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Jean-Jacques HETZEL JE SUIS LE VENT


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Calcaire géant Sur tes défuntes opalescences S’inscrit l’âge d’un temps Le souffle de mille printemps S’est enfermé dans ta coquille.

Les eaux qui miroitaient hier S’étirent maintenant. Le peuple de merveilles Filtre la rosée Construit une algue bleue Tisse un sous-bois Susurre en nos antennes blondes La roulement de notre sang Le chuintement de l’air, Le passage de la vie sur nos tempes.

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Ombre rauque à l’ombre d’un berger Églantier se promène Fleur d’amandier au jour d’adieu ma peine s’exhale et s’envole après. Cherche nos yeux brillants Langue mûre et fluette Cascade triche et claque le vent Feuille d’amour gémit sur nous Dans cette courte vue du monde Amour nous fuit découvrant Rides crues et lèvres décrépites Larmes de cendre peau fanée Cheveux de corde sang glacé.

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Ô mes forêts Peuplées d’humaines solitudes Mes bras étendus sur la mer Mesurent le temps Bras languissants de mes souvenirs Lente agonie des devenirs Un saut de puce dans ma mémoire Défie l’éternité. Grandeur du temps qui vole Toi La fuite éperdue de mon regard.

***

Humer l’éternité qui défile Par-dessus les jours les arbres des forêts Les toits des villes et la houle des océans, Comme un oiseau respire le ciel.

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Du spectre tendre, La fumée congelée suffoque Et lente aspire à monter

Du fond de mon linceul Cuivré comme un sapajou porteur d’eau Calembour usé comme un siècle, Mon âme regarde passer les ans Son poids s’élève au creux d’un vent.

Ce cher front Qui lisse ma démarche Ce mausolée crevant de splendeur Et cette larme perlée à mon couchant.

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Ravin qui sue sur mon désert Palpe et chante encore Rondin passif creuse le temps Et omets de sourire Mes volets entr’ouverts Laissent filtrer le jour Et le fanal à ma lucarne Oscille au gré du vent

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Latin mûr de pierre blanche Obole couronnée d’un baiser La chance devenue silence La longue aventure transmuée Ces retours fermés une cadence Entrechats disparus transparence Chercheur de gloire parsemée Vendu sur sa même balance Le chant du coq trois fois monté Du matin fragile douce clarté Dans le malheur goûter l’étrangeté. Retour à l’évidence

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Le vent qui si finement égrène le temps Le vent armurier de septembre Avec ses sept cents couleurs Ses satellites ses concessionnaires Dans toutes langues s’affaire Glapit le prix de la vie Chante à voix d’ombre ou de carène Au-dessus de vingt-cinq pays.

Vent chevelu sur mes oreilles La terre se plaint du ventre et c’est pitié Croire au déluge éternel aux caprices fermés chanter gaiement par le nez Dans les absences pieuses.

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Le vent de septembre frais et tendre s’est levé matin

L’aurore éclabousse fraîche et douce les mousses

L’onde inonde féconde les champs de blé

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Je suis le vent

Je suis le vent, je suis le vent

Je suis le vent annonçant les nouvelles des morts Je suis le vent hurlant dans les fénières Je suis le vent soufflant sur les chaumières Je suis le vent parlant de la misère Je suis le vent qui mord dans le derrière Je suis le vent qui crie sous les auvents Je suis le vent qui aime la mer tendre Je suis le vent qui pousse le marin Je suis le vent méchant pour les commères Et qui déchire leurs balais Je fais justice sur la terre Je tords les cheminées Je suis le vent qui danse autour des braves gens Le compagnon des douces veillées Je suis le vent qui pleure quand on rit Et qui rit quand on pleure. Je fais sauter les coiffes, les bérets Je fais briller les crânes Et fais chanter les belles chevelures Je suis l’ami de grand sapin J’ai chaud dans son manteau épais. Dans les cuisines au bon ronronnement Je m’installe parfois sous un buffet.

