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DANS NOTRE MAGAZINE SPÉCIAL >

NUMÉRO ÉTÉ

DESTINATIONS, TRUCS PRATIQUES ET + ENCORE

VAL-DAVID: UN TOPO DANS LES TUYAUX RETOUR SUR LES NATIONAUX ENTRETIEN:

NOUVEAU PRÉSIDENT DE LA FQME ...ET PLUS ENCORE ! 1 > grimpE

> numéro 9, juin 2014


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Page couverture Crédit photo : Alain Denis

ÉDITO

NOUVELLE GÉNÉRATION

Depuis plus de 15 ans maintenant que je suis impliqué dans le monde de la grimpe québécoise, engagé à ma manière avec le site EscaladeQuebec.com et le présent magazine. Je n’ai jamais été membre du CA de la FQME, ni d’un quelconque club d’escalade. Mon « indépendance » m’a parfois permis de rester au-dessus de la mêlée, alors qu’à d’autres moments elle m’a attiré les foudres, souvent des mêmes personnes! Durant les 15 dernières années, j’ai été témoin d’un bon nombre de conflits où les belligérants avaient certes à cœur l’escalade, mais où chacun avait sa vision du sport et sa méthode était évidemment meilleure que celle de son adversaire. Certaines joutes orales et écrites étaient parfois dignes de romans d’espionnage avec d’habiles politiciens-grimpeurs tirant les ficelles. Force est de constater qu’une nouvelle génération fait sa marque et semble faire fi des vieux conflits. Dans les pages du présent numéro, vous ferez la connaissance de plusieurs nouveaux visages qui s’impliquent à fond dans leur sport. Pensons à François Ferland et Philippe Rancourt qui travaillent à ouvrir une nouvelle salle d’escalade à Québec. David Tardif a, quant à lui, le projet d’une série webtélé sur l’escalade. Même la FQME a un nouveau président en la personne de Jean-François Carrier! Pour le bien de l’escalade dans la Belle province, souhaitons que la génération montante sache se démarquer de la précédente et mettre de côté les vieilles guerres de clochers pour enfin créer un consensus qui ralliera tous les camps, ou mieux, qui nivellera les fossés et éliminera les factions. Chose certaine, ce renouveau apporte beaucoup d’air frais à la communauté et a de quoi motiver les plus sceptiques! Ça me donne presque le goût de fredonner la vieille toune des années 70 : « C’est le début d’un temps nouveau, la terre est à l’année zéro… ». Voilà qui trahit mon âge!

par Ian Bergeron Éditeur ian@escaladequebec.com Ventes et publicités: EscaladeQuebec.com info@escaladequebec.com

Bonne saison de grimpe!

Mise en garde : L’escalade comporte desrisques pouvant causer des blessures ou un décès. Toute information ou tout conseil reçu par le présent magazine ne dispense quiconque d’évaluer lui-même les risques auxquels il peut être exposé. EscaladeQuebec.com recommande d’acquérir les connaissances et l’expérience nécessaires avant de s’aventurer en paroi, en montagne ou sur toute structure verticaale. Vous devez accepter les risques et responsabilités inhérents pouvant survenir lors de la pratique de vos activités. Tous droits réservés EscaladeQuebec.com : Le contenu de ce magazine ne peut être reproduit, en tout ou en partie, sans le consentement explicite de l’éditeur. Les opinions qui sont exprimées sont celles des auteurs; elles ne reflètent pas nécessairement la position d’EscaladeQuebec.com.

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Faits saillants >

Une nouvelle salle d’escalade va voir le jour à Lévis, sur la rive sud de Québec. L’Accroché, c’est le projet de deux amis de longue date, François Ferland et Philippe Rancourt. La paire travaille sur le projet depuis quelques mois. C’est en constatant qu’il fallait 40 minutes en voiture pour grimper dans l’un des deux centres de Québec qu’ils ont amorcé leur réflexion. « Quand on interroge les grimpeurs, les gens veulent une forme de proximité avec les centres d’entraînement », explique Philippe Rancourt. Une première étude de marché leur a vite démontré qu’ils ne s’étaient pas trompés : la possibilité d’une nouvelle salle d’escalade à Lévis enthousiasme des centaines de personnes. « Étape par étape, on a fait les listes, contacté les gens, monté un plan d’affaires. Depuis l’étude de marché, on a tellement eu une bonne réponse, on n’a pas eu le choix de continuer! », s’exclame François. Durant leurs démarches, ils ont constaté que d’autres projets de salle avaient été amorcés auparavant, sans qu’aucun ne se matérialise.

