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ACTES DU COLLOQUE « NOURRIR LES VILLES... ET DÉVELOPPER LES CAMPAGNES : POUR UNE ALIMENTATION DURABLE ET RESPONSABLE. »

NOURRIR LES VILLES... ET DÉVELOPPER LES CAMPAGNES

POUR UNE ALIMENTATION DURABLE ET RESPONSABLE ACTES DU COLLOQUE DE LA CHAIRE UNESCO EN ALIMENTATIONS DU MONDE ET DE LA VILLE DE PARIS

Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture

Chaire UNESCO en alimentations du monde France

Centre international d’études supérieures en sciences agronomiques


ISBN : 978-2-900792-20-9 Photos Pierre-Emmanuel Rastoin - per@rastoin.com


« NOURRIR LES VILLES... ET DÉVELOPPER LES CAMPAGNES : POUR UNE ALIMENTATION DURABLE ET RESPONSABLE » ACTES DU COLLOQUE organisé par la Chaire UNESCO et le réseau UNITWIN en Alimentations du monde, en collaboration avec la Ville de Paris, l’École du Breuil et le Palais de la Découverte Paris, 13 décembre 2012 Damien Conaré, Julie Debru, Jean-Louis Rastoin, Henri Rouillé d’Orfeuil Coordonnateurs Avec le soutien de :

www.chaireunesco-adm.com


TABLE DES MATIÈRES Préambule 7 Programme du colloque

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Ouverture et conférences introductives

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« Comment les villes se nourrissent-elles ? »

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« Vers de nouvelles formes d’intermédiation entre producteurs et consommateurs ? »

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« Nourrir les villes et droit à l’alimentation »

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« Peut-on nourrir durablement les villes au Nord et au Sud ? »

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« Agir pour une alimentation durable et responsable »

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Conclusion

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Fiches projets d’action en alimentation durable et responsable

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CERVIA 37 RESTAURATION COLLECTIVE BIO LOCALE 39 ECOSCIENCE PROVENCE 40 LE PANIER VANVÉEN 42 LA PLATE-FORME POUR LE COMMERCE ÉQUITABLE 44 EATING CITIES 49 IUFN 52


PRÉAMBULE Au milieu des années 2000, la population mondiale est devenue majoritairement urbaine. En 2050, plus des deux tiers des humains habiteront en ville. L’urbanisation se fera principalement par augmentation des grandes agglomérations : en 2025, vingt-sept cités compteront plus de 10 millions d’habitants, avec Tokyo en tête de liste (plus de 36 millions d’habitants) et Paris en 27e position (10 millions). Pour nourrir les villes avec des aliments de qualité (équilibrés, nutritifs, accessibles et partagés) et développer durablement les campagnes, il faudra inventer une nouvelle façon de produire, plus respectueuse des ressources naturelles, plus soucieuse de l’équité du travail et de sa rémunération, créatrice de sens et de valeurs, tant pour les producteurs et l’espace rural que pour les consommateurs. Dans cette évolution, les grandes métropoles du XXIe siècle constitueront un formidable laboratoire d’innovations. L’objectif du colloque « Nourrir les villes et développer les campagnes » était d’apporter des connaissances sur des expériences novatrices et de réfléchir en termes de prospective aux facteurs susceptibles de permettre les changements d’échelle nécessaires, tant au niveau de la gouvernance alimentaire des villes qu’à celui de l’organisation de filières adaptées aux critères d’un développement durable et responsable. Des scientifiques et des acteurs de terrain ont apporté leurs analyses et leurs convictions. Celles-ci ont été soumises aux participants au colloque, parties prenantes du système alimentaire au titre des pouvoirs publics, des professionnels des filières et des organisations de la société civile. Ce document rassemble les synthèses des différentes interventions au colloque ainsi que des fiches présentant des actions de terrain rédigées par des étudiants de l’Institut d’études politiques de Paris et de Montpellier SupAgro. Nous les remercions pour leur participation à l’organisation de la journée et leur contribution post-colloque. Pour celles et ceux qui souhaiteraient avoir accès aux diaporamas présentés par les conférenciers, il est possible de les retrouver en suivant le lien Internet : www.chaireunesco-adm.com/spip.php?rubrique22 Nous exprimons également notre gratitude aux trois fondations qui ont bien voulu nous apporter leur soutien : Agroplis Fondation, Fondation Daniel et Nina Carasso et Fondation Nicolas Hulot. Le comité d’organisation 7


PROGRAMME DU COLLOQUE « NOURRIR LES VILLES... ET DÉVELOPPER LES CAMPAGNES : POUR UNE ALIMENTATION DURABLE ET RESPONSABLE » PARIS, 13 DÉCEMBRE 2012 9h00 – OUVERTURE Damien Conaré, secrétaire général chaire UNESCO et réseau UNITWIN en alimentations du monde, Montpellier SupAgro ; Fabienne Giboudeaux, adjointe au Maire de Paris, chargée des espaces verts ; Guillaume Garot, Ministre délégué auprès du ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, chargé de l’Agroalimentaire.

9h15 – CONFÉRENCES INTRODUCTIVES Le système alimentaire : enjeux et perspectives dans un monde de plus en plus urbanisé, Jean-Louis Rastoin, directeur chaire UNESCO et réseau UNITWIN en alimentations du monde, Montpellier SupAgro ; Pourquoi devons-nous changer notre modèle de production et de consommation alimentaire ?, Dominique Chardon, agriculteur, président de Terroirs et Cultures.

10h00 – 1re TABLE RONDE : COMMENT LES VILLES SE NOURRISSENT-ELLES ? Une brève histoire de l’alimentation des villes en France, Marc de Ferrière le Vayer, directeur chaire UNESCO « Sauvegarde et valorisation des patrimoines culturels alimentaires », Université François Rabelais, Tours ; Les sources et les flux d’approvisionnement alimentaire de la ville de Paris au début du XXIe siècle, André Torre, INRA ; Dynamique des agricultures urbaines, Serge Bonnefoy, association Terres en Ville.

11h30 – 2e TABLE RONDE : VERS DE NOUVELLES FORMES D’INTERMÉDIATION ENTRE PRODUCTEURS ET CONSOMMATEURS ? Distribution : les circuits courts, vecteurs de proximités, Yuna Chiffoleau, INRA ; Restauration collective : un levier pour changer les comportements alimentaires et réorienter l’offre, Agathe Vassy, Fondation Nicolas Hulot ; Filières : quelle coordination pour mieux partager la valeur créée entre producteurs agricoles, industriels et distributeurs ?, Christian Amblard, Comité économique du pruneau d’Agen.

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14h30 – CONFÉRENCE INTRODUCTIVE : NOURRIR LES VILLES ET DROIT À L’ALIMENTATION Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation.

15h00 – 3e TABLE RONDE : PEUT-ON NOURRIR DURABLEMENT LES VILLES AU NORD ET AU SUD ? Les exigences d’un développement durable : quelles relations entre la ville et son hinterland nourricier ?, Gilles Billen, CNRS ; La reconquête des marchés urbains africains avec les produits de l’agriculture familiale locale, Jean-Baptiste Cavalier, responsable programme agriculture et alimentation, CFSI, Paris ; Le rôle des politiques publiques pour améliorer la sécurité alimentaire : l’exemple du programme brésilien des cantines scolaires, Renato Maluf, Université fédérale rurale de Rio de Janeiro.

16h30 – 4e TABLE RONDE : AGIR POUR UNE ALIMENTATION DURABLE ET RESPONSABLE Promouvoir le « caractère durable et responsable » de l’alimentation ; Introduction et animation : Henri Rouillé d’Orfeuil, Académie d’agriculture de France ; Appuyer les acteurs de l’alimentation durable et responsable : Guilhem Soutou, Fondation Daniel et Nina Carasso ; Favoriser le développement territorial : Jérome Kohn, Directeur du CERVIA, Julien Labriet, FNAB ; Favoriser le développement environnemental : Mikaël Schneider, EcoScience Provence ; Développer les relations producteurs-consommateurs : Julie Stoll, déléguée générale de la Plate-forme pour le commerce équitable ; Claire Martin-Gousset, ancienne administratrice du réseau AMAP de France, créatrice d’une AMAP à Vanves ; Les plateformes d’échange et d’information : Maurizio Mariani, Eating cities, Marketa Braine-Supkova, IUFN.

18h00 – SYNTHÈSE ET CONCLUSIONS Jean-Louis Rastoin, chaire UNESCO en Alimentations du monde.

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SYNTHÈSE

OUVERTURE ET CONFÉRENCES INTRODUCTIVES Damien Conaré, chaire UNESCO Alimentations du monde, Fabienne Giboudeaux, Ville de Paris, Guillaume Garot, ministre délégué auprès du ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, chargé de l’Agroalimentaire, Jean-Louis Rastoin, chaire UNESCO Alimentations du monde, Dominique Chardon, Terroirs & Cultures Rapporteurs : Yoann Durrieu, Etienne Le Bideau et Simon Ronceray Montpellier SupAgro

Après une introduction d’Universcience (regroupement du Palais de la découverte et de la Cité des sciences), dont le rôle est la diffusion et la vulgarisation des sciences ; Gabriel Picot, rappelle la participation de cet établissement public à la semaine du développement durable avec l’École du Breuil. Cette manifestation suivie par plus de six-cents scolaires et un millier de visiteurs a permis à ce public de découvrir les plantes du milieu urbain. Après avoir précisé le rôle de la Chaire UNESCO en alimentations du monde (formation, recherche et partage de connaissances sur l’alimentation durable), son secrétaire général, Damien Conaré a rappelé les enjeux qui motivaient ce colloque : contribuer au développement de systèmes alimentaires durables. Le lien avec le colloque du 1er février 2013, « Quelles ressources pour nourrir les villes ? » a aussi été souligné. De nombreuses questions se posent face à différents constats : la moitié de la population mondiale est urbaine depuis 2007 et les surfaces agricoles utiles diminuent en parallèle à une urbanisation galopante. Ces interrogations concernent diverses parties prenantes et soulèvent des problèmes de partage des espaces, de partage des richesses (lutte contre la précarité alimentaire), et de justice sociale. Ce sont aussi des questions d’ordre économiques qui concernent par exemple l’emploi. Il rappelle également l’existence d’actions innovantes comme par exemple le programme « Fome Zero/Bolsa Familia » au Brésil. En France également des actions sont conduites afin de sensibiliser le grand public sur les notions d’agriculture urbaine. C’est ainsi que Fabienne Giboudeaux, adjointe au Maire de Paris chargée des espaces verts, a évoqué les 11


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manifestations parisiennes qui ont eu lieu dans le cadre de l’année thématique sur l’agriculture urbaine clôturée par ce colloque. Les actions de sensibilisation « Savez-vous plantez les choux ? » à Bagatelle et « Carrot City » à Bercy ont connu une fréquentation importante. Elles ont été accompagnées de rencontres et débats sur les modes de consommation alimentaire des Franciliens. Cela a permis d’observer une nouvelle fois le développement des AMAP (et le besoin d’organisation de cette filière) et le rôle de celles-ci dans l’indication de l’origine des aliments. L’alimentation des cantines scolaires par des produits locaux est aujourd’hui recherchée. Et, si la ville a pu un moment tourner le dos aux campagnes, les besoins de contact avec la nature et avec les agriculteurs se rejoignent aujourd’hui et font renaître un grand espoir. La re-création du lien producteur-consommateur semble importante. L’approfondissement de ces thématiques est donc souhaité, les réflexions des acteurs et des scientifiques devant permettre d’aiguiller et d’améliorer les politiques publiques, en tenant compte des besoins alimentaires et culturels. Guillaume Garot a pu alors rappeler les idées portées actuellement par le gouvernement concernant ces domaines. Ministre délégué chargé de l’Agroalimentaire auprès du ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt il a souligné le fait que la question de savoir comment nourrir les villes est majeure. Afin d’y répondre, il faut essayer de penser ensemble le développement agricole et le développement des villes. Il faut ainsi sortir de la caricature « Paris et le désert français ». Au-delà de la France, c’est à l’échelle mondiale que le problème doit être abordé : avec une augmentation extraordinaire de la population mondiale (pour atteindre 9  milliards d’humains en 2050), les données de la FAO avancent un besoin d’augmenter de 70  % la production agricole pour nourrir le monde. Cela ayant lieu en parallèle à une forte croissance urbaine, le défi alimentaire constitue un des plus grands défis du siècle, de la même façon que la question de l’énergie, de l’accès à l’eau, de la protection de l’environnement. Enfin, c’est la question de la justice sociale qui est adressée aux responsables publiques : comment garantir l’accès de chaque être humain à une alimentation de qualité, saine et sûre ? L’importance du rôle de la Banque alimentaire dans la société française témoigne de la persistance d’inégalités. À d’autres échelles se posent les questions de stabilité et de paix : les récentes émeutes de la faim dans plusieurs pays en 2007-2008 sont là pour le rappeler. Afin de répondre à ces défis, la lutte contre la spéculation doit être engagée, avec une transparence sur l’état des stocks mondiaux et une meilleure articulation des politiques à l’échelle mondiale. Selon Guillaume Garot, la France ne doit pas s’inscrire dans une vision malthusienne, elle peut répondre à ces défis d’une nouvelle manière. C’est ainsi qu’elle se doit de produire en plus grande quantité dans une idée de co-développement, mais surtout de produire mieux, plus durablement. Cela 12


