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Dans la peau de Chinois en Suisse

Smartwatches et données médicales

Le regard de Denis Hayoun

A l’heure du franc fort, Europa Star Première a suivi un couple d’Asiatiques à Lucerne.......................... p.3

Et si nos médecins nous obligeaient à en porter demain? La guerre du poignet mise en perspective........... p.16

Le photographe réputé décrypte un de ses clichés. Avec un grand sens du détail ......................................... p.30

EUROPA STAR PREMIERE LE JOURNAL DE L’ÉCOSYSTÈME HORLOGER SUISSE

NO 2 (Vol.17) | 4.50 CHF / € | GENÈVE, LE 18 MARS 2015 | EUROPASTAR.COM

ÉDITORIAL

EXCLUSIF

Horlogerie et médias: même combat SERGE MAILLARD

Ce sont deux courbes qui se croisent. Le tournant a eu lieu en 2012: cette année-là, Google génère plus de revenus publicitaires que l’ensemble des publications papier aux Etats-Unis. Deux vases communiquent: le contenu de l’un se vide dans l’autre. Depuis, l’écart s’est creusé. Les journalistes se sont habitués, depuis dix ans, à voir une partie de leur business model «aspiré» par un géant de la Silicon Valley. David face à Goliath, les éditeurs développent des stratégies d’innovation, que ce soit via le digital ou le papier – cette publication en est un exemple. Les acteurs de l’univers du film et de la musique aussi ont vu leur business model leur «échapper», depuis le tournant du millénaire. Eux font face non

Après-demain, que resterat-il de l’Ancien Monde, c’est-à-dire du papier pour la presse et de la mécanique pour l’horlogerie? seulement aux attaques légales, mais aussi aux pirates, via le téléchargement illégal. Pour la musique, cela a commencé en 1999 par le fameux Napster. C’était avant qu’Apple mette un peu d’ordre et propose son système légal et exhaustif, iTunes. Dans le cinéma, les téléchargements légaux (Netflix) ou illégaux (Popcorn Time, Pirate Bay) ont porté le coup de grâce aux DVD. Des ruptures ultra-rapides et darwiniennes. Il faut s’adapter. Ou mourir. Après les médias, le cinéma et la musique, les géants de la Silicon Valley hu-

ment l’odeur alléchante d’un nouveau festin: l’horlogerie. Et ils proposent une redéfinition complète de la montre: celle-ci ne servira plus seulement à donner l’heure, ornée de complications ou non. Elle sera utilisée pour interagir, pour écouter de la musique, pour calculer son rythme cardiaque pendant un effort ou tout simplement pour éviter de devoir sortir sans cesse son smartphone de sa poche. Des gestes qui, demain, sembleront naturels. Les horlogers réfutent en bloc la comparaison avec l’arrivée du quartz dans les années 1970. Ils ont raison: cette révolution va bien plus loin. Tandis que le quartz améliorait les performances du moteur de la montre, la smartwatch transforme ses fonctions mêmes. Le quartz était une évolution. La montre connectée est une rupture. La similitude avec le monde des médias peut être poussée plus avant. La question est la suivante: après-demain, que restera-t-il de l’Ancien Monde, c’est-à-dire du papier pour la presse et de la mécanique pour l’horlogerie? Les mondes du cinéma et de la musique, où les transformations sont les plus radicales et les plus rapides, donnent des éléments de réponse. Ce qui subsistera de l’Ancien Monde, c’est l’expérience, authentique et haut de gamme. L’ expérience sonore avec le vinyle. L’ expérience visuelle avec la salle de cinéma. L’expérience intellectuelle et graphique avec le magazine et le journal papier. Et l’ expérience de l’artisanat et de la patience avec l’horlogerie mécanique. Paradoxalement, nous reviendrons à l’essence de ces univers, ce qu’il y a de plus éternel en eux. Tout le reste sera instantané. Le monde entier accessible à tous et tout de suite.

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PAR

Les chiffres inédits d'exportation des montres suisses de luxe

PAR CAROLINE BUECHLER ET FRANÇOIS-XAVIER MOUSIN, COFONDATEURS D'OPUS MAGNUM, AGENCE DE STRATÉGIE MARKETING

Le bloc des montres de plus de CHF 3'000.- restait jusqu’à ce jour un mystère dans les statistiques d’exportation. Pour la première fois, ce segment si important de l’horlogerie suisse est décrypté en détail. Chaque mois, les statistiques d’exportations de la Fédération de l'industrie

horlogère suisse (FH) rappellent que la part des montres-bracelets d’une valeur supérieure à CHF 3'000.- ne cesse de prendre de l’importance. Au point de représenter en 2014 deux tiers de la valeur totale des exportations, pour moins de 6% des quantités. Cette évolution cristallise l’enthousiasme de certains, les inquiétudes des autres, les fantasmes de tous. En effet, il existe peu de données accessibles à leur sujet, les statistiques officielles les traitant en un bloc homogène, le fameux bloc des «plus de CHF 3'000.-».

Depuis plusieurs années, nous analysons régulièrement cette fameuse catégorie, afin de mieux la comprendre et ainsi affiner nos recommandations stratégiques à nos clients. Connaître sa structuration, ses volumes et ses marchés est en effet crucial pour tout acteur du secteur, qu’il soit une marque, un détaillant, un agent ou un distributeur. En exclusivité pour Europa Star Première, nous livrons ici quelques éléments essentiels de ces analyses, portant sur six ans d’évolution du marché.

Retrouvez tous les chiffres en page 8

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DOSSIER FRANC FORT

2 | EUROPA STAR PREMIÈRE

Franc fort: l’horlogerie touchée. Mais moins que les autres industries

La forte appréciation du franc suite à l'abandon du taux plancher face à l'euro par la Banque nationale suisse (BNS) assombrit cette année les perspectives pour l'économie suisse, en particulier pour le secteur exportateur. Pratiquement toutes les branches industrielles ressentiront les effets du choc monétaire, bien qu'à des degrés divers. Plusieurs facteurs jouent un rôle dans la capacité des entreprises et des différents secteurs à résister et à réagir au franc fort. Notre analyse suggère que, dans son ensemble et par rapport à d'autres branches, l'industrie horlogère est plutôt bien positionnée. L'actuel renchérissement du franc intervenant dans un contexte de demande plus difficile, la branche ne devrait cependant pas tirer son épingle du jeu aussi bien en 2015 que durant la phase d'appréciation de 2010/11.

tions horlogères étaient destinées à la zone euro, une valeur faible en comparaison sectorielle. Cette part se monte à 46% pour les exportations suisses totales. L'horlogerie étant très exposée au marché asiatique (53% des exportations en 2014) et nord-américain (11%), l'évolution du franc face au dollar et d'autres devises fortement alignées sur ce dernier (comme le dollar de Hong Kong) revêt une importance particulière. L'annonce de la BNS a certes également été suivie d'une forte appréciation face au dollar. Les perspectives conjoncturelles positives aux Etats-Unis pourraient cependant mener à une dépréciation du franc face au dollar en cours d'année, ce qui devrait atténuer le choc initial. Si les grands groupes horlogers et de luxe sont relativement peu dépendants du marché européen – Swatch Group, par exemple, réalise environ un quart de son chiffre d'affaires étranger en Europe –, la situation en termes de diversification géographique devrait être moins avantageuse chez certains plus petits producteurs indépendants.

Forte orientation à l'exportation, mais dépendance faible Des marges plutôt de la zone euro élevées permettant L'horlogerie est l'une des branches d'amortir le choc suisses les plus axées sur l'exportation. Les variations de change influencent donc inévitablement les résultats des entreprises du secteur. La diversification géographique des débouchés offre toutefois une certaine protection contre les effets de l'abolition du taux plancher. En 2014, seules 23% des exporta-

Une appréciation du franc se répercute différemment sur les résultats d'une entreprise selon la monnaie de comptabilisation, ainsi que la part des revenus et des coûts générés en devises étrangères. L'industrie horlogère est ici caractérisée par un décalage rela-

Part des salaires dans le total des charges 40 (2012) Hôtellerie

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Produits métalliques Industrie des machines Chimie Electronique/instruments de précision (y.c. horlogerie)

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Office fédéral de la statistique, 2012

Si les grands groupes horlogers et de luxe sont relativement peu dépendants du marché européen, la situation devrait être moins avantageuse chez certains plus petits producteurs indépendants. tivement grand: alors que le chiffre d'affaires est majoritairement réalisé à l'étranger, la part des coûts engendrés en Suisse est élevée, «Swiss made» oblige. De manière générale, si le prix d'un produit est fixé en francs suisses, une appréciation du franc signifie un renchérissement de ce produit pour le client étranger (détaillant ou consommateur final). Si le prix est fixé en monnaie étrangère, une envolée du franc se traduit par une baisse du chiffre d'affaires et, à coûts constants, de la profitabilité. Même pour une entreprise tenant sa comptabilité en euros, comme Richemont, le franc fort a un impact sur les résultats en faisant augmenter les coûts, qui sont en partie générés en franc suisse (p. ex les salaires des employés suisses). En comparaison sectorielle, l'industrie horlogère dispose toutefois de marges confortables (voir graphique ci-joint), qui devraient lui permettre de mieux amortir le choc monétaire que d'autres secteurs exportateurs. Mais sur ce point encore, la situation n'est pas compa-

rable pour tous les acteurs de la branche. Swatch Group a enregistré en 2014 une marge opérationnelle de 20.1% et nette de 16.3%. Dans le segment horloger du groupe Richemont, la marge opérationnelle se montait à 26.1% en 2013/14. Tous les horlogers ne sont certainement pas aussi rentables.

Les hausses de prix ne compensent pas totalement les effets de change Dans le passé, les horlogers ont pu réagir aux fluctuations de change négatives et ainsi épargner leurs marges en augmentant leurs prix. Ainsi, lors de l'appréciation de 2010/11, les prix à l'exportation de la branche (en francs suisses) s'étaient montrés plus ou moins stables, alors que bien d'autres secteurs avaient dû abaisser leurs prix afin de préserver leur compétitivité internationale.

Leur «quasi-monopole» (lire l'article en page 4) et une sensibilité moindre des clients aux prix dans le segment haut de gamme confèrent aux horlogers suisses une certaine marge de manœuvre. Certaines marques prévoient déjà d'augmenter en 2015 leurs prix sur différents marchés, en particulier en Europe (p. ex. Swatch Group: +5% à 7%). Cependant, alors qu'en 2010/11 l'industrie horlogère connaissait un véritable boom et que ses capacités de production étaient exploitées à plein régime, la branche est depuis quelques temps déjà marquée par un ralentissement de la demande, en particulier chinoise. Il paraît donc improbable qu'elle puisse imposer à ses clients des hausses de prix lui permettant de compenser totalement les effets de change. L'annonce par certaines marques d'une baisse de prix sur des marchés tels que Hong Kong est à voir dans ce contexte. MONTRES SUISSES & HIP-HOP

Pharrell Williams, «Can I have it like that» DR

PAR EMILIE GACHET, SWISS INDUSTRY RESEARCH, CREDIT SUISSE

Can Stock Photo

Moins exposée à la zone euro que d’autres branches, l’horlogerie a de meilleures capacités de réaction. Néanmoins, le contexte général délicat ne suggère pas une reprise aussi rapide qu’en 2011. Et les petits indépendants souffriront davantage que les groupes.

She know the time, she see the Richard Mille Plat-double skeletal, Tourbillion It just like her body move, it turns her on


DOSSIER FRANC FORT

EUROPA STAR PREMIÈRE | 3

«Désolée, c’est moins cher à Hong Kong!» Le «Chinois» fait beaucoup couler d’encre et fantasmer le monde horloger. Le temps d’un aprèsmidi, Europa Star Première a accompagné un couple de Chinois en goguette à Lucerne pour voir l’envers du décor, en plein épisode de franc fort.

Si l’on devait retenir un mot-clé pour l’industrie horlogère depuis l’an 2000, ce serait bien la «Chine». L’obsession est certes en train de ralentir, à mesure que le marché asiatique perd de sa vigueur et revient à la normale. Habitué à interroger horlogers et détaillants sur le comportement de cette clientèle à haut potentiel, Europa Star Première a souhaité, le temps d’un après-midi à Lucerne, avoir une vision de première main, en accompagnant un couple de Chinois: Yangfan et sa compagne Zhihong, originaires de Guangzhou, en visite une semaine en Suisse – itinéraire: Genève, Lausanne, Zurich, Lucerne, Interlaken et le Valais, avec leur guide Xiaohu – avant de chercher leur fils de 11 ans, en camp de ski à Verbier. Classe moyenne, la cinquantaine, lui est architecte, elle spécialiste en certifications. Rencontre dans un tea-room situé au bout de la fameuse Schwanenplatz, le centre névralgique des boutiques horlogères lucernoises (ouvertes le dimanche aussi). Après la Place Vendôme de Paris et la Plazza 66 de Shanghai, c’est le troisième lieu où l’on vend le plus de montres sur notre planète. Et les Chinois figurent aux premiers rangs des acheteurs. Près de 600'000 d’entre eux visitent notre pays chaque année, dont 30% passent par Lucerne. En moyenne, chacun dépense quelque 2'000 francs en produits horlogers lors de son séjour helvétique. Concrètement, le tiers des montres suisses vendues dans la Confédération le sont depuis Lucerne.

Omega versus Rolex Le Rivella et les trois cafés arrivent. «Tiens, vous ne portez pas de montre?» «Je ne porte pas toujours de montre, nuance Zhihong. Je possède une Longines et deux Swatch. Mais le plus souvent je porte une montre de fitness Suunto, car j’aime beaucoup faire du sport!» Son mari, lui, affiche des goûts plus classiques: «Ma préférence va à Vacheron Constantin. Un de mes amis en possède vingt, dont un modèle tourbillon à 300'000 francs. J’attends encore avant de pouvoir en acheter une…» Quelles sont les montres les plus «visibles» en Chine? «Longines est très populaire. Rado aussi. Et bien sûr, Omega et Rolex! En Chine, il est difficile d’échapper aux affichages géants

ou aux spots TV des marques horlogères. Elles consacrent beaucoup d’argent à la publicité.» Omega et Rolex. Deux géants dans l’Empire du Milieu, où ils se livrent une compétition féroce, au point d’y créer des «tribus» d’acheteurs. Yangfan et Zhihong, eux, se rangent clairement du côté de la première marque. «Rolex est sans doute la marque la plus populaire en Chine. Mais leurs montres sont un peu trop ostentatoires à nos yeux», clament-ils en cœur. Et puis, il y a aussi ces multiples marques suisses rachetées récemment par des Chinois. Un point d’interrogation pour nos touristes. Zhihong s’enquiert de la qualité et du prestige des montres Emile Chouriet, la marque genevoise rachetée en 2010 par le groupe chinois Fiyta. Ils iront la voir lors de leur séjour au bout du lac. Nous nous engageons dans la «rue des Chinois», émaillée de boutiques horlogères, qui mène jusqu’à la Schwanenplatz. «Quel est votre budget?» «Nous aurions un budget pour une montre de 4'000 francs, explique Zhihong. Nous ne venons pas forcément pour acheter, mais déjà pour voir. Ce matin, nous étions dans les boutiques horlogères de la Bahnhofstrasse à Zurich. Mais avec la hausse du franc, tout est devenu plus cher en Suisse!»

savez, parfois ce sont des modèles que l’on ne trouve pas ailleurs…» Un peu timide, Yangfan n’ose pas

Smartphone au poing pour comparer les prix Premier arrêt: la boutique Omega. A l’intérieur, tout le personnel est chinois, sauf… le garde de sécurité. Zhihong engage une conversation animée avec la vendeuse, essaie une De Ville, puis une Ladymatic. «Ce sont de très beaux modèles», estimet-elle, confirmant son attachement «identitaire» à la marque. Un regard sur le prix des modèles. Zhihong sort son smartphone, pianote des symboles et des chiffres et observe le résultat… Verdict: «Désolée, mais c’est moins cher à Hong Kong!» Nous sortons. Nous marchons un peu dans la rue et lorgnons les vitrines, tout en conversant en ce mois de février, quelques semaines après l’annonce de la BNS. «La plupart du temps, nos amis achètent leurs montres à Hong Kong, où c’est moins cher qu’en Chine, car détaxé, précise Zhihong. D’autres vont à Dubaï ou viennent en Suisse.» Mais pour un budget de 4'000 francs,

«Ils la vendent à Hong Kong?» Alors on avance. IWC: «Ils sont connus, ils ont presque le même standing que Rolex!» JaegerLeCoultre: «Très beau.» On s’arrête pour essayer plusieurs modèles. Zhihong est charmée par la collection Rendez-Vous. Mais nos touristes ont encore la Blancpain en tête et s’informent à son sujet auprès de la vendeuse. «Comment s’appelle-t-elle?» C’est un modèle Villeret Tourbillon. Prix: 103'000 francs. «Ils la vendent à Hong Kong?» Question-piège... La vendeuse cherche à s’en sortir: «Vous

demander à l’essayer. Zhihong insiste. C’est parti: on sort le tourbillon de sa cage. Yangfan l’essaie. Puis Zhihong. Puis leur guide, Xiaohu. Tous veulent l’essayer! Et ce n’est pas comme lors des présentations aux médias, on ne prend pas de gants. La vendeuse semble quelque peu décontenancée: les manipulations ne sont pas des plus douces. Intérieureurement, le journaliste tremble aussi un peu. Verdict: «Très élégant! Mais ce sera sans doute pour plus tard, il faut encore économiser un peu.» Ils enfilent au poignet d’autres modèles Blancpain plus abordables. Zhihong apprécie un modèle Villeret serti à 12'900 francs.

Europa Star Première remercie l’agence Panoeuro Elite Center d’avoir laissé un journaliste s’approcher de ses clients! Pour plus d’informations: www.panoeuro.ch. MONTRES SUISSES & HIP-HOP

50 Cent, «Ok, you’re right» DR

SERGE MAILLARD

Et là, au premier étage, c’est le choc. Un modèle tourbillon de Blancpain s’exhibe dans une petite vitrine sur un présentoir.

Le guide, l’homme et la femme pianotent sans discontinuer leur iPhone 6 pour retrouver le modèle en ligne et comparer les prix à Hong Kong. Tous les modèles sont minutieusement pris en photo, ainsi que les prix. On joue de la calculette pour la conversion. «Combien de diamants, sur ce modèle?» Et le verdict tombe à nouveau, smartphone au poing face à la vendeuse un peu désemparée: «Mais c’est moins cher à Hong Kong!» Goodbye…

Can Stock Photo

PAR

une variation de quelques pourcents, ça compte tout de même… Nous entrons dans la boutique voisine, le grand magasin de Bucherer. Nous nous arrêtons devant des Rado. «So, so.» Puis la vitrine Montblanc: «Lang Lang est leur ambassadeur! Mais ils sont plutôt reconnus pour leurs stylos que leurs montres, non?» Et là, au premier étage, c’est le choc. Un modèle tourbillon de Blancpain s’exhibe dans une petite vitrine sur un présentoir. On sort l’appareil photo. C’est très beau. Mais aussi très cher.

Please don't interrupt me when I'm talking to my jeweler He's putting them diamonds all over my Franck Muller


DOSSIER FRANC FORT

4 | EUROPA STAR PREMIÈRE

Le quasi-monopole des horlogers suisses par

Reto Schneider, fondateur et

ceo de rs partner, cabinet de conseil en ressources humaines spécialisé en horlogerie

Le 15 janvier dernier à 10h30, le communiqué de la BNS tombait, froid et implacable. L’horlogerie suisse, troisième secteur d’exportation après la pharma et les machines-outils, en a eu, dans un premier temps, le souffle coupé. Elle qui vend à l’étranger 95% de sa production, dont près de 30% en zone

euro, n’a pas tardé à réagir. Par la voix de sa présidente Elisabeth Zölch Bührer, la Convention patronale de l’industrie horlogère suisse (CP), qui regroupe les trois quarts des entreprises de la branche, a appelé les milieux politiques à «mettre sur pied des conditions-cadres, en particulier avec l’exécution de l’initiative sur l’immigration de masse, afin de permettre à la branche horlogère de maintenir ou de retrouver une place concurrentielle sur le marché international».

Car bien que la branche ait bouclé l’année sur un nouveau record de 22,2 milliards de francs d’exportations horlogères (+1,9%), l’environnement s'est clairement détérioré, affichant même une croissance négative sur le mois de décembre (-2,5%). C’est dans ces circonstances qu’est venue s’ajouter l’annonce de l’abandon du taux plancher. Nick Hayek, président de la direction générale de Swatch Group connu pour son esprit d’indépendance vis-à-vis du monde bancaire,

n’a pas mâché ses mots en parlant de «tsunami», selon ses dires, pour la branche et en menaçant de retirer son groupe de la Bourse suisse. Entre le 14 et le 16 janvier, l’action passait de 457 à 355 francs, soit une chute de 22%. Dans le même temps, l’action Richemont passait elle-aussi de 91 francs à 70 (-23%). H. Moser & Cie à Schaffhouse, propriété de la holding familiale vaudoise MELB employant 55 personnes, a réagi vertement: dans une «lettre ouverte à Monsieur

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Thomas Jordan, Président de la BNS», le CEO Edouard Meylan a tenu à souligner que les premières commandes avaient été annulées quelques heures seulement après l’annonce de l’institution. Puis d’interpeller le banquier: «Pourquoi ne pas tout simplement déménager à deux kilomètres, en Allemagne, et continuer notre activité dans l’Union européenne?» Pas de quoi inquiéter cependant Pierre-Yves Donzé, professeur associé à l’Université de Kyoto et expert en horlogerie, qui écrit dans Le Temps du 3 février: «C’est à une baisse de la profitabilité qu’il faut s’attendre, et c’est sans doute dans ce sens qu’il faut comprendre l’effondrement des actions Swatch et Richemont à la Bourse suisse après l’annonce de la BNS. Cependant, le taux de profit des géants du luxe a connu ces dernières années une croissance extrêmement forte, si bien qu’il apparaît assez peu probable qu’une diminution du bénéfice se transforme en menace existentielle.» De fait: si le taux a été bloqué à 1,20 franc depuis l’automne 2011, il ne faut pas oublier que l’euro valait 1,60 franc en 2007! Or, le renchérissement constant de la monnaie helvétique n’a pas empêché l’industrie horlogère de croître comme jamais.

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Le renchérissement constant de la monnaie helvétique n’a pas empêché l’industrie horlogère de croître comme jamais entre 2007 et 2012.

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Selon les statistiques de la FH, entre 2005 et 2012, les exportations au niveau mondial sont passées de 12,4 à 21,4 milliards de francs (+72%)! En fait, force est de constater que l’horlogerie suisse jouit d’une position hors norme et sans pareille. Alors que l’industrie suisse dans son ensemble évoque des mesures radicales, telles que licenciements, baisses des salaires, paiements des frontaliers en euros ou encore délocalisations, les horlogers, eux, sont en position de pouvoir d’abord songer à ajuster leurs prix (+5 à 7% en moyenne). Pierre-Yves Donzé poursuit ainsi dans Le Temps: «Les principaux groupes horlogers établis en Suisse n’ont plus de concurrents à l’étranger. La cherté soudaine du franc ne profite ainsi pas directement aux horlogers d’autres nations, comme cela avait été le cas avec Seiko et Citizen au cours des années 1970. (…) La position de niche particulière de la plupart des fabricants suisses fait que ces derniers ne verront pas une baisse de leur compétitivité.»


BASELWORLD 2015

EUROPA STAR PREMIÈRE | 5

Métier: concepteur de stand Europa Star Première a demandé à l’un des spécialistes du genre, Brandstorm, de raconter les coulisses de la construction de ces paquebots du luxe. par

Marc Henry, brandstorm

Le stand de Baselworld peut parallèlement constituer un laboratoire grandeur nature, précurseur de l’orientation stratégique choisie par une société horlogère pour le développement et la physionomie de ses points de vente durant les années futures. Nous l’avons remarqué lorsque nous avons travaillé sur celui de la marque américaine Shinola, basée à Detroit. En effet, ce client nous a confié une recherche d’architecture «re-

Enfin, les stands de groupes constituent toujours un cas particulier. Dans le cas du groupe Movado, nous avons opté pour une architecture englobant les marques Concord, Ebel et Movado. Le concept est porteur de l’identité de ces trois marques, mais dans un même lieu. Pour y parvenir, nous avons imaginé une plateforme de base relativement neutre, faite de lignes pures, contrastée entre blanc et noir et dessinant un espace s’articulant autour d’un élément central, l’escalier, dont la forme est inspirée du symbole lunaire des montres Movado. Un mur géant lumineux anime par ailleurs l’entrée du stand. La recherche architecturale que nous avons menée pour Movado va servir de base à la prochaine génération de shop-in-shop, en cours de lancement sur le marché américain.

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Ces dernières années, les stands ont paru toujours plus impressionnants lors de Baselworld. Les visiteurs ne voient que l’aboutissement d’un immense travail, pensé très en amont. La création d’un stand est toujours la traduction d’une vision, par le dessin à main levée, qui ensuite sera traduit en plans techniques lors du développement du projet. Plusieurs pistes créatives sont alors

explorées, jusqu’au choix final qui deviendra le plan de construction, permettant la fabrication, la planification et l’installation clé-enmain partout dans le monde. L’ esthétique de l’architecture «retail» peut donner naissance à un concept de stand à Baselworld. Ainsi, nous nous sommes inspirés de l’architecture de la première boutique que nous avions créée pour Zenith à Hong Kong afin de créer leur stand lors de la foire de Bâle.

tail», simultanément à la création de leur stand, qui a été inauguré à Baselworld en 2013. Chaque mandat a donc pu alimenter l’autre de manière créative. Toutes les réflexions, explorations et décisions quant à la circulation, la présentation des produits et la perception de la marque ont ouvert la voie au concept de boutique, lui-même développé par le département créatif intégré au siège de Detroit, pour une première ouverture début 2014 à Tribeca (New York). Dans d’autres cas, il s’agit pour nous de faire évoluer un concept de base inchangé, en travaillant sur le moindre détail qui le constitue. Les stands de Scuderia Ferrari, Juicy Couture, Tommy Hilfiger, Coach, Hugo Boss ou encore Lacoste ont subi une remise au goût du jour de ce type.

Stand Zenith

Lounge Movado

par

Pierre Maillard

Une année horlogère ne court pas de janvier à décembre. Elle se déroule en fait d’un Baselworld à un autre. Non pas que tout se décide lors de cette «foire-monde», loin de là, mais Baselworld donne l’occasion chaque année de prendre un «instantané» de l’état de la planète Horlogerie. Il y a bien le SIHH, direz-vous, qui précède le salon bâlois de deux mois. Mais au SIHH, on joue à guichets fermés et dans l’entre-soi du seul luxe. Tandis qu’à Bâle, c’est le monde entier qui se frotte et on y croise aussi bien le sommet du panier que le toutvenant de Shenzhen. «Il faut de tout pour faire un monde» dit le proverbe et ce «tout» qui fait un «monde» ne se mélange qu’à cette occasion. Quand les gens se mélangent, les frontières ont tendance à se dis-

soudre, à devenir un peu plus floues qu’à l’ordinaire. Certes, les grands paquebots dominent la scène du haut de leurs trois étages, mais il y a pourtant quelque chose de démocratique dans cet étalage de milliers et milliers de produits qui tentent leur chance en criant tous «Regardez-moi!». De ce vaste brouhaha émergent parfois des voix inattendues, des propositions qu’on négligeait mais qui soudain rencontrent une ferveur que personne n’avait vue venir. Cette «foire» laisse à chacun l’espoir de marquer des points, de sortir du lot, de se faire remarquer. Et on est surpris chaque année par le nombre d’inconnus qui, regonflés à bloc, arrivent à Bâle avec des espoirs fous, certains qu’ils sont de «casser la baraque». Parions que cette année, parmi tous ces «conquistadors» au cœur bat-

DR

Dans l’attente des nouveaux conquérants

tant et au carnet de commandes tout neuf glissé dans la poche figureront nombre de jeunes geeks ambitieux bien décidés à se faire rapidement une place dans le nouveau monde de l’horlogerie connectée qu’on nous vante à tous les carrefours.

