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N° 35 • BIMESTRIEL • Mars/Avril 2014

LE MONDE DE

L’intelligence TOUT SAVOIR SUR

NOS DIFFER NCES Cerveau féminin …plus

de mémoire

…aime …plus

flirter

émotionnel

…voit,

entend et sent mieux, etc.

Quelles spécificités sont innées ou acquises ?

Un formidable atout d’origine génétique ! Ils seraient plus créatifs et ouverts d’esprit…

…plus

volage

…perçoit

mieux les détails

…aime

la compétition, etc.

Le “genre” décrypté par les philosophes SCIENCES

CYBERCONDRIE LE SYNDROME DOCTISSIMO

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Cerveau masculin

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LE MONDE DE

L’intelligence

LE MAGAZINE DES NEUROSCIENCES, DE LA PSYCHOLOGIE ET DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL

+ LE CAHIER JEUX : LOGIQUE, NOMBRES, MÉMORISATION…


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collaborateurs

3 WWW.FACEBOOK.COM/MONDE.INTELLIGENCE

Ils comptent parmi les plus grands spécialistes mondiaux dans leur domaine et ont participé de près à la longue élaboration des sujets qui vous sont proposés dans ce numéro. Sans eux, le travail d’investigation de nos journalistes serait impossible ! RAGINI VERMA

est maître de conférences au département de radiologie à l’université de Pennsylvanie, États-Unis.

GÉRALD GAGLIO est sociologue, maître de conférences à l’université de technologie de Troyes, France.

SYLVIA PARACCHINI est responsable du groupe de recherche Neurogénétique à l’université St Andrews, Royaume-Uni.

CATHERINE VIDAL

GABRIEL CORFAS

BLYTHE CORBETT

LIDIA ALONSONANCLARES

HITOSHI MORIKAWA

SERGE RIVEST

est neurobiologiste et directrice de recherche à l’Institut Pasteur, France.

est spécialiste de l’étude microanatomique du néocortex à l’Institut Polytechnique de Madrid, Espagne.

FABIENNE BRUGÈRE

est professeur de neurologie au Boston Children’s Hospital et à l’université Harvard, États-Unis.

est maître de conférences en neurobiologie à l’université du Texas à Austin, États-Unis.

MAYA OPENDAK

est maître de conférences en psychiatrie à l’université Vanderbilt et chercheuse en psychologie au SENSE Theatre Lab, États-Unis. est directeur du centre de recherche du CHU de Québec et professeur à la faculté de médecine de l’université de Laval, Canada.

PANTELEIMON GIANNAKOPOULOS

est philosophe, auteur de La politique de l’individu, France.

est doctorante au département de psychologie et à l’institut de neurosciences de l’université Princeton, États-Unis.

JOSTEIN HOLMEN

DAVID HSU

BRUNO DUBOIS

SIMONE SHAMAYTSOORY

MARYANN NOONAN

JULIANE KAMINSKI

MAURICE BLOCH

PASCALE LECONTE

BRIAN HARE

est professeur au département de santé publique de l’université norvégienne de sciences et de technologie, Norvège.

est directrice du laboratoire des neurosciences sociales et affectives de l’université d’Haïfa, Israël. est professeur d’anthropologie à la London School of Economics and Political Science, Royaume-Uni.

THOMAS FERGUS est professeur de psychologie et neurosciences à l’université Baylor, États-Unis.

STEPHEN CHRISTMAN est spécialiste des capacités cognitives des gauchers mixtes, est professeur de psychologie à l’université de Toledo, États-Unis.

est maître de conférences au département de psychiatrie de l’université du Michigan, États-Unis. est postdoctorante au sein du groupe Attention à l’université d’Oxford, Royaume-Uni. est maître de conférences à l’université ParisSud 11, France.

OLIVIER LUMINET

est maître de recherche au Fonds de la recherche scientifique en Belgique et professeur de psychologie à l’université catholique de Louvain, Belgique.

ALINA RODRIGUEZ

est professeur à l’école de santé publique de l’Imperial College de Londres, Royaume-Uni.

est chef du département de santé mentale et de psychiatrie des Hôpitaux Universitaires de Genève, Suisse. est directeur de l’Institut de la Mémoire et de la Maladie d’Alzheimer, France.

est maître de conférences au département de psychologie de l’université de Portsmouth, Angleterre. est professeur d’anthropologie évolutive et co-directeur du Duke Canine Cognition Center à l’université Duke, États-Unis.

STÉPHANE AHMANE

est psychologuepsychothérapeute et comédien, France.

FLORENCE GAUNET est chargée de recherche au laboratoire de psychologie cognitive de l’université de Provence, France.

Le Monde de l’Intelligence est édité par Mondeo publishing SAS RCS 2005 B 07734 Siège social Mondeo publishing SAS 27, avenue de l’Opéra 75001 Paris Coordonnées de la rédaction Mondeo Publishing SAS Le Monde de l’intelligence 4, rue Poirier 94160 Saint-Mandé Tél. : 01.75.43.40.59 Fax : 01.75.43.40.18 redaction@mondeo.fr Directeur de la publication et de la rédaction Gilles Harpoutian (harpoutian@mondeo.fr) Rédacteur en chef Gilles Marchand Maquette Caroline Lormeau et Séverine Soury Ont collaboré à ce numéro (rédaction) Gilles Marchand, Marine Haquin, Victor Haumesser, Sabine Casalonga, Fabien Trécourt, Marc Olano, Nolwenn Le Jannic, Aurélie Angot, Maryse Chabalier, Julie Paysant, et Bernard Myers. Service Abonnement Le Monde de l’intelligence Service Abonnement 4, allée Charles V - 94300 Vincennes Tél. : 01.75.43.40.59 Fax : 01.75.43.40.18 lecteur@mondeo.fr ou retrouvez-nous sur facebook. com/monde-intelligence Service ventes et réassorts pour les marchands Pagure Presse 01.44.69.52.52 Distribution PRESSTALIS Commission paritaire et ISSN CCPAP 0311 K 87703 ISSN n° 1778-7890 Ce magazine est imprimé en France à Ruitz (62) chez Léonce-Déprez. Toute reproduction des textes, photos, graphismes publiés dans ce magazine est interdite. Les documents transmis à la rédaction ne sont pas rendus et impliquent l’accord de l’auteur pour publication. Tous les prix et informations commerciales mentionnés dans ce numéro sont donnés à titre indicatif.

LE MONDE DE L’INTELLIGENCE – N° 35 – MARS/AVRIL 2014

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sommaire

P. 6

ACTUS P. 14

DOSSIER 

Homme/Femme

Quelles différences ? Sommaire CERVEAU DE VENUS, CERVEAU DE MARS, QUELLES DIFFÉRENCES ?P.16 DIFFÉRENCES HOMMES-FEMMES : UNE AFFAIRE DE “GENRE” P. 20 LA FIN DES STÉRÉOTYPES ? P. 24

RÉVOLUTION MÉDICALE

INTELLIGENCE ANIMALE

50 MALADIE

62

Les bénéfices du théâtre thérapeutique

D’ALZHEIMER : bientôt un vaccin ? 56

LES CHIENS, de vrais génies ! 4 / LE MONDE DE L’INTELLIGENCE – N° 35 – MARS/AVRIL 2014

LE MONDE DE L’ENFANCE


édito

DÉCOUVERTES FONDAMENTALES

Vive nos différences !

Q

uelque temps après la vraie-fausse polémique sur la différence des genres enseignée ou non à nos enfants, il convient de revenir à froid sur les seules véritables questions concernant la différence homme/femme, et notamment de savoir quelles sont les caractéristiques qui relèvent de la physiologie cérébrale ou de la pratique culturelle. Nous sommes tous sexués et donc différents. Ce n’est ni bien ni mal, c’est ainsi ! Le genre n’est qu’un concept sans velléité physiologique ou clinique. Dire que l’on choisit son genre est donc un faux débat. Il reste cependant possible de se lancer dans la controverse si l’on considère que cette approche pervertit l’analyse sociétale des individus. Pour autant, c’est bien la meta-analyse d’un chercheur ou d’un essayiste qui crée le genre et non un choix adaptatif individuel. Nous ne pourrons jamais nous affranchir de nos spécificités cérébrales... vives nos différences ! GH

30

MAURICE BLOCH

Faire dialoguer l’anthropologie et les sciences cognitives

36

CYBERCONDRIE

Prochain numéro : Le 5 mai 2014

Quand Internet renforce la peur d’être malade

L’INTELLIGENCE EN PRATIQUE

46

Isolement social Quelles conséquences sur le cerveau ?

40

Être gaucher : chance ou malchance ?

p.35

Nous avons rendez-vous un mois sur deux.

!

66

L'ALEXITHYMIQUE, handicapés des émotions

72

Des herbes… pas si mauvaises !

74 CAHIER JEUX Une série de jeux variés à résoudre dans l’ordre que vous souhaitez !

LE MONDE DE L’INTELLIGENCE – N° 35 – MARS/AVRIL 2014

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Nombres

ROBERT KNESCHKE / FOTOLIA

COMPTEZ-VOUS COMME UN BÉBÉ ? C’est la question, étonnante à première vue, que s’est posé Stanislas Dehaene, du Collège de France. Ses recherches révèlent que les adultes conservent les traces d’un sens numérique inné, présent chez les enfants. En effet, lorsque l’on demande à de jeunes enfants de placer un nombre sur une ligne débutant à 0 et se terminant à 40, sur un écran tactile, ils auront tendance à le faire en fonction de son importance relative par rapport aux extrémités. Par exemple, le nombre 6 sera placé vers le milieu, parce que le rapport 6/40 est à peu près équivalent à 1/6. Autrement dit, l’apprentissage des mathématiques nous apprend à voir les nombres de manière linéaire, alors que notre sens inné nous les fait voir de manière logarithmique. De plus, l’analyse des mouvements de doigts sur l’écran montre que les adultes, pendant une fraction de seconde, vont être influencés par le système logarithmique, avant de corriger la trajectoire pour placer le nombre correctement. CP American Friends of Tel Aviv University, janvier 2014.

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LES CONSÉQUENCES NÉGATIVES DES NUITS COURTES Un sommeil de bonne qualité est nécessaire au bien-être physique, mental et émotionnel. Une étude révèle qu’en moyenne, la durée du sommeil oscille entre sept et neuf heures par nuit, selon les personnes. Plus on s’éloigne de cette durée idéale, plus le risque de développer des symptômes dépressifs augmente. Ce phénomène, constaté chez des adultes, est encore plus marqué chez les adolescents, au point qu’une durée de sommeil de six heures ou moins devrait être considérée comme un signe précoce dans l’évaluation du risque de dépression.

Pour optimiser la durée du sommeil, une autre étude propose de reculer l’heure du premier cours de la journée de 25 minutes durant la période hivernale. Cette adaptation au rythme biologique permettrait d’augmenter la durée moyenne du sommeil, de réduire la sensation de fatigue durant la journée, et d’améliorer l’humeur des adolescents ayant expérimenté cette formule. N.F. Watson et coll., Sleep, février 2014 ; J. Boergers, C.J. Gable et J.A. Owens, Journal of Developmental & Behavioral Pediatrics, janvier 2014.

MACTRUNK / GETTY IMAGES

ACTUS

Sommeil

La méditation serait aussi efficace que les antidépresseurs JAMA Internal Medecine, janvier 2014.


ACTUS Green power

LES ESPACES VERTS CONTRIBUENT AU BONHEUR

INGRAM PUBLISHING / GETTY IMAGES

Les personnes vivant en ville déplorent souvent le manque d’espaces verts. De nombreuses études ont montré que les conditions de vie en milieu urbain peuvent être la cause d’un mal-être, et dans les pays développés, l’augmentation de la population vivant en ville va de pair avec celle du taux de dépression. Sans renoncer à habiter dans une grande ville, on a sans doute intérêt à opter pour un environnement plus “naturel”. Une équipe de chercheurs en sciences environnementales a suivi durant plusieurs années des volontaires ayant déménagé pour des quartiers mieux équipés en espaces verts. Ils ont ainsi pu mettre en évidence une augmentation du bonheur déclaré et une baisse des troubles mentaux. Un effet durable, et un argument de plus en faveur de l’importance des espaces verts dans une politique de santé publique durable. I. Alcock et coll., Environmental Science & Technology, janvier 2014.

Performance

L’ENTRAÎNEMENT CÉRÉBRAL EST-IL EFFICACE ? Les chercheurs ont entraîné pendant trois semaines des volontaires à réaliser une tâche simple, comme appuyer sur un bouton précis lorsqu’un signal sonore retentit. L’effet a été observé par IRM fonctionnelle et les résultats montrent une augmentation durable de l’activité des régions qui sont responsables du contrôle de soi, comme le gyrus frontal inférieur (en jaune sur l’image) et le cortex cingulaire antérieur, lors de la réalisation

de cet exercice. Mais lorsqu’une autre tâche de contrôle inhibiteur est proposée, aucune augmentation de l’activité de ces zones n’est constatée. Sous l’effet de la répétition, l’activité cérébrale s’associe aux indices spécifiques de l’exercice, et ne réagit donc fortement qu’à ces indices.

DR

De nombreux exercices, jeux, logiciels et applications d’entraînement cérébral promettent de “rajeunir” notre cerveau et de nous rendre plus “intelligents”. Mais quelle est leur efficacité réelle ? Des chercheurs de l’université de l’Oregon apportent une réponse nuancée : l’entraînement cérébral permet une amélioration, mais uniquement pour une tâche précise à la fois. En clair, ses bénéfices ne sont pas généralisables.

E.T. Berkman, L.E. Kahn et J.S. Merchant, The Journal of Neuroscience, janvier 2014.

LE MONDE DE L’INTELLIGENCE – N° 35 – MARS/AVRIL 2014

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ACTUS Peur

Dégoût

Anxiété

Amour

Dépression

Bonheur

Mépris

Tristesse

Surprise

Neutralité

Fierté

Honte

Jalousie

PNAS

Avoir le sang qui monte à la tête lorsque l’on est en colère, ressentir des papillons dans le ventre lorsque l’on est amoureux ou ne plus rien ressentir lorsque l’on est déprimé. Ces expressions sont évidemment métaphoriques, mais elles pourraient bien refléter un réel changement physiologique.

Colère

Émotions

LES ÉMOTIONS CARTOGRAPHIÉES Une équipe finlandaise, menée par Lauri Nummenmaa, chercheur de l’université d’Aalto, a réalisé les toutes premières cartes corporelles des émotions. Près de 800 personnes, de trois nationalités différentes (finlandaise, suédoise et taïwanaise) ont participé à l’expérience. Il leur a été demandé de colorier, sur des silhouettes, les zones dans lesquelles ils ressentaient un changement sensoriel en réaction à un stimulus visuel lié à une émotion. Ces stimulus prenaient la forme d’une liste de mots, de vidéos, d’histoires et d’expressions faciales, en lien avec différentes émotions basiques – colère,

bonheur, tristesse notamment – ou complexes – sentiment amoureux, fierté ou encore envie. Ces émotions ont ensuite été associées aux cartes de sensations corporelles créées à partir des impressions des participants. Ainsi, le bonheur procure des sensations augmentées dans l’ensemble du corps, tandis que le dégoût provoque de fortes sensations dans le système digestif et la gorge. La tristesse, elle, entraîne également une augmentation des sensations dans la poitrine, mais, à l’inverse, une perte des sensations est constatée dans les quatre membres. L’étude ne s’est pas arrêtée là puisque

8 / LE MONDE DE L’INTELLIGENCE – N° 35 – MARS/AVRIL 2014

les chercheurs ont ensuite recherché les similitudes entre les cartes corporelles associées à chaque émotion d’après les impressions données par les participants. Ainsi on peut voir que trois émotions positives – bonheur, sentiment amoureux et fierté – forment un groupe cohérent, car elles semblent provoquer le même genre de sensations. Si les sentiments négatifs sont plus dispersés, il existe néanmoins des petits groupes les réunissant, associant ainsi la tristesse avec le sentiment dépressif ou le mépris avec le dégoût. L. Nummenmaa et coll., PNAS, novembre 2013


ACTUS Douleur

ROBERTHYRONS / GETTY IMAGES

LES DIFFÉRENCES DE SENSIBILITÉ DANS LE CERVEAU L’explication de notre sensibilité à la douleur résiderait dans le rapport entre quantité de matière grise (qui traite les informations) et blanche (qui coordonne la communication entre les régions du cerveau), dans certaines aires précises de notre cerveau. Des chercheurs de l’école de médecine de Wake Forest ont chauffé à environ 50 °C une minuscule zone de la peau du bras

de volontaires qui ont dû évaluer la douleur ressentie. Ensuite, une image de la structure de leur cerveau a été obtenue par IRM. Les participants qui ressentent le moins fortement la douleur sont ceux qui présentent le plus de matière grise dans le cortex cingulaire postérieur et le précuneus. Ces structures font partie du “réseau du mode par défaut”, actif lorsque nous ne pensons à rien

bébé comprend les interactions sociales

STIMULER LE CERVEAU AVEC DES ULTRASONS

Journal of Experimental Psychology : General, septembre 2013.

Imitation

LES COPIEURS SONT UTILES !

LJUPCO / GETTY IMAGES

DR

W. Legon et coll., Nature Neuroscience, janvier 2014.

N.M. Emerson et coll., Pain, janvier 2014.

Dès neuf mois,

Technique

Une équipe de l’université Virginia Tech, aux ÉtatsUnis, vient de mettre en évidence la possibilité de moduler l’activité cérébrale grâce à des ultrasons. Les chercheurs ont pu cibler avec précision une zone de moins d’un centimètre de large dans le cortex. La stimulation de cette zone par des ultrasons de basse intensité a entraîné une plus grande réussite à des tests de sensibilité tactile. William Tyler, le responsable de l’étude, explique ce phénomène par une atténuation de l’excitation qui se produit entre neurones proches, permettant un traitement plus fin des informations sensorielles. Le but avoué de cette découverte n’est pas de créer des superhumains, mais d’offrir une nouvelle technique non invasive pour cartographier plus précisément les circuits complexes reliant les neurones.

de particulier ou pendant les rêveries. Ce fonctionnement “neutre” pourrait contrebalancer l’activité responsable de la sensation de douleur. Le même constat a été fait pour le cortex pariétal postérieur, qui joue un rôle important dans l’attention, et qui permettrait de se concentrer pour garder la douleur sous contrôle.

S’il peut être utile d’imiter les autres, on a aussi tout intérêt à être imité. Une équipe de l’université de l’Indiana a conçu un jeu-test collaboratif, trop complexe pour être maîtrisé rapidement par un individu seul. Au cours de ce jeu, ils ont constaté que plus il y avait de joueurs en lice, plus les scores étaient élevés. « Dans ce cas de figure, les équipes incluant beaucoup de copieurs se sont montrées les plus performantes », explique Robert Goldstone, l’un des responsables de l’étude. Ses travaux s’inscrivent dans les recherches sur l’apprentissage social, qui permet aux apprenants de progresser en s’observant et s’imitant. Selon lui, les copieurs apportent parfois de légères améliorations, qui peuvent être à leur tour adoptées par le copié. Le cheminement de l’information permettrait d’explorer efficacement de nombreuses variations autour d’une solution originale pour résoudre un problème complexe. Cet effet serait particulièrement visible dans la recherche médicale ou en informatique, avec les logiciels open source. T.N. Wisdom, X. Song et R.L. Goldstone, Cognitive Science, décembre 2013.

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ACTUS Autisme

VERS UNE CAUSE HORMONALE ? Selon les travaux d’une équipe de recherche française, tout se jouerait très tôt, lors de l’accouchement. À ce moment, le taux de chlore présent dans les neurones du fœtus, normalement élevé durant le développement du fœtus, va brutalement chuter sous l’influence de la libération massive d’ocytocine dans l’organisme maternel. Aussi appelée “hormone de l’attachement”, elle facilite l’accouchement puis l’excrétion du lait lors de la tétée, et influence les comportements maternels. De son côté, le chlore joue un rôle important dans la construction du cerveau, en permettant au GABA, un neurotransmetteur, d’exciter les neurones et d’optimiser la construction du cerveau. Après l’accouchement, le taux de chlore va diminuer. Ce processus est essentiel pour garantir un fonctionnement normal du cerveau du nouveau-né. L’origine de ces travaux vient d’un double constat : un taux de chlore élevé relevé chez les enfants autistes, et un effet bénéfique lié à la prise d’un diurétique (qui va aider à éliminer le chlore de l’organisme). Pour tester leur hypothèse, les chercheurs ont étudié des souris, et ont pu observer l’évolution des taux de chlore pendant la grossesse et juste après l’accouchement. Chez les souriceaux présentant des signes autistiques, ces taux n’ont pas baissé, alors que c’est le cas chez les souris témoins. Ce serait donc un dysfonctionnement dans la sécrétion de l’ocytocine qui, en empêchant la baisse du taux de chlore, serait à l’origine du développement du syndrome autistique. « Ces données suggèrent que l’ocytocine agit sur les taux de chlore pendant la naissance, et module ou contrôle l’expression du syndrome autistique », affirme Yehezkel Ben-Ari, un des auteurs de l’étude. Et d’ajouter : « Pour traiter ce type de maladies, il faut comprendre comment le cerveau se développe et comment les mutations génétiques et les agressions environnementales modulent les activités du cerveau in utero ». Il reste maintenant à vérifier cette hypothèse chez l’humain, ce qui empêche pour le moment d’anticiper des applications thérapeutiques à court terme. R. Tyzio et coll., Science, février 2014.

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L-POP / GETTY IMAGES

A-t-on franchi une étape décisive dans la compréhension de l’origine de l’autisme ? De nouveaux travaux mettent en lumière le rôle de l’ocytocine, une hormone impliquée dans le déclenchement de l’accouchement.


ACTUS ALZHEIMER Pour les personnes touchées par la maladie d’Alzheimer, des activités aussi familières que faire la cuisine ou des courses peuvent rapidement devenir difficiles à réaliser. Afin de garantir leur autonomie le plus longtemps possible, des chercheurs américains ont testé durant cinq années les bénéfices de la prise de vitamine E. Cette molécule, facile à se procurer et peu coûteuse, permet de ralentir le déclin fonctionnel de 19 % par an, ce qui se traduit par un recul de la perte d’autonomie de plus de six mois. M.W. Dysken et coll., JAMA, janvier 2014.

Prématurés

ROBHAINER / FOTOLIA

LES BÉNÉFICES DES “SOINS KANGOUROU” Les contacts sont essentiels pour le développement physique et psychologique des nouveau-nés – en particulier pour les bébés nés avant terme. Une étude menée pendant dix ans à l’université Bar-Ilan a comparé l’évolution d’enfants prématurés, dont certains avaient été placés en couveuse, tandis que d’autres avaient bénéficié de “soins kangourou” durant les quatorze premiers jours après la naissance. Cette technique a été initialement développée afin d’utiliser la chaleur corporelle de la mère pour lutter contre l’hypothermie des prématurés, dans les pays où il n’y a pas toujours de couveuses à disposition. Le nouveau-né est placé sur la poitrine nue d’un de ses

parents, retenu par une bande de tissu, et va être stimulé par l’odeur, le contact et les mouvements de son parent. Les effets bénéfiques sur le développement des enfants ayant bénéficié de ces soins sont considérables : à dix ans, ils présentent une meilleure réponse au stress, un sommeil plus stable et des troubles de l’attention moins présents. Alors que la médecine moderne a permis d’augmenter le taux de survie des prématurés, ce système particulièrement simple et peu coûteux à mettre en place permettrait de réduire efficacement les risques de séquelles neurologiques et cognitives. R. Feldman, Z. Rosenthal et A.I. Eidelman, Biological Psychiatry, janvier 2014.

L’efficacité du multitâche dépendrait des gènes Human Factors, novembre 2013.

LANGAGE Contrairement à ce que l’on pensait, nous utilisons nos deux hémisphères cérébraux lorsque nous parlons – pas seulement l’hémisphère gauche. Grâce à des électrodes, les chercheurs ont pu observer quelles régions sont activées lorsque nous prononçons des sons. Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles techniques de rééducation fonctionnelle pour les personnes touchées par des troubles du langage, comme l’aphasie. G.B. Cogan et coll., Nature, janvier 2014.

DYSLEXIE Les personnes dyslexiques présentent un déficit de matière grise dans le cerveau. Jusqu’à présent, cette spécificité a été interprétée comme l’une des causes de ce trouble de la lecture. De nouvelles observations faites sur des groupes d’enfants d’âge et de niveau de lecture variés suggèrent qu’elle serait plutôt une conséquence d’une expérience de lecture appauvrie. Les auteurs disqualifient donc l’usage de l’IRM anatomique comme outil de dépistage. A.J. Krafnick et coll., The Journal of Neuroscience, janvier 2014.

SENS Inventés pour aider les aveugles, les appareils de substitution sensorielle transforment des informations visuelles en signaux tactiles ou auditifs. Jusqu’à présent, leur usage a été freiné par leur inconfort. Mais grâce à l’EyeMusic, cela pourrait changer. Ce dispositif traduit les objets en paysages sonores, beaucoup plus agréables à écouter sur une longue durée. Cette approche permet aussi à l’utilisateur de commencer à l’utiliser efficacement en moins de trois heures. S. Abboud et coll., Restorative Neurology and Neuroscience, janvier 2014.

