’il lâche ses études en communication, il a déjà mis sur les rails l’association Music Action et monte de petits concerts dans le coin. C’est l’époque des emplois jeunes. En 6 mois, deux postes sont créés au sein de l’asso. Le projet grossit en se penchant sur l’accompagnement d’artistes, le booking et la mise en place de tournées. Puis, la partie disques est développée. Sans la moindre formation de la part des intervenants de Music Action. L’une de ses plus belles réussites : avoir fait émerger au niveau mondial le groupe de reggae californien Groundation. Le GIE créé depuis permet désormais une mutualisation des emplois et des moyens ; l’arrivée du RSS au sommet des festivals reggae en Europe en est une manifestation positive. La volonté ? Proposer un rendezvous accessible au plus grand nombre, bien que les Médocains ne soient pas spécialement fans du genre, mais intéressés à ce qu’il se passe quelque chose chez eux. Et ils sont devenus fans, surtout côté bénévoles, des bénévoles sans lesquels aucun festival ne dure dans le temps. « Ils sont l’âme du Reggae Sun Ska, de tous les festivals d’ailleurs. Pour nous, l’équipe des bénévoles s’est constituée en organisant des événements dans les villages, et à mesure qu’il a grossi, il a fallu en augmenter le nombre. Pour le camping, c’est le club de foot qui s’y est collé. En restauration, quand on accueille des milliers de personnes, il faut assurer, et là c’est encore le club de foot, le club de rugby

D. R.

IN ZION

et d’autres associations du village qui sont venus donner un coup de main. Aujourd’hui, toutes les générations sont impliquées, du club de marche à l’asso du 3e âge. Le festival est devenu un lieu de vie où tu interpelles tout le monde de 7 à 77 ans sur un pays qui s’en trouve dynamisé. Personne n’est laissé sur le bord de la route. » En juillet 2013, une redoutable tempête sur la zone de Pauillac ravage le site une semaine avant le festival, le RSS doit déménager. Les Médocains sont furieux de ce départ précipité. Lachaize et son équipe boudés, les bénévoles démobilisés, plus personne ne vient à leurs événements, les voilà menacés, leurs locaux tagués ! Tout est à recommencer. Pourtant, la préfecture avait déjà demandé aux organisateurs de quitter les lieux, propriété du Grand Port Maritime de Bordeaux, lequel ne proposait que des contrats de location annuelle. Impossible dans ces conditions de se projeter vers l’avenir. C’est à ce moment-là que la Région et La Cub (devenue Bordeaux Métropole) font part de leur souhait d’accueillir un grand festival sur le campus, qui veut s’ouvrir sur la ville. Faute de réponse locale, le festival part à Pessac. Il y est encore. Cependant, les choses ont depuis bougé, l’urgence de réinvestir le territoire du Médoc est devenue plus aiguë. Actuellement, Fred Lachaize travaille à la création d’un pôle culturel et économique avec, à terme, une salle de spectacle car le pays manque d’outils de ce type. La culture comme principal moyen d’agir localement. Après deux années de travail et de concertation, un lieu est envisagé. D’ici l’automne, on saura qui est prêt à l’accueillir. Lieu de vie, espace de résidence, de répétition, espace de travail partagé et… retour du festival sur ses terres d’origine. José Ruiz Reggae Sun Ska,

du vendredi 4 au dimanche 6 août, campus universitaire, Pessac.

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