Issuu on Google+

N O 25, 11 AVRIL 2014

ÉDITION FR ANÇAISE

Fédération Internationale de Football Association – depuis 1904

Pays-Bas

ORANJE NIEMEYER FOOTBALL ET CINÉMA

BLATTER LES CARTONS SONT DES SIGNAUX

WAMBACH ENTRETIEN AVEC LA BUTEUSE AMÉRICAINE

W W W.FIFA.COM/ THEWEEKLY


DANS CE NUMÉRO

15

Un très beau duel aux États-Unis La Major League Soccer américaine a vécu l’un des matches les plus passionnants de son histoire. Les Por tland Timbers et les Seattle Sounders se sont quittés sur un nul 4:4, les invités ayant marqué deux buts dans les derniers instants de la partie.

18

Brésil 2014 : plus que 62 jours Le Secrétaire Général de la FIFA Jérôme Valcke déclare au sujet des préparatifs de la Coupe du Monde : “L’énergie et l’enthousiasme que déploient les Brésiliens pour les infrastructures profiteront également aux générations à venir.”

37

L’e-mail le plus réjouissant de sa vie À 13 ans, l’arbitre Mark Geiger dirigeait déjà des matches. Mais à l’époque, il le faisait seulement pour gagner un peu d’argent. Aujourd’hui âgé de 39 ans, il est sur le point de voir un rêve devenir réalité : la FIFA a annoncé à l’Américain qu’il était retenu pour la Coupe du Monde.

30

Un seul titre vous manque... L’Américaine Abby Wambach a pratiquement tout gagné dans sa carrière, à l’exception de la Coupe du Monde.

Oranje Qu’est-ce qui se cache derrière l’équipe nationale des Pays-Bas : les fans, évidemment. À chacune de leurs sorties, les tribunes se parent d’orange.

2

Amérique du Sud 10 membres www.conmebol.com

Cover: imago / VI Images Inhalt: Getty Images (3), imago (1)

6

Amérique du Nord et centrale 35 membres www.concacaf.com

Les Pays-Bas en plein bouleversement Que se passe-t-il aux Pays-Bas ? Le sélectionneur Louis van Gaal ne cache pas qu’il trouve que son équipe n’a pas assez de talent pour aller loin dans la Coupe du Monde 2014. Les stars ont passé l’apogée de leur carrière, les jeunes ne sont pas encore assez bons. Comment les Pays-Bas en sont-ils arrivés au déclin de leur “football total” ? David Winner pointe du doigt les problèmes.

T H E F I FA W E E K LY


L A SEMAINE SUR L A PL ANÈTE FOOTBALL

Europe 54 membres www.uefa.com

Afrique 54 membres www.cafonline.com

Asie 46 membres www.the-afc.com

Océanie 11 membres www.oceaniafootball.com

23

Le billet du président Sepp Blatter nous rappelle la véritable fonction des cartons jaunes et rouges.

36 26

Festival cinématographique À la découverte du festival “11 mm” de Berlin. Prises de vue spectaculaires et images inédites sont au programme, de Thierry Henry à la Coupe du Monde 1974.

Alexi Lalas Si l’ancien international américain n’était pas devenu footballeur, il sillonnerait aujourd’hui les États-Unis, la guitare à la main.

Suède : Damallsvenskan Début de la saison : 13 avril 2014

T H E F I FA W E E K LY

Angleterre : Women’s Super League Début de la saison : 16 avril 2014

États-Unis : National Women’s Soccer League Début de la saison : 13 avril 2014

3


EVERY GASP EVERY SCREAM EVERY ROAR EVERY DIVE EVERY BALL E V E RY PAS S EVERY CHANCE EVERY STRIKE E V E R Y B E AU T I F U L D E TA I L SHALL BE SEEN SHALL BE HEARD S H A L L B E FE LT

Feel the Beauty

BE MOVED

THE NEW 4K LED TV

“SONY” and “make.believe” are trademarks of Sony Corporation.


À DÉCOUVERT

L’art de gagner

Et maintenant ? Arjen Robben, l’un des piliers de “l’Elftal”, en 2010 à Johannesburg, à l’issue de la défaite en finale de la Coupe du Monde face à l’Espagne.

C

Hassan Ammar / A P Photo

ertains voient dans les Pays-Bas la preuve que la beauté du jeu peut causer la perte d’une équipe. Combien de fois les inventeurs du “football total” nous ont-ils séduits avec leur inspiration et leur innovation pour finalement quitter le terrain sur une défaite ? Ce fut le cas en 1974 à Munich (finale de la ­Coupe du Monde face à l’Allemagne) ou en 1978 à Buenos Aires (contre l’Argentine). Lors de la finale de la Coupe du Monde 2010 à Johannesburg, l’Elftal a présenté un jeu rugueux et dénué d’imagination, mais ce changement de style n’a pas suffi à avoir raison de l’Espagne. Qu’en est-il aujourd’hui de la culture du jeu au pays des champions d’Europe de 1988 ? Quelles sont les ambitions des Pays-Bas et leurs ­attentes vis-à-vis de la Coupe du Monde brésilienne ? Notre collègue David Winner, auteur d’une œuvre de référence consacrée au football néerlandais (Oranje Brillant) et d’une biographie de Dennis Bergkamp, revient sur les grands moments des Oranje et analyse leurs déficits actuels.

P

our saisir l’art du beau jeu, le Brésilien Carlos Niemeyer a choisi lui de s’armer d’une caméra. Certains de ses documentaires ­mythiques avaient disparu au fond des archives et viennent tout juste d’être redécouverts. Grâce au festival berlinois du film de football “11 mm”, les T H E F I FA W E E K LY

films du réalisateur décédé en 1999 ont eu la chance de vivre une seconde jeunesse. Ronald Düker s’est rendu sur place.

E

n janvier dernier à Zurich, Abby Wambach a eu bien du mal à cacher sa déception de voir le Ballon d’Or 2013 lui échapper. Mais l’Américaine aux 218 sélections, Joueuse Mondiale de la FIFA 2012, peut se targuer ­ d’avoir battu le record mondial du nombre de buts marqués par une joueuse en matches ­internationaux (167 réalisations). Dans son interview, elle nous parle de son prochain objectif : la Coupe du Monde 2015 au Canada.

D

ans sa tribune, Joseph Blatter insiste sur le fait que les cartons jaunes et rouges ne doivent pas servir de provocation à l’attention des joueurs et qu’ils doivent leur être montrés de manière respectueuse. Aux yeux du Président de la FIFA, un arbitre maître de ses réactions se doit de demander au joueur de s’approcher avant de l’informer de son verdict et de tendre le carton en l’air sans manifester aucune émotion particulière. Å Perikles Monioudis

5


PAY S - B A S

L’organisation de l’espace aux Pays-Bas Vers 1615, le peintre Frans Hals a représenté l’intimité et la délectation en rouge-orangé (“Merrymakers at Shrovetide”).

6

T H E F I FA W E E K LY

The Metropolitan Museum

Les maîtres néerlandais


PAY S - B A S

Finalistes malheureux en 2010, les Pays-Bas font figure d’habitués en Coupe du Monde. En dépit de leur réputation d’élégance, les Néerlandais abordent l’édition brésilienne sans grandes ambitions. L’élégant football néerlandais est-il perte de vitesse?

Patrick Post / laif

L’art s’appuie sur le savoir-­ faire Les espoirs des Oranje reposent sur Robin van Persie (devant) et Arjen Robben (2ème en partant de g.).

T H E F I FA W E E K LY

7


PAY S - B A S

L

David Winner

es hommes de Louis van Gaal ont pourtant largement dominé les débats pendant les qualifications, comme en témoignent les chiffres : 35 buts inscrits contre 4 encaissés. Alors, pourquoi tant de pessimisme  ? Un groupe vieillissant, une série de départs, l’absence de relève et les blessures de quelques titulaires indiscutables ont fini par semer le trouble dans les rangs oranje. Dans ce contexte, une quatrième qualification pour la finale tiendrait du miracle. Les supporters eux-mêmes imaginent mal leur équipe aller au-delà de la phase de groupes. Chaque tirage au sort accouche toujours d’un “Groupe de la Mort” ; celui dont les Pays-Bas ont hérité paraît cependant particulièrement létal. En guise d’entrée en matière, les Oranje débuteront leur parcours contre l’Espagne. Les champions du monde et d’Europe en titre pratiquent une version améliorée du jeu traditionnellement associé aux Pays-Bas, qui leur avait permis de prendre le meilleur en finale il y a quatre ans. Les Néerlandais devront ensuite répondre au défi physique imposé par l’Australie, qui n’a jamais perdu contre les Pays-Bas. Enfin, il leur 8

faudra trouver la parade face à une excellente équipe chilienne emmenée par Arturo Vidal (Juventus) et Alexis Sanchez (Barcelone). Pour avoir une chance d’atteindre les quarts de finale, van Gaal et ses joueurs devront en outre terminer en tête de leur groupe. En effet, la deuxième place les obligerait très certainement à affronter le Brésil dès les huitièmes de finale. À ce stade, l’unique ambition des PaysBas semble être d’éviter une humiliation cinglante. C’est du moins ce que pense Auke Kok, un journaliste sportif très en vue dans le pays. “Vous imaginez Ron Vlaar [défenseur d’Aston Villa, candidat à une place en sélection, ndlr] contre Neymar ? Ça fait peur. Notre pays ne sort plus de joueurs du calibre de Jaap Stam ou Frank de Boer.” Louis van Gaal a connu une carrière extraordinaire en clubs au cours des 25 dernières années, mais tout son talent ne suffira sans doute pas à sublimer un effectif médiocre. L’intéressé a lui-même déclaré cette semaine qu’il en avait “ras-le-bol” d’exercer les fonctions de bondscoach. Ils ont copié le football total Le sélectionneur ne dispose que de trois joueurs de classe mondiale. Sur ce petit groupe, un seul est actuellement apte à jouer, Arjen ­Robben (Bayern Munich). T H E F I FA W E E K LY

Le milieu de terrain Kevin Strootman, surnommé le “Roy Keane néerlandais”, manquera la Coupe du Monde en raison d’une blessure au ­genou contractée le mois dernier lors d’un match entre l’AS Rome et Naples. Le capitaine Robin van Persie souffre lui aussi du genou, mais il ­devrait être remis à temps. Les piliers de la sélection finaliste en 2010 que sont Giovanni van Bronckhorst et Mark van Bommel ont raccroché les crampons. Wesley Sneijder, Rafael van der Vaart et Dirk Kuyt vivent leurs dernières saisons à Galatasaray, Hambourg et Fenerbahçe. Pour mieux comprendre les raisons de la crise que traversent actuellement les Pays-Bas, il faut se replonger dans un passé un peu plus lointain. Au dix-neuvième siècle, la Grande-Bretagne est devenue une superpuissance mondiale grâce à la Révolution industrielle. Le saut technologique et intellectuel qui a permis la création des chemins de fer, des filatures de coton et de bien d’autres choses a été rendu possible par le climat culturel et politique qui régnait à l’époque dans le pays. Mais un tel climat pouvait aussi s’instaurer ailleurs et, du reste, c’est ce qui s’est passé. La Grande-Bretagne a bénéficié d’une supériorité technologique et intellectuelle, mais cette situation n’a duré qu’un temps. Dès l’instant où d’autres grandes nations ont compris comment

Corbis

Ouvrir de nouvelles voies “Si tu m’aimes, offre-moi une tulipe” (proverbe néerlandais).