Je suis le vent je suis le vent

Je secoue en riant les presbytères Je fais claquer le volet des sorcières Et je hurle à leur nez 11


Je fais frissonner les notaires Et leurs grimoires parcheminés

Je suis le vent, je suis le vent

Je suis le vent qui court dans les ornières Et troue le drapeau français Je fais grincer les enseignes trop fières Et carillonne dans les clochers. Je cloue les vivants dans les chambres Je danse autour des murs Surtout j’aime le feu qui craque et me caresse Je lèche ses flammes de plaisir. J’accompagne les trains qui fument Je fais des ronds sur les arbres qui plient Et fustige en passant les nez qui trop se penchent. Je suis le vent qui s’agrippe aux portières

Je suis le vent je suis le vent

Je fais chanter le coq du monument aux morts Et pleurer la croix des chrétiens Dans les chemins déserts Je houspille les filles Embrouille leurs cheveux et fais luire leur chair Je clame à tous les cieux ma gloire et ma puissance Je gouverne les mers et les montagnes Dans les vallées je fais la loi Dans les plaines domine et vois

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Je suis le vent Je suis le vent

Je déplume les poules trop bêtes et rosse les coqs trop hardis. J’écoute aux portes les ragots et les emporte Je claque au nez des malotrus les portes.

Les grands oiseaux qui me poursuivent ou m’égratignent J’en prends un quelquefois L’écrase sur un pic ou je le jette sur les villes. Je suis le vent qui règne Et aime mon silence Je suis le vent qui porte les oiseaux et les emporte Et se mêle à leurs jeux. Dans ma colère J’arrache un chêne Et soulève un empire

Je suis le vent Je suis le vent.

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Vin qui choque contre mon verre autorisé à mourir Pensée ivre de penser calque impensable Indolente avenue marche à grands pas Mitre pleine de vent Où la rondeur ploie la couronne Chant d’épaisseur morte Ancienne verdure passe à côté Sens des eaux fumées Pas d’un courlis qui se lève Audace du songe qui se connaît Blancheur superbe qu’un doigt soulève Tourte farcie d’aubes et de riens Chemin montant dans la sombre forêt Silence plaintif des bois A l’accolade sourde et au parfum léger J’endosse ma veste de mousses prends mon chapeau feuillu Mes pieds cendrés courant dans l’eau J’arrive au soir près de la nuit.

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Dix mille petites choses illuminent ma journée : Le vent du large par-dessus les cheminées Le clocher de St Jacques dans la nuit La tête d’un pigeon à la fenêtre Jupiter qui scintille en haut du ciel Ton pas dans l’escalier.

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Au royaume des hommes J’entends chanter : Pensées peureuses dans un matin frileux Pensées murailles pensées d’enfer Pensées rieuses dans le vent ajouré Pensées sereines dans un jour élargi Pensées bardées de fer Pensées curieuses au long des chemins Pensées écaillées passées au four Pensées revêches mal embouchées Pensées à col de fourrure Pensées sous cloche Pensées fêlées Pensées concomitantes Pensées lardées de belles pensées Pensées endimanchées pour un beau jour Pensées vertes festonnées Pensées embrumées de baisers Pensées oboles Pensées holocaustes Pensées sous vide desséchées à jamais Pensées à la crème vanillée Pensées à la girofle

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Pensées accrochées à un clou Pensées oubliées Pensées qui marchent au pas Pensées qui distillent l’ennui Pensées bleues sur un nuage vagabond Pensées cartonnées Pensées rapides qui fendent le temps Pensées rôties à goût de charbon Pensées vides de pensées Pensées caduques avant d’être nées Pensées marines portées par la brise Pensées audacieuses pour un front fermé

Armures de la vie.

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Dans les brises du matin chevelu Dans la fièvre du jour grandissant Dans les entrechats des heures Dans la moiteur torve des après-midi Dans l’impalpable douceur du soir Dans la tiédeur alourdie de la nuit Derrière l’attente pieuse d’un front serein Pour des pensées ragaillardies Chante l’âme de la terre

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Quand les pères savaient ce que les fils n’ont plus Maintenant que les fleurs ont séché Plus de noble démarche et au vu de chacun La bave suinte et sue ; l’avenir a des yeux empli de vignes pleines et de lézards bossus Mais le ciel depuis peu qui ses étages perd A des airs de courroux ses nuages défaits ses vents gémissent Et chaque jour poursuivent un douloureux chemin.

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Paresse tremblante dans ses douleurs de flèche emmagasine le vent criard Le vent qui souffle les démons dans les maisons Les éternels labours défoncés geignent sur la face noircie des monts Quand le vent lourd d’amertume ramasse au ras du sol je ne sais quoi de la main

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Regard cherchant un regard Oreille écoutant sa propre chair Parole qui parle pour l’homme Chanson qui chante aussi Chansons cueillies chansons qui cueillent sur le feuillu murmurant et tiède sur la brindille qui vibre, Chanson qui coule de la tête au cœur.