LE MONDE DE L’INTELLIGENCE – N° 35 – MARS/AVRIL 2014

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ACTUS Cerveau

COMMENT NOUS ÉVALUONS (TOUTES) LES DISTANCES Morale

ESKOTOV / FOTOLIA

Agir de manière charitable, tout en retirant des bénéfices personnels, est jugé moins moral que de ne rien faire du tout. Ce phénomène surprenant a pu être étudié par le chercheur George Newman, de l’université Yale, lors d’une campagne initiée par une chaîne de magasins qui annonçait reverser la moitié de ses bénéfices à une association caritative. S’il était mis en avant le fait que la marque gardait 50 % des bénéfices, elle était jugée négativement par une majorité de sondés. Le chercheur a également pu constater que cette opinion peut être inversée dans un second temps, en rappelant qu’au départ, la compagnie n’était pas obligée de donner quoi que ce soit. Ces travaux suggèrent que nous pouvons réagir très négativement si les actes de charité sont perçus comme inauthentiques. Une meilleure connaissance des modalités d’évaluation des comportements altruistes permettrait de proposer des stratégies de communication plus efficaces lors de campagnes de collecte de dons.

ou lointain. Les réactions à ces stimulations ont été observées en temps réel par IRM fonctionnelle. Dans les trois cas, des motifs similaires sont apparus, ce qui indique selon Thalia Weathley, que « le cerveau interprète de la même manière les distances temporelles, spatiales ou sociales. Ce qui est jugé proche, dans les trois cas, active un circuit précis, et ce qui est distant un autre ». De quoi éclairer d’un jour nouveau les métaphores classiques comme “un ami proche” ou un “de lointains souvenirs”… C. Parkinson, S. Liu et T. Wheatley, The Journal of Neuroscience, janvier 2014.

ire Mémo

ER M I R SUPPLES SOUVENIRS DOULOUREUX

G.E. Newman et D.M. Cain, Psychological Science, janvier 2014.

DENCHIK / FOTOLIA

ROBODREAD / FOTOLIA

LA BONNE MANIÈRE D’ÊTRE ALTRUISTE

Lorsque nous évoluons dans notre environnement, qu’il soit physique ou social, nous avons constamment besoin d’évaluer des distances : entre des objets, des évènements, des personnes, etc. De manière surprenante, l’équipe de Thalia Weathley, de l’université Dartmouth, vient de découvrir que notre cerveau appréhende et traite ces différents types de distance de la même manière ! Les chercheurs ont fait visionner à des volontaires des photos sur lesquelles figurent des amis et connaissances, des objets plus ou moins proches les uns des autres, ainsi que des phrases faisant référence à un futur immédiat

12 / LE MONDE DE L’INTELLIGENCE – N° 35 – MARS/AVRIL 2014

Après avoir traversé des évènements particulièrement choquants, de nombreuses victimes peuvent développer un syndrome de stress post-traumatique. Une prise en charge psychothérapeutique est souvent efficace, mais peut parfois se révéler insuffisante, surtout dans le cas d’évènements anciens. Sera-t-il alors possible un jour de faire disparaître les souvenirs les plus douloureux grâce à un médicament ? C’est l’objectif d’une équipe du MIT, qui a déjà testé avec succès sur des souris une molécule appelée inhibiteur HDAC2. Celle-ci provoque une cascade de réactions qui modifie l’expression de certains gènes particulièrement actifs lors de la formation des souvenirs. Les chercheurs ont également constaté une augmentation de l’activité de l’hippocampe, la partie de notre cerveau chargée de former les souvenirs. Chez l’humain, ces effets permettraient ainsi, lors d’une psychothérapie, de rendre plus malléable la partie du cerveau responsable de la mémoire, afin de remodeler les souvenirs traumatisants les plus profonds et les atténuer. J. Gräff et coll., Cell, janvier 2014.


ACTUS Dépression

MIEUX PRÉVENIR LA DÉPRESSION POST-PARTUM

BECAU / GETTY IMAGES

Donner la vie est une expérience physique et psychologique bouleversante, durant laquelle une grande variété de sentiments se développent, et qui peut parfois conduire à une dépression postpartum. Afin d’amélioration la prévention, une étude finlandaise menée sur 500 000 mères indique que les femmes présentant une peur excessive de l’accouchement ont trois fois plus de risques de développer une dépression. Sensibiliser les praticiens à ce sujet est particulièrement important : la dépression post-partum (à ne

pas confondre avec le baby blues qui touche 50 à 80 % des mères) peut avoir des conséquences sévères sur le lien mère-enfant et le développement de ce dernier. D’autant plus que, selon une étude de l’université catholique de Louvain (Belgique), 30 à 50 % des femmes ayant développé une dépression post-partum verront celle-ci évoluer en dépression chronique durant les trois années suivant la naissance. S. Räisänen et coll., BMJ Open, novembre 2013 ; N. Vliegen, S. Casalin et P. Luyten, Harvard Review of Psychiatry, janvier 2014.

MÉMOIRE Les jeunes ont

l’avantage de la précision, pas de la quantité Attention, Perception and Psychophysics, janvier 2014.

DR

Évolution

UNE ZONE CÉRÉBRALE UNIQUE À L’HOMME

Nous sommes à la fois très proches et fondamentalement différents des autres primates. Si ce postulat est couramment admis dans de nombreux domaines, une étude neurologique vient apporter des précisions… et quelques surprises. En effet, ces recherches comparatives menées sur des humains et des macaques révèlent une similitude insoupçonnée dans l’architecture du cortex frontal ventrolatéral, une région impliquée dans les processus cognitifs complexes (langage, flexibilité cognitive, prise de décisions, etc.). Que nous reste-t-il alors de spécifique ? Une meilleure connectivité au sein des zones en charge de l’audition, qui serait impliquée dans notre capacité à comprendre et produire le langage parlé ; et surtout une structure véritablement unique : le cortex préfrontal du pôle frontal latéral, siège de la planification stratégique et des capacités multitâches (en rouge). F.-X. Neubert et coll., Neuron, janvier 2014.

CHIMPANZÉS Des chercheurs ont observé pour la première fois des chimpanzés collaborer en échangeant des signes. Bien que des expériences visant à apprendre le langage des signes à des chimpanzés ont été couronnées de succès, c’est la première fois qu’une étude atteste de l’utilisation de gestes pour communiquer à la fois entre eux et avec un humain. Ces observations illustrent à la fois les capacités cognitives élevées des chimpanzés, et la manière dont la communication a pu évoluer au sein de l’espèce humaine. A.I. Roberts et coll., Nature Communications, janvier 2014.

STRESS S’entourer de gens stressés permettrait de réduire son propre stress. Sarah Townsend, de l’USC Marshall School of Business, a réalisé une expérience de prise de parole en public. Les intervenants les plus stressés s’en tirent mieux lorsqu’ils préparent leur passage avec un collègue aussi stressé qu’eux. Face à une situation stressante, interagir avec quelqu’un qui ressent les mêmes émotions permettrait de mieux les maîtriser. S.S.M. Townsend, H.S. Kim et B. Mesquita, Social Psychological and Personality Science, décembre 2013.

CAFÉINE Bonne nouvelle pour les étudiants (et les autres) ! La caféine, dont on connaît depuis longtemps les effets stimulants, aurait également une action bénéfique sur le processus de consolidation des souvenirs, améliorant ainsi la mémoire à long terme. Mais les chercheurs précisent qu’il est inutile de boire des litres de café. L’efficacité est maximale pour une prise quotidienne de 200 mg de caféine, soit l’équivalent de deux expressos. D. Borota et coll., Nature Neuroscience, janvier 2014.

ANXIÉTÉ La manière dont l’ecstasy (ou MDMA) agit sur le cerveau est encore mal connue. Une récente étude révèle qu’elle réduit l’activité du système limbique, impliqué dans les émotions, ainsi que la communication entre le lobe medio-temporal et le cortex préfrontal médian. Or, ces effets sont inversés chez les personnes souffrant d’anxiété, suggérant une possible utilisation thérapeutique de cette molécule. La MDMA a déjà été testée avec succès sur des patients souffrant d’un syndrome de stress post-traumatique. R.L. Carhart-Harris et coll., Biological Psychiatry, janvier 2014.

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Compétences cognitives, perceptions, relations sociales, émotions… Comment expliquer les différences, supposées ou réelles, entre les hommes et les femmes ? S’agit-il de spécificités “naturelles”, donc purement biologiques ? Ou bien sont-elles le produit de l’éducation et des stéréotypes culturels ? Alors que la question du genre fait désormais l’objet d’un débat de société, notre dossier s’appuie sur les dernières découvertes pour sortir d’une vision réductrice des différences entre les sexes. Les travaux de recherche sur le genre n’imposent pas une représentation figée du masculin et du féminin, au contraire. Les neurosciences révèlent des spécificités cérébrales côté homme et côté femme, mais sans conclure sur la part d’inné et d’acquis. Et les sciences cognitives nuancent la dimension sexuée de nos comportements et aptitudes. De quoi réconcilier Vénus et Mars ?

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DOSSIER

DOSSIER RÉALISÉ PAR SABINE CASALONGA, FABIEN TRÉCOURT ET GILLES MARCHAND

Homme/Femme

Quelles différences ? Sommaire CERVEAU DE VENUS, CERVEAU DE MARS, QUELLES DIFFÉRENCES ?P.16 DIFFÉRENCES HOMMES-FEMMES : UNE AFFAIRE DE “GENRE”

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LA FIN DES STÉRÉOTYPES ?

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Homme/Femme

Quelles différences ? PAR SABINE CASALONGA

Cerveau de Vénus, cerveau de Mars,

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PAR SABINE CASALONGA

quelles différences ? Plus gros, moins dense, mieux connecté… Les différences supposées entre les cerveaux des hommes et des femmes sont l’objet de nombreuses études, parfois très controversées. Si les hormones et les gènes jouent un rôle, il semble difficile de distinguer la part de l’inné et de l’acquis, tant la plasticité cérébrale joue un rôle de premier plan dans les différences individuelles.

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L

e cerveau a-t-il un sexe ? La question n’est pas nouvelle et les réponses s’appuient encore souvent sur de vieux stéréotypes concernant les hommes et les femmes, auxquels les scientifiques ne sont pas toujours hermétiques. Le débat a été relancé en décembre, suite à la forte médiatisation d’une étude révélant des différences de structure entre les cerveaux masculins et féminins. Conduite par Ragini Verma, de l’université de Pennsylvanie, auprès de 949 jeunes adultes, cette étude d’imagerie cérébrale montre que les cerveaux des hommes ont davantage de connexions à l’intérieur de chacun de leurs hémisphères, tandis que celui des femmes présente en moyenne une meilleure connectivité interhémisphères. Des différences plus marquées à partir de l’adolescence, une période où le cerveau se développe beaucoup. Selon les chercheurs, cela suggère, chez les hommes, une coordination facilitée entre perception et action (localisés respectivement à l’arrière et à l’avant du cerveau), et chez les femmes, une meilleure inter-

RAGINI VERMA est maître de conférences au département de radiologie à l’université de Pennsylvanie, États-Unis.

CATHERINE VIDAL est neurobiologiste et directrice de recherche à l’Institut Pasteur, France.

LIDIA ALONSONANCLARES est spécialiste de l’étude microanatomique du néocortex à l’Institut Polytechnique de Madrid, Espagne.

face entre raisonnements logique et intuitif (liés respectivement aux hémisphères gauche et droit). DES STÉRÉOTYPES CONFIRMÉS ? « Les cerveaux masculins ont également une modularité plus élevée, c’est-à-dire que chaque petit réseau de neurones peut fonctionner assez indépendamment des autres, ce qui faciliterait la réalisation de monotâches, alors qu’ils sont davantage interconnectés chez les femmes, ce qui faciliterait le multitâche », précise la scientifique. Un résultat d’autant plus séduisant qu’il va dans le sens de croyances répandues. Les auteurs ont d’ailleurs souligné que leurs observations étayent des études de comportement ayant démontré la

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Homme/Femme

Quelles différences ?

supériorité des femmes lors de tests sur la mémoire verbale et la cognition sociale et celle des hommes pour la perception spatiale. « Cela ne veut pas dire que les femmes n’ont pas les mêmes capacités que les hommes, mais que leur structure cérébrale facilite la réalisation de certaines tâches, souligne Ragini Verma. En outre, certaines avaient une connectivité interhémisphères plus marquée que d’autres ». TOUS DIFFÉRENTS, Y COMPRIS POUR LE CERVEAU. Cette étude, bien qu’elle ne soit pas la première à analyser des différences dans la structure du cerveau selon les sexes, a été fortement critiquée en raison de sa présentation partisane et de l’absence de discussion critique des résultats. « Les auteurs n’évoquent ni les origines possibles des différences observées ni la plasticité cérébrale. Cela a choqué de nombreux scientifiques », affirme Catherine Vidal, neurobiologiste, directrice de recherche à l’Institut Pasteur. Depuis plusieurs années, la plasticité du cerveau, c’est-à-dire sa capacité à se modifier tout au long de la vie, au gré des expériences et de l’apprentissage, n’est plus contestée. Par exemple, après trois mois de pratique du jonglage, il a été observé un épaississement des zones du cortex qui contrôlent la coordination des bras et la vision, puis un rétrécissement, après l’arrêt de l’entraînement. Et si à la naissance nos 100 milliards de neurones sont déjà en place, seulement 10 % sont connectés. De fait, 90 % des connexions neuronales présentes chez l’adulte se forment au cours du développement et sont donc influencées par l’environnement, la culture et les interactions sociales. « Tous les êtres humains ont des cerveaux différents, façonnés selon l’histoire de chacun, poursuit la neurobiologiste. Puisque garçons et filles sont élevés selon des normes sociales différentes, il est évident que leurs cerveaux ne seront pas identiques, mais cela ne signifie pas que ces disparités sont présentes depuis la naissance. » LE RÔLE DES HORMONES SEXUELLES. L’étude américaine est également critiquée pour avoir surinterprété ses résultats. En l’état actuel des connaissances, il n’est en effet pas possible d’établir un lien causal entre l’anatomie cérébrale et des différences cognitives et comportementales. « Ce n’est pas parce qu’une personne a un cortex plus épais dans telle région, qu’elle va être plus douée pour les maths ou plus apte à la délinquance », indique Catherine Vidal. Au-delà de la polémique, que dit la science sur les

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Maladies du cerveau : hommes et femmes ne sont pas égaux En médecine et en psychiatrie, il existerait des différences entre les femmes et les hommes. La maladie de Parkinson et la schizophrénie par exemple, affectent plus d’hommes tandis que la maladie d’Alzheimer et la dépression touchent davantage les femmes. Cela pourrait s’expliquer par des différences hormonales, mais également neurochimiques. La production de certains neurotransmetteurs (dopamine, sérotonine, etc.) – les molécules échangées par les neurones pour communiquer – serait en effet variable selon le sexe. Pour la maladie de Parkinson, caractérisée par une dégénérescence des neurones dopaminergiques dans la zone du cerveau appelée locus niger, les scientifiques soupçonnent un rôle protecteur des œstrogènes, les hormones sexuelles féminines, qui influencent la transmission dopaminergique. De nombreuses pathologies, comme la schizophrénie, la dépression ou encore l’autisme, voient l’implication du système limbique, un vaste réseau d’aires cérébrales qui inclut notamment le thalamus, l’hippocampe et l’amygdale. Or ces zones connaissent là aussi des distinctions entre les sexes, comme le révèle une méta-analyse publiée fin 2013. Des chercheurs de l’université de Cambridge ont décortiqué les résultats de 126 études centrées sur les différences de structure cérébrale entre hommes et femmes. On note effectivement plusieurs zones dont le volume est plus important, en moyenne, chez les femmes (en rouge) – le gyrus inférieur droit, le gyrus frontal médian ou encore le thalamus – et d’autres régions pour lesquelles le volume est plus marqué chez les hommes (en bleu) – le gyrus cingulaire antérieur, l’amygdale ou encore l’hippocampe.

RÉFÉRENCE

n A.N. Ruigrok et coll., A meta-analysis of sex differences in human brain structure, Neuroscience and Biobehavioral Reviews, décembre 2013.

Les études ne permettent pas d’établir un lien causal entre l’anatomie cérébrale et des différences cognitives


RAGINI VERMA, PNAS

cerveaux de Mars et Vénus ? Pour les tenants du déterminisme biologique, certaines différences entre les sexes sont innées. Il est vrai que le cerveau masculin est plus grand en moyenne que celui des femmes, tout comme le reste de leur anatomie, même si cela n’a rien à voir avec l’intelligence. Par ailleurs, hommes et femmes ont des chromosomes sexuels distincts (XY et XX respectivement) qui contrôlent leur développement hormonal et physiologique. Or les hormones sexuelles et certains gènes influencent le développement du cerveau. « La seule dissimilitude entre les sexes concerne une petite zone du cerveau, l’hypothalamus, qui plus tard sera impliqué dans les fonctions de reproduction », affirme Catherine Vidal. PAS DE RÉSULTATS CONCLUANTS. De nombreuses études ont pourtant suggéré des disparités dans la taille ou la densité neuronale de certaines régions, comme les aires du langage, suspectées plus grandes chez les femmes. D’autres suggèrent que celles-ci auraient plus de matière grise (le corps des neurones) et les hommes plus de matière blanche (les fibres reliant les neurones). Ou encore un cerveau moins asymétrique que les hommes, c’est-à-dire une moindre spécialisation de l’hémisphère gauche pour le langage et de l’hémisphère droit pour le traitement visuospatial. Cependant la plupart de ces travaux manquent de puissance statistique. À titre d’exemple, une étude de 1982 avait suggéré que les femmes avaient un corps

Connectivité accrue entre l’avant et l’arrière au sein d’un même hémisphère chez les hommes (en haut) et entre l’hémisphère gauche et droit chez les femmes (en bas). Attention, ce graphique représente des probabilités de connexions entre différentes régions du cerveau, obtenues par la technique d’IRM du tenseur de diffusion, non comparables à des données anatomiques réelles.

calleux – le faisceau d’axones reliant les deux hémisphères – plus épais, suggérant une plus grande facilité à effectuer plusieurs tâches à la fois. Cependant, lorsque cinquante études similaires portant sur 2 000 personnes sont passées au crible, aucune différence significative entre les sexes ne demeure. Des nuances à une échelle plus fine sont aussi suspectées. En analysant des échantillons sous microscope électronique, une équipe espagnole a montré que le nombre de synapses, les jonctions entre les neurones, est significativement plus élevé dans le cortex temporal des hommes que dans celui des femmes. « La partie antérieure du néocortex temporal est impliquée, entre autres, dans les processus sociaux et affectifs, souligne Lidia Alonso-Nanclares de l’Institut Cajal à Madrid. Cependant, nous ne connaissons pas la signification fonctionnelle d’une telle variation de densité synaptique ». On l’a compris, ce n’est donc pas dans les replis du cerveau que la “guerre des sexes” doit avoir lieu... ●

RÉFÉRENCES

n M. Ingalhalikar et coll., Sex differences in the structural connectome of the human brain, PNAS, janvier 2014. n C. Vidal, The sexed brain : between science and ideology, Neuroethics, juin 2011. n C. Vidal, Hommes, femmes : avons-nous le même cerveau ?, Éditions Le Pommier, 2012. n L. Alonso-Nanclares et coll., Gender differences in human cortical synaptic density, PNAS, septembre 2008. n K.P. Cosgrove, C.M. Mazure et J.K. Staley, Evolving knowledge of sex differences in brain structure, function and chemistry, Biological Psychiatry, octobre 2007. n K.M. Bishop et D. Walhsten, Sex differences in the human corpus callosum : myth or reality ?, Neuroscience & Biobehavioral Reviews, septembre 1997.

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Homme/Femme

Quelles différences ? PAR FABIEN TRÉCOURT

Différences hommes-femmes :

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Alors que la polémique sur le genre n’en finit pas d’enfler depuis le début de l’année, un peu de recul est nécessaire. Les travaux de recherche qui s’intéressent à ce sujet ne peuvent être réduits à une théorie ; ils consistent au contraire à douter de toute représentation du masculin et du féminin plutôt que d’en imposer une.

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PAR FABIEN TRÉCOURT

une affaire de “genre”

R

arement un projet pédagogique n’a déclenché de tels débats. Expérimenté dans six cents classes d’écoles maternelles et primaires, l’“ABCD de l’égalité” con naît depuis le mois de janvier 2014 une notoriété inattendue. Censé lutter contre les inégalités entre filles et garçons, notamment en termes de choix professionnels, ce programme déclenche de vives réactions : vise-t-il à supprimer toute distinction entre les sexes ? Alors que de nombreux experts et commentateurs s’attachent à dépassionner le sujet, il est indispensable de revenir sur les principaux enseignements de ce champ de recherche. BIOLOGIE ET CULTURE. Les différences entre hommes et femmes ne vont pas de soi et peuvent être remises en question : telle est la façon la plus simple de résumer les études de genre. Contrairement aux idées reçues, les chercheurs qui travaillent sur ce concept ne récusent pas l’existence de toute identité sexuée ; et ils n’admettent pas forcément un clivage entre nature biologique et stéréotypes culturels… Ces deux écueils passent à côté de l’essentiel. Aucune “théorie du genre” ne fait l’unanimité, de même que nulle “sociologie du nombre” ne s’imposerait aux mathématiciens par exemple… Si un philosophe étudie les différentes conceptions du bien et du mal, cela ne présage pas de ce que lui-même pense en matière de morale. La situation est la même pour le genre : c’est le sexe en tant qu’objet d’étude, et non plus comme donnée empirique au-dessus de toute critique. C’est un ensemble de questions en lieu et place de réponses toutes faites. « ON NE NAÎT PAS FEMME… ». Tel est l’état d’esprit de la philosophe Simone de Beauvoir lorsqu’elle publie Le deuxième sexe en 1949, une œuvre fondamentale pour le féminisme et les études de genre. Elle y avance que les différentes conceptions du soi-disant sexe faible ne sont pas immuables : l’instinct maternel, la passivité ou encore la coquetterie résulteraient de choix de vie, tantôt assumés par les femmes, tantôt imposés par un système jugé patriarcal.

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Homme/Femme

Quelles différences ?

Entretien avec Fabienne Brugère, philosophe, auteur de La politique de l’individu (Seuil, 2013). Comme expliquez-vous que le “genre” soit devenu aussi polémique ? Le genre est anglo-américain. Ce n’est pas à négliger. Autant la culture française assimile facilement les termes anglo-américains mainstream, autant elle est méfiante à l’égard des importations intellectuelles au nom d’une tradition universaliste qu’elle pense représenter. Mais il faut aller plus loin. D’un côté, il existe un travail intellectuel qui construit des thèses sur le genre, généralement en lien avec des politiques féministes, et dans un univers de recherche mondialisé. De l’autre, se déploie une parole politique avec ses tribunes, ses partages entre droite et gauche de gouvernement ; l’horizon est franco-français et porte sur l’égalité femmes/hommes

dans toutes les sphères de vie. Le genre peut alors valoir comme un outil proposé par les expertises des sciences humaines et sociales pour réaliser cette égalité.

Quelle politique serait inspirée par ces travaux par exemple ? Une “politique de l’individu”, par exemple, est une manière de repenser l’universel sur le terrain de l’égalité des sexes. Chaque être humain doit être traité dans la République française comme un individu à part entière, indépendamment des partages sexués. Dans l’idéal, il y a un après le féminisme, lorsque les femmes pourront exprimer des préférences ou des choix au même titre que les hommes, en rencontrant les mêmes obstacles. Pour aller dans ce sens, il est nécessaire d’œuvrer dans trois directions : une égalité professionnelle, une parité de représentation (et pas seulement dans les

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milieux politiques), une reconnaissance de tout ce qui relève du soin ou de l’association avec la sphère domestique (s’il faut féminiser de nombreux métiers, il faut également en masculiniser d’autres comme ceux associés à l’enfance, à l’éducation).

L’imaginaire lié au masculin et au féminin – les récits de prince et de princesse, les images de virilité et de douceur… – pourrait-il disparaître à moyen ou long terme ? Je n’ai rien contre l’imaginaire lié au masculin et au féminin, les contes de Grimm ou de Perrault. Mais, quand la fiction est transportée dans la réalité et impose des stéréotypes, ce n’est pas la même chose et cela devient violent pour les individus obligés de réaliser tel ou tel destin. C’est alors l’oubli de la liberté. C’est d’ailleurs à nous adultes d’apprendre aux enfants la différence entre le jeu et la réalité !

DR

« Le genre, un concept au service de l’égalité des sexes »


« On ne naît pas femme, on le devient », résume-t-elle en une formule restée célèbre. Cet adage exprime moins une opposition entre la nature et la culture – contrairement à une idée reçue – qu’entre l’essence et l’existence. Simone de Beauvoir s’inscrit dans la même veine existentialiste que le philosophe Jean-Paul Sartre, estimant que la liberté individuelle supplante toute forme de déterminisme – biologique, psychologique, économique… De ce point de vue, chaque individu devrait assumer ce qu’il veut faire de sa vie plutôt que de se conformer à des idées préconçues, sur le masculin et le féminin en l’occurrence. LES PREMIÈRES GENDER STUDIES. Paradoxalement, Simone de Beauvoir considère à la fois que les stéréotypes de genre devraient disparaître et que des différences entre les sexes puissent persister. Cette ambivalence se retrouve au cœur des mouvements féministes et des recherches américaines qui, s’inspirant de la “french theory”, formalisent les gender studies dans les années 1950 et surtout 1960. En 1968, le psychanalyste américain Robert Stoller avance ainsi qu’il y a certes des mâles et des femelles, mais qu’il n’existe pas pour autant de réelles correspondances entre le corps humain et l’identité individuelle. Cette idée est prolongée par la sociologue britannique Anne Oakley : s’inspirant des travaux de l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, elle estime que les différences biologiques relèvent de la nature, tandis que les stéréotypes sexués seraient d’ordre culturel. Le concept de “genre” devient alors un outil pour analyser les rapports sociaux entre les sexes, abstraction faite des réalités physiologiques qui leur servent de points d’appui. Dans les années 1990, cependant, de nombreux universitaires font un pas de plus et affirment que même le sexe biologique n’est pas au-dessus de tout soupçon. La philosophe américaine Judith Butler écrit ainsi dans Trouble dans le genre que, « si l’on mettait en cause le caractère immuable du sexe, on verrait peut-être que ce que l’on appelle “sexe” est une construction culturelle au même titre que le genre ; en réalité, peut-être le sexe est-il toujours déjà du genre et, par conséquent, il n’y aurait plus vraiment de différence entre les deux ». LA FABRIQUE DU SEXE. L’historien américain Thomas Laqueur estime par exemple dans La fabrique du sexe que, jusqu’au XVIIIe siècle, les savants n’en avaient pas la même conception qu’aujourd’hui : le corps était généralement perçu comme “unisexe”, le féminin et le masculin étant alors considérés comme de simples variations, au même

Idéologique hier, le genre tend à devenir un concept parmi d’autres, une catégorie d’analyse utile pour la recherche

titre que la couleur des yeux par exemple. Ce n’est qu’à partir de l’époque moderne que nous serions passés à une vision bisexuée, fondée sur la différence biologique entre mâle et femelle. Les chercheurs restent divisés, les uns considérant que toute distinction de genre est remédiable, les autres objectant que certaines différences sont irréductibles. Un exemple : de nombreux rapports montrent que, statistiquement, les filles souffrent davantage du tabagisme passif que les garçons. Pour certains médecins, endocrinologues ou pédopsychiatres par exemple, l’explication est métabolique : les corps masculins et féminins réagiraient différemment, pour des raisons hormonales notamment. Des études de genre ont cependant critiqué la méthodologie de ces enquêtes : la différence observée tiendrait au fait que les filles sont plus souvent confinées à la maison que les garçons. Le débat se poursuit et permettra in fine une meilleure appréhension du masculin et du féminin. UNE CATÉGORIE UTILE. Aujourd’hui cependant, ces travaux se sont largement émancipés du contexte de lutte pour les droits des femmes qui leur a donné naissance. Le genre est considéré comme une variable intéressante et révélatrice, au même titre que l’appartenance à une classe sociale, la couleur de la peau ou encore le lieu de naissance par exemple. De plus en plus d’universitaires – dit intersectionnalistes – considèrent que c’est la conjugaison de tous ces paramètres qui permet de mieux comprendre la société. De ce point de vue, si le genre n’explique pas tout, il serait cependant réducteur d’en occulter les effets. Idéologique hier, il tend à devenir un concept parmi d’autres, une catégorie d’analyse utile pour la recherche sur les mécanismes d’assignation sociale et les discriminations. Une idée comme une autre, en somme. ●

RÉFÉRENCES

n S. de Beauvoir, Le deuxième sexe, Gallimard, 1949. n T. Laqueur, La fabrique du sexe, Gallimard, 2005. n J. Butler, Trouble dans le genre, La Découverte, 2005. n L. Bereni et coll., Introduction aux études sur le genre, De Boeck, 2012.

