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«En Suisse, le boulot Galerie: les montres est exécrable» les plus extravagantes

Vol au-dessus d'un nid de coucou suisse

Le distributeur Gérard Gouten tire à boulet rouge contre les conditions de marché en Suisse.................. p.15

De la Forêt Noire aux modèles urbains cool de Swiss Koo, vue aérienne du monde du coucou................ p.20

Elles n'ont rien de commun, que ce soit par l'affichage, le design ou le moteur. Notre sélection.............. p.18

EUROPA STAR PREMIERE LE JOURNAL DE L’ÉCOSYSTÈME HORLOGER SUISSE

NO 3 (Vol.17) | 4.50 CHF / € | GENÈVE, LE 1 JUIN 2015 | EUROPASTAR.COM

ISSN 297-4008

ÉDITORIAL

DOSSIER

Sous-traitants sous pression

par

Serge Maillard

«Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?», Gottfried Wilhelm Leibniz C’est une anecdote – forcément savoureuse, donc pas forcément vraie. Lors d’une visite au Vatican, le physicien Stephen Hawking se serait vu déclarer par le pape Jean-Paul II: «Nous sommes bien d'accord: ce qu'il y a après le Big Bang c'est pour vous et ce qu'il y a avant, c'est pour nous.» La question des origines de l’univers et du temps concerne évidemment chaque molécule, chaque atome, chaque être vivant, chaque être humain. Parmi les êtres humains, cette petite portion de gens qui se sont proclamés «maîtres du temps» et qui conçoivent jour après jour les outils qui nous servent à calculer secondes, minutes, heures, jours, années, siècles (jusqu’à très loin dans le futur pour les plus chers d’entre eux) sont au premier banc des intéressés. De plus en plus de physiciens contestent l’hypothèse la plus fréquemment admise: celle d’un Big Bang originel. Ils s’intéressent à la possibilité de «quelque chose» avant cette explosion qui nous a tous menés où nous sommes aujourd’hui… «Aucune certitude», bien sûr, prévient le chercheur du CNRS Aurélien Barrau dans Atlantico. Mais «un modèle qui a suscité des centaines d’articles de recherche et beaucoup d’interventions à des conférences internationales». Bref, «un faisceau d’indices» laissant à penser (ou croire ou imaginer – les sensibilités sont si grandes en la matière) que le Big Bang ait pu constituer non une origine, mais un «point

de passage entre l’actuelle phase d’expansion de l’univers et une phase de contraction qui l’aurait précédée. On parle alors de Big Bounce («grand rebond») à la place du Big Bang.» Les implications de ces recherches cosmologiques sont immenses: elles pourraient mener à l’hypothèse d’un univers ayant toujours existé. Elles remettent en cause l’idée d’un temps ayant un début et une fin. Vertige… Le satellite Planck, de l’Agence spatiale européenne, est l’outil le plus performant et précis mis au point par l'esprit humain pour cerner de manière «tangible» ce que nous croyons être les prémices de notre univers. On se souvient de la carte impressionnante que le télescope spatial a dressée de l’état de l’univers il y a 13,8 milliards d’années, soit 380 000 ans seulement après le Big Bang. «La volonté récente de prendre en compte ce qui pourrait s'être passé avant l'origine de l'univers n'est que le dernier en date des revirements intellectuels qui se sont succédé durant des millénaires», écrit Gabriele Veneziano, chercheur au CERN, qui rappelle qu’Aristote défendait l'absence de commencement en invoquant le principe selon lequel rien ne surgit de rien. Je ne suis pas physicien mais l’idée d’un temps éternel et d’un univers infini me séduit et me rassure. Il en ira peut-être de même pour ces compteurs de sable que sont les horlogers. Nous ne sommes que des poussières d’étoiles qui nous amusons à calculer l’infinitésimalement petit dans lequel nous naissons, respirons et mourons – avant que quelqu’un ou quelque chose ne prenne le relais.

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Richard McGuire

Avant le Big Bang

par

Serge Maillard

De grands acteurs de la soustraitance s’expriment sur le franc fort, le ralentissement horloger, les marchés en hausse et en baisse. Le point sur leurs défis et leurs espoirs. Combien de temps durera-t-il donc, ce ralentissement horloger? Est-ce un simple ralentissement ou une véritable crise qui vient de s’engager? La confusion règne. Les distributeurs hongkongais se plaignent

d’une chute drastique des ventes. Partout dans le monde, les stocks des détaillants seraient pleins. Mais les clients se feraient rares. Campagne anticorruption en Chine, campagne militaire en Ukraine, rase campagne dans la zone euro… La sous-traitance agit comme un baromètre de cette vaste chaîne qu’est l’industrie horlogère. On peut fouiller dans les documents de douane pour évaluer l’état de santé de la branche. On peut aussi fouiller dans les carnets de commande des marques. C’est peut-être même plus

efficace, tant les statistiques horlogères doivent être sujettes à caution – une exportation n’est pas une vente, même si elle y ressemble! En la matière, on peut dire que le franc fort a bon dos. Car comme le confirment plusieurs sous-traitants, les premiers frémissements du ralentissement – ou de la crise? – ont eu lieu un petit moment avant ce «fatal» jour de janvier. Peut-être la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Si l’année 2014 semble avoir été plutôt bonne pour la sous-traitance,

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(suite de la page 1) le revirement s’est opéré dès la fin de l’an passé. Commandes en baisse, suivies d’une pression sur les prix. Par vents contraires, les plus résistants sont ceux qui ont su se regrouper pour atteindre une taille critique et qui peuvent proposer de l’«artisanal Swiss made à prix industriel». Les artisans dans leur garage ploient quant à eux sous les normes de plus en plus rigoureuses et des exigences de plus en

plus fortes. La diversité compte aussi. Par vents contraires, mieux vaut ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Ou alors miser sur le bon cheval. Certains sous-traitants souffrent car leurs «commanditaires» sont plus frappés que ceux de leurs voisins. Alors, on espère. En silence. On espère que ce recul des commandes et cette pression sur les prix ne dureront pas. On innove aussi. Et si la sous-traitance est le baromètre de l’industrie horlogère, le salon

EPHJ est le baromètre de la soustraitance. Le SIHH, c’est l’élite; Baselworld, c’est le monde; l’EPHJ, ce sont tous ces acteurs – suisses pour la plupart – de l’ombre, qui travaillent dans le silence, serrent le poing dans le silence, font vœu de silence pour ne pas gêner, tout en étant indispensables. Tout de même, il y a des limites. «Nous ne sommes pas des fournisseurs lambda, mais des partenaires!», exprime Babette Keller Liechti, directrice de Keller Trading SA et spé-

cialiste des produits en microfibre pour l’industrie horlogère, dans nos colonnes. Un bon sous-traitant pense d’abord au client final de la marque dont il est le client, non? Cela nécessite une forme d’indépendance dans l’organisation de son travail. Même durant la dernière crise de 2008-2009, le salon EPHJ a continué de croître, rappelle avec pertinence son directeur. C’est l’espace qu’il leur faut pour montrer leur savoirfaire et prouver leur valeur. Malgré le franc fort. Malgré la conjoncture.

Relégués dans des halles obscures à Baselworld, ils retrouvent à l’EPHJ ce souffle de liberté, l’impression d’être «chez eux». Ce ne sont pas eux qui «vont» vers les marques, mais les marques qui viennent chez eux. En marge de cet événement, Europa Star Première a souhaité recueillir les témoignages de plusieurs acteurs importants de la sous-traitance horlogère. Faire l’état des lieux, en quelque sorte. Et prendre la température du baromètre. Les voici donc.

TÉMOIGNAGES

La sous-traitance dans tous ses états Du sertissage aux produits nettoyants en passant par les vis et les machines, les sous-traitants horlogers offrent une multiplicité de visages. Ils partagent néanmoins tous une caractéristique commune aujourd'hui: ils sont sous pression!

«On ne sait pas jusqu’à quand cette crise va durer» Pascal Dubois, dubois dépraz et dprm, le lieu et arch

«Nous comptons trois piliers principaux dans notre groupe. Nous proposons des modules complets à des marques horlogères et nous faisons également de la sous-traitance pure de composants horlogers. DPRM, de son côté, est une structure à part spécialisée dans le décolletage. Notre parc industriel est cependant commun. Nous sommes 340 personnes dans la société. Nous livrons tous les groupes et beaucoup d’indépendants: certaines marques sont à la fois clientes de nos produits finis et de composants. 2014 a été une année que je définirais de «correcte». Mais les résultats 2015 se situeront en-dessous. Dans l’horlogerie, nous sommes tous lo-

gés à la même enseigne en tant que sous-traitants: nous dépendons de la bonne santé de l’industrie. Nous ressentons les différents problèmes qui touchent aujourd’hui la branche à travers les baisses de commande de nos clients suisses. Outre le franc fort, les mesures anticorruption et antiextravagance en Chine, les événements à Hong Kong, la crise en Ukraine, les sanctions contre la Russie ou encore des situations de «sur-stocks» créent ce climat délétère. Depuis 25 ans, j’observe que lorsque l’on traverse une époque de resserrement, les marques misent sur la nouveauté. Mais cette crise a cela de particulier qu’on ne sait pas jusqu’à quand elle va durer. Les marques

«Les marques cherchent des nouveautés à bon prix.» cherchent des nouveautés, mais à prix resserré. Il y a un manque général de visibilité. Nous travaillons avec de grands groupes actifs dans la haute horlogerie, qui sont à la recherche de la qualité maximale. Mais le prix est de plus en plus un critère pris en compte. A l’EPHJ, nous pourrons mesurer à quel point l’accent sera mis sur le prix…»

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«Le franc fort n’est de loin pas la première cause du ralentissement» Eric Zuccatti, Horotec, La Chaux-de-Fonds

«Nous sommes actifs dans l’outillage d’horlogerie et proposons quelque 14'000 articles, qui vont des loupes aux abrasifs. Nous sommes en quelque sorte les quincaillers de la branche! 2014 a été une excellente année, un des meilleurs exercices de notre histoire. A partir de fin 2014, le nombre de commandes a ralenti. La demande n’a pas baissé sur les articles «consommables», qui restent indispensables pour fonctionner au quotidien dans les manufactures, mais sur les biens d’investissement, comme les petites machines. En tant que sous-traitants, nous sommes un «indicateur précoce» de la marche des affaires dans l’industrie horlogère. Nous n’avons pas de planification à six mois. Et le franc fort n’est de loin pas la première

«En tant que soustraitants, nous sommes un «indicateur précoce» de la marche des affaires dans l’industrie horlogère.» cause du ralentissement des affaires. Les premiers signaux de baisse ont en effet eu lieu à la fin de l’année passée. L’annonce de la Banque nationale suisse n’a certes rien arrangé... C’est une problématique qui s’ajoute à la baisse de la demande horlogère en Chine ou en Amérique du Sud. Lors de la dernière crise, en 2009, la

baisse a été beaucoup plus brutale: nous avons perdu 50% de notre chiffre d’affaires et ressenti très vite cette chute. J’espère que ce ralentissement sera plus proche de la crise de 2003, qui était de courte durée et, que les affaires vont bientôt reprendre. Notre chance est d’être un acteur «universel», qui livre quasiment toutes les marques horlogères suisses. Certains sous-traitants souffrent plus que d’autres, car leur client principal souffre davantage que d’autres marques horlogères. La situation est très variable.»

«Ralentissement en Suisse mais développement à l’international» Olivier Haegeli, willemin-macodel, delémont

«L’horlogerie compose entre 20% et 25% de notre clientèle. Nous observons un tassement de la demande en Suisse. En revanche, il y a un développement de l’industrie horlogère internationale dont nous profitons et qui permet de contrer le calme relatif qui règne dans notre pays. Lors de Baselworld, nous avons annoncé la commercialisation d’une nouvelle machine, qui servira à l’usinage de platines et d’éléments de mouvements. Ses avantages sont sa petite taille, sa faible consommation et sa très haute dynamique, qui en font un outil très productif. Face au franc fort, nous proposons une compréhension du domaine et des gains de productivité en termes de coûts par pièces qui nous permettent de rester attractifs, même si nos produits sont plus chers. Nous travaillons aussi sur un marché assez spécifique; cela fait plus de 40 ans que nous sommes des par-

tenaires de l’industrie horlogère. Nous avions gelé les embauches en début d’année en raison de gains de productivité. Depuis lors, nous avons commencé à réengager. Les horlogers ne vont pas fabriquer eux-mêmes leurs machines... Nous continuons donc d’êtres des partenaires importants. Nos principaux concurrents se trouvent en Europe, notamment en Suisse et Allemagne, mais aussi au Japon. Parmi nos clients horlogers, on trouve les grands groupes, les soustraitants ainsi que les marques indépendantes. 2014 a été une bonne année. Aujourd’hui, les projets sont moins nombreux. En 2015, nous devrions globalement parvenir à un résultat similaire, car certains marchés se développent, comme les Etats-Unis ou l’Asie. Est-ce que nous atteindrons la même rentabilité? Dans l’environnement actuel incertain, c’est une question qui reste ouverte.»

«Notre défi, c’est de proposer de l’artisanat à prix industriel» Ramon Iso et Eric Pospieszny, sercab-proserto-val’heure, genève - le sentier

«2014 a été une année positive. Mais la tendance n’est pas au bleu ciel. Les clients sont très prudents. La question des stocks entre toujours en ligne de compte. Auparavant, une régulation des stocks se faisait tous les sept ans. A présent, elle se fait tous les deux ans. Nos acquis ont été ébranlés: nous réagissons en nous spécialisant, en créant de la stimulation et de la dynamique. Nous étoffons nos savoirfaire et innovons. Nous optimisons les sites et notre outil de travail, dans ce domaine spécifique qu’est >

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Bernd Schuller

Bernd Schuller

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Marc Formanek, Standard Time, vidéo, 2007. Ces oeuvres font partie de l'exposition «Eloge de l'heure», visible jusqu'au 27 septembre au Musée de design et d'arts appliqués contemporains (Mudac) de Lausanne

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Bernd Schuller

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l’habillage en joaillerie. La société Val’heure est située dans la Vallée de Joux: elle produit des boîtes de montres et des composants. Elle abrite aussi l’activité de sertissage industriel. Avec 50 personnes, nous

«Les marques clientes

sont de plus en plus exigeantes. Le niveau de contrôle s’est renforcé. Aujourd’hui, tout doit être parfait. Nous sommes notés sur notre production.»

produisons quelque 8'000 boîtes par année. A Genève, Sercab est spécialisée dans l’habillage joaillier et le serti très haut de gamme. Egalement située à Genève, Proserto est réellement artisanale, c’est un travail d’orfèvre, du fait main! Mais la question cruciale, aujourd’hui, c’est le prix. Pour beaucoup de petits sous-traitants, qui travaillent dans leur garage, la situation est vraiment très difficile. Il y a de plus en plus de contraintes administratives, qu’il faut être capable de suivre, et une concurrence globale. Dans notre domaine, nous restons parmi les deux ou trois gros acteurs en Suisse. En termes de prix, nous restons compétitifs, car le groupe a atteint

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une certaine taille critique. Notre défi, c’est de proposer de l’artisanat à prix industriel. Nous faisons partie des métiers d’art et proposons de la personnalisation, du service sur mesure. Et nous travaillons sur appel d’offres: nous avons donc une vision à trois mois, pas à trois ans. Il nous faut être rapides et high-tech. Par ailleurs, les marques clientes sont de plus en plus exigeantes. Le niveau de contrôle s’est renforcé. Aujourd’hui, tout doit être parfait. Et l’ensemble de la production doit être parfaitement uniformisée. Nous sommes notés sur notre production. La non-qualité coûte énormément! Mais nous bénéficions aussi de ce contrôle accru visà-vis de nos concurrents. Nous ne cherchons pas de clients hors de Suisse. Notre vitrine, c’est le Swiss made! Nous voyons certaines marques parties chercher des compétences à l’étranger qui reviennent vers nous. Nous avons une valeur ajoutée et proposons des prix compétitifs en Suisse, malgré des salaires élevés dans notre pays. Nous devons encore trouver des solutions industrielles, comme l’automatisation, pour améliorer notre rentabilité. Pour nous, l’EPHJ, c’est l’occasion de rencontrer nos clients dans un autre cadre que celui d’une usine. C’est aussi une opportunité de réseauter avec les autres fournisseurs, qui sont nos partenaires. A Baselworld ou au SIHH, les clients sont débordés. A l’inverse, à l’EPHJ, ils viennent spécialement pour nous voir.»

«Je ne suis pas une simple soustraitante mais une partenaire» Babette Keller Liechti, keller trading s.a., bienne

«Je ne me considère pas comme un fournisseur, mais comme une partenaire des marques horlogères et joaillières. La terminologie a son importance. Nous sommes des artisans suisses et non des fournisseurs lambda étrangers qui n’ont pas ou peu de connaissances de la branche: nous mettons au quotidien et en premier plan l’accent sur la qualité, notre connaissance et notre savoir-faire. Nous voulons être à l’écoute des besoins de notre clientèle et de leurs produits. Pour cela, il est primordial de bien les connaître. Il faut remettre l’église au milieu du village. Le gros problème actuel est que l’on confond de plus en plus le fournisseur et le partenaire. Ces dernières années par exemple, nous sommes «bombardés» de questionnaires en tous genres et de contrats éthiques

qui nous prennent un temps fou et qui nous freinent dans notre travail. Pourtant, depuis 25 ans nous n’avons eu de cesse de veiller sur les intérêts de nos clients. Le respect et la confiance mutuelle ont toujours été le maître mot. Lorsque je conçois un nouveau produit, c’est toujours au consommateur final des prestigieuses maisons pour lesquelles nous travaillons que je pense. Je défends haut et fort notre service et nos spécificités. Sinon, nous deviendrions justement des fournisseurs comme les autres. J’ai fondé Keller Trading S.A. il y a 25 ans. Notre activité-phare est la microfibre. Elle permet de manipuler et nettoyer en profondeur et en douceur tous types de produits haut de gamme, des montres aux pièces de musée. Nous comptons au total plus de 3'500 clients. Nos produits sont utilisés dans les manufactures, dans les écrins mais aussi sur les points de vente. Notre grande nouveauté de cette année, «Les Eaux du Joaillier», regroupe trois eaux nettoyantes naturelles qui permettent d’immerger tous type de bijoux et dont le R&D a nécessité plus de trois ans. Aujourd’hui, notre activité reste en progression. De tout temps, nous avons, par respect pour nos clients, adapté nos prix à la baisse, ceci au fur et à mesure de notre progression. Par exemple grâce à l’optimisation des processus de production dans les ateliers chinois d’assemblage de notre gant, allant de l’augmentation des salaires des couturières à l’aménagement des locaux, l’installation de fenêtres et d’éviers jusqu’au mode de stockage de nos fibres. La dernière

réforme en date étant la diffusion de musique dans les ateliers pendant le travail. Résultat, nous sommes passés en cinq ans de -40% de déperdition à -0,4%. Raison pour laquelle nous avons au 1er janvier 2014 répercuté ces résultats sur notre liste de prix avec une réduction de 40% pour notre gant Haute Couture. Cela n’a certes pas empêché une partie de notre clientèle de nous demander de baisser encore nos prix de 15%, suite à l’annonce de la BNS. Mais étant donné que notre PME ne travaille qu’avec des partenaires helvétiques et asiatiques (Japon et Corée du Sud), une baisse supplémentaire ne pouvait être dans ce cas envisageable. Et nos clients l’ont très bien compris. Depuis la fondation de notre société, nous avons assisté à une grande démocratisation de l’horlogerie au niveau mondial. Bien des marques bénéficient d’une notoriété globale bien plus grande et beaucoup proposent aussi des lignes plus accessibles au commun des mortels. C’est là une des raisons qui nous ont poussés à ouvrir un bureau à Hong Kong en 2012. De fait, notre petite manufacture biennoise est devenue bien trop à l’étroit. C’est pourquoi nous allons déménager cet été notre atelier dans un écrin digne de nos horlogers, les anciennes tréfileries de la ville de Bienne. Avec cet agrandissement, nous proposerons également un espace de travail hors du commun d’environ 400m2, entre Genève et Zurich, à d’autres sociétés. Et pourquoi pas organiser un petit salon intimiste des sous-traitants partenaires.»

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«Notre salon est d’autant plus important dans les moments difficiles» Comment vous positionnez-vous par rapport à Baselword?

L’EPHJ attire de plus en plus de fournisseurs et partenaires de l’industrie horlogère à Palexpo – malgré le ralentissement en cours dans la branche. Entretien avec son directeur Barthélémy Martin.

Il n’y a pas lieu de se positionner par rapport à Baselworld. Nous sommes le seul salon international qui traite de l’environnement professionnel horloger-joaillier. Baselworld s’occupe du produit fini. Nous remplissons chacun une mission complémentaire, l’un en amont avec la sous-traitance, l’autre en aval avec le produit fini.

Certains grands noms de la soustraitance, comme Sellita, manquent cependant à l’appel.