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s’inscrit dans l’exigence d’un nouveau modèle de production et de transformation. C’est aussi relever le défi de l’agroécologie. Pour se faire, des outils sont en train d’être mis au point afin d’accompagner la mutation de l’agriculture en tenant compte des contraintes. L’agroalimentaire doit pour sa part relever le défi vert : celui de la mutation écologique de l’économie. Ces efforts sont à accompagner d’une lutte contre le gaspillage alimentaire qui représente un tiers de la production mondiale. En France, 20 à 30 kg de nourriture consommables sont jetés par an et par personne. Ces actions peuvent être engagées, par exemple dans les cantines, en adaptant la taille des portions en fonction de l’appétit. Ces économies réalisées permettent d’avoir des produits de meilleure qualité et donc plus consommés, le gaspillage est ainsi doublement limité. La concertation avec la grande distribution (grâce à des rencontres régionales) a notamment pour but de développer la vente à l’unité, surtout pour les produits laitiers. Une action politique aura lieu dans ce sens en juin 2013 avec la diffusion du pacte national contre le gaspillage alimentaire. Elle s’inscrira dans la durée avec la loi d’avenir. Celle-ci comprendra un volet agricole et un volet agroalimentaire qui seront construits à partir de rencontres régionales pour identifier et surmonter les difficultés. D’après les premiers intervenants, le système alimentaire et son devenir sont des sujets de préoccupation dans un monde de plus en plus urbanisé. Jean-Louis Rastoin, directeur de la Chaire UNESCO AdM, a développé ces analyses. Il rappelle tout d’abord que le monde est traversé par une déferlante urbaine, avec l’augmentation rapide du nombre de grandes villes et de leur taille. Les défis urbains qui les accompagnent sont nombreux : concilier la croissance économique et la création d’équipements collectifs, lutter contre la précarité, les bidonvilles, l’insalubrité et la malnutrition. C’est aussi repenser les concentrations urbaines qui sont très énergivores, dégradent l’environnement, provoquent une production importante de polluants et déchets par le biais de la multiplication d’infrastructures lourdes et de l’industrie. Dans ce contexte on assiste à deux fractures, d’une part entre le rural et l’urbain, et d’autre part, entre l’agriculture et l’alimentation. Deux scénarios peuvent être imaginés pour 2050, l’un aboutissant à 100 millions de travailleurs agricoles (exode rural massif tel qu’on a pu le constater en Europe après 1945), l’autre à 600 millions (exode rural contenu). Cette différence nette entre les deux scénarios permet de pointer un énorme problème de chômage potentiel. Actuellement deux modèles coexistent, le modèle agro-industriel et le modèle traditionnel qui représentent respectivement 57 et 43 % de la population mondiale. Le modèle agro-industriel est caractérisé par des produits standardisés (marketing coûteux), hygiéniquement sûrs (mais contenant beaucoup de 13


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sucre, sel, graisses, etc.), et avec une consommation très importante de produits animaux. Ce modèle a permis de faire baisser les prix par le jeu des économies d’échelle, mais il faut rappeler la forte tendance au gaspillage qui en résulte, et la convergence mondiale des modèles de consommation alimentaire. La production est intensive (intrants chimiques, génétiques, mécaniques), spécialisée (neuf grandes cultures pour 85 % de la production), concentrée (firmes globales), mondialisée (filières longues et délocalisations) et surtout financiarisée (fonds d’investissement), ce qui génère une vision à court terme pour garantir une rentabilité immédiate pour les actionnaires. Le modèle traditionnel est très différent du premier : le maillon agriculture occupe une place importante dans l’alimentation, les filières sont quasiment inexistantes, les revenus faibles entrainent une pauvreté de masse et la productivité du capital et du travail est très basse. Ce modèle traditionnel se caractérise par une très grande diversité des modèles de production et de consommation, qui en font le porteur d’un important patrimoine culturel et de savoir-faire adaptés aux écosystèmes. La cohabitation de ces deux systèmes est caractérisée par un bilan très préoccupant. Il y a actuellement 3 milliards de personnes qui souffrent de malnutrition et les maladies non transmissibles liées à l’alimentaire expliquent directement ou indirectement 50  % de la mortalité mondiale ; les ressources naturelles se dégradent ou s’épuisent et le droit à l’alimentation n’est pas garanti de manière générale. L’évolution à long terme du système alimentaire mondial peut être imaginée selon deux scénarios. Le scénario 1 correspond à un prolongement des tendances observées depuis la révolution industrielle : le marché et la technoscience y occupent une place prépondérante. Il y a en conséquence une forte diminution du nombre d’exploitations agricoles, d’entreprises agroalimentaires et de commerce alimentaire, par concentration. Les produits alimentaires complémentés et médicalisés se développent, les fermes verticales apparaissent comme des solutions technico-économiques. Le pilotage se fait par le marché mondial et les firmes multinationales. Les externalités négatives de ce scénario peuvent être considérées comme insupportables et un scénario 2, dit de « rupture », est envisagé. Celui-ci maintient des exploitations agricoles en nombre suffisant, la dimension des exploitations augmente pour procurer aux agriculteurs des revenus de parité. Le tissu des micros et méso-usines agroalimentaires se consolide. Des produits alimentaires spécifiques sont développés, naturels et de haute qualité (labels, indications géographiques, etc.). Le pilotage se fait par des marchés régulés, des réseaux interconnectés et une économie sociale et solidaire. 14


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En prospective, c’est généralement un scénario intermédiaire qui se réalise, voyant une cohabitation plus ou moins harmonieuse des scénarios décrits. Compte tenu des changements perceptibles, on pourrait observer un déclin du modèle d’envergure qui se maintiendrait pour approvisionner les mégalopoles, une croissance du modèle de proximité pour les villes moyennes et donc la coexistence de plusieurs systèmes alimentaire pour un pays. Face à la tendance lourde de marginalisation de l’alimentation, les consommateurs accepteront-ils d’accorder davantage de temps à la préparation de leur repas et de budget à leur alimentation ? L’individualisme et le grignotage finiront-ils par s’imposer à la place des repas conviviaux  ? La société va-t-elle accepter l’évolution des technologies de production (OGM, nanotechnologies, etc.) ? Le changement du modèle alimentaire dominant nécessite des politiques d’accompagnement : repenser les valeurs en renforçant la part accordée à l’éthique, à la santé et à l’environnement. Ainsi, l’éducation autour de la mémoire alimentaire doit retrouver une place prépondérante. Des innovations technologiques, commerciales et organisationnelles sont possibles. Il faut notamment qualifier les produits, créer des normes de développement durable et une fiscalité incitative. Ceci ne pourra se faire sans la reconstruction des liens entre monde urbain et monde rural, entre Nord et Sud. Dominique Chardon, président de l’association Terroirs et Cultures et agriculteur bio, confirme pourquoi nous devons changer notre modèle de production et de consommation alimentaire. L’aspiration au progrès technique de ces dernières années a été considérable, et fut une véritable démarche vers la reconnaissance du métier d’agriculteur. La fierté d’appartenir à cette profession face aux défis à relever était un moteur de progrès. Il y a vingt-cinq ans cet agriculteur se posa la question du sens à donner à son métier. Alors qu’il était un des premiers à produire des asperges à Noël et qu’il avait une production de pêches en monoculture, il s’est dit que cela ne pouvait plus durer. Sa réflexion l’amena à arrêter les asperges et à s’engager vers l’agriculture biodynamique tout en cherchant à rester aussi productif. Cette « révolution silencieuse » et la mutation technique qui allait avec avaient pour but de répondre aux exigences de durabilité de la production agricole. Ce changement de pratique lui permit de modifier son rapport avec la terre, son « outil de travail » qui devient avant tout un lieu de production qu’il faut respecter et améliorer. Des idées et des valeurs, accompagnées du retour au bon sens paysan, l’amènent ainsi à ne plus mettre tous ses œufs dans le même panier. Il possède actuellement 40 hectares de vignes, d’oliviers et fruitiers dans une exploitation adaptée aux terroirs sur lesquels se trouvent ses parcelles. Dans la production des fruits, légumes et du vin, les marchés ne sont pas sécurisés, garantis. Sur une exploitation, afin d’éviter les déboires de production il faut s’adapter en reconnaissant l’importance des diversités biologiques, et connaître les terres et les microclimats qui influencent 15


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les productions. Au cœur de cette territorialisation de l’exploitation agricole, la redécouverte de l’équilibre entre les différentes espèces dans le paysage est capitale. C’est ainsi qu’émerge la notion de « produits du terroir » à laquelle se rapporte aussi la volonté esthétique de produire beau, bon et sain. Cet engagement pour l’agriculture biologique s’accompagne d’une volonté de respecter la santé des hommes, face aux dérives considérables sur le plan environnemental du système conventionnel. De plus, un engagement au niveau de la dimension sociale a été pratiqué. Ce modèle, plus territorialisé, a permis à des saisonniers de devenir des permanents, avec un plus grand respect à l’égard des salariés et de leurs compétences. L’intégration des dimensions sociales et solidaires s’est concrétisée par la création d’une coopérative et la mise en place en parallèle d’un réseau de jeunes désireux de s’adapter à la demande en modifiant leurs productions et en y développant plus de valeurs ajoutées. Le développement territorialisé peut être vu comme une alternative au développement classique, une possibilité qui pourrait même s’appliquer dans les secteurs défavorisés. Cette alternative s’appuie sur la diversité biologique et culturelle des régions. Des terroirs témoins ont été développés, essentiellement dans des pays du Sud, associés à une communauté humaine avec son histoire, ses savoir-faire et ses connaissances. Face aux difficultés liées à la période de soudure et la pauvreté, l’agroécologie peut constituer une réponse. Le travail sur sa terre, avec des productions alimentaires vivrières, augmente fierté et reconnaissance pour les paysans. C’est ainsi que réhabiliter les produits du terroir peut permettre à des hommes et à des femmes de retrouver le lien au sol et à l’histoire. Il y a autour du concept de terroir tout un champ d’activités qui doit être conduit par des équipes pluridisciplinaires composées de chercheurs, agronomes, cuisiniers, etc. Il faut montrer aux paysans qu’il leur est possible de nourrir leur famille et la population urbaine.

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SYNTHÈSE

« COMMENT LES VILLES SE NOURRISSENT-ELLES ? » Marc de Ferrière le Vayer, Université François Rabelais, Tours, André Torre, INRA, Serge Bonnefoy, Terres en ville Rapporteurs : Yoann Durrieu, Etienne Le Bideau et Simon Ronceray Montpellier SupAgro

Une ville est une agglomération d’un certain nombre d’habitants qui ont des activités diverses et dont certaines ne sont pas liées à l’agriculture. Quel système permet à l’alimentation d’arriver jusque dans la ville ? Pour obtenir une réponse complète, il paraît important de commencer par un rappel historique de l’approvisionnement alimentaire. Marc de Ferrière, directeur de la chaire UNESCO « Sauvegarde et valorisation des patrimoines culturels alimentaires », rappelle qu’il y eut très tôt, déjà en Gaule, l’obligation d’approvisionner des villes qui comptaient plusieurs milliers d’habitants, donc de mettre en place des systèmes de conservation, de distribution et surtout de stockage. L’histoire de France peut être contée comme une succession d’émeutes de la faim, comme la Révolution française qui a démarré à la suite de problèmes de récoltes et de gestion des denrées alimentaires. Il faut donc un approvisionnement durable en produits alimentaires de base. Parallèlement, une demande spécifique émerge. Quand le consommateur a eu sa ration minimale en produits amylacés, il demande autre chose. Un deuxième cycle d’approvisionnement doit alors être assuré pour des produits diversifiés, plus haut de gamme, d’où la création de la ceinture maraîchère autour de Paris (ex. : pêches de Montreuil). Face à cette demande du consommateur, l’agriculture s’adapte. Dans un premier temps, s’établit une agriculture de proximité, car les gens n’ont pas le choix (aucun lien avec le développement durable). Dès lors que des alternatives apparaissent, un changement a lieu. Avec l’arrivée du train, la ceinture fruitière et légumière disparaît, car les livraisons de produits plus lointains s’effectuent dans de bonnes conditions. Les compagnies ferroviaires font basculer l’agriculture : elles organisent des colloques ou créent des écoles pour inciter les agriculteurs à changer de production et pouvoir les vendre à Paris (ex. : les pommes de terres primeurs). 17