PAY S - B A S

Robin Utrecht / Keystone / ANP

Espoirs insatisfaits Les Néerlandais attendent toujours leur premier titre de champions du monde (ici à Amsterdam, le 11 juillet 2010, finale de la Coupe du Monde contre l’Espagne).

imiter et même améliorer les méthodes mises au point dans l’Empire, la première puissance industrielle était vouée au déclin. En football, les Pays-Bas ont connu une trajectoire similaire. À la fin des ann ées 60, les Néerlandais ont inventé une nouvelle façon de jouer au football, complètement révolutionnaire. Le football total est apparu à l’Ajax, sous l’impulsion de Rinus Michels (nommé depuis entraîneur du siècle de la FIFA) et d’un groupe de joueurs hors du commun emmené par le génial Johan Cruyff. Ce nouveau style fait de mouvements fluides, de pressing haut, de technique et d’esprit offensif était aussi agréable à voir que difficile à maîtriser. Appliqué par des footballeurs de talent, le totaalvoetbal était pratiquement imparable. L’écrivain néerlandais Arthur van den Boogaard a parlé d’une “solution métaphysique” au jeu de football. Si le football total a pu voir le jour aux Pays-Bas, c’est parce que les conditions politiques et culturelles étaient alors réunies pour son invention. La libéralisation des mœurs s’est accompagnée d’un renouveau du professionnalisme, associé à un puissant goût de l’innovation. Le goût des Néerlandais pour la création et l’exploitation de nouveaux espaces se retrouve dans l’art, l’architecture et le paysage. D’un seul coup, tous ces

éléments se sont retrouvés sur le terrain. Le football total était néerlandais par essence, mais il pouvait être reproduit ailleurs. C’est ce qui a fini par arriver. Comme la Grande-Bretagne, dépassée militairement et économiquement par d’autres nations, les Pays-Bas ont subi la concurrence toujours plus rude de leurs voisins et rivaux. Le complexe de superiorité L’identité du football néerlandais trouve ses racines dans les triomphes et les traumatismes du début des années 70. Jusqu’au milieu des années 60, les Pays-Bas se sont contentés de faire de la figuration sur la scène internationale. Puis l’Ajax a remporté trois Coupes d’Europe des Clubs Champions consécutives. À l’approche de la Coupe du Monde 1974, le football total avait pratiquement atteint la perfection. Partis à Barcelone, Michels et Cruyff ont retrouvé leurs anciens partenaires de l’Ajax, Ruud Krol, Johan Neeskens ou encore Johnny Rep. Ils ont aussi bénéficié du renfort de Wim van Hanegem (Feyenoord) et Rob Rensenbrink (Anderlecht). Pour la première fois, l’équipe nationale a pu s’essayer au football total et les résultats ne se sont pas fait attendre. La stratégie ingénieuse et agressive des PaysBas a laissé l’Uruguay, la Bulgarie, la RDA et l’ArT H E F I FA W E E K LY

gentine sur le carreau. Dans l’équivalent d’une demi-finale, le Brésil, champion du monde en titre, a lui aussi été contraint de baisser pavillon. C’est à ce moment-là que les Néerlandais ont commencé à nourrir un complexe de supériorité. Ils se sentaient invincibles. Opposés à la RFA en finale à Munich, ils ont ouvert le score avant même qu’un joueur allemand ait le temps de toucher le ballon. Au lieu de chercher à creuser l’écart, Cruyff et ses coéquipiers ont commis l’erreur de vouloir ridiculiser leurs adversaires. Au terme d’un formidable retournement de situation, la RFA l’a finalement emporté 2:1. Le souvenir de l’occupation nazie était encore vivace dans le pays et cette défaite inattendue a donc été vécue comme l’une des plus terribles tragédies de la fin du 20ème siècle. Tous les joueurs qui se sont succédé en équipe nationale depuis cette époque ont été profondément marqués par cette finale perdue. Proposer du beau jeu est devenu une obligation ; perdre avec la manière est devenu une habitude. Les Néerlandais sont souvent leurs propres pires ennemis. En 1990, les Pays-Bas possèdent un effectif de rêve, emmené par Marco van Basten et Ruud Gullit, mais l’équipe est rongée de l’intérieur par une véritable guerre des clans. Deux générations passent pourtant tout près de l’exploit. Sans Cruyff, les Oranje s’inclinent en 9


PAY S - B A S

Icône de la peinture La “jeune fille à la perle” de Johannes Vermeer (immortalisée vers 1665), le regard tourné vers nous.

Corbis, Martin Dijkstra

finale de l’épreuve suprême 1978 face à l’Argentine, pays hôte du tournoi. Vingt ans plus tard, Dennis Bergkamp, Edgar Davids, Patrick Kluivert et leurs coéquipiers s’inclinent face au Brésil aux tirs au but en demi-finale. Largement décriée, l’équipe alignée en 2010 a elle aussi souffert du syndrome de 1974. Les joueurs de Bert van Marwijk ont tourné le dos à 40 ans de tradition en proposant un jeu austère, basé avant tout sur l’efficacité. Sans doute espéraient-ils conjurer définitivement les fantômes de Munich en remportant enfin un premier titre mondial. La descente aux enfers de l’Ajax Pendant ce temps, le football total s’est démocratisé. Les joueurs et les entraîneurs néerlandais, convaincus de la justesse de leur approche, ont exporté leur credo aux quatre coins du monde, de Toronto à Tel-Aviv, en passant par Milan et Séoul. Cruyff a été l’un des grands artisans de cette évolution. Non content de faire du football total la marque de fabrique des Pays-Bas, il a imposé sa vision au FC Barcelone, d’abord en tant que joueur, puis comme entraîneur. “Cruyff a construit notre cathédrale ; nous nous contentons de l’entretenir”, résume Pep Guardiola. Le tiki-taka de l’équipe d’Espagne et du Barça n’est

Icône de l’équipe oranje Les regards des Néerlandais sont tournés vers le buteur Robin van Persie.

qu’une version locale du modèle néerlandais. L’autre grand technicien néerlandais de l’époque moderne n’est autre que Louis van Gaal, qui s’inspire davantage de Rinus Michels que de Cruyff. À son arrivée à l’Ajax au début des années 90, van Gaal s’est employé à mettre en place une variante encore plus rapide du football total. Il a ainsi mené Patrick Kluivert, les frères de Boer et Edgar Davids à la victoire en Ligue des Champions 1995, avant de rallier Barcelone. En Catalogne, il a été le premier à confier des responsabilités à un certain Xavi Hernandez. Plus près de nous, en 2009, van Gaal a profité de son passage au Bayern Munich pour changer Bastian Schweinsteiger, ailier de formation, en un formidable meneur de jeu. Il a aussi lancé beaucoup de jeunes talents, au premier rang desquels Thomas Müller. En l’espace de deux ans, il a complètement converti le plus grand club allemand aux méthodes néerlandaises. Désormais entraîné par Guardiola, le Bayern possède désormais les meilleurs footballeurs et la meilleure équipe au monde. Pendant que le Barça, le Bayern et les équipes d’Allemagne et d’Espagne se hissaient vers les sommets en s’inspirant du modèle néerlandais, les Pays-Bas euxmêmes périclitaient. Basé sur la technique, la tactique et un jeu de passes sophistiqué, le style de l’Ajax fait désormais partie du patrimoine naT H E F I FA W E E K LY

tional. Malheureusement, le football néerlandais ne produit plus de joueurs capables d’appliquer un système si exigeant. Le déclin de l’Ajax a énormément pesé dans cette évolution. Le centre de formation imaginé par Cruyff dans les années 80 et dirigé par van Gaal au cours de la décennie suivante a servi de modèle à la célèbre Masia du FC Barcelone, mais aussi à de nombreux centres en Écosse, en Belgique ou au Danemark. Mais Amsterdam n’a pas su trouver la réponse à ses problèmes. Quand Dennis Bergkamp a retrouvé le club de ses débuts en tant qu’entraîneur en 2008, il a découvert un centre de formation à la dérive. Dans son autobiographie, il écrit : “On aurait dit que tous ces enfants sortaient de la même usine. C’était dérangeant. Ils étaient tous bons, sérieux et plutôt à l’aise techniquement, mais ils n’avaient aucun génie, aucune capacité d’adaptation. Ils faisaient ce qu’on leur demandait. Ils connaissaient les postes, tenaient leurs rôles, mais sans aucune créativité. Quand on leur demandait d’improviser, ils se tournaient vers le banc de touche, perdus, comme s’ils ne savaient pas quoi faire… Tout ça était mou, sans inspiration. Le cœur n’y était pas. Je n’ai pas vu parmi eux un seul héritier de cet esprit propre à l’Ajax, de ces footballeurs un peu arrogants qui disaient : ’Donne-moi le ballon, je sais quoi en faire’.” 11


PAY S - B A S

“F O O T B A L L T O TA L” mon. La notion de “football total” est liée à l’idée que chaque joueur de champ devrait pouvoir jouer à chaque poste. Ce concept a des répercussions sur la formation tac tique, technique et physique des joueurs, mais sur tout sur le système de jeu, qui est considéré comme novateur. Lorsque l’équipe est en possession de la balle, tous les joueurs de champ sont constamment impliqués dans les ac tions of fensives ; de même, toute l’équipe par ticipe à la défense, des attaquants aux défenseurs. En cas de besoin, les joueurs changent de poste, un attaquant peut ainsi endosser le rôle de défenseur ou l’inverse. Il ne doit pas y avoir de trou dans le dispositif et c’est précisément ce qui demande aux joueurs beaucoup d’investissement. Pour pouvoir être à la hauteur du football total, les joueurs doivent à la fois s’en tenir stric tement à la logique du système et être capables de faire preuve d’une grande créativité. L’équipe des Pays- Bas des années 1970 emmenée par Johan Cruy f f et Ruud Krol a été la première à pratiquer le football total.

Toujours capable de créer la surprise Le bondscoach Louis van Gaal.

“Insuffisant” Sous la houlette de Frank de Boer, devenu entraîneur, l’Ajax a remporté les trois dernières éditions du championnat des Pays-Bas. Il faut 12

remonter à Rinus Michels dans les années 60 et van Gaal dans les années 90 pour trouver trace d’une telle série. Cette saison, les Lanciers semblent bien partis pour ajouter un quatrième titre consécutif à leur tableau de chasse. Mais le championnat est loin d’être aussi compétitif que par le passé. En eux-mêmes, ces chiffres ne traduisent pas forcément le début d’un nouvel âge d’or du football néerlandais. L’Ajax compte tout de même dans ses rangs quelques joueurs prometteurs, au nombre desquels on retrouve le meneur de jeu Davy Klaassen. Pour autant, en Ligue Europa, le grand club d’Amsterdam a été sèchement battu 6:1 sur l’ensemble des deux manches par le Red Bull Salzbourg. Cette sortie de route s’inscrit dans une tendance inquiétante depuis 2010. Lors de l’Euro 2012, les Pays-Bas ont perdu leurs trois matches contre le Danemark, l’Allemagne et le Portugal. Pour sa dernière sortie en amical, une sélection néerlandaise fortement remaniée s’est inclinée 2:0 face à la France à Saint-Denis. Auteur, consultant télé et directeur du magazine Hard gras, Henk Spaan juge la situation provisoire. Selon lui, les Pays-Bas seraient confrontés à une période de transition plutôt qu’à un déclin sur le long terme. T H E F I FA W E E K LY

“Nous avons beaucoup de bons joueurs entre 17 et 20 ans, mais ils ne sont pas encore prêts à disputer une Coupe du Monde. Nous serons peutêtre agréablement surpris, mais je crois que nous allons surtout nous appuyer sur le collectif et la puissance physique. Je crois que van Gaal va essayer de créer un lien très fort entre les joueurs. De toute façon, c’est leur seule chance car, en dehors de Robben et peut-être de van Persie, nous sommes dépourvus du moindre talent.” Kok espère que le sens tactique de van Gaal pourra créer la surprise. “Chez nous, les gens qui s’intéressent au football sont conscients que l’équipe aura bien du mal à passer le premier tour. En même temps, tout le monde ici respecte van Gaal. Je suis sûr qu’il nous mijote quelque chose d’original et de très malin. Ce ne serait pas la première fois. C’est quelqu’un de très créatif. Il va sûrement inventer quelque chose auquel personne d’autre n’aurait pensé. Mais ça ne suffira pas. Cette année, les joueurs n’ont pas le ­n iveau pour aller loin.” Å Jorgen Caris / HoHo / laif

En 2011, deux groupes d’anciens joueurs soutenant respectivement Cruyff et van Gaal (les deux hommes se détestent, sans que l’on sache vraiment pourquoi) se sont livré une lutte sans merci pour le contrôle du club. Les partisans de Cruyff ont fini par l’emporter et ont immédiatement appliqué ses réformes radicales dans le but de produire un jour à nouveau des footballeurs de classe mondiale. Les notions de tactique et de système si chères à van Gaal sont passées au second plan, au profit d’une approche davantage basée sur l’accompagnement des talents exceptionnels, dans l’esprit d’Oxford ou d’une grande école française. Quelques-uns des grands noms du club sont devenus éducateurs. Ils distillent leurs bons conseils, leur sagesse et leur expérience auprès des jeunes espoirs. Les disciples de Cruyff aux commandes de l’Ajax (Wim Jonk, Marc Overmars et Bergkamp) pensent que leurs méthodes les placeront bientôt à l’avant-garde dans le domaine de la formation. Dans quelques années, on saura s’ils avaient raison.