UN NOUVEAU

GYM VA VOIR LE JOUR DANS LA RÉGION DE QUÉBEC

« On a compris pourquoi il n’y avait pas eu de gymnases avant: il n’y a vraiment pas d’édifice qui s’y prête. Les bâtisses qui s’y prêteraient sont dans des zones industrielles », dit Philippe. « En décembre, on avait des problèmes. D’un côté, on avait plein de monde qui avait démontré leur intérêt pour le projet, mais on n’avait pas de local. » Le problème s’est réglé avec la publication de deux articles dans la presse locale, ce qui a permis de trouver un immeuble adéquat. Ils viennent tout juste de terminer les négociations à ce sujet, et ils doivent maintenant choisir qui construira les murs d’escalade. Les deux jeunes hommes poursuivent aussi leurs démarches pour du financement et réglent plusieurs autres dossiers administratifs. La construction des murs devrait s’amorcer à la mi-août, avec une ouverture possiblement en octobre. Le gymnase offrira à la fois de l’espace pour faire de la voie et du bloc, avec un peu plus d’emphase sur la seconde discipline. L’Accroché devrait offrir quelque 2400 pieds carrés d’escalade, affirment les deux fondateurs. Les deux jeunes hommes pensent que la nouvelle salle va attirer à la fois des gens de Québec et des personnes qui ont déjà pratiqué l’escalade. par David Savoie

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Faits saillants >

Un projet de web-série sur l’escalade au Québec JEAN-FRANÇOIS GIRARD (À GAUCHE) ET DAVID TARDIF EN PLEIN TOURNAGE POUR LEUR WEBSÉRIE. Une web-série mettant en vedette les plus belles falaises du Québec ? C’est le projet fou de David Tardif, l’homme qui se cache derrière la maison de production La Grange qui penche à droite. Photographe de formation, il a largué sur Internet ça et là des petites perles de vidéos depuis un moment. Cette fois, il nous promet des capsules de 10 minutes sur 10 sites d’escalade du Québec dans une série qui devrait s’appeler « L’envers du dévers ». Ce qu’il décrit comme un « Canal Évasion » de l’escalade sera offert en ligne d’ici la fin de l’été. Le projet est né avec son acolyte, Jean-François Girard, celui qui sera le grimpeur vedette de la web-série. À force de discuter des parois, de projets de films, de courtsmétrages, les deux grimpeurs ont commencé à imaginer une web-série pour présenter l’escalade au Québec : « des sites qui sont beaux, intéressants et où tout le monde peut grimper », explique David Tardif. Après deux ans à s’amuser en faisant de petits vidéos, les deux partenaires ont voulu travailler sur quelque chose de plus structuré, aller en tournage, « travailler comme à la télé », avec textes, narration et équipe de soutien. D’où l’idée de la web-série. Le tournage est déjà amorcé, David Tardif prévoit réaliser 10 épisodes, d’une dizaine de minutes chacun. Le concept est simple : présenter une paroi, son historique, quelques voies classiques et des locaux qui y grimpent, en terminant la journée dans un endroit sympathique du coin avec, en trame de fond, de l’humour. « On veut faire connaître plein de beaux sites au Québec, toujours dans un univers de plaisir, un peu comme un road trip au quotidien », dit David Tardif. Chaque épisode nécessitera trois jours de tournage, qui se feront beau temps, mauvais temps, avec un scénario adapté à la météo.

« Ça va commencer à Kamouraska, et ça va se terminer à Val-David, on pense déjà au Lac Long et à un site au Saguenay. On voulait un truc dans chaque région », explique le cerveau de L’Envers du dévers. David Tardif dit s’inspirer entre autres de ce que Big Up Productions a fait – les créateurs de la série Dosage notamment – ainsi que les films de la maison de production française Baraka. À l’heure actuelle, les vidéos sont beaucoup dans le sensationnalisme, selon lui. « On travaille dans l’extrême, on ne montre que des mouvements très durs », note-t-il. Il pense que cette mode néglige la majorité des grimpeurs, ceux-là mêmes qu’il veut aller chercher avec ses capsules. L’aspect de la diffusion n’est pas encore totalement réglé. Pour le moment, David Tardif songe à mettre le premier vidéo sur Internet. « On voudrait travailler avec EpicTV, mais le contenu doit être traduit. Je suis capable de la produire moi-même, ça ne me dérange pas », dit-il. Il veut commencer à présenter les épisodes à la fin du mois de juillet. « Ce serait le point de départ, et on en mettrait un nouveau vidéo chaque deux semaines. Ça va être sur YouTube, Facebook, Epic si ça fonctionne, DPM. Ça peut aller très vite au niveau du nombre de vues », affirme le photographe, qui précise qu’avec Internet, il n’y a pas de limite géographique. Que va-t-il se passer après cette première expérience de web-série ? David Tardif songe déjà à une autre série, cette fois sur l’escalade de glace ou les longues voies. Et peutêtre même « continuer sur d’autres sites, peut-être aux États-Unis, peut-être en Europe, on verra », conclut-il. par David Savoie

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CrĂŠdit photo : Mathieu Elie

