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LES BELLES CARTES POSTALES

Sommaire N°464 FÉVRIER 2015

8 REUZÉ/FAYOL LE BLOG DE MAO 10 PLONK & REPLONK

11 LEFRED-THOURON ICH BIN GLAND 12 SANLAVILLE IMPERIAL FLUID 18 FIORETTO/ISA LE SUPPLÉMENT PICSHOU 20 CAMILLE EL GUIDO DEL CREVARDO 22 HUGOT LES TRUCS DE PÉPÉ MALIN 23 Bénédicte VIDAL/TERREUR GRAPHIQUE

24 PLUTTARK/BERNSTEIN FASTEFOODE 25 FELDER/CIZO LE JOURNAL GROSPORC 30 LÉANDRI MANGAKA 31 BERBERIAN DES NOUVELLES DU MONDE 34 DIANA/VACARO

36 SALCH MON AMI MARCEL 40 SOLÉ ANIMALERIES 41 NOUVEAUTÉS 42 Dylan PELOT L’ENCYCLOPÉDIE

ANNE-MA DU PACA

L’ ART DE L’HARMONIE CHINOISE

Passons au rouleau compresseur (de printemps) les lieux communs et idées reçues éculés* sur l’empire du Milieu. Tout d’abord, le terme “empire du Milieu” provient du concept ancien (notamment pendant la dynastie Zhou) selon lequel la Chine serait le centre de la civilisation et donc le centre du monde. Et voilà déjà 4 lignes de torchées grâce à Wikipédia ! En France, l’annexe de l’empire du Milieu*, le “Chinatown parisien”, est plus connue sous le nom de “pays du nem levant”. Ainsi la désignent-ils depuis le xiiie siècle, les habitants de souche de le 13e arrondissement.

En 1976, au clépuscule de la lévolution cultulelle, une fouille archéologique* dans le quartier Olympiades est réalisée préalablement à l’érection d’une pagode cubique* de 120 étages. C’est alors qu’une armée de 6 000 grossistes en accessoires simili cuir modelés en argile sparnacienne* est découverte dans le sous-sol lutécien. A peine exhumées et débarbouillées, les figurines grandeur nature (1,25 m) se mettent à galoper en tous sens tels des citrons pressés en quête d’un pas-deporte*. Comme il n’y a pas de place pour tout le monde, une partie de cette sémillante faune jaunâtre s’adonne gaiement à la restauration clandestine dans une néanmoins chaleureuse ambiance de paravents richement idéogrammés et de tableaux en relief avec de l’eau électrique qui coule pour de faux dans des forêts de bonzaïs géants (oui je sais, je vous mets un peu la Chine dans les nippons). Venons-en donc à l’épisode tragique de l’extinction des animaux de compagnie porte de Choisy. Selon des recherches récentes, le phénomène ne serait aucunement lié à l’impact d’une météorite place d’Italie. Et pour cause ! Aucun impact de météorite n’y a jamais été relevé ! Alors écoutez plutôt ça : selon Confucius*, en CHINE point de NICHE pour le CHIEN… Un wok suffit ! Vous comprendrez donc qu’à titre personnel je préfère me cantonner au riz. Mais il faut avouer, moitié pardonnée, que le grand boum des brochettes de Shih Tzu* (prononcez “chie dessus”) a permis d’éradiquer le problème endémique des bouses canines* sur les trottoirs parisiens. Comme disait Jacques Chirac, grand sinophile et cynophile à ses heures : un resto chinois qui ouvre, c’est une motocrotte qui ferme. On le voit, le maire d’alors ne rechignait pas à l’humour débridé qui faisait rire jaune pardevant, mais marron

DES FILMS INTROUVABLES

43 Gérard DEVIÉ/POURQUIÉ SOS 44 PIXEL VENGEUR/M. LE CHIEN LA MÉTHODE CHAMPION 48 FIORETTO/TRAPIER MODERNITUDES 49 HOUSSIN/BERNSTEIN TENDRE ENFANCDE 50 ZANELLO LES CAROTTES SONT CUITES 51 Claire BOUILHAC/Jake RAYNAL