PAY S - B A S

Qui portera le maillot oranje au Brésil? David Winner

L

ouis van Gaal dispose d’un large choix de footballeurs corrects, mais les vrais champions se font rares. Le choix est si difficile qu’à quelques semaines du coup d’envoi de la Coupe du Monde, personne ne sait avec certitude qui sera du voyage au Brésil. En l’absence de Strootman, le rôle de milieu de terrain défensif pourrait échoir à Nigel de Jong (AC Milan). L’ancien partenaire du rugueux van Bommel est surtout connu pour son tacle assassin sur Xabi Alonso en finale de l’édition sud-africaine. Les jeunes Adam Maher (PSV) et Jordy Clasie (Feyenoord) pourraient

aussi trouver leur place. Jonathan de Guzman (Swansea) n’a pas dit son dernier mot non plus. Dans un autre secteur, le statut de Klaas Jan Huntelaar (Schalke 04) reste flou. L’ancien Milanais n’a rien perdu de son sens du but, mais il peine à faire la différence face aux meilleurs et ses relations avec le reste du groupe sont exécrables depuis l’Euro 2012. Pour que Huntelaar soit retenu, il faudrait sans doute que van Persie et Siem de Jong (Ajax), également blessé, soient tous les deux indisponibles. En défense, l’incertitude est encore plus forte. Longue comme un jour sans pain, la liste des candidats comprend des joueurs aux profils aussi variés que Stefan de Vrij, Bruno Martins Indi et Daryl Janmaat (Feyenoord), Ron Vlaar,

Gregory van der Wiel (Paris Saint-Germain) ou encore Daley Blind (Ajax), le fils de Danny Blind, lui-même adjoint de van Gaal. La succession d’Edwin van der Sar implique quant à elle six gardiens. Héros national en 2010, Maarten Stekelenberg n’a guère eu l’occasion de briller à Fulham. Le sélectionneur n’apprécie pas particulièrement Tim Krul (Newcastle), Michel Vorm (Swansea) et Jeroen Zoet (PSV). Kenneth Vermeer et Jasper Cillessen (Ajax) peuvent donc encore espérer s’immiscer au sein du groupe. Å

Getty Images (4)

Les ingrédients manquants

Johan Cruyff Année de naissance : 1947 International entre : 1966 – 1977 48 sélections, 33 buts

Johan Neeskens Année de naissance : 1951 International entre : 1970 – 1981 49 sélections, 17 buts

T H E F I FA W E E K LY

Ronald Koeman Année de naissance : 1963 International entre : 1982 – 1994 78 sélections, 14 buts

Ruud Gullit Année de naissance : 1962 International entre : 1981 – 1994 66 sélections, 17 buts

13


PAY S - B A S

Le beau jeu n’empêche pas la défaite Le 7 juillet 1974, en finale de la Coupe du Monde à Munich, les Néerlandais encaissent le but décisif de Gerd Müller (à d.) (score final : 1:2).

Marco van Basten Année de naissance : 1964 International entre : 1983 – 1992 58 sélections, 24 buts

14

Dennis Bergkamp Année de naissance : 1969 International entre : 1990 – 2000 79 sélections, 37 buts

Frank De Boer Année de naissance : 1970 International entre : 1990 – 2004 112 sélections, 13 buts

T H E F I FA W E E K LY

Edgar Davids Année de naissance : 1973 International entre : 1994 – 2005 74 sélections, 6 buts

Imago, Getty Images (4)

Les ingrédients manquants


LE S CHAMPIONN AT S À L A LOUPE

VU DES TRIBUNES

Tour de force à côté du terrain Joey Webber, la mascotte des Portland Timbers, dans son élément.

Major League Soccer américaine

La grosse journée de Joey Webber David Winner est un écrivain et journaliste basé à Londres. Sa bibliographie dans le football comprend notamment Brilliant Orange et Dennis Bergkamp:

Steve Dykes / Getty Images

Stillness and Speed.

Joey Webber, la mascotte des Portland Timbers, ne passe pas inaperçu. Moitié chaman, cent pour cent bûcheron, ce solide gaillard porte un collier de perles et un casque en argent à chaque fois qu’il s’installe dans le virage nord de Providence Park avec sa tronçonneuse géante, pour le plus grand bonheur de la Timbers Army. À chaque fois que Portland marque (ce qui, il faut bien l’avouer, arrive de plus en plus rarement), Joey allume sa machine monstrueuse et découpe un morceau de son arbre qu’il lève fièrement vers le ciel comme la tête d’un tyran décapité, sous les acclamations du public. Le rugissement de la tronçonneuse a retenti quatre fois samedi, à l’occasion du match épique entre Portland et les Seattle Sounders.

Mais les Emeral City Supporters installés dans la tribune opposée ont eu, eux aussi, l’occasion d’entonner à quatre reprises le chant de la victoire. Le nul 4:4 entre les deux rivaux du nord de la côte ouest restera certainement comme l’un des plus beaux matches de l’histoire de la MLS. La victoire a penché d’un côté puis de l’autre, au gré des exploits des deux équipes. La rencontre a aussi été émaillée d’erreurs défensives inimaginables. Les 24 premières minutes ont été rythmées par quatre buts équitablement répartis entre les deux formations. Après le repos, Diego Chará et Maximiliano Urruti ont trouvé la faille sur deux frappes longue distance pour donner un avantage conséquent (4:2) aux locaux. Dans les derniers instants de la partie, Clint Dempsey a surgi par deux fois pour restaurer la parité. Le capitaine de la sélection américaine, de loin le meilleur joueur sur le terrain, a brisé les cœurs des supporters de Portland. Les Timbers courent donc toujours après un premier succès cette saison. Disputée devant les meilleurs supporters des États-Unis, la rencontre peut néanmoins être considérée comme une somptueuse vitrine pour la MLS. Il arrive parfois qu’un vent de folie souffle sur le football. Sous une forme ou sous une autre, les Timbers et les Sounders existent depuis près de 40 ans. Leur rivalité, qui fait le bonT H E F I FA W E E K LY

heur de la télévision, a récemment été décrite comme “l’une des plus intenses” du sport américain par le New York Times. Pourtant, à bien y regarder, cette animosité a quelque chose d’étrange. Ces supporters ont beaucoup en commun. Leurs villes sont proches géographiquement, culturellement et politiquement. Les deux équipes jouent en vert et chacune considère l’autre comme un intrus. Seattle a été le berceau du grunge dans les années 90, ce qui n’empêche pas les fans des Sounders de se moquer des habitants branchés de Portland en citant régulièrement des répliques de la série comique Portlandia. De leur côté, les inconditionnels des Timbers reprochent à Seattle d’abriter le siège de grandes entreprises comme Amazon et Microsoft, oubliant au passage les liens étroits de leur propre ville avec Hewlett-­ Packard ou Nike. Voilà un bel exemple de ce que Freud appelait “le narcissisme des petites différences” : “des communautés voisines et même apparentées [qui] se combattent et se raillent réciproquement”. Ce narcissisme a été à l’origine de bien des discriminations et des conflits. Dans l’univers onirique et symbolique du football, il génère des antagonismes beaucoup plus distrayants. Å 15


C h a m p i o n n a t d ’A r a b i e S a o u d i t e

Au bon souvenir de Riyad Sven Goldmann est spécialiste du football au quotidien Tagesspiegel de Berlin.

Hristo Stoitchkov a joué ici. Deux fois seulement, certes, mais l’idole du peuple bulgare a tout de même marqué un but. Il n’a toutefois pas remporté le championnat. Le dribbleur brésilien Denilson a également porté le maillot jaune, pendant une saison, à la fin de sa carrière. Lui aussi est parti sous d’autres cieux sans gagner de titre. L’Équatorien Carlos Tenorio y a pour sa part régulièrement trouvé le chemin des filets, mais pas assez pour offrir un nouveau sacre tant attendu aux supporters. Les stars se sont succédées, mais il a fallu un long moment au club pour redevenir champion. Al Nasr, formation de la capitale saoudienne Riyad, est enfin de retour au sommet après les six années de règne d’Al Hilal, son grand rival de la ville. À l’occasion de la 26ème et dernière journée de la ligue professionnelle d’Arabie Saoudite, l’équipe s’est contentée d’un match nul 1:1 sur le terrain d’Al Taawon. Un résultat identique la semaine précédente contre Al Shabab avait déj�� permis à Al Nasr de rapporter le septième titre de son histoire dans le stade du Roi Fahd.

Dibyangshu Sarkar / AFP

Le nom de cette enceinte est hautement symbolique. Le monarque, décédé en 2005, était féru de football. Fahd a mis tellement d’ardeur à soutenir l’équipe nationale que celle-ci s’est qualifiée quatre fois consécutivement pour la phase finale de la Coupe du Monde entre 1994 et 2006. Il a également obtenu l’organisation en Arabie Saoudite de la Coupe des Confédérations, qui s’appelait par le passé… la Coupe du Roi Fahd. Durant cette période d’essor du football saoudien, la sélection a remporté la Coupe d’Asie des Nations en 1996. Deux ans plus tard, Al Nasr a triomphé en Coupe d’Asie des vainqueurs de coupe ainsi qu’en Supercoupe d’Asie. À Riyad, on ressasse volontiers les souvenirs de cette époque dorée, qui, malheureusement, semble aujourd’hui bien loin. Les grandes stars internationales préfèrent effectuer leur tournée d’adieu dans le nordest de la péninsule arabique. Là-bas, l’émirat de Dubaï dispose de larges moyens financiers et la promesse de retrouvailles avec d’anciens collègues eux aussi en préretraite constitue

Toujours prêt à faire le show Le Colombien René Higuita, entraîneur des gardiens d'Al Nasr.

un argument de poids. L’Arabie Saoudite doit donc se tourner vers les seconds couteaux. Exit les Stoitchkov, Denilson et autres Tenorio. À Al Nasr, le nom le plus connu est celui de René Higuita, l’entraîneur des gardiens. Le Colombien était dans les années 1990 l’un des portiers les plus fantasques et réputés de la planète. Et sinon ? Les meilleurs buteurs du club sont Elton Rodrigues Brandão et Mohamed Al Sahlawi. Brandão est un Brésilien prêté par les Corinthians de São Paulo qui a tenté sa chance en Pologne et au Portugal avant de poser ses valises à Riyad il y a un an. Al Sahlawi est devenu une célébrité en Arabie Saoudite en 2009 en T H E F I FA W E E K LY

