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JUNKPAGE M A U VA I S E H E R B E C R O Î T T O U J O U R S

Numéro 35 JUIN 2016 Gratuit


4 EN BREF 8 MUSIQUES ZAKK WYLDE ANIMAL COLLECTIVE SPAIN TY SEGALL AND THE MUGGERS ALAIN LOMBARD THE MYSTERY LIGHTS VICIOUS SOUL FESTIVAL MUSIK À PILE SO GOOD FESTIVAL JAZZ AND BLUES FESTIVAL

14 ARTS LES NOUVEAU LIEUX D’EXPOSITION MICHEL POITEVIN L’ESPACE DES POSSIBLES JEAN-ROBERT DANTOU BACCARAT, CRISTAL DE LÉGENDE TRANSFERT

23 GRANDE RÉGION DIX ANS DE RÉSIDENCE À CHAMALOT NINA CHILDRESS JAMES THIERRÉE URDAKA DIORAMA CIRQUE PLUME

28 SCÈNES CHAHUTS COUPE DU MONDE DE FOOT EN PENTE LE MESSIE RACINES

32 LITTÉRATURE 34 FORMES 36 ARCHITECTURE 40 GASTRONOMIE 42 JEUNESSE 44 ENTRETIEN ARNAUD FLEURENT-DIDIER

46 PORTRAIT LOUIS MENEUVRIER JUNKPAGE N°35 Amélie Bertrand, Queens and kings, 2015, huile sur toile, 110 x 90 cm. Collection privée. Lire p. 23

Photo © Rebecca Faneuse

Inclus les suppléments : - SUMMERJUNK 2016, le guide des festivals - Festivals d’été, Région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes

LE BLOC-NOTES

de Bruce Bégout

DE LA RUINE INSTANTANÉE

Il serait difficile de nier que les ruines occupent une place de plus en plus grande dans l’imaginaire de notre temps. Nous ne parlons pas ici des ruines antiques et gothiques, mais de l’espace délabré des villes contemporaines, comprenant les usines désaffectées, les gares abandonnées, tous les lieux oubliés de la modernité. L’aura noire d’une ville comme Detroit, Pompéi actuelle de la désindustrialisation, nimbe chaque bâtiment délaissé dans le monde. Elle est devenue en quelque temps la Mecque de l’exploration urbaine, dont le Detroit’s Michigan Theater transformé en parking représente le cube de la Kaaba autour duquel tournoient les nouveaux pèlerins du Hajj de la dévastation urbaine. Toutefois la ruine industrielle appartient encore pour une grande part au culte classique du monument effondré. Elle en rejoue la grandeur passée, l’évocation nostalgique de la civilisation fragile et mortelle. Dans les colonnes d’un temple ruiné ou dans les usines en friche, ce sont encore les beaux restes d’un Empire que l’on loue. À Detroit même, ce n’est bien entendu plus la fin de Rome ou d’Athènes qui est célébrée dans sa décrépitude, mais l’obsolescence du progrès technique, les rêves de la société moderne et industrielle. Or cette dernière s’inscrivait – et s’inscrit encore – dans le projet de l’édification monumentale. Le primo-capitalisme bourgeois singeait – tout en la dénonçant – l’aristocratie et ses désirs de gloire immortelle en bâtissant pour l’éternité les palais de cristal et les Tour Eiffel de l’avenir. Il poursuivait le but d’une construction solide, illustre et admirable qui devait, physiquement et symboliquement, asseoir sa puissance. Il n’est plus sûr que nous nous trouvions encore dans cette configuration mentale. Nous sommes entrés dans le troisième âge de la ruine. Après le temps des ruines antiques, puis celui ces ruines modernes, voici l’ère de la ruine instantanée, de la ruine du présent lui-même qui, née de l’urgence et vaincue par elle, ne dure plus, mais s’efface au moment même de son édification. Si la modernité construisait encore pour le futur, voulant conforter son règne en inversant l’autorité de l’antique - autorité que ses ruines accentuaient loin de le dévaluer — dans l’idéal à venir, l’hypermodernité, à mille signes, paraît avoir entièrement renoncé à cette ambition séculaire et s’attache avant tout à élever à la va-vite des bâtiments qui répondent aux exigences du seul présent. Le régime temporel même de l’architecture commerciale contemporaine, à quelques exceptions près, s’est rétréci aux points passagers de l’instant. L’urgence, plus que la vitesse, a modelé le rapport au monde et servi de facteur unique à la construction sociale. Certes, la conscience écologique d’une conservation sur le long terme de l’environnement naturel et humain paraît contrebalancer cette fièvre du présentisme (concept forgé par F. Hartog), mais, paradoxalement, elle peut également l’exacerber en favorisant l’édification de bâtiments légers, modulables et précaires. Aussi, des deux côtés, celui du néocapitalisme modelant l’espace humain comme celui de la préservation de la nature, voit-on proliférer des constructions démontables. Entre l’hôtel discount et la cabane déplaçable, entre le hangar décoré de la zone commerciale et le caisson recyclé par l’éco-architecture, c’est le même adieu à l’assise. Il y a là une mutation spectaculaire du rapport à l’habitation qui était censée assurer la pérennité humaine dans le monde. Si les bâtiments hypermodernes sont plus fragiles que les hommes qui les élèvent, si leur durée de vie est plus courte que la leur, qu’advient-il de la relation fondamentale qu’ils ont tissée pendant des millénaires ? L’architecture devient ainsi plus passagère que nos corps. Alors qu’elle devait les suppléer en créant un sur-corps plus solide et plus durable, elle s’avère en fin de compte plus éphémère qu’eux. Troublant paradoxe.

Prochain numéro le 28 juin Suivez JUNKPAGE en ligne sur

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JUNKPAGE est une publication sans publi-rédactionnel d’Évidence Éditions ; SARL au capital de 1 000 €, 32, place Pey-Berland, 33 000 Bordeaux, immatriculation : 791 986 797, RCS Bordeaux. Tirage : 20 000 exemplaires. Directeur de publication : Vincent Filet  / Rédaction en chef : Vincent Filet & Franck Tallon, redac.chef@junkpage.fr 05 56 38 03 24 / Direction artistique & design : Franck Tallon, contact@francktallon.com /Assistantes : Emmanuelle March, Isabelle Minbielle / Ont collaboré à ce numéro : Julien d’Abrigeon Arnaud d’Armagnac, Didier Arnaudet, Bruce Bégout, Marc A. Bertin, Sandrine Chatelier, Henry Clemens, Guillaume Gwardeath, Benoît Hermet, Guillaume Laidain, Anna Maisonneuve, Éloi Morterol, Olivier Pène, Jeanne Quéheillard, Joël Raffier, Xavier Rosan, José Ruiz, Fanny Soubiran / Fondateurs et associés : Christelle Cazaubon, Clémence Blochet, Alain Lawless, Serge Demidoff, Vincent Filet et Franck Tallon / Publicité : Valérie Bonnafoux, v.bonnafoux@junkpage.fr, 06 58 65 22 05 et Vincent Filet, vincent.filet@junkpage.fr Impression : Roularta Printing. Papier issu des forêts gérées durablement (PEFC) / Dépôt légal à parution - ISSN 2268-6126- OJD en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellés des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays, toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles sont interdits et donnent lieu à des sanctions pénales. Ne pas jeter sur la voie publique.

© C. T. & Co

Sommaire


The Wackids © Florent Larronde

Concerts, théâtre, expositions, marché gourmand, concours de pétanque… le festival du Bruit du Château, à Pujols-sur-Dordogne, du 3 au 5 juin, c’est trois jours de festivités mêlant musique, patrimoine et art de vivre. La programmation n’est pas en reste : Papier Tigre, Botibol, Ariel Ariel, Les Sauvages colorés, Moloch/ Monolith, Sleepy John Corbeck, Worlwide Government, un DJ set signé Ricochet Sonore ou encore un match d’impro animé par la compagnie Électrons libres. Ambiance familiale, taille humaine, viticulteurs et producteurs locaux au service du cool. Le Bruit du Château #5, du vendredi

GADUS

Événement hautement populaire s’il en est, la traditionnelle Fête de la morue de Bègles associe dans la bonne humeur gastronomie, arts de la rue, expositions, ateliers, musique et cirque pour célébrer le légendaire poisson qui fit sa richesse. Au programme : les Wackids, la Bronze, A Call At Nausicaa, DJ’ Foutrack Deluxe, Michel Macias Quintet, la compagnie 16 ans d’écart pour le grand bal. Du 3 au 5 juin, on pense également à réserver le restaurant de son choix afin de savourer ce noble produit pêché au large des bancs de Terre-Neuve. Fête de la morue #21, du vendredi 3

3 au dimanche 5 juin, Pujols-surDordogne.

lebruitduchateau.com

© Alejandro Barrionuevo

EQUUS

Le 11 juin, direction le Sud Gironde à l’occasion de la première édition du festival Regula qui souhaite allier art équestre, art sacré, musiques, danse contemporaine, artisanat d’art et mise en valeur de l’exceptionnel patrimoine réolais (récompensé par le label Ville d’Art et d’Histoire). Au programme : découverte de la ville menée par des chevaux, animations équestres ainsi qu’une démonstration d’Alejandro Barrionuevo, écuyer de l’académie d’art équestre de Malaga (compagnie Artequus) dans le cloître du prieuré et bien d’autres surprises. Regula, samedi 11 juin, 19 h, La Réole.

Marianne Muglioni © Benjamin Ballande

TERROIR

NOBLE

au dimanche 5 juin, Bègles.

Gaël Jaton - D. R.

Phill Niblock - D. R.

www.fetedelamorue.com

Sous-titré « concerts et performances audiovisuelles », Hydraphonies est un nouveau rendez-vous, au cœur du Périgord Noir, proposant des voyages inédits et surprenants à travers l’art sonore, la musique et des projections cinématographiques ; des univers artistiques subtils se produisant rarement en France. Soit, le 17 juin, à la Cathédrale Saint-Sacerdos de Sarlat : Phill Niblock, Guy de Bièvre et Charlemagne Palestine. Le 18 juin, conjointement à l’église Saint-Caprais et à la Galerie La Ligne Bleue de Carsac : Rhys Chatham, Sonoparadisio, Carl Stone, Katherine Liberovskaya, Paul Clipson, Félicia Atkinson et Thomas Maury. Hydraphonies, du vendredi 17 au samedi 18 juin, Sarlat et Carsac.

www.festival-hydraphonies.com

Arianne Chemin - D. R.

EXPÉ

CAUSERIE

La saison des Conversations au Carré s’achève le 8 juin avec Ariane Chemin. Journaliste passée par les services « politique » et « société » du quotidien Le Monde, elle en devient grand reporter non sans avoir travaillé pendant 4 ans à la rédaction du Nouvel Observateur. Spécialiste des livres d’actualité — La Femme fatale avec sa consœur Raphaëlle Bacqué, La Nuit du Fouquet’s avec Judith Perrignon —, elle a reçu le prix Bernard Mazières du livre politique en 2015 pour son essai Le Mauvais Génie, co-écrit avec Vanessa Schneider et publié chez Fayard. Conversations au Carré, mercredi 8 juin, 19 h 30, Carré des Jalles, salle des Grands Foyers, Saint-Médard-enJalles.

www.saint-medard-en-jalles.fr

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Parce que l’accès à la musique est un droit et non un privilège, l’association Les Caprices de Marianne, qui par ailleurs réalise des concerts de proximité (Centres d’animation de Bordeaux, Hôpital Bergonié) et des concerts sur le pouce au centre d’animation du quartier Saint-Pierre (le premier vendredi du mois de 12 h à 14 h), organise du 17 au 24 juin l’opération Classique aux balcons dans le quartier du Grand-Parc. Pour tous : concerts, répétitions publiques, rencontres avec les musiciens professionnels qui engagent leur art et leurs convictions. Classique aux balcons, du vendredi 17 au vendredi 24 juin, Grand-Parc.

www.caprices-de-marianne.fr

BRUT

Stereotop, collectif bordelais de musiques électroniques expérimentales, frappe fort. D’abord, le 3 juin, à L’Envers, pour le second numéro de « Harsh-Noise », plateau dense de 15 minutes de concentrés sonores par personne – membres du collectif, invités ou quiconque ayant répondu à l’appel à participation –, soit 12 concerts sans interruption. Puis, le 10 juin, au Chicho, « Desobediencia », soirée de concerts allant de l’ambient à la noise en passant par le drone, le post-dub et autres expérimentations électroniques. Prix d’entrée, au jet de dé. Harsh-Noise, vendredi 3 juin, 19 h, L’Envers.

Desobediencia, vendredi 10 juin, 20 h 30, El Chicho.

stereotop.org

Philippe Bianconi - D. R.

Botibol - D. R.

EN BREF

RIVAGES

Entre découvertes et retrouvailles, les Escapades Musicales, festival du Bassin d’Arcachon et du Val de l’Eyre, déroule sa 7e édition du 23 juin au 22 juillet. Des artistes de renommée internationale comme le pianiste Philippe Bianconi, le violoniste Alexis Cardenas ou encore le guitariste Thibault Cauvin se produiront dans 15 lieux uniques, autour de 13 communes pour un véritable festival itinérant de musique classique en bord de mer. Lier convivialité et excellence, tel est le pari de cette manifestation pilotée par le violoncelliste Pejman Memarzadeh. Festival Les Escapades Musicales #7, du jeudi 23 juin au vendredi 22 juillet.

www.lesescapadesmusicales.com


D. R.

DOUCEUR

Collectif OS’O © Luca Rossato

Juin sous le signe de la musique, c’est aux jardins de Malagar, qui invitent le 4 juin à une déambulation printanière en compagnie des étudiants musiciens et d’une danseuse du PESMD Bordeaux Aquitaine. Un voyage dépaysant et mystérieux où se mêlent musique et poésie, sous la direction de Gérard Laurent, comédien et metteur en scène, directeur pédagogique de l’éstba. Le lendemain, balade toute en résonances avec l’Ensemble de cuivres du PESMD, sous la direction de l’ensemble Epsilon. Sans oublier le Coin des libraires avec l’Association des Amis du Livre en Aquitaine. Rendez-vous aux jardins de Malagar, du samedi 4 au dimanche

MAKARIOS

Pour sa seconde édition, le festival Emerg’ en Scène propose une journée de découverte du spectacle vivant au cœur de la cité médiévale de SaintMacaire. Du château de Tardes à la prairie au pied des remparts, il y a de quoi faire ! Le collectif OS’O revisitant Shakespeare avec Presque le songe, la compagnie Nukku Matti pour une conférence scientifique et fantaisiste dévoilant le secret du 4e neutrino, le collectif d’acrobates aériens SODA, le Petit Théâtre de Pain et son Cabaret, Vincent Nadal de la compagnie des Lubbies et son Ubu Roi Vrout, variation sur le classique d’Alfred Jarry. Festival Emerg’ en Scène,

5 juin, de 15 h à 17 h, Malagar Centre François Mauriac, Domaine de Malagar, Saint-Maixant

malagar.aquitaine.fr

CINÉMA

Exit Cannes et direction les Landes ! À Contis-plage, les pieds dans l’eau, la sélection a du bon. Soit une dizaine de longs métrages (en avant-première nationale et en présence des équipes), une compétition européenne de courts métrages, des programmes de courts métrages aquitains, européens, africains et brésiliens, une trentaine de séances publiques, des expositions, des rencontres professionnelles, des débats et des tables rondes, des concerts. Sans oublier le grand concours de « Nanométrages » et le zoom sur « talents en court ». Un eskimo ? 21e Festival international de Contis, du jeudi 9 au lundi 13 juin, Contis.

www.cinema-contis.fr

D. R.

D. R.

du vendredi 10 au samedi 11 juin, Saint-Macaire. 05 56 76 13 17

LUCIOLE

Nouveau rendez-vous de la programmation culturelle de l’Entrepôt, le temps d’une soirée estivale, Supernaturel convie des plasticiens à investir un lieu naturel du Haillan. Frondaison, canopée, silhouettes arborescentes et herbes folles deviennent à la nuit tombée le décor d’une composition faite d’œuvres sculpturales et photographiques, de performances, de mapping projetés dans les cimes… Céline Domengie, Véronique Lamare, Emmanuel Penouty, Boris Lhoumeau et Pierre Fossey s’approprient le bois de Bel Air et créent une mise en scène surprenante aux confins des rêves et de l’imagination. Supernaturel, Une nuit dans le bois de Bel Air, samedi 2 juin, de 19 h à minuit, Le Haillan.

www.ville-lehaillan.fr

Proposition programmée dans le cadre de la cinquième édition de l’Eté métropolitain, événement de Bordeaux Métropole, par le Grand Projet des Villes Rive Droite, les villes de Bassens, Lormont, Cenon et Floirac, avec le soutien de Bordeaux Métropole.


Emmanuel Aragon, Envahis étends.

EN BREF

Plutôt que de vendre à la sauvette des saucisses de dinde de piètre qualité et des godets de mauvaise bière tiède, la Fabrique Pola et l’I.Boat fêtent dignement la musique dans la cour du collège Fieffé (62, rue Fieffé). Au menu : des concerts de musique à caractère électronique avec notamment Cesar Urbina alias Cubenx, producteur mexicain soigné chez Infiné, le duo belgobordelais Our Fortress et les régionaux de l’étape Atom. Sans oublier de la sérigraphie et un déluge de surprises concoctées par les artistes de la résidence. Fête de la musique POLA x I.Boat,

FEUILLES

Du 1er au 4 juin, Bazas accueille la 19e édition du festival du livre. Temps fort reconnu consacré à la lecture sous toutes ses formes dans le Sud Gironde, au même titre que le salon dédié au polar, Du sang sur la page à Saint-Symphorien, cette manifestation propose soirées spéciales, créations inédites et rencontres autour de la musique, de la photographie, du cinéma, du spectacle vivant et des arts numériques... Parmi les invités cette année : Jean-Pierre Guérin, I Am Stramgram, Benoît Delépine, Raphaël Mezrahi et l’illustre conteur Pépito Matéo. Festival du Livre #19, du mercredi

du vendredi 10 au samedi 12 juin, de 14 h à 19 h, 14 rue Leyteire.

collectifzerocent.blogspot.fr

mardi 21 juin, de 18 h à 1 h.

www.pola.fr

1er au samedi 4 juin, Bazas.

dimanche 10 juillet, Bordeaux.

www.horsjeu-festival.fr

MIAM

Histoire de clore sa première saison, Lune Noire offre un festin final en forme de double programme saignant dédié aux anthropophages. En entrée : Virus cannibale de Bruno Mattei, télescopage quasiDada détournant Zombie de George Romero, stock-shots animaliers improbables, discours altermondialiste et gore. Plat de résistance : Cannibal Holocaust, chef-d’œuvre du genre signé Ruggero Deodato, interdit dans une cinquantaine de pays, porté par un score sublime de Riz Ortolani et certainement l’opus le plus extrême de l’histoire du bis italien. Lune noire#10 : Virus cannibale + Cannibal Holocaust, dimanche 5

juin, 20 h, Utopia.

www.lunenoire.org

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Cléa Vincent © Benjamin Henon

8 au dimanche 12 juin, L’Entrepôt, Le Haillan.

Jay Alders - D. R.

D. R.

D. R.

Du 3 juin au 10 juillet, à l’occasion de l’EURO 2016, l’association Brev’Art lance la première édition de Hors Jeu! De La Cité du Vin à la Cour Mably en passant par Cap Sciences, ce festival propose rencontres, projections et ateliers mêlant football, culture et société. Parmi les temps forts : un débat sur « La place du stade dans la ville » avec Pierre Ferret et Nicolas Hourcade ; l’exposition photographique « Foot sentimental » présentée par So Foot ou encore « Retrogoal », rétrospective de tous les jeux vidéos de foot qui ont fait l’histoire des consoles depuis 1970. Hors Jeu !, du vendredi 3 juin au

Organisé conjointement par l’Entrepôt du Haillan, l’association Bordeaux Chanson, en collaboration avec Musiques de Nuit et Voix du Sud, Le Haillan Chanté souffle ses 7 bougies. Une édition riche avec deux Victoires de la Musique 2016 (Vianney, Les Innocents), une légende vivante (Dick Annegarn), mais aussi Cyril Mokaiesh, Giovanni Mirabassi, Ben Ricour, Gaël Faure, Jérémie Kisling, David Lafore, Lily Luca, Wladimir Anselme, Jéremie Bossone, Cléa Vincent et Ignatus. Soit 10 concerts, 3 apéros-chansons, une « partie à 3 », des ateliers de création et une exposition photo. Le Haillan chanté #7, du mercredi

www.lentrepot-lehaillan.fr

www.mediathequebazas.net

GOAL !

VOIX

VAGUE

Fort d’un succès public non démenti l’an dernier avec pas moins de 3 000 visiteurs, le festival Vagabonde revient célébrer la culture surf, du 8 au 12 juin à la Halle des Chartrons. Loin des stéréotypes et autres connotations commerciales, ce rendez-vous met en lumière les valeurs intrinsèques et humaines du surf. Outre une exposition d’envergure internationale, des courtsmétrages, un concert, un Surf Camp et une conférence inédite autour du thème « Les surfeuses sont exceptionnelles ! ». Vagabonde #3, du mercredi 8 au dimanche 12 juin, Halle des Chartrons.

www.festivalvagabonde.com

© Alban Gilbert

SOLSTICE

Le Collectif 0,100 invite Emmanuel Aragon et Guillaume Hillairet pour une exposition abordant la spatialité à travers cinq pratiques artistiques et cinq façons de la questionner. Emmanuel Aragon dresse des écritures d’action dans l’angle de deux murs. Indications mémoires injonctions. Comment se tenir face ? Guillaume Hillairet, lui, de manière achevée ou potentielle, dispose des éléments à agencer des espaces, ouvrant des délimitations. Leurs œuvres dialoguent avec celles de membres fondateurs : Emmanuel Ballangé, Sophie Mouron et Mirsad Jazic. « Situation/Place/Situation »,

Pépito Matéo © Virginie Meigne

Cubenx © Baptiste Leonne

CIMAISES

MALIN

Voici venu le temps des festivals d’été et s’y rendre relève parfois du casse-tête. Or, le train demeure le mode de transport idéal pour aller à des manifestations culturelles, de manière économique, conviviale et éco-responsable. Soutenue par la Région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes, l’opération Fest’Ter s’inscrit dans la politique en faveur du développement durable et de l’éco-mobilité, en proposant des billets à partir de 10€ l’aller-retour en Ter Aquitaine. La vente des billets au tarif Fest’Ter 2016 est ouverte un mois avant la date de début de chaque festival. www.ter.sncf.com/aquitaine


WYLDE

THING

Dès qu’on essaie de définir Zakk Wylde, on se retrouve dans tellement d’impasses rédhibitoires de la culture que l’on s’excuse avant même d’avoir commencé à dire quoi que ce soit. Aussi, prenons le problème comme un puzzle vertueux qu’il faudrait accepter de voir tel un ensemble dont chaque pièce provoque individuellement l’embarras le plus dense. Peut-être faut-il expliquer avant tout le concept des guitar heroes des années 1980 : Yngwie Malmsteen, Eddie Van Halen… ces snipers vus plus gros que leurs armées respectives. Or, on ne peut commencer par là. Alors disons que Zakk Wylde est le meilleur guitariste de Black Sabbath qui n’y ait jamais joué. Non, la contradiction va perdre tout le monde. Bon, alors ok, à 20 ans, Zakk Wylde devient le guitariste d’Ozzy Osbourne. Il y restera jusqu’à ses 40 ans et son image en est pour beaucoup indissociable. Désormais à son compte avec Black Label Society, il a développé un fan club calqué sur les chapitres des Hell’s Angels et se retrouve autant encensé comme une icône du heavy metal moderne par les uns que critiqué pour son manque d’inventivité par les autres. Ses enfants s’appellent Hendrix et Sabbath, mais il cite Elton John comme l’une de ses principales influences. Fan de musculation, il fait l’apologie de la consommation outrancière d’alcool et ne manque jamais de remercier le seigneur car, hey, chez les rednecks, on ne se laisse pas emmerder par les contradictions. Bref, le mec aurait été parfait dans le rôle si le film de Marvel avait décidé de faire atterrir Thor dans le décor de Shérif, fais-moi peur. Tout ce topo paraît stupide, mais assemblé, équivalent musical du Valhalla de la junk food. Un blockbuster dans son propre créneau. Peu importe la dissection des « faits », Zakk Wylde est une persistance rétinienne intemporelle du heavy 80s et doit être célébré comme cette matrice qu’on aurait retrouvée alors que les machines sur lesquelles elle fonctionnait ont été mises au rebut depuis longtemps. Arnaud d’Armagnac Zakk Wylde + Jared James Nichols,

samedi 11 juin, 20 h 30, Le Rocher de Palmer, Cenon.

www.lerocherdepalmer.fr

Il y a plus de 20 ans, Josh Haden préféra le nom d’un pays à son propre patronyme pour créer son groupe. Clin d’œil au morceau homonyme de Chick Corea ou bien à Sketches Of Spain de Miles Davis ?

