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EPHJ, le salon s'impose en référence

Les directeurs de Jaquet Droz, Mido et Certina font le point sur leur stratégie en 2018. .....................................................p.20

L'arrivée de Georges Kern signifie une refonte à 360° de la marque. La Chine est en ligne de mire. .....................................................p.23

Qu'il s'agisse des nouveaux matériaux ou de technologies d'usinage, un aperçu de la montre de demain. .....................................................p.27

DR

Breitling: ambition universelle DR

Swatch Group: interviews en série

EUROPA STAR PREMIERE LE JOURNAL DE L’ÉCOSYSTÈME HORLOGER SUISSE

NO 3/18 (Vol.20) JUIN 2018 | 12.00 CHF/€ | EUROPASTAR.CH

ISSN 2297-4008

ÉDITORIAL

par

Serge Maillard

passion réelle de nombreux horlogers pour cette recherche matériaux, qui comporte il est vrai de nombreux aspects tout à fait fascinants, et les intérêts propres à la vente et donc à la pérennité de chaque marque. Devant le tourbillon des annonces en terme d’innovation matériaux, mettons simplement les marques en garde de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Seul le test de la durée dira si cette période est celle de la «poudre de perlimpinpin» ou si l’on en retiendra de réelles avancées technologiques. Cette mise en garde s’alimente de plusieurs échos d’insiders, qui ne peuvent évidemment être nommés ici. L’une de ces notes critiques nous a interpellés: «Le matériau d’habillage est la tarte à la crème qui parle à tout le monde et qui ne veut rien dire! Léger? A-t-on des tendinites à

Tout à coup, une anxiété guette: et si les multiples annonces sur l’apparition de nouveaux matériaux, en particulier dans l’habillage, constituaient une pyramide de Ponzi horlogère? Fautil croire les horlogers lorsqu’ils nous assurent que ces innovations tiendront sur la durée? Le consommateur de 2030 verra notre décennie soit comme celle d’une ouverture technologique de l’industrie soit comme celle du règne d’un marketing sans scrupules... Au fond, a-t-on jamais fabriqué des montres aussi durables et La question de fond est solides que les modèles en celle-là: les nouveaux acier des années 1970? Une note de prudence s’impose à l’heure de réaliser ce dossier. En effet, devant la multiplication des annonces sur des innovations matériaux dans l’industrie horlogère, il s’agit de faire la part des choses: les nouvelles matières appliquées au boîtier, à la lunette, à la glace, au cadran, voire au bracelet, constituent-elles un avantage réel pour le consommateur? Et comment tiendront-elles sur la durée, alors que l’acier, lui, a fait ses preuves? L’industrie horlogère étant passée maître dans l’art du marketing – mais en subissant aussi le contrecoup sur d’innombrables sites et blogs ultra-spécialisés, tenus par des consommateurs avertis, avec l’explosion d’internet – la question de fond est celle-là: les nouveaux matériaux trouvent-ils leurs origines dans la recherche «désintéressée» de laboratoires horlogers ou dans l’agenda propre au département vente et marketing? La réponse semble être, comme toujours, un mélange «savant» entre la

matériaux trouventils leurs origines dans la recherche «désintéressée» de laboratoires horlogers ou dans l’agenda propre au département vente et marketing?

Photo: Rolex

Nouveaux matériaux: éléments de progrès ou poudre marketing?

Les «nouveaux» matériaux, enjeux stratégiques, scientifiques et marketing Par Pierre Maillard

A la «renaissance» de l’horlogerie mécanique suisse, tous les efforts ont porté essentiellement sur le renouvellement des prouesses mécaniques. Il fallait démontrer que la mécanique n’était pas de retour pour se cacher mais pour montrer ses exploits. En témoigne notamment et parmi tant d’autres exemples l’incroyable vogue des tourbillons devenant doubles, triples voire qua-

druples. La performance horlogère est alors devenue l’axe de la bataille d’image faisant rage entre les marques. Puis, après avoir à peu près tout exploré, l’axe s’est insensiblement déplacé vers les matériaux. L’or, le platine et l’acier ne suffisant plus à habiller, voire à permettre les exploits technologiques, l’attention s’est tournée vers les matériaux, et si possible les plus high-tech. En fait, comme le démontre fort bien

la liste des matériaux horlogers utilisés au cours de son histoire, établie par Dominique Fléchon (lire en p. 4), l’horlogerie a toujours eu partie étroitement liée avec la métallurgie et ses progrès. Mais longtemps, la plupart des montres produites le furent dans les métaux traditionnels, l’or régnant en noble maître du jeu, suivi du platine, loin en prestige devant l’acier. Même quand celui-ci devint inoxydable. (suite en page 4)

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cause de la masse? Dur, inrayable? Attaque-t-on sa montre avec un tournevis? Et qui pense à la santé, alors que la matrice des composites est souvent une résine thermodurcissable que nous ne voudrions jamais dans notre maison?» Diable, en plus de la suspicion sur l’intérêt horloger réel de la recherche matériaux, faut-il s’inquiéter pour notre santé, plusieurs décennies après l’arrêt de l’utilisation du radium en horlogerie? On n’arrête pas le progrès! Mais il faut parfois du temps avant d’en déceler toutes les conséquences...

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NOUVEAUX MATÉRIAUX

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(suite) Le premier «coup de semonce», si l’on peut dire, arriva en 1972 avec le lancement de la Royal Oak, première montre sportive de haut de gamme taillée dans de l’acier, qui clamait haut et fort ses origines métallurgiques et les revendiquait pleinement. C’est la Royal Oak qui donna ainsi à l’acier ses premières lettres de noblesse. A sa façon, elle inaugurait la course aux matériaux. Puisque l’acier devenait prestigieux, d’autres pourraient le devenir aussi. De son côté, une autre marque, Rado, explorait déjà patiemment la veine des «nouveaux matériaux». Dès 1962, Rado commercialisait «la première montre au monde résistante aux rayures», la DiaStar 1 façonnée dans du «métal dur», en l’occurrence un matériau composite à base de carbure de tungstène et d’un liant métallique. D’une pierre deux coups, le verre devenant le point fragile, Rado introduisit le verre saphir. Si l’on s’étend un peu sur cet exemple, c’est qu’il est emblématique des conséquences esthétiques et technologiques de la recherche en matériau. Difficile à travailler, ce métal dur a entraîné un changement stylistique qui a marqué fortement les années 60 et 70: sa très large lunette, devenue emblématique de ces années-là. Une parfaite démonstration du fait que le choix technique des matériaux transforme aussi, parfois par contrainte, parfois par choix, les lignes, les volumes, les apparences de la montre. Rado en a fait par ailleurs la démonstration en poursuivant ses recherches, en recouvrant son boîtier de verre saphir métallisé (1976), en introduisant la céramique, d’abord pour le bracelet, puis en 1990 la Rado Ceramica en verre saphir et céramique «haute technologie». On connaît la suite et la fortune jusqu’à nos jours de la céramique en horlogerie. Et comme ce que fit la Royal Oak pour l’acier, Chanel le fit pour la céramique. En lançant sa J12 de céramique en 2000, elle donna ses lettre de noblesse à ce matériau jugé jusqu’alors froid et volontiers technique.

Le cortège bigarré des nouveaux matériaux Mais l’entrée en fanfare du cortège bigarré des «nouveaux matériaux» qui défile aujourd’hui sous nos yeux, on la doit certainement en grande partie à Richard Mille, qui en a fait son cheval de bataille. Cap sur la légèreté, la résistance, l’intégration du mouvement et de son habillage, l’ouverture, l’architecture spatiale. De quoi explorer bon nombre de matériaux dont nous ne donnerons pas la liste ici (Lire en p. 6). A sa suite, on a vu exploser le nombre d’introductions de matériaux inédits, d’alliages, de composites, toute les familles du carbone

et tout le tableau des éléments y passent un à un. Y compris les astéroïdes voire la morbide rouille du Titanic. On parle de provenances médicales, beaucoup de la F1, de l’aéronautique, du spatial, des industries de pointe… jusqu’aux fluides dont s’est emparé HYT (Lire en p. 8). Quête de la légèreté, de la résistance, de l’insensibilité magnétique, de la forme, de la couleur, de l’aspect… Les matériaux offrent aussi un immense terrain de jeu aux horlogers. Certains veulent que ça se voie ou d’autres se passent de cet argument (lire en pages 14 et 15). Derrière ces néo-matériaux se profilent aussi des enjeux stratégiques.

Matériaux en horlogerie: abécédaire historique Par Dominique Fléchon, expert et consultant en haute horlogerie

Matériaux historiques et «nouveaux matériaux»

On a vu exploser le nombre d’introductions de matériaux inédits, d’alliages, de composites, toutes les familles du carbone et tout le tableau des éléments y passent un à un. La compétition monte entre les labos. Chaque groupe a son centre de recherche, chaque marque d’importance a désormais son propre labo et est en train d’embaucher. Par exemple à l’EPFL ou au CSEM, où des bataillons de jeunes chercheurs talentueux planchent sur les matériaux. De loin pas uniquement pour l’horlogerie. Mais l’horlogerie, grâce aussi au tissu intellectuel et industriel de l’Arc lémanique, profite largement de ces avancées, voire en suscite certaines. Un exemple: derrière son appellation toute «biverienne» de Magic Gold, l’innovation de cet or inrayable pour Hublot est le fruit d’une recherche intense que nous raconte plus loin le professeur Mortensen, de l’EPFL (lire en page 12). Preuve de l’importance cruciale de ces recherches, au CSEM (Centre suisse d'électronique et de microtechnique) dont Patek Philippe, Rolex, le Swatch Group et Richemont sont les actionnaires, on marche sur des œufs pour répondre à nos demandes d’information. La plupart des recherches en cours sont menées confidentiellement. Mais sur certains projets de recherche d’importance, ils savent se regrouper. Comme l’aventure de la naissance du spiral en silicium, fruit de la collaboration au CSEM entre Rolex, Patek Philippe et le Swatch Group, (Richemont, qui n’y croyait pas, avait décliné sa participation). Ceci dit, ne nous leurrons pas, question matériaux, on voit aussi de tout! Le service marketing de certains va parfois jusqu’à rebaptiser sans hésitation d’un nom pompeux un alliage connu de tous de longue date. Derrière les véritables enjeux des matériaux, il y a à boire et à manger. Lisez ce qu’en dit Serge Maillard dans notre éditorial.

Depuis les débuts de l’horlogerie mécanique, les matériaux de base sont les alliages cuivreux et les matériaux ferreux. Comme l’atteste l’Astrarium que Giovanni de Dondi termine en 1386, le couple pignons en fer ou en acier et roues en laiton apparaît de manière précoce pour des raisons tribologiques. Les horlogers comprennent immédiatement que les matériaux nécessaires à la construction des premiers horomètres à ressort moteur (mentionnés entre 1365 et 1400) doivent répondre à des impératifs incontournables, sans cesse plus nombreux et complexes et qui concernent la mise en œuvre (découpe, formage, usinage,...), le fonctionnement (élasticité, résistance aux frottements, à l’abrasion et au vieillissement) et l’environnement (par exemple un faible coefficient de dilatation thermique face aux écarts de température ou la résistance à la corrosion). Horloges, pendules et montres doivent ainsi beaucoup à l’essor de la métallurgie sans laquelle elles n’auraient pu perdurer durant plus de 700 ans. D’empirique à ses débuts, l’art du métal est progressivement devenu une subtile et complexe chimie que l’horlogerie a su s’approprier au même titre que les progrès des sciences et des connaissances. Depuis plusieurs années, de nouveaux matériaux ont fait leur entrée dans l’univers horloger tels les alliages à base de titane ou d’aluminium, le silicium ou encore le «Liquidmétal®». A l’aube des années 2000, l’augmentation dimensionnelle des boîtiers et le développement des bracelets métalliques ont incité le monde horloger à se tourner vers des matériaux les plus légers possibles.

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ACIER Depuis l’Age du fer, l’oxyde de fer est travaillé dans des bas fourneaux à une température relativement basse. La masse hétérogène ou «loupe» qui en sort est martelée afin d’éliminer les scories. Les blocs métalliques ainsi façonnés s’avèrent ne pas tous avoir les mêmes propriétés et nul ne sait alors définir fer, acier et fonte. Dans l’Antiquité, les Grecs pratiquent la cémentation, enrichissement par le carbone du fer qui se durcit et se transforme en acier.

Pour certains, l’Age du fer commence en réalité réellement avec le Moyen Age, époque où ferrer bêtes de trait et montures des chevaliers s’avère nécessaire. Dans la Belgique du 12e siècle, du fer est obtenu par affinage d’une première fonte donnant entre autres de l’acier. Au Moyen âge, le terme «acier» désigne des alliages qui, chauffés au rouge, durcissent par trempage dans l’eau. Le procédé se répand en Styrie et en Carinthie puis en Allemagne, au Piémont et en Hongrie. Dans la seconde moitié du 13e siècle, la force hydraulique des cours d’eau près desquels s’installent les ateliers de métallurgie anime des souffleries permettant d’élever la température des fours et communique par l’intermédiaire d’arbres à cames un rythme soutenu à des marteaux de plus en plus lourds qui débarrassent le métal de ses scories. Au 15e siècle, le haut fourneau tend à se généraliser en Europe. Permettant d’atteindre des températures de l’ordre de 1600°, il fournit de la fonte en fusion qui, affinée, se transforme en acier naturel. Ce n’est qu’à la fin du 18e siècle que la teneur en carbone sert à distinguer fer, acier et fonte. Aujourd’hui, fer industriel et aciers doux contiennent un taux de carbone inférieur à 0, 050 %, l’acier entre 0,050 et 2,1%, la fonte entre 2,1 et 6,67%.

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ACIER INOXYDABLE Les premiers alliages de fer et d’acier résistant à la corrosion ont été coulés dès l’Antiquité comme en témoigne le pilier de Delhi érigé vers l’an 400. Toutefois, ce dernier doit sa résistance à sa teneur en phosphore et non en chrome selon la définition actuelle. En 1911, l’influence du taux en chrome des alliages sur leur résistance à la corrosion est mise en évidence. Deux ans plus tard, le métallurgiste anglais Harry Brearley met au point un acier d’une teneur de 0,24% en carbone et de 12,8% en chrome qu’il nomme «rustless». Ultérieurement rebaptisé «stainless», il est le premier acier à être officiellement qualifié d’inoxydable.

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ALUMINIUM En 1821, Pierre Berthier découvre près des Baux-de-Provence (France) un minerai contenant 50 à 60 % d’oxyde d’aluminium. L’opération de réduction du minerai par le sodium s’avère si onéreuse que la valeur de l’aluminium obtenu atteint celle de l’or. Le métal est alors réservé à la fabrication de bijoux de luxe et de pièces d’orfèvrerie destinés à la cour de Napoléon III et à une élite. A partir de 1886, grâce à une production moins coûteuse par électrolyse, le marché des instruments de cuisine s’ouvre à l’aluminium. Bien que des montres de poche aient été réalisées entièrement dans ce métal, seuls les alliages aluminium-titane qui associent légèreté et dureté extrêmes permettent d’obtenir un composant fondamental de plusieurs céramiques high-tech anallergiques, particulièrement résistantes à l’abrasion et répondant aux besoins des horlogers.


NOUVEAUX MATÉRIAUX

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minargent, sont particulièrement résistants à la corrosion, à l’usure et à l’eau de mer. Ils peuvent servir à la fabrication des ponts, roues et aiguilles des montres de sports nautiques.

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ARGENT Connu depuis l’Antiquité, l’argent est employé en horlogerie, joaillerie et orfèvrerie aussi bien en tant que métal précieux que comme métal argenté obtenu par galvanoplastie. Alliage composé de 92,5% d’argent et de 7,5% d’un autre métal, il présente l’inconvénient de s’oxyder. Apprécié dans la réalisation de cadrans flinqués et de boîtiers, il est le plus apte des métaux à être plaqué d’or.

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BRONZE Le bronze, connu depuis le deuxième millénaire avant notre ère, composé essentiellement de cuivre et d’étain, a pour avantages dureté et aptitude à être moulé. Aussi est-il utilisé pour les pièces de roulement et de frottement. Il a pour inconvénient d’être bon conducteur de chaleur et plus lourd que l’acier. Dégageant une odeur désagréable au contact de la transpiration et susceptible de provoquer des allergies, il doit être traité s’il est choisi pour fabriquer des boîtes de montres-bracelet. Allié au béryllium, il devient presque aussi dur que l’acier, se prêtant ainsi à la réalisation de balanciers.

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ELINVAR Au cours de sa carrière, CharlesEdouard Guillaume (1861-1938) met au point, fabrique et teste près de 600 alliages. Parmi ceux à très faible coefficient de dilatation, l’Invar (fer + nickel) et l’Elinvar (fer + nickel + brome + tungstène) datent respectivement de 1896 et 1913. Le physicien utilise le premier pour fabriquer le balancier qui porte son nom. Egalement appelé balancier intégral, il annule l’erreur secondaire, défaut résiduel de la compensation thermique des balanciers de montres entre 4 et 39°C. Le second, au coefficient d’élasticité invariable, est employé dans la réalisation de spiraux compensateurs dont ceux en Metelinvar®, Durinval® ou Nivarox® sont les dérivés.

Le Liquidmétal®, nom commercial d’une série d’alliages développés par le California Institute of Technology, a été introduit sur le marché en 2003. Composé de zirconium, titane, cuivre, nickel et béryllium, sa température de fusion est moitié moins élevée que celle des alliages conventionnels basés sur le titane. Une fois refroidi, sa dureté est trois fois supérieure à celle de l’acier inoxydable.

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MAILLECHORT Le maillechort, connu de longue date en Chine sous le nom de «baitong», a été redécouvert par Maillot et Chorier qui lui donnent son nom. Breveté en 1827 par Philibert Maillot, il est composé de cuivre, de nickel et de zinc. Ses caractéristiques mécaniques étant supérieures à celles du laiton, il convient parfaitement à l’usinage des roues, ponts et platines.

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CUIVRE Le cuivre, associé au béryllium (autrefois appelé glucinium), offre les meilleures propriétés mécaniques de tous les alliages cuivreux en termes de dureté, résistance à la corrosion et faible coefficient de dilatation thermique. Les cupro-béryllium tendent donc à remplacer l’acier trempé des ressorts, balanciers et aiguilles. Les cupro-nickel, connus par le passé sous les appellations commerciales d’alpacca, argentan, cuivre blanc ou

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Les laitons, alliages de cuivre et de zinc connus depuis la Préhistoire, permettent durant le Moyen Age de produire massivement des articles de chaudronnerie et de dinanderie. Faciles à usiner, ils servent traditionnellement à manufacturer platines, ponts, composants divers et coussinets des pendules et des montres. Peu onéreux, ils ont été choisis pour réaliser les boîtiers des premières montres à prix accessible.

L’or, associé au symbole du Soleil, est apprécié depuis l’Antiquité. Massif ou plaqué, il habille pendules à ressort et montres depuis leur apparition. Naturellement jaune pâle ou vert pour l’électrum, il peut être coloré par adjonction d’autres métaux: Or jaune: or 75% + argent 12,5% + cuivre 12,5%. Or rose: or 75% + argent 6% + cuivre 19%. Or rouge: or 75% + argent 4% + cuivre 21%. Il est particulièrement prisé pour les montres à répétition et à sonneries. Or blanc: or 75% + argent 10% + palladium 15%. Il est fréquemment confondu avec l’or gris. Or gris: or 75% + nickel 12,5% + cuivre 10% + zinc 2,5%.

Or vert: or 75% + argent 24% + cadmium 1%. Il existe à l’état naturel et porte le nom d’électrum. Or violet-pourpre: or 75% + aluminium 25%. L’alliage peut comporter de petites quantités d’argent et de cuivre. Or bleu: or 75% + fer 24,4% + nickel 0,6%. Sa couleur bleue est obtenue par traitement thermique qui oxyde les atomes de fer à la surface du métal.

La composition des alliages est donnée à titre indicatif pour de l’or 18 carats. Elle diffère selon le pourcentage d’or pur et la nuance de teinte désirée. Par ailleurs, il existe d’autres colorations telles l’or saumon (alliage d’or et de platine) et l’or jaunevert (alliage d’or et de zinc). L’association d’ors de couleurs différentes aussi bien sur les boîtiers que sur les bracelets métalliques permet une infinité de décors géométriques ou figuratifs. Celle mariant les jaune, blanc, rouge et vert a été particulièrement appréciée au cours du troisième tiers du 18e siècle.

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SILICIUM Le silicium a été isolé pour la première fois en 1823 par Jöns Jacob Benzelius, savant suédois considéré comme l’un des fondateurs de la chimie moderne. Henri SainteClaire Deville obtient en 1854 du silicium monocristallin employé depuis en microélectronique. Bien qu’Edward John Dent ait réalisé en 1828 un balancier spiral en verre, ancêtre des échappements en silicium, ce n’est qu’au début des années 2000 que ce métalloïde rentre dans la fabrication des roues d’échappement, balanciers et ancres grâce aux progrès de la technologie de la gravure au plasma. De faible densité, résistant aux frictions et à la corrosion, ne nécessitant pas de lubrification, amagnétique mais d’un coût d’usinage élevé, il est intégré dans la composition de divers alliages développés et brevetés par certaines manufactures horlogères.