étant transféré d’Al Qadisiya pour la somme rondelette de 32 millions de riyals saoudiens, soit plus de huit millions de dollars. Un tel montant n’avait encore jamais été déboursé pour un footballeur local. Derrière le succès actuel du club se cache l’Uruguayen Daniel Carreño, qui a pris les rênes de l’équipe il y a maintenant deux ans. Dès la deuxième année, il permet donc à Al Nasr de renouer avec le succès en championnat, mais aussi en Coupe nationale. À chaque fois, le grand ennemi Al Hilal a dû se contenter de la deuxième place, pour le plus grand plaisir des supporters d’Al Nasr. Å 17


EN ROUTE POUR LE BRÉSIL : PLUS QUE 62 JOURS

Dernière ligne droite Jérôme Valcke

J

e suis de retour à Zurich après un séminaire de développement en Afrique du Sud, où j’ai eu le plaisir de constater de nouvelles retombées positives de la Coupe du Monde 2010. Je me souviens très bien des doutes et des critiques qui avaient accompagné les derniers mois des préparatifs, ainsi que des interrogations récurrentes des médias quant à l’opportunité de confier l’organisation de l’événement à l’Afrique du Sud. Quelque quatre ans plus tard, l’impression générale est que c’était une formidable

Coupe du Monde qui a donné confiance à toute une nation et dopé sa crédibilité vis-àvis des acteurs de l’économie mondiale. En outre, le pays a bénéficié des améliorations effectuées dans les domaines des techniques de l’information et de l’infrastructure, ce qui a rejailli sur le tourisme. Malheureusement, le pessimisme fait partie des sentiments les plus courants à l’aube d’une grande compétition. Pourtant, elles finissent toujours par bien se dérouler. Aujourd’hui, même si le Brésil se livre à une féroce course contre la montre pour finaliser les derniers éléments, l’héritage de l’événement

Inauguration du stade Beira-Rio de Porto Alegre, Rio Grande do Sul, le 5 avril

18

T H E F I FA W E E K LY

commence bel et bien à prendre forme pour celui qui veut bien le voir. Tous les rapports que je reçois font état de l’énergie et de l’enthousiasme que déploient actuellement les Brésiliens pour aller au bout des préparatifs, non seulement pour la Coupe du Monde mais aussi pour les infrastructures culturelles, urbaines et de transport qui profiteront également aux générations à venir. Les différents projets sociaux mis en œuvre, parmi lesquels la formation des habitants à toute une gamme de métiers dans les secteurs des services, témoignent eux aussi de cet élan. Et il y a enfin l’héritage sportif, que l’on ne saurait oublier au pays du football,


EN ROUTE POUR LE BRÉSIL : PLUS QUE 62 JOURS

puisque le Brésil s’apprête à  entrer dans une nouvelle ère en termes ­d’enceintes sportives et de services offerts aux fans.

constitue un héritage important susceptible d’être utilisé lors des matches du championnat du Brésil pour toucher tous les publics.

Le début d’une nouvelle ère Par ailleurs, la FIFA a déployé une stratégie globale de développement durable allant de la formation des opérateurs des stades en vue de les aider à gérer et entretenir les enceintes de façon durable, jusqu’à la fourniture de services d’audio-description pour les malvoyants, fait inédit pour une Coupe du Monde. L’équipement nécessaire et les professionnels formés resteront au Brésil après la compétition, ce qui

Walk again, un symbole d’espoir Le projet Walk again mené par le professeur Miguel Nicolelis me semble particulièrement intéressant. Notre équipe travaille actuellement avec le professeur Nicolelis et ses collègues afin de proposer une grande première mondiale pendant la cérémonie d’ouverture : permettre à un jeune handicapé de marcher sur le terrain, grâce à l’aide d’un exosquelette contrôlé par la pensée. Le football est synonyme d’espoir. L’idée que des millions de personnes handicapées à travers le monde puissent à nouveau éprouver la joie de se tenir debout et de courir me paraît, ainsi qu’à la FIFA, digne de tous les soutiens. Un triste accident Alors que nous abordons la dernière ligne droite, la fin des préparatifs est entièrement sous contrôle. Il reste 62 jours et nous allons continuer de travailler en étroite coopération

→ http://www.fifa.com/worldcup

dans le stade devant accueillir le Match ­d’ouverture, nous pensons que le calendrier ne devrait pas subir de retards majeurs et que les événements test pourront bien avoir lieu à partir de la mi-mai. Des essais ont d’ailleurs eu lieu sur d’autres sites, notamment celui de Manaus jeudi dernier, où la configuration Coupe du Monde a été mise en place. Nos équipes opérationnelles ont commencé à mettre en place l’infrastructure nécessaire pour les diffuseurs, la technologie sur la ligne de but et les centres des médias. Il faut s’attendre à un contingent record au niveau de la presse, avec quelque 18 000 représentants originaires de plus de 160 pays. L’effort conjoint de l’ensemble des acteurs, notamment les villes-hôtes et le gouvernement fédéral, devrait nous permettre de finir dans les temps et de proposer un niveau de service très élevé malgré les délais très serrés. La semaine passé, nous avons organisé le 2ème volet du stage de préparation des arbitres de la Coupe du Monde 2014 ici à Zurich. Au cours des semaines à venir, j’espère recevoir d’autres bonnes nouvelles de la part de nos partenaires brésiliens, qui font actuelle-

Lucas Uebel / A FP Photo

“L’effort conjoint devrait nous permettre de finir dans les temps.” avec nos partenaires brésiliens pour faire en sorte que l’ensemble des matches puissent se dérouler dans des conditions idéales. C’est l’engagement que nous avons pris auprès des quelque 2,6 millions de fans qui ont acheté des billets, ainsi que des 32 équipes. Les chantiers avancent à toute vitesse à Curitiba et à Porto Alegre, deux des trois dossiers qui retiennent aujourd’hui toute notre attention. L’accident récemment survenu à Sao Paule m’attriste énormément. La sécurité est primordiale et nous en avons fait notre priorité numéro 1, que ce soit sur les chantiers ou pendant l’événement. J’ai une pensée pour la famille et les collègues de Fabio Hamilton da Cruz. Les différents accidents mortels qui se sont produits ces dernier mois sur les sites m’ont profondément affecté en tant que père de famille. Des services haut de gamme Compte tenu de l’avancement des travaux de montage des installations complémentaires T H E F I FA W E E K LY

ment tout pour résoudre les derniers problèmes, et j’ai hâte de repartir au Brésil après Pâques. Plus ou moins au même moment, le trophée de la Coupe du Monde de la FIFA sera déjà arrivé au Brésil pour entamer sa dernière tournée présentée par notre partenaire Coca-­ Cola, qui doit l’emmener dans les 27 États du pays. Il sera accompagné par la chanson officielle, “We Are One (Ole Ola)”. Å

Jérôme Valcke est le secrétaire général de la FIFA 19


First Love


Lieu : Mirashkani, Géorgie Date : 4 juin 2010 Heure : 19h35

Christian Bobst / 13 Photo

T H E F I FA W E E K LY

21


LE DÉBAT

Jeu de cartes Dans les années 60, les avertissements et les exclusions n’étaient encore annoncés qu’oralement. Mais les émeutes de Wembley ont apporté de la couleur au jeu. Thomas Renggli

jaunes et rouges (voir Le Billet du Président). Depuis 1970, le football est donc aussi un jeu de cartes. Jusqu’à présent, 1904 cartons jaunes et 111 cartons rouges, dont 48 consécutifs à deux cartons jaunes, ont été délivrés en phase finale de Coupe du Monde.

I

l y a faute lorsque l’arbitre siffle et un carton rouge est synonyme de retour aux vestiaires. Les décisions et les sanctions prises sur les terrains de football n’ont pas toujours été aussi claires et nettes. Lorsque les arbitres n’avaient rien dans les poches pour matérialiser leurs décisions, la communication sur le terrain se retrouvait parfois dans une impasse. C’est ce qui s’est produit pendant le quart de finale de la Coupe du Monde 1966 opposant l’Angleterre à l’Argentine. Sur la somptueuse pelouse de Wembley, l’arbitre allemand Rudolf Kreitlein avait déjà averti deux Anglais et trois Argentins dont le capitaine Antonio Rattin, réprimandé par deux fois. Mais les joueurs n’en faisaient qu’à leur tête. Monsieur Kreitlein aurait alors crié à Rattin, dans un anglais plus ou moins correct : “One more you go out.” Ce dernier, peu impressionné par la menace, s’était permis d’insulter l’arbitre haut et fort. La coupe était pleine. Le mince homme en noir, vêtu d’un maillot cousu par ses soins, a dû se résoudre à exclure le gigantesque Argentin d’un large geste de la main.

22

Les débats de The FIFA Weekly Qu’est-ce qui vous interpelle ? De quels sujets aimeriez-vous discuter ? Envoyez vos propositions à : feedback-theweekly@ fifa.org

Exclusion Le joueur de Schalke Kyriakos Papadopoulos voit rouge, à son grand étonnement.

T H E F I FA W E E K LY

imago

Une révolution dans le sport Les journaux ont comparé la prestation de l’arbitre à celle d’un comédien de théâtre. En effet, l’attitude de l’Argentin n’était pas passée inaperçue : feignant de ne pas avoir compris, il a d’abord fait l’innocent. Par la suite, les esprits ont commencé à s’échauffer sur le terrain. Les joueurs sont bousculés et les coups se sont mis à pleuvoir. Ce n’est qu’après l’intervention de la police, qui a conduit Rattin hors du terrain, que le jeu a pu reprendre. Après la rencontre, un Argentin aurait donné un coup de pied dans le tibia de Kreitlein alors qu’il rentrait au vestiaire. Les incidents de Wembley ont déclenché une révolution dans le sport et entrainé l’instauration des cartons

Premier siff let en 1878 Les cartons de couleur des arbitres font aujourd’hui partie intégrante du football. Mais les hommes en noir se faisaient déjà entendre depuis bien longtemps : c’est en Angleterre, en 1878, que le premier sifflet a été utilisé par un arbitre. Il s’agissait du premier outil technique de l’histoire du football, 134 ans avant l’introduction de la technologie sur la ligne de but. Å


LE DÉBAT

Sortir un carton jaune ou rouge de manière ostensiblement démonstrative est scandaleux. À l’inverse, il ne faut pas non plus que l’arbitre prenne à peine le temps de montrer son carton. Celui-ci doit constituer un signal fort.

LE BILLET DU PRÉSIDENT

défensive et, pour certains, fassent des gestes exagérés. Il existe à mon sens une solution simple : professionnalisez l’arbitrage ! C’est seulement avec ce statut que les arbitres pourront regarder les joueurs les yeux dans les yeux.

Andrew Moore, Manchester (Angleterre)

“L’arbitre ­mérite le plus grand respect.”