FRANCIS BLAIREAU FARCEUR

52 CASOAR PICTO CELLULO & CIE 54 SATTOUF PASCAL BRUTAL 58 JC MENU CHROQUETTES 60 HAUDIQUET/LIBON ÇA NE S’INVENTE PAS 61 MO/CDM PHILIPP KRADOW 68 HOUSSIN PIMENT ROUGE 69 TEXIER CAT CAZ 70 THIRIET 2 PAGES MAG 72 MOVIDA MA BOÎTE EST À VOUS 73 ELOSTERV TROP MIMIS 74 M. LE CHIEN LES THUYAS DE LA LIBERTÉ 76 BESSERON/FELDER PIRE OUVRIER DE FRANCE 78 KLUB LA VRAIE FIN DU MONDE 79 FIORETTO CHOUCHOUS, MAMOURS & PISTONS 80 Nat MIKLES SAURAS-TU LES RECONNAÎTRE ? 81 DUVEAU/THIRIET PETE BEST 82 SOURDRILLE RONALD FUCK 83 BERTAIL LA PIN-UP DU MOIS 84 PIXEL VENGEUR

Éditions AUDIE S.A.S. au capital de 300 000 € R.C. Paris B 352046197. 87, quai

Ours

Panhard & Levassor, 75647 Paris cedex 13. Tél. : 01 55 28 12 20. Président et Directeur de la publication : T. Capot. Journal : Directeur de conscience : Alexis. Rédacteur en chef : Y. Lindingre. Rédacteurs en chef adjoints : V. Solé - V. Fruchart. Fabrication : C. Argouarc’h (01 55 28 12 24). Directeur artistique : Plipo [design]. Relations Presse : V. Véron (01 55 28 12 27). Vente au numéro : G. Ghanem (01 55 28 12 31). Distribution : Presstalis. Service abonnements : Fluide Glacial, Bureau B1369, 60643 Chantilly Cedex - tél. : 03 44 62 43 55, email : abo.fluideglacial@everial.com. Abonnements : 1 an, 12 numéros mensuels : 58, 80 € 1 an, 12 numéros mensuels + 4 numéros hors-série : 85, 40 €. Dépôt légal : janvier 2015. Photogravure Reproscan. Imprimerie Pollina. Printed in France. ISSN 0339-7580. Commission paritaire N° 0617K81954. © Éditions AUDIE et les auteurs. redaxion@fluideglacial.com Albums : Responsable éditorial : V. Solé. La reproduction des dessins, photographies et textes est interdite sans l’autorisation écrite du journal. Les documents non sollicités par le journal ne sont pas retournés.

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courrier des lecteurs : movida@fluideglacial.com Notre prochain numéro paraîtra le jeudi 12

février 2015.

derrière ! Les jaloux prétendent que les Chinois ne font que copier les inchinois. Faux ! Car bien qu’iceux n’aient pas découvert l’eau chaude (rendons à César ce qui appartient aux Italiens), ils ont bien et bellement inventé la poudre ! Ils ont également inventé les pâtes, que l’ingénieux système de cuisson dans l’eau bouillante (ramené de transalpine au xiiie siècle par Marco Polo1) a permis enfin d’apprécier “al dente”2. Le saviez-vous ? En Italie, contrairement à en Chine, on accommode volontiers les pâtes de pattes… de chat en lieu et place de pattes de chien comme en Chine. Le saviez-vous aussi ? Plus au sud, en Cochinchine, il paraît que Molle Motte concocte à Pol Pot des nouilles au cochon d’Inde mort. Mais ceci n’est pas notre tasse de thé vert, alors trêve de chinoiseries qu’on appelle “cambodgeries” au Cambodge. Revenons à nos 700 millions de petits Chinois (“et moi et moi et moi” s’écrient les 700 autres millions). Or donc, les Chinois sont idemement les inventeurs de la tongue (la gauche et la droite) alors que les mauvaises langues anglaises (qui fourchent à gauche) prétendent qu’il s’agit d’une invention britannique* (cf. troisième guerre de l’opium du peuple : la révolte des sans-tongues). Et bien que “tongue” signifie “langue” dans la tongue de David Beckham, il (tòng làng) signifie “ondes faut savoir que (tóng láng) voudrait de douleur” alors que plutôt dire “palme de cuivre”. Tout se tient ! Comme quoi, “y a pas de fumée sans fu” (Lao Tseu, La Dispalition). Quant aux 5 mandarines par jour de mon épicier mandarin, elles me permettent enfin de chier par la pine ! Quel plus bel hommage pouvais-je rendre à nos lointains cousins d’outre-yourte ? Merci à Raymond Devos pour ses tuyaux .

* Sauras-tu déchiner la contrepétrie ? 1

Que fait Marco Polo quand il croise un crocodile ?

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Quel est l’enfer pour al Dente ?

BO NUS

CHALADE ÇINOISE : Mon premier est avant si, mon second peut être une couille, mon troisième fait peau neuve, mon quatrième a une tête qui pue, mon dernier vient de la nuque du porc. Mon tout est une constluction qui mesule 6700 kilomètles.

Réponse : La glande mue l’ail d’échine.