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PLATINE Bien que de très rares bijoux réalisés en platine pur à plus de 80% entre le premier et le quatrième siècle après J.C. aient été trouvés en Equateur, l’histoire de ce métal commence réellement en 1741 avec l’arrivée en Europe d’un échantillon. Sa première application en mécanique réside dans l’exécution présentée à Louis XVI en 1788 d’une montre à axe et palettes de la roue de rencontre en platine. Quelques années plus tard, Abraham-Louis Breguet dote sa grande complication à remontage automatique dite de Marie-Antoinette d’une masse oscillante du même métal. A partir de la fin du 19e siècle, le platine est utilisé dans la fabrication de montres joaillières.

Découvert en 1791 par le minéralogiste anglais William Gregor et produit par l’industriel américain Matthew Albert Hunter à partir de 1910, le titane a pour avantage d’être biocompatible, c’est-à-dire doté de la faculté de résister aux fluides corporels. A la fois deux fois moins lourd et deux fois plus résistant que l’acier inoxydable, il répond aux exigences des boîtiers de montres à connotation sportive et à ceux des mécanismes à répétition et à sonnerie.


NOUVEAUX MATÉRIAUX

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RM 50-03 McLaren F1

Richard Mille, Material Boy Le leitmotiv de Richard Mille est de concilier légèreté et résistance. Ce qui passe par l’application de nouveaux matériaux dans la montre, du carbone au graphène en passant par le titane. Europa Star a pu découvrir les ateliers de Richard Mille dans le Jura. Visite. Par Serge Maillard

S’il fallait nommer une marque à la pointe de la recherche en matériaux innovants, ce serait sans doute elle... La disruption horlogère appliquée par la société des Breuleux depuis 2001 mêle étroitement nouvelles formes, esthétique audacieuse et intégration de nouveaux matériaux dans la montre. La marque figure ainsi parmi les pionniers de l’application en horlogerie de nouveaux types de carbone, de nouvelles utilisations du saphir ou encore de l’introduction du graphène plus récemment, grâce aussi à ses partenariats en aéronautique (Airbus Corporate Jets) ou en automobile (McLaren), industries où ces nouveaux matériaux sont souvent déjà intégrés de longue date. En arrivant dans les locaux juras-

siens de la marque, on remarque d’abord le chantier d’extension du site de production en cours. Valgine, ProArt ou encore Horométrie –qui gère la distribution des montres – sont regroupées sous l’entité Richard Mille. Et ainsi commence la visite.

Valgine et ProArt, les deux piliers de Richard Mille D’un côté, Valgine est une société fondée il y a plus d’un siècle par la famille de Dominique Guenat, l’associé de Richard Mille depuis les débuts de l’aventure. C’est là que les montres sont assemblées, mais aussi pensées, puisque le bâtiment abrite le bureau technique fort d’une vingtaine de personnes. Les lieux sont

chargés d’histoire, Valgine ayant longtemps fourni des mouvements à des grands noms de l’horlogerie locale, avant de se reconvertir dans le private label. C’est à l’époque où il travaille pour Mauboussin, alors client de Valgine, que Richard Mille fait la connaissance de Dominique Guenat. Juste en face, on trouve les locaux ultra-contemporains de ProArt, structure fondée en 2013 chargée de la production des boîtiers des montres, ainsi que de l’usinage de certains composants comme les platines et les ponts. Seule exception, confiée à des tiers: la conception des boîtes saphirs. Le site des Breuleux emploie un total de quelque 150 personnes, «dont plus de 50% de Francs-Montagnards», souligne-ton dans une marque qui se veut très ancrée dans sa région tout en faisant bouger les limites de la créativité horlogère et en ornant les poignets des nouvelles élites de la planète.

Augmentation de la production L’exercice – associer la rigueur des horlogers jurassiens au sens du style de son créateur, sur des modèles identifiables entre mille et à des

prix hors du commun – a jusque là fort bien réussi à Richard Mille: l’an passé, alors que l’industrie commençait péniblement à se remettre du grand coup de froid de ces quatre dernières années, la production est passée de 3'500 à 4'000 montres. Et Richard Mille entend sortir pas moins de 4'600 modèles de ses ateliers cette année.

«Nous travaillons en ce moment même sur trois ou quatre pistes de nouveaux matériaux aujourd’hui utilisés dans d’autres industries et que nous allons introduire en horlogerie.» Depuis 2001, la société a développé sept mouvements maison. «Ici, les employés assemblent la montre de A à Z, à la différence de ce qui peut se faire dans d’autres marques», souligne Julien Boillat, directeur technique chez Valgine. Une équipe est dédiée aux mouvements et une autre à l’habillage. Quelques horlogers sont quant à eux spécifique-

ment responsables des tourbillons. La marque travaille également étroitement avec trois spécialistes du calibre: Vaucher Manufacture, Dubois Dépraz et Renaud Papi. «A l’heure actuelle, Renaud Papi nous fournit les tourbillons, mais nous aurons bientôt notre tourbillon maison», précise Julien Boillat.

Le tournant du Carbone TPT® Cette augmentation de la production s’accompagne d’un effort toujours soutenu sur la recherche en matériaux. «Nous travaillons en ce moment même sur trois ou quatre pistes de nouveaux matériaux aujourd’hui utilisés dans d’autres industries et que nous allons introduire en horlogerie, explique Julien Boillat. C’est ce que nous avons déjà fait par exemple avec le titane-aluminium utilisé par Airbus ou le Carbone TPT® utilisé en voile et en F1. Nous testons l’usinage de ces matériaux innovants grâce à notre parc de machines moderne.» Un tournant dans la recherche matériaux a été opéré en 2013 avec la collaboration entre Richard Mille et la société NTPT® (pour North Thin Ply Technology), basée à Renens. Cette entreprise s’est notamment faite connaître pour avoir réalisé le carbone noir ultra-léger utilisé sur les bateaux d’Alinghi. On trouve d’ailleurs toujours aujourd’hui dans les locaux de Richard Mille un bout


NOUVEAUX MATÉRIAUX du fameux mât noir du navire, employé pour les premiers tests de carbone par la marque. Quelque 2'000 boîtiers en composite Carbone TPT® devraient être produits cette année chez ProArt, soit environ 40% de la production totale des boîtiers. Le carbone est pourtant une matière très abrasive, ce qui le rend difficile à usiner. La solution: employer des outils à revêtement... en or. Chaque outil doit néanmoins être remplacé après l’usinage de vingt composants. C’est naturellement au poignet de Rafael Nadal qu’a été aperçu, en 2014, le modèle RM 35-01 en Carbone TPT® noir qui se compose de 600 couches parallèles obtenues par la division de fibre de carbone. Ces différents «niveaux», d’une épaisseur maximale de 30 microns, sont ensuite imprégnés de résine avant d’être «tressés» sur une machine dédiée qui modifie l’angle de la trame à 45° entre les couches de carbone. Chauffé à 120 C° à une pression de 6 bars, le carbone est ensuite prêt à être traité sur les machines CNC de ProArt pour former le boîtier.

La quête de la légèreté Quels en sont les avantages? Selon la marque, ce Carbone TPT® réduit les risques de micro-ruptures du matériau de 25% et d’apparition de micro-fissures de 200% par rapport à d’autres composites. Mais surtout, et plus globalement, le carbone est apprécié pour ses propriétés de légèreté et de résistance, deux

critères que l’on pourrait légitimement citer comme étant les leitmotivs de Richard Mille. Sans oublier les qualités esthétiques propres à l’usinage spécifique de ce matériau. Le modèle le plus léger réalisé par la marque, la 27-01 Tourbillon Rafael Nadal, qui pèse moins de 19 grammes, possède ainsi un boîtier composé de nanotubes de carbone à très faible densité. A noter également que son mouvement a été réalisé en titane et Lital®, un alliage de lithium contenant de l'aluminium, du cuivre, du magnésium et du zirconium, utilisé également dans de nombreuses pièces d'avions tel que l'A380, d'hélicoptères, de fusées, de satellites ou encore de Formule 1. Difficile de faire plus «richardmillesque»!

Le quartz... différemment Ce n’est pas tout. Ensemble, Richard Mille et NTPT® ont ensuite participé à l’élaboration d’un nouveau matériau, le Quartz TPT® coloré, qui est constitué de fils de quartz appliqués par couches successives. Là encore, la première montre équipée par ce nouveau matériau a pu être aperçue au poignet de Rafael Nadal en 2015. Le calibre tourbillon à remontage manuel et platine monocoque en Carbone TPT® de la RM 27-02 est logé dans un boîtier composé d’un mélange de cabone et de quartz. La technologie utilisée pour la conception et l’usinage de ce dernier matériau se rapproche de celle déjà em-

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ployée pour le Carbone TPT®, tout en étant encore plus complexe: plus de 600 couches de filaments de quartz sont imprégnées d’une résine blanche puis intercalées entre les couches de Carbone TPT®, par un système qui modifie l’orientation des fibres de 45° entre deux couches.

«Le carbone est une matière très abrasive, ce qui le rend difficile à usiner. La solution: employer des outils à revêtement... en or. Chaque outil doit néanmoins être remplacé après l’usinage de vingt composants.» «Notre nouveau parc machines va nous permettre d’usiner davantage de Quartz TPT® coloré, dont la production reste très minoritaire par rapport aux boîtes en titane et en or», souligne Julien Boillat: Parmi les coloris réalisés jusqu’à présent figurent le jaune et rouge, le blanc, l’orange ou encore le bleu. Outre ces propriétés esthétiques, le boîtier en quartz permet aussi une résistance plus grande aux ondes électromagnétiques. On l’aura compris: observer le poignet de Rafael Nadal sur terre battue à Roland-Garros peut réserver des surprises en termes de matériaux... y compris sur le bracelet. La marque a ainsi commencé à nouer

le poignet de son champion de velcro dès 2010. Pourquoi? «Rafael Nadal fait son revers à deux mains et la boucle ardillon le blessait, précise Julien Boillat. Par ailleurs, ces bracelets sont très agréables au porter et permettent un réglage très précis.»

Le graphène introduit en 2017 Un autre modèle a constitué un tournant pour la marque en termes de recherche matériaux, également en partenariat avec NTPT®: la RM 50-03 McLaren F1, présentée au SIHH 2017. Il s’agit du tourbillon chronographe à rattrapante le plus léger au monde (38 grammes) et surtout de la première introduction en horlogerie du graphène. Ce nouveau matériau suscite tous les fantasmes depuis sa synthèse en 2004 par Andre Geim à l’Université de Manchester, car il possède une très haute conduction thermique et plusieurs scientifiques le voient déjà révolutionner le stockage de l’énergie dans le monde de demain, parmi de nombreuses autres applications possibles. En ce qui concerne l’horlogerie, la marque précise que la résistance du graphène à la rupture est 200 fois supérieure à celle de l’acier, tout en étant 6 fois plus léger. Le boîtier en Graph TPT® est produit grâce à l’injection de graphène dans le carbone pour obtenir des gains en légèreté et en résistance. Plus spécifiquement, le graphène est injecté dans la résine imprégnant les filaments de carbone.

Saphir et autres matériaux Richard Mille a aussi figuré parmi les pionniers de l’utilisation de boîtiers saphir, avec l’introduction de la RM 56-01 Tourbillon Sapphire au SIHH en 2012. Composé de cristaux d’oxydes d’aluminium contenant des traces d’autres oxydes qui lui confèrent sa couleur (titane et fer pour le bleu, vanadium pour le violet, chrome pour le rose, fer pour le jaune et le vert), le saphir est particulièrement prisé pour sa transparence. Son usinage est très délicat: il faut compter 1'000 heures de travail pour produire un boîtier saphir. Son prix va bien au-delà du million. Le titane passerait quant à lui presque pour un matériau «traditionnel» chez Richard Mille: il équipait en effet déjà la première montre présentée en 2001, la RM 001. A la dernière édition du SIHH, la marque a mis l’accent sur la résistance de la glace saphir de son modèle RM 53-01 Tourbillon Pablo Mac Donough. La marque a breveté un verre saphir feuilleté conçu pour résister aux chocs qui surviennent lors d’une partie de polo. Chaque élément de la montre passe ainsi dans les laboratoires R&D de la marque dans le but de concilier ce qui paraissait inconciliable: la légèreté et la résistance. Cette recherche implique aussi un prix très important à l’unité de production. Et jusqu’à présent, personne n’a pu rivaliser sur ce terrain-là.

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HYT, la maîtrise des fluides Inspirée de la clepsydre antique, l’indication fluidique de l’heure a nécessité un développement de dix ans pour s’afficher finalement sur les cadrans de la marque neuchâteloise. Avec HYT comme vitrine, la maison-mère Preciflex s’attaque à présent aux secteurs de la joaillerie et surtout du médical. Visite. Par Serge Maillard

«Ce qui est particulier chez nous, c’est que nous employons plus d’ingénieurs que d’horlogers, explique d’entrée Grégory Dourde, le directeur de HYT et Preciflex. Nous travaillons sur un domaine de recherche bien spécifique, que nous avons créé nous-mêmes. En effet, il n’existe aujourd’hui pas de traité de la micro-fluidique horlogère. Nous sommes en train d’écrire ce livre.» De fait, sur 45 personnes travaillant entre HYT et Preciflex, on dénombre 18 ingénieurs et 7 docteurs. La jeune marque de Haute Horlogerie – elle a été fondée en 2012 – s’est faite connaître par son utilisation de fluides pour indiquer l’heure en lieu et place des traditionnelles aiguilles. Un défi technologique – et philosophique, puisqu’il s’inspire de l’antique clepsydre – qu’Europa Star a voulu mieux comprendre, en visitant les ateliers de la marque à

Neuchâtel. En réalité, le «projet» Preciflex (dont HYT est la meilleure vitrine actuelle, mais qui dépasse la seule horlogerie) a été initié dès 2002 par l’ingénieur Lucien Vouillamoz. Son axe fort: la maîtrise de la circulation de fluides, dans des micro-capsules ou «tubes capillaires», à la jointure entre les domaines de la chimie, de la micro-fluidique, de la micro-mécanique ou encore de l’optique. «Les contours et les possibilités de la micro-fluidique sont vastes et ne sont pas encore clairement délimités», souligne Grégory Dourde. Preciflex, aujourd’hui en phase de rapprochement de l’ambitieux pôle d’innovation industrielle neuchâtelois Micro-City, applique pour l’heure ses technologies à l’horlogerie (pour HYT et des tiers), la joaillerie (animations sur bijoux) et le médical (micro-injecteurs), mais elles pourraient un jour être intégrées dans des luminaires ou des au-

tomobiles, par exemple. La société a déposé 27 familles de brevets, dont 8 ont été accordés à ce jour.

Compensateur thermique Comment le système mis au point par Preciflex marche-t-il concrètement dans la montre? Johann Rohner, R&D Director de la société, se charge de nous l’expliquer. Deux réservoirs flexibles ou soufflets sont fixés à chaque extrémité d’un capillaire (voir schémas, ndlr). Dans le premier, le fluide actif, un liquide coloré; dans le second, le fluide passif, transparent. Le capillaire n’est pas remplaçable: «Nos modules fluidiques sont scellés pour l’éternité, souligne Johann Rohner. C’est pourquoi leur niveau d’étanchéité est 10'000 fois supérieur à celui d’une montre standard.» Pour maintenir les fluides séparés tout en contrôlant leur progression grâce aux soufflets, un phénomène physique basé sur la force de répulsion des molécules de chaque fluide est à l’œuvre. «Les deux fluides se repoussent, un peu comme l’huile et le vinaigre, poursuit le spécialiste. L’élément-clé est le compensateur thermique situé à l’intérieur du soufflet de gauche, permettant de compenser la dilatation des fluides due aux variations de température.». A l’heure actuelle, HYT a développé quatre colorants, chacun ayant pris en moyenne une année de recherche. Surtout, le fluide ne doit pas s’accrocher à la surface du capillaire, ce qui freinerait sa progression et laisserait des traces peu esthétiques: «Nous mettons en place un traitement spécifique pour empêcher le liquide de rester sur la surface du tube en verre.»

La loi d’Arrhenius Mais comment s’assurer que le système fluidique fonctionne sur la durée, alors que la société a été fondée il y a à peine quelques années? Bien

entendu, il n’existe pas de machines dédiées à l’horlogerie fluidique, il s’est donc agi de les développer spécifiquement, notamment pour ce qui concerne les tests de vieillissement. «La loi d’Arrhenius découverte par un chimiste suédois en 1889 met en relation réactions chimiques et température: à une certaine température, une réaction sur un mois est ainsi égale à celle sur un an, explique Johann Rohner. C’est cette relation qui nous permet aujourd’hui de produire nos montres en toute confiance. Nous donnons une garantie à 5 ans, ce qui rassure les clients. Notre taux de retour est inférieur à 3%.» HYT a également conçu un module diffusant de la lumière par l’intermédiaire de deux LED et permettant de voir l’heure dans la nuit. Il s’agit d’un système totalement mécanique, intégré sur son modèle H4, qui permet un éclairage de 4 à 12 secondes. Les mouvements mécaniques des modèles H0, H1, Skull et H4 ont été développés avec Chronode; ceux des modèles H2 et H3 avec Renaud Papi.

Applications médicales Après HYT, Preciflex a lancé il y a quelques mois une autre spin-off, baptisée Preci-Health et chargée quant à elle de représenter les solutions médicales de l’entité, auprès de grands acteurs des medtechs, très bien implantés dans la région lémanique – ce que l’on surnomme désormais la Health Valley. «La valeur ajoutée se situe en réalité moins au niveau des liquides euxmêmes que des systèmes étanches et de compensation thermique créés autour de ces fluides et qui permettent de faire circuler d’autres produits, précise Grégory Dourde. Notre expertise réside dans les micro-injecteurs. Nous assurons qu’il ne se forme aucune bulle d’air, car si l’on ne peut pas se permettre d’en voir apparaître dans les montres, c’est encore davantage le cas lors-

qu’il s’agit de l’intérieur du corps humain lui-même!» Preci-Health développe ainsi un micro-injecteur à dose fixe et usage unique, qui permet d’embarquer moins de médicaments lors de la réalisation d’une injection sous-cutanée – à 3 mm sous la peau. Ce micro-injecteur peut par exemple être utilisé pour provoquer un choc d’adrénaline, lors de réactions allergiques. La législation médicale étant autrement complexe et coûteuse que celle de l’horlogerie, la société a réalisé une levée de fonds: parmi ses investisseurs figure Peter BrabeckLetmathe, l’ancien patron de Nestlé.

Une autre philosophie du temps Grégory Dourde souligne un point qui lui tient à cœur, à l’issue de notre visite: «Ce qui est très important, c’est que notre utilisation de la micro-fluidique n’est pas juste cosmétique ou esthétisante et à fins de communication: en visitant nos locaux, vous voyez le sérieux de ce projet scientifique. Attention à la recherche du matériau original à des fins uniques de storytelling.» La philosophie sous-jacente est celle du temps intuitif, du temps qui passe en laissant une trace. «C’est une autre philosophie du temps. Nous sommes au croisement entre art et science.» HYT, qui compte produire un peu plus de 400 montres cette année, vise à présent à améliorer la «pédagogie» autour de son projet. «Nous avons arrêté les sponsorings et nous concentrons sur l’explication de notre technologie et du sens que nous lui donnons. Vous savez, une fois que vous avez dépassé le cap des collectionneurs du Carré des Horlogers, c’est une des marques horlogères les plus difficiles à vendre auprès d’un plus large public car elle nécessite du temps pour l’expliquer correctement. Le vocabulaire et les technologies sont uniques et nouveaux. La clé de la performance est donc la formation de nos représentants. Mais quand le client saisit la globalité du projet, la conversion est immédiate...» L’élément-clé du système est le compensateur thermique situé à l’intérieur du soufflet de gauche, permettant de compenser la dilatation des fluides due aux variations de température.


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Au CSEM, avec les pontes de la recherche matériaux C’est dans les locaux neuchâtelois de l’institut de recherche qu’a été développée l’application horlogère d’un matériau qui ne cesse de gagner en popularité, le silicium. Exemple parmi d’autres de réalisations qui changent le visage de l’horlogerie contemporaine. Malgré la grande confidentialité qui entoure ces recherches, le directeur général du Centre suisse d'électronique et de microtechnique Mario El-Khoury et ses équipes ont accepté de répondre aux questions d’Europa Star. PUBLICITÉ

Propos recueillis par Pierre Maillard

Presque pas un jour ne passe sans qu’une marque horlogère annonce avoir intégré «son» échappement en silicium. Pouvez-vous revenir sur la démocratisation progressive de ce matériau? L’idée d’utiliser le silicium pour fabriquer des pièces pour l’horlogerie est née dans les années 90 dans le labo microsystèmes du CSEM. Les premiers tests ont montré une très bonne résistance au choc (mouton-pendule), mais un obstacle majeur est vite apparu: les pièces n’étaient pas fonctionnelles car leur flanc était trop rugueux. Un de nos ingénieurs a pourtant persévéré en pensant à exploiter l’élasticité du silicium pour le spiral et réalisé un test avec le directeur de l’époque du Musée international d'horlogerie de La Chaux-deFonds. Nouveau frein: le matériau se comporte bien si ce n’est que sa variation d’amplitude avec la température est trop importante. Mais l’ingénieur tenait à son idée. Avec deux «complices», dont un physicien spécialisé dans le silicium, il a continué à travailler sur le sujet. Est alors venue l’idée qui a tout changé: recourir à la «thermocompensation». Il s’agit d’utiliser l’oxyde de silicium cru sur le silicium par procédé thermique pour en compenser la dérive thermique (le coefficient thermique du silicium est positif alors que celui de son oxyde est négatif). C’est ce procédé décisif qui a fait la différence. Breveté, il sera ensuite développé avec Swatch Group, Rolex et Patek Philippe. L’aventure technologique se poursuit aujourd’hui avec une nouvelle étape, soit l’utilisation du silicium pour le régulateur (le «régulateur Genequand»), qui ouvre de nouvelles voies à explorer.