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Pourquoi de terre lasse Avons-nous bu les sons mangé les fruits des arbres cru aux folies des vents sucé les fleurs ... Les sons, les fleuves sous la main, sont revenus ... Et vers nos larmes écarlates Le présent fatigué de guerre lasse fuit.

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Éveiller mes oiseaux Asseoir mes murailles d’éléphant Oindre mon cœur jusqu’à l’ancienne lie Limite où craquent les systèmes Plainte sœur du vent Siffle sur le malheur. Ennui, graine de vent Funambule histoire. Rentière pensée Attablée à elle-même. Antenne découverte et capricieuse tournée du mauvais côté. De la coupole cendrée à La pensée verdoyante, Tourbillon famélique de nos vies. Rêve perdu dès qu’il s’envole Charme de cuirasse brillante Ventre noueux d’un gros bateau Se balance et écrase la mer. Écaille feinte au lustre de miroir Monde illusion de la vie Suscite un désir à se dépasser.

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Dans cette châtaigneraie d’épouvante Mon sabre au clair sue des graines de vent Et combat glabre au cul relevé Cieux massés contre un homme, Horizon coiffé de lourds étriers La bataille pleure un survivant Nous dans nos tranchées humides Nos pantalons claquant la froide bise et l’eau Nos âmes perchées sur des piques Nos cœurs brimballotants Nous font un concert dans le cercueil de notre corps à moins qu’il ne s’agisse d’un arbre mort.

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Le fou s’envole de maison en maison Comme une escarbille à la recherche de sa demeure. On crie : « haro sur le fou » mai le fou s’esbaudit Il porte les cornes du diable et les chaudes pantoufles des braves gens Le fou se nourrit de vent, d’air frais et dur et son escarcelle pend. Il marche à pas de fou avec son grand bâton à pommeau de cerise. Il va vers le monde à la recherche des hommes. Perclus dans ses rêveries Inconstant dans son plaisir La vie de sa maison ne pouvait lui suffire Il s’en va par le monde à la recherche de la vie.

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Chanson d’hiver luit sur ton front Chanson d’hiver luit sur ma porte Fermons la porte au vent Le vent qui chasse les ennuis Cris du vent qui aime la force Sourire de la pluie fait germer Chanson d’hiver en mon cœur plantée Chasse les journées mortes. Ferrure dans le bois Empesée de rouille et d’ans Emplit l’air de ta bonté forte Jours de lumière dans l’écorce blanche Luisent dans la toison fine Lumière dans les arbres à travers le bois suit le sentier Lumière odorante vient jusqu’à ma porte Fleurs pépiantes dans la mousse Ramages des bergers Oiseaux des sources oiseaux légers petits sorciers à bec et queue de plumes La nature exorcisez.

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Arbres endormis dans la brise du jour Souvenez-vous J’ai aimé votre houle Arbres pleureurs sous la voûte du vent Arbres cois, arbres tempêtes Au cœur durci Écorce au cuivre basané de vert tendre Peau de vieux crocodiles ou pousse frileuse, Témoins des mondes anciens ou porteurs d’âge futur, Vos frondaisons attirent à la lumière Les douleurs souterraines ou les noires vapeurs Cheveux bouclés où filtre le soleil.

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Consacrer une chanson au rire des ĂŠlĂŠphants Peiner sur un sentier qui descend Compter les joies sur mon arbuste DĂŠtailler mes peines dans un vent qui fredonne Escalader mes vides et mes douleurs vers le ciel grand et pur.

Main large comme un vent Les paroles douces partent dans le fleuve Et se fondent dans la brise.

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Chaque jour partagé, Un peu d’espoir sur du pain De la littérature pour nos oreilles plates Mais une âme pour vivre. Du vent dans les broussailles et entre les peupliers, Du feu au sein de la terre, Du feu dans le creux des nuits Le bruissement soyeux des cheveux sur les cheveux Le souffle chaud d’un nez qui mord D’une oreille qui gifle d’un bras qui embrasse le monde, Le creux de la nuit dans nos mains moites, L’amour du monde dans notre chair, Le fruit des eaux dans ton baiser, La douceur d’une matinée dans ton cou, Retour aux choses primordiales Amour qui fut avant nos peaux et nos nerfs, Caressant les joies et les peines du monde Instant d’éternité dure plus que la nuit Et le sommeil nous arrache à nous-mêmes.