Faits saillants >

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LES BLOCS POUSSENT DANS LES LAURENTIDES

haque année, des dizaines de nouveaux problèmes – ou des problèmes « redécouverts » - semblent éclore d’on ne sait où dans les Laurentides. Cette saison n’a pas fait exception: un petit groupe de grimpeurs – dont Mathieu Elie, Samuel Sigouin, Gabriel Feron, Jean-Benoit Morissette et Vincent McNicoll, des grimpeurs de la rive nord de Montréal – assoiffés de nouvelle roche et de premières ascensions, a nettoyé, brossé, décrypté et enchaîné des dizaines de problèmes dans plusieurs secteurs notamment près de Val-David, Val-Morin et Sainte-Adèle. Ils ont aussi « redécouvert » certains problèmes, grimpés autrefois, mais oubliés depuis. Le travail se fait beaucoup en équipe: trouver les blocs, les répertorier, les nettoyer pour ensuite les grimper. « Ce n’est pas quelque chose que tout le monde fait, ce n’est pas tout le monde qui est prêt à le faire », explique Mathieu Elie, qui a ouvert quelques-uns de ces blocs dans les Laurentides au cours des derniers mois. « Des projets, il y en a à l’infini. Cette année, il y a tellement de nouveaux secteurs qu’on ne sait même plus où aller grimper. Mais quand on développe des blocs, on ne fait pas ça juste pour nous, on aime que les autres puissent en profiter. » Le seul hic ? Beaucoup de ces sites sont sur des terrains où les règles d’accès sont parfois floues, oscillant entre l’illégalité totale, une présence tolérée à des parcs municipaux, où il n’y aurait en théorie pas de problème pour grimper. Les grimpeurs sont tout à fait au courant des problèmes d’accès. « Il faut utiliser son gros bon sens. Parfois, on rencontre les propriétaires, mais les gens ne sont pas toujours super ouverts à voir les grimpeurs débarquer chez eux », mentionne Mathieu Elie. « Je ne vois pas dans un futur proche que ça soit quelque chose qui se règle. Les gens motivés vont toujours sortir en dehors des sentiers battus. »

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par David Savoie

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Faits saillants >

UN TOPO POUR VAL-DAVID Plusieurs l’attendaient avec impatience, et c’est maintenant confirmé : un topo sur les blocs de Val-David verra le jour au cours des prochains mois. Il pourrait très bien s’agir du premier topo de bloc publié dans la province, rien de moins. Jusqu’à maintenant, il n’y avait que des petits livres à imprimer pour les secteurs des Dames et des Hommes, les deux plus connus – et même ces documents dataient. C’est le travail de bénédictin de Jean-Dominique Saudan qui a mené à la publication de ce livre-guide. Depuis 10 ans, il amasse de l’information sur les blocs de tous les secteurs. Il avait déjà une ébauche de guide, qu’il n’avait pu compléter en raison d’un manque de temps et d’argent. « Durant mes temps libres, je continuais à travailler là-dessus, à faire un peu de rédaction, chercher de l’information », explique l’auteur du livre-guide, qui travaille également à l’entretien du parc régional de Val-David. Le projet va finalement prendre vie, avec le soutien financier de la municipalité et du magasin La Cordée. Ce sera une publication du Parc, en partenariat avec la municipalité de Val-David. Jean-Dominique Saudan en est donc à collecter de l’information sur tous les blocs – dont le nombre a substantiellement augmenté au cours des dernières années en raison d’un intérêt renouvelé pour certains secteurs. Il dit avoir une très bonne collaboration de la part des grimpeurs pour retracer toutes les lignes. Les auteurs des deux petits guides, Antoine Séguin et François Parent, 1 0 > grimpE

l’aident aussi beaucoup dans le processus. Le guide devrait couvrir environ 500 problèmes, répartis dans 7 secteurs. « J’ai toujours beaucoup aimé ça. Je suis un collectionneur de livres-guides, j’ai un bac en littérature, quelque part, ça me permet de joindre ces deux facettes de ma personnalité », explique Jean-Dominique Saudan. Une autre grimpeuse, Shabana Ali, s’occupera de la portion graphique du livre-guide, qui sera en couleur. Le livre-guide « va permettre à la communauté des “bloqueurs” de se réapproprier le site », selon l’auteur. Les gens pourront aussi découvrir d’autres sites que les Dames et les Hommes et avoir une solution de rechange si ces deux secteurs sont bondés, à son avis. Tout cela devrait générer davantage d’attention pour le site, croit-il, ce qui empêchera que certains problèmes ne retournent trop à la nature. « Le topo va faire en sorte que les blocs vont être plus propres et que la base des blocs va être un peu mieux aménagée. La qualité de l’expérience va augmenter », dit Jean-Dominique. Le livre-guide devrait paraître au plus tard au printemps 2015. Il sera distribué dans plusieurs magasins, dans certains gymnases et probablement sur Internet. Entre-temps, voici un extrait du livre-guide, gracieuseté de l’auteur. par David Savoie


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... Et un autre topo

pour les Laurentides Un autre livre-guide devrait aussi paraître sous peu : celui de la Montagne d’Argent, revisité, comprenant désormais les parois de Lac Boisseau et de Lac Gervais, situées à proximité. D’ailleurs, une autre falaise doit être développée au Lac Boisseau – une paroi plus accessible pour les débutants. « Ce sera un plus pour la communauté », mentionne Gaétan Castilloux. Il estime que le guide couvrira environ 500 voies. « À Montagne d’Argent, il y a autour de 300 voies, une cinquantaine de voies au Lac Gervais et une centaine de voies au Lac Boisseau », précise le directeur général de Montagne d’Argent. Il y avait certes des topos disponibles sur Internet, « mais ils sont toujours plus ou moins précis », soutient Gaétan Castilloux. C’est également un moyen de concentrer dans un même document les

informations concernant plusieurs sites. L’argent généré par la vente de livres-guides sera réinvesti dans le développement de parois, dans les Laurentides et ailleurs, précise-t-il. La publication est prévue pour août 2014. Il devrait être disponible dans les magasins de plein air, ainsi qu’à la Montagne d’Argent. par David Savoie