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L’application de nouveaux matériaux en horlogerie peut mener à de grands succès mais aussi à des voies sans issue... Auriez-vous des exemples des deux cas? SCHWARZ ETIENNE CH-2300 La Chaux-de-Fonds www.schwarz-etienne.com

Beaucoup d’exemples sont confidentiels, mais pour les succès – hormis le silicium – on peut citer l’alliage Nb-Zr de Rolex, que la marque utilise pour le spiral de certaines de ses montres. Autre exemple intéres-

sant, toujours pour des spiraux: le composite contenant du nano tube de carbone développé pour Zenith. En ce qui concerne les impasses, le diamant est un exemple célèbre. Les tentatives pour l’utiliser sous forme polycristalline ont toujours été décevantes. Il y a avec le temps une «érosion» du matériau très problématique pour le mécanisme de la montre. Il faut souligner que le professeur Niels Quack de l’EPFL vient de faire une percée intéressante en fabriquant une roue d’échappement en diamant monocristallin. Mais on est encore au stade de la recherche à notre connaissance, car il reste des limites physiques qui pourraient être difficiles à franchir. Comment s’assurer que des composants réalisés dans des matériaux récents, comme le silicium ou le graphène, se montrent suffisamment fiables sur la durée? En ce qui concerne le silicium, ce matériau est justement utilisé dans les microtechnologies en raison de sa haute résistance à l’usure et a réussi tous les tests pour un usage sur le long terme. Nous avons affaire à un monocristal qui ne s’altère pas avec le temps. Donc sa fiabilité et sa longévité seront beaucoup plus importantes que l’acier.

«L’impression 3D doit encore faire des progrès pour être communément utilisée dans les pièces horlogères. Les états de surface, la précision et les propriétés mécaniques restent, en grande partie, à améliorer.»

De manière générale, il y a deux éléments à prendre en compte pour prévenir et éviter ce type de problèmes: la connaissance des matériaux, ainsi que le processus de fabrication. Pour le premier, il faut tester et caractériser les matériaux pour évaluer leurs propriétés ou les soumettre à un vieillissement accéléré. Au CSEM, nous disposons d’une petite quarantaine d’appareils nous permettant ces travaux d’évaluation. Quant au processus de fabrication, s’il n’est pas bien maîtrisé, il peut entraîner des défauts dans les pièces. Pour cette raison, nous avons développé des méthodes avancées pour


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Swiss Super-LumiNova dompteuse de lumière

® cette perte d’énergie se fait par émission de lumière – soit la phosphorescence! L’enjeu consiste à faire s’élever un maximum d’électrons, puis à freiner leur descente. Ainsi, le dysprosium permet de créer des «pièges» pour capturer les électrons à différents niveaux. In fine, plus la poudre conserve une structure de trappes superposées, meilleures seront les performances. Le rôle-clé de cette disposition explique aussi les différences d’intensité luminescente sur les cadrans terminés: une couche épaisse et dense de pigments à gros grains optimisera la phosphorescence. De même, le LumiCast, résine luminescente produite et moulée par RC Tritec, se révèle particulièrement efficace grâce à des pigments plus concentrés, moins dilués que lors de l’application par poudre et liants.

le contrôle de qualité et la détection de défauts jusqu’au niveau atomique dans des matériaux monocristallins au moyen de diffraction par rayons X à haute résolution. Cette méthode a permis d’optimiser le processus de fabrication pour le silicium par exemple. Est-ce que l’arrivée de nouvelles CNC ou d’imprimantes 3D permet l’application de nouveaux matériaux en horlogerie?

On entend aujourd’hui souvent que des «ponts» s’établissent entre industries horlogère et médicale. Quelle est la réalité? Chez les sous-traitants horlogers, les relations entre médical et horlogerie existent depuis bien longtemps. Par exemple, la compagnie Straumann était d’abord spécialisée dans des alliages pour l’horlogerie, mettant au point des alliages qui sont encore utilisés par l’industrie aujourd’hui. Dans les années 70, une percée dans l’utilisation d’alliages non corrosifs pour traiter les fractures osseuses a incité Fritz Straumann à pénétrer le marché de l’orthopédie et des implants dentaires. Cela a marqué le tournant que l’on sait dans l’histoire de cette entreprise. Il y a aussi une base commune entre ces deux industries pour les alliages de métaux précieux (platinium et or). Dans l’horlogerie, ces alliages servent à l’habillage. Le médical y a recours pour les implants, même si leur utilisation tend à diminuer.

Rêves de designers en technicolor

DR

L’impression 3D suscite en effet de l’intérêt dans l’élaboration de composants avec de nouveaux matériaux. Elle permet d’envisager la conception de pièces différentes de celles réalisables avec des outils de production plus classiques, ceci indépendamment du matériau utilisé. Le CSEM a d’ailleurs créé une activité autour de ce domaine. Pour la céramique, l’impression 3D éviterait un usinage difficile par la nature de ces matériaux. Pour les verres métalliques, elle permet de profiter d’un taux de refroidissement qui, maitrisé, procure la trempe nécessaire à l’élaboration de l’état vitreux. La construction de matériaux creux ou structurés en «mousses» afin de créer des pièces métalliques très légères est certainement un des concepts innovants arrivant déjà aujourd’hui avec les machines d’impression 3D. Cependant, l’impression 3D doit encore faire des progrès pour être communément utilisée dans les pièces horlogères. Les états de surface, la précision et les propriétés mécaniques restent, en grande partie, à améliorer.

S’il en faut une pour illuminer vos heures passées dans le noir, c’est bien elle! Discrète de jour, la Swiss Super-LumiNova® se révèle une fois la lumière baissée. D’une touche de sa magie phosphorescente, des millions de montres s’éclairent. Lever de rideau sur cette belle-de-nuit chez son producteur exclusif, LumiNova Switzerland. Par Yannick Nardin

Chez les horlogers, la Swiss SuperLumiNova® règne aujourd’hui quasi sans rivale. Pourtant, c’est il y a 25 ans à peine qu’elle fait ses premiers pas sur scène. Le public est alors sous le choc de la catastrophe de Tchernobyl de 1989. L’horlogerie, encore convalescente de la crise du quartz, se languit d’une alternative au tritium qui remplace déjà le radium, trop nocif. Albert Reinhard Zeller, à la tête d’une entreprise spécialisée depuis 1934 en matières phosphorescentes, future RC Tritec, débusque en Chine une céramique luminescente à base d’aluminate de strontium. La suite de l’histoire signe un tournant dans la luminescence horlogère. Nemoto, partenaire japonais de longue date, met au point

puis brevète en 1994 une recette – enfin! – non radioactive, non toxique et constante au fil des ans. Quatre ans plus tard, les deux entreprises fondent une joint-venture, LumiNova Switzerland, pour l’exploiter auprès des horlogers. Cette nouvelle bienvenue se répand comme une traînée de poudre, à commencer dans le Swatch Group.

Précieux kilos Dès lors, des développements successifs permettent d’améliorer les performances de la matière. En 2007 naît ainsi la Swiss SuperLumiNova® – ou SLN pour les initiés. Produite en Appenzell par LumiNova Switzerland, ses performances sont réservées aux horlogers. La dernière formule brevetée

en date, le Grade X1, offre une luminescence deux fois supérieure à celle de 1994, en intensité comme en durée. Et comme un gramme de matière suffit pour 100 à 500 cadrans, les quelques kilos mitonnés chaque année – principalement par le personnel de RC Tritec – partent dans le monde entier. La première opération consiste à réaliser le mélange des composants de base – à partir de différents cristaux selon les couleurs de nuit. D’une grande dureté, le tout est ensuite «fritté» – soit chauffé à très haute température pour modifier sa structure moléculaire. Il se craquèle en blocs et, surtout, devient capable de luminescence.

Électrons en cage Lors de l’étape suivante, l’opérateur réduit les blocs en poudres avec des outils abrasifs. Sa dextérité joue un rôle crucial, en raison du modus operandi de la phosphorescence. En effet, les cristaux de base contiennent des électrons. Soumis aux ultraviolets de la lumière, ils s’activent et montent dans la structure électronique du cristal sur un niveau énergétique plus élevé. Une fois dans le noir, les électrons redescendent vers leur état initial;

Une prochaine salle est dédiée au prototypage ainsi qu’aux développements, tels que les nouvelles couleurs de jour. Toute la palette Pantone relève du possible, avec un bémol pour le rouge et le noir, dont les colorants absorbent en partie la phosphorescence. Cependant, à des fins esthétiques, certains horlogers tolèrent ces limites. Enfin, depuis le retour vers le futur du style vintage, la teinte «old radium» figure parmi les favoris. De nuit, la recherche et les développements ont récemment élargi l’éventail de couleurs au-delà des usuels vert et bleu. En 2017, LumiNova Switzerland présentait le violet et le blanc et ce mois de juin le bleu foncé, l’orange, le rose et le jaune. Leur mise au point a requis l’élaboration d’autant de nouveaux cristaux de base: ce sont eux qui influencent la longueur des ondes lumineuses émises par l’électron - et donc la couleur perçue par l’œil. Comment? Le phénomène exact garde ses mystères et s’explique par des «modèles», soit des représentations simplifiées. Les scientifiques présument que la répartition de certains ions co-dopants et leur distance avec la structure du cristal créent les couleurs. Si l’explication reste obscure pour le commun des mortels, les applications concrètes devraient titiller bien des designers. Ainsi s’achève la visite de LumiNova Switzerland, la tête pleine de ces brillantes possibilités que l’on a déjà vues, ou que l’on imagine découvrir bientôt sur des montres. Car, depuis la petite commune suisse de Teufen, les flacons remplis de pigments prennent le chemin des entreprises spécialisées en application de matières luminescentes du monde entier – avant que les composants illuminés reviennent aux horlogers, parés pour briller.


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Magie des composites Auteur ou co-auteur de plus de 180 articles scientifiques, de deux monographies et titulaire de douze brevets, le Professeur Andreas Mortensen, vice-président pour la recherche de l’EPFL, y dirige le Laboratoire de métallurgie mécanique (LMM) et enseigne la métallurgie et le comportement mécanique des matériaux. Il nous raconte ici sa rencontre avec Jean-Claude Biver et la naissance du «Magic Gold». Propos recueillis par Pierre Maillard

«L’EPFL en général et notre laboratoire en particulier font de la recherche fondamentale mais sont aussi au service de la société – qui nous soutient - et de l’économie locale. Nous avons donc des relations naturelles avec les industries qui nous entourent et comme nous sommes en Suisse, dans l’Arc lémanique, nous avons tissé des rapports réguliers avec l’horlogerie. Celleci s’intéresse à nos recherches fondamentales, mais il arrive aussi que des industriels nous commissionnent et nous engagent pour mener des travaux de recherche ayant un intérêt direct pour leur activité. En temps normal, ceux-ci s’adressent à nous avec des questions précises qu’ils nous demandent de résoudre – si nous pouvons le faire.

Avec Jean-Claude Biver, alors à la tête de Hublot, les choses se sont passées tout différemment. Il s’est présenté puis a présenté Hublot en expliquant que sa marque avait «explosé l’esthétique» et qu’il entendait bien aller plus loin. Il nous a questionnés sur nos recherches en cours, s’intéressant notamment au mélange de la céramique et du métal. J’ai compris que c’était avant tout pour l’habillage de la montre qu’il s’intéressait à nos recherches, et je me suis hasardé à lui dire qu’on pouvait faire bien d’autres choses et que nous aimerions, si cela lui chantait de le faire avec nous, nous «amuser». Le courant est tout de suite passé entre nous. Nous nous sommes entendus sur un champ d’exploration très large et, cas unique, il nous a laissés totalement libres. Il a insisté cependant sur un point: il fallait

Dans le laboratoire dédié au Magic Gold au sein de la Manufacture Hublot, à Nyon.

que cela fasse absolument sens sur le plan scientifique et technique! Et régulièrement, contrairement à d’autres dirigeants d’autres industries, il participait en personne à nos meetings. Et plusieurs fois il nous avait dit: «Si vous pouviez faire de l’or 18 carats inrayable, ça serait le Graal !».

Alchimie des temps modernes «Pour y parvenir, nous avons pensé à utiliser le carbure de bore, une céramique très dure et très résistante à haute température. On l’utilise même pour sa dureté dans les blindages ou les plaques internes des gilets pare-balles, par exemple. En combinant un métal précieux, en l’occurrence de l’or 18K, ou un alliage contenant un métal précieux, avec cette céramique à base de bore qui a un poids de fusion supérieur à celui dudit métal précieux, on obtient un matériau composite, un maillage de métal avec de la céramique, à la fois léger (de faible masse volumique) et très dur donc quasiment inrayable, présentant une dureté supérieure à 320 HV, voire bien au-delà. Et cette dernière propriété est particulièrement intéressante notamment pour l'utilisation du matériau composite en horlogerie ou en joaillerie. Encore faut-il mettre en œuvre cette réalisation. En simplifiant les choses

à l’extrême, il faut remplir un moule souple à température ambiante avec du carbure de bore. Celui-ci est pressé isostatiquement, c’est à dire de tous côtés en une pression égale à 200 MPa à température ambiante. Après avoir extrait le compact du moule, il est fritté à haute température jusqu’à obtenir la densité souhaitée tout en gardant la porosité interconnectée entre les atomes, soit une structure à la fois rigide et poreuse. Enfin, le métal liquide – en l’occurrence de l’or 24K allié à 3% – est infiltré en fusion dans la préforme en appliquant une très

La bataille des composites bat son plein. Et les chercheurs et scientifiques qui y travaillent restent très discrets sur l’objet précis des pistes qu’ils explorent. haute pression de gaz inerte à température élevée pour que le métal remplisse les pores de la céramique. La forme obtenue – ici la lunette de la montre – doit encore être polie, ce qui n’est pas une mince affaire vu la dureté du composite obtenu que seul le diamant peut rayer. Obtenir enfin la certification or 18K fut une autre tâche complexe, nécessitant

de séparer l’or de la céramique pour pouvoir peser l’or et le comparer au poids du matériau de départ. Nous l’avons obtenue et aussitôt Hublot l’a annoncé, sous le nom de «Magic Gold». Le premier or inrayable, avec 1000 Vickers de dureté (à comparer avec les 400 Vickers de l’or 18K traditionnel ou les 600 Vickers des aciers trempés). Je suis admiratif aussi devant le laboratoire qu’Hublot a monté dans sa manufacture de Nyon pour y produire spécifiquement le Magic Gold. C’est une très belle installation. D’ailleurs, plusieurs de mes anciens assistants et étudiants ont été embauchés par LVMH, soit pour travailler directement chez Hublot dans ce laboratoire, soit pour aller étoffer les équipes de Guy Sémon et de son laboratoire de Recherche et Développement de la division horlogère de LVMH. Car il reste beaucoup à faire, de nombreuses autres combinaisons sont envisageables, dans différents matériaux. Mais dans l’or seulement, il y a encore beaucoup à chercher, on peut encore beaucoup s’amuser. Ceci dit, l’innovation a un prix; il faut résoudre nombre de problèmes et surtout avoir des idées. Mais la bataille des composites bat son plein. Et les chercheurs et scientifiques qui y travaillent restent très discrets sur l’objet précis des pistes qu’ils explorent. Nous y compris. Un «nouveau matériau» peut valoir de l’or.»


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Patek Philippe et le spiral silicium Aux côtés de Rolex et du Swatch Group, Patek Philippe a été un des pionniers du silicium. Jean-Pierre Musy nous détaille les différentes phases de cette recherche. Par Pierre Maillard

«Au départ, nous nous sommes intéressés au silicium car c’est un matériau non magnétique et qui ne se déforme pas», nous explique JeanPierre Musy, un expert reconnu par toute la profession, qui dirigeait jusqu’à tout récemment le programme Advanced Research de Patek Philippe. En effet, le silicium est aussi élastique sans pour autant se déformer et, concrètement, en cas de choc, il se déplace et revient aussitôt à sa forme initiale. De plus, en étant insensible au magnétisme, ses spires ne risquent pas de se coller. Mais par contre, il est cassant! Et, autre problème à résoudre, il est sensible aux variations de température. Mais la recherche allait permettre de surmonter ce double handicap d’un matériau qui, par ailleurs, présentait des propriétés exceptionnelles. L’entrée du silicium dans l’horlogerie a été rendue possible grâce à une technologie qui a permis de découper du silicium dans des «wafers», sorte de galettes de silicium.

«Notre grande crainte était que le silicium, malgré toutes ses qualités, ne se révèle trop cassant et trop sensible aux variations de température pour être employé à la fabrication d’un spiral.» Dans un premier temps, Patek Philippe s’est associé à un centre de recherche en microtechnique, l’IMT de l’Université de Neuchâtel, dans le but précis d’améliorer les technologies de découpage du silicium. Premier pas, la réalisation d’une roue d’échappement en silicium. Celle-ci pouvait parfaitement être réalisée en silicium pur car sa sensibilité aux écarts de température n’influence en rien sa fonction. Et par ailleurs, ce matériau permettait de se dispenser de toute lubrification sur les points de contacts entre la roue et les palettes en saphir de l’ancre. Un avantage appréciable. En parallèle à ces recherches menées de son côté par Patek Philippe, d’autres entités exploraient aussi de leur côté les potentialités prometteuses du silicium. Un «consortium» réunissant Patek Philippe, Rolex et le Swatch Group a dès lors été créé

dans le but de recherches communes au sein du centre suisse de recherche en électronique et microtechnique, le CSEM, basé à Neuchâtel. «Notre grande crainte était que le silicium, malgré toutes ses qualités, ne se révèle trop cassant et trop sensible aux variations de température pour être employé à la fabrication

petits «défauts» subsistaient. Or, les horlogers-régleurs de Patek Philippe (des «stars», comme les qualifie M. Musy) ont aussi la mémoire longue et le sens de l’histoire. «Quand Patek Philippe a commencé à faire des spiraux en silicium, nous nous sommes replongés dans la théorie des frères Michel, une théorie datant des années 1800 et abandonnée en raison des limites technologiques de l’époque, explique M. Musy. Nous l’avons appliquée au silicium en créant dans la masse des renforcements ponctuels. L’effet est le même que celui de la courbe terminale Breguet, le spiral reste dans le plan, le centre de gravité

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2011

d’un spiral, avoue M. Musy. Mais une solution a été trouvée: le silicium est oxydé, comme si une fine couche d’écorce le rendait plus rigide et le rendait insensible aux écarts de température. Et les tests menés l’ont parfaitement démontré: il est devenu invariable aux températures et, soumis à des chocs de 5'000 G (équivalents à une chute de la hauteur d’un mètre sur un sol dur), il ne se casse pas. Ceci dit, sa longueur, son nombre de spires et sa géométrie contribuent aussi à cette résistance. L’oxyde a un coefficient thermique du module d’élasticité de signe opposé à celui du silicium. De ce fait, comme Charles Édouard Guillaume mais 82 ans plus tard, on va chercher à minimiser l’effet de la température.» Ce silicium horloger développé par les trois partenaires de cette aventure technologique a été nommé Silinvar® pour «silicium invariable», en référence au fameux Invar de Charles-Edouard Guillaume. Ils en détiennent en commun la licence exclusive.