© Hisham Akira Bharoocha Abby Portner

Passé par Ozzy Osbourne et les gros festivals du genre, le Black Label Society de Zakk Wylde est un incontournable du heavy des années 2000.

© Miriam Brummel

© Stéphen Jensen

SONO MUSIQUES TONNE

Beach Boys du xxie siècle, ayant refondu la matière pop depuis plus de quinze ans, Animal Collective fascine paradoxalement par sa longévité plus que par sa pertinence.

GOLDEN DESPACIO Les références au jazz dans l’univers de Josh Haden ne sont pas fortuites pour autant. Il est le fils de Charlie Haden, lui-même contrebassiste et figure majeure du free jazz, et cette ascendance glorieuse marque son parcours : le père, compagnon de route d’Ornette Coleman et de Keith Jarrett, restera un modèle par l’esprit d’indépendance qui l’animait. Cet homme a participé par ailleurs aux sessions d’enregistrement de l’album Odelay de Beck et conservé une liberté de ton que le fils, sous alias Spain, reprend dans ses engagements. Qu’ils soient musicaux ou plus politiques. À la veille de la sortie de son 6e disque – un gros œuvre de 3 heures, si l’on en croit ce qu’il annonce sur son blog –, Josh Haden publie en éclaireur sur le même blog le titre I Do en soutien au mariage homosexuel. Dès le début, le musicien ne montrait pas de tendance particulière à la soumission ni aux règles, qu’elles soient celles du marché ou celles des chapelles musicales. Il reste parmi les pionniers d’un modèle devenu ce genre, le slow core, fourre-tout commode connu pour son aversion au plus de 40 bpm. Un paysage sonore qui se traîne sur des tempi de limace, avec une vision marquée, dès l’origine, par une mélancolie prégnante. Depuis 1995, le besoin d’autonomie (ses déboires avec l’industrie discographique en sont la preuve) a conduit Haden à une traversée du désert qui prend fin avec la tournée et la sortie de Carolina où, ô surprise, il lâche même la bride au batteur. Au xxie siècle, tout s’accélère, même la musique de Spain... José Ruiz Spain + invité,

mercredi 15 juin, 20 h 30, Rock School Barbey.

www.rockschool-barbey.com

BOYS

Comment durer lorsque l’on s’est retrouvé sur le toit du monde ? Quel sens donner à une carrière ? Poursuivre une « œuvre » au risque de décevoir ou simplement continuer par crainte du surplace ? Le cas Animal Collective résume parfaitement ces interrogations. Des débuts anonymes et assez peu accessibles à l’orée du nouveau siècle, une phase de construction et deux chefs-d’œuvre coup sur coup, – Sung Tongs en 2004, Feels en 2005 –, puis, comment dire, plus d’errances que de merveilles. Exeunt les idoles de Pitchfork et de la génération Millenial ? Ce serait aller bien vite en besogne tant la formation n’a jamais cessé de travailler jusqu’à plus soif la notion de pop et de psychédélisme ; un peu comme The Flaming Lips, la drogue en moins, certainement. Preuve en est, leur récente livraison, Painting With, album le plus volontairement grand public à ce jour, dénué de toute forme de reniement ou de volonté consensuelle. Plutôt une tentative franchement aboutie de reprendre les canons du genre, à l’image de leur ancien protégé surdoué Ariel Pink. Toutefois, là où le petit génie de Los Angeles enfile le costume de Todd Rundgren, le désormais trio fait encore une confiance absolue à sa science intuitive du cadavre exquis. Mauvais choix ? Difficile à dire lorsque l’éloignement géographique et les aventures en solitaires pèsent autant. Du savoir-faire, du talent, c’est l’évidence même. Finalement, une seule interrogation : retrouvera-t-on la magie sur scène ? Ce serait une si belle réponse. Marc A. Bertin Animal Collective + Pega Monstro,

lundi 6 juin, 19 h, Le Rocher de Palmer, Cenon.

lerocherdepalmer.fr


JUST PICK FIVE Just Pick Five débusque les acteurs culturels de l’ombre. Si cette ombre a une ombre, alors Luc Ardilouze se tient dedans. Fidèle parmi les fidèles, il est depuis des années un pilier de structures qui elles-mêmes commencent à fêter des anniversaires de vieilles dames. Infographiste pour le label indépendant Vicious Circle et le fanzine Abus Dangereux, il organise aussi des concerts avec le collectif Mankind et joue de la batterie pour un milliard de groupes, dont les très cool Gasmask Terrör. Bref Luc représente l’anti-2016 : il préfère « faire » qu’en parler. Propos recueillis par Arnaud d’Armagnac Hey Luc, donne nous le top 4 des disques qui ont changé les choses pour toi. Slayer, Reign in Blood (Def Jam, 1986) C’est la baffe quand j’ai eu 13 ans, découvert grâce à un pote de classe dès sa sortie. En quelques jours, sans transition, je suis passé de Depeche Mode et Bronski Beat à Slayer. Il est resté des mois dans mon walkman. Aujourd’hui, cet album ne serait peut-être même pas mon préféré de Slayer, mais à l’époque c’était super-novateur. C’est l’un des disques que j’ai le plus écouté de ma vie. Je crois que le truc qui explique mon attirance pour ces musiques vient du fait que mes parents avaient une super chaîne hi-fi avec 4 vitesses de lectures pour le vinyl : 33, 45, 78 et… 16 tours. Chaque fois qu’on avait un disque avec mon frangin, on l’écoutait en 16 tours. Ça nous faisait beaucoup rigoler parce que c’était très lent et ça faisait des voix de monstres à la Sesame Street. Discharge, Why (Clay records, 1981) Je ne viens pas du tout d’une famille de musiciens ou même qui écoutait de la musique, donc je me suis fait une culture en autodidacte. Longtemps, je ne pensais pas pouvoir jouer. Discharge m’a totalement décomplexé. Ça ne joue pas très bien, c’est ultra-simple, mais ça sort des codes de la musique avec des structures hyper-particulières, des couplets en 5 ou 6 mesures et un chant construit sur des espèces de haïkus. Ils ont révolutionné le punk qui était encore du rock’n’roll finalement. Je suis devenu batteur à cause de ce disque. Black Sabbath, Master of Reality (Vertigo, 1971) C’est dur de choisir un seul album, les six premiers sont indispensables. Pendant longtemps, c’était le seul groupe 70s que j’écoutais, pour moi c’était de la musique de vieux et ça me paraissait

toujours un peu bizarre d’écouter de la musique enregistrée avant ma naissance. Black Sabbath avait un son tellement novateur et moderne pour son époque. Poison Idea, Feel the Darkness (American Leather/ Vinyl Solution, 1990) C’est un peu l’album hardcore parfait dans le sens où ça reste du punk mais ça transcende les limites du genre. Tous les morceaux sont des tubes, la production est incroyable. C’est Steph’ du fanzine Rad Party qui me l’avait copié sur cassette, je me souviens. Faire des cassettes, c’est un peu toute ma vie. À 13 ans, tu n’as pas de thunes pour acheter les disques. On s’envoyait des listes pour échanger des compils. On les écoutait en boucle. C’était une période intéressante mais confidentielle. Tu n’avais pas cette surenchère du téléchargement où tu entasses des tonnes de disques pour en écouter la plupart une seule fois avant de les oublier dans les profondeurs de ton disque dur. Alors, à ce top, on ajoute obligatoirement le disque qui est sur ta platine aujourd’hui, c’est le plus sincère puisque tu viens de l’écouter. H ø R D, Focus on Light (Giallo Disco, 2016) Rien à voir avec ma sélection. Depuis quelques années, je me suis ouvert à des musiques plus électroniques, notamment via les musiques de films. Il y a un petit vivier de groupes à Bordeaux assez intéressants dans ce créneau. Dans ce groupe, tu as de l’electro avec une bonne caution cold wave, puisqu’il vient de là, avec du chant et ça me parle.


Lorsque le feu follet du garage californien revient mettre les compteurs à zéro, les apprentis du binaire primitif se doivent d’être au premier rang car le verbe de Ty Segall est parole d’évangile.

METAL GURU Soyons clairs : dresser le portrait du natif de Laguna Beach relève de l’exercice vain. Tout ce que l’on a pu écrire, de factuel comme de purement hypothétique, est vrai et plus encore. Auteur, compositeur, multiinstrumentiste, producteur, Ty Garrett Segall a accompli plus de miracles à 28 ans que Jésus de Nazareth au même âge. 8 albums en solo, autant de EP et de 45T, des formations parallèles (Fuzz, Broken Bat, GØGGS), sans omettre ses états de service au sein de The Traditional Fools, Epsilons, Party Fowl, Sic Alps ou The Perverts. Sur la carte du garage rock, difficile de faire mieux, le gus ayant repris le flambeau de feu Jay Reatard et dépassé en fougue son mentor John « Thee Oh Sees » Dwyer. Or quoi de plus normal au pays du « Work Hard, Play Hard » ? Après tout, on ne s’en émeut pas de la part de Bonnie Prince Billy et, au début de leur carrière, The Beatles publiaient 2 albums par an. Présenté l’an dernier à la presse sous format VHS, Emotionnal Mugger s’apparente à une espèce d’hommage pervers au glam rock, tout en riffs noyés de fuzz et de réverb’, comme si le monolithe Electric Warrior avait été enregistré dans un basement de Californie du Sud par une poignée de gouapes ayant écouté les disques de Count Five à la mauvaise vitesse sur une chaîne mono. Pour cette tournée, le petit prince la joue sextet, saxophone inclus, juste histoire de bien râper la face de l’audience médusée mais soumise. Toute résistance est inutile : ce seigneur est notre berger. MAB Ty Segall And The Muggers + Tomorrow Tulips + Useless Eaters, jeudi 9 juin, 20 h, Krakatoa, Mérignac.

www.krakatoa.org

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Cycle immuable, le rock ramène régulièrement à la surface d’antiques recettes. The Mystery Lights ont ainsi retrouvé la formule ayant inspiré Count Five et The 13th Floor Elevator.

PIERRE PHILOSOPHALE Pour qui n’a connu The Standells ou The Music Machine à leur âge d’or, The Chesterfield Kings ou The Fuzztones offrirent en leur temps (les années 1980) une séance de rattrapage. Le rock garage préserve toujours ses preux et, génération après génération, le flambeau passe. En 2016, le dernier maillon de cette chaîne discontinue s’appelle The Mystery Lights. Le punk est passé par là, mais les fondamentaux demeurent. Guitares calées sous le menton, avec même une Vox Phantom de 1966 en première ligne, coiffures Prince Vaillant et T-shirts à rayures ; les codes ont la peau dure mais la musique reste furieusement du xxie siècle. Les cinq Californiens sont allés porter la bonne parole à Brooklyn, où ils se sont installés avec leur fougue et leur électricité. C’est là que le label Daptone, plus tourné jusque-là vers la soul, les a repérés et signés sur le subsidiaire Wick Records, créé pour l’occasion. L’album a été enregistré en huit pistes, manière de conserver, jusqu’au plus petit détail, la sève du psyché rock originel. Sur scène, leurs concerts révèlent un gang monté sur ressorts ainsi qu’un goût prononcé pour la réverb’. Toutes choses retenues comme valides par le cénacle des gardiens du temple. Lequel temple ne demande qu’à élargir le cercle de ses fidèles, convoqués à Bordeaux pour la circonstance. José Ruiz The Mystery Lights,

lundi 6 juin, 20 h 30, Le Bootleg.

www.allezlesfilles.net

D. R.

© Denee Petracek

D. R.

MUSIQUES

Le programme d’un concert historique, donné en 1980, est à entendre à l’Auditorium. À la direction : Alain Lombard, ancien directeur de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, de l’Opéra et du Mai Musical.

UN POSSIBLE

RETOUR

L’affiche est belle : André Lombard, bientôt 76 ans, reprendrait la baguette pour diriger l’ONBA le 9 juin à l’Auditorium avec la Fantastique (1830) de Hector Berlioz, la plus célèbre des symphonies françaises, et la Musique pour cordes, percussions et célesta de Bela Bartók (1936) que Messiaen considère comme « la plus haute expression de son génie ». Mais la participation du maestro à ce programme, qu’il avait initialement dirigé le 27 avril 1980, est très incertaine. Déjà, il avait dû renoncer à diriger l’opéra de Verdi Don Carlo en début de saison pour raison médicale, Paul Daniel et Pierre Dumoussaud le remplaçant tour à tour au pied levé. Sa santé pourrait bien de nouveau lui jouer un mauvais tour. Reste que ce sont deux chefs-d’œuvre qui sont donnés à entendre. La pièce de Bartók est d’une rare richesse teintée des couleurs hongroises et de trouvailles rythmiques : par exemple, le piano est utilisé comme instrument harmonique, mais aussi percussif. Quant à la Symphonie fantastique soustitrée « épisodes de vie d’un artiste », c’est une déclaration d’amour de Berlioz à une comédienne qu’il n’a pas encore rencontrée et un témoignage narcissique. Le compositeur parle de « drame instrumental » car il reprend à son compte les codes de l’opéra. Une « idée fixe » qui représente la femme aimée via un thème conducteur se retrouve tout au long des cinq mouvements, plus ou moins modifié selon l’évolution psychologique du héros. À écouter, quoi qu’il en soit ! Sandrine Chatelier Orchestre National Bordeaux Aquitaine, direction d’Alain Lombard, jeudi 9 juin à

l’Auditorium, 20 h, Auditorium, salle Dutilleux.

www.opera-bordeaux.com JUNKPAGE 3 5   /  juin 2016


LE BON GROS SON

L’esprit est en tout cas toujours aussi free chez ces amateurs de bon (et gros) son. Pour la sixième édition, fidèles à Canéjan, ils investissent un nouveau site, à même de voir les choses en grand : la Plaine du Courneau. La soirée de lancement sera célébrée sous le signe du dub britannique avec Vibronics, dont les basses font vibrer le monde depuis 1995 et une belle sélection de crews de nos régions : SteppAddict des Hauts-de-France, Brainless Sound de Rhônes-Alpes, Dawa HiFi du Centre et les locaux Infinity Hi-Fi. Grosse soirée dancefloor ensuite avec la présence d’Ed Rush, artiste prolifique (tellement créatif dans son domaine que le sous-genre « techstep » a été inventé sur mesure pour étiqueter ses productions), DJ et producteur largement booké à une échelle internationale, co-boss de Virus Recordings et auteur de collaborations avec Optical – les deux font figure de demi-dieux vivants de la drum’n’bass. Également au menu : le compositeur techno house Popof, vétéran de l’époque rave, auteur de musiques aujourd’hui judicieusement placées pour vendre des voitures ou du chocolat à la télévision. À noter, les gros allumés de l’étape, Dope D.O.D., black blocks soniques bataves au hip-hop tendance HP. Un autre clubbing est possible, et celui du So Good Fest se pratique à la belle étoile. Guillaume Gwardeath So Good Festival #6,

du vendredi 3 au samedi 4 juin, Plaine du Courneau, Canéjan.

www.sogoodfest.com

Musik À Pile n’est pas exactement un nouveau venu sur le paysage des festivals. Or rien n’est jamais acquis d’avance et, annonçant sa 19e édition, l’équipe MKPienne – c’est le petit nom qu’elle se donne – continue de parler d’« aventure ».

PILE AU BON ENDROIT

Une aventure qui consiste à miser sur la curiosité du public et le dynamitage du conformisme culturel. Le festival assure certes sa teneur en noms connus, certifiés « vus à la radio » tels que Minuit, featuring Raoul Chichin et Simone Ringer. Pour autant, pas question de ne pas ouvrir l’espace aux découvertes voire aux incongruités amusantes comme Soviet Suprem, le projet dance floor turbofolk pour lequel les MC Toma Feterman (de La Caravane Passe) et R.Wan (de Java) se sont rebaptisés John Lénine  et Sylvester Staline... La présence du chanteur franco-libanais Bachar Mar-Khalifé est une bonne indication de l’amour du voyage qui semble présider à une grande part des choix artistiques de Musik À Pile avec bien des projets porteurs d’un ailleurs réel ou fantasmé : caravane tsigane (quatuor Romano Dandies), bayou de Louisiane (la compagnie du Piston errant pour sa Blues-O-Matic Experience), open jaw Israël -Yémen-New-York pour les sœurs A-Wa... Comme chaque année, Musik À Pile accueille aussi les arts de la piste avec une conception participative de l’animation circassienne (compagnie Les Corps Bav’Art) et profondément intergénérationnelle (compagnie L’Arbre à Vache). À la nuit tombée, le parc Bômale, écrin du festival, devrait révéler la modernité de sa scénographie via un mapping vidéo — projet d’art numérique monté avec la designer d’espace Marine Cardin. Un remix épicurien de l’exigence. Guillaume Gwardeath Musik À Pile,

du vendredi 10 au dimanche 12 juin, Saint-Denis-de-Pile.

www.musikapile.fr

Lisa Simone © Frank Loriou / Agence VU

Une manifestation telle que Hors Bord a peut-être changé la donne, mais le So Good Fest se définit toujours comme « le festival des musiques électroniques de Gironde ».

Soviet Supreme - D. R.

Dope D.O.D. © Morgan Grunfeld

MUSIQUES

Au fil des années, le Jazz and Blues Festival de Léognan s’étend en durée comme sur le territoire, avec cette 21e édition de l’unique rendez-vous dédié au genre dans la Métropole.

JAZZ EN CAMPAGNE Place aux régionaux, voilà, semble-t-il, le leitmotiv de cette édition. C’est aussi la situation économique de tous les festivals (et la part toujours plus réduite de la culture dans les budgets des institutionnels) qui en a dicté les choix. Qu’à cela ne tienne, le vaillant Jacques Merle, porteur du projet depuis les origines, a constitué un plateau privilégiant les artistes d’ici, avec l’accent sur ce jazz familial qui fédère. Entre le Bignol Swing, que l’on n’accusera pas de se prendre trop au sérieux, et les garçons de Swing de Poche qui savent déboutonner la chemise, l’entrée en matière promet des sourires tranquilles. Suivent deux hommages à Billie Holiday et à Aretha Franklin. En images d’abord, puis avec le quintet du saxophoniste Michel Pastre et Dominique Magloire au chant pour Billie Holiday. Puis avec cette « Soul Serenade » dédiée à la reine de la soul, dont la chanteuse Émilie Hédou livrera quelques pépites et autres morceaux choisis d’Otis Redding ou de Wilson Pickett. Temps fort du festival : le concert de Lisa Simone, en soutien de la sortie de son nouvel album au printemps. Fille de, elle distend peu à peu le cordon et glisse vers la filiation africaine de sa musique. Le rideau se referme sur l’organiste Thierry Ollé, parfois désigné comme le Monty Alexander français, et un festival qui flâne entre les châteaux de l’appellation et ces musiques devenues indémodables. José Ruiz Jazz and Blues Festival,

du mercredi 1er au jeudi 9 juin, Léognan.

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www.jazzandblues-leognan.fr


Tall Juan © Laura Lynn Petrick

Proposition hautement « alternative » à l’habituel ronron de la pleine saison festivalière, Vicious Soul tire sa révérence ce printemps. Septennat rempli. Ni remords, ni regrets et encore merci pour le chocolat.

POUR SOLDE

DE TOUT COMPTE Comme le soulignait non sans malice mais avec une terrible lucidité JeanLuc Godard, « il y a ceux qui sont habités par le cinéma et ceux qui habitent le cinéma ». Alors, certes, comparaison n’est pas raison, mais l’analogie s’applique sans souci au milieu de la musique et plus particulièrement dans cette entreprise grandement lucrative et normative du festival. Mené par de réels passionnés, dont le professionnalisme est tout sauf une qualité sujette à débat, le rendezvous de juin a toujours parié sur l’intelligence et la curiosité du public plutôt que sur l’adhésion aveugle à un programme. Soit débusquer, défricher et proposer avant exposition. Un travail de passeur et de révélateur. Un truc de vrai critique, en somme. À l’ancienne. Aussi, plutôt que de verser dans l’inutile nostalgie, l’édition 2016 du Vicious Soul Festival s’offre un final digne et fidèle à sa ligne de conduite. Et ce dès son ouverture garage en fanfare, délocalisée à Mérignac le 9 juin avec « LE » plateau (Ty Segall & The Muggers, Tomorrows Tulips, Useless Eaters ; lire en page 10) à haute teneur garantie en frissons. Le lendemain, dans la pénombre du Void, c’est l’Europe qui débarque avec The KVB, Komplikations, Violence Conjugale et The Suzards ; le bon équilibre entre guitares et principe synthétique au service du coup de latte. Histoire de se mettre en jambes

et d’hydrater les gosiers assoiffés, le disquaire Total Heaven paie sa cannette à l’heure de l’apéritif à l’occasion du vernissage consacré à Matthieu Freakcity, illustrateur du cru qu’il est inutile de présenter tant grande est sa notoriété. Enfin, le 11 juin, le manuel parfait pour sauver son week-end du désastre avec le retour de la légende Kid Congo and The Pink Monkey Birds épaulé par J.C.Satàn, Tall Juan et Gordon. Une tranche napolitaine de malade servie au Block (ex BT59) et dressée avec The Projectivers, projection en 16 mm de scopitones ! Les adieux au music-hall auront lieu dès minuit au Bootleg avec les DJ sets de Topper Harley, de la Saint Tropez Soulful Patrol et du crew Vicious Soul. Et comme dit la chanson : « Regrets, I’ve had a few / But then again, too few to mention / I did what I had to do and saw it through without exemption / I planned each charted course, each careful step along the byway / And more, much more than this, I did it my way. » MAB Vicious Soul Festival #7,

du jeudi 9 au samedi 11 juin, Bordeaux.

www.vicious-soul.com


EXPOSITIONS

Deuxième partie de notre présentation des nouveaux lieux, apparus lors de ces derniers mois, qui produisent un vivifiant renouvellement de la scène artistique bordelaise, au contact d’une création vivante, ouverte et nomade. Ils sont dirigés par des artistes. Ces lieux souhaitent échapper à l’espace rigide de la galerie traditionnelle et se définissent d’abord par une flexibilité, une réactivité et une interdisciplinarité et donc une invention permanente pour être au plus près des artistes et de leurs propositions. D. R.

Propos recueillis par Didier Arnaudet

La Réserve.

UNE NOUVELLE CONSTELLATION

D. R.

Charlie Devier et Xavier Ferrère dans l’exposition de Priscille Claude.