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Crédits photo : Annie-Claude Bédard

ÉVÉNEMENT >

MALIK ET SA MAMAN

GRIMPER POUR AIDER Un couple de Saint-Rémi, sur la Rive-Sud de Montréal, a eu une bien mauvaise nouvelle récemment: leur petit garçon, Malik, est atteint d’amyotrophie spinale de type 1, une maladie neurodégénérative incurable qui ne lui laissera que quelques mois à vivre. Pour aider ses parents à lui donner de bonnes conditions de vie, des grimpeurs ont mis l’épaule à la roue.

C’est son amie d’enfance, Caroline Tessier, qui a songé à organiser un événement relié à l’escalade pour recueillir de l’argent, afin de venir en aide aux deux parents. Le « Grimpe-don » visait à la fois à initier des gens au sport, mais aussi à soutenir financièrement les parents de Malik, Claudia McNeil et Dominic Trépanier. La maladie qui afflige le bambin de six mois est relativement rare, et l’espérance de vie des poupons atteints est de deux ans, tout au plus. Les parents veulent entre temps aider les chercheurs à mieux comprendre la maladie. Le couple veut pouvoir profiter des derniers mois de vie du petit Malik: Claudia est en congé de maternité pour encore une année, mais son copain, lui, doit continuer de travailler. Pour aider les parents du petit Malik à rester auprès de lui pendant la prochaine année, Caroline Tessier a mobilisé des grimpeurs lors d’un grimpe-don qui se tenait à Horizon Roc le 8 juin. « Nous sommes plusieurs personnes qui organisent différents événements. Le but, c’est vraiment de leur donner une sécurité financière, pour la prochaine ou les deux prochaines années, le temps qu’ils vivent tout ça, que le papa profite du temps avec son petit garçon, parce qu’il ne sait pas quand il va s’en aller », mentionne Caroline Tessier. « Nous, ce qu’on s’est dit, c’est qu’au lieu de donner pour la recherche, de l’argent qui n’ira pas à la famille qui en ont un besoin immédiat. Là, on le fait vraiment pour les parents, parce qu’on sait que c’est d’une courte durée, ce qu’ils ont à vivre. » L’événement a permis d’amasser plus de 2000 $, qui seront remis à la famille. « Les gens qui étaient présents ont beaucoup apprécié », dit l’organisatrice. « Même 1 4 > grimpE

IL Y AVAIT DES PARTICIPANTS DE TOUT ÂGE AU GRIMPE-DON. les deux parents ont grimpé. J’avoue que ça, ç’a fait ma journée de voir que Claudia (la mère) voulait encore faire des voies. » D’autres activités de financement impliquant l’escalade n’avaient pas attiré beaucoup de participants, note Caroline Tessier. Il a fallu, selon elle, interpeller les gens de façon plus directe avec courriels et appels téléphoniques personnalisés, « il faut que l’organisateur y mette du sien », dit-elle. Caroline Tessier pense que l’événement a donné beaucoup d’espoir aux parents, « de l’espoir en la bonté des gens ». Même si l’événement a déjà eu lieu, les gens peuvent continuer de faire des dons pour aider la petite famille: http://maliktrepanier.wix.com/malik-trepanier par David Savoie


PORTRAIT >

Loïck Martel-Magnan Champion canadien de voies, difficulté, catégorie open, junior Âge: 18 ans Grandeur: 5 pieds 9 pouces Poids: 145 lbs Envergure de bras (« ape index »): +3 Qu’est-ce qui l’a aidé à devenir champion selon lui: c’est grâce à un entraînement assidu et bien structuré que j’ai pu performer et accomplir ce que j’ai fait. J’étais motivé et j’ai tout donné lors de cette compétition. J’ai aussi beaucoup travaillé la préparation mentale cette année. Cela m’a permis de rester concentré tout au long de la compétition. Principale difficulté à surmonter durant les nationaux: lors de cette compétition, j’ai dû bien gérer mon stress et ne pas me laisser déconcentrer. Ça peut être imposant parfois de voir que le niveau est très élevé, mais il faut toujours rester concentré. Qu’est-ce qui l’attire dans la compétition: elle me force à repousser mes limites et à me dépasser. De plus, lors d’une compétition, on rencontre des gens qui partagent la même passion que nous et l’ambiance est incomparable. Quelle est sa force et sa faiblesse en escalade: ma force en compétition est la préparation mentale. Je réussis toujours à rester concentré même quand ça va mal. De plus, je suis un compétiteur constant et j’ai une bonne endurance. Selon moi, ma faiblesse serait ma force de doigts. Je vais travailler beaucoup plus sur cela lors de la prochaine saison d’entraînement. Ses plans pour la prochaine année en grimpe: la prochaine saison de grimpe sera un peu différente, car je serai dans la catégorie senior. Je prévois continuer à m’entraîner fort et participer aux compétitions seniors (en bloc et en voie). J’aimerais aussi répéter quelques projets difficiles à l’extérieur (en sport ou en trad). Finalement, je planifie partir en voyage à l’hiver. Il reste juste à trouver la destination ! Son vice: la poutine !