2015, année cruciale pour l’horlogerie? Pour toute l’horlogerie ou pour la seule «horlogerie de masse»? La montre connectée sera-t-elle le «tsunami» que certains annoncent ou une simple nouvelle branche poussée sur l’arbre horloger? A coup sûr, les annonces vont pleuvoir en tous sens et on verra une nouvelle race apparaître dans les couloirs de Baselworld, faite de concepteurs de logiciels, de spécialistes du chiffrement des données, de gourous des réseaux sociaux, d’as de l’interactivité, de petits génies des algorithmes, de fous d’hologrammes… Tout un monde fébrile, s’agitant en attendant de voir ce qui va sortir du chapeau de «l’Empire de la pomme croquée». Eh oui, car les véritables nouveaux concurrents de l’horlogerie classique s’appellent ou s’appelleront désormais Apple, Google,

Microsoft, Samsung et autres géants dont le poids conjugué excède des milliers de fois celui de toute l’horlogerie réunie. Les noms de ceux qui tireront leur épingle de cette grosse pelote qui s’annonce ne sont pas encore connus. Qui, parmi les grosses pointures horlogères, relèvera le défi en trouvant la martingale magique entre le charme indéniable de l’horlogerie classique et les potentialités vertigineuses de la connexion? A moins que le vent tourne! Et que, lassés d’être connectés à tout prix et à tout instant avant même que de l’être, les consommateurs se disent qu’après tout leur bijou de montre n’a pas besoin d’être smart. Ce n’est pas ça qu’on lui demande. C’est au contraire un petit fragment d’éternité qui fait «tic-tac» au poignet.


BUSINESS & TENDANCES

6 | EUROPA STAR PREMIÈRE

Luxe éthique: quand les fournisseurs doivent se mettre au diapason

PAR

SERGE MAILLARD

C’était il y a une décennie. Une série de scandales médiatisait les conditions terribles dans lesquelles étaient extraites et exportées des matières premières utilisées par l’industrie du luxe, comme les diamants ou l’or. Au centre de ce scandale: les fameux «diamants du sang», qui servaient à financer des conflits en Afrique. Un sujet largement médiatisé par le film «Blood Diamond», sorti en 2006 avec Leonardo di Caprio. Et quand Hollywood s’empare de ce thème, l’affaire devient sérieuse…* Pour l’industrie du luxe, il fallait réagir – sur tous les maillons de la longue chaîne qui la reliait aux mines africaines. Au tournant du millénaire, l’industrie diamantaire et les pays producteurs avaient déjà initié le «Processus de Kimberley», visant à certifier l’origine des diamants. Entre-temps, plus de 50 pays (dont la Suisse) ont adhéré à cette initiative (aujourd’hui très contestée). Depuis lors, les initiatives et labels éthiques volontaires se sont multipliés, comme l’«Alliance for

Responsible Mining» (ARM) en 2004 et le «Responsible Jewellery Council» (RJC) en 2005. Par ailleurs, des conférences ont commencé à empoigner le thème de la durabilité dans le luxe, comme le «Sustainable Luxury Forum», lancé à Genève en 2010 par Christoph H. Cordey. «Auparavant, il n’y avait pas de plateforme d'échanges et de réflexions destinée exclusivement à cette industrie, dont je suis issu, précise l’organisateur. On assistait pourtant à des changements sociétaux majeurs et rapides: l'émergence d'un autre luxe, plus éthique, respectueux et inclusif.»

«Plus le choix pour les fournisseurs» Dans l’industrie du luxe, une certification comme le Responsible Jewellery Council est en train de devenir la norme – et ce à tous les maillons de la chaîne joaillière, de l’extraction des matières précieuses aux produits finis. Dans le

Effet boule de neige Directeur du groupe Sercab – Val’Heure – Proserto, Ramon Iso vient de faire certifier «RJC» ses trois sociétés. Avec 180 employés, le groupe est un poids lourd du sertissage en Suisse et un fournisseur très important de l’industrie horlogère et

bijoutière. «Le RJC est aujourd’hui devenu un passage obligé. Mais il exige une restructuration importante pour les sous-traitants.» Pionnier de cette certification parmi les fournisseurs suisses, le groupe y trouve un avantage comparatif. «Aujourd’hui, les nouveaux clients potentiels me demandent tout de suite si je suis certifié ou non. A terme, je pense que tout le monde devra être labellisé RJC. Cela devient incontournable. C’est un effet boule de neige: il ne peut y avoir de maillon faible sur la chaîne.» Concrètement, qu’est-ce que cette certification a changé pour le groupe? «Elle introduit de nouvelles normes et standards. D’abord, plus de sécurité par rapport au travail en général, et notamment au travail des matières précieuses. Il y a l’aspect purement sécuritaire, face aux risques de cambriolage ou de braquage: nous avons investi dans des alarmes et des vigiles. Un autre aspect important est la santé des collaborateurs, lorsqu’ils sont exposés à des produits potentiellement toxiques. Ceux-ci sont stockés et traités dans des locaux spéciaux, pour se prémunir de risques sanitaires mais aussi d’incendie.» La palette de mesures est large, allant du contrôle de la non-discrimination salariale des employés à l’ergonomie du mobilier utilisé. «J’ai engagé une personne qui supervise en permanence les nouvelles procédures.» Et quid de l’origine des matières précieuses? «Nous n’achetons pas nous-mêmes les diamants: nos clients nous les fournissent pour que nous les traitions. En ce qui concerne l’or, nous ne travaillons qu’avec des sociétés certifiées RJC.»

Can Stock Photo

Scepticisme sur les initiatives «volontaires»

*A noter encore, plus récemment, la sortie du film «Dirty Gold War» de Daniel Schweizer

Le Responsible Jewellery Council publie chaque année un «Impacts Report» qui liste les progrès enregistrés sur le terrain. Notamment l’augmentation des membres: ceuxci ont doublé en quatre ans – aujourd’hui, près de 300'000 personnes travaillent sous certification à travers le monde. Sur les 477 sociétés ou institutions membres actuellement, quelque 202 sont actives dans la découpe, le polissage et le négoce de diamants, mais seulement 9 sont des producteurs. La certification couvre des thématiques très larges, de la lutte anti-corruption et anti-blanchiment aux conditions de travail des mineurs en passant par la protection de la biodiversité. Le rapport cite des cas concrets qui font l’objet d’évaluations, de la traçabilité de l’extraction aurifère au Pérou et au

«La pression publique sur les entreprises devrait croître ces prochaines années, notamment grâce à l’engagement des consommateurs.» Honduras aux horaires de travail des polisseurs de diamants en Inde. Les défis restent cependant énormes, souligne Géraldine Viret, porte-parole de la Déclaration de Berne, une ONG active dans l’aide au développement entre la Suisse et le pays émergents. «Ces initiatives volontaires ont peut-être permis d’améliorer ponctuellement les conditions de travail dans les filières produisant des matières précieuses. Mais les quantités produites selon de tels standards restent insignifiantes par rapport à l’ensemble de la production. Et certaines sociétés proposent des produits certifiés sur un segment de leur gamme à fins de communication, tout en continuant à vendre essentiellement des produits non certifiés.» De manière générale, l’organisation se montre sceptique sur la performance des initiatives volontaires d’entreprises, dont ces dernières définissent elles-mêmes la teneur. Elle milite pour des standards étatiques contraignants: «Les autorités suisses devraient prendre des dispositions législatives, notamment en instaurant une autorité de surveillance du secteur des matières premières. Au moins, les problèmes sont désormais mieux connus et un débat politique a pu être lancé.» Une chose semble acquise, estime Géraldine Viret: «La pression publique sur les entreprises devrait croître ces prochaines années, notamment grâce à l’engagement des consommateurs.» En matière de labels, l’effet «boule de neige» devrait se poursuivre: plus les marques horlogères et joaillères y souscriront, plus grande sera la pression sur les épaules de leurs fournisseurs. MONTRES SUISSES & HIP-HOP

Iggy Azalea, «Rolex» DR

Les certifications éthiques volontaires, quoique controversées, se sont multipliées dans l’industrie du luxe. Plusieurs marques de Richemont, LVMH ou Kering y ont adhéré. Leurs fournisseurs sont sous pression pour les suivre.

secteur horloger-joaillier, le géant Richemont y a déjà souscrit, tout comme Ralph Lauren (avec lequel il est en joint-venture), ainsi que plusieurs marques des groupes LVMH (Chaumet, Hublot ou encore Zenith) et Kering (Gucci, Girard-Perregaux, JeanRichard). Au sein du Swatch Group, Harry Winston remplit aussi les critères du RJC. Mais un tel label n’a de sens que si tous les acteurs de la chaîne y participent. Aussi, les groupes et maisons horlogères mettent aujourd’hui une forte pression pour que leurs fournisseurs y souscrivent aussi. «De nombreux fournisseurs n’ont plus le choix de ne pas se faire certifier, souligne Christoph H. Cordey. Qui plus est, le RJC encourage maintenant les détaillants à les rejoindre, donc il n’y a probablement plus d’échappatoire. A mon niveau de conseil stratégique, je remarque une demande accrue de marques et de fournisseurs qui ne veulent pas se faire rattraper par la vague. La difficulté pour eux est de faire cet investissement en période incertaine, instable et volatile.»

Rolex's don't tick-tock But damn it baby, my time costs And damn it baby, my time is money So I need payback for all the time lost


BUSINESS & TENDANCES

Ça vrombit au poignet! PAR JEAN-LUC

ADAM

Automobile et horlogerie partagent l’univers commun de la mécanique et du pouvoir. Vraiment? Sur un «simple» calibre cadencé à 28’800 a/h, le balancier fait 700’000 alternances par jour! En comparaison, un moteur tournant à 2500 tr/min pendant un jour complet correspond à «seulement» 4h30 de marche d’un simple mouvement horloger... Rappelons aussi qu’une montre de haute horlogerie est un produit artisanal qui tutoie voire dépasse allégrement le prix d’une automobile de luxe, produit industriel encadré de normes. Et en société, votre Lamborghini restera au garage alors que votre Blancpain ne quittera pas votre poignet. Voiture et montre: le partenariat est de règle dans le segment de luxe, à l’image du vieux couple Bentley et Breitling ou Mercedes-Benz/AMG et IWC. Seule exception, l’autosuffisante Rolls-Royce! C’est du gagnantgagnant: le constructeur automobile hérite de l’aura de la marque horlogère et cette dernière renforce son image à travers l’automobile, notamment en créant des collections spéciales et séries limitées. Voici notre sélection.

Bugatti – Parmigiani Fleurier En 2004, lorsque Bugatti lance la Veyron – 16 cylindres, 1001 ch, 4 roues motrices, freins en céramique, 0 à 100 km/h en 2,5 secondes, vitesse maxi 408 km/h – la marque alsacienne avait déjà trouvé une manufacture horlogère à la hauteur de ses performances pour la création d’une «montre Bugatti»: Parmigiani Fleurier. Longtemps, la manufacture fut «le» spécialiste de la révision et restauration de

montres anciennes, à tel point qu’on lui a confié la restauration des précieux garde-temps du Musée Patek Philippe à Genève ou du Musée du Kremlin à Moscou. Ce travail fou s’est avéré une fabuleuse source d’inspiration en termes de style et de mécanique. Et en 2004, lorsque Parmigiani dévoile la Type 370 en même temps que la Veyron, une bombe horlogère est lâchée: l’originale montre cylindrique expose son mouvement tel un moteur et le cadran sur la tranche permet de lire l’heure avec les mains sur le volant. Mieux, dépourvu de couronne, le mécanisme à deux barillets se remonte par un «starter» pour une réserve de marche de 10 jours et s’équipe d’un «débrayage» pour la délicate mise à l’heure sur un axe, de «cardans» pour la liaison souple entre les fonctions extérieures et intérieures, de «silentblocs» pour amortir les vibrations et d’un «différentiel» pour optimaliser l’engrainement avec le satellite. Cette série limitée à 200 exemplaires à plus de 200’000 francs pièce est épuisée...

Ferrari – Hublot Même quête d’absolu pour la Hublot MP-05 «LaFerrari», même si les précédents partenariats d’autres horlogers avec le Cheval cabré – tous décevants – obligeait Hublot à se surpasser. C’est fait, Baselworld 2013 est fasciné par cette montre conceptuelle, à commencer par sa boîte longue et imposante... presque une carrosserie! Le calibre de 46×40 mm de Nyon rivalise avec le 12-cylindres de Maranello car son énergie accumulée dans 11 barillets, traversant la mécanique telle une colonne vertébrale, assure une réserve de marche record de 50 jours. C’est comme si une voiture avait un réservoir de

Mille Miglia

1’200 litres! Avec 637 pièces, le mouvement bat également le record du nombre de composants et son architecture à tourbillon vertical suspendu à l’avant est inédite. La boîte en titane est couverte d’un monumental saphir bombé façon pare-brise, évoquant le vitrage du bolide italien. C’est sur des rouleaux que défilent les heures et minutes, mais également le compte à rebours de la réserve de marche en jours et heures. Quant aux secondes, on les lit sur la tranche, au-dessus de la cage du tourbillon. La Hublot «LaFerrari» met aussi en vitrine sa mécanique et la couleur noir et rouge des roues dentées, axes, rubis et barres de renfort, accentuant la signature Ferrari. Mais où se trouve la couronne? Sur le fond de boîte. Son remontage s’effectue par visseuse électrique, opération rappelant furieusement les changements de roues éclair dans les paddocks de F1. A 300’000 francs pièce, les 50 exemplaires ont déjà tous filé...

surnomme dans la maison. La collection Mille Miglia touchait le cœur des nostalgiques d’automobiles à une époque (1988) où le plastique envahissait les voitures. A l’inverse, Mille Miglia évoquait les heures de gloires de l’automobile aux rutilantes jantes à rayons, aux fins volants de bois et aux épaisses garnitures en cuir. Finalement, KFS n’a fait que répondre à sa passion de l’automobile, née au travers de son père collectionneur d’oldtimers. Son coup de génie fut d’associer la marque aux Mille Miglia et c’est ainsi que l’ancien rallye des fous du volant s’est transformé en prestigieux rallye historique. Mais le meilleur de l’expression automobile est traduite par le modèle L.U.C Engine Tourbillon: un mouvement flottant monté sur silentblocs et tenu par trois bras de levier, un cadran travaillé en transparence, des cornes profilées comme des ailes de voitures, des «caches soupapes» usinés sur le calibre en titane sans oublier la réserve de marche apparentée à une jauge à carburant. Cerise sur le gâteau, Chopard est depuis 2014 partenaire officiel du chronométrage Porsche.

Mille Miglia Chopard

Chronométrage – TAG Heuer

En 35 ans de direction, KarlFriedrich Scheufele et sa sœur Caroline ont propulsé Chopard au sommet de la joaillerie et de la haute horlogerie mondiale. La manufacture n’a cessé de créer de merveilleuses complications horlogères (L.U.C) et de renforcer sa production de mouvements et composants (Fleurier Ebauches). Elle est également réputée comme habilleur, possédant même sa propre fonderie d’or, spécificité uniquement partagée avec Rolex. En fait, deux collections ont fait décoller Chopard: Happy Diamonds créée par Caroline Scheufele (association inédite de diamants et d’acier) et Mille Miglia par son frère «KFS», comme on le

Sans chronométrage ultra précis, pas de sport automobile moderne! Jack Heuer est l’acteur principal de cette aventure qui a fait naître tant de légendes automobiles. Tout démarre dans les années 60 lorsque Jack apprend la visite du pilote Clay Regazzoni chez Longines. Le pilote de la «scuderia» avait été envoyé par Enzo Ferrari qui ne faisait pas confiance au chronométrage de l’époque, à la technique mal maîtrisée. Jack comprend vite l’enjeu en imaginant déjà Longines en formule 1 alors que Heuer était le roi du chrono... En effet, le chronométrage était pour lui une histoire de famille: elle débute en 1882 avec le premier bre-

vet de chronographe au 1/10e de seconde, puis au 1/100e de seconde en 1912 déposé par la fabrique Heuer Leonidas, qui rencontre alors un succès sans précédent, produisant jusqu’à 300’000 chronographes et 30’000 montres-bracelets chronographes par année! Puis, dans les années 60, Jack fait développer le premier chronographe automatique plat, impliquant un investissement colossal qui épuise la trésorerie. Comment informer le monde de l’existence de ce chrono révolutionnaire sans pub? Le destin lui vient en aide à l’automne 1968, lorsque Jo Siffert devient d’un jour à l’autre la nouvelle star de la F1 en remportant le Grand Prix d’Angleterre. Jack se rend aussitôt chez le pilote suisse, à Fribourg, et Siffert accepte de porter le logo Heuer sur sa combinaison en échange d’un sponsoring. C’est un succès, popularisant le fameux calibre «Chronomatic» et faisant de Jack Heuer l’un des premiers patrons à appliquer le «target marketing». Une technique commerciale qu’il appliquera ensuite aux stars de cinéma d’Hollywood, notamment avec Steve McQueen.

Le destin lui vient en aide à l’automne 1968, lorsque Jo Siffert devient la nouvelle star de la F1 en remportant le Grand Prix d’Angleterre. Flash back! Jack ne veut pas se faire doubler par Longines et fonce à Maranello. Là, il promet à Enzo Ferrari de résoudre tous les problèmes techniques de chronométrage en échange d’un autocollant «Heuer» sur toutes les Ferrari de GP. Entre-temps, les techniciens de Heuer mettent au point le système ACIT (Automatic Car Identification and Timing System) doté d’un mini-émetteur embarqué dans l’automobile pour une identification automatique et une précision de chronométrage au 1/1000e de seconde. Rapidement, Heuer devient le chronométreur de la Formule 1, avec des retombées fabuleuses sur la marque. Aujourd’hui, TAG Heuer fait partie des «blockbusters» de l’industrie horlogère, dépassant le milliard de francs de chiffre d’affaires. Et c’est probablement la marque rendant le plus hommage au sport automobile à travers ses collections Monaco, Carrera, Grand Carrera et Formula 1. MONTRES SUISSES & HIP-HOP

Rick Ross, «Rich Forever» DR

DR

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See the watch, now you want to know the name of it Never playin' so I went and got the frame flooded Cartier, Hublot, I could name a dozen


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8 | EUROPA STAR PREMIÈRE

Un panorama exhaustif des exportations de montres de luxe (suite) par

Caroline Buechler

et

Valeurs des exportations en 2014, par segment de prix

François-Xavier Mousin, Opus Magnum

QUATRE GRANDS PILIERS ÉQUILIBRÉS En sortant des classifications officielles traditionnelles, il est possible d’établir une nouvelle répartition des exportations, basée sur leur valeur. Celle-ci dessine globalement quatre grandes catégories équilibrées, représentant chacune entre CHF 4,6 et 5,6 milliards en 2014.

LE GRAND ÉCART DES VOLUMES

Volumes d'exportations en 2014, par segment de prix

Avec une telle répartition de valeurs, le décalage avec les volumes exportés pour chacune de ces catégories de prix est naturellement très impressionnant. Ainsi, les volumes des exportations de montres-bracelets se partagent en deux parts égales d’environ CHF 10 milliards avec, d’une part, 27,5 millions de pièces de moins de CHF 5'000.- et, d’autre part, 620'000 pièces de plus de CHF 5'000.-. Plus évocateur, la valeur de 175'000 montres à plus de CHF 15'000.- (0.64% des volumes exportés, 27% de leur valeur) égale celle de 26 millions de montres à moins de CHF 2'000.-.

UNE CROISSANCE TIRÉE ESSENTIELLEMENT PAR LE TRÈS HAUT DE GAMME EN VALEUR…

… ET EN VOLUMES

Si toutes les catégories de prix ont enregistré une progression en valeur depuis 2008, 70% des CHF 5 milliards de croissance des exportations sur ces six dernières années sont enregistrés dans la catégorie des montres de plus de CHF 5'000.-. La catégorie des montres à plus de CHF 15'000.- contribue, à elle seule, à 40% de la progression globale de la valeur des exportations, avec un chiffre en croissance de plus de CHF 2 milliards. Avec CHF 25 millions à peine de différence en 2014, elle a quasiment rejoint la valeur des exportations des montres de moins de CHF 2'000.-, qui dominait de très loin l’ensemble des exportations en 2008. Elle constitue toujours, entre 2012 et 2014, la catégorie la plus dynamique du secteur, même si l’année 2014 a vu une légère correction au profit de la catégorie inférieure des CHF 5'000.- à CHF 15'000.-.

C’est dans les catégories supérieures que la croissance relative des volumes exportés a été la plus forte entre 2008 et 2014. Ainsi, la catégorie de plus de CHF 15'000.- a crû de 41% et celle de CHF 5'000.- à CHF 15'000.- de 53% ! A l’inverse, la croissance des volumes de la catégorie CHF 2'000.- à CHF 5'000.- progressait de 12,5% et celle des moins de CHF 2'000.-, de 8,5%. A relever, comme corollaire, l’évolution record de 15% du prix moyen de la catégorie supérieure durant la même période, alors que celui de la catégorie des CHF 5'000.- à CHF 15'000.était le seul à se contracter légèrement, de 6.5%.

Croissance des exportations en valeur, par segment de prix

Croissance des exportations en volumes, par segment de prix


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EUROPA STAR PREMIÈRE | 9

LES CATÉGORIES DE MONTRES DE PLUS DE CHF 3'000.- EN DÉTAIL Si les deux tiers de la valeur à l’export des montres-bracelets sont réalisés sur des pièces de plus de CHF 3'000.-, prix export, encore plus de la moitié concerne des pièces de plus de CHF 5'000.-, soit environ CHF 12'500.- prix public. Ainsi, ce sont plus de CHF 13 mil-

liards réalisés sur des pièces de plus de CHF 3'000.-, qui se répartissent en volumes à peu près égaux entre environ 800'000 pièces de plus de CHF 5'000.-, pour CHF 10,6 milliards (2,8% des volumes totaux), et 840'000 pièces entre CHF 3'000.- et CHF 5'000.-, pour CHF 3,2 milliards.

Parmi les pièces de plus de CHF 5'000.-, la catégorie de CHF 5'000.à CHF 7'000.- représente des volumes similaires à ceux des montres de CHF 7’000.- à CHF 15'000.- (un peu plus de 1% des volumes totaux à chaque fois, soit environ 300'000 pièces). Mais la valeur de ces der-

Valeurs des exportations en 2014 pour les modèles de plus de CHF 3'000.-

nières est de CHF 3,1 milliards (15% du total des exportations) contre CHF 1,9 milliard pour la catégorie CHF 5'000.- à 7'000.-. Les montres entre CHF 15'000.- et CHF 30'000.- et celles de plus de CHF 30'000.- représentent respectivement 13,1% et 13,8% de la valeur

totale des exportations, soit en tout CHF 5,6 milliards. Sur la catégorie des plus de CHF 30'000.-, ces montants sont atteints avec 40'000 pièces, soit 0,14% des volumes totaux exportés par l’industrie… C’est 76% de pièces en plus qu’en 2008, pour une valeur en progression de 92%.

Volumes d'exportations en 2014 pour les modèles de plus de CHF 3'000.-

UNE ÉVOLUTION CONTRASTÉE OÙ LES EXTRÊMES RÉSISTENT MIEUX Une analyse plus détaillée de l’évolution des exportations des montres de plus de CHF 3'000.- révèle, au milieu d’une croissance généralisée, un «ventre mou» entre CHF 10'000.- et 15'000.-, tant en termes d’évolution des volumes que des valeurs. En outre, cette catégorie semble plus réactive aux évolutions du marché que les autres. A l’inverse, il faut noter que les catégories de CHF 5'000.- à CHF 7'000.- et au-dessus de CHF 30'000.- présentent une forte résilience, comme en témoigne la croissance régulière des volumes exportés. De 2008 à 2014, ces deux catégories enregistrent presque un doublement de leurs volumes exportés ainsi que de la valeur de ceux-ci, avec une différence pourtant notable: la catégorie des plus de CHF 30'000.- est la seule dont le prix moyen a nettement augmenté durant cette période, avec une croissance de près de 10%.

Croissance des exportations en valeur, pour les modèles de plus de CHF 3'000.-

UNE TRÈS FORTE CONCENTRATION GÉOGRAPHIQUE On savait les exportations globales de montres-bracelets fortement concentrées sur un nombre limité de territoires. Ainsi, en 2014, 90% de la valeur exportée est concentrée dans 25 pays alors qu’il en fallait encore 27 pour atteindre cette proportion en 2008. Plus les catégories de prix sont élevées et plus certains pays concentrent les importations. Dans les catégories de plus de CHF 5'000.-, 22,5% des exportations en valeur rejoignent Hong Kong, alors la cité n’absorbe que 14.8% des ex-

portations dans la catégorie des montres inférieures à CHF 5'000.-. En 2008, Hong Kong attirait seulement 19% des exportations supérieures à CHF 5'000.-, pour une valeur absolue presque inférieure de moitié. Le même phénomène s’observe en 2014 sur Singapour, qui regroupe 7,3% de la valeur des exportations de plus de CHF 5'000.- (et même 8,4% des pièces), alors qu’il n’importe que 3,3% de celle des moins de CHF 5'000. Les Emirats Arabes Unis enregistrent une situation similaire.

Le Japon, la Corée ou la Chine présentent une configuration inverse. La Chine importe en 2014 près de 11% de la valeur des exportations de montres inférieures à CHF 5'000.-, mais seulement 2,1% de celles supérieures à CHF 5'000.-. En 2008, elle importait 7% de la valeur des montres en-dessous de CHF 5'000.et 2,6% de celle des montres au-dessus de CHF 5'000.-. Mais il ne s’agit ici que des importations directes… Au-dessus de CHF 10'000.-, six pays asiatiques absorbent 40% des ex-

portations en 2014: Hong Kong, Singapour, le Japon, la Chine, Taiwan et la Corée du Sud. Cette proportion était de 34% en 2008. Cinq pays européens réunissent 25% de la valeur de cette catégorie (France, Italie, Allemagne, Royaume-Uni et Espagne), mais on peut légitimement s’interroger sur le pourcentage de ces exportations destiné à la clientèle locale, vu le fort tourisme d’achat dans ces pays. Pour finir, les Etats-Unis et les Emirats Arabes Unis amènent res-

pectivement 10.6% et 5,6% à l’ensemble des valeurs d’exportation de la catégorie des pièces de plus de CHF 10'000.-. Ces deux pays regroupent l’essentiel des exportations de cette catégorie vers le continent américain et le Proche et MoyenOrient. Une part de marché restée stable pour les Emirats Arabes Unis depuis 2008, tandis qu’elle a fortement baissé pour les Etats-Unis, qui représentaient alors 14.2% du total des exportations de cette catégorie. (Suite en page 10)


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SPÉCIFICITÉS PAR GAMME Nous avons pu mener, en 2013, une étude plus approfondie sur les caractéristiques des produits en fonction de leur gamme de prix et de leurs territoires de destination. Les règles de la protection des données limitent l’accès à certains chiffres concernant des volumes trop restreints: les données recueillies ne sont donc pas totalement exhaustives, mais permettent cependant de dresser un tableau assez précis. De plus, ces trous dans les données sont aussi révélateurs de marchés très concentrés au-

tour de quelques marques, sur des territoires et des segments prix spécifiques. Ainsi de la catégorie des montres entre CHF 5'000.- et CHF 7'000.- où quelques acteurs bénéficient d’un réel oligopole dans l’Est et le Sud-Est Asiatique. Concernant les pièces d’une valeur supérieure à CHF 30'000.-, on notait près de 40% de mouvements à remontage manuel, pour plus de 50% de la valeur totale de la catégorie. Plus surprenant, 14% de la valeur de la catégorie était représentée par des pièces à quartz, soit tout de même 1,7% de la valeur totale des exportations! Dans la catégorie de CHF 15'000.- à CHF 30'000.-, 73% des mouvements proposés étaient

automatiques, le reste étant partagé à part égale entre quartz et remontage manuel. Les métaux précieux constituaient 93,5% des quantités de la catégorie. Entre CHF 10'000.- et CHF 15'000.-, la répartition entre types de mouvements était exactement la même que dans la catégorie supérieure, mais avec seulement 85% des montres en métal précieux. De CHF 7'000.- à CHF 10'000.-, les métaux précieux ne représentaient plus que 60% de l’ensemble alors que, sur le plan des mouvements, le quartz grignotait du terrain sur le manuel (16% contre 10%), tandis que les mouvements automatiques maintenaient le même niveau de volume que

dans les catégories directement supérieures (73%). En raison de la très forte domination de quelques acteurs, la catégorie entre CHF 5'000.- et CHF 7'000 n’a pas pu être analysée avec la même précision que les autres, secret des données oblige. En particulier, des pays comme Hong Kong, Singapour, Taiwan, la Thaïlande et les Philippines semblaient privilégier un nombre très réduit de marques phares dans ce segment de prix. Néanmoins, on pouvait noter que 84% des mouvements étaient automatiques, 12% à quartz et à peine 4% manuels. Quant aux métaux précieux, ils ne représentaient que 20% de la catégorie. Enfin, dans la caté-

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gorie des CHF 3'000.- à CHF 5'000.-, les métaux précieux représentaient un peu plus de 7% des quantités, tandis que les mouvements automatiques dominaient à 87% contre 4% pour les manuels et 9% pour les mouvements quartz.