Les leçons de l’histoire Ce Silinvar®, véritable saut technologique, a apporté un progrès considérable à la technologie du spiral. Mais pour autant, un certain nombre de

revient au centre. Mais il a l’avantage d’être plat.» Le brevet a été enregistré, c’est devenu la courbe terminale Patek Philippe, un spiral plat en silicium à développement totalement concentrique. Le premier Spiromax®. Mais cette première génération ne résolvait pas pour autant le problème de l’influence de l’échappement sur le spiral, qui crée du retard

aux petites amplitudes. En temps normal, pour compenser cette influence, il faut «donner de l’avance» au spiral plutôt que de le rendre totalement concentrique. Ainsi, échappement et spiral parviennent à se compenser. Sur le Spiromax®, en changeant «simplement» de position le renforcement créé sur le spiral en silicium, les horlogers de Patek Philippe sont parvenus à compenser échappement et spiral, corrigeant ainsi le retard généré aux petites amplitudes. C’est la deuxième génération du Spiromax®. La troisième génération du Spiromax® voit l’apparition d’un deuxième renforcement, positionné au centre du spiral cette fois, alors que l’autre est vers l’extrémité. Sa fonction: «Obtenir de très petits écarts de marche entre les différentes positions verticales de l‘oscillateur et

donc améliorer encore la précision de la pièce d’horlogerie.» Ultime amélioration, la quatrième génération du Spiromax® apporte une optimisation du positionnement du spiral par rapport au balourd du balancier de façon à ce que leurs courbes respectives se compensent dans leurs marches verticales en se croisant toujours au même endroit. On le voit, la conquête de la précision se mène ainsi, pas à pas, microdétail après micro-détail. «Tous les problèmes étaient connus. La théorie du spiral est historiquement la même depuis Huygens, mais ce sont les solutions qui sont radicalement différentes. Ceci dit, il a fallu quand même 14 ans à Patek Philippe pour parvenir à un résultat presque parfait.» Et tout est dans ce «presque» lâché par Jean-Pierre Musy. A croire que le spiral n’a pas encore tout à fait dit son dernier mot.

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NOUVEAUX MATÉRIAUX

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Voies de l’innovation: les exemples croisés de Panerai et de Roger Dubuis Bien que faisant partie du même groupe Richemont, Officine Panerai et Roger Dubuis ont deux approches grandement différentes de la recherche et de l’innovation en général et, tout particulièrement, dans le domaine des matériaux. Deux approches diverses qui illustrent deux façons d’envisager le rôle de l’innovation dans l’image générale de la marque. Pour en savoir plus, Europa Star a rencontré Jérôme Cavadini, Directeur de la Manufacture Panerai, Arnaud Houriet, Chef de Projets Innovation & Qualité chez Panerai, et Gregory Bruttin, en charge du marketing produit et de la R&D chez Roger Dubuis. Par Pierre Maillard

Il existe bel et bien un «Group Research & Innovation» central chez Richemont, dirigé par Edouard Mignon et qui compte une solide équipe de chercheurs et de scientifiques. Mais celui-ci vient avant tout en soutien à des projets menés par les marques et se consacre par ailleurs à des recherches «plus silencieuses ou plus fondamentales.» Car par ailleurs, chez Richemont, la R&D est verticalisée à l’intérieur de chaque marque qui agit avec une autonomie certaine. Comme nous l’explique Gregory Bruttin, c’est un choix qui provient directement d’en-haut, de Johann Rupert. «M. Rupert a été marqué par l’exemple négatif de General Motors qui avait fini par organiser une interchangeabilité des pièces entre toutes ses marques, construire des plateformes communes et fabriquer des produits génériques. On sait comment tout ça a fini! Les différents produits ont perdu toute saveur et toute réelle distinction. A ses yeux, c’est une «faute» à ne pas répéter. Chaque marque doit développer ses spécificités. Ceci dit, tout produit en phase de lancement est validé par le haut, par le fameux Comité d’homologation interne. Il en résulte une – saine – concurrence entre collègues.»

Open space ou réseau… Entre Roger Dubuis et Officine Panerai, les différences d’organisation – et de but – assignés à la R&D sont patents. Ils se voient même physiquement et spatialement, pourrait-on dire. La spécificité marquante de la R&D chez Roger Dubuis, installée au cœur de la manufacture largement intégrée, est de mélanger, dans un seul et même open space, chef de projet,

constructeur, bureau technique, habillage, prototypiste, R&D, design, environnement (écrins, vitrines, etc…) et marketing produit.

Une innovation doitelle obligatoirement se voir sur le produit fini ou peut-elle rester discrète? A cette question apparemment toute bête, les deux marques répondent de façon tout à fait différente. «Il en résulte beaucoup de communication, un passage et un échange permanent entre tous les responsables d’un produit à tous les niveaux, insiste Gregory Bruttin. C’est le contraire d’une approche séquentielle. Pour nous, les stratégies marque et produit vont de pair et toute l’équipe va se nourrir de cette approche conjointe et commune, pluridisciplinaire dès l’entrée. Il en résulte un fonctionnement très rapide. Dans la R&D, l’homme vient avant le process. La communication interne est informelle mais la vision des objectifs est commune.» Pratiquement, cet open space d’aspect chaleureux est loin de ressembler à un labo où circuleraient des hommes taiseux en blouse blanche. Les spécialistes des différents domaines y sont au coude à coude les uns contre les autres. Tous les tableurs Excel ont été bannis et sont remplacés par de larges tableaux visuels, affichés aux murs et remplis à la main, qui évoluent en permanence et en direct, et sont en tout temps visibles par tous. Chez Panerai, au contraire, l’essentiel du travail se fait en réseau. Il y a d’une part la Manufacture ultra moderne sur les hauteurs de

Panerai LO SCIENZIATO LUMINOR 1950 TOURBILLON GMT TITANIO – 47mm Pour obtenir une légèreté optimale, le boîtier en titane a été réalisé à l’aide d’une technologie novatrice permettant de créer des structures creuses extrêmement complexes, sans pour autant compromettre l’étanchéité (10 bar), la solidité et la résistance aux tensions et aux torsions pouvant être exercées sur le boîtier. Il s’agit de la technique DMLS (Direct Metal Laser Sintering), une méthode d’impression en 3D couche par couche effectuée avec un laser à fibre optique à partir de poudre de titane. Les différentes couches – d’une épaisseur de seulement 0,02 mm – se superposent parfaitement pour donner naissance à une structure impossible à obtenir avec un usinage classique, revêtant un aspect parfaitement lisse et uniforme pour un poids considérablement revu à la baisse.

Neuchâtel, avec ses 250 personnes dédiées à la production et au service client, tandis que le design et le marketing sont installés à Milan, à près de 400 km de là. Cette organisation ne semble gêner ni Jérôme Cavadini, le directeur de la Manufacture, ni Arnaud Houriet, chef de projet pour tout ce qui concerne l’innovation. «En comptant labos, constructeurs, bureau technique, méthodes et industrialisation basés ici, la R&D occupe environ 50 personnes qui interagissent directement en réseau avec les équipes de Milan. Un réseau ultra-connecté, doté de moyens de communication très performants et bientôt équipé de caméras de très haute définition qui nous permettront de quasiment toucher l’objet», expliquent-ils.

Cette organisation «en réseaux» se retrouve aussi au niveau de la production. Jérôme Cavadini insiste sur ce point: «Le développement est totalement intégré à la manufacture mais la fabrication ne l’est que partiellement. C’est une volonté que de travailler avec le tissu industriel régional très performant. Il y règne une émulation vive qui fait surgir de nouvelles idées. C’est très important. Toute cette activité de propriété intellectuelle est fondamentale. Elle est aussi portée par toutes ces PME, pas seulement par des géants. Vouloir tout absorber serait une erreur, ce serait totalement contre-productif. On ne peut pas faire de l‘innovation en restant chez soi. Nous avons tout intérêt à travailler avec le tissu local et ses partenaires très réactifs.»

Montrer ou ne pas montrer l’innovation? Une innovation doit-elle obligatoirement se voir sur le produit fini ou peut-elle rester discrète? A cette question apparemment toute bête, les deux marques répondent de façon tout à fait différente. Pour Gregory Bruttin, la réponse semble aller de soi: «Une vraie innovation, ça doit se voir, affirme-t-il sans l’ombre d’un doute. Pour nous, le client est toujours au centre et tout s’oriente en fonction de cette prééminence. En conséquence, il faut que toute innovation, et singulièrement dans le domaine des matériaux, ait


NOUVEAUX MATÉRIAUX un intérêt pour le client, qu’elle se traduise facilement et s’exprime aussitôt esthétiquement. Nous ne faisons pas d’innovation pour le seul plaisir de l’innovation. De même, pas de marketing pour le marketing. Nous ne le faisons que si ça signifie quelque chose de fort pour le client.» Fort bien. Mais qu’est-ce au juste qui a du sens? Pour Roger Dubuis et ses équipes de R&D, une innovation, pour être lancée, doit être à la confluence de trois paramètres fondamentaux qui vont déterminer les pistes de recherche: l’ergonomie, d’où la recherche de légèreté (titane, carbone); la pérennité, d’où la recherche de la dureté (1'000 Vickers et +, par exemple chrome et cobalt); et l’esthétique (il faut que ça puisse se traduire visuellement et formellement). A titre d’exemple de cette démarche, Gregory Bruttin cite ce boîtier réalisé en chrome / cobalt, d’une grande brillance, avec de légers reflets bleutés. «Mais le bleu du cobalt ne se voit

pas vraiment, donc nous y avons inséré un mouvement teinté bleu, de façon à bien marquer la différence.» Chez Roger Dubuis, il faut donc être aveugle pour ne pas voir l’innovation!

Verre métallique Chez Panerai, autre son de cloche: l’innovation peut au contraire rester tout à fait discrète ou «relativement cachée» comme nous l’explique Arnaud Houriet. Si l’innovation est ici aussi essentiellement au service du produit et doit représenter en soi une véritable plus-value pour le client, elle n’est pas toujours immédiatement perceptible esthétiquement ou formellement. Prenons par exemple le cas du verre métallique. A la seule vue du produit, l'innovation n’y est pas évidente. On pense a priori avoir affaire à de l’acier, sauf peut-être «quelques nuances métalliques» perceptibles.

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Mais le verre métallique a des propriétés supérieures à celui-ci: une grande résistance aux chocs, une longévité des surfaces, une dureté de l’ordre des 550 Vickers. «Son invention date d’il y a 40-50 ans et a priori il offrait des propriétés intéressantes, nous expliquent les deux responsables de Panerai. En combinant différents processus et leurs avantages spécifiques, il pouvait se montrer prometteur. Mais le verre métallique, ou BMG Tech (pour Bulk Metallic Glass), est difficile à réaliser en épaisseur importante car l’alliage doit être refroidi rapidement. La solution est passée par une maîtrise fine des alliages (qui améliore la mise en œuvre), des procédés de fabrication et des températures lors de la mise en forme. Les pièces sont injectées, en sortent à 99% aux formes. Le reste est repris, retouché là où il le faut.» Le verre métallique est composé de zirconium, titane, nickel, cuivre et aluminium.

Leur composition doit être très rigoureuse, leur pureté assurée. La clé est aussi dans le processus et dans son industrialisation qui a nécessité de sécuriser le rythme répétitif des opérations.

La céramique, le métallique et le composite. La trilogie sur laquelle tous se penchent aujourd’hui. «Un tel projet est une grande source d’enseignements, confie Jérôme Cavadini. Il y a eu des hauts et des bas, mais le retour d’expérience est considérable, le champ des possibles s’est aussi élargi. Un exemple, nous avons travaillé avec une société japonaise spécialisée dans les technologies des poudres. Il n’en n’existe que deux en tout, toutes deux au Japon.» L’équipe de la Manufacture semble fière d’être parvenue à un tel résultat. «Au départ, il y avait surtout la volonté d’aller chercher des points de marché. Et au bout il y a des conséquences en termes de positionnement. C’est bien plus important car aujourd’hui les durées de vie sur les marchés sont très courtes. Et avec le BMG, on est là pour durer. Ce n’est pas un coup de marketing. L’invention chez Panerai doit être sérieuse et contrôlée. Et cette année de lancement, on produira les 1'000 premiers exemplaires.»

Mélanger les compétences

Roger Dubuis EXCALIBUR ORIGINAL QUATUOR CHROME COBALT MICRO-MELT®

La particularité de l’open space R&D de Roger Dubuis est de tenter de mixer les compétences dans une démarche commune, la montre à réaliser. Idéalement, il n’y a plus d’un côté la technique horlogère et de l’autre son habillage. Les constructeurs sont formés au design. Ils doivent dès le premier pixel tendre à concevoir des mouvements particuliers, très transparents. Les codes à suivre sont précis, à l’image de la forme d’étoile, toujours dotée d’une droite transversale, que l’on retrouve dans nombre des constructions de Roger Dubuis. Le produit précède donc l’innovation. C’est le pneu de la Pirelli qui a donné le start à la recherche lancée à l’occasion. Autre exemple, Roger Dubuis s’apprête à sortir sous peu une montre sertie de diamants sur carbone. Pas vraiment un produit d’ingénieur pour ingénieur! Mais, par contre, un exemple d’interaction entre R&D et fournisseurs. «Le chef de projet s’est appuyé sur le design qui prévoyait du carbone forgé, détaille Gregory Bruttin. Mais le fournisseur a expliqué qu’il valait mieux essayer de prendre du carbone multicouches tissé. Tout l’intérêt était de parvenir au meilleur sertissage du carbone, donc on a opté pour la solution proposée.» Autre exemple d’interaction entre choix de design et conséquences

techniques, la montre full carbon Excalibur Spyder 509 SQ, sortie il y a deux ans. Boîtier carbone, mouvement carbone. Toutes les pièces impossibles en carbone ont été réalisées en titane, à la recherche de l’extrême légèreté. Incidemment, cette recherche a débouché sur un résultat inattendu: une réserve de marche augmentée de 50%, passant de 60h à 90h. Effet collatéral. Essentiellement, les trois axes de recherche sur lesquels travaille Roger Dubuis sont la céramique, le métallique et le composite. La trilogie sur laquelle tous se penchent aujourd’hui. Mais avec comme axe prioritaire les composites, métal / métal ou autres. «Sur les alliages purement métalliques, on est arrivé à une limite.» Un exemple: des billes de tungstène enrobées ou coulées autour d’un noyau en acier, ou encore de futurs mélanges de céramique et de carbone voire de l’usinage de silicium… On ne nous en dira pas plus. Mais il est vrai que tous se penchent désormais sur ces mêmes sujets.

Et l’impression 3D? Du côté de Panerai, outre le verre métallique, on s’est intéressé déjà de très près à l’impression 3D avec la PAM 00767, dite «Lo Scienziato» un Tourbillon Titane Squeletté à 139’000 euros, ultra-léger et tiré à 250 exemplaires en deux fois: 150 puis 100 exemplaires. Particularité, c’est une montre réalisée en impression 3D, selon une technologie de croissance. Une première mondiale. Son boîtier est constitué de poudre de titane grade5 «imprimée» couche après couche. Grâce à cette technologie d’impression 3D, un vide a été créé à l’intérieur de la carrure en forme d’anneau. Cette carrure évidée pèse ainsi 30% de moins qu’une carrure comparable en titane usiné. Le mouvement pèse 25% de moins. Le processus d’impression 3D a l’avantage de permettre une flexibilité inédite en termes de géométrie. Panerai le maîtrise à l’interne mais «en connaît aussi les limites». Les potentiels de cette technologie dans la personnalisation sont évidents mais c’est un processus qui reste coûteux. D’un point de vue industriel, elle n’est envisageable que pour de petites séries limitées et permet aussi une rapidité d’exécution. Question annexe que nous posons naïvement: pourrait-on imaginer loger une fonction ou un mécanisme à l’intérieur du vide créé dans la carrure ? Nos deux interlocuteurs ont un petit sourire entendu. Ce serait la confirmation spectaculaire (mais pouvant rester invisible) qu’une innovation dans un champ particulier, ici la 3D, ouvre sur d’autres innovations potentielles dans d’autres champs. Qu’en d’autres termes, l’innovation apporte l’innovation.


BULGARI OCTO TOURBILLON SAPPHIRE Dans un boîtier en titane traité DLC et saphir de 44mm de diamètre est suspendu le mouvement manufacture à remontage manuel, Calibre BVL 206 à tourbillon volant. Les ponts sont traités DLC (Diamond Like Carbon) et composés de 11 tubes ITR2 (matériau composite chargé de particules de nanotubes de carbone d'une dureté comparable à un métal) renfermant du SLN bleu (matière luminescente de haute technologie); indication des heures et des minutes, 64h de réserve de marche.

PORTFOLIO NOUVEAUX MATÉRIAUX

AUDEMARS PIGUET ROYAL OAK CONCEPT FLYING TOURBILLON GMT Nouvelle génération de la Royal Oak Concept GMT avec tourbillon volant: les ponts centraux, auparavant réalisés en céramique, ont été remplacés par des ponts taillés dans du titane traité noir. Le boîtier est aussi en titane traité noir, la lunette en céramique et les inserts en or rose.


BELL & ROSS BR-X1 SKELETON TOURBILLON SAPPHIRE Le boîtier de la BR-X1 Skeleton Tourbillon Sapphire est réalisé à partir de cinq blocs de saphir soigneusement façonnés avant d’être assemblés par des vis avec la plus grande précision. Les ponts du tourbillon volant ont été entièrement ajourés et le cadran décentré afin d’apporter la plus grand transparence possible. Trois pièces uniques sont présentées (dont deux vendues exclusivement en ligne), de trois teintes différentes, servant chacune une seule fois pour colorer platine, ponts, cadran, aiguilles et cage du tourbillon.

HUBLOT BIG BANG UNICO RED MAGIC Après le Magic Gold en or 18 carats inrayable, voici la Red Magic, en provenance du centre de R&D de la Manufacture Hublot. Une céramique de couleur plus que vive, à très haute résistance, protégée par une série de brevets et dont la formule exacte reste confidentielle.


GRAND SEIKO CÉRAMIQUE BLEUE HI-BEAT GMT Nouvelle édition limitée qui mixe harmonieusement nombre de matériaux: l’intérieur du boîtier et la partie extérieure du bracelet sont fabriqués en titane haute intensité. L’extérieur du boîtier et les mailles centrales du bracelet sont fabriqués avec la nouvelle céramique d’oxyde de zirconium bleue Grand Seiko (7x plus dur que l’acier inoxydable). Derrière le fond saphir, la masse oscillante est en titane et tungstène résistant aux distorsions, même si la montre est soumise à un choc. La partie en titane de la masse est traitée selon un procédé d’oxydation anodique qui permet l’obtention d’une nouvelle teinte bleue profonde, en harmonie avec le bleu Grand Seiko de la céramique et du cadran.

RADO HYPERCHROME CHRONOGRAPH Sérieux contraste pour cet Hyperchrome Chronograph de 45 mm dans lequel Rado, pionnier de la céramique, mixe le plus ancien avec le plus technologique: le bronze et la céramique. Soit ce qui se patine avec le temps et ce qui résiste à tout – ou presque. Effet vintage du futur garanti.

CENTURY EMPIRE Ce saphir octogonal à facettes formant boîtier date de 1988. Un design pur et simple qui n’a jamais pris la moindre ride. Taillé et poli à la main, il revient aux couleurs du lapis-lazuli. La matière est prise entre deux couches de saphir qui magnifient son éclat bleu et le protègent parfaitement. Une technique inédite qui offre mille possibilités créatives, y compris l’utilisation des matériaux les plus fragiles. Or jaune, satin, mouvement quartz.


CHANEL MARQUETERIE DE CÉRAMIQUE Dénommé «Untitled 2018», ce coffret (détail ci-dessus) renferme douze J12 uniques réalisées en marqueterie de céramique. Noir profond sur fond immaculé, ces chiffres tronqués débordent sur la lunette où ils se prolongent. Démonstration de la noblesse horlogère et artistique atteinte par la céramique.

ROLEX GMT MASTER II ET SA LUNETTE BICOLORE Quand l’innovation avance pas à pas sans rien changer à l’icône. En 1955, le disque gradué 24 heures de la lunette bicolore de la GMT-Master, devenu depuis lors plus qu’emblématique, est en plexiglas. En 1959, il est en aluminium anodisé. En 2005, entrée en scène de la céramique sur la GMT-Master II. Dès 2007, lunette monobloc et disque de lunette deviennent officiellement «Cerachrom», appellation maison pour technologie maison. Chiffres et graduations sont moulés dans la masse et recouverts d’or ou de platine par dépôt PVD. Insensible aux ultra-violets.


