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MÉTIER | SAVOIR-FAIRE

JOUER

AVEC LE SLAM

Deux des plus grands slameurs français : Abd al Malik (ici en couverture de son album Château rouge) et, en haut à droite, Grand Corps Malade (à Nice, aux Jeux de la Francophonie 2013).

Comment mettre en place des ateliers de poésie orale grâce à la pratique ludique et créative du slam. PAR CAMILLE FORGER, DOMINIQUE ABRY ET KATIA BOUCHOUEVA

Camille Forger est maître d’enseignement et de recherches à l’EFLE de Lausanne. Dominique Abry est professeure de FLE et formatrice d’enseignants. Katia Bouchoueva est poète et slameuse.

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S

lam : le verbe désigne l’action de claquer, au propre comme au figuré. Être percutant, critiquer avec virulence, incendier ou insulter quelqu’un, manifester sa colère… Mais ce que le slam propose, c’est justement d’apprendre à dompter la colère par les mots, pour sortir du cachot (in the slammer), se libérer d’une parole en faisant claquer ses mots, symboliquement. Un slam, c’est une claque sonore et émotionnelle, potentiellement libératrice. Ces quatre lettres qui correspondent à une onomatopée en anglais (équivalente à « clac ») invitent aussi au jeu avec les mots. « Boogle Slam » est un jeu de lettres

dont la principale règle est la rapidité : les mots doivent fuser dans tous les sens. De fait, le slam est une affaire de mots, d’expression libre et ludique, d’instantané et de partage, de mots offerts à qui veut entrer dans la danse. Le slam, c’est aussi la danse – ce qui n’est pas sans rappeler la métaphore de Paul Valéry reprenant la comparaison de Malherbe en associant la prose à la marche et la poésie à la danse –, celle où l’on se balance en rythme en se cognant les uns contre les autres. C’est la danse des mots ou la danse avec les mots, et le slalom entre les mots, tant l’énergie du collectif, la dynamique qui en émane, peut se révéler éminemment créative.

Les trois règles du slam

Au-delà de ce champ sémantique foisonnant, le slam peut être défini comme un art du verbe, un espace, dispositif contemporain de poésie scénique délimité par quelques règles et contraintes visant essentiellement à stimuler la créativité et à favoriser les interactions avec le public. Première règle : écrire pour dire, pour déclamer son texte et non le lire, ce qui suppose l’avoir appris « par cœur » pour pouvoir se détacher du support écrit et libérer sa gestuelle. Il s’agit de donner vie et voix à ses propres mots, dans l’intention de les partager publiquement. Dans « ce genre discursif

Le français dans le monde | n° 412 | juillet-août 2017

Le français dans le monde N°412 (extraits)  

Extraites du numéro de juillet-août 2017 de la revue internationale des professeurs de français

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