Quel est l’impact du ralentissement horloger en cours sur la sous-traitance?

Certains font le choix de ne jamais participer à un salon. Nous respectons leur point de vue. Nous observons toutefois que quand ces derniers décident finalement de s’exposer, ils le font dans notre salon. C’est un signe très positif pour l'EPHJ qui reste une plateforme internationale unique au monde.

Ce ralentissement existe, mais l’histoire nous démontre qu’il peut être aussi une opportunité de rebondir, d’être innovant et de s’adapter. Dans ces moments un peu plus difficiles, il est important de se montrer, d’échanger et de mettre en valeur son savoir-faire. Notre salon offre la meilleure plateforme in-

«L'EPHJ n’a jamais cessé de se développer.»

ternationale pour cela. C’est pourquoi, en dépit des différentes crises que nous avons vécues, notamment en 2008, l'EPHJ n’a jamais cessé de se développer. Ce n’est pas le moment de se replier sur soi-même. L’édition 2015 du salon EPHJ en sera la meilleure preuve !

par

Serge Maillard

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Que nous promet la 14ème édition de l’EPHJ? Elle sera dans la continuité des années précédentes avec une offre élargie, puisque nous accueillerons plus de 850 exposants, soit une légère progression par rapport à 2014. Deux tiers d’entre eux sont actifs dans l’horlogerie. Le nombre de visiteurs devrait également progresser et dépasser les 18'569 de l’année dernière. Ce développement est maîtrisé car notre volonté de rester sur un seul niveau limite notre espace disponible. Des solutions à cela?

Nous privilégions le confort de nos exposants et des visiteurs dans un seul et même espace et sur un seul niveau. L’unité de lieu est très importante. Elle nous limite dans notre développement mais notre volonté n’est pas de croître à tout prix. Nous trouverons toujours des solutions dans le cadre d’une croissance maîtrisée et raisonnable.

Que recherchent les exposants à l’EPHJ? Ils veulent avant tout faire des affaires. C’est ce qui fait le succès de notre salon car les affaires se font avec les visiteurs ou entre exposants. Près de 90% de nos exposants nous sont fidèles depuis de nombreuses années. Ils le sont parce qu’ils signent des contrats et qu’ils peuvent exposer leur savoir-faire et leurs nouveautés dans un cadre convivial, humain et agréable. Notre salon est le reflet de certaines valeurs: pragmatisme, précision, efficacité et convivialité. Quel est le profil des visiteurs?

Nos visiteurs ont un profil très large, ils viennent de 57 pays différents et donnent toute la dimension internationale du salon. Ils représentent beaucoup de marques qui cherchent de nouveaux partenaires ou des produits innovants. Ils viennent de plus en plus loin car ils savent que le salon EPHJ est le seul au monde à leur offrir une telle plateforme de savoir-faire horloger.

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EPHJ

Un cabinet de curiosités au stand de MHC Après avoir suivi le concepteur de stand Brandstorm dans notre édition consacrée à Baselworld et à ses «palaces éphémères», Europa Star Première met en lumière le travail du designer Nicolas Perrottet sur un salon aux proportions très différentes, l’EPHJ. Rencontre. Serge Maillard

Pour la première fois, le spécialiste des hautes complications MHC dispose de son propre stand au salon EPHJ – la société partageait lors des précédentes éditions un emplacement collectif avec plusieurs artisans horlogers. L’équipe de Pierre Favre a fait appel au designer Nicolas Perrottet pour la réalisation de son stand, articulé autour d’un concept original: un chemin des compétences. Il s’agit de montrer au visiteur les cinq étapes-clés du travail du motoriste fondé en 2010: le R&D, la micromécanique, la partie purement horlogère (tourbillons, complications et répétitions minutes), la terminaison et le contrôle qualité. Pour maximiser la surface d’exposition sur un espace de 60m2 (et un seul niveau – nous ne sommes pas à Baselworld!), le designer a imaginé un ensemble de «plateaux modu-

laires», qui pourront changer au fil des éditions. «C’est un peu comme des Lego, tout est interchangeable, souligne Nicolas Perrottet. Le visiteur pourra découvrir cinq plateaux, consacrés aux différents métiers de MHC, et quatre modules par plateau.» Par exemple, certains modules sont des tablettes numériques permettant de diffuser des vidéos, d’autres des cloches dévoilant un mouvement ou une montre réalisée pour tout ou partie chez

«L'utilisation de plantes et de matériaux naturels permettra d'injecter une bouffée d'oxygène dans les allées de Palexpo.» DR

par

MHC. «Cette année, les plateaux seront disposés en cercle, mais on peut imaginer un alignement dans le futur.»

De l’oxygène au milieu des rouages Nicolas Perrottet s’est inspiré des cabinets de curiosités – ces collections d’objets hétéroclites apparues à la Renaissance, ancêtres des musées – pour créer une ambiance surprenante qui, à n’en pas douter, détonnera dans l’environnement PUBLICITÉ

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En dollars, le chiffre d’affaires de l’industrie des smartwatches en 2020, selon le cabinet d’études Smartwatch Group, contre 1,3 milliard de dollars en 2014. Smartwatch Group 2015

plutôt technique et conventionnel de l’EPHJ. L’utilisation de plantes et de matériaux comme le bois, le laiton (un clin d’œil à un alliage emblématique des cabinets de pendulerie et d’horlogerie) et le marbre a pour objectif d’injecter une «bouffée d’oxygène» dans les allées de Palexpo. «Il faut créer une relation émotionnelle avec les visiteurs en les immergeant dans un monde plus poétique», souligne le designer. A côté des cinq plateaux modulaires, le stand accueillera un espace privé et trois établis de démonstration. Le visiteur y découvrira les procédures de terminaison, l’assemblage d’une cage tourbillon ou encore celui d’un modèle à répétition minutes.

«Ambulancier» de Baselworld A Baselworld, MHC avait également fait preuve d’imagination: si elle n’y disposait pas d’un stand, elle y avait installé un «établi mobile», forme de dispositif d’urgence pour les marques, clientes ou non. Installée non loin de la foire, cette

«ambulance» pouvait récupérer une pièce problématique, la réparer et la ramener durant le salon. Le stand de l’EPHJ doit par ailleurs permettre de révéler toutes les ambitions du motoriste, qui ne se contente plus de fabriquer des modules ou d’imaginer des concepts pour des marques clientes, mais livre désormais ses propres composants. «A terme, nous pourrons tout faire sauf du décolletage, explique Jessica Nassif, en charge de la communication chez MHC. Nous passons de plus en plus du software au hardware!» Cette nouvelle activité est regroupée au sein de l’entité Microtech. Un centre d’usinage à réaction rapide «dans la production mais également lors du prototypage de pièces uniques». Parmi les dernières réalisations importantes de la société genevoise, qui emploie quelque 25 personnes et produit entre 80 et 120 calibres par an, notons le mouvement tourbillon répétition minutes et heures folles conçu pour le modèle La Clémence de Spero Lucem, mais aussi le mouvement tourbillon volant, grande date instantanée et dual time pour Graff.

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BUSINESS & TENDANCES

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L’industrie du luxe dans un monde volatile, incertain, complexe et ambigu Quel rôle les marques de luxe peuvent-elle jouer dans un nouveau monde en gestation et à l’identité floue? L’industrie horlogère suisse reste relativement épargnée par les critiques des ONG. Mais le «business as usual» n’est plus une option. par

Christopher H. Cordey,

fondateur du sustainable luxury forum et ceo de futuratinow

Greenpeace

Au cours des vingt dernières années, la croissance des ventes mondiales de produits de luxe a été impressionnante et ceci malgré un contexte géopolitique et géoéconomique passablement troublé. Rappelons celuici, brièvement et chronologiquement: crise financière asiatique en 1987, bulle dot.com en 2000, 9/11, SRAS à Hong-Kong en 2002-2003, crise financière de 2008-2009, terrorisme et guerres intra-étatiques au Moyen-Orient et en Ukraine… Mais demain? Bien que ce secteur, de manière globale, ait été d’une résilience phénoménale, l’avenir ne sera probablement pas la simple reconduction du passé; les sanctions économiques contre la Russie, les révoltes démocratiques à Hong Kong en 2014 et bien sûr le grand mouvement anti-corruption en Chine n’en

étaient probablement que le hors d’œuvre. Bienvenue dans un monde nouveau! Nous assistons à un changement de paradigme – la dynamique et les structures qui définissaient notre monde au 20ème siècle se détériorent. Les tensions et les crises sont partout; plus personne n’est immunisé dans un monde volatile, incertain, complexe et ambigu. Et

«Les sanctions économiques contre la Russie, les révoltes démocratiques à Hong Kong en 2014 et le grand mouvement anti-corruption en Chine n’étaient que le hors d’œuvre.»

comme le propose Yves Daccord, directeur général du CICR, dans ce nouveau contexte, «nous devons être encore plus intelligents dans notre manière de connecter les diverses parties prenantes et les partenaires, avec pour objectif la création commune d’approches innovatrices.»

Du conflit, pas de «nice talks» C’est pour contribuer à cette «intelligence commune» qu’une centaine de participants issus d’organisations non-gouvernementales, de marques de luxe et du monde académique, ainsi que de nombreux intervenants, ont récemment participé au 4ème «Sustainable Luxury Forum» organisé à Genève (lire l’encadré). Mais il ne s’agit pas uniquement de parler. «Il est grand temps de définir une nouvelle économie basée sur des valeurs et la fin du gaspillage», soulignait l’écrivain français Hervé Kempf lors du forum. Et de rajouter que le changement du statu quo ne se matérialisera pas avec des «nice talks», mais nécessitera des conflits. Dont acte… Dans un monde hyper-connecté où la confiance dans les institutions et certains secteurs vacille, dans un

monde aux inégalités galopantes où nous devons collectivement répondre à des défis environnementaux, démographiques, migratoires et humanitaires majeurs, la question essentielle qui se pose actuellement aux marques du luxe est la suivante: comment peuventelle conserver leur «permis social d’exploitation» (ou «licence to operate»)? Et par-là répondre aux pressions croissantes de la société civile et aux motivations et nouvelles valeurs de la génération montante.

Attentisme ou anticipation Alors à quand le point de bascule vers un rôle fondamentalement différent des marques de luxe? Attendront-elles la pression des clients, voire des détaillants pour agir et se transformer? Ou à l’instar de certains CEO – souvent issus de la nouvelle génération – anticiperont-elles ces changements afin de maintenir leur permis social? Car il s’agit, ni plus ni moins, d’un «nouveau rôle» que ce secteur peut jouer pour contribuer à façonner ce nouveau monde. Car tout le monde veut rêver. Des visionnaires et leaders l’ont bien compris et montrent la voie, chacun à leur niveau. Quelques

«La question essentielle qui se pose actuellement aux marques du luxe est la suivante: comment peuvent-elle conserver leur «permis social d’exploitation»?»

exemples: Elon Musk avec Tesla; le groupe Chalhoub, distributeur de produits de luxe au Moyen-Orient, en soutenant des projets humanitaires dans des zones de conflits; Montagne Alternative, en proposant un concept d’hospitalité éco-respectueuse; ou encore Onlywatch, la biennale caritative de pièces uniques horlogères vendues au profit de la recherche sur la myopathie de Duchenne. «Business as usual» n’est plus une option. Cette combinaison de défis à l’horizon 2030 risque d’être une bombe à retardement pour le secteur du luxe, mais peut aussi se révéler un nid d’opportunités. L’industrie horlogère suisse est encore à la marge des radars des organisations non gouvernementales les plus agressives. Mais pour combien de temps encore?

LE SUSTAINABLE LUXURY FORUM Le Sustainable Luxury Forum est une association suisse à but non-lucratif active dans les domaines de l’information, de la recherche et de la formation en responsabilité sociale d’entreprise. Réservée aux marques de luxe, de beauté et de prestige, aux banques, à leurs fournisseurs et détaillants, à des ONG et des institutions académiques, elle agit comme une plateforme d’échanges, de partage d’expériences et de réseautage. Le 4ème Sustainable Luxury Forum a eu lieu en février 2015 au Graduate Institute Geneva. CHIFFRES

590% La progression prévue du marché des smartwatches cette année, porté par la sortie de l’Apple Watch. Smartwatch Group 2015

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BUSINESS & TENDANCES

8 | EUROPA STAR PREMIÈRE

«Collectionner, c’est sortir du monde de la consommation» Pourquoi avoir quitté Christie’s pour fonder votre propre société?

Aurel Bacs est de retour aux affaires. Et de belle manière. Sous le pavillon de la maison Phillips, il vient de mener à bien une vente aux enchères à près de 30 millions de francs pour quelque 220 montres. Rencontre. Serge Maillard

Un pavillon blanc planté au cœur du jardin du palace genevois La Réserve. C’est ici que reçoit Aurel Bacs, la référence des ventes aux enchères horlogères, après avoir quitté Christie’s et fait vœu de «chasteté» pendant plusieurs mois. Ayant fondé sa société Bacs & Russo avec son épouse, il opère aujourd’hui pour le compte de la maison de vente aux enchères britannique Phillips. Un retour réussi, après une pause sabbatique dédiée à sa famille: des ventes de 29,6 millions de francs et – c’est devenu coutumier chez lui – plusieurs records battus. Dont celui de la montre bracelet en acier la plus chère du monde, une Patek Philippe adjugée à 4,6 millions de francs.

Quels sont vos objectifs dans votre nouvelle société? Ils ne sont pas quantifiables, mais basés sur des valeurs et une passion pour l’horlogerie. Mon moteur, c’est l’amour des belles montres. Je veux prouver que même dans un monde hyper-connecté, il est possible d’apprécier des produits et valeurs traditionnelles. On n’a pas besoin de s’appeler Uber ou Apple pour avoir du succès. Les montres vintage sont accessibles et attractives. Comment définissez-vous une montre vintage?

Parmi les clous de la collection, la Rolex Albino d’Eric Clapton a trouvé preneur à 1,3 million de francs. En un weekend, Aurel Bacs aura ainsi mieux fait que Christie’s, Sotheby’s ou Antiquorum lors des ventes horlogères de printemps – le tout au sein d’une nouvelle division pour la maison Phillips... Entretien.

Comment s’est passée votre pause? Je n’avais pas de «plan» ni de projet concret lorsque j’ai quitté Christie’s. On pourra qualifier cela de naïf ou courageux. Toujours est-il que j’ai pu me permettre ce luxe: quelques mois sabbatiques. Les deux premiers mois, je n’ai pas réussi à déconnecter. Puis cela a été fantastique. Mais

J’ai commencé en voyant mon père fréquenter les maisons de vente à Zurich. Lorsque j’avais 12 ans, il m’a dit: «Tu as maintenant l’âge pour avoir une vraie montre.» Il entendait par là une montre mécanique. Mais à l’époque, j’étais fasciné par les montres-calculatrices de Casio. L’âme ou l’émotion des montres mécaniques, cela ne m’intéressait pas! J’ai eu ma montre électronique. Mais je l’ai rapidement cassée. Ma deuxième montre était une IWC… Je l’ai toujours. Le marché horloger connaît un fort ralentissement. Existe-t-il une corrélation avec l’état du marché des ventes aux enchères horlogères?

objets de collection après six ans.

Non. Le marché des montres vintage continue à être très fort. Globalement, je pense même que les garde-temps vintage sont sous-estimés. Il reste un fort potentiel de croissance. Mais pour y parvenir, nous devons encore sérieusement travailler!

Et comment décririez-vous un «collectionneur»?

Demain, collectionnera-t-on des Apple Watch?

C’est un état d’esprit. On peut avoir trente chemises et ne pas pour autant se sentir collectionneur de chemises. Collectionner, c’est sortir du monde de la consommation.

C’est vrai que le premier ordinateur d’Apple a fait un million de francs aux enchères. Mais il faut arrêter de comparer les deux catégories. Pour moi, un appareil-photo Leica est plus proche d’une montre mécanique qu’une Apple Watch. Cela n’a rien à voir avec l’horlogerie.

Pour moi, un appareilphoto Leica est plus proche En ce qui me concerne, je répond’une montre mécanique drais: plus de trente ans d’âge. Mais certaines montres deviennent des qu’une Apple Watch. DR

par

Après 10 ans intenses, des ventes records qui ont permis de faire passer le chiffre d’affaires du pôle horloger de Christie’s de 8 à 120 millions de francs, j’ai ressenti le besoin de faire une pause. Je ne voulais pas me réveiller un jour et me demander ce que j’avais fait de ma vie. Je voulais accorder plus de temps à ma famille, mais aussi retrouver mes racines horlogères. Je souhaitais me rapprocher des produits et des collections. Lorsque l’on est à la tête d’une division importante d’une multinationale, on a beaucoup de charges administratives!

dès juin 2014, le nouveau directeur de Phillips nous a contactés pour entamer une nouvelle aventure. Nous avons accepté!

 omment a débuté votre passion C pour les montres?

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BUSINESS & TENDANCES

EUROPA STAR PREMIÈRE | 9

Fashion: Haute Couture, couteaux et gros bras

par

Serge Maillard

Les marques «fashion» ont envahi le monde de l’horlogerie depuis le début du 21ème siècle – il s’agit sans doute de l’une des tendances les plus fortes de ce début de millénaire, parallèlement à l’essor des hautes complications mécaniques. Pour le journaliste, il en devient parfois difficile de se repérer dans ce monde de licences. «Telle marque est produite par quel groupe, au fait?» est une question récurrente… L’un des champions sur ce créneau

porteur est sans doute le Fossil Group, qui a acquis les droits sur des marques à l’ADN fort différent: DKNY, Tory Burch, Michael Kors, Karl Lagerfeld, Diesel, Burberry, Emporio Armani ou encore Adidas, et qui mise de plus en plus sur le Swiss made (lire notre édition Europa Star 2/15). Illustration de ce souhait de monter en gamme – toutes proportions gardées – Emporio Armani présentait ainsi à Baselworld sa première montre automatique dédiée aux femmes, la «Fluid Deco», dont une

Le même succès en horlogerie? La franchise Burberry, elle, est entièrement Swiss made. Son modèlephare reste la «Britain». La marque, particulièrement forte sur les marchés asiatique et moyen-oriental, se féminise elle aussi. Même si son identité caractéristique, inspirée du fameux trench coat britannique, peut légitimement lui valoir la dénomination «unisexe»: selon la région

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Gage Skidmore

Bienvenue dans le monde complexe des licences! Les marques fashion sont de plus en plus nombreuses. Loin des «pure players» horlogers, ces ambitieux acteurs entendent profiter du capital sympathie acquis hors de l’industrie horlogère.

édition limitée à 88 pièces avec cadran en nacre. Plus sportive, la nouvelle «Bold Motion» contient quant à elle le mouvement maison STP 1-11. A noter qu’il existe deux gammes de montres Emporio Armani: Swiss made ou non. Dans les boutiques Armani, on aura tendance à retrouver les premières au rayon costumes et les secondes au rayon jeans… La marque italienne ratisse large!

géographique, de mêmes modèles pourront plaire davantage aux hommes ou aux femmes… Autre griffe de vêtements s’étant lancée dans les montres: Fendi, dont le directeur artistique n’est autre que Karl Lagerfeld, qui dispose par ailleurs de sa propre marque de montres produite par le Fossil Group – concurrent de LVMH, groupe qui produit désormais les montres Fendi, puisqu’il a racheté la fabrique horlogère Taramax, auquel il avait auparavant cédé la licence Fendi... On vous l’avait dit: le monde des licences, c’est compliqué! Entièrement aux mains de Fossil Group depuis trois ans, la marque Skagen se distingue quant à elle par son design danois minimaliste… tout comme ses prix (créneau 100300 euros). Au Danemark, un quart des habitants portent une Skagen, nous a-t-on prévenu lors de notre visite à Baselworld. La marque essaie de reproduire ce succès hors du royaume: elle se concentre notamment sur les marchés allemand, américain, français et britannique.

Amériques constituent toujours un débouché important pour nous, tout comme l’Europe et le MoyenOrient. Nous sommes par ailleurs en train de nous lancer sur le marché asiatique», poursuit le responsable. Pour séduire cette nouvelle clientèle, la marque proposera dès l’automne son modèle Maverick en automatique (mouvement ETA), qui n’existait jusque lors qu’en quartz. Victorinox propose aussi des sets «couteau et montre», notamment avec le modèle Alliance. Un autre modèle phare est l’I.N.O.X., qui a fait le buzz en résistant au passage d’un tank de 64 tonnes et à 2 heures dans un lave-linge… «Wenger, de son côté, est encore très axé sur le marché américain et va davantage s’orienter vers les marchés européen et asiatique.» Une segmentation plus claire est en cours entre les deux marques, un peu à l’image de celle qui a lieu chez LVMH… Wenger occupera l’entrée de gamme – de 120 à 400 francs – tandis que Victorinox se situera une gamme au-dessus – de 300 à 2'000 francs.