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Homme/Femme

Quelles différences ? PAR GILLES MARCHAND

La fin des Les femmes seraient plus coopératives, tandis que les hommes auraient un esprit de compétition. Ce cliché n’est qu’un exemple des multiples stéréotypes qui circulent sur les différences, réelles ou fantasmées, entre les deux sexes. Sont-ils confirmés par les sciences cognitives ? De multiples travaux révèlent désormais une réalité plus nuancée.

S

’il y a si peu de femmes dans les filières d’études et les carrières scientifiques, la raison est simple : elles sont tout simplement moins douées que les hommes pour les mathématiques et les sciences. Ce stéréotype de genre, probablement l’un des plus répandus, a donné lieu à de multiples études depuis 1999, date à laquelle une théorie a été proposée : celle de la “menace de stéréotype”. Le cliché voulant que « les hommes sont meilleurs en maths que les femmes » provoquerait chez ces dernières une baisse de confiance en leurs propres capacités dans ce domaine – ce qui confirmerait le stéréotype. Un cercle vicieux qui s’apparente à une prophétie autoréalisatrice, autre concept majeur en psychologie sociale. Les politiques publiques se sont donc attachées, notamment aux États-Unis, à combattre ce cliché de genre pour faciliter l’accès des femmes aux carrières scientifiques. Or une récente étude vient bousculer ces nobles intentions. En analysant les études portant sur la menace du stéréotype, David Geary, de l’université du Missouri, a découvert de nombreuses faiblesses statistiques et méthodologiques, remettant ainsi en question l’explication communément admise : si les représentants du sexe féminin réussissent en moyenne moins bien en maths que leurs homologues masculins, ce ne serait donc pas dû à la menace du stéréotype. « Alors que

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stéréotypes ? JOSTEIN HOLMEN est professeur au département de santé publique de l’université norvégienne de sciences et de technologie, Norvège. SIMONE SHAMAYTSOORY est directrice du laboratoire des neurosciences sociales et affectives de l’université d’Haïfa, Israël.

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de nombreux programmes éducatifs ont été mis en œuvre pour résoudre ce problème, celui-ci a persisté, précise le chercheur. Nous croyons désormais qu’il se situe ailleurs. » LE CLICHÉ DU DÉSIR SEXUEL. Cet exemple confirme la difficulté à distinguer le vrai du faux dans les multiples stéréotypes de genre, ainsi que l’ampleur du travail qui attend les scientifiques. Plusieurs clichés ont déjà été battus en brèche, notamment en ce qui concerne le désir et les relations sexuelles. L’exégèse des études menées sur ce sujet remet en question l’idée d’une différence marquée dans les comportements et attentes selon le sexe. Ainsi, le clivage plaçant du côté des hommes l’excitation, l’extraversion et l’obsession sexuelle, et associant aux femmes la pudeur, la douceur et le contrôle de soi, ne résiste pas à l’analyse des comportements. Les chercheurs à l’origine de ce travail ont relevé soit de modestes différences de genre, soit une absence complète de différence. Un autre stéréotype a été récemment remis en question par d’autres travaux. Une analyse portant sur plus de cinquante ans de recherche ne confirme pas que les hommes soient systématiquement moins coopératifs que les femmes. Dans un contexte d’intérêt collectif, ils s’impliquent tout autant et interagissent avec les autres pour le bien commun.

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Homme/Femme

Quelles différences ?

Perception

L’homme à l’affût  !

Les deux sexes ne voient pas le monde de la même manière – littéralement. D’après des travaux centrés sur la perception de l’espace et des couleurs, les centres cérébraux en charge des informations visuelles fonctionnent de façon différente selon les sexes. En cause, des mécanismes neurobiologiques qui reposent sur les hormones sexuelles. Ainsi, on trouve dans le cortex cérébral une forte concentration de récepteurs aux androgènes (hormones mâles),

en particulier dans le cortex visuel. Les androgènes – notamment la testostérone – sont également responsables du développement neuronal dans cette même zone, provoquant une augmentation de 25 % du nombre de neurones chez les hommes. Conséquences ? Les hommes seraient meilleurs dans la perception des détails et le repérage de déplacements et changements rapides dans les scènes visuelles, tandis que les

femmes auraient l’avantage dans la discrimination des couleurs. Ce n’est pas la première fois que de telles différences sont mises en évidence en ce qui concerne les cinq sens. Les femmes auraient notamment une ouïe et un odorat plus développés, ainsi qu’un toucher plus sensible. Pour les chercheurs, suite à la mise en évidence de ces nuances sensorielles, il reste désormais à en comprendre les raisons d’un point de vue évolutionniste.

RÉFÉRENCE

n I. Abramov et coll., Sex & vision I : spatio-temporal resolution ; Sex and vision II : color appearance of monochromatic lights, Biology of Sex Differences, septembre 2012.

L’homme plus volage Les hommes sont-ils incapables de résister à la tentation ? D’après de nombreuses enquêtes, ils seraient plus nombreux que les femmes à s’engager dans des aventures extraconjugales. Une étude récente, menée par des chercheurs de l’université du Texas, indique qu’ils ressentiraient de plus fortes envies sexuelles, alors qu’on a longtemps pensé qu’un manque de self-control était en cause. Une autre étude, sous la houlette de chercheurs de l’université McGill, apporte de nouveaux éléments. Hommes et femmes seraient “programmés” différemment face aux tentations. Suite à un échange avec un(e) célibataire séduisant(e), ils réagissent différemment. Ainsi, les hommes ont tendance à considérer leur conjointe d’une façon plus négative après avoir rencontré une jolie célibataire, alors que les femmes chercheraient davantage à renforcer leur relation de couple après avoir discuté avec un homme charmant et libre. Pour les chercheurs, les deux sexes

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Tentation


ANA BLAZIC PAVLOVIC/FOTOLIA

La femme hypermnésique

Mémoire

ne considèrent pas de la même façon les conséquences d’un flirt : à la différence des femmes, les hommes ont moins tendance à estimer que ce comportement menace leur couple. Mais les scientifiques ne pensent pas pour autant qu’ils soient incapables de résister à la tentation. « Si un homme croit qu’une jolie femme célibataire présente un risque pour sa relation, il va essayer de protéger son couple », confirme John E. Lyon, principal auteur de l’étude. Bref, les hommes peuvent apprendre à résister aux tentations, notamment quand ils estiment que le jeu n’en vaut pas la chandelle…

Il n’est pas rare d’entendre une femme se plaindre de l’oubli, par son conjoint, de leur anniversaire de mariage. Les hommes auraient-ils une mémoire moins performante ? Sur un sujet encore très peu exploré, une étude de grande ampleur – menée sur 48 000 adultes – apporte des premiers éléments d’information. Les participants ont été interrogés sur plusieurs éléments : ont-ils souvent des problèmes de mémoire ? Peuvent-ils se rappeler ce qu’ils ont fait un an plus tôt ? Ont-ils des difficultés à se souvenir des détails de conversations ? Quasi systématiquement, les femmes déclarent moins de problèmes que les hommes. Plus exactement, elles connaissent les mêmes difficultés, mais celles-ci sont moins marquées – en dehors des noms et des dates, qui sont un défi récurrent pour les deux sexes. Comment expliquer que les hommes aient, à première vue, de moins bonnes capacités mnésiques ? « À l’heure actuelle, nous ne pouvons pas expliquer cette différence entre les genres », explique Jostein Holmen, chercheur à l’université norvégienne de sciences et de technologie. L’une des hypothèses – une prévalence plus élevée de problèmes cérébro-vasculaires chez les hommes seniors, qui impacte le fonctionnement cognitif – n’a pas été confirmée, d’autant plus que la supériorité des femmes se retrouve même chez les plus jeunes. Jostein Holmen tient aussi à nuancer la portée de ses résultats : « Notre étude évalue des problèmes de mémoire subjectifs, basés sur les déclarations. Il faut désormais utiliser des tests objectifs pour les confirmer. Et les différences entre les sexes restent modestes. »

RÉFÉRENCE

n J. Holmen et coll., Gender differences in subjective memory impairment in a general population : the HUNT study, Norway, BMC Psychology, octobre 2013.

RÉFÉRENCE

n J.E. Lyon et coll., If-then contingencies and the differential effects of the availability of an attractive alternative on relationship maintenance for men and women, Journal of Personality and Social Psychology, juillet 2008.

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Homme/Femme

Quelles différences ?

L’intensité feminine ! Émotions

Qu’il s’agisse de colère, de peur, de mépris ou encore de tristesse, les femmes ressentent tous les types d’émotions plus intensément que les hommes. C’est ce qui ressort de multiples études sur le sujet (voir Le monde de l’intelligence n° 25, 2012). D’autres travaux s’intéressent cette fois au contexte dans lequel les émotions vont s’exprimer. L’un des centres d’intérêt porte sur la coopération mutuelle, l’un des ciments du couple. Une étude menée par des chercheurs de l’université d’Arizona révèle des différences de genre étonnantes. Ainsi, lors d’une phase de coopération entre les deux membres du couple, les réactions émotionnelles sont opposées. Les hommes ont tendance à s’ajuster aux émotions de leur conjointe – si celle-ci manifeste de la joie, son compagnon sera également dans une humeur positive –, tandis que les femmes ont tendance à exprimer… l’inverse ! Prenons l’exemple bien connu du shopping du samedi. Une femme essaie un chemisier, sort de la cabine pour demander l’avis de son conjoint. Si celui-ci exprime de l’enthousiasme, cette émotion ne sera pas communicative, elle peut au contraire déclencher l’effet opposé. Bien qu’il reste à comprendre les causes d’un tel décalage émotionnel entre les sexes, les chercheurs avancent une hypothèse : les hommes auraient tendance à s’adapter inconsciemment aux émotions de leur partenaire afin d’éviter un possible conflit, ou pour résoudre rapidement un problème. Une attitude qui serait perçue par leur conjointe comme un manque d’honnêteté, déclenchant ainsi l’émotion inverse.

RÉFÉRENCE

n A.K. Randall et coll., Cooperating with your romantic partner : associations with interpersonal emotion coordination, Journal of Social and Personal Relationships, décembre 2013.

Rapport au pouvoir

Une inégalité culturelle ?

Peu à peu, les femmes commencent à accéder à des postes élevés dans la hiérarchie des entreprises, surmontant la fatalité du fameux “plafond de verre”. Pour autant, les bénéfices d’une position enviable ne sont pas les mêmes pour les deux sexes. D’après les travaux d’un sociologue de l’université de Toronto, l’association d’une autorité managériale et d’une plus grande autonomie professionnelle est bien

plus forte chez les hommes. Ceux-ci ont tendance à se percevoir plus autonomes et influents, de par leur statut social, que leurs homologues féminins. Ils ressentent une plus grande liberté de prise de décision, et estiment peser davantage sur les résultats de l’entreprise. L’âge des leaders, contrairement au genre, ne semble pas influencer leurs perceptions. Cette étude, menée en interrogeant de

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nombreux salariés canadiens, confirme donc que l’égalité professionnelle entre femmes et hommes n’est pas encore atteinte, même à niveau de responsabilité équivalente. Si chez les hommes, le triptyque “position hiérachique-autonomie-revenus” est marqué par sa cohérence, il n’en est toujours pas de même chez les femmes : même en position de leadership, elles ont moins de marge


La compétition au masculin

ANTONIO GRAVANTE/ALTANAKA/FOTOLIA

Relations sociales

La fameuse “hormone de l’attachement”, l’ocytocine, n’en finit pas de jouer sa petite musique dans les relations affectives et sociales (voir Le monde de l’intelligence n° 34, 2014). En fonction du contexte, et différemment selon le genre, elle va accentuer certains comportements. Ainsi, chez les hommes, elle renforce la capacité à identifier les rapports de force et la compétition, tandis que chez les femmes, elle permettrait de mieux repérer les relations de parenté. « Ces découvertes vont dans le même sens que de précédentes études sur les différences sociales entre les sexes : les femmes ont tendance à être davantage tournées vers la famille et le collectif, tandis que les hommes seraient plus enclins à entrer en compétition et à se battre pour améliorer leur statut social », décrypte Simone Shamay-Tsoory, du département de psychologie de l’université d’Haïfa. Les deux sexes réagissent donc différemment sous l’effet de l’ocytocine, celle-ci ayant tendance à renforcer des comportements constatés par ailleurs.

Pour les chercheurs, c’est donc la preuve que les différences comportementales observées entre hommes et femmes ne relèvent pas uniquement de schémas éducatifs et culturels intériorisés peu à peu. « Nos résultats coïncident avec la théorie selon laquelle les différences sociales et comportementales entre hommes et femmes dépendent d’une combinaison de facteurs culturels, mais aussi biologiques, et notamment hormonaux », estime Simone Shamay-Tsoory.

RÉFÉRENCE

n M. Fischer-Shofty, Y. Levkovitz et S.G. Shamay-Tsoory, Oxytocin facilitates accurate perception of competition in men and kinship in women, Social Cognitive and Affective Neuroscience, mars 2012.

de manœuvre et gagnent moins d’argent que leurs homologues masculins. Les bénéfices de l’autorité connaissent donc, encore et toujours, des différences de genre.

RÉFÉRENCE

n S. Schieman, M.H. Schafer et M. McIvor, The rewards of authority in the workplace : do gender and age matter ?, Sociological Perspectives, avril 2013.

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Qu’est-ce que l’anthropologie cognitive ? Difficile de donner une définition stricte et concise de l’anthropologie, tant ce domaine est composé de courants variés et parfois opposés. Mais tous ont pour point commun l’étude de l’Homme au travers de ses multiples pratiques : artistiques, religieuses, politiques, économiques, etc. L’anthropologie fait appel à de

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nombreuses disciplines : ethnologie, sociologie, archéologie, géographie… et sciences cognitives. C’est sur ce dernier point que Maurice Bloch se distingue, en menant des recherches originales. Par exemple, après avoir fait passer des tests cognitifs à des enfants malgaches, il demande aux villageois d’interpréter eux-mêmes les résultats de ces expériences, afin de recueillir leur point de vue sur le fonctionnement de l’esprit. Point de vue qui se révèle étonnamment proche de celui de chercheurs en psychologie !


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Découvertes fondamentales PAR VICTOR HAUMESSER

MAURICE BLOCH

Faire dialoguer l’anthropologie et les sciences cognitives

L’anthropologie et les sciences cognitives s’opposent depuis trop longtemps. C’est en tout cas ce que déplore l’anthropologue Maurice Bloch dans son livre L’Anthropologie et le Défi Cognitif (Odile Jacob, 2013). Pourtant, nombreux seraient les sujets à propos desquels ces deux domaines pourraient se nourrir mutuellement – la mémoire, le soi, la perception du temps, etc. –, avec un but commun : appréhender l’esprit humain dans toute sa spécificité.

MAURICE BLOCH est professeur d’anthropologie à la London School of Economics and Political Science. En 2006, il a été invité par le collège de France à assurer un cycle de cours sur l’anthropologie cognitive.

Vous êtes anthropologue, comment en êtes-vous venu à vous intéresser aux sciences cognitives ? J’ai été invité très tôt dans mon parcours à donner des cours à l’université de Californie à Berkeley, et je me suis intéressé là-bas à la linguistique. À cette époque se préparait un changement fondamental, sous l’influence des idées de nombreux universitaires, dont Noam Chomsky (célèbre linguiste et philosophe américain, N.D.L.R) est le plus célèbre représentant. Leur idée était d’intégrer à la linguistique, associée alors aux sciences humaines, les apports des sciences naturelles : neurosciences, psychologie cognitive, etc. Cette “révolution cognitive” a radicale-

ment transformé la linguistique et m’a fait comprendre que l’anthropologie pourrait elle aussi profiter de ces apports. Mais l’anthropologie aux États-Unis notamment était, et cela depuis très longtemps, réfractaire aux sciences naturelles. On pourrait même dire farouchement opposée !

Cette opposition dont vous parlez, d’où vient-elle ? Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut savoir que la formation de l’anthropologie a été très influencée par Darwin et la théorie de l’évolution. Au départ, l’anthropologie se voulait une science naturelle parmi d’autres, qui expliquerait les différences entre les

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peuples contemporains, ou anciens, en termes d’avancement ou de progrès. Une telle science intégrait l’étude des coutumes, des modes de vie et des langues des différents peuples avec des observations morphologiques : taille, poids, volume et forme du crâne, etc. D’ailleurs, au milieu du xixe siècle, Paul Broca, qui a donné ses lettres de noblesse à la neuroanatomie, était considéré à la fois comme médecin et anthropologue. Bien que les théories des premiers anthropologues évolutionnistes aient été fort variées, aux États-Unis et dans certains pays européens une forme d’évolutionnisme se développa. Il attribuait en grande partie les différences de degré de “progrès” des groupes humains à des facteurs innés. Ces théories ont conduit à certaines dérives racistes et à des idéologies eugénistes, menant même certains anthropologues à soutenir le nazisme. Au cours du xxe siècle, en réaction à ces tendances, l’anthropologie va abandonner toute notion de progrès et d’évolution et souligner l’importance de la culture en l’opposant à l’inné : l’anthropologie devient culturaliste. La critique théorique de l’anthropologie évolutionniste est donc aussi une critique politique. C’est cette combinaison qui explique la violence de la confrontation. Après la Deuxième Guerre mondiale, l’anthropologie sociale et culturelle rejeta radicalement toute influence des phénomènes biologiques, et toute notion affirmant que certains groupes seraient plus ou moins “avancés” que d’autres.

Est-ce que ce ne serait pas également un quiproquo sur le concept même d’évolution ? Tout à fait. Historiquement, évolution biologique et notion de progrès ont rapidement été amalgamées, alors qu’elles n’ont rien en commun. Mais il faut dépasser cette question : opposer le biologique et le culturel chez les humains est une erreur. Ces deux aspects nous façonnent simultanément. Tout chez l’humain est à la fois culturel et naturel. Nous sommes le produit de nos gènes et de nos interactions avec notre environnement comme tous les autres animaux. Mais nous nous créons aussi les uns les autres par la communication et par les interactions sociales. L’histoire humaine ne suit pas une trajectoire unique et prédictible comme le croyaient les premiers anthropologues évolutionnistes. Nous sommes tous pris dans une immense conversation : situés spatialement et temporellement à des endroits précis de cette conversation, nous sommes continuellement façonnés, non seulement par ceux qui nous entourent, mais aussi par des personnes qui ont existé

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Découvertes fondamentales

il y a très longtemps. Cette création par l’histoire est la spécificité la plus importante de l’espèce humaine. Si nous oublions cela, nous ne pouvons pas espérer comprendre ce que sont les êtres humains. Mais souligner cet aspect n’implique aucunement qu’il faille oublier que nous sommes aussi des animaux et que la nature de notre esprit, comme celle de notre corps, doit être à tout moment prise en compte.

Vous proposez donc d’unir anthropologie et sciences cognitives. Prendre en compte le fonctionnement de notre cerveau nous permettrait de réexaminer les apports de l’anthropologie. En quoi consistent-ils ? Quelles sont leurs limites ? Ce que je propose n’est en aucune manière une sous-estimation de la valeur des travaux accomplis en anthropologie classique. Pour moi, les sciences cognitives nous permettent avant tout de placer, dans le cadre plus large des sciences du vivant, ce que l’anthropologie nous a déjà appris.


Une perception universelle du temps ? Les anthropologues ont rapporté de nombreux discours sur la perception du temps, mais ces discours, ces “philosophies du temps” en quelque sorte, ne sont pas nécessairement à la base de la manière dont nous agissons en tant qu’humains. L’étude du peuple Nuer, au Soudan, par l’anthropologue Edward Evan Evans-Pritchard (1940) en est un bon exemple. La vie des Nuer s’organise en fonction de deux saisons, une sèche et une humide, qui les obligent à alterner entre l’élevage et l’agriculture. Les Nuer ont un discours concernant cette alternance qui a été interprété par Edward Evan Evans-Pritchard comme une démonstration d’un fonctionnement cognitif où le temps serait cyclique. Mais de nombreuses études en sciences cognitives tendent à montrer une notion universelle du temps qui serait à la base de tout raisonnement et de toute idée de causalité. Ces observations nous incitent à réinterroger les données d’ Edward Evan Evans-Pritchard et à mettre en relation ces différents niveaux de connaissance. La coopération entre les sciences cognitives et l’anthropologie n’est pas une question de choix entre ces niveaux, mais une combinaison entre différentes conclusions.

RÉFÉRENCE

n E.E. Evans-Pritchard, The Nuer : a description of the modes of livelihood and political institutions of a nilotic people, Clarendon Press, 1940.

Par exemple, les anthropologues examinent essentiellement les processus sociaux et les pratiques. Les sciences cognitives permettent de réfléchir à la nature même des concepts produits par notre cerveau, qui sont activés et utilisés au cours de ces processus. Cette complémentarité d’approches s’applique aussi à des sujets classiques en anthropologie, comme la mémoire ou la perception du temps (voir l’encadré), pour lesquels les connaissances de différentes sciences peuvent se combiner. Nous ne devons jamais oublier que les processus mentaux, du développement, du corps, du social, de l’historique même forment un ensemble simultané chez l’homme. Aucune étude ne peut se permettre d’oublier cette unité.

Peu de chercheurs font cet effort. Pourquoi ? Ces disciplines parlent du même sujet, l’humain, mais leur point de vue est complètement différent. Les anthropologues se basent sur l’observation des humains, souvent issus de cultures très variées,

Un psychologue qui irait chez les Pygmées sans avoir intégré profondément leur culture, produirait un travail sans valeur mais dans le contexte de leur vie quotidienne. Les anthropologues vivent, partagent, mangent avec ceux qu’ils étudient : c’est bien la dernière chose qu’un chercheur en sciences cognitives voudrait faire. Au contraire, ces derniers effectuent leurs recherches dans des laboratoires où l’on demande au sujet des tâches très éloignées de leurs activités quotidiennes. Dans la recherche anthropologique, l’agenda est dicté par le sujet. En psychologie cognitive, c’est le chercheur qui en est le maître. L’anthropologue se base sur les discours explicites de ceux qu’ils étudient alors que le psychologue recherche le savoir implicite, normalement non exprimé. Mettre en relation ces différentes données correspond à ce que je cherche à faire. Mais la difficulté est grande tant les résultats sont de nature différente. Les chercheurs en sciences cognitives recherchant plutôt un implicite commun au genre humain, ils vont avoir tendance à minimiser les variations individuelles. Les anthropologues par contre s’intéressent avant tout à la variabilité des cultures et des sociétés. Encore une fois, il est tout à fait bénéfique de combiner ces deux tendances, mais, dans la pratique, en faire la synthèse est souvent difficile.

Concrètement, comment ces deux domaines peuvent-ils coopérer ? Les psychologues doiventils devenir des anthropologues et vice versa ? Trouver une méthodologie commune aux deux disciplines ne me paraît pas souhaitable. Un chercheur en psychologie qui irait sur le terrain, chez les Pygmées du Cameroun par exemple, sans avoir intégré profondément leur culture et en comptant réaliser le même type d’expérience qu’en laboratoire, produirait un travail sans valeur. Et cela pour un certain nombre de raisons, en particulier parce qu’il aurait importé une problématique qui n’a pas grand sens pour les individus qu’il étudie. Il y a eu ce genre d’études, mais l’anthropologie au cours de son histoire a appris le danger d’une telle approche. Mieux vaut que notre psychologue s’inspire des

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Découvertes fondamentales

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Cerveau et culture de l’écrit

travaux anthropologiques pour réfléchir à l’influence de la spécificité culturelle sur l’interprétation des résultats de ses tests. Nous pouvons donc travailler ensemble, non pas en devenant les uns les autres, mais en essayant de comprendre la nature des travaux des uns et des autres. Ensuite, nous pourrons utiliser ces connaissances pour briser les préjugés qui nous limitent dans nos domaines respectifs.