par David Savoie

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Crédits photo : Annie-Claude Bédard

ÉVÉNEMENT >

Bilan des nationaux La craie est maintenant retombée depuis les nationaux qui se tenaient à Allez Up à Montréal. L’événement venait clôturer la saison d’escalade de compétition, et permettait aussi de sélectionner les prochains membres de l’équipe canadienne. Le Québec a été bien représenté sur les podiums : Babette Roy a terminé en première place à la fois en vitesse et en difficulté, Vincent Knesevitch a obtenu la médaille d’or en vitesse, et Loïck Martel-Magnan ainsi qu’Érika Miller-Jolicoeur sont montés sur la première marche du podium en difficulté, dans leurs catégories respectives. Les organisateurs se disent très satisfaits de l’événement. Pas moins de 250 spectateurs ont assisté à la compétition de 3 jours, en plus des 203 compétiteurs et de leurs accompagnateurs. « On a eu beaucoup de commentaires très positifs, les gens ont beaucoup aimé », affirme Jean-Marc de la Plante, du gymnase Allez Up, où se déroulait la compétition.

Les jeunes grimpeurs québécois se portent de mieux en mieux, confirment les acteurs du milieu. « Depuis 2012, on a connu une belle progression », note le directeur sécurité et technique de la FQME, Éric Lachance, qui s’occupe du circuit du Québec. « Cette année, il y a beaucoup de nos jeunes dans l’équipe canadienne. Ça dénote que la structure de notre circuit permet de rattraper et même de battre d’autres provinces », dit-il. Il n’y a pas si longtemps, les jeunes provenant de l’Ouest du pays avaient la haute main sur leurs homologues de l’Est, un fossé qui se comble rapidement.

Une équipe québécoise

Personne n’a réussi à terminer la voie des finales, tant chez les hommes que chez les femmes, signe que les ouvreurs proposaient un défi corsé.

Ce sera une première au Canada : le Québec aura sa propre équipe provinciale de compétition, une équipe qui existera en parallèle à l’équipe nationale – tant en bloc et en vitesse qu’en difficulté. Les athlètes auront un entraîneur, des camps d’entraînement, et ils représenteront la province, plutôt que leurs gymnases respectifs. Une idée, espère Éric Lachance, qui sera reprise ailleurs au pays.

Le niveau des compétiteurs était pourtant relevé, avec notamment la présence de Mike Doyle, un Canadien bien connu pour ses performances à l’extérieur. C’est toutefois un junior qui est parvenu le plus loin dans la dernière voie

Les athlètes, même adultes, vont également être soutenus financièrement. La FQME a mis sur pied un programme d’identification des athlètes, et la participation aux nationaux permettait de récolter des points.

« Ça démontre vraiment que les juniors sont désormais au même point que les gens dans la catégorie open », estime Jean-Marc de la Plante, tant chez les femmes que chez les hommes. L’absence de structure chez les adultes commence aussi à paraître, selon lui. Les compétiteurs juniors sont très encadrés, un cheminement est établi – une structure qui n’existe que peu ou pas pour les adultes.

Cela pourrait éventuellement se traduire par une collaboration avec le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, pour permettre aux jeunes grimpeurs d’obtenir davantage de subventions.

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par David Savoie


PORTRAIT >

TONDÉ Comment un ouvreur, né à Harare, au Zimbabwe, qui a passé par la France, ayant étudié à Montréal et vivant aujourd’hui sur la côte ouest-américaine a eu une influence importante sur la façon dont les salles d’escalade font leurs blocs est une histoire fascinante.

Ce qui a changé, selon lui, c’est que le sport n’est plus une discipline marginale, et que les salles ne sont plus en mode survie constamment. « Les salles tentent maintenant d’offrir un produit de plus haute qualité, de se distinguer les unes des autres », notamment par les problèmes qui sont proposés, explique-t-il.

Vous ne connaissez probablement pas son nom. Tondé Katiyo a un travail unique: il est ouvreur professionnel. Il répand ses blocs et sa philosophie d’ouverture aux quatre vents. Il a « semé » des problèmes déjà un peu partout dans le monde – le Japon, le Danemark, la France, les États-Unis, et bien entendu, le Canada. C’est notamment lui qui était l’ouvreur en chef aux championnats nationaux de difficulté en voie. Il a également formé plusieurs ouvreurs canadiens, dont de nombreux Québécois. Vous avez donc peut-être, sans le savoir, grimpé un problème ou une voie qui avait été influencé par Tondé Katiyo.

À son avis, beaucoup d’ouvreurs dans les gymnases manquent d’expérience, et cela se ressent chez les grimpeurs par la suite. L’ouvreur note que les jeunes athlètes de plusieurs pays où il va sont généralement très développés physiquement, mais qu’ils sont « pauvres » en gestuelle à qui ils manquent de la subtilité.