Victorinox et Wenger AS pour Arnold se regroupent Schwarzenegger

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La Haute Couture n’est pas seule à vouloir conquérir les poignets. Les deux marques de couteaux suisses les plus emblématiques du monde, Victorinox et Wenger (depuis 2005, la seconde appartient à la première et ses collections de couteaux ont été intégrées au sein de Victorinox), affichent aussi cet objectif. Victorinox produit des montres depuis 1996 et Wenger depuis 1988 déjà. Mais une phase importante de rationalisation est en cours avec la centralisation de la production de montres en un seul lieu, à Delémont, explique Alexander Bennouna, CEO de Victorinox Watches: «Cette intégration devrait être finalisée d’ici à l’été 2016. Au total, quelque 250 personnes produiront des montres sur le site.» Les montres Victorinox ont une histoire particulière: d’abord lancées sous licence aux Etats-Unis, elles ont été reprises en main par la maison-mère par la suite. «Les

Et puisqu’on parle de couteaux et de chars… gardons le plus gros pour la fin: Schwarzenegger! On savait que Mr. Universe et Governator était un aficionado de belles montres. Mais on n’imaginait pas qu’il lancerait sa propre marque. C’est chose faite, car rien n’est impossible à celui qui incarne l’«American Dream» tant au cinéma qu’en politique ou dans les milieux du body-building. Pour cela, il a choisi le géant brésilien de l’horlogerie Magnum, à qui il a confié sa propre franchise. Si le lancement est prévu pour l’automne, une sélection de prototypes a été présentée à Baselworld. Sur cette base, Arnold Schwarzenegger himself validera les modèles qui seront mis sur le marché, avec le logo AS. «Ces montres devront être robustes et durables», précise-t-on chez Magnum. Le contraire eût été étonnant…

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NOUVEAUX VISAGES

10 | EUROPA STAR PREMIÈRE

De l’eau des fjords au poignet par

La jeune marque Bruvik affiche fièrement son identité norvégienne, qu’il s’agisse de fjords, d’ours polaires ou de l’héritage des explorateurs arctiques. Rencontre avec son fondateur, Rune Bruvik.

Serge Maillard

Comment est née la marque Bruvik? Je suis un designer norvégien. Et depuis que j’ai eu ma première Swatch noire au poignet, à l’âge de 15 ans, j’ai rêvé de dessiner des montres. 18 ans plus tard, ce rêve est devenu réalité. Les montres ont une forte identité norvégienne, mais j’étais déterminé à faire du Swiss made et à venir en Suisse. L’aventure a démarré en 2008. La Fédération de l’indus-

trie horlogère suisse m’a apporté son soutien. Mais j’ai dû beaucoup apprendre…

première vraie marque horlogère norvégienne. Les détaillants étaient légitimement surpris!

Mais vous avez choisi de démarrer la distribution en Norvège, votre pays d’origine.

Quel est l’ADN de vos montres?

Oui, en 2009. J’ai dû frapper durant trois mois à la porte d’un détaillant à Oslo pour parvenir à trouver une place en vitrine – juste à côté de Breitling. Au début, ils n’y croyaient pas. Il faut dire que Bruvik est la

Le premier prototype était un modèle en céramique. Mais je suis passé à autre chose avec ma première collection, «Fjord», qui contient, comme son nom l’indique, de l’eau que j’ai prélevée dans un fjord. D’habitude, les horlogers cherchent une étanchéité maximale et donc à

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Vos autres collections sont-elles aussi norvégiennes que la «Fjord»? La «Svalbard» l’est tout autant! Elle tire son nom de cet archipel situé tout proche du pôle Nord. On y trouve d’ailleurs plus d’ours blancs que d’habitants… Le dos de la montre présente la carte de l’archipel et certaines de ses caractéristiques. Quant à notre dernière collection, «Heritage», elle possède aussi un ADN très norvégien: il s’agit d’un hommage à de grands pionniers de l’exploration arctique comme Fridtjof Nansen. Le modèle présente notamment les coordonnées GPS des lieux jusqu’auxquels ils sont parvenus.

DR

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préserver la montre de l’eau. Là, j’ai pris le parti inverse: de l’eau à l’intérieur même de la montre! Je vous rassure: la montre reste étanche malgré cela (rires).

Le dos «aquatique» mais «water resistant» du modèle Fjord

Quelle est votre fourchette de prix?

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Les prix vont de 800 à 3'500 francs. Nous proposons des modèles quartz, mais aussi automatiques (ETA). L’une de nos particularités est également l’utilisation de verres saphir finement travaillés, qui peuvent représenter jusqu’à la moitié du coût total de fabrication de la montre.

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Dans les pays nordiques, bien sûr, mais aussi en République tchèque. Pour l’instant, nous vendons environ 1'000 modèles par an. Nous avançons progressivement. Mon rêve serait d’atteindre le marché américain, qui serait sans doute très sensible à notre histoire et notre côté «naturel». Mais aussi le Japon, l’Allemagne ou encore le Royaume-Uni.

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CHIFFRES

8% La proportion de montres connectées qui devraient être vendues par des détaillants horlogers en 2020. Smartwatch Group 2015

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SMARTWATCHES

EUROPA STAR PREMIÈRE | 11

«Plus de 80% des brevets sur les smartwatches sont déposés en Chine»

智 能 手 表

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Centredoc, une société spécialisée dans la veille technologique, souligne l’importance de l’Empire du Milieu dans la propriété intellectuelle sur les smartwatches. Les précisions de David Borel, business development manager. par

Serge Maillard

Quelles sont vos compétences? Centredoc a été fondée en 1964 par l’industrie horlogère en tant que centre de compétences. A l’époque, il s’agissait d’abord de répertorier tous les brevets – sur papier – concernant tant la mécanique que le quartz. Par la suite, nous avons lancé un bulletin mensuel des inventions horlogères, qui est toujours apprécié des professionnels aujourd’hui. Nous délivrons également des informations sur tous les

nouveaux matériaux utiles à l’industrie horlogère. Nous menons aussi des études ponctuelles de vérification de la propriété intellectuelle, par exemple si un horloger veut mettre un nouveau produit sur le marché. Qui sont vos clients? Outre l’horlogerie, nous couvrons aussi la microtechnique, le secteur médical, l’agroalimentaire ou encore la pharma. Nous comptons parmi nos clients Nestlé, Sanofi ou Merck. Et nous avons lancé un logiciel de veille, baptisé «Rapid», qui permet de stocker toutes les recherches sur un domaine particulier. C’est une plateforme de veille technologique, de surveillance sur mesure des innovations dans le domaine souhaité. Est-ce que vous faites de la veille technologique sur les smartwatches? Oui. Nous avons vu arriver en masse les montres connectées dans les brevets il y a 18 mois déjà. Aujourd’hui, nous compilons une grande quantité de documents. En soi, la montre connectée n’est par une technologie, mais un ensemble de technologies portables. Nous identifions tous les brevets déposés sur les fonctions

«additionnelles», c’est-à-dire celles qui ne servent pas à donner l’heure. Cela va du podomètre au Bluetooth. Qu’avez-vous découvert? On observe que plus de 80% des brevets qui concernent les smartwatches ont été déposés en Chine entre 2008 et 2012, soit au total 3200 brevets. Nous compilons des données mondiales, parmi lesquelles celles de l’Office chinois des brevets. Beaucoup de marques chinoises se sont lancées sur le marché de la montre connectée, mais elles sont inconnues en Europe. C’est le cas, par exemple, de Geak. Certaines ne font que des modules, pas des produits finis. Tout n’est pas pertinent, mais si 10% de ces brevets revêtent un intérêt, ce sera déjà beaucoup! Demain, ce seront peut-être des fournisseurs d’Apple… Et les Suisses? Ils sont en phase de développement, tout comme les Américains. Les horlogers suisses ne pourront faire appel à des fournisseurs chinois, cela poserait des problèmes avec le Swiss made. Mais nous avons des compétences en Suisse, par exemple EM Marin, le CSEM et beaucoup d'autres.

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SMARTWATCHES

12 | EUROPA STAR PREMIÈRE

Soprod, l’acteur derrière (presque) toutes les smartwatches suisses

par

Serge Maillard

Des solutions connectées à l’échelle Construire un industrielle véritable écosystème «Aujourd’hui, il y a une forme d’aveuglement en Suisse vis-à-vis des montres connectées, poursuit le responsable. A mon avis, celles-ci vont prendre la place des montres quartz actuelles. Ce serait pénalisant pour l’emploi et le Swiss made que la Suisse passe à côté de cette révolution!» Mais pour rester compétitif sur le marché des montres connectées, il s’agit de proposer des produits bon marché, entre 300 et 1'000 francs, notamment pour séduire les jeunes, estime Gérald Roden: «Pour y parvenir, il faut de l’industrialisation. Nos solutions connectées sont développées et mises au point à Sion. A l’avenir, nous assemblerons nos modules de façon entièrement automatisée. Tout ce pôle est en plein développement.» Au total, quelque 15 millions de francs «ont été ou seront investis» par le Swiss Festina Group dans le développement de solutions connectées Swiss Made. En quoi consistent-elles? «Nous vendons des mouvements adaptés aux solutions proposées par

Le grand projet du moment, pour Soprod, est l’élaboration d'une plateforme complète, à l’horizon Baselworld 2016. «Nous avons déjà le hardware. Nous allons compléter par le software pour proposer une solution tout-en-un qui intégrera la gestion des données dans le cloud.» Nom de code du projet: Soprod Internet of Things. «Nous sommes sur le point de choisir notre partenaire suisse pour le développement d’applications, afin de proposer ce package logiciel global.» Pour l’heure, on ne chôme pas à Sion. «Ce qui est intéressant, c’est que l’on trouve de nombreux points communs entre la mécanique, l’électronique et les solutions connectées. Nos compétences actuelles nous servent pour le connecté.» Exemple: le développement de moteurs extraplats. «Nous travaillons à la réduction de la taille des bobines qui équipent nos moteurs.» Comme on l’a vu sur les modèles de Frédérique Constant ou Mondaine,

Ressources insoupçonnées à Sion Pour l’heure, les meilleurs fabricants d’écrans OLED se trouvent cependant à Taiwan... Qu’à cela ne tienne! «Nous voulons prouver qu’il est possible de faire du connecté abordable en Suisse. Ces dernières années, l’horlogerie suisse a vécu principalement grâce aux créneaux milieu et haut de gamme et à l’ouverture de nouveaux marchés. Cette straté-

Breitling

Il faut se rendre à Sion pour découvrir un acteur de l’ombre, mais très important dans la «bataille du poignet» qui est en train de se jouer entre la Silicon Valley et la Watch Valley. Bienvenue sur le site sédunois de Soprod, une société mieux connue pour le développement de son calibre mécanique A10 – aujourd’hui «M100» – alternative aux mouvements d’ETA ou Sellita, que pour son activité dans le monde de la connexion. Et pourtant, la filiale du Swiss Festina Group s’est engagée depuis près de deux ans sur le chemin des modules connectés. Aujourd’hui, Withings, Frédérique Constant, Alpina, Mondaine mais aussi Breitling font appel aux services de ce «motoriste 2.0». Le site, qui compte quelque 90 employés, est passé tout proche de la fermeture. L’usine de production de quartz entrée de gamme n’était plus vraiment compétitive... Mais un homme a eu l’idée de reconvertir les savoir-faire locaux pour les utiliser dans le monde de la connexion: Gérald Roden, responsable du Swiss Festina Group. Il lui a pour cela d’abord fallu convaincre l’actionnaire. «Miguel Rodriguez passe très vite d’un projet à une solution industrielle et à présent le

site connaît une seconde vie», souligne Gérald Roden.

Soprod travaille sur des solutions connectées pour affichage traditionnel à aiguilles – «il faut que cela ressemble à une montre, c’est là que se situe la force de notre proposition, validée d’ailleurs par de nombreux brevets» – mais la société planche parallèlement sur un projet d’affichage «anadigital» OLED Swiss made. Une combinaison entre affichage classique et écran intégré qui permettra d’afficher en temps voulu des messages et notifications, «mais à dose réduite et choisies avec minutie pour ne pas tomber dans l’électronique grand public des solutions Google ou Apple». La marque Kairos, d’ailleurs cliente de Soprod pour ses mouvements mécaniques, propose déjà une forme d’hybridation, non? «Oui, mais elle dispose son affichage sur la glace. Nous travaillons directement sur le cadran. Le défi reste celui de la transparence et de la lisibilité, mais surtout de la durée de vie de la pile. N’oubliez pas que notre solution à aiguilles a l’avantage d’une consommation très faible. Nous garantissons 24 mois au pire, contre 2 jours au mieux pour les montres à écran lumineux.»

DR

La filiale du Swiss Festina Group travaille
depuis plusieurs mois sur son site de Sion au développement de solutions connectées. C’est elle que l’on retrouve, entre autres, derrière les smartwatches de Withings, Frédérique Constant, Alpina, Mondaine ou encore Breitling. Visite.

nos clients ou alors nous sommes maîtres d’œuvre de l’ensemble: motorisation, circuits imprimés et applications. Mais nous voulons à terme proposer un écosystème complet. En réalité, nous avons travaillé par étapes: nous avons d’abord développé les micromoteurs qui équipent nos mouvements quartz. Puis, nous avons travaillé sur la connexion Bluetooth Low Energy, enfin sur le développement de circuits imprimés équipés ou non de capteurs. Nous adaptons les modules en fonction des souhaits des clients, et dans ce domaine tout est possible.»

gie a ses limites: aujourd’hui, le marché chinois ralentit. Il est toujours dangereux de s’enfermer dans une niche. Nous offrons une palette complète de solutions et essayons d’amener les clients actuels des calibres mécaniques ou quartz de Soprod vers le connecté. Cette réflexion n’est pas nouvelle: elle a commencé il y a deux ans et livre maintenant ses premiers fruits.» La Suisse dispose de compétences en la matière. Et cela à quelques pas seulement du site sédunois de Soprod. En effet, la HES-SO Valais est la seule école au monde membre de la fondation Bluetooth: «Nous avons des ressources insoupçonnées en Suisse. L’école est un partenaire, qui a développé la communication avec nos mouvements. Elle utilise le protocole Bluetooth Low Energy. En la matière, nous sommes aussi en train de plancher sur une solution très innovante, en utilisant les aiguilles: à terme, celles-ci pourraient recevoir et renvoyer les ondes!» Outre la HESSO, le Centre suisse d’électronique et de microtechnique à Neuchâtel est un autre partenaire institutionnel de Soprod. Celui dispose de plusieurs brevets sur des capteurs utilisables par l’industrie horlogère dans le domaine des montres connectées (lire notre dernière édition à ce sujet).

Servir toute l’industrie horlogère suisse Gérald Roden affiche de larges ambitions: «A terme, nous souhaitons automatiser l’ensemble de la production. Il s’agit d’atteindre une taille critique et une capacité de réaction suffisante pour servir l’ensemble de l’industrie horlogère suisse en solutions connectées.» Le responsable voit dans la sous-traitance pour les smartwatches Swiss made le grand relais de croissance pour le Swiss Festina Group. Quid des marques actuelles Swiss made du groupe, comme Perrelet? «L’environnement de la Haute Horlogerie est aujourd’hui très concurrentiel, car il y a énormément d’acteurs. Demain, nous allons encore renforcer notre pôle de sous-traitance, qui représente déjà plus des deux tiers de notre activité en Suisse, grâce au connecté en particulier. Mais nous travaillons aussi activement sur les calibres mécaniques pour Dames et le quartz haut de gamme.» Les marques suisses sont prévenues: si elles envisagent de se lancer sur le chemin sinueux de la connexion, l’une des voies d’accès passe désormais par Sion. A bon entendeur! PUBLICITÉ

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SMARTWATCHES

EUROPA STAR PREMIÈRE | 13

«Pour décoller, les marques suisses devront s’associer à des big players»

A la tête du Smartwatch Group, Pascal Koenig étudie en profondeur le marché des montres connectées. Entretien. par

Serge Maillard

En fondant en 2014 Smartwatch Group, une société d’études de marché dédiée aux montres connectées, Pascal Koenig a eu le nez creux. Aujourd’hui, alors que l’Apple Watch vient de sortir, le Zurichois bénéficie

d’un coup de projecteur important sur ses propres «coups de projecteurs», des rapports annuels exhaustifs sur les smartwatches, vendus entre 2'800 et 12'900 dollars. Le spécialiste a accordé un entretien à Europa Star Première. Que représente le marché des smartwatches? Au total, le marché des montres connectées a pesé 1,3 milliard de dollars en 2014. A mon sens, seule l’Apple Watch est en mesure de faire décoller ce marché. Nous prévoyons que celui-ci atteindra les 9 milliards de dollars cette année,

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«A mon avis, plus de la moitié des consommateurs opteront pour une montre connectée d’ici à 2020.» dont les deux tiers des revenus proviendront d’Apple. Et les Suisses, dans tout cela? Les marques qui ont déjà lancé ou annoncé concrètement des smartwatches, comme Frédérique Constant, Mondaine ou Swatch, représenteront un poids plutôt faible sur le marché total. Mais il y aura des niches pour l’horlogerie suisse. Celle-ci représente d’ailleurs déjà une niche sur les ventes totales horlogères, en termes de quantités. Pour décoller sur le marché des montres connectées, elles devront s’associer à un «big player». C’est ce que vont faire Fossil Group et LVMH avec Google et Intel. En fait, avec son système ouvert Android Wear, Google est de facto le partenaire de choix, vu qu’Apple a un système fermé. Quid du Swatch Group? Je pense que ce sera très difficile pour le Swatch Group de s’en sortir seul. Ils risquent de ne pas avoir d’applications pertinentes ni une communauté suffisante de développeurs, s’ils font cavalier seul. A titre personnel, combien de smartwatches possédez-vous? Des dizaines! Et que pensez-vous de l’Apple Watch? La première génération de montres aura un impact fort, et c'est seulement le début. Imaginez comme cette technologie va évoluer d’ici à 2020, avec le développement d’un grand nombre d’applications très attirantes. A mon avis, plus de la moitié des consommateurs opteront pour une montre connectée d’ici à 2020. Leur contenu est révolutionnaire et n’est limité que par l’imagination humaine.

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En dollars, le poids de l’industrie des montres connectées en 2011. Smartwatch Group 2015

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DANS NOS ARCHIVES

14 | EUROPA STAR PREMIÈRE

Printemps 1974: quand Europa Star entrevoyait la future «crise du quartz» par

Pierre Maillard

Printemps 1974. A la veille de la Foire de Bâle, Valentin Philibert, rédacteur en chef d’Europa Star, prend sa plume pour décrire «la vaste offensive des montres à quartz à affichage classique et à affichage digital» qui s’apprête à transformer de fond en comble l’industrie horlogère mondiale. Visiblement fasciné par l’apparition de cette toute nouvelle technologie – Seiko a sorti la première montre quartz en 1969 – il lui prédit certes «un grand développement» et cite un responsable d’Ebauches SA

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qui affirme que les montres quartz «sont appelées à jouer un rôle très important, surtout sur le marché horloger des pays hautement développés». Dans la réalité, le quartz va bousculer l’ensemble des équilibres et, grâce à sa très rapide démocratisation, va envahir puis inonder tous les marchés. Un seul chiffre donne l’ampleur des «dégâts» qui vont être causés: entre 1974 et 1983, le nombre de montres et mouvements produits en Suisse va passer de 84 à 30,2 millions et le nombre d’emplois va diminuer de 40%. Les deux géants Ebauches SA et ASUAG sont en plein marasme et

leurs pertes dépassent les 156 millions. Les banques créancières feront alors appel à un quasi-inconnu, un certain Nicolas Hayek. On connaît la suite. Faut-il pour autant tenter le parallèle entre «crise du quartz» et éventuelle future «crise de la montre intelligente»? Dans les deux cas on retrouve des paramètres comparables: une rupture technologique majeure conjuguée avec une appréciation importante du franc suisse par rapport aux autres monnaies (non pas 20% comme aujourd’hui entre le franc suisse et l’euro, mais bel et bien

58% entre 1970 et 1974!) Au cours de la même période, le pétrole s’invite aussi dans la partie puisqu’entre début 1973 et début 1974, le baril passe de 4,6$ à 15,5$, soit une augmentation de 237%! Heureusement, tel n’est pas le cas aujourd’hui. Mais en 1974, quand Valentin Philibert écrit dans les colonnes d’Europa Star, les conséquences de l’arrivée du quartz sont encore délicates à estimer. Il pressent cependant que le monde de l’horlogerie va changer en profondeur et se lance dans une prophétie: «A notre point de vue, 1974, malgré le rôle relati-

vement important déjà joué par la montre électronique, n’est qu’une période de mise en place et d’expériences préliminaires. Le véritable déferlement se produira probablement durant les Foires de Bâle 1975-1976 et l’on pourrait assister à ce moment à l’écroulement de bien des notions acquises et d’illusions fallacieuses.» Or ne pourrait-on dire de même des montres intelligentes pour lesquelles 2015 n’est «qu’une période de mise en place» en attendant Baselworld 2016 et son probable lot d’illusions et de désillusions? Mais comparaison n’est pas toujours raison.