ESCALIER B

Xavier Ferrère et Charlie Devier Cofondateur de Perav’Prod, Xavier Ferrère est une figure du milieu culturel underground bordelais depuis les années 1990. Il a organisé en 2003 une exposition de Perav’ Prod au CAPC, participé en 2008 à la rétrospective de Présence Panchounette au CAPC et proposé en 2010 l’exposition École Anonyme Bordelaise à l’École Nationale de la Magistrature. Après des études à l’ École des beaux-arts de Bordeaux, Charlie Devier développe une collaboration qui durera quatre ans avec l’artiste bordelais William Acin, puis travaille aussi avec le Melkior Théâtre à la Gare Mondiale en tant que scénographe et acteur. Il intègre ensuite l’association PointBarre, structure membre de la Fabrique Pola. Il effectue plusieurs résidences – en Suède (2011) et en Pologne (2013) – et expose à la Cellar Galery. Qu’est-ce qui a motivé l’ouverture de ce lieu ? Les galeries d’art traditionnelles subissent la crise de plein fouet et ferment donc les unes après les autres. Il en est de même pour les lieux de travail pour les artistes qui restent dépendants de subventions publiques. Cette sclérose du marché et des espaces de travail entraîne une frilosité, un manque de générosité et d’engagement qui

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ne convient plus à un certain nombre d’entre nous. Nous avons eu envie de créer notre propre espace de travail et de diffusion avec « les moyens du bord », c’est-à-dire notre expérience, nos envies, et préserver notre liberté et notre énergie pour nos projets respectifs, construire quelque chose qui pourrait redynamiser le secteur de l’art à Bordeaux. Nous avons repéré cet endroit et pris contact avec le gérant du magasin Vidji. Il nous a loué la réserve de son magasin pour 400 €. La position géographique de ce commerce était inédite pour des ateliers ou un lieu de diffusion : rue Sainte-Catherine, entre le cours Victor-Hugo et le quartier Saint-Pierre. L’aspect insolite du lieu (traverser le magasin, gravir un escalier attenant aux cabines d’essayage pour parvenir aux ateliers), la profusion de vêtements cheap, la fréquentation populaire du quartier détonaient avec notre volonté de faire de l’art. Cette confrontation d’univers, jamais associés à Bordeaux, nous a beaucoup plu et a influencé nos choix de diffusion : présenter des artistes accessibles, une programmation débarrassée de commissariats intellectualisants et pompeux. Nous avons donc créé notre espace de travail dédié à nos projets personnels (Élise Fahey, Yves Briand, Simon Rayssac, Jessica Hartley (Rouge), Charlie Devier, Xavier Ferrère) dans un open space divisé en cellules où chacun pouvait s’isoler et travailler. Nous avons réhabilité et aménagé à nos frais cet espace, nous avons voulu garder notre indépendance, ne rien devoir à personne et pouvoir commencer à présenter des artistes que nous aurions aimés voir en d’autres lieux, les artistes qui nous semblaient émergents, représentatifs d’une scène qui nous touchait. Cet espace n’est pas seulement dédié aux expositions puisque plusieurs artistes sont venus travailler sur place. Nous les avons accompagnés par un échange de savoir-faire, d’expériences,

redéfinissant par là l’idée de résidence d’artistes. Cette convergence des énergies fait de ce lieu un endroit alternatif et brut, généreux parce que nous conservons notre liberté. Tout cela se tisse au fil des rencontres qui enrichissent le lieu et viennent alimenter et redessiner, à chaque exposition, le lieu et les possibilités. Notre principale force est de savoir bouger les contours du lieu et des propositions, nous restons alertes et sur le pied de guerre.   Quel est votre mode économique ? Nous avons fait le choix de ne prendre aucune commission sur les ventes. Les artistes doivent payer la production de leur exposition. Notre appui auprès d’eux, la course à la débrouille, à tous les niveaux du fonctionnement, pèsent sur nos épaules et laissent de moins en moins de place pour nos propres activités. Nous regardons, maintenant, vers l’avenir et cherchons à développer des projets de partenariats et d’expositions d’artistes internationaux, faire le lien aussi entre les étudiants et les artistes. Ces projets ont un prix et nous réfléchissons actuellement à des modes de financement qui permettraient de satisfaire ces ambitions. L’idéal serait de trouver un équilibre entre le modèle des lieux de diffusion lambda (financements publics / privés) et l’anarchie jusque-là pratiquée qui fait la fragilité mais aussi la beauté et la puissance de l’Escalier B. Prochaines expositions ? En juin, nous invitons Joan Coldefy et Lyse Fournier. Nous préparons un projet avec des artistes étrangers : Hicham Benohoud (Maroc), Yesmine Ben Khelil (Tunisie), Richard Dore (Suède) et Defne Tesal (Turquie). Escalier B, lieu de travail

125, rue Sainte-Catherine 33000 Bordeaux Traverser le magasin Vidji jusqu’aux cabines d’essayage et emprunter l’escalier. Ouvert au public de 14 h à 19 h du lundi au samedi ou sur rendez-vous (Charlie Devier : 06 98 47 29 31 Xavier Ferrère : 06 58 50 95 49 Jessica Hartley : 06 37 71 74 55 Yves Briand : 06 43 68 10 95)

Escalier-B-1071217429595452/?fref=ts


LA RÉSERVE

Franck Éon

Franck Éon est artiste, représenté par la galerie Thomas Bernard. Nombreuses expositions personnelles et collectives. Il enseigne à l’École des beaux-arts de Bordeaux.

Quel est votre mode économique ? Le mode économique est donc simple, il y a des gens qui résident, il y a des gens qui stockent et il y a des gens qui soutiennent (dont Carole Coutaut notre présidente d’honneur). Avec ces différents loyers, soutiens et adhésions, le fonctionnement du lieu est viable. Lorsque des événements se décident, ils se financent (selon leur importance et leur coût) par une aide à la création (Mairie de Bordeaux), et / ou par des aides privées et/ou par la recette générée par le bar. Rajoutons à cela une aide au fonctionnement obtenue récemment de la Mairie de Bordeaux. Prochaines expositions ? Le prochain événement est prévu fin mai, soiréeévénement consacrée à Madonna, « Bitch I’m La Réserve ». La Réserve

91, rue de Marmande 33800 Bordeaux Ouvert du vendredi au lundi de 15 h à 19 h, sur rendezvous ou lors d’événements (06 33 36 64 63 ou 06 45 99 92 68). Les artistes résidents : Andrieux, Johann Bernard, Fabien Bertrand, Claude Caillol, Vincent Canayer, Matthieu Duphil, Franck Éon, Lyse Fournier, Marie-Atina Goldet, Wonsun Jung, Ema Kawanago, Marie Ladonne, Marc Lafon, Johann Milh, Philipp Rumpf, Mayaa Wakasugi.

Céline Chabat. Nicolas Milhé.

DEUXIÈME BUREAU

Céline Chabat & Nicolas Milhé

Céline Chabat est diplômée du Master Métiers et Arts de l’Exposition, Histoire de l’Art, Rennes 2. Elle a organisé plusieurs expositions : « AllerRetour », « Radiomobile 2 » avec Kolkoz (Art Basel), « Châteaux secrets ». Elle a collaboré avec Lise Guéhenneux  comme coordinatrice de la galerie du Triangle et a été régisseur général des expositions de l’Espace Louis Vuitton. Elle a créé une marque de mobilier Wood By Silex, à Bordeaux en 2015, avec son compagnon Alexandre Ducasse. Nicolas Milhé est originaire du quartier Saint-Michel et diplômé de l’École des beaux-arts de Bordeaux où il enseigne depuis la rentrée. Artiste, il a participé à de nombreuses expositions et réalisé Respublica la commande publique du Frac Aquitaine pour Evento et la statue Montaigne, Palais de Justice de Bordeaux. Qu’est-ce qui a motivé l’ouverture de ce lieu ? Un ami, Steve Artur, nous a tout d’abord proposé de nous occuper du volet art d’un projet qui devait mêler concerts et expositions. Steve est sorti du projet et nous avons tout de même continué à organiser des expositions. Le projet de départ s’intitulait « Permanent Vacation », depuis début mars nous avons rebaptisé le lieu Deuxième Bureau. Les propositions plastiques sont mises en place par Loveatwork : un corps à deux têtes, Céline Chabat et Nicolas Milhé. Quel est votre mode économique ? Nous fonctionnons avec le minimum syndical, permettant d’assurer et de transporter les œuvres et d’assurer le déplacement des artistes et leur hébergement. Nous pouvons faire une exposition avec l’équivalent de deux notes de taxi de Madame Saal ou du cinquième du budget du cocktail d’une institution. Notre mini-budget par exposition (qui ne doit pas dépasser 500 €) provient du bar au sein de l’espace qui permet l’organisation de petites soirées où l’on peut boire un verre à de 17 h à 21 h du mercredi au samedi. C’est de l’ordre du miracle vue la qualité des artistes que nous présentons. Si l’on peut vendre, on le fera mais nous ne sommes pas là pour ça. Nous sommes bien entendu bénévoles. Quelle ligne esthétique souhaitez-vous développer ? Aucune. Nos expositions peuvent bien sûr avoir un fil conducteur, mais nous les revendiquons d’abord comme des propositions instinctives, construites pour et avec les artistes et pensées par

D. R.

Qu’est-ce qui a motivé l’ouverture de ce lieu ? Ce qui a surtout mobilisé les artistes qui occupaient déjà ce lieu quand Thomas Bernard en était le locataire principal, c’était d’y rester et il a fallu pour cela créer une association et recruter de nouvelles personnes pour assurer la totalité du loyer et être ainsi crédibles auprès de la propriétaire afin de récupérer le bail. Cela a pu se faire avec le soutien de Thomas et l’arrivée de Marie Ladonne au sein de l’association. Nous n’avions cependant pas de projet précis, ce lieu est avant tout un atelier d’artistes. C’est la manière dont nous l’avons occupé (ce n’est pas un plateau sectionnable en parcelles individuelles, beaucoup d’espaces sont partagés), c’est la manière dont nous l’avons habité (liée à la diversité des personnes, diversité générationnelle, diversité des pratiques, etc) qui nous ont permis d’envisager l’ouverture de ce lieu « privé » à des publics. C’est en ces termes que nous nous entendons tous et c’est en ces termes qu’une ligne esthétique pourrait se définir.

© Ximun Ducourau

D. R.

Franck Éon.

des artistes, sans démagogie aucune et sans aucun mépris pour le commissariat d’exposition. Pas de titre, pas de thématique, pas de communiqué de presse. Ce sont les œuvres qui font l’exposition. Le rythme est d’environ quatre expositions par an. Les expositions sont des occasions de montrer le travail d’un ou de plusieurs artistes, à un instant donné. Ce sont davantage des propositions  de visibilité, des montages subjectifs. Le choix des œuvres se fait en fonction du dialogue qu’elles peuvent générer entre elles, ce qu’elles nous évoquent ensemble : leurs mises en perspective peuvent tout autant faire apparaître des lignes de fracture, des tensions ou à l’inverse des analogies. Le carton d’exposition en est l’illustration, nous avons confié sa création à Damien Mazières, un artiste installé à Berlin où il a crée la revue The Flesh. D’un format A5, ce carton est un support de communication, mais il faut aussi l’envisager comme une collection d’images photographiques, car pour chaque exposition Damien Mazières édite une photographie qui lui appartient. Les photographies, que nous choisissons tous les trois, n’ont pas de lien propre avec le travail des artistes si ce n’est encore une fois les analogies subjectives que nous faisons jouer entre elles et les œuvres présentées. Nous n’imposons ni texte ni titre d’exposition, nous offrons au visiteur la liberté de pressentir ce qui est là. Prochaines expositions ? Rien de sûr pour l’instant, nous discutons tout de même en amont avec des artistes comme Laurie Charles, Marine Semeria, Charlie Devier, Jonathan Loppin, Nicolas Hosteing, Cédric Couturier, Isabelle Fourcade et Serge Provost, et d’autres que nous regardons de loin comme Camille Lavaud, Clémence Seilles, Chrystele Nico, Chloé Quenum, Cécile Nogues ou Julie Beaufils… Et nous sommes bien sûr en capacité d’intervenir dans d’autres lieux si l’occasion se présente. Deuxième Bureau

22 rue du Chai-des-farines 33000 Bordeaux Ouvert du mercredi au samedi de 16 h à 20 h.

loveatwork.info@gmail.com www.love-at-work.tumblr.com

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Michel et Colette Poitevin.

© Ségolène Brossette Galerie, Paris

EXPOSITIONS

Il y a deux ans, sous la houlette du directeur du musée des Beaux-Arts de Libourne, Thierry Saumier, la chapelle du Carmel exposait une centaine de dessins issus de la collection Guerlain. Cette année, c’est au tour du couple de collectionneurs Michel et Colette Poitevin de partager une sélection d’œuvres de leurs fonds signées par une kyrielle d’artistes renommés, parmi lesquels Céleste BoursierMougenot, Sophie Calle, Wim Delvoye, Mark Dion, Daniel Dewar & Gregory Gicquel, Cyprien Gaillard, Fabrice Hyber, Théo Mercier, François Morellet ou Rirkrit Tiravanija. Propos recueillis par Anna Maisonneuve

LA COSA MENTALE DES ENCOMBRANTS Comment avez-vous débuté cette collection ? Michel Poitevin : La première œuvre digne d’intérêt a été acquise en 1980. C’était une peinture de Peter Klasen. Un artiste un peu tombé dans l’oubli mais qui, à l’époque, faisait partie du mouvement de la Figuration Narrative dont il était l’un des éléments majeurs. Aujourd’hui, on se souvient surtout d’Erró, Télémaque, Rancillac… La Figuration Narrative est-elle très représentée dans votre collection ? M.P. : Non. En fait, je n’ai pas épousé beaucoup de mouvements. Le fait de la Figuration Narrative est lié à une chose assez simple. J’habitais Lille. Il y avait une galerie qui présentait des artistes de ce mouvement. J’aimais leurs expos, j’étais un acheteur, j’ai acquis différentes œuvres. C’était une période d’intense activité professionnelle. Je venais de créer une entreprise. Elle était en plein développement. L’art était un élément tout à fait… je ne dirais pas secondaire, du moins sur le plan intellectuel, mais le temps que je lui consacrais était beaucoup plus réduit. Comment vous est venu ce goût pour l’art, est-ce un héritage familial ? M.P. : Non, pas du tout. Je suis né dans la région de Valence, dans la Vallée du Rhône. Quand j’avais une quinzaine d’années, je suis allé au musée avec des amis. Je suis tombé sur une série de sanguines d’Hubert Robert, réalisée lors de son voyage en Italie. Ça a éveillé mon intérêt pour l’art. Plus tard, dans le cadre de mes études sur la rationalité – les mathématiques pour être plus précis –, j’ai aimé Vasarely. Et puis par mes lectures, j’ai découvert Mondrian dans les années 1960. Je n’étais pas alors collectionneur, juste admirateur, observateur de ce qui se faisait.

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Comment passe-t-on de l’esthète au collectionneur ? M.P. : J’ai un goût pour la collection. Ma femme vous dirait que je suis le roi des choses qu’on entasse… J’aime beaucoup les livres. Si je n’avais pas pu acheter des œuvres contemporaines, je me serais encore plus intéressé aux livres.

moins dans la forme que dans le fond. Pour moi, le sommet de l’art, c’était la période minimale conceptuelle américaine avec quelqu’un comme Joseph Kosuth. Un beau tableau coloré, fondamentalement, je m’en fiche. Il faut que l’œuvre soit cosa mentale, une chose mentale pour paraphraser Léonard de Vinci.

Votre collection compte plusieurs pièces d’un même artiste ? M.P. : Oui bien sûr. C’est d’ailleurs ce que j’ai cherché à faire. Lorsqu’il y a un artiste qui m’intéresse, j’essaie de le connaître jeune, quand il est encore abordable et d’acheter plusieurs de ses œuvres. Par exemple, au début des années 1990, j’ai rencontré Fabrice Hyber dont on expose une sculpture à Libourne. J’ai une quinzaine de ses pièces datant de quand il faisait encore un travail intéressant. Tout le monde vieillit, hein, il n’y a pas de raison pour que les artistes ne vieillissent pas non plus (rire). De même Sophie Calle. C’est quelqu’un que j’ai beaucoup aimé. Suite vénitienne est une pièce imposante du début de sa carrière. Si vous voulez, j’ai toujours essayé d’être un collectionneur, pas un butineur, comme on en voit trop aujourd’hui, qui achète une œuvre parce qu’elle correspond bien à la dimension de l’espace vacant entre les deux fenêtres de son salon. Quand j’achète, je ne me pose pas la question de savoir si ça va rentrer ou pas, mais plutôt si ça me plaît, si ça correspond à ma ligne de réflexion sur l’art…

Possédez-vous avez des œuvres d’artistes du monde entier ? M.P. : Surtout des Français. Beaucoup trop de Français ! (rire).

Justement, quelle est-elle ? M.P. : Quand j’essaie de regarder rétrospectivement ma collection, évidemment il y a des choses qui ont évolué en trente ans. Mais ce qui m’intéresse se situe beaucoup

Cela fait plus de trente ans que vous observez ce qui se fait, quel regard portez-vous sur l’art actuel ? M.P. : On est quand même dans une phase de pauvreté assez forte peut-être liée à une prédominance financière. L’art américain était extraordinaire des années 1960 à 1980. Aujourd’hui, on ne voit plus rien de véritablement surprenant. Au niveau de la scène française, par contre, c’est devenu plus intéressant. Je trouve que les artistes se remuent plus. Vous achetez les œuvres à deux avec votre épouse ? M.P. : Ahhh… Voilà une belle question. Pour 80 %, oui, on choisit à deux. J’ai rencontré ma femme actuelle en 1987. Quand je l’ai rencontrée, elle n’était pas du tout familière avec l’art, mais elle s’y est mise. Elle est devenue très cultivée. Elle connaît bien les artistes et leur travail. Elle est de bon conseil. Notre premier voyage, c’était à Venise... pas pour les gondoles mais pour la biennale. On a voyagé dans le monde entier, mais pour une seule raison : les expos et les foires. Je reste encore un peu plus décideur


Sylvie Bonnot, Mue, Tokyo Cruise, gélatine argentique sur châssis entoilé, 200 x 280 cm, 2015.

qu’elle, mais enfin si elle était là, elle dirait peut-être le contraire (rire). Comment avez-vous procédé à la sélection des 18 pièces sur les 440 que compte votre collection ? M.P. : La proposition que j’ai faite c’était de montrer les œuvres qui ne sont pas intégrables dans un lieu privé classique, parce qu’elles font du bruit ou parce qu’elles sont trop monumentales. Ma femme dit toujours : « Tu achètes des œuvres qui sont encombrantes. On ne sait pas où les stocker, on ne peut pas les voir. » J’ai un ami qui a un peu les mêmes travers et qui dit : « Oh ! Bah moi je n’achète pas de l’art, j’achète des encombrants. ». D’ailleurs, à la base, je voulais appeler l’expo « encombrement », mais Thierry Saumier a trouvé que ce n’était pas très vendeur. Il a certainement raison.

CRISTAL DE LÉGENDE

« Équilibre instable» Collection d’art contemporain Colette et Michel Poitevin, jusqu’au samedi 1er octobre, Chapelle du Carmel, Libourne.

www.ville-libourne.fr

Daniel Dewar et Gregory Gicquel, Kentucky Chesnut Breakdown, sculpture, 210 x 90 x 130 cm, 2004.

« L’art américain était extraordinaire des années 1960 à 1980. Aujourd’hui, on ne voit plus rien de véritablement surprenant » 

EXPOSITION CHÂTEAU LABOTTIÈRE du 29 Avril au 27 Septembre 2016 © Galerie Loevenbruck, Paris

16 rue de Tivoli - 33000 Bordeaux www.institut-bernard-magrez.com 05 56 81 72 77 Sous le mécénat du Château Pape Clément © Baccarat / Photographer : Patrick Schüttler


D. R.

SONO MUSIQUES TONNE

À l’occasion des 30 ans de l’Agence Vu’, Jean-Robert Dantou expose pour la première fois sa trilogie photographique issue d’un travail mené pendant trois ans en milieu psychiatrique.

LES ANTRES DE LA FOLIE « J’ai un projet, devenir fou. » Sous la plume de Dostoïevski, cette maxime s’accompagne de projections romanesques difficilement imputables à la réalité. La réalité de la folie ? Mais quelle est-elle finalement ? La première rencontre de Jean-Robert Dantou avec le milieu psychiatrique nous renvoie une décennie plus tôt. « Le journal pour lequel je travaillais à l’époque m’avait envoyé dans un centre de santé mentale pour illustrer un article. J’étais resté quelques minutes. J’avais pris plusieurs photos et j’étais revenu à la rédaction. Avec du recul, j’ai réalisé qu’ils avaient choisi celle qui répondait le mieux à l’attente médiatique : l’image d’une personne en train de se baver dessus. » Quand, 10 ans plus tard, Jean-Robert entame son travail sur les personnes souffrant de troubles psychiques au sein d’une équipe de recherche interdisciplinaire en sciences sociales coordonnée par l’anthropologue Florence Weber, cet événement lui revient en mémoire… avec l’arrière-goût nauséeux d’avoir contribué à véhiculer une image stéréotypée et somme toute assez éloignée des stigmates de l’aliénation. « Les médecins que j’ai rencontrés par la suite m’ont expliqué que ce que j’avais vu à l’époque avait bien moins à voir avec les signes d’une quelconque folie qu’avec les effets dus aux médicaments. » Alors quels sont les symptômes des personnes diagnostiquées schizophrènes, paranoïaques, bipolaires, dépressives ou obsessionnelles ?

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Dans la première série exposée, le membre de l’agence Vu’, formé à l’école Louis Lumière et à l’EHESS, se penche sur ce qu’il nomme des « objets seuils », à savoir des choses inanimées à travers lesquelles se personnifie un basculement, se détecte une altération. Le diptyque inaugural s’intitule La brosse à dents d’Agathe. À côté de l’image d’un ustensile buccal tordu se déroule le récit de l’épouse d’un homme dont les comportements se font peu à peu énigmatiques. « Un soir, il rentre à la maison avec des caisses entières de vinyles qu’il a achetés au coin de la rue (…) Quelques mois plus tard, il change tout le mobilier du salon sans la prévenir. Il fait des achats compulsifs, parle de choses qui ne lui ressemblent pas (…) Un jour, ces actes prennent la forme d’objets cassés dans la maison : portes défoncées, lampes renversées, brosse à dents tordue. Ce jour-là, elle comprend qu’il y a un problème qui la dépasse. Cette brosse à dents tordue, objet d’un quotidien qui se fissure, est un déclencheur : c’est en la voyant qu’Agathe décide de convaincre son mari d’aller avec elle aux urgences psychiatriques. » Il sera diagnostiqué bipolaire. Ailleurs : La pipe d’Antoine, Les bandes cénesthésiques de Xavier, La clef d’Églantine, Le papier inconnu… des objets qui dévoilent à leur tour une portion de vie récoltée sans pathos, avec une forme de bienveillance pudique. Dans ce chapelet de quotidiens où se mêlent des situations ordinaires, anodines tout à coup

enrayées par une secousse, une brèche s’invitent aussi les menaces du quiproquo à l’instar de La fourchette tordue. L’image de ce couvert accidenté rappelle l’histoire de la brosse à dents et magnétise le poids des préjugés : « Le monsieur avait tordu sa fourchette non pas parce qu’il était délirant, persécuté ou suicidaire, mais simplement pour tasser sa pipe. » Les présomptions de la folie, ou plutôt le caractère tacite de leur représentation, sont à nouveau mises à mal avec Psychadascalies, une série de portraits d’anonymes débarrassés de signes ou d’attributs distinctifs. Issus d’un même foyer psychiatrique : patients, résidents et soignants (infirmiers, agents des services hospitaliers, stagiaires, éducateurs spécialisés, psychologue, secrétaire, psychiatre) posent devant l’objectif. Les stéréotypes iconiques qui s’appliquent d’ordinaire aux aliénés disparaissent ici au profit d’une incapacité à ranger les individus photographiés dans quelque case que ce soit. Enfin, le troisième volet présenté nous plonge dans le quotidien du service psychiatrique d’un hôpital du sud de la France au travers d’un journal de bord mêlant écriture et épreuves photographiques. Anna Maisonneuve « Les murs ne parlent pas »,

jusqu’au jeudi 30 juin, Vieille Église Saint-Vincent, Mérignac.

www.merignac.fr


RÊVES DE

CRISTAL Entre le château Labottière et la manufacture Baccarat s’immisce d’ores et déjà un dialogue temporel. Le premier, qui accueille les pièces du second, a été construit en 1773. Soit près de 10 ans après que la célèbre manufacture a vu le jour dans la ville de Baccarat, en Meurtheet-Moselle. C’était en 1764 sous l’impulsion de l’évêque de Metz (et avec l’aval indispensable de Louis XV). Au départ, le bien-fondé de la verrerie (qui deviendra cristallerie en 1816) est surtout motivé par le souci d’écouler la gargantuesque production locale de bois de chauffage… L’histoire nous dira que sa destinée dépassera largement les finalités thermiques pour embrasser toute une kyrielle d’oraisons somptueuses… ce à quoi nous invite le parcours bordelais subdivisé en cinq chapitres. La première commande à faire date revient à Louis XVIII. Le « roi-fauteuil » – comme il aimait, dit-on, à se dénommer – fait réaliser en 1823 une trentaine de contenants (brocs, carafes, verres). Sa convoitise fait mouche. Elle contamine Charles X et surtout LouisPhilippe à qui l’on doit d’avoir en quelque sorte révolutionner l’histoire de Baccarat. Désireux d’accommoder son service d’un calice, les

maîtres verriers lorrains vont lui réaliser en 1841 ce qui deviendra l’emblème de la maison : le modèle Harcourt, un verre de table en cristal à côtes plates campé sur un pied hexagonal et agrémenté ici d’un bouton rouge. Cette incandescence vermillon est obtenue grâce à un mélange qui étonnera les profanes : l’ajout de poudre d’or 24 carats dans le mélange en fusion qui associe savamment sable, carbonate de potassium et oxyde de plomb. Dès lors, la firme accumule les récompenses des expositions universelles et magnétise une flopée de prestigieux usagers : de l’empereur du Japon Mutsuhito au roi Alphonse d’Espagne en passant par Sri Bajarindra, la reine du Siam, le président américain F.D. Roosevelt jusqu’aux majestueux candélabres créés pour le tsar russe Nicolas II pour le compte duquel vaquait un tiers des effectifs de Baccarat à l’aube du xxe siècle, ce dernier ayant l’heureuse manie de jeter son verre en fin de ripaille. Une fantaisie suivie par ses convives, cela va de soi. Si la première des pièces réalisée par l’entreprise

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Exposition « Baccarat, cristal de légende » – Institut Culturel Bernard-Magrez – 2016 © Arnaud Guichard

Exposée en 2014 au Petit Palais à Paris, à l’occasion des 250 ans de la plus ancienne des manufactures françaises de cristal, une partie des chefs-d’œuvre de Baccarat s’invite à l’Institut Culturel Bernard-Magrez.

se résume à un gobelet, le tour de force de Baccarat aura somme toute été de diversifier son savoir-faire, pérennisant avec le temps une fascination qui ne connaîtra que peu d’émules. Abstraction faite des arts de la table, son territoire réunit lustres majestueux (avec notamment la mythique collection Zénith), appliques murales, vases, amphores, candélabres, bougeoirs, figurines décoratives et depuis les années 1990, une nouvelle production orientée vers la bijouterie avec pendentifs, bagues, bracelets, colliers… AM « Baccarat, cristal de légende », jusqu’au mardi 27 septembre, Institut Culturel Bernard-Magrez.

www.institut-bernard-magrez.com

www.supimage.fr contact@supimage.fr 05 56 32 52 34 20/05/2016 12:08:42


EXPOSITIONS

Après un succès phénoménal l’été dernier, dans l’ancien commissariat de Castéja, Transfert investit un autre grand lieu désert du centre-ville pour son exposition 2016 : l’ex-Virgin Megastore.