Il a un lien particulier avec Montréal – il a fait deux années d’études à l’UQAM, à l’époque, et c’est à ce moment qu’il entre en contact avec Allez-Up. De retour en France, il a travaillé comme graphiste, pour faire une distinction entre son boulot et ses loisirs – l’escalade. « Cette résolution a tenu 10 ans », dit-il en riant. Par la suite, il décide de devenir ouvreur – un métier qui ne s’apprend pas vraiment à l’école. Jusqu’à récemment, c’était impossible, selon lui, de vivre du seul travail d’ouvreur. « C’est encore un métier qui n’est pas encore bien reconnu par l’industrie », dit-il. Aujourd’hui, il est co-propriétaire d’une entreprise probablement unique dans le monde, « Ouvre-boîte », qui se spécialise dans l’ouverture de problèmes dans des compétitions et dans les formations aux ouvreurs. « Il y avait une vraie demande pour ça », explique Tondé Katiyo.

« Moi, j’ai du plaisir à grimper à l’intérieur et à l’extérieur. La clé de l’ensemble, c’est de résoudre un puzzle avec son corps. Les deux m’amusent, de manière différente, mais j’ai du plaisir à faire les deux. » Et pas besoin d’être fort pour ouvrir des problèmes difficiles à son avis. « La compétence de l’ouvreur, c’est de comprendre les mouvements, et de comprendre les gens. Comprendre un groupe de gens et leur faire des propositions de jeux, de défis qui leur conviennent », que ce soit un groupe de petites filles qui débutent ou des grimpeurs de la Coupe du monde. Justement, en Coupe du monde, les cotes des problèmes sont généralement V9 (7c), parce que les grimpeurs, même les plus forts, ne parviennent pas à « flasher » autant de problèmes de cette difficulté en peu de temps. Selon lui, une idée reçue, c’est que l’ouverture de problème est très facile à contrôler. « J’ouvre depuis 20 ans, et ça m’arrive toutes les semaines de faire des blocs de merde. Quand on est dans une démarche créative, on a une idée, on essaie de la sortir, de la mettre en application. C’est pas comme poser des briques ! » par David Savoie grimpE < 1 7


ENTRAÎNEMENT >

Pour ou contre l’entraînement croisé ? FAIRE DU KARATÉ POUR DEVENIR UN MEILLEUR GRIMPEUR ? PEUT-ÊTRE BIEN QUE OUI. LA GRIMPE EST UN SPORT COMPLEXE, AUQUEL IL FAUT CONSACRER BEAUCOUP DE TEMPS POUR DÉVELOPPER LA GESTUELLE. MAIS UN BON MOYEN DE PROGRESSER, C’EST LA LATÉRALISATION.

La latéralisation peut se définir comme la pluridisciplinarité. En grimpe, ce serait quelqu’un qui fait du bloc, mais qui pratique aussi l’escalade sportive, traditionnelle et de glace. En fait, ce qu’il faut comprendre, c’est que chaque discipline sportive a son propre lot de patrons moteurs à nous apprendre. Pour aller chercher tout votre potentiel de grimpeur, il vous faut une meilleure connaissance de ces patrons. On pourrait penser que de se spécialiser dans une discipline et de faire

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un Malcom Gladwell de nous-mêmes – la fameuse règle des 10 000 heures – serait le meilleur moyen de devenir une bête. Oui, il faut consacrer un certain nombre d’heures à l’escalade et la majorité en plus, mais pour devenir un meilleur athlète, il faut par-dessus tout chercher à développer de nouveaux patrons moteurs. Pourquoi, comment et quoi ?


L’entraînement croisé ? Qu’est-ce que c’est l’entraînement croisé ? C’est le ou les sports que vous pratiquez en dehors de l’escalade. Cela nous garde en forme, mais au-delà de nos améliorations au niveau de notre condition physique, cela nous permet de mieux comprendre notre propre corps. Plus on comprend où notre corps se positionne dans l’espace, mieux nous allons réagir physiquement. C’est ce qu’on appelle la « proprioception ». Comment cela se traduit dans la grimpe ? Une meilleure connaissance de ses sensations – du bout des doigts jusqu’aux orteils – permet d’ajuster son corps correctement, que ce soit sur une prise ou contre le mur. Et ce, sans même y penser. Mais encore faut-il choisir la bonne activité pour l’entraînement croisé. Petite analyse de certains sports basée sur l’apprentissage requis, l’opposition entre les groupes musculaires sollicités, les bénéfices pour votre grimpe et le petit côté sécurité :

La natation Combien de fois entendons-nous que la natation est un bon entraînement cardiovasculaire pour les grimpeurs ? Au-delà du fait que certains groupes musculaires sollicités sont les mêmes, le parallèle s’arrête là. Premièrement, la natation est un sport répétitif : si tu es capable de faire un mouvement de brasse, tu es capable de le faire sur 50 mètres. L’absence de variété dans les mouvements est le plus gros contre de la natation pour l’utiliser comme cross-training avec la grimpe (en répétant le même mouvement et parce que ce sont les mêmes groupes musculaires). Deuxièmement, à moins de nager avec des gants pour faire la vaisselle, dites adieu à votre belle corne. Finalement, bien que les nageurs de haut niveau aient des capacités physiques et physiologiques extraordinaires, leur « proprioception » est nulle en raison de l’état de quasi-apesanteur créé par l’eau ! Pas super pour un sport comme la grimpe qui se déroule dans un environnement où les sensations sont extrêmes.