PERSPECTIVES Les statistiques d’exportation, aussi précises soient-elles, ne lèvent qu’une partie du voile sur le marché de l’horlogerie. Bien sûr – et c’est une évidence – elles ne traitent pas du marché suisse proprement dit. Elles intègrent les réexportations, les stockages en ports francs, ceux des distributeurs, des filiales et boutiques de marques situés aux quatre coins du monde. Ces stocks intermédiaires peuvent altérer sensiblement la corrélation entre les exportations et les ventes finales. Ces données constituent cependant toujours un indicateur important de l’évolution de l’industrie. Le traitement que nous en proposons ci-dessus permet de poser un regard différent sur cette fameuse catégorie des «plus de CHF 3'000.-» et d’offrir des clés de réflexion sur les perspectives de développement de l’industrie horlogère dans les catégories du luxe (plus de CHF 10'000.- en prix public), qui constituent plus de la moitié de ses valeurs à l’export. Il est particulièrement intéressant de comparer les chiffres présentés ici avec les différentes études consacrées à la répartition de la richesse dans le monde, notamment celle de Credit Suisse. Selon cette étude, il y aurait en 2014 environ 35 millions d’individus adultes disposant d’un patrimoine net de plus de US$ 1 million, dont 2,5 millions disposant de US$ 5 millions à US$ 10 millions, 1,4 million de US$ 10 millions à US$ 50 millions et 130'000 de plus de US$ 50 millions. A quel segment de cette population s’adressent les 40'000 montres-bracelets de plus de CHF 30'000.- exportées en 2014 pour près de CHF 2,9 milliards, sachant que leur prix public moyen est de plus de CHF 178'000.-? Et que représente-t-il en termes de nombre d’individus? Le même questionnement peut s’appliquer aux autres catégories de plus de CHF 3'000.- présentées dans cet article, dont les prix publics moyens sont respectivement de CHF 50'000.-, CHF 30'000.-, CHF 20'000.-, CHF 15'000.- et CHF 10'000.-. Selon les projections de Credit Suisse, le nombre des millionnaires devrait croître de plus de 50% d’ici à 2019, pour atteindre 53 millions d’individus… L’horlogerie suisse de luxe saura-t-elle maintenir son pouvoir de séduction pour connaître la même croissance? Pour plus d'information, vous pouvez contacter les auteurs: analyse@ opusmagnum.ch NB. Les chiffres que nous analysons sont ceux des montres-bracelets à affichage mécanique, soit les catégories d’export 9101.1100, 9101.2100, 9101.2900, 9102.1100, 9102.2100 et 9102.2900. Ne sont volontairement pas prises en compte les montres à affichage optoélectronique, les montres de poche ainsi que les pendules et pendulettes. Ainsi, les données peuvent différer légèrement de celles communiquées par la FH.

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BUSINESS & TENDANCES

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Les contradictions du marketing de la rareté

PAR

FRANÇOIS H. COURVOISIER,

DOYEN DE L’INSTITUT DU MARKETING HORLOGER, HAUTE ÉCOLE DE GESTION ARC NEUCHÂTEL

Dans le secteur horloger, le phénomène de la rareté, que ce soit via des séries limitées ou des pièces uniques, n’est pas nouveau: avant l’industrialisation, à la fin du 19ème siècle, et l’apparition de la montre Roskopf, la plupart des garde-temps étaient de fait des pièces uniques fabriquées de manière artisanale. En 1795, déjà, Abraham-Louis Breguet proposait cependant des montres en série limitée, sur souscription. Bien plus tard, une fameuse série limitée lancée en 1989 par Patek Philippe (avec les 200 pièces de son modèle 3960J) célébrait les 150 ans de la marque. Traditionnellement et encore aujourd’hui, les séries limitées, numérotées ou non, marquent des anniversaires et autres événements, voire parfois des inventions originales, à l’instar de celles de Greubel Forsey, Christophe Claret, Parmigiani Fleurier ou encore MB&F.

En 1795, déjà, Abraham-Louis Breguet proposait des montres en série limitée, sur souscription. Avant de développer la problématique actuelle des séries limitées, il est utile de se référer à quelques bases conceptuelles: «Ce qui est rare est cher», suivant en cela autant la loi de l’offre et de la demande que de la psychologie comportementale et de la désirabilité sociale, énonçait déjà l’économiste classique américain Thorstein Veblen dans son ouvrage sur la théorie de la classe de loisir, publié en 1899. Michael Lynn, pro-

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MONTRES SUISSES & HIP-HOP

Kanye West, «A million and one freestyle» It's ironic and whatnot How I put no ice on the Bulgari watch Just to make it hot

fesseur à l’Université de Columbia, explique quant à lui que «la rareté suscite un désir plus grand pour un bien que s’il est disponible sans réserve», en induisant la perception d’une valeur supérieure. Bernard Catry, professeur à HEC Lausanne écrit dans son article «Le luxe peut être cher, mais est-il toujours rare?» que la notion de rareté dans le domaine du luxe comprend deux dimensions: la rareté naturelle et objective, d’une part, la rareté subjective et virtuelle, d’autre part. La première dimension se réfère par exemple à des matériaux disponibles en faibles quantités (comme les pierres et métaux précieux) ou à une capacité de production limitée; la seconde dimension a trait à une communication sélective, à des prix très éloignés des coûts ou encore à une distribution exclusive.

Facteurs émotionnels «perturbateurs» Dans un mémoire réalisé pour l’Institut du marketing horloger, Saam Djavaheri-Saatchi constate que «trouver une entreprise horlogère n’ayant jamais usé de la stratégie de la série limitée relève aujourd’hui presque de l’impossible»! Il ajoute que, pour l’achat d’objets rares, des facteurs émotionnels brouillent le canevas rationnel du comportement d’achat: une restriction quantitative suscite chez l’acheteur une motivation supplémentaire de se procurer un produit extraordinaire et exclusif. A l’heure de l’abondance de biens et services dans notre société de consommation, plusieurs entreprises évoluent à contre-courant, en faisant de la rareté (de la pièce unique à la série limitée) une habile stratégie commerciale. Les entreprises horlogères ne font pas exception, du modèle Swatch limité à 444 exemplaires disponibles un seul jour à tel endroit, à des gardetemps d’exception, des «talking pieces» d’artisans ou des pièces de commande, avec personnalisation du mouvement, du cadran, de la boîte ou d’autres composants. Fabrice Eschmann, chroniqueur à L’Hebdo, écrit en octobre 2014 qu’«un client, une montre: c’est le rêve de tout horloger! En attendant que les imprimantes 3D fassent des miracles, les marques ont développé une série de stratagèmes dans le but de faire croire à l’acheteur qu’il est unique.» Il est certain que plus grande est la personnalisation, plus mémorable est l’expérience horlogère…

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Produire en quantité restreinte peut véhiculer un puissant sentiment de désir chez l’amateur de belles montres. En abusant de cette astuce commerciale, certaines marques s’enferment cependant dans des logiques contradictoires.

En termes de marketing, les pièces uniques comme les séries limitées ou numérotées constituent une forme de «niche», s’adressant à un étroit segment de clients aux besoins spécifiques et qui n’est rentable que si ces clients sont prêts à reconnaître une valeur élevée et à en payer le prix; ceci fonctionne lorsque le produit correspond très précisément à leurs attentes, désirs et besoins d’exclusivité.

Un thème peu exploré par les chercheurs Comme peu de littérature scientifique est consacrée à ce sujet, nous avons étendu notre réflexion aux magazines horlogers et aux sites internet dédiés. Si le fait de taper «horlogerie + série limitée» sur un moteur de recherche offre des dizaines de milliers d’informations sur les modèles de montres actuellement en vente en série limitée, aucune occurrence n’est vraiment pertinente pour expliquer le pourquoi du phénomène ni le comment de la stratégie commerciale des entreprises. Nous nous appuyons donc sur quelques observations et témoignages actuels recueillis sur le sujet de la série limitée et de la pièce unique, étant conscient que ce thème encore peu exploré constitue un joli sujet de recherche. Pour l’horloger Giulio Papi, «flirter avec l’inutile grâce à des trésors d’ingéniosité» signifie que les notions d’exploit et d’œuvre d’art sont proches de celle de la rareté et de l’exclusivité. De son côté, Thierry Oulevay, le regretté CEO de Jean Dunand,

«Trouver une entreprise horlogère n’ayant jamais usé de la stratégie de la série limitée relève aujourd’hui presque de l’impossible» expliquait que la pièce unique était «l’essence-même de la marque, un vecteur clé de sa stratégie». La société ne produit, tout simplement, que des pièces uniques. En revanche, pour d’autres marques produisant de plus grandes quantités de garde-temps, la série limitée est d’abord un instrument de communication et de vente dont elles abusent parfois, à l’instar de modèles «iconiques» déclinés en de multiples variantes, comme la Big Bang de Hublot, la Royal Oak d’Audemars Piguet et la Seamaster d’Omega… L’horloger Christophe Claret met ainsi en garde: «L’erreur, dans la série limitée, est de faire plus de pièces que le marché peut en absorber: il faut trouver la juste quantité pour créer le désir.»

Les conditions du succès Dans son étude, Saam DjavaheriSaatchi a demandé à des internautes fréquentant le forum «The Hour Lounge» ce qu’ils pensaient des montres produites en série limitée. Il en ressort que plusieurs conditions doivent être réunies pour assurer le succès de l’opération: tout d’abord, la quantité doit être raisonnable, c’est-àdire pas plus de 200 pièces pour une marque produisant plusieurs mil-

liers de montres par année; ensuite, l’esthétique doit être plaisante et aller plus loin qu’un simple «relooking»; la technique doit proposer quelque chose de nouveau: une matière nouvelle, une complication, une exécution originale; la série limitée doit marquer un événement extérieur ou un temps de la vie de la marque; elle doit surtout véhiculer une émotion qui est souvent la somme des «ingrédients» précédents. Finalement, il faut que le client «tombe amoureux» des pièces proposées. Sur le plan de la logique industrielle, les séries limitées et les pièces uniques sont considérées comme «une épine dans le pied», selon JeanPhilippe Arm, rédacteur en chef de Watch Around: elles complexifient les processus de fabrication en amenant des éléments non-standards. Alors, pour ou contre les séries limitées? Certaines marques de Haute horlogerie, par vocation ou nécessité, ne produisent que de petites séries, comme par exemple Greubel Forsey, Rudis Sylva, Artya ou Hautlence. D’autres marques, fabricant de grandes quantités de montres, voient dans les séries limitées un moyen de communication et de différenciation. Au risque de tomber dans ce qu’on appelle en marketing la «mass customization» ou «personnalisation de masse», plutôt contradictoire avec l’objectif visé…


BUSINESS & TENDANCES

12 | EUROPA STAR PREMIÈRE

Comment le vintage inspire les marques de luxe PAR

AGNÈS BUREAU, FONDATRICE DU

CABINET DE CONSEIL EN COMMUNICATION DU LUXE ABCD CONSULTING

La notion de «retro marketing» évoque les tendances qui font référence directement ou indirectement au passé et à l’histoire d’une marque, ainsi qu’aux aux codes d’une époque. Il peut s’agir de la reproduction à l’identique d’un produit épuisé, de sa réinterprétation ou encore de son évolution au gré des tendances du moment et des avancées technologiques. PUBLICITÉ

Le vintage n’est pas un simple phénomène de mode. Il est intrinsèquement amené à durer, car il se répète et evolue dans des cycles au cours desquels les générations se retrouvent en «ricochet». Comme le souligne le sociologue français Michel Maffesoli, «dans notre culture contemporaine, la principale source d’énergie et d’invention est le passé, et dans le moment de la redécouverte lui-même, il y a de la valeur.» De la valeur et des vertus! En effet, dans un contexte de crise jalonné

de facteurs anxiogènes, la nostalgie rassure le consommateur avide de repères et de souvenirs, attendant des marques qu’elles lui racontent une histoire... Source d’inspiration, les codes du passé véhiculent des éléments structurants pour le positionnement des marques, dans un environnement ultra compétitif. Qu’elles soient actives dans l’industrie horlogère (Breguet, Cartier, Van Cleef & Arpels), de la mode ou de la maroquinerie (Louis Vuitton, Dior, Yves Saint Laurent) les marques

n’ont pas hésité à investir des musées – voire à créer leur propre musée ou fondation – et s’exposer sous forme de rétrospective, pour mettre en scène et en lumière leur ancrage dans l’Histoire et faire valoir la maîtrise d’un savoir-faire légitime et unique. C’est une tendance forte. «Il s’agit de raconter des histoires, construire des mythes, promettre de l’émotion (…) la promesse inhérente à l’acte de consommation reste une promesse affective», estime Fabienne Martin-Juchat,

professeure en sciences de l'information et de la communication à l’Université de Grenoble. Le recours aux valeurs du passé a le mérite de toucher et de séduire une palette large et hétéroclite de générations de consommateurs, avec des besoins et des attentes bien spécifiques. Autant d’ingrédients pour attirer de nouveaux clients potentiels et fidéliser une clientèle qui a besoin «d’être nourrie». Keith Naughton et Bill Vlasic expliquent ainsi, dans leur livre «The nostalgia boom: why the old is new again», qu’inconsciemment, «pour les plus âgés, les produits vintage et rétro ainsi que les publicités qui les promeuvent procurent la sensation de pouvoir interrompre le cours du temps et (…) de se sentir rajeunir ou du moins revivre sa jeunesse.» L’essayiste Gilles Lipovetski explique de son côté que «la consommation entretient des relations intimes avec la question du temps existentiel. Dans une époque de consommation émotionnelle, l’important n’est plus tant d’accumuler des choses que d’intensifier le présent vécu avec un lien très fort, unique et personnalisé, au produit. La nostalgie ou retro marketing est une manière de promouvoir des marques affectives en jouant sur la nostalgie des consommateurs.» Le succès et les records des ventes aux enchères de montres et horloges vintage révèlent l’engouement pour l’acquisition de produits d’époque, comme l’attestent la Rolex Daytona 1960 adjugée à 336’600 euros en novembre dernier ou les prix record des montres Panerai (Luminor Panerai 1955, Radiomir Egyptienne 1956) et Patek Philippe. Le collectionneur revendique aujourd’hui un goût aiguisé pour un produit qui lui racontera une histoire. Agissant comme un «fil directeur» pour des marques soumises à la versatilité de la mode et à ses contraintes, la dimension vintage reste une inspiration forte pour les designers et les directeurs artistiques. Nombreuses sont les manufactures horlogères qui se lancent dans des rééditions d’anciens modèles. Notons, par exemple, la Deep Sea Vintage Chronograph de Jaeger-LeCoultre, la Pilot Montre d’Aéronef de Zenith, la Royal Oak Extra-plate d’Audemars Piguet, la Navitimer Cosmonaute de Breitling, la Carrera Calibre 17 de TAG Heuer, la Malte Edition de Vacheron Constantin. Toutes sont certes inégales, car dépendantes de leur histoire et de leur patrimoine: un produit réédité n’aura de légitimité que s’il s’ancre dans les codes du patrimoine historique d’une marque; ce «grenier merveilleux», dont parle Céline Bagault dans son article «Vintage: c’était mieux avant». L’air du temps étant à la finesse et à la sophistication, l’histoire apporte une valeur indispensable à l’existence d’une marque: une âme.


BUSINESS & TENDANCES

EUROPA STAR PREMIÈRE | 13

Quatre nouvelles tendances du sponsoring par

Sebastian Chiappero, ceo du

cabinet sponsorize, spécialisé dans le conseil en sponsoring

1) Le sponsoring participatif devient une tendance de plus en plus utilisée par des marques actives dans des secteurs très différents. Cette démarche pourrait être intéressante pour une marque horlogère. En effet, dans un monde hyperconcurrentiel et où règne l’«info-obésité», les sociétés se doivent de développer des approches commerciales leur permettant d’acquérir et de fidéliser leurs clients. A ce propos, le sponsoring participatif est une tendance qui se distingue particulièrement. Prenons le cas des magasins Intersport avec leur programme MonProjetSportif.com, tout à fait emblématique: au travers de ce concept participatif, la marque engage la communauté de ses clients et clients potentiels dans un projet sportif choisi par ces derniers. Pour chaque euro investi, la marque s’engage à investir également un euro, jusqu’à un seuil défini. D’autres actions, impliquant la remise de bons de 30 euros à consommer en magasin, sont proposées dès une mise de 30 euros. Le sponsoring participatif bouscule les conventions: il met au centre de l’action l’individu. La tendance est au consom-acteur: plus la marque va engager le consommateur dans ses actions, plus elle s’assurera d’un succès dans ses actions commerciales. Les marques horlogères devraient s’engager plus activement dans cette démarche. Dans le domaine du luxe, en particulier, elles restent très conservatrices. Or, dès qu’un acteur innove de manière pertinente, les résultats ne tardent pas à se faire sentir… Nous l’avons vu avec Hublot. 2) Autre tendance émergente: le sponsoring inversé. Le concept est le suivant: prenons le cas d’un club de football ou de toute autre structure sportive. La marque proposerait à ses fans de sponsoriser son ou ses clubs favoris. Le fan obtiendrait ainsi des avantages que seul un sponsor peut obtenir (visibilité auprès d’une communauté, avantages VIP, bons auprès de la marque, accès aux joueurs, vestiaires, etc.). En outre, le fan deviendrait le principal producteur de contenu auprès de la communauté, ainsi qu’un vecteur puissant de communication. Outre, les avantages fianciers que cela peut procurer au club et à la marque, la vraie valeur ajoutée de cette démarche réside dans le fait que la «star» du projet devient le fan du club. Certains clients ne se contentent plus de consommer un produit: ils souhaitent parfois devenir leur ambassadeur et le crier haut et fort auprès de leur communauté! 3) La responsabilité sociale d’entreprise est également un secteur en pleine expansion. Il offre à la marque de nouveaux terri-

toires d’expression et d’interaction avec ses cibles et sa communauté. Prenons le cas des différentes fondations de marques comme Audemars Piguet, qui sont actives dans le domaine environnemental et social. Des initiatives très louables sont réalisées. Toutefois, ces approches sont trop souvent assimilées à des actions de mécénat. Or, une approche plus interactive est souvent possible. Prenons à présent le cas de Rolex avec son «Prix à l’esprit d’entreprise» qui

récompense chaque année des travaux innovants dans le domaine des sciences et de la santé. Ce prix à réuni plus de 30'500 participants dans plus de 190 pays. Par ce biais, Rolex se profile dans différentes communautés qu’elle n’aurait jamais touché avec une campagne de publicité classique. En outre, par la promotion qui en est fait au niveau digital et événementiel, la marque assure une cohérence entre sa promesse de valeurs et la réalisation de celles-ci.

4) Enfin, les secteurs des nouvelles technologies, des sciences et de l’éducation sont aussi très porteurs. Indépendamment des domaines de sponsoring choisis, l’essentiel pour les marques reste néanmoins de développer leur communauté. C’est en cela que réside la vrai force du sponsoring. En créant un «univers» qui dynamise les interactions entre la marque et ses cibles, le sponsoring propose une approche innovante. Une marque comme Red Bull a même pu créer différents univers de

ce type, dans des domaines d’activités très différents. Elle peut donc créer un dialogue constant avec ses consommateurs et anticiper leurs besoins. C’est ici que réside le défi le plus important pour le monde horloger. La plupart des marques horlogères – comme dans d’autres secteurs – ne maitrisent pas bien leur réseau de distribution. Ne pouvant récolter assez de données auprès de leurs clients, elles peinent à créer de vraies interactions avec leurs cibles. A quand l’horlogerie 2.0?

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L’HORLOGERIE SUISSE VUE PAR LA PRESSE ÉTRANGÈRE

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vation pour laisser libre cours à leurs plus folles imaginations.» Etats-Unis 23.02.2015 «Nous sommes juste au milieu de la tempête, nous a déclaré Jérôme Lambert, CEO de Montblanc. Le monde entier est devenu instable. Il faut vivre avec.» Jusqu’à tout récemment, le haut de gamme horloger semblait immunisé contre l’instabilité globale – surtout vu à travers les yeux des grandes marques. «Mais la plupart des grandes marques horlogères sont devenues trop avides pour rester à la pointe de la créativité», affirme Anders Modig, journaliste horloger basé à Bâle. Et de nombreux indépendants ont profité de ce vide d’inno-

il n’y a pas lieu de paniquer. «Toute industrie connaît des hauts et des bas et je n’appellerais pas ça une crise globale de l’industrie horlogère suisse. Nous n’allons pas réagir en force.»

Singapour 30.01.2015 «La menaçante hausse du franc suisse n’a pas provoqué de ruée sur les montres de luxe en Chine, explique Sun Yuanqing. Selon les détaillants chinois, les ventes n’ont pas varié depuis la hausse du franc survenue le 15 janvier, mais les détaillants de Hong Kong et de Singapour ont noté une hausse significative de leurs ventes. Selon Shan Wei, de Parmigiani Fleurier Asie-Pacifique,

France 22.02.2015 «La convergence des mondes du high-tech et du luxe est évidente», estime Thomas Husson, analyste chez Forrester. «Dans ces deux secteurs, le design et l'expérience sont essentiels. Cela crée forcément des passerelles.» Plus que des passerelles, il s'agit désormais de tentatives de «mimétisme

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du luxe», estime Oussama Ammar, cofondateur de l'accélérateur de startup The Family et organisateur d'une conférence sur les liens entre luxe et numérique : «La montre Withings ou les bracelets de Netatmo et d'Intel ne sont que des utilisations des codes du luxe pour faire croire au luxe. Mais, derrière, il ne s'agit que d'objets connectés réalisés par des créateurs d'objets connectés. Et il faut garder en tête une autre différence majeure: le secteur du luxe se caractérise par des marges folles que n'ont pas ces constructeurs.» La marge opérationnelle des sociétés de luxe s'approche en effet des 21 %, selon La Tribune. Certains groupes dégageraient jusqu'à 40 % de marge. Un niveau dont sont

encore très loin les acteurs des nouvelles technologies. Tous sauf Apple, qui établit sa marge à 38 % en 2014 grâce à ses innovations et surtout son marketing millimétré.»

USA 05.02.2015 «Le boss du Swatch Group, Nick Hayek Jr, a durement critiqué la décision de supprimer le taux plancher du franc suisse par rapport à l’euro qu’il a qualifié de «désastre», ajoutant que la Banque nationale suisse était dirigée par «des bureaucrates peureux». «Ils ont pris froidement une décision tout seuls dans leur coin et ils ont communiqué de la pire façon possible en envoyant une onde de choc à tout le monde, a-t-il ajouté. Ils ont de la crédibilité, mais la crédibilité d’une organisation bureaucratique rapidement effrayée à l’idée d’agir, alors ils ont préféré réagir maintenant.»

DUAL DIAL WORLD TIME FOR 300 CITIES . France 26.02.2015 «Un mois, seulement, après la flambée du franc suisse qui s'est apprécié d'environ 20%, les maisons horlogères commencent à réduire leurs coûts. Ulysse Nardin, Cartier, TAG Heuer ou encore Breitling ont mis au chômage technique tout ou partie de leurs salariés dans les manufactures. Une façon de limiter les stocks pour sauver les marges des entreprises qui ont tendance à fondre. Le syndicat suisse Unia s'attend à une restructuration plus lourde encore. «Il faut se préparer à des milliers de suppression d'emplois dans les vallées horlogères», pronostique-t-il. Pour l'heure les exportations suisses indiquent une baisse pour le troisième mois consécutif, mais il faudra attendre les chiffres de février et de mars pour mesurer l'ampleur du phénomène franc suisse.»

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Etats-Unis 23.02.2015 «Une chose empêchera Apple de jouer dans la même catégorie que Rolex – le prix de revente. Les luxueuses «éditions spéciales» qu’Apple proposera pour ses smartwatches ne seront pas comparables aux autres montres de luxe – ce sont pour moitié des gadgets électroniques et pour moitié des montres. Vues de l’extérieur, elles peuvent ressembler à une montre de luxe mais à l’intérieur ce ne sont que circuits imprimés et puces – pas des rouages de métal. (…) Après quelques courtes années, les possesseurs de montre Apple en or 18 carats auront au poignet un objet dépassé. Les nouvelles versions seront plus minces, elles auront une meilleure autonomie, elle pourraient être équipées d’une caméra.»


AILLEURS DANS LE MONDE

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«En Chine, le profil du client a changé» Europa Star Première a récemment rencontré l’experte et avisée Julie Laulusa, du cabinet Mazars. Elle nous éclaire sur les conséquences en profondeur de la campagne anti-corruption et anti-extravagance menée en Chine.

goût plus clinquant, plus «nouveau riche». Le rattrapage prendra encore cinq ans pour les atteindre. D’autre part, les visas pour l’étranger y sont plus difficiles à obtenir que dans les grandes villes, le client a donc moins l’opportunité d’effectuer ses achats à l’étranger, il est plus «captif».

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Cette baisse des ventes de montres suisses a-t-elle profité aux montres chinoises?

Julie Laulusa

Propos recueillis par Pierre Maillard

On entend tout et son contraire à propos de l’impact sur l’horlogerie de la campagne anti-corruption menée en Chine. Qu’en est-il au juste? L’impact de cette campagne anticorruption s’est fait ressentir sur les ventes horlogères dès la mi-2012. Mais à cette date, le phénomène n’était pas encore très marqué. En 2013, les choses s’accélèrent, les effets s’emballent et on constate une baisse significative, de l’ordre de 30% à 40%. Toujours la même année, les ventes du haut de gamme horloger sont estimées à 653 millions de dollars, soit les chiffres de… 2004! Ce n’est pas par hasard car la montre de luxe, cadeau aussi discret que fort apprécié, est devenue l’emblème de la corruption. Et les internautes et blogueurs, relayant cette campagne, en ont encore accentué l’impact. 2014 a été une année de stabilisation, à - 5% environ. Sauf Swatch, la montre Swatch plastique qui, elle, a grimpé de 15%... Dans le même temps, les exportations de montres suisses en Chine ont augmenté de 15% en valeur! Comment expliquer ce paradoxe? En 2013, il n’y avait pas eu de remplacement de stocks. Et entre-temps, le profil du consommateur avait changé au point d’avoir un impact significatif tant sur le choix des modèles que sur la fourchette de prix. Avant et après 2012, date de lancement de la campagne, le niveau de prix est totalement différent. La campagne anti-extravagance, volet moral de la campagne anti-corruption, est pas-

sée par là. Les modèles venus remplacer les stocks ne sont plus les mêmes: stylistiquement ils évitent toute marque d’extravagance. Un exemple du bannissement de l’extravagance: Louis Vuitton, forcé en 2013 par les autorités de Shanghai à retirer les malles surdimensionnées qui trônaient devant sa boutique. Autre indice, Hermès, qui faisait un peu profil bas parmi ses concurrents aux styles plus flamboyants qu’elle, marche désormais très bien en Chine. Une Chine où les logos ont disparu de tous les sacs des élégantes. Ceci dit, la montre reste et restera à moyen terme le produit de luxe préféré des Chinois.

Devenue en octobre 2014 la première puissance économique au monde (ce qui a été assez peu commenté sur place, car les disparités salariales énormes sont gênantes pour le pouvoir), la Chine a vu une augmentation spectaculaire de sa classe moyenne qui, d’ici à 2025, comptera 600 millions de personnes aux revenus nets par famille de 50'000 à 70'000 euros. A ce niveau, le client privilégie la qualité, le rapport qualité/prix et fait grand cas de l’histoire de chaque marque, qui devient très importante à ses yeux. Aux horlogers suisses d’adapter leur horlogerie aux particularités de ce marché! Mais du côté chinois, les choses bougent également. Un exemple: Seagull, racheté par Chow Tai Fook, a fait considérablement évoluer son offre. Aujourd’hui, les prix de ses montres vont de 500 euros minimum jusqu’à 10'000 euros. C’était impensable il y a peu. Mais autant stylistiquement que techniquement,

En 1995, 90% des dépenses de luxe étaient le fait des hommes. Aujourd’hui on en est à la parité, 50/50. Le pouvoir d’achat des femmes chinoises a joué un rôle très important dans cette montée en gamme. A leurs yeux, une montre reste avant tout un bijou qui se change au gré des occasions. Dans ce domaine, Cartier est incontestablement le numéro 1. Et fait à noter: les femmes de Chine continentale apprécient moins Rolex que les femmes de Hong Kong. Ceci dit, le marché de luxe le plus important en Chine n’est pas l’horlogerie mais la bijouterie. Et dans ce domaine, des marques chinoises vont sûrement émerger. Quid de la smartwatch, dans ce contexte? Je pense que les jeunes achèteront des smartwatches en masse. Mais ce sont des achats pour le fun, presque du jetable. Ceci dit, au fur et à mesure

La vente de montres par internet est à mes yeux un phénomène qui deviendra inévitable dans le futur, non seulement en Chine mais dans toute l’Asie. Cependant, pour être efficace, elle devra être très innovante, individualisée le plus possible. Il faut pouvoir offrir du surmesure, même pour des montres avoisinant les 5'000 à 6'000 euros. L’individualisation est devenue un phénomène très prononcé en Chine, c’est là sans doute une des conséquences de la politique de l’enfant unique. Par ailleurs, un effort considérable doit être accompli au niveau du service après-vente. Le client doit se sentir totalement respecté et il y a beaucoup d’efforts à faire dans ce domaine. Il faut être en mesure de proposer des services supplémentaires via internet. Je pense par exemple à la livraison à domicile ou à la possibilité de faire des essais. Internet a aussi un rôle éminent à jouer dans le développement des connaissances horlogères du public.

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Aux yeux d’un Chinois, une montre – et qui plus est une montre Swiss made – doit être un produit durable, transférable à la génération future. L’importance de la technique et de la fonctionnalité a augmenté. Les ventes de montres destinées à des cadeaux ayant fortement baissé, le profil du client a changé: il achète pour lui, il investit plus qu’il ne dépense. Petit à petit, la maturité du client chinois va augmenter.

Si j’ai un conseil à donner aux horlogers c’est le suivant: investissez dans les villes moyennes (qui, en Chine, peuvent compter plusieurs millions d’habitants). En 2014, les ventes ont baissé dans les grandes villes mais ont augmenté dans les villes de 2ème ou 3ème rangs. Et il y règne encore un

Les femmes jouent-elles un rôle moteur dans les décisions d’achat?

Et quel rôle joue internet sur le marché horloger chinois?

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Mais une montre différente…

Ce phénomène touche-t-il toute la Chine ou principalement les grandes villes?

l’offre horlogère chinoise n’est pas encore à la hauteur. Je ne pense pas que, dans un horizon à dix ans, une marque chinoise puisse se détacher fortement du lot, sauf, sans doute, dans le «prêt-à-porter». L’horlogerie est un savoir-faire qui avait disparu de Chine et qui doit être patiemment reconquis. A ce stade, le rêve reste la montre suisse.

qu’ils intégreront la classe moyenne, dès qu’ils commenceront à penser investissement, ils se tourneront à nouveau vers l’horlogerie suisse, pour des premiers achats autour des 1'500 à 2'000 euros. En passant, une petite remarque: la campagne anti-corruption s’étant focalisée sur les montres de grand luxe, les lunettes en ont profité pour se transformer en discrets objets de luxe... Les lunettes sont devenues à leur tour un bijou, parfois orné de pierres précieuses.

FINALIST


SMARTWATCHES

16 | EUROPA STAR PREMIÈRE

decin nous blâmera de ne pas porter de capteurs corporels. Les assurances santé refuseront de nous couvrir – ou à titre très onéreux – si nous ne prenons pas cette précaution (qui semblera «naturelle» d’ici là). Et cela concernera tout le monde, du sportif de haut niveau à la personne âgée. Ce n’est pas un hasard si des géants comme Apple ou Google investissent le domaine de la santé. Car, au-delà de l’appareil qui servira à les récupérer, le «vainqueur» de cette guerre du poignet sera celui qui pourra centraliser ces données. Aujourd’hui, chaque producteur de bracelet fitness connecté dispose de sa propre application. Or, ces données corporelles ne serviront à rien si elles ne sont pas centralisées.

La guerre du poignet L’Apple Watch est en train de faire (re)naître le marché des montres connectées auprès du grand public. Les technologies adéquates sont enfin disponibles et les capteurs corporels deviendront bientôt un impératif médical. Cela va engager une reconfiguration totale du secteur horloger. PAR

HADI POLLET-VILLARD,

INDÉPENDANT TECHNOPHILE BASÉ AU JAPON

Avec l’arrivée des montres connectées, la guerre du poignet est engagée. Pour l’industrie horlogère traditionnelle, cette nouvelle technologie signifiera un changement drastique de fonctionnement. Aujourd’hui, les horlogers font appel à des fournisseurs pour leur livrer les composants et les technologies qu’ils connaissent déjà. L’innovation n’est ni radicale ni rapide: la donne évolue lentement sur les fonctionnalités et potentialités de la montre classique.

Dans le cas des smartwatches, à l’inverse, ce sont les fournisseurs qui déterminent les technologies possibles. Dans le cas des smartwatches, à l’inverse, ce sont les fournisseurs qui déterminent les technologies possibles. L’innovation vient «du bas» et est très rapide. C’est ce qui se passe déjà pour les smartphones. En réalité, Apple réalise seulement ce qui est possible du point de vue du développement. Le géant de Cupertino ne «fait» pas ses téléphones: il dépend

des avancées technologiques de ses nombreux fournisseurs. Capacités des puces 4G, performances des batteries ou encore qualité des écrans et des capteurs photo: autant de paramètres cruciaux aux mains des fournisseurs. Tous les six mois, de nouvelles technologies apparaissent. Et avec elles de nouveaux produits finaux. Le marché de la montre connectée ne devrait pas fonctionner autrement. Or, l’industrie horlogère traditionnelle tourne sur un modèle tout à fait différent: elle a récemment beaucoup verticalisé et racheté ses fournisseurs. Philosophiquement, cette mainmise est à l’inverse de la compétition féroce qui existe aujourd’hui entre les fournisseurs de nouvelles technologies. L’industrie horlogère saura-t-elle s’adapter à ce nouvel état d’esprit, qui exige une remise à jour constante?

Performances décuplées Le changement le plus fondamental concerne la taille et la consommation des processeurs. Les vraies révolutions de ces dernières années ne résidaient pas dans les processeurs d’ordinateurs mais de smartphones. La différence de puissance et de consommation entre l’iPhone 1 et l’iPhone 6 est impressionnante. L’heure est à l’adaptation de ces

Withings

processeurs à toutes sortes d’appareils portables, dont la montre. Un mouvement que l’arrivée des processeurs à basse consommation a favorisé. Les performances des batteries restent le point faible. Mais elles s’améliorent. En réalité, un véritable écosystème s’est mis en place: avec la connexion entre montre et smartphones, toutes les pièces du puzzle sont réunies. Sur le fond, il s’agit d’un nouveau développement de la révolution l’internet mobile. Au Japon, déjà, on fait plus d’achats sur internet via son smartphone que son ordinateur. La montre va aussi service d’interface numérique. Il y a quelques années, on se demandait encore si on allait se servir de la montre comme téléphone. Aujourd’hui, on sait que la montre connectée ne va pas remplacer le smartphone, mais interagir avec lui.

La révolution des capteurs de santé Outre la disponibilité de technologies favorable aux smartwatches, un autre événement fondamental est en train de se produire: la rencontre entre le monde numérique et celui de la santé. Pour le moment, le poignet est le seul endroit l’où peut porter agréablement tous les jours un capteur corporel, au contact de la peau, de la température, de la transpiration et du rythme cardiaque. Les alternatives de vêtement connecté ne sont pas utilisables au quotidien et s’orientent plus sur des utilisations spécifiques. Une fois que l’on aura accès à ces données corporelles, on ne pourra plus revenir en arrière. Il y aura tout simplement un impératif médical! Cela peut sembler encore bizarre à beaucoup aujourd’hui. Mais d’ici à quelques années, notre mé-

Les smartphones sont devenus universels. Mais n’oublions pas que cela ne paraissait pas acquis il y a quelques années encore. Aujourd’hui, pour un jeune, cela ne semble déjà plus envisageable de ne pas avoir Google sur son smartphone. De même, demain, cela lui semblera inconcevable de ne pas avoir d’outils de mesures corpo-

Un autre événement fondamental est en train de se produire: la rencontre entre le monde numérique et celui de la santé. relles à son poignet, mais aussi des notifications et toutes sortes d’applications. Pourquoi devrais-je sortir mon téléphone pour voir si j’ai reçu un e-mail alors que je peux le voir d’un coup d’œil au poignet? Et la marge de progression technologique sur les montres connectées reste énorme. Avant même qu’elle soit sortie, on connaît déjà les défauts de la première Apple Watch – et on s’attend à ce que la deuxième soit meilleure. Au contraire, cette marge de progression est réduite sur les smartphones: l’écosystème est là; on assistera à des améliorations, plus des révolutions. Sur la montre connectée, on fait encore face à des limitations de batterie, d’écran, de forme... Tous ces paramètres vont s’améliorer, de même MONTRES SUISSES & HIP-HOP

Wu-Tang Clan, «Heaterz» DR

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L’acquis de la fonctionnalité

The Longines, wrapped around the wrist, law seen her How I got that yo, threw out the macker named Gina

que la précision et la qualité des capteurs corporels. Par ailleurs, avec le temps et la démocratisation de ces montres, des fonctionnalités nouvelles vont apparaître. De nouvelles technologies vont émerger de ces utilisations, car beaucoup de développements ne deviennent rentables que si le marché existe déjà. Cela peut faire penser au «serpent qui se mord la queue», mais la technologie doit être accessible au grand public pour que des moyens soient investis… Avec l’Apple Watch, un marché est en train de renaître. Des sociétés vont investir dans des applications et technologies dédiées.

La place de l’horlogerie Quelle place pour les horlogers suisses dans ce nouvel environnement? Ils pourront difficilement créer à eux tout seuls un écosystème de la sorte. Dès le développement du produit, ils devront s’associer pour créer les modules nécessaires et le «hardware». Mais le «software» est encore plus délicat: pour gérer toutes ces données, à supposer qu’elles soient recueillies sur un objet Swiss made, il leur faudra le concours d’un géant du domaine. Et si Android de Google est un système ouvert, Apple a au contraire historiquement travaillé dans un univers verrouillé. L’ouvriront-ils pour les horlogers suisses? Les montres actuelles d’entrée et de moyen de gamme sont les plus directement sous la menace de ce changement de paradigme. Le créneau du haut de gamme est différent, car il mise sur le prestige et le marketing avant tout. Les horlogers suisses parient qu’une fois les jeunes «initiés» à la montre via la smartwatch, ils passeront ensuite au haut de gamme traditionnel mécanique. Mais si les données fournies par la montre via sa connexion – les notifications, le paiement par puce, les télécommandes, sans oublier le domaine de la santé – sont utiles, portera-t-on vraiment deux types de montres? Ce n’est pas si sûr. Les montres mécaniques aussi pourraient être touchées par une forme d’«hybridation» avec les nouvelles technologies, si cellesci deviennent réellement indispensables. Il y aura bien sûr toujours du pur mécanique, artisanal, pour les amateurs du genre. Mais son hégémonie actuelle risque d’en prendre un coup. Car le marketing est par essence passager… PUBLICITÉ

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de réagir car, s’il dispose de 1'000.CHF, le consommateur aura le choix entre une montre Swiss made quartz ou une montre connectée. Vous pensez qu’il va continuer à acheter du quartz?» Mais non, rassurez-vous, «tout n’est pas perdu, lance Jean-Claude Biver. Il faut relativiser car l’horlogerie suisse, c’est aussi une image, un prestige, une âme, une émotion et c’est sexy. Ce plus, cette fibre horlogère, cette authenticité, on pourra les ap-

Devant le «tsunami» qui s’annonce, le «barreur» Jean-Claude Biver a annoncé le développement d’une montre connectée. L’heure est à la mécanique augmentée PIERRE MAILLARD

«Je suis ému d’être ici car ce n’était pas mon plan que de prendre des responsabilités à 66 ans», déclare en introduction Jean-Claude Biver qui, à peine a-t-il pris les clés de TAG Heuer, a réuni quelques journalistes autour d’un de ses fameux fromages. «Mais je suis ici à titre intérimaire, je partirai quand TAG fera 2 milliards de francs suisses par an… non, je plaisante.» (Aujourd’hui, TAG Heuer approche le milliard de chiffre d’affaires annuel). Autour de lui, son «triumvirat»: Guy Sémon à la direction générale en charge des ventes, du produit, de la R&D et du développement industriel, Michel Moussellon à la direction financière et Philippe Rudolf à la tête des RH. Un équipage qui existait déjà avant lui mais à qui manquait encore «le barreur», tel qu’il définit la tâche qui l’attend désormais. Une tâche qu’il résume en

«Un tsunami se prépare sur le lac de Neuchâtel!»

Can Stock Photo

PAR

disant vouloir «mettre en place une stratégie ambitieuse de conquête». Les territoires à conquérir? «Il y a des opportunités extraordinaires dans le segment de 1'500.- à 5'000.CHF. Le gisement est énorme.» Tout naturellement, la question brûle les lèvres: quel rôle joue dans cette nouvelle stratégie la montée en puissance programmée de la montre connectée? «Je l’avoue, j’ai changé d’avis. Il y a 10 mois, je n’y

Guess: une montre connectée très «vocale» Guess Connect: voilà le nom du nouveau «garde-temps high tech portable» présenté par la marque fashion américaine au CES 2015 de Las Vegas, en coopération avec Martian Watches, un concepteur de montres de mode intelligentes basé en Californie. Le but: créer une ligne de montres intelligentes «multifonction, chic et tendance, conçues pour des modèles homme et femme». Les montres seront étanches, dotées de la fonctionnalité double mode de Martian et offriront l'utilisation simultanée des commandes

vocales via Bluetooth Classic et Bluetooth LE en vue de recevoir au poignet des notifications «mains et yeux libres» provenant d'applications et de programmes populaires. Les Guess Connect seront en effet équipées d'un module Martian avec micro et haut-parleur. Les utilisateurs pourront ainsi se connecter à l'application de la commande vocale de leur smartphone leur permettant, directement à partir de la montre, de donner des commandes vocales, de parler et d'écouter, de réagir à des textes. (SM)

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croyais pas du tout et maintenant j’en suis sûr, c’est un tsunami qui se prépare – un tsunami sur le lac de Neuchâtel… On va donc continuer dans la mécanique, mais de la mécanique augmentée!» Mais, comme complète Guy Sémon, «si une boîte comme Apple investit des milliards en R&D, c’est qu’il va se passer quelque chose. Donc soit on reste peinard avec le père Huygens, soit on réagit. Nous, on a décidé

porter à la montre connectée. On a plein d’idées là-dessus, mais on ne sortira un produit que quand il sera vraiment prêt.» Guy Sémon lance une piste: «Nous sommes pleinement conscients d’un aspect important: l’obsolescence de l’électronique. On travaille donc sur la notion de compatibilité ascendante. Et puis on planche aussi très fort sur la question vitale de l’autonomie. Mais vous savez, une montre c’est un «zinzin» qui dit l’heure dans un volume fini. Et c’est dans ce volume qu’on doit glisser de la technologie. Une batterie, ça prend beaucoup de place et on peut dire qu’aujourd’hui l’horlogerie se confronte à une vraie crise du logement.»

H. Moser & Cie «produit des smart watches depuis 100 ans» Qu’est-ce qui combine « une interface propre, une ergonomie de pointe, des fonctionnalités ingénieuses et une longue autonomie» ? Une smart watch ? Non, la montre Endeavour Perpetual Calendar, 100% mécanique et qui entend le rester pour toujours. H. Moser & Cie a surpris tout son monde en annonçant début mars le lancement d’une «smartwatch» de haute horlogerie, suscitant aussitôt un énorme buzz. Mais, comme l’annonçait un nouveau communiqué, opportunément envoyé le 9 mars – date que tous les geeks d’Apple attendaient avec anxiété - il ne s’agissait que d’un intelligent pied-de-nez face à la ferveur du moment. «Alors, non, désolés, le Endeavour Perpetual Calendar Funky Blue ne vous permet pas de dessiner des doodles, ni de tweeter, il n’envoie pas votre rythme cardiaque aux autres et ne fixe pas vos objectifs sportifs. Il ne prend pas non plus de photos. Par contre, il vous laisse déclarer votre identité avec élégance et ingéniosité tout en contemplant le temps qui passe. C’est tout mais c’est à la fois très intelligent et très rare.» Bravo pour ce smart story-telling. (PM)

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Le tournant stratégique de TAG Heuer

Pebble, championne du «crowdfunding» Comme l’explique le quotidien La Repubblica, «elle s’appelle Time et c’est la nouvelle smartwatch de Pebble. Comme pour sa première Pebble Watch, qui avait récolté plus de dix millions de dollars, Time a été lancée avec un campagne sur Kickstarter, le célèbre site de crowdfunding.» En à peine trente mi-

nutes, la Pebble Time a réussi à réunir un million de dollars, alors que la somme que Pebble voulait réunir pour son financement n’était que de 500'000 dollars! A l’heure où nous écrivons, la somme réunie approche les 12 millions de dollars. «Si l’intérêt des enchérisseurs sur Kickstarter se main-

tient à ce rythme, la Pebble Time deviendra le produit qui aura connu le plus grand succès de la plateforme, dépassant le frigo portable Coolest, qui avait atteint le record de 13 millions de dollars», poursuit le quotidien transalpin. La première Pebble Watch avait réuni en tout 10,3 millions de dollars. (PM)

Soprod: connecter discrètement une montre… Filiale de Swiss Festina Group, Soprod travaille «de façon intensive depuis deux ans sur des solutions de montres traditionnelles connectées», annonce un communiqué plutôt sobre, reçu par la rédaction d’Europa Star Première. Ces trouvailles ont été «brevetées dans de nombreux pays», poursuit la marque. Des précisions sont fournies: un de ces brevets concerne une montre multifonctions pilotée par un dispositif de contrôle à distance, tel qu'un smartphone. Un utilisateur peut sélectionner, à l'aide d'une application dédiée installée sur son smartphone, une ou plusieurs fonctions

qu'il souhaite voir s'exécuter sur sa montre. «Les fonctions peuvent comprendre une fonction d'indexation, de synchronisation, de chronométrage, de compte à rebours, de réveil, d'alarme programmable, de fuseaux horaire, de calendrier ou d'état de la batterie. La liste des fonctions est potentiellement infinie puisque l'application comprend une bibliothèque de fonctions qui est en constant développement, au gré de l'évolution des besoins des utilisateurs.» La montre conserve ainsi son «design épuré, à aiguilles ou numérique», puisque les moyens de com-

mande et de saisie se retrouvent du côté du smartphone et de son application dédiée. «Des moyens de communication utilisant la technologie Bluetooth Low Energy (BLE) permettent une très faible consommation énergétique de la montre», précise Soprod. Couvrez cette smartwatch que je ne saurais voir! Gageons que Soprod, en tant que fournisseur crédible, aura trouvé l’oreille de plusieurs marques horlogères désireuses – ou contraintes – de se lancer sur ce marché connecté en ébullition, sans pour autant transformer leur design de fond en comble… (SM)


SMARTWATCHES

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Frédérique Constant: un pied dans la Sillicon Valley

par

Serge Maillard

Après Montblanc et son bracelet connecté, qui avait bâti un premier «pont» entre l’industrie horlogère traditionnelle et la Silicon Valley, Frédérique Constant et sa petite sœur sportive Alpina ont bâti une nouvelle passerelle. Comme la filiale de Richemont, la marque indépendante préserve l’aspect «classique» de la montre. A première vue, difficile de distinguer ce gardetemps d’une montre traditionnelle. Point d’écran tactile ou de couleurs criardes. L’astuce: la montre à quartz sert d’abord de «capteur». Elle est reliée au smartphone (Android ou iPhone), sur lequel une application permet de reproduire les paramètres précis enregistrés. Pour les fonctionnalités, les deux marques se sont concentrés sur le créneau très porteur du «quantified self», la mesure de ses données personnelles: capteur d’activité, enregistrement du sommeil, alarmes par cycle de sommeil, alertes d’activité ou encore «coaching intelligent». «Le quantified self est déjà la fonctionnalité la plus utilisée aux Etats-Unis sur les appareils connectés», souligne le CEO Peter Stas.

Concrètement, le groupe a conclu une joint-venture avec la société technologique californienne Fullpower. Cette dernière a développé et fourni le «moteur multicapteurs» MotionX,

Le groupe a conclu une joint-venture avec la société technologique californienne Fullpower. Cette dernière a développé et fourni le «moteur multicapteurs» MotionX, qui permet de suivre les cycles d’activité et de sommeil. qui permet de suivre les cycles d’activité et de sommeil. «Nous avons créé une nouvelle catégorie que nous avons baptisée «horological smartwatch», résume Peter Stas. Cela veut dire combiner la beauté d’une montre classique avec les avantages de l’auto-quantification, sans devoir

recharger la moindre batterie. Il ne manque parfois qu’un petit pas pour rendre les montres quartz connectées. Nous avons fait ce pas.» A noter que les droits de licence sur la plateforme ouverte «MotionX-365 Horological Smartwatch» développée par le joint-venture pourront être acquis par d’autres marques. «Aujourd’hui, ce qui est essentiel, c’est de faire du volume avec ce premier modèle, pour pouvoir continuer l’aventure. On verra qui, parmi nos confrères, adoptera notre plateforme. C’est toujours mieux si plusieurs marques véhiculent un même message!»

Feuille de route pour cinq ans Il s’agit ni plus ni moins que de «réinventer le secteur horloger suisse», souligne Philippe Kahn, directeur de Fullpower. Frédérique Constant et Alpina lanceront plus de dix modèles masculins et féminins de la horological smartwatch à partir de juin 2015. Les premiers prix se situeront en dessous de 1'000 francs. Au-delà de l’enregistrement de l’activité corporelle, d’autres fonctionnalités suivront dans le futur, précise Peter Stas: «Il y a un énorme potentiel et nous avons établi une feuille de route pour les cinq prochaines années. Nous parviendrons encore à réduire la taille et l’épaisseur des montres, notamment pour le segment dames.» Mais comment éviter

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Le groupe s’est allié à une société californienne pour développer une «smartwatch horlogère». Un design classique pour une montre connectée qui se concentre sur les mesures d’activité, notamment du sommeil.

Horological smartwatch

le côté «jetable» des smartwatches? «C’est un point critique. Nous avons conçu des composants très ouverts sur des adaptations futures. On peut imaginer des mises à niveau dans des cycles de trois à cinq ans.» Est-ce que ces nouvelles montres constituent une menace pour les modèles mécaniques? «Je vois une claire complémentarité à l’heure actuelle, répond le CEO. A terme, une hybridation pourrait se produire. Mais cela reste un rêve, ce se-

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rait un pas de géant. Pour l’instant, nous nous concentrons sur l’électronique, car les montres connectées constituent d’abord une «menace» pour les modèles quartz coûtant entre 300 et 1'000 francs. Là, on assiste à un vrai changement de paradigme. De nouveaux business models vont apparaître, avec une multitude de services et fonctionnalités utilisant le potentiel de la connection. Et à la place d’attendre, mieux vaut être leader!»


DÉBAT: QUELLE HORLOGERIE INDÉPENDANTE EN 2015?

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«Nous sommes des souris, petites et débrouillardes» A l’ombre des géants du secteur, quelle place reste-t-il aux petits horlogers indépendants, dans le segment le plus haut de la création horlogère? Peuvent-ils faire face séparément aux nombreux défis qui les attendent? Débat. Serge Maillard

Ils sont presque tous issus de la même pépinière de talents: l’Académie horlogère des créateurs indépendants (AHCI), fondée en 1984. Une communauté d’esprit les anime donc, même s’ils ne sont pas d’accord sur tout. En marge du SIHH, ils ont exposé durant une semaine, entre tables de poker et roulettes d’un casino proche de l’aéroport de Genève, leurs dernières merveilles ou des modèles plus anciens, dont plusieurs ont obtenu le prestigieux Grand Prix d’Horlogerie de Genève. Les horlogers Kari Voutilainen, Antoine Preziuso, Vincent Calabrese et Vianney Halter ont été réunis grâce à l’impulsion d’Amarildo Pilo, initiateur de la première édition du Swiss Independent Watchmaking Pavillon (SIWP). Le temps d’une soirée, Europa Star Première les a réunis pour une discussion sur l’avenir de l’«indépendance» en Haute Horlogerie. Un débat informel et interactif, sans tabous, parfois teinté de mots qu’il vaudrait mieux ne pas retranscrire ici, et qui a permis à ces créateurs d’exposer leurs espoirs et leurs craintes – et aura même fini par se transformer en brainstorming bruyant sur un nouveau business model et de meilleures manières de s’organiser entre eux, pour défendre leur statut! Qu’on les aime ou qu'on s'en moque, qu’au moins on les écoute: place au débat. Mais au fait, qu’estce que ça signifie, l’indépendance? Eléments de réponses. Pour vous, que veut vraiment dire «être indépendant» en horlogerie? Ce terme est assez fourre-tout. Vincent Calabrese: C’est un terme auquel je tiens, vu que je l’ai utilisé il y a trente ans lorsque j’ai crée l’Académie horlogère des créateurs indépendants. A l’époque, le terme était réservé aux horlogers qui travaillaient seuls. Aujourd’hui, selon moi, ce terme est assez mal employé, car on l’utilise aussi pour qualifier des sociétés beaucoup plus grandes. C’est la même chose avec le terme «horloger», que l’on attribue à gauche et à droite. C’est pour cela que l’académie spécifie «créateurs horlogers». L’indépendance horlogère serait donc d’abord une question de taille… Vianney Halter: Non, sur ce point, je ne suis pas d’accord avec mon camarade! Une grande société horlo-

gère, qui n’a aucun compte à rendre à de quelconques investisseurs ou financiers qui viendraient donner des directives depuis l’extérieur, a aussi la légitimité de se sentir indépendante. Une maison comme Rolex peut être considérée comme indépendante, peut-être même encore plus que moi (rires). L’indépendance n’est pas affaire de taille, mais de liberté d’esprit et d’action. Au fond: à qui doit-on vraiment rendre des comptes? Un hor-

Antoine Preziuso: Je compare toujours les indépendants à de petites souris. Les petites souris sont débrouillardes, elles se faufilent. Nous côtoyons les géants, mais arrivons à trouver notre petite place. Nous n’avons pas leur force de frappe, mais pas leur inertie non plus. Nous nous adaptons, et cela, c’est constant. A présent, j’utilise beaucoup internet ou les blogs, par exemple, comme relais de communication et de vente. Le Grand Prix d’Horlogerie de Genève, aussi, est une belle vitrine pour les indépendants. Vincent Calabrese: A l’époque, on ne permettait pas forcément à l’«inconnu» de devenir connu dans

logers, en créant leurs propres boutiques mono-marques, causent des difficultés aux détaillants. A l’inverse, on peut aussi se dire que c’est une opportunité pour les indépendants de combler ces espaces… Vianney Halter: Il y a certainement trop de produits sur le marché aujourd’hui, et pas les bons produits. L’offre dépasse la demande. Vincent Calabrese: Mais nous sommes quelques milliards de plus sur la planète depuis quelques décennies, il y a peut-être encore de la place… En même temps, les groupes font la promotion du Swiss made à travers le monde et de nouveaux marchés se sont ouverts. Vous en avez aussi profité, non?

gens riaient déjà beaucoup moins. Des groupes m’ont aidé à trouver des mandats, qui m’ont permis de concevoir et financer mes propres produits. Notre période permet à certains petits indépendants de qualité de passer au-dessus d’une masse de marques qui ont besoin d’investissements lourds pour survivre. Même face à des groupes puissants, nous sommes reconnus pour nos particularités. Je ne minimise cependant pas la difficulté: ce n’est pas facile du tout de lancer une marque aujourd’hui, de se mettre à l’établi pour créer une montre dont on pourra vivre. Il faut avoir du cran et de l’endurance. Au fond, nous ne plaisons certes pas toujours aux groupes, car nous ne sommes pas «maîtrisables», mais les groupes amènent l’attention du monde entier sur l’horlogerie suisse de qualité. Et nous en profitons aussi. Sans les groupes, on ne parlerait peut-être plus du tout d’horlogerie suisse aujourd’hui… Antoine Preziuso: La présence en magasin reste cependant la clé. Et il y a une pression croissante sur la représentation des indépendants en vitrine. C’est très embêtant. Heureusement qu’il nous reste internet, la vitrine virtuelle. Car avoir sa propre boutique, c’est extrêmement cher. Vianney Halter: La visibilité est une question de volonté personnelle, mais aussi de solidarité entre nous. Vincent Calabrese a eu l’idée, à un moment donné, d’unir les forces des créateurs indépendants. Et l’académie grandit toujours. La création du SIWP va dans le même sens: signifier notre présence, en marge d’un grand salon, pour recevoir des gens et les sensibiliser à notre travail. Nous devons être réactifs, savoir nous entendre pour mettre nos forces en commun.

© Walt Disney

par

aux nouveaux outils de création et de communication comme les réseaux sociaux?

loger seul peut être indépendant ou non. Certains confrères étaient indépendants à l’époque, et ne le sont plus aujourd’hui – ou ont perdu une partie de leur indépendance, parce qu’ils se sont liés à d’autres organismes, qui les supportent. Antoine Preziuso: Ce mot est un peu illusoire, car on dépend toujours de quelque chose… Kari Voutilainen: Que l’on soit à son compte ou dans une société, l’indépendance, c’est de créer seul à son établi, en toute liberté. Mais il y a tout de même deux aspects: l’indépendance financière et l’indépendance de création. L’un renforce l’autre. Vous avez commencé vos activités au siècle dernier. Trouvez-vous qu’il est plus difficile d’être indépendant aujourd’hui – on peut penser aux difficultés liées à la distribution – ou plus facile, grâce

le monde horloger. Cela a évolué: on voit chaque année de nouvelles marques apparaître! Il y a eu une forme de renaissance de l’horlogerie ces trente dernières années: certains indépendants, comme Franck Muller, sont devenus très grands, ce qui a pu gêner les groupes établis. Aujourd’hui, ce qui est difficile, c’est la très forte concurrence. Il y a certes de nouvelles marques qui apparaissent, mais le déséquilibre entre indépendants et groupes s’est accru. On voit davantage de pressions sur les détaillants, lorsqu’il s’agit d’accueillir une nouvelle marque. Beaucoup naissent et beaucoup font faillite ou se font racheter. Le succès de l’horlogerie crée une vraie émulation, mais beaucoup de gens perdent de l’argent là-dedans. C’est un peu comme le casino où nous nous retrouvons aujourd’hui! Kari Voutilainen: Il est vrai que la distribution connaît un grand changement, car les groupes hor-

A l’époque, les gens se pliaient de rire devant mes montres! A mon premier Baselworld, en 1998, je me suis demandé le premier jour pourquoi j’étais venu. Vianney Halter: C’est clair qu’il y a vingt ans, lorsqu’on arrivait de nulle part avec des montres compliquées et «bizarres», il n’y avait pas forcément encore un marché pour accueillir nos nouveautés. A l’époque, les gens se pliaient de rire devant mes montres! A mon premier Baselworld, en 1998, je me suis demandé le premier jour pourquoi j’étais venu. Le deuxième jour, j’ai compris que j’avais ouvert une brèche, j’avais interpellé, car les

Justement, est-ce que les indépendants font assez de travail en ce sens? Est-ce que vous pourriez aller plus loin dans un partenariat? Vincent Calabrese: C’est toute la difficulté: être indépendants et s’entendre avec d’autres indépendants. Un paradoxe, non? Antoine Preziuso: Nous pourrions nous entendre davantage. Par exemple, financer en commun une commande numérique pour usiner nos boîtiers… Vianney Halter: Déjà là, en ce moment, nous finançons un moment de communication ensemble! Les machines, c’est important, mais la communication l’est tout autant. Il y a quelques années, la Fondation de la Haute Horlogerie avait un projet de créer une «annexe indépendante» au SIHH. Certaines >


marques s’y sont opposées. Elles devaient y voir un problème, non? Vianney Halter: Certaines personnes peuvent se tromper! Le problème, c’est qu’entre les marques, les chaises musicales sont pires que ce que je connaissais à la maternelle… En tant qu’indépendants, nous savons souvent paradoxalement mieux que les groupes dans quelle direction nous voulons aller. Il y a plus de stabilité dans le management.

Il faut créer des petits regroupements d’indépendants. En tant qu’horlogers de talent, vous devez sans doute parfois être approchés pour rejoindre des sociétés plus grandes. Une tentation – quitte à abandonner votre indépendance? Antoine Preziuso: Bien sûr, il y a toujours des tentations. De belles histoires se sont nouées aussi. Un exemple: les montres «Opus», pour Harry Winston. Ils ont proposé à certains membres de l’académie de créer des garde-temps pour et cela a été une réussite. Cela nous a aidés, car nous avons bénéficié de leur notoriété. Nous déposons aussi des brevets; nous sommes pleins d’idées. Nous pouvons être approchés par des groupes qui vont nous les acheter. Cela va aussi nous aider. Il y a des rapports positifs, de belles opportunités aussi. Vincent Calabrese: Nous ne sommes pas rancuniers lorsqu’ils ont besoin d’un coup de main (rires). Vianney Halter: Je crois que nous arrivons à trouver un terrain d’entente. Il n’y a pas de «guerre», au contraire: certains responsables de groupes nous soutiennent. Mais il est vrai que la distribution est de plus en plus critique, pas seulement du fait de la pression des groupes, mais aussi parce que les détaillants ne nous soutiennent pas toujours. Régulièrement, des détaillants donnent mes produits à leurs meilleurs clients, pour les remercier sur une grosse vente et les fidéliser. Cela me rend fou! Les détaillants devraient eux aussi être plus indépendants dans leurs choix. Les stocks sont pleins aujourd’hui. Certains feraient mieux de vider quelques tiroirs dont ils savent qu’ils ne vendront jamais le contenu et faire preuve d’un peu plus d’imagination… L’histoire horlogère est faite de cycles de concentrations et de décentralisations. Dans quel cycle nous trouvons-nous aujourd’hui? Vincent Calabrese: Aujourd’hui, nous parlons de la relation entre indépendants et groupes en Suisse. Je

DÉBAT: QUELLE HORLOGERIE INDÉPENDANTE EN 2015? crois qu’en toile de fond, un changement important va se produire: demain, on parlera davantage des rapports entre horlogerie suisse et horlogerie chinoise ou étrangère au sens large. C’est ce qui nous attend. Amarildo Pilo: Je suis le seul représentant du moyen de gamme autour de cette table. Il y a quinze ans, l’industrie horlogère suisse représentait 7% des ventes mondiales de montres; aujourd’hui, elle pèse 2.5% des ventes mondiales. Je crois que nous serons obligés de monter encore en gamme pour nous maintenir. Tout le moyen de gamme risque de nous échapper. Ce qui peut nous aider en ce moment, c’est de nous allier davantage, entre horlogers indépendants moyen et haut de gamme.

«Notre modèle, c’est la Confédération suisse » L’ancien directeur d’Audemars Piguet a lancé une structure qui fait rêver de nombreux indépendants. Elle a déjà remis sur de bons rails deux marques en difficulté, Hautlence et H. Moser & Cie.

L’ex-directeur d’Audemars Piguet Georges-Henri Meylan a créé MELB Holding pour relancer H. Moser & Cie et Hautlence. Il se dit prêt à accueillir d’autres petites marques indépendantes pour faire un «pool» sur les marchés. Ce sont de nouvelles perspectives de mini-groupes indépendants. Vincent Calabrese: Je crois que c’est la seule manière de s’en sortir: créer des petits regroupements d’indépendants, comme l’a fait l’académie – en incorporant peut-être aussi le moyen de gamme. Chez MELB Holding, ils ont l’avantage de produire leurs propres échappements. C’est le nerf de la guerre, car il est difficile de trouver des fournisseurs indépendants. Vianney Halter: Certains détaillants, encore trop rares, font aujourd’hui le pari de représenter des marques indépendantes en priorité. Il y a une demande de diversité de la part du public. Antoine Preziuso: Mais nous devrions aller plus loin. Je trouve que nous devrions ouvrir notre propre boutique AHCI! Une à Hong Kong et une à New York, par exemple. Nous pourrions trouver des financements en ce sens. Après, il faudra s’entendre sur qui d’entre nous sera le trésorier (rires). Vianney Halter: Mais si nous l’ouvrons juste entre nous, elle va tout de suite fermer! Il nous faudrait trouver des gens qui pensent au-delà de l’horlogerie pure et dure, une structure de marketing et de vente pour attirer les gens vers notre boutique. Vincent Calabrese: Nous avons besoin d’un manager. Je vous donne un exemple: Max Büsser, le fondateur de MB&F, a un talent énorme de communication. C’est un exemple à suivre. Un business model est né: votre destin est donc de former un groupe! Vianney Halter (rires): Allons-y petit à petit. Il y a dix ans, nous n’aurions même pas réussi à nous rassembler pour en discuter…

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Edouard Meylan par

Pierre Maillard

Il y a trois ans, Georges-Henri Meylan, ancien directeur général d’Audemars Piguet de 1997 à 2009, créait avec «un groupe d’amis dont plusieurs anciens d’Audemars Piguet» MELB Holding. Dans le panier de cette «mini-major», deux marques fort différentes, la très classique H. Moser & Cie et la rebelle Hautlence, acquises alors que toutes deux connaissaient des difficultés. Dans le petit monde de l’indépendance, MELB Holding fait figure de modèle possible pour l’avenir de marques trop fragiles sans doute pour affronter seules les grosses vagues du marché et parvenir à passer la grande barrière des vitrines. C’est dire si son aventure est suivie avec attention et expectative par nombre de petites et fragiles embarcations. A ses côtés, se tient son fils Edouard, qui, après l’aventure Celsius qui s’est douloureusement terminée, pilote désormais avec talent le renouveau de H. Moser & Cie. Discussion à bâtons rompus dans les fauteuils du Kempinski de Genève. MELB Holding, un modèle pour les indépendants ? Georges-Henri Meylan: Notre propre modèle, c’est tout simplement la Confédération suisse. Sous un toit commun, chaque canton conserve une indépendance décisive sur nombre de domaines-clé: éducation, police, santé, politiques sociales, fiscalité… MELB Holding s’organise de cette même façon: il y a un tronc commun autour duquel

les marques s’assemblent, les services d’intérêt général sont partagés, telle la gestion et la distribution. Ainsi avons-nous créé MELB Asia Ltd, dirigée par mon autre fils, Bertrand, qui distribue sur la Chine, Hong Kong et Taïwan nos deux marques ainsi qu’un autre indépendant, de Bethune. Mais autour de ce tronc, de cette plateforme commune, chaque marque conserve son ADN stricte. L’important est de parvenir à une taille critique pour affronter ensemble les marchés d’où disparaissent progressivement les distributeurs. Les économies d’échelle sont nombreuses. Edouard Meylan: Nous sommes très sollicités. Beaucoup de marques voient dans ce modèle une solution et pensent que MELB Holding va investir. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Nous ne nous intéressons à nouer des partenariats qu’à la condition qu’un travail constructif puisse être mené, que des échanges de structure puissent avoir lieu, que chacun apporte quelque chose à l’ensemble, que ce soit un win-win. Georges-Henri Meylan: Notre objectif est de bâtir un ensemble qui s’inscrive dans la pérennité, avec des idées nettes et une ligne claire. Nous voulons aller au-delà de la niche. H. Moser & Cie, par exemple, n’a pas vocation à être une marque de niche mais une magnifique petite marque, c’est différent. Et aujourd’hui, dans un monde où le marketing coûte plus cher que le produit, et dans un environnement économique peu favorable, les pressions sur les «petits»

Georges-Henri Meylan

se font de plus en plus fortes. Mais pour l’instant, notre première tâche est de faire vivre et de rendre profitable nos deux marques. Edouard Meylan: La phase de construction est derrière nous, notre positionnement est désormais établi, les outils de marketing sont au point, les produits sont là, désormais, il nous faut croître. En ce qui concerne H. Moser & Cie, nous avons mené à bien un travail de rationalisation de la production et des coûts, nous avons «latinisé» nos collections, les avons rendues un peu plus «sexy» qu’auparavant. Tout est en place. On sent aussi que notre approche marketing «Very Rare» commence à prendre et à rentrer dans les esprits. Une dynamique est en route, très nettement… Quel impact du franc fort? Georges-Henri Meylan: En tant qu’indépendants, nous restons plus sensibles que d’autres grosses structures à des événements comme la hausse du franc suisse. D’un clic, deux ans d’efforts et d’ajustement précis de nos prix sont abimés. C’est comme un coup sur la tête. Mais on en a vu d’autres, on va trouver des solutions. Quand j’ai commencé en horlogerie, le dollar était à 4,50, la livre sterling à 12,50 et le franc français à 4! Ceci dit, la Banque Nationale Suisse n’avait probablement pas le choix, ça ne faisait plus que le jeu des spéculateurs. Le problème est que ce fut trop soudain. Mais ce sont avant tout les détaillants suisses qui vont souffrir. Et pour nous, ils sont très importants. >


DÉBAT: QUELLE HORLOGERIE INDÉPENDANTE EN 2015? Edouard Meylan: Le prix est essentiel, il est au cœur de notre action et c’est la première des choses à laquelle on pense quand on conçoit un nouveau produit ou qu’on s’attache à en améliorer la production. Nous n’avons pas encore la notoriété suffisante pour passer par-dessus les autres, nos prix doivent rester hyper-compétitifs.

EUROPA STAR PREMIÈRE | 21

«Entre 80% et 90% des acheteurs de montres n’y connaissent rien»

Edouard Meylan: Nous voulons faire de MELB Holding un véritable réseau de compétences croisées, en réunissant des partenaires, que ce soit aux niveaux financier et industriel, qu’une petite marque isolée ne pourrait pas réunir.

D’un clic, deux ans d’ajustement précis de nos prix sont abimés. Georges-Henri Meylan: L’indépendance est plus difficile aujourd’hui qu’avant 2008 et la crise financière, puis économique et sociale. La pression exercée par les grands groupes est devenue énorme. Mais si la majorité des détaillants la subissent de plein fouet, certains d’entre eux, et pas les moins intéressants, se rapprochent des indépendants. Un exemple de vrai partenariat est celui qui nous lie à une maison comme Bucherer. Mais il faut se battre très fort, trouver des solutions, prendre des initiatives. Ainsi, au niveau de la distribution, nous cherchons à dupliquer ailleurs le modèle qui nous réussit si bien en Asie, notamment dans les Amériques. Là, l’intérêt est de se regrouper, de s’entraider entre marques indépendantes complémentaires. Edouard Meylan: Pour parvenir à s’imposer, créer un concept fort est tout aussi important que le produit lui-même. Bien faire comprendre l’ADN de nos marques et parvenir à faire passer le message est capital. Il faut travailler les valeurs, par exemple la notion d’entrepreneuriat qui est à la source de la longue histoire de H. Moser & Cie, une véritable saga d’entrepreneur. Nous nous sommes rendus non seulement compte que beaucoup de nos clients sont des entrepreneurs, mais nous promouvons cet idéal, aussi bien en interne où nous encourageons nos employés à agir en entrepreneurs qu’au niveau des actions que nous menons, à l’image de notre participation au prix suisse «Entrepreneur of the Year». Etre indépendant, c’est foncièrement être entrepreneur.

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Georges-Henri Meylan: Nous ne sommes pas adossés à des financiers extérieurs qui auraient fait fortune ailleurs que dans l’horlogerie et la regarderaient en se disant que là, il y a du business à faire. Créer une marque ne laisse pas de place aux impatiences, c’est une démarche de longue haleine.

Max Büsser

Philippe Dufour et Max Büsser: actifs dans deux univers esthétiques très différents, ces figures de l’horlogerie contemporaine ont comme point commun d’être farouchement indépendants. par

Pierre Maillard

L’un est la figure tutélaire des horlogers indépendants: c’est bien simple, il fait tout tout seul et avec quel maestria! L’autre est le «wonder boy» de la nouvelle horlogerie indépendante: pour créer ses objets horlogers non-identifiés, il s’entoure d’un vaste cercle de «friends». On les aura reconnus: Philippe Dufour et Max Büsser. Esthétiquement, tout sépare leur horlogerie. Et pourtant, tout les réunit dans la défense des joies – et des difficultés – de l’indépendance bien comprise. Europa Star Première les a réunis le temps d’un long déjeuner* afin d’échanger avec eux leurs constats et leurs réflexions à ce propos. Extraits choisis de cette passionnante discussion. L’indépendance: plus ou moins difficile qu’il y a 15 ans? Max Büsser: Je suis entré dans le métier il y a 24 ans déjà. A l’époque, il n’y avait pas tant d’argent en circulation, peu de glamour autour de la montre. Les clients de «l’horlogerie fine» étaient des connaisseurs, des amateurs éclairés. Aujourd’hui, l’horlogerie est à la mode mais 80% à 90% des acheteurs n’y connaissent rien et ne veulent rien y connaître. Mais dans mon cas particulier, avec MB&F qui a fait 279 pièces en 2014 – et qui compte en faire le même nombre en 2015 –, je m’adresse, tout comme Philippe, à une clientèle très bien renseignée. Nos acheteurs sont pour la plupart des amateurs tout à fait éclairés. *Recommandé par Europa Star Première: Bistrot Dumas Av. Dumas 7 1206 Genève 022 347 74 22

Philippe Dufour: Oui, c’est paradoxal. J’ai parlé récemment à des vendeurs de Singapour. Aujourd’hui, c’est plus difficile qu’il y a quinze ans car le client éduqué arrive avec sa loupe, il a déjà tout lu sur internet, il vient vérifier si ce qu’on lui a affirmé est exact. Moi, ça ne me touche pas, car je sais que ce que j’ai livré est de la meilleure qualité, mais pour certains, ça peut être redoutable. Max Büsser: Les indépendants qui font des erreurs ou qui livrent des produits non fiabilisés font du tort à tous. Il faut déjà beaucoup de courage aux détaillants pour prendre un indépendant. Alors quand l’un d’entre eux capote, quand il y a perte de confiance, tous en souffrent. Philippe Dufour: Les indépendants n’ont pas le droit à l’erreur. Les gros eux peuvent se permettre de mettre sur le marché des pièces qui ne sont pas tout à fait au point. Ils pensent que le réservoir est sans limites. Et puis, si jamais, ils peuvent toujours garder une pièce six mois ou plus en SAV. Pas nous.

Philippe Dufour

Max Büsser: Il est difficile de trouver des vendeurs et des détaillants qui soient véritablement amoureux du produit. Pour vendre un indépendant, il faut bosser dur, il faut organiser son réseau de clients, expliquer, démontrer. Les grandes marques, elles, mâchent 80% du boulot en amont. Philippe Dufour: Dans les marques, les décideurs ne sont plus les créateurs. C’est la finance et le marketing qui imposent leurs décisions et font en sorte qu’elles aient le maximum d’écho. Max Büsser: Le marketing a pris la place prépondérante. Aujourd’hui, le client «normal» regarde avant tout la marque, plus que le produit. La marque est devenue toute puissante, on assiste à une «louisvuittonisation» de toute l’horlogerie. Je suis allé dans des points de vente énormes où les vendeurs ne connaissaient rien à rien. Le business ayant grandi exponentiel-

lement, les budgets de communication ayant explosé, pourquoi se fatiguer? En fait, la vente directe est ce qu’il y a de mieux pour les indépendants pointus. Philippe Dufour: J’ai vendu mes premières montres en 1992-1993. Les quatre premières pièces, je les ai vendues via Hour Glass, à Singapour. Et par la suite, j’ai beaucoup vendu en direct. Mais dans certains pays, comme le Japon, il faut absolument passer par un distributeur et respecter ainsi le système mis en place. Max Büsser: La clientèle horlogère est divisée comme un fleuve: d’un côté, il y a une foule immense à qui s’adressent les marques, de l’autre quelques milliers d’individus qui sont prêts à acheter des produits d’indépendants. Philippe Dufour: Notre relation avec le client va bien au-delà de la seule relation commerciale. Au Japon, >

La clientèle horlogère est divisée: d’un côté, il y a une foule immense à qui s’adressent les marques, de l’autre quelques milliers d’individus prêts à acheter des produits d’indépendants.

HM6 Space Pirate de MB&F

Simplicity de Philippe Dufour


DÉBATS & OPINIONS

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Philippe Dufour: Oui, j’en ai écrit trois et demi, bientôt quatre. Mais j’ai tout écrit tout seul! Max Büsser: Si le message mis en avant pour vendre une montre est celui du statut social, alors, automatiquement, l’objet perd toute âme. L’horlogerie est un art techniquement obsolète et paradoxalement c’est cela qui nous sauve. En 1989, jeune ingénieur formé à l’EPFL, je suis allé voir des horlogers. Ils m’ont dit : «Ce que vous savez, on s’en fiche, ce que nous faisons est inutile.» Ça m’a décidé à entrer en horlogerie.

En 1989, des horlogers m’ont dit : «Ce que vous savez, on s’en fiche, ce que nous faisons est inutile.» Ça m’a décidé à entrer en horlogerie.

Comment financer l’indépendance?

Max Büsser: Pour Porsche, par exemple, peu importe l’anonyme qui va acheter un des 190'000 modèles produits par an. Par contre, celui qui achète une Pagani, qui n’existe en tout qu’à une centaine d’exemplaires, aide la marque à continuer, il participe au processus créatif. Idem pour nous: nos clients font partie de l’aventure créative. Cette notion de taille critique est essentielle: on est aussi indépendant pour avoir l’avantage de rester petit. En 2013, j’ai décrété que nous ne grandirions plus. Avec la taille, le plaisir disparaît, la gestion prend le dessus, on gagne de l’argent, très bien, mais pourquoi? Créer et rester créatif demande une énergie folle et a un prix colossal. Créer un calibre par an, comme nous le faisons, c’est bien beau mais ça nécessite un cash-flow considérable. Nous ne thésaurisons pas, nous devons sans cesse réinvestir pour conserver notre indépendance.

Max Büsser: MB&F n’existerait pas sans les six détaillants qui au départ m’ont fait confiance et donc m’ont financé. J’ai pu le faire car, avant de créer ma maison, j’avais été CEO d’Harry Winston et que je disposais donc d’un solide carnet d’adresses. Ça, ça vaut des millions, tout comme le soutien éditorial d’une presse qui a tout de suite relevé l’originalité de notre démarche. Sans ces soutiens, jamais je n’aurais réussi. Or, qu’entend-ton aujourd’hui? Plus personne ne veut prendre le moindre risque: «Revenez dans deux ans si vous êtes toujours vivants!» Tous les indépendants qui ont aujourd’hui du succès étaient auto-financés. Tous ceux qui se sont appuyés sur des financiers extérieurs sont aujourd’hui sous perfusion. Il faut avoir une âme d’entrepreneur et ça se voit dans le produit.

Philippe Dufour: On vend de l’émotion. Tous les gens du marketing utilisent la même formule, mais pour nous elle est vraie.

Philippe Dufour: Comme dans l’éducation des enfants, se reposer sur une béquille n’est pas une bonne chose. Par exemple, pour ma Grande Sonnerie, j’avais demandé des offres pour fabriquer les rouages: il fallait poser 500'000 francs sur la table. Si j’avais eu une béquille, je me serais appuyé dessus et j’aurais lourdement investi dans une telle somme. Au contraire, comme je n’avais pas l’argent, j’ai tout fait tout seul et j’ai taillé moi-même tous mes pignons. Ça m’a pris deux ans et demi sans m’arrêter. En 1992, j’ai vendu la pièce pour 600'000 francs (NDLR aujourd’hui, le prix avoisinerait les 2 millions). Les six premières pièces, je n’ai fait aucun bénéfice. Avec la

MONTRES SUISSES & HIP-HOP

MONTRES SUISSES & HIP-HOP

L’horlogerie a-t-elle une âme? Max Büsser: L’horlogerie a l’âme de son créateur. Si l’intention créatrice est forte et personnelle, l’objet aura une âme. Si ce sont des « proctériens » qui la font, elle n’aura pas d’âme. Quand je porte une Urwerk, par exemple, je pense à Félix Baumgartner et Martin Frei qui ont ramé comme des fous pour y parvenir. Ils y ont «laissé» leur âme et ça se sent.

Beyoncé, «Upgrade You» DR

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Jay Z, «Picasso Baby» And you blow I'm still the man to watch Hublot on my left hand or not Soon I step out the booth, the cameras pops Niggas is cool with it 'til the canons pop

Let me upgrade you Audemars Piguet you Switch your neck ties to purple labels

septrième et la huitième, l’argent rentre enfin. La solitude était un «bien» nécessaire. Max Büsser: Je le répète: l’énorme erreur est d’avoir un actionnaire extérieur. Du coup, la motivation change: il faut croître à tout prix et non pas se contenter de s’exprimer au mieux.

POINT DE VUE

Confusions, confusions...

Philippe Dufour: Au départ, tout va bien, tous les investisseurs sont des «mécènes». Au bout de six mois, les mêmes ne s’intéressent plus qu’au retour sur investissement. Max Büsser: Ceci dit, le prix d’entrée est beaucoup plus haut qu’il y a quinze ans. Mais, par contre, des outils qui n’existaient pas auparavant sont maintenant à disposition: internet, les réseaux sociaux. Mais il est vrai aussi que toutes les marques hurlent à pleins poumons à travers ces canaux. Celui qui se contente de chuchoter peine à se faire entendre. L’indépendant est parfois comme le nain derrière le bar. Philippe Dufour: Et il faut quand même avoir les reins solides. J’ai démarré mon activité en 1978, au début j’ai fait de la restauration et des montres pour d’autres. J’ai déposé le brevet de ma Grande Sonnerie en 1992 mais ce n’est qu’en 2003 que j’ai réussi à équilibrer mes comptes. Quelle solidarité entre indépendants? Philippe Dufour: Une des grandes qualités de l’indépendance est dans la solidarité qui nous relie tous, les échanges ouverts, les contacts féconds, les amitiés même et, surtout peut-être, dans la transmission du savoir. Pour moi, c’est une responsabilité fondamentale de l’indépendant. C’est notre rôle: transmettre nos connaissances, et aussi élargir, dans tous les sens du terme. Pourquoi ne pas travailler un jour avec un émailleur chinois ou un maître japonais? Pourquoi ne pas collaborer avec des artistes extérieurs? Il faut mondialiser le phénomène, s’ouvrir, partager. C’est aussi ça l’indépendance. Max Büsser: On fait beaucoup de choses ensemble, entre indépendants. On est potes, on collabore, on s’échange des informations, on travaille ensemble, on expose aux mêmes endroits. Bon, il y a toujours des opportunistes, mais on les débusque assez facilement.

POUR ALLER PLUS LOIN

Sept «case studies» retraçant autant d'épopées contemporaines de marques indépendantes sont à retrouver dans nos éditions anglophones Europa Star 1/15 et Europa Star 2/15.

Relativity de M. C. Escher (1953)

Max Büsser: Ta montre, c’est ton roman.

par exemple (NDLR où Philippe Dufour est considéré comme une sorte de «dieu vivant» de l’horlogerie), il est très important de rencontrer la personne qui a créé la montre. Pas besoin de Georges Clooney qui vienne faire l’intermédiaire. La vraie célébrité est dans le produit, nichée à l’intérieur du boîtier.

PAR

PIERRE MAILLARD

Vague impression d’être à un tournant, qu’une période s’achève sans qu’on sache très bien quels nouveaux horizons s’esquissent derrière la brume environnante… Les incertitudes s’accumulent et s’additionnent, dessinant petit à petit un nouveau paysage encore flou, encore indistinct. Où va l’horlogerie? Tout s’entremêle et porte à confusion: il y a la Chine, cet Eldorado du luxe dont l’étoile pâlit sous la pression grandissante de la campagne «anti-extravagance»; la Russie dont l’économie chancelle et d’où fuient les milliards; il y a aussi cette sourde menace que fait peser la firme à la pomme (dont, soit-dit en passant, la capitalisation boursière atteint 700 milliards de dollars soit 30 ans d’exportation horlogère suisse au niveau de 2014) et cette question: l’Apple Watch balaiera-telle tout ou partie sur son passage? Et puis il y a la Suisse elle-même, qui se retrouve à un tournant: non seulement sa monnaie prend-t-elle l’ascenseur mais avec la fin du secret bancaire, avec des affaires mondialisées comme les SwissLeaks de la HSBC qui ternissent un peu plus sa réputation, la prospérité insolente de ce petit pays est graduellement remise en jeu. A ces questions ouvertes les réponses ou les ébauches de réponses divergent. On a l’impression que ça part un peu dans tous les sens. Après deux décennies de montée en gamme et de prix insolents, la profession s’interroge: peut-on continuer ainsi, à ne s’adresser qu’au 1% de la population mondiale qui détient 50% des richesses mondiales? Certains ont opté pour de nouvelles stratégies, comme TAG Heuer qui donne un coup d’arrêt à sa «haute horlogerie» pour s’adresser en priorité à la jeunesse avec des produits «abordables». Ou, autres exemples, autres symptômes, au cours du der-

nier SIHH tous les observateurs ont noté que la seule marque moyen de gamme du groupe Richemont, Baume & Mercier, semble enfin avoir le vent en poupe et que les efforts d’un Jérôme Lambert chez Montblanc pour proposer des complications à prix abordables sont accueillies avec enthousiasme. Après la folle montée en gamme, le vent semble tourner et une certaine «modestie» devenir de mise. On voit encore toujours de tout, les grosses montres testostéronées n’ont pas encore disparu, les complications continuent à s’empiler et les tourbillons à se multiplier mais une

La profession s’interroge: peut-on continuer ainsi, à ne s’adresser qu’au 1% de la population mondiale qui détient 50% des richesses mondiales? certaine lassitude devant tous ces exploits semble gagner du terrain. Faut-il revenir à plus de mesure? se demande-t-on dans les manufactures. Clairement, le «paradigme» change de nature, une nouvelle période s’ouvre à laquelle il va falloir s’adapter, mais à quelle vitesse ce changement va-t-il s’opérer? Et les plus angoissés de se demander: et si l’horlogerie mécanique était soudainement rattrapée par son obsolescence technologique congénitale? Et si, un beau jour, sa « magie » soudain n’opérait plus auprès des jeunes générations? Confusions, confusions. On se dira pour se rassurer qu’elle en a vu d’autres, la bonne vieille horlogerie. Qu’elle a toujours su redresser la tête. On n’en est pas là, mais le petit poison du doute s’est immiscé, comme un courant d’air froid qui se serait engouffré dans les allées capitonnées du luxe.


NOUVEAUX VISAGES

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Du Kosovo à la Genève horlogère Rexhep Rexhepi

Encore dans sa vingtaine, Rexhep Rexhepi a fondé sa marque Akrivia il y a un peu plus de deux ans. Il retrace les défis de cette aventure. SERGE MAILLARD

A seulement 25 ans, Rexhep Rexhepi s’est lancé dans une aventure audacieuse: lancer sa propre marque horlogère, Akrivia. Sur les quinze élèves de sa volée à l’Ecole d’horlogerie de Genève, il est le seul à avoir osé le faire. Deux ans plus tard, nous le retrouvons pour faire le point sur cette épopée. «Je suis un sentimental, un passionné! Je suis arrivé du Kosovo à l’âge de 12 ans. Quand j’étais encore làbas, mon père travaillait en Suisse et nous ramenait des montres. Cela m’intriguait… Alors, je les ouvrais pour essayer de mieux comprendre. Cela m’a valu quelques réprimandes! Dès que je suis arrivé en Suisse, j’ai su que je voulais faire de l’horlogerie. Au Kosovo, nous n’avions pas de jouets: nous les construisions nous-mêmes. Cela a forgé mon âme de bricoleur!» Avant de se lancer, il sera passé par une autre bonne «école de terrain»: Patek Philippe, où il a été formé et a travaillé durant cinq ans. «Pour créer Akrivia en 2012, j’ai tout investi dans le produit. A la base, je suis horloger, pas vendeur… Au fil du temps, on m’a conseillé sur le marketing, j’ai créé un site inter-

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PAR

net, je me mets de plus en plus à la vente. Il est aussi important de bien communiquer. Mais chez les horlogers, on a un peu le défaut de croire que le produit suffit.» Depuis ses débuts, le jeune horloger collabore avec MHC Manufacture Hautes Complications pour la réalisation de ses modèles. «Certains composants me sont livrés, j’en usine d’autres chez moi. Je décore moimême la totalité des composants et travaille aussi avec un jeune designer.» Rexhep Rexhepi a présenté son premier prototype à Baselworld en 2013. En tout, il a produit douze

pièces, munies de chronographes et tourbillons, toutes issues de la même collection, la «Tourbillon Monopusher Chronograph», disponible dès 147'000 francs. «En ce moment, je suis très concentré sur la fabrication de ma première montre à heure sautante!»

«Hyper confiant» Les clients sont tous des «connaissances indirectes». Pour l’heure, Akrivia n’est pas présent en boutique chez un détaillant. «J’ai de

vraies discussions «en direct» avec les clients potentiels. Je vais les voir pour leur présenter mes produits. Aujourd’hui, je fais aussi du travail de sous-traitance, cela soutient mon activité indépendante.» Rexhep Rexhepi se dit «hyper confiant» pour l’avenir. «Quand j’ai commencé, j’avais un sentiment fantastique. C’est vrai qu’il y a eu un petit creux par la suite. La question, c’est toujours: que faire pour vendre? C’est un défi, mais je compte bien fidéliser ma clientèle avec mes nouvelles pièces!» Présent au dernier salon SIWP (en

marge du SIHH ndlr), il a pu y rencontrer des clients potentiels, mais aussi des revendeurs. «Et j’ai pu échanger avec des horlogers d’expérience et de grand talent! J’ai d’ailleurs engagé des démarches pour rejoindre l’Académie Horlogère des Créateurs Indépendants. J’y ai déjà des parrains.» Et l’aventure devrait se poursuivre en famille: «Mon frère a lui aussi fait un apprentissage d’horlogerie, il va réaliser une expérience professionnelle puis me rejoindre.» A noter que Rexhep Rexhepi sera présent à Baselworld avec sa marque Akrivia.

Sculptures horlogères en tube «Bonjour, je m’appelle Ollivier Savelli, je suis Français, joaillier de formation, meilleur ouvrier de France en 2000, j’ai travaillé pendant 25 ans au développement produits pour de grandes maisons, ma philosophie est celle des Compagnons du Tour de France, soit l’excellence et la transmission, et j’ai décidé de créer ma propre marque, Ollivier Savéo.»

Du courage, il en faut, pour lancer dans le morose climat actuel une nouvelle marque de plus… est-on tenté de penser. Mais à y regarder de plus près, on se dit que les propositions de cet outsider venu de la joaillerie, font montre d’une inventivité et d’une originalité dignes d’intérêt. Le principe: encapsuler de véritables sculptures joaillières dans un

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tube de saphir maintenu entre deux flancs d’or sur lesquels viennent se positionner les cornes du bracelet. Le tube-boîtier de saphir offre une vue spectaculaire sur ce qu’il renferme et protège: motifs floraux sculptés dans la masse qui envahissent un petit cadran décentré (modèle Foliage), papillons folâtrant parmi la végétation (modèle Butterfly), plaque sculptée en forme de crâne baroque (modèle Skull), ou encore, destiné aux heureux possesseurs d’un puits de pétrole, le décoiffant modèle Petroleum qui contient un pipe-line, une pompe et un réservoir transparent destiné à recevoir quelques gouttes du pétrole du propriétaire de la montre. «Je suis parti de zéro, d’une feuille blanche, avec l’idée d’être différent – sans être excentrique, explique Ollivier Savelli. Je mise d’abord sur l’émotion, sur la poésie et mes montres sont

Ollivier Savéo

avant tout des objets d’art qui, en outre, donnent l’heure.» Installée près de Genève, la marque Ollivier Savéo est 100% Swiss made. «Pour l’instant, les mouvements utilisés sont des mouvements existants sur le marché, type ETA 2824 ou 2892, voire Sellita 5300 squeletté, mais mon idée est de progressivement monter en gamme avec des complications horlogères.»

La marque a aujourd’hui presque 6 mois d’existence, ce n’est donc qu’un début mais le non-conformisme de l’offre, son originalité et la qualité artisanale de ses finitions devraient lui ouvrir rapidement les portes de la distribution. C’est ce qu’on peut lui souhaiter. Prix: entre 36'000.- et 55'000.- CHF. Chaque modèle se décline à 35 exemplaires au maximum. (PM)


PORTRAIT DE MARQUE

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Métiers d’art: «Remettre l’église au milieu du village» Thierry Stern, président de Patek Philippe, s’insurge contre la tendance à faire de tout (et parfois de n’importe quoi) un «Métier d’art», sans respect des traditions. Une déferlante qui dénature le vrai artisanat. Rencontre. par

Pierre Maillard

«Métiers d’art… Métiers d’art… Métiers d’art…» Tout le monde semble avoir désormais ce mot à la bouche, tel un sésame qui ouvrirait les portes de la renommée. En quelques années, les Métiers d’art sont devenus la nouvelle frontière de l’horlogerie. Alors qu’on disait ces métiers en voie de disparition accélérée, surgissent de partout des émailleurs, des graveurs, des peintres en miniature, des marqueteurs de paille, des plumassiers et autres spécialistes de la mosaïque de pierre ou de la broderie sur cadrans… «J’aimerais remettre l’église au milieu du village», nous dit d’emblée Thierry Stern. Face à cette déferlante, le jeune patron de Patek Philippe a en effet décidé de sortir du bois et de dire haut et fort ce qu’il pense de ce regain d’intérêt pour des artisanats qu’il connaît fort bien. Et pour cause. Car depuis toujours, soit dès ses origines, et sans interruption, donc depuis maintenant 175 ans, Patek Philippe a eu recours à des maîtres artisans pour créer des pièces d’exception, gravées, peintes, émaillées… Et ce sans le clamer partout haut et fort, dans la discrétion voire même, selon les périodes historiques, pour le seul intérêt de préserver à tout prix des savoir-faire auxquels plus personne ou presque ne semblait s’intéresser. «Nous n’avons jamais cessé de produire des pièces ornées même durant les périodes les moins favorables à l’artisanat d’art. A nos yeux, il a toujours été indispensable de continuer à donner du travail aux artisans pour que leurs métiers ne disparaissent pas, nous explique Thierry Stern. Au cours de certaines de ces périodes, nous avons eu jusqu’à 80 pendulettes Dôme en stock et lorsqu’on sait qu’une seule de ces pendulettes demande de quatre à six mois de travail et que nous en produisons en moyenne de dix à quinze au maximum par année, on peut imaginer ce qu’un tel stock représentait non seulement en valeur patrimoniale mais aussi en savoir accumulé.» En 175 ans de pratique de l’émail ou de la gravure, Patek Philippe a amassé «un bagage assez colossal, il faut l’avouer, poursuit Thierry Stern, et les artisans aiment ça car ils savent que non seulement nous travaillons à long-terme mais que notre niveau d’exigence est des plus élevés au monde. Chaque pièce doit être parfaite, de rang muséal.

Aube sur le lac, réf. 993/100G

Certaines, d’ailleurs, ne sont tout simplement pas mises en vente mais rejoignent aussitôt nos collections et prennent place dans notre Musée Patek Philippe de Genève.»

«Une grande confusion» Si Thierry Stern a ainsi décidé de sortir du bois et de parler haut et fort des Métiers d’art selon Patek Philippe, c’est qu’à ses yeux «une grande confusion règne en ce moment sur ce terrain. On ne peut pas s’inventer émailleur ou peintre miniature. Accéder à ce statut est le résultat d’un long cheminement, de complexes apprentissages. A mes yeux, une solide formation historique et artistique est indispensable à qui veut exercer ce métier. Les émailleurs qui travaillent pour nous doivent être parmi les meilleurs au monde. Or aujourd’hui, comme ces Métiers d’art ont la cote, on rencontre beaucoup de jeunes gens qui s’inventent émailleurs sans pleinement posséder les arcanes du métier. Or, il y a émail

et émail, tout n’est pas comparable. Il existe aujourd’hui des ateliers dont les artisans travaillent quasiment à la chaîne, chacun appliquant une couleur tandis qu’un tiers prépare le cloisonné. Or, si l’on tient à la règle de l’art, on ne peut pas oeuvrer ainsi, sans tenir véritablement compte des matières sur lesquelles ont travaille, en ignorant

les compatibilités chimiques entre les couleurs, en ne maîtrisant pas du bout des doigts les feux ni leurs alchimie. Sans compter sur le talent spécifique et les goûts stylistiques de chaque émailleur digne de ce nom. Mais les clients intéressés ne s’y trompent pas. Ils savent apprécier la véritable profondeur des couleurs, leurs accords, leur subtilité presque organique, la qualité des fils d’or employés, la maîtrise et la souplesse graphique de leur mise en forme, le style… Autant de paramètres qui font la différence.»

Creuser la veine traditionnelle Sandrine Stern, épouse de Thierry Stern, est directrice de la création de Patek Philippe. Elle est notamment en charge de toutes les pièces d’art qui sont ensuite individuellement agréées par le directoire de la manufacture familiale. Elle nous détaille les processus de ces créations de haut artisanat. «Tout commence à la main, par des dessins préparatoires. Ces dessins

permettent aussi de déceler et de choisir les techniques exactes qui seront employées, voire les mélanges de techniques alliant les différentes formes de l’émail et de la peinture miniature mais aussi la gravure, le sertissage. Puis ces dessins, il faut les mettre en forme, les adapter que ce soit à la forme particulière des pendulettes Dôme ou à celle des montres

de poche ou de bracelet. Boîtier et décoration doivent s’accorder au plus près, avec tact et subtilité.» L’inspiration de ces dessins préparatoires peut venir de partout, comme, au jour de notre rencontre, d’une simple mais délicieusement ornée carte de remerciements envoyée par un détaillant. Mais la source d’inspiration centrale reste le Musée Patek Philippe et les nombreux trésors de son fonds d’exception. Paysages lacustres, odes à la nature, animaux exotiques, oiseaux de toutes couleurs, motifs floraux, volutes, ornementations, portraits… Une diversité étonnante, d’une grande richesse, qui témoigne de la longue et splendide histoire de l’émail genevois. Loin de se tarir, cette veine traditionnelle aux motifs très décoratifs s’est poursuivie sans interruption jusqu’à nos jours. «Nous privilégions toujours cette approche traditionnelle car nos pendules et nos montres doivent rester pérennes et ne sauraient donc céder à un quelconque air du temps, par définition passager. Mais reste que chaque génération apporte ses idées nouvelles, ses techniques un peu différentes et

la recherche se poursuit sans cesse. Mais nous nous devons avant tout de faire des pièces qui durent dans le temps, qui s’en échappent.»

Des «artistes jaloux de leurs façons de faire» A l’intérieur de ce cadre à la fois formel et artisanal, se déploie cependant une très grande variété, variété stylistique, variété artisanale car, comme le souligne toujours Sandrine Stern, «chaque émailleur, chaque peintre de miniature a son goût, ses inclinaisons, ses spécialités, ses secrets. Nous travaillons au total avec une vingtaine d’émailleurs différents qui, à eux tous, combinent tant de savoir-faire accumulé et envers qui nous sommes engagés dans le long terme. Une partie d’entre eux travaillent dans nos locaux mais nombre de ces artisans sont des artistes à part entière, jaloux de leurs façons de faire, farouches indépendants, défenseurs de leur style – ce que nous reconnaissons pleinement car chacune de nos pièces est signée par l’artiste qui l’a réalisée. Mais tout passe et tout est contrôlé par notre équipe interne dont l’expertise se nourrit quotidiennement de nos 175 ans d’histoire et de pratique de ces arts.» «Ils apprécient et écoutent ce qu’on leur demande, car nous n’exigeons jamais l’impossible, intervient Thierry Stern. C’est en toute connaissance de cause des limites et des difficultés inhérentes à leur art, que nous leur demandons d’aller au plus loin qu’ils peuvent. Ils sont conscients qu’ils ont en face d’eux une équipe de professionnels qui savent exactement de quoi ils parlent, qui vont suivre leur travail, les épauler, les accompagner. Ils savent aussi que cette relation s’établit dans la durée. Et de ce point de vue, la pérennité familiale de l’entreprise est un garant chaudement apprécié contre les aléas du marché.» Reste la rareté de ces pièces, indissociable de leur caractère unique car elles sont toutes le produit individuel de la main qui les a façonnées. «Cette pénurie si j’ose dire est effectivement un problème, mais un bon problème à avoir, dit Thierry Stern en souriant. Cela crée certes de la frustration qu’il faut apprendre à gérer quand, par exemple, nous avons sorti la Sky Moon Tourbillon qui combinait boîtier gravé comme une sculpture et cadran en émail cloisonné et champlevé. Pour 75 pièces, nous avons reçu 650 demandes, c’est dire. Mais là-dessus nous ne pouvons pas tergiverser. Augmenter la production? Mais ce serait automatiquement baisser en qualité, ce à quoi nous nous refusons obstinément.» Pérennité, quand tu nous tiens…


PORTRAIT DE DÉTAILLANT

EUROPA STAR PREMIÈRE | 25

«En Suisse, les marques horlogères vont revenir vers les détaillants»

par

Serge Maillard

A Vevey, ils règnent en maîtres de l’horlogerie, avec leurs deux boutiques situées sur la place la plus centrale de la ville, face au lac. Aujourd’hui, il est pratiquement impossible d’acheter une montre dans la commune de la Riviera vaudoise sans passer par leurs échoppes! Bienvenue chez les Meylan, horlogers depuis six générations, originaires de la Vallée de Joux, descendus en plaine, d’abord à Lausanne, avant de se faire détaillants horlogers à Vevey en 1990. Europa Star Première a déjeuné avec Julien Meylan, 32 ans, qui dirige aujourd’hui l’entreprise familiale avec son frère Yannick et leur père Lionel, qui a ouvert la première boutique à Vevey et dont la société porte le nom. «A l’époque, il a commencé par faire le tour de la ville, il a noté toutes les marques qui n’étaient pas en vitrine et est allé les commander à Baselworld!», rappelle le jeune directeur. Installés à Vevey depuis 25 ans, les détaillants se sont permis l’an passé une escapade hors des murs en ouvrant une troisième boutique au Glacier 3000 des Diablerets. Leurs efforts ont aussi récemment livré un beau fruit: depuis décembre dernier, Rolex et sa petite sœur Tudor sont présentes en vitrine. «Nous gérons tout en famille. C’est une force d’être trois, car chacun amène une vision un peu différente. Nous nous faisons avancer mutuellement.» Rencontre autour d’une paella. Etes-vous allés à Rolex? Ou Rolex est venu à vous? Il est vrai que certaines marques nous contactent spontanément (rires). Dans le cas de Rolex, cela faisait depuis nos débuts comme détaillants à Vevey, en 1990, que nous souhaitions accueillir leurs montres.. Ils ont choisi de venir chez nous l’année dernière car ils apprécient la région que nous couvrons, la

Vous devez tout de même subir certaines pressions sur la présence en vitrine. Comment arbitrez-vous les emplacements? Les marques ont souvent les mêmes désirs: il faudrait avoir un seul espace en vitrine et qu’elles soient toutes au même endroit! Dans nos choix en vitrine, nous veillons à assurer un tournus régulier, afin de contenter tout le monde. Par le dialogue, on arrive toujours à trouver une solution.

dynamique et le savoir-faire de notre point de vente. C’est une belle reconnaissance de notre travail! Qui sont vos clients?

Sur la décennie écoulée, quelle a été la principale évolution dans le comportement des clients? Ils sont beaucoup mieux informés et déterminés sur ce qu’ils veulent, grâce à internet. Auparavant, ils désiraient acheter «une montre». Aujourd’hui, en entrant dans la boutique, ils ont déjà une idée très précise du modèle qu’ils veulent, voire même la référence exacte. Au point qu’il peut même arriver qu’un client en sache un peu plus que nous sur tel ou tel modèle! Ces cas sont rares, je vous rassure (rires). Nos vendeurs peuvent présenter une Victorinox comme une Breguet. Justement, comment formez-vous vos vendeurs, avec un catalogue qui s’étend d’année en année? En revenant de Baselworld, je leur fais une présentation des nouveautés des salons. L’idéal serait bien sûr de les y emmener, mais la boutique doit rester ouverte… Par ailleurs, les marques horlogères organisent des formations à notre intention, d’une durée moyenne d’une journée. Pour Rolex, c’était davantage: deux jours complets à Genève. Et pour notre horloger, trois semaines!

Quel bilan tirez-vous de 2014?

DR

Nous avons toujours travaillé en priorité avec une clientèle locale. Nous avons la chance d’avoir des clients fidèles, qui sont dotés d’une vraie culture horlogère. Aujourd’hui, nous attirons également des touristes chinois, indiens, russes ou britanniques, principalement dans notre boutique du Glacier 3000 aux Diablerets. Notre cœur de cible est vraiment local.

Julien Meylan

sommes actifs sur le marché suisse, nous sommes proches des manufactures et nous avons la possibilité de communiquer aisément avec elles. Nous sommes connus pour notre sérieux, mais aussi pour notre franchise. Nous faisons savoir quand une pratique ne nous plaît pas. Par exemple? Certaines marques font des séries limitées destinées uniquement à leurs propres boutiques, afin d’y attirer la clientèle. Nous acceptons parfois mal d’être des «demi-agents»: lorsque nous sommes agents d’une marque, nous devrions avoir accès à tous ses produits. Dès lors, certains de nos clients se retrouvent pénalisés, car ils ne vont pas dans la boutique de la marque. Ce «désintérêt» de l’industrie pour les détaillants est-il, selon vous, cyclique ou durable? Je pense que les marques vont revenir vers les détaillants, à condition que la chaîne de valeurs soit préservée jusqu’au client final, Quand le représentant d’une marque doit venir annoncer à un détaillant suisse qu’il ne pourra plus la vendre dans son échoppe, je vous garantis que c’est un vrai crève-cœur. Mais les profession-

Elles entendent clairement avoir plus de contrôle sur la vente de leurs produits. Les marques ont beaucoup réduit leurs points de vente ces dernières années, elles ont quitté un certain nombre de détaillants tout en ouvrant leurs propres boutiques à travers le monde. Il y a eu un «nettoyage» qui était peut-être nécessaire dans certains cas. Mais ce désir de contrôle va parfois un peu loin. Heureusement, vu que nous

Nous acceptons parfois mal d’être des «demiagents»: lorsque nous sommes agents d’une marque, nous devrions avoir accès à tous ses produits. nels doivent avoir une vraie connaissance horlogère, un savoir-faire et du réseau. Il ne faut pas oublier que les boutiques monomarques ne s’adressent généralement pas à la même clientèle que les détaillants. Un client qui vient chez nous, même s’il a un modèle spécifique en tête, apprécie d’avoir le choix. Parfois, au sein de l’assortiment de la marque privilégiée, parfois dans le cadre d’une même famille de complications. En tant que détaillants, nous sommes complémentaires aux boutiques monomarques. A l’étranger, en revanche, les choses sont différentes: un détaillant est peut-être plus difficile à gérer qu’une boutique en nom propre. Vous avez aujourd’hui une trentaine de marques dans votre catalogue. Une manière d’assurer votre indépendance?

Cela a été une excellente année. Nous sommes en progression. L’année a été couronnée par l’arrivée de Rolex et Tudor. Et nous avons toujours réinvesti les bénéfices. Les marques apprécient notre dynamique. Nous ne nous contentons pas de vendre des montres, ce qui serait insuffisant aujourd’hui. Nous organisons des événements et des expériences spéciales autour des ventes. Par exemple? Chaque fois qu’un client achète une montre Breitling, mon père, qui est pilote, l’emmène faire un tour en avion. Les clients veulent moins venir avec moi, qui suis parachutiste (rires). Par ailleurs, une grande valeur ajoutée réside dans les visites de manufactures que nous organisons régulièrement pour nos clients. La manufacture de Jaeger-LeCoultre, par exemple, est très intéressante, car nous ne sommes pas derrière des vitres et pouvons observer de très près un travail artisanal. Chez Omega, c’est tout aussi intéressant, tout en étant très différent: on voit tout le côté industriel et ultra-moderne de la production horlogère. Enfin, nos boutiques étant équipées d’établis où nos horlogers travaillent toujours, nous proposons des cours d’initiation à l’horlogerie ou la gemmologie. C’est utile, car les clients comprennent non seulement comment fonctionne leurs montres, mais aussi pourquoi cela prend parfois du temps de les réviser… Le catalogue de Lionel Meylan SA Omega, Hublot, Breitling, Jaeger-LeCoultre, Piaget, Longines, Chopard, Tudor, Girard-Perregaux, Dinh Van, Piero Milano, Michel H, Oris, Victorinox, Rolex, Breguet, Zenith, IWC, Bulgari, Corum, Ulysse Nardin, Pomellato, Serafino Consoli, Morganne Bello, Sevenfriday, Tissot, Frédérique Constant, Alpina, Cartier, Hermès, IsabelleFa

Parallèlement, quelles évolutions dans le comportement des marques?

DR

Franc fort, relations avec les marques, comportement des clients: le détaillant veveysan Julien Meylan dévoile le quotidien d’un magasin horloger multimarques.

Oui, notre assortiment est bien réparti entre Swatch Group, LVMH, Richemont et les marques indépendantes. Pour nous, il s’agit principalement de pouvoir offrir à notre clientèle une offre intéressante et variée.

Lionel Meylan SA Place du Marché 4 / 1800 Vevey Tél.: +41 21 925 50 50 www.lionel-meylan.ch


CONSEILS & SERVICES

26 | EUROPA STAR PREMIÈRE

Cas pratique: quand un démolisseur devient horloger!

Horlogerie: des clés pour recruter intelligemment

par

Vincent Chevalley, directeur

de manpower pour la région de genève

Les belles mécaniques horlogères suisses suscitent plus que jamais la fascination et la passion dans le monde entier. Symbole de réussite et de prestige, l’horlogerie sait inspirer et fidéliser ses clients et futurs clients. Mais pour assurer sa pérennité, elle doit aujourd’hui apprendre à charmer également ses employés et futurs employés. Le marché du travail en Suisse fait face à des défis contextuels, tels que les départs à la retraite des babyboomers, et des défis conjoncturels, comme la votation du 9 février 2014 sur l’immigration avec, pour conséquence, une réduction draconienne du nombre de talents à disposition. Comme d’autres secteurs d’activité, l’horlogerie doit s’adapter à cette situation, qui pourrait, si elle s’accentue, entraver son développement. Face à un bassin de l’emploi asséché, où trouver les polisseurs, les horlogers rhabilleurs, les décorateurs horlogers, les opérateurs de demain?

Identifier les «profils modulables» Dans un domaine dont le «trésor» est constitué de traditions et de savoir-faire, l’approche habituelle du recrutement repose sur une évaluation minutieuse des compétences et de l’expérience. Les compétences sont attestées par des diplômes, des

filières de formation éprouvées. L’expérience, quant à elle, s’acquiert au fil des années de pratique. Il existe néanmoins un troisième axe de recrutement, qui est parfois négligé dans le domaine horloger: celui du profil modulable ou l’exploration du potentiel des candidats. Pour Priscilla Garcia, responsable du secteur horloger pour la région de Genève chez Manpower, «les manufactures disposent de leviers pour lutter contre la pénurie des talents: une meilleure exploration des talents internes couplée avec des recrutements davantage axés sur les potentiels que sur les compétences ou expériences acquises».

Le potentiel plutôt que l’expérience A l’interne, repérer chez ses employés une facilité à s’adapter au changement, une aisance au moment d’intégrer une nouvelle équipe ou un sens développé de l’initiative peut conduire à un projet de progression interne, verticale ou horizontale, moyennant un plan de développement individualisé. Une telle proposition peut enclencher un cercle vertueux, car elle stimule la motivation et la loyauté du collaborateur. Autre effet secondaire bénéfique, cela contribue fortement au renforcement de la marque employeur et à l’attractivité de celle-ci. En matière de recrutement, on peut également examiner les dossiers des candidats du point de vue du potentiel plutôt que sous l’angle des com-

très bons résultats. Proposé à une manufacture de la place, il a débuté par une mission temporaire aux spirales. Il n’a pas fallu longtemps pour qu’il comprenne l’enjeu de l’exactitude d’un mouvement et la grâce d’une complication. Sa candidature improbable est rapidement devenue une évidence pour lui comme pour la manufacture qui l’emploie désormais. * prénom d’emprunt

A l’interne ou à l’externe Partenaire de longue date de manufactures horlogères, Manpower a développé une approche du recrutement basée sur l’identification des aptitudes clés requises par les métiers horlogers. La définition de protocoles permettant d’évaluer les aptitudes selon les standards propres à l’horlogerie ouvre la sélection à des candidats issus d’autres secteurs. Les connaissances, les compétences, les valeurs et la personnalité du postulant sont également prises en compte. Ces protocoles vont révéler les candidats à fort potentiel et pourront servir de base à l’élaboration du programme de formation ciblé qui sera mis en place pour les intégrer à l’univers de l’horlogerie. Cette méthode, largement éprouvée pour le recrutement externe, peut aussi être employée pour identifier les talents potentiels parmi les collaborateurs internes à l'entreprise. Un programme de détection et de gestion des talents constitue alors un levier de performance permettant de valoriser les collaborateurs à fort potentiel et de mettre à profit leur engagement à long terme pour la société.

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Epauler les sociétés pour qu’elles réussissent à l’international: la Poste, c’est aussi cela! La Poste fait beaucoup plus que ce qu’on imagine. Nous proposons des solutions d’expédition sur mesure aux sociétés actives à l’international. Qu’il s’agisse de lettres, de petites marchandises, d’imprimés ou de publipostages, nous vous garantissons la qualité suisse. Saisissez les opportunités de croissance qui s’offrent à vous et franchissez les frontières grâce à la Poste: poste.ch/dynamique-jaune

Le Demolisseur de Paul Signac (1896-1899)

Comment répondre efficacement à la pénurie de talents? En se concentrant, avant le critère de l’expérience, sur le potentiel de chaque personne – même si celle-ci est issue d’un autre secteur que l’horlogerie.

pétences pures ou de l’expérience. En effet, certaines aptitudes-clés requises par les métiers horlogers peuvent être développées dans d’autres environnements professionnels et transposées; les reconnaître permet d’élargir le bassin de talents disponibles. Une telle ouverture demande un peu d’audace et un plan de formation personnalisé pour pouvoir intégrer le candidat. Si cette posture fait partie d’une stratégie durable de gestion des talents, elle permet aux manufactures horlogères de gagner en agilité et en flexibilité.

Robert* est démolisseur. Il est grand, fort et habitué aux conditions rudes du chantier. Nul doute qu’il n’aurait jamais eu l’idée de postuler dans une manufacture horlogère et, s’il l’avait fait, il en serait ressorti bredouille. Suite à un accident de travail, Robert s’est cependant retrouvé au chômage. L’office régional de placement l’invite à passer les tests horlogers de Manpower, partenaire de l’institution. Robert obtient de


INNOVATION HORLOGÈRE

EUROPA STAR PREMIÈRE | 27

A près de 80 ans, il invente un régulateur révolutionnaire Serge Maillard

Pierre Genequand, 77 ans, arrive dans nos bureaux avec une montre CFF au poignet et des idées plein la tête. Combien de fois, déjà, l’a-ton comparé dans sa vie au professeur Tournesol…! C’est un toucheà-tout: «J’ai longtemps hésité entre une carrière dans la musique – il joue encore aujourd’hui au piano – ou la technique. Finalement, j’ai fait un doctorat au Poly de Lausanne, puis travaillé dans un laboratoire de physique du solide; en réalité, nous travaillions surtout sur le vide et l’ultra-vide!» Il y développe notamment un «spectromètre de masse pour l’analyse gazeuse» (difficile, parfois, de saisir ce qu’il entend – mais ça a l’air sérieux!). A côté de ses laboratoires successifs, l’ingénieur physicien innove: avec son frère, il a inventé un bateau à aile sous-marine, puis dans les années 1970, avec un collègue, un panneau solaire avec des fibres de verre collées sur un alliage de cuivre. «Cela permettait un mini-«effet de serre» isolant. Mais le développement du solaire a été freiné quand le prix du pétrole est redescendu…» L’essentiel de sa carrière, il l’a faite au Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) de Neuchâtel, d’où il a pris sa retraite en 2002. «En partant, j’avais un seul regret: ne pas avoir travaillé pour l’industrie horlogère, qui est si importante dans la région.» Treize ans plus tard, il ne peut plus nourrir ce regret: un régulateur «Genequand» est actuellement développé par Vaucher Manufacture, en collaboration avec le CSEM et bien sûr… Pierre Genequand. «Au fond, je n’avais pas de culture horlogère, mais c’est peut-être mieux ainsi!» Comment en est-il arrivé là? «Au CSEM, on parlait de la montre du 21ème siècle, j’avais en tête quelques idées, mais qui ne s’étaient pas concrétisées. Je me suis dit que

s’il y avait quelque chose qui posait encore problème en horlogerie, c’était bien la déperdition d’énergie liée aux frottements et aux mouvements de balanciers. J’ai promis au CSEM de revenir vers eux si je trouvais quelque chose.»

Silicium et articulations flexibles Le «retraité actif» ne chôme pas: dès 2004, il sonne à la porte du centre neuchâtelois, maquette sous le bras. Dix ans de travaux seront nécessaires pour parvenir à produire un premier prototype de mécanisme 1:1, c’està-dire miniaturisé et adapté à une montre. Le régulateur Genequand est le fruit de deux principaux éléments: d’une part l’utilisation du silicium; d’autre part, celle des «articulations flexibles». Le silicium, d’abord: «Je connaissais bien ce matériau, car il était de plus en plus utilisé dans les circuits électroniques depuis les années 1970. A partir du milieu des années 1990, il a été employé en micro-mécanique. Un des défis consistait à supprimer les effets de dilatation thermique de la matière pour pouvoir l’intégrer dans des montres. Le silicium est difficile à traiter, car il est très cassant. Mais si on sait l’usiner, il permet de réduire considérablement les frottements internes: quand on le contraint et qu’on le relâche, il revient à sa position exacte.» L’autre point central de ce projet, ce sont les articulations flexibles: «Au CSEM, nous avions travaillé sur les «flextec» dans des projets liés à la fibre optique ou au domaine spatial, mais jusqu’alors pas en lien avec la micro-mécanique en silicium. L’avantage des articulations flexibles: elles suppriment les effets de frottement et les besoins de lu-

Matthieu Spohn / CSEM-VMF 2015

par

Pierre Genequand et son régulateur

brification.» La conjonction de ces deux techniques a permis d’aboutir au régulateur actuel.

Meilleur rendement Dans ce projet, le physicien s’est concentré sur le «facteur qualité», qui est inversement proportionnel à la déperdition d’énergie. «Si l’on prend

le balancier seul (sans qu’il soit entravé par l’échappement) et que l’on calcule l’amplitude des oscillations, on obtient ce facteur qualité. Dans une montre mécanique classique, ce facteur se situe entre 100 et 200. Dans notre prototype, il dépasse les 1'000!» Mais comme l’amplitude du balancier est plus faible, il faut compenser avec une augmentation des fréquences: «Si l’on diminue l’ampli-

tude d’un facteur 10, il faut augmenter la fréquence d’un facteur 3 pour produire la même accélération. A la base, ce n’étaient que des calculs. Mais ils se sont concrétisés.» Outre le balancier, Pierre Genequand a aussi travaillé sur l’échappement: «Nous sommes passés de 40% à 80% de rendement grâce à une nouvelle configuration basée sur un système pas utilisé aujourd’hui, l’échappement à contact permanent. Au moment où ce mécanisme transmet la force de la roue d’échappement à l’ancre, il se produit un «effet couteau»: le mécanisme roule autant qu’il frotte. Cela réduit globalement les frottements d’appui.» Au final, alors que la réserve de marche sur une montre mécanique standard est d’environ 8 jours, l’invention de Pierre Genequand, présentée en septembre 2014, permet d’atteindre le mois et demi. «Je doutais qu’on puisse un jour miniaturiser ce mécanisme dans un boîtier de montre! Un tel projet, c’est un travail de groupe, avec notamment des spécialistes du silicium, de l’usinage et de l’horlogerie», tient à rendre hommage le physicien. Vaucher Manufacture a intégré le projet industriel dès 2007. La commercialisation de ce régulateur se fera donc probablement sur des modèles Parmigiani Fleurier. «Il faudra encore quelques années pour optimiser le mécanisme, prévient Pierre Genequand. Il s’agit notamment de réaliser un bon système antichocs, mais aussi d’apprendre à bien manipuler le silicium si l’on veut produire à plus grande échelle.» Le CSEM et Pierre Genequand continuent de soutenir Vaucher Manufacture dans cette mission d’industrialisation. «Je suis très honoré qu’on ait proposé de donner mon nom à ce régulateur, poursuit le physicien. J’ai passé ma vie à inventer des choses, et à près de 80 ans, j’observe un retentissement que je n’ai jamais connu auparavant!»

Trois questions à… Mario El-Khoury, directeur général du CSEM

«Si nous étions horlogers, nous n’aurions pas inventé le régulateur Genequand!» propos recueillis par Serge

Maillard

Sous quelles formes collaborezvous avec l’industrie horlogère (partenariats public-privé, financements de recherches, jointventures, spin-off)? Le CSEM lui-même est un exemple de partenariat public-privé réussi! Environ un tiers de nos revenus provient de la Confédération, qui finance le développement de technologies que nous mettons à disposition de l’industrie. La mission du CSEM est d’améliorer la compétitivité de l’industrie suisse. Cela veut dire que

nous sommes au service de grands groupes industriels autant que de petites manufactures. Nous savons nous adapter et réaliser des mandats en partenariat individuel ou projet collaboratif, en fonction de ce qui fait le plus sens pour le client. Beaucoup de nos partenaires travaillent sur des projets européens et nous avons contribué à créer une quarantaine de start-ups ces dernières années. Notre modèle d’affaires repose sur la mise à disposition de plateformes technologiques, innovantes, très génériques, et de les adapter au cas par cas, en fonction des spécificités requises par chaque branche.

Quel avantage l’industrie horlogère a-t-elle de confier un mandat au CSEM ? Si nous étions des horlogers, nous n’aurions jamais inventé le régulateur Genequand! (rires). Ce que je veux dire par là, c’est que c’est précisément parce que nous maîtrisons différentes technologies dans différents secteurs que nous sommes en mesure d’apporter des solutions innovantes et originales à nos partenaires. Nous n’hésitons pas à faire appel à des compétences largement acquises dans un domaine particulier pour les adapter à d’autres

champs d’application. Ce qui fonctionne dans une branche peut tout aussi bien fonctionner dans une autre entreprise, dans un autre domaine. Il ne faut pas avoir peur de sortir des schémas convenus, de penser «out-of-the-box» et oser les transferts et les transpositions. Quelles ont été les innovations les plus importantes apportées à l’industrie horlogère par le CSEM? En 1967 déjà, l’un des «ancêtres» du CSEM, le Centre Electronique Horloger CEH, avait lancé la toute première montre électronique, la

montre-bracelet à quartz Beta 1. Depuis sa création en 1984, le CSEM a toujours perpétué la tradition d’innovation et la maîtrise du «tout petit» au service des horlogers. Avec les années, de nouvelles compétences ont enrichi l’offre, que ce soit avec des composants d’avant-garde permettant d’accroître la précision et la fiabilité ou avec des connaissances pointues en systèmes à basse consommation pour optimiser la gestion de l’énergie. Je pense bien sûr au silicium, un matériau bien connu et largement utilisé en microélectronique, et aussi à des matières encore plus innovantes comme le Silinvar.


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CULTURE HORLOGÈRE

28 | EUROPA STAR PREMIÈRE

WAG, une galerie horlogère à Genève PAR

SERGE MAILLARD

«Ici, personne n’a de background horloger!, prévient d’emblée Philippe Sitbon. Nous sommes tous des volontaires organisés en association à but non lucratif. Sinon, nous serions une simple boutique.» C’est pour «transformer en réalité le concept un peu vaporeux d’art horloger» que la Watches Art Gallery (WAG) a ouvert ses portes en janvier au centre-ville de Genève. «Nous y tiendrons régulièrement des expo-

sitions sur le 12ème art. C’est un lieu de rencontre, d’échanges, d’initiation. Nous voulons convaincre que l’horlogerie est un art à part entière.» Derrière la galerie, on trouve la nouvelle association International Horological Art Federation (IHAF), dont Philippe Sitbon est le président. Actif jusqu’alors dans le «business social» en France, ce dernier a tout claqué et décidé de se consacrer entièrement à l’art horloger. «J’étais épuisé. J’ai tout liquidé en six mois. Et là, la passion de l’horlogerie, qui me te-

naillait depuis que j’étais adolescent, a repris le dessus! Je trouvais que les plus belles montres étaient faites par des horlogers dont on ne parlait jamais. J’ai eu envie de les regrouper.»

Sept expositions en 2015 Il commence par établir une liste de 965 montres mécaniques, «très précisément», puis les analyse selon trois critères: forte personnalité;

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DR

En janvier, un espace dédié à l’«art horloger» a ouvert ses portes au centre-ville de Genève. Rencontre avec son initiateur, Philippe Sitbon, qui veut réunir 65 marques sélectionnées pour leur intransigeance horlogère.

Philippe Sitbon

mouvement conçu par un créateur horloger (et si possible, complications maison); troisième critère: répondre à ces deux critères! Au final, il retient une «shortlist» de 65 marques représentatives de cet art horloger qui lui tient à cœur: «J’ai pris mon baluchon et je suis allé les voir une à une. Ce qui est beau, c’est l’aventure humaine que l’on trouve dans les montres, découvrir comment elles sont nées: c’est cela que l’on appelle l’art.» A terme, la WAG, «parrainée» par Jean-Marc Wiederrecht et Denis Asch, s’est fixée comme objectif d’exposer les montres de l’ensemble de ces 65 marques. «Pour nous, il y a zéro bénéfice. Mais tous les frais sont payés par les exposants euxmêmes.» En marge du SIHH, la galerie a ouvert ses portes à neuf premières marques (dont Maîtres du Temps, Frédéric Jouvenot, Julien Coudray ou encore Louis Moinet). «Les expositions, dont la première porte sur le tourbillon, réuniront toujours plusieurs marques. En 2015, il y aura sept expositions dans notre galerie. Elles ne réuniront pas forcément que des petites marques: il y a des marques de grande taille qui font aussi un travail extraordinaire! Mais sous sommes volontairement très sélectifs.»

Tables rondes et initiations

6 Editions 164 Countries The whole watchmaking world! International reports - business facts, analysis & figures www.europastar.com facebook.com/worldwatchweb

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Outre les expositions, la galerie organisera d’autres activités pour «convaincre le commun des mortels que l’horlogerie est un art à part entière». Parmi celles-ci, des rencontres avec les maîtres-horlogers, mais aussi des ateliers d’initiation, en collaboration avec le Centre de formation en horlogerie (CFH) «Les participants pourront choisir une boîte de montre, un cadran, des aiguilles et assembler leur montre «own made». Tout cela à un prix abordable, moins de 1'000 francs.» Des tables rondes réuniront aussi politiciens ou académiciens, à côté des horlogers. Le premier sujet: l’introduction de l’initiation à l’horlogerie dès la maternelle… «Pour former la relève et identifier les talents, il faut commencer dès 6 ans! La Suisse ne doit pas perdre sa pépite horlogère.» WAG Rue de Chantepoulet 19 1201 Genève Tél.: 022 732 53 53 www.wag-geneva.org


CULTURE HORLOGÈRE

EUROPA STAR PREMIÈRE | 29

L’horlogerie artisanale se mécanise aussi. Tant mieux! ment où le temps s’affichera sur les appareils électro-ménagers, la télévision, puis sur les ordinateurs et les téléphones portables.

L’histoire de la production de montres est celle d’un lent remplacement de la main par la machine. Mais certains conçoivent toujours, à tort, l’horlogerie artisanale comme devant être purement manuelle. Rétrospective.

AUPRÈS DE LA

Le besoin crée l’outil spécialisé. Apparues à l’époque de la Renaissance, les premières montres sont l’œuvre de Maîtres horlogers qui excellent dans l’art de la serrurerie. Compas, étaux, bocfils, drilles et tours à archet, marteaux et limes constituent l’essentiel de leur outillage. Les mouvements sont produits à l’unité avant d’être insérés dans des boites réalisées et décorées par des spécialistes. Ornementales avant tout du fait de leur imprécision, elles marquent la puissance, la richesse et la modernité de leurs propriétaires à une époque où porter l’heure sur soi n’est pas encore une nécessité. Au 17ème siècle déjà, certaines commandes passées auprès des horlogers genevois Abraham Arlaud et JeanAntoine Choudens laissent à penser que de petites séries de montres comportaient des calibres identiques permettant une production selon des techniques répétitives. Les progrès scientifiques et techniques obtenus au 17ème siècle et notamment l’invention en 1675 du balancier-spiral par Christian Huygens, rapidement utilisé par tous les grands horlogers de l’époque, fait passer la précision de la montre de 30 à 40 minutes par jour à 4 ou 5 minutes. La demande pour de tels garde-temps devenus plus utiles ne tarde pas à s’accroitre. Pour y faire face, le monde horloger se dote d’outils performants et procède à une organisation poussée du travail. L’ingénieur suédois Christopher Polhem invente les fraises à tailler les roues dentées. Les machines à fendre les roues et à tailler les fusées ainsi que celles à raboter et à replanter apparaissent. Les horlogers abandonnent progressivement la fabrication de leur propre outillage au profit d’instruments spécialisés réalisés par des faiseurs MONTRES SUISSES & HIP-HOP

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But that's the zone that we left in Bentleys, Porches, Piaget watches

d’outils professionnels. En parallèle, la production de montres selon la division du travail fait son apparition. L’ensemble de ces avancées conduit à des gains de productivité substantiels.

Le triomphe de la machine au 18ème siècle La Révolution industrielle est la conséquence de l’invention de la machine à vapeur par James Watt en 1769. Celle-ci sera progressivement adaptée, entre autres, aux machines de production. Dans le monde horloger, le loclois JeanJacques Jeanneret-Gris tente, en 1765, de produire des mouvements standards bruts à l’aide de machines de son invention. Confronté à l’opposition de ses ouvriers, il les vend à Frédéric Japy. Fondateur dans le Territoire de Belfort d’une usine des plus modernes pour l’époque, ce dernier les complètera pour en faire un parc dont la production atteindra en 1801 plusieurs dizaines de milliers d’ébauches par an. Devant cette redoutable concurrence, les Suisses créent leur propre fabrique en 1793 à Fontainemelon. En 1827, Vacheron Constantin commence l’expérimentation d’un calibre standard en vue de façonner et de finir mécaniquement les composants. En 1839, la Maison passe un contrat avec Georges Leschot pour l’étude de machines de fabrication de mouvements standardisés à ancre et à cylindre. La disponibilité d’ébauches uniformes rend dès lors possible des économies à tous les stades ultérieurs de la fabrication, y compris finissage et emboitage: fournitures faciles à assortir au plus bas prix et dans des délais raccourcis, montres de séries mieux exécutées et ce de manière plus régulière et rapide. En parallèle, la machine aide à la réduction de l’épaisseur des calibres, d’où une nouvelle source d’économie au travers des boîtiers moins gourmands en métal. Après s’être heurté à une farouche opposition de la part des horlogers français lors de la présentation de diverses machines à découper de son invention, Pierre-Frédéric Ingold tente, au début des années 1840, d’introduire en Angleterre des montres fabriquées mécaniquement, en série et selon le principe de composants uniformes et interchangeables. Face à l’hostilité de ses interlocu-

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DOMINIQUE FLÉCHON, EXPERT FONDATION DE LA HAUTE HORLOGERIE, GENÈVE

PAR

Peut-on se passer de la machine?

Se substituant au geste humain et à son imprécision relative, seul l’emploi de machines permet d’obtenir des composants parfaitement identiques. teurs, anglais cette fois, il se rend aux Etats-Unis. Sans tradition horlogère historique, ces derniers se sont délibérément tournés vers une production industrielle. Evincé une douzaine d’années plus tard alors que les premières manufactures de Boston commencent à travailler avec ses machines, Ingold retourne en Suisse où il subit un nouvel échec. Toutefois, c’est bien aux Etats-Unis que la véritable interchangeabilité sera atteinte dans les années 18601870 grâce à l’emploi de presses lourdes et de machines aptes à travailler l’acier trempé dans le respect de tolérances réduites.

Vers les limites de la main Au milieu du 19ème siècle des horlogers tels Antoine LeCoultre, Louis Audemars et P. E. Jacottet fabriquent leurs calibres dans lesquels les mêmes roues peuvent se mettre à la place les unes des autres. Néanmoins, les opérations de finissage les concernant restent manuelles. Mais, se substituant au geste humain et à son imprécision

relative, seul l’emploi de machines toujours plus précises, régulières et capables de répéter inlassablement la même opération tout en respectant des tolérances sans cesse affinées permet d’obtenir des composants parfaitement identiques. Sous un angle économique, la machine autorise, à l’époque déjà, l’emploi d’une main d’œuvre non qualifiée, donc moins onéreuse. Conséquence de ces nouvelles techniques, des ateliers de plus en plus vastes voient le jour dans les années 1840-1850. Précédant les manufactures, ils sont équipés de machinesoutils alimentées par l’énergie hydraulique, voire la vapeur, puis par l’électricité. Dans les années 1870, l’extension de la division du travail engendre des outils spéciaux: gabarits, jauges, compas aux engrenages, qui contribuent tous à un accroissement de la production et à une amélioration de la compétitivité. Il faut alors satisfaire la demande du plus grand nombre, contraint à respecter les horaires de travail comme ceux des moyens de transport et obligé par là-même à s’équiper de montres, de réveils-matin et de pendules. Il en sera ainsi jusqu’au mo-

De nos jours, manufactures et ateliers d’horlogerie de tradition, suite à la Révolution du numérique, sont équipés de CNC et autres machines entièrement robotisées, commandées à distance et aptes à fabriquer, voire à assembler des composants d’un niveau de tolérances encore jamais atteint. Il en est de même pour les boîtiers, cadrans, aiguilles et autres bracelets métalliques. N’estce pas la suite logique d’une mécanisation entamée il y a deux siècles et enrichie d’innombrables succès, mais aussi d’échecs finalement surmontés? Parmi ces derniers figurait l’opposition à la machine perçue comme un danger pour l’activité d’artistes et d’artisans individualistes, très attachés au travail manuel indépendant. Aujourd’hui, les craintes ne viennent plus de l’horloger mais des acheteurs qui ont une vision passéiste voire erronée de son métier. Tendre vers la perfection dont chacun veut en voir les limites sans cesse repoussées tant sur le plan technique – précision, fiabilité, complications – qu’esthétique, implique des moyens autres que la main aux capacités limitées. Dès la fin du 19ème siècle, certains compositeurs célèbres, estimant que les aptitudes physiques d’un interprète ne lui permettaient pas sur le plan de la mélodie comme sur celui de la rythmique de tirer profit du maximum de son piano ou de son violon, ont décidé de composer pour de complexes instruments de concert mécaniques. Dans cette typologie de musique, comme dans l’horlogerie contemporaine, d’aucuns regrettent l’absence physique de l’artiste, interprète ou horloger. Cependant, face à une œuvre d’art, le procédé de réalisation importe-til en regard de l’émotion et du plaisir qu’elle procure? Une forte demande en montres aux qualités techniques et esthétiques parfaites appelle à des machines toujours plus sophistiquées, à un nombre restreint d’horlogers entourés de nombreux ingénieurs. Une demande confidentielle en gardestemps moins courants mais d’un niveau d’excellence équivalent exige les mêmes machines, servies par plus d’horlogers mais moins d’ingénieurs. Toutefois, la différence réside essentiellement dans les volumes de production annuelle. Le monde horloger n’est pas le seul à être confronté à la mécanisation. La chirurgie moderne, les nanotechnologies, l’informatique ne pourraient exister avec la main, même prolongée par l’outil. Mais qui voudrait revenir en arrière?


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CULTURE HORLOGÈRE

Le regard de…

Denis Hayoun, Studio Diode

RÉVÉLER CE QU’UN ŒIL TROP RAPIDE NE VOIT PAS Photographier une montre, c’est en faire la critique, au sens premier du terme. Photographier une montre, c’est l’explorer sous toutes ses coutures, la regarder sous tous ses angles. Photographier une montre, c’est jouer avec l’ombre et la lumière pour dévoiler ses formes, révéler ses lignes de force, aller chercher le sculptural dans le microscopique. C’est ce que démontre ici le photographe Denis Hayoun, du Studio Diode de Genève. «Cette image a été réalisée pour illustrer le livre sur les calibres 3200 et 3300 de la marque Vacheron Constantin, nous explique le photographe. Le boîtier de la gamme Harmony qui accueille ces calibres est particulièrement réussi, une forme ronde dans une forme carrée, des volumes tout en courbes. L’idée était de faire ressortir la sensualité de ces volumes, de les faire ressentir sans forcément les dévoiler. Et par la même occasion, de révéler une magnifique couronne mono-poussoir ornée de la croix de Malte. Mais la difficulté était de trouver un équilibre entre ces éléments avec une lumière douce par endroits et un peu plus tranchée à d’autres.» Le photographe tient à souligner que c’est là «un vrai travail d’équipe. Avec 9 employés, Diode, qui se consacre presque exclusivement à l’horlogerie et à la joaillerie, réunit des photographes, des retoucheurs et une production vidéo.»