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Cela profite aux compagnies qui remplissent ainsi leurs wagons et aux agriculteurs qui vendent des produits à haute valeur ajoutée. Les régions d’élevage vont pouvoir développer leurs activités, comme la Sologne en pisciculture via la mise au point de wagons aquariums, ou le transport de légumes depuis la Bretagne. Les produits sont frais et variés, une vraie diversité alimentaire est proposée, dans un contexte français d’urbanisation lente. Il existe alors une double logique : assurer le ravitaillement de base et le ravitaillement plus diversifié. Le système diversifié permet de limiter les stocks et donc la spéculation par un apport régulier de denrées. Par contre, en cas de mauvaise récolte pour le système de base, la spéculation commence, et peut à l’extrême se traduire par une famine. Les logiques s’opposent et c’est là le rôle des politiques : empêcher spéculations et distorsions via un lissage du ravitaillement, quitte à intervenir brutalement sur le marché. Plus tard seulement se poseront les questions de qualité. Il y a cent ans, on mangeait beaucoup moins bien et demeuraient des problèmes de sécurité alimentaire. La trop forte teneur en sel dans les aliments consommés (seul moyen de conservation) est une des principales causes de mortalité jusqu’au XIXe siècle. Le taux de mortalité lié à l’alimentation était plus élevé, mais pour des raisons différentes. Il faut aujourd’hui penser à la façon de re-réfléchir les approvisionnements urbains, en exploitant au mieux par exemple les circuits courts. C’est en regardant les blocages du passé qu’il est possible d’éviter la reproduction des erreurs. C’est là une des utilités de l’histoire. Mais où en est la situation parisienne aujourd’hui ? Quelles sont les sources, les flux et les limites de l’alimentation de la métropole ? André Torre, économiste, rappelle que l’Île-de-France est la première région industrielle de France. Avec 12 millions d’habitants, elle représente 19 % de la population nationale pour seulement 2,2 % du territoire, 50 % de sa surface est dédiée à l’agriculture. À cause d’une artificialisation très forte et en croissance, réalisée avant tout aux dépends des espaces cultivés ou en herbe, la surface agricole utile de l’Ile-de-France a diminué de 2,4  % entre 2000 et 2010. Ce problème touche particulièrement la région, caractérisée par une concentration d’administrations et d’institutions, avec une croissance démographique forte. Bien que l’Île-de-France soit une grande région agricole et alimentaire,  principal centre français de consommation alimentaire, le poids économique de l’alimentation (10  % du PIB régional) demeure plus faible que pour le reste de la France. La région importe davantage qu’elle n’exporte. On peut penser à une sous-exploitation du potentiel de production locale : le maraichage, l’arboriculture et l’horticulture représentent seulement 1 % de la SAU mais 15 % du produit brut standard, et le bio reste loin des objectifs fixés par le Grenelle de l’environnement. La grande distribution est en tête 18


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des circuits de distribution, suivi de 700 marchés en plein air. Les circuits courts sont utilisés par 15 % des exploitations pour la vente de leur production. Malgré ce potentiel agricole sous-exploité et cette production assez peu variée, la proximité du marché d’intérêt national de Rungis profite aux producteurs locaux. Il faut donc aujourd’hui développer le potentiel régional. La production alimentaire d’Île-de-France ne peut suffire à nourrir tous les Franciliens, ni en quantité ni en diversité des produits. La relocalisation du système à proximité de Paris offre de multiples avantages : traçabilité des produits, diversification des paysages, multifonctionnalité du territoire, savoir-faire, variétés locales et emplois locaux. Un des blocages réside dans la diminution de la part des sols agricoles en France due à leur utilisation pour les espaces artificialisés. Cette répartition des sols provoque des conflits d’usage du foncier agricole. La lutte a lieu d’un côté contre l’extension de la ville et la disparition du foncier agricole (49 % du contentieux), de l’autre contre la protection des terres agricoles (34 % du contentieux), idée parfois défendue par des agriculteurs qui veulent pouvoir vendre leurs terres en terrains constructibles. L’espace périurbain est caractérisé par l’interpénétration des dimensions rurales et urbaines, et le soutien ambigu à la préservation des terres agricole, surtout pour préserver les paysages et l’environnement. Avec la montée de ce modèle, en Île-de-France comme ailleurs, l’essor d’une identité territoriale originale s’oppose au modèle de densification des villes. Qu’en est-il alors des dynamiques des agricultures urbaines et périurbaines ? Membre du réseau des agriculteurs français locaux, Serge Bonnefoy lève l’ambiguïté sur les termes. Distinguer l’agriculture urbaine et périurbaine est possible, en ce point que l’une (urbaine) est spécialisée et l’autre est à tendance surtout céréalière en France. Mais il est aujourd’hui encore difficile d’établir des liens entre le code de l’urbanisme et le code rural, il en va de même pour les liens entre État et collectivités. Les gouvernances entre ces collectivités, les professions et les sociétés civiles font partie des enjeux forts du périurbain, au même titre que les besoins de territorialisation de la politique agricole et la transition des villes. Aussi, l’agriculture doit être reconnue comme droit commun. Il existe différents grands types de politiques agricoles périurbaines basées sur différents axes tels que le foncier, les filières territorialisées, la campagne urbaine. Il existe six principaux domaines d’action, à savoir : ›› les relations agriculteurs/citadins ; ›› l’agri-environnement ; ›› la mise en valeur des espaces ; ›› l’organisation du territoire ; ›› le développement des circuits de proximité ; ›› l’économie agricole et forestière. 19


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Dans ce contexte, la coopération entre les différents acteurs, avec pour arène commune l’enjeu alimentaire, est nécessaire : ce nouvel ensemble est appelé gouvernance alimentaire. Les systèmes alimentaires territoriaux requièrent la mise en place de relations efficaces entre production agricole, santé, accès social et culture. Or, trop souvent, les différents acteurs (communes, intercommunalités, associations, monde agricole, acteurs privés) communiquent très mal entre eux. Leur mode d’action se doit d’être cadré par l’Union européenne et l’État, et le principe de gouvernance alimentaire doit s’y inclure. Il est déjà présent dans certaines actions plus ou moins innovantes comme l’engagement de certains acteurs en faveur d’un approvisionnement local de la restauration collective, du food planning, de la relocalisation des productions pour l’alimentation des villes et des nouvelles formes agraires de la ville en transition. Des plans d’approvisionnement et de consommation locale voient le jour avec la mise en place de politiques alimentaires (Rururbal à Grenoble).

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SYNTHÈSE

« VERS DE NOUVELLES FORMES D’INTERMÉDIATION ENTRE PRODUCTEURS ET CONSOMMATEURS ? » Yuna Chiffoleau, Institut national de la recherche agronomique, Agathe Vassy, Fondation Nicolas Hulot, Christian Amblard, Comité économique du pruneau d’Agen Rapporteurs : Yoann Durrieu, Etienne Le Bideau et Simon Ronceray Montpellier SupAgro

Les circuits courts sont de plus en plus présents dans le système alimentaire français. Ils sont une forme de lien entre les producteurs et les consommateurs qui partagent les mêmes valeurs comme la qualité du produit issue d’une agriculture de proximité. Cependant, la médiatisation faite autour des circuits courts et leur variabilité propre mènent à l’exclusion de certaines classes socioéconomiques. L’image de certains circuits courts ne convient pas aux valeurs et envies de tous les consommateurs. Les travaux de Yuna Chiffoleau, sociologue à l’INRA, l’ont amenée à se poser les questions suivantes : les circuits courts sont ils des vecteurs de proximité ? Sont-ils de bons outils de développement durable ? Les circuits courts collectifs peuvent permettre d’intégrer, à travers le partage de techniques et de compétences, des profils de producteurs auparavant marginalisés. Ils constituent ainsi la base d’une agriculture durable. Des alliances entre producteurs et acteurs économiques sont un atout pour le maintien de petites structures locales. Par exemple, les élevages de races locales peuvent être valorisés par des abattoirs locaux. Cela permet aux petits ateliers de transformation de rester présents sur le marché malgré le monopole de certains agro-industriels, y compris pour valoriser des produits de consommation courante « mais d’ici » et pas seulement des produits de type AOP. Il existe cependant des points de vigilance tels que la tension sur la valeur ajoutée économique des produits vendus en circuits courts, la concurrence entre «  vrais  » et «  faux  » circuits courts, et des difficultés liées à la perte de savoir-faire. De plus, il n’y a pas de 21


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notion de qualité dans le concept de circuit court, ce qui pose problème car de nombreux consommateurs associent les circuits courts au bio. Il y a un manque de législation à ce sujet du fait d’un désaccord entre les acteurs concernés. Il faut aussi noter l’implication des collectivités territoriales dans la création de circuits de proximité au niveau local par la mise en place de plates-formes pour préserver l’emploi, l’environnement et la qualité des produits. Toutefois, certaines reproduisent le fonctionnement des circuits longs alors que la mise en place d’une « gouvernance alimentaire territoriale  » invite à la gestion du lien agriculturealimentation par tous les acteurs. Ce schéma coopératif permet à la fois de favoriser la proximité sociale et le partage de la décision et du contrôle au sein des circuits courts et de structurer la complémentarité avec les filières longues. La durabilité d’une filière courte n’est pas la même suivant le territoire où elle se met en place. Il faut nuancer les effets obtenus qui ne sont pas toujours bénéfiques à tous les niveaux de la filière, ni pour tous les acteurs. Ainsi de nouvelles actions sont menées pour mieux valoriser et intégrer les filières courtes dans le système alimentaire : en Languedoc-Roussillon un essai est en cours pour les marchés de plein vent. Cet essai consiste à étiqueter les produits avec différentes couleurs selon qu’ils proviennent du producteur-exposant, d’un autre producteur de la région, ou de filières longues. Le but est d’informer clairement le consommateur sur la provenance des produits proposés sur les marchés pour l’aider à faire des choix. La restauration collective représente un débouché intéressant pour les filières courtes. La Fondation Nicolas Hulot œuvre pour le changement des comportements alimentaires et la réorientation des offres de production. Pour aboutir à une restauration collective responsable, la Fondation Nicolas Hulot a deux objectifs présentés par Agathe Vassy, représentante de la Fondation. Le premier vise à favoriser la mise en place de nouveaux systèmes agricoles intégrés aux territoires en répondant aux enjeux environnementaux, sociaux, économiques et culturels. Le second développe l’aspect de relocalisation de la production et de la distribution au sein d’un territoire privilégiant la consommation de produits locaux de qualité. La restauration collective a plusieurs atouts comme levier de changement des comportements alimentaires : elle touche un public nombreux et divers qui peut être sensibilisé au goût de l’aliment et à sa qualité environnementale. Elle permet le regroupement de nombreux acteurs autour d’une démarche de progrès et de changement à l’interface entre alimentation et agriculture sur un territoire. Ces dynamiques sont déjà à l’œuvre depuis le Grenelle de l’environnement de 2007 qui a mené à des engagements en termes d’alimentation responsable. Proposer 20 % de produits bio ou à faibles impacts environnementaux dans les restaurants collectifs de l’État d’ici 2012 en est un. Le plan national d’alimentation soutenant les circuits courts, ainsi que les plans régionaux de 22


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l’alimentation sont d’autres impulsions intéressantes. Pourtant, les porteurs de projets sur le terrain rencontrent un certain nombre de blocages. Certains projets peinent à aboutir et aucune procédure de suivi n’a été mise en place concernant l’introduction des produits à faibles impacts environnementaux. Les résultats ont besoin d’être chiffré et comparé aux objectifs initiaux. Plus concrètement, la Fondation Nicolas Hulot a proposé en 2011 en partenariat avec le CCC-France des « journées régionales de la restauration collective responsable  » qui regroupèrent producteurs, transformateurs, distributeurs, acheteurs, cuisiniers, élus, convives, associations et structures d’accompagnement. Ces rencontres ont permis d’instaurer un dialogue entre les acteurs et de lancer des dynamiques collectives de mise en place d’approvisionnements responsables. Pour cela, la Fondation a utilisé un format de rencontre innovant : le World Café, grâce auquel les différents acteurs ont réfléchi ensemble et proposé des solutions concrètes, le tout dans une ambiance conviviale et ludique. Les synthèses régionales et nationales de ces rencontres ont permis de tirer un bilan national et de porter plusieurs centaines de propositions partagées auprès des pouvoirs publics. Un site Internet regroupe toutes les informations et idées issues de ces débats participant au travail de mutualisation et d’échange. Les circuits courts ont souvent une image de qualité pour le consommateur. Cependant, seuls les labels de qualité, tels que les IGP, sont garants d’une qualité supérieure du produit. Selon Christian Amblard, secrétaire général du syndicat du pruneau d’Agen, la réglementation internationale est en retard au niveau des signes de qualité. En tant que spécialiste de la filière pruneau en France, il travaille avec le réseau mondial OriGIn qui lutte contre la banalisation des produits alimentaires par le maintien et la reconnaissance des signes de qualité. Ce réseau rassemble 350 groupes de producteurs dans quarante pays. Le pruneau est un produit de diversification qui est très sensible aux aléas climatiques. Il se cultive dans le sud-ouest de la France sur une zone territoriale restreinte ce qui a mené à la création du label qualité « pruneau d’Agen ». La filière s’organise autour de producteurs et de transformateurs organisés pour la plupart en coopératives, le tout lié par l’interprofession chargé de réaliser des actions d’intérêt commun : recherche et expérimentation technique, communication nutritionnelle et promotion du produit. La France représente 15  % de la production mondiale et n’exporte que 30  % de sa production à l’inverse du Chili qui en exporte la quasi-totalité. Les nouveaux arrivants sur le marché profitent du flou juridique pour s’approprier l’image de qualité du pruneau d’Agen tout en ayant des coûts de production trois à cinq fois inférieurs. C’est pourquoi le syndicat du pruneau d’Agen se bat pour conserver ce label spécifique au territoire et ainsi protéger la filière et les emplois qui en dépendent. Le label devient un outil de protection pour l’économie d’une région mais aussi un repère simple pour les consommateurs. 23