Du côté des sciences cognitives, quelles sont ces limites ? Prenons un exemple. Les sciences cognitives et les sciences naturelles se sont récemment beaucoup intéressées à l’évolution du social chez les humains. Sur ce sujet crucial, elles auraient pu apprendre beaucoup de l’anthropologie sociale et culturelle, mais ce ne fut pas le cas. Les sciences naturelles ont considéré le social comme une affaire d’interactions entre individus. Cette manière d’appréhender le social est certainement valable, mais ne prêter attention qu’à cet aspect des choses nous fait passer à côté du plus important dans le cas de l’homme. En effet, le social pour une espèce comme les chimpanzés par exemple, est une question d’interactions fluides où le pouvoir et la domination sont à tout moment négociés. Mais pour les humains, il s’ajoute à cela un système de rôles et de groupes qui paraissent permanents et non négociables aux membres de la communauté. On peut qualifier ces groupes d’imaginaires dans le sens où ils ne correspondent pas à une entité empirique.

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Selon Maurice Bloch, l’étude de l’écrit est un bon exemple en ce qu’elle part du cerveau et de la neurologie la plus technique pour aller interagir avec les objets d’étude des anthropologues : « Nous disposons d’études absolument remarquables, neurologiques autant que psychologiques, comme celles faites par le psychologue cognitif et neuroscientifique Stanislas Dehaene, en France. Elles nous apprennent énormément sur l’évolution des structures de notre cerveau et sur ce qui nous a permis de développer notre capacité à écrire et à lire. Par contre, en tant qu’anthropologue, je suis frappé par les énormes différences qui peuvent distinguer ce que représente l’écrit par rapport à l’oral dans différentes cultures. Pourquoi la valeur donnée à l’écrit dans des sociétés comme le Japon ou la Chine est-elle profondément différente de la nôtre, alors que les mêmes parties du cerveau sont activées quand les personnes lisent des caractères latins ou des idéogrammes ? Voilà un sujet pour lequel l’on pourrait mettre en perspective des études de nature complètement différente ».

Un clan, tout comme une nation, n’est pas un groupe qui, à un moment donné, rassemble physiquement des individus en un même lieu : il est possible qu’ils ne se réunissent jamais. Pour les membres du clan ou de la nation, ces entités existent au-delà des interactions du moment. De telles entités sont donc, dans un sens, imaginaires. C’est ce phénomène qui rend possible le fait que les systèmes sociaux humains peuvent être infiniment plus grands que ceux des chimpanzés. Nous sommes en présence de quelque chose qui a une importance majeure pour comprendre l’évolution de notre espèce et qui ne pourrait jamais être étudié en laboratoire.

Comment expliquer l’apparition chez l’homme d’un tel système ? C’est une question à laquelle il est très difficile de répondre. Je pense que cela dépend de l’apparition, au cours de l’évolution de notre cerveau, de la capacité de créer des “réalités imaginaires”. Cette capacité se manifeste chez les enfants humains quand ils jouent à “faire semblant”. Les autres primates ne le font jamais. Si mon hypothèse est correcte, cette capacité a une valeur adaptative forte en nous permettant de constituer des sociétés à une échelle impensable pour les autres animaux, en taille et en continuité dans le temps. C’est un bon exemple de la manière dont l’histoire et la culture sont liées aux spécificités de notre cerveau. ●

RÉFÉRENCES

n M. Bloch, L’Anthropologie et le Défi cognitif, Odile Jacob, 2013. n M. Bloch, L’Anthropologie cognitive à l’épreuve du terrain, Collège de France/Fayard, 2006.


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Découvertes fondamentales PAR MARC OLANO

CYBERCONDRIE

Quand Internet renforce la peur d’être malade 36 / LE MONDE DE L’INTELLIGENCE – N° 35 – MARS/AVRIL 2014


THOMAS FERGUS est professeur de psychologie et neurosciences à l’université Baylor, États-Unis.

La recherche excessive ou répétée d’informations médicales sur Internet peut provoquer une forme d’anxiété démesurée. On parle alors de cybercondrie, un phénomène qui intéresse de plus en plus les chercheurs de tous bords : psychologues, sociologues et informaticiens.

PIOTR STRYJEWSKI/GETTY IMAGES

L

’information médicale, longtemps domaine réservé des médecins, est aujourd’hui beaucoup plus facilement accessible grâce aux technologies numériques, en particulier Internet. Une avancée qui permet aux malades d’être mieux “armés” face aux médecins et de jouer un rôle plus actif dans les soins. Le revers de la médaille, c’est le risque de se noyer dans un flot d’informations plus ou moins pertinentes qui vont exacerber des craintes déjà existantes. Qu’il s’agisse de douleurs de dos, de migraines, d’un bruit dans l’oreille, le réflexe de nos jours est d’allumer son ordinateur et de “googliser” ce mal et ses supposées origines. Pourquoi ? D’abord parce que l’information sur Internet est accessible rapidement, sans filtre ni intermédiaire. Elle nous fournit des réponses concrètes aux questions posées en respectant notre anonymat. En effet, certains sujets peuvent être difficiles à aborder, même auprès de son médecin. Le problème avec Internet est qu’il agrège tous types de réponses. Or, ce n’est pas toujours l’information la plus fiable qui retient l’attention de l’internaute. UN BESOIN DE RÉASSURANCE. D’après une enquête réalisée par Ryen White, chercheur chez Microsoft, pour 50 % des internautes, la recherche d’informations médicales sur Internet a un effet apaisant. Mais pour 40 % c’est l’inverse, elle renforce même leur peur d’être malade. Vladan Starcevic,

LE MONDE DE L’INTELLIGENCE – N° 35 – MARS/AVRIL 2014

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Découvertes fondamentales

Savoir médical et Internet : concurrents ou complémentaires ? Entretien avec Gérald Gaglio, sociologue, maître de conférences à l’université de technologie de Troyes. Comment s’explique selon vous l’engouement pour les recherches médicales sur Internet ? C’est la conséquence du succès de certains sites grand public, comme Doctissimo, qui contribuent à démocratiser l’accès aux informations médicales. Internet permet de s’informer sur des problèmes de santé très variés et de se rassurer, ou non. Il peut atténuer des angoisses, mais également en générer. Vous parlez d’une consommation anthropologique d’informations sur Internet. Que voulez-vous dire ? Souvent, les individus cherchent à obtenir des renseignements sur le vécu quotidien de personnes atteintes par la maladie qu’ils redoutent. Ils veulent connaître les effets secondaires de certains traitements, les espoirs de guérison par exemple. Mais ils ont aussi

besoin de nouer des relations avec ceux qui rencontrent les mêmes difficultés, plus particulièrement à travers des forums de discussion. Pour moi, les apports de l’Internet de santé sont, de manière générale, plus à envisager comme complémentaires que comme concurrents au savoir médical. Ces pratiques ont-elles fait évoluer la relation médecin/malade ? Je ne parlerai pas d’évolution, mais plutôt d’ajustements. Il est vrai que le patient devient plus actif dans la mesure où il est mieux informé et qu’il peut poser des questions plus ciblées à son médecin, sur le pourquoi d’un diagnostic ou d’une prescription par exemple. L’asymétrie traditionnelle qui oppose d’un côté celui qui sait et de l’autre celui qui ne sait pas est donc remise en question.

professeur de psychiatrie à l’université de Sydney, définit la cybercondrie comme une peur excessive pour sa propre santé, renforcée par des recherches répétées ou anormalement longues sur Internet. Selon le psychiatre, il ne s’agit pas d’un trouble mental, mais plutôt, comme il l’avance dans ses articles, « d’un besoin de réassurance chez des personnes excessivement préoccupées par leur santé ». Au départ, il y a souvent une douleur ou une sensation étrange. Les personnes veulent en connaître l’origine et s’aventurent à la recherche d’un diagnostic possible. Seulement, selon Vladan Starcevic, « Internet n’est pas programmé pour rassurer ses utilisateurs ». Des individus naturellement inquiets seront donc davantage attirés par les réponses intrigantes et anxiogènes qu’ils relèvent sur le Web. Une maladie rare et sérieuse retiendra plus leur attention qu’une explication bénigne. À défaut de trouver des informations rassurantes, ces internautes vont persévérer dans leur activité jusqu’à se persuader du pire.

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EN CAUSE, LES MOTEURS DE RECHERCHE. Du fait de la programmation des moteurs de recherche, les premiers résultats affichés ne sont pas forcément les plus pertinents, mais ceux qui ont été les plus consultés par les internautes. On peut donc aussi bien tomber sur des échanges dans un forum de discussion que sur des articles bien renseignés. Souvent, les internautes pensent que les sites affichés en haut de la liste correspondent aux contenus les mieux adaptés à leur recherche. Ils confondent alors pertinence et popularité. Ryen White parle d’un biais de disponibilité chez les internautes. Il s’agit de la croyance selon laquelle une information plus facilement accessible est aussi plus importante ou plus probable. Une fois qu’un contenu se retrouve en haut de la liste, il a beaucoup plus de chances d’être consulté et donc de s’y maintenir, alors qu’il peut être hors de propos. Pour Vladan Starcevic, beaucoup d’informations sur Internet sont inexactes, incomplètes et trompeuses.


RÉFÉRENCES

La surinformation sur les sujets de santé est une mine d’or pour certains, un labyrinthe sans issue pour d’autres

36CLICKS/GETTY IMAGES

Kate Muse, de l’université d’Oxford, a mené une étude similaire auprès de plus de deux cents personnes en se focalisant plus particulièrement sur l’anxiété par rapport à sa santé. Selon cette recherche, plus la peur d’être malade est grande, plus les individus ont tendance à utiliser Internet et plus particulièrement les forums de discussion, pour confirmer ou infirmer leurs inquiétudes. La multitude des sites consultés les exposerait à davantage d’informations anxiogènes et contradictoires, et ne ferait donc que renforcer leurs craintes.

L’INTOLÉRANCE À L’INCERTITUDE. Dans une étude récente, le psychologue et neuroscientifique Thomas Fergus a pu vérifier le rôle d’une attitude spécifique qu’il appelle l’intolérance à l’incertitude. « La recherche excessive d’informations sur Internet peut être considérée comme un comportement visant à regagner de la certitude », affirme-t-il. Ce chercheur de l’université Baylor, aux États-Unis, a évalué chez plus de cinq cents adultes les attitudes à l’égard de l’incertitude. Ils devaient par exemple se positionner par rapport à différentes affirmations, du type « j’ai toujours besoin de savoir ce que le futur me réserve ». Un autre test s’intéressait à leurs attitudes vis-à-vis de la maladie, notamment au temps passé à se questionner sur sa santé. Enfin, ils devaient détailler leurs pratiques d’Internet. Les conclusions de cette étude établissent un lien fort entre le besoin de certitude et la cybercondrie. Plus les gens sont intolérants à l’égard de l’incertitude, plus ils ont tendance à rechercher de l’information médicale sur Internet et plus cela les inquiète.

EN FINIR AVEC LA CYBERCONDRIE. Vladan Starcevic évoque plusieurs pistes possibles pour sortir de ce cercle infernal. D’abord, des solutions techniques. Il suggère de programmer les moteurs de recherche différemment pour que les internautes aient accès en priorité aux informations sérieuses et complètes. Par ailleurs, le psychiatre pense qu’il faudrait éduquer les internautes à être plus critiques, notamment à vérifier davantage les sources d’information et la date de publication, et à ne pas accorder le même crédit à toutes les informations glanées sur la toile. La diminution de l’intolérance vis-à-vis de l’incertitude ou encore le besoin de réassurance sont des axes de travail qui peuvent être envisagés en thérapie cognitive, selon Vladan Starcevic. Il s’agit par exemple d’amener le cybercondriaque à accepter qu’une explication définitive à un problème de santé précis n’est pas toujours possible. Par ailleurs, diminuer le temps de recherche ou limiter le nombre de sites consultés peut être des premiers pas pour mieux gérer son activité sur Internet. En bref, si la multitude d’informations disponibles sur les sujets de santé est une mine d’or pour certains, pour d’autres il s’agit d’un labyrinthe sans issue. Une preuve de plus, s’il le fallait, qu’Internet est un outil précieux dont il faut apprendre à se servir à bon escient. ●

n V. Starcevic et D. Berle, Cyberchondria : towards a better understanding of excessive health-related Internet use, Expert Review of Neurotherapeutics, février 2013. n K. Muse et coll., Cyberchondriasis : fact or fiction ? A preliminary examination of the relationship between health anxiety and searching for health information on the Internet, Journal of Anxiety Disorders, janvier 2012. n T.A. Fergus, Cyberchondria and intolerance of uncertainty : examining when individuals experience health anxiety in response to internet searches for medical information, Cyberpsychology, Behavior, and Social Networking, octobre 2013. n R. White et E. Horvitz, Cyberchondria : studies of the escalation of medical concerns in Web search, ACM Transactions on Information Systems, novembre 2009. n G.Gaglio, Consommation d’informations sur Internet et modulation de la relation aux médecins. Le cas d’aidantes de malades atteints d’une pathologie lourde, Sociologies pratiques, 2010.

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Découvertes fondamentales PAR SABINE CASALONGA

JACQUELINE FAGARD est chargée de recherche et responsable de l’équipe Perpection Action à l’université Paris Descartes – CNRS, France.

PASCALE LECONTE est maître de conférences à l’université Paris – Sud 11, France.


ÊTRE GAUCHER :

RIDOFRANZ/GETTY IMAGES

chance malchance ?

ALINA RODRIGUEZ est professeur à l’école de santé publique de l’Imperial College de Londres, Royaume-Uni.

Des gènes à l’origine de la latéralité gauche viennent d’être découverts. Pour autant, les gauchers composent une population très hétérogène et restent une énigme pour les scientifiques. Et si cette différence était un atout sur le plan cognitif ? Surreprésentés chez les champions d’escrime et de tennis, ils auraient aussi une meilleure mémoire, une créativité plus intense et une grande ouverture d’esprit.

STEPHEN CHRISTMAN, spécialiste des capacités cognitives des gauchers mixtes, est professeur de psychologie à l’université de Toledo, États-Unis.

S

e lever du pied gauche, être gauche… Ces expressions nous rappellent que les gauchers, qui représenteraient entre 10 et 15 % de la population, ont longtemps été l’objet de préjugés négatifs. Et pourtant, loin d’être des vilains petits canards, ils seraient dotés de capacités inédites ! Tout d’abord, il existe toute une palette de gauchers. Seuls 10 à 20 % d’entre eux utilisent uniquement la main gauche pour effectuer une dizaine d’actions telles qu’écrire, lancer une balle ou tenir une cuillère (voir l’encadré-test). La majorité des gauchers, dits mixtes, peuvent donc utiliser la main droite pour effectuer une ou plusieurs de ces tâches. Ce n’est pas le cas des droitiers dont plus de la moitié sont dits affirmés ou forts.

SYLVIA PARACCHINI est responsable du groupe de recherche Neurogénétique à l’université St Andrews, Royaume-Uni.

CHARLOTTE FAURIE est chargée de recherche en biologie évolutive humaine à l’université de Montpellier – CNRS, France.

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Découvertes fondamentales

THIJSSCHOUTEN/GETTY IMAGES

Au-delà des gènes, il existerait d’autres facteurs, notamment environnementaux et culturels « Les gauchers ont une préférence manuelle plus fluctuante », confirme Pascale Leconte, de l’université Paris-Sud et auteur d’une thèse sur la préférence manuelle chez les enfants.

Plus de réussite chez les gauchers La prédominance des droitiers est unique à l’espèce humaine et remonterait à plus de 200 000 ans. Elle intrigue les chercheurs depuis longtemps. Michel Raymond et Charlotte Faurie, de l’université de Montpellier, ont proposé une théorie permettant d’expliquer comment les gauchers – bien que défavorisés par l’évolution à cause d’une santé plus fragile, notamment une plus grande sensibilité aux maladies du système immunitaire – ont pu se maintenir au cours des âges. « S’ils n’avaient eu que des désavantages, ils auraient disparu. Ils disposaient donc de forces spécifiques qui ont contrebalancé ces coûts », explique Charlotte Faurie. D’abord, ils auraient bénéficié d’une supériorité au combat (par l’effet de surprise face à l’adversaire), augmentant leurs chances de survie et de reproduction. Dans nos sociétés modernes, leurs aptitudes sportives seraient également un atout de séduction auprès des femmes. Ensuite, ils auraient un avantage lié à leur statut social, qui pourrait résulter de différences cognitives (atouts intellectuels et artistiques). « Plusieurs études effectuées aux États-Unis, au Royaume-Uni, mais aussi en France et en Ouzbékistan, ont montré que les gauchers avaient un salaire moyen plus élevé que les droitiers, illustre Charlotte Faurie. Or il existe un lien entre niveau de salaire et succès reproducteur chez les hommes. »

RÉFÉRENCE

n C. Faurie et M. Raymond, The fighting hypothesis as an evolutionary explanation for the handedness polymorphism in humans : where are we ?, Annals of the New York Academy of Sciences, juin 2013.

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LES GÈNES DE L’ASYMÉTRIE. L’origine génétique ne fait pas de doute, le fait d’être gaucher étant en partie héréditaire. Toutefois, il n’y aurait pas un unique gène en jeu. En 2013, Silvia Paracchini, de l’université St Andrews, et ses collègues, ont pour la première fois identifié plusieurs variants associés à la gaucherie, dont certains situés sur des gènes contribuant à établir l’asymétrie gauche/ droite du corps. « Ces gènes pourraient contrôler les asymétries cérébrales, qui seraient elles-mêmes impliquées dans la dominance manuelle », affirme la scientifique. De fait, l’hémisphère droit du cerveau, qui contrôle la partie gauche du corps, est dominant chez les gauchers pour les actions motrices et visuelles. En outre, 25 % d’entre eux auraient une configuration cérébrale différente, voire inversée. « La dominance de l’hémisphère gauche pour la parole (que l’on retrouve chez plus de 90 % des individus, N.D.L.R), est moins fréquente chez les gauchers », explique Alina Rodriguez, professeur à l’Imperial College de Londres. L’IMPACT DE LA GROSSESSE. Au-delà des gènes, il existerait d’autres facteurs, notamment environnementaux et culturels. Dès la 15e semaine in utero, on observe que le fœtus suce préférentiellement son pouce droit, ce qui pourrait résulter d’une asymétrie du contrôle moteur sous influence génétique. Toutefois cette légère tendance serait renforcée tout au long de la grossesse, notamment par la posture préférentielle du fœtus à gauche, peut-être en raison de l’asymétrie viscérale de la mère, et la tête tournée vers la droite, ce qui facilite la succion du pouce droit. Après la naissance, cette


tendance va encore être renforcée, entre autres choses, par l’observation des parents droitiers avant d’être, plus tard, fixée par l’écriture. « Le fait de devenir gaucher pourrait résulter de l’absence soit du facteur génétique soit des facteurs de renforcement. Par exemple les enfants en position de siège (4 % d’entre eux, N.D.L.R) sont plus souvent gauchers », indique Jacqueline Fagard, directrice de recherche au CNRS. En effet, dans cette position, la tête regarde plus souvent la main gauche. UN AVANTAGE CÉRÉBRAL ? Bien que les différences soient modestes, les cerveaux des gauchers seraient moins latéralisés que ceux des droitiers, c’est-à-dire que la prédominance des hémisphères pour certaines fonctions, comme le langage (à gauche) ou le traitement visuospatial (à droite), est moins prononcée. Les gauchers solliciteraient davantage les deux côtés dans le traitement de l’information, avec une transmission plus rapide que les droitiers, probablement expliquée par un corps calleux plus épais – le faisceau de câbles qui relient les deux hémisphères. « Il est également démontré que l’hémisphère droit affiche des niveaux d’activation plus élevés chez les personnes ayant une faible préférence manuelle, par rapport aux droitiers forts », explique Stephen Christman, professeur de psychologie à l’université de Toledo, aux États-Unis. Ces spécificités pourraient procu-

rer aux gauchers un avantage lors de certaines tâches, par exemple celles sollicitant davantage le côté droit du cerveau ou faisant appel aux deux hémisphères. Qu’ont en commun Léonard de Vinci et Ernö Rubik, l’inventeur du Rubik’s cube ? Ils étaient gauchers bien sûr ! Si leur supériorité créative reste à prouver, il existe un quota légèrement plus élevé de gauchers parmi les artistes, notamment les musiciens pour lesquels l’usage habile des deux mains est un atout. Leur moindre asymétrie cérébrale pourrait jouer aussi. « La pensée divergente – un facteur de créativité important et associé à l’hémisphère droit – serait plus aisée et originale chez les personnes à latéralité mixte », ajoute Stephen Christman.

L’activation cérébrale pendant un test linguistique est relativement moins latéralisée dans l’hémisphère gauche chez les gauchers et ambidextres (rang du haut) que chez les droitiers (rang du bas). (J.P. Szaflarski et coll., Neurology, juillet 2002.)

PLUS CRÉATIFS ET MEILLEURS SPORTIFS. Les gauchers mixtes auraient aussi une meilleure mémoire épisodique (celle qui stocke nos souvenirs personnels et active le cerveau droit). « Ils résistent mieux aux faux souvenirs et apprennent plus facilement le vocabulaire d’une langue étrangère par rapport aux droitiers forts », précise le psychologue. Ils seraient en outre plus ouverts à de nouvelles expériences et cognitivement plus f lexibles. « Notre dernière étude a montré qu’ils apprécient plus que les droitiers forts le bluegrass, le reggae et le jazz, des genres considérés moins populaires que le rock ou le rap », ajoute-t-il.

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Découvertes fondamentales

Le test de latéralité d’Edinburgh

Gaucher, droitier : êtes-vous mixte ou fort ? ALEXH/GETTY IMAGES – SOURCE : EDINBURGH HANDEDNESS INVENTORY - OLDFIELD, 1971 ; E. PRICHARD ET COLL., FRONTIERS IN PSYCHOLOGY, JANVIER 2013.

Main gauche Écrire Dessiner Lancer un objet Tenir une paire de ciseaux Se brosser les dents Couper avec un couteau (sans fourchette) Balayer (main supérieure) Utiliser une cuillère Allumer une allumette (main tenant l’allumette) Ouvrir une boîte (main tenant le couvercle)

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Sans préférence

Main droite

POUR CALCULER SON DEGRÉ DE PRÉFÉRENCE MANUELLE : 100

 nombre d’items réalisés avec la MD – nombre d’items réalisés avec la MG

nombre total d’items (10) La plupart des gauchers se situent entre 0 et -100 (gaucher affirmé). Un indice « 0 » indique une préférence manuelle non marquée (ou ambilatéralité). Les ambidextres, très minoritaires, sont quant à eux capables d’utiliser indifféremment les deux mains pour chacune des tâches. DANS LA POPULATION, IL Y AURAIT ENVIRON : 45–50 % de droitiers forts, 35–40 % de droitiers mixtes, 10–12 % de gauchers mixtes et 1–2 % de gauchers affirmés.


JUPITERIMAGES/GETTY IMAGES

RÉFÉRENCES

Les gauchers excellent aussi dans certains sports d’opposition, comme l’escrime et le tennis. Cela s’expliquerait par un facteur comportemental d’une part et neurologique d’autre part. « Les droitiers ne sont pas habitués à jouer contre des gauchers, ce jeu en miroir crée un effet de surprise », avance Pascale Leconte. Ensuite, leur cerveau agit plus vite, car tout se passe dans un seul hémisphère, le droit : la lecture de la trajectoire de la balle ou du fleuret (traitement visuospatial) puis le contrôle moteur de la main gauche. « Ce circuit neuronal court procure une avance de quelques millisecondes, souvent décisive au fleuret », affirme-t-elle. UN RISQUE ACCRU DE TROUBLES NEUROLOGIQUES. Toutefois, être gaucher ne présente pas que des avantages. Le fait de vivre dans un environnement pensé par et pour des droitiers n’est pas toujours aisé. De plus, une série d’études a mis au jour un lien entre latéralité mixte, faible asymétrie cérébrale et certaines pathologies comme la

Être gaucher ne présente pas que des avantages dyslexie et la schizophrénie. L’équipe d’Alina Rodriguez a ainsi montré que les enfants n’ayant pas de préférence manuelle marquée avaient un risque plus élevé de problèmes scolaires, de langage et de troubles mentaux par rapport aux droitiers. « Nous pensons que des perturbations du développement cérébral précoce sont à la racine du problème », explique-t-elle. Un paradoxe quand on sait qu’Albert Einstein était un gaucher mixte ! Cela prouve bien que les gauchers sont une famille très hétérogène sur laquelle les recherches méritent d’être poursuivies. ●

n W.M. Brandler et coll., Common variants in left/right asymmetry genes and pathways are associated with relative hand skill, PLOS Genetics, septembre 2013. n P. Leconte, Évaluation de la préférence manuelle chez des enfants tout-venant et des enfants déficients intellectuels : étude des variations interet intra-individuelles, Thèse de doctorat en psychologie, 2005. n J. Fagard, The nature and nurture of human infant hand preference, Annals of the New York Academy of Sciences, juin 2013. n E. Prichard, R.E. Propper et S.D. Christman, Degree of handedness, but not direction, is a systematic predictor of cognitive performance, Frontiers in Psychology, janvier 2013. n E. Luders et coll., When more is less : associations between corpus callosum size and handedness lateralization, Neuroimage, août 2010. n A. Rodriguez et coll., Mixed-handedness is linked to mental health problems in children and adolescents, Pediatrics, février 2010.

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Découvertes fondamentales PAR NOLWENN LE JANNIC

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ISOLEMENT SOCIAL

Quelles conséquences cérébrales ?

L’environnement dans lequel on évolue, qu’il soit physique ou social, et ses stimulations, qu’elles soient positives ou négatives, laissent des traces dans notre cerveau. C’est ainsi que de récentes découvertes ont révélé l’impact de l’isolement ou du rejet social sur les neurones et les comportements.

L

MICHELE PIACQUADIO/GETTY IMAGES

a nature est bien faite : notre cerveau est doué de plasticité. Concrètement, cela signifie que les circuits neuronaux qui le constituent évoluent et s’adaptent, dans une certaine mesure, aux expériences que nous vivons. Depuis plusieurs années, des études ont ainsi prouvé que certaines pratiques, comme l’entraînement aux échecs ou l’exercice d’un métier, pouvaient induire des modifications structurelles du cerveau. C’est ainsi que les chauffeurs de taxi londoniens élargissent leur hippocampe (une région du cerveau qui joue un rôle primordial pour la mémorisation et la navigation spatiale) au fur et à mesure de leurs années de pratique tandis que les parfumeurs, eux, voient augmenter la quantité de matière grise dans leurs aires olfactives. Mais qu’en est-il de l’influence de nos expériences sociales, en particulier les plus négatives ? Le rejet, l’isolement ou le stress peuvent-ils également agir sur notre cerveau et nos comportements ? D’après une série d’études récentes, il

GABRIEL CORFAS est professeur de neurologie au Boston Children’s Hospital et à l’université Harvard, États-Unis.