Vigo Olsen, Bergen (Norvège)

Pour moi, l’arbitre mérite le plus grand respect. Il doit toujours garder la tête froide, apaiser les tensions et faire attention à ne pas envenimer l’atmosphère sur la pelouse. Dieter Barsch, Vienne (Autriche)

Je trouve que les arbitres sont souvent trop démonstratifs, parfois aussi verbalement. Il n’est pas pensable qu’un joueur puisse être insulté ou provoqué par un arbitre. Ce dernier doit montrer l’exemple. Il doit à tout moment garder le contrôle sur ce qui se passe sur le terrain et à côté, sans se laisser submerger par d’éventuelles émotions négatives. Peter Horst, Düsseldorf (Allemagne)

Les arbitres n’ont pas la vie facile. Princi­ palement dans les divisions inférieures, ils servent de défouloir pour les joueurs frustrés. Il est donc tout à fait humain qu’ils réagissent parfois de manière exagérée. En fin de compte, les cartons sont le seul moyen dont ils disposent pour se faire respecter. Rudi Scheepers, Utrecht (Pays-Bas)

Je suis moi-même arbitre et je sais à quel point il est difficile de diriger un match. Il est important de suivre une ligne de conduite claire et de montrer qui commande sur le terrain. Si on ne prend pas les décisions qui s’imposent dès le premier coup de sifflet, les joueurs font ensuite ce qu’ils veulent. Markus Herzog, Bregenz (Autriche)

Avec les retransmissions télévisées de plus en plus détaillées et le découpage de chaque situation en de multiples ralentis, la posi­ tion des arbitres s’est affaiblie. Je peux donc comprendre que ceux-ci soient souvent sur la

L’arbitre n’est qu’un simple être humain. On dit toujours qu’il doit être impartial, mais il se passe tellement de choses sur le terrain pendant 90 minutes qu’il serait difficile pour n’importe qui de toujours garder le contrôle de ses émotions. Mirjam Knecht, Malmö (Suède)

Globalement, je pense que moins un arbitre donne de cartons, mieux c’est. S’il les distribue à tour de bras, il perd sa crédibilité. La manière dont il les donne aux joueurs dépend, selon moi, de la gravité de la faute. Comme dans toutes les autres situations, l’arbitre doit faire preuve de doigté et s’adapter. Olga Nabokowa, Donetsk (Ukraine)

“Professionnalisez l’arbitrage !”

Le signal

L

es couleurs utilisées dans le football sont les mêmes que pour la sécurité routière : le jaune (comme celui du fameux gilet) signifie “attention” et le rouge veut dire “stop” ! C’est l’arbitre anglais Ken Aston qui a eu l’idée des cartons colorés à la fin des années 60. Elle lui serait venue pendant un trajet en voiture à Londres à l’heure de pointe. Les cartons ont été utilisés pour la première fois lors de la Coupe du Monde 1970 au Mexique. À la 31ème minute du match d’ouverture entre l’URSS et le Mexique, l’arbitre allemand Kurt Tschenscher a infligé un carton jaune au Soviétique Kakhi Asatiani. Aujourd’hui, le jaune et le rouge font partie du quotidien dans le football. À tel point qu’on en oublie souvent quelle est la fonction première de ces instruments. Ils servent à informer les joueurs et le public qu’une sanction a été prononcée. Autrefois, l’arbitre se contentait d’annoncer sa décision aux joueurs oralement et de la noter sur son papier Les expressions anglaises employées dans la terminologie du football en témoignent : “booked” indique un avertissement. “Sent off” signale une exclusion. Les hommes en noir ne semblent pas toujours conscients de la fonction purement informelle de ces outils. Ils abusent parfois des cartons pour procéder à une démonstration de force envers les joueurs, lorsqu’ils se plantent devant les fautifs et leurs brandissent ostensiblement le carton sous le nez. Cela revient à envoyer un mauvais signal et cela constitue une accentuation émotionnelle inutile d’une situation déjà tendue. Un arbitre souverain n’a pas besoin de faire toutes ces manières. Il appelle simplement le joueur vers lui, l’informe de son verdict et tend le carton en l’air sans laisser paraître aucune émotion. Car peu importe qu’il soit rouge ou jaune, le carton est un signal, comme ceux utilisés pour la circulation routière. Ni plus, ni moins.

Votre Sepp Blatter T H E F I FA W E E K LY

23


A FIFA World Cup in Brazil is just like Visa: everyone is welcome.

TM & © 2014 Lucasfilm Ltd. All Rights Reserved. Used Under Authorization.


TRIBUNE

L E T O P 11 D E L A S E M A I N E

Le bas du classement perpétuel des clubs en compétition européenne

Rebelles Alan Schweingruber

L

e département de communication de la FIFA possède maintenant son propre groupe de rock. Il est encore à la recherche d’un nom, mais, après une longue nuit et des débuts devant son public, une chose est sûre : les Rolling Stones n’ont qu’à bien se tenir. Nos cinq esprits créatifs issus de pays différents ne défient pas seulement le quota d’étrangers, ils enthousiasment aussi la scène par leurs envolées lyriques. Une Néo-Zélandaise au micro, un Suisse à la batterie, un Italien à la basse, un Français et un cerveau britannique à la guitare : ce groupe est probablement le seul sur terre à chanter avec autant de passion. Le football serait le passe-temps le plus agréable du monde ? S’il en est ainsi, alors la musique se situe au moins sur un pied d’égalité avec lui. Il est ressorti clairement de ce concert euphorique qu’un amour intense lie le football et la musique. D’ailleurs, avant les matches importants, les attaquants se détendent volontiers en mettant un casque sur leurs oreilles. Les chansons de Coupe du Monde, quant à elles, ont déjà un pied dans l’histoire, avant même leur sortie. Par ailleurs, de nombreux footballeurs, comme Alexi Lalas, montent sur scène dès qu’ils ont déchaussé leurs crampons (voir notre rubrique “Sound of Football”, page 36). Des études intéressantes ont été menées sur ce lien particulier. Une des conclusions est surprenante : les personnes sans contradictions ont du mal à gagner leur vie ou le font à contrecœur. Pensons aux anciens entraîneurs en train de fumer sur la ligne de touche ou aux jambes tatouées des joueurs. Les stars de football ont toujours été rebelles. Le chroniqueur de notre hebdomadaire, Günter Netzer, possédait sa propre discothèque dans les années 70, conduisait des voitures extravagantes et recevait de

nombreuses lettres d’amour. Cela rappelle le punk et le rock’n’roll, les Sex Pistols, la bière et les cigarettes en lieu et place du sommeil et de l’alimentation dissociée. Les longues nuits doivent avoir un côté positif. Le corps est capable de compenser le manque de sommeil, il suffit de lui en laisser le temps. Aujourd’hui, si l’on observe le visage de David Bowie, qui a été un véritable fêtard, on a l’impression d’être en face d’un jeune homme. Ziggy Stardust for ever. Nous avons peut-être été injustes avec Mick Jagger et son groupe au début de cet article. Même si le chanteur a 70 ans, on écoute toujours aussi volontiers qu’en 1965 “Play With Fire”. Si le leader du groupe n’a pas l’air aussi fou de football que Rod Stewart, qui jongle avec un ballon devant son public, il peut, grâce à ses déplacements sur scène, rivaliser avec n’importe quelle star du football (environ 10 kilomètres par match). Les Stones sont en tournée depuis 1962. Les Anglais se sont inspirés d’une chanson de la légende du blues Muddy Waters pour choisir leur nom. Le chanteur défunt originaire du Mississippi pourrait également offrir quelque chose à notre groupe : “All Night Long”, son tube de 1952. Å

9 87.

D  omagnano (Saint-Marin) 6 matches/0 point (différence de buts : 0:22)

9 88.

A EK Larnaca (Chypre) 6/0 (0:22)

9 89.

T  oftir (Îles Féroé) 4/0 (0:22)

9 90.

FC Lusitanos (Andorre) 6/0 (1:26)

9 91.

Z  urrieq FC (Malte) 6/0 (1:27)

9 92.

V  ikingur Reykjavik (Islande) 10/0 (5:32)

9 93.

S  P Tre Penne (Saint-Marin) 6/0 (4:33)

9 94.

D  udelange (Luxembourg) 4/0 (1:32)

9 95.

F  C Etzella Ettelbruck (Luxembourg) 12/0 (4:36)

9 96.

R  abat Ajax FC (Malte) 8/0 (0:40)

9 97.

C  E Principat (Andorre) 6/0 (1:49)

La rubrique hebdomadaire de la rédaction de The FIFA Weekly T H E F I FA W E E K LY

25


FE S T IVAL DU F ILM DE FOO T BALL

Minutieux Une fois lancé, rien ne pouvait plus arrêter le réalisateur Carlos Niemeyer. Ses prises de vue de la Coupe du Monde 1974 sont chargées d’histoire.

Ronald Düker, Berlin

Le festival “11 mm” est le paradis des amateurs de football et de cinéma. Visite sur place, à Berlin.

26

T H E F I FA W E E K LY

S

Canal 100 (3)

Le football vu sous tous ses angles

i l’on compare le football et le cinéma, on trouve au premier rang des ressemblances la durée : en effet, un long métrage classique et un match réglementaire durent souvent quatre-vingt-dix minutes environ. Principale différence entre ces deux exercices de style : au cinéma, la fin, heureuse ou non, d’un film est dès le départ fixée par le scénario alors qu’en football, il est généralement impossible de connaître l’issue d’une rencontre, à moins bien sûr d’être devin. Le football se déroule dans la réalité, il est donc


FE S T IVAL DU F ILM DE FOO T BALL

tout aussi imprévisible que la vie elle-même. Mais que se passe-t-il lorsque le cinéma, prédéterminé, et le football, impondérable, se trouvent réunis au sein d’une même production ? “11mm” nous donne la réponse. La onzième édition de ce festival de cinéma consacré au football s’est déroulée début avril à Berlin. Göttrik Wewer, président de la Fondation pour la culture de la Fédération allemande de football, qui présente l’événement, estime que le cinéma peut nous “parler de personnes qui aiment le football et souffrent avec lui, on est touché par leurs passions, leurs sentiments et leur culture, aussi bien sur le terrain que sur grand écran”. “11mm” a largement été à la hauteur de ces attentes. Les grandes stars du football international étaient bien évidemment représentées, mais sous un angle différent de celui auquel nous a habitués la télévision. Les supporters étaient eux aussi sur le devant de la scène : footballeurs amateurs ou vieux hurluberlus argentins s’affrontant avec le plus grand sérieux autour d’un baby-foot inventé par leurs soins et où des boutons font office de ballon, chacun trouve sa place dans ce festival. Un tournoi incroyable en Amazonie Certes, il n’y avait pas de western au programme. Mais presque tous les genres et formes narratives cinématographiques étaient représentés. Les longs métrages de fiction nous font partager le destin d’une ancienne star du football que l’alcool a mis hors-jeu socialement et qui tente de démarrer une nouvelle carrière comme entraîneur d’une équipe amateur quelque peu farfelue (“Die Vollpfosten”). Ou bien celui du super-attaquant brésilien Heleno de Freitas qui, dans les années 40, a réussi à allier sa carrière au sein de la Seleção (pour laquelle il marqua onze buts en dix-huit rencontres) à sa vie civile d’avocat, de coureur de jupons et de bohémien (“Heleno”). Dans un autre film, le héros est un supporter fanatique du Standard de Liège qui, après voir fait la connaissance d’une femme, entame une psychothérapie afin d’ouvrir son cœur, jusqu’alors exclusivement réservé à son club (“Je suis supporteur de Standard”). Mais la majeure partie de la programmation de “11mm” est constituée de documentaires consacrés à des supporters passionnés d’équipes de seconde zone ou bien à des pays lointains où l’amour du ballon rond revêt parfois des formes étranges. Qui a par exemple entendu parler du Peladão, le plus grand tournoi de football du monde ? Il se déroule chaque année dans la forêt tropicale amazonienne et plus précisément dans la ville de Manaus, accessible uniquement par bateau ou par avion. Ce tournoi oppose jusqu’à mille équipes arrivées sur place pour la plupart à bord de barques bringuebalantes. Particularité du Peladão : le

Onzième édition Le cinéma berlinois Babylon a accueilli le festival du film de football “11 mm”.