SYNTHÈSE

« NOURRIR LES VILLES ET DROIT À L’ALIMENTATION » Olivier De Schutter, Rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation Rapporteurs : Marie Verrot, Céline Juteau, Camille Demange, Pauline Charazac et Anne Colombari Projet collectif « Nourrir les villes, développer les campagnes » Sciences-Po Paris

Depuis quelques décennies, les gouvernements ont focalisé leur attention sur les cultures d’exportation, ont favorisé les cultures intensives destinées à produire des volumes colossaux et ont sous-estimé l’importance de l’agriculture familiale. Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, nous explique qu’il est aujourd’hui primordial de reconstituer des systèmes agroalimentaires locaux. Cinq problèmes majeurs justifient une transition vers une réinvention ou une restructuration des systèmes agroalimentaires. Tout d’abord, les pays les moins avancés ont créé des dépendances de plus en plus fortes à l’égard des marchés pour s’alimenter, multipliant leur facture alimentaire par cinq ou six entre 1992 et 2008. Or, les futurs chocs climatiques et l’instabilité des marchés rendent périlleuse cette dépendance à l’égard des importations. Deuxièmement, sur un plan nutritif, les populations pauvres ont des régimes alimentaires moins diversifiés et de moindre qualité alors que pour les classes moyennes émergentes et riches, le fardeau de l’obésité émerge. De plus, la concurrence écrasante des cultures d’exportation sur la petite agriculture familiale s’intensifie, ce qui justifie que des mesures soient prises. À cela s’ajoutent les problèmes logistiques auxquels il faudra faire face du fait d’une urbanisation croissante. Il est prévu que 65 % de la population mondiale vive dans les villes d’ici 2050. Cela pose deux problèmes : celui du chômage au sein de cette nouvelle main-d’œuvre urbaine, et celui de la dépopulation des campagnes. Il devient donc fondamental de soutenir les paysans afin de ralentir ce phénomène de migration. Il est possible de créer des emplois en favorisant des filières agroalimentaires à l’échelle locale et en stabilisant les emplois dans 24


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les zones rurales. Enfin, il existe un problème de co-gestion dans la circulation et l’approvisionnement des villes, c’est-à-dire un problème d’aménagement du territoire. Aujourd’hui, beaucoup de familles pauvres se trouvent dans des déserts alimentaires dans lesquels il existe des barrières physiques ou financières empêchant l’accès d’une partie de la population à des supermarchés ou d’autres sources d’approvisionnement alimentaires. Pour les familles pauvres, le transport représente un coût supplémentaire non négligeable. De ce fait, elles n’ont pas toujours les moyens de s’alimenter en raison des distances géographiques. En réponse à ce diagnostic existent des solutions telles que le développement des infrastructures de transport, des marchés fermiers, ou des programmes d’achats publics favorisant les producteurs locaux. Au Brésil par exemple, un programme national d’alimentation scolaire fut lancé en 2009 permettant à 30 % de la nourriture scolaire de provenir de l’agriculture familiale. La demande de plus en plus forte des citoyens désireux de se réapproprier le système agroalimentaire dont ils dépendent témoigne aussi d’une exigence de démocratisation de ces systèmes. Certains pays adoptent des législations afin de mettre en place des arènes de consultations instaurant un dialogue permanent entre organisations paysannes, société civile et gouvernement. Au Brésil, le Conseil national de la sécurité alimentaire (CONSEA) est un conseil regroupant société civile et délégués des ministres afin d’influencer les décisions ministérielles. Le «  Food Security Change Lab  » en Afrique du Sud réunit les producteurs, consommateurs, grands distributeurs et l’État pour évoquer la question de la durabilité du système agroalimentaire. Enfin, le Comité de la sécurité alimentaire mondial, réformé à Rome fin 2009, réunit toutes les parties prenantes des politiques agricoles et alimentaires pour identifier des solutions. La démocratisation des systèmes agroalimentaires apparait comme une source fascinante de solutions.

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SYNTHÈSE

« PEUT-ON NOURRIR DURABLEMENT LES VILLES AU NORD ET AU SUD ? » Gilles Billen, Centre national de la recherche scientifique, JeanBaptiste Cavalier, Comité français pour la solidarité internationale, Renato Maluf, Université fédérale rurale de Rio de Janeiro Rapporteurs : Marie Verrot, Céline Juteau, Camille Demange, Pauline Charazac et Anne Colombari Projet collectif « Nourrir les villes, développer les campagnes » Sciences-Po Paris

Selon Gilles Billen, la relation entre la ville et son hinterland nourricier, c’est-àdire son territoire d’approvisionnement, est complexe et évolue dans le temps. La ville influence la structure de l’hinterland en fonction de ses besoins alimentaires. À la fin du XVIIIe siècle, le bassin de la Seine couvrait l’essentiel des besoins alimentaires de Paris. Au XIXe siècle, Paris a multiplié par dix sa demande alimentaire donnant lieu à une transition des pratiques agricoles avec le remplacement des jachères par une sole de légumineuses fourragères. Aujourd’hui, on observe une spécialisation extrême des territoires. Deux territoires distincts répondent aux besoins alimentaires de Paris en plus des importations : le Bassin parisien se spécialise dans les grandes cultures céréalières, et le Grand Ouest et le Nord dans l’élevage, soutenu par des importations massives d’aliments pour bétail du Brésil et de l’Argentine. Cette nouvelle organisation du territoire et de l’approvisionnement des villes n’est pas sans conséquence. L’industrialisation de l’agriculture et la production industrielle d’azote ont entrainé la contamination nitrique des eaux souterraines et de surfaces rendant certaines sources d’eau impropres à la consommation. Dans ce cadre, quels sont les leviers sur lesquels agir pour rendre à nouveau compatibles les deux fonctions du territoire rural : nourrir les habitants tout en produisant une eau potable de qualité ? Tout d’abord, il faut relocaliser l’approvisionnement alimentaire. Cela implique que le bassin parisien doit réintroduire l’élevage et produire localement le fourrage. En recréant une alliance entre cultures céréalières et élevage, la région diminue aussi sa dépendance aux importations. De plus, 26


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il faut généraliser une agriculture moins gourmande en intrants, utiliser des légumineuses pour la fixation d’azote et les déjections animales pour fertiliser les terres. Réduire notre consommation de viande représente aussi un intérêt pour la santé publique. Les bilans montrent que dans un tel scénario, le bassin parisien serait en mesure de nourrir sa population, de produire une eau de bonne qualité et même d’exporter une production excédentaire de céréales. Dans un contexte de développement au Sud, le travail entamé en 2009 par le Comité français pour la solidarité internationale (CFSI) et la Fondation de France cherche à appuyer les agricultures familiales pour relever un triple défi : réduire la sous-alimentation, assurer aux paysans un revenu digne, et gérer durablement les ressources naturelles. Le programme, présenté par JeanBaptiste Cavalier, a soutenu une centaine de projets avec pour objectif de partager les pratiques et de démontrer que les agricultures familiales ouestafricaines sont en mesure de nourrir les villes. Face à une croissance urbaine très importante et au dépeuplement des campagnes, deux solutions sont possibles : recourir aux importations, ce qui s’avère souvent risqué comme l’ont montré les émeutes de la faim en 2008, ou produire localement. La vente sur les marchés locaux est d’ailleurs aujourd’hui le principal débouché des agricultures ouest-africaines. On observe un changement des mentalités. D’un côté, les agriculteurs sont en train d’évoluer dans leurs pratiques, de l’autre, la demande est de plus en plus exigeante en matière de qualité. Un processus de capitalisation a été initié avec pour objectif d’étudier une cinquantaine d’initiatives innovantes et de co-construire avec les acteurs de terrain un plaidoyer en faveur de l’agriculture familiale. Cinq domaines d’études ont été identifiés. Un premier domaine est l’influence qu’exercent la gestion des stocks et la conservation sur la production et le marché. Une bonne gestion des stocks peut être un outil de résistance contre les crises, ainsi qu’un outil de régulation des prix. Cela pose cependant la question de la limitation des risques de spéculation, de la transparence de la gestion des stocks et d’un possible système de crédit-stockage. Deuxièmement, la transformation et le conditionnement des produits peuvent offrir de nouvelles opportunités en créant de nouveaux débouchés ; ce sont par ailleurs des secteurs créateurs d’emploi. Mais certaines contraintes techniques subsistent telles que l’absence de matériel pour transformer, de matériaux d’emballages ou le non-respect des règles sanitaires. Troisièmement, les démarches de qualité pourraient permettre des débouchés plus rémunérateurs. Cela suggère une réflexion sur la définition et la mesure de la « qualité ». Un autre domaine d’études identifié est celui des marchés de niche, où la question centrale est celle du changement d’échelle : pour toucher l’ensemble des consommateurs, doit-on passer par une « massification » de ces marchés ou bien par une multiplication des niches  ? Enfin, la dernière piste 27


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de réflexion porte sur la concertation entre acteurs et la création d’alliances. Ces mécanismes peuvent être facteur de développement, mais ils peuvent aussi se heurter à un manque d’objectifs partagés et être entravés par des conflits d’intérêts. Renato Maluf expose ensuite l’expérience des cantines scolaires au Brésil qui témoigne de la faisabilité d’une coordination nationale afin d’ancrer de nouvelles habitudes alimentaires dans les écoles. Le Programme national de repas scolaire (PNAE), initié dans les années 1950, joue un rôle important pour garantir l’accès aux aliments des enfants pauvres. Le financement du programme provient d’un fonds budgétaire fédéral, et d’une participation des provinces et des municipalités. Le programme a permis la décentralisation des achats des aliments vers les municipalités. Au moins 30 % des aliments doivent être fournis par des agriculteurs familiaux locaux. Depuis 2009, une nouvelle loi d’orientation stipule que les repas scolaires sont un droit des enfants. Le programme est né d’une gestion nationale coordonnant les différents intérêts et perspectives sectorielles et d’une gestion locale avec la sensibilisation du personnel, l’acceptation des écoles et des politiques. Il permet aujourd’hui la distribution de 46 millions de repas gratuits par jour dans les écoles publiques brésiliennes.

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SYNTHÈSE

« AGIR POUR UNE ALIMENTATION DURABLE ET RESPONSABLE » Henri Rouillé d’Orfeuil, Académie d’Agriculture de France Rapporteurs : Marie Verrot, Céline Juteau, Camille Demange, Pauline Charazac et Anne Colombari Projet collectif « Nourrir les villes, développer les campagnes » Sciences Po Paris

Le système alimentaire mondial décrit, critiqué et analysé lors des précédentes tables rondes produit des externalités sociales et environnementales négatives. Les acteurs présents autour de cette table ronde développent des actions de promotion d’une alimentation durable et responsable qui illustrent des évolutions souhaitable de la production agroalimentaire et préfigurent le système alimentaire territorialisé, durable et responsable que ce colloque cherche à cerner. Ces acteurs sont créateurs d’innovations et mènent des projets à externalité positive. L’agriculture représente aujourd’hui 40 % de l’emploi mondial et plus de 50 % si on rajoute les activités amont et aval des filières agroalimentaires. Elle compte pour 70  % de la consommation des eaux douces et représente aussi 20  % du CO2 émis. L’agriculture impacte fortement l’environnement et le marché du travail, mais ces impacts ne sont pas pris en compte dans les prix des aliments ni dans les choix des consommateurs. Il convient néanmoins de prendre en compte les externalités sociales et environnementales de la production des aliments et veiller à ce qu’elles deviennent positives. C’est ce que font de nombreux acteurs, notamment ceux qui vont présenter leurs actions au cours de cette dernière table ronde. Guilhem Soutou, chargé de mission alimentation durable, Fondation Daniel et Nina Carasso : « penser global et agir local » La Fondation Daniel et Nina Carasso (FDNC) a été créée début 2010, sous l’égide de la Fondation de France, en mémoire de Daniel Carasso, fondateur de Danone en France et aux États-Unis, et de son épouse Nina. Cette jeune fondation familiale soutient des projets dans deux grands domaines : l’art et 29


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l’alimentation durable. Le choix de la thématique de l’alimentation durable s’explique d’une part par l’histoire et la sensibilité de la famille Carasso mais aussi par une prise de conscience de la complexité et de l’ampleur des problématiques liées à l’alimentation humaine, évoquées aujourd’hui. La FDNC concentre essentiellement son action sur la France et l’Espagne, et se projette également vers les pays du Sud. La FDNC s’appuie sur une vision systémique de l’alimentation, qui rassemble une multitude d’acteurs interdépendants. La compréhension de ces systèmes alimentaires par la combinaison de disciplines aussi variées que l’agronomie, l’économie et la sociologie constitue un enjeu essentiel pour identifier des solutions globales et assurer la durabilité et la qualité de l’alimentation humaine. Cette complexité amène la FDNC à soutenir des projets de recherche comme la chaire UNESCO Alimentations du monde ou à encourager la recherche multidisciplinaire à travers le prix international Premio Daniel Carasso. La FDNC a également pour objectif de contribuer à l’émergence d’acteurs de terrain innovants, porteurs de solutions d’avenir, adaptées et réplicables. Elle soutient ainsi des projets pilotes voire avant-gardistes, assumant un risque d’échec, pour identifier des solutions porteuses. À titre d’exemple, la FDNC lance début 2013 en partenariat avec la Fondation de France un appel à projet sur l’agriculture, les écosystèmes et l’alimentation. Par cette combinaison d’approches, la Fondation Daniel et Nina Carasso souhaite contribuer à l’identification de solutions globales et à la mise en place de solutions concrètes, locales. Jérôme Kohn, directeur du Cervia (Centre régional de valorisation et d’innovation agricole et alimentaire de Paris-Île-de-France) Le Cervia est un organisme associé de la région Île-de-France, créé en 2007, pour fournir un service d’appui aux filières, services consulaires (chambres régionales du commerce et de l’industrie, d’agriculture et des métiers) et aux entreprises agroalimentaires. Il vise à revaloriser le patrimoine alimentaire local notamment via la création d’une marque « Saveurs d’Île-de-France ». Cette démarche s’appuie sur trois constats : la surface francilienne est à dominante agricole et forestière ; la population n’est pas consciente de ses richesses et la culture ou connaissance des filières et des produits régionaux se perd. Or, en Île-de-France, on compte plusieurs dizaines de fromages emblématiques (bries de Melun et de Meaux, Coulommiers, etc.), mais aussi des productions d’aromates (moutarde de Meaux, safran du Gâtinais, etc.) et de fruits et légumes (asperges d’Argenteuil, cerises de Montmorency, légumes de pot-au-feu de la plaine d’Aubervilliers, etc.). Le Cervia a pour objectif la reconstruction des filières de production en développant des débouchés locaux et à l’export pour les productions 30


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territoriales, en favorisant les rapports de proximité avec le consommateur et en mutualisant les compétences pour la valorisation des savoir faire et filières alimentaires. Il a notamment produit une collection d’ouvrages rappelant l’histoire de ces filières et de ces produits. Au-delà des objectifs, les principaux critères de valeur sont la valorisation du patrimoine régional par la démonstration d’un ancrage fort des productions, des matières premières, de produits et de savoir faire emblématiques mais aussi la préservation de l’environnement, notamment par la gestion des déchets et la préservation des paysages, et enfin la dynamique économique avec la capacité à innover, la politique salariale et la capacité à valoriser les compétences. Julien Labriet, Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB) La Fédération nationale d’agriculture biologique des régions de France (FNAB) est un organisme professionnel à vocation syndicale qui fédère les groupements régionaux d’agrobiologistes répartis sur l’ensemble du territoire français. Le réseau FNAB regroupe actuellement environ 10 000  paysans et 300 salariés sur l’ensemble du territoire français. Il est notamment engagé dans une dynamique de relocalisation de l’agriculture et de l’alimentation, qui concerne l’ensemble des territoires et pas uniquement les villes. La FNAB porte une réflexion sur la manière d’organiser la relocalisation de l’agriculture et de l’alimentation dans le cadre d’une économie sociale et solidaire. Pour cela elle collabore avec de nombreux acteurs de la recherche, de l’économie sociale et solidaire, ainsi qu’avec les réseaux de commerce équitable et solidaire et les grandes surfaces. Une recherche action portant sur les modes d’organisation des producteurs permettant d’accompagner le changement d’échelle de l’agriculture biologique dans un système alimentaire local, territorial équitable et solidaire est actuellement menée. Convaincue que la restauration collective est un levier important de développement d’une agriculture respectueuse de l’environnement qui soit accessible à tous, la FNAB accompagne les acteurs de la restauration collective depuis le début des années 2000 (accompagnement des parties prenantes et structuration des filières). La FNAB porte depuis quelques années un travail sur les circuits courts intégrant une dimension sociale (accessibilité sociale et géographique, partenariats avec l’IAE, etc.) pour valoriser les expériences existantes et appuyer les projets collectifs de producteurs souhaitant s’impliquer dans ce type de projet. Mickaël Schneider, responsable projet, EcoScience Provence EcoScience Provence est une association à caractère scientifique agréée pour la conservation de l’environnement. L’association expérimente des 31


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changements dans les comportements de consommation des habitants d’un territoire rassemblant dix-sept communes (50 000 habitants). Son travail a débuté en 2006 avec la suppression des sacs à usage unique chez les commerçants. Cette première action menée en concertation avec les acteurs du territoire a permis de développer le commerce engagé, un programme visant à promouvoir l’éco-responsabilité des commerçants. Le programme a pour objectif une consommation plus durable, avec le soutien de l’économie locale et la réduction des déchets. En 2009, une enquête menée par EcoScience Provence sur le territoire montre un grand manque de valorisation des producteurs locaux et une méconnaissance totale entre commerçants et producteurs locaux. En réponse à cela, le commerce engagé se développe afin de valoriser le producteur, de l’impliquer dans la démarche et de rapprocher les commerçants et les producteurs. À ce jour, 80 commerces et producteurs sont engagés dans le projet. Le commerce engagé est un système évolutif avec une révision régulière des cahiers des charges. Il s’agit non pas d’un label mais d’une démarche participative. Le souhait est d’essaimer la démarche en accompagnant les associations locales qui souhaitent se saisir du projet et le porter dans leur région. Ce projet d’essaimage est soutenu par la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme. Claire Martin-Gousset, ancienne administratrice du réseau Amap de France (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), créatrice d’une Amap à Vanves L’Amap est basée sur deux éléments : la transparence et la solidarité. Il s’agit d’un contrat d’un an entre un groupe de citoyens et un paysan, garantissant tout d’abord un revenu pour le producteur. Un partage s’effectue sur le prix du panier en fonction de la rémunération du travail souhaitée et discutée entre les membres. Ce système d’économie sociale et solidaire repose sur un engagement fort des consommateurs : participation aux travaux de la ferme, éducation des enfants, connaissances de la saisonnalité des productions, etc. Il y a 240 groupes en Amap en Île-de-France mais aujourd’hui, l’augmentation de la demande des consommateurs fait face à une pénurie de producteurs pouvant y répondre. Le réseau des Amap de France travaille en lien avec l’association Terres de liens, qui tente d’apporter des solutions au principal problème qui reste l’accès à la terre. Une couveuse nommée « Le champ des possibles », a été créée pour permettre aux jeunes non issus du milieu agricole de s’installer en agriculture dans des filières en Amap. Deux fermes ont également été rachetées en Île-de-France pour mettre en place des couveuses. Julie Stoll, déléguée générale de la Plate-forme pour le commerce équitable. Le label du commerce équitable est le plus connu des consommateurs 32


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dans l’Union européenne (avant le label bio). Par exemple, 50 % des bananes achetées en Suisse sont issues du commerce équitable. Le commerce équitable promeut des garanties sociales et environnementales sur les termes de l’échange. Il s’est développé sur des produits originaires des pays en développement vendus dans les pays européens. Le label s’applique aujourd’hui uniquement aux échanges commerciaux Sud-Nord. La démarche commerce équitable procède d’un mouvement de renforcement des agricultures familiales, mais des études d’impacts montrent des externalités positives à plusieurs niveaux (économique, social, environnemental). Aujourd’hui, le travail se porte sur l’extension de cet outil sur d’autres zones avec des liens Sud-Sud et Nord-Nord. Maurizio Mariani, plateforme internationale Eating Cities, président de Risteco Eating Cities est une plateforme internationale de dialogue social créée en 2010, cofinancée par la Fondation pour le Progrès de l’Homme et gérée par Risteco. Elle définit des propositions portées auprès des décideurs politiques. Elle entretient des liens forts avec l’Amérique du Nord et la Chine (Académie des sciences sociales de Beijing, Canton) où une plateforme a été développée pour favoriser l’échange d’expériences. L’objectif principal  est d’aider les familles chinoises à maintenir les cultures alimentaires chinoises car ces dernières sont très saines. Par exemple, un problème est l’introduction de la viande rouge en plus grande quantité dans le régime alimentaire chinois. Après six ans de travail avec la Chine, pays très productiviste, on constate une évolution : depuis 2010-2011, un retour s’opère au marché interne, au développement de filières durables, à une agriculture raisonnée et à donner une valeur au travail de l’homme. Actuellement, l’association se charge de la préparation de propositions pour l’Union européenne et exerce un lobbying quotidien. Elle mise sur les administrations locales avec une volonté d’utiliser la restauration collective, qui concerne plus d’un citoyen sur cinq, comme un levier de changement. L’idée est de créer une nomenclature de la restauration collective afin d’avoir suffisamment d’informations (CA, nombre de repas, etc.). Marketa Braine-Supkova, International Urban Food Network (IUFN) IUFN est un réseau de recherche et de coopération internationale sur la gouvernance alimentaire des régions urbaines. Officiellement lancé à l’occasion du colloque international “Hungry city”, qui s’est tenu au Conseil régional d’Île-de-France en novembre 2012, il a pour objectif de renforcer la coopération entre les collectivités territoriales et le monde de la recherche autour de la question alimentaire. 33


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L’initiative est née d’un constat alarmant : la façon dont les villes se nourrissent à l’heure actuelle n’est pas durable. Pourtant, l’alimentation n’est pas une priorité des politiques publiques locales. Les initiatives terrain existent pour répondre à ce défi, mais elles restent pour l’instant trop éparpillées et parfois méconnues. Ainsi, IUFN défend l’alimentation durable comme un axe pertinent pour la construction des territoires résilients et comme un pilier majeur et fédérateur des politiques publiques locales. Notre périmètre d’action est international, couvrant les pays industrialisés et les BRICs (Brésil, Russie, Inde, Chine). La question de la gouvernance alimentaire est complexe. S’en saisir est un choix politique. Le changement d’échelle et l’accélération dont nous avons besoin requièrent une bonne percolation entre la dynamique des acteurs de terrain et celle des chercheurs. Favoriser et faciliter l’accès des décideurs publics aux connaissances scientifiques à travers un échange régulier avec le monde de la recherche internationale est sans doute une partie de la solution.

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SYNTHÈSE

CONCLUSION Jean-Louis Rastoin, Chaire UNESCO Alimentations du monde Rapporteurs : Yoann Durrieu, Etienne Le Bideau et Simon Ronceray Montpellier SupAgro

À l’origine de toutes les grandes civilisations, il y a l’acte alimentaire dont la source est l’agriculture et le cadre la cité. Comme l’a dit très justement Massimo Montanari : « L’histoire de l’alimentation embrasse celle de l’humanité tout entière ». On relève dans la période contemporaine deux tendances lourdes et opposées : ›› d’un côté, la croissance continue des villes qui fait que nous serons sur cette planète deux tiers d’urbains au milieu de ce siècle, avec une « métropolisation » de villes diffuses et quelques dizaines de mégalopoles ; ›› de l’autre, le déclin de la population agricole qui pourrait être divisée par un facteur de 15 à 20 dans les quarante prochaines années. Dans ce contexte de grands bouleversements, comment atteindre un objectif d’alimentation responsable et durable dans les villes ? Les différentes contributions à ce colloque suggèrent d’agir à la fois sur le volet urbain et rural. Aujourd’hui, il existe une vraie demande des villes pour : ›› une politique foncière gérant les conflits d’usages entre habitat, services publics, infrastructures, entreprises industrielles et de service, et production agricole ; ›› modifier le comportement du consommateur à travers l’éducation, l’information générique objective, la publicité ; ›› mettre en place une gouvernance alimentaire territoriale favorisant un approvisionnement local, les qualités organoleptiques des produits, l’équité, l’environnement, et répondant aux deux points précédents. 35


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Une des clés d’évolution positive de l’offre réside dans le développement de systèmes alimentaires territoriaux (SAT) responsables et durables en agissant sur trois volets : ›› des filières productives créant des emplois ; ›› la mise en valeur patrimoniale du territoire (paysages et terroirs) ; ›› l’éthique, par l’application du droit à l’alimentation et la mise en place d’une sécurité alimentaire et nutritionnelle. Ce contexte de changement génère un foisonnement d’initiatives dans le domaine de la recherche, comme sur le terrain. Il s’agit à présent de recenser ces initiatives, de les analyser et de les partager : c’est l’une des missions de la chaire UNESCO en Alimentations du monde de Montpellier SupAgro.

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ANNEXE

FICHES PROJETS D’ACTION EN ALIMENTATION DURABLE ET RESPONSABLE Fiches réalisées par Marie Verrot, Céline Juteau, Camille Demange, Pauline Charazac et Anne Colombari, étudiantes Sciences-Po Paris, dans le cadre du projet collectif « Nourrir les villes, développer les campagnes ! »

CERVIA Titre de l’action : Centre régional de valorisation et d’innovation agricole et alimentaire (Cervia) Partenaires : Région Île-de-France (principal financeur) Chambre régionale d’agriculture Association des industries agroalimentaires Lieux : Paris Île-de-France Date de lancement et durée : en cours depuis 2007 Objectifs : Quels étaient les objectifs à la création du projet ? Si les objectifs ont évolué, quels sont-ils aujourd’hui ? Le Cervia est une association (loi 1901) créée en 2007. Afin de répondre de manière satisfaisante aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux en île-de-France, l’action du Cervia s’intègre dans une démarche de développement durable pro-actif. Les objectifs du Cervia sont doubles : ›› promouvoir l’identité agricole et alimentaire de la région Île-de-France. Le Cervia a pour objectif de valoriser la culture rurale des communes de la région et de mettre en valeur son patrimoine gastronomique ; ›› soutenir et accompagner les entreprises des secteurs agricoles et alimentaires de la région l’Île-de-France dans différents domaines : recherche et développement, innovation, marketing, commercialisation. Description : Comment fonctionne le projet ? À quel stade en est-il ? Le Cervia regroupe les missions d’un Comité de Promotion des produits agricoles et alimentaires et celles d’un Centre régional d’innovation et de 37


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transfert de technologies (CRITT). Le Cervia soutient les filières franciliennes de l’agro-alimentaire et œuvre en faveur des circuits courts. Afin de renforcer le rôle de l’État et des collectivités pour l’agroalimentaire responsable, le Cervia participe à : ›› la promotion et la valorisation du territoire, des produits et des savoir faire agricoles et alimentaires franciliens ; ›› l’expertise et le soutien au secteur alimentaire en Île-de-France. Résultats : Dans quelle mesure avez-vous réussi à atteindre les objectifs cités plus haut ? Après six ans d’existence, le Cervia, en se développant à travers des projets structurants et des partenariats de qualité, possède un bilan positif : ›› labellisation «  cellule de diffusion technologique  » par le ministère de la Recherche du Département transfert, technologie et qualité du Cervia ; ›› organisation d’un colloque scientifique « Fruits et légumes, les apports de la recherche » en 2010 ; ›› collaboration avec les producteurs de lait pour le lancement d’une gamme de produits ultra frais depuis 2010 ; ›› lancement de la marque alimentaire régionale « Saveurs Paris-Île-de-France» en 2011. Document de référence : www.saveursparisidf.com/site-professionnel/qui-sommes-nous/ decouvrir-le-cervia

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Restauration collective bio locale Institution/acteur en charge et coordonnées : Fédération nationale d’agriculture biologique des régions de France (FNAB) Julien Labriet 40 rue de Malte 75011 Paris 01 43 38 18 70 | jlabriet@fnab.org Titre de l’action : Restauration collective bio locale Partenaires : réseau FNAB et groupements de producteurs bio, MAAP, MEDDE, etc. Lieux : toutes régions et départements de France métropolitaine Date de lancement et durée : début années 2000 Objectifs : Quels étaient les objectifs à la création du projet ? Si les objectifs ont évolué, quels sont-ils aujourd’hui ? Faciliter l’introduction de produits bio locaux en restauration collective dans un double objectif de : ›› structuration de filières relocalisées en région dans le cadre d’une économie sociale et solidaire ; ›› relocalisation de l’agriculture et de l’alimentation. Description : Comment fonctionne le projet ? A quel stade en est-il ? Action globale et transversale : ›› accompagner les parties prenantes et développer une expertise professionnelle : ›› conseil, accompagnement, sensibilisation (élus, gestionnaires, personnels de salle, convives, enseignants, société civile, producteurs) ; ›› formation des personnels de la restauration ; ›› coordination d’un réseau national de formateurs locaux ; ›› rédaction d’outils et guides pour professionnels, élus, producteurs. ›› structurer les filières régionales et promouvoir l’agriculture biologique, la proximité et les circuits courts en restauration collective (RC) : la FNAB travaille au plus près des organisations économiques de producteurs bio travaillant à l’approvisionnement de la RC et structurées sous forme de SCIC, GIE ou d’association. Résultats : Dans quelle mesure avez-vous réussi à atteindre les objectifs cités plus haut ? En 2012, vingt-quatre groupements de producteurs bio spécialisés sur ce débouché et livrant quotidiennement la RC. Documents de référence : www.repasbio.org et www.restaurationbio.org 39


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Ecoscience Provence Institution/acteur en charge et coordonnées : Ecoscience Provence Mikael Schneider Titre de l’action : « Commerce engagé » Partenaires : Syndicat intercommunal de la valorisation et de l’élimination des déchets du centre-ouest Var (SIVED) / ADEME (finance le projet) Lieux : France (origine : PACA, diffusion à l’ensemble du territoire) Date de lancement et durée : 2006 / long-terme Objectifs : Quels étaient les objectifs à la création du projet ? Si les objectifs ont évolué, quels sont-ils aujourd’hui ? ›› Tendre vers un mode de consommation durable. ›› Préservation des ressources. ›› Créer des liens entre producteurs locaux et commerçants. Ces objectifs ont peu évolué depuis le démarrage du projet. Ce qui a surtout évolué, ce sont les systèmes d’évaluation auprès des producteurs, les cahiers des charges, etc. Description : Comment fonctionne le projet ? À quel stade en est-il ? Le projet consistait à sa création à diminuer la distribution de sacs plastiques à usage unique dans les commerces (2006), au travers d’un partenariat avec le Sived. Des scientifiques se sont ainsi réunis avec des communicants pour se poser la question du développement durable. De la simple gestion des déchets, le projet a ensuite évolué afin de promouvoir les gestes éco-responsables auprès de ces mêmes commerçants. Par la suite, les acteurs du projet se sont concentrés sur les circuits économiques courts, en privilégiant la consommation locale. C’est ainsi que le label « Producteur engagé » a été créé, pour permettre aux consommateurs d’identifier les démarches éco-responsables. Cette démarche est participative et dynamique. Elle se base sur la création de réseaux entre Ecoscience, le Sived, les commerçants, les producteurs et enfin les consommateurs. Le but est réellement d’apprendre les uns des autres, afin de perfectionner sans cesse cette démarche. Résultats : Dans quelle mesure avez-vous réussi à atteindre les objectifs cités plus haut ? Les résultats sont très satisfaisants, puisque quatre-vingt commerçants de la région se sont déjà engagés dans cette démarche responsable. La quantité d’ordures ménagères a également baissé, témoignant d’une prise de conscience 40


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grandissante. Des marchés de producteurs engagés « 0 déchets » sont organisés au niveau local, une journée « Commerce engagé » a été organisée en partenariat avec la FNH, etc. Tout ceci témoigne d’un dynamisme important et d’une appropriation du comportement responsable par les producteurs, commerçants et consommateurs. Limites : Quels sont les obstacles majeurs que vous avez rencontrés  (logistique, refus d’autres acteurs, financiers, etc.) ? À quelles critiques avez-vous été confronté ? Est-ce que vous pensez que votre projet a des externalités négatives ? Les limites rencontrées sont surtout la résultante des comportements de consommation : certains acteurs ne voient pas l’intérêt d’un tel changement, ou n’y sont pas encore suffisamment préparés. Certains acteurs ne sont pas non plus en mesure de changer leur comportement : par exemple, dans les boucheries, les sachets plastiques sont obligatoires pour une question d’hygiène. Pourtant, des comités de discussion sont mis en place pour aborder ces problèmes, et trouver des solutions innovantes : utiliser des labels de qualité, etc. Attentes en matière de politiques publiques : Avez-vous des attentes en matière de politiques publiques ? Le projet est soutenu par la politique locale. Toutefois, il faudrait plus de liberté avec les grandes enseignes pour effectuer des campagnes de sensibilisation, etc. Perspectives d’avenir : Quels sont vos perspectives d’avenir ? Est-ce que vous pensez que l’extension de ce projet est souhaitable, et possible ? Le projet a commencé à diversifier les cahiers des charges, en les adaptant selon le type de commerce. Par exemple, de nouvelles initiatives ont été lancées dans les CHR (cafés/hostellerie/restaurants). L’extension de ce projet est à la fois souhaitable et possible, et des équipes d’Ecoscience y travaillent actuellement. Il y a eu des partenariats très réussis avec la Guyane par exemple. Des outils ont été mis en place pour que d’autres associations locales sur d’autres territoires puissent appliquer le projet (formations, fiches techniques, site Internet spécialisé, etc.). Documents de référence : http://commerce-engage.com

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Le Panier vanvéen Institution/acteur en charge et coordonnées : Claire Martin-Gousset 23 rue Jean Bleuzen 92170 Vanves 01 47 36 21 24 | clairemg@free.fr Titre de l’action : Le Panier vanvéen Partenaires : réseau des Amap Île-de-France et Miramap (réseau national) Lieux : Vanves Date de lancement et durée : L’Amap a été créée il y a sept ans par un groupe de militants écologiques de Vanves à la suite d’un forum social portant sur l’éducation, la démocratie participative et l’agriculture et au cours duquel la formule des Amap a été présentée. Objectifs : Quels étaient les objectifs à la création du projet ? Si les objectifs ont évolué, quels sont-ils aujourd’hui ? L’objectif est toujours de défendre l’agriculture paysanne de proximité. Néanmoins, certaines modalités de la vente des paniers ont évolué avec le renforcement de la coopération entre les consommateurs et les producteurs. Par exemple, le prix du panier est décidé non plus en fonction des seuls critères économiques mais pour assurer aux maraîchers une rémunération décente. Les produits ne sont pas nécessairement bio, la priorité étant de renforcer l’agriculture de proximité. Les Amap donnent une opportunité aux consommateurs d’aider les paysans. Les Amap s’inscrivent dans le domaine de l’économie sociale et solidaire. Par exemple, elles ont aidé un arboriculteur de l’ouest parisien à fournir des produits bio aux cantines de plusieurs lycées et lui ont ainsi permis de se dégager des circuits de la grande distribution et d’obtenir de meilleures conditions. Description : Comment fonctionne le projet ? À quel stade en est-il ? Le Panier vanvéen rassemble au cours des années avec des prises de responsabilités et associe un groupe de consommateurs d’environ 140 familles à un paysan, c’est un maximum pour l’agriculteur qui ne peut pas gérer plus de 140 paniers. Ces familles reçoivent des paniers de fruits et de légumes. Une fois par mois, les familles participent aux travaux agricoles. Cette participation permet aux consommateurs de prendre conscience de la réalité du travail des paysans. Ils deviennent des défenseurs actifs de l’agriculture paysanne. Plus généralement, le réseau francilien des Amap, qui rassemble 260 Amap, milite pour la préservation des terres agricoles, la formation aux circuits courts et le rachat des terres dans le cadre de l’association Terre de Liens. 42


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Résultats : Dans quelle mesure avez-vous réussi à atteindre les objectifs cités plus haut ? En créant un lien direct entre les consommateurs et les paysans, les Amap ont contribué au développement d’une mobilisation citoyenne. Notre objectif est de développer le réseau francilien pour permettre à de nouveaux paysans d’entrer dans la formule Amap. Limites : Quels sont les obstacles majeurs que vous avez rencontrés  (logistique, refus d’autres acteurs, financiers, etc.) ? À quelles critiques avez-vous été confronté ? Est-ce que vous pensez que votre projet a des externalités négatives ? Le plus difficile a été de convaincre la municipalité de nous accorder un lieu de distribution. Le Panier vanvéen ne rencontre pas vraiment d’obstacles financiers car les paniers sont prépayés aux paysans. La principale limite à l’extension de la formule est du côté de l’offre des producteurs et de la disponibilité des terres pour la production maraichère. L’Île-de-France est une région principalement céréalière. Cette limite nous empêche de donner satisfaction aux nombreux consommateurs qui souhaiteraient entrer dans une Amap. Attentes en matière de politiques publiques : Avez-vous des attentes en matière de politiques publiques ? Les Amap attendent la reconnaissance véritable de l’importance de l’agriculture paysanne de proximité et la prise en compte de la volonté des consommateurs de se nourrir différemment. Il faut obtenir de la part des pouvoirs publics et des chambres d’agriculture un changement de vision et de cap. Cette reconnaissance doit s’accompagner de mesures permettant à cette agriculture de trouver sa place. L’une des principales mesures serait de favoriser l’installation de jeunes agriculteurs prêts à s’engager dans cette nouvelle agriculture. Se pose également la question de la traçabilité des produits de manière à pouvoir identifier les produits locaux. Nous avons la conviction que l’agriculture industrielle n’est pas nécessaire pour nourrir tout le monde. Nous avons besoin d’une autre agriculture et pour que celle-ci se développe à grande échelle, des choix politiques doivent être faits à tous les niveaux. Perspectives d’avenir: Quels sont vos perspectives d’avenir ? Est-ce que vous pensez que l’extension de ce projet est souhaitable et possible ? Actuellement, en Île-de-France, une véritable volonté politique est nécessaire pour permettre l’extension des Amap, comme ce fut le cas autour d’autres grandes villes du monde. Par exemple, à Milan, où une importante zone verte a été dédiée à l’agriculture biologique ou dans les länder allemands, où les agriculteurs sont formés à l’agriculture biologique notamment pour éviter une 43


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aggravation de la pollution de l’eau. En Île-de-France, le développement de l’agriculture de proximité est bloqué du fait de la toute-puissance des céréaliers qui tiennent la chambre d’agriculture et les syndicats. Documents de référence : Le film « Solutions locales pour un désordre global » de Coline Serreau, qui commence par une séquence sur l’Amap de Vanves.

La Plate-forme pour le commerce équitable Institution/acteur en charge et coordonnées : Plate-forme pour le commerce équitable (PFCE) Julie Stoll Déléguée générale 61, rue de la Chapelle 75018 Paris Tél : 01 42 09 05 73 | stoll@commercequitable.org www.commercequitable.org Partenaires : www.commercequitable.org/lapfceetsesmembres/nos-partenaires.html Date de lancement et durée : Créé en 1997 Objectifs : Quels étaient les objectifs à la création du projet ? Si les objectifs ont évolué, quels sont-ils aujourd’hui ? La Plate-forme fut créée en 1997 afin de rassembler les principaux acteurs du commerce équitable. Au total, la plate-forme comprend une trentaine d’adhérents (organisations d’envergure nationale) et représente plus de 1 000 structures sur le territoire français. Les adhérents rassemblent des entreprises de commerce équitable (alimentaire, artisanat, cosmétique, mode, tourisme), des labels de commerce équitable, des réseaux de distribution, des associations d’éducation populaire et des ONG qui travaillent auprès des producteurs. À sa conception, le but de la Plate-forme était d’assurer la concertation des différents acteurs, et de leur permettre d’améliorer leur compétence en partageant des bonnes pratiques. La seconde mission de la Plate-forme était d’offrir une représentation institutionnelle du secteur du commerce équitable. En d’autres termes, de défendre une conception exigeante du commerce équitable, d’établir une définition commune du commerce équitable, bien qu’évolutive, et de promouvoir cette définition. 44


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Ces deux objectifs n’ont pas changé aujourd’hui. Description : Comment fonctionne le projet ? À quel stade en est-il ? La Plate-forme comporte trois axes d’activités majeurs fortement interconnectés. Tout d’abord, elle est constituée d’un volet de travail de plaidoyer auprès des pouvoirs publics (locaux, nationaux, européens, etc.) pour mettre en place un cadre institutionnel favorable au commerce équitable et à plus d’équité dans le commerce. La Plate-forme pour le commerce équitable est clairement positionnée sur la promotion de l’agriculture familiale comme un moyen de nourrir le monde durablement. Elle participe donc à un plaidoyer sur toutes les politiques qui ont une influence sur le renforcement ou l’affaiblissement de l’agriculture familiale : politique agricole commune, fiscalité, politique de développement, politiques commerciales, RSE, etc. Sa deuxième mission est de communiquer auprès du grand public sur le commerce équitable. Par exemple, la Plate-forme pour le commerce équitable organise chaque année la quinzaine du commerce équitable (www.quinzainecommerce-equitable.fr). Enfin, la Plate-forme comporte un volet de production d’expertise sur l’impact du commerce équitable. Afin de contrôler les externalités négatives et de quantifier les externalités positives liées au commerce équitable, la Plateforme pour le commerce équitable fait appel à des équipes de chercheurs travaillant sur le terrain. Les études d’impact servent aussi à crédibiliser la démarche commerce équitable. Résultats : Dans quelle mesure avez-vous réussi à atteindre les objectifs cités plus haut ? Sur le volet efficacité de la démarche, la Plate-forme a indéniablement réussi quelque chose. On observe en effet que les résultats des études d’impact sont très positifs. Le commerce équitable est un véritable outil de développement pour les producteurs du Sud. Plus de 80 % des produits issus du commerce équitable sont des produits alimentaires. La vocation des acteurs du commerce équitable est de renforcer l’agriculture familiale et la souveraineté alimentaire. Les études d’impact montrent que le commerce équitable a réussi à structurer et encourager les petits producteurs. Grâce aux pratiques commerciales plus justes, le commerce équitable est un outil efficace d’amélioration de la performance, de la productivité, et des pratiques environnementales et sociales des producteurs. Sur le volet de l’adhésion du public et des citoyens, le mouvement du commerce équitable a également des résultats intéressants. C’est fondamental car le commerce équitable est un partenariat entre les producteurs et 45


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les consommateurs. Ainsi, on observe une croissance importante du marché du commerce équitable et de sa notoriété. En effet, le secteur dépasse les 400 millions d’euros de chiffre d’affaires en France alors qu’en 2004 il ne représentait que 93 millions d’euros (dans le monde c’est aujourd’hui près de 6 milliards). En 2001, 7 % des Français connaissaient le commerce équitable, aujourd’hui 99 % savent décrire le concept. Il y a une forte corrélation entre le début des activités de communication (telles que les quinzaines du commerce équitable) et la prise de conscience des citoyens. La mobilisation citoyenne et militante est très efficace. La Plate-forme pour le commerce équitable et ses membres sont parvenus à installer le commerce équitable dans la connaissance et l’imaginaire des citoyens. Lorsqu’on leur demande de décrire le commerce équitable, les Français retiennent que ce sont des produits issus de petits producteurs, avec un prix juste et servant de soutient au développement des pays du Sud. Cependant, les marges de progression sont encore énormes. En France, un foyer dépense en moyenne 6 euros par an dans des produits issus du commerce équitable alors qu’en Suisse un foyer dépense 41 euros par an. Une autre marge de progression consiste à poursuivre les activités de plaidoyer pour changer les règles du secteur de l’alimentation. Le commerce équitable est un outil, une illustration de ce qu’il faudrait faire pour changer les règles. C’est pour cela que la Plate-forme pour le commerce équitable est active dans différentes campagnes (PAC, OMC, aide publique au développement, agriculture paysanne). Au-delà de promouvoir le commerce équitable, le but est d’impulser des changements structurels dans le secteur de l’alimentation. Limites : Quels sont les obstacles majeurs que vous avez rencontrés  (logistique, refus d’autres acteurs, financiers, etc.) ? À quelles critiques avez-vous été confronté ? Est-ce que vous pensez que votre projet a des externalités négatives ? Le premier obstacle est lié au développement des marchés. En France, il y a un engagement limité de la grande distribution. Dans d’autres pays, la grande distribution s’est beaucoup plus investie. Une autre difficulté financière est illustrée par le coût lié à la garantie et à l’obtention de labels. Les entreprises qui proposent des produits issus du commerce équitable doivent garantir la provenance et la démarche auprès des consommateurs. Ce coût se répercute sur le prix des produits. On peut questionner la pertinence d’un système qui fait payer les acteurs de l’alimentation durable un supplément pour promouvoir des pratiques responsables. Il est possible d’imaginer un système dans lequel les entreprises, producteurs et consommateurs engagés n’auraient pas à assumer ce coût supplémentaire. La plupart des produits viennent de PME donc les budgets liés au marketing 46


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sont moins importants que dans des grosses entreprises. À qualité égale, les produits issus du commerce équitable ne sont pas forcément plus chers que les produits conventionnels (0 à 15 % plus chers selon les enquêtes des associations de consommateurs). Cependant, il s’agit de produits d’une qualité supérieure et donc forcément plus chers que des produits de moins bonne qualité, et pas forcément accessibles à tous. Cependant, des études ont montré que l’éducation des consommateurs avait un impact beaucoup plus large sur leur consommation de produits issus de commerce équitable que leur revenu. Cela signifie qu’un prix élevé des produits n’est pas forcément rédhibitoire et qu’il est essentiel de poursuivre cette éducation des citoyens consommateurs. Le terme « commerce équitable » a un capital symbolique plus important que son capital économique, mais ce capital symbolique est essentiel. C’est la prise de conscience citoyenne qui va permettre de changer les consommations et surtout les arbitrages (par exemple, accepter de manger un peu moins de viande, pour acheter quelques produits issus du commerce équitable, etc.). Aujourd’hui, il existe aussi une critique provenant des défenseurs du « consommer local ». En effet, l’empreinte carbone des produits importés peut sembler importante. Mais les produits conventionnels viennent aussi de loin, et il ne semble pas que les consommateurs aient décidé de couper leur consommation de café, bananes et autres produits importés. Tant que des produits seront importés, il est plus intéressant qu’ils proviennent du commerce équitable. De plus, dans le coût carbone d’un produit, il n’y a pas seulement le transport mais aussi le mode de production. Souvent les produits équitables sont moins intenses en carbone que les produits conventionnels. De plus, ils sont essentiellement transportés en bateau, ce qui réduit aussi leur empreinte carbone par rapport au transport aérien. Une des fonctions des études d’impact est d’identifier les potentielles externalités négatives liées au commerce équitable. Par exemple, des études d’impact en Bolivie ont démontré que le développement de la demande de quinoa entrainait un phénomène de surproduction qui conduisait à un appauvrissement des sols. Ce phénomène est global et pas seulement lié aux productions issues du commerce équitable. Les acteurs du commerce équitable ont donc mis en place avec les producteurs de quinoa du Sud des normes supplémentaires pour réduire ces externalités négatives. Attentes en matière de politiques publiques : Avez-vous des attentes en matière de politiques publiques ? La Plate-forme pour le commerce équitable a beaucoup d’attentes transversales en matière de politique publique. Tout d’abord, du côté de l’aide publique au développement, la plate-forme 47


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soutient la réduction du fossé entre la stratégie affichée de soutien à l’agriculture familiale et les crédits qui profitent à d’autres types d’agriculture (ce fossé ayant été pointé du doigt par la Cour des comptes). Aujourd’hui, il y a plus de soutient apporté à l’agro-industrie qu’a l’agriculture familiale. Or, un rapport récent publié par la FAO suggère que seule l’agriculture familiale sera en mesure de nourrir le monde. Deuxièmement, il est essentiel que le ministère en charge de la consommation organise d’importantes campagnes d’éducation à la consommation responsable. Il faudrait aussi donner plus de moyens à des organisations comme la ligue de l’enseignement ou la fédération des artisans du monde, des structures qui mènent des activités d’éducation à la consommation, qui sont reconnues d’utilité publique et qui ont besoin d’être soutenues. En matière de fiscalité, les entreprises les plus vertueuses doivent payer le prix fort pour les externalités positives qu’elles génèrent. Il faudrait imaginer une péréquation permettant aux entreprises non vertueuses (en matière de social et d’environnement) de payer pour ces vertus. Cela garantirait aussi une égalité de compétitivité entre entreprises. La Plate-forme pour le commerce équitable défend aussi la mise en place d’un plan interministériel de soutien au commerce équitable et une prise de conscience des pouvoirs publics. Certains sont à l’écoute aujourd’hui sur ces sujets, mais il y a clairement un manque de moyens. Enfin, il est crucial d’assurer une vraie cohérence des politiques publiques à tous les niveaux. Lorsque des objectifs sont établis en matière d’alimentation responsable (et dans n’importe quel autre domaine), il est important que les autres politiques commerciales et agricoles soient en cohérence avec ces objectifs. Perspectives d’avenir : Quels sont vos perspectives d’avenir ? Est-ce que vous pensez que l’extension de ce projet est souhaitable, et possible ? Une des principales perspectives d’avenir du commerce équitable est son universalisation, c’est-à-dire le développement de filières Sud-Sud et Nord-Nord. Documents de référence : www.commercequitable.org

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Eating Cities Institution/acteur en charge et coordonnées : Isabelle Lacourt | i-lacourt@risteco.it Titre de l’action : Eating Cities Date de lancement et durée : mars 2010 – à ce jour Objectifs : Quels étaient les objectifs à la création du projet ? Si les objectifs ont évolué, quels sont-ils aujourd’hui ? Encourager, au niveau européen, la vision systémique pour la mise en place de politiques alimentaires, en se saisissant de la problématique urbaine de « la ville qui mange » et en lançant un processus de dialogue social multilatéral, en vue de la définition d’un nouveau paradigme économique qui remet l’homme au centre de l’économie agro-alimentaire. Description : Comment fonctionne le projet ? À quel stade en est-il ? Le projet est financé en partie sur les fonds propres de Risteco et en partie par un financement octroyé par la fondation Charles Léopold Mayer. Les rencontres : Le projet naît en 2010 avec l’organisation de rencontres et conférences visant à instaurer un dialogue social entre les acteurs de la filière alimentaire, le monde de la production (gestionnaires, acheteurs (publics et privés), entreprises de catering, fournisseurs,  associations, représentants de coopératives agricoles, cuisiniers, etc.), le monde de la recherche, les décideurs publics (collectivités territoriales), des représentants de la société civile, des journalistes spécialisés sur les questions alimentaires, etc. Chaque rencontre traite une question en l’abordant sur trois thèmes : les aspects de la filière alimentaire liés à la production, à la consommation, au travail de l’homme. Du dialogue participatif naissent des propositions à court, moyen ou long terme qui servent de base à l’élaboration de documents dont des cahiers de propositions. Le projet prévoit aussi la présence de représentants du programme à l’occasion d’évènements dédiés à l’alimentation des villes, à la gouvernance urbaine et à la filière alimentaire en général, etc. Depuis 2010, plus de trente présentations ont été faites lors de conférences ou d’ateliers internationaux, dont la dernière les 31 mars et 1er avril 2013, lors d’un forum international sur l’urbanisation organisé à Shanghaï. Des propositions concrètes : Le projet prévoit la production de documentation publications, comptes rendus, interviews, y compris publication d’un livre intitulé «  La ville qui mange  », cahiers de propositions qui s’adressent aux décideurs publics et privés, impliqués dans les processus en amont et aval de la 49


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filière agroalimentaire, ainsi qu’à tous les opérateurs et commanditaires de la restauration collective (sortie 2013). Il prévoit également la réalisation et l’échange d’études de cas et de bonnes pratiques qui puissent servir à l’élaboration de politiques alimentaires durables pour les villes européennes. À quel stade en est le projet ? Le programme de conférences et d’ateliers thématiques a débuté en mars 2010, au rythme annuel d’une conférence internationale et de trois ateliers thématiques. Ce programme reste actif jusqu’en 2014. En 2012, Risteco a lancé un prix pour récompenser des films documentaires en collaboration avec le festival Cinemambiente de Turin. Il a donné lieu à la création de EC Media Collection. Le premier campus d’été aura lieu en 2013 pour réunir de jeunes chefs cuisiniers et agriculteurs. Il constitue un test important pour la suite du programme. Deux concepts papers sont disponibles ainsi que quatre comptes-rendus de rencontres. La sortie du livre « La ville qui mange » est prévue mi-2013. Les publications thématiques ainsi que des cahiers de propositions sont en cours d’élaboration. Le partenariat avec des réseaux européens d’universités, travaillant sur l’intégration du développement durable dans les programmes éducatifs est en voie de renforcement. Eating City s’est également rapproché d’autres réseaux issus de la société civile tels que ARC 2020, Groupe de Bruges et aussi le Criigen, avec dans ce dernier cas la diffusion de l’information sur l’éventuelle toxicité des OGM en Italie (premier volume de EC Media Collection). En 2013, deux projets transversaux sont également lancés, sur la restauration sociale sanitaire (hôpitaux et maisons de retraite) et sur l’intégration religieuse dans les écoles. Résultats : Dans quelle mesure avez-vous réussi à atteindre les objectifs cités plus haut ? Le projet Eating City fait maintenant partie du programme sur la gouvernance, au sein de l’axe thématique, dans les actions de la Fondation FPH. Il est aussi cité dans la publication Sustainable Food in Urban Communities (2012) de URBACT. Démarré grâce aux réseaux de Risteco et de la FPH, le dialogue multilatéral s’enrichit année après année, à un niveau international et au sein des instances de l’UE : une première rencontre avec des parlementaires européens a eu lieu en novembre 2011 ; Eating City a participé activement à l’expert Hearing : « Feeding the planet sustainability, from foresight to better integrated policies » organisé par la DG Agri en novembre 2012 ; lancée en 50


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avril 2012, une plateforme Eating City prend actuellement pied en Chine en collaboration avec le partenaire chinois CASS. Les actions entreprises au sein du projet Eating City commencent à dépasser le simple niveau de communication prévu initialement, pour atteindre celui de l’expérimentation concrète grâce à deux projets transversaux qui sont nés en 2013. Vu l’intérêt suscité aujourd’hui, il est déjà prévu que la plateforme se poursuive au-delà du terme initialement prévu de l’Expo universelle de Milan en 2015, sous la forme d’un think tank international.  Limites : Quels sont les obstacles majeurs que vous avez rencontrés  (logistique, refus d’autres acteurs, financiers, etc.) ? À quelles critiques avez-vous été confronté ? Est-ce que vous pensez que votre projet a des externalités négatives ? Le projet se déploie dans la mesure où il fédère des partenaires décidés à s’engager concrètement, du fait d’un budget consacré majoritairement à l’organisation des rencontres et à l’invitation des participants. Il repose donc sur un effort important dans la recherche de partenaires actifs, partageant les mêmes objectifs. Quelques critiques sont nées d’un questionnement sur la légitimité des porteurs d’Eating City (issus de la société civile, et à un niveau international), elles se dissolvent en général au moment où ceux qui adhèrent aux objectifs s’engagent concrètement en prenant part aux réunions ou en portant des actions. Attentes en matière de politiques publiques et perspectives d’avenir ? Eating City vise principalement à convaincre les décideurs de l’Union européenne de créer des directives sur la mise en place de politiques alimentaires spécifiques aux villes-territoires, il crée aussi le contact avec le Comité des régions et des villes européennes. On peut dire qu’Eating City aura atteint son objectif le jour où, plus aucun politique et plus aucun urbaniste ne planifieront de stratégies territoriales ou de projets, sans prendre en compte concrètement les externalités positives et négatives, sur le plan social, environnemental, culturel, économique, de la filière alimentaire nécessaire à l’approvisionnement des villes et à l’alimentation des habitants.

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IUFN Institution/acteur en charge et coordonnées : IUFN International Urban Food Network Markéta Braine-Supkova, présidente | Marketa.braine@iufn.org www.iufn.org Titre de l’action : IUFN International Urban Food Network (Réseau de recherche et de coopération internationale sur la gouvernance alimentaire des régions urbaines) Siège : IUFN, AgroParisTech, 16 rue Claude Bernard, 75231 Paris cedex 5 Date de lancement : Créé en 2011, officiellement lancé en 2012 à l’occasion du colloque international Hungry City (6-7 décembre 2012, Conseil régional Île-de-France, Paris) sous le haut patronage de Monsieur le ministre Stéphane Le Foll et de Monsieur le sénateur Joël Labbé Objectifs : Quels étaient les objectifs à la création du projet ? Si les objectifs ont évolué, quels sont-ils aujourd’hui ? IUFN est un réseau de recherche et de coopération internationale sur la gouvernance alimentaire des régions urbaines. Il a pour but de renforcer la coopération entre les collectivités territoriales et la communauté scientifique des pays industrialisés et ceux des puissances émergentes – le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine. Le périmètre thématique est défini par la gouvernance alimentaire des régions urbaines, penser « système ». Le travail de recherche d’IUFN s’inscrit dans la continuité des travaux sur les systèmes alimentaires territorialisés ou encore des approches comme les systèmes agro-alimentaires localisés. IUFN souhaite ainsi explorer, à l’échelle territoriale, la complémentarité des pratiques entre le système alimentaire actuel et les pistes alternatives. L’objectif est de questionner la durabilité de l’existant, de réfléchir à de nouvelles structures organisationnelles, valorisant le plus possible le potentiel de production local/territorial de la zone concernée. IUFN défend l’alimentation durable comme un axe pertinent pour la construction des territoires résilients. Cette position globale repose sur trois volets : ›› la mise en place d’un système alimentaire durable garantissant la sécurité alimentaire des populations des régions urbaines ; ›› l’intégration du critère alimentaire dans les projets de planification territoriale et urbaine, comme axe indispensable pour le développement des territoires résilients ; ›› le renouvellement de la gouvernance de l’alimentation dans les régions urbaines. 52


ACTES DU COLLOQUE | NOURRIR LES VILLES... ET DÉVELOPPER LES CAMPAGNES : POUR UNE ALIMENTATION DURABLE ET RESPONSABLE

Du point de vu opérationnel, IUFN vise à contribuer aux actions stratégiques suivantes : ›› inventer et développer à grande échelle un système alimentaire territorialisé durable pour les villes ; ›› faire de l’alimentation durable un pilier majeur et fédérateur des politiques publiques locales ; ›› identifier, structurer et mieux partager les bonnes pratiques et des actions innovantes en matière d’alimentation durable pour les villes ; ›› favoriser et faciliter l’accès des décideurs publics aux connaissances scientifiques à travers un échange régulier avec le monde de la recherche. Description : Comment fonctionne le projet ? À quel stade en est-il ? La concrétisation du projet d’IUFN se traduit par la création d’une structure dédiée à la gouvernance alimentaire des régions urbaines – plateforme web interactive. Cette plateforme, dont le lancement est prévu pour septembre 2013, sera : ›› Un outil d’animation du réseau international des collectivités territoriales et la communauté scientifique. À ce titre, il permettra entre autres : ›› la mise en contact des collectivités du monde entier engagées sur la thématique de la gouvernance alimentaire ; ›› l’animation de groupes de travail techniques en ligne entre les collectivités et les chercheurs ; ›› l’organisation de conférences techniques en ligne. ›› Un centre de ressources outil de structuration, d’analyse et de diffusion de l’information sur la gouvernance alimentaire des régions urbaines. À ce titre, la plateforme permettra : ›› la valorisation des initiatives existantes (ex. par le biais de fiches de bonnes pratiques rédigées par IUFN, l’accès aux documents de politiques clés) ; ›› la valorisation des résultats de la recherche (accès aux rapports de recherche, rédaction et mise à jour de « basics » sur les sujets clés à destination des collectivités locales par IUFN). Trois projets stratégiques sont actuellement en cours pour 2013 : ›› la création technique de la plateforme web interactive d’IUFN sur la gouvernance alimentaire des régions urbaines ; ›› la tenue de l’enquête nationale sur la gouvernance alimentaire des régions urbaines en France 2013 en partenariat avec ADCF, AMGVF, AgroParisTech, ETD, Eco Maires, IAU-IDF et le WWF-France ; ›› la préparation du 2e colloque international d’IUFN, Paris décembre 2013 : « Foncier & gouvernance alimentaire des régions urbaines ». 53


CHAIRE UNESCO ALIMENTATIONS DU MONDE

Attentes en matière de politiques publiques : Avez-vous des attentes en matière de politiques publiques ? Les politiques en faveur de la ville durable se développent de plus en plus. Toutefois, une première enquête menée par IUFN sur le territoire national en 2011 en partenariat avec ETD et ADCF a montré que la gouvernance alimentaire ou même l’alimentation durable ne représente pas une priorité sur l’agenda des acteurs locaux, engagés davantage sur d’autres composantes de la ville de demain – transports, logement, énergie, déchets, etc. La réflexion sur la gouvernance alimentaire se réduit très souvent à des actions ponctuelles en faveur notamment des circuits courts, des jardins partagés et/ou d’un approvisionnement alimentaire local et/ou bio des cantines scolaires. Malgré une profusion d’initiatives locales et sectorielles, les politiques alimentaires globales font aujourd’hui défaut. L’alimentation reste paradoxalement le parent pauvre de la réflexion sur la ville durable et est peu présente dans les grandes procédures et outils d’aménagement du territoire ou des projets urbains. Or, seule une approche globale, intégrant pleinement l’alimentation dans les politiques publiques locales permettra le changement d’échelle dont nous avons besoin. Dans cette optique, IUFN engage un travail de lobbying au niveau national (élections municipales 2014 en France) et international en coopération avec les acteurs majeurs présents auprès des collectivités territoriales.

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Documents de référence : Document « Nourrir nos villes, pour une gouvernance alimentaire durable des régions urbaines » Joint statement IUFN/ICLEI Actes du colloque « Hungry City » (décembre 2012) Argumentaire d’IUFN pour une gouvernance alimentaire durable des régions urbaines Plaquette d’IUFN


NOURRIR LES VILLES... ET DÉVELOPPER LES CAMPAGNES

POUR UNE ALIMENTATION DURABLE ET RESPONSABLE

ACTES DU COLLOQUE DE LA CHAIRE UNESCO EN ALIMENTATIONS DU MONDE ET DE LA VILLE DE PARIS

Chaire Unesco « Alimentations du monde » Institut des régions chaudes – Montpellier SupAgro 1101, avenue Agropolis -- BP 5098 34093 Montpellier Cedex 05 -- France Tél. : +33 (0)4 67 61 70 00 www.chaireunesco-adm.com

Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture

Chaire UNESCO en alimentations du monde France

Centre international d’études supérieures en sciences agronomiques

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