HITOSHI MORIKAWA est maître de conférences en neurobiologie à l’université du Texas à Austin, États-Unis.

semble bien que ce soit le cas. Il y a quelques années, des recherches menées sur des enfants dans les orphelinats roumains avaient ainsi montré que le manque de liens sociaux durant l’enfance augmente le risque de troubles émotionnels et cognitifs à l’âge adulte.

MAYA OPENDAK est doctorante au département de psychologie et à l’institut de neurosciences de l’université Princeton, États-Unis.

DAVID HSU est maître de conférences au département de psychiatrie de l’université du Michigan, États-Unis.

MARYANN NOONAN est postdoctorante au sein du groupe Attention à l’université d’Oxford, Royaume-Uni.

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Découvertes fondamentales

UN IMPACT SUR LA MÉMOIRE DE TRAVAIL. Mais ce n’est qu’en septembre 2012 que Gabriel Corfas et son équipe du Boston Children’s Hospital ont découvert les mécanismes en cause dans ces dysfonctionnements. « Chez des souris isolées, nous avons observé des troubles de la mémoire de travail ainsi qu’une altération de la sociabilité », détaille le chercheur. En étudiant leur cerveau, les chercheurs se sont rendu compte que la myéline présente dans leur cortex préfrontal est nettement moins développée qu’habituellement, et que les oligodendrocytes, les cellules chargées de la production de myéline, sont plus petites et moins complexes. Or la myéline joue un rôle essentiel dans le fonctionnement cérébral. Elle sert de conducteur sur les axones – les prolongements des neurones le long desquels circule l’information dans le cerveau. Son manque perturbe l’efficacité de la transmission des informations. « C’est donc l’hypomyélination qui cause des dysfonctionnements cognitifs et comportementaux », poursuit Gabriel Corfas. Chez des souris dont les gènes ne permettent pas une production suffisante de myéline, le chercheur a constaté des problèmes similaires même lorsqu’elles vivent en groupe. Les chercheurs tentent aujourd’hui de mettre au point des traitements qui permettraient d’empêcher l’hypomyélination chez des souris isolées afin d’éviter ces dysfonctionnements. PLUS FACILEMENT “ACCROS”. Ces recherches ouvrent également des pistes prometteuses pour des maladies comme la schizophrénie. En effet, le gène NRG1, connu pour jouer un rôle dans le déclenchement de cette maladie, est un gène-clé du développement des oligodendrocytes. L’équipe de Gabriel Corfas a prouvé que son fonctionnement est altéré en cas d’isolement social. « Il pourrait donc y avoir un lien entre ce gène, les expériences sociales vécues dans les premières années de la vie et l’apparition de ce genre de pathologie », résume le chercheur. Une autre étude, menée sur des rats par Hitoshi Morikawa, chercheur en neurobiologie à l’université du Texas, suggère quant à elle que l’isolement social pourrait ouvrir la porte à d’autres types de troubles. « Nous avons découvert qu’il y a un domaine où les animaux socialement isolés sont plus forts que les autres : le conditionnement de type pavlovien », explique le scientifique. Son équipe a isolé des rats puis leur a proposé amphétamines et alcool et les résultats sont clairs : les rats isolés deviennent plus vite conditionnés, en d’autres termes accros, à la drogue et aux boissons alcooli-

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sées que les rats restés en groupe. Les premiers ont également plus de mal à se sevrer que les seconds. « L’isolement social semble stimuler certains neurones dans des régions du cerveau qui associent un comportement à une récompense, résume le neurobiologiste. Et étonnamment, cela ne marche que chez des rats de trois à six semaines, qui sont donc au stade de l’adolescence. »

L’isolement social provoque une diminution de la production de myéline par les oligodendrocytes (les cellules colorées en vert sur le visuel).

MOINS DE NEURONES DANS L’HIPPOCAMPE. Chez l’humain, les expériences sont plus difficiles à mener, mais le chercheur soupçonne un mécanisme similaire. « C’est peut-être pour cela que l’isolement de certains adolescents augmente leur risque de développer des addictions à des drogues ou à certains types de nourriture… et donc à l’obésité », avance Hitoshi Morikawa. Celui-ci est également en train de prouver que le stress social génère les mêmes effets : lorsqu’un

Notre cerveau tente de gérer les difficultés de la vie sociale et de limiter ses conséquences physiologiques


Les bénéfices cérébraux d’une vie socialement riche Chez les singes, des études ont montré que ceux qui vivent dans de larges groupes présentent certaines régions cérébrales, dédiées notamment à la reconnaissance faciale et à la prédiction des intentions, plus développées que chez leurs homologues vivant en petits groupes… et c’est bien le fait de vivre en large groupe qui contribue à ce développement. MaryAnn Noonan, de l’université d’Oxford, et son équipe ont donc décidé de vérifier s’il en était de même pour l’espèce humaine. « Nous avons sélectionné dix-huit participants et nous leur avons demandé de compter le nombre de personnes avec lesquelles ils avaient interagi socialement durant les trente jours précédant l’étude, détaille la scientifique. Cela allait d’une dizaine à une quarantaine. » Puis

le cerveau des participants a été scanné et une demi-douzaine de régions cérébrales, impliquées dans les émotions, la reconnaissance faciale, le traitement des informations données par un tiers, etc., se sont révélées plus développées chez les personnes ayant le plus grand réseau social. « Même s’il est difficile de prouver que c’est le fait d’être une personne sociale qui a induit ces particularités cérébrales et non pas l’inverse, les connaissances que nous avons sur la plasticité de notre cerveau tendent à aller dans ce sens, note MaryAnn Noonan. Et cette plasticité cache une bonne nouvelle : ce n’est pas parce qu’une personne est isolée socialement à un moment de sa vie que son cerveau en gardera les traces à jamais. »

RÉFÉRENCE

n M. Noonan, How many friends can your brain handle ?, Congrès Neuroscience à San Diego, 12 novembre 2013.

petit rat est mis en présence d’un rat dominant et se fait battre chaque jour, il devient très facilement conditionné. Une autre étude, présentée en novembre 2013 lors du congrès Neuroscience en Californie, va d’ailleurs dans ce sens. « Nos recherches montrent que dans une hiérarchie perturbée, les ex-dominants devenus dominés produisent moins de neurones dans l’hippocampe que les autres alors que dans une hiérarchie normale, les dominants en produisent plus », expose Maya Opendak, étudiante à l’université Princeton. Or l’hippocampe est connu pour intervenir dans de nombreuses fonctions comme la mémoire, la réponse au stress et la régulation de l’anxiété. Le rejet social, lié à une perte de position hiérarchique, est donc potentiellement lourd de conséquences. « Les mécanismes derrière ces observations sont encore inconnus, relève Maya Opendak. Mais si nous arrivons à les comprendre, nous pourrons espérer les inverser. »

ANTIDOULEURS NATURELS. En attendant, notre cerveau se débrouille déjà comme il peut, et fabrique même naturellement des molécules aux propriétés analgésiques en cas de rejet social. C’est ce que vient de prouver David Hsu, chercheur à l’université du Michigan. En s’inspirant du principe des sites de rencontres, il a invité 18 participants à choisir parmi une centaine de profils les personnes qu’elles souhaiteraient rencontrer. Puis, le cerveau des participants a été scanné pendant que les sujets apprenaient la mauvaise nouvelle : les personnes qu’ils avaient sélectionnées n’acceptaient pas la rencontre. « On s’est alors aperçu que des antidouleurs naturels étaient relâchés dans le cerveau au niveau des zones de régulation des émotions », poursuit le chercheur. Ce qui prouve que notre cerveau s’applique, dans une certaine mesure, à gérer naturellement les difficultés de la vie sociale. Et en limiter les conséquences. ●

RÉFÉRENCES

n D. Pollak et coll., Neurodevelopmental effects of early deprivation in postinstitutionalized children, Child Development, janvier 2010. n M.A. Sheridan et coll., Variation in neural development as a result of exposure to institutionalization early in childhood, PNAS, août 2012. n M. Makinodan et coll., A critical period for social experience– dependent oligodendrocyte maturation and myelination, Science, septembre 2012. n D.T Hsu et coll., Response of the μ-opioid system to social rejection and acceptance, Molecular Psychiatry, novembre 2013. n M. Opendak, Social instability slows production of new brain cells in rats, Congrès Neuroscience à San Diego, 9 novembre 2013. n L.R. Whitaker, M. Degoulet et H. Morikawa, Social deprivation enhances VTA synaptic plasticity and drug-induced contextual learning, Neuron, janvier 2013.

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Révolution médicale PAR AURÉLIE ANGOT

SERGE RIVEST est directeur du centre de recherche du CHU de Québec et professeur à la faculté de médecine de l’université de Laval, Canada. PANTELEIMON GIANNAKOPOULOS est chef du département de santé mentale et de psychiatrie des Hôpitaux Universitaires de Genève, Suisse.

Pour lutter contre la maladie d’Alzheimer, une piste retient l’attention des chercheurs et des médecins depuis de nombreuses années : l’immunothérapie. Malheureusement, plusieurs “vaccins” prometteurs se sont récemment soldés par des échecs. Le point sur les défis de ce vaste champ de recherche et sur les grands espoirs qu’il fait naître encore aujourd’hui.

Maladie d’Alzheimer : bientôt un vaccin ?

L MOPIC/FOTOLIA

e 21 septembre dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de la maladie d’Alzheimer, le gouvernement annonçait le lancement des travaux visant à aboutir à un nouveau plan “maladies neurodégénératives”. Parmi elles, la maladie d’Alzheimer occupe effectivement une place centrale, car elle touche environ 860 000 personnes en France et plus de deux millions d’entre nous pourraient être atteints d’ici 2020. ACTIVER LE SYSTÈME IMMUNITAIRE. Partout dans le monde, chercheurs et médecins essaient de percer les secrets de cette pathologie qui détruit lentement les neurones du cerveau et prive ainsi peu à peu la personne de sa mémoire, de sa faculté de raisonnement et de son autonomie. Les laboratoires de recherche en neurobiologie et les industriels pharmaceutiques tentent de développer des médicaments

permettant d’empêcher que la fonction cognitive des malades ne se dégrade, ou, mieux encore, de la restaurer. Parmi les approches thérapeutiques explorées, l’immunothérapie fait l’objet de nombreuses investigations. Le terme de “vaccination” est aussi employé pour faire référence à cette approche, car cette dernière repose sur le principe d’une activation du système immunitaire des malades pour empêcher le développement de la pathologie. Ces “vaccins” ne permettraient pas de se protéger au sens strict contre la maladie d’Alzheimer. Mais, chez les personnes atteintes, ils permettraient de bloquer la progression des symptômes. Dans l’idéal, ils pourraient même agir avant l’apparition des premiers troubles cognitifs. LA BÊTA-AMYLOÏDE EN LIGNE DE MIRE. Les chercheurs ont identifié depuis longtemps une protéine, la bêta-amyloïde, qui s’accumule dans le

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Révolution médicale

Protéine Tau : l’ennemi numéro 2 Outre les plaques de bêta-amyloïde, la maladie d’Alzheimer se caractérise par un second type de lésions cérébrales. La responsable est la protéine Tau qui s’accumule à l’intérieur des neurones. Elle constitue une autre cible potentielle pour le développement de “vaccins anti-Alzheimer”. En effet, en théorie, la détruire ou empêcher son accumulation permettrait de retarder, voire stopper, le déclin cognitif engendré par la perte neuronale. Les approches d’immunothérapie s’intéressent donc aussi à cette protéine. Or elle se trouve à l’intérieur des neurones. La rendre accessible au système immunitaire pour qu’il puisse assurer sa dégradation sans altérer le reste du fonctionnement cellulaire constitue un défi de taille. « Les travaux actuels sur la protéine Tau constituent le début d’une histoire, une piste prometteuse, estime Panteleimon Giannakopoulos. Mais ce n’est pas simple. Il faut pouvoir pénétrer dans la cellule neuronale, puis s’attaquer à la cible tout en réussissant à faire en sorte que cela ne devienne pas délétère pour l’homéostasie cellulaire. » Une société biopharmaceutique suisse, AC-Immune SA, vient d’annoncer avoir réuni les fonds nécessaires pour lancer le premier essai clinique d’un vaccin actif dirigé contre la protéine Tau. Espoir à suivre.

Avec le MPL, nous avons bon espoir de réussir à formuler un vaccin actif, très efficace, sécuritaire et préventif

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cerveau de manière excessive et forme des amas toxiques, les plaques séniles. Ces plaques commencent à s’accumuler longtemps avant que les premiers troubles cognitifs n’apparaissent. Plus le stade de la maladie est avancé, plus les plaques séniles sont nombreuses. En s’attaquant à ces plaques de bêta-amyloïde, les chercheurs espèrent pouvoir empêcher, bloquer, ou retarder, le déclin cognitif des malades. Dans l’optique de détruire les plaques séniles ou d’empêcher leur formation, des approches dites d’immunothérapie active ont vu le jour. Elles consistent en l’injection de bêta-amyloïde, ou de fragments de la protéine, chez les patients. Leur système immunitaire détecte ces peptides en tant qu’antigène. Il se met alors en action pour aboutir à la dégradation de la bêta-amyloïde. L’accumulation de la protéine n’a pas lieu, les plaques séniles ne se forment pas, voire sont dégradées (pour celles préexistantes au traitement), et, si l’hypothèse de départ est la bonne, le déclin cognitif est freiné, voire arrêté. Plusieurs études se sont révélées très encourageantes au stade des recherches sur les modèles animaux et ces résultats ont permis le lancement d’essais cliniques. Mais ces vaccins, dits de première génération, présentent de graves risques infectieux. Ils ont entraîné plusieurs cas d’inflammation des méninges et de l’encéphale. L’innocuité des préparations constitue aujourd’hui le principal défi à relever dans le cadre des approches d’immunothérapie active. Elles restent d’ailleurs explorées par plusieurs chercheurs. UNE MOLÉCULE SANS EFFETS SECONDAIRES. Début 2013, l’équipe de Serge Rivest, du centre de recherche du CHU de Québec, a identifié une molécule, le Monophosphoryl Lipid A (MPL), à la fois capable d’activer le système immunitaire contre la bêta-amyloïde et fiable sur le plan de l’innocuité – car il s’agit d’une molécule utilisée comme adjuvant dans certains vaccins déjà commercialisés par les laboratoires GlaxoSmithKline, partenaires de l’étude. Les chercheurs ont montré que le MPL, chez des souris, active le système immunitaire sans provoquer d’inflammation (donc sans les effets secondaires inflammatoires), et permet de réduire de 80 % l’accumulation des plaques séniles dans certains cas. Les travaux révèlent que la molécule possède aussi une action positive sur les capacités cognitives des souris. « Nous devons maintenant combiner la molécule avec une séquence peptidique de


Le Monophosphoryl Lipid A stimule les microglies (cellules immunitaires du cerveau) pour éliminer la protéine bêta-amyloïde. Sur cette photo, elle est dégradée dans les lysosomes de microglies traitées au MPL (bêta-amyloïde : rouge ; lysosomes : vert ; noyau : bleu).

la bêta-amyloïde et démontrer que, de cette façon, le MPL conserve à la fois son innocuité et son efficacité », explique Serge Rivest. En effet, le vaccin actif qu’essaient de mettre au point les chercheurs serait constitué d’un adjuvant contenant du MPL et d’un peptide bêta-amyloïde favor i s a nt l a p r o d u c t io n d’a nt ic o r p s , d o n c l’immunisation active. « Depuis la publication des travaux, nous avons testé plusieurs formules combinées MPL/bêta-amyloïde, précise le chercheur. Nous avons obtenu un effet aussi important que celui observé avec le MPL seul et nous n’avons pas observé d’effet secondaire au niveau du cerveau, aucune inflammation cérébrale. » De multiples freins à surmonter. Les chercheurs sont cependant encore assez loin de tester l’une de leurs formulations sur des patients. La recherche d’investisseurs constitue un frein qui se révèle aujourd’hui difficile à lever. Les partenaires industriels sont frileux, échaudés par les expériences passées. « Les organismes de contrôle sont très sévères actuellement, à cause des échecs des vaccins de première génération, et pour passer du stade préclinique, sur modèle animal, au stade clinique chez les patients, il faut énormément de subventions », explique Serge Rivest. « Nous recherchons actuellement de nouveaux partenaires pharmaceutiques », ajoute-t-il, car « avec le MPL, nous avons bon espoir de réussir à formuler un vaccin actif, très efficace, sécuritaire et préventif ».

Pour le chercheur, il s’agirait de le proposer à des personnes à risque pour la maladie d’Alzheimer. Celles-ci pourraient être repérées grâce à la recherche de marqueurs génétiques ou de la présence dans l’organisme des protéines toxiques qui constituent la signature de la maladie d’Alzheimer, telle que la bêta-amyloïde.

En haut, coupe de cerveau de souris surexprimant le peptide amyloïde ; en bas, l’injection du vaccin empêche l’apparition des plaques amyloïdes.

LA VOIE DE L’IMMUNOTHÉRAPIE PASSIVE. Une autre approche pour aboutir à la dégradation de la bêta-amyloïde par le système immunitaire consiste à injecter l’anticorps dans l’organisme. « Elle permet de limiter les réactions immunologiques inflammatoires », explique Panteleimon Giannakopoulos, chercheur aux Hôpitaux Universitaires de Genève. Des anticorps dirigés contre la bêta-amyloïde ont été développés par des laboratoires pharmaceutiques et plusieurs essais cliniques sont allés jusqu’en phase 3, ce qui correspond à des études d’efficacité et de tolérance portant sur de grands effectifs. Les résultats, tombés récemment, ont provoqué une grande déception. Il ne s’agit pas ici de problème d’effets secondaires, mais d’absence de résultats significatifs en termes de diminution des plaques séniles et surtout d’amélioration des patients sur le plan clinique : le déficit cognitif n’est pas amélioré par les médicaments testés. Mais l’approche d’immunothérapie passive fait encore l’objet de plusieurs travaux à un stade avancé.

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Révolution médicale

« L’enjeu est d’intervenir le plus tôt possible » Entretien avec Bruno Dubois, directeur de l’Institut de la Mémoire et de la Maladie d’Alzheimer et président du comité scientifique de la Fondation pour la recherche sur Alzheimer. Les approches d’immunothérapie ont suscité de grands espoirs, mais les essais cliniques n’ont pas abouti. Comment expliquez-vous ces échecs ? Deux hypothèses peuvent être avancées. La première concerne la cible des produits testés : ces médicaments visent à empêcher la formation des plaques amyloïdes. Or il est possible qu’elles ne jouent pas un rôle si important dans la cascade biologique typique de la maladie d’Alzheimer. La seconde hypothèse, plus optimiste, et celle que je défend, consiste à considérer que les spécificités des études réalisées n’étaient pas pertinentes. En effet plusieurs études ont montré une action probante du produit testé sur la réduction du nombre de plaques amyloïdes, même si cette diminution des lésions ne s’est pas accompagnée d’effet sur les symptômes. La durée des études n’était peut-être pas suffisante, ou encore – et c’est la piste que je privilégie avec une grande majorité des chercheurs du domaine –, elles ont été réalisées avec des patients dont la maladie était à un stade trop avancé pour qu’une réduction des lésions cérébrales se traduise par une amélioration du déclin cognitif. Selon vous, quel est l’avenir de l’approche thérapeutique par immunothérapie ? Le fait que des produits issus de cette approche parviennent à diminuer le nombre de lésions cérébrales est un signal fort de leur efficacité potentielle. Le premier enjeu est d’arriver à formuler des produits suffisamment actifs pour déclencher une réponse immunitaire suffisante, sans effets secondaires délétères. Il s’agit là d’un équilibre décisif, mais difficile à trouver. En ce sens, la solution a sans doute plus de chances de venir de l’immunothérapie passive. Par ailleurs, il me semble indispensable d’associer immunothérapie et diagnostic précoce. C’est possible depuis la découverte des biomarqueurs, signature biologique qui permet de certifier la présence de la maladie. Les études doivent donc concerner des patients pour lesquels la maladie est diagnostiquée grâce aux biomarqueurs, mais qui n’ont encore que de légers troubles cognitifs. C’est le stade que j’ai caractérisé de “prodromal”. Enfin, les recherches qui se penchent sur la protéine Tau, également responsable de lésions cérébrales, pourraient aussi être une voie d’avenir.

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Peut-on espérer un “vaccin” dans les dix ou vingt prochaines années ? Deux études en cours sont prometteuses, car elles impliquent pour la première fois des patients au stade prodromal : le vaccin actif AD02 du laboratoire Affiris, en essai clinique de phase 2, et l’anticorps Gantenerumab du laboratoire Roche, dans le cadre de l’étude SCarlet RoAD, en phase 3. Par ailleurs, l’essai clinique de phase 3 du Solanezumab ne s’est révélé que partiellement négatif. Il a montré un signal possible sur les formes de démences légères, et une nouvelle phase 3 sur ce groupe de patients est ainsi en cours actuellement. Si ces recherches aboutissent à des résultats positifs, il s’agira d’avancées majeures. Cependant, l’introduction d’un traitement se ferait sans doute très progressivement, dans un cadre très strict et très contrôlé ; de plus, les tests permettant de porter un diagnostic précoce ne sont aujourd’hui disponibles que dans le cadre de la recherche. À l’inverse, si les résultats se révèlent négatifs, l’enthousiasme des industriels risque d’être fortement refroidi, au risque d’entrer dans une période de glaciation. Nous en saurons plus dans deux ou trois ans. Outre l’immunothérapie, existe-t-il d’autres pistes de recherche prometteuses ? Pour moi, la vraie cible thérapeutique de la maladie reste les lésions cérébrales. En ce sens, l’ensemble des approches thérapeutiques ciblant la cascade amyloïde ou la voie métabolique de la protéine Tau sont prometteurs. Tout l’enjeu, aujourd’hui, est de réussir à trouver des médicaments qui s’attaquent aux lésions et de les proposer le plus tôt possible, avant même les premiers symptômes. Il faut donc parvenir à identifier les individus sur le point de développer les symptômes de la maladie. Je travaille actuellement sur cette question dans le cadre d’une étude nommée INSIGHT. Elle devrait permettre de caractériser les changements qui précèdent l’apparition des symptômes. Les mesures de prévention relatives à l’activité physique, la stimulation cognitive et l’alimentation sont intéressantes à explorer, mais je ne pense pas qu’elles puissent réellement nous protéger d’Alzheimer. Elles n’auront pas l’action des médicaments que l’on essaie de développer.

Le facteur déterminant de l’efficacité des traitements de types “vaccin” pourrait bien être le stade de la m a la d ie. L e s progrès réalisés ces dernières années en termes de diagnostic permettent d’envisager des essais chez des personnes ne présentant pas encore de troubles cognitifs majeurs, mais dont on sait avec certitude qu’ils sont touchés par la maladie d’Alzheimer.

Le facteur déterminant de l’efficacité d’un tel vaccin sera le stade de la maladie

CIBLER LES STADES PRÉCOCES DE LA MALADIE. Les Hôpitaux Universitaires de Genève participent à un essai clinique de phase 3 à l’échelle internationale pour un médicament mis au point par le laboratoire Roche : le Gantenerumab, qui repose sur le principe d’immunothérapie passive. Pour la première fois, dans le cadre de cette étude nommée SCarlet RoAD, les patients concernés sont au stade dit prodromal. Il s’agit de personnes pour lesquelles la maladie d’Alzheimer est diagnostiquée, mais qui présentent des troubles cognitifs isolés, sans autre manifestation de la maladie. L’objectif de l’étude est de supprimer la bêtaamyloïde avant l’apparition des symptômes patents et de vérifier si cela permet de bloquer la progression. « Le but est de stopper la cascade d’événements qui va conduire à la maladie avérée », confirme Panteleimon Giannakopoulos. Les premiers résultats sont attendus dans trois ans. « Il n’est pas assuré que le fait de retirer la bêtaamyloïde et/ou la protéine Tau (voir l’encadré en page précédente) engendre la récupération de la fonction cognitive », prévient le chercheur. Certains chercheurs ne voient pas l’immunothérapie comme une voie prometteuse à cause des échecs des vaccins de première génération. Mais pour Serge Rivest, l’immunothérapie reste une piste de premier choix : « Selon moi, c’est vraiment l’avenir pour la lutte contre cette maladie. Associés aux progrès dans le domaine des biomarqueurs, tel que le taux de bêta-amyloïde dans le sang, je pense que ce sera le traitement par excellence. » « Le futur verra peut-être des traitements combinés ciblant à la fois la bêta-amyloïde et la protéine Tau chez des individus sains, dans une optique de prévention primaire », anticipe Panteleimon Giannakopoulos. ●

RÉFÉRENCES

n J.P. Michaud et coll., Toll-like receptor 4 stimulation with the detoxified ligand monophosphoryl lipid A improves Alzheimer’s disease-related pathology, PNAS, janvier 2013. n B. Dubois, Research criteria for the diagnosis of Alzheimer's disease : revising the NINCDSADRDA criteria, The Lancet Neurology, août 2007. n SCarlet RoAD Study : scarletroadstudy.com/

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MARTIN POOLE/GETTY IMAGES


L’intelligence animale PAR MARYSE CHABALIER

LES CHIENS,

de vrais génies ! JULIANE KAMINSKI est maître de conférences au département de psychologie de l’université de Portsmouth, Angleterre. BRIAN HARE est professeur d’anthropologie évolutive et co-directeur du Duke Canine Cognition Center à l’université Duke, États-Unis. BERTRAND L. DEPUTTE est professeur émérite d’éthologie à l’école nationale vétérinaire de Maisons-Alfort, France.

Inutile d’aller très loin pour trouver des compétences intellectuelles remarquables chez les animaux. Par certains aspects, les chiens sont plus doués que les singes, y compris les chimpanzés ! Pourtant, ces capacités ont longtemps été ignorées des spécialistes.