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DÉBATS & OPINIONS

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Ventes: le coup de gueule de Gérard Gouten

Propos recueillis par Pierre Maillard

Gérard Gouten: Je le dis franchement: aujourd’hui, le ‘boulot’ de la distribution et de la vente horlogère en Suisse est tout simplement exécrable. Déjà depuis deux ans environ, à partir du moment où les banques ont fait le ménage et ont chassé ceux de leurs clients qui avaient des comptes non-déclarés, la vente des produits horlogers

«Pour la première fois, nous avons vu des clients suisses – je dis bien «suisses», je ne parle pas ici des touristes – se tourner vers l’étranger pour acheter leurs montres.» dépassant la somme de 30'000.- à 50'000.- CHF a connu un sacré coup d’arrêt. Là-dessus, la décision étroitement technocratique de Thomas Jordan, le patron de la Banque Nationale Suisse, d’abandonner sans délai le taux plancher du franc suisse par rapport à l’euro, a porté le coup de grâce. A peine 48 heures après cette brutale annonce, les grands détaillants suisses ont adressé un cour-

rier aux agents et aux marques, disant en substance: «Qu’allez-vous faire pour rester compétitifs? Si vous ne faites rien, nous serons dans l’obligation de bloquer tout réassort.» Le temps que nous discutions avec nos différents partenaires et que nous décidions d’un commun accord de baisser les prix de 5% sur le marché suisse, soit un bon mois, l’écart entre franc suisse et euro est resté à environ 20%. Avec les stocks existants, nous avons pu tenir trois mois. Mais pour la première fois, nous avons vu des clients suisses – je dis bien «suisses», je ne parle pas ici des touristes – se tourner vers l’étranger pour acheter leurs montres. Puis est arrivé Baselworld… Bâle s’est déroulé relativement correctement, mais essentiellement sur les produits nouveaux – généralement pas livrables immédiatement. Or, en Suisse, on fait surtout du réassort et là, force est de constater, qu’il y a eu très peu de réassort. Je vous le dis tout de go: il y a une propension dans cette industrie à raconter des bobards, qui sont bien souvent avalés tout crus par les journalistes. A Genève, par exemple, on peut dire que, quelle que soit la marque, la situation est mortelle. De même avec les statistiques officielles qui sont totalement trompeuses: les marques transfèrent des stocks dans leurs

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Neuchâtel Alpnach Landquart Muttenz Zürich

A votre avis, quelles sont les conséquences structurelles de cette situation ? On va tout bonnement assister à une concentration de plus en plus importante du détail, avec la fin programmée des horlogers-bijoutiers dans les villes moyennes. C’est tout un tissu qui se délite progres-

«Il y a une propension dans cette industrie à raconter des bobards. Les statistiques officielles sont totalement trompeuses.» sivement. Tout ce qui n’est pas situé dans des zones touristiques sera fermé. Certains groupes ou très grandes marques – pas tous, heureusement – sont hégémoniques, exigent toujours plus tout en rabotant les marges des horlogers-bijoutiers. Dans le même temps, ils se rendent compte que les boutiques, ça coûte très cher. Un mouvement de fermeture des boutiques en villes moyennes se dessine également. Et quelles retombées pour les marques indépendantes, dont vous êtes spécialiste ? Pour les marques indépendantes, le problème majeur est devenu celui de l’accès aux vitrines. C’est objectivement devenu de plus en plus difficile. Et dans le contexte actuel, on peut aussi remarquer que les marques ont réagi de façon très diverse et très désordonnée face au problème du franc fort. Par ailleurs, les magasins doivent tourner, donc s’ils se trouvent contraints de faire des discounts, ils le font désormais. D’où une confusion des prix encore plus grande. Autre conséquence, importante, l’attitude des touristes. En 2014, nous avons fait une très grosse année, essentiellement auprès des touristes chinois, avec des produits entre 1'000.- CHF et 3'000.-CHF. Désormais, les mêmes Chinois consultent les prix internationaux sur leur smartphone avant de se lancer. [A ce sujet, lire dans Europa Star Première 2/15 notre reportage à Lucerne auprès d’un couple de touristes chinois] Au final, on peut estimer la baisse du chiffre d’affaires des détaillants entre 15% et 30%. Et entre nous, la vente du très haut de gamme en Suisse, c’est mort. On assiste aussi à une chute phénoménale des ventes en montres de haute joaillerie. Comme à Hong Kong, les tiroirs des détaillants suisses sont pleins de montres au-dessus de 30'000.-

DR

Important agent et distributeur de marques horlogères en Suisse depuis des décennies, Gérard Gouten, 40 ans de métier, excellent connaisseur du terrain, juge sans concession la situation actuelle du commerce de détail horloger en Suisse.

filiales qui doivent dire amen et se taire. Les chiffres d’exportation sont tout à fait biaisés.

CHF et plus. Toutes les plus belles montres y dorment en attendant des jours meilleurs et pendant ce temps, les clients finaux vont voir ailleurs pour y obtenir de meilleurs discounts. En dehors du problème du franc fort, d’autres considérations, plus géopolitiques, ne sont-elles pas aussi à prendre en compte ? Chaque fois que le monde est en guerre – aujourd’hui, c’est l’Ukraine et la Russie, le chaos au Moyen-Orient – ou en profonde transformation – les politiques anti-corruption et anti-extravagance en Chine – l’horlogerie souffre directement. C’est compréhensible car la montre est un objet ‘superflu’, dont l’achat, tout sauf indispensable, peut être facilement repoussé à des jours meilleurs. Et dans le même temps, les ventes aux enchères atteignent des sommets ! (sourire) Mais on peut y payer en cash, il y a donc aussi du blanchiment. Par ailleurs, certaines sociétés rachètent en sous-main ou via des intermédiaires de façon à maintenir haute leur cote. Il y a beaucoup de bidouillages. Et dans ce contexte compliqué, qu’en est-il selon vous de l’arrivée des montres connectées ? Mon client Frédérique Constant en a présenté une à Bâle, qui a cumu-

BIO EXPRESS Né en France, Gérard Gouten est actif dans l’horlogerie suisse depuis plus de 40 ans. Après avoir travaillé notamment pour Cartier, il a fondé Gouten Distribution et Macher SA, dont il est président mais qui sont désormais pilotées au quotidien par son fils Alexis Gouten. Ensemble, ils distribuent notamment Raymond Weil, Frédérique Constant, Alpina, 88 Rue du Rhône, Hautlence et Manufacture Royale (dont il est également président). lé environ 2/3 des commandes. C’est tout dire. Mais pour le détaillant, c’est un tout autre problème. Imaginez un instant le tableau: un autocar arrive et débarque ses touristes devant un magasin. Le temps est compté. Or s’il faut prendre 20 minutes pour expliquer à chaque personne comment fonctionne telle ou telle montre connectée, la situation est très difficile à gérer. Mais à part ça, je pense que cette catégorie va toucher essentiellement un public jeune et branché. Et qu’il y a toujours un beau futur pour la belle horlogerie mécanique, j’en suis persuadé. Vos prévisions pour l’année ? Je pense qu’en Suisse, il faut escompter une baisse entre 15% et 20% par rapport à 2014.

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FRANC FORT

16 | EUROPA STAR PREMIÈRE

Les PME face au franc fort Par Lukas Gehrig, swiss macro research, credit suisse

Les perspectives export des PME reflètent le choc du franc fort

Les PME veulent optimiser leurs sources d'achat

Valeur pondérée 2e trimestre 2015 et 1er trimestre 2015

Quelles mesures prenez-vous afin de gérer la force du franc ?

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Le baromètre des exportations de Credit Suisse, qui reflète la demande étrangère de produits suisses, signale pour les prochains trimestres une croissance moyenne des exportations. Toutefois, le baromètre ne relève que la demande internationale, indépendamment de l’évolution des taux de change. Les perspectives export des PME de Switzerland Global Enterprise – un indicateur basé sur un sondage réalisé auprès de plus de 200 petites et moyennes entreprises suisses actives dans différents secteurs – reflètent par contre clairement le choc du franc fort. En un trimestre, l’indice a chuté de 65,4 points au début du 1er trimestre 2015 à 46,6 points actuellement. Il s’agit de sa plus faible valeur depuis le premier relevé au 2e trimestre 2010. À la question de savoir si l’appréciation du franc face l’euro et au dollar a eu un impact négatif sur leurs exportations, 67% des PME interrogées ont répondu par «oui». Pour 66% d’entre elles, seul l’euro est toutefois considéré comme un problème; le dollar s’est déjà réévalué depuis la décision de la BNS. Si la surévaluation du franc pénalise lourdement les exportations suisses dans la zone euro, ce désavantage pourrait en partie être compensé par l’embellie conjoncturelle qui pointe à l’horizon dans cette région. La majorité des PME (93%) indiquent prendre des mesures, en particulier depuis le 15 janvier 2015, pour renforcer leur compétitivité à l’exportation. L’optimisation des sources d’achat afin de compenser l’érosion des marges semble la recette la plus prometteuse pour 59% des entreprises. La compression des coûts de production est citée par 47% des entreprises. D’autres mesures sont évoquées: les augmentations de prix (28%) et la baisse des coûts salariaux (23%). Seules 2% des PME envisagent par contre de se désengager du marché international face aux difficultés actuelles sur le front monétaire.

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Source: Switzerland Global Enterprise: sondage auprès d'un panel de plus de 200 PME suisses PUBLICITÉ

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Italie, le 6 mai 2015 Rolex contre le gouvernement: «Les casseurs ne portent pas notre montre» «Polémique inédite après les déclarations du ministre de l’Intérieur italien et du premier ministre à propos des «violents fils à papa porteurs de Rolex». L’entreprise a publié une lettre ouverte demandant une «rectification» institutionnelle: «Nous n’avons rien à voir avec les violents.» Après les incidents et la véritable guérilla déclenchée dans les rues de Milan à l’occasion de l’ouverture de l’Expo, certains médias ont publié une photo d’une manifestante encapuchonnée et dissimulée derrière un foulard en train de sprayer la vitrine d’une banque. A son poignet, ce qui semble être une montre Rolex. Le jour suivant, Angelino Alfano, ministre de l’intérieur, avait déclaré : «Hier, j’ai vu des crapules fils à papa avec la Rolex.» Le lendemain, Matteo Renzi surenchérissait: «Pendant que ceux avec la Rolex détruisaient des vitrines, nos militants nettoyaient les rues…» Rolex n’a pas apprécié. Dans sa lettre ouverte, Gianpaolo Marini, administrateur délégué de Rolex Italie déclare «apprécier le sacrifice et le dévouement des forces de l’ordre mais exprimer sa plus profonde désapprobation pour l’association faite entre la condition de ‘destructeur de vitrines’ et le fait de porter une Rolex au poignet. (…) Au vu de la mauvaise qualité des photos et de la vidéo diffusée, il est impossible d’en déduire qu’il s’agit bien d’une Rolex (et encore moins d’une Rolex authentique) (…) mais l’écho de vos paroles a été extraordinairement important et a lié de façon inacceptable la dévastation de Milan et l’univers de la violence avec l’image de Rolex.»

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États-Unis, le 1er mai 2015 Etes-vous suffisamment viril pour porter une petite montre? «Les montre de taille jumbo perdent du terrain. Le marché des pièces vintage est robuste. Et récemment, des marques leaders d’opinion comme Omega, Seiko ou Rolex font l’active promotion de modèles néo-classiques à taille humaine. Etes-vous suffisamment viril pour porter une petite montre? A Baselworld cette année les montres de moins de 40 millimètres étaient en abondance, même si les énormités comme la nouvelle ligne Arnold Schwarzenegger de 58 millimètres faisaient les grands titres. (…) Tout a commencé avec ces gars qui se sont mis à porter des montres de poche avec leurs costumes. Et c’est devenu comme un concours: Jusqu’à quelle taille pourra-t-on aller? Tout le monde portait ces pucks de hockey au poignet, symboles du nouvel âge de la consommation ostentatoire. Mais c’était compter sans la Chine et ses goûts pour les montres plus petites et plus minces. Selon Joe Thompson, éditeur de Watch Time, «quand l’élégance pure, classique est revenue sur le devant de la scène grâce aux Chinois, le monde de l’horlogerie a approuvé ce retour de la beauté sous sa forme la plus simple et la plus discrète».

Royaume-Uni, le 6 avril 2015 La laideur du visage des montres suisses «La Suisse contrôle une très large part du marché horloger. Des montres qu’on découvre sur d’immenses posters dans les aéroports du pays. Dieu

qu’elles sont laides ces montres. La mode aujourd’hui semble être de montrer le mécanisme qui se cache derrière les aiguilles, plus des souscompteurs indiquant dieu sait quoi. La pression atmosphérique? Les meilleurs restaurants de Pékin? Difficile de simplement lire l’heure. Et s’il y a encore de la place sur le cadran, on le bourre de diamants. Le tout ressemble au tableau de bord d’un avion, à ceci près que personne n’y comprend rien. J’ai pensé à ces films dans lesquels le pilote est dans les pommes et c’est un passager qui prend les commandes. Le Contrôleur (très calme): Maintenant, dites-moi à quelle altitude vous vous trouvez? Le Passager (qui panique): Je ne peux pas voir l’altimètre! Tous ces diamants m’éblouissent.»

utiliser les montres, ni d’ailleurs les lunettes connectées. Celui qui ne respecte pas cette interdiction sera accusé de violer les règles du secret militaire. Car l’ennemi guette: grâce à ces gadgets internet, l’adversaire «peut parfaitement repérer les positions de l’armée et mettre en danger des opérations militaires», explique le quotidien de l’Armée populaire de libération. Une nouvelle qui ravira les horlogers farouchement mécaniques.»

France, le 25 avril 2015

France, le 15 mai 2015 La montre connectée favorise l’impolitesse

France, le 18 mai 2015 L’armée chinoise bannit les montres connectées «L’armée chinoise ne badine pas avec sa cybersécurité. Régulièrement accusée par Washington de mener ellemême d’importantes attaques contre des entreprises et administrations américaines, l’Armée populaire de libération riposte. Les montres connectées, c'est-à-dire reliées à Internet, sont désormais bannies des casernes. Tout est parti d’une photo prise avec une montre connectée. Un soldat voulait visiblement frimer un peu avec le cadeau d’anniversaire qu’il avait reçu de sa petite amie mais lorsque son supérieur a vu sa recrue prendre une photo de ses camarades avec sa montre, il lui a tout de suite confisqué l’objet en question, tout en signalant l’incident à sa hiérarchie. Le couperet est tombé peu après. Les quelque deux millions de soldats chinois ont reçu l’ordre de ne plus

furtif à son bras pour savoir l’heure qu’il est cela ne dure qu’une seconde ou deux mais lire un message nécessite plus de temps et de concentration. Là encore, votre interlocuteur risque d’être surpris par votre attitude qui peut passer pour de l’impolitesse.»

«En effet, le fait de regarder sa montre est un geste social fort qui n’est pas sans signification. On sait tous, par exemple, que consulter sa montre lorsque l’on est en pleine discussion avec des amis n’est pas très poli car ça laisse entendre que l’on s’ennuie. Du coup, les porteurs de montres connectées qui reçoivent des notifications peuvent passer pour des malotrus. Ils sont tentés de jeter un coup d’œil à leur poignet à la moindre occasion. Cela peut ainsi laisser penser que vous êtes pressé et qu’il faut accélérer la conversation alors qu’en réalité il n’en n’est rien. Le problème vient du fait que seul le porteur de la montre est informé via une discrète vibration, mais pas la personne qui est en face. Contrairement à ce qui se passe avec un téléphone qui sonne, avec une montre les autres ne savent pas que vous recevez une sollicitation de l’extérieur. A l’inverse, si vous êtes du genre très poli, la montre connectée peut être source de frustration: vous sentez qu’elle vibre mais vous vous retenez de regarder pour ne pas froisser votre interlocuteur. Et là c’est pire car il s’agit peut-être d’un message ou d’un appel très important. Enfin, lorsque l’on jette un coup d’œil

Que s’offrir pour le prix d’une Apple Watch ? Intéressant comparatif déniché sur ce site français. Quelle montre peuton s’offrir pour le prix d’une Apple Watch? Tout dépend de la catégorie de cette dernière, direz-vous. A la place d’une Apple Watch Sport, soit, selon les modèles, de 399 à 449 euros, le site propose une Seiko Diver 200 automatique en acier ou une Tissot Visiodate automatique. En lieu et place de l’Apple Watch en acier valant 649 euros, ce sont des Hamilton qu’on nous vante, soit la Kakhi Navy Pioneer, une réédition d’un modèle des années 40, ou l’Intra-Matic avec cadran en argent fin. On peut aussi opter pour une Longines Legend Diver, de la série des HydroConquest, ou, si l’on a l’esprit Bauhaus, pour un Chronoscope de Junghans ou une Nomos Tangente. Mais, dit le commentaire: «On peut aussi trouver son bonheur chez Oris, Sinn, Alpina, Victorinox ou Certina.» En face de l’Apple Watch Editon au boîtier or jaune 18 carats vendue entre 11'000.- et 18'000 euros, on trouve du lourd: deux Rolex, «une Daytona blanche acier de 40 mm pour Monsieur et une Air King 34 mm pour Madame». Mais on peut aussi opter pour une Altiplano de chez Piaget, voire une Royal Oak d’Audemars Piguet. Moins rapidement obsolète, c’est certain.

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GALERIE

Montres extravagantes

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1 1. DU BOIS ET DES LEDS Depuis des années maintenant, Tokyoflash nous a habitué à jouer avec les affichages les plus extravagants. Ici, la montre Kisai RPM Wood s’amuse à réunir deux matériaux à priori peu conciliables: du bois de rose pour le boîtier et le bracelet et des LEDs pour l’affichage. Ceux-ci, d’un rouge sang, s’allument progressivement pour indiquer l’heure, selon un protocole à découvrir une fois la montre à son poignet. Mais pour 109 US$, que demander de plus extravagant?

2. BUGATTI TYPE 370 VICTOIRE

3. LE PLUS CRÂNEMENT CRÂNE

Ou autrement dit, la Référence PFH340-1220700-XC3042! Il fallait bien un nom aussi étrange que l’est la face de cette montreconcept au cadran en bois fossilisé pour ce bolide conçu par Parmigiani dans sa série des Bugatti. Mais ce que l’on voit ici n’est que la face avant de l’objet. Derrière s’alignent en couches verticales les rouages qui font tourner ce moteur mécanique à remontage manuel à nul autre pareil.

Pour sa deuxième pièce, la jeune designer Fiona Krüger, issue de l’ECAL de Lausanne, mène au bout de sa logique la mode des skulls qui s’est emparée de l’horlogerie (entre autres) en donnant à son garde-temps la forme même d’un crâne. L’effet memento mori est implacable, avec ses réminiscences à la fois moyenâgeuses et mexicaines, auxquelles le traitement PVD noir brillant confère une modernité exemplaire.

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Le jour et la nuit Ils ont été 85 apprentis horlogers de moins de 25 ans en provenance de 6 écoles d’horlogerie, 11 centres d’apprentissage et 3 ateliers privés à participer au traditionnel concours de l’Institut Horlogerie Cartier et à plancher sur le thème de l’année: réaliser un indicateur jour/nuit sur le mouvement 6947. Le règlement précise entre autres que le mouvement doit fonctionner et que les candidats ont 32 heures réparties sur 2 semaines pour effectuer leur travail «en favorisant les techniques habituelles du métier». Résultats: d’ingénieuses, de ravissantes, d’étonnantes et d’inventives propositions qui démontrent s’il en était besoin que l’horlogerie mécanique a encore plus d’un tour dans son sac. (PM) a. Dion Erhat, Perret AG, 1er prix, Meilleur travail absolu b. Joël Baldegger, IWC, 2ème prix c. Martin Kloss, Lange Uhren GmbH, 3ème prix d. Florian Meichtry, Zeit Zentrum, 4ème prix e. Jérémie Kneuss, Manufactures Cartier Horlogerie, 5ème prix f. Tamara Bucher, IWC, 6ème prix g. Loris Spitzer, IWC, 7ème prix h. Grégoire Dromelet, Ecole technique de la Vallée de Joux, 8ème prix, Prix à l’originalité

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GALERIE 4. UNE HORLOGE COMTOISE DÉCOIFFANTE «Spécialisée dans l’horlogerie conceptuelle et subversive», selon sa propre définition, la société française Utinam revisite la traditionnelle horloge comtoise en utilisant matériaux composites, verre et inox et en leur intégrant un mouvement pendulaire à équilibrage automatique breveté qui a reçu le grand prix du concours Lépine et la Médaille d’or en horlogerie au salon des inventions de Genève

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en 2005. Orange, rouge, vert pomme, prune… cette horloge baptisée Pop Up aux formes pour le moins décalées ne ressemble à rien de connu.

minutes, secondes et réserve de marche (50 heures) sont indiquées sur des cylindres en aluminium.