Le cross-fit Cette activité est probablement ma préférée lorsque vient le temps de débattre au sujet de son effet négatif sur la santé de la population – parce que toutes les modes en entraînement sont souvent créées à la hâte. Avouonsle, c’est tendance de dire que l’on pratique cette activité, tout comme le yoga. Pour comprendre facilement l’effet du cross-fit sur votre corps, faisons un petit parallèle : feriez-vous une séance de bloc à votre limite après avoir grimpé 12 voies d’escalade sportive, elles aussi à votre limite ? Est-ce que vos chances de vous blesser seraient élevées ? Je pense que la réponse pour la plupart d’entre nous à la première question est non, et oui à la deuxième : vous auriez peur de vous blesser. Le défi en soi serait intéressant à réaliser une fois, mais jour après jour, c’est la recette parfaite pour se blesser. Haut volume et haute intensité sont synonymes de blessure ou de certaines maladies. On ajoute à cela que c’est

hypertrophique – de gros gains en muscles. On peut donc dire que ce n’est pas le meilleur moyen de progresser comme grimpeur.

Les arts martiaux Là, côté entraînement croisé, on commence à parler ! Les arts martiaux, peu importe lesquels, sont un moyen d’apprendre à bouger et à être créatif. En plus d’être un excellent moyen de se mouvoir dans l’espace, ils permettent une mise en forme générale sans augmenter notre masse corporelle générale. Par contre, attention aux blessures. Il est assez facile de se blesser lorsqu’on commence un sport de ce genre. Autre point important : cette activité peut être relativement exigeante physiquement, donc soyez prévoyant pour vos journées de repos.

La course et le vélo La course et le vélo sont aussi en vogue de nos jours. Excellent moyen de récupérer après une grosse séance et de maintenir une composition corporelle adéquate, ces deux activités peuvent aussi pour certains augmenter significativement leurs masses maigres au niveau des jambes. Cette masse maigre est non nécessaire pour la grimpe et à la limite, elle peut s’avérer un facteur de contre-performance. Ceux ayant des petits inconforts au niveau des genoux doivent faire attention à la course, sans craindre le vélo, qui leur sera bénéfique !

Le yoga Yoga-escalade, escalade-yoga. Les deux activités sont très liées. Excellent moyen de travailler souplesse, équilibre et concentration. Le yoga, tout comme l’escalade, est une façon de se mouvoir en trois dimensions et de prendre conscience de notre positionnement et de le réajuster. Le nombre de nouveaux mouvements possibles est quasi illimité. Le seul bémol au yoga est le fait que cette discipline ne renforce pas la musculature dans sa longueur. Comme les postures sont souvent figées pendant de longs moments et dans la même position, il n’y a pas de raccourcissement musculaire. Vos muscles seront souples, mais pas nécessairement forts dans leur longueur. En somme, il n’y a pas d’entraînement croisé parfait, mais vous pouvez aisément trouver une activité qui vous convient, en connaissant les limites qu’elle impose. Il est important de bien la choisir selon vos dispositions personnelles. par Guillaume Raymond

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Quelques questions... >

... AU NOUVEAU PRÉSIDENT Quelles sont tes objectifs en tant que président ?

Il s’appelle Jean-François M. Carrier, il est jeune et il a de l’énergie. Beaucoup d’énergie. Entrepreneur dans le domaine du showbiz, mordu des compétitions, il dit vouloir faire bouger les choses à la Fédération québécoise de la Montagne et de l’Escalade (FQME). Il a occupé la chaise de vice-président pendant un an, et maintenant, élu président au printemps, il a déjà établi ses priorités. Grimpe l’a rencontré tout juste avant son premier conseil d’administration à titre de président.

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Mon message, c’est qu’on est pas là que pour faire sept rencontres et voter. On est là pour faire grandir l’escalade, on est là pour que les membres soient contents, et ça part de faire les choses pour les membres. Je veux aussi m’assurer de l’objectivité des membres du CA. Ce n’est pas à moi de décider qui va être sur le CA, ce sont les membres qui votent. Par contre, comme je suis président, je vais m’assurer que durant mon mandat, tout le monde reste objectif. Quand je suis arrivé comme vice-président, j’ai démontré que je voulais beaucoup m’impliquer. J’ai beaucoup milité pour de meilleures communications. La communication se fait mal, donc on va recommencer. Il ne faut pas attendre que les membres fouillent pour l’information, il faut la pousser, pour pouvoir informer les gens ce à quoi ils ont accès. Les gens ne savent pas qu’ils ont accès à 30 sites s’ils sont membres de la fédé, qu’ils ont une assurance. Ce sont des choses que je veux pousser, pour que les gens sachent que ça sert. Qu’en est-il des compétitions ? Les compétitions, c’est mon dada. Je veux qu’on établisse les protocoles autour des compétitions. Par exemple, le ratio de blocs que les salles doivent avoir pour un événement, entre ce qui est technique ou plus physique, ce que les compétiteurs doivent faire,