On se donne rendez-vous à 9 h, un matin, et feu Virgin est déjà en ébullition. Sans avoir dégainé un seul mot, on est immédiatement confronté à une image qui colle à la peau du collectif Transfert : très loin de l’image d’Épinal oisive que l’opinion publique peut parfois avoir des artistes, eux sont irrémédiablement perçus comme des artistes cols bleus et entretiennent une dynamique très ouvrière. Il y a aussi bien sûr l’excitation de pénétrer dans ce lieu fermé depuis un moment déjà et pourtant toujours central. Pas forcément pour la nostalgie de ce que représentait l’enseigne, mais dans une acception à la George Romero qui avait investi avec panache un centre commercial dans son pamphlet Zombie (1978). Transfert, c’est une attente nouvelle de l’été, après l’énorme réussite de l’été 2015, avec des artistes du fin fond de l’underground ayant touché des profanes absolus de cette forme d’expression. On pense notamment à Landroid ou Kegrea. Le collectif a abattu l’obstacle de l’art contemporain, qui met un frein invisible dès qu’on prononce le mot. Grâce aux lieux qu’elle occupe et une progression toujours plus ludique que contemplative, l’expo met de côté les a priori et montre qu’on est ici loin de l’épouvantail ultra-codifié. Elle remet surtout le graffiti dans son long vécu populaire : une culture de rue existant depuis l’antiquité, qui n’est ni une lubie récente ni un effet de mode. Le mot signifie « griffure » en italien et décrit une marque dans un environnement commun. Ensuite, il y a eu Jack Lang qui a balancé cette culture aux yeux du grand public en 1991 après une série de graffitis qui avaient envahi la station de métro du… Louvre. Un symbole fort. Transfert investit donc les 7 niveaux – du sous-sol à la terrasse – et plus de 5 000 m2 d’un magasin appelé à devenir un hôtel 4 étoiles. Durant 3 mois, ce grand cube redevient un lieu vivant et ouvert à tous. Voilà pour la vitrine évidente, mais la vraie réussite de Transfert est peut-être davantage dans l’ombre : avoir su connecter les acteurs bordelais des scènes urbaines pour créer un rendez-vous multiple, puisque la programmation des DJs en afterwork est aussi attendue que l’expo des artistes (15 du collectif et 17 invités, français ou internationaux). En résumé, établir des ponts dans sa discipline puis vers un public aussi nombreux que varié. Arnaud d’Armagnac TRANSFERT,

du samedi 25 juin au dimanche 25 septembre, Virgin Megastore.

www.expotransfert.fr

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© Nathalie Kaïd

4 ÉTOILES

DISCUSSION AVEC JEAN ROOBLE

MEMBRE HISTORIQUE DU COLLECTIF TRANSFERT Déjà le Transfert#6, or, pour le grand public, ce sont surtout les deux dernières éditions aux Vivres de l’Art et à Castéja. Si les gens ont calculé tout ça, c’est déjà l’essentiel, car on a conscience que le grand public nous a découverts l’an dernier à Castéja. Avec ce succès en 2015, tout est devenu plus simple ? Cela vous a ouvert un crédit illimité ? Illimité, je ne sais pas, mais un crédit certain, oui. On a établi autant de fréquentation qu’un gros événement comme le Reggae Sun Ska alors qu’on est une toute petite association ; on se dit quand même qu’on peut être pris au sérieux. Chaque année a été charnière en fait. On a fait 7 000 personnes aux Vivres de l’Art pour Transfert#4. L’an dernier, 42 000. Maintenant ça a l’air évident, mais il y a 5 ans, on partait sans budget, simplement pour se faire plaisir. Aux Vivres de l’Art, quand on a accueilli 500 personnes au vernissage, quelle grosse surprise pour nous. Investir et réhabiliter des lieux attisant la curiosité des Bordelais rend-il plus facile parallèlement l’initiation du public à l’art ? On n’a pas de contraintes, 700 m2 aux Vivres de l’Art, 3 500 à Castéja. On voulait faire plus mais rester dans le centre-ville. Sans le succès de l’an dernier, on n’aurait jamais pu avoir un lieu central comme Virgin. Dans les deux cas, la mairie n’en est pas propriétaire, mais a joué un rôle d’intermédiaire. On tient à dire qu’on a créé cet événement et qu’elle nous soutient. Comment réagit l’underground ? Vous en êtes issus et on sait que cela peut être délicat après la réussite mainstream et le soutien des élus. Les radicaux vont dire qu’on est des vendus, les gens qui regardent le contenu vont être contents. Ça n’a rien changé à notre pratique. On ne propose pas du graffiti en tant que tel, le graffiti, il est dehors. Néanmoins on invite ces artistes à l’expo parce qu’on les connaît pour leurs pratiques dehors. Et tout le monde a carte blanche. C’est une fierté d’amener autant de gens à une expo et à l’art en général ? Oui, et d’être restés sur le côté gratuit du graff, éphémère et à la vue de tous. C’est aussi un symbole de faire revenir les graffeurs en centre-ville, sous le regard bienveillant de la mairie. Transfert est connu pour son mélange entre gros volumes et manie du petit détail. Les visiteurs ont souvent l’impression de déballer un cadeau de Noël XXL mais qui reste intimiste. Nous sommes nombreux. Certes, tu peux nous filer 5 000 m2 mais chacun dispose de 20 m2 pour faire exactement ce qu’il a en tête. Et les artistes bossent sur place, regardent ce que les autres ont pondu et se disent : « Oh merde ! » Il règne une vraie émulation. Ce ne sont pas des seconds couteaux, mais des artistes incroyables que vous ne connaissez simplement pas. Faites-nous confiance.

© Nathalie Kaïd

© Nathalie Kaïd

FRICHE


Vincent J. Stoker Hétérotopie # CREAVI, 2012 Collection les arts au mur Artothèque, Pessac. D. R.

Un ensemble d’œuvres issues de la collection de l’Artothèque de Pessac et de partenaires privés et publics, placé sous le signe de cet art à la fois populaire et savant, primitif et moderne, classique et expérimental : le cinéma.

LE VERTIGE DE L’ILLUSION Étienne-Gaspard Robert, alias Robertson, à la fin du xviiie siècle, convie le public à des séances de lanterne magique. Ce « physicien, escamoteur et inventeur de la fantasmagorie », selon Stendhal, inaugure les fascinantes possibilités de l’image lumineuse. Marcel Proust évoque les projections de la lanterne magique : « On avait (…) inventé pour me distraire les soirs où on me trouvait l’air trop malheureux, de me donner une lanterne magique dont, en attendant l’heure du dîner, on coiffait ma lampe. » L’image projetée semble alors perforer la cloison et la rend en quelque sorte transparente, comme le vitrage d’une fenêtre à travers lequel apparaîtrait un spectacle extérieur captivant qui inciterait à une pensée ludique, s’arrachant à la réalité. À la fin du xixe siècle, Louis Lumière imagine un système d’enchaînement intermittent de la pellicule et invente le cinématographe, seul appareil alors capable d’enregistrer des vues animées et de les projeter sur un écran. Il s’impose comme le cinéaste du réel et ouvre la voie au documentaire. Georges Méliès prend ses distances avec cette vérité enregistrée et apporte à cette invention la fantaisie et l’artifice. Il travaille en compagnie de quelques acteurs dans un théâtre au décor entièrement peint. Il met en scène des aventures féériques en inventant les premiers trucages (têtes coupées, danse de squelettes, astres voraces). Son monde est onirique et fantastique. L’invention du cinéma constitue un événement sidérant qui remet brutalement en question la manière de voir le monde et de le raconter, et accompagne, précède ou suit les révolutions de l’art moderne. Depuis les années 1960, les arts plastiques et le cinéma entretiennent de nouvelles relations, intensément passionnelles et conflictuelles. Un grand nombre d’artistes aujourd’hui puisent dans le cinéma des éléments visuels et narratifs qu’ils détournent et recyclent. Chez eux, le cinéma a laissé des souvenirs et fait partie intégrante à la fois de leur histoire individuelle et, plus largement, de l’histoire collective. Cette exposition, signée par Émilie Flory, Anne Peltriaux et Corinne Veyssière, rassemble des œuvres

qui s’approprient certains aspects du cinéma et portent attention à son caractère fantasmagorique. Elle aborde « la place du créateur, de l’acteur et du spectateur », et s’interroge sur les « vaet-vient entre intérieur et extérieur, plateaux naturels et factices, réalité du dessin et fiction photographique, décorum et salle obscure ». Maya Andersson, Florian Bézu, David Coste, Guillaume Déglé, Blaise Drummond et Jérémie Gindre produisent des paysages comme des récits cinématographiques qui s’inscrivent dans une mémoire enrichie et démultipliée à l’infini où les frontières du réel et de l’artifice ne parviennent plus à se solidifier. François Deladerrière, David De Beyter, Nino Laisné, Vincent J. Stoker, Jean-Luc Verna, Christian Marclay, Eric Rondepierre, Hiroshi Sugimoto, Ambroise Tezenas et Hugues Reip créent des images très mises en scène cultivant une certaine impureté, suscitant des ramifications de sollicitations, de situations et de personnages ou convoquant des dispositifs transformant le cinéma en support de sa propre image. « L’espace des possibles » entraîne le visiteur dans une indétermination tonifiante où tout ce qui se présente à lui ne semble ni tout à fait opaque, ni tout à fait transparent. Ces propositions, sont-elles vraies, sont-elles fausses ? Constituent-elles un mélange de vécu et de songe ? Ou bien encore, suscitent-elles un passage par degrés à peine perceptibles du certain à l’incertain, et de l’incertain à l’étrange ? Par un jeu libre de citations, de retournements et de flottements, cette exposition rend hommage à ce fascinant spectacle d’illusion fortement attaché au cinéma. Didier Arnaudet « L’espace des possibles »,

jusqu’au mercredi 31 août, Les arts au mur – Artothèque de Pessac.

www.lesartsaumur.com

Une programmation de vidéos est

proposée dans la salle de projection : Delphine Balley, Émilie Brout et Maxime Marion, Enna Chaton, Cédric Couturier, Hervé Coqueret, France Dubois, JeanChristophe Garcia, Gabrielle Le Bayon, Georgette Power, Clemens von Wedemeyer.

Frédéric Lefever Jeu de balle Nicolas Boulard Critique du raisin pur EXPOSITIONS DU 19 MAI AU 10 SEPTEMBRE 2016

FRAC AQUITAINE Hangar G2 · Quai Armand Lalande 33 300 Bordeaux 05 56 24 71 36 Gratuit · du lundi au vendredi de 10h à 18h et le samedi de 14h30 à 18h30

AUTOUR DES EXPOSITIONS Jeudi 23 juin 19h : Rencontre avec Nicolas Boulard et Stéphane Derenoncourt à La Cité du Vin Précédée à 17h30 d’une visite avec l’artiste au Frac Aquitaine La Cité du Vin 150 / 134 quai de Bacalan · Bordeaux Gratuit dans la limite des places disponibles Samedi 11 juin Atelier familles (enfants 2 - 5 ans) De 15h à 17h · 3€ / pers. Sur inscription eg@frac-aquitaine.net Visites partagées Tous les samedis à 16h30


E D N A GR N O I G É R

Il y a 10 ans, Christine Surel-Pée et Philippe Pée lançaient leur programme de résidence. Avec les années Chamalot-Résidence s’est fait un nom. Retour sur l’histoire de ce lieu niché au fin fond de la Haute-Corrèze. Propos recueillis par Anna Maisonneuve

LA BELLE DÉCADE Comment est née cette résidence d’artistes ? On a toujours été intéressé par l’art contemporain. Il y a une quinzaine d’années, on y consacrait plus de temps en fréquentant davantage les artistes et les galeries. On avait ce lieu en Haute-Corrèze. L’idée est née d’accueillir ici des artistes.

Êtes-vous issus du milieu de l’art ? Ah non, pas du tout. Mon mari était professeur d’Université à Bordeaux I et moi j’étais ingénieur à la SNCF. Pouvez-vous nous décrire un peu ce lieu ? La résidence est située dans un petit hameau assez isolé. Il faut compter 12 km pour trouver des commerces ! Il y a plusieurs maisons : une dans laquelle on habite, une autre que l’on prête aux artistes et enfin une grange réhabilitée qui sert de salle d’exposition ou d’atelier. Combien recevez-vous d’artistes ? La résidence a une particularité : On reçoit les artistes par deux pendant un mois en été. C’est toujours un duo aussi on demande des candidatures doubles de manière à ce que ce ne soit pas nous qui mettions tel artiste avec tel autre. Ce sont des dossiers un peu particuliers, ils doivent déjà se connaître. Ils se cooptent d’une certaine façon étant donné qu’ils seront amenés à vivre ensemble pendant un mois. Cela étant dit, on reçoit en moyenne 200 candidatures par an. Parmi elles, 4 sont sélectionnées. Mais ils nous arrivent d’en inviter d’autres par côté. Y-a-t-il un budget ? Oui, chaque résident reçoit une bourse d’un montant de 1 200 € pour se nourrir, subvenir à ses besoins, acheter du matériel… Ils ont la maison à disposition. Ils sont complètement autonomes. Autre spécificité : la prédominance de la peinture… Au début on a eu un photographe. De temps en

temps, on reçoit des candidatures avec d’autres profils comme des cinéastes mais aujourd’hui, on est vraiment accès sur la peinture, la peinture sous tous ces aspects. Pourquoi ce choix ? Pour plusieurs raisons. C’est d’abord un choix personnel. Au fur et à mesure des rencontres avec les artistes on s’est rendu compte que les peintres avaient beaucoup de difficultés à avoir des résidences, que c’était malheureusement un médium qui n’était pas très reconnu. Pendant un temps, on a eu un conseiller en arts plastiques à la DRAC du Limousin qui était vraiment convaincu qu’il fallait défendre la peinture. Il nous a énormément soutenus. Tout ça allant dans le même sens, on est resté sur cette niche de la peinture. Quel est le profil des artistes reçus ? On donne la priorité aux jeunes artistes, même si on a reçu quand même des figures un peu plus confirmées.

Est-ce que parmi les résidents, beaucoup développent un travail en lien avec le contexte ? C’est extrêmement variable. Je pense qu’aucun artiste n’est indifférent au cadre, mais ça ne se traduit pas forcément immédiatement dans le travail qu’ils font à Chamalot. Certains arrivent avec un projet très spécifique, d’autres vont se laisser imprégner par l’environnement malgré eux. Tous disent que le séjour leur est très bénéfique. C’est un moment où ils sont complètement retranchés de leur vie quotidienne, isolés du monde. C’est vrai qu’on est vraiment au milieu de nulle part. Ça a forcément une influence, mais ils ne vont pas tous se mettre à peindre des forêts et des rivières.

contemporain de Meymac, qui est partenaire, accueille chaque année au moins de décembre une exposition collective des résidents. L’exposition des 10 ans aura lieu là-bas ? Non, elle a lieu chez nous. C’est un peu normal. C’est une rétrospective qui réunit tous ceux qui sont passés par ici : soit un œuvre de chacun des 53 artistes. Parmi eux, quelques célébrités ? On est un peu fier d’avoir eu des personnalités qui sont devenues par la suite vraiment reconnues sur la scène internationale comme Amélie Bertrand, Maude Maris, Claire Tabouret… 10 ans, un bilan ? Avec les années, on a vu augmenté le nombre de candidatures étrangères. Ça prouve que la résidence est de plus en plus connue… à la fois des artistes mais aussi des galeristes et des institutions. Le fait d’être passé par ici est un plus quelque part. C’est bien pour les jeunes. On en est très content. C’est un peu aussi ce qu’on recherchait : les aider dans leur projet artistique. Et puis c’est extrêmement enrichissant. Suivre le travail en train de se faire, discuter, échanger avec les artistes, c’est une façon de passer de l’autre côté du miroir. Le prochain appel à candidature ? En octobre. Les réponses sont attendues avant Noël et la sélection se fera en janvier. « Dix ans de résidences à Chamalot »,

du lundi 11 au dimanche 31 juillet, vernissage le dimanche 10 juillet à 16 h 30, Chamalot-Résidence d’artistes, Chamalot, 19300 Moustier-Ventadour.

www.chamalot-residart.fr

La résidence se conclut-elle avec une exposition ? Non, on ne voulait pas ça. Un mois c’est très court. Par contre on organise une rencontre avec le public en fin de résidence et le centre d’art juin 2016  /  JUNKPAGE 3 5  

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Depuis les années 1980, Nina Childress explore sans faiblir les différentes manières de distordre la peinture, de la libérer de son carcan, tout en restant profondément attachée à son histoire. Au Parvis, « Peindre et acheter » montre toute l’ampleur, la force et la cohérence de son propos.

INSTRUMENT DE SUBVERSION

Aborder l’œuvre de Nina Childress, c’est plonger dans un univers déroutant, compact, se ramassant jusqu’à l’excès sur lui-même. C’est aussi pénétrer une matière dense, vibrante, ourdie, avec une remarquable habilité, dans ses moindres secousses. Cette artiste s’approprie l’hyperréalisme, l’abstraction, le pop art, le fauvisme et le minimalisme conceptuel. Elle entretient avec tous ces styles une relation de grande proximité qui n’est pourtant pas allégeance ni dialogue. Elle pratique tous les sujets possibles et expérimente ainsi les multiples ressorts du portrait, du paysage, de la nature morte, de la scène de genre et de la posture historique. Elle puise dans un réservoir d’images, toujours en effervescence, où se croisent et se prolongent divers éléments issus du cinéma américain, d’anciens livres documentaires, de l’art, du théâtre, de l’opéra et d’internet. Chez elle, la couleur est entreprenante, tapageuse, fluorescente, et ne craint nullement de se compromettre avec le mauvais goût. Malgré ce recyclage permanent, sa peinture se révèle beaucoup plus complexe et plus exigeante qu’il n’y paraît d’abord. Elle a un fort penchant pour le débordement, l’outrance et l’hybridité, et s’efforce de se concevoir comme une zone bâtarde, soumise à tous les frottements, connexions et accointances. Mais pas question de basculer dans l’informe et l’instabilité. La maîtrise est nécessaire. La tension constitutive de l’œuvre en dépend. Intitulée « Peindre et acheter », cette exposition pointe l’opposition récurrente entre « l’activité noble de la peinture » et celle « plus prosaïque de la consommation ». Selon Magali Gentet, commissaire, le rapprochement de ces deux verbes souligne « l’incongruité de ce centre d’art contemporain installé dans un supermarché et intégré à une scène nationale ». Dans ce lieu où cohabitent la trivialité et l’originalité, le prosaïque et l’élévation, Nina Childress choisit notamment de montrer des peintures qui traitent exactement la même scène et les mêmes personnages mais dans deux versions apparemment très éloignées et pourtant étroitement liées : l’une bien peinte, l’autre mal peinte. Les « mauvaises peintures » sont mises en valeur et accrochées au mur, et les « bonnes peintures » sont plus négligemment installées sur pied ou sur tige. Cette stratégie contribue à l’établissement d’un processus de reproduction qui ne repose plus uniquement sur une référence et un statut, mais également sur la contamination de cette référence et de ce statut. Cette déformation du « beau » en « laid », du « bon » en « mauvais » ne cherche pas uniquement à se soustraire à une forme acceptable, satisfaisante, mais surtout à instaurer une forme ouverte, flexible et dynamique, dégagée des rétrécissements poussiéreux qui persistent encore. Ce grand écart entre le savoir-faire et la maladresse, l’équilibre et le dérèglement crée une atmosphère plus incertaine, trahit une vision plus dérangeante, constitue un formidable instrument de subversion et facilite l’instauration d’un grotesque comme arme de résistance aux normes et aux cadres en vigueur. De plus, dans cette série, Nina Childress se sert de la nudité féminine comme d’une incandescence qui échappe aux phantasmes masculins et porte loin l’affirmation radicalement vivante du corps de la femme et de sa place dans la peinture aujourd’hui. Didier Arnaudet « Peindre et acheter », Nina Childress,

jusqu’au samedi 25 juin, Le Parvis, centre d’art contemporain, Ibos.

www.parvis.net

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JUNKPAGE 3 5   /  juin 2016

© Hugues Anhès

© Alain Alquier

E GRANDN RÉGIO

Genève lui a fait un triomphe. La Rochelle et SaintMédard l’attendent de pied ferme. Qui ? James Thierrée et son dernier opus, La Grenouille avait raison. Monumentale machinerie onirique.

DE ROUILLE

ET D’ART

Rares sont les salles de théâtre qui, en juin, n’ont pas déjà fini leur programmation. Mais accueillir la dernière création du magicien des machines et des corps célestes valait bien une prolongation. Le Thierrée nouveau est arrivé. Il s’appelle La Grenouille avait raison et se jouera sur la scène de La Coursive à la Rochelle en final de saison. Et, par un coup de chance, Le Carré à Saint-Médard-en-Jalles, hérite aussi de la nouvelle pièce mi-juin, en remplacement d’un Raul annulé en novembre. Jolie bascule. Autant dire qu’il faudra jouer des coudes pour choper des places. À Genève – puisque Thierrée au pedigree si international est né en Suisse –, le monsieur a triomphé au théâtre de Carouge pendant un mois à guichet fermé, avec son spectacle au titre énigmatique. Car, enfin, de quelle grenouille parle-t-il ? Et en quoi a t-elle raison ? « Je n’en sais rien concède l’artiste. Et ni les années qui passent, ni cette scène qui me hante joyeusement ne m’apprennent au fond pourquoi on fait ceci ou cela sur ce grand bateau ivre que l’on appelle  théâ…  (ce mot a besoin de vacances). » L’essence de l’artiste de 42 ans découvert avec Symphonie du hanneton en 1998, est ailleurs que dans l’explication de texte : dans un héritage circassien (papa et maman ont fondé le Cirque Bonjour puis Imaginiares, papy s’appelle tout simplement Charlie Chaplin), dans la conviction profonde que l’art se cache dans les articulations, les muscles, les mécanismes à vue. L’homme excelle à construire de beaux engrenages machinistes voués à enfanter des rêves. Cette grenouille pour six interprètes s’inscrit dans cette lignée. Dans une atmosphère souterraine – du genre Jules Vernes gothique – six artistes (Valérie Doucet, contorsionnistes, Mariama, chanteuse, Yann Nedelec, comédien, Thi Mai Nguyen, danseuse, Samuel Dutertre, manipulateur, et James Thierrée, un peu tout ça à la fois) ravivent l’idée d’une fratrie en quête de consolation. Ce roman mélancolique et un brin toqué se narre en voix off. Sur le plateau au-dessus desquels règne une énigmatique créature, mi-végétal, mi-insecte, tout n’est que corps, grandes envolées, élans et regards. Le théâtre de Thierrée occupe le monde du visible et de l’invisible : c’est un jeu de saturation, non pas de couleur, mais de formes et de décors de rouilles et de métal, de mouvements et de sons. À un confrère suisse qui lui demandait pourquoi l’obsession pour la rouille, le métal, le gothique, Thierrée répond. « Cela vient du corps, cet objet ancien un peu rouillé qui grince et qui persévère et qui scelle toutes nos émotions. C’est un grand mystère le corps humain. Toute machinerie théâtrale doit avoir un écho. J’imagine toujours le décor en tant que personnage, avec cette voix, un objet qui évolue. J’ai envie d’aller encore plus loin dans l’amour de la machinerie, j’ai grandi là-dedans. » Quand on connait la durée de vie que des spectacles de la Cie du Hanneton on sait que celui-ci n’en est qu’à ses prémisses. Pas encore patiné. Au soir de la première, James Thierrée disait : « C’est le début du chemin ». Stéphanie Pichon La Grenouille avait raison, James Thierrée,

du mercredi 8 au vendredi 10 juin, 20 h 30, sauf le 8/06 à 19 h 30, La Coursive, La Rochelle.

www.la-coursive.com

Du mardi 14 au mercredi 15 juin, 20 h 30, Le Carré, Saint-Médard-en-Jalles.

www.lecarre-lescolonnes.fr


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DES TRAINS QUI ONT DE L’IDÉE.