5. ÉCORCHÉ D’UN MOTEUR

La montre mécanique Bonhoff IP3.0, créée par l’ingénieur allemand Hannes Bonhoff, a pour ambition déclarée «d’impliquer le porteur dans l’afffichage du temps». Pour parvenir à le lire, il convient d’aligner manuellement les cercles d’affichage en tournant la lunette, le cercle le plus large affichant les

La MP-05 LAFERRARI Black de Hublot roule capot ouvert sur un étonnant multi-cylindres équipé de 11 barillets couplés en série qui carbure au remontage manuel. Le «moulin» est régulé par un tourbillon vertical suspendu, et heures,

6. L’HEURE À LA DEMANDE

minutes et le plus étroit affichant les heures. Lire l’heure – ce qui nécessite un petit apprentissage – ne prend que quelques secondes mais c’est autant de «temps de relation privilégiée» avec l’objet. Autre détail remarquable: l’intégration complète du bracelet qui vient enserrer intégralement le boîtier. 7. GRAPHIQUE MAIS IMMÉDIATEMENT LISIBLE Advision AG, société basée à Zurich, créée par l’inventeur

Andreas Mossner, produit en Suisse des montres graphiques en édition limitée. Les montres Partime étaient vendues jusqu'à présent dans des boutiques d'horlogerie sur des sites touristiques suisses et sur le Web dans le monde entier. Mais à compter du mois de juin Partime sera disponible avec un nouveau design exclusif réservé aux passagers de Swiss dans les 120 avions de Swiss International Airlines. Il faudra donc grimper à 10'000 mètres d’altitude pour s’en procurer une.

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COUCOU!

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Swiss Koo, des coucous de niche

de gamme. Pour nous, chaque client est un ambassadeur. Nous sommes en train de chercher des débouchés hors de Suisse, par exemple la France, les Etats-Unis, Singapour ou le Japon.» Les deux designers tablent sur l’effet «wow» lorsque les clients découvrent leurs produits. «Et il est possible de voir tout l’intérieur de notre dernier coucou», ajoute Martino d’Esposito. Un peu comme une version squelette d’une montre, très tendance de nos jours! Pour l’heure, Swiss Koo a vendu quelque 250 coucous. La société commence à être rentable, même si ses deux fondateurs restent enseignants à l’ECAL par sécurité… «Nous avons démarré sans emprunt et avons construit nous-mêmes notre fraiseuse numérique.» Et les designers veulent remédier à un secret bien gardé, car plutôt honteux: tandis qu’en horlogerie, on crie à qui veut l’entendre qu’on développe ses mouvements Swiss made in-house, le monde du coucou suisse, lui, n’a jamais pris la peine de développer ses mouvements… en Suisse.

Remettre au goût du jour un objet horloger des plus désuets, le coucou suisse? C’est le défi que se sont posés les deux jeunes fondateurs de Swiss Koo. Et ça marche! par

Serge Maillard

Amis d’enfance, Alexandre Gaillard et Martino d’Esposito construisaient ensemble des cabanes quand ils étaient encore petits. Puis il sont devenus grands, ont étudié le design industriel à l’ECAL et ont fondé leur propre agence. Mais il leur manquait toujours ce petit pincement au cœur, cette satisfaction innocente de l’enfant qui construit son objet de A à Z. Alors, ils se sont mis en quête d’un produit qu’ils pourraient fabriquer en toute autonomie, sans clous ni même colle. Un premier essai – des lampes gonflables – s’est avéré non concluant. Puis, un «heureux accident» est survenu: le coucou familial s’est cassé. De là est née l’idée du coucou à la sauce Swiss Koo. Pas un de ces coucou kitsch, en toc et made in China que l’on trouve dans les boutiques de souvenirs d’Interlaken ou de Lucerne, non. Un vrai produit de designer, contemporain, haut de gamme – bref, urbain et cool. Soit tout le contraire de l’image que l’on se fait du coucou suisse traditionnel. Qui, soit dit en passant, n’a rien de suisse dans son ADN (lire en p. 21).

Objectif Swiss made

Résultat: les deux compères, l’un plutôt versé dans la mécanique de précision et l’autre dans la décoration, ont retroussé leurs manches dans leur atelier de Renens, pour fabriquer ces coucous urbains. Tous leurs modèles sont fabriqués en bois: peuplier, bouleau ou sapin pour le caisson. Car les bois tendres permettent d’assembler les coucous sans colle, mais au moyen de «chevilles». Les ébénistes en herbe – qui ont entre-temps engagé un monteur et un stagiaire – utilisent aussi des outils modernes, comme une fraiseuse industrielle. Les coucous les plus simples nécessitent un jour de montage à la main, les plus compliqués jusqu’à une semaine. La gramme de prix démarre à 485 francs pour le nouveau modèle «Choo» et dépasse les 3'000 francs pour le modèle de luxe de cinq kilos «Heidiland». A noter, aussi, le modèle «Poya», qui s’inspire des fameux découpages fribourgeois. Outre la vente en ligne, les modèles sont disponibles chez Globus et dans des galeries d’art. Pas la peine d’insister, on

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Engouement local ne les trouvera pas à Grindelwald… La clientèle, elle, est 100% suisse. Car la marque, qui a bénéficié d’un bon «buzz» à son lancement il y a un an et demi, ne fait pas de publicité à l’étranger. «Les Suisses ont redécouvert un bel et vieil objet, auquel nous essayons de donner une nouvelle dimension. Nous les livrons d’ailleurs dans des caisses à vin…», souligne Martino d’Esposito.

Les «moteurs» des modèles de Swiss Koo sont donc allemands. Mais plus pour longtemps: «Nous sommes en train de développer notre propre mouvement et visons le 100% Swiss made», explique Martino d’Esposito. Pour rappel, le mécanisme du coucou repose sur un «très vieux système mû par deux poids. Il y a un poids pour l’heure et un poids pour faire sortir l’oiseau ou actionner les complications. Pour remonter le coucou, on tire simplement la chaîne où il n’y a pas de poids. La réserve de marche varie de un à huit jours. Nous proposons les deux.» Autre innovation lancée par Swiss Koo: le coucou sur-mesure, pour entreprises ou particuliers. «Par exemple pour un cadeau de mariage, on peut graver les initiales du couple. Nous sommes sur une friche où il y a encore beaucoup à faire…» Convertir les Suisses au coucou suisse: il fallait y penser!

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Un coucou squelettisé «Nous nous demandions au début qui voudrait bien d’un coucou à notre époque, poursuit le designer. Il y a eu un vrai engouement local. Les gens viennent nous rendre visite dans notre atelier à Renens.» La grande question, c’est la suite. «Il est clair que nous nous positionnons sur le coucou haut de gamme. Nous nous adressons à un public à la fois averti et curieux, c’est un marché de niche, de cadeaux haut

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COUCOU!

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Et non, le coucou n'a en réalité que très peu de «suisse» dans son ADN. Chronique historique. par

Dominique Fléchon, expert

auprès de la fondation de la haute horlogerie, genève

Le coucou, oiseau d’une trentaine de centimètres et dont le nom provient de son chant, vit le plus souvent en forêt. Migrateur, il arrive en Europe à la fin du mois de mars et annonce le retour du printemps. Sensé porter bonheur, il a de tous temps fasciné fabricants d’automates et horlogers pour lesquels il était facile de reproduire son cri mécaniquement. Au 17ème siècle, divers voyageurs mentionnent quelques rares horloges à coucou vues en Allemagne et en Italie et dont la sonnerie était couplée au chant de cet automate. Le moine Franz Steyrer, bibliothécaire au cloître bénédictin de Sankt Peter, raconte en 1796 dans «Geschichte der Schwarzwälder Uhrenmacherkunst» que deux colporteurs d’horloges, Joseph Ganther, de Neukirch, et Joseph Kammerer, de Furtwangen, avaient acquis en 1742 chez un vendeur de Bohême des horloges à coucou. Rapportées en Forêt Noire, elles furent prises comme modèles et fabriquées par Michael Dilger et par Matthäus Hummel, respectivement dans les villages de Neukirch et de Waldau. Toutefois, il n’existerait aucune trace d’horloge à coucou dans la Bohème de cette époque. Markus Fidelis Jäck, curé de Triberg, relate en 1810 dans «Darstellung des Industrie und des Verkehrs auf dem Schwarzwald» l’origine du premier coucou de Forêt Noire. Il écrit: «Franz Anton Ketterer, de Schönwald, a terminé au début des années 1730 une horloge dont l’oiseau annonce les heures par le chant du coucou. L’idée lui est venue d’un soufflet d’orgue d’église.» Toutefois, Franz Anton Ketterer étant né en 1734, il s’agit vraisemblablement de son père, Franz Ketterer, également de Schönwald. Dans les années 1740-1780, l’agglomération d’Eisenbach est le premier CHIFFRES

330 En dollars, le prix moyen d’une montre connectée en 2015, près du double de celui de 2014. Une hausse de prix due au lancement de l’Apple Watch. Smartwatch Group 2015

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centre de fabrication d’horloges à coucou produites en grandes quantités par les familles Grimm et Beha. Toutefois, en Forêt Noire, massif montagneux situé au sudouest de l’Allemagne, l’horlogerie n’en est pas à ses balbutiements: ses débuts officiels remontent à 1667 avec des horloges à poids, dont foliot et roues en bois sont montés dans une cage de même matière. Vers 1700, elles sont dotées de mécanismes de sonnerie des heures sur timbre de verre. Vers 1720, les ateliers, toujours plus nombreux, parviennent à augmenter leurs volumes de production grâce à diverses machines dont celle à tailler les roues. C’est dans ce contexte que le coucou va élargir la palette de modèles de ces horloges alors vendues par des colporteurs. Pourvu ou non d’oiseau automate, le mouvement à roues en bois présente un cadran de forme carrée, prolongé sur son coté supérieur par un demicercle destiné à masquer le timbre de sonnerie. Installé derrière ce cache et au-dessus du mécanisme, l’oiseau apparaît à chaque heure et demie en commandant l’ouverture et la fermeture d’une petite porte. Les premiers cadrans sont en papier imprimé, coloré et collé sur bois. Ils seront remplacés vers 1780 par des modèles laqués et décorés de motifs aux couleurs vives. Dès lors l’ensemble de l’horlogerie de Forêt Noire va bénéficier des mêmes améliorations techniques: - Premiers essais de roues en fonte de laiton (1787). - Remplacement progressif du bois des axes des roues par du métal (vers 1830). - Premières horloges de Forêt Noire à ressort et cage de bois, pouvant être posées (vers 1840). - Mouvement intégralement en métal à platines pleines en laiton (vers 1850).

Le coucou, hôte des gares du sud de l'Allemagne En 1850, suite à une crise dans l’horlogerie d’Allemagne du sud, Robert Gerwig, premier directeur de la Grossherzoglich Badische Uhrmacherschule de Furtwangen fait appel à Friedrich Eisenlohr pour l’aider à dynamiser cette industrie. Ingénieur qui doit sa renommée à la construction des lignes de chemins de fer du duché de Bade, il soumet avec succès un design emprunté aux haltes de gare pour habiller horloges et coucous. Cette forme très caractéristique est encore utilisée de nos jours. Vers 1865, un entourage surmonté d’un fronton en bois richement sculpté de feuilles de chêne, vignes, gibier, oiseaux, masquera la silhouette

Dominik Butemann

Le coucou suisse, un oiseau venu de Forêt Noire

Michael Sans, Cuckoo Clock, 2008. Cette oeuvre fait partie de l'exposition «Eloge de l'heure», visible jusqu'au 27 septembre au Musée de design et d'arts appliqués contemporains (Mudac) de Lausanne

sous-jacente de la gare. Le succès est au rendez-vous, au point que le Grand-Duché de Bade ouvrira en 1877 une école de sculpture sur bois répondant aux exigences et aux besoins de son industrie horlogère. A la fin des années 1850, les horlogers cherchent d’autres oiseaux en complément ou se substituant au coucou. Ainsi naît le coucou à caille dont la sonnerie est composée de deux mouvements: le premier, pour les quarts d’heure, commande un tuyau d’orgue dont le son rappelle le cri de la caille. Le second, pour les heures, actionne les deux tuyaux du coucou. Jakob Bäuerle quant à lui expérimente une horloge à coq dont le chant est fourni par une anche mise en vibration par de l’air sous pression et dont le son est augmenté au moyen d’une corne. L’idée sera reprise et brevetée en 1885 par Emilian Wehrle, les vocalises du volatile étant obtenues par une roue dentée faisant vibrer une lame dont la sonorité est amplifiée par une petite caisse de résonnance en bois. Puis ce sera au tour de la chouette. L’essor de l’horlogerie de Forêt Noire dans son ensemble a toujours été assuré par le commerce international. D’abord développé dans les pays limitrophes à l’Allemagne, il a bénéficié de l’expansion des chemins de fer et des paquebots. En premier lieu, les modèles ont été adaptés aux goûts de chaque pays importateur notamment en matière de décors. Ultérieurement, ils ont été modifiés en fonction de

leurs conditions de transport. Ainsi pour les pièces destinées aux ÉtatsUnis, des cadrans en zinc ornés de peinture à l’huile ont été préférés à ceux sur enduit de plâtre que l’humidité de l’océan détériorait.

Le coucou s’approprie le chalet suisse Il est probable que, au gré de leurs tournées, les colporteurs ont toujours vendu des coucous en Suisse, mais ce n’est qu’à la fin du 19ème siècle que l’écrivain Mark Twain en voit pour la première fois à Lucerne. Il les décrits dans son roman «A Tramp Abroad» publié en 1880. Dès lors, les horlogers helvétiques vont créer leur propre modèle sous forme de chalet. Son architecture s’inspire de deux modèles de base: le chalet de Brienz et celui d’Emmental, auxquels s’adjoindront ceux de Forêt Noire puis ceux de Bavière. A poser sur un meuble ou à accrocher à une paroi, le coucou suisse se caractérise par, outre son boîtier et son oiseau automate, des scènes bucoliques telles que danseurs, scieurs de bois, roue de moulin. Elles s’animent au son des mélodies d’une boîte à musique qui, depuis 1873, équipait déjà certains modèles de coucous de Forêt Noire. Ainsi, le chalet suisse perpétue les fonctions de l’horloge à coucou depuis ses débuts. Outre celle de donner l’heure d’une manière décora-

tive, elle a toujours été conçue pour animer l’intérieur des habitations et ce à un prix relativement accessible. D’où le bruit et le rythme entraînant de son balancier, le gong de sa sonnerie, le claquement sec de la porte qui se referme après l’apparition de l’oiseau. Celui-ci doit remuer le bec, sur les pièces de qualité battre des ailes et toujours faire une révérence à chacune de ses mélodies obtenues par deux tuyaux d’orgue miniatures soigneusement accordés, le premier en ré et le second en si bémol.

SUR L'AUTEUR Dominique Fléchon est consultant indépendant en communication horlogère. A ce titre, il propose sa large expertise pour réaliser du contenu rédactionnel historique, technique et scientifique, aider au développement de produits horlogers ou encore organiser des conférences. Il bénéficie d’une longue expérience au sein du groupe Richemont et à la Fondation de la Haute Horlogerie à Genève. Il a également été curateur de multiples expositions thématiques. Dominique Fléchon est l’auteur de nombreux ouvrages de référence, dont le fameux livre «La Conquête du Temps» publié chez Flammarion.

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EMPLOI & FORMATION

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ECAL/Nicolas Genta

Horlogerie: une solution innovante pour l’emploi Comment lutter contre la pénurie de talents dans l’industrie horlogère tout en intégrant efficacement des personnes peu qualifiées? Un programme privé-public de requalification, mis en place sous l’impulsion de Manpower, donne des résultats très prometteurs. Explications.

par

Séverine Liardon, chargée de

communication, manpower suisse

Comme le souligne l’enquête annuelle sur la pénurie de talents effectuée par ManpowerGroup, en 2014, 36% des employeurs dans le monde rencontraient des difficultés pour recruter du personnel qualifié. Constat similaire en Suisse: un employeur sur trois indique que le recrutement n’est pas aisé. En cause, entre autres: le manque de compétences techniques des candidats, des lacunes dans le savoir-faire, ainsi que l’absence de qualification ou de certification sectorielle. Cette problématique se retrouve dans le secteur horloger: «Nous sommes souvent confrontés à des difficultés lorsqu’il s’agit de trouver des opérateurs qualifiés pour les manufactures horlogères sollicitant nos services. Les personnes qui se présentent sont soit surqualifiées – lorsqu’elles disposent d’un CFC d’horloger – soit sans qualification aucune», relève Priscilla Garcia, responsable du secteur horloger pour la région de Genève chez Manpower.

Renforcer l’employabilité Vu du côté des demandeurs d’emploi et des services de l’emploi, le manque de qualification se traduit PUBLICITÉ

par un manque d’employabilité. Le seul moyen d’y remédier est d’entreprendre une formation. Mais si formation rime avec augmentation des qualifications, cela ne signifie pas nécessairement décrocher un emploi. Sous l’impulsion de Manpower, le projet de mettre en place un stage d’opérateur AFP (attestation de formation professionnelle) facilitant l’insertion professionnelle a vu le jour. Réunissant sept partenaires issus de l’économie, des services de l’emploi et de la formation, le stage va au-delà d’une formation qualifiante. Il vise la réinsertion, sur le long terme, de demandeurs d’emploi disposant d’un faible niveau d’employabilité notamment en leur offrant l’opportunité d’obtenir une qualification dans l’horlogerie et de décrocher un poste. L’un des principaux enjeux du concept a consisté à analyser les besoins du marché et à réunir des organisations publiques et privées susceptibles d’être intéressées par une participation active au projet. «Pour valider la formation d’opérateur, les stagiaires doivent effectuer douze mois de pratique dans une manufacture. Il était donc essentiel d’impliquer des manufactures suffisamment en amont, c’est-à-dire avant de démarrer le recrutement et la formation», explique Vincent Chevalley, directeur de Manpower pour la région de Genève. En ac-

Pauline Saglio, Rewind (n°2), horloge digitale, 2013. Cette oeuvre fait partie de l'exposition «Eloge de l'heure», visible jusqu'au 27 septembre au Musée de design et d'arts appliqués contemporains (Mudac) de Lausanne

cord avec l’Ifage, une institution genevoise de formation, Manpower a convaincu plusieurs manufactures d’adhérer au projet.

«Révélation» pour certains stagiaires Le programme de formation a démarré en 2013 pour la première volée

de stagiaires. Au départ, 96 candidats ont été présélectionnés et invités à une séance d’information. 70 d’entre eux ont assisté à une conférence lors de laquelle ils ont pu découvrir le contenu des modules de formation et l’investissement personnel que cela impliquait – la formation traditionnelle d’opérateur en horlogerie AFP s’acquiert en deux ans. Par la suite, 48 personnes se sont inscrites pour passer les tests et entretiens menés par Manpower. Acuité visuelle, dextérité, comportement en atelier et motivation ont notamment été évalués et douze candidats ont finalement été retenus pour entreprendre cette formation. «La plupart d’entre eux n’avaient jamais eu de projet professionnel et n’étaient pas retournés à l’école depuis le cursus obligatoire», précise Priscilla Garcia, qui parle de «révélation» pour certains des diplômés n’ayant jamais envisagé de travailler dans l’horlogerie et ignorant tout du métier.

Partenaires satisfaits Après six mois de formation à plein temps à l’Ifage, des examens et un mois de stage en atelier auprès de Geneva Made Time Industrial (GMTI), dix candidats ont pu exercer une année durant dans une manufacture et valider ainsi leur attestation de formation professionnelle d’opérateur en horlogerie. Aujourd’hui, huit

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participants ont décroché un emploi fixe et deux autres diplômés un poste à durée déterminée. Très enthousiaste, Vincent Chevalley souligne la singularité du projet qui s’inscrit dans la vision innovante de l’employabilité telle que soutenue par tous les partenaires de projet. L’Office cantonal de l’emploi et l’Office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue de Genève visaient à mettre en place une mesure d’insertion pour des chômeurs peu qualifiés, en adéquation avec les besoins du marché. La Convention patronale de l’Industrie horlogère suisse cherchait à promouvoir la formation modulaire permettant d’accéder à une certification fédérale. L’Ifage a pu confirmer sa place de leader dans le domaine de la formation pour adultes et Manpower son expertise en recrutement et suivi des candidats dans le secteur horloger. De son côté, GMTI a renforcé son rôle de partenaire social engagé en participant activement à la préparation des candidats pour un emploi dans un atelier horloger. Enfin, les manufactures horlogères ont pu réduire le temps de formation interne. Compte tenu de la réussite de la première édition, les partenaires du projet ont renouvelé l’opération en 2014 et sept nouveaux lauréats ont reçu leur certificat le 15 avril dernier. C’est ce que l’on appelle du «gagnant-gagnant» avec une vision à long terme.