CANAL 100

T H E F I FA W E E K LY

Canal 100 a été créé en 1950 par Carlos Niemeyer à l’âge de trente ans. Il décédera à Rio de Janeiro en 1999. Un an après sa mor t, Canal 100 cesse sa produc tion. Les longs métrages tels que “Futebol total” ou “Brasil Bom de Bola” ne sont pas représentatifs du travail de cette société. Canal 100 produi sait avant tout des images pour les flashes d’ac tualité d’une durée de trois minutes dif fusés dans les cinémas avant les films. Dans les

archives, dont s’occupe aujourd’hui Alexandre, le fils de Niemeyer, se trouvent encore 2 000 heures de matériel cinématographique qui attendent d’être numérisées.

Légendaires Les images de Canal 100, la société de production de Niemeyer.

27


FE S T IVAL DU F ILM DE FOO T BALL

football masculin est loin d’être le seul à être représenté. Chacune des équipes, qu’elle soit composée d’Indiens d’Amazonie, de sourds et malentendants ou d’employés d’une usine de Toshiba, amène avec elle une reine de beauté. En effet, le Peladão, parallèlement aux matches, élit également la plus belle femme d’Amazonie. Le déroulement du tournoi est quelque peu complexe ; podiums et terrains sont étroitement imbriqués : si une équipe se fait éliminer, il se peut très bien qu’elle soit par la suite sauvée par sa reine de beauté. Les joueurs et les jeunes femmes ont en commun d’espérer que le Peladão les sorte de la pauvreté. Ce film aux images grandioses (les paysages tropicaux du Brésil sont époustouflants) nous montre la ferveur mais également l’humour dont font preuve ces jeunes gens qui rêvent de devenir les stars du football ou les top models de demain. 28

Au bonheur des cinéphiles En cette année de Coupe du Monde, le festival “11mm” était pour ainsi dire obligé de placer le Brésil au cœur de sa programmation. Tout le monde brûle déjà d’impatience de voir enfin ce tournoi débuter sur le sol de cette nation fascinée par le ballon rond, mais les films réalisés à partir des archives de la société de production brésilienne “Canal 100” ont encore fait monter la pression. Projetées sur grand écran, ces images d’époque tournées en noir et blanc et en couleurs semblent tellement modernes que la photographie sportive pourrait s’en inspirer pendant encore plusieurs siècles. Le public a ainsi pu assister à une première mondiale et à un événement cinématographique : dans son documentaire de plusieurs heures intitulé “Futebol total”, le réalisateur Carlos Niemeyer accompagne au plus près la Seleção pendant la T H E F I FA W E E K LY

Coupe du Monde 1974. Des années plus tard, Niemeyer fera des émules, comme par exemple Sönke Worthmann, qui filmera en gros plan l’équipe allemande lors de l’édition 2006 (“Deutschland. Ein Sommermärchen”), ou encore Stéphane Meunier qui l’avait précédé en 1998 avec l’équipe de France (“Les yeux dans les Bleus”). “Futebol total” a beau avoir près de quarante ans, il vient tout juste d’être retrouvé, par hasard, au fond des archives de “Canal 100”. Ces images avaient vraisemblablement été enfouies au fond des cartons afin d’oublier au plus vite la douleur causée par la quatrième place des Brésiliens, pourtant donnés favoris en 1974. À l’époque, Niemeyer n’osa sans doute pas imposer à ses compatriotes le témoignage de ce camouflet. “Futebol total” nous montre des images de zones piétonnières allemandes sous

imago

Francfort, juin 1974 Pelé lors du match d’ouverture Brésil-Yougoslavie, match dont le score restera vierge.

“Futebol total” nous montre le grand Pelé qui vient de mettre un terme à sa carrière et qui, emmitouflé dans un manteau de fourrure, lutte contre la fraîcheur de l’été allemand.


FE S T IVAL DU F ILM DE FOO T BALL

40 ans d’archives Le film “Futebol total” a refait surface il y a quelques mois seulement.

Gros plan Les productions de Niemeyer sont des documents riches en émotions.

Canal 100 (3), 11 mm

Sous le feu des projecteurs Canal 100 installa des caméras au ras de la pelouse.

la pluie et de Pelé qui venait alors tout juste de mettre fin à sa carrière et qui, emmitouflé dans un manteau de fourrure, lutte contre la fraîcheur de l’été. Ce film est un véritable témoignage historique et social : on y voit tour à tour les mains croisées de spectateurs en gros plan, Willy Brandt en train de fumer dans les tribunes ou encore un groupe d’Allemands en costume folklorique dansant autour d’un fût de bière géant lors de la cérémonie d’ouverture organisée à Francfort. Mais les moments les plus touchants restent les images des matches eux-mêmes. Niemeyer a travaillé avec de nombreux caméramans qui filment les sportifs dans des positions et sous des angles inédits. Une caméra posée à ras du gazon les filme ainsi les joueurs en contre-plongée. Ils ressemblent alors à des héros gigantesques mais, à la différence des films de Leni Riefenstahl, ils sont

Confessions intimes Thierry Henry (à gauche) et Lilian Thuram dans le documentaire “Les yeux dans les Bleus”.

dénués de toute martialité. L’alternance musicale entre ralentis et images en temps réel fond leurs mouvements en un véritable ballet cinématographique. Jamais encore l’élégance et l’art du football n’avaient été rendus avec une telle force visuelle. Le football sous toutes ses coutures Dans “Brasil Bom de Bola”, autre long métrage réalisé par Carlos Niemeyer, on suit également la Seleção mais pendant un laps de temps plus long. Le film commence en 1958 et s’arrête en 1970, année de la Coupe du Monde. Enfants en train de jouer avec un ballon ou footballeurs sans chaussures de Copacabana, Niemeyer nous livre ici un témoignage saisissant de l’évolution nationale de ce sport. On finit par avoir du mal à croire que ce n’est pas au Brésil que le football a été inventé. Mais on reste persuadé T H E F I FA W E E K LY

d’une chose  : la beauté du geste compte plus encore que la victoire elle-même. Si l’on fait abstraction du ton du narrateur, l’une des citations du film, “Au football, la nationalité, l’âge et la religion n’ont aucune importance”, constitue le slogan idéal à l’approche de la Coupe du Monde et de l’été brésilien. Les films sur le football, fusion réussie de deux genres artistiques pourtant si différents, constituent le support idéal pour faire passer ce message. Å

29


Nom Mary Abigail “Abby” Wambach Date et lieu de naissance 2 juin 1980, Rochester, New York (États-Unis) Poste Attaquante Clubs Washington Freedom, Magic Jack, Western New York Flash (depuis 2013) National Women’s Soccer League américaine (NWSL)

Mike Hewitt / Getty Images

Début de la saison : 12 avril 2014 New York Flash – Washington Spirit le 13 avril Équipe féminine des États-Unis 218 sélections, 167 buts Principales distinctions Footballeuse de l’année (États-Unis) 2003, 2004, 2007, 2010, 2011, 2013 Joueuse Mondiale de la FIFA 2012 30

T H E F I FA W E E K LY


L’ I N T E R V I E W

“Une Coupe du Monde, c’est du stress pur” Quand Abby Wambach joue au football, même Barack Obama la félicite via Twitter. La joueuse de 33 ans a réalisé presque tout ce qu’il est possible de réaliser dans le football. Elle veut maintenant ajouter un titre mondial à son palmarès en 2015. Abby Wambach, lors de notre dernier entretien, l’an dernier, vous étiez très excitée par le lancement de la nouvelle ligue nationale féminine aux États-Unis. Quel est votre bilan après une première saison en National Women’s Soccer League (NWSL) ? Abby Wambach : Je considère que la saison inaugurale a été un succès. Les années précédentes, on avait atteint des sommets sur certains aspects, comme les dépenses pour les stades et les salaires des joueuses et d’autres acteurs. On remet maintenant les compteurs à zéro, en quelque sorte. Pour certains, ce n’est pas suffisant. Dans un sens, je suis d’accord avec eux. Mais ce n’est pas comme s’il n’y avait aucun potentiel de croissance. Ce dernier point est très important à mes yeux, surtout pour le football féminin américain. Peu importe à quel niveau on démarre, ce qui compte, c’est d’avancer et de ne pas faire du sur-place. Quoi qu’il en soit, je suis fière de mon équipe de New York Flash et, de manière générale, de toutes les joueuses qui ont pris part à ce championnat avec l’espoir qu’il s’établisse de manière durable.

Vous diriez donc que la NWSL a répondu à vos attentes ? Il y aura de toute façon des changements chaque année, je pense. Ce que je sais, c’est que la Fédération américaine veut absolument créer l’un des meilleurs championnats au monde. Ce genre de chose n’est possible que si l’on apprend de ses erreurs. Les infrastructures vont s’améliorer au fil du temps, de meilleurs contrats seront mis en place, avec de meilleurs salaires, et l’entraînement aussi va progresser. En bref, les choses ne feront que s’améliorer, tant que les gens viendront dans les stades pour suivre les matches. J’ai hâte que tout ça évolue. Comme chacun sait, la Major League Soccer a beaucoup de succès aux États-Unis, ce qui a aidé les équipes féminines à percer. Les Portland Timbers ont acheté les Portland Thorns et aussitôt après, 15 000 personnes venaient assister à un match. Toutes ces avancées sont fantastiques. Je suis impatiente de savoir ce que l’avenir en NWSL nous réserve.

Il ne manque plus qu’un titre à votre palmarès : celui de championne du monde. La Coupe du Monde Féminine qui se jouera l’an prochain au Canada est-elle particulièrement importante à vos yeux ? Même si certaines joueuses ne l’admettront jamais, disputer une Coupe du Monde, c’est du stress pur. Ça fait donc du bien de n’être parfois que spectatrice, comme nous le serons cette année pendant la Coupe du Monde masculine. Mais oui, bien sûr, le tournoi au Canada sera pour moi un formidable événement. D’abord parce qu’il se jouera pas très loin de chez moi et ensuite parce que le Canada est un peu notre ennemi juré. J’espère que nous aurons la petite part de chance nécessaire pour aller loin dans le tournoi. Une Coupe du Monde nécessite beaucoup de préparation et il y a un certain nombre de choses sur lesquelles on n’a aucune influence. Je compte en tout cas faire de mon mieux.

Quel est votre favori, cet été au Brésil ? Je vais bien sûr répondre les États-Unis. Je pense que nous avons hérité d’un groupe difficile, mais si les résultats sont au rendez-vous, nous irons peut-être plus loin que le premier tour. La Coupe du Monde est toujours un événement exceptionnel. Elle attire des gens très nombreux, venus de plein de pays différents et qui ont tous quelque chose en commun : le football les réunit, même s’ils ne parlent pas la même langue. Ce sera passionnant de suivre ces matches, de voir qui tirera son épingle du jeu et qui finira par monter sur la première marche du podium. On ne sait jamais ce qui peut se passer. C’est d’ailleurs là-dessus que se fondent les espoirs des fans américains.

L’an dernier, vous avez battu le record de buts en sélection détenu par Mia Hamm. Qu’avezvous ressenti ? C’était un moment particulier, pas seulement pour moi, mais aussi pour mon équipe. Je ne sais pas ce que Mia en pense, mais je dirais qu’après autant de buts, on est forcément amenée à réfléchir, on se demande comment on en est arrivé là, comment une telle chose est devenue possible. Mais tout ça ne tombe pas du T H E F I FA W E E K LY

ciel du jour au lendemain, on a le temps de le voir venir. Ce record est le fruit de beaucoup de travail, pas seulement de ma part, mais également de toute l’équipe. Mes partenaires doivent non seulement être bonnes à leur poste, mais aussi croire en elles et en moi. C’est précisément ce qui distingue notre groupe. Je ne suis pas de ces joueuses magiciennes spécialistes des passements de jambes mais plutôt une renarde des surfaces, je convertis le plus d’occasions possible. Si je bats de tels records, c’est à mes coéquipières que je le dois, car ce sont elles qui rendent la chose possible.