PETIT GONZALES, LE JEUNE PAYSAN

Réponse : Manger des pâtes Lustucuites

l’Edito par Yan Lindingre

Réponse : Il l’accoste

2 DIEGO ARANEGA L’  ATELIER MARKETING 3 LINDINGRE/DIEGO ARANEGA L’ÉDITO 4 POCHEP PUB 5 VIRY-BABEL LES CHINOIS À PARIS 6 PLUTTARK/BERNSTEIN FASTEFOODE 7 WALDECK LEROC/DUTREIX


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LES CHINOIS À PARIS une épopée française

PAR GÉRARD VIRY-BABEL

exceptionnel de Paul Prébois, proprement génial en curé nationalisé chinois, affublé d’une tenue de révolutionnaire, qui, affecté au service des dénonciations, confond sans cesse “mon fils” et “camarade” et finit de recueillir une dénonciation par un “pater noster / te absolvo”, précisant à son interlocuteur interloqué “c’est du chinois”).

C’

est étonnant à quel point les auteurs de fictions d’anticipation ont parfois le nez creux… Prenez par exemple Arthur C. Clarke en 1968 : il prévoyait dans son roman 2001 l’Odyssée de l’espace que l’Humanité se chiffrerait à 6 milliards d’individus dont près d’un tiers serait issu de l’empire chinois, pas mal vu, non ?

Jean Yanne, en revanche, se plante complètement en 1974 avec Les Chinois à Paris. Il prédit que dans un futur proche les Chinois envahiront l’Europe sans coup férir et qu’en France occupée leur QG local sera établi aux Galeries Lafayette… Après tout, avec ce film, il ne se préoccupe pas vraiment des Chinois, mais des Français. Son idée est d’imaginer comment ceux-ci se comporteraient – en 1974 – en situation d’occupation à travers 4 ou 5 personnages clés, et autant d’attitudes différentes face à l’occupant. On y voit un président en fuite, une armée française complètement désorganisée (qui ne sait même pas où elle a rangé la clé de la force de frappe) et des Français si individualistes qu’ils s’entretuent (littéralement) sur les routes embouteillées de l’exode, laissant entrer sans résistance l’envahisseur la fleur au fusil. La police et l’armée ne se font pas prier pour se mettre immédiatement au service de l’envahisseur, et le clergé ne trouve aucune difficulté à adapter son dogme chrétien à celui du marxisme-léninisme (voir le numéro

“La philosophie marxiste peut très bien s’accorder avec le foie gras” La galerie d’ “affreux”, dépeints par Jean Yanne résonne tout aussi juste… A commencer par le collabo vénal, marxiste “tendance Groucho”, interprété par Yanne lui-même, qui fait feu de tout bois, faisant son beurre à toutes les occasions qui se présentent à lui : il crée une société de taxis pousse-pousse quand les Chinois interdisent l’usage de la voiture car les Français conduisent “comme des cons”, obtient des subventions pour des spectacles français refondus dans les théories de la révolution, etc. Il retourne sa veste sans aucun problème lorsqu’à la libération il échappe à l’épuration en se proposant de revendre à bas coût au président de la République les surplus

militaires chinois abandonnés. Les autres personnages ne sont pas en reste : l’industriel pleutre et soumis, campé par Michel Serrault, qui n’hésite pas à abandonner son secteur d’activité pour épouser celui imposé par les Chinois : ceux-ci, persuadés que les peuples occupés doivent se concentrer sur un seul secteur d’activité où ils excellent, en déduisent que puisque les Français sont

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réputés comme de grands “fumistes”, ils fabriqueront des tuyaux de poêle. Puis il y a le Français moyen, sous les traits de Georges Wilson, qui, résigné, regarde le monde s’agiter autour de lui sans rien faire, subissant silencieusement les nouvelles directives de l’occupant. Le seul personnage qui aurait pu sauver l’honneur est celui du résistant de la première heure (Daniel Prévost) qui est finalement arrêté, déporté, et converti aux valeurs de la révolution marxiste-léniniste. Une fois inféodé au parti, il redevient résistant quand les Chinois – décontenancés par ces Français en fin de compte incompréhensibles et inconstants – décident de les laisser se vautrer dans le stupre et la luxure, histoire de montrer l’exemple à ne pas suivre aux autres pays conquis. Résumer ce film est un défi qu’on ne saurait relever. C’est un OVNI rare dans le cinéma français comme seul savait le faire Jean Yanne, avec son regard faussement passif sur la société française et surtout la méchanceté salvatrice avec laquelle il dépeint les travers et les incohérences de ses contemporains. Le génie des Chinois à Paris se niche dans la réussite totale de Yanne à imaginer que les Français n’ont besoin de personne pour se désorganiser, se vautrer dans la mouise tout seuls, et se libérer de leur propre bordel en reniant leurs principes à chaque étape.