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EMPLOI & FORMATION

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Formation des vendeurs: la FHH à l’offensive

Rencontre avec Aurélie Streit, qui détaille les actions ambitieuses de la FHH dans le domaineclé de la formation des «intermédiaires». par

Pierre Maillard

Quand il y a dix ans, sous l’impulsion décisive de Franco Cologni, le groupe Richemont, Audemars Piguet et Girard Perregaux ont créé ensemble la Fondation de la Haute Horlogerie (FHH), les objectifs affichés étaient au nombre de trois: informer et transmettre la passion, la culture et le savoir-faire de la Haute Horlogerie; jouer le rôle de think tank de l’industrie; enfin, contribuer activement à la formation des professionnels de la Haute Horlogerie. Aujourd’hui, alors que la FHH regroupe désormais 26 marques partenaires, elle a décidé d’amplifier ses efforts dans le domaine de la formation des «intermédiaires». Aurélie Streit, une jeune ingénieure en logistique et supply chain passée par la gestion des fournitures, la distribution, le marketing et le serviceclient pour successivement le groupe Sowind, Audemars Piguet puis Piaget, a récemment été nommée directrice de la formation au sein de la FHH. De ce poste-clé, elle coordonne désormais d’ambitieux projets. Et en effet, le manque de formation des intermédiaires au niveau mondial est criant. Les anecdotes sont foison

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qui recensent les réponses les plus farfelues aux questions de clients de mieux en mieux informés et dont les compétences dépassent souvent celles du vendeur censé leur vanter les qualités d’un produit. Et le problème n’est pas confiné aux «marchés émergents». Il peut surgir jusqu’au cœur de la Haute Horlogerie, à Genève où, dans la boutique d’une très grande marque, un client potentiel s’est récemment vu répondre «mais Monsieur, dans cette montre tout est en silicium» quand il demandait poliment si l’organe réglant était dans ce matériau. Une montre tout en silicium? A notre connaissance, nous n’avons jamais vu ça. «Ouvrir les yeux, améliorer le niveau général, faire monter en compétence les intermédiaires», tels sont les buts premiers de cette vaste offensive que mène la FHH sur le terrain de la formation. Car, comme le souligne Aurélie Streit, «auparavant, en dehors des formations spécifiques à chaque marque, il n’existait rien au niveau mondial qui s’adressait au personnel non technique, aux conseillers à la vente ou au employés de la marque dans ses divisions financières, légales, etc… Mais, audelà de notre mission proprement culturelle, si nous tenons à délivrer les clés de la compréhension horlogère globale c’est aussi in fine pour soutenir les marques et améliorer leurs performances commerciales.» Plusieurs programmes ont donc été lancés qui doivent monter en puissance au cours des prochains mois et des prochaines années. Première action, la mise en place de la FHH «Academy» (le nom n’est pas encore officiellement ratifié). Le but

Le problème n’est pas confiné aux «marchés émergents». Il peut surgir jusqu’au cœur de la Haute Horlogerie, à Genève. de cette «Académie» est de «délivrer les clés de compréhension des techniques horlogères, de transmettre les connaissances de base afin d’améliorer la compétence et la confiance des vendeurs dans l’exercice de leur métier». Trois types de cours ont été conçus en collaboration avec des spécialistes de la vente en boutique, des horlogers et des pédagogues. «Et en écho au monde du luxe dans lequel ces intermédiaires travaillent, nous avons particulièrement soigné ces présentations, créé un bel univers Powerpoint, avons rendu l’approche attractive en jouant de l’interactivi-

té, en passant par des jeux de rôles, en ponctuant les cours d’anecdotes», tient à préciser Aurélie Streit. Délivrés dans la plupart des langues européennes et asiatiques par quatorze formateurs répartis à travers le monde (placés sous l’autorité de Gianfranco Ritschel, ils sont basés en Suisse, France, Italie, Allemagne, États-Unis, Amérique latine, Chine, Hong Kong, Japon), ces cours ont connu d’emblée un vif succès. Lancés en août 2014, plus de 200 cours ont déjà été délivrés. «Watch Essential», le module de base se déroule sur un jour et demi à deux jours est un cours très structuré qui initie aux bases de la connaissance horlogère et cherche à stimuler «l’élève» pour lui donner envie d’aller plus loin dans sa connaissance. Il est complété par un cours pratique d’horlogerie sur la base de mouvements Unitas (qui sont souvent le premier mouvement sur lequel s’exercent les horlogers du monde entier). «Le problème de la formation, surtout si elle se déploie dans le

monde entier, est le coût de la logistique. Pour y pallier, nous avons mis au point des établis-kits fabriqués sur-mesure, qui contiennent tous les outils nécessaires, loupes et éclairage, et qui tiennent chacun dans de très pratiques fly-case.» Passé ce premier cours de base, des modules thématiques sont proposés, d’une durée d’un jour: Chrono Class, Tourbillon Class, Calendar Class, Timezone Class. Chacune de ces classes spécialisées se focalise sur une complication particulière, en dépeint l’historique, en décrit les différentes technologies, présente les modèles historiques les plus emblématiques et les nouveautés de l’année dans la catégorie. «Ces cours ne sont pas hors-sol, commente Aurélie Streit. Ils sont en lien avec l’actualité du secteur et l’état réel de la situation. Grâce à cette formation nous fournissons des arguments de vente, en ouvrant les yeux sur les innombrables détails qui constituent l’essence de l’horlogerie mécanique.»

LA HH CERTIFICATION En dehors des cours décrits ci-dessus, la FHH a mis au point un outil de test et de certification des connaissances en horlogerie qui, «pour la première fois dans l’industrie, établit un standard permettant d’évaluer l’état des connaissances horlogères, de façon indiscutable et internationalement reconnue». S’adressant principalement aux vendeurs en horlogerie, ce test, qui existe pour l’instant en français et en anglais, exige de répondre à 160 questions choisies parmi une base de 2500 questions régulièrement mises à jour, réparties entre Technique, Acteurs du marché, Matériaux et Histoire et Culture. Selon les résultats obtenus, le candidat peut atteindre 3 niveaux différents: «Conseiller» (minimum 55% de réponses correctes), «Spécialiste» (70%) ou «Expert» (80% de réponses exactes et au minimum la moyenne dans chaque matière). D’un prix de 385US$, cette certification vendue on line inclut un questionnaire d’entraînement, une bibliographie conseillée, une application pour tablette (Watch@Tablet) et la passation du test dans un centre d’examen agréé. Le premier round de certification vient de se dérouler aux États-Unis. Sur les 20 personnes inscrites, deux ne l’ont pas réussi, deux ont reçu le titre «Expert», le reste se répartissant entre «Conseiller» et «Spécialiste».

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INNOVATION HORLOGÈRE

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Gerbert, pape de l'an mil et apôtre du zéro Quel destin hors normes que celui de ce petit pâtre savant devenu pape, et qui, selon la légende, aurait non seulement introduit le zéro mais aussi posé les bases de ce qui deviendra l’horlogerie. Pierre Maillard

Quel roman incroyable que la vie de Gerbert d'Aurillac, élu à la papauté le 2 avril 999 sous le nom de Sylvestre II, à la veille donc de l'an mil et de son cortège de superstitieuses terreurs. Étonnant destin que celui de ce petit pâtre d'Auvergne qui non seulement deviendra le chef de la chrétienté mais qui, entre autres, introduira aussi bien Aristote que les chiffres arabes et le zéro auprès de l'Occident médiéval, sera l'auteur de savants traités de géométrie et d'arithmétique, inventera l'abaque et le bâton de mesure qui portent son nom, construira astrolabes et sphères de bois imitant le fonctionnement du système solaire. Musicien, auteur d'un système de notation des tons, demi-tons, bémols et dièses, il construira à Reims un orgue hydraulique produisant ses sons par l'effet de la vapeur d'eau. Il aurait en outre conçu une tête mécanique de bronze qui répondait par oui ou par non aux questions qu'on lui posait, conçu une horloge solaire à Magdeburg et comme on ne prête qu'aux riches en esprit, certains lui attribuent pas moins que l'invention du… balancier. En résolvant le problème de la régulation des forces, Gerbert d'Aurillac serait donc ainsi à la naissance même de l'horlogerie mécanique!

Légendes et vérités Certes, tous les auteurs les plus sérieux, à commencer par le très érudit Emmanuel Poulle, médiéviste et auteur, notamment, de nombreuses recherches sur les origines de l'horlogerie, réfutent ardemment cette thèse. Mais qu'importe après tout, l'histoire de Gerbert est belle et vaut la peine d'être contée, entremêlée qu'elle est entre légendes et vérités. Des légendes qui prirent corps dès sa mort en 1003, après quatre années de règne pontifical. Son précoce humanisme et son goût prononcé pour les sciences «païennes», sa fréquentation

des sources antiques et de la science des Sarrasins d'Espagne lui valent une réputation sulfureuse. Stendhal, dans ses Promenades dans Rome, s'en fait l'écho: «Un Français, homme d'infiniment d'esprit, Gerbert, que le célèbre Hugues Capet avait fait archevêque de Reims, devint pape sous le nom de Sylvestre II. Les contemporains de cet homme supérieur, étonnés de ses succès, le regardèrent comme un des sorciers les plus habiles. On répandit qu'il était parvenu à la papauté par le secours du démon, et de graves prélats ont écrit que Gerbert fut tué par les malins esprits.» En 1648, pour s'en assurer, Innocent X fait ouvrir sa tombe, de laquelle de l'eau suintait depuis toujours; sa dépouille tomba en poussière aussitôt qu'on la toucha.

L'incroyable parcours de Gerbert prend son envol quand des moines de l'abbaye Saint Géraud d'Aurillac, remarquant l'intelligence précoce de cet enfant qui, autre légende sans doute, observait déjà le ciel à travers une branche de sureau évidée, l'enrôlent comme oblat dans leur monastère bénédictin. En 963, le comte Borrel II de Barcelone, en route pour aller épouser une certaine Leutgarde, y fait étape et emporte le brillant enfant avec lui. Il le confie aux monastères de Ripoll puis de Vich. A l'époque, le comté de Barcelone, aux marches de la chrétienté, est au contact direct du califat d'Omeyyade, alors à son apogée. Cordoue, bouillonnante, est le plus important centre intellectuel d'Europe et dans ses bibliothèques sont serrés plus de 400'000 volumes. A Vich, les moines traduisent et recopient les ouvrages d'astronomie, de mathématiques, de géométrie que les savants de Cordoue compilent et rédigent. Et c'est aussi de Cordoue que l'héritage de l'Antiquité filtre jusqu'à l'Occident chrétien. Gerbert fait connaissance avec Aristote, Virgile, Cicéron ou

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«Horae, puncti et ostenta»

Observateur du ciel et des chiffres

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laire, celle du coucher du soleil. La nuit, on procédera de même, mais en visant une étoile. A l'astrolabe, Gerbert adjoint la sphère armillaire avec ses anneaux de cuivre qui permettent de visualiser les grands cercles de référence de la voûte céleste. Par ailleurs, Gerbert sera l'auteur d'études décisives pour l'époque: deux traités sur les opérations arithmétiques, l'un introduisant une méthode de division euclidienne et l'autre à propos de la multiplication par calcul digital. Il y adjoint un traité de géométrie qui pose les bases des théorèmes et des axiomes du point, de la ligne droite, des angles, des triangles et qui lui permet de calculer aisément l'aire du triangle ou le volume de la sphère.

ainsi le procédé de calcul matriciel de nos quatre opérations et de nos tableurs. Et le zéro, que les Arabes emploient déjà? Il le figure par une case vide, car cette «invention», d'abord pur symbole, pur «chiffre» (le zéro ne se dit-il pas sifr en arabe), ne deviendra que par la suite un nombre, ouvrant ainsi la voie aux sciences mathématiques. Mais le zéro restera encore pour quelques siècles terriblement suspect, une «invention du diable» aux yeux des clercs chrétiens qui renâclèrent longuement avant d'employer tous ces chiffres d'«Infidèles».

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par

Boèce dont les Apices vont l'inspirer pour introduire son fameux abacus de Gerbert. Vers l'an mil, les Chrétiens ne connaissent pas encore le système de numérotation positionnelle, inventé par les Indiens et propagé par les Arabes. Pour la comptabilité courante, on utilise des bouliers et des jetons et l'on note les résultats de ces opérations en chiffres romains non positionnels. Pour mémoire, le système de notation algébrique romain est de type additif, c'est à dire qu'il emploie des symboles – en l'occurrence des lettres - pour représenter

certains nombres (le I, le V, le X, le L pour 50, le C pour cent, le D pour 500 et le M pour mille), les autres nombres s'obtenant par la juxtaposition de ces lettres. Une juxtaposition additive compliquée encore par une règle soustractive qui veut que toute lettre placée immédiatement à la gauche d'une lettre d'une valeur supérieure à la sienne indique la valeur qui doit être retranchée à ce nombre: ainsi par exemple le 4 – IV – le 9 – IX – ou le 400 – CD. Inutile de dire que les Romains eux-mêmes s'y cassaient la tête, au point d'oublier leur propre règle soustractive au-delà des milliers. Un système qui, par ailleurs, en l'absence du zéro, ne permettait que de figurer les nombres entiers. Or, c'est Gerbert qui le premier va décrire avec précision le système positionnel utilisé par les Arabes d'Espagne et va l'appliquer au vieil instrument à calcul qu'est l'abaque en numérotant ses jetons de 1 à 9, systématisant

Modèle réduit de l'univers C'est aussi Gerbert qui va introduire l'astrolabe en Occident. Autre instrument d'«Infidèles» qui l'utilisent pour calculer l'heure de leurs prières ou pour s'orienter dans les déserts, ce véritable modèle réduit de l'univers inventé dans l'Antiquité, donne une représentation plane du ciel pour une latitude donnée à un instant donné. Bien que reposant sur une vision géocentrique dans laquelle la terre est au centre de l'univers, le soleil tournant autour d'elle, l'astrolabe, mécaniquement incorrect, permet néanmoins de calculer avec exactitude nombre de données. A partir de la détermination de la position du soleil sur son écliptique, l'astrolabe permet de calculer les mouvements du soleil durant une journée donc la durée de cette journée, l'heure so-

Du haut de son autorité papale, Gerbert tentera en vain d'imposer ses fameux «chiffres arabes», mais ses importantes «découvertes» vont toutefois permettre une avancée majeure et son abaque et le comput permettre le développement du calcul précis des dates des fêtes mobiles. Son génie et son obsession astronomique l'ont-t-elles donc mené jusqu'à à inventer l'horlogerie? La chronologie de la naissance de l'horloge est et reste obscure. Le mot horologium lui-même est ambigu qui, bien avant de désigner l'horloge que nous connaissons, fut employé pour décrire la clepsydre ou le cadran solaire et fut utilisé par Gerbert et ses élèves pour nommer le calcul du temps inégal, c'est à dire la suite des proportions changeantes du jour et de la nuit au fil de l'année et de ses saisons. Ces mesures et ces calculs permirent en effet la conception d'horologia: des tables qui donnent la division en horae, en puncti (cinq par horae) et en ostenta (douze pour un punct), soit bel et bien soixante ost, ou minutes, par heure. Mais de là à avoir inventer le «frein» qui régule la chute d'un poids, soit l'horlogerie elle-même, sans avoir laissé ni de traces écrites précisément ni d'horloge, il y a un abîme. Un abîme que l'invention du foliot, ce balancier vertical aux mouvements un peu «fous» (d'où son nom) permettant l'interruption régulière de la chute d'un poids, et celui de la roue de rencontre ne combleront que vers les années 1300, soit 200 ans après la mort du petit pâtre et grand pape Gerbert. Mais qu'importe. Ce qui est assuré est que le modeste paysan d'Aurillac a été un des jalons essentiels sur la longue route qui mena à la maîtrise mécanique de la mesure du temps. Publié dans Watch Around Printemps 2009

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INNOVATION HORLOGÈRE

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Dans les entrailles des logiciels de CAO horlogers

par

Serge Maillard

Si la montre connectée est sur toutes les lèvres en ce moment, il y a déjà longtemps que les horlogers sont passés au 2.0 pour la fabrication de leurs garde-temps. Les logiciels de CAO sont de plus en plus pointus, permettant de visualiser en détail sur son ordinateur les «chantiers horlogers» en cours. Alors que la plupart des industries utilisent des logiciels de CAO «standards», le monde horloger a de plus en plus recours à des outils spécifiques. Tell Watch est l’un de ceux-là: une solution dédiée à l’horlogerie. «Tell Watch doit être constamment remis à jour, car les horlogers innovent sans cesse et nous devons intégrer ces innovations sur notre logiciel, explique Eric Pascal, directeur innovation et mobilité chez AiM, la société genevoise qui commercialise l’outil logiciel. Nous sommes en contact étroit avec les horlogers pour cela. En même temps, le logiciel doit être intuitif.» L’entreprise compte parmi ses clients la plupart des grosses sociétés horlogères suisses. Et face à la concurrence, sa solution bénéficie d’un atout majeur: les étudiants de l’école horlogère de Genève l’utilisent pour se former à la visualisation numérique des mouvements et modules.

Fonctions ultra-pointues «Ainsi, les horlogers qui arrivent sur le marché sont déjà formés à notre logiciel et à ses 2'500 fonctionnalités!» Le logiciel doit servir à combler les attentes à la fois des designers et des ingénieurs, «alors qu’il peut exister des incompréhensions entre les deux métiers». Bien des horlogers le confirmeront… En résumé, la CAO permet de mesurer ce qui est faisable ou non d’un point de vue technique. «Sur le logiciel, on trouvera des animations 3D du moteur, utiles pour la pré-étude, mais aussi des modèles interactifs ou des films, qui peuvent même servir à des fins marketing.» Parmi les dernières innovations en date, sur demande d’une «importante manufacture genevoise»: l’introduction sur le logiciel de la grille pythagoricienne, qui permet de trouver plus facilement des paires de points dont les coordonnées et la distance les séparant ont un nombre fini de décimales. Cette fonction est utile dans les cas où l’on cherche à placer un point par

rapport à un autre sur une visualisation numérique, par exemple sur le plan de deux roues dentées s'engrenant l'une avec l'autre. Mais la grande nouveauté de l’année concerne le calcul des ressorts à grande déformation. «Tous les logiciels de CAO permettent de calculer et d’analyser les ressorts dans le domaine linéaire – c’est-à-dire les petites déformations – mais aucun logiciel ne permettait le calcul des ressorts en domaine non-linéaire, soit les grandes déformations», précise Eric Pascal. Jusqu’à présent, les manufactures avaient deux possibilités de le faire: les plus importantes, possédant leur propre centre de calcul, peuvent y envoyer leurs conceptions pour y faire réaliser les calculs par des ingénieurs. Les petites structures, quant à elles, sont obligées de faire des prototypes de ces ressorts pour en vérifier le fonctionnement «réel». «Dans les deux cas, il y a de nombreuses itérations et le processus est long et coûteux. Nous avons développé une nouvelle fonctionnalité qui permet d’analyser les ressorts à grande déformation directement dans notre logiciel.» Illustration, parmi d’autres, de la puissance de frappe de ces nouveaux outils, qui demandent plusieurs années de développement et doivent constamment s’adapter aux dernières «trouvailles» techniques des horlogers.

La connexion et la mobilité, nouveaux terrains de jeu Pour Eric Pascal, la tendance d’avenir, néanmoins, ce sont «avant tout les applications mobiles». En la matière, les montres connectées constituent une étape importante: «Nous avons créé notre propre cadran sur un modèle de base LG, pour l’heure juste à

des fins publicitaires. Nous voulons développer à terme des modules pour les montres connectées.» Justement, quel regard porte le spécialiste sur ces nouvelles venues? «L’esthétique est un aspect-clé: les montres connectées doivent plaire visuellement. La personnalisation aussi, avec la possibilité de choisir son écran. Mais à mon avis, 80% de l’utilité des smartwatches réside dans le fait de pouvoir lire ses notifications

sans devoir sortir son smartphone.» Pour lui, les montres connectées ont clairement «un côté addictif», même si ce ne sont pas du tout les mêmes objets que des montres traditionnelles. «Une montre mécanique est comme un bijou, on peut la laisser dans un placard durant des années, on la remonte et ça fonctionne. Un smartphone ou une smartwatch, c’est tout le contraire: l’obsolescence programmée.» Pour Eric Pascal, les montres connectées vont changer la «sociologie du geste de regarder sa montre. Aujourd’hui, cela veut dire: je m’ennuie. Demain, cela voudra dire: je lis mes SMS et emails. Déjà maintenant, je consulte la météo sur ma smartwatch au quotidien. Le point critique reste la batterie. Mais il y a encore du potentiel du côté des nanotechnologies, afin de recharger très rapidement des montres, et par extension tout objet connecté. Peutêtre bientôt en 30 secondes...»