Lorsque vous avez battu le record de Mia Hamm, le président américain Barack Obama a écrit sur Twitter : “Congratulations @AbbyWambach, the greatest goal scorer in the history of women’s soccer – you’ve made your country proud. #ChasingAbby.” Avez-vous été impressionnée ? Et comment ! Je crois que ses filles jouent au football. Avoir la reconnaissance du président des États-Unis, ce n’est pas rien ! J’ai également reçu de nombreux coups de fil et un SMS de Mia, qui me félicitait sincèrement. Ce sont des choses qui comptent. Je suis aussi particulièrement reconnaissante envers mes amis et les membres de ma famille pour leur soutien, ils m’ont tous contactée immédiatement après le but décisif.

Quel impact a eu Mia Hamm sur votre parcours ? Je ne peux pas vous dire à quel point elle a joué un rôle important dans le déroulement de ma carrière. Au début, j’étais dans son équipe. Elle m’a beaucoup appris, directement ou indirectement. Je ne suis même pas sûre qu’elle en soit consciente. Elle s’est toujours mise entièrement au service de l’équipe. J’essaie de faire la même chose. Mia m’a appris comment je devais me comporter sur le terrain mais aussi en dehors. Elle a été à la fois mon idole et mon mentor. Mia n’est pas seulement une amie et une fantastique coéquipière, c’est une véritable pionnière. Å Propos recueillis par Nicole Rätzmann 31


LE MIROIR DU TEMPS

T

H

E

N

Hanovre, Allemagne

1961

imago

Les joueurs de Hanovre 96 sautent avec ĂŠnergie par-dessus une courte corde, un exercice intense et qui fait transpirer, pas seulement quand il est pratiquĂŠ en salle, comme ici.

32

T H E F I FA W E E K LY


LE MIROIR DU TEMPS

N

O

W

Gelsenkirchen, Allemagne

2011

imago

Les professionnels de Schalke 04 sautent par-dessus une longue corde. Ce n’est pas nouveau, mais c’est toujours aussi efficace.

T H E F I FA W E E K LY

33


emirates.com

Tomorrow brings us all closer To new people, new ideas and new states of mind. Here’s to reaching all the places we’ve never been. Fly Emirates to 6 continents.


LE CL ASSEMENT FIFA Classement ÉquipeÉvolution Points

1 2 3 4 5 6 6 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 25 25 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 47 49 50 51 52 53 54 54 56 56 58 59 59 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 76

Espagne Allemagne Portugal Colombie Uruguay Argentine Brésil Suisse Italie Grèce

0 0 1 1 1 -3 3 -1 -1 3

1460 1340 1245 1186 1181 1174 1174 1161 1115 1082

Angleterre Belgique États-Unis Chili Pays-Bas France Ukraine Russie Mexique Croatie Côte d’Ivoire Écosse Danemark Égypte Bosnie-et-Herzégovine Suède Algérie Équateur Slovénie Serbie Roumanie Honduras Arménie Costa Rica Panamá République tchèque Iran Ghana Turquie Autriche Venezuela Cap-Vert Pérou Hongrie Nigeria Slovaquie Japon Pays de Galles Tunisie Cameroun Guinée Finlande Ouzbékistan Paraguay Monténégro République de Corée Norvège Islande Mali Australie Burkina Faso Libye Sénégal Jordanie République d'Irlande Afrique du Sud Émirats arabes unis Bolivie Salvador Albanie Sierra Leone Pologne Bulgarie Zambie Arabie saoudite Trinité-et-Tobago Maroc

1 -2 1 1 -4 1 1 1 1 -4 3 15 -1 2 -4 2 0 -5 2 -2 1 4 8 0 -6 -6 5 -3 -1 4 -2 -9 -3 -1 2 4 1 2 -5 0 2 6 2 5 -8 4 1 -6 -3 4 1 9 6 2 3 -2 -6 2 9 -16 1 1 -6 0 0 0 1

1043 1039 1015 1011 967 935 913 903 876 871 830 825 819 798 795 795 795 790 787 759 756 754 750 744 739 731 715 713 711 673 670 665 653 623 620 616 613 613 597 583 580 578 577 555 555 551 551 546 545 545 528 522 511 510 504 500 499 497 488 486 484 479 460 456 455 454 454

Rang Nov. 2013

Déc. 2013

Janv. 2014

Fév. 2014

Mars 2014

Avril 2014

1 -41 -83 -125 -167 -209

78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 106 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 122 124 125 126 127 128 129 129 131 131 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 143

1ère place  

Hausse du mois  

Israël Haïti ARY Macédoine Oman Jamaïque Belarus Irlande du Nord Azerbaïdjan Ouganda Gabon RD Congo Togo Cuba Botswana Congo Estonie Angola Qatar RP Chine Bénin Zimbabwe Moldavie Irak Éthiopie Niger Géorgie Lituanie Bahreïn Kenya République centrafricaine Koweït Lettonie Canada Nouvelle-Zélande Luxembourg Guinée équatoriale Mozambique Liban Vietnam Soudan Kazakhstan Liberia Namibie Malawi Tanzanie Afghanistan Guatemala Burundi République dominicaine Malte Chypre Suriname Rwanda Gambie Syrie Tadjikistan Grenade St-Vincent-et-les-Grenadines Nouvelle-Calédonie RDP Corée Lesotho Antigua-et-Barbuda Thaïlande Sainte-Lucie Malaisie Belize Philippines

T H E F I FA W E E K LY

-13 0 2 0 -2 0 2 6 -1 1 -4 0 3 4 -5 -1 2 6 2 -3 4 9 3 -1 2 -4 1 1 3 1 2 4 2 -21 8 6 1 1 9 5 9 -22 4 -7 -5 5 2 4 -15 7 -6 2 5 5 6 -12 -2 4 -18 -4 5 5 8 5 -1 -3 -13

Baisse du mois

450 446 443 418 414 404 400 398 395 386 380 374 371 369 367 366 347 336 333 332 329 325 324 319 315 303 293 289 284 284 283 273 272 271 266 261 252 251 242 241 235 234 233 227 226 226 224 215 212 204 201 197 197 190 190 188 184 181 174 172 159 158 156 155 153 152 152

145 145 147 147 149 150 151 152 153 153 155 156 157 158 159 160 161 162 163 164 164 166 167 168 169 170 171 172 173 174 174 176 177 178 179 180 181 182 183 184 184 186 187 188 189 190 191 191 191 194 195 195 197 197 199 200 201 202 202 204 205 206 207 207 207

Singapour Inde Kirghizistan Porto Rico Liechtenstein Guyana Indonésie Mauritanie Maldives Saint-Kitts-et-Nevis Aruba Turkménistan Tahiti Hong Kong Népal Dominique Pakistan Barbade Bangladesh Palestine Îles Féroé São Tomé-et-Principe Nicaragua Bermudes Tchad Chinese Taipei Guam Îles Salomon Sri Lanka Laos Myanmar Maurice Seychelles Curaçao Swaziland Yémen Vanuatu Fidji Samoa Comores Guinée-Bissau Bahamas Mongolie Montserrat Madagascar Cambodge Brunei Timor oriental Tonga Îles Vierges américaines Îles Caïmans Papouasie-Nouvelle-Guinée Îles Vierges britanniques Samoa américaines Andorre Érythrée Soudan du Sud Somalie Macao Djibouti Îles Cook Anguilla Bhoutan Saint-Marin Îles Turks-et-Caicos

4 7 -1 3 2 3 3 3 4 3 7 -14 -19 -13 1 -1 -3 -1 -1 3 -2 -1 1 1 1 1 2 -7 0 -2 -1 0 -1 0 0 5 -1 -1 -1 -1 -1 -1 0 0 1 -2 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 1 0 0 0 0 0 0 0

144 144 143 143 139 137 135 127 124 124 122 119 116 111 107 103 102 101 98 91 91 86 84 83 80 78 77 75 74 73 73 67 66 65 64 60 55 47 45 43 43 40 35 33 32 28 26 26 26 23 21 21 18 18 16 11 10 8 8 6 5 3 0 0 0

35


THE SOUND OF FOOTBALL

L’ O B J E T

Perikles Monioudis

Hanspeter Kuenzler Les personnes aux talents multiples n’ont pas la vie facile sur cette terre. Surtout, lorsqu’elles exploitent leurs dons sur une scène qui paraît inaccessible à la plupart des gens. Milla Jovovich a commencé sa carrière en tant que mannequin. Elle a ensuite percé dans le cinéma et sorti, à 19 ans, son premier album The Divine Comedy. Mais ce sont l’envie et la jalousie qui ont triomphé : son album a été la cible de moqueries et est tombé dans l’oubli, malgré la présence de quelques morceaux pop folk intéressants. Le parcours d’Alexi Lalas est assez semblable. Il ne s’est pas contenté d’être le premier Américain à intégrer la Serie A italienne. Le rouquin avait aussi un visage barbu qui convenait parfaitement au rock slacker qu’il pratiquait pendant son temps libre. Il était donc une star du football et du rock ‘n’ roll en même temps : une combinaison qui, en raison des jalousies 36

habituelles, a soulevé certaines questions fondamentales. Comment cet homme arrivait-il, par exemple, à concilier le mode de vie d’un sportif de haut niveau et celui de chanteur, auteur-­ compositeur et guitariste du groupe de rock The Gypsies ? Panayotis Alexander Lalas, originaire de Birmingham (Michigan), n’a découvert sa passion pour le soccer (et quelle passion !) qu’à l’adolescence. Grâce à l’équipe de l’université de Rutgers, il a atterri dans la sélection olympique. Deux ans plus tard, à l’âge de 24 ans, il a effectué ses premiers pas en équipe nationale, à l’occasion de la Coupe du Monde 1994 organisée dans son pays, alors qu’il était professionnel depuis peu de temps. Plus impressionnant encore : en 1994, son groupe The Gypsies a sorti son premier titre “Woodland”. Par ailleurs, il a participé à deux chansons sur l’album hommage à Bruce Springsteen réalisé en 1995, principalement par des artistes hispanophone.

Il a en outre interprété sa chanson sur le football “Kickin’ Balls” aux côtés de Randy Edelman pour la bande originale du film The Big Green. Ensuite, son deuxième album Jet Lag est paru, suivi par une tournée européenne en première partie de Hootie & the Blowfish. En 1998, Lalas a sorti son premier album solo Ginger. Celui-ci en a entraîné deux autres, dont le dernier So It Goes daté de 2010. Si Alexi Lalas ne s’était pas embarqué sur la mauvaise pente du soccer, il sillonnerait aujourd’hui le pays avec sa guitare. Ses chansons légèrement inspirées par Nirvana et Bruce Springsteen font penser à des groupes tels que Soul Asylum et Gin Blossoms. En creusant, on peut trouver des pépites comme la sous-­ estimée “Pop school”. Mais, en surface, personne dans le monde du football ne pardonnera à Lalas de savoir chanter, et, dans le monde du rock, personne n’acceptera qu’il soit aussi une star du football. Æ T H E F I FA W E E K LY

Sion Ap Tomos

Lalas, le rock dans la peau

Comment remonte-t-on un joueur ? Avec une clé, pardi ! On l’insère au bon endroit et on remonte le ressort, jusqu’à ce qu’il transmette à son tour toute son énergie à la partie du corps souhaitée. On peut par exemple choisir la jambe de tir, qui décoche alors des frappes presque automatiquement. Les footballeurs et les footballeuses ont besoin, comme chacun sait, de beaucoup de motivation et de pratique avant de pouvoir se lancer à l’assaut des buts adverses. Dans ce cas, la “clé” du succès c’est l’entraînement, encore l’entraînement et toujours l’entraînement. Toutefois, et heureusement, tout le monde n’est pas aussi facile à manipuler que notre petit jouet. Souvent, il faut se “remonter” soi-même. Le petit personnage ci-dessus, tout de rouge et de blanc vêtu, est de fabrication américano-allemande (“Made in U.S. Zone Germany”). Il date des années 50 et figure dans la collection de la FIFA. Inutile de chercher un orifice sur le joueur lui-même, la clé s’insère dans le ballon. Il est possible d’ouvrir le ballon au niveau de sa circonférence pour faire apparaître le mécanisme. On notera avec intérêt que le celui-ci agit directement sur le ballon et non sur le joueur. Le footballeur court – ou plutôt roule – derrière la balle dans l’espoir de la contrôler. La question se pose alors de savoir qui joue avec qui. Plus généralement, on peut se demander si ce n’est pas le ballon lui-même qui dicte les événements sur un terrain de football. Dans ce cas, les joueurs seraient de simples accessoires… Il suffit de suivre le regard fixe de notre petite figurine pour avoir la réponse. Ceux qui maîtrisent le ballon ont toujours du ressort ; ceux qui se laissent mener par ses rebonds capricieux et ses cabrioles sont bons pour retourner à l’entraînement. Il n’existe pas de clé ­m iracle pour passer d’une catégorie à l’autre. Å


LE TOURNANT

“Le mail est arrivé dans la nuit, à 2h24” L’arbitre américain Mark Geiger officie depuis l’âge de 13 ans. ­Aujourd’hui, 26 ans plus tard, son rêve de participer à une Coupe du Monde va devenir réalité.