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ous pensez que votre chien ne dépassera guère « Assis », « Viens » et « Rapporte » ? Détrompez-vous, certains sont capables de retenir plus de 200 mots ! « Au départ, les propriétaires de ces chiens ne les ont pas entraînés intensément. Ils se sont aperçus que leur chien retenait les noms d’objets et ont continué à leur apprendre, sous la forme de jeux », explique Juliane Kaminski, chercheuse à l’université de Portsmouth, en Angleterre, qui a étudié l’un de ces surdoués. Ceux-ci sont à la fois dotés d’une importante mémoire et de capacités de déduction. Ainsi Rico, le chien en question, peut rapporter un objet dont il entend pour la première fois le nom, en choisissant celui qui lui est inconnu. Un autre chien, Chaser, a mémorisé plus d’un millier de mots, devenant l’animal qui en connait le plus ! Ces cas sont

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L’intelligence animale

L’adaptation aux aléas, qualité n°1 des chiens guides d’aveugle Florence Gaunet, chargée de recherche au laboratoire de psychologie cognitive de l’université de Provence, étudie notamment les relations entre les personnes déficientes visuelles et les chiens guides.

ADAM DODD/GETTY IMAGES

Quelles capacités cognitives sont indispensables aux chiens guides d’aveugle ? Leur principale qualité est l’adaptation aux aléas. Un chien guide d’aveugle doit être en mesure de prendre des initiatives. En cas d’obstacles, il doit trouver des contournements ou des raccourcis. Il doit aussi reconnaître les situations dans lesquelles il ne peut pas répondre à une demande, et le communiquer à son maître en se positionnant auprès de lui. Une autre capacité importante est la mémorisation des parcours.

exceptionnels, mais soulignent les étonnantes capacités cognitives de nos amis canins. Les chercheurs ne s’y intéressent pourtant que depuis une quinzaine d’années. COMPRÉHENSION DE GESTES ET DE PHRASES. La communication verbale est très utilisée par les propriétaires de chiens. Si la compréhension d’un mot isolé est une évidence, celle d’une suite de mots l’est moins. Des chercheurs brésiliens ont donc étudié la réponse d’une femelle d’origine bâtarde, sans compétences cognitives initiales particulières, à des combinaisons d’actions et d’objets : elle devait par exemple rapporter une balle, montrer une clé ou inversement. La chienne a réalisé la bonne action sur le bon objet, elle a donc la capacité à saisir individuellement le sens des mots et à associer leur sens, ce qui constitue les prémices de la syntaxe. Les gestes sont également une forme importante de communication. Prenons deux pots retournés,

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dont l’un cache de la nourriture. Vous ne vous étonnerez pas qu’en l’absence d’autres indices, un chien se dirige vers celui pointé par l’expérimentateur. Pourtant, cette compétence le distingue des autres animaux. Lorsqu’ils sont confrontés au même exercice, les chimpanzés ignorent le geste de l’humain. Seuls d’autres animaux domestiques, comme le chat, le cheval ou la chèvre se servent spontanément de nos gestes. Mais tous les chats n’en sont pas capables, contrairement aux chiens, qui montrent dès l’âge de six semaines les mêmes compétences qu’un adulte. L’espèce canine est aussi la seule à comprendre des gestes aussi subtils qu’un mouvement de tête ou même un coup d’œil. TOUS LES CHIENS NE SONT PAS ÉGAUX. Des chercheurs hongrois ont remarqué des différences entre les races travaillant en contact étroit avec l’homme, comme les chiens de berger ou ceux rapportant le gibier, et celles qui ont moins de


Qu’en est-il de l’utilisation des gestes ? Lors d’une expérience d’utilisation du geste de direction vers une croquette cachée, les chiens guides ont tendance à négliger un signe de la tête de la part de leur maître. Quand ils n’ont pas compris la demande, ils sont plus nombreux à venir vers leur propriétaire, ce qui est un résultat de leur apprentissage.

contacts visuels avec nous, tels les chiens de garde ou de traîneau et les pisteurs. Tous les types de chiens réussissent à choisir le bon pot en se basant sur le pointé d’un humain. Mais les races “indépendantes” ont un taux de réussite individuel plus faible. Selon les auteurs, la sélection de ces races par l’homme aurait amélioré l’attention aux indications données et leur compréhension. La morphologie joue également un rôle. L’équipe de scientifiques a comparé les chiens de type brachycéphale, qui ont un museau court et des yeux vers l’avant – comme les boxers et les bouledogues –, avec les chiens dolichocéphales, qui ont eux un crâne allongé et les yeux plus latéraux – à l’image des lévriers et des teckels. Ces derniers ont un taux de réussite de 60 %, contre 80 % pour les spécimens aux yeux frontaux. Les neurones au niveau de la rétine de ceux-ci sont plus centraux, ce qui leur fournirait une meilleure acuité visuelle et les empêcherait d’être distraits par des mouvements périphériques.

Dans ce test, le chien doit rapporter une version plus grande de l’objet qui lui est présenté.

VIVIEN FENZKE KOSMOS VERLAG

Ces chiens prennent-ils en compte le handicap de leur maître quand ils le sollicitent ? Nous avons testé la demande de nourriture et de jouet, en comparant des chiens de compagnie avec des chiens guides. La différence est très tenue. Pour les deux catégories, le moyen privilégié pour indiquer un objet est d’alterner le regard entre le maître et l’objet désiré. Mais nous avons remarqué un léchage sonore des babines plus fréquent lors de la demande de nourriture par les chiens guides. Il n’y a pas de différence pour le jouet. Sans entraînement, l’apprentissage spontané ne se fait pas sur le tard, or les chiens guides n’ont pas été élevés avec des malvoyants.

Si la compréhension d’un mot isolé est une évidence, celle d’une suite de mots l’est moins LE MONDE DE L’INTELLIGENCE – N° 35 – MARS/AVRIL 2014

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FUSE/GETTY IMAGES

L’intelligence animale

Mieux communiquer : un héritage de la domestication La capacité du chien à comprendre nos gestes semble s’être développée lors de sa domestication. Pour preuve, le loup, son plus proche parent, réussit moins bien les exercices impliquant de suivre les gestes d’un humain pour trouver de la nourriture. Ceci est vrai même lorsque le loup a été élevé dès son plus jeune âge comme un chien. Seule une étude contredit cette affirmation, mais il lui est reproché de comparer des loups intensément socialisés avec des chiens élevés en chenil. Deux hypothèses sont proposées pour expliquer la façon dont les canidés ont acquis cette compétence. Selon la première, il s’agirait d’un effet secondaire ayant accompagné la sélection d’individus dociles. Une étude sur des renards sibériens soutient cette thèse. Afin d’étudier le processus de domestication, les renards les moins agressifs vis-à-vis de l’homme ont été sélectionnés. Au bout de six générations, ils réussissent les tests de pointage mieux que leurs congénères non sélectionnés. Un comportement plus amical pourrait donc être lié à des compétences sociales plus développées. La seconde hypothèse suggère que l’homme aurait consciemment sélectionné les individus comprenant le mieux ses indications, dans le but de les utiliser pour la chasse ou la conduite de troupeaux. Dans ce cas, les capacités de compréhension auraient spécifiquement et volontairement été développées. Une hypothèse envisageable, puisqu’il s’agit du seul domaine où les compétences des chiens surpassent réellement celles d’autres mammifères. RÉFÉRENCE

n J. Kaminski et M. Kitzschner, Do dogs get the point ? A review of dog-human communication ability, Learning and Motivation, novembre 2013.

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Tous les chiens connaissant des centaines de mots font partie de la race border collie LES BORDER COLLIE, CHAMPIONS DE LA MÉMOIRE. Difficile de faire une étude plus approfondie, comme l’explique Brian Hare, chercheur à l’université Duke, au États-Unis : « Pour savoir quelle race est la meilleure en communication ou en empathie, j’aurais besoin d’au moins trente chiens de chaque race. Si vous prenez toutes les races du monde, vous aurez besoin de 6 000 à 12 000 chiots, des décennies de travail et des millions de dollars. Pas étonnant que personne ne l’ait fait ! » Néanmoins le border collie semble très doué pour la mémorisation des mots. Tous les chiens connaissant des centaines de mots, comme Rico et Chaser, font partie de cette race, à l’exception d’un yorkshire. En dehors de ces cas rarissimes, les chiens se distinguent par leur capacité à identifier certains états mentaux des êtres humains. Le visage étant une source importante d’informations, des chercheurs français ont testé la compréhension de nos expressions par les chiens. Parmi les quatre émotions testées (la joie, la colère, le dégoût et la peur), seule la colère a suscité une réaction claire. « Cette réponse est liée à un conditionnement, note Bertrand Deputte, professeur émérite à l’école vétérinaire de Maisons-Alfort, qui a dirigé l’étude. Cette réaction n’arrive qu’avec les chiens adultes, qui ont appris à extraire cette mimique. » Et donc, à la reconnaître et à anticiper ses conséquences. Autrement dit, nos compagnons ont intérêt à savoir détecter les signes avant-coureurs d’une punition et au moindre froncement de sourcils, ils détournent le regard et reculent. LES ABOIEMENTS, PRESQU’UN DISCOURS. Si les paroles ou les expressions émotionnelles sont un outil puissant de communication entre l’homme et son “meilleur ami”, l’échange d’infor-


DR DUKE CANINE COGNITION CENTER

Chaser a une mémoire d’éléphant ! Ce border collie a retenu le nom de plus d’un millier de jouets. Le chien utilise les gestes d’une personne située face à lui. Une fois lâché, il se dirigera vers le bon pot, qui cache de la nourriture.

mation peut même être plus subtil. Quel chien n’a jamais profité que son maître ait le dos tourné pour voler de la nourriture ? Jusqu’à récemment, le degré d’aptitude cognitive impliquée dans ce comportement n’était pas clair. En effet, la simple vue d’un être humain, et notamment de ses yeux, pourrait constituer un signal dissuasif sans que l’animal ait forcément conscience de ce qu’est capable ou non de voir l’humain. Juliane Kaminski s’est penchée sur cette question. Elle a placé le chien dans une pièce avec de la nourriture, et a fait varier l’éclairage de certains endroits de la salle. Se sachant surveillé, le chien prenait plus souvent la nourriture dans l’obscurité. Par contre, la luminosité autour de l’expérimentateur n’a aucune incidence sur son comportement. Comme d’autres mammifères, le chien comprend donc ce que les autres perçoivent et en tient compte dans ses décisions. Comme les aptitudes de communication avec les humains, la capacité d’expression des chiens est plus complexe qu’il n’y paraît. Plusieurs scientifiques ont avancé que les aboiements ne ref lètent que l’état d’alerte du chien. Leurs conclusions s’appuient sur la variation de la structure des aboiements entre individus, et sur

le fait que certains chiens aboient même s’ils sont seuls. Pourtant, selon des chercheurs hongrois cités par Brian Hare dans son livre The genius of dogs, les aboiements auraient une signification plus complexe. Lorsqu’on leur passe des enregistrements, les chiens ont tendance à ignorer des aboiements d’un congénère isolé, mais sont au contraire très attentifs à des aboiements produits en présence d’un étranger. De même, ils hésitent davantage à s’approcher d’un os quand ils entendent un grognement émis pour défendre de la nourriture plutôt qu’en réaction à un intrus. INTELLIGENCES MULTIPLES. Communication, mémoire… Les études sur la cognition canine révèlent des résultats surprenants. Nous pourrions aussi citer l’exemple d’une chienne capable d’associer des symboles à des objets ou à des activités et de les utiliser correctement. Selon les spécialistes, il n’existe pas une intelligence, mais un ensemble de capacités cognitives. Et pour certaines, notre ami à quatre pattes est dépassé : les singes comprennent mieux que lui l’état psychologique des autres, et il est incapable de faire la différence entre une ou plusieurs croquettes ! ●

RÉFÉRENCES

n D. Ramos et C. Ades, Two-Item sentence comprehension by a dog (Canis familiaris), PLoS ONE, février 2012. n M. Gácsi et coll., Effects of selection for cooperation and attention in dogs, Behavioral and Brain Functions, juillet 2009. n B. Hare et V. Woods, The genius of dogs : how dogs are smarter than you think, Dutton Adult, 2013. n J. Kaminski, A. Pitsch et M. Tomasello, Dogs steal in the dark, Animal cognition, mai 2013.

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Les bénéfices du théâtre thérapeutique 62 / LE MONDE DE L’INTELLIGENCE – N° 34 – JANVIER/FÉVRIER 2014


Monde de l’enfance PAR JULIE PAYSANT

Autisme, hyperactivité, troubles oppositionnels… De nombreux enfants vivent un rapport perturbé avec le monde qui les entoure. Une pratique artistique peut-elle leur être profitable ? C’est le cas du théâtre thérapeutique, qui apporte plusieurs plus-values sociales et cognitives. Lever de rideau sur une prise en charge originale.

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aul, Johanna et Romain font partie des jeunes autistes participant au camp d’été du SENSE Theatre aux États-Unis. Pendant deux semaines et à raison de quatre heures par jour, ils vont suivre des cours de théâtre thérapeutique. Expressions corporelles, mimes, chorégraphies et déguisements sont au rendez-vous. Chaque enfant ou adolescent atteint de troubles autistiques est associé à un partenaire sans trouble et du même âge. On parle alors de “médiation thérapeutique par les pairs”. À l’aide de scènes filmées, le jeune sans trouble est formé pendant trois jours sur les comportements à adopter avec son camarade autiste.

ADAM TAYLOR/GETTY IMAGES

UN IMPACT POSITIF SUR LES RELATIONS SOCIALES. Après avoir établi le contact, les binômes réalisent différentes activités théâtrales sous la supervision d’un adulte. Ils imitent un animal imaginaire, inter prètent des textes

BLYTHE CORBETT est maître de conférences en psychiatrie à l’université Vanderbilt et chercheuse en psychologie au SENSE Theatre Lab, États-Unis.

simples et incarnent un personnage de théâtre en costume. Après une dizaine de jours, ils réalisent un spectacle de 45 minutes devant un public. Blythe Corbett, chercheuse en psychologie qui a mené une étude récente sur les bénéfices, souligne que « les enfants autistes montrent des progrès dans leur relation sociale, par exemple la mémorisation des visages. Leur capacité d’adaptation dans leur environnement proche se trouve également améliorée ». D’un point de vue physiologique, l’équipe de chercheurs a réalisé des prélèvements de salive sur les enfants afin de mesurer l’évolution de leur taux de cor tisol. La quantité de cette hormone du stress a diminué progressivement au fil des ateliers. Comment expliquer ces résultats ? « D’après notre hypothèse, les enfants se sont accoutumés à leur environnement et cette expérience a entraîné une réduction de leur réponse à toutes formes de stress », suggère Blythe Corbett.

MEGAN MACDONALD est maître de conférences, spécialiste de l’étude des mouvements dans le handicap, à l’université d’État de l’Oregon, États-Unis.

BROOKE INGERSOLL est maître de conférences en psychologie à l’université du Michigan, États-Unis.

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Monde de l’enfance

« L’amélioration majeure concerne l’estime de soi » Entretien avec Stéphane Ahmane, psychologuepsychothérapeute et comédien. Il anime des sessions de théâtre thérapeutique pour des enfants présentant des troubles attentionnels au centre hospitalier Robert-Debré (Paris). Comment se déroulent les séances de théâtre thérapeutique ? C’est une approche de théâtre traditionnel, qui met l’accent sur des exercices permettant l’amélioration de l’attention, de l’estime de soi et des relations interpersonnelles. Nous ne créons pas de spectacle à proprement dit, car le travail doit se concentrer sur l’enfant lui-même. Tout d’abord, des exercices physiques d’échauffement du corps permettent de libérer et de canaliser le trop-plein d’énergie. Ensuite, des exercices de respiration permettent de développer la concentration. Le mime développe quant à lui leur écoute. Ce n’est qu’en fin d’année que nous pouvons travailler sur des petits textes simples. Selon quels critères les enfants sont-ils retenus pour participer ? Ces ateliers se composent de six à huit enfants qui souffrent de trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité… Aucun diagnostic n’est obligatoire, je m’entretiens avant tout avec les parents pour mieux connaitre l’enfant avant de l’intégrer dans l’atelier. Quels sont les principaux bénéfices observés ? L’amélioration majeure concerne l’estime de soi. Pendant l’atelier, les enfants peuvent être ce qu’ils sont. Ils évoluent dans un cadre bienveillant, sans confrontation pouvant créer une forme de mal-être. Ils prennent beaucoup de plaisir à être dans l’imaginaire et ce plaisir est source de bien-être. C’est un effet cathartique. En ayant la possibilité de se laisser aller à l’imaginaire pendant le cours, ils se retrouvent d’autant plus sereins dans la vie de tous les jours. Quand apparaissent ces bénéfices ? La progression de l’estime de soi est très rapide. Les parents me rapportent qu’au niveau émotionnel, l’enfant est moins en colère ou moins anxieux à la maison. À plus long terme, un progrès est ressenti dans l’environnement scolaire.

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UNE DISCIPLINE ENCORE BALBUTIANTE. Le théâtre thérapeutique est une des disciplines appartenant au champ de l’art-thérapie comme la musique, le dessin, la danse ou encore la photographie. La création artistique s’offre alors comme un moyen de communication à part entière. Les enfants atteints d’autisme, d’hyperactivité, de troubles de l’attention, de différents troubles du comportement (comme les enfants opposants), de retards scolaires et même de troubles du langage peuvent bénéficier d’ateliers de théâtre thérapeutique. « Par essence, le théâtre est un travail attentionnel et émotionnel sur soi  », souligne Stéphane Ahmane, comédien et psychothérapeute, qui s’occupe d’enfants ayant des troubles de l’attention (voir l’entretien). Parmi les conditions de base, il faut avant tout constituer des groupes homogènes d’enfants “compatibles”. « Pour mener à bien ce travail, il est nécessaire de séparer les enfants calmes et les enfants extravertis. Les jeunes présentant un trouble de l’attention avec hyperactivité demandent beaucoup d’énergie. Placer un enfant ayant un trouble de l’attention sans hyperactivité dans ce groupe est souvent impossible », reconnaît Stéphane Ahmane. Souvent, ce sont des associations comme HyperSuper TDAH France, des écoles primaires ou encore des hôpitaux qui proposent ces ateliers originaux. Cependant, cette pratique reste marginale, autant dans le corps enseignant que dans les services hospitaliers spécialisés de la petite enfance.


DR

Expressions corporelles, mimes, chorégraphies et déguisements sont au programme du camp d’été du SENSE Theatre aux États-Unis, au cours duquel chaque enfant ou adolescent autiste est associé à un partenaire non autiste du même âge.

UN LIEN ENTRE CAPACITÉS MOTRICES ET RELATIONNELLES. Les derniers résultats de recherche sur les enfants autistes viennent confirmer l’intérêt de la pratique de l’art scénique. Des chercheurs de l’université de l’Oregon ont démontré la corrélation entre capacités motrices et comportement social sur 150 enfants autistes âgés de un à trois ans. L’habileté à se mouvoir dans l’espace interagit positivement sur leurs aptitudes de communication avec autrui. L’objectif à long terme de ce travail est de mettre en place des programmes d’activité physique adaptés pour améliorer leurs capacités à être en lien avec les autres. Comme le souligne Megan Mac Donald, psychologue et auteur de l’étude, « le théâtre est une excellente activité pour les enfants autistes puisqu’il implique de solliciter ses capacités motrices et d’interaction avec les autres ». Monter sur les planches développe la maîtrise de soi, mais c’est aussi une opportunité pour l’enfant de s’ouvrir aux autres en pratiquant l’imitation.

 Par essence, le théâtre est un travail attentionnel et émotionnel sur soi 

LES BIENFAITS DE L’IMITATION. Dès sa première année, l’enfant développe sa compétence à imiter des gestes simples ou encore des sons. Ce langage préverbal lui permet avant tout de développer sa relation avec son entourage, les parents en premier lieu. Depuis le début des années 2000, différentes études sur les enfants autistes ont mis en évidence leur réelle difficulté à imiter l’autre. En 2012, Brooke Ingersoll a étudié chez un groupe de quatorze enfants autistes les effets de l’apprentissage de l’imitation pendant une dizaine de semaines. Résultat ? Elle a constaté une amélioration continue de leur fonctionnement social par rapport à un groupe témoin. C’est avant tout leur niveau d’émotion sociale et leur attention conjointe qui progressent rapidement. Comme l’explique la chercheuse en psychologie de l’université du Michigan, « l’attention conjointe est la capacité de poser son attention à la fois sur une personne et un objet ou un événement ». On imagine aisément que le théâtre thérapeutique, qui intègre l’imitation, se révèle utile pour développer ses compétences relationnelles et sociales. Alors que très peu d’études se sont intéressées à ce sujet, de nombreuses inconnues restent en suspens : à quel âge peut-on commencer à pratiquer le théâtre thérapeutique ? Les bénéfices constatés perdurentils dans le temps ? D’autres recherches sont donc nécessaires avant que cette activité scénique vieille de 2 500 ans démontre l’ensemble des bénéfices thérapeutiques pour des enfants ayant un rapport perturbé avec la réalité. l

RÉFÉRENCES

n B.A. Corbett et coll., Improvement in social deficits in autism spectrum disorders using a theatre-based, peer-mediated intervention, Autism Research, décembre 2013. n B. Ingersoll, Brief report : effect of a focused imitation intervention on social functioning in children with autism, Journal of Autism and Developmental Disorders, août 2012. n M. MacDonald, C. Lord et D. Ulrich, The relationship of motor skills and adaptive behavior skills in young children with autism spectrum disorders, Research in Autism Spectrum Disorders, septembre 2013.

LE MONDE DE L’INTELLIGENCE – N° 35 – MARS/AVRIL 2014

/ 65


PORTRAIT

L’ALEXITHYMIQUE,

handicapé des émotions

Nous ressentons au quotidien toutes sortes d’émotions. Positives ou négatives, elles guident nos comportements et nos relations. Mais certains d’entre nous ne peuvent pas s’y fier, elles restent insaisissables. On parle alors d’alexithymie, un trait de caractère défini par des difficultés à identifier et distinguer ses propres états émotionnels. Peu connu, il est pourtant assez fréquent et n’est pas sans conséquences...

I

l y a un peu plus de cinquante ans, le psychothérapeute Peter Sifneos fait une découverte surprenante : certains de ses patients atteints de troubles psychosomatiques sont dans l’incapacité à décrire leurs sentiments. Après bien d’autres observations et publications, le terme désignant cette particularité apparaît dans un article de Peter Sifneos en 1972 : alexithymie, signifiant littéralement “absence de mot pour les émotions”. UNE PERSONNE SUR HUIT. Aujourd’hui, l’alexithymie est caractérisée par quatre composantes : une difficulté à identifier et à distinguer les états émotionnels, des perturbations dans la capacité à verbaliser ses états émotionnels à destination d’autrui, une vie imaginaire réduite et un mode de pensée tourné vers les aspects concrets de l’existence au détriment de leurs aspects affectifs

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L’intelligence en pratique PAR MARINE HAQUIN

OLIVIER LUMINET est maître de recherche au Fonds de la recherche scientifique en Belgique et professeur de psychologie à l’université catholique de Louvain, Belgique.

MAGRYT/FOTOLIA

(pensée opératoire). Il semble que la source du problème soit un défaut d’interprétation : les émotions sont bien ressenties, mais elles sont mal traitées et régulées. Pour Olivier Luminet, professeur en psychologie à l’université catholique de Louvain et spécialiste des interactions entre émotion, personnalité et santé, « l’alexithymie n’est pas une maladie, mais un trait de personnalité qui se retrouve chez 10 à 15 % de la population. Il existe un continuum d’intensité de l’alexithymie, rendant les personnes ayant les scores les plus élevés davantage vulnérables face aux maladies mentales et somatiques. » DES LIENS AVEC DES TROUBLES PSYCHOLOGIQUES. Car, de par sa prévalence, l’alexithymie est associée à de nombreuses maladies impliquant des troubles de la régulation émotionnelle tels que la dépression, les troubles alimentaires ou les addictions. « On retrouve jusqu’à 60 % de personnes alexithymiques parmi les anorexiques et boulimiques », indique Olivier Luminet. Le lien étant fait, on peut se demander si l’alexithymie fait partie des causes ou est une conséquence de ces troubles psychologiques. La question fait encore débat. Certains chercheurs pensent qu’il s’agit d’un mécanisme de défense développé pour mieux supporter la maladie, mais pour Olivier Luminet et d’autres spécialistes, il s’agit plutôt d’un trait de caractère qui augmente le risque de développer des troubles psychologiques. Des études ont été menées afin

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L’intelligence en pratique

Dans le cerveau des alexithymiques

INSERM

D’un point de vue cognitif, l’alexithymie intrigue. Les émotions sont bien ressenties, mais leur traitement est mal réalisé. L’analyse publiée en 2013 par Yoshiya Moriguchi et Gen Komaki reprend l’essentiel des études de neuro-imagerie menées pour mieux comprendre l’alexithymie. Différentes anomalies de l’activité cérébrale sont répertoriées chez les personnes alexithymiques. Tout d’abord, il y a une réponse réduite au niveau du cortex cingulaire postérieur (en vert sur l’image) durant des tâches liées à l’imagination, ce qui suggère que le fonctionnement cognitif volontaire, qui permet de créer une image spontanément dans son esprit, est perturbé. La réponse neuronale à un stimulus visuel est également très réduite dans le système limbique et paralimbique. Très importantes pour le comportement et les émotions, ces zones incluent notamment l’amygdale et l’insula. Cette dernière est donc sous-activée durant les processus cognitifs engagés dans des tâches sociales comme la mentalisation, c’est-à-dire la capacité à comprendre et inférer un état mental à autrui – ce qu’on appelle aussi la théorie de l’esprit. Cela expliquerait pourquoi il est difficile pour les alexithymiques de décoder les émotions des autres. L’insula est aussi impliquée dans l’intéroception, c’est-à-dire la capacité à percevoir des changements internes. Une réponse réduite explique les difficultés des alexithymique à identifier un changement physiologique, une accélération du rythme cardiaque par exemple. Mais chez les personnes avec un haut score d’alexithymie, la réponse neurale semble, à l’inverse, renforcée face à des stimuli accompagnés d’un contexte physique (des sensations externes), ce qui pousse ces personnes-là à exagérer leurs symptômes physiques. L’alexithymie est définitivement un trait bien complexe ! RÉFÉRENCE

n Y. Moriguchi et G. Komaki, Neuroimaging studies of alexithymia : physical, affective, and social perspectives, BioPsychoSocial Medicine, mars 2013.