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Séduire les PME horlogères «Passer des plans 2D dessinés à la main au 3D numérique est une étape importante dans le processus de création pour les horlogers!», poursuit Eric Pascal. Sa société, qui fournit déjà quelque 70 acteurs de l’horlogerie suisse, tente maintenant de séduire les plus petites marques. Un pari délicat. «Nous voulons voir si nous pouvons nous adapter à leurs besoins. Pour cela, nous allons structurer des offres distinctes, particulièrement abordables. Notre logiciel peut s’utiliser seul ou en complément à d’autres logiciels existants.» Le groupe de conseil en IT, qui développe également des logiciels de CAO pour l’industrie et l’architecture et est actif dans le développement d’applications mobiles, emploie quelque 120 collaborateurs à Genève; la branche horlogère représente 10% de son chiffre d’affaires. Un autre de ses produits, Tell

Caran d’Ache. L’excellence du Swiss Made depuis 1915. LE FILM SUR CARANDACHE.COM

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DR

A la jonction entre informatique et horlogerie, Europa Star Première s’est intéressé aux logiciels de CAO, ces outils qui permettent aux horlogers de visualiser numériquement les «chantiers» en cours. Rencontre à Genève avec l’un des plus gros acteurs du domaine.

View, est un lecteur 3D qui permet d'afficher et de visualiser rapidement, de manière interactive, tous types de montres. «Il y a des implications importantes du point de vue marketing mais aussi du service aprèsvente. Les détaillants pourront aussi l’utiliser. On peut avoir une vision très claire des toutes petites pièces et de leurs références. Le logiciel peut aussi montrer des personnalisations possibles de modèles.»

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LE REGARD DE...

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…Eric Giroud

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CULTURE HORLOGÈRE

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Un voyage dans le temps comme vous ne l’avez jamais vécu

le packaging et le design de produits auprès d’agences créatives en Suisse et dans le monde entier. Il goûte également à l’art contemporain dont il devient très vite amateur et collectionneur. La frontière entre passion et travail s’abolit lorsqu’il fonde son agence de design en 1998. Il n’a alors de cesse de faire correspondre les univers artistiques pour imaginer des créations qui lui vaudront l’estime de la profession. Le monde horloger devient son territoire d’expression favori. Il collabore avec de grands acteurs et de grands noms de l’horlogerie ainsi que de nombreuses marques et maisons de luxe.

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1957

MMH... POURQUOI JE SUIS VENUE ICI, DÉJÀ ?

1999 Richard McGuire

Né en Suisse, Eric Giroud baigne très tôt dans des univers artistiques et culturels. Passionné de dessin, mélomane, il cultive dès son plus jeune âge un caractère enthousiaste et ouvert sur le monde. De la musique, qu’il étudiera jusqu’à ses 20 ans, à l’architecture dont il fera son métier jusqu’à la trentaine, son parcours professionnel est nourri par les arts. Il ouvre son propre studio d’architecture en 1990 avant d’entamer deux ans plus tard un voyage d’un an et demi dans la ville de Dakar au Sénégal. Cette aventure humaine et personnelle accentue son désir d’ouverture sur le monde. Dès son retour, il expérimente le graphisme,

Pierre Maillard

1623

1957

1999 Richard McGuire

Chris Ware, célèbre dessinateur américain, qualifie Ici, l’ouvrage dessiné de son compatriote Richard McGuire qui vient de paraître en français (Gallimard), de «première tentative réussie de recréer visuellement la matrice de la mémoire et de la compréhension humaine du temps». Rien que ça! Mais ne haussez pas les épaules, donnez-vous plutôt la peine (qui se transformera bientôt en jubilation) de passer en revue les quelques 304 pages de ce roman graphique qui figurera désormais comme une des meilleures définitions de l’indéfinissable: le temps. Comme en écho à la célèbre citation de Saint-Augustin, «Qu'est-ce donc que le temps? Si personne ne me le demande, je le sais; mais si on me le demande et que je veuille l'expliquer, je ne le sais plus», Ici nous plonge au cœur des paradoxes du temps. Comme le dit McGuire luimême, «nous ne sommes que rarement ‘dans le moment’, nous passons le plus clair de notre temps à penser au passé ou à nous soucier du futur», tant et si bien que le ‘moment’, l’instant, est constitué d’une pâte temporelle mêlant indistinctement passé, présent et futur (et pas forcément dans cet ordre «chronologique»). Prenant appui sur un point fixe spatial – en l’occurrence la pièce d’angle d’une maison (d’où le titre Ici) – McGuire nous emporte dans un vertigineux voyage temporel qui court de 80 millions d’années av. JC, donc bien avant l’apparition de l’espèce humaine, à l’an 2213, quand cette même humanité aura disparu. Et tout ceci sans bouger d’un seul et même minuscule espace de quelques dizaines de mètres carrés tour à tour et tout à la fois lac de lave, pâturage de dinosaures, clairière où vient s’accoupler un couple d’Indiens, lieu d’élection de pionniers défricheurs, puis maison faite et refaite où se succèdent des générations, avant que les eaux envahissent tout et que se prolongent les temps futurs.

Si l’on s’en tient à notre conception linéaire du temps, ces états se sont succédés. Mais notre conscience temporelle intime est plus cyclique que linéaire, tant et si bien que ces événements successifs coexistent à leur façon dans le même lieu, comme ils coexistent dans notre conscient et notre inconscient, dans notre raisonné et dans notre instinctif. C’est ce que montre de façon passionnante cet ouvrage qui se lit comme un roman, le roman de nos vies dérisoires et merveilleuses, le récit de notre impermanence fondamentale (un des personnages d’Ici arbore un T-shirt qui porte la mention «Futur fossile éphémère»). McGuire parvient à évoquer avec tant de force les boucles du temps en multipliant les images dans les images, chacune de celles-ci arborant une date différente mais représentant un fait précis qui s’est déroulé dans ce même espace topographique. Par exemple, une femme est debout dans son salon, en 1957, se demandant ce qu’elle est venue faire là, tandis que passe un chat de 1999. On retrouve la même femme, dans la même position toujours en 1957, mais elle se retrouve comme isolée dans les bois qui poussaient ici même en 1623, tandis que le chat de 1999 s’est arrêté pour se lécher la patte. Les générations se succèdent dans ce même salon que l’on ne cesse d’aménager et de réaménager au goût de l’époque. On ne s’étonne plus de découvrir un bison qui se repose à l’endroit où maintenant, il y a une moquette et une télévision. Une femme de 1964 est surprise par la sonnette qui tinte à sa porte et tout à côté l’Indien qui, en 1664, s’apprête à faire l’amour à son amie se relève, inquiet car il a entendu un craquement de branches. Les siècles passent, se mélangent, le temps nous saisit dans son tourbillon indistinct. En refermant le livre, nous ne savons toujours pas ce qu’est au juste le temps, mais nous en avons touché du doigt l’insondable et émouvant mystère.

par

Le travail d'Eric Giroud a été récompensé par de nombreux prix : • Prix de la montre compliquée du Grand Prix de l’Horlogerie de Genève 2007 pour le Tourbillon Glissière - Harry Winston. • Prix de la montre design du Grand Prix de l’Horlogerie de Genève 2009 pour La montre Opus 9 – Harry Winston. • Prix de la montre design et concept watch du Grand Prix de l’Horlogerie de Genève 2010 pour la montre Thunderbolt N°4 – MB&F. • Red Dot design Winner en 2010 pour la montre D:Light – Swarovski. • Prix de la Montre homme et prix du public du Grand Prix de l’Horlogerie de Genève 2012 pour la montre Legacy machine N°4 – MB&F. • Red Dot Award Product Design 2013 pour la montre Crystallium – Swarovski. • Prix de la Montre femme du Grand Prix de l’Horlogerie de Genève 2013 pour la montre Rondo 36mm – DeLaneau.

Ici, de Richard McGuire 304 pages, Gallimard, 2015 CHF 42.-

Né en 1957, Richard McGuire est illustrateur, graphiste, auteur de bandes dessinées et musicien. Il a notamment publié de nombreuses couvertures du New Yorker et collabore régulièrement avec Le Monde et le New York Times.

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CULTURE HORLOGÈRE

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GASTRONOMIE

Restauration: quand Palexpo sort de ses murs l’heure sur son smartphone. Nous faisons appel à l’émotion. Par ailleurs, nous nous adressons à une clientèle de connaisseurs. Il faut avoir une bonne culture pour apprécier une belle montre ou une belle cuisine. Nous fonctionnons aussi sur un ensemble de rouages qui s’incrémentent pour faire fonctionner une montre. Sauf qu’en gastronomie, on travaille avec des hommes pour servir le plat à temps. C’est peut-être là une différence avec l’industrie horlogère, qui est de plus en plus robotisée. Nous ne pourrons jamais nous passer de l’humain. De même, nous ne pourrons jamais délocaliser notre production en Chine.

Le service de restauration de Palexpo propose désormais ses services de traiteur à l’extérieur, auprès de plusieurs marques horlogères. Entretien avec Gilles Marmy, directeur de Palais Créations, sur cette nouvelle unité et les liens qui existent entre horlogerie et gastronomie.

Quelles relations entretenez-vous avec les horlogers?

Propos recueillis par Serge Maillard

Nous devons parfois faire un effort d’«interculturalité», mais nous les comprenons mieux, avec le temps. Au-delà des points communs que nous avons soulignés, il existe des différences: par exemple, la notion de cherté. Ils travaillent avec des objets très chers, ce qui n’est pas le cas dans notre métier. Nous ne devons pas sécuriser notre frigo.

Le service de restauration de Palexpo, actif sur des salons qui vont de l’automobile à l’horlogerie en passant par les bébés, est le plus grand du genre en Suisse. Depuis peu, l’entité a décidé d’«exporter» ses services de traiteur hors de ses murs. La clientèle horlogère constitue une part importante de cette nouvelle société, Palais Créations. Gilles Marmy, directeur de Palexpo Restauration et de Palais Créations, a accordé une interview à Europa Star Première sur le monde particulier de la gastronomie, les liens entre horlogerie et restauration et les objectifs de cette nouvelle structure. Pourquoi avoir lancé un service de restauration extra-muros? Ce sont nos clients qui nous ont dit qu’ils avaient besoin de nos services en dehors de Palexpo. Nous avons noué des liens forts avec certain d’entre eux, par exemple avec des marques horlogères lors du SIHH. Nous avons créé une équipe spécifique pour les événements extra-muros et nous comptons figurer parmi les traiteurs genevois les plus importants. Il faut savoir que lors d’un événement organisé par une marque horlogère, la restauration peut représenter entre 30% et 50% des coûts totaux. Du fait de notre expérience à Palexpo, nous avons la maîtrise d’une multitude de métiers et de gamme, qui vont des saucisses grillées au foie gras! Quand a été lancé Palais Créations? Mi-2014. L’année 2015 constitue donc notre premier exercice complet. Nous allons organiser entre 30 et 40 événements cette année. Notre objectif est que le quart d'entre eux le soient pour des clients horlogers à Genève.

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Quels sont vos avantages comparatifs?

Comment voyez-vous votre rôle? Si l’on mange bien lors d’un dîner ou un cocktail, on a l’esprit libre pour faire du réseautage. Nous créons le cadre favorable à cet état d’esprit. Nous proposons l’organisation d’événements dans des lieux d’exception, comme le Bâtiment des Forces Motrices ou l’Espace Hippomène. Et comment se déroule l’organisation d’un tel événement? Idéalement, il faut compter trois mois pour planifier et organiser l’événement. Nous recevons un brief de départ de la part de la marque cliente. En général, c’est elle qui nous dit quelle histoire elle souhaite raconter. Parfois, nous avons carte blanche. Notre but est de comprendre ce que le client recherche. Nous faisons une première offre. Parfois, cela passe directement. Parfois, plusieurs ajustements sont nécessaires. Nous organisons une dégustation avant l’événement, avec les décideurs du client horloger autour de la table. Pour l’événement à proprement parler, il faut être opérationnel durant trois jours.

Faites-vous appel à des cuisiniers à l’externe? Non. Nous avons toutes les compétences à l’interne. C’est une plusvalue: nous avons notre signature, notre «patte». La cuisine, c’est très militaire, avec une hiérarchie forte. Notre chef exécutif a les pleins pouvoirs, il est maître à bord de sa cuisine, je ne me permettrai pas d’intervenir. Mais nous sommes aussi les traducteurs des besoins du client. C’est pourquoi la notion d’équipe est importante. En tout, nous sommes une équipe de 30 personnes. Mais lors d’un événement, avec les extras, nous pouvons monter jusqu’à 500 personnes! Quels sont vos points communs avec les horlogers? D’abord, ce sont des métiers qui ne s’apprennent que par l’expérience. C’est comme faire des complications horlogères. On n’est pas encore cuisinier quand on a fini son CFC. D’autre part, nous faisons tous deux des activités qui ne sont pas «nécessaires». On peut tout aussi bien lire

Nous savons gérer les très grands événements avec beaucoup d’invités, les contraintes de protocole, de timing, de précision ou de sécurité. Nous pouvons offrir des garanties maximales sur la réussite d’un événement de grande ampleur. Nous avons accueilli jusqu’à 27'000 convives en un seul événement hors-murs! Mais nous voulons aussi séduire les petites marques. Il faut des moyens pour organiser un bel événement… Certes. Il faut savoir ce que l’on veut, entre volumes et valeur. Beaucoup de petites marques ne font pas appel à nos services, car ils emmèneront simplement un petit nombre de leurs clients chez Chevrier. Nous le comprenons aussi. Quel bilan après un an d’activité? Nous avons surtout fonctionné par bouche-à-oreille, pour les clients qui nous ont demandé de leur organiser des événements hors de Palexpo. A présent, nous lançons une phase de communication plus formelle et plus importante. Nous entendons doubler notre chiffre d’affaires d’ici l’an prochain. Il est clair que Palexpo Restauration restera le Goliath et Palais Créations le David. Mais nous avons une belle marge de croissance.

A Bâle, tout n’est pas rose entre restaurateurs et horlogers par

Serge Maillard

«Ils font ce qu’ils veulent.» Ainsi titrait la Basler Zeitung en mars dernier, lors de la foire de Bâle, à propos des mauvaises expériences vécues par un restaurateur local, Jay Kumar, avec ses clients horlogers. Car tout ne se passe pas pour le mieux lors de l’événement majeur de la planète horlogère, et il est parfois intéressant d’observer ce qui se passe en marge du salon… C’est au «Ackermannshof», un «stamm» pour de nombreux horlogers durant la foire, que le restaurateur s’est plaint du comportement de ses clients actifs dans la mécanique de précision. 150'000 visiteurs sur un peu plus d’une semaine, cela devrait pourtant réjouir les commerçants locaux. Sauf lorsque leur attitude n’est pas à la hauteur, estime Jay Kumar. Le restaurateur cite ainsi le cas de plusieurs marques horlogères qui ont réservé une table pour la décommander au dernier moment, sans s’excuser, d’un simple coup de fil quelques minutes avant leur arrivée prévue. «Certaines marques réservent simultanément à plusieurs endroits, puis demandent au dernier moment à leurs clients s’ils préfèrent manger italien, indien ou suisse», explique le restaurateur local. Puis de décommander en conséquence… Voire ne pas prévenir du tout et laisser chaise vide. Jay Kumar n’a pas voulu s’en laisser remonter et a alerté la presse locale. Dans le cas de l’Ackermannshof, c’est parfois le tiers des places qui se retrouve sans occupant du fait des annulations de dernière minute – alors même qu’il faut souvent réserver des mois à l’avance pour obtenir une table. «Si l’on prévoit entre 70 et 100 francs par convive et par soir, cela représente une perte importante durant Baselworld.» Le restaurateur est particulièrement remonté contre Girard-Perregaux, qui «a annulé le premier soir les réservations que la marque avait faites pour toutes les soirées du salon.» Egalement dans le collimateur du restaurateur: Wenger, qui a prévenu par email son annulation une demi-heure avant le début du repas. Comme il a averti l’équipe d’Europa Star Première, venue (sans réserver) y dîner un soir: «Don’t mess with Jay!»… CHIFFRES

27 mio Le nombre total de montres connectées qui devraient êtres vendues cette année. Smartwatch Group 2015

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LIBRAIRIE HORLOGÈRE

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Rolex domine aussi la littérature horlogère THE ROLEX STORY de Franz-Christophe Heel «La mythique marque à la couronne est reconnue dans le monde entier comme un produit de luxe et un accessoire de sport inestimable. En un peu plus d'un siècle, elle est devenue l’une des marques horlogères internationales les plus prospères et innovantes. Rolex produit plus d'un demi-million de montres-bracelets par an, tout en maintenant une excellente réputation et une qualité quasi-parfaite. Depuis le début, son apparition aux poignets d’hommes d’État, de stars de cinéma et d’athlètes l’a conduit au succès, mais la compagnie a étendu sa clientèle bien au-delà des seuls «riches et célèbres». La Rolex Oyster est devenue la première montre à défier les éléments lorsque, en 1927, Mercedes Gleitze en porta une lors de sa traversée de la Manche à la nage. Apprenez-en plus sur l’histoire de la marque et découvrez les rapports publiés ces quinze dernières années dans le magazine horloger allemand Armbanduhren (Wristwatch) sur les dernières innovations et performances de Rolex.» Réf. Watchprint No. 11113 / 144 pages / Format: 23.8 x 31 cm. / Prix: CHF 44.00 / Langue: anglais STEEL ROLEX «Ce livre traite de toutes les montres Rolex en acier inoxydable, que les modèles soient récents ou vintage. Il s’agit d’une édition mise à jour et exhaustive qui fournit des détails techniques, des faits historiques, des descriptions détaillées, des images de grande qualité et les tarifs actualisés des montres Rolex en acier inoxydable. Parmi les sujets traités dans le livre figurent entre autes: - L’intégralité de la collection Oyster. - Les chronographes. - Les «Masters»: les montres Rolex les plus compliquées. - Les modèles militaires: les montres Rolex qui faisaient partie de l’équipement des soldats de différentes armées. Parmi les modèles détaillés dans ce chapitre figurent des Submariners, Cosmographs, GMT-Master et Turn-O-Graphs. - Les modèles Panerai intégrant un mouvement Rolex. - Toutes les montres Rolex produites pour Comex: pas seulement la Submariner et la Seadweller, mais également l’Explorer et la GMT-Master. - Les cadrans personnalisés (logos de sociétés, de pays, de ministères, de détaillants Rolex et bien d’autres). - Les cadrans rares et exceptionnels. - Les montres Rolex personnalisées par le département horloger de Bamford. Le livre «Steel Rolex» est accompagné de la liste actualisée des prix de l’ensemble des montres publiées.» Réf. Watchprint No. 11047 / 280 pages / Prix: CHF 420.00 • € 420.00 / Langue: anglais ROLEX DAY-DATE «Aussi connue sous le nom de «Montre des Présidents», cette Rolex a caractérisé et influencé l’histoire de l’horlogerie avec des développements et des innovations nombreuses au fil des années. La Day-Date est l’une des plus célèbres montres Rolex au monde: classique, belle, fonctionnelle, utile et élégante. Avec des images inédites en haute définition, des détails techniques, différents types de cadrans, l'histoire et le prix actualisé de chaque modèle, ce livre analyse en détail l’ensemble des Day-Date référencées de 1956 à aujourd’hui. La Day-Date est la première montre-bracelet chronomètre étanche, automatique, affichant la date et le jour de la semaine. Avec ce nouveau livre «Rolex Day-Date», les auteurs examinent les calibres, les cadrans, les boîtiers, les bracelets et bien d’autres composants de chaque modèle. Cet ouvrage expose tous les cadrans avec leur variantes de couleur et de matériaux. Munis de ce livre, les collectionneurs, les vendeurs et les amateurs de Rolex disposeront d’un guide de qualité pour tout savoir sur la Day-Date et la Day-Date II. Vous trouverez également les prix actualisés des modèles en production et les estimations des montres d’occasion.» Réf. Watchprint No 12001 / 280 pages / Format: 31 x 41 cm. / Prix: CHF 420.00 • € 420.00 / Langue: anglais ROLEX HISTORY, ICONS AND RECORD-BREAKING MODELS de Mara Cappelletti et Osvaldo Patrizzi «Les montres produites par Rolex au cours des 90 dernières années sont à l’honneur dans cet ouvrage de référence superbement illustré. Les auteurs ont saisi la beauté des montres au travers de photographies couleur et présentent l’une des histoires parmi les plus complètes et approfondies écrites sur la société. Avec des informations pour les collectionneurs.» Réf. Watchprint No 11066 / 152 pages / Format: 24 x 24 cm. / Prix: CHF 45.00 / Langue: anglais

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 Christopher H. Cordey, Lukas Gehrig, Dominique Fléchon, Séverine Liardon. Publicités & Marketing: Casey Bayandor: cbayandor@europastar.com, Nathalie Glattfelder: nglattfelder@europastar.com, Véronique Zorzi: vzorzi@eurotec-bi.com, Alexandra Montandon: amontandon@europastar.com, Catherine Giloux: cgiloux@europastar.com, Jocelyne Bailly: jbailly@europastar.com Graphisme: Alexis Sgouridis, asgouridis@europastar.com Production: Laure-Emmanuelle Dubouchet, prod@europastar.com Impression: SRO-Kundig