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Arbres sur les rives chaudes Des prés grandissants Arbres aux bras ondoyants Dont l’écorce agrippe le vent Secs ou verts Aux chants d’immense espérance lointaine Quand viendrez-vous ployer sur mon sommeil Quand brasserez-vous l’air des villes Quand planeront sur nos têtes Vos bras chargés de brise ?

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Bercé de mes fumées pieuses et percées au souvent des bonds anciens formidables Au loin les vagabonds endormis pleurent sur un présent enfoui La tortue flaire la terre et se couche Le plantin discute avec un pissenlit La terre siffle aux oreilles de mars Le soleil éclabousse de lumière Cent étoiles bien nées.

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D’un funèbre soupir la terre craquelée s’enfume Le ciel descend plus bas Des entrailles remonte la chaleur oubliée Le vent craque au souvenir des morts La pluie inonde ces villes ensorcelées Sur une route luisante et fraîche Circulent les voyageurs A l’âme légère.

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Palme calme où les araignées tissent leur pas Au café du silence derrière un mimosa Devant l’antre aux pensées claires L’éclaireuse libellule La sainfoin babilleur Ma grand-tante la carpe y batifole Et nos aïeux n’y seront pas

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Quand trente vagabonds vêtus de toques pareilles Six cent troupiers à la casaque rabattue Le nerf de la guerre mort La joue des vivants résonne Claquant de ses six cents voiles au vent Le monde bateau ivre de silence navigue et rames humaines battent le flot.

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La passacaille à quatre à quatre n’est pas gentille en mijotant ma douce rêverie j’articule une chaude rengaine j’éprouve par le fait tous les sots de la terre sur un soleil épaulé je crèverais d’envie de me voir soupirer.

Le monde entier me sourit le dimanche je m’exerce à lire au verso du ramadan dans le saladier la verdure exulte mais c’est dans le compotier le plus beau ! Les fruits ont mis la banane en quarantaine un lapin en sa cage récite un chapelet entre ses incisives le pissenlit va piquer la terre sur les côtés et ouvre vers le haut une splendide antenne fragile qui se fera souffler par tous les vents.

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Femmes filles du vent ancrées en fol savoir, de la pure sagesse nymphes oubliées tombées dans le miroir front outragé d’obscure souvenance

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Vent enrubanné dans ses sanglots de marbre Vent auréolé de quatre bonheurs Embaume mon chemin Dissipe mes alarmes Et fends le flot ensorceleur.

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En filtrant ce feuilleton quotidien J’y ai trouvé quelques pépites Ainsi un vent machinal Fait s’envoler les feuilles dans le soleil et l’une d’elles m’a salué. Ainsi ces pensées batifolantes au cours de leur promenade de dimanche se sont accordées à mes insuffisances. c’est pourquoi mon désespoir tranquille tressaille de quelques lueurs.

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Jour à peine dans cette neige bleue Flairant le vent sa chanson verte Omets de rire en tes beaux yeux Égayant la soupente Mes lèvres fermes en un corail d’attente Rapide et blond comme un cheveu Ton rire roule la pente.

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Clairvoyante avenue pour des pensées brûlantes Chat noir monté sur le pressoir Calme du soir m’enivre Renard d’eau Rutilante araignée Foin du sable adieu les sortilèges Déjà animée, de tristesse pleine Ma fièvre.

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Rumeur concernant la saison Moite de tendresse acquise avec la peau Tambourin de bonheur Fées mes amours Vivre, mourir, c’est la même chose, Attendre la chose plus belle encore Levain de ma pâte mal pétrie. Des étendues glaciales aux vents de solitude, Pourquoi faire souffrir ceux par nos cœurs élus ? Dans l’ombre de la tour Aux cahots de la route Dans la ville mal définie Nos oreilles attentives. Le soir qui tombe m’a trouvé Le matin susurrant d’oiseaux a éveillé mon cœur. Nuage bleu, pensée qui se promène. Le jour éblouissant Soleil toujours parfait Lumière nourrit la vie sonde les entrailles Passage d’un monde à un monde.