DE LA FQME où ils doivent se rendre. Ça n’existe pas à l’heure actuelle. C’est le genre de chose que je veux faire avancer, pour que le Québec ne soit pas en retard par rapport à beaucoup d’autres endroits comme les États-Unis ou l’Europe, où ils sont déjà en avance sur nous. Nous allons fournir de l’aide financière aux athlètes qui vont faire des compétitions. Quels vont être les principaux problèmes à régler au sein de la FQME à ton avis ? Je disais la communication un peu plus tôt. Je pense qu’il faut aussi augmenter la visibilité de la fédération sur les sites naturels. Au Québec, les montagnes et les parois appartiennent souvent à des propriétaires privés, tandis qu’ailleurs dans le monde, c’est souvent au gouvernement. Si quelqu’un se fait mal sur un terrain privé, le propriétaire n’est pas protégé et il peut se faire poursuivre. Donc, la FQME engage des avocats, on envoie des employés négocier avec les propriétaires, pour qu’ils prennent des assurances conjointement avec nous, pour se protéger des accidents et donner l’accès aux grimpeurs. Il faut que les grimpeurs sachent que lorsqu’ils vont à la Montagne du Tranchant, ou au Pylône par exemple, si on s’est battus pour ce genre de sites là, c’est le travail de la FQME. C’est triste qu’il n’y a pas davantage de gens qui collaborent à tout ça pour un maigre 50 dollars par année. Il faut faire comprendre aux grimpeurs, surtout ceux de la nouvelle génération, que pour une somme assez minime, dans une fédération à but non lucratif, ils peuvent grimper sur plusieurs sites. Nous assurons aussi tout le travail, avec des bénévoles, que ce soit pour faire des escaliers,

avoir des sentiers dégagés. Ou encore les nouvelles plaquettes à Orford. C’est le travail de la FQME tout ça. Et en fait, on s’occupe bien plus que de l’escalade, on gère aussi le ski de fond en montagne. Nous sommes aussi responsables de tous les murs d’escalade dans les écoles de la province. Ou encore la formation des opérateurs de via ferrata. Il y a beaucoup de choses que les gens ignorent de ce que nous faisons, en dehors des compétitions et des sites fédérés. Il y aurait 15 000 grimpeurs environ au Québec, selon les chiffres les plus récents. Comment estce que la fédération peut mieux représenter tous les grimpeurs ? Premièrement, de meilleures communications. Je crois aussi qu’on a avantage à travailler en équipe au Québec, que ce soit les magazines, les magasins, les créateurs de prises, etc. J’étais fier de voir que les gymnases collaborent entre eux maintenant. Il y avait un représentant ou un propriétaire de chaque gym au Gala de la FQME. C’était bien de les voir ensemble. Ce serait bien de voir que tout le monde travaille ensemble. L’escalade est en expansion, travaillons ensemble ! C’est une synergie, une cohésion. par David Savoie

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#étédefou #escaladeauQuébec #toutcedontvousavezbesoin

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’été, c’est fait pour profiter du plein air. Grimpe au Québec vous propose une sélection des endroits classiques à visiter, ainsi que des « néo-classiques ».

Quelques rappels Pour bien profiter de l’été, rappelez-vous ces quelques conseils

En tête de liste des destinations, évidemment, Kamouraska, quoi d’autre. Que ce soit pour « La Renversée », « Moby Dick », ou pour « Prestation Aérienne », il est toujours agréable d’y aller ou d’y retourner. Vous pouvez aussi finir la journée à la microbrasserie « La Tëte d’allumette » - comme si déjà, la vue du fleuve n’était pas assez !

− n’hésitez pas à enlever vos chaussures entre les longueurs ou entre les voies, de cette façon, vous les épargnerez;

Près de Rimouski, vous trouverez des « néo-classiques ». Non seulement vous pouvez faire du bloc en plein été et avoir de bonnes conditions, sur une roche qui a vu peu de trafic, vous pourrez aussi aller faire des voies sur du conglomérat unique, à l’extérieur du Parc du Bic.

− évitez de mettre de l’insectifuge sur les cordes, ce n’est pas idéal;

− assurez-vous bien hydraté (sans suffisamment d’eau, vous serez plus sujet aux blessures);

− le matin et les fins de journée sont les moments où il fait le plus frais, n’hésitez pas à maximiser ces périodes !

Crédit photo : Alain Denis

Envie de tirer fort sur des petites prises ? Une partie du Sanatorium, plus près de la Capitale, vous rassasiera. Il paraît qu’il y fait si froid par moments qu’il faut assurer en manteau de duvet – parole de local ! L’ombre arrive vite sur une partie de la roche, vous y serez donc au frais. Une lecture du topo mis en ligne récemment vous guidera dans votre choix de voies. Saint-Alban se doit aussi de figurer parmi les destinations estivales potentielles: les surplombs garantissent une certaