Journal de l'assurance — Édition d'avril 2020

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DOSSIER VOL AUTOMOBILE

Le problĂšme du port de MontrĂ©al
 et de l’exportation des vĂ©hicules Depuis un moment, le QuĂ©bec n’est plus la capitale du vol auto. L’Ontario lui a « volé » cette couronne. TEXTE : FRÉDÉRIQUE DE SIMONE | PHOTO : PXHERE

E 1,5 million C'est le nombre de conteneurs sont gérés au port de Montréal, soit plus de 13,8 millions de tonnes de marchandises chaque année.

n 2018, 23 952 vĂ©hicules ont Ă©tĂ© volĂ©s en Ontario, comparativement aux 12 455 volĂ©s au QuĂ©bec, dĂ©nombre Statistique Canada. Or, tous les vĂ©hicules exportĂ©s doivent transiter par le port de MontrĂ©al, celui de Halifax ou celui de Vancouver. À la mi-dĂ©cembre, 20 rĂ©sidents du QuĂ©bec ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s et accusĂ©s de 350 chefs d’accusation Ă  la suite de quelques centaines de vols de vĂ©hicules de luxe survenus dans le centre et l’est de l’Ontario. Les vĂ©hicules dissimulĂ©s dans des conteneurs devaient ĂȘtre envoyĂ©s au Ghana et au NigĂ©ria. « On s’est rendu compte cette annĂ©e que tous nos vĂ©hicules rĂ©cupĂ©rĂ©s Ă©taient ciblĂ©s pour l’exportation. On a positionnĂ© un Tacoma au port de MontrĂ©al et on a dĂ©couvert 15 autres vĂ©hicules de marques Toyota, Honda et Lexus qui devaient tous ĂȘtre exportĂ©s, On a vu une augmentation de vĂ©hicules volĂ©s envoyĂ©s au port de MontrĂ©al », confie Annie Roy, vice-prĂ©sidente secteur assurance et formatrice accrĂ©ditĂ©e en prĂ©vention antivol de Centrale Vin-Lock et Domino RepĂ©rage. » L’exportation des vĂ©hicules est prĂ©occupante, disent toutes les personnes interrogĂ©es par le Journal de

l’assurance Ă  ce sujet. « Malheureusement, dans le port de MontrĂ©al, l’intĂ©rĂȘt est beaucoup plus concentrĂ© sur ce qui rentre que sur ce qui sort. On a rĂ©cupĂ©rĂ© des vĂ©hicules gravĂ©s Sherlock en HaĂŻti et en Europe », relate Charles Rabbat, directeur des relations avec les assurances et les services de police, Ă  Marquage Antivol Sherlock. MalgrĂ© les mesures de sĂ©curitĂ© mises en place, les Ă©quipes dĂ©ployĂ©es, les contrĂŽles douaniers et les fouilles, l’exportation de vĂ©hicules reste un dĂ©lit lucratif et courant. « Le tout sert Ă  financer des activitĂ©s criminelles », ajoute Freddy Marcantonio, vice-prĂ©sident, dĂ©veloppement des affaires et distribution, de RepĂ©rage Tag. Plus de 1,5 million de conteneurs sont gĂ©rĂ©s au port de MontrĂ©al, soit plus de 13,8 millions de tonnes de marchandises chaque annĂ©e. Fouiller tous les conteneurs nĂ©cessiterait la mise en place d’effectifs supplĂ©mentaires et ferait ralentir le roulement du marchĂ© maritime. « On ne peut pas retarder les exportations, l’économie du QuĂ©bec et du Canada, pour fouiller chaque conteneur Ă  la piĂšce. C’est un peu comme trouver une aiguille dans une botte de foin », dit M. Rabbat, en se dĂ©solant de la situation. Depuis les Ă©vĂšnements du 11 septembre 2001, l’argent affectĂ© Ă  la sĂ©curitĂ© se concentre sur les choses qui entrent, et non sur les choses qui sortent, « parce que ce qui sort ne nous affecte pas, mais ce qui rentre, c’est diffĂ©rent. Il pourrait y avoir ci ou ça, une bombe ou de la drogue », ajoute sur ce point M. Marcantonio. Les stratagĂšmes de la pĂšgre : ingĂ©nieux ou trop simples pour ĂȘtre vrai? Une voiture coupĂ©e en deux n’est plus considĂ©rĂ©e comme un vĂ©hicule, mais comme des piĂšces, relate Charles Rabbat. « On peut couper un vĂ©hicule, mettre les morceaux dans des conteneurs diffĂ©rents, et la compagnie qui les exporte n’a qu’à marquer “piĂšces d’auto”. À destination, on ressoude les piĂšces, et le vĂ©hicule peut ĂȘtre vendu sur un marchĂ© secondaire. » Pour Freddy Marcantonio, cette façon de faire n’est plus trĂšs commune. Il estime que 80 % des vĂ©hicules qui sont volĂ©s pour l’exportation sont bel et bien entiers dans les conteneurs. Ils sont empilĂ©s les uns par-dessus les autres et cachĂ©s par des matelas ou des rĂ©frigĂ©rateurs, ou bien ils sont maquillĂ©s, dit-il. Les vĂ©hicules sont exportĂ©s lĂ©galement par des « entreprises Ă  numĂ©ros » qui maquillent les vĂ©hicules volĂ©s. « Les voleurs vont lui donner une nouvelle identitĂ©. C’est trĂšs commun », a-t-il ajoutĂ©.

46 JOURNAL DE L’ASSURANCE MARS-AVRIL 2020


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