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Amoureux de la voile tremblante Cherchant le sac des mille tours Prisonnier d’un bras comme un cercle de feu Enroulé aux boucles de sirène Portant manteau de lys Patron des vœux de ma source lointaine Sourire gras comme une enclume Immense char tiré par les cheveux Vent de mont vent de plaine Haleine de courroux Reine des forges vieux le jour Amour distant de porcelaine Calèche blanche à longs poils fous Généreuse par-dessus tout De nos élans voici la traîne.

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Plaisir d’amour tendresses joies Ombres vapeurs nuages vents Tout cela passe tout cela s’efface, s’estompe et qu’en reste-t-il en nous ? Je me sens terriblement jeune.

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Calque cendré sur ma pensée Le courlis glisse dans les ondes Je flotte sur un vent joyeux Les noctambules fameux savent Ce que le jour ne sait pas. Jour de peine jour d’amour Te lèves-tu pour ton devoir ? Accomplis-tu un temps ? Jour d’ennui jour de joie Tu nais au matin tu meurs le soir Et combien d’êtres avec toi. Conte endeuillé de rosée voile de crépuscule moqueur adouci d’une aube rose mais quand l’aube crie Rougeoie à la face des hommes Le jour semble plus long et perfide, Heureux qui pense dans un feu clair.

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Certains jours Je suis Job sur son fumier Juif errant Cafard dans la salade pièce de cinq sous oubliée sous l’armoire Chien dans sa niche oiseau grelottant sur son rameau Loup hurlant dans la clairière Néophyte enfermé dans la crypte Ermite sur son pic à tous les vents Moine priant au fond de son trou dans la falaise Soleil noir tournant dans les immensités glacées.

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Gerboise feuillue autant qu’ alerte Scande tes bonds mirobolants Arrête ta fièvre quartaine rime ta vue au firmament Accrois tes biens immenses Et te raccroche aux pans du ciel brouillé Ciel mâtin sous les étoiles carré dans la misaine Brinquebalant au vent d’Espagne Chante dans les haubans clairs Enroule-toi aux mâts tremblants dans la lueur indécise du jour naissant Envole-toi sur un désir géant Éclate dans un visage neuf.

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Parfaite mer pour des yeux alanguis Secousse allongée dont le nerf me délivre Vent du large appelant quelque armure Un claquement de toile tendue Un frémissement des proues Dans le nœud de chaque vague.

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Le regard perdu dans le vent appuyé sur le vent la main flairant l’objet L’enfant endormi dans la bonté du ciel, Rayon de soleil filtrant l’air purifie les choses porte entrebâillée La maison respire De pierre vivante, elle vit Le cœur s’éveille Oreille attentive Suit le cours du jour Écoute le fleuve de la vie.

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Antique bruissement de l’aube apprivoisée Aux frondaisons pluvieuses aux détours souterrains au souffle inattendu des moments outranciers aux orages soudains de la fièvre quartaine A l’ardeur souveraine et gracile à la fois Dans l’air chargé de temps Dans un temps alourdi Rive ourdie de silence moqueur Perle ajourée de pensées sulfureuses Et dans l’ombre gracile Un temple infini.

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Vertes pensées pour des orties brûlantes Têtes lampantes aux fronts de reposoirs Pitié par-dessus tout pour nos armes branlantes à pommeaux d’ostensoirs Adieu aux entrelacs de l’attente incertaine aux doux vents dans le noir Cherchez plus loin encore l’ardeur catapultée de ma rive lointaine Et priez que mes vœux s’illuminent d’espoir.

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Tubéreuse clarté d’automne, fil de fer grandiloquent caressante envergure de silence. Devant le roc assaisonné ma brûlure d’amidon. Ma bruissante quintessence Le fugitif armé La route des sommets descend. Embarquement des rites divers Aussitôt la rive salée distinguée. Le choc des fleurs à ruban Dans les perles cuivrées du vent Sur le bras de la source vigoureuse. Jamais ne s’assembla tel colloque ajouré, telle pieuvre de consistance aride, tant d’ornières ventriloquentes de potentats ficelés d’armatures figées. De silence mort la vie reprit son droit conquis.

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Le vent s’ébroue et sa roue s’use Tout de long le fleuve contre le jour s’espace et sa veste essuie, Éclabousse les villes et aux bourgeois renvoie la moue.

