56 Micro-espaces et nomadisme «On peut attendre longtemps les invitations à exposer dans les structures existantes!» s’exclame à son tour Louise Porte, diplômée des beaux-arts de Clermont-Ferrand (ESACM) qui vit et travaille entre Lyon et Paris. Elle aussi a décidé de créer les opportunités en initiant le projet XM2, qui profite du temps de vacance d’espaces (appartement, chantier, chambre en attente de colocataire) où le projet d’exposition se construit en fonction du contexte et des dimensions disponibles. «9M2» réalisé en collaboration avec la graphiste Clémence Rivalier, réunissait les propositions d’une dizaine d’artistes basé·e·s à Lyon derrière un sous-titre évocateur avec la formule «On va partir». Le dispositif suggérait à la fois la maquette d’un grand parc de sculptures, un tapis de jeu ou l’étal d’un vide grenier. Et là aussi, le nombre de visiteur·euse·s, quatrevingts en trois jours, a surpris les organisatrices qui avaient principalement communiqué via des affichettes collées dans les rues. Caroline Saves, diplômée de Lyon et désormais basée à Marseille, se souvient aussi de l’audience inattendue des expositions organisées dans la poche arrière de son pantalon, un «microespace d’art contemporain» baptisé Jeu de reins/Jeu de vilains qui a fermé en 2018. «La poche était à la fois un espace d’exposition mobile, nomade, mais qui pouvait permettre aux artistes de se réapproprier la ville et aussi des lieux d’expositions déjà existants, raconte-t-elle: les vernissages des expositions se faisaient toujours lors d’un autre vernissage dans un espace d’art contemporain et sans prévenir les hôtes […] Le plus drôle c’est que, pour certains vernissages, il y avait plus de personnes qui venaient parce qu’elles avaient vu ma communication (sur internet) que de visiteur·euse·s pour l’inauguration officielle dans laquelle nous nous étions incrusté·e·s». La preuve qu’il y a une véritable attente de la part des artistes et du public lyonnais, et ce depuis plusieurs années, alors que le paysage des artist-run spaces semble identique depuis la fin des années 1990, dont ne subsistent guère que la BF15 ou la Salle de bains, Néon ayant dû quitter son espace et cesser son activité. Parmi les nombreuses tentatives d’ouvrir des lieux ces dix dernières années on ne
Focus pourra que noter la persistance de Bikini (cf. La belle revue 2019, rubrique Focus) et le tout récent et prometteur Kommet. Mais tou·te·s les artistes interrogé·e·s pour cette enquête déplorent l’absence de structures intermédiaires et de maillage associatif, ce qui procure à tou·te·s un réel ennui dans une ville pourtant dotée d’une biennale, d’un important musée d’art contemporain et d’une importante école. L’incruste C’est aussi à une stratégie de parasitage que renvoie la vieille Ford Escort reconvertie par Laura Ben Haïba et Rémi De Chiara en artist-run space: Super F-97. Depuis mai dernier, elle est accueillie sur le parking de l’URDLA à Villeurbanne, avant d’être remorquée vers d’autres lieux d’art pour de prochaines expositions. On pourra souligner que ces projets qui manifestent leurs conditions économiques dans leur forme même – une voiture qui n’a pas passé le contrôle technique, une poche de jean raccommodée – ont fait le choix de l’auto-financement. Ce choix, toutes les micro-structures que nous avons rencontrées le reconsidèrent périodiquement, car il est toujours à mettre en regard du temps et de l’énergie nécessaires aux demandes de financements et des gages qu’il faut fournir pour obtenir des sommes souvent insignifiantes. Ainsi, l’édition gratuite Broadcast Poster, diffusée jusqu’à dix mille exemplaires dans et hors de la région – on pouvait même la trouver à la librairie Printed Matter à New York – entre 2007 et 2017, a-t-elle vu décroître au fil des ans les maigres subventions accordées par la Région Rhône-Alpes et la Ville de Lyon. Le projet initié par Guillaume Perez et Amandine Rué était lui aussi né du constat d’une trop faible représentation des artistes lié·e·s à l’actualité de l’art internationale autant que des artistes de la scène émergente. «On s’est vite rendu compte que nous n’aurions jamais les moyens d’ouvrir un lieu» raconte Guillaume Perez, c’est ainsi qu’est venue l’idée du poster recto-verso (un·e artiste confirmé·e/un·e artiste émergent·e), peu coûteux à produire et largement diffusable au-delà de la région et des frontières du champ de l’art. Aussi, l’affirmation d’une autonomie que l’on perçoit chez les jeunes qui étendent leur pratique artistique à une dimension curatoriale