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Jaquet Droz: «Beaucoup de détaillants nous ont approchés cette année» A l’occasion de ses 280 ans, Jaquet Droz renforce son exploration contemporaine de l’horlogerie de grande tradition. Autour d’un modèle en particulier, sur lequel les variations semblent infinies: la Grande Seconde. Entretien avec son CEO, Christian Lattmann. Propos recueillis par Serge Maillard

GRANDE SECONDE MOON BLACK ENAMEL

Quelles sont les collections sur lesquelles vous mettez l’accent en cette année d’anniversaire pour Jaquet Droz? Nous approfondissons nos modèles les plus forts historiquement: la Grande Seconde, les Ateliers d’art et les Automates. Nous avons aussi travaillé sur des pièces féminines, qui nous ouvrent un marché très prometteur. Et nous présentons une pièce unique exceptionnelle, la Parrot Repeater, qui concentre tout notre savoir-faire en termes d’automate et de métiers d’art. Tout cela avec l’objectif de fond de clarifier l’identité de Jaquet Droz, ses valeurs et la direction que prend la marque. Pierre Jaquet-Droz et son fils Henri-Louis ont développé au 18ème siècle trois automates de génie, pour émerveiller, c’est cet esprit que nous tentons de perpétuer. La marque s’était endormie après la disparition de ces deux grands personnages de l’histoire horlogère. Depuis sa reprise par le Swatch Group en 2000, nous nous employons à recréer une identité de marque forte et cohérente. Comment gérez-vous votre distribution? Nous bénéficions de la structure du Swatch Group avec ses nombreuses filiales, ce qui est un très grand avantage. Nous continuons de nous étendre sur nos marchés stratégiques, mais nous tenons à garder une distribution très sélective. Nous avons récemment ouvert une nouvelle boutique au Dubai Mall, avec un nouveau concept visuel très luxueux: c’est un signal fort pour toute la région. Aujourd’hui, nous comptons un total de 12 boutiques et 200 points de vente dans le monde.

ment, de nos derniers développements. Avant, un mauvais produit avec un bon marketing pouvait avoir du succès. Aujourd’hui, il faut un bon produit, car l’information va très vite. En cela, c’est une énorme opportunité pour Jaquet Droz, pour la visibilité mais aussi la compréhension de la marque. En ce qui concerne la distribution ou le e-commerce, nous menons quelques projets en partenariats avec des détaillants, mais nous exigeons des standards très élevés, donc c’est assez limité. Pour l’instant, nous n’avons pas prévu d’ouvrir notre propre plateforme de vente en ligne. Christian Lattmann, CEO de Jaquet Droz

Le but n’est pas d’ouvrir des points de vente de manière non contrôlée, mais de travailler avec des détaillants qui soient prêts à s’investir réellement pour nous. En effet, nous sommes une marque qu’il faut savoir expliquer et pouvoir présenter dans les meilleures conditions au client, afin d’en faire une expérience. Beaucoup de détaillants nous ont approchés cette année, car ils sentent les développements en cours pour toucher une clientèle à la recherche d’une vraie exclusivité, de produits exceptionnels et de grande créativité. Nous avons vu depuis deux ans un certain effort des marques de luxe visant à offrir des modèles d’entrée de gamme et de manière générale à réduire le prix moyen. Est-ce le cas de Jaquet Droz? Oui et non... Nous créons d’un côté des produits qui permettent d’«accéder au rêve» et qui soient accessibles et portables en (presque) toutes les circonstances. Et à l’autre bout de l’échelle, nous produisons

des automates d’exception. Le point commun – notre fil rouge – ce sont les codes esthétiques très forts de la marque, notre grande créativité, qui s’inspire notamment de la nature, et l’artisanat. L’authenticité est la clé du luxe: il est extrêmement important que l’on ressente le travail de la main humaine dans nos productions, particulièrement via les métiers d’art. Fixez-vous une limite de production pour garder une forme d’exclusivité? Nous n’avons en aucun cas une approche «industrielle», mais vraiment artisanale de l’horlogerie. Nous n’avons donc pas besoin de fixer de limites – nous sommes naturellement limités par la capacité de production. Nous ne sommes pas du tout dans une recherche de simplification ou d’automatisation de la production. Cela serait un contre-sens historique en ce qui concerne Jaquet Droz. Les seules limites que nous fixons portent sur des séries principalement réalisées

au sein des ateliers d’art, à 1, 8, 28 ou 88 exemplaires. Le chiffre 8 est notre symbole, que vous retrouvez comme inspiration sur nos cadrans. Quels sont les matériaux que l’on associe le plus à Jaquet Droz? L’émail grand-feu constitue une véritable «signature» de la marque, avec cette couleur de cadran ivoire notamment qui est très particulière. Nous aimons également travailler l’aventurine et l’onyx pour nos cadrans, ce qui leur confère beaucoup de profondeur. Nous utilisons aussi des matériaux plus high-tech pour les mouvements, comme par exemple le spiral en silicium. Comment abordez-vous la grande transformation digitale qui touche l’industrie horlogère? La digitalisation, en terme d’accès à l’information, est primordiale. C’est le grand changement de ces dernières années: nos clients et nos détaillants sont beaucoup mieux informés, et beaucoup plus rapide-

Vous fêtez vos 280 ans cette année... mais est-ce que la moyenne d’âge de vos clients baisse? Nous comptons des clients de tous âges: la moyenne est en vérité assez jeune, je l’établirais à 30-40 ans. Nous sommes une marque de style classique-contemporain, même si cela peut sembler paradoxal: nous avons trouvé un bon équilibre et ne sommes pas enfermés dans notre héritage. La grande tendance du moment est le vintage ou plutôt le néo-vintage. Chez vous, on ne voit cependant pas vraiment de «rééditions»... Aujourd’hui le mot «vintage» est beaucoup utilisé dans sa connotation «néo-retro», c’est-à-dire la réédition de modèles historiques. Nous n’avons pas eu une production énorme dans les années 1960 ou 1970 par exemple, ce n’est donc pas un thème prioritaire chez nous. Le but n’est pas de lancer des rééditions ni de suivre des tendances, mais de nous différencier par notre créativité contemporaine.


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Mido: «Nous explorons à peu près toutes les possibilités du e-commerce» cela peut nous toucher, car les montres Mido sont réputées pour leur qualité sur la durée. C’est la rançon du succès! De manière générale, nous voyons deux types de clients actifs sur internet en horlogerie: ceux qui cherchent la rareté, qu’il s’agisse de modèles anciens ou nouveaux – un modèle Bugatti s’est par exemple vendu pour 30'000 dollars, c’est notre cote

La marque au nom espagnol («je mesure») est née il y a un siècle exactement, en 1918. Historiquement bien implantée en Amérique latine, la marque du Swatch Group a mis le cap sur l’Asie, qui représente de loin son premier marché actuel. Elle réédite plusieurs modèles historiques pour son anniversaire. Rencontre avec son président, Franz Linder.

«Historiquement, nous restons bien implantés en Amérique latine, où nous sommes «rois» dans notre catégorie au Mexique.» maximale à l’heure actuelle. Une autre pièce recherchée est la Centre Chronograph, qui atteint 5'000 à 8'000 dollars. Et puis il y a les pièces de «volume», comme nos modèles Multifort – et là, c’est clair qu’on en trouve beaucoup en vente sur internet, à des prix plus accessibles.

Propos recueillis par Serge Maillard

Quels modèles sortez-vous pour votre anniversaire de 100 ans? Une «Big Date», bien sûr! Nous avons intégré dans notre ligne Commander un nouveau calibre exclusif Mido avec le plus grand guichet de date dans notre segment et une réserve de marche de 80 heures. Notre objectif pour cet anniversaire était de refléter plusieurs de nos valeurs: l’innovation, la qualité, un certain côté intemporel et un prix très attractif. A ce niveau de prix, vous ne trouverez pas de montre aussi performante et originale sur le marché. Toujours dans la collection Commander, nous revisitons également la ligne Shade née en 1979. Enfin, nous avons aussi lancé une réédition de la Multifort Datometer originale de 1939, limitée à 1918 exemplaires. Un succès incontestable, puisque ce modèle est désormais sold out. Le néo-vintage a la cote... Mais audelà du design, vos prix ne restentils pas votre argument «choc» pour gagner des part de marché? Notre prix moyen est de CHF 1'000, ce qui nous positionne entre Tissot et Longines au sein du Swatch Group. Ce n’est pas notre seul argument: à ce prix, nous offrons une production essentiellement automatique – 90% – et surtout, nous sommes dans notre segment la marque qui propose le plus grand choix de montres certifiées COSC. Avec environ 50'000 pièces par an, ce n’est

Internet facilite aussi la personnalisation des montres, via des configurateurs. Est-ce une demande à laquelle vous répondez? L’avantage d’une personnalisation, pour une marque, réside d’abord dans l’interactivité avec le client – et les leçons que l’on peut tirer de cette expérience participative. À nos niveaux de prix, nous avons cependant plutôt opté pour le lancement de concours de design des montres auprès du grand public, par exemple: quel monument sera l’inspiration de la prochaine montre Mido? Autre exemple: nous avons aussi invité le public à choisir entre trois créations de designers différents, pour imaginer l’aspect de notre future montre. Cela nous aide à percevoir la vision qu’a le public de Mido.

Franz Linder, président de Mido

pas une grande partie de notre production, mais un message de qualité important.

nous conservons un niveau de chiffre d’affaires similaire sur une foire plus courte.

Vos racines sont suisses et... sudaméricaines. Quels sont vos marchés-clé aujourd’hui?

Sur votre segment moyen de gamme, la rupture la plus importante du moment est l’émergence du e-commerce. Quelle est votre stratégie concernant les ventes en ligne?

Historiquement, nous restons bien implantés en Amérique latine, où nous sommes «rois» dans notre catégorie au Mexique. Mais la région qui constitue aujourd’hui de loin notre plus grand débouché est l’Asie, Chine en tête. Nous y comptons une large distribution, avec 800 points de vente dans 260 villes. Au delà de votre anniversaire, comment s’est passée la foire de Bâle pour Mido, sur le plan des affaires? Pour nous, c’était une édition sans grandes surprises: les clients qui viennent chaque année nous ont aussi rendu visite cette fois-ci. Les chiffres sont comparables à ceux des années précédentes. En revanche, nous avons fortement apprécié de finir deux jours plus tôt, puisque

Il y a plusieurs manières d’aborder le e-commerce. Nous explorons à peu près toutes les possibilités, en tenant compte des réalités locales. Aux Etats-Unis, nous avons notre propre plateforme de e-commerce. En Chine, nous travaillons en partenariat avec des sites comme Tmall (ndlr, Longines a lancé une vaste offensive sur ce site, lire l’interview de Walter von Känel dans notre édition précédente). Et en Europe, ce sont surtout les détaillants eux-mêmes qui lancent leurs propres plateformes en ligne en incorporant nos modèles. Aujourd’hui, les ventes en ligne, via les canaux que nous maîtrisons directement, représentent moins de 10% de nos ventes totales.

L’autre grande rupture du moment est l’émergence de la montre connectée. Verra-t-on bientôt une Mido connectée?

COMMANDER BIG DATE

Vous êtes une marque accessible. Cela veut aussi dire que l’on vous retrouve facilement sur des sites de ventes de deuxième main. Comment considérez-vous la multiplication des possibilités d’achats pre-owned? On voit ce phénomène depuis quelques années, et effectivement

Pour moi, Mido, c’est l’automatique durable, la micromécanique, l’émotion... Donc ce n’est pas du tout le même statement que l’électronique. Je ne crois pas que l’on verra de telles montres chez Mido dans un avenir proche. Je pense qu’il faut rester cohérent. Par contre, dans d’autres segments de prix au sein du groupe, cela fait beaucoup plus de sens de proposer des modèles connectés, pour une marque comme Tissot par exemple.


SWATCH GROUP

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Certina: «Un look d’époque avec des matériaux modernes» Plutôt discrète par rapport aux poids lourds du Swatch Group, la marque à la tortue est très populaire en Europe du Nord et de l’Est grâce à ses gardetemps robustes et sportifs. Elle vise à présent une expansion en Chine, à travers de nouveaux modèles plus classiques et des rééditions de montres vintage. Rencontre avec le président de Certina, Adrian Bosshard. Propos recueillis par Serge Maillard

Quel était le point fort du dernier Baselworld, en cette année anniversaire pour Certina? S’il fallait citer un seul modèle, je mentionnerais notre réédition de la montre DS PH200M, qui était appréciée des plongeurs dans les années 1960 et 1970. Durant ces deux décennies, Certina a testé la robustesse de ses montres dans le cadre d’une série de projets de recherche et d’expéditions, aussi bien en montagne qu’en mer. De là est né un modèle dédié à la vie sous-marine: la DS PH200M. Cette réédition, équipée d’un calibre Powermatic 80, associe le look de l’époque avec des matériaux très modernes. Comme sur l’ancien modèle, on peut voir au dos de la montre le relief de la tortue, notre logo depuis 1959 et l’invention du système DS (pour Double Sécurité, ndlr). Aujourd’hui, ce symbole incarne d’ailleurs les préoccupations environnementales modernes – nous collaborons ainsi étroitement avec la fondation Sea Turtle Conservancy depuis l’an passé. Mais pourquoi le choix d’une tortue comme logo en 1959? A l’époque, les préoccupations environnementales n’étaient pas aussi fortes qu’aujourd’hui. Le symbole a évolué... C’est juste. Cet animal a d’abord été choisi en écho à la forte résistance du système DS, qui constitue vraiment le cœur de l’identité de Certina depuis 1959. Grâce à

Adrian Bosshard, président de Certina

une étanchéité garantie jusqu’à 200 mètres par des joints sur la tige de remontoir et la couronne, un fond de boîte renforcé, ainsi que le verre saphir inrayable (sur les versions ultérieures, ndlr), ce système a introduit de nouveaux standards de robustesse en horlogerie. Nous ciblons toujours aujourd’hui les personnes actives, les amateurs d’aventures et de sensations fortes. Ainsi, nous avons aussi lancé un modèle spécial DS-1 Powermatic 80 Himalaya qui rend hommage à une expédition suisse équipée de la Certina DS-1 ayant conquis pour la première fois en 1960 le mont Dhaulagiri, à côté de l’Everest. Contrairement à d’autres marques du Swatch Group présentes dans le monde entier, vous avez une présence très forte sur certains marchés bien particuliers... La nuance, c’est que nous avons toujours été une marque internationale, mais jamais globale. C’est-àdire que nous couvrons des marchés bien spécifiques: historiquement, nos débouchés se trouve en Europe (Suisse, Allemagne, Scandinavie, Espagne), mais les deux marchés où nous avons fait une percée plus récemment, depuis une décennie, sont l’Europe de l’Est (Russie, Pologne) et la Chine. Au sein du Swatch Group, vous êtes d’ailleurs aussi responsable

des pays de l’Est. Comment y expliquez-vous le succès de Certina, notamment en Russie après la chute du Mur? Certina a toujours produit des montres robustes, sportives et... d’une certaine taille. En Russie, les gens apprécient ces caractéristiques, d’autant plus dans un climat difficile. Par ailleurs, c’est un marché qui a une culture horlogère historique – ce dont profitent d’autres marques du groupe, comme Tissot ou Breguet. Nous avons donc à la fois du patrimoine et de la crédibilité. Sans oublier bien sûr de très bons partenaires sur place. Et des prix attractifs: nous couvrons une gamme allant de 300 francs à 1'500 francs, avec un prix moyen de 600 francs. Quelles sont les différences principales entre les marchés d’Europe du Nord et d’Europe de l’Est? En Scandinavie, nous vendons surtout des modèles avec bracelets en métal, tandis qu’en Russie ce sont les bracelets en cuir qui dominent. Le titane est un matériau très recherché en Europe du Nord (Scandinavie, Allemagne, Suisse), où il est apprécié pour son côté à la fois résistant et léger, tout en étant antiallergique. A l’inverse, on préfère les montres plus lourdes en Russie ou en Asie, où elles seront considérées comme de «vraies» montres. En ce qui concerne le mouvement, nous ven-

DS PH200M

dons davantage de montres à quartz en Europe, tandis que le calibre mécanique domine en Asie. Votre prochain horizon est-il la Chine, où d’autres marques du Swatch Group, notamment Longines, sont déjà très bien implantées? En effet, nous allons continuer notre expansion en Chine. Du fait de notre orientation très sportive, nous ne répondions pas vraiment jusqu’à

présent à ce que les consommateurs chinois cherchent en priorité: l’élégance et la finesse. Aujourd’hui, nous couvrons quatre univers, grâce auxquels nous touchons un public large: sport, plongée, urbain et héritage. Nous avons cependant toujours une marge de progression en Europe même, où j’identifie deux marchés avec un très fort potentiel pour Certina: l’Allemagne et l’Espagne, où nous pouvons encore gagner des parts de marché.

Union Glashütte: une marque allemande du Swatch Group Outre Certina, établie au Locle, Adrian Bosshard a également la responsabilité de la marque allemande Union Glashütte, fondée en 1893 par Johannes Dürrstein: «C’était le distributeur de A. Lange & Söhne et il avait pour rêve de développer une marque de grande classe, mais avec un positionnement de prix plus bas que A. Lange & Söhne», explique le dirigeant. La compagnie a connu le succès jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Après la chute du Mur, le Swatch Group a acquis Union Glashütte en même temps que Glashütte Original, en 2000. «La stratification entre les deux marques est claire, explique Adrian Bosshard. Glashütte Original est une manufacture de luxe qui développe ses propres calibres. Union Glashütte est une marque historique qui utilise comme base des composants d’ETA, mais qui fabrique ses propres masses oscillantes, ponts et platine ¾ de son calibre à remontage manuel et qui réalise l’assemblage du mouvement et de la montre dans ses ateliers de Glashütte.» Avec un design classique, un esprit très germanique et des modèles 100% mécaniques, la marque touche essentiellement une clientèle allemande, mais aussi asiatique et russe.


STRATÉGIE

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Breitling: ambition universelle Georges Kern a posé son verdict sur Breitling, racheté par le fonds CVC Partners et dont il a pris les rênes d’une main ferme l’an passé. Les conséquences étaient drastiques dès le dernier Baselworld: restructuration et élargissement de l’offre de la marque, au nouveau logo, autour de l’air, de la mer et de la terre; reprise en main de la chaîne de distribution et offensive numérique à marche forcée. Une stratégie qui a le mérite de la clarté, alors que la marque était pénalisée par plusieurs incohérences. Breitling entend à présent conquérir «sa» part du gâteau asiatique.

C’est une marque à la notoriété (presque) sans égal, très forte aux Etats-Unis et en Europe, mais qui semblait un peu endormie. Autant dire que lorsqu’une personnalité aussi intransigeante et polarisante que Georges Kern reprend le destin de Breitling, le réveil est d’autant plus sonore! Le storytelling était bien rôdé au dernier salon de Baselworld, autour d’une présentation des trois univers de la marque sous l’ère Kern et surtout d’un mot d’ordre absolu: «Nous n’inventons rien, nous reprenons tout simplement ce qui existait déjà.» Preuve à l’appui, cette publicité des années 1950 vantant les trois univers de Breitling, la terre, la mer et l’air.

Rouvrir les tiroirs «Lorsque Georges Kern a posé son regard sur le catalogue de la marque, un élément lui a sauté aux yeux: les collections se ressemblaient trop, avec une confusion de genre entre les modèles», nous indique-t-on. On ne peut guère lui donner tort, tant on sentait chez Breitling que le pouvoir de la marque avait pris l’ascendant sur celui des collections, ce qui donnait une impression de surplace, d’immobilisme (qui a aussi ses mérites, soit dit en passant, alors que tant de marques donnent l’impression contraire de mener des zigzags stratégiques, en navigation à vue). Bref, ça ronronnait un peu! Et ça ronronnait surtout autour du thème de l’aviation. En prenant

quelques décisions au fort pouvoir symbolique – comme la fin du partenariat avec les Super Constellation ou avec la Patrouille suisse, ne gardant que sa propre et célèbre patrouille acrobatique – le nouvel homme fort a d’emblée indiqué ses ambitions universelles pour Breitling, en remettant également l’accent sur les domaines de la mécanique sportive et de la navigation, pour venir rivaliser avec d’autres poids lourds horlogers qui occupent ces terrains. Là encore, l’idée est de sortir la marque de sa «zone de confort», dans laquelle elle s’était un peu assoupie.

Elargir le champ d’action Avec le risque bien sûr de donner l’impression de «couper les ailes» (au sens propre et figuré, puisqu’elles ne figurent plus sur le logo de la marque) de Breitling. On s’efforçait d’ailleurs de bien faire comprendre que la marque n’abandonnait pas le terrain de l’aviation, mais élargissait ses horizons. En prenant un peu de hauteur, et en gardant en tête la stratégie globale d’une marque qui entend désormais se battre sur plusieurs terrains, on comprend néanmoins mieux ces choix, à la lumière de la nouvelle orientation de la marque. Elle qui ne veut pas parler uniquement aux quinquagénaires mâles occidentaux adeptes de mécanique aéronautique, mais à un public asiatique aux goûts plus classiques qui représente la moitié des achats de luxe dans le monde, ainsi qu’à une audience féminine qui lui échappe encore très largement.

NAVITIMER 8

DR

Par Serge Maillard

Publicité Breitling de 1968

Car ne nous y trompons pas: c’est bien le marché chinois qui est dans le viseur de Georges Kern, notamment avec la nouvelle ligne Navitimer 8. Il compte certainement y reproduire la recette de son succès chez IWC, où il a fait passer le chiffre d’affaires de quelques dizaines à plusieurs centaines de millions de francs en 15 ans. C’est-à-dire une très forte présence marketing (on le voit déjà avec la formation des Breitling Squads, des trios d’ambassadeurs issus de différents univers), une offre élargie et universelle et une forte maîtrise directe des canaux de distribution physique et numérique.

Trois lignes-clé Quid des modèles-phares, justement? Ils se structurent autour de trois univers, l’Air (Navitimer), la Mer (Superocean) et la Terre (Transocean), et deux «familles» transversales, Chronomat et Professional. A noter que la Navitimer

8 lancée cette année ne remplace pas la Navitimer originelle, qui devient simplement la... Navitimer 1. L’accent est mis sur ce qui fait l’ADN de Breitling: le chronographe mécanique. La marque ne produira plus, à quelques exceptions près, de modèles quartz. Ce grand exercice de clarification, qui associe retour aux sources et extension du champ d’action, ne se verra pas suivi d’une envolée des prix, le but étant de rester dans un prix moyen allant de 3'600 à 7'500 CHF, soit du luxe accessible sur des modèles sport-chic.

L’ombre puissante de CVC Partners Alors que Breitling n’était que peu présent jusqu’alors sur le terrain du e-commerce, une autre ambition forte de Georges Kern, elle aussi «universelle», est d’ouvrir rapidement des canaux de vente digitaux, afin de permettre aux consommateurs, asiatiques ou non, de pouvoir

acheter des Breitling en tout temps. Derrière ce plan ambitieux en tous points, les exigences du nouveau propriétaire, le fonds de private equity londonien CVC Partners, sont fortes. Au printemps 2017, le fonds a repris 80% de Breitling à la famille Schneider – qui était propriétaire de la marque depuis 1979 – pour un montant estimé à 800 millions de francs. Georges Kern lui même a pris des parts dans la société – ce qui était sans aucun doute une belle entrée en matière pour sa nouvelle mission. Cette date a aussi marqué la reprise de l’une des dernières grandes marques horlogères suisses indépendantes et en mains familiales. Dans une analyse intéressante, Alon Ben Joseph de Ace Jewelers aux PaysBas rappelle que les fonds de private equity gardent en moyenne sept ans leur investissement dans une compagnie rachetée, avec une attente de l’ordre de 20% en termes de retour sur investissement annuel. Selon ses calculs, le nouveau management a donc pour objectif d’atteindre un chiffre d’affaires de… 2,5 milliards de dollars d’ici à 2024 - pour espérer revendre la marque au prix minimum d’une fois son chiffre d’affaires. Ce qui implique une croissance annuelle moyenne pour Breitling de l’ordre de 30%. Mission impossible? Georges Kern doit maintenant endosser le costume de «l’homme providentiel» de Breitling, pour entrer pleinement dans les livres d’histoire horlogère.

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IWC: «Reprendre le pilotage d’une marque à succès n’est pas une sinécure!» Il a la lourde tâche de succéder à Georges Kern: rencontre avec le jeune nouveau CEO d’IWC, Christoph Grainger-Herr, qui a la particularité d’afficher un profil artistique dans une marque d’ingénieurs.

tous. Regardez ce qui se passe dans le monde des apps: c’est la meilleure app qui tue toutes les autres et emporte tout, sans que cela n’apporte un réel bénéfice à tous. Le futur n’est plus synonyme de «meilleur». On est obligé de l’accepter, mais on n’en n’a pas forcément envie. Regardez la voiture autonome: elle va arriver, mais qui en a vraiment envie? Dans ce contexte où rôde aussi Big Brother, la montre mécanique rassure. C’est un feel-good factor. Et qu’est-ce que l’industrie du luxe sinon un feel-good factor!

Propos recueillis par Pierre Maillard

Christoph Grainger-Herr a débarqué chez IWC en passant par une porte inhabituelle: celle du musée de la marque! Jeune designer ayant fait des études «100% artistiques», insiste-t-il, au Royaume-Uni puis en Suisse, à Bâle, il fut tout d’abord commissionné par la manufacture de Schaffhouse pour concevoir le musée retraçant les 150 ans de la marque. Il n’a depuis jamais passé la porte dans l’autre sens, au sein d’une marque dont il est devenu CEO en mars 2017. Lourde tâche que de succéder au bouillonnant Georges Kern qui, après avoir décuplé le chiffre d’affaires d’IWC en 15 ans puis pris la tête de l’horlogerie selon Richemont, s’est subitement envolé pour d’autres cieux concurrents. Pas facile de succéder à un Georges Kern très médiatisé et qui a quitté la marque après en avoir fait un succès considérable... Je vous dirais que c’est une chose que de prendre en mains une entreprise qui ne se porte pas bien et de tenter de la redresser et une autre que de reprendre le pilotage d’une marque à succès… Ce n’est pas pour autant une sinécure, au contraire. Mon challenge est de poursuivre sur la route du succès, de l’améliorer encore. Je dois le faire avec précaution, en tenant compte de la route déjà suivie, en travaillant sur le long terme, en m’adaptant aux conditions changeantes, en imaginant le futur. A part vous-même, dans la galaxie Richemont des CEO, seul Nicolas Bos provient du monde artistique. On peut l’imaginer pour une marque «artistique» comme Van Cleef & Arpels. Mais IWC est considérée comme une marque «d’ingénieurs». Votre background est-il un avantage à vos yeux? N’est-ce pas un changement de culture?

Photo: Fabien Scotti

Mais revenons à l’offre IWC. Comment la définiriez-vous et quelles sont vos collections-phare?

Christoph Grainger-Herr, CEO d’IWC

En tant que designer, vous êtes au centre d’un processus créatif, vous devez tenir compte de tous les éléments et de tous les aspects de la réalité: artistique, technique, commerciale. Vous devez avoir une vision à 360°, une ouverture d’esprit totale et parvenir à exprimer en substance une réalité complexe, que ce soit dans un objet – une montre – ou dans un musée. Ceci dit, après m’être occupé du design du musée de la marque, qui oblige à un regard à la fois rétrospectif et tourné vers le futur, je suis aussi passé par le marketing, la distribution, les ventes… Que pouvez-vous nous dire des évolutions que vous entendez apporter à l’offre de la marque? Ne craignez-vous pas la concurrence montante, notamment – et c’est ironique – de la part de Breitling? IWC est très bien positionné. Nous n’avons pas varié depuis des années et occupons fortement l’espace compris entre 5'000-6'000 francs et 10'000-12’000 francs. La marque est

forte, bien ancrée. Elle est là depuis 150 ans, pionnière dans l’industrialisation de l’horlogerie suisse, elle dispose de produits et de lignes iconiques très bien réparties et échelonnées. IWC est une marque vraiment globale, dans tous les sens du terme: nous sommes présents partout. Mais une marque qui a encore devant elle un gros potentiel de développement. La concurrence qui vient sur nos terres ne nous fait pas peur. Il y a toujours eu de la compétition. Ce n’est pas nouveau. La collection Jubilee a été particulièrement remarquée au cours du dernier SIHH. Beaucoup y ont vu la marque d’une inflexion «vintage» voire «néo-vintage» de vos collections... Cette collection a été initiée bien avant ma nomination. Le mouvement à affichage digital, inspiré d’une de nos montres de poche, a nécessité cinq ans de développement pour son adaptation à une montre de poignet. Il a fallu tout refaire. Le saut du

disque au 10e de seconde devait être d’une précision redoutable, nécessitant un disque très léger. La montre a deux barillets, un pour le mouvement proprement dit et un dédié au mécanisme de saut instantané. Ce mouvement nous a fascinés, et il semble avoir fasciné beaucoup de gens. Il arrive au bon moment. D’aucuns déplorent ce retour généralisé de l’horlogerie aux codes du passé… Aujourd’hui, dans un contexte de digitalisation rapide du monde, on se rend compte que les gens recherchent et chérissent la simplicité du monde «analogique». Les temps ont changé. A l’époque de l’essor du modernisme et de la productivité, on pensait que les nouveaux objets proposés allaient dans le sens de l’amélioration générale des conditions de vie. Le futur était une frontière vers laquelle tendre pour le meilleur. Mais depuis les années 1980, une déconnexion s’est produite entre productivité et vie meilleure pour

Nos trois collections-phare sont les «trois P»: la Portugieser, la Portofino et la ligne des Pilot. Elles synthétisent l’esprit IWC: un système conçu avec le sérieux des ingénieurs et décoré avec soin et subtilité. Sans parler d’un rapport qualité/prix incontestable. Ce qui nous anime, c’est d’offrir des fonctions complexes mais fonctionnelles et de les simplifier pour les rendre disponibles. De ce point de vue, l’innovation est au centre de notre démarche. Prenez par exemple le champ des calendriers: notre intention est d’être clairement leaders dans ce domaine. Qu’en est-il de votre distribution? Quelle est la part de e-commerce? Vous avez récemment annoncé des avancées supplémentaires dans ce domaine. Notre objectif est prioritairement d’offrir à notre client toute la palette des choix possibles. Il doit pouvoir se rendre facilement dans un lieu physique, s’il le désire, opter pour un mix entre le monde physique et le monde virtuel, ou encore ne vouloir passer que par le canal du e-commerce. C’est absolument nécessaire d’offrir ce choix, ce service global. Mais il ne faut pas se voiler la face: vendre un produit de luxe uniquement par e-commerce est et reste très difficile. La montre est devenue un produit essentiellement émotionnel. Qui en a un pur besoin utilitaire? (…) Retrouvez la suite de cet entretien (stratégie en ligne, ventes aux enchères, montres connectées) sur notre site en français europastar.ch


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Vacheron Constantin: «Les vrais prescripteurs sont les clients» pendante. Nous y travaillons de façon permanente. Nous conservons active toute notre expertise dans ce domaine. Au dernier SIHH, elle s’est exprimée dans notre Traditionnelle Tourbillon automatique à rotor périphérique d’une grande pureté. Une pièce issue, peut-on affirmer, de la vraie demande de la clientèle pour un tourbillon léger, simple, dans une montre plate, aux proportions mesurées. D’où l’introduction d’un rotor périphérique. Un mix entre demande, esthétique et art horloger. Nous n’entendons pas reculer sur le terrain des complications, tout en restant à l’écoute de la demande, pas plus que sur celui des Métiers d’Art. Et notre offre de pièces uniques ou de pièces sur-mesure regroupée sous le nom des Cabinotiers est aussi un laboratoire, un très fécond champ d’expérimentation. La demande de pièces sur commande va en grossissant.

Le lancement par Vacheron Constantin au cours du dernier SIHH de la ligne FiftySix a beaucoup fait parler de lui. Il coïncide aussi avec un changement de génération à la tête de l’auguste maison horlogère genevoise qui produit environ 25'000 garde-temps par an. Est-ce le signe d’une nouvelle offensive «par le bas» (qui commence toutefois par plus de 12'000 francs suisses à l’entrée)? Rupture ou continuité? Europa Star a rencontré Laurent Perves, le nouveau CMO (pour Chief Marketing Officer) de la marque.

Photo: Fabien Scotti

Dans le champ des métiers d’art, il est vrai que Vacheron Constantin a sorti quelques séries exceptionnelles, comme les Masques, par exemple, et d’autres, qui ont montré une grande créativité, qui faisait sens…

Propos recueillis par Pierre Maillard

Le lancement de la collection FiftySix, devenue «l’entrée» chez Vacheron Constantin, marque-til un tournant stratégique pour la marque? Personne ne nous attendait là et, dans ce sens, c’est un «gros coup», le fruit d’une politique volontaire et déterminée, mais qui a été initiée avant mon arrivée, il y a un an et demi maintenant. Mais cette introduction médiatisée a peut-être un peu occulté le fait qu’elle intervient dans un cadre plus large: par exemple, nous avons optimisé la famille Overseas, nous lui avons donné une plus grande animation, des traits plus audacieux, comme avec l’Overseas «black dial» par exemple… Sans parler de nos autres lignes qui toutes sont dynamisées. Est-ce que cela correspond à une nécessité de rajeunissement de la clientèle, pour une marque dont l’image reste très traditionnelle…? Tout dépend de ce que vous entendez par le mot «traditionnel». Certes

Laurent Perves, CMO de Vacheron Constantin

nous sommes une marque d’understatement comme le dit très bien l’anglais. En français on dirait une certaine «sobriété», une harmonie formelle, une mesure classique donc intemporelle. Alors, oui. Mais détrompez-vous, l’âge moyen de notre clientèle est de l’ordre des 40 ans. Les générations bougent vite, s’enrichissent vite, notamment en Asie et au Moyen-Orient où nous enregistrons des résultats enthousiasmants. C’est une génération dynamique, très bien instruite grâce à la circulation des informations. S’ils s’intéressent à l’horlogerie, ils deviennent «experts» très rapidement, beaucoup plus qu’avant. En 263 ans d’existence, Vacheron Constantin s’est sans cesse «rajeuni», a toujours été de son temps. Et quel est le temps présent? Il y a une frange de la clientèle qui cherche une pièce à porter tous les jours, en acier, au design fort, identitaire tout en étant sobre, pour amateurs éclairés. Une entrée dans

le cercle des connaisseurs. Et d’ailleurs nous remarquons aussi un pic d’intérêt marqué chez cette clientèle jeune mais mature pour des collections comme les Historiques et dans certains segments des Métiers d’Art. Est-ce aussi une façon de répondre à la vague vintage? Le vintage ne date pas d’hier, si l’on peut dire. Il y a 15 ans déjà que Vacheron Constantin a commencé à rééditer fidèlement certaines de ses icônes historiques: le Chronographe Royal de 1907, l’American 21 de 1921, la Corne de Vache de 1955… Toutes des dates jeunes pour notre maison. La vague du vintage ne nous prend pas du tout par surprise. D’ailleurs, nous avons créé le département Les Collectionneurs. Ce sont de vraies pièces vintage, restaurées, réparées s’il le faut dans nos ateliers de restauration et garanties à nouveau pour deux ans. Elles sont vendues lors d’événements éphémères, d’occasions spéciales. L’engouement est exceptionnel.

Mais, pour revenir à la FiftySix, le fait qu’elle soit équipée d’un mouvement Val Fleurier ne la classe-til pas aussitôt dans une autre catégorie? Le mouvement Val Fleurier que nous utilisons est un mouvement de base, comme de tout temps l’horlogerie helvétique l’a pratiqué, que nous reprenons entièrement à notre façon, que nous décorons selon nos codes. Notre masse est en or. Nous avons cinq degrés de finitions différentes. C’est une Vacheron Constantin à part entière, assemblée dans nos ateliers. Elle sera sur les marchés dès septembre, elle est très attendue, je vous en assure. Mais est-ce pour autant le signe d’un infléchissement de vos propositions dans les complications…? En aucune façon. Nous pouvons fort bien travailler d’une part sur des bases communes et d’autre part développer nos propres complications de manière totalement indé-

Nous maîtrisons un grand nombre de Métiers en interne, qui nous permettent de jouer pleinement dans ce domaine que nous explorons sans cesse. Nous donnons des directions multiples aux Métiers d’Art. Les thèmes sont variés. Nous mélangeons les disciplines, nous inventons, nous mixons artisanat d’art et complications horlogères. Les mouvements avec affichage à guichet que nous avons développés nous offrent une grande liberté. Et d’autres vont bientôt arriver. Mais nous privilégions les thèmes en relation avec notre longue histoire, faite de voyages, de découvertes, de culture, d’émois artistiques. Inutile de dire que nous entendons poursuivre dans cette voie. On parle beaucoup de «nouveaux matériaux», de «laboratoires»… On nous attend ailleurs. Mais pour autant, nous travaillons sur tous les sujets qui «travaillent» l’horlogerie. Nous nous sommes ainsi penchés très sérieusement sur l’acier et ses évolutions, comme pour la FiftySix et l’Overseas. Nous travaillons régulièrement le platine, nous avons créé un bracelet mixant soie et fil de platine, pour donner un exemple. Mais l’essentiel de nos recherches, nous les menons sur l’horlogerie elle-même, sur le développement de complications. A la fin, les vrais juges sont les clients.


SALONS

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Le microcosme des salons suisses en ébullition

Par Pierre-Yves Schmid / Eurotec

Les salons font partie des moyens de communication les plus appréciés des entreprises. Malgré des disparités assez marquées (les entreprises suisses leur consacrent en moyenne 10% de leur budget de communication, alors que les sociétés allemandes vont jusqu’à 45%), ces événements restent l’un des deux outils prioritaires pour la grande majorité des professionnels.

Le cas Prodex/ Swisstech Comment peut-on dès lors s’expliquer que certaines sociétés de foires, alors qu’elles ont un produit plébiscité par leurs clients, mettent en place des stratégies commerciales de nature à déstabiliser le marché? Prenons l’exemple de MCH Group, organisateur de Baselword notamment. En proposant cette année à quelques grandes marques horlogères de garder leur stand construit jusqu’à l’édition 2019, le groupe a considérablement réduit son offre en surfaces commercialisables. Il a donc fallu trouver une solution pour les salons impactés par cette proposition, dont l’historique Prodex/Swisstech. La décision de repousser le salon de plusieurs mois a eu des conséquences immédiates. Persuadée que ce choix pouvait s’avérer très néfaste pour la manifestion, l'équipe organisatrice a démissionné et certains de ses membres ont décidé de lancer un salon concurrent. Les exposants font donc désormais face à un dilemme: accepter de mauvaise grâce les nouvelles dates d’un salon qu’ils connaissent ou faire confiance au «petit nouveau». Il faudra rapidement une mobilisation massive en faveur de l’un ou de l’autre, car le marché suisse n’est pas assez vaste pour abriter deux manifestations similaires.

Potentiel de croissance hors de Suisse Les stratèges de MCH Group n’ontils pas prévu cette situation ou faitelle au contraire partie des risques qu’ils sont prêts à prendre?

Un élément de réponse se trouve dans le rapport annuel du groupe d’il y a deux ans: «En Suisse, le marché national des foires et salons est largement saturé. Avec l’internationalisation/mondialisation croissante des clients actuels et potentiels, la Suisse perd progressivement de son importance en tant que débouché. Ces clients se concentrent de plus en plus sur les grands marchés en croissance. Par conséquent, la poursuite d’une croissance soutenue en Suisse n’est que partiellement possible.» On peut lire entre les lignes que les futurs investissements du groupe, qu’il s’agisse de rachats ou du lancement de nouvelles plateformes, se feront ailleurs qu’en Suisse. Le second élément de nature à justifier le «sacrifice» d’un grand salon industriel tel Prodex/Swisstech est certainement la situation de Baselworld. Vaisseau amiral du groupe bâlois, la grand-messe horlogère a perdu des centaines d’exposants au cours des dernières années. Il s’agit donc aujourd’hui de stopper cette hémorragie. S’assurer la présence de grandes marques en leur évitant des frais conséquents de montage et démontage des stands fait partie de la panoplie de mesures développées par MCH Group. Tant pis si au passage on éjecte d’autres manifestations.

Différences sectorielles face au numérique Il faudra néanmoins d’autres mesures et surtout chercher à se réinventer. Les salons proposant des produits de consommation courante sont en effet confrontés à un changement beaucoup plus marqué dans les habitudes d’achat. Alors que les investissements dans les moyens de production (machines, accessoires, matières premières, etc) ne se font pas sur internet mais s’amorcent bien souvent lors de salons, des industries telles que l’horlogerie, qui véhicule pourtant une image traditionnelle, commencent à s’intéresser à la vente en ligne. Pourquoi attendre une année pour dévoiler ses collections lors de grands salons, alors que l’on peut communi-

DR

La décision de MCH Group de conserver les stands de Baselworld en place jusqu’à la foire 2019 a de fortes conséquences sur d’autres manifestations prévues durant le reste de l’année. Certains lancent déjà des salons alternatifs. Un exemple des remous qui touchent le secteur à l’heure du «tout numérique».

quer chaque nouveauté à ses admirateurs par le biais des réseaux sociaux? David Sadigh, directeur du cabinet de conseil en marketing numérique DLG, souligne: «Internet est en train de changer la donne de manière phénoménale. J’estime qu’actuellement le commerce en ligne ne représente que 3% des ventes des horlogers mais que cette part pourrait grimper d’ici quatre ou cinq ans aux alentours de 8 à 12%, selon les gammes de prix.» De nombreuses marques affectionnent les outils numériques pour entretenir leur relation avec les collectionneurs. La crainte des contrefaçons, ainsi qu’un souci d’image, ont longtemps retenu les horlogers vis-à-vis du e-commerce. On constate aujourd’hui que le nombre de marques qui lorgnent vers la vente en ligne augmente régulièrement. Même les grands s’y engouffrent, à l’exemple d’Omega qui a organisé l’an passé une vente éclair destinée à une communauté de fans Instagram. Dans la foulée, la marque annonçait le lancement d’une plateforme d’e-commerce aux Etats-Unis.

Les réseaux sociaux vont-ils tuer les salons? Nous l’avons vu, les salons grand public sont plus exposés aux changements d’habitude des consommateurs. Est-ce à dire, comme certains le prédisent depuis des années, qu’internet et les réseaux sociaux finiront pas avoir raison des salons? Rien n’est moins sûr selon une vaste enquête menée en 2016 par l’Union des foires internationales (UFI). Cette association regroupant des organisateurs de salons internationaux, des gestionnaires de parcs d'exposition, des associations nationales et internationales de l'industrie des foires et expositions et des fournisseurs de service et qui compte plus de 680 membres a notamment posé la question de la concurrence des autres médias. Les résultats ont été surprenants: les nouveaux médias tels internet, les réseaux sociaux ou les salons virtuels ne semblent pas trop inquiéter les professionnels de la branche. Ils

n’ont en effet été que 4% à y voir un danger, en recul de 1% par rapport à l’enquête de 2015. En Italie et en Grande-Bretagne, les chiffres sont même proches de zéro. La même enquête de l’UFI révélait en outre que 25% des professionnels de la branche aux Etats-Unis craignaient la concurrence au sein de leur secteur, alors que seuls 13% des Européens y voyaient un danger potentiel. Ces derniers seraient-ils trop confiants, voire arrogants? Rappelons simplement que le manque de considération du salon horloger bâlois envers ses exposants sous-traitants a donné naissance à l’EPHJ. Une bonne quinzaine d’années plus tard, les derniers irréductibles encore présents jetaient l’éponge et se réunissaient sous la bannière du Technical Watchmaker Show. L’heure de la remise en question a sonné. La toute récente annonce du changement de direction à la tête du salon mondial de l’horlogerie est-elle le signe d’une volonté de se réinventer? On le souhaite, au pays des belles montres!


SALONS

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EPHJ: les nouveaux matériaux... en avant-première tech. Lors de l’édition 2017, près d’un tiers des exposants déclaraient avoir une activité dans le secteur des medtech, soit une progression spectaculaire en cinq ans. Cette ouverture permet à ces entreprises de se positionner sur d’autres marchés prometteurs et de pondérer les aléas du secteur de l’horlogerie, notamment après ces dernières années délicates.

Le salon de la sous-traitance organisé chaque année en juin à Palexpo est aussi celui où l’on a le plus de chances d’observer en primeur l’émergence de nouveaux matériaux ou de nouvelles techniques d’usinage ou de sertissage de matériaux. Entretien avec son directeur Alexandre Catton. Propos recueillis par Serge Maillard

Peut-on découvrir en «avant-première» sur le salon EPHJ-EPMTSMT des nouveaux matériaux qui seront ensuite appliqués sur des créations horlogères? La recherche matériaux se fait généralement de manière plutôt discrète: les sous-traitants n’en parlent pas forcément car ils la gardent en priorité pour leur réseaux, afin d’assurer une forme d’exclusivité à leurs clients. Par exemple, la startup CristalTech, active dans la croissance de cristaux de métaux précieux de grande taille (or, platine, palladium, osmium ou ruthénium), a développé des cristaux hors norme en exclusivité pour une marque bien connue. Mais on peut effectivement voir en «avant-première» sur le salon certains nouveaux matériaux ou techniques inédites en lien avec des matériaux existants qui seront par la suite utilisés sur des montres. Ainsi, Valliance, une entreprise biennoise de bracelets de montre, avait déjà développé en 2013 la technique du sertissage sur caoutchouc qui sera finalement présentée par Roger Dubuis deux ans plus tard sur son modèle Spider Tourbillon Volant Squelette. Il faut donc bien distin-

guer les nouveaux matériaux à proprement parler des nouveaux procédés pour usiner ou sertir des matériaux existants.

«Genève retrouve Alexandre Catton incontestablement proviennent souvent d’autres in- toute sa place de Avez-vous d’autres exemples d’in- dustries, de l’aéronautique au mé- capitale mondiale de troductions de nouveaux maté- dical. Et inversement: ainsi, vous l’horlogerie-joaillerie.» riaux ou de nouvelles manières d’usinage, présentées lors du salon?

La société japonaise Hohri Grinding, présente sur le salon avec le collectif de Nagoya, a inventé de nouveaux procédés d’usinage de l’aluminium et des polymères à renfort fibre de carbone. Ils arrivent à usiner sans perte ces deux matériaux sensibles à la chaleur. Notre salon vise aussi à renforcer les échanges internationaux de technologies. Un autre exemple très intéressant est celui de la société allemande C. Hafner, un important fournisseur de matières précieuses brutes, qui a développé un alliage de platine, le PlatinGold, sous forme de poudre, rendant possible son utilisation pour l’impression 3D. Le groupe Argor-Heraeus, basé dans le Tessin, l’un des leaders mondiaux de l’affinage et de la transformation de métaux précieux, est également très innovant en recherche matériaux. Les nouveaux matériaux et technologies introduits en horlogerie

organisez cette année avec la fondation Inartis un concours visant au transfert de technologie de l’horlogerie vers le médical...

En effet, le Challenge «Watch Medtech Innovation» a pour objectif d’accompagner l’envie de se diversifier qui peut exister chez nos exposants, via un appel à projets de repositionnement de technologies, de produits ou d’idées vers le secteur medtech. Le jury sélectionnera au maximum cinq projets qui recevront chacun un accompagnement d’une valeur de 5’000 francs afin de poser les premières bases de leur idée. Est-ce que cette diversification n’est pas en réalité très minoritaire? On connaît la difficulté de se repositionner sur une nouvelle industrie... Au contraire, de plus en plus de sociétés actives dans l’horlogerie profitent de leur savoir-faire pour se diversifier dans le secteur med-

Justement, ne risquent-ils pas d’arrêter cette diversification complexe maintenant que l’on observe des signes de reprise dans l’industrie horlogère? Je crois que nos exposants sont conscients que l’industrie horlogère fonctionne par cycles et que les crises sont récurrentes. D’où la pertinence d’une stratégie de diversification: cette idée fait son chemin, en anticipation des prochaines crises. De même, on voit émerger des pôles ou alliances de sous-traitants, comme Acrotec ou plus récemment TEC Group, qui rassemble TEC Ebauches, Prodecor, Watch Deco, Missimi-Berney et TEC Arts HD, aux savoir-faire complémentaires. Ces sociétés se diversifient, répartissent les risques, gagnent en poids dans le dialogue avec les banques et les investisseurs et peuvent remporter plus facilement des appels d’offre.

Baselworld a connu une perte spectaculaire d’exposants cette année. Les sous-traitants n’y sont plus qu’une poignée et de nouvelles initiatives ont été organisées hors de Bâle à leur intention durant le salon. Est-ce que la sous-traitance y a encore un avenir? Baselworld constitue d’abord pour les marques horlogères le salon où rencontrer ses distributeurs, ses représentants ou ses clients mais pas ses fournisseurs. Ce constat, et la volonté de donner un espace spécifique aux fournisseurs sont à l’origine même de notre salon. Nous nous sommes clairement établis depuis 2002 comme le salon de la sous-traitance horlogère et microtechnique en Suisse et depuis quelques années comme le salon international de la haute précision. La chute du nombre d’exposants constatée à Bâle en 2018 ne concerne pas vraiment les sous-traitants qui sont partis depuis bien longtemps, la plupart ayant fait le choix du salon EPHJ. En fait, ils ne représentaient plus qu’une partie infime des exposants, se réduisant année après année. Comment vous positionnez-vous par rapport aux autres salons organisés à Genève en lien avec l’horlogerie-joaillerie? Nous sommes clairement complémentaires. Entre le développement du SIHH, la présence d’acteurs importants en parallèle du SIHH, la création du salon GemGenève consacré aux pierres précieuses et à la joaillerie et le salon EPHJ, rendez-vous unique de l’ensemble de l’’environnement professionnel horlogerie-joaillerie, Genève retrouve incontestablement toute sa place de capitale mondiale de l’horlogeriejoaillerie.

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TEMPS & CULTURE

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Quand le présent est gris, le futur est une couleur A Genève, une exceptionnelle exposition dévoile 150 figurines katchina réalisées par les détenues de la prison de Champ-Dollon. Une façon pour elles de reconquérir leur propre temps. Et une splendeur visuelle. Par Pierre Maillard

«Dehors je passais le temps, ici, en prison, c'est le temps qui me passe». Propos d’une détenue1. La détention n’est plus un temps qui s’écoule comme un flot continu mais est fait de blocs rythmiques qui reviennent incessamment, contraints, répétitifs. Le temps est suspendu, il ne s’entrevoit qu’en termes futurs. Il ne devient plus qu’un décompte jusqu’à la sortie, où il redeviendra peut-être, un flot qui coule et que l’on passe – avec bonheur ou malheur, mais que l’on passe, qui ne nous passe pas à travers. De leur côté, les amérindiens Hopis ne se représentent pas plus le temps comme un écoulement horizontal, comme une rivière. Et dès lors que le temps ne s’écoule plus uniformément et éternellement dans la même direction – passé, présent, futur –, le temps n’est plus «un continuum divisible en unités mesurables», qui s’exprime et se décompte pour nous quotidiennement en heures, minutes et secondes. Mais qu’est-il alors? Dans la langue même des Hopis, le temps ne se conjugue que dans un sens. Il y a d’un côté ce qui est déjà fini – le passé et sans cesse le présent – et de l’autre le futur, qui lui seul se conjugue. Un peu comme en prison. Et de même, chez les Hopis comme en prison, le décompte n’est pas le jour mais la nuit. On compte par nuits. Et à chaque lever du jour, l’homme se reconstruit. Dans les phases de cette reconstruction, il y a d’abord des lueurs sombres – Qôyangnuptu –, c’est le moment où la figure de l’homme commence à se tracer, puis des éclats jaunes – Sikangnuga – qui renvoient au souffle qui commence à l’animer, et le rouge monte, se dore, éclaire et fait naître les unes après les autres toutes les couleurs. Chaque jour, l’homme se dresse debout, renaît ainsi, étape après étape, il reprend forme couleur après couleur. Les heures sont des couleurs.2 Celles de la renaissance. Le temps serait-il de la couleur? L’univers carcéral est gris, beige, lourd, dur, froid, métallique, fonctionnel. Le temps y a une même et uniforme couleur. Sauf en un certain endroit, dans un atelier de la prison genevoise de Champ-Dollon. Un endroit où, tout à coup, la couleur explose. Et le temps de l’incarcération se transforme. Le présent se remet à exister. Il se tient debout, on peut le modeler, le peindre, l’orner, le faire vibrer de couleurs. Les Hopis n’y sont pas pour rien.

Katchinas à l’ombre des barreaux Toutes ces couleurs de la vie et de l’espoir nous éclatent au visage quand on pénètre dans la grande salle d’exposition de la Galerie Anton Meier, au Palais de l’Athénée de Genève, et qu’on y découvre les 150 katchinas façonnées, peintes et décorées par les détenues de la prison genevoise de Champ-Dollon. Autant de figurines directement inspirées par les poupées katchina des Indiens Hopi d’Arizona. Modelées dans la terre, séchées, cuites, peintes de couleurs vives, ornementées de plumes, de

cuir, de tissus, de cheveux… Autant d’œuvres à la fois personnelles et collectives, d’une force rare, d’une intensité vibrante, d’une forte singularité, chargées de vécu transfiguré, de temps transformé en espoir, en couleur, en pure joie artistique. Depuis 2001 et jusqu’à peu, la céramiste plasticienne et animatrice Anouk Gressot tenait un atelier de céramique réservé aux femmes détenues dans cette prison préventive. Après avoir successivement travaillé sur l’Egypte ancienne, l'art précolombien, l'art aborigène d'Australie, les arts de l'Islam, en 2015 c’est au tour des poupées katchina. «La variété des formes, des cou-

leurs et des particularités de ces poupées katchina fait singulièrement écho à la diversité des destins rencontrés en prison. Elles en sont, en quelque sorte, les allégories. Chaque détenue, avec sa culture, son parcours de vie, ses souffrances, ses colères, ses ratés, ses désirs et ses espérances, se trouve ainsi symbolisée. Et l'ensemble donne lieu à une mosaïque d'informations et de questionnements sur notre monde et notre humanité. La force et la beauté de cette collection constituent aussi un acte de résistance et d'espoir. Un écho à la volonté farouche de ces femmes , temporairement exclues de la socié-

té et dépourvues de tout savoir artistique, de s'extraire de leur condition d'auteures de délits, avec le désir ardent de découvrir leurs potentialités et de démontrer leurs capacités», explique Anouk Gressot. A l’origine, les katchinas sont des figurines sculptées dans du bois de racines de peuplier. Elles représentent les personnages des panthéons Hopi et Zuni et sont destinées aux enfants. Ces effigies sont des objets de transmission qui permettent aux jeunes Hopis de se familiariser avec leur propre cosmogonie, leur mythologie, les fondements de leur culture. Ici, ces poupées katchina apparaissent en terre, elles sont une transposition de leurs modèles d’origine, elles s’en inspirent mais osent aussi s’en détacher pour aller explorer en liberté d’autres formes, exprimer d’autres cosmogonies intimes, évoquer d’autres vécus. «La plupart des détenues sont aussi des mères. La honte, la culpabilité, l'angoisse et leur absence auprès de leurs enfants les habitent, les préoccupent, les rongent. Le soin avec lequel elles ont façonné, peint, habillé et ornementé les katchinas, la délicatesse avec laquelle elles les emballaient en fin de journée et l'empressement avec lequel elles les retrouvaient le matin font réaliser à quel point ces actions sont en résonance avec le réel. Comme un rituel de substitution», insiste Anouk Gressot. Œuvres à la fois personnelles et collectives – car les détenues collaboraient toutes entre elles – ces katchinas sont si frappantes et si belles parce qu’elles sont aussi le fruit d’une véritable aventure humaine. Anouk Gressot décrit le «processus d’appropriation» qui peu à peu permet à chaque détenue au travail de trouver son «point de contact» avec l’objet façonné, «puis avec ellemême, les autres codétenues, et le monde.» Quand le monde reprend forme et couleur, le temps reprend vie. Le temps morne, le temps mort de la prison redevient un fleuve coloré en mouvement. Ni art brut ni art contemporain mais expression artistique vitale, pur élan d’espoir, reconquête de soi, maîtrise retrouvée de son propre temps, l’exposition Des Katchinas à l’ombre des barreaux en remontre à bien des artistes officialisés car chacune de ces petites effigies procède – on le sent physiquement – d’une véritable nécessité intérieure qui n’a que faire avec le marché de l’art et ses miroirs aux alouettes. Il retrouve ici sa fonction première d’exploration du monde, de connaissance de soi et de dignité humaine. 1 Cité par Manuela Ivone Cuba, Le temps suspendu, Rythmes et durées dans une prison portugaise, Terrain, n° 29, «Vivre le temps».

Villela-Petit Maria, Le temps dans la langue et la culture Hopi. In: L'Homme et la société, N. 104, 1992. Anthropologie de l'espace habité. pp. 121-136. 2


La prison est faite pour en sortir «S'évader, c'est sortir, mais c'est aussi pour certains s'évader de cet univers limité pour entrer en soi. La prison, il faut toujours le dire, est faite pour en sortir. Le prisonnier s'en sortira par la culture au sens large, c'est-à-dire en s'élevant, en faisant pousser quelque chose en lui.» Pierre Truche, ancien magistrat, Premier Président Honoraire de la Cour de Cassation française Ces propos forts résonnent particulièrement en ces temps où, semble-t-il, la réhabilitation et la réinsertion sont plutôt en recul. Et dans ce contexte actuel, cette exposition prend aussi l'allure d’un vibrant et puissant manifeste.

Photos Hugh Schofield

Des Katchinas à l’ombre des barreaux 150 sculptures inspirées par les poupées katchina des Indiens Hopi d’Arizona et réalisées par les détenues de la prison de Champ-Dollon à Genève. Jusqu’au 4 août 2018. Galerie Anton Meier Palais de l’Athénée, 2 rue de l’Athénée, 1205 Genève 022 311 14 50


ANNUAIRE DES MARQUES HORLOGÈRES EN SUISSE

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SWISS TIME Bienne www.swisstimeintl.com TALLER Bienne www.tallerwatch.ch THOMAS PRESCHER T Ispach www.prescher.ch TRASER H3 Niederwangen www.traser.com UNION GLASHUTTE (Swatch Group) Bienne www. union-glashuette.com URBAN JÜRGENSEN Bienne www.ujs-chronometry.ch VASTO Tramelan www.vasto.ch VICTORINOX SWISS ARMY Bienne www.victorinox.com VOGARD Nidau www.vogard.com W. GABUS Bienne www.wgabus.com ZEITWINKEL St-Imier www.zeitwinkel.ch FRIBOURG

12-15 JUIN 2018 PALEXPO GENÈVE PLUS DE

800

EXPOSANTS

20’000

VISITEURS PROFESSIONNELS

W W W. E P H J. C H

ARGOVIE AIGNER Wallbach www.aignerworld.com CONTINENTAL Möhlin www.continental-watches.ch CRUISER Möhlin www.cruiser-watches.ch EVERSWISS Möhlin www.everswiss.ch HANOWA Wallbach www.hanowa.ch MONTEGA Busslingen www.montegauhren.ch POLICE Wallbach www.policelifestyle.com

BÂLE CHARMEX Bubendorf www.charmex.ch DUBOIS & FILS Bâle www.duboisfils.ch EMKA Binningen www.emka-watches.com EMPORIO ARMANI (Fossil) Bâle www.armani.com FOSSIL (Fossil) Bâle www.fossil.com GROVANA Tenniken www.grovana.ch JAQUET&GIRARD Binningen www.jaquet-girard.com ORIS Hölstein www.oris.ch REVUE THOMMEN Tenniken www.revue-thommen.ch SWISS ALPINE MILITARY Tenniken www.swissalpinemilitary.com SWISSPACE Tenniken www.swisspace.it ZEITCENTRALE TIMM DELFS Bâle www.zeitzentrale.ch ZENO WATCH Bâle www.zeno-watch.ch

CENTURY Nidau www.century.ch CIMIER Bienne www.cimier.com CLARO WATCH Bienne www.clarowatch.com CODEX Bienne www.codexwatches.com CONCORD (Movado Group) Bienne www.concord.ch DAVIDOFF Bienne www.zinodavidoff.com DAVOSA Tramelan www.davosa.com DE BORTOLI Bienne www.debortoliwatches.com DELANCE Macolin www.delance.ch DELBANA Lengnau www.delbana-watches.ch DELMA Lengnau www.delma.ch DOXA Bienne www.doxa.ch EBEL (Movado Group) Bienne www.ebel.com EPOS Lengnau www.epos.ch FORMEX Lengnau www.formexwatch.com FRANK JUTZI Wichtrach www.frankjutzi.com GEORGE J VON BURG Brügg www.gjvb.com GEVRIL Tramelan www.gevrilgroup.com GIBERG Bienne www.giberg.com GLASHUTTE ORIGINAL (Swatch Group) Bienne www.glashuette-original.com GLYCINE Bienne www.glycine-watch.ch HALDIMANN Thun www.haldimann-horology.ch HAMILTON (Swatch Group) Bienne www.hamiltonwatch.com HERMES Bienne www.hermes.com HORAGE Bienne www.horage.com HUGO BOSS Bienne www.hugoboss.com HUGUENOT Bienne www.huguenot.com INDUCTA Gwatt www.inducta.ch JAGUAR (Festina Group) Bienne www.jaguarwatches.ch JOVIAL Bienne www.jovial.ch L.LEROY Bienne www.montres-leroy.com LEON HATOT (Swatch Group) Corcelles www.leonhatot.com LONGINES (Swatch Group) St-Imier www.longines.com MARANELLO Bienne www.rotapmaranello.com MILLERET Bienne www.milleret.ch MILUS Bienne www.milus.com MOVADO (Movado Group) Bienne www.movado.com OMEGA (Swatch Group) Bienne www.omegawatches.com

BERNE A.B.ART Nidau www.abartwatches.com ANGULAR MOMENTUM Ittigen www.angularmomentum.com ANTIMA Bienne www.antima.ch ARMAND NICOLET Tramelan www.armandnicolet.com ARMIN STROM Bienne www.arminstrom.com ATLANTIC Lengnau www.atlantic-watches.ch AUGUSTE REYMOND Tramelan www.augustereymond.ch AZZARO La Neuveville www.azzaro-watch.com BALMAIN (Swatch Group) St-Imier www.balmainwatches.com BISSET Lengnau www.bisset.ch BOEGLI Bienne www.boegliwatch.ch BREMONT Bienne www.bremont.com CALVIN KLEIN (Swatch Group) Bienne www.calvinklein.com CANDINO (Festina Group) Bienne www.candino.com CATENA Corcelles www.montres-catena.com

www.horotec.ch

PERRELET (Festina Group) Bienne www.perrelet.com PIERCE Bienne www.pierce1883.com PIERRE JUNOD Bienne www.pierrejunod.com RADO (Swatch Group) Lengnau www.rado.com RODANIA Koeniz www.rodania.com ROVENTA-HENEX Bienne www.roventa-henex.com RSW La Neuveville www.rsw-swiss.com SCUDERIA FERRARI OROLOGI (Movado Group) Bienne www.store.ferrari.com SECULUS Bienne www.seculus.ch STROM Bienne www.stromwatch.ch STUHRLING ORIGINAL Bienne www.stuhrling.com SWATCH (Swatch Group) Bienne www.swatch.com

BULOVA Fribourg www.bulova.com CARBON 14 Givisiez www.carbon14.ch CECIL PURNELL Fribourg www.cecilpurnell.com GUEPARD Fribourg www.guepard.ch JO SIFFERT Fribourg www.josiffert.com LINDE WERDELIN Fribourg www.lindewerdelin.com MAURON & MUSY Saint-Aubin www.mauronmusy.com SAINT HONORE Fribourg www.sainthonore.com GENÈVE AKRIVIA Genève www.akrivia.com ALAIN PHILIPPE Genève www.alainphilippe.com ALFRED DUNHILL (Richemont) Genève www.dunhill.com ALPINA Plan-les-Ouates www.alpina-watches.com ALTANUS Genève www.altanus.com ANDERSEN GENEVE Genève www.andersen-geneve.ch ANTOINE PREZIUSO Arare www.antoine-preziuso.com AQUANAUTIC Genève www.aquanautic.com ARTYA Vésenaz www.artya.com ATELIERS DE MONACO Plan-Les-Ouates www.ateliers-demonaco.com BACKES & STRAUSS Genthod www.backesandstrauss.com BADOLLET Genève www.badollet.com BAUME & MERCIER (Richemont) Bellevue www. baume-et-mercier.com BEDAT & Co. Genève www.bedat.com BERTOLUCCI Genève www.bertolucci-watches.com BLACK BELT Vésenaz www.blackbeltwatch.com BLACKSAND Genève www.blacksandgeneve.com BOGH-ART Genève www.bogh-art.com BOVET Plan-les-Ouates www.bovet.com BREVA Genève www.breva-watch.com

CARTIER (Richemont) Genève www.cartier.com CHANEL Genève www.chanel.com CHARRIOL Genève www.charriol.com CHOPARD Meyrin www.chopard.com CLERC Genève www.clercwatches.com CVSTOS Genève www.cvstos.com CYRUS Plan-les-Ouates www.cyrus-watches.ch CZAPEK genève www.czapek.com DA VINDICE Genève www.davindice.com DANIEL ROTH (Bulgari) Meyrin www.danielroth.com DAVID VAN HEIM Carouge www.david-van-heim.com DE BETHUNE Genève www.debethune.ch DE BOUGAINVILLE Plan-les-Ouates www.debougainville.com DE GRISOGONO Plan-les-Ouates www.degrisogono.com DELACOUR Genève www.delacour.ch DELALOYE Carouge www.garde-temps.ch DEWITT Meyrin www.dewitt.ch EMILE CHOURIET Meyrin www.emile-chouriet.ch ENIGMA Genève www.gbenigma.com FLORIAN TRESLER SA Genève www.floriantresler.com F.P. JOURNE Genève www.fpjourne.com FABERGE Genève www.faberge.com FRANCK DUBARRY Genève www.franckdubarry.com FRANC VILA / Genève www.francvila.com FRANCK MULLER Genthod www.franckmuller.com FRED (LVMH) Genève www.fred.com FREDERIQUE CONSTANT Plan-les-Ouates www.frederique-constant.com GERALD GENTA (BULGARI) Meyrin www.geraldgenta.com GIO MONACO Genève www.giomonaco.com GRAFF Genève www.graffdiamonds.com GRECO GENEVE Plan-les-Ouates www.greco-watches.com GRENACHER Genève www.grenacher.com GVCHIANI Genève www.gvchiani.com

HARRY WINSTON (Swatch Group) Plan-les-Ouates www.harrywinston.com HELFER Genève www.helferwatches.com HERITAGE Neuchâtel www.hwm-watch.com ICELINK Genève www.icelinkwatch.com IMPERIALI Genève www.imperiali-geneve.com JACOB & CO. Genève www.jacobandco.com LAURENT FERRIER Plan-les-Ouates www.laurentferrier.ch LE RHONE Satigny www.lerhone.com LEBEAUCOURALLY Genève www.lebeaucourally.com LEONARD Genève www.leonardwatches.com LOUIS VUITTON Genève www.louisvuitton.com M. STEPHANE Vésenaz www.m-stephane.com MAGELLAN Genève www.magellanwatch.com MAREMONTI Genève www.maremontiwatch.ru MATHEY-TISSOT Genève www.mathey-tissot.net MB&F Genève www.mbandf.com MECCANICHE VELOCI Genève www.meccanicheveloci.ch MONTBLANC (Richemont) Versoix www.montblanc.com MONTRES AF&F SA Genève www.afavrefils.com MOYA Genève www.moyawatch.com MYKRONOZ Genthod www.mykronoz.com OGIVAL Genève www.ogival-watch.com PATEK PHILIPPE Plan-les-Ouates www.patek.com PIAGET (Richemont) Plan-les-Ouates www.piaget.com PIERRE KUNZ Genthod www.pierrekunzgeneve.com PILO & CO Carouge www.pilo-watches.com QUINTING Genève www.quinting-watches.com RALPH LAUREN Plan-les-Ouates www.ralphlauren.com RATEL Genève www.cyrilratel.com RAYMOND WEIL Genève www.raymond-weil.com RJ - ROMAIN JEROME Genève www.romainjerome.ch ROGER DUBUIS (Richemont) Meyrin www.rogerdubuis.com ROLEX Genève www.rolex.com SARCAR Vésenaz www.sarcar.com SNYPER Genève www.snyperwatches.com TF EST 1968 Carouge www.tfco.ch TUDOR Genève www.tudorwatch.com UNIVERSAL GENEVE Meyrin www.universal.ch URWERK Genève www.urwerk.com VACHERON CONSTANTIN (Richemont) Plan-les-Ouates www.vacheron-constantin.com VAN CLEEF & ARPELS (Richemont) Meyrin www.vancleefarpels.com VAN DER BAUWEDE Genève www.vdb.ch VENUS Genève www.montresvenus.com YESLAM Genève www.yeslam.ch JURA AEROWATCH Saignelégier www.aerowatch.com ANDRE MOUCHE Fahy www.andremouche.swiss AVIATOR Porrentruy www.aviatorwatch.ch CATOREX Les Breuleux www.catorex.ch CLAUDE BERNARD Les Genevez www.claudebernard.ch EDOX Les Genevez www.edox.ch ERNEST BOREL Le Noirmont www.ernestborel.ch L'DUCHEN Saignelegier www.lduchen.com L'EPEE Delémont www.lepee-clock.ch LOUIS CHEVROLET Porrentruy

www.louischevrolet.ch LOUIS ERARD Le Noirmont www.louiserard.ch LUNDIS BLEUS La Chaux-de-Fonds www.lundis-bleus.com MATTHEW NORMAN Delémont www.matthew-norman.ch MAURICE LACROIX Saignelégier www.mauricelacroix.com PAUL PICOT Le Noirmont www.paulpicot.ch RICHARD MILLE (Horométrie) Les Breuleux www.richardmille.com RUDIS SYLVA Les Bois www.rudissylva.com SWIZA Delémont www.swiza.ch VALGINE Les Breuleux www.jic.ch/valgine VICENTERRA Boncourt www.vicenterra.ch WENGER Delémont www.wenger.ch LUCERNE CARL F. BUCHERER Lucerne www.carl-f-bucherer.com CHRONOSWISS Lucerne www.chronoswiss.com OCHS UND JUNIOR Lucerne www.ochsundjunior.ch SEQUENT Lucerne www.sequentwatch.com NEUCHÂTEL ACCORD WATCH La Chaux-de-Fonds www.accordwatch.com ALEXIS GARIN Les Verrières www.alexisgarin.ch ARNOLD & SON La Chaux-de-Fonds www.arnoldandson.com AZIMUTH Neuchâtel www.azimuthwatch.com BALL WATCH La Chaux-de-Fonds www.ballwatch.com BIJOUMONTRE La Chaux-de-Fonds www.bijoumontre.com BLAULING Chézard-Saint-Martin www.blauling.com BOMBERG Neuchâtel www.bomberg.ch BOUCHERON (Kering) Cortaillod www.boucheron.com BULER La Chaux-de-Fonds www.buler.ch BULGARI (LVMH) Neuchâtel www.bulgari.com CATENA Corcelles www.montres-catena.com CERTINA (Swatch Group) Le Locle www.certina.com CHAMPS ÉLYSÉES Neuchâtel www.champselyseestimepieces.com CHATELAIN La Chaux-de-Fonds www.chatelain.ch CHRISTOPHE CLARET Le Locle www.christopheclaret.com CHRISTOPHE SCHAFFO La Brévine CHRONOGRAPHE SUISSE CIE La Chaux-de-Fonds www.chronographesuisse.ch CORONA WATCH Neuchâtel CORUM (Haidian) La Chaux-de-Fonds www.corum.ch DIOR HORLOGERIE (LVMH) La Chaux-de-Fonds www.dior.com DREYFUSS & CO La Chaux-de-Fonds www.dreyfussandco.com DUBEY & SCHALDENBRAND La Chaux-de-Fonds www.dubeywatch.com EBSA EMMANUEL BOUCHET SA Les Bayards www.emmanuelbouchet.com ELLICOTT 1738 La Chaux-de-Fonds www.ellicott.ch ENICAR La Chaux-de-Fonds www.enicar.com ETOILE Le Locle www.montres-etoile.ch FENDI Marin-Epagnier www.fendi.com


EUROPA STAR PREMIÈRE | 31 RZ_Annonces_H-Developement.pdf

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03.05.18

16:07

• Développement technique complet «Swiss Made» • Assistance et recherche de solutions (trouble shooting) • Fourniture de composants horlogers de haute qualité • Suivi de projets, conseil en marketing et distribution internationale Ch. du Long-Champ 99 I 2504 Biel-Bienne I www.h-development.ch FERDINAND BERTHOUD Fleurier www.ferdinandberthoud.ch FESTINA Bienne www.festina.com FLIK FLAK (Swatch Group) Cormondrèche www.flikflak.com FREDERIC JOUVENOT La Chaux-de-Fonds www.fjouvenot.com GAMIL WATCH La Chaux-de-Fonds GERGE Neuchâtel www.gergeswiss.com GIRARD-PERREGAUX (Kering) La Chaux-de-Fonds www.girard-perregaux.com GRAHAM La Chaux-de-Fonds www.graham-london.com GREUBEL FORSEY La Chaux-de-Fonds www.greubelforsey.com GUCCI (Kering) Cortaillod www.gucciwatches.com HAUTLENCE (Melb Holding) La Chaux-de-Fonds www.hautlence.com HESJY Fleurier www.hesjy.ch HOROSWISS La Chaux-de-Fonds www.horoswiss.com HYT Neuchâtel www.hytwatches.com JAERMANN & STUBI Le Locle www.jaermann-stuebi.com JAMES C. PELLATON Le Locle www.jamespellaton.com JAQUET DROZ (Swatch Group) La Chaux-de-Fonds www.jaquet-droz.com JEAN D'EVE La Chaux-de-Fonds www.jeandeve.ch JEAN DUNAND Le Locle www.jeandunand.com JEANRICHARD (Kering) La Chaux-de-Fonds www.jeanrichard.com JULIEN COUDRAY 1518 Le Locle www.juliencoudray1518.ch JUVENIA La Chaux-de-Fonds www.juvenia.com LOUIS MOINET Saint-Blaise www.louismoinet.com MAITRES DU TEMPS La Chaux-de-Fonds www.maitresdutemps.com MARATHON La Chaux-de-Fonds www.marathonwatch.com MARVIN Vaumarcus www.marvinwatches.com MCGONIGLE STEPHEN Neuchâtel www.mcgonigle.ie MCT Neuchâtel www.mctwatches.com METAL.CH Neuchâtel www.metalch.com MIDO (Swatch Group) Le Locle www.mido.ch MOUAWAD Les Breuleux www.mouawad.com MUREX Le Locle www.murexwatch.com OPTIMA Le Locle www.optimawatch.com PANERAI (Richemont) Neuchâtel www.panerai.com PARMIGIANI FLEURIER Fleurier www.parmigiani.ch PIERRE THOMAS La Chaux-de-Fonds www.pierrethomas.ch RAIDOX Le Locle www.raidox.ch RENLEY Neuchâtel www.renley.com RIBA MUREX Le Locle www.murexwatch.com ROTARY La Chaux-de-Fonds www.rotarywatches.com SCHWARZ-ETIENNE La Chaux-de-Fonds www.schwarz-etienne.ch SULTANA La Chaux-de-Fonds www.sultana.ch TAG HEUER (LVMH) La Chaux-de-Fonds www.tagheuer.com

IMPRESSUM

TAUCHMEISTER La Chaux-de-Fonds www.michel-perrenoud.ch TELOS La Chaux-de-Fonds www.teloswatch.ch TEMPVS COMPVTARE Neuchâtel www.tempvscompvtare.ch TISSOT (Swatch Group) Le Locle www.tissot.ch ULYSSE NARDIN (Kering) Le Locle www.ulysse-nardin.com VOUTILAINEN Môtiers www.voutilainen.ch VULCAIN Le Locle www.vulcain-watches.ch WAKMANN La Chaux-de-Fonds www.wakmann.ch WALTHAM Marin-Epagnier www.waltham.ch ZENITH (LVMH) Le Locle www.zenith-watches.com OBWALD ALBERT RIELE Sarnen www.albertriele.ch ANTOINE MARTIN Alpnach www.antoinemartin.ch SCHAFFHOUSE A. LANGE & SOEHNE (Richemont) Schaffhouse www.lange-soehne.com H. MOSER & CIE (Melb Holding) Neuhausen am Rheinfall www.h-moser.com IWC (Richemont) Schaffhouse www.iwc.ch

FAVRE LEUBA Solothurn www.favre-leuba.com FORTIS Grenchen www.fortis-watches.com GENIE Lohn-Ammannsegg www.genieswiss.ch HARWOOD WATCH CO. Grenchen www.harwood-watches.com JOWISSA UHREN Bettlach www.jowissa-watches.com KIENZLE Egerkingen www.kienzleuhren.de MANJAZ Nidau www.manjaz.ch NORD ZEITMASCHINE Büsserach www.nord-zeitmaschine.ch PORSCHE DESIGN Grenchen www.porsche-design.com ROAMER Soleure www.roamer.ch SWISS MILITARY-HANOWA Solothurn www.swissmilitary.ch TITONI Grenchen www.titoni.ch

THURGOVIE ANDREAS STREHLER Sirnach www.astrehler.ch HANHART Diessenhofen www.hanhart.com VALAIS WEST-END Leytron www.westendwatchco.ch VAUD

ADRIANO VALENTE Lausanne www.adrianovalente.com ALAIN SAUSER CRÉATION Chamby www.alainsauser.ch ALFRED ROCHAT - AROLA Les Bioux ST. GALL www.arola-alfred-rochat.ch ANONIMO Chavannes-de-Bogis www.anonimo.com LUNESA Sevelen www.lunesa.com ARCADIA Versoix www.arcadiageneve.ch AUDEMARS PIGUET Le Brassus www.audemarspiguet.com BLANCPAIN (Swatch Group) Paudex www.blancpain.com BREGUET (Swatch Group) L'Abbaye www.breguet.com C3H5N3O9 Gand www.c3h5n3o9.com CHAUMET (LVMH) Nyon www.chaumet.com CHRISTIAN JACQUES Lausanne www.christian-jacques.com CLAUDE MEYLAN Le Pont www.claudemeylan.ch DE HAVILLAND Yverdon-les-bains www.dehavilland-watches.com DODICI Montreux www.dodici.ch EVILARD WATCH SA Aubonne www.evilard-watch.com FRERES ROCHAT (Automates) Le Brassus www.freres-rochat.com HD3 COMPLICATION Luins www.hd3complication.com HUBLOT (LVMH) Nyon www.hublot.com TESSIN HYSEK Lussy-sur-Morges www.hysek.com JAEGER-LECOULTRE (Richemont) Le Sentier ADRIATICA Camorino www.adriaticawatches.ch www.jaeger-lecoultre.com ALFEX Manno www.alfex.com JANVIER Ste-Croix www.vianney-halter.com BALCO WATCH Mendrisio www.balcowatch.ch JORDI Nyon www.jordiwatches.com BUCCELLATI Chiasso www.buccellati.com LOUIS GOLAY Lonay www.louisgolay.com CANOPUS Magliaso www.amanzoni.com MANUFACTURE ROYALE Vallorbe CUERVO Y SOBRINOS Capolago www.manufacture-royale.com www.cuervoysobrinos.com MUSE St-Cergue www.muse-watches.com DAMIANI Manno www.damiani.com PHILIPPE DUFOUR Le Sentier DIANTUS Mendrisio www.philippedufour.com DWISS Lugano www.dwiss.com PIERRE DEROCHE Le Lieu www.pierrederoche.com EBERHARD Paradiso www.eberhard-co-watches.ch REBELLION Lonay www.rebellion-timepieces.com GUESS Bioggio www.guesswatches.com REUGE (automates) Sainte Croix www.reuge.com ORA Locarno www.oraswisswatch.com REVELATION Lully www.revelation-watches.ch SALVATORE FERRAGAMO (Timex Group) Manno ROD Lausanne www.rodwatches.ch www.ferragamotimepieces.com ROMAIN GAUTHIER Le Sentier SEA-GOD Chiasso www.sea-god.ch www.romaingauthier.com TENDENCE Lugano www.tendencewatches.com SLYDE Luins www.slyde.ch TIFFANY Chiasso www.tiffany.com SPEAKE-MARIN Bursins www.speake-marin.com TIMEX (Timex Group) Manno www.timexgroup.com VALBRAY Lausanne www.valbray.ch VERSACE (Timex Group) Manno www.versace.com RL_Eurotec-Bulletin_98x47_v1.pdf 1 CALABRESE 13.02.17 18:30 VINCENT Morges ZITURA WATCH Magliaso www.zitura.com www.vincent-calabrese.ch

SCHWYTZ COINWATCH Pfäffikon www.coinwatch.ch LUMINOX Freienbach www.luminox.com MIRA Pfäffikon www.mirawatch.ch PHILIP ZEPTER Wollerau www.zepter.com SOLEURE ARLEA Wolfwil AUREMA Grenchen www.aurema.ch BREITLING Grenchen www.breitling.com CAT Solothurn www.catwatches.com COACH Grenchen www.coach.com COVER WATCHES Solothurn www.coverwatches.com CYCLOS Dornach www.cyclos-watch.ch ETERNA (Haidian) Grenchen www.eterna.ch

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ZOUG DIETRICH Zoug www.dietrich-watches.com GC WATCHES (Timex Group) Zoug www.gcwatches.com RAM Cham www.ram-watches.ch RECONVILIER Zoug www.reconvilier.com ZURICH ALEXORA Zurich www.alexora.com BÓLIDO WATCH SÀRL Dübendorf www.bolido.rocks CAMEL ACTIVE Zurich www.mondaine.com CARL SUCHY Zurich www.carlsuchy.com CORNAVIN Zurich www.cornavin-watches.ch HELVETICA Zurich www.mondaine.com JUSTEX Zurich www.justex.ch LALIQUE Zollikerberg www.lalique.com LES MILLIONNAIRES Zurich www.millionnaires.ch M-WATCH Zurich www.mondaine.com MARC JENNI Zurich www.marcjenni.com MAURICE DE MAURIAC Zurich www.mauricedemauriac.ch MIKI ELETA (Pendules) Zurich www.eleta.ch MONDAINE Zurich www.mondaine.com MONTILIER Zurich www.montilier.com

O&W Zurich www.chronotime.ch PAUL GERBER Zurich www.gerber-uhren.ch PHILIP STEIN Kilchberg www.philipstein.com SEVENFRIDAY Zurich www.sevenfriday.com SWAROVSKI Männedorf www.swarovski.com TORSO Zurich www.torsoswiss.ch URBACH Zurich www.urbach.ch WEINBECK Zurich www.weinbeck.ch WERENBACH Zurich www.werenbach.ch XEMEX Zurich www.xemex.ch ZASPERO Regensdorf www.zaspero.com (Liste non contractuelle)

Pour des informations complètes sur toutes les marques suisses et internationales, consultez www.europastar.com/brand-index

EUROPA STAR PREMIÈRE 25 route des Acacias, P.O. Box 1355, CH-1211 Genève 26 / Suisse / Tel: +41 22 307 78 37 / Fax: +41 22 300 37 48 / contact@europastar.com / www.europastar.ch/abo Rédaction: Pierre Maillard: pmaillard@europastar.com, Serge Maillard: smaillard@europastar.com, Ashkhen Longet (digital): longet@europastar.com Publicité, Marketing & Communication: Marianne Bechtel (Bab-Consulting): mac@bab-consulting.com tél. +41 79 379 82 71, Nathalie Glattfelder: nglattfelder@europastar.com, Véronique Zorzi: vzorzi@eurotec-bi.com, Catherine Giloux: cgiloux@europastar.com, Jocelyne Bailly: jbailly@europastar.com, Ashkhen Longet: longet@europastar.com, Myriam Laugier (Force Promotion), mlaugier@force-promotion.ch tél. +41 22 343 02 02 Graphisme: Alexis Sgouridis: asgouridis@europastar.com Direction du groupe Europa Star HBM: Philippe Maillard Éditeur: Serge Maillard Les publications du groupe Europa Star HBM: Europa Star Global, Europa Star Première, Watch Aficionado, Watches for China, Eurotec & Bulletin d’informations Sites web & iPad du groupe Europa Star HBM: www.europastar.ch, www.europastar.com, www.watches-for-china.com, www.watches-for-china.cn, www.watch-aficionado.com, www.horalatina.com, www.europastar.es, www.europastarwatch.ru, www.cijintl.com, www.worldwatchweb.com, www.eurotec-online.com UNE PUBLICATION D'EUROPA STAR HBM SA. Les propos exprimés par les auteurs n’engagent que ces derniers. EUROPA STAR, MANUFACTURE ÉDITORIALE HORLOGÈRE DEPUIS 1927

ABONNEMENT EUROPA STAR PREMIÈRE (journal, français) • 5 numéros/an CHF 50.EUROPA STAR GLOBAL (magazine, anglais) • 5 numéros/an CHF 90.BULLETIN D'INFORMATIONS (français, allemand) Environnement professionnel • 7 numéros/an CHF 65.-

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