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Mes fleurs défuntes enivrées d’amour Mes fleurs d’opale se balancent. La tristesse en mon cœur sourit S’éveille et irradie un peu de sa mauve chaleur Les bercements de ces opalescences Grands et doux enchanteurs Calment la tiède brise. Et le vent frais du ciel Levé tôt cette nuit Gai et cher et fidèle Me suit et luit sur mon sentier. Le bateau sur la mer, voilé d’or appareille. La barque aux ciselures blanches Lève son mât royal et tend ses haubans clairs. Sur les chemins où le limon fleurit Dont les falaises en extase prient Je marcherai tout au long de ma vie Et je me baignerai dans l’eau riche des fleuves. J’irai, courbé, un bâton à la main Chenu et sec comme mes os Où m’appelle une âme vive Où dans la flamme je me consumerai Où aspiré du coeur, je plongerai Dans les déserts ardents Et, élevé sur des vents chauds et parfumés, J’oublierai le bruit de la terre Les noms des amis trop gentils Les adresses délétères Les amitiés de vert-de-gris Tous ces barons, tous ces marquis

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Toutes ces coques résonnantes Tous ces idiots divinisés Ces remuants interminables Ces oubliettes et ces paniers percés Ces prisons de cœurs morts Ces froids calculateurs Ces artistes trop savants Ces marchands gros de cendres Ces commères rutilantes ... Je descendrai vers les frères anciens Ils me diront le prix du sang, du souffle et de l’eau Et ils me guideront vers l’astre radieux.

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Au ventre de ta ronde mesure étamée de petites branches fleuries Souris à ma rive cocasse étends ton fleuve sur mon flanc et ta mer inondant mes ports tremblants balbutiant la paix et l’amour Douce agate aux regards polis verre affiné en son creuset avide. Cassure claire peine vidée Renard sur ma masure. Toi étoile de planète fermée Toi, retourne ma pensée Arrête le jour pour que la nuit finisse endors la nuit que nous dormions toujours. Océan de nuit pleine de nuit noire Toi sur ma chair pauvre de vent ronce embrasante aux violettes largeurs galbe fin de ton manteau épais Retournant l’aiguillon des tes profonds attraits Verse à pleins bords le miel des artichauts L’abeille velue et geignante sur ma poitrine et ta respiration telle un réveil cassé sonne pour moi le rythme de la vie.

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Cuivre rapace amygdale trompée Buffle tiré par le vent Paysan pesamment vêtu Radeau ride sur la mer Mer abrupte aux réveils draconiens Chant de marin hâle la voile alourdie de sueur Prières des vagues engloutis les beaux navires Chêne qu’une main avait caressé d’amour Canons bombardant le ciel Mer avide de poids léchant la chair Saoule de marins ivre de chaloupes Mère trompeuse fin trompeuse Tu n’es qu’un oubli Un éclair de mort suivi d’autres éclairs Ténébreuse caresse aux dévorants baisers fascinant regard découpant des quartiers Dans cet infatigable songe la lumière pense joue lutine câline se noie.

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Vent enrubannĂŠ dans ses sanglots de marbre

Vent aurĂŠolĂŠ de quatre bonheurs

Embaume mon chemin

dissipe mes alarmes

et fends le flot ensorceleur

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Défaire mille tours assis sur leur contraire Songer aux mille vents qui contournent la terre Charme mineur d’un trouble levantin Rigueur clouée sur sa dépouille Fantassin de chair cruelle, Liberté le vent des collines L’ombrage frémissant des arbres du printemps, Le lointain parfum des grottes tièdes Où luit la lumière douce des temps. Chemin de mon cœur vers le Temple, Arrache-toi aux douceurs ménagères A l’orgueil domestique A la suffisance de ma chair. Liberté mon cœur s’enivre Mon esprit vole de tour en montagne de fleuve en pays, de lune en étoile.

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Ravin qui sue sur mon dĂŠsert palpe et chante encore rondin passif creuse le temps et omets de sourire. Mes volets entrouverts laissent filtrer le jour et le fanal Ă  ma lucarne oscille au grĂŠ du vent.

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Dans ces encadrements si creux, Pauvres d’enluminures, Pourquoi se parquer coi ? Je devrais me brûler Jusqu’au sang, Sentir jusqu’à la moelle L’emprise de mes origines, Et le besoin du devenir Devrait m’arracher à moi-même.

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Mon âme, triste comme une branche morte, De ses sanglots me secoue tout entier. Que de mes yeux ne vais-je Me perdre aux confins de cette part de vie ? Respirer au souffle de ce Dieu, A sa source m’abreuver ?

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Fustigeant de perles un miroir oblong une coupole ronde Aidant le jour à renverser le jour La tour à découvrir le ciel Les nuages à développer nos vues Chargeant d’étoiles un sycomore Évanescent berger accours dans ta jeunesse Troupeau qui jacasse sur la colline Myosotis sentant le romarin Mouton bardé de houppelandes Bergeronnette ailée aux souffles du vent ... Clarté du ciel dans un matin Clarté de la vue dans le cœur Cœur accordé au souffle de l’arbre Arbre branché au rythme de la vie terre mère du ciel Et nous belligérants villégiaturistes nonchalants touristes trop pressés sur la route Quand trouverons-nous notre chemin Quand habiterons-nous notre maison ?

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Soupir d’un ventre assoupi Barcarolle canaille Lune argentée dans son escale Tourbillon enfumé d’espingole à rebours Calme rebondissant dans ma tête violente Lecture certaine du diamant Mère du désir perte de l’eau sauvage Ouragan voilé soucieux de folie Chant des sages ne s’entend pas La fleur la plus laide aime son cœur Regard fané qui ne s’éclaire Outre de ruine pensée du sage Cloaque ridé d’amour Vent encerclant la haine Contredit la santé perdue Heaume rivé perclus de sangles Fantassin vitrifié Mécanique adorable pantin De gestes bêtes lents ou vifs Papillon s’envole Figure d’ange.

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Singe gourmand sur mon échelle, te repais de mes rêves épars accordeur de chimères fanées, t’enroules dans un temps inégal et aux désirs fermes le nez. Capsule de chat horizontal armure d’un moment glané parure au vent vermeil ma prière s’élève décente Et renvoie au soir l’étal de la journée.

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Tard, trop tard pour vivre Trop tôt pour aimer La mort est venue paravent de sorcier Fumante lueur Larmes de plomb arrachées et fondues Finalement pour le plaisir de voir. Les âmes nées trop tôt Déjà mortes ce soir remercient pour une éclaircie le créateur d’un jour Crâne aux pensées brutes Ardent suaire. Vierges plumées déjà Le soir les bénira La nuit les chante Mais elles pleurent sur un bras. Trop tard le vent qui passe Fraîche pensée Les morts sont morts trop tôt. Un peu de terre renaît la vie engourdie sitôt levée Frêle matin deviendra jour.

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Émail au front souverain tu te berces de colloques rouillés et la rime d’anciennes chansons nous parle dans les fumées. L’ouragan pieusement déchaîné se love dans nos fontaines et les pensées de rives lointaines s’agrippent à nos cheminées.

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Ô désir insoutenable dans le poids de la journée l’accablante promenade de nos vies ensorcelées. Chat installé sous la table lumière vide de nos fards et l’implacable verticale dissipe nos fumées.

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Armons-nous pour un dernier combat Pauvre rose, pour qui tes carmines irises au parfum de vent léger quand de concupiscence avec les morts en nous éteint est ton appel. Et vous clochettes d’opales, Et vous, gracieux ami des feuilles violettes, liseron au cœur tendre, puceron heureux, vous tous frémissez en vos grimoires d’âmes, de nos folies craignez le retour. Le perce-neige doux le bleuet coquet, fin myosotis délicate véronique Amis plein de douceurs, vers vous mon âme s’égaie En vous se niche, vos sourires boit. Coloquinte, diaphane papillon jeune amoureux du ciel Lève la tête.

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Les vifs sanglots ouvrant les portes Clamant l’erreur bien revêtue, Des armes, les cohortes Du vent les yeux ouverts De ce pommier la feuille belle étrangement Et, toi, étripe mon cœur gaillardement Rendu à lui-même il pleure Gémit la nuit sur le destin qu’on lui arrache Puisse le temps nous enivrer Que la distance m’emporte Il me reste une chance encore Je veux la vivre entièrement Me couler dans l’instant des choses simples Que cette tête, voyageuse folle, s’arrête et vive au rythme du cœur Que ces mains agitées se calment Ces oreilles lasses écoutent le temps qui s’écoule, le temps qui vit dans ces cœurs et ces pensées proches.

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Jean jacques hetzel je suis le vent