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T’AS DÉJÀ PRIS TES BILLETS POUR LA FINALE ?

The festival des arts de la rue du Limousin déploie ses troupes du 22 au 25 juin. Urbaka, 27e du nom, s’inscrit dans une tradition populaire et festive, acrobatique et feufollesque dans les rues de Limoges.

NON MAIS J’AI DÉJÀ MES BILLETS DE TRAIN POUR CET HIVER !

DANS LA RUE ET SUR LE FIL Pour comprendre ce qui anime Urbaka, il faut revenir aux sources. Celles d’un théâtre engagé, agité et militant qui voulait sortir des limites guindées de la scène. Andrée Eyrolle, comédienne, metteure en scène, poète et Corrézienne d’origine, est envoyée au moment de la décentralisation dans ces contrées reculées de la culture. Elle va y faire bouger les lignes et, surtout, créer Urbaka. 1989 : les arts de la rue s’épanouissent, les grands festivals existent déjà, Royal de Luxe et consorts conquièrent villes et campagnes. À Limoges, le nom du festival est né de la rencontre entre l’urbain et les Aka, tribu pygmée qui invente des fêtes durant du coucher au lever du soleil. Andrée Eyrolle souhaite faire prendre l’air au théâtre dans les rues de la ville, jouer partout, gratuitement. Les débuts ne se contentent pas uniquement de diffuser des artistes, Urbaka est aussi une troupe permanente, ChristiUrbaka, qui fait du rendez-vous de juin le point d’orgue de ses créations. Aujourd’hui, cette dimension créative n’est plus. Andrée Eyrolle a passé la main. Le festival s’est raccourci et rhizome désormais dans les communes alentour. Comme toute manifestation culturelle, il tire aussi la langue financièrement. Pour la première fois le festival agite la nouvelle baguette magique du milieu culturel : le financement participatif. Soit une quête de 6 000 euros pour rallonger – un peu – le budget de 40 000 euros du festival. « Nous sommes le seul festival des arts de la rue d’envergure dans la région. D’autres existent, mais à des petites échelles. Nous accueillons des compagnies locales, nationales et internationales, et près de 20 000 spectateurs. » Cette année une trentaine de spectacles attendus, de

tous bords artistiques, même si un fil rouge se dégage : celui du filin, de l’aérien, de la voltige. Avec une option pour le nostalgique, un certain art forain à l’ancienne, où les rouages apparents, la poésie et la virtuosité font bon ménage. Les Pepones, de la bande des Lendemains, plantent un décor burlesque début de siècle, rameutent Chaplin et Keaton, pour faire lever les yeux à dix mètres au-dessus du sol et admirer les prouesses aériennes des huit trapézistes volants. Dans un genre moins policé et plus osé, les trois Lady Cocktail font du trapèze comme d’autres manifesteraient ; ou quand la voltige devient militante et syndicaliste. L’amour du vide se déclinera aussi au-dessus de la Vienne avec une démonstration du champion local de slackline, 50 mètres au-dessus de l’eau. ça s’appelle le Défi, et, effectivement, la proposition tire plus du côté de l’athlétique que de l’artistique. Mais revenons-y à l’art du fil, à l’équilibrisme délicat, avec la Sodade du Cirque Rouage. L’installation de bois, voilages et roues semble chercher la simplicité et la mécanique visible. Conteurs, musiciens, acrobates se mêlent sous, sur et autour d’un câble dans un assemblage fragile. Cette édition « nez en l’air » d’Urbaka ne signifie pas pour autant qu’il ne se passe rien sur le pavé limougeaud. En vrac, on y tombera sur la famille Goldoni, le danseur Patrice de Benedetti, la Baleine Cargo, une fanfare, quelques jongleurs et cracheurs de feu. Et même un crieur. Stéphanie Pichon Urbaka,

du mercredi 22 au samedi 25 juin, Limoges.

urbaka.com

iDTGV

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*Offre soumise à conditions. Circulations jusqu’au 02 avril 2017. iDTGV, société par actions simplifiée, RCS Nanterre B 478.221.021. 2, place de la Défense, CNIT 1, 92053 Paris La Défense Cedex. Junkpage est distribué dans tous les iDTGV Paris / Bordeaux.


Vladimir Kutusof, Ruses humaines : approche nocturne, 1988.

E GRANDN RÉGIO

INVITATION À

L’ARTICULATION

En 1822, Jacques Daguerre crée le diorama, un spectacle magique qui enthousiasme d’emblée le public et la critique. Son ambitieux programme consiste à offrir au spectateur une saisissante illusion en animant des tableaux de divers mouvements de la nature, « tels que l’agitation des eaux, la marche des nuages et des astres, les effets de soleil, de lune, de pluie, de neige… ». Pour réussir ce prodige, l’inventeur de cet enchantement fait construire un vaste bâtiment surmonté d’une rotonde de douze mètres de diamètre qui pivote sur son axe. Une grande ouverture faisant office d’avant-scène se place tour à tour devant deux immenses tableaux peints, éclairés par derrière et en transparence au moyen de grands châssis vitrés. La lumière fournie par ces châssis est modifiée à l’aide de transparents de diverses couleurs. Mus par des cordages, ils permettent de réaliser les changements d’atmosphère qui, du plein soleil au ciel d’orage, rendent le spectacle incroyablement vivant. Partant de ce principe alliant naturalisme et artificialité, mais débarrassée de sa pesante machinerie, l’exposition proposée par le Frac Poitou-Charentes interroge sur cette prise de conscience « vacancière » de l’environnement et cette initiation circonstancielle au paysage toujours à la jointure du réel et de l’imaginaire, du sensible et du symbolique, du visible et de l’invisible, du fini et de l’infini. En quoi la nature est-elle encore sauvage ? Quel dépaysement peut-elle encore déclencher ? À quel paradis perdu doit-elle être ramenée ? À quelle traversée physique aussi bien que mentale faut-il la soumettre pour en produire une représentation ? Étienne Bossut ouvre le débat avec ses trois faisceaux lumineux de lampe-torche en résine qui n’éclairent rien mais annoncent un décalage abrasif entre réalité et reproduction. Guillaume Leblon dote le tronc d’un arbre réel, capable de résister à la bombe A, d’un feuillage artificiel. Laurent Le Deunff donne une version incongrue et régressive de la vie sauvage avec son tipi fabriqué en utilisant le cuir de buffle provenant de fauteuils et d’un canapé. Didier Marcel agence à la manière d’un feu de camp des rondins de bois de bouleau coiffés, à leurs deux extrémités, par un manchon en inox poli miroir. Benoît-Marie Moriceau filme en plan fixe un coucher de soleil à Marfa au Texas et l’accompagne du témoignage d’un cow-boy texan. Vladimir Kutusof peint avec une extrême application deux indiens approchant à la nuit tombée un campement endormi, cachés par leurs chevaux, juste avant de passer à l’attaque. Chloé Piot rapproche une carte postale d’un site naturel remarquable d’une vague forme de tente en carton d’emballage. Stéphanie Cherpin, Céleste Boursier-Mougenot, Dewar & Gicquel, Carine Klonowski et Fabien Giraud & Raphaël Siboni apportent aussi leurs contributions à cette quête éperdue d’évasion contre la pression du quotidien, dans un temps de détente et de bifurcation. « Diorama » est une exposition qui se développe comme un espace à la fois chaotique et organisé, exigeant et pittoresque, provisoire et permanent. Elle s’offre au regard dans toute l’étendue de ses possibilités, ses ressources, et a d’abord pour mission de susciter l’attention, d’attirer dans les méandres de ses sollicitations. Ce n’est donc pas un décor. Elle ne constitue pas un fond de scène qui n’aurait pour but que de donner un cadre à l’intérieur duquel se déroulerait une action bien calibrée. Bien au contraire, c’est une invitation à faire des choix, des liens et des articulations, à mettre en relation des intentions, des propos et des désirs. Donc à ne pas simplement « écarquiller les yeux comme un touriste idiot » (Serge Daney). Didier Arnaudet « Diorama »,

du vendredi 17 juin au dimanche 4 septembre, Frac Poitou-Charentes, Angoulême.

www.frac-poitou-charentes.org

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JUNKPAGE 3 5   /  juin 2016

© Yves Petit

L’été est propice à l’appel de l’aventure et donc à un retour à la nature. S’inspirant du diorama, un dispositif apparu au xixe siècle combinant image et éclairage, le Frac PoitouCharentes rassemble des démarches artistiques ingénieuses, ludiques et surprenantes, imprégnées par l’étrange euphorie des vacances au grand air.

33 ans après sa création, le Cirque Plume se retourne sur le chemin parcouru dans Tempus Fugit ? Quand un pionnier devient patrimoine. À voir à Boulazac, en Dordogne.

ENTRE LE TIC

ET LE TAC

En leur temps, les artistes du Cirque Plume déboulonnèrent le cirque à papa pour inventer un espace utopique, poétique, trash et musical. Un cirque joyeux, bordélique et fusionnel, où soufflait un vent de liberté, trempé à l’esprit 68. Le « nouveau cirque ». C’était en 1983. Depuis, ils sont devenus un modèle, aux sources duquel des armées de circassiens, acrobates, danseurs ont nourri leurs talents, renouvelé leur écriture, éclaté les barrières disciplinaires. Trente ans pus tard, Plume a gardé l’aura, la renommée. Mais a vieilli, forcément. Quitte à devenir, parfois, une institution dont le spectateur vient vérifier, à intervalles réguliers, qu’elle garde le cap. Leur cirque n’a forcément plus le même côté dérangeant, détonnant. Un peu comme les pièces les plus récentes de Pina Bausch ont perdu leur âpreté. Mais il y a toujours le cœur, la maîtrise, la poésie et un certain goût du décalage. Histoire de déjouer les attentes de spectacles chargés en adrénaline, Tempus Fugit ? Une ballade sur le chemin perdu ralentit le rythme, comme pour retenir les années. Les « Plumassiens » se regardent prendre des rides, construisent un spectacle à la dimension de leurs possibilités corporelles : étiré, poétique, un brin nostalgique. « Pour ces 30 années de désirs, de joies, de peines, de vie, nous créons un spectacle festif. Un spectacle sur le temps – “le chemin perdu” chez les horlogers, c’est l’espace entre ce qu’ils nomment le repos et la chute, autrement dit entre le tic et le tac – la transmission, l’histoire, le sens, qui s’amuse librement d’avant en arrière et dans tous les sens, sur l’idée que nous nous faisons du temps. » Et le temps n’a pas encore sonné leur dernière heure. Stéphanie Pichon Tempus Fugit? Une ballade sur le chemin perdu, Cirque Plume - Bernard Kudlak,

du mercredi 1er au samedi 4 juin, 20 h 30, Plaine de Lamoura, Boulazac. Programmé par l’Agora avec Le Sirque/PNAC de Nexon, Boulazac, Dordogne.

www.agora-boulazac.fr


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de

o Sortie n 4

Pierre Pont de

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LIBOURN


SCÈNES

Pour ses 25 ans, le festival des arts de la parole de Saint-Michel retourne à ses premières amours. Soit des contes et récits fondateurs. Et prépare une Campagne 2017 hautement politique. Dernier round pour sa directrice, Caroline Melon, qui quitte le ring en octobre. Propos recueillis par Stéphanie Pichon.

CHAHUTS 25 ans de Chahuts, ça se fête particulièrement ? On ne s’est jamais intéressé à la question des anniversaires. Chahuts, c’est chaque année une fête. Ce n’est pas un chiffre qui va changer ça. Une page de quatre ans s’est tournée l’an dernier avec la fin des travaux de la place Saint-Michel. Comment réamorcer le festival après cela ? L’envie s’est vite dessinée d’écrire un festival en diptyque, sur 2016-2017, avec pour toile de fond l’actualité et l’état du monde après les attentas. Pour nous, il était important de faire la part belle aux histoires et aux mythes fondateurs. Ils ont cette puissance d’évocation sans être didactiques. On voulait revenir aux amours premières du festival. Revenir au conte… Pourquoi en être parti ? On n’en est pas parti, mais pendant le projet travaux on avait d’autres endroits qui nous intéressaient, artistiques et politiques, et on a moins été dans le plaisir de ces choses-là. C’était comme une évidence de se recentrer sur la parole, l’écoute. Le travail du conteur, c’est une adresse simple et collective qui ravive l’espace commun. Et puis les contes, c’est partagé par toutes les civilisations. Qui seront ces conteurs ? Nous aurons trois temps forts. Pour l’inauguration, nous accueillons le spectacle Ulysse nuit gravement à la santé de Marien Tillet, une parole contée et slamée qui reprend le mythe d’Ulysse vu par Pénélope. Et c’est une Pénélope assez coquine ! On accueille aussi le collectif ICAR, composé de quatre jeunes conteurs (Cécile Delhommeau, Pierre-Jean Étienne, Élodie Mora, Nidal Qannari) qui vont nous proposer une exploration à quatre voix du mythe de Thésée. C’est aussi le retour de la nuit du conte. Jihad Darwiche s’empare des Mille et Une Nuits au marché des Douves. Il va commencer à conter au crépuscule et s’arrêter à la lueur du matin, comme Shéhérazade. Chacun viendra avec sa couette et son oreiller et on proposera à manger toutes les deux heures. C’est magique ce type de moments : on s’abandonne à l’histoire, quitte parfois à s’endormir, on discute pendant les pauses. Il se trouve, et ça n’était pas fait exprès, que cela aura lieu au début du

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JUNKPAGE 3 5   /  juin 2016

Ramadan. Cela résonne particulièrement dans un quartier comme Saint-Michel. On proposera donc, en fin de nuit, une soupe de rupture du jeûne. Vous évoquiez une d’édition en diptyque, qu’estce qui fait le lien entre les années de Chahuts, 2016 et 2017 ? C’est la question politique. Il est urgent de s’en ressaisir et d’interroger les arts de la parole sur cette thématique. On l’a décidé avant que n’arrive Nuit debout. La campagne présidentielle qui s’annonce va être dure. Le festival 2017 y sera complètement consacré, et on en pose déjà les bases avec le projet au long cours, Campagne, pour lequel on va réunir un corps de discours, un espace critique autour des mots, et demander à des artistes de s’en saisir. On ne sait pas encore quels seront les textes, mais on a déjà choisi qui les porteraient : Michel Schweizer, Fanny de Chaillé, le collectif Os’O, Gaëlle Bourges, Julien Fournet, Sébastien Valignat. Il y aura des périodes de résidence en février, des ateliers tout au long de l’année, un réseau de partenaires. Pour l’édition 2016, nous abordons déjà cette question du politique à travers des propositions autour des classes sociales. Témoin de Cécile Delhommeau est le récit vécu d’un mariage entre une fille de la bourgeoisie et un fils d’ouvrier. Anthony Pouliquen propose une conférence gesticulée, Une autre histoire des classes sociales, qui part du postulat que des gens de historiquement de gauche, qui devraient être des alliés, les ouvriers et le monde artistique intellectuel, se regardent désormais en chiens de faïence. Il y aura aussi l’atelier de lecture collective autour du livre de Didier Éribon, Retour à Reims. Alain Damasio, auteur SF, vient faire une conférence pour l’inauguration. La sciencefiction, c’est politique ? La SF permet de parler, de manière dystopique, de l’état de notre société. Et Alain Damasio pose la question du réel dans la science-fiction, avec ce sujet autour des technologies : comment sommesnous tracés ? C’est votre dernière édition de Chahuts... Oui, je pars fin octobre. Cela fait douze ans que je suis là, les quatre ans de travaux ont marqué

© Corina Airinei

RETOUR AUX MYTHES

l’aboutissement de quelque chose. Nous en sommes sortis rincés. J’ai envie de me lancer dans mes propres projets artistiques, écrire et monter des choses collectivement. Je suis heureuse que quelqu’un d’autre se saisisse du festival et en fasse autre chose. Question hors Chahuts : La Voiture qui tombe pendant Novart (pardon le FAB), ça se refait ? Oui ! Mais nous sommes à la recherche d’un nouveau lieu car le marché Victor-Hugo est en travaux. On ne s’attendait pas à un tel engouement. Cela montre qu’il y a un réel appétit pour ce genre de lieu de fête à Bordeaux. On est super fiers de ce que ça a généré en terme de mixité, sociale, générationnelle. Cette année, la barre est plus haute, les gens ont des attentes, et il va nous falloir trouver un lieu aussi puissant et central. Chahuts, festival des arts de la parole, du mardi 7 au dimanche 12 juin, Saint-Michel et ailleurs.

www.chahuts.net

LÀ OÙ IL FAUT ÊTRE Au marché des Douves

Refroidie par une saison 2015 à la météo peu clémente, Chahuts a trouvé un nouvel abri pour ses propositions artistiques : le marché des Douves. Une grande partie des contes y sera programmé.

Dans les rues de Saint-Michel

Pour repérer les mots bleus, pancartes multilingues imaginées par l’artiste Jonas Laclasse et les adultes et enfants fraîchement arrivés en France qui apprennent la langue à Saint-Michel. Pour en coller certains aussi, lors de séances d’affichages collectives.

Au 7e étage et demi

La cour du centre d’animation de Saint-Michel sert toujours d’after et de lieu de ralliement. Mais depuis cette année, elle se transforme aussi en buvette/ resto midi et soir, presque du non-stop. Et en QG de Chahuts s’en foot, déclinaison footballistique du festival, Euro 2016 oblige.

À l’Utopia

Pour l’avant-première, mardi 7 juin, du film de Sébastien Farges et de l’équipe de Chahuts Vous êtes ici. Un retour sur quatre ans de projets travaux autour de la place et de quatre éditions du festival.


© Florent Larronde

Contrairement à son officielle consœur, inutile d’attendre quatre ans : la troisième Coupe du monde de foot en pente se déroule le 3 juillet Rive Droite !

LE PLAT DU PIED Alors que le pays aux 60 millions de sélectionneurs vibre à l’unisson du 10 juin au 10 juillet, le GPV Rive Droite s’invite à la fête au lendemain du dernier match de l’Euro 2016 joué à Bordeaux – un quart de finale – le 3 juillet. Le défi est de taille : affronter la déclivité, l’attraction, la gravité et ravir le titre à la Team Rambo, vainqueur de l’édition 2015 ! Ainsi posé, on pourrait en rire ou considérer la chose à la légère. Las, nonobstant le choix du schéma tactique (1 ou 2 pointes ? Goal volant ? Catenaccio ) ou des crampons (moulés ou vissés), cette compétition casse plus de reins qu’un derby Liverpool FCEverton. Combien de rageux Gattuso y ont perdu la raison ? Ce maudit terrain, sis à Cenon, derrière l’enceinte du château Palmer, n’a rien à envier à Waterloo ; l’aspect « morne plaine » en moins. Évidemment… 10 % de pente, avec vue à couper le souffle sur Bordeaux, mais le souffle, justement, mieux vaut savoir l’économiser en l’occurrence car courir comme un lapin sur un terrain de 40 mètres par 20 mètres durant 2 mitemps de 5 minutes n’est pas réservé au premier poussin venu. Loin de là. Un plan à finir carbonisé comme après 90 minutes, les prolongations et la séance de tirs au but. En outre, inutile de la jouer façon otarie : tenter deux jongles relève du suicide. Toutefois, que l’on se rassure, si exigeant soit-il, ce championnat de haute volée est ouvert à tous les joueurs. Amateurs, entraînés,

licenciés du dimanche, anciens espoirs, capés, de champ, de couloir, ils sont les bienvenus. Homme ou femme, jeune ou vieux, affûté ou pas, il suffit d’être 6, dont, ce qui va de soi, un gardien (avec casquette, c’est plus élégant). Avantage non négligeable comme dans chaque tournoi : le 12e homme parce qu’un public entonnant à plein poumons You’ll never walk alone galvanise contrairement à un kop de néo-nazis. Au titre des nouveautés : le tournoi se déroule cette année sur une journée avec matchs de poules éliminatoires le matin et les phases finales l’aprèsmidi ; la participation du collectif Monts et Merveilles et sa chorale de supporters, préposés à l’ambiance de la finale, dans une performance drôle et provocatrice pour faire vibrer le « stade », enfin, un équipementier français de prestige, La Touche française de Roc’han Maille, s’occupe des chandails ! Alors, prêt à taper la gonfle ? Marc A. Bertin PRATIQUE 3e Coupe du monde de foot en pente,

dimanche 3 juillet, 9 h—18 h, Parc Palmer, Cenon.

events/1713112565642847/

Enregistrement des équipes et inscriptions gratuites avant le 24 juin

http://goo.gl/forms/z2rcfmakg9

Accès libre et gratuit – tout public – petite restauration et buvette (Fruité® orange, framboise et pomme-cassis) sur place.