Pour ce qui est de l’anticipation, Jean Yanne passe complètement à côté de son sujet. Vous y croyez, vous, à des Chinois qui entreraient en France comme dans du beurre et feraient main basse sur les grands magasins, imposeraient leur loi, transformeraient nos petits commerces à leur sauce, le tout avec notre bénédiction ? N’importe quoi. Ce texte est dédié à HUANG Wei


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SAN Y A P E N JEU ste encore et E L , S E L A ofonde qui edzi Z N . O G T I ases Ming v s PET dans une Chine pr e d e u q l’épo

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R USTRÉ PA lle de e c r Plongée ROC, ILL e E l L e K C p E p D sans ra TRE ENVOYÉ SPÉCIAL WAL n’est pas PAR NO

Le jour se lève sur Ping-Pong, plaine accidentée au cœur de la Chine, recouverte d’un limon jaunâtre et mou, et pour tout dire dégueulasse, charrié en masses compactes par le Gas-Tong, ce qui signifie en patois : le fleuve Jaune et Bleu. Avec de nos jours quelques taches orange dues à la pollution. Petit Gonzales, jeune paysan de 12 ans qui en paraît 53, boit quelques rasades de Cham-peng, un breuvage fortifiant obtenu par le mélange de blé, de terre et de soja pourri délayés dans l’eau du fleuve Jaune et Bleu avec des taches orange. Puis, avant de rejoindre ses camarades, il embrasse tendrement sa mère. Ce qui ne sert à rien puisqu’elle part avec lui. Petit Gonzales travaille sur les terres du Seiguenéhure Sing-Dazong, pas très loin, à quelques heures de marche seulement, puis de nage, de l’autre côté du fleuve Jaune et Bleu avec des taches. Arrivés sur place, les paysans reçoivent chacun une centaine de coups de fouet, ce qui les rend plus toniques. Ça leur donne par le fait un coup de fouet.

DUTREIX

Petit Gonzales et ses amis cultivent le millet, le soja et la houille. Ils sont heureux d’avoir du travail, même si le Seiguenéhure est parfois cruel. Oh oui, très cruel. Tlès tlès cluel, me dila un joul Petit Gonzales. Le soir, chaque paysan doit poser sur une balance à peine déréglée les 40 kilogrammes de millet, 40 kilogrammes de soja et 40 kilogrammes de houille, qu’il a récoltés même quand ce n’est pas la saison des récoltes. C’est pourquoi il est dans l’intérêt de chacun de faire quelques réserves. Le premier mai, ils doivent apporter 40 kilogrammes de muguet à la femme du Seiguenéhure, qui a plusieurs femmes. Ce qui oblige nos amis paysans à se lever un peu plus tôt, mais ils s’exécutent de bonne grâce car le Chinois est d’un naturel serviable et encore tlès attaché à la tladition. La journée de travail dure en principe 18 heures, sans interruption, car le Chinois est comme un chameau qui n’a jamais ni faim ni soif. Quoique les chameaux urinassent parfoisse.

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Il arrive que le Seiguenéhure SingDazong et sa suite fassent une visite de courtoisie aux paysans. Ils coupent alors à travers champs, chahutant à cheval dans les semis avant de rentrer goûter au château. Ce saccage emplit de joie le cœur des paysans même s’ils doivent tout recommencer. Quel plaisir en effet de travailler en plein air, quand les cousins de la ville s’esquintent la santé à produire jusqu’à des 40 kilogrammes quotidiens de produits industriels contrefaits dans des usines pestilentielles, pour des consommateurs occidentaux peu regardants sur l’éthique. A la tombée de la nuit, un complice du Seiguenéhure vient vérifier les récoltes et punir les paresseux. Chaque pécore se présente avec ses 40 kilogrammes de millet, de soja et de cætera. Par ordre alphabétique, le jeune Petit Gonzales passe dans les pas tout derniers. Il peut donc sans trop de hâte traverser le fleuve jaufdhfre en sens inverse et regagner sa cabane avant qu’il fasse demain. Malgré le peu de débouchés, les paysans gardent l’espoir d’un avenir plus souliant, et tiennent à pelpétuer l’esplit de fête. Ainsi, chaque soir, enterrent-ils leurs blessés, brûlent leurs morts puis dansent autour du feu, avant d’aller se coucher une dizaine de minutes. Car demain est un autre jour, avec des taches orange.


FLUIDE GLACIAL N°464  

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