Paolo Dutto / 13 Photo

G

râce à la Coupe du Monde 1994, le soccer américain a beaucoup évolué. Il dispose à présent de moyens financiers importants, les joueurs ont atteint un niveau respectable et les supporters répondent eux aussi présent. La Major League Soccer est ainsi devenu pour moi l’environnement de travail idéal et le métier d’arbitre me comble totalement. J’ai arbitré mon tout premier match à l’âge de 13 ans. À l’époque, je pratiquais le football avec passion, comme une foule d’autres jeunes Américains. Aux États-Unis, le soccer compte en effet parmi les sports préférés des enfants. Il est en général supplanté à l’adolescence par le football américain, le baseball ou bien le basketball. J’avais alors besoin d’un boulot, je voulais me faire un peu d’argent de poche. Au final, c’est devenu bien plus que ça. J’ai reçu le mail m’annonçant que j’avais été retenu par la FIFA pour la Coupe du Monde au Brésil en plein milieu de la nuit, à 2h24 du matin pour être précis. Difficile de décrire tout ce qui m’est passé par la tête à ce moment-là. J’étais à la fois abasourdi, euphorique, touché, fier. Le lendemain matin, lorsque le réveil a sonné, j’avais déjà reçu plusieurs textos de la part d’amis qui souhaitaient me féliciter. De manière générale, la réaction des supporters, des joueurs et des entraîneurs a été géniale. Cela me conforte également dans mon travail au quotidien. Il y a de cela environ un an, j’ai décidé d’abandonner ma carrière de professeur de mathématiques, pourtant le métier de mes rêves, afin de me consacrer exclusivement à mon activité d’arbitre. Il existe de nombreux points communs entre l’enseignement et l’arbitrage. Tu dois à chaque fois adapter ton style à la classe ou aux joueurs que tu as en face

Nom Mark Geiger Date de naissance 25 août 1974 Origine Beachwood, États-Unis Profession Enseignant Distinctions Meilleur arbitre des États-Unis de l’année 2011

de toi, tu dois être capable de travailler avec les autres, être à l’écoute des gens. Sur le terrain, nous faisons bien plus que siffler des fautes et montrer des cartons. Nous gérons l’ensemble du match. Nous devons essayer d’encourager les 22 joueurs par le simple biais de la communication, mais nous devons aussi fournir un cadre à la rencontre et protéger les joueurs. Ce n’est pas toujours évident. Le football est un sport riche en émotions et il arrive qu’il y ait des débordements. La gestuelle joue ici un rôle important. La position de mes mains, la tessiture de ma voix... toutes ces choses comptent, surtout quand tout le monde ne parle pas la même langue. Le plus important avant un match, c’est la préparation. Nous devons connaître la tactique de l’entraîneur, la composition de l’équipe ainsi T H E F I FA W E E K LY

que le caractère de chacun des joueurs. Le soutien de mes assistants Joe et Sean joue ici un rôle majeur. Sans eux, je ne serais jamais arrivé là où je suis aujourd’hui. Nous nous complétons parfaitement, nous sommes sur la même longueur d’onde. À nous à présent de réussir notre première Coupe du Monde. Notre objectif est d’aller le plus loin possible dans la compétition, notre rêve étant bien sûr d’arbitrer la finale, le 13 juillet. De ce point de vue-là, nous sommes exactement comme les joueurs. Å Propos recueillis par Sarah Steiner

Dans la rubrique “Le Tournant”, de grands noms du football reviennent sur les moments qui ont marqué leur vie. 37


game onor game over

all in or nothing

adidas.com/worldcup Š 2014 adidas AG. adidas, the 3-Bars logo and the 3-Stripes mark are registered trademarks of the adidas Group.


The FIFA Weekly Revue hebdomadaire publiée par la Fédération Internationale de Football Association (FIFA)

COUPE MYSTÈRE DE L A FIFA Les premiers cartons rouges, les équipes les plus fair-play et un quadruple second sont à l’honneur cette semaine. À vous de jouer !

Site Internet : www.fifa.com/theweekly Éditeur : FIFA, FIFA-Strasse 20, Case postale, CH-8044 Zurich Tél. +41-(0)43-222 7777 Fax +41-(0)43-222 7878

C’était la première fois que des cartons rouges étaient distribués en finale d’un tournoi mondial. Trois joueurs d’une équipe nationale ont dû quitter le terrain. Où la rencontre se jouait-elle ?

1

Président : Joseph S. Blatter

F Wankdorf P  Estadio Azteca

Secrétaire Général : Jérôme Valcke

L Wembley R  Estadio River Plate

Directeur de la Communication et des Affaires publiques : Walter De Gregorio Rédacteur en chef : Perikles Monioudis

2

Quatre fois deuxième en l’espace de deux mois : vice-champion du monde, finaliste de la Ligue des Champions, vice-champion et finaliste en Coupe. Qui a réalisé ce bilan historique ?

Rédaction : Thomas Renggli (auteur), Alan Schweingruber, Sarah Steiner

A

O

Conception artistique : Catharina Clajus Service photo : Peggy Knotz I

Production : Hans-Peter Frei

U

Mise en page : Richie Krönert (responsable), Marianne Bolliger-Crittin, Susanne Egli, Mirijam Ziegler Correction : Nena Morf, Kristina Rotach

3

Quand une équipe d’un pays où le beau jeu se dit “football” a-t-elle remporté la Coupe du Monde pour la dernière fois ?

Collaborateurs réguliers : Sérgio Xavier Filho, Luigi Garlando, Sven Goldmann, Hanspeter Kuenzler, Jordi Punti, David Winner, Roland Zorn Ont contribué à ce numéro : Ronald Düker, Nicole Rätzmann, Markus Nowak (consultant CA), Andreas Wilhelm (photos) Secrétaire de rédaction : Honey Thaljieh Responsables de projet : Bernd Fisa, Christian Schaub Traduction : Sportstranslations Limited www.sportstranslations.com Impression : Zofinger Tagblatt AG www.ztonline.ch

C 1998

4

G 1970

Getty Images

Les opinions exprimées dans The FIFA Weekly ne reflètent pas nécessairement celles de la FIFA.

N 1930

Certaines équipes se distinguent par leur fair-play. Trois de ces sélections n’ont pas commis une seule faute pendant toute une Coupe du Monde. Laquelle d’entre elles a commis au moins une faute ? O  Italie en 1958 en Suède E  France en 1982 en Espagne

H  Argentine en 1970 au Mexique K  Angleterre en 1994 aux États-Unis

Solution de l’énigme de la semaine précédente : MARK (explications détaillées sur www.fifa.com/theweekly).

Contact : feedback-theweekly@fifa.org La reproduction des photos et des articles, y compris sous forme d’extraits, est interdite, sauf accord de la rédaction et sous réserve de la mention “The FIFA Weekly, © FIFA 2014”. La rédaction n’a aucune obligation de publier des textes ou des photos non sollicités. La FIFA et le logo FIFA sont des marques déposées par la FIFA. Produit et imprimé en Suisse.

L 1966

Inspiration et application : cus

Faites-nous parvenir vos réponses le 16 avril 2014 au plus tard à feedback-theweekly@fifa.org. Les concurrents qui auront correctement répondu à toutes les questions jusqu’au 11 juin 2014 participeront à un tirage au sort pour tenter de remporter deux billets pour la finale de la Coupe du Monde, qui aura lieu le 13 juillet 2014. Avant de participer, nous vous invitons à consulter les conditions générales, ainsi que le règlement du concours. Vous trouverez toutes les informations à : http://fr.fifa.com/aboutfifa/organisation/the-fifa-weekly/rules.pdf T H E F I FA W E E K LY

39


DEM ANDE Z À L A F IFA !

LE SONDAGE DE L A SEMAINE

Qui remportera la Ligue des Champions ?

Réponse de Thomas Renggli : Sept entraîneurs comptent chacun deux triomphes en Ligue des Champions à leur palmarès : Jupp Heynckes, Pep Guardiola, Vicente del Bosque, Sir Alex Ferguson, Carlo Ancelotti, José Mourinho et Ottmar Hitzfeld. Avec quatre participations à la finale, Sir Alex Ferguson se distingue toutefois de ses collègues. En tout, l’Écossais de 72 ans a pris part 19 fois à la prestigieuse compétition européenne au cours de sa carrière.

Blue is the Colour! Chelsea fête sa victoire contre le Paris Saint-Germain en quart de finale. Les Londoniens seront-ils d'humeur aussi euphorique après la finale, le 24 mai à Lisbonne ? Envoyez-nous votre avis à : feedback-theweekly@fifa.org

57+43

R É S U LTAT S D E L A S E M A I N E D E R N I È R E

Devrait-on limiter le nombre de joueurs étrangers dans les grands championnats ?

OUI

NON

43% 57%

7 24 23 BIL AN IRRÉPROCHABLE

L' A T T E N T E

TROP DE POTE AUX

fois cette saison, les

victoires en sept matches, c’est le bilan affiché par

ans sont passés depuis que Liverpool a remporté

joueurs du 1. FC Nurem-

les jeunes Japonaises en Coupe du Monde F ­ éminine

son 18 ème titre de champion dˇAngleterre. À cinq

berg ont tiré sur les

U-17 au Costa Rica, grâce à leur efficacité tech-

journées de la fin de la saison, le club dˇAnfield

montants, un record en

nique, à leur discipline tactique et à leur mentalité

Road a de bonnes chances de pouvoir mettre un

Bundesliga. Cela pourrait

offensive. En finale, elles ont couronné leur beau

terme à cette période de “vaches maigres”. Après

coûter cher au club : à

parcours en s’imposant 2:0 contre l’Espagne.

leur victoire 2:1 contre West Ham United (grâce à

l’issue de la 29ème journée,

Meika Nishida (en photo) a ouvert le score dès la

deux buts sur penalty de Steven Gerrard), les Reds

Nuremberg occupe une

cinquième minute.

affichent deux points dˇavance sur Chelsea.

place de relégable.

T H E F I FA W E E K LY

Julian Finney / Getty Images, Getty Images, Imago (2)

Quel est l’entraîneur qui a remporté le plus souvent la Ligue des Champions ? Jelena Zuewa, Moscou


The FIFA Weekly Edition #25