SCÈNES

LA TRINITÉ Trois forces artistiques réunies « Le Messie est une pièce emblématique car elle fait intervenir le Ballet, le Chœur et l’Orchestre », explique Charles Jude, directeur du Ballet de Bordeaux, « et comme c’était le départ de Thierry Fouquet, je voulais une œuvre où les trois forces artistiques soient réunies pour lui rendre hommage. » Une façon élégante de saluer le tout récent exdirecteur de l’Opéra de Bordeaux, Thierry Fouquet (1996-2016), qui fut notamment administrateur de la danse auprès de Rudolf Noureev, de 1983 à 1985, à l’Opéra de Paris. Pour mémoire, c’est lui qui fit venir l’étoile Charles Jude sur la scène bordelaise en 1996 en le nommant directeur de la danse à l’Opéra. Le Messie, œuvre du compositeur Haendel chorégraphiée par Mauricio Wainrot, est un ballet néoclassique bien connu des Bordelais : il est présenté pour la quatrième fois depuis son entrée au répertoire du Ballet en 2005 au TnBA. Du même chorégraphe, on avait aussi pu apprécier en 2011 le Chopin Número Uno et le rare Carmina Burana, œuvres toutes deux aussi centrées sur une musique. C’est dire l’importance de la partition dans les choix du maître argentin. Le Messie est une pièce emblématique de son travail. Elle fut conçue et créée par le Ballet royal des Flandres en 1996, puis reprise dans une version plus longue en 1998 pour le Ballet national du Chili. Trente et un thèmes sont extraits de l’oratorio, pour un final avec l’Alléluia. Très fortement influencé par la mouvance de l’époque Maurice Béjart, Mauricio Wainrot propose une chorégraphie dont la maîtrise du langage classique est parfaite. Le ballet est empreint d’élévation au sens physique et spirituel. Il mobilise tous les danseurs mettant en exergue les qualités de la compagnie comme les individualités avec des solos, pas de deux, trois ou cinq : chacun a sa place et le tout constitue un ensemble harmonieux. Ainsi, en 2006, un pas de deux spécialement conçu pour Charles Jude avait été ajouté. Mais aujourd’hui, l’étoile ne danse plus. Qu’importe : le maître argentin en personne pose de nouveau ses valises à Bordeaux pour remonter sa pièce. Trois jurés prestigieux pour le Prix Clerc Milon Trois figures de la danse feront partie des spectateurs attentifs du Messie, après avoir déjà vu La Reine morte en mars et Giselle en

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mai : Nicolas Le Riche (danseur étoile de Paris et chorégraphe), Cyril Atanassoff (danseur étoile et enseignant) et Brigitte Lefèvre (directrice de la danse à l’Opéra de Paris de 1995 à 2014). Ils composent le jury chargé de remettre le 6 juillet le Prix Clerc Milon à un (vraisemblablement deux) danseur du corps de ballet prometteur afin de le soutenir et de l’accompagner dans son art1. Au jeu de qui pourrait l’emporter, nul doute qu’Ashley Whittle est très largement en tête : en interprétant un Don Pedro plein de fraîcheur dans La Reine morte, il a su tenir ce rôle-titre dans l’endurance et faire un beau travail de partenaire aux côtés de la jeune étoile Sara Renda. En outsider, Neven Ritmanic reste un danseur prometteur même s’il s’est quelque peu essoufflé en interprétant le – très difficile – rôle du prince dans La Belle au bois dormant en décembre. Côté filles, les jambes infinies et la grâce de Claire Teisseyre ne sont plus en course : son travail fut récompensé fin 2015 avec sa nomination au grade de soliste. En revanche, les qualités d’interprétation de Marina Kudryashova sont à prendre en considération. Trois raisons de s’intéresser à Marina Kudryashova Marina Kudryashova interprète des rôles de caractère en finesse, en contrepoint de la danse déjà assez expressive par elle-même : elle a été une Carabosse aussi belle que méchante dans La Belle au bois dormant et une Infante en colère dans La Reine morte. On avait aussi remarqué ses lignes dans des registres contemporains comme dans Pneuma de Carolyn Carlson. « En Russie, lorsque tu travailles un rôle, il y a le professeur de danse mais aussi un professeur d’art dramatique. C’est très intéressant de relever les différences entre les deux écoles. Ici, l’accent est mis sur les pieds et l’en-dehors. La technique aussi : les Français tournent mieux, tiennent mieux les équilibres. Les Russes mettent l’accent sur le jeu d’acteur et le haut du corps. Les bras, c’est sacré. Comme un joli pied pour les Français. » Entrée à 10 ans à l’Académie de Ballet du Bolchoï à Moscou, Marina a suivi des cours de danse (classique, contemporain, baroque, folklore, duos), mais aussi de préparation physique, de français (langue de la danse) et d’art dramatique. « J’aime bien toutes ces disciplines ! Et quand tu les connais, tu es vraiment plus libre dans ton corps. » Sur 17 filles entrées dans l’école en 2001, elles

© Oleg Rogachev

Du 19 juin au 1er juillet, le Ballet de Bordeaux reprend Le Messie au Grand-Théâtre, guidé par le chorégraphe Mauricio Wainrot en personne. L’occasion de désigner le(s) lauréat(s) du Prix Clerc Milon qui récompense un jeune danseur prometteur. Et trois raisons d’aller voir cette pièce néoclassique.

n’étaient plus que deux en 2009, à 18 ans. Avant de rejoindre Bordeaux en 2013, Marina Kudryashova était deuxième soliste (grade juste au-dessus de corps de ballet) au Stanislavski et NemirovichDanchenko Théâtre musical de Moscou. Et si elle confie avoir un temps pensé à rejoindre une compagnie contemporaine, elle a très vite renoncé : « Je ne peux pas quitter le classique sans avoir dansé tout ce que j’aimerais ! Pour moi, un ballet, c’est la beauté. Pour le public, cela doit être source d’inspiration. J’adore jouer des rôles à chaque fois différents. Tu peux voyager dans le caractère de ton personnage, expérimenter ses différentes facettes, mais aussi dans les époques. » Avec son corps, un danseur propose des lectures différentes des ballets qu’il interprète. La jeune Moscovite a d’autres talents qu’elle conjugue avec ceux de son époux Oleg Rogachev, nommé premier danseur au Ballet de Bordeaux fin 2015 : tous deux s’essaient à la chorégraphie, touchent à la caméra et à la photo. Marina apprécie aussi la couture : « J’ai fait moi-même mon diadème pour l’Oiseau bleu. Ensuite, les autres casts demandaient à danser avec, souritelle. Quand tu veux quelque chose et que tu ne peux pas l’acheter, eh bien tu le fabriques ! C’est très populaire en Russie. » Un héritage culturel et historique. Plus tard, Marina aimerait être professeur de danse. Elle a d’ailleurs son diplôme russe : « Quand on était petits, le soir après les cours, dans le hall de l’internat de l’école de danse, les enfants s’apprenaient les uns aux autres les pas. Parfois, durant les cours aussi, les professeurs me demandaient d’apprendre aux autres enfants. » Le savoir de la danse n’est pas dans les livres : il est dans la transmission. Sandrine Chatelier 1. Le Prix Clerc Milon, en association avec l’Opéra de Bordeaux, est à l’initiative de la Fondation d’Entreprise Philippine de Rothschild créée par les trois enfants de l’actrice-mécène-vigneron-propriétaire de crus classés à Pauillac afin d’honorer les passions et la carrière artistique maternelles. Et de coller à l’étiquette du château Clerc Milon qui représente un couple de danseurs.

Le Messie,

du dimanche 19 juin au vendredi 1er juillet, 20 h, sauf le 19/06 à 15 h, relâche les 21, 25, 26 et 31 juin, Grand-Théâtre.

www.opera-bordeaux.com


© Dirty Monitor

La 10e édition de la manifestation Bordeaux fête le vin ne saurait se résumer qu’à une immense dégustation à ciel ouvert du produit issu de la fermentation du raisin. Le volet artistique a presque autant d’importance, à l’instar du projet Racines, unissant mapping, VJing, 3D, lumières et même quintette à cordes en direct.

VOYAGE IMAGINAIRE Imaginez un seul instant les 200 mètres de longueur et les 30 mètres de hauteur de la façade du Palais de la Bourse transformés en un immense écran. Imaginez les 192 fenêtres et 9 portes comme autant d’ouvertures vers un nouveau monde. Imaginez la pierre blonde recouverte de vignes dont l’épais feuillage bruisserait au gré du vent. Imaginez les statues s’animer et peupler la nuit étoilée. Imaginez une pluie de lumières incandescentes sculpter les reliefs et les corps... Voici le projet Racines, spectacle multimédia imaginé par la fratrie belge Cataldo – Mauro et le bien nommé Orphée – à la tête du collectif Dirty Monitor avec la complicité de l’éclairagiste bordelais Bruno Corsini et de Dushow. « Racines est conçu comme un voyage imaginaire dans le temps et dans l’espace pour raconter Bordeaux, le vin et le monde » précise Mauro

Cataldo. C’est lui qui est aux manettes de l’événement, conçu sur mesure pour la place de Bourse et ses façades ornées de mascarons et de ferronneries. « Nous sommes partis du bâtiment tel qu’il est, dans sa splendeur xviiie siècle, pour le métamorphoser de façon baroque. » Pour réussir cette métamorphose, 15 personnes ont travaillé durant plusieurs mois en utilisant les techniques du mapping (animations visuelles projetées sur des structures en relief) associées aux arts plastiques et au graphisme : dessin, cartographie, gravure, bande dessinée, hologramme et relief, à travers la 3D. Une richesse visuelle alterne les noirs et les blancs, les ors et les argentés et les explosions de couleurs, le tout sublimé par les lumières de Bruno Corsini. Au-delà de la simple « prouesse » technologique et du travail sur la lumière, Racines entend

procurer une émotion grâce notamment à la partition jouée en direct par le quintette à cordes Bow. Une partition façon bande-son, particulièrement intense, propre à souligner la fragilité et la grâce de la vigne s’élevant vers les étoiles. Nul texte en revanche. « Nous avons à cœur de ne pas être trop narratifs ou figuratifs, nous voulons laisser libre cours à l’imagination de chacun. Ce n’est pas tant l’histoire qui compte que le voyage que nous proposons. » Récit épique, visuel et sonore, Racines, c’est 20 minutes de magie pure à vivre intensément autour de la ville et de sa plus belle histoire : le vin. Racines,

du jeudi 23 au dimanche 26 juin, 23 h, Palais de la Bourse.

www.bordeaux-fete-le-vin.com


LITTÉRATURE

M. BRICOLO DÉVASTATION

LATINE

Le vif du sujet : ce livre est violent, cru, au vocabulaire équivoque, direct ; il dresse un portrait de Buenos Aires (donc de l’Argentine, a fortiori) d’une noirceur rare, dans la veine des grands polars de cette région du globe, laminée par l’économie sauvage et les années de junte militaire, aux traces encore douloureuses. Sous l’égide d’Ernesto Mallo (avec le glaçant L’Aiguille dans la botte de foin) ou des Brésiliens, Edyr Augusto ou Aguinaldo Silva (et le fameux République des assassins) pour ne citer qu’eux, Entre hommes se pose d’emblée comme une grande réussite. Construite de manière classique (quelle impeccable polyphonie), la mécanique malsaine n’épargnera rien ni personne, même pas les porcs de cet élevage si singulier, mettant au centre d’un chantage dangereux trois personnages sadiens (respectivement juge, sénateur et banquier), qui représentent tout autant les vicissitudes du pouvoir que la corruption la plus abjecte et la plus commune, et qui sont filmés à leur insu alors qu’une partie fine tourne très mal, puisque l’une des prostituées va succomber à une overdose de cocaïne de trop bonne qualité (sic). Bien entendu, cette vidéo va devenir le centre de l’intrigue, flics (ah, quel duo infernal) et voyous (ah, quels camés notoires) vont se la disputer à tout prix, dans le décor sordide de quartiers à l’abandon. On en ressort remué et nauséeux, comme d’un abattoir clandestin. Un choc noir. Olivier Pène Entre hommes, Germán Maggiori

La dernière goutte, collection « Fonds noirs »

De bric et de broc. Les Mille et Une Phrases d’Éric Simon est un e-book de bricoleur. Une fabrication, de la poésie. Poiesis, comme diraient les Grecs. Certes, on y trouve bien une histoire qui tient debout, à peine, un scotch invisible maintenant le tout, hétéroclite, en un ensemble homogène. Mais là n’est pas l’intérêt de l’ouvrage. Ce qui séduit, plus que le résultat même, c’est la matière, le mode d’emploi, son exécution. Éric Simon a prélevé et agencé pour son histoire d’amour 1 001 phrases d’auteurs très divers : des classiques (Molière, Balzac, Proust...), du tout-venant (Alexandre Jardin, Coelho, Foenkinos…), des modernes (Perec, Beckett, Sebald…). Bric & Broc. À chaque phrase, un appel de note. La forme numérique prend alors tout son sens : on survole et la source apparaît, donnant un nouvel intérêt à la phrase. Une histoire d’amour commence, composée de ces 1 000 phrases, plus une, par un exergue génial : « Vous savez très bien qu’une phrase tirée de son contexte n’a pas d’intérêt. »1 On clique sur cet exposant : Amélie Nothomb, Les Combustibles, Albin Michel, Paris, 1994, p. 35 On comprend aussitôt tout le jeu entre la phrase, sa source et son collage hors contexte. On ne s’étonnera donc pas de trouver un nouvel intérêt en ne lisant que les sources : Deleuze et Guattari pour la déterritorialisation, Tzara ou Aragon pour le collage, Roussel pour Comment j’ai construit certains de mes livres ou cette citation de l’ouvrage Les Ready-made textuels de Nicolas Tardy, également co-éditeur de ces livres numériques : « C’est amusant, mais pas seulement. » Julien d’Abrigeon Les Mille et Une Phrases, Éric Simon Contre-mur - www.contre-mur.com

LA MORSURE DU VRAI Composé de deux essais incisifs de Richard Blin et d’une copieuse anthologie, ce livre retrace la trajectoire incandescente de JeanPaul Michel et donc de quarante années d’une quête exigeante de cette « beauté violente » qui apporte de la profondeur aux choses simples et belles. La tâche est d’accueillir « la présence de ce qui est présent » et de savoir en faire « une expérience pure ». Cette œuvre commence par les « cérémonies et sacrifices » où l’écriture se place sous la pression nécessaire de la suppression. Le souci fondamental est de ne conserver que les muscles et l’os, la part la plus efficace du texte, en éliminant la graisse et les rondeurs inutiles. Il dit alors « écrire avec des ciseaux ». Puis, à la fin des années 1980, la langue adopte une respiration plus ample, accompagne les circonvolutions d’une vie et gagne une fascinante préciosité qui ne se perd jamais dans de vaines démonstrations. L’éclat qui frappe au plus juste reste une priorité. Dans ses Écrits sur la poésie, il insiste sur cette qualité de voix qui arrache « au bavardage trivial » et rend hommage à quelques figures exceptionnelles – Hölderlin, Nietzsche, Baudelaire, Mallarmé, Bataille – qui ont inscrit ce combat dans l’ordre de l’intransigeance. Jean-Paul Michel n’est pas particulièrement porté à accorder du prix aux formes poussant au compromis. Pour lui, la responsabilité de l’art est d’assurer aux choses et aux êtres, de la manière la plus puissante et la plus cruelle, la forme qu’ils méritent et le nom qui leur convient. Richard Blin pointe, avec un bel équilibre de densité et de fluidité, la dimension héroïque de la poésie de Jean-Paul Michel : « Elle n’est pas là pour dire, elle est là pour faire être, pour porter l’être au plus haut de ce qu’il est. Par-delà le bien et le mal, elle donne visage et présence, chaleur et lumière à ce qu’elle nomme et sacre. » Il apporte un soin tout particulier à se situer au plus près de cette confrontation « à la morsure du vrai », sans vouloir en rentabiliser l’efficience, mais pour en saisir toute la résonance et la prolonger dans une réflexion fortement éclairante. Didier Arnaudet Richard Blin, Jean-Paul Michel

Éditions des Vanneaux

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PLANCHES par Éloi Marterol

DEVOIR DE MÉMOIRE

« Je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien. » Voici la première phrase d’une histoire tragique. Au sortir de la guerre – probablement la Seconde Guerre mondiale, bien qu’elle ne soit jamais réellement mentionnée – un petit village au fond de la campagne allemande tente d’oublier les deux années d’horreur qui viennent de se produire. Brodeck est chargé de rédiger des rapports sur la vie du village, sur sa faune et ses alentours. Il vient à peine de rentrer d’un camp et peine à guérir de cet enfermement inhumain. Sa femme, en état de choc, ne le reconnaît pas et sa fille le découvre tout juste. C’est alors que les notables du village lui demandent de rédiger un rapport sur la mort du Der Enderer – l’étranger – qui séjournait au village depuis quelques semaines. Assassiné par tous les hommes du village, sauf Brodeck, il faut prendre note de l’affaire. Mais comment raconter l’indicible ? Brodeck doit-il narrer la vérité, brutale, ou arranger et minimiser les faits pour que le village, et surtout ses habitants, soit épargné ? Son récit va errer entre les souvenirs du camp et l’enquête sur le meurtre de l’étranger. Tout se mêle, tissant une histoire secrète et violente du cœur des hommes et de leurs pires instincts. Poignant et terrible roman de Philippe Claudel, l’adaptation de Manu Larcenet l’est tout autant. Difficile de ne pas admirer le trait parfaitement maîtrisé du dessinateur et les superbes planches en noir et blanc. Entre son impeccable narration et son découpage parfaitement réalisé, cette bande dessinée provoque par sa lecture une réflexion dont on ne sort pas indemne. Le devoir de mémoire s’impose ici jusqu’au cœur du récit. Indispensable. Le Rapport de Brodeck, 2 volumes, Manu Larcenet, Dargaud

MARIÉ OU PENDU

Spirou, héros éternellement jeune depuis 1975 et quelques années, bénéfice parfois d’une aventure hors de sa série principale. C’est au tour de Benoît Feroumont (Le Royaume, Gisèle et Béatrice) de s’emparer de cet aventurier emblématique avec Christelle Coopman pour les couleurs. Fantasio plie bagage et lâche son colocataire de toujours. Non pas pour une broutille mais pour se marier ! Chamboulement total des habitudes des deux vieux célibataires. D’autant qu’il ne se marie pas avec n’importe qui : il est le promis de Clothilde Gallantine, fille de la grande prêtresse des magazines de mode. Spirou se retrouve seul, alors même qu’il vient d’assister au vol d’un collier inestimable dans le bureau de la future belle-mère de Fantasio. Sécotine débarque heureusement à son secours et décide de prendre les choses en main. Débute alors une aventure où Spirou rencontre le sexe féminin dans toute sa splendeur et sa diversité ! Des femmes, partout, tout le temps, et avec des caractères différents. Voilà qui est particulièrement rafraîchissant dans une bande dessinée – voire dans une œuvre de fiction en général – où elles sont souvent reléguées au rang de faire-valoir si ce n’est pire ; il peut être utile de se renseigner sur le test de Bechdel en cas de doute sur la question. Le scénario de Benoît Feroumont laisse une belle place à l’humour, l’aventure et l’émotion en racontant une histoire résolument ancrée dans son temps et dans des problématiques que nous connaissons bien. Si bien que Spirou a parfois un peu de mal à suivre et s’écrie : « Mais les femmes sont moins fortes que les hommes quand même ! » Heureusement Sécotine veille et peut expliquer à l’entourage : « Il vient d’une autre époque ! C’est très vingtième siècle comme discours ! »  À (s’)offrir impérativement ! Fantasio se marie, Benoît Feroumont, Dupuis


LIEUX COMMUNS par

Xavier Rosan

L’EFFET MIROIR Au fond, qu’est-ce qu’un « miroir d’eau », sinon une vue de l’esprit ? Jean Lorrain s’initiait au calme marin face au « grand miroir d’eau dormante au pied des quais » de Saint-Jean-de-Luz (Madame Monpalou). Parmi les bois de Champrosay (département de l’Essonne) – où frémit pour toujours le souvenir de la peintre Marie Laurencin –, Alphonse Daudet a décrit, dans Robert Helmont, la rivière au bout des feuillages verts des charmilles tel un « miroir d’eau bleue confondu dans le bleu du ciel ». À l’instar des frontières soi-disant naturelles, les miroirs d’eau n’existent que dans l’œil de celle ou celui qui se convainc de leur existence dans l’infinitude du panorama. L’ingéniosité humaine ne se connaissant aucune limite, il est, par la force des choses, devenu forme architecturale. Ainsi Paul Faure, l’ami fidèle d’Edmond Rostand, ne se lassait pas de la vue qu’offrait la fenêtre ouverte de la villa Arnaga « sur le jardin, les montagnes, le miroir d’eau, les pigeons, les paons ». Flaque magique Un miroir est une surface polie qui réfléchit la lumière, les personnes et toutes choses environnantes. Nappé d’eau par la grâce de Jean Cocteau, il invite le poète à une traversée fabuleuse1. En urbanisme, le miroir d’eau est un bassin de forme géométrique, peu profond, à faible pente, qui agrémente un parc ou un jardin. En l’occurrence, le nec plus ultra demeure sans conteste celui qui magnifie le Taj Mahal (xviie siècle), en Inde. Car tel est le rôle de cet élément décoratif : disparaître au profit du monument qu’il sublime. Il en est ainsi de la Tour Eiffel, de la villa Cavrois ou du château de la Belle au bois dormant à La Roche-Courbon… En moins de dix ans, celui de Bordeaux, qui sert d’écrin à la mise en scène royale des architectes Gabriel, tout en proposant une sorte de trait d’union entre la ville et le fleuve, est devenu l’un des plus célèbres au monde, en plus de compter au rang des plus vastes (près de 3 500 m2). Implantées entre les quais de la Douane et Louis XVIII, établies sur un ancien hangar souterrain, ses dalles de granit noir proposent un spectacle à double effet : un « effet miroir », grâce à une pellicule d’eau de 2 cm à peine, puis un « effet brouillard », en libérant un nuage de vapeur pouvant atteindre les 2 m de hauteur. Illusion enchanteresse conçue en 2006 par le fontainier Jean-Max Llorca (agence JML) et l’architecte Pierre Gangnet, il constitue l’élément central des quais réaménagés par le paysagiste et urbaniste Michel Corajoud (1937-2014). Ce dernier en eut l’idée en voyant les bâtiments historiques se refléter dans une flaque.

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Tour de passe-passe À l’origine, il était formellement interdit de se promener sur le miroir, de petites plaques métalliques à même le sol le rappelaient subrepticement aux passants distraits. Si discrètement… que les Bordelais, tout à leur joie de « pédiluver » entre pierre, ciel et mer de Garonne, ne tardèrent guère à s’en emparer : dès les premiers beaux jours venus, cette pièce de jeu se remplit d’une foule bigarrée, aussi dense et fourmillante que celle qui arpente fébrilement les rues piétonnes du centre ville par temps de braderie. Ainsi récompensé par une immédiate adhésion populaire, cet aménagement dont l’audace n’a d’égale que la sobriété ne s’est pas fait à contre-courant de l’Histoire, puisque ce sont toujours la place de la Bourse et la façade des quais, conçues au xviiie siècle comme une munificente vitrine au Port des Lumières, qui constituent encore (éternellement ?) le fer-de-lance de l’image de Bordeaux au troisième millénaire. Image ainsi renouvelée grâce à la création de cet ingénieux miroir, détourné de sa vocation quelque peu narcissique. De fait, le « miroir d’eau » (qui connut sa première heure de gloire à la Belle Époque et surtout durant l’entre-deux-guerres) s’est hissé en quelques années au rang des « effets spéciaux » les plus spectaculaires de la scénographie patrimoniale, ringardisant encore un peu plus les douteux « sons et lumières » de la fin du siècle précédent. Si Peï, magnifiant la Cour carrée du Louvre, fut un précurseur en la matière, d’autres architectes et édiles ont adopté en France l’« effet miroir », tel Montpellier sur le parvis Stéphane-Hessel ou Nice sur la promenade du Paillon en 2013, ou encore, tout récemment (2015), et de façon plus convaincante encore, Nantes, offrant au château des ducs de Bretagne, un tour de passe-passe haut en couleurs. Car, contredisant complètement la définition selon laquelle le miroir est censé refléter une image avec exactitude, le miroir fait d’eau, par la force des éléments naturels autant qu’humains, ne réfléchit jamais qu’un mirage – donnant tort, une fois n’est pas coutume, à la fameuse formule de Jean Cocteau : « Les miroirs feraient bien de réfléchir un peu avant de renvoyer des images. » 1. Voir la traversée du miroir ou la descente en soi-même dans son film Le Sang d’un poète, 1930.

Le Sang d’un poète, 1930

© Franck Tallon

FORMES


Tutti ! © Franck Tallon

Tous chanteurs

DES SIGNES

par Jeanne Quéheillard

Une expression, une image. Une action, une situation.

VOIR MIDI À SA PORTE. Bordeaux serait-elle prise de tartufferie chronique quand, dès la venue du printemps, certaines de ses portes d’entrée sont recouvertes d’un rideau en toile bayadère ou unie ? À quelle discrétion souhaite-t-elle sacrifier à travers cette pratique ? Toute personne nouvelle à Bordeaux, touriste ou non, pour peu qu’elle s’égare dans les rues résidentielles, et plus particulièrement auprès des échoppes, ne manque pas d’être intriguée. « Couvrez cette porte que vous ne sauriez voir » semble-t-elle remarquer. Et pourtant, point de pudibonderie attachée cet usage, mais, sans aucun doute, une réaction climatique qui touche plus facilement les portes orientées sud. Les rideaux seraient là pour protéger les portes de l’eau et du soleil et pour éviter les peintures trop vite fanées ou les panneaux de portes trop souvent disjoints. Évocation d’un principe d’économie bien restrictif qui de la tartufferie tomberait dans l’avarice sous la forme d’un rideau usé par les intempéries. Au jeu de l’interprétation, chacun y trouve sa raison, a fortiori quand il s’agit de midi à sa porte. Pour ma part, j’opte pour la pratique traditionnelle du rideau de porte comme moustiquaire ou comme climatiseur. Je me souviens des étés à la campagne, où aux heures les plus chaudes, derrière le rideau de porte se tenait la fraicheur. Pour l’enfant que j’étais, cet objet, que l’on soulevait si c’était un panneau textile ou que l’on traversait quand c’était des lanières plastiques colorées, devenait le lieu d’expériences multiples. Selon son épaisseur, un rideau pouvait bloquer la chaleur. Mais aussi, par la porte maintenue ouverte derrière le rideau, un courant d’air continu assurait une circulation subtile des échanges entre l’extérieur et l’intérieur. Magique ! Le rideau de porte prenait valeur d’une expérience sensible de la frontière. Stationner dans la porte devenait problématique

quant au principe thermique mis en place pour garder la maison fraîche. Il fallait se tenir ou dehors ou dedans. Choix difficile parfois, selon qu’il s’apparentait à la perte ou à l’exclusion. Rétrospectivement, l’expérience se fait savante. Grâce à la manipulation du rideau de porte et à sa technologie lisible et visible, j’accédais à la compréhension archétypale de l’interface et à sa fonction, sans en connaître le terme. Une surface interne, une surface externe, une épaisseur, une zone de passage, une traduction. En outre, par son efficacité climatique incontestable, cet objet/lieu ouvre à des réflexions environnementales et atmosphériques. Contrairement à une utilisation généralisée du climatiseur devenu un des représentants dramatiques des artefacts industriels du xxe siècle moderniste, le rideau de porte fait figure d’un climatiseur aux effets localisés et automatiques. À la manière des linges humidifiés suspendus aux ouvertures dans les pays chauds qui n’ont rien à envier aux climatiseurs qui recouvrent nos immeubles standards, le rideau de porte est une technologie spécifique liée au temps qu’il fait. Il s’oppose ainsi à l’homogénéisation de l’habitat domestique et à la domination de technologies qui font fi de l’environnement où elles s’installent. À Bordeaux, même si la porte n’est plus ouverte derrière le rideau de porte, (la ville oblige), ne pas oublier qu’elles peuvent s’ouvrir grâce aux vitres mobiles protégées par des grilles. Derrière lesquelles peuvent se tenir des bayadères1. Mais là nous entrons dans une autre histoire. 1. Un tissu bayadère présente de larges rayures de couleur. Le terme vient du portugais balhadeira, dérivé de bailar = danser. Le nom de bayadère est donné aux danseuses sacrées de l’Inde, qui portent des vêtements rayés et colorés. D’où le nom du tissu de leurs vêtements.

