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La forêt comme modèle

Une terre qui n’est pas cultivée se couvre d’herbes, puis de ronces et de buissons, d’arbres enfin. À terme, la voilà transformée en forêt. Une fois implantée, cette forêt évolue très lentement, s’auto-entretenant et se complexifiant au fil des ans. Les arbres gagnent en volume, forment des fleurs puis des fruits et des graines. Apportées par le vent ou les oiseaux, de nouvelles espèces germent et croissent. Certaines s’implantent lentement et timidement, d’autres plus énergiquement. Des plantes meurent, d’autres les remplacent imperceptiblement. Si une forêt naturelle ne se contente pas de se reproduire à l’identique, elle permet avec le temps la mise en place d’un milieu stable qui se perpétue de saison en saison. Les jeunes pousses apparaissent au printemps, les fleurs évoluent en fruits en été, les feuilles se colorent et chutent en automne. En hiver, toute la végétation semble se reposer avant le renouveau printanier. Et cela pendant très longtemps ! Composée d’espèces domestiques utiles à l’alimentation humaine, la forêt comestible se veut l’espace cultivé le plus proche de cet équilibre naturel, sans l’égaler cependant. Certes, les végétaux qui la composent demeurent en place de nombreuses années et gagnent régulièrement en volume et en production. Néanmoins, la plupart

des végétaux qui y poussent – arbres et arbustes en particulier – sont des espèces et des variétés horticoles incapables de se pérenniser de façon spontanée. Une variété même ancienne de pommier ou de poirier cultivée ne pourra pas se propager naturellement par semis car ses pépins ne reproduisent pas ses caractéristiques originelles – saveur, productivité, calibre du fruit, époque de maturité, comportement à l’égard des divers parasites, etc. Tombés à terre, ils donneront naissance à des arbres, pommiers ou poiriers, qui se contenteront de porter une dizaine d’années plus tard de petits fruits probablement aigres et coriaces. Un peu comme les pommiers et les poiriers sauvages qui apparaissent spontanément dans nos forêts et qui sont originellement issus de pépins de pommiers et poiriers cultivés. Pour s’implanter et se reconduire en culture, une variété de pommes devra être greffée. De même, les semis de groseillier, de noisetier, de néflier ou goji sont moins productifs que les variétés bouturées ou marcottées et ne produisent que des fruits de petite taille. Seules certaines espèces vivaces comme l’ail des ours, le pourpier d’hiver ou l’origan se propagent spontanément par semis naturel.

Entre 3 et 7 ans sont nécessaires à une forêt comestible pour assurer les premières cueillettes. Son entretien se réduit alors de façon drastique et votre présence ne sera plus requise qu’occasionnellement. Son implantation exige toutefois une mise en œuvre qui vous demandera du temps, de bonnes connaissances et un certain savoirfaire. Comme une forêt comestible se maintient en place de nombreuses décennies, une mauvaise décision prise lors de son implantation – préparation du sol inadaptée, sélection inappropriée des plantes, mauvais positionnement des espèces et variétés, etc. – se perpétuera pendant des années. Prendre les bonnes options dès le départ, c’est vous épargner par la suite de regrettables déconvenues.

COMMENT IMPLANTER UNE FORÊT COMESTIBLE ?

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