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La sélection de… BRIDGING ART AND MECHANICS, THE UNABRIDGED STORY OF CORUM’S GOLDEN BRIDGE Par Elisabeth Doerr

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FICTION HORLOGÈRE

Les «fantômes» de l’Hôtel des Horlogers

Ce livre retrace de manière limpide l’histoire de la montre iconique Corum Golden Bridge, au moyen de photographies jusque-là inédites et d’une narration captivante. Malgré sa transparence caractéristique, cette montre reste en en effet pleine de mystères. L’ouvrage décrit sa conception par un autodidacte non-conformiste et les nombreux défis techniques qui ont été relevés pour parvenir à sa réalisation. Une histoire qui débute dans la Suisse de la fin des années 1970, alors que l’électronique menaçait l’horlogerie traditionnelle. En ces temps difficiles, le modèle Golden Bridge a contribué à ouvrir une nouvelle ère, grâce à sa subtile combinaison d’art et de mécanique, redonnant ses lettres de noblesse au travail de l’horloger. 140 Pages / Format : 220 x 310 mm. / Prix: CHF 85.00 / Editeur: Watchprint.com / Langue anglaise ANNE SOUTHAM-AULAS, PRÉSIDENTE D’HÔTELS ET PATRIMOINE

PAR

L'HISTOIRE D'UNE PASSION, BREGUET 1973 À 1987 Par François Bodet - Texte mis en propos par Françoise Favre Ce livre a été écrit pour expliquer la succession des étapes et la mise en œuvre des outils qui ont permis l’essor d’un grand nom de l’horlogerie: Breguet. Rédigé comme une sorte de journal intime, où se mêlent les souvenirs d’enfance, ceux d'un jeune apprenti et toutes les expériences acquises et nées des rencontres avec les grands noms de la joaillerie d’abord et de l’horlogerie ensuite, ce livre est surtout un témoignage qui relate l’histoire de la naissance d’une passion mise au service de la marque. François Bodet a confié ses souvenirs pour nous aider à comprendre, à travers sa propre histoire, la résonance qu’il convient de donner au temps dans l’évolution du savoir. Ceci semble d’autant plus important de le souligner, que notre société est aujourd’hui confrontée à des paramètres de standardisation, d’informatisation et de déshumanisation qui font triompher le « vite fait » au détriment du « bien fait ». Or il est de rigueur de se souvenir que toute consécration se doit de respecter les étapes d’un processus qui se doit de « laisser le temps au temps ». Il a consacré sa vie à la remise en lumière des montres du passé tout en gardant leur essence et a su mener à bien le rayonnement de Breguet à l’échelle mondiale en préservant l’émotion inhérente aux choses qui pour exister et devenir ont respecté les étapes du temps. Ces pages sont empreintes d’humilité : le savoir – comme il dit joliment lui même – est transmis par des passeurs qui font grandir le talent. On y découvre notamment les origines du lien entre la Place Vendôme à Paris et la Vallée de Joux, aujourd'hui devenue le berceau de cette manufacture. Tous ses maîtres sont nommés et hommage leur est rendu tant il est vrai que la magnificence inégalée de Breguet aujourd’hui résulte de la somme des talents de tous ceux qui ont permis de rendre perceptible pour chacune de ces montres, «le bruit nostalgique de l’âme». 128 Pages / Format: 190 X 190 mm / Prix: CHF 58.00 / Editeur: Watchprint.com / Versions anglaise et française

ZENITH: LA SAGA D’UNE MANUFACTURE HORLOGÈRE ÉTOILÉE Par Joel Duval La fabuleuse histoire de Zenith depuis sa création en 1865 au cœur du bassin horloger suisse : une somme inédite pour tous les amateurs de montres. La manufacture Zenith a produit depuis sa création plus de 10 millions de montres, inventé plus de 500 mouvements et accumulé plus de 2333 prix d’horlogerie. Se battant sur le terrain de la précision à l’occasion des multiples concours de chronométrie organisés par les observatoires astronomiques, Zenith s’imposa rapidement à partir de 1896 comme leader dans le domaine de la précision. Portée par le temps, la manufacture recruta et forma les meilleurs spécialistes et maîtres horlogers. Tenant le haut du pavé des récompenses jusqu’à l’arrêt des concours en 1968, elle créa la surprise en 1969 en inventant le premier chronographe à remontage automatique intégré et à haute fréquence de l’histoire. Zenith célèbre cette année ses 150 ans. À la différence de beaucoup d’autres maisons, elle est restée une manufacture. Son histoire d’une grande richesse est celle de l’horlogerie bien sûr, mais traverse aussi celle de l’art nouveau, de l’aviation, des voyages d’exploration, des armées... Zenith c’est enfin l’histoire de l’infiniment petit et de l’infiniment court chers à Blaise Pascal qui, ironie de l’histoire, fut le premier à porter sa montre au poignet. 448 pages / Format: 250 X 330 mm / Prix: CHF 100 / Editeur: Albin Michel / Versions française et anglaise

Si le mobilier historique d’une auberge fréquentée par une clientèle d’horlogers pouvait parler, que dirait-il? Plongée dans l’envers du décor. «Tout a commencé un jour de mars. Je ne pourrais pas vous dire s’il faisait beau ou non, étant confiné dans une caisse, entouré de flocons crissants et balloté par une grosse voix qui donnait de très nombreuses indications, parfois inquiétantes: «Celui-là, mettez le à la cave pour l’instant, on verra après.» Rapidement, mon nom fut prononcé, avec un peu plus de douceur cependant: «Le tour à burin fixe, là dans la vitrine de réception», immédiatement suivi de «Hééééééé! Doucement! C’est une des plus belles pièces». Cette dernière appréciation me touchait au cœur, enfin, à la roue devrais-je dire. Après un gros «bong» qui a du dérégler ma précision légendaire, me voici installé dans une vitrine, avec vue plongeante sur le ventre bedonnant du type qui avait dû me laisser choir un peu brutalement. Ma nouvelle vie commençait dans l’hôtellerie. Décor immobile derrière une glace après une carrière remarquable dans un atelier du Jura. Je suis le Tour à burin fixe de l’hôtel des Horlogers, où quelques clients me jettent des regards entendus après s’être annoncé à Sylvana, ma réceptionniste préférée. Un tour à burin fixe qui parle? Attendez, vous n’avez encore rien vu ni lu: nous sommes plus de cent dans ce bâtiment, avec le chahut que vous pouvez imaginer, à défaut de pouvoir l’entendre. Notre habituée de la chambre 11h20 doit

cependant se douter de quelque chose. Lors de chacune de ses visites, elle prend un temps infini à observer avec attention l’établi de graveur sertisseur. Le Boulet de graveur, un vieillard du 18ème siècle, ne peut alors s’empêcher de faire une remarque incongrue. Il porte bien son nom, celui-là! Force est de constater que la vie d’un hôtel est plus amusante qu’un

Force est de constater que la vie d’un hôtel est plus amusante qu’un atelier d’horloger au Locle. Pas un jour ne passe sans une petite anecdote amusante. atelier d’horloger au Locle. Pas un jour ne passe sans une petite anecdote amusante. Hier, un client a tenté de mettre le feu à l’hôtel en faisant cuire une banane au dessus de la poubelle. «Banane flambée à la 10h15!», a hurlé la Potence à replanter, juste avant que retentisse la sirène et qu’arrive en courant une gouvernante rouge comme les moquettes. Nous étions tous morts de rire, autant que stupéfaits. Parfois, l’habitué de la 12h20 passe en douce dans la salle des petits-déjeuners pour piquer des fruits secs. Pour rigoler, une Pointe à tracer a allumé toutes les lumières. Surpris dans son forfait, le client a fait mine de téléphoner – il était 1h du matin – pour ensuite regagner sa chambre en regardant sans cesse derrière lui. Le «fantôme des Horlogers» avait encore frappé!»

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SECULUS / Bienne / www.seculus.ch STROM / Nidau / www.stromwatch.ch STUHRLING ORIGINAL / Bienne / www.stuhrling.com SWATCH (Swatch Group) / Bienne / www.swatch.com SWISS MILITARY / Moutier / www.genuineswissmilitary.ch SWISS TIME / Bienne / www.swisstimeintl.com TALLER / Bienne / www.tallerwatch.ch THOMAS PRESCHER / Twann / www.prescher.ch TIFFANY & CO / Bienne / www.tiffany.com TRASER H3 / Niederwangen / www.traser.com UNION GLASHUTTE (Swatch Group) / Bienne / www.union-glashuette.com URBAN JÜRGENSEN / Bienne / www.ujs-chronometry.ch VASTO / Tramelan / www.vasto.ch VICTORINOX SWISS ARMY / Bienne / www.victorinox.com VOGARD / Nidau / www.vogard.com W. GABUS / Bienne / www.wgabus.com ZEITWINKEL / St-Imier / www.zeitwinkel.ch FRIBOURG BULOVA / Fribourg / www.bulova.com CARBON 14 / Granges-Paccot / www.carbon14.ch CARTIER (Richemont) / Villars-sur-Glâne / www.cartier.com CECIL PURNELL / Belfaux / www.cecilpurnell.com GUEPARD / Fribourg / www.guepard.ch LINDE WERDELIN / Fribourg / www.lindewerdelin.com SAINT HONORE / Fribourg / www.sainthonore.com VAN CLEEF & ARPELS (Richemont) / Villars-surGlâne / www.vancleefarpels.com GENÈVE ALAIN PHILIPPE / Genève / www.alainphilippe.com ALFRED DUNHILL (Richemont) / Genève / www.dunhill.com ALPINA / Plan-les-Ouates / www.alpina-watches.com ALTANUS / Genève / www.altanus.com ANDERSEN GENEVE / Genève / www.andersen-geneve.ch ANTOINE PREZIUSO / Arare / www.antoine-preziuso.com APPELLA / Carouge / www.appella.com AQUANAUTIC / Genève / www.aquanautic.com ARTYA / Vésenaz / www.artya.com ATELIERS DE MONACO / Plan-Les-Ouates / www.ateliers-demonaco.com BADOLLET / Genève / www.badollet.com BAUME & MERCIER (Richemont) / Bellevue / www.baume-et-mercier.com BEDAT & Co. / Genève / www.bedat.com BERTOLUCCI / Genève / www.bertolucci-watches.com BLACK BELT / Vésenaz / www.blackbeltwatch.com BLACKSAND / Genève / www.blacksandgeneve.com BOGH-ART / Genève / www.bogh-art.com BOVET / Plan-les-Ouates / www.bovet.com BREVA / Genève / www.breva-watch.com BURBERRY (Fossil) / Genève / www.burberry.com CHANEL / Genève / www.chanel.com CHARRIOL / Genève / www.charriol.com CHOPARD / Meyrin / www.chopard.com CLERC / Genève / www.clercwatches.com CVSTOS / Genève / www.cvstos.com CYRUS / Versoix / www.cyrus-watches.ch DA VINDICE / Genève / www.davindice.com DANIEL ROTH (Bulgari) / Meyrin / www.danielroth.com DAVID VAN HEIM / Carouge / www.david-van-heim.com DE BETHUNE / Genève / www.debethune.ch DE BOUGAINVILLE / Plan-les-Ouates / www.debougainville.com DE GRISOGONO / Plan-les-Ouates / www.degrisogono.com DELACOUR / Genève / www.delacour.ch DELALOYE / Carouge / www.garde-temps.ch DELANEAU / Genève / www.delaneau.com DEWITT / Meyrin / www.dewitt.ch EMILE CHOURIET / Meyrin / www.emile-chouriet.ch ENIGMA / Genève / www.gbenigma.com F.P. JOURNE / Genève / www.fpjourne.com FABERGE / Genève / www.faberge.com FRANC VILA / Genève / www.francvila.com FRANCK MULLER / Genthod / www.franckmuller.com FRED (LVMH) / Genève / www.fred.com FREDERIQUE CONSTANT / Plan-les-Ouates / www.frederique-constant.com GERALD GENTA (BULGARI) / Meyrin / www.geraldgenta.com GIO MONACO / Genève / www.giomonaco.com GRAFF / Genève / www.graffdiamonds.com GRECO GENEVE / Plan-les-Ouates / www.greco-watches.com HARRY WINSTON (Swatch Group) / Plan-les-Ouates / www.harrywinston.com ICELINK / Genève / www.icelinkwatch.com JACOB & CO. / Genève / www.jacobandco.com JEAN DUNAND / Plan-les-Ouates / www.jeandunand.com JORDI / Nyon / www.jordiwatches.com LACOSTE / Genève / www.lacoste.com LADOIRE / Genève / www.ladoire.ch LAURENT FERRIER / Plan-les-Ouates / www.laurentferrier.ch LE RHONE / Satigny / www.lerhone.com LEBEAUCOURALLY / Genève / www.lebeaucourally.com LEONARD / Genève / www.leonardwatches.com LOUIS VUITTON / Genève / www.louisvuitton.com LUDOVIC BALLOUARD / Meyrin / www.ballouard.com M. STEPHANE / Vésenaz / www.m-stephane.com MAGELLAN / Genève / www.magellanwatch.com MAREMONTI / Genève / www.maremontiwatch.ru MATHEY-TISSOT / Genève / www.mathey-tissot.net MB&F / Genève / www.mbandf.com MOYA / Genève / www.moyawatch.com MYKRONOZ / Genthod / www.mykronoz.com PATEK PHILIPPE / Plan-les-Ouates / www.patek.com

PETER TANISMAN / Meyrin / www.peter-tanisman.com PIAGET (Richemont) / Plan-les-Ouates / www.piaget.com PICARD CADET / Genève / www.picardcadet.ch PIERRE KUNZ / Genthod / www.pierrekunzgeneve.com PILO & CO / Carouge / www.pilo-watches.com QUINTING / Genève / www.quinting-watches.com RALPH LAUREN / Plan-les-Ouates / www.ralphlauren.com RATEL / Genève / www.cyrilratel.com RAYMOND WEIL / Genève / www.raymond-weil.com RJ - ROMAIN JEROME / Genève / www.romainjerome.ch ROBERT ET FILS 1630 / Genève / www.robertfils1630.com ROGER DUBUIS (Richemont) / Meyrin / www.rogerdubuis.com ROLEX / Genève / www.rolex.com SARCAR / Vésenaz / www.sarcar.com SNYPER / Genève / www.snyperwatches.com SPERO LUCEM / Genève / www.spero-lucem.com STEELCRAFT / Carouge / www.steelcraft.ch TECHNOMARINE / Genève / www.technomarine.com TF EST 1968 / Carouge / www.tfco.ch TUDOR / Genève / www.tudorwatch.com UNIVERSAL GENEVE / Meyrin / www.universal.ch URWERK / Genève / www.urwerk.com VACHERON CONSTANTIN (Richemont) / Plan-les-Ouates / www.vacheron-constantin.com VAN DER BAUWEDE / Genève / www.vdb.ch VENUS / Genève / www.montresvenus.com VOLNA / Genève / www.volna.ch YESLAM / Genève / www.yeslam.ch ZANDIDOUST / Genève / www.zandidoust.com JURA AEROWATCH / Saignelégier / www.aerowatch.com ANDRE MOUCHE / Fahy / www.andremouche.ch AVIATOR / Porrentruy / www.aviatorwatch.ch BURAN / Porrentruy / www.buranwatch.ch CATOREX / Les Breuleux / www.catorex.ch CLAUDE BERNARD / Les Genevez / www.claudebernard.ch EDOX / Les Genevez / www.edox.ch ERNEST BOREL / Le Noirmont / www.ernestborel.ch HEBE / Alle / www.hebewatch.com IKEPOD / Bassecourt / www.ikepod.com L'DUCHEN / Saignelegier / www.lduchen.com L'EPEE / Delémont / www.lepee-clock.ch LOUIS CHEVROLET / Porrentruy / www.louischevrolet.ch LOUIS ERARD / Le Noirmont / www.louiserard.ch MATTHEW NORMAN / Delémont / www.matthew-norman.ch PAUL PICOT / Le Noirmont / www.paulpicot.ch RICHARD MILLE (Horométrie) / Les Breuleux / www.richardmille.com RUDIS SYLVA / Les Bois / www.rudissylva.com SWIZA / Delémont / www.swiza.ch VALGINE / Les Breuleux / www.jic.ch/valgine VICENTERRA / Boncourt / www.vicenterra.ch WENGER / Delémont / www.wenger.ch LUCERNE CARL F. BUCHERER / Lucerne / www.carl-f-bucherer.com CHRONOSWISS / Lucerne / www.chronoswiss.com OCHS UND JUNIOR / Lucerne / www.ochsundjunior.ch NEUCHÂTEL 88 RUE DU RHONE / La Chaux-de-Fonds / www.88rdr.com AFFLUENCE / Neuchâtel / www.affluencewatches.com ALEXIS GARIN / Les Verrières / www.alexisgarin.ch ARNOLD & SON / La Chaux-de-Fonds / www.arnoldandson.com BALL WATCH / La Chaux-de-Fonds / www.ballwatch.com BLAULING / Chézard-Saint-Martin / www.blauling.com BLU / Colombier / www.blu.ch BOMBERG / Neuchâtel / www.bomberg.ch BOUCHERON (Kering) / Cortaillod / www.boucheron.com BULER / La Chaux-de-Fonds / www.buler.ch BULGARI (LVMH) / Neuchâtel / www.bulgari.com CERTINA (Swatch Group) / Le Locle / www.certina.com CHATELAIN / La Chaux-de-Fonds / www.chatelain.ch CHRISTOPHE CLARET / Le Locle / www.christopheclaret.com CHRISTOPHE SCHAFFO / La Brévine CHRONOGRAPHE SUISSE CIE / La Chaux-de-Fonds / www.chronographesuisse.ch CORONA WATCH / Neuchâtel CORUM (Haidian) / La Chaux-de-Fonds / www.corum.ch DIOR HORLOGERIE (LVMH) / La Chaux-de-Fonds / www.dior.com DREYFUSS & CO / La Chaux-de-Fonds / www.dreyfussandco.com DUBEY & SCHALDENBRAND / La Chaux-de-Fonds / www.dubeywatch.com ELLICOTT 1738 / La Chaux-de-Fonds / www.ellicott.ch ENICAR / La Chaux-de-Fonds / www.enicar.com ETOILE / Le Locle / www.montres-etoile.ch FENDI / Marin-Epagnier / www.fendi.com FESTINA / Bienne / www.festina.com FLIK FLAK (Swatch Group) / Cormondrèche / www.flikflak.com FREDERIC JOUVENOT / La Chaux-de-Fonds / www.fjouvenot.com GAMIL WATCH / La Chaux-de-Fonds GEBSON / Neuchâtel / www.gebson.com GERGE / Neuchâtel / www.gergeswiss.com GIRARD-PERREGAUX (Kering) / La Chaux-de-Fonds / www.girard-perregaux.com GRAHAM / La Chaux-de-Fonds / www.graham-london.com GREUBEL FORSEY / La Chaux-de-Fonds / www.greubelforsey.com

GUCCI (Kering) / Cortaillod / www.gucciwatches.com HAUTLENCE (Melb Holding) / La Chaux-de-Fonds / www.hautlence.com HERITAGE / Neuchâtel / www.hwm-watch.com HOROSWISS / La Chaux-de-Fonds / www.horoswiss.com HYT / Neuchâtel / www.hytwatches.com JAERMANN & STUBI / Le Locle / www.jaermann-stuebi.com JAMES C. PELLATON / Le Locle / www.jamespellaton.com JAQUET DROZ (Swatch Group) / La Chaux-de-Fonds / www.jaquet-droz.com JEAN D'EVE / La Chaux-de-Fonds / www.jeandeve.ch JEANRICHARD (Kering) / La Chaux-de-Fonds / www.jeanrichard.com JULIEN COUDRAY 1518 / Le Locle / www.juliencoudray1518.ch LOUIS MOINET / Saint-Blaise / www.louismoinet.com MAITRES DU TEMPS / La Chaux-de-Fonds / www.maitresdutemps.com MARATHON / La Chaux-de-Fonds / www.marathonwatch.com MARVIN / Vaumarcus / www.marvinwatches.com MCGONIGLE STEPHEN / Neuchâtel / www.mcgonigle.ie MCT / Neuchâtel / www.mctwatches.com METAL.CH / Neuchâtel / www.metalch.com MIDO (Swatch Group) / Le Locle / www.mido.ch MONTBLANC (Richemont) / Le Locle / www.montblanc.com MUREX / Le Locle / www.murexwatch.com NOBEL / Neuchâtel / www.nobelwatch.ch OPTIMA / Le Locle / www.optimawatch.com PIERRE THOMAS / La Chaux-de-Fonds / www.pierrethomas.ch RAIDOX / Le Locle / www.raidox.ch RIBA MUREX / Le Locle / www.murexwatch.com ROD / Neuchâtel / www.rodwatches.ch ROTARY / La Chaux-de-Fonds / www.rotarywatches.com SCHWARZ-ETIENNE / La Chaux-de-Fonds / www.schwarz-etienne.ch SULTANA / La Chaux-de-Fonds / www.sultana.ch TAG HEUER (LVMH) / La Chaux-de-Fonds / www.tagheuer.com TAUCHMEISTER / La Chaux-de-Fonds / www.michel-perrenoud.ch TEMPVS COMPVTARE / Neuchâtel / www.tempvscompvtare.ch TISSOT (Swatch Group) / Le Locle / www.tissot.ch ULYSSE NARDIN (Kering) / Le Locle / www.ulysse-nardin.com VOUTILAINEN / Môtiers / www.voutilainen.ch VULCAIN / Le Locle / www.vulcain-watches.ch WALTHAM / Marin-Epagnier / www.waltham.ch ZENITH (LVMH) / Le Locle / www.zenith-watches.com OBWALD ANTOINE MARTIN / Alpnach / www.antoinemartin.ch SCHAFFHOUSE A. LANGE & SOEHNE (Richemont) / Schaffhouse / www.lange-soehne.com H. MOSER & CIE (Melb Holding) / Neuhausen am Rheinfall / www.h-moser.com IWC (Richemont) / Schaffhouse / www.iwc.ch SCHWYTZ COINWATCH / Pfäffikon / www.coinwatch.ch LES MILLIONNAIRES / Pfäffikon / www.millionnaires.ch LUMINOX / Pfäffikon / www.luminox.com MIRA / Pfäffikon / www.mirawatch.ch PHILIP ZEPTER / Wollerau / www.zepter.com SOLEURE ARLEA / Wolfwil AUREMA / Grenchen BIJOUMONTRE / Grenchen / www.bijoumontre.com BREITLING / Grenchen / www.breitling.com CAT / Solothurn / www.catwatches.com COACH / Grenchen / www.coach.com COVER WATCHES / Solothurn / www.coverwatches.com CYCLOS / Dornach / www.cyclos-watch.ch ETERNA (Haidian) / Grenchen / www.eterna.ch FORTIS / Grenchen / www.fortis-watches.com GENIE / Grenchen / www.genieswiss.ch HARWOOD WATCH CO. / Grenchen / www.harwood-watches.com JOWISSA UHRE / Bettlach / www.jowissa-watches.com KIENZLE / Egerkingen / www.kienzleuhren.de MANJAZ / Welschenrohr / www.manjaz.ch NORD ZEITMASCHINE / Büsserach / www.nord-zeitmaschine.ch PORSCHE DESIGN / Grenchen / www.porsche-design.com ROAMER / Soleure / www.roamer.ch SWISS MILITARY-HANOWA / Solothurn / www.swissmilitary.ch TITONI / Grenchen / www.titoni.ch ST. GALL LUNESA / Sevelen / www.lunesa.com TESSIN ADRIATICA / Camorino / www.adriaticawatches.ch ALFEX / Manno / www.alfex.com ARMAAN / Agno BUCCELLATI / Chiasso / www.buccellati.com CANOPUS / Magliaso / www.amanzoni.com CUERVO Y SOBRINOS / Capolago / www.cuervoysobrinos.com DAMIANI / Manno / www.damiani.com DWISS / Lugano / www.dwiss.com GLAM ROCK / Lugano / www.glamrockwatches.com GUESS / Bioggio / www.guesswatches.com N.O.A / Balerna / www.noawatch.com ORA / Locarno / www.oraswisswatch.com SALVATORE FERRAGAMO (Timex Group) / Manno / www.ferragamotimepieces.com

SEA-GOD / Chiasso / www.sea-god.ch TENDENCE / Lugano / www.tendencewatches.com TIMEX (Timex Group) / Manno / www.timexgroup.com TONINO LAMBORGHINI / Chiasso / www.lamborghini.it VERSACE (Timex Group) / Manno / www.versace.com ZITURA WATCH / Magliaso / www.zitura.com THURGOVIE ANDREAS STREHLER / Sirnach / www.astrehler.ch HANHART / Diessenhofen / www.hanhart.com VAUD ADRIANO VALENTE / Lausanne / www.adrianovalente.com ALAIN SAUSER CRÉATION / Chamby / www.alainsauser.ch ALFRED ROCHAT - AROLA / Les Bioux / www.arola-alfred-rochat.ch ANONIMO / Chavannes-de-Bogis / www.anonimo.com AUDEMARS PIGUET / Le Brassus / www.audemarspiguet.com BLANCPAIN (Swatch Group) / Paudex / www.blancpain.com BREGUET (Swatch Group) / L'Abbaye / www.breguet.com C3H5N3O9 / Gand / www.c3h5n3o9.com CABESTAN / L'Orient / www.cabestan.ch CHAUMET (LVMH) / Nyon / www.chaumet.com CLAUDE MEYLAN / L'Abbaye du Lac de Joux / www.claudemeylan.ch DE HAVILLAND / Yverdon-les-bains / www.dehavilland-watches.com DODICI / Montreux / www.dodici.ch FRERES ROCHAT (Automates) / Le Brassus / www.freres-rochat.com HD3 COMPLICATION / Luins / www.hd3complication.com HUBLOT (LVMH) / Nyon / www.hublot.com HYSEK / Lussy-sur-Morges / www.hysek.com JAEGER-LECOULTRE (Richemont) / Le Sentier / www.jaeger-lecoultre.com JANVIER / Ste-Croix / www.vianney-halter.com LOISEAU / St-Prex / www.atelier-loiseau.ch LOUIS GOLAY / Lonay / www.louisgolay.com MANUFACTURE ROYALE / Vallorbe / www.manufacture-royale.com PARMIGIANI FLEURIER / Gland / www.parmigiani.ch PHILIPPE DUFOUR / Le Sentier / www.philippedufour.com PIERRE DEROCHE / Le Lieu / www.pierrederoche.com REBELLION / Lonay / www.rebellion-timepieces.com REUGE (automates) / Sainte Croix / www.reuge.com REVELATION / Lully / www.revelation-watches.ch ROMAIN GAUTHIER / Le Sentier / www.romaingauthier.com SLYDE / Luins / www.slyde.ch SPEAKE-MARIN / Bursins / www.speake-marin.com VALBRAY / Lausanne / www.valbray.ch VINCENT CALABRESE / Morges / www.vincent-calabrese.ch ZOUG CIMIER / Baar / www.cimier.com DIETRICH / Zoug / www.dietrich-watches.com FAVRE LEUBA / Zoug GC WATCHES (Timex Group) / Zoug / www.gcwatches.com PANERAI (Richemont) / Steinhausen / www.panerai.com RAM / Cham / www.ram-watches.ch RECONVILIER / Zoug / www.reconvilier.com ZURICH ZASPERO / Regensdorf / www.zaspero.com CAMEL ACTIVE / Zurich / www.mondaine.com CORNAVIN / Zurich / www.cornavin-watches.ch HELVETICA / Zurich / www.mondaine.com JUSTEX / Zurich / www.justex.ch LALIQUE / Zollikerberg / www.lalique.com M-WATCH / Zurich / www.mondaine.com MARC JENNI / Zurich / www.marcjenni.com MAURICE DE MAURIAC / Zurich / www.mauricedemauriac.ch MIKI ELETA (Pendules) / Zurich / www.eleta.ch MONDAINE / Zurich / www.mondaine.com MONTILIER / Zurich / www.montilier.com O&W / Zurich / www.chronotime.ch PAUL GERBER / Zurich / www.gerber-uhren.ch PHILIP STEIN / Kilchberg / www.philipstein.com SEVENFRIDAY / Zurich / www.sevenfriday.com SWAROVSKI / Männedorf / www.swarovski.com TORSO / Zurich / www.torsoswiss.ch URBACH / Zurich / www.urbach.ch XEMEX / Zurich / www.xemex.ch Liste non contractuelle


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QUANTIÈME PERPÉTUEL

Boutiques Vacheron Constantin GENÈVE Quai de l’Île 7 • Place de Longemalle 1 LUCERNE Kapellplatz 10 ASCONA Tettamanti CHIASSO Mariotta CRANS-MONTANA Crans Prestige GENÈVE Les Ambassadeurs INTERLAKEN Kirchhofer LUCERNE Embassy LUGANO Les Ambassadeurs • Mersmann MONTREUX Zbinden SAMNAUN Zegg Watches & Jewellery ST. GALL Labhart-Chronometrie ST. MORITZ Les Ambassadeurs ZERMATT Schindler ZURICH Les Ambassadeurs • Meister • Türler LIECHTENSTEIN Huber - Vaduz

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