Création graphique : Marion Maisonnave à partir d’une photographie de Frédéric Desmesure, © - Opéra National de Bordeaux- Nos de licences : 1-1073174 ; DOS201137810 - Mai 2015

LE RIDEAU DE PORTE.

Votre voix ici

Concert participatif gratuit Samedi 02 juillet 2016 à 17h et 19h

à l’Auditorium de Bordeaux Paul Daniel, direction Salvatore Caputo, chef de chœur Orchestre National Bordeaux Aquitaine Chœur de l’Opéra National de Bordeaux

Les chorales amateurs Tutti :

Chœur de l’Association du personnel de l’Opéra et de Bordeaux Métropole Chœur Accords libres Grand chœur du Bassin d’Arcachon Ensemble vocal Canta Laïca Ensemble vocal Canto’Teich Grand chœur amateur du Conservatoire de Bordeaux Jacques-Thibaud Chorale Croq’note Chorale Entre 2 airs Chorale de l’Institut Bergonié Chœur de la Jeune Académie Vocale d’Aquitaine Chorale de la Fondation Orange de Pessac Chœur Opus 33 Chorale Valanelle

Coordination des Chœurs amateurs Tutti, Alexis Duffaure LOGO_ALCP_NOIR_&_N2G_VECTO_HD.pdf

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12:17

- opera-bordeaux.com -


BUILDING ARCHITECTURE DIALOGUE

Pour la troisième année consécutive, de nombreuses agences d’architectes ouvrent leurs portes les 3 et 4 juin 2016. Un rendez-vous national très actif en Aquitaine et en Gironde, où l’architecture est bien représentée. Des styles variés, des ateliers ou des collectifs à découvrir, autant d’occasions de rencontrer des professionnels passionnés… Voici une petite sélection de projets autour de l’habitat, qui reste souvent la clé d’entrée pour franchir les portes d’une agence. Ces réalisations témoignent des savoir-faire d’un métier ancré dans le quotidien, en relation directe avec l’humain. Par Benoît Hermet.

HABITER,

> Une manifestation, des visites filmées Retrouvez la liste des agences d’architectes ouvertes et tous les renseignements sur le site de la manifestation www.portesouvertes.architectes.org Le thème de cette année étant « Dedans-Dehors », plusieurs événements hors les murs sont programmés à Bordeaux et dans d’autres départements. Voir également le site. Les projets sélectionnés dans ce dossier sont des demeures privées qui ne se visitent pas, sauf indication contraire. La plupart sont à découvrir plus en détail grâce à la série télévisée Toi(t) & Moi, coproduction de la chaîne TV7 et du 308 (Ordre des Architectes d’Aquitaine). Les films sont visibles sur le site de TV7 et la chaîne Youtube du 308. Encore un moyen de vivre l’architecture !

INVITATION À LA DÉGUSTATION

Situés dans les environs de Carignan, sur la rive droite de Bordeaux, cette bâtisse et son chai s’étaient dénaturés avec le temps. La cliente, propriétaire de vignes et professionnelle du négoce viticole, avait un cahier des charges bien défini pour redonner vie à ce lieu, le transformer en habitation et en espace de travail… L’architecte Agnès Barokel a piloté cette restructuration complète : quatre chambres aux identités affirmées, un bel espace à vivre aménagé dans l’ancien chai, des pièces de réception et de dégustation… Elle a aussi dessiné tous les éléments de mobilier, et son rôle a été un accompagnement complet, jusqu’au choix des rideaux avec sa cliente ! Voir le film sur la chaîne Youtube

www.malka-barokel-architecte.fr

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© BIENSÜR architecture

© Céline Lescure Autumn studio

C’EST INNOVER !

BIEN SÛR, L’ARCHITECTURE

Pluridisciplinaire, l’atelier bordelais BIENSÜR réunit une architecte-graphiste, Elsa Miquel, et un architecte-urbaniste, Sylvain Juster. Ils comptent à leur actif plusieurs créations visuelles ainsi que des constructions ou rénovations d’habitations. À l’origine de cette maison contemporaine, un couple d’amis à eux désirait s’installer à la campagne. L’un des parents étant un professionnel de l’aménagement, le projet a grandi main dans la main avec les architectes. Le programme s’adapte au site, un terrain à forte pente qui a nécessité le recours à des micropieux (tubes forés avec du ciment injecté). Pour réduire la durée du chantier, le choix s’est porté sur une ossature métallique qui a permis de ménager de belles ouvertures. La maison est équipée de technologies innovantes (récupération des eaux de pluie sous vide, domotique…) et ses lignes épurées s’intègrent à la nature environnante. Voir le film sur la chaîne Youtube

www.biensuratelier.com


UN LOFT SUR

LES EAUX © Karim Lombion double six architecte

Ce couple bordelais cherchait à réaménager un lieu d’esprit industriel, proche du centre-ville. Découvrant par hasard une péniche à vendre aux Bassins à flot, ils se lancent dans l’aventure avec la complicité de l’architecte Élisabeth Manguin. Pour transformer l’embarcation en habitation, ils ont réalisé eux-mêmes une grande partie des travaux. Tout ce qui pouvait être conservé l’a été : hublots, planchers, mobilier d’origine… Et l’aménagement permet au couple de naviguer à sa guise ! La particularité de cet espace est d’être tout en longueur (25 m sur 5 m). Les intérieurs, auparavant séparés par l’escalier d’accès, sont désormais raccordés par un tunnel d’acier reliant séjour, bureau, chambres… Sur le pont, la terrasse aménagée permet aux heureux propriétaires de vivre à l’extérieur dès que la météo le permet ! Cette péniche habitation se visite dans le cadre des Journées À Vivre (voir sur www.journeesavivre.fr). Voir également le film sur la chaîne Youtube

MODERNE Double Six architecte tire son nom du jeu de dominos, comme autant de combinaisons possibles à partir d’une forme simple. Cette agence bordelaise, fondée par Karim Lombion, défend une conception de son métier « sobre, sincère et à l’écoute », pour des projets ayant du sens. Ici, une échoppe abandonnée depuis longtemps est rachetée par un couple. L’architecte propose une habitation principale doublée d’un duplex indépendant, pour un ensemble évolutif par la suite. Il établit un dialogue avec le patrimoine, coiffant la bâtisse de pierre d’une surélévation en métal au dessin contemporain. Côté cour, le patio est agrandi et entouré de façades boisées. L’intervention apporte lumière, espace et une élégante modernité aux touches colorées.

© Lucas Luke Photographies

ÉCHOPPE

www.elisabethmanguin.wordpress.com

Voir le film sur la chaîne Youtube

www.doublesixarchitecte.com

S H O W R O O M 189 rue Georges Bonnac 33000 Bordeaux Tél +33 (0)5 56 15 06 18 contact@creations-stbruno.fr

w w w.cre ationsstbruno.fr


BUILDING ARCHITECTURE DIALOGUE

© Agnès Clotis

LA MAISON

SUR LE PORT

© Gaëlle Hamalian-Testud

Voir le film sur la chaîne Youtube

www.digneauxarchitecte.com

MADEMOISELLE,

© Gaëlle Hamalian-Testud

Vivre au bord de l’eau, tout le monde en rêve ! Cette maison contemporaine située dans le petit port de La Teste, sur les rives du Bassin d’Arcachon, était à l’origine une cabane ostréicole. Lié à l’endroit par sa famille, l’architecte Bertrand Digneaux hérite de la parcelle et décide d’y construire son habitation. Juchée sur pilotis, elle évoque les cabanes tchanquées du Bassin et se préserve ainsi d’une éventuelle montée des eaux… S’adaptant au terrain étroit, Bertrand Digneaux agence les intérieurs en prenant de la hauteur, pour aller chercher la lumière et la redistribuer à travers un grand vide central. Entre cabane et bateau, le bois et les jeux de niveaux donnent un esprit chaleureux, agréable et contemplatif… Un air de vacances aux multiples ouvertures sur le paysage.

MUSIQUE DE CHAMBRE Son travail est souvent étonnant, patiemment élaboré. Les réalisations de Clément Miglierina, alias le studio elua®, (aujourd’hui épaulé par Jonathan Segondy) montrent la polyvalence de leur auteur. Logements, école, scénographie, design, le studio revendique « une liberté au service de la créativité », une façon très personnelle de raconter l’espace. Mademoiselle en est une belle illustration. Une maison des années 1930, une personnalité à révéler derrière le charme de l’ordinaire. L’architecte transforme la bâtisse pour y loger son atelier et son appartement. L’extérieur a gardé son aspect d’origine, pour mieux surprendre à l’intérieur. Au rez-de-chaussée, l’atelier aux lignes graphiques s’ouvre sur la rue. À l’étage, c’est un cocon aux ambiances délicieuses… Plus qu’une maison, une histoire d’amour avec l’architecture ! Cette habitation atelier se visite dans le cadre des Journées Portes Ouvertes des agences d’architectes.

© elua®

www.elua.eu

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MOONWALK LOCAL

Il existe autant de façons d’être architecte que d’habiter le monde ! Cette philosophie créative, le collectif Moonwalk local l’applique naturellement dans ses projets. Quatre garçons, une fille, travaillant ensemble depuis leurs études à l’école d’architecture de Bordeaux. Ils aiment explorer les matériaux, se nourrir des histoires d’un lieu, avoir une relation particulière à ses habitants… Parmi leurs expérimentations, La Cabane téléphonique est une petite extension réalisée avec des persiennes trouvées aux puces. Une fois agencées, celles-ci créent une pièce supplémentaire pour héberger des amis ou faire salon d’été. Autre réalisation, Le Meuble habité est au cœur de la rénovation d’une échoppe à Bègles. Le beau volume en contreplaqué de peuplier intègre toutes les fonctions d’usage et sépare les pièces de jour et les chambres. Autant d’astuces pour mieux vivre l’espace ! Pour les Journées Portes Ouvertes des agences d’architectes, Moonwalk local fête également l’anniversaire du lieu partagé où ils sont installés, la Chiffonne Rit, sur la rive droite de Bordeaux. Plusieurs animations sont prévues, dont une fanfare.

moonwalklocal.fr/collectif

CHAI NOUS !

L’architecture est une innovation permanente, répondant souvent à des demandes très particulières. Ce projet a pris corps dans le quartier des Chartrons, autrefois secteur du négoce viticole qui conserve de nombreux anciens chais. L’agence S+M (Sarthou et Michard architectes) invente avec ses clients, deux frères et leur sœur, un habitat partagé pour mutualiser les coûts de la construction. Derrière une même façade, trois appartements indépendants ont été conçus pour accueillir chacun une famille de quatre personnes. Tous sont dotés des mêmes qualités d’espace et de luminosité. Pour préserver l’enveloppe de pierre, des murs intérieurs ont été bâtis en CLT, un bois massif contrecollé de plus en plus utilisé. Sur les toits, les terrasses offrent un prolongement idéal pour se retrouver… Et discuter à ciel ouvert des nouvelles formes d’habiter la ville ! www.smarchitectes.com

© Atelier Philippe Caumes

© Agnès Clotis

LES EXPLORATIONS DE


D. R.

GASTRONOMIE

« Fi de la sole normande, fi de l’entrecôte au jus, puisque tous ces jours-ci j’eus la satisfaction grande d’être un végétarien ». (Paul Verlaine, Invectives). Les végétariens à Bordeaux se plaignent du peu de restaurants plus de 200 ans après l’invention du végétarisme. En voici quelques-uns parmi lesquels certains ouvrent même le soir.

SOUS LA TOQUE DERRIÈRE LE PIANO #97 Rest’O Slim a ouvert ce restaurant bio et végétalien de 18 places il y a deux ans avec sa compagne japonaise. À l’âge de 12 ans, il s’est aperçu que les protéines animales le rendaient malade. Adieu veau, vache, cochon, couvée… Cela ne l’a pas empêché de faire un brillant parcours de cuisinier, de boulanger et même de charcutier. Slim, de son côté et pour simplement se nourrir, travaille donc la question végétarienne depuis plus de 40 ans pour des raisons médicales. Rest’O est bluffant. À midi, on se trouve devant une assiette chromatiquement spectaculaire, digne d’un étoilé, pour 14,50 €. Slim sert parfois luimême et décrit tout par le menu. Si on ne veut pas manger froid, on est obligé de l’arrêter. Il n’est pas rare d’avoir une quinzaine de légumes dans la même assiette, sous forme de mousses, de crèmes, de lasagnes, de tartes, de fondants. Une extravagante accumulation de panais, de filaments de betteraves, de pois ou d’artichauts de Jérusalem (topinambours). Formules à 17, 19 et 20 € dans ce joli petit endroit qui ne correspond pas aux canons un chouïa puritains du végétarisme. Chaises en osier, livres empilés, Rest’O ressemble plutôt à un Bistr’O parisien. Slim est un fou de lecture et parle volontiers de Balzac tandis que le préjugé fait que l’on s’attend à des commentaires sur les œuvres complètes de Paulo Coelho ou sur Le Livre tibétain des morts. Puisqu’on en est aux préjugés et au Tibet, les bouddhistes ne sont pas toujours végétariens. Dans le nord de l’Inde, il n’est pas rare de voir des moines en robe safran se régaler de momos – ravioles au mouton frits ou à la vapeur – entre deux prières pour ne plus revenir ici-bas sous quelque forme que ce soit, fût-elle végétale. Au Rest’O, c’est madame qui fait

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les desserts, recommandables. Tarte à l’orange, mousse au citron, gâteau au chocolat. Un bel endroit, ouvert le vendredi et le samedi soir. Une réserve toutefois. L’accumulation de toutes ces bonnes choses a un revers : au bout d’un moment le cerveau peut fatiguer avec tous ces goûts sophistiqués. Avec le couscous par exemple, que Slim sert le mardi et sans merguez bien sûr, on ne sait plus trop ce que l’on mange à la fin. Le trop-plein d’informations gustatives peut mener à une forme peu agréable de satiété. La maison n’en mérite pas moins une visite. Prise d’assaut. Impératif de réserver. Rest’O 16, quai de Bacalan. Ouvert du mardi midi au vendredi midi de 12 h 15 à 14 h 30 et les vendredis et samedis soirs de 20 h 15 à 22 h. Réservations : 09 52 36 71 38.

Rise up ‘n’ Shine Ce restaurant caribéen est aussi ouvert le soir et c’est notable car les végétariens n’ont pas grand choix hors déjeuner à Bordeaux. Ici, on est dans le végétalisme rasta, spirituel donc. Stai maîtrise avec maestria et originalité la question de la substance molle, principal obstacle du végétalisme pour notre civilisation qui aime sentir quelque chose sous la dent. Il travaille ses plats à base de protéines végétales de manière à faire illusion. Il y a de la magie là-dedans. On a l’impression de manger de la chair à saucisse, de poulet, de mouton et même le noyau dur du viandarisme peut trouver son compte dans cette cuisine biblique (Génèse 1-29/30). Le riz est magnifique. Pour 12 €, on a une assiette de colombo (curry jaune) ou de macadam (curry rouge), du riz, des bananes plantain frites et une salade naturellement sucrée qui n’a de tropicale que le nom. Tout est frais et exquis et on entend de la bonne musique. Le restaurant est devant l’arrêt

Saint-Nicolas et n’a pas, vu de l’extérieur, un foudroyant pouvoir d’attraction. Mais il ne faut pas hésiter à pousser la porte quand même car il s’agit d’une des cuisines exotiques les plus goûteuses disponibles dans le quartier de la Victoire. La cuisine est épicée mais pas pimentée. Si on aime le piquant, on demande. Les rhums arrangés ont des noms explicites et bien peu bibliques : « cours maman papa arrive » pour les hommes et « déchire culotte » pour les dames. On est assis sur un siège de roi africain autour d’une table basse où les plantes vertes viennent vous chatouiller le nez, entouré de perroquets en raphia et de fausses fenêtres en bois tressé. Ce n’est pas l’endroit le plus confortable du monde mais Stai compense largement par son ouverture d’esprit, sa gentillesse et son talent de cuisinier. Rise up ‘n’ go. Rise up ‘n’ Shine 49, cours de l’Argonne. Ouvert du mardi au samedi de 12 h à 15 h et de 20 h à 23 h 30. Réservations : 06 11 12 11 35.

La Soupe aux cailloux Cette « cantine bio et végétarienne » ouverte depuis 3 ans a ses habitués. L’une d’elle, une Bordelaise d’un certain âge, se souvient de l’ancêtre des végétariens bordelais, Docteur Knock, rue de la Rousselle. Elle est devenue végétarienne pour des raisons gastronomiques. Elle n’aimait plus la viande. Philosophiques, médicales, spirituelles, économiques, les raisons de pratiquer le végétarisme sont nombreuses. Le dégoût ressenti par les méthodes industrielles d’élevage, par exemple… À la Soupe aux cailloux, un menu est proposé chaque jour. Fraîcheur garantie. Soupe de légumes ou tartinade de fenouil braisé en entrée, steak de pois chiches et purée en plat, cake à l’orange,

par Joël Raffier

moelleux au chocolat en dessert. Pour 13 ou 16 € le menu complet. Pas de quoi écrire une thèse, mais c’est bon et l’ambiance est agréable, très bistrot. Annie Lecomte n’est pas strictement végétarienne même si sa cuisine l’est. La tolérance, il y a donc aussi des restaurants végétariens pour ça… Elle a ouvert la Soupe aux cailloux plus pour proposer une alternative que pour imposer une rigidité de néoconvertie, « pour en finir avec les clichés de la salade et des graines et sur la rengaine qui veut qu’on ait faim à la fin d’un repas sans viande ». Sur les étagères, on trouve toute une littérature gastronomique. On apprend que les crudivoristes ne mangent que des aliments crus. Grand bien leur fasse. La Soupe aux cailloux 6, place du Maucaillou. Ouvert du lundi au samedi pour le déjeuner. Réservations : 05 56 78 07 74. La Cuisine de Johanna Johanna est végétarienne pour des raisons éthiques mais elle ne « milite pas pour que ses clients le deviennent ». Son père est agriculteur et, de temps en temps, à la ferme, un poulet ne lui donne pas la chair de poule. Elle sert ses salades appétissantes, chou-rave, lentilles, navets rôtis et riz, chou aux algues et coriandre, au poids (19 € le kg). Le bol de soupe est à 4,5 €. Compter 10 et 12 € sur place et 8 € à emporter. Elle a beaucoup voyagé et c’est en Irlande où il est difficile de se nourrir correctement qu’elle a découvert le service au poids. « Cela évite le gaspillage pour tout le monde » dit-elle. Incontestable. La Cuisine de Johanna

44, cours Anatole-France. Ouvert du lundi au vendredi de 12 h à 14 h 30. Réservations 05 56 35 81 03.


D. R.

IN VINO VERITAS

par Joël Raffier

Mais que signifient les étiquettes qui signalent les vins médaillés ? Réponse grâce à une participation au Concours des Grands Vins de France à Mâcon.

DERRIÈRE LA CHAUSSETTE Ce sont des étiquettes dorées, argentées ou bronzées collées sur le goulot des bouteilles que l’on trouve souvent dans les supermarchés. Elles disent médaille d’or, d’argent ou de bronze à tel ou tel concours et sont généralement garantes d’une qualité minimum. Parfois elles déçoivent. Le consommateur a tendance à penser qu’il y a une seule médaille d’or, une d’argent, une de bronze, comme aux Jeux Olympiques. Mais non. Cette année au Concours National des Grands Vins de France de Mâcon, on a décerné 955 médailles d’or, 720 médailles d’argent et 1 312 médailles de bronze ! Encombrement sur le podium… 2 080 dégustateurs volontaires sont venus de la France entière. Tout le monde peut participer sur dossier. 9 775 vins ont été testés dans le plus grand silence. Deux immenses salles sont dressées à cet effet dans un ordre impeccable. Sur la table pour 4 personnes, sont posées 18 bouteilles aveuglées par une chaussette en papier kraft, un crachoir pour chacun (un seau à vin), un petit verre à pied, un stylo, une feuille de classement et quelques serviettes. Chaque groupe a un chef de table, chargé d’ouvrir les bouteilles recouvertes d’une capsule en plastique. C’est très ritualisé, très sérieux, on n’avale pas bien sûr. Une dégustatrice suisse-allemande (pays invité) confirme le sérieux proverbial de sa région en me disant que chez eux celui qui avale est automatiquement déchu de sa qualité de juge. Cela débute à neuf heures du matin, il vaut mieux être en forme. Par chance, ma table déguste des blancs secs, des pouilly-fuissé et pouilly-loché.

Pour un débutant, c’est quand même plus agréable qu’un rouge quelques minutes après le petit-déjeuner. Car si les étiquettes sont cachées, on sait au moins les appellations, sans doute pour avoir des repères… Le dégustateur en chef est un vigneron du cru au teint rouge, il est tel que je pouvais imaginer un viticulteur bourguignon, bourru, sympathique, sérieux, concentré. À côté de moi, un retraité de Mâcon qui arbore ses décorations accrochées année après année sur la médaille offerte par le concours. Il n’a pas une tête à recracher. En face, un jeune type avec catogan, barbichette et tatouage semble sortir du Hellfest et c’est lui aussi un amateur chevronné. Ce sont des locaux qui se connaissent, détendus et très aimables avec le journaliste bordelais qui leur annonce participer à sa première dégustation. Ils ont même la gentillesse de se mettre d’accord sur un fait : les novices sont souvent plus pertinents que les spécialistes. C’est gentil mais je n’en crois rien. Nous goûterons 18 vins dont certains plusieurs fois. Je n’ai jamais autant recraché de ma vie en public. Par vagues de 6 bouteilles, nous avons noté la vue, le nez, la bouche et l’harmonie de vins qui, de l’avis de tous, n’étaient pas extraordinaires. Un seul était franchement suspect. Plat tout au moins. Cela a pris une heure et demie. Certains furent plus rapides, d’autres plus lents. Pour cette 62e édition, 30,6 % des vins ont été récompensés, ce qui n’est pas mal selon les spécialistes. En tête, le bordeaux avec 636 médailles, suivi des vins du Rhône (398) et des bourgognes (332). C’est sérieux le Concours des Grands Vins de France de Mâcon.


JEUNE PUBLIC

Une sélection d’activités pour les enfants

ATELIERS CAPC Atelier du mercredi : « Jouer avec le vide »

De 7 à 11 ans, de 14 h à 16 h 30. Inscription : 05 56 00 81 78/50

Jardin botanique « Le Vrai du Faux »

D. R.

Jeudi 9, lundi 13 et lundi 20 juin. À partir de 10 ans. Inscription : 05 56 52 18 77

Frac Aquitaine Atelier Rouges sur blanc Avec l’artiste Julie Massias

Pour les familles et les enfants 2-5 ans Samedi 11 juin de 15 h à 17 h Sur inscription. 3 € / personne

Le Frac Aquitaine accueille aussi les tout petits. Venez vous amuser en famille avec la peinture et la matière. Fabriquez vos pinceaux et participez à une expérience colorée et créative avec l’artiste Julie Massias. Qu’importe la couleur pourvu qu’on ait l’ivresse d’inverser, mélanger, expérimenter !

Dans la cadre de la mise en place du projet « Le Vrai du Faux », Laurent Cerciat & The Desk - art contemporain organisent des ateliers artistiques participatifs gratuits au jardin botanique. Les objectifs sont nombreux : aider à créer des plantes artificielles nécessaires à la réalisation finale du projet (moulages, prise d’empreintes, découpage, montage de formes...) ; découvrir des univers artistiques ; comprendre par l’action ; rencontrer et partager. Ce projet sera présenté cet été dans plusieurs jardins botaniques, sous forme de parcours ludiques, où le public sera invité à chercher les plantes artificielles dissimulées parmi les vraies. Le travail de Laurent Cerciat tente de questionner notre rapport à la nature, à travers une référence fréquente à l’histoire des jardins et des paysages. De libres déambulations dans l’espace urbain ou rural sont l’occasion de porter un regard nouveau sur l’environnement ordinaire, et une attention particulière à certains détails comme la flore spontanée. En résultent des séries photographiques, des sculptures ou des installations éphémères, évoquant le monde végétal ou le mettant en scène, et invitant le spectateur à expérimenter à son tour des cheminements physiques, visuels ou imaginaires.

D. R.

D. R.

Expérimenter les pratiques artistiques contemporaines et apprendre à développer une démarche créative en partageant son expérience avec d’autres enfants passionnés, c’est ce que propose l’Atelier du mercredi. Dans le cadre exceptionnel d’un atelier dédié à l’activité, au cœur des expositions et dans la proximité des œuvres de la collection, les enfants font évoluer leur projet personnel. Véronique Laban, plasticienne, guide leurs pas et favorise leur implication inventive. Chaque trimestre, une présentation de leur travail, ouverte aux familles et aux amis, les initie aux grands principes muséographiques : accrochage, installation, pédagogie. Pour cet atelier, les enfants élaboreront un mur graphique. Ils vont sculpter, évider, graver, transpercer des carreaux de terre d’argile meuble, afin d’obtenir un éventail d’effets graphiques. Les éléments seront ensuite assemblés pour créer une paroi ornementale permettant de voir sans être vu.

EXPOSITIONS

Fouiller Remonter le temps, enquêter sur des vestiges, c’est ce que nous propose l’archéologie pour retracer notre histoire. Mais qui mène l’enquête ? Où trouve-t-on les indices ? Qui sont les témoins à interroger ? Expert, passionné ou simple curieux… Choisissez votre mission et partez à la découverte de l’archéologie pour expérimenter des méthodes, tester des techniques, rencontrer des spécialistes. Pierres, poteries, os, sédiments… En laboratoire ou sur un terrain de fouille, tout devient indice pour faire parler le sol, comprendre l’environnement et reconstituer les modes de vie des hommes du passé. Les objectifs : découvrir l’archéologie de manière ludique, expérimenter une démarche scientifique, découvrir les questionnements et les métiers de l’archéologie, une approche citoyenne du patrimoine « Mission archéo, les enquêteurs du temps », jusqu’au dimanche 26

Goal ! En l’espace d’une centaine d’années, le football est devenu un phénomène planétaire dont les répercussions sportives, économiques, sociales et culturelles ne cessent de s’étendre. À l’occasion de l’Euro 2016, qui voit Bordeaux accueillir certaines rencontres dans son nouveau stade, le musée d’Aquitaine présente une exposition sur les enjeux de ce sport. Au-delà de sa pratique et de ses règles, c’est une réflexion plus large sur sa place et son rôle dans le monde d’aujourd’hui qui est abordée, dans une approche à la fois historique, anthropologique et sociologique, illustrée par des créations et des installations d’artistes. L’exposition présente différentes thématiques articulées autour de deux axes conducteurs : la dimension globale du football et la diversité de ses acteurs, l’ensemble constituant un véritable miroir de notre monde contemporain. Cette manifestation s’inscrit dans la volonté du musée d’Aquitaine de proposer au public de nouvelles thématiques d’expositions, ouvertes sur des questions contemporaines, comme le sport qui prend de plus en plus d’importance dans le monde d’aujourd’hui. Dans ce domaine, elle fait suite à l’exposition sur le rugby, présentée à l’occasion de la Coupe du monde 2007.  « Football : à la limite du hors jeu »,

juin, Cap Sciences.

www.cap-sciences.net

SPECTACLES Équilibre Orikaï tire son inspiration des aires de jeux pour enfants. Dans l’espace restreint du filet évoluent trois acrobates aériennes et une envie malicieuse de réinterpréter les premiers risques de l’enfance. Pêle-mêle de corps et de cordes. Plaisir du jeu à géométrie variable, Orikaï est principalement un spectacle de portés investissant trois espaces : le sol, l’air et l’entredeux. Il parle des rencontres fortuites, des découvertes de l’autre et de soi, de l’abandon et de la confiance. Il esquisse l’attrait de tout un chacun face aux réminiscences de l’enfance, l’envie simple, unique, spontanée, déraisonnée que l’on s’interdit parfois. Orikaï, compagnie Née d’un doute, mise en scène de Céline Garnavault

du mercredi 1er juin au dimanche 30 octobre, Musée d’Aquitaine.

www.musee-aquitaine-bordeaux.fr

Galerie des Beaux-Arts

Bacchanales modernes ! Visite commentée de l’exposition suivie d’un atelier : décor mythologique, création de masque, réalisation de frise antique, modelage...

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© Javier Rodriguez

Mercredi 1er et 29 juin, de 15 h à 17 h, (6-12 ans) Mercredi 22 juin, de 15 h à 17 h, (3-5 ans) Mercredi 15 mai, de 15 h à 17 h, cours de dessin. Inscription : 05 56 10 25 25

Samedi 4 juin, 15 h et 17 h 45 et dimanche 5 juin à 12 h 30 et 15 h 15, Parc Fongravey, Blanquefort.

www.lecarre-lescolonnes.fr

Mercredi 8 juin, 20 h (sous réserve), Parc des Angéliques.


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Blanquefort parcs de majolan et fongravey

1/5 JUIN 2016

5 jours d’effervescence artistique à l’air libre pour toute la famille

Chloé Moglia, les Batteurs de Pavés, Cie Bougrelas, Cie Soul City, Qualité Street, Joan Català, Cie Mauvais Coton, Typhus Bronx – Cie 7 ème Sol, La Petite Fabrique, Les Compagnons de Pierre Ménard, Tango Sumo, Vladimir Spoutnik, Cie Née d’un Doute, Didier Super dans Les Têtes de Vainqueurs … lecarre-lescolonnes.fr 05 56 95 49 00 Festival.EchappeeBelle


CONVERSATION

De ses débuts sous alias Notre Dame à son émancipation, Arnaud Fleurent-Didier occupe une place singulière dans le paysage de la chanson française. Trop érudit, pas assez populaire, chéri du milieu « indé », absent des radios périphériques, cet admirateur de Pierre Vassiliu mène une carrière tout en contraste, prenant son temps, oscillant entre artisanat et industrie du disque, inclassable malgré son classicisme revendiqué. Si en 2010 La Reproduction avait marqué les esprits, la critique et le public sur la foi du manifeste France Culture, le désormais quadragénaire n’en était pas à son coup d’essai, faisant œuvre depuis 1995. À l’affiche de la cinquième édition du festival Vie Sauvage, la perspective d’un entretien s’imposait naturellement pour faire le point après une si longue absence et le grand retour tant au cinéma que dans la musique. Que les contempteurs se rassurent, ni François Bayrou ni Dominique de Villepin ne sont invités dans la conversation… Propos recueillis par Marc A. Bertin

LOIN DU MÉTIER DE CHANTEUR Le cinéma, c’est une affaire de toujours : la pochette de La Reproduction en hommage à Ecce Bombo de Nanni Morretti, des vidéos très Nouvelle Vague, des chansons sans ambiguïté (Le Dragueur des salles obscures, Je vais au cinéma). Mais quel spectateur êtes-vous ? J’ai longtemps été avide, je me suis calmé depuis car je m’ennuie beaucoup au cinéma et que je n’ai plus tellement envie de voir n’importe quoi contrairement à la chanson. Je suis peu inspiré par la musique contrairement au cinéma, qui me procure de l’énergie, me donne des envies de couleur. Cette année, le Festival de Cannes m’a permis de montrer mon nouveau clip et c’est un vrai bonheur de quitter temporairement le monde de la musique, fort déprimé ces temps-ci. Dans le monde du cinéma, mon travail a été positivement accueilli ; j’ai le sentiment que cette industrie vit encore et y raccorder mon activité me fait le plus grand bien. Par ailleurs, Alain Della Negra et Kaori Kinoshita m’ont demandé de faire l’acteur en compagnie de Benoît Forgeard pour une espèce de documentaire sur Raël – un projet dans l’esprit de Jean Rouch –, hélas refusé à Cannes par l’ACID mais présenté à Locarno. Une rencontre heureuse et importante tout comme celle de Benjamin Nuel qui m’avait engagé pour Les Éclaireurs aux côtés d’Anne Steffens. Je devais composer la musique et me suis retrouvé dans la distribution. Sinon, je garde un merveilleux souvenir d’une édition du Festival de Cannes, où un John Ford était programmé chaque jour au Miramar. Cette année, faute de western, j’ai pu enfin voir sur grand écran To Live And Die in L.A. de William Friedkin.

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Et les bandes originales ? Je redeviens un simple musicien, je dois faire face à trop de contraintes et c’est un vrai métier. J’ai besoin d’un beau projet pour me motiver. Je n’accepte que pour une personne ou pour une rencontre. En 2012, je me suis cassé les dents sur un gros projet, aussi je privilégie désormais les petites productions. Que s’est-il passé depuis la publication de La Reproduction en 2010 ? Une question de tempo. Cette édition du Festival de Cannes n’a – dans ses meilleurs moments – parlé que de ça : savoir prendre le temps de vivre. Concrètement, j’ai tourné jusqu’en 2012 et ne me suis remis au travail qu’en 2013. La carrière de chanteur est à l’exact opposé de ma méthode, j’ai l’habitude depuis toujours de faire tout par moi-même, ce qui est gratifiant. Quand on me disait en réunion des trucs du genre : « Faut pas que Ruquier t’oublie ! », ce n’était pas très important. Je vois les choses ainsi. À sa sortie, cet album a très étonnamment divisé. Vous attendiez-vous à de telles réactions ? Pourquoi un tel malentendu ? Il existe plus d’un niveau de lecture et d’écoute. En outre, on ne maîtrise jamais l’exposition d’un projet. Envoyer un signal au public, c’est délicat, faut bien soigner la chose, or je ne faisais peut-être pas assez le chanteur. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas très grave, ça crée des discussions. De là à se retrouver étiqueté « chanteur de droite », on est loin de la musique, non ? Je garde un mauvais souvenir d’un entretien accordé à Rue 89 durant lequel le journaliste me posait tout un tas de questions sur Mai 68 en raison de ma chanson Mémé 68.

J’avais joué son jeu. Résultat, un montage vidéo à charge, très orienté, une succession de vignettes où je passais pour le con de droite imbu de lui-même. Les insultes ont été gratinées… Ce sont avant tout des chansons, tout le contraire de mon intention. C’était pas politisé, mais ça parlait de l’humeur du temps. Il faut, me semble-t-il, savoir en parler et ce sera le cas avec le prochain. Avec La Reproduction, je m’ouvre enfin aux autres. Notre Dame signifiait l’adieu à l’adolescence. Comment faire marcher un 4 pistes ? Comment devenir un artiste ? Un ego trip à mort ! La Reproduction, c’est différent. Personne ne souhaite voir un chanteur de 25 ans, il faut du temps pour se faire accepter. Un chanteur à mon âge peut encore travailler. Après, les chanteurs se « gainsbarrisent »… Mécanique du succès ou de l’âge, qui sait ? Le plus étonnant, c’est que mon public est à la fois mélomane et averti et moins concerné. En résumé, je reste un peu mal identifié. Néanmoins, après Notre Dame et 10 ans d’underground, c’était heureux. On m’écrit toujours au sujet de La Reproduction. Les enfants, devenus adolescents, des gens qui aimaient France Culture m’apprécient. La Reproduction, c’est un disque à partager, un album de famille. J’ai en mémoire des concerts devant des spectateurs venus en famille, c’était pas toujours rock’n’roll, mais on arrivait à les surprendre. Vous aviez l’habitude d’organiser vousmême vos tournées sans agent. C’était un prolongement de vos habitudes d’indépendant à l’époque du label French Touche ? Aujourd’hui, je travaille avec un tourneur, mais, dans le passé, j’ai eu des expériences pour le moins délicates, aussi, je préfère coproduire mes dates. Les bookers appartiennent à une industrie hyper-cadrée,


D. R.

super-normative et très peu réactive. J’ai beau être très lent, j’adore paradoxalement rebondir rapidement. Avec eux, les enjeux commerciaux sont colossaux. Je préfère garder mon indépendance et mon groupe, qui m’accorde encore sa confiance. En fait, j’oscille entre les deux. Il faut savoir garder un esprit « indé » comme avec les maisons de disques, qui ne sont pas toujours en résonance. Heureusement, à l’époque de La Reproduction, c’était le cas avec l’équipe de Columbia. Quels sont vos projets ? Enfin un nouvel album ? J’ai la sensation de traverser une humeur 70, je tente des choses, je sors des singles, plus dans la présentation que dans la production. C’est une phase. Idem pour la scène : avec qui et comment ? Il faut tester. Des mois d’aventure en somme et bientôt, il y aura un disque. La mise en forme prend autant de temps que l’enregistrement. J’y travaille car on m’a reproché de n’avoir vendu que 30 000 copies et non d’avoir décroché un disque d’or. Le tempo n’était pas bon, le groupe pas au point, j’étais seul dans cette galère. C’était pas une machine de guerre et les clips sont arrivés trop tard sur La Reproduction. Cette histoire de tempo, je m’en foutais, mais faut avouer que ça casse la dynamique. Comment vous situez-vous dans le métier : intégré, outsider ou encore à la marge ? Je pense que suis encore un « artiste en développement » selon le lexique des maisons de disques. Outsider, ça me convient. Je suis encore dans une dynamique. Les artistes de chansons françaises ont soi-disant changé. Moi, je suis abstrait. Un jour, peut-être, aurais-je la notoriété de Philippe Katerine, qui ne semble pas pollué par sa position de vedette et m’apparaît comme un cas assez remarquable en terme d’intégrité. Sinon, il n’y a plus vraiment d’underground car il n’y a plus de chansons : un projet en français, c’est tout de suite compliqué à travailler. Sur RTL2, on veut des refrains chantés en anglais. Parallèlement à ça, la scène indépendante est vivace comme jamais. J’aurais un label, je signerais sur-le-champ Judah Warsky. Du temps où j’en dirigeais un, on pouvait encore adresser un disque à TF1 et recevoir une réponse. Aujourd’hui, tout n’est que mollesse. Il n’y a donc plus que des outsiders. C’est la même chose dans le cinéma. Toutefois, j’apprécie cette posture, être au milieu, pas vraiment à ma place, proposer des disques difficiles à bosser. L’envie dans les maisons de disques est toujours là, malgré tout, c’est paradoxal dans ce climat frileux où tout le monde se fait virer ;

difficile de rester serein. Je suis admiratif de Pan European Recordings et j’apprécie Arthur Peschaud (fondateur et gérant, ndlr) que j’avais jadis croisé chez Record Makers du temps de Notre Dame. C’est une belle et bonne équipe. Comment s’en sortentils ? Mystère. Mais chapeau bas !

Qui sont les contemporains que vous appréciez ? À vrai dire, j’écoute beaucoup de choses. J’adore Pascal Bouaziz, son dernier projet Bruit Noir, c’est beau. Le Film de Katerine m’a réellement impressionné, il a l’air heureux. Je connais Aquaserge depuis longtemps car mon batteur jouait dans leur premier groupe, Hyperclean. C’est assez miraculeux, je me souviens de leur ferme studio à la campagne, La Mami. Et ce sont tous d’excellents musiciens, il faut le souligner. J’écoute régulièrement les sorties de La Souterraine. J’avoue que mon dernier gros coup de cœur, c’est Judah Warsky qui partage mon amour pour Pierre Vassiliu. Son frère, Guido Minisky, connu pour le duo Acid Arab, a d’ailleurs une compilation de raretés dans les tuyaux. Vous vous produisez dans le cadre du festival Vie Sauvage. Appréciez-vous l’exercice ? J’en ai fait plein, ayant été formé aux Francofolies en résidence. De toute façon, tourner l’été, c’est obligatoirement accepter des festivals. Dans le cas de Vie Sauvage, cela donne plutôt envie et l’équipe m’a bien vendu la chose. J’ai donc hâte d’y être et de voir notamment si Bon Voyage Organisation est aussi bon sur scène que sur disque. S’il y a une chose que l’on perçoit en filigrane dans votre carrière, c’est bien la méticulosité, le soin apporté à chaque détail d’un album. Ne seriezvous pas, en fin de compte, plus proche de l’artisan que du musicien ? Je n’ai aucune aisance avec la chose musicale, je m’y confronte quand se présente l’occasion. Sinon, je suis effectivement plus un artisan producteur, méticuleux car déléguant peu. J’admire par exemple Agnès Varda pour ça. Lors de la dernière édition du Festival International du Film de Rotterdam, j’ai fait la connaissance de la réalisatrice américaine Anna Biller, qui présentait The Love Witch, une sorte d’hommage au giallo, en technicolor, et en même temps manifeste féministe avec une musique façon Morricone. Elle a tout fait toute seule durant 7 ans et personne ne veut de son film qui me file une pêche incroyable. Le propos est moderne, la forme maîtrisée, c’est dément et ça me fascine comme les chansons de Judah Warsky. Voilà ce qui me motive pour faire l’artisan, être méticuleux, bien loin du métier de chanteur.

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« J’apprécie cette posture, être au milieu, pas vraiment à ma place, proposer des disques difficiles à bosser. »


PORTRAIT

© Valérye Mordelet

Du 8 au 12 juin, Bourg-surGironde tirera les bénéfices du festival Vie Sauvage. Louis Meneuvrier l’a voulu ainsi, mesurant vite l’importance de ne pas donner à cette enclave géographique un projet culturel hors sol. Jeunes agriculteurs, viticulteurs, commerçants, tous seront impliqués dans ce projet. En creux, on devine une lutte contre l’atonie culturelle des espaces ruraux dont, aux pieds des remparts, le jeune Louis fit l’expérience molle.

COMANCHE STATION SUR GIRONDE Un grand homme juvénile vient à votre rencontre à larges enjambées, les chaussures de chantier et la parka verte racontent qu’il est aussi, et peut-être avant tout, viticulteur. Lippe gourmande et sourcil interrogateur, Louis Meneuvrier donne tout à fait l’impression du timide contrarié. Nous ne sommes pas loin du jeune premier de western, sorte de Richard Rust1 chez Budd Boetticher2. Même si Bourgsur-Gironde ne ressemble que peu à Comanche Station3, le logo arborant un tipi rappelle incidemment cette possible filiation. Au cœur de Bourg, Louis vous reçoit dans la pièce vide de l’espace La Croix Davids, qui, à l’instigation de sa mère Annie, accueille l’exposition « Silure » de Laurent Valera. On est frappé d’emblée par la rigueur du discours, une cohérence absolue qui laisse vite sourdre une forme de militantisme, bien chevillé au corps de l’élégant échalas. Organisateur en chef, Louis Meneuvrier est aujourd’hui la figure éclairée de Vie Sauvage, bien que, rappellet-il, l’idée germa dans les têtes de trois amis d’enfance. Un projet de fin d’études, poursuivi pour de vrai, amène le club des trois à concevoir le festival en 2012. Bourg-sur-Gironde, c’est certain, doit à son fils prodigue l’existence de ce raout magique et rurbain. Vie Sauvage sera décliné en trois collections : été, automne, hiver. Louis s’anime clairement lorsqu’il évoque les idées maîtresses qui prévalurent à l’édification de l’événement : œuvrer pour la mixité culturelle, faire se rencontrer un territoire ultra-rural et un territoire urbain, promouvoir le Bourgeais et, insiste-t-il, « donner à l’événement une dimension touristique ». À tel point qu’il imagina un temps créer une agence de tourisme alternative. Vie Sauvage constitue avec Bourg-sur-Gironde et le vin, le triptyque recherché. Les subventions qui ne représentent que 8 % d’un budget global modeste donnent une importance capitale au ratio billetterie-qualité. « Notre objectif a toujours été de partir d’un lieu pour programmer » à l’instar du Champ de Foire à Saint-André-de-Cubzac, pour la collection automne, qui a servi d’écrin aux formations de la nouvelle scène rock française : Feu ! Chatterton ou Radio-Elvis. L’ami d’enfance, François-Xavier Levieux, est le maître d’œuvre

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inspiré de la programmation. À Bourg, la mise en spectacle est totale et soutenue par une centaine de bénévoles, sous le patronage bienveillant et comptable d’Annie Meneuvrier. « Cette année, l’édition sera plus épaisse » lâche Louis avec, en particulier, la diffusion sur grand écran d’un match de l’Euro, place de la Halle, et un tournoi de baby-foot, le tout habillé par un DJ. La programmation, bien qu’éclectique, doit répondre à un besoin de cohérence et d’adéquation entre le lieu et l’artiste ainsi le Café du Port, joliment rétro, accueillera les formations rock et la Cuve à Pétrole, lieu emblématique du festival, abritera l’installation sonore de Guillaume Batista. Louis revient plusieurs fois sur la nécessaire adhésion des Bourquais et collectivités du bourg au projet, en rappelant que le festival investit plus de quatorze sites du village, dont la piscine municipale, la salle de boxe, le club de voile, la maison des vins. Et le vignoble des Côtes de Bourg dans tout ça ? Il est parfaitement soluble dans Vie Sauvage, constitue l’épine dorsale du projet. Le syndicat, sous l’impulsion de Didier Gontier, son directeur, est un partenaire indéfectible et apparaît sur tous les supports de communication. Comment pouvait-il en être autrement, le Bourgeais est constitué d’espaces presque exclusivement viticoles avec un maillage dense de vignes, jusqu’aux portes de la citadelle. « En 2012, j’ai mis six mois sous l’impulsion de mes deux parents à mettre sur pied ce projet vin-culture ». Son analyse est simple : « Le vin ne se résume pas à une boisson hydro-alcoolique mais reste un objet culturel. » Bien que fils de viticulteurs et très précocement tombé dans la cuve, Louis passera par une difficile phase d’apprentissage, conciliant le métier de vigneron avec celui d’organisateur de festival. Dans un large sourire, il montre ses chaussures terreuses et rappelle qu’il remontera sur son tracteur dans l’aprèsmidi. La viticulture est envisagée comme une diversification culturelle et non pas comme une entreprise exclusivement agricole, pour preuve la future création de la Fondation Croix Davids,

destinée aux résidences d’artistes. Sous la férule de son père, Louis Meneuvrier conduit le volet viticole avec beaucoup d’ambition. Le Châteaux La Croix Davids, emblème familial, le Clos Marguerite et son dernier né Burgus sont nouvellement regroupés sous les Vignobles Louis Meneuvrier. Opiniâtre et convaincu, Louis comprend qu’il faut créer une marque pour tirer un produit vers le haut et ne surtout pas décliner des cuvées au risque de brouiller l’image du château. Chose faite désormais avec la création de Burgus sur un arpent de vigne enclavé dans le bourg, élevé dans un chai de vinification à trois pas de l’embarcadère. « Pour ce vin j’applique une méthode culturale singulière et qualitative ; pas de désherbage chimique, labourage des sols, traction animale, malo en barrique, pigeage. » Il souhaite s’installer dans une niche avec une approche à l’ancienne, mais parfaitement hors norme dans un milieu viticole bourquais ployant sous les figures tutélaires des anciens et loin des logiques des coopérateurs omniprésents. Les Meneuvrier ont investi ce terroir pour de bonnes raisons, Burgus et le festival Vie Sauvage s’inscrivent dans la continuité de l’œuvre entreprise par les ancêtres voilà plus de deux cents ans.  Et le vin du jeune homme dans tout ça ? Le Château La Croix Davids 2012 possède un nez discret de confiture où prédominent les arômes de griottes. La bouche soyeuse révèle des fruits rouges mûrs sur des tanins souples et fins. Il s’agit d’un beau représentant de la petite appellation tout comme, à n’en pas douter, les 24 autres viticulteurs visibles sur le festival à partir du 8 juin. Henry Clemens

« Le vin ne se résume pas à une boisson hydro-alcoolique mais reste un objet culturel »

Vie Sauvage,

du mercredi 8 au dimanche 12 juin, Bourg-sur-Gironde.

www.festivalviesauvage.fr

1. Richard Rust, acteur américain (1938-1994) 2. Budd Boetticher, réalisateur américain ( 1916-2001) 3. Comanche Station, western de Budd Boetticher (1960).


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JUNKPAGE#35 — JUIN 2016  

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