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de tester la stabilité de l’alexithymie. Par exemple, en 2001, dans le cadre de thérapies contre la dépression, il a été constaté que même lorsque le traitement permet de soigner la dépression, le niveau d’alexithymie ne change pas ou très peu, démontrant une stabilité du trait sans influence de la dépression. UNE ÉCHELLE POUR S’ÉVALUER. Actuellement, l’alexithymie se mesure le plus souvent grâce à l’échelle d’Alexithymie de Toronto à 20 items, la TAS20 (voir l’encadré). À partir d’un questionnaire à 20 questions avec 5 possibilités de réponses allant de « Pas du tout d’accord » à « Entièrement d’accord », un score d’alexithymie est calculé à partir des réponses données. Mais que signifie, avoir un score élevé sur l’échelle TAS20 ? Une personne ayant un score plus élevé qu’une autre, ne présente pas forcément davantage de troubles, mais plutôt un trouble spécifique plus intense. « On peut voir des sous-types d’alexithymie : les alexithymiques ayant en particulier des difficultés à comprendre leurs émotions, ceux qui ont un problème de verbalisation de l’émotion ou encore ceux dont la vie imaginaire est extrêmement réduite. Un haut score pour l’un des facteurs signifie que cette difficulté est davantage marquée », précise Olivier Luminet. Néanmoins les très hauts scores présentent souvent la plupart des caractéristiques de l’alexithymie. VIVRE EN ÉTANT ALEXITHYMIQUE. De par le caractère même des alexithymiques, le trait a toujours été difficile à repérer durant le traitement des troubles psychologiques associés dont ils sont souvent atteints : à cause de leur incapacité à identifier et exprimer ce qu’ils ressentent, ils sont souvent passés pour des patients peu coopératifs auprès de certains thérapeutes, car leur alexithymie n’avait pas été identifiée. Or, il est crucial que les thérapeutes et médecins soient sensibles à ce trait de caractère, notamment parce qu’il participe indirectement au développement de troubles psychologiques et, plus surprenant, de troubles somatiques. Olivier Luminet apporte pourtant une explication très simple à cela : une activation physiologique telle que l’hypertension artérielle, le syndrome du côlon irritable ou l’accélération du rythme cardiaque, est bien ressentie, mais « il y a un manque d’alerte au niveau des sensations corporelles, donc les symptômes de maladies sont ignorés par le patient et ne sont pas pris encharge, ce qui entraîne une aggravation de ces conditions ».


ERIC BASIR/GETTY IMAGES

Leur tendance à ne pas s’exprimer ou émettre de jugement les rend moins populaires Outre cette vulnérabilité, les alexithymiques font souvent face à une vie sociale pauvre et des relations difficiles avec les autres. Tout d’abord, les alexithymiques ont tendance à se définir par rapport aux autres, à se conformer. Ils se mettent peu en avant et préfèrent se fondre dans la masse. Leur tendance à ne pas s’exprimer ou émettre de jugement les rend moins populaires. De plus, leurs difficultés à identifier les sentiments et humeurs des autres, ainsi que leur insécurité et leur manque d’empathie, les empêchent souvent d’entretenir des relations profondes d’amitié ou d’amour. RÉAPPRENDRE À NOMMER LES ÉMOTIONS. Mais d’où peut venir ce trait de caractère ? D’un point de vue cognitif, les études d’imagerie cérébrale mettent notamment en évidence une activité réduite du cortex cingulaire antérieure et de l’insula (voir l’encadré). Ces régions ont respectivement un rôle important dans la traduction des sensations corporelles et dans l’intéroception, c’est-à-dire l’analyse des sensations internes. Ceci explique pourquoi les alexithymiques n’arrivent pas à interpréter leurs propres ressentis et agir en conséquence. Néanmoins, les émotions négatives semblent mieux comprises par les alexithymiques. Le trop-plein d’émotions négatives est mal régulé, ainsi « il y a un déséquilibre entre émotions négatives et positives qui entraîne et entretient la vulnérabilité des alexithymiques », précise Olivier Luminet. Il se peut aussi que l’alexithymie ait une part d’acquis, ou de non-acquis en l’occurrence. Durant le développement, l’apprentissage de la dénomination des émotions peut s’être mal déroulé. C’est pourquoi, aujourd’hui, différentes thérapies sont développées afin de réapprendre aux alexithymiques à nommer leurs émotions. Parmi celles-ci, les thérapies corporelles semblent représenter une piste intéressante. Elles permettent de sensibiliser au lien entre émotions et sensations grâce à des

exercices centrés sur le corps et les ressentis. Un autre canal non verbal intéressant est la thérapie par la musique. « C’est un créateur d’émotions positives, elle rappelle de bons souvenirs qui sont ensuite associés à des émotions de nature positive », explique Olivier Luminet. LA PISTE DE L’OCYTOCINE. Les traitements pharmacologiques ne sont pas oubliés. Des travaux suggèrent notamment que la prise d’ocytocine, la fameuse “hormone de l’attachement”, faciliterait la reconnaissance de ses émotions et de celle d’autrui. Ainsi, des injections d’ocytocine par spray nasal pourraient améliorer la relation avec le psychothérapeute, en permettant au patient de mieux reconnaître les expressions faciales et sentiments de son interlocuteur. L’hormone pourrait aussi favoriser l’introspection et la compréhension des émotions durant les séances de psychothérapies, la rendant plus efficace. En 1977, Peter Sifneos a déclaré : « l’alexithymie est là pour rester ». Il semble qu’il avait bien raison, d’autant plus que l’alexithymie n’a pas encore livré tous ses secrets. ●

RÉFÉRENCES

n O. Luminet, N. Vermeulen et D. Grynberg, L’alexithymie – Comment le manque d’émotions peut affecter notre santé, De Boeck, octobre 2013. n O. Luminet, R.M. Bagby et G.J. Taylor, An evaluation of the absolute and relative stability of alexithymia in patients with major depression, Psychotherapy and Psychosomatics, septembre 2001.

Page suivante, calculez votre score d'alexithymie.

LE MONDE DE L’INTELLIGENCE – N° 35 – MARS/AVRIL 2014

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ERIC BASIR/GETTY IMAGES

L’intelligence en pratique

Êtes-vous alexithymique ? La TAS-20, ou échelle d’alexithymie de Toronto à 20 items, vous permet d’évaluer votre tendance à ce trait de caractère. Pour chaque affirmation, cotez votre degré d’accord ou de désaccord en la notant de 1 à 5. DÉSACCORD COMPLET DÉSACCORD RELATIF NI ACCORD NI DÉSACCORD ACCORD RELATIF ACCORD COMPLET

1 2 3 4 5

1 2 3 4 5

1 Souvent, je ne vois pas très clair dans mes sentiments. 2 J’ai du mal à trouver les mots qui correspondent bien à mes sentiments. 3 J’éprouve des sensations physiques que les médecins eux-mêmes ne comprennent pas. 4 J’arrive facilement à décrire mes sentiments. 5 Je préfère analyser les problèmes plutôt que de me contenter de les décrire. 6 Quand je suis bouleversé(e), je ne sais pas si je suis triste, effrayé(e) ou en colère. 7 Je suis souvent intrigué(e) par des sensations au niveau de mon corps. 8 Je préfère simplement laisser les choses se produire plutôt que de comprendre pourquoi elles ont pris ce tour. 9 J’ai des sentiments que je ne suis guère capable d’identifier. 10 Être conscient(e) de ses émotions est essentiel. 11 Je trouve difficile de décrire mes sentiments aux autres. 12 On me dit de décrire davantage ce que je ressens. 13 Je ne sais pas ce qui se passe à l’intérieur de moi. 14 Bien souvent, je ne sais pas pourquoi je suis en colère. 15 Je préfère parler aux gens de leurs activités quotidiennes plutôt que de leurs sentiments. 16 Je préfère regarder des émissions de variétés plutôt que des films dramatiques. 17 Il m’est difficile de révéler mes sentiments intimes même à mes amis très proches. 18 Je peux me sentir proche de quelqu’un même pendant les moments de silence. 19 Je trouve utile d’analyser mes sentiments pour résoudre mes problèmes personnels. 20 Rechercher le sens caché des films ou des pièces de théâtre perturbe le plaisir qu’ils procurent.

ATTENTION, CINQ ITEMS FONT L’OBJET D’UNE INVERSION DANS LA NOTATION : les affirmations 4, 5, 10, 18 et 19, pour lesquelles 1 signifie : « accord complet » ; 2 : « accord relatif » ; 3, « ni accord ni désaccord » ; 4, « désaccord relatif » ; et 5, « désaccord complet ». RÉSULTATS Un score égal ou inférieur à 44 signale l’absence d’alexythimie. Entre 44 et 56, c’est la catégorie des intermédiaires, pour lesquels on ne peut pas affirmer ou infirmer la présence de ce trait de caractère. Enfin, un score égal ou supérieur à 56 correspond à l’alexythimie.

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les cahiers

LE MONDE DE

L’intelligence

les cahiers

L’intelligence LE MONDE DE

Certains aspects du développement de l’intelligence des enfants nous échappent totalement. D’autres, au contraire, dépendront de notre attitude et de notre intelligence en tant que parents…

N° 3

FAIRE GRANDIR INTELLIGENCE & ÉVEIL DES BÉBÉS L’apprentissage avant la naissance De l’inné à l’acquis, quand tout bascule La science parentale Le Big Bang du vocabulaire, etc.

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trimestriel – janvier/février/mars 201 4

LES CAHIER S : U N E É D I T I O N S P ÉC I A L E C O N S A C RÉ E À U N G R A N D T H È M E D E L’ I N T ELLIGENCE

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L’intelligence en pratique

Au mieux, on les consomme pour aromatiser les plats. Au pire, on les ignore purement et simplement. Pourtant, les herbes mériteraient de jouer un rôle de premier plan dans nos assiettes. Le point sur leurs qualités nutritionnelles.

B

ien souvent, le brin de persil se contente d’être la touche finale du plat, une “décoration” qui finit généralement sur le bord de l’assiette. Mérite-t-il d’être à ce point négligé ? Les chercheurs ont pourtant découvert il y a près de vingt ans que l’apigénine, l’un de ses composants actifs, présente des effets antioxydants utiles à la santé de notre organisme – cerveau compris. Le persil contribue ainsi à protéger les neurones des radicaux libres, principal facteur de vieillissement et de dégénérescence du cerveau. UNE SOURCE D’ANTIOXYDANTS. Plusieurs travaux relèvent que les herbes fraîches, dont le persil, sont aussi efficaces – voir plus – que certains fruits et légumes connus pour leur pouvoir antioxydant (raisin, carotte, épinard, etc.). Autre argument

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en faveur d’une plus grande consommation de persil : il contient également une autre source d’antioxydants, les caroténoïdes, au point de faire partie du top 3 des aliments (à poids équivalent) les plus concentrés en ces composants précieux pour le cerveau. D’autres herbes aromatiques méritent également plus d’attention. Elles seraient même un possible antidépresseur naturel, à titre préventif. D’après une analyse portant sur les résultats d’une dizaine d’études, les personnes présentant de faibles taux de vitamine B9 ont un risque plus élevé de dépression (de l’ordre de 55 %). Une carence qui peut facilement être compensée, en augmentant sa consommation de foie de veau ou d’herbes aromatiques – menthe, romarin, origan… AU MENU, PISSENLIT ET ORTIE. Et que dire de ce qu’on appelle les “mauvaises” herbes ? L’analyse de leurs propriétés nutritionnelles redore leur blason. Le pissenlit est riche en vitamine B9, mais aussi en fer et en vitamine C, en antioxydants, en sels minéraux, en fibres… Un vrai concentré ! Autre exemple, l’ortie, qui augmente la capacité de l’organisme à s’adapter et résister aux effets du stress, et permet également de faire le plein de vitamines, minéraux et oligo-éléments. À consommer sans modération ! ●

CERBOTTANA/FOTOLIA/ZZAYKO/GETTY IMAGES

PAR GILLES MARCHAND


pour 4 verres > 2 poignées de persil très frais avec les tiges, bien lavées > 1/2 citron, sans le zest > 3 c. à soupe de sucre > 125 ml d’eau l  Mixez

le tout, puis filtrez dans une passoire fine. Servez bien frais.

Pour 4 personnes > 500 g d’orties fraîches > 4 pommes de terre > 1 oignon > 1 noix de beurre > 1 cube de bouillon de volaille lL  avez

les feuilles d’ortie à l’eau et au vinaigre. lÉ  mincez l’oignon, faites-le revenir dans le beurre, rajoutez les pommes de terre coupées en cubes. lA  joutez les orties coupées grossièrement, puis un litre d’eau et le cube de bouillon. lL  aissez cuire à feu doux pendant 30 minutes, puis mixez la soupe.

Pour 4 personnes > 250 g de pissenlits (jeunes pousses) > 1 c. à soupe de moutarde à l’ancienne > 1 c. à café de vinaigre de vin > 3 c. à soupe d’huile d’olive > 1 échalote > sel, poivre lÉ  mincez

l’échalote, préparez la vinaigrette, puis mélangez tous les ingrédients. lV  ous pouvez compléter avec des œufs mollets, des croûtons et des lardons.


L’intelligence en pratique

LE CAHIER JEUX La gymnastique de l’esprit par Bernard Myers

Voici une série de jeux variés, sans score final ! Sentez-vous libre de les résoudre dans l’ordreCitation queenvous souhaitez… désordre

Replacez les mots dans l’ordre, pour former une citation de Sacha Guitry.

Le quatrième mot Les trois premières LE QUATRIÈME MOT lignes donnent en code les mots : "trappe", "grotte" et "pierre", pas dans cet ordre. Les trois premières lignes donnent enmais code les mots  : “trappe”, “grotte” et “pierre”, mais pas dans cet ordre. Décryptez le quatrième mot écrit dans le même code. Décryptez le quatrième mot écrit dans le même code.

Il est gagnera on vieux quand dépenser on jeune sera faut qu'on quand l'argent CITATION EN DÉSORDRE Replacez les mots dans l’ordre, pour former une citation de Sacha Guitry.

?

Fragmots Formez 4 mots de 6 lettres sans conjuguer. Vous utiliserez tous les fragments sauf un : lequel ?

FRAGMOTS Formez 4 mots de 6 lettres sans conjuguer. Vous utiliserez tous les fragments sauf un : lequel ?

5 ANC

2

RAT

6 ET A

7 MAT

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74 / LE MONDE DE L’INTELLIGENCE – N° 35 – MARS/AVRIL 2014

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LE MOT QUI MANQUE Quel mot faut-il écrire verticalement dans la grille pour former huit mots horizontaux ?


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L’intelligence mo en pratique

LE CAHIER JEUX

1

2

3

4

5

6

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Candidats Benoît est juste entre Emilie et Florence. Glenda est juste à droite de Charles et juste à gauche d'Antoine. Damien est plus vers la gauche qu'Irène. Où sont Emilie Solutions page 78 et Damien s'ils ne se côtoient pas ?

7

8

CANDIDATS Benoît est juste entre Emilie et Florence. Glenda est juste à droite de Charles et juste à gauche d’Antoine. Damien est plus vers la gauche qu’Irène. Où sont Emilie et Damien s’ils ne se côtoient pas ?

JEUX DE CARTES Les cartes à jouer ont été disposées selon une certaine méthode et la dernière a été recouverte par un Joker. Pouvez-vous trouver ce que doit être cette carte cachée ?

COMBINAISON GAGNANTE Trouver l'emplacement dans la grille de chaque groupe de jetons ci-dessous. Ils doivent être disposés pour qu'aucune rangée, aucune colonne et aucune diagonale, si petite soit-elle, ne comprenne plus d'un groupe de la même couleur ou comportant le même nombre de jetons. (Notez votre solution avec les abréviations : 3R pour 3 jetons rouges, 2J pour 2 jaunes etc.)

1J

1R

1V

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2V

2B

2G

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3V

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4G

COMBINAISON GAGNANTE Trouver l’emplacement dans la grille de chaque groupe de jetons ci-dessous. Ils doivent être disposés pour qu’aucune rangée, aucune colonne et aucune diagonale, si petite soit-elle, ne comprennent plus d’un groupe de la même couleur ou comportant le même nombre de jetons. (Notez votre solution avec les abréviations : 3R pour 3 jetons rouges, 2J pour 2 jaunes, etc.)

SÉRIE Quel figure numérotée continue la série ? 5J

SÉRIE Quelle figure numérotée continue la série ?

5V

5G

1

2

3

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LE MONDE DE L’INTELLIGENCE – N° 35 – MARS/AVRIL 2014

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valeur différente entre 1 et 9. Quand deux cercles

tom

JETONS se chevauchent, la partie commune est égale à la Combien reste-t-il de jetons si on élimine tous valeur des deux cercles additionnés. Trouvez, L’intelligence ceux portant un nombre pair contenant un chiffregrâce aux quelques nombres donnés, la valeur de enimpair pratique chaque cercle. ou un nombre impair contenant un nombre pair ?

s

LE CAHIER JEUX

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Combien reste-t-il de jetons si on élimine tous JETONS Combien si onpair élimine tous ceuxun chiffre ceux reste-t-il portantde unjetons nombre contenant portant un nombre pair contenant un contenant chiffre impairun nombre impair ou un nombre impair ou un nombre impair contenant un nombre pair ?

42 81 40 18 98 35 84 16

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JETONS 42 81 BIS 40 18 98 35 84 16

De combien de façons peut-on corriger l'égalité en remplaçant un JETONS BIS BIS JETONS jeton de jaune un corriger jeton l’égalité vert ? De combien façonspar peut-on De combien de façons peut-on en remplaçant un jeton jaune par un jeton vert ? corriger l'égalité en remplaçant un jeton jaune par un jeton vert ?

6 + 5 - 9 = 7 + 2 - 4

61 + 52 - 93 = 74 + 25 - 46 1 2 MAGIQUE 3 4 CARRÉ

5

6

7

7

Dans ce carré magique, la somme des nombres dans chaque rangée horizontale, CARRÉ MAGIQUE chaque colonne verticale et chacune des deux Dans ce carré magique, la somme des nombres diagonales est égale 90, mais les dansgrandes chaque rangée horizontale, chaqueàcolonne chiffres ont été remplacés par des lettres. verticale et chacune des deux grandes diagonales Trouvez deux lettres ont quiété devraient être est égale à 90,les mais les chiffres remplacés placées la case vide. par des lettres.dans Trouvez les deux lettres qui devraient être placées dans la case vide.

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=9

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8

Chaque paquet contient la même valeur. Combien y a-t-il d'étoiles dans le dernier ?

PAQUETS CADEAU Chaque paquet contient la même valeur. Combien y a-t-il d’étoiles dans le dernier ?

x? 76 / LE MONDE DE L’INTELLIGENCE – N° 35 – MARS/AVRIL 2014

LA VALEUR DES SIGNES Trouvez la valeur de chaque signe, sachant que le nombre au bout de chaque rangée et de chaque colonne représente la valeur totale des signes se trouvant dans cette rangée ou colonne.


LE CAHIER JEUX 5

6

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1

FLÉCHÉNIGME

FLÉCHÉNIGME Combien y a-t-ilCombien de cases,ydésignées a-t-il de cases, désignées chacune par trois flèches par ? trois flèches ? chacune

1

2

3

4

MULTI-CUBES Parmi les dessins numérotés, combien peuvent représenter le même assemblage de cubes ? (Il faut, bien entendu tenir compte de la façon dont les diverses faces sont colorées).

MULTI-SIGNES Combien de figures apparaissent deux fois dans u rectangle et une seule fois dans un autre ?

4

2

t

L’intelligence mo en pratique

s

MULTI-CUBES Parmi les dessins numérotés, combien peuvent représenter le même assemblage de cubes ? (Il faut, bien entendu tenir compte de la façon dont les diverses faces sont colorées).

5

6

7

8

I II III IV V VI VII VIII

MULTI-SIGNES Combien de figures FRUITS DE SAISON apparaissent deux fois dans Traversez l'étalage de fruits du départ "D" l'arrivée enfois passant successivement par les un jusqu'à rectangle et une "A"' seule emplacements contenant des cerises, des pommes et du raisin, toujours dans cet ordre. Allez dans un autre ? d’un rond à un autre uniquement s'ils se touchent.

A

FRUITS DE SAISON Traversez l’étalage de fruits du départ “D” jusqu’à l’arrivée “A” en passant successivement par les emplacements contenant des cerises, des pommes et du raisin, toujours dans cet ordre. Allez d’un rond à un autre uniquement s’ils se touchent.

D LE MONDE DE L’INTELLIGENCE – N° 35 – MARS/AVRIL 2014

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t

m L’intelligence o en pratique s

LE CAHIER JEUX

Solutions

Solutions des jeux des pages 74 à 77 Fragmots PAGE 74n’est pas utilisé. Les En prenant les cartes par colonnes, l’ordre Fragment 5 «ANC» des couleurs est toujours pique, cœur, mots : légume, ingrat, format, étaler. carreau, trèfle. La carte qui manque FRAGMOTS Fragment 5 « ANC » n’est pas utilisé. Les mots : légume, ingrat, format, étaler.

Le mot qui manque

LE MOT QUI MANQUE Calanque Calanque L A C E T

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T

I

est donc pique.

A R E

P E N T E

C O Q U E S O U T E P O E L E

LE QUATRIÈME MOT GRIPPE Le quatrième mot : Les mots viennent dans l’ordre : GRIPPE Pierre, grotte et trappe.

les mots viennent dans l’ordre : Pierre, CITATION EN DÉSORDRE Ilgrotte faut dépenser quand on est jeune l’argent et trappe. qu’on gagnera quand on sera vieux

SÉRIE 3 (le rond tourne autour du pentagone dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, le rond tourne sur lui même de 90° dans le sens des aiguilles d’une montre).

allant vers la droite : 12, 14, 16,

18, donc le total de la dernière RIE e rond tourne autour du pentagone dans le sens doit êtrecontraire 20. Il manque 10. s aiguilles d'une montre, le rond tourne sur lui même de ° dans le sens des aiguilles d'une montre)

e. La

78 /

ndidats LE MONDE DE L’INTELLIGENCE t 4 (1 Emilie, 2 Benoît, 3 Florence, 4 Damien, 5 Irène, 6 arles, 7 Glenda, 8 Antoine). B et G sont soit 2 et 6, soit 3 et mais avec cette dernière possibilité on ne peut placer

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JETONS 4 jetons 42, 40, 35, 84 (On élimine 18, 98,16 et 81) JETONS BIS 3 (6+5-6 = 7+2-4 ; 6+5–9 = 4+2–4 ; 6+5–9 = 7+2–7)

7=F, 8=E, 9=H, 0=J) Grâce à la diagonale bas gauche-haut droit, on voit que I=5, avec la deuxième colonne on voit que C=2. Ensuite la quatrième rangée montre que G=1, la diagonale bas gauche-haut droit de nouveau, montre que D=3, puis la deuxième colonne A=6, la quatrième colonne F=7, la deuxième rangée E=8, la première rangée H=9, enfin la troisième colonne B=4. Dans la case vide il manque 29, donc CH. PAQUETS CADEAU 8 étoiles : 1 carré = 2 étoiles, un hexagone = 3 étoiles.

– N° 35 – MARS/AVRIL 2014

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LA VALEUR LA VALEURDES DES SIGNES SIGNES On remarquera quelaladeuxième deuxième colonne contient deux On remarquera que colonne trèfles etdeux donccœurs cœur+trèfle=24. Valeur contient et deux trèfles et que l’on peut dé LA VALEUR DES SIGNES quatrième colonne et Valeur ainsi trouver qu’un vaux donc cœur+trèfle=24. que l’on peut carreau On remarquera que la deuxième colonne contient deu déduire de la quatrième colonne et ainsi trèfles et donc cœur+trèfle=24. Valeur que l’on peut dé 11 carreau vaux (42-24)/2=9. 9 trouver qu’un etc.carreau vaux quatrième colonne et ainsi trouver qu’un

PAGE 76

Citation en désordre PAGE 75 Il faut dépenser quand on est jeune l'argent CARRÉ MAGIQUE qu'on gagnera quand on sera vieux"CH (1=G, 2=C, 3=D, 4=B, 5=I, 6=A, COMBINAISON GAGNANTE COMBINAISON GAGNANTE

ant it

PAQUETS CADEAU

Cercles chiffrés CERCLES CHIFFRÉS 8 étoiles : 1carré = 2 étoiles, un hexagone = 3 étoiles. A=8 – D=3 – E=1 – F=6 – - G=2 - H=4 A=8–-B=5 B=5– C=7 - C=7 - D=3 - E=1 - F=6 G=2 – H=4 – I=9 Cercles chiffrés

A=8 - B=5 - C=7 - D=3 - E=1 - F=6 - G=2 - H=4

CANDIDATS 1 et 4 (1 Emilie, 2 Benoît, 3 Florence, 4 Damien, 5 Irène, 6 Charles, 7 Glenda, 8 Antoine). B et G sont soit 2 et 6, soit 3 et 7, mais avec cette dernière possibilité on ne peut placer Damien plus vers la gauche qu’Irène. Donc B2 et G6 et la suite s’enchaîne.

C A L E R

U DE CARTES JEU DE CARTES otal des cartes de chaque colonne augmente de 2 en allant s la droite : 12, 14, 16, 18, donc le total de la dernière doit e 20. Il manque 10. En prenant les cartes colonnes, Lepar total des cartes de chaque dre des couleurs est toujours pique, coeur, carreau, trèfle. La colonne augmente de 2 en e qui manque est donc pique.

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JETONS 4 jetons 42, 40, 35, 84 (On élimine 18, 98,16 et 81) JETONS JETONS BIS 3 = 7+2-4 ; 6+5–9 = élimine 4+2–4 ; 18, 6+5–9 = 7+2–7) 4 (6+5-6 jetons 42, 40, 35, 84 (On 98,16 et 81) JETONS BIS CARRÉ 3 (6+5-6MAGIQUE = 7+2-4 ; 6+5–9 = 4+2–4 ; 6+5–9 = 7+2–7) CH (1=G, 2=C, 3=D, 4=B, 5=I, 6=A, 7=F, 8=E, 9=H, 0 Grâce à MAGIQUE la diagonale bas gauche-haut droit, on voit q CARRÉ deuxième colonne on4=B, voit que la quatriè CH (1=G, 2=C, 3=D, 5=I,C=2. 6=A, Ensuite 7=F, 8=E, 9=H, 0 que G=1, diagonalebas basgauche-haut gauche-hautdroit, droit on de voit nouvq Grâce à laladiagonale D=3, puis la deuxième colonne A=6, Ensuite la quatrième colo deuxième colonne on voit que C=2. la quatriè deuxième rangée E=8, la première rangée H=9, enfin que G=1, la diagonale bas gauche-haut droit de nouv B=4. case vide colonne il manque 29,ladonc CH. col D=3, Dans puis laladeuxième A=6, quatrième deuxième rangée E=8, la première rangée H=9, enfin PAQUETS B=4. Dans CADEAU la case vide il manque 29, donc CH. 8 étoiles : 1carré = 2 étoiles, un hexagone = 3 étoiles.

17 11

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FLÉCHÉNIGME 8 CASES : II 3, III 3, III 6, IV 7,PAGE 77 V 3, VI 3, VIII 1, VIII 6.

FLÉCHÉNIGME 8 cases : II 3, III 3, III 6, IV 7, V 3, VI 3, VIII 1, VIII 6. MULTI-SIGNES 4 figures : losange rouge, croix bleue, étoile verte et

étoile rouge. MULTI-SIGNES 4 figures : losange rouge, croix bleue, étoile verte et étoile rouge. MULTI-CUBES

1, 3, 5 et 6 sont identiques ainsi que 2 et 4.

MULTI-CUBES 1, 3, 5 et 6 sont identiques ainsi que 2 et 4. FRUITS DE SAISON FRUITS DE SAISON

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Commander des anciens numéros Bon de commande sur la page 82 

n°3 – mars/avril 2006

Le Monde de

l’intelligence

l’intelligence

Bimestriel - mars / avril 2006

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doper voses hémisphèr ! cérébraux

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L’empreinte biologique des bons élèves

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de : Lecture rapis et cour r exercices pou arrêter de ! subvocaliser

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ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO L’empreinte biologique des bons élèves Le cerveau des joueurs d’échecs Temps de cerveau disponible Homme/femme : monotâches ou multitâches ? Génies : les calculateurs prodiges Interview de Albert Jacquard

Le Monde de

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Bimestriel - mars / avril 2006

DOSSIER : SUPER HUMAIN 1- Tous centenaires ? 2- Ralentir le vieillissement 3- La science au secours des neurones 4- Les surpersens du corps humain 5- Le manuel de l’Homme bionique

NEUROSCIENCES • PSYCHOLOGIE • DÉVELOPPEMENT PERSONNEL

n° 11 – janvier/février/mars 2008 DOSSIER : APPRENDRE AU XI SIÈCLE 1- Apprendre au xxie siècle : interview de Stanislas Dehaene 2- Apprendre au xxie siècle : les secrets de l’hypermnésie 3- Apprendre au xxie siècle : la mémoire boostée par la fée électricité ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO La mémoire des gestes Changez d’avis à la dernière seconde… Parler de ses émotions fait du bien ! Le cerveau humain a une mémoire sociale Pour mieux entendre : utilisez vos yeux ! Les robots prennent le volant

11

n° 13 – sept/oct/nov. 2008

13

01/03/2006 05:54:04

n° 7 – novembre/décembre 2006 DOSSIER : LA GASTRONOMIE DU PENSEUR 1- Bien manger pour nourrir son cerveau 2- Régime idéal du travailleur intellectuel 3- La gastronomie moléculaire 4- Les papilles et les neurones 5- Le goût du plaisir ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO Les Aymaras ont leur futur derrière eux ! Faut-il se fier aux premières impressions ? Dans la peau d’un autre Pourquoi aimons-nous être surpris ? L’appât du gain L’intelligence collective des cafards

7

DOSSIER : QUELLE INTELLIGENCE SANS L’HOMME ? 1- Organismes digitaux : la vie in silico 2- L’intelligence humaine… des animaux ! ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO Quand le sport dope le cerveau Ne pas céder à ses pulsions ! La psychologie du consommateur Brain TV : l’activité cérébrale sur petit écran Que ressent-on lorsque l’on meurt ?

n° 8 – janvier/février/mars 2007 DOSSIER : L’INSTANT EURÊKA ! 1- La mécanique de la créativité 2- L’illumination 3- Devenir créatif 4- Les drogues boostent-elles la créativité ? 5- La création scientifique ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO Les origines de la justice dans les neurones Pourquoi l’amour rend-il aveugle ? ! Recouvrer la vue ? Le circuit cérébral de la décision Le manque de sommeil nuit aux neurones Jeremy Narby, le diplomate de l’intelligence Des robots inspirés du monde animal ! Le Darwinisme appliqué aux robots

8

n° 10 – juillet/août/septembre 2008

10

DOSSIER : LA CONCENTRATION À L’EXTRÊME 1- Les troubles de l’attention 2- Quelles méthodes pour doper sa concentration ? ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO Une prévision météo de la pensée ? Le goût du risque Le WiFi est-il un danger pour le cerveau ? Caméras intelligentes : la reconnaissance des visages

n° 16 – sept./oct. 2009

16

NUMÉRO SPÉCIAL : S’ORGANISER Les meilleures méthodes Ne plus procrastiner Un syndrome Facebook ? ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO L’intelligence artificielle bouleverse la science Entendre un conseil La neuro-archéologie Le génie des enfants sauvages La psychosomatique du stress

n° 17 – décembre/ janvier/février 2010 NUMÉRO SPÉCIAL : 100 EXPÉRIENCES POUR SE DÉCRYPTER Déchiffrer les émotions, les pensées, et les comportements ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO L’injure, sa vie, son œuvre La science des crises En quête de conscience

xox xoxo xoxoxoxo xoox oxox ox xoxo

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Le monde de

n° 18- mars/avril 2011

Le monde de

l’intelligence bimestriel - n°18 - mars/avril 2011

E FONOU RMUVELL LE LAISSONS NOS ENFANTS RêVASSER ! Les incroyables vertus du rêve éveillé p.54 LA DÉTECTION ULTRA-PRÉCOCE D’ALzhEIMER diagnostiquer la maladie avec une prise de sang ? p.45

•- vaincre la peur du succès •-Développer Développer ses ses talents talents •-Déjouer Déjouer les les stéréotypes stéréotypes •-Réussir Réussir àà plusieurs plusieurs

LA RÉALITÉ CÉRÉbRALE D’UNE FICTION Le cerveau vit la narration comme une véritable expérience! p.50

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S’organiser pour réussir

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“TOUT CE QUI N’INTÉRESSAIT PAS FREUD” A la découverte de la conscience plutôt que l’inconscient ! p.38

TEST : êtes-vous droitier/ gaucher mixte ou fort ? p.28

LA PENSÉE AMOUREUSE Quand l’amour rend intelligent… et ouvrirait l’esprit p.34

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DOSSIER : S’ORGANISER POUR RÉUSSIR Tout pour réussir Les secrets des bons élèves Réussite collective : 1+1 = 13 Les clefs de la réussite professionnelle ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO Les gauchers ont-ils des aptitudes supérieures Quand l’amour rend intelligent « Tout ce qui n’intéressait pas Freud » La réalité cérébrale d’une fiction Laissons nos enfants rêvasser La détection ultra-précoce d’Alzheimer

l’intelligence

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« Lorsque le menteur est en difficulté, il aura tendance à prendre plus de temps pour parler, ses réponses seront plus brèves et sa voix plus aiguë »

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n° 20 – juillet/août 2011

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Le cerveau de Mozart P. 33

Existe-t-il une anatomie du rire ? P. 36

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La construction de

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Traduction simultanée : le temps des machines ? P.60

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24

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P. 12 L’enfance du cerveau P. 18 Les surdoués P. 24 Neuropédagogie ? P. 26 L’enfance des génies

Le Monde de l’intelligence - n°4

■ P   : la perception d’une illusion ■ M  : comment cartographier sa pensée ■ C 

DOSSIER Le robot s’en va-t-en guerre P. 48

l’intelligence

Bimestriel - mai / juin 2006

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Le Monde de l’intelligence - n°2 - 5,50 €

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Quand le doute engendre la peur P. 42

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CAHIER PRATIQUE : Su Doku diabolique P. 76 + lecture rapide P. 68

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Le tabac i allié et ennem de l’intelligence

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Les bébés ont la bosse des maths DÉVELOPPEMENT PERSONNEL

Quel lecteur êtes-vous ?

L’intelligence du monde vue par Jacques Attali P. 63

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NUMÉRO SPÉCIAL : DOPER SON CERVEAU Tout ce que vous devez savoir Le banc d’essai complet des différents produits ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO L’affirmation de soi Le syndrome des clés perdues enfin compris Le stress modifie l’ADN ! Sortir de l’alcoolisme Oublier la douleur Quand internet transforme le cerveau des enfants L’enfant imite, oui… mais pas n’importe qui !

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cahier pratique

l’intelligence

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n° 24 – avril/mai 2012

DOSSIER : DEVENIR SUPER-CRÉATIF Super-créatif, mode d’emploi La méthode Léonard de Vinci La méthode Carson ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO Cartographier le cerveau Marketing et publicité : l’effet de fausse expérience On a testé le neurocoaching Quand stimuler nos muscles protège nos neurones L’humour, une histoire de famille Delgado ou les prémisses de la neurostimulation

1

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L’ALERTE DU PROF. BELPOMME L’électrosensibilité existe et la pollution par les ondes pourrait causer de véritables maladies ! p.32

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sciences

J’APPRENDS L’HYPNOSE ! Notre pas à pas pour maîtriser l’autohypnose en 8 étapes clefs p.44

VIEILLISSEMENT CÉRÉBRAL La science vous offre une cure de jouvence ! Notre guide pratique p.10

NUMÉRO SPÉCIAL : APPRENDRE VITE… ET MIEUX ! Les découvertes qui révolutionnent notre façon d’apprendre Modifier son anatomie cérébrale par l’apprentissage Banc d’essai des innovations pédagogiques ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO Surmonter la peur du changement La greffe de neurones L’art de se plaindre : conseils et modèles de lettres ! Épuisement professionnel : limiter les pertes de mémoire et de concentration

Bimestriel - mai / juin 2006

l’intelligence

Le monde de

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NOU VEL LE FORMULE Découvertes fondamentales

ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO Les bio-robots Un air de déjà-vu L’urbanisme cérébral GSM : l’alerte du Pr. Belpomme J’apprends l’hypnose en 8 étapes Détection des mensonges, mode d’emploi

Le monde de bimestriel - n° 19 - mai/juin 2011

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DOSSIER : STOPPER LE VIEILLISSEMENT CÉRÉBRAL L’éternelle jeunesse du cerveau Notre guide pratique pour rester en forme La méthode Jakobson

NEUROSCIENCES • PSYCHOLOGIE • DÉVELOPPEMENT PERSONNEL

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n° 23 – février/mars 2012 neuro s cien ces - p sycholo gie - dé v eloppement pers onnel - intel ligence artificiel l e - enfance

Le Monde de

21

DOSSIER : L’INTUITION Les secrets des hyper-intuitifs Quand peut-on se fier à ses intuitions ? La première impression est-elle la bonne ? ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO Le rythme biologique des enfants Le timide, sa vie son œuvre Migraine, la fin d’un mystère Comment reprendre confiance en soi ?

n° 19 – mai/juin 2011

N°1

DOSSIER : MAÎTRISER VOTRE CONCENTRATION Toutes les techniques au banc d’essai ! Le cerveau attentif, contrôle et lâcher-prise Développer l’attention des enfants ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO Calcul mental, les techniques de base Les limites de l’intelligence Apprentissage des enfants sur iPad Le Yoga des enfants Le guide du manager : se motiver soi-même et les autres Guérir le cerveau, l’après-Servan-Schreiber

n° 22 – décembre/janvier 2012

HS1

DOSSIER : MÉMORISEZ DURABLE Les nouvelles méthodes naturelles Les 8 clés de l’apprentissage Restaurer sa concentration ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO On n’oublie jamais Quand l’émotion façonne la mémoire De l’inné à l’acquis, quand tout bascule 32 pages de jeux de mémorisation !

n°21- septembre/octobre 2011

05/05/2006 18:13:16

É IS U ÉP


LE MAGA ZINE DES NEUROSCIENCES, DE L A P SYCHOLO GIE E T DU DÉ VELOPPEMENT PERSONNEL

COMPRENDRE SANS ENTENDRE ?

l’intelligence

Le monde de

bimestriel – n° 29 – février/mars 2013

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LES ÉMOTIONS

Comment les décrypter ?

Le langage émotionnel La chimie des émotions n Mieux mémoriser ou négocier grâce aux émotions n Vivre en harmonie avec ses émotions n

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NUMÉRO SPÉCIAL : LES ÉMOTIONS Comment les décrypter ? Le langage émotionnel La chimie des émotions Mieux mémoriser ou négocier grâce aux émotions Vivre en harmonie avec ses émotions ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO Albert Einstein : physiologie d’un génie Portrait psy : l’adulte roi et l’adulte tyran Migraine : quelles conséquences à long terme ? Comprendre sans entendre ? Les chercheurs révèlent d’incroyables aptitudes de l’inconscient cognitif

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DOSSIER : DIRIGER Les secrets des grands leaders Les qualités du management féminin Les leçons de l’Histoire ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO AVC : Une protéine miracle Comment les femmes ressentent les émotions Jeunes Vs séniors : le duel cognitif Pratique : maîtriser l’art de l’éloquence L’oubli volontaire, c’est possible Apprendre à écrire sans stylo ? Les secrets des bons élèves : le sport ! Autisme : vers un diagnostic ultra-précoce

Le monde de

l’intelligence

n° 29 – février/mars 2013

n° 25 – juin/juillet 2012

ÉD

IN

ALBERT EINSTEIN

PORTRAIT PSY

MIGRAINE

PHYSIOLOGIE D’UN GÉNIE

L’ADULTE ROI & L’ADULTE TYRAN

QUELLES CONSÉQUENCES À LONG TERME ?

+

LE DÉSIR D’APPRENDRE - UNE RÉTINE POUR VOIR LE BRAILLE- 12 PAGES DE JEUX ETC.

l’intelligence

L E M AG A ZIN E D E S N E U RO S C IE N C E S , D E L A P SYC H O LO G IE E T D U D É V E LO PPE M E N T PE RS O N N E L

30

DOSSIER : PASSER EN MODE PROJET La méthode Bregman Les projets collectifs La pédagogie de projet ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO Cannabis et cerveau Hauts potentiels La mémoire absolue Super-Bébé Les secrets de la réussite scolaire Le robot avatar

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n

LA RELIGIOSITÉ INSCRITE DANS LES GÈNES ?

n Les croyants sont-ils plus heureux ? n Croyants et athées : quelles différences cognitives ? L’expérience spirituelle : création mentale ou perception réelle ?

La curieuse vie de

CEUX QUI N’ONT JAMAIS PEUR

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EPORTAGE SUR LE QUOTIDIEN DE PERSONNES R QUI DÉCOUVRENT LA PEUR

n L’apprentissage in utero n Simuler le bien pour devenir meilleur ? Le temps est-il vraiment plus long ou plus court ? n Les neurones du cœur !

l’intelligence

L E M AG A ZIN E D E S N E U RO S C IE N C E S , D E L A P SYC H O LO G IE E T D U D É V E LO PPE M E N T PE RS O N N E L

Le monde de

NUMÉRO SPÉCIAL : SAVOIR DORMIR - Maîtriser les techniques de sommeil inspirées des sports extrêmes - Fabriquer ses rêves - Utiliser les nouvelles technologies pour mieux dormir + 1 cahier : « tout savoir » sur le sommeil ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO Brain Project : après la lune et Mars, les États-Unis à la conquête du cerveau Décrypter le cerveau d’un ado Collectionnite : passion ou maladie ? Pensez comme Sherlock Holmes

Optimisez votre charge mentale

DIEU dans le cerveau

Le monde de

l’intelligence bimestriel – n° 31 – juillet/août 2013

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n° 31 – juin/juillet/août 2013

MÉMOIRE ET CONCENTRATION

À la recherche de

UNE ZONE CÉRÉBRALE DIVINE DÉDIÉE POUR LA FOI ?

n

n° 27 – octobre/novembre 2012

Avez-vous le rire mauvais ?

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PENSER COMME

SHERLOCK HOLMES • À chaque problème, une solution créative • Les 4 règles de l’observation • Testez votre quotient de rationalité

SAVOIR DORMIR UNE CURE DE JOUVENCE COGNITIVE 3 Maîtriser les TECHNIQUES DE SOMMEIL inspirées des sports extrêmes 3 Fabriquer ses RÊVES 3 Utiliser les nouvelles technologies pour MIEUX DORMIR + 1 CAHIER «TOUT SAVOIR» sur le sommeil

BRAIN

PROJECT

APRÈS LA LUNE ET MARS, LES ÉTATS-UNIS À LA CONQUÊTE DU CERVEAU

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DÉCRYPTER LE CERVEAU D’UN ADO

COLLECTIONNITE PASSION OU MALADIE?

CUISINE VÉGÉTALIENNE 3 RECETTES CÉRÉBRALES

+ LA GYMNASTIQUE DE L’ESPRIT : JEUX DE LOGIQUE, MÉMOIRE…

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ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO Ceux qui n’ont jamais peur L’apprentissage in utero Simuler le bien pour devenir meilleur ? Le temps perçu Les neurones du Cœur ! Le rire mauvais Optimisez votre charge mentale

TESTEZ VOTRE FORME D’HUMOUR

l’intelligence

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NUMÉRO SPÉCIAL : A LA RECHERCHE DE DIEU DANS LE CERVEAU - Une zone cérébrale divine dédiée à la fois ? - La religiosité inscrite dans les gènes ?

Le monde de bimestriel – n° 30 – avril/mai 2013

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DOSSIER : SE RÉGÉNÉRER (Bien) dormir : les méthodes les plus prometteuses Méditez : votre cerveau vous le rendra au centuple ! Green Power : revitalisez votre cerveau ! Cerveau au repos : les bienfaits d’une pause ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO Paralysie : l’incroyable espoir Cerveau des jeunes parents : quand le lien se crée Caractère : les expériences de vie plus fortes que les gènes ? Psychopathe, mode d’emploi Jeux vidéo d’action : testés et approuvés ! Dans la tête d’un automobiliste…

Le monde de

n° 30 – avril/mai 2013

n° 26 – août/septembre 2012

n° 28 – décembre/janvier 2013 LE MONDE DE

LE MONDE DE

L’intelligence NOUVELLE FORMULE

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Comment réagit le cerveau lorsque nous écoutons une chanson pour la 1re fois ? Quelle est l’explication neurologique du frisson musical ?

> Trouver la mélodie du bonheur > Physiologie des goûts musicaux > Voyage dans le cerveau d’un musicien

Le plaisir

musical

RENCONTRE AVEC NOUS-MÊMES

CETTE PETITE VOIX DANS NOTRE TÊTE

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É IS U ÉP

É IS U ÉP

NUTRITION

OMÉGA 3, L’ÉLIXIR COGNITIF ?

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ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO Rencontre avec nous-mêmes : cette petite voix dans notre tête Nutrition : oméga 3, l’élixir cognitif ? Méditez : pour mieux vivre avec les autres

N° 32 • BIMESTRIEL • septembre/octobre 2013

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NUMÉRO SPÉCIAL : LE PLAISIR MUSICAL - Trouver la mélodie du bonheur - Physiologie des goûts musicaux - Voyage dans le cerveau d’un musicien

L’intelligence

LE MAGAZINE DES NEUROSCIENCES, DE LA PSYCHOLOGIE ET DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL

n° 32 – septembre/octobre 2013

DOSSIER : L’IRRATIONNEL À L’ÉPREUVE DES NEUROSCIENCES Des cerveaux précâblés pour croire Les techniques des mentalistes Le vrai/faux du paranormal Les hallucinations par Olivier Sacks Les effets de la pensée magique ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO Le dauphin stratège Hypnose, réceptif ou pas ? 2029, l’avènement de la singularité ? Obésité, du plaisir à l’addiction Le cerveau en mode autonettoyage Lorsque les enfants surveillent leur réputation…

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SÉ UI P É


NOUVELLE FORMULE

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En quelques mois se créent plus de 90 milliards de neurones, soit autant que d’étoiles dans la galaxie ! C’EST LE BIG-BANG NEURONAL.

ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO Guérir les acouphènes ? la découverte qui révolutionne tout... Santé : les dangers de Junk Food Comprendre : mauvais rêves et cauchemars + Le cahier jeux : logique, nombres, observation...

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L’évolution de l’intelligence, de Cro-Magnon au cerveau du futur SANTÉ

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LES CAHIERS : U N E É D I T I O N S P ÉC I A L E C O N S A C RÉ E À U N G R A N D T H È M E D E L’ I N T E L L I G E N C E

FAIRE GRANDIR : INTELLIGENCE ET ÉVEIL DES BÉBÉS - L’apprentissage avant la naissance - De l’inné à l’acquis, quand tout bascule - La science parentale - le big-bang du vocabulaire

Contrôlons-nous nos pensées ou nous contrôlent-elles ?

De quoi sont faites vos pensées ? Peut-on ne penser à rien ?

Qu’est-ce qui n’est pas pensable ?

À quoi pensent les animaux ?

L’incroyable machine à peser les pensées

SCIENCES

L’EXTRAVERSION

NUTRITION CÉRÉBRALE

UN GAGE DE BONHEUR ?

LES LENDEMAINS DE FÊTES...

Le monde de

l’intelligence

LES CAHIERS

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LE MONDE DE

les cahi ers

LE MONDE DE

L’intelligence

trimestriel – janvier/février/mars 2014

Certains aspects du développement de l’intelligence des enfants nous échappent totalement. D’autres, au contraire, dépendront de notre attitude et de notre intelligence en tant que parents…

N° 3

FAIRE GRANDIR INTELLIGENCE & ÉVEIL DES BÉBÉS L’apprentissage avant la naissance De l’inné à l’acquis, quand tout bascule La science parentale Le Big Bang du vocabulaire, etc.

+ de 80 pages SCIENCES

L 14723 - 3 - F: 6,50 € - RD

Des chercheurs lisent et révèlent

les cahiers

L’intelligence

Les Cahiers n° 3 – janvier/février/mars 2014

nos pensées

LES CAHIERS : U N E É D I T I O N S P ÉC I A L E C O N S A C RÉ E À U N G R A N D T H È M E D E L’ I N T E L L I G E N C E

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De la dispersion à l’hyperfocalisation ou de la distraction à la concentration, le spectre de nos ressources attentionnelles est très large. Elles reposent sur des mécanismes cognitifs que la recherche nous révèle enfin. SCIENCES

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L’intelligence

LE MONDE DE

LE MONDE DE

trimestriel – août/sept./oct. 2013

MAÎTRISEZ VOTRE ATTENTION & GAGNEZ EN CONCENTRATION

N° 2

> Procrastination : faire d’une faiblesse, une force > Dominer son stress > Se remettre d’un burn-out > Devenir un bon négociateur > Maîtriser l’éloquence > Mieux s’organiser > Savoir décider > Portrait du leader idéal

N° 34 • BIMESTRIEL • janvier/février 2014

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ÉGALEMENT DANS CE NUMÉRO L’extraversion : un gage de bonheur ? Nutrition cérébrale : les lendemains de fêtes... + Le cahier jeux : logique, nombres, observation, mémorisation...

Les Cahiers n° 1 – août/sept./oct. 2013

MAUVAIS RÊVES ET CAUCHEMARS

LE MONDE DE

trimestriel – nov./déc./janv. 2014

LE MAGAZINE DES NEUROSCIENCES, DE LA PSYCHOLOGIE ET DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL

L’intelligence

NUMÉRO SPÉCIAL : DES CHERCHEURS LISENT ET RÉVÈLENT NOS PENSÉES De quoi sont faites vos pensées ? Peut-on ne penser à rien ? A quoi pensent les animaux ? Contrôlons-nous nos pensées ou nous contrôlent-elles ? Qu’est-ce qui n’est pas pensable ? L’incroyable machine à peser les pensées

COMPRENDRE

LES DANGERS DE LA JUNK FOOD

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L’intelligence

SCIENCES

GUÉRIR LES ACOUPHÈNES ?

n° 34 – janvier/février 2014

Procrastination : faire d’une faiblesse, une force Dominer son stress Se remettre d’un burn-out Devenir un bon négociateur Maîtriser l’éloquence Mieux s’organiser Savoir décider Portrait du leader idéal

les cahiers

L’intelligence

Les Cahiers n° 2 – nov./déc./janv. 2014

L’intelligence

LE MONDE DE

LE MONDE DE

France METRO : 6,50 € - BEL/LUX : 6,50 € - DOM : 6,50 € - CH : 11 FS – CAN : 9,50 $ cad - GR/PORT. CONT. : 7 € - MAR : 67 mad - NCAL/S : 850 CFP - POL/S : 900 CFP

N° 33 • BIMESTRIEL • novembre/décembre 2013

France METRO : 6,50 € - BEL/LUX : 6,50 € - DOM : 6,50 € - CH : 11 FS – CAN : 9,50 $ cad - GR/PORT. CONT. : 7 € - MAR : 67 mad - NCAL/S : 850 CFP - POL/S : 900 CFP

NUMÉRO SPÉCIAL : L’ODYSSÉE DU CERVEAU L’évolution de l’intelligence de Cro-Magnon au cerveau du futur

LE MAGAZINE DES NEUROSCIENCES, DE LA PSYCHOLOGIE ET DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL

L’intelligence

n° 33 – novembre/décembre 2013

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