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SECULUS / Bienne / www.seculus.ch STROM / Nidau / www.stromwatch.ch STUHRLING ORIGINAL / Bienne / www.stuhrling.com SWATCH (Swatch Group) / Bienne / www.swatch.com SWISS MILITARY / Moutier / www.genuineswissmilitary.ch SWISS TIME / Bienne / www.swisstimeintl.com TALLER / Bienne / www.tallerwatch.ch THOMAS PRESCHER / Twann / www.prescher.ch TIFFANY & CO / Bienne / www.tiffany.com TRASER H3 / Niederwangen / www.traser.com UNION GLASHUTTE (Swatch Group) / Bienne / www.union-glashuette.com URBAN JÜRGENSEN / Bienne / www.ujs-chronometry.ch VASTO / Tramelan / www.vasto.ch VICTORINOX SWISS ARMY / Bienne / www.victorinox.com VOGARD / Nidau / www.vogard.com W. GABUS / Bienne / www.wgabus.com ZEITWINKEL / St-Imier / www.zeitwinkel.ch FRIBOURG BULOVA / Fribourg / www.bulova.com CARBON 14 / Granges-Paccot / www.carbon14.ch CARTIER (Richemont) / Villars-sur-Glâne / www.cartier.com CECIL PURNELL / Belfaux / www.cecilpurnell.com GUEPARD / Fribourg / www.guepard.ch LINDE WERDELIN / Fribourg / www.lindewerdelin.com SAINT HONORE / Fribourg / www.sainthonore.com VAN CLEEF & ARPELS (Richemont) / Villars-surGlâne / www.vancleefarpels.com GENÈVE ALAIN PHILIPPE / Genève / www.alainphilippe.com ALFRED DUNHILL (Richemont) / Genève / www.dunhill.com ALPINA / Plan-les-Ouates / www.alpina-watches.com ALTANUS / Genève / www.altanus.com ANDERSEN GENEVE / Genève / www.andersen-geneve.ch ANTOINE PREZIUSO / Arare / www.antoine-preziuso.com APPELLA / Carouge / www.appella.com AQUANAUTIC / Genève / www.aquanautic.com ARTYA / Vésenaz / www.artya.com ATELIERS DE MONACO / Plan-Les-Ouates / www.ateliers-demonaco.com BADOLLET / Genève / www.badollet.com BAUME & MERCIER (Richemont) / Bellevue / www.baume-et-mercier.com BEDAT & Co. / Genève / www.bedat.com BERTOLUCCI / Genève / www.bertolucci-watches.com BLACK BELT / Vésenaz / www.blackbeltwatch.com BLACKSAND / Genève / www.blacksandgeneve.com BOGH-ART / Genève / www.bogh-art.com BOVET / Plan-les-Ouates / www.bovet.com BREVA / Genève / www.breva-watch.com BURBERRY (Fossil) / Genève / www.burberry.com CHANEL / Genève / www.chanel.com CHARRIOL / Genève / www.charriol.com CHOPARD / Meyrin / www.chopard.com CLERC / Genève / www.clercwatches.com CVSTOS / Genève / www.cvstos.com CYRUS / Versoix / www.cyrus-watches.ch DA VINDICE / Genève / www.davindice.com DANIEL ROTH (Bulgari) / Meyrin / www.danielroth.com DAVID VAN HEIM / Carouge / www.david-van-heim.com DE BETHUNE / Genève / www.debethune.ch DE BOUGAINVILLE / Plan-les-Ouates / www.debougainville.com DE GRISOGONO / Plan-les-Ouates / www.degrisogono.com DELACOUR / Genève / www.delacour.ch DELALOYE / Carouge / www.garde-temps.ch DELANEAU / Genève / www.delaneau.com DEWITT / Meyrin / www.dewitt.ch EMILE CHOURIET / Meyrin / www.emile-chouriet.ch ENIGMA / Genève / www.gbenigma.com F.P. JOURNE / Genève / www.fpjourne.com FABERGE / Genève / www.faberge.com FRANC VILA / Genève / www.francvila.com FRANCK MULLER / Genthod / www.franckmuller.com FRED (LVMH) / Genève / www.fred.com FREDERIQUE CONSTANT / Plan-les-Ouates / www.frederique-constant.com GERALD GENTA (BULGARI) / Meyrin / www.geraldgenta.com GIO MONACO / Genève / www.giomonaco.com GRAFF / Genève / www.graffdiamonds.com GRECO GENEVE / Plan-les-Ouates / www.greco-watches.com HARRY WINSTON (Swatch Group) / Plan-les-Ouates / www.harrywinston.com ICELINK / Genève / www.icelinkwatch.com JACOB & CO. / Genève / www.jacobandco.com JEAN DUNAND / Plan-les-Ouates / www.jeandunand.com JORDI / Nyon / www.jordiwatches.com LACOSTE / Genève / www.lacoste.com LADOIRE / Genève / www.ladoire.ch LAURENT FERRIER / Plan-les-Ouates / www.laurentferrier.ch LE RHONE / Satigny / www.lerhone.com LEBEAUCOURALLY / Genève / www.lebeaucourally.com LEONARD / Genève / www.leonardwatches.com LOUIS VUITTON / Genève / www.louisvuitton.com LUDOVIC BALLOUARD / Meyrin / www.ballouard.com M. STEPHANE / Vésenaz / www.m-stephane.com MAGELLAN / Genève / www.magellanwatch.com MAREMONTI / Genève / www.maremontiwatch.ru MATHEY-TISSOT / Genève / www.mathey-tissot.net MB&F / Genève / www.mbandf.com MOYA / Genève / www.moyawatch.com MYKRONOZ / Genthod / www.mykronoz.com PATEK PHILIPPE / Plan-les-Ouates / www.patek.com

PETER TANISMAN / Meyrin / www.peter-tanisman.com PIAGET (Richemont) / Plan-les-Ouates / www.piaget.com PICARD CADET / Genève / www.picardcadet.ch PIERRE KUNZ / Genthod / www.pierrekunzgeneve.com PILO & CO / Carouge / www.pilo-watches.com QUINTING / Genève / www.quinting-watches.com RALPH LAUREN / Plan-les-Ouates / www.ralphlauren.com RATEL / Genève / www.cyrilratel.com RAYMOND WEIL / Genève / www.raymond-weil.com RJ - ROMAIN JEROME / Genève / www.romainjerome.ch ROBERT ET FILS 1630 / Genève / www.robertfils1630.com ROGER DUBUIS (Richemont) / Meyrin / www.rogerdubuis.com ROLEX / Genève / www.rolex.com SARCAR / Vésenaz / www.sarcar.com SNYPER / Genève / www.snyperwatches.com SPERO LUCEM / Genève / www.spero-lucem.com STEELCRAFT / Carouge / www.steelcraft.ch TECHNOMARINE / Genève / www.technomarine.com TF EST 1968 / Carouge / www.tfco.ch TUDOR / Genève / www.tudorwatch.com UNIVERSAL GENEVE / Meyrin / www.universal.ch URWERK / Genève / www.urwerk.com VACHERON CONSTANTIN (Richemont) / Plan-les-Ouates / www.vacheron-constantin.com VAN DER BAUWEDE / Genève / www.vdb.ch VENUS / Genève / www.montresvenus.com VOLNA / Genève / www.volna.ch YESLAM / Genève / www.yeslam.ch ZANDIDOUST / Genève / www.zandidoust.com JURA AEROWATCH / Saignelégier / www.aerowatch.com ANDRE MOUCHE / Fahy / www.andremouche.ch AVIATOR / Porrentruy / www.aviatorwatch.ch CATOREX / Les Breuleux / www.catorex.ch CLAUDE BERNARD / Les Genevez / www.claudebernard.ch EDOX / Les Genevez / www.edox.ch ERNEST BOREL / Le Noirmont / www.ernestborel.ch HEBE / Alle / www.hebewatch.com IKEPOD / Bassecourt / www.ikepod.com L'DUCHEN / Saignelegier / www.lduchen.com L'EPEE / Delémont / www.lepee-clock.ch LOUIS CHEVROLET / Porrentruy / www.louischevrolet.ch LOUIS ERARD / Le Noirmont / www.louiserard.ch MATTHEW NORMAN / Delémont / www.matthew-norman.ch PAUL PICOT / Le Noirmont / www.paulpicot.ch RICHARD MILLE (Horométrie) / Les Breuleux / www.richardmille.com RUDIS SYLVA / Les Bois / www.rudissylva.com SWIZA / Delémont / www.swiza.ch VALGINE / Les Breuleux / www.jic.ch/valgine VICENTERRA / Boncourt / www.vicenterra.ch WENGER / Delémont / www.wenger.ch LUCERNE CARL F. BUCHERER / Lucerne / www.carl-f-bucherer.com CHRONOSWISS / Lucerne / www.chronoswiss.com OCHS UND JUNIOR / Lucerne / www.ochsundjunior.ch NEUCHÂTEL 88 RUE DU RHONE / La Chaux-de-Fonds / www.88rdr.com AFFLUENCE / Neuchâtel / www.affluencewatches.com ALEXIS GARIN / Les Verrières / www.alexisgarin.ch ARNOLD & SON / La Chaux-de-Fonds / www.arnoldandson.com BALL WATCH / La Chaux-de-Fonds / www.ballwatch.com BLAULING / Chézard-Saint-Martin / www.blauling.com BLU / Colombier / www.blu.ch BOMBERG / Neuchâtel / www.bomberg.ch BOUCHERON (Kering) / Cortaillod / www.boucheron.com BULER / La Chaux-de-Fonds / www.buler.ch BULGARI (LVMH) / Neuchâtel / www.bulgari.com CATENA / Corcelles / www.montres-catena.com CERTINA (Swatch Group) / Le Locle / www.certina.com CHATELAIN / La Chaux-de-Fonds / www.chatelain.ch CHRISTOPHE CLARET / Le Locle / www.christopheclaret.com CHRISTOPHE SCHAFFO / La Brévine CHRONOGRAPHE SUISSE CIE / La Chaux-de-Fonds / www.chronographesuisse.ch CORONA WATCH / Neuchâtel CORUM (Haidian) / La Chaux-de-Fonds / www.corum.ch DIOR HORLOGERIE (LVMH) / La Chaux-de-Fonds / www.dior.com DREYFUSS & CO / La Chaux-de-Fonds / www.dreyfussandco.com DUBEY & SCHALDENBRAND / La Chaux-de-Fonds / www.dubeywatch.com ELLICOTT 1738 / La Chaux-de-Fonds / www.ellicott.ch ENICAR / La Chaux-de-Fonds / www.enicar.com ETOILE / Le Locle / www.montres-etoile.ch FENDI / Marin-Epagnier / www.fendi.com FESTINA / Bienne / www.festina.com FLIK FLAK (Swatch Group) / Cormondrèche / www.flikflak.com FREDERIC JOUVENOT / La Chaux-de-Fonds / www.fjouvenot.com GAMIL WATCH / La Chaux-de-Fonds GEBSON / Neuchâtel / www.gebson.com GERGE / Neuchâtel / www.gergeswiss.com GIRARD-PERREGAUX (Kering) / La Chaux-de-Fonds / www.girard-perregaux.com GRAHAM / La Chaux-de-Fonds / www.graham-london.com GREUBEL FORSEY / La Chaux-de-Fonds / www.greubelforsey.com

GUCCI (Kering) / Cortaillod / www.gucciwatches.com HAUTLENCE (Melb Holding) / La Chaux-de-Fonds / www.hautlence.com HERITAGE / Neuchâtel / www.hwm-watch.com HOROSWISS / La Chaux-de-Fonds / www.horoswiss.com HYT / Neuchâtel / www.hytwatches.com JAERMANN & STUBI / Le Locle / www.jaermann-stuebi.com JAMES C. PELLATON / Le Locle / www.jamespellaton.com JAQUET DROZ (Swatch Group) / La Chaux-de-Fonds / www.jaquet-droz.com JEAN D'EVE / La Chaux-de-Fonds / www.jeandeve.ch JEANRICHARD (Kering) / La Chaux-de-Fonds / www.jeanrichard.com JULIEN COUDRAY 1518 / Le Locle / www.juliencoudray1518.ch LOUIS MOINET / Saint-Blaise / www.louismoinet.com MAITRES DU TEMPS / La Chaux-de-Fonds / www.maitresdutemps.com MARATHON / La Chaux-de-Fonds / www.marathonwatch.com MARVIN / Vaumarcus / www.marvinwatches.com MCGONIGLE STEPHEN / Neuchâtel / www.mcgonigle.ie MCT / Neuchâtel / www.mctwatches.com METAL.CH / Neuchâtel / www.metalch.com MIDO (Swatch Group) / Le Locle / www.mido.ch MONTBLANC (Richemont) / Le Locle / www.montblanc.com MUREX / Le Locle / www.murexwatch.com NOBEL / Neuchâtel / www.nobelwatch.ch OPTIMA / Le Locle / www.optimawatch.com PIERRE THOMAS / La Chaux-de-Fonds / www.pierrethomas.ch RAIDOX / Le Locle / www.raidox.ch RIBA MUREX / Le Locle / www.murexwatch.com ROD / Neuchâtel / www.rodwatches.ch ROTARY / La Chaux-de-Fonds / www.rotarywatches.com SCHWARZ-ETIENNE / La Chaux-de-Fonds / www.schwarz-etienne.ch SULTANA / La Chaux-de-Fonds / www.sultana.ch TAG HEUER (LVMH) / La Chaux-de-Fonds / www.tagheuer.com TAUCHMEISTER / La Chaux-de-Fonds / www.michel-perrenoud.ch TEMPVS COMPVTARE / Neuchâtel / www.tempvscompvtare.ch TISSOT (Swatch Group) / Le Locle / www.tissot.ch ULYSSE NARDIN (Kering) / Le Locle / www.ulysse-nardin.com VOUTILAINEN / Môtiers / www.voutilainen.ch VULCAIN / Le Locle / www.vulcain-watches.ch WALTHAM / Marin-Epagnier / www.waltham.ch ZENITH (LVMH) / Le Locle / www.zenith-watches.com

SEA-GOD / Chiasso / www.sea-god.ch TENDENCE / Lugano / www.tendencewatches.com TIMEX (Timex Group) / Manno / www.timexgroup.com TONINO LAMBORGHINI / Chiasso / www.lamborghini.it VERSACE (Timex Group) / Manno / www.versace.com ZITURA WATCH / Magliaso / www.zitura.com THURGOVIE ANDREAS STREHLER / Sirnach / www.astrehler.ch HANHART / Diessenhofen / www.hanhart.com VAUD

ADRIANO VALENTE / Lausanne / www.adrianovalente.com ALAIN SAUSER CRÉATION / Chamby / www.alainsauser.ch ALFRED ROCHAT - AROLA / Les Bioux / www.arola-alfred-rochat.ch ANONIMO / Chavannes-de-Bogis / www.anonimo.com AUDEMARS PIGUET / Le Brassus / www.audemarspiguet.com BLANCPAIN (Swatch Group) / Paudex / www.blancpain.com BREGUET (Swatch Group) / L'Abbaye / www.breguet.com C3H5N3O9 / Gand / www.c3h5n3o9.com CABESTAN / L'Orient / www.cabestan.ch CHAUMET (LVMH) / Nyon / www.chaumet.com CLAUDE MEYLAN / L'Abbaye du Lac de Joux / www.claudemeylan.ch DE HAVILLAND / Yverdon-les-bains / www.dehavilland-watches.com DODICI / Montreux / www.dodici.ch FRERES ROCHAT (Automates) / Le Brassus / www.freres-rochat.com HD3 COMPLICATION / Luins / www.hd3complication.com HUBLOT (LVMH) / Nyon / www.hublot.com HYSEK / Lussy-sur-Morges / www.hysek.com JAEGER-LECOULTRE (Richemont) / Le Sentier / www.jaeger-lecoultre.com JANVIER / Ste-Croix / www.vianney-halter.com LOISEAU / St-Prex / www.atelier-loiseau.ch LOUIS GOLAY / Lonay / www.louisgolay.com MANUFACTURE ROYALE / Vallorbe / www.manufacture-royale.com PARMIGIANI FLEURIER / Gland / www.parmigiani.ch PHILIPPE DUFOUR / Le Sentier / www.philippedufour.com PIERRE DEROCHE / Le Lieu / www.pierrederoche.com REBELLION / Lonay / www.rebellion-timepieces.com OBWALD REUGE (automates) / Sainte Croix / www.reuge.com ANTOINE MARTIN / Alpnach / www.antoinemartin.ch REVELATION / Lully / www.revelation-watches.ch ROMAIN GAUTHIER / Le Sentier / SCHAFFHOUSE www.romaingauthier.com SLYDE / Luins / www.slyde.ch SPEAKE-MARIN / Bursins / www.speake-marin.com A. LANGE & SOEHNE (Richemont) / Schaffhouse / www.lange-soehne.com VALBRAY / Lausanne / www.valbray.ch H. MOSER & CIE (Melb Holding) / Neuhausen am VINCENT CALABRESE / Morges / Rheinfall / www.h-moser.com www.vincent-calabrese.ch IWC (Richemont) / Schaffhouse / www.iwc.ch ZOUG SCHWYTZ CIMIER / Baar / www.cimier.com COINWATCH / Pfäffikon / www.coinwatch.ch DIETRICH / Zoug / www.dietrich-watches.com FAVRE LEUBA / Zoug LES MILLIONNAIRES / Pfäffikon / www.millionnaires.ch GC WATCHES (Timex Group) / Zoug / LUMINOX / Pfäffikon / www.luminox.com www.gcwatches.com MIRA / Pfäffikon / www.mirawatch.ch PANERAI (Richemont) / Steinhausen / PHILIP ZEPTER / Wollerau / www.zepter.com www.panerai.com SOLEURE RAM / Cham / www.ram-watches.ch RECONVILIER / Zoug / www.reconvilier.com ARLEA / Wolfwil AUREMA / Grenchen ZURICH BIJOUMONTRE / Grenchen / www.bijoumontre.com BREITLING / Grenchen / www.breitling.com ZASPERO / Regensdorf / www.zaspero.com CAT / Solothurn / www.catwatches.com CAMEL ACTIVE / Zurich / www.mondaine.com COACH / Grenchen / www.coach.com CORNAVIN / Zurich / www.cornavin-watches.ch COVER WATCHES / Solothurn / HELVETICA / Zurich / www.mondaine.com www.coverwatches.com JUSTEX / Zurich / www.justex.ch CYCLOS / Dornach / www.cyclos-watch.ch LALIQUE / Zollikerberg / www.lalique.com ETERNA (Haidian) / Grenchen / www.eterna.ch M-WATCH / Zurich / www.mondaine.com FORTIS / Grenchen / www.fortis-watches.com MARC JENNI / Zurich / www.marcjenni.com GENIE / Grenchen / www.genieswiss.ch MAURICE DE MAURIAC / Zurich / HARWOOD WATCH CO. / Grenchen / www.mauricedemauriac.ch www.harwood-watches.com MIKI ELETA (Pendules) / Zurich / www.eleta.ch JOWISSA UHRE / Bettlach / www.jowissa-watches.com MONDAINE / Zurich / www.mondaine.com KIENZLE / Egerkingen / www.kienzleuhren.de MONTILIER / Zurich / www.montilier.com MANJAZ / Welschenrohr / www.manjaz.ch O&W / Zurich / www.chronotime.ch NORD ZEITMASCHINE / Büsserach / PAUL GERBER / Zurich / www.gerber-uhren.ch PHILIP STEIN / Kilchberg / www.philipstein.com www.nord-zeitmaschine.ch SEVENFRIDAY / Zurich / www.sevenfriday.com PORSCHE DESIGN / Grenchen / SWAROVSKI / Männedorf / www.swarovski.com www.porsche-design.com TORSO / Zurich / www.torsoswiss.ch ROAMER / Soleure / www.roamer.ch SWISS MILITARY-HANOWA / Solothurn / URBACH / Zurich / www.urbach.ch www.swissmilitary.ch XEMEX / Zurich / www.xemex.ch TITONI / Grenchen / www.titoni.ch Liste non contractuelle ST. GALL LUNESA / Sevelen / www.lunesa.com TESSIN ADRIATICA / Camorino / www.adriaticawatches.ch ALFEX / Manno / www.alfex.com ARMAAN / Agno BUCCELLATI / Chiasso / www.buccellati.com CANOPUS / Magliaso / www.amanzoni.com CUERVO Y SOBRINOS / Capolago / www.cuervoysobrinos.com DAMIANI / Manno / www.damiani.com DWISS / Lugano / www.dwiss.com GLAM ROCK / Lugano / www.glamrockwatches.com GUESS / Bioggio / www.guesswatches.com N.O.A / Balerna / www.noawatch.com ORA / Locarno / www.oraswisswatch.com SALVATORE FERRAGAMO (Timex Group) / Manno / www.ferragamotimepieces.com

CHIFFRES

650 mio Le nombre total de montres connectées qui devraient être vendues en 2020. Smartwatch Group 2015

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QUANTIÈME PERPÉTUEL

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