DOSSIER VOL AUTOMOBILE
Le problĂšme du port de MontrĂ©al⊠et de lâexportation des vĂ©hicules Depuis un moment, le QuĂ©bec nâest plus la capitale du vol auto. LâOntario lui a «âvolé⻠cette couronne. TEXTEâ: FRĂDĂRIQUE DE SIMONE | PHOTOâ: PXHERE
E 1,5 million C'est le nombre de conteneurs sont gérés au port de Montréal, soit plus de 13,8 millions de tonnes de marchandises chaque année.
n 2018, 23 952 vĂ©hicules ont Ă©tĂ© volĂ©s en Ontario, comparativement aux 12 455 volĂ©s au QuĂ©bec, dĂ©nombre Statistique Canada. Or, tous les vĂ©hicules exportĂ©s doivent transiter par le port de MontrĂ©al, celui de Halifax ou celui de Vancouver. Ă la mi-dĂ©cembre, 20 rĂ©sidents du QuĂ©bec ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s et accusĂ©s de 350 chefs dâaccusation Ă la suite de quelques centaines de vols de vĂ©hicules de luxe survenus dans le centre et lâest de lâOntario. Les vĂ©hicules dissimulĂ©s dans des conteneurs devaient ĂȘtre envoyĂ©s au Ghana et au NigĂ©ria. «âOn sâest rendu compte cette annĂ©e que tous nos vĂ©hicules rĂ©cupĂ©rĂ©s Ă©taient ciblĂ©s pour lâexportation. On a positionnĂ© un Tacoma au port de MontrĂ©al et on a dĂ©couvert 15 autres vĂ©hicules de marques Toyota, Honda et Lexus qui devaient tous ĂȘtre exportĂ©s, On a vu une augmentation de vĂ©hicules volĂ©s envoyĂ©s au port de MontrĂ©alâ», confie Annie Roy, vice-prĂ©sidente secteur assurance et formatrice accrĂ©ditĂ©e en prĂ©vention antivol de Centrale Vin-Lock et Domino RepĂ©rage.â» Lâexportation des vĂ©hicules est prĂ©occupante, disent toutes les personnes interrogĂ©es par le Journal de
lâassurance Ă ce sujet. «âMalheureusement, dans le port de MontrĂ©al, lâintĂ©rĂȘt est beaucoup plus concentrĂ© sur ce qui rentre que sur ce qui sort. On a rĂ©cupĂ©rĂ© des vĂ©hicules gravĂ©s Sherlock en HaĂŻti et en Europeâ», relate Charles Rabbat, directeur des relations avec les assurances et les services de police, Ă Marquage Antivol Sherlock. MalgrĂ© les mesures de sĂ©curitĂ© mises en place, les Ă©quipes dĂ©ployĂ©es, les contrĂŽles douaniers et les fouilles, lâexportation de vĂ©hicules reste un dĂ©lit lucratif et courant. «âLe tout sert Ă financer des activitĂ©s criminellesâ», ajoute Freddy Marcantonio, vice-prĂ©sident, dĂ©veloppement des affaires et distribution, de RepĂ©rage Tag. Plus de 1,5 million de conteneurs sont gĂ©rĂ©s au port de MontrĂ©al, soit plus de 13,8 millions de tonnes de marchandises chaque annĂ©e. Fouiller tous les conteneurs nĂ©cessiterait la mise en place dâeffectifs supplĂ©mentaires et ferait ralentir le roulement du marchĂ© maritime. «âOn ne peut pas retarder les exportations, lâĂ©conomie du QuĂ©bec et du Canada, pour fouiller chaque conteneur Ă la piĂšce. Câest un peu comme trouver une aiguille dans une botte de foinâ», dit M. Rabbat, en se dĂ©solant de la situation. Depuis les Ă©vĂšnements du 11 septembre 2001, lâargent affectĂ© Ă la sĂ©curitĂ© se concentre sur les choses qui entrent, et non sur les choses qui sortent, «âparce que ce qui sort ne nous affecte pas, mais ce qui rentre, câest diffĂ©rent. Il pourrait y avoir ci ou ça, une bombe ou de la drogueâ», ajoute sur ce point M. Marcantonio. Les stratagĂšmes de la pĂšgreâ: ingĂ©nieux ou trop simples pour ĂȘtre vrai? Une voiture coupĂ©e en deux nâest plus considĂ©rĂ©e comme un vĂ©hicule, mais comme des piĂšces, relate Charles Rabbat. «âOn peut couper un vĂ©hicule, mettre les morceaux dans des conteneurs diffĂ©rents, et la compagnie qui les exporte nâa quâĂ marquer âpiĂšces dâautoâ. Ă destination, on ressoude les piĂšces, et le vĂ©hicule peut ĂȘtre vendu sur un marchĂ© secondaire.â» Pour Freddy Marcantonio, cette façon de faire nâest plus trĂšs commune. Il estime que 80â% des vĂ©hicules qui sont volĂ©s pour lâexportation sont bel et bien entiers dans les conteneurs. Ils sont empilĂ©s les uns par-dessus les autres et cachĂ©s par des matelas ou des rĂ©frigĂ©rateurs, ou bien ils sont maquillĂ©s, dit-il. Les vĂ©hicules sont exportĂ©s lĂ©galement par des «âentreprises Ă numĂ©rosâ» qui maquillent les vĂ©hicules volĂ©s. «âLes voleurs vont lui donner une nouvelle identitĂ©. Câest trĂšs communâ», a-t-il ajoutĂ©.
46 JOURNAL DE LâASSURANCE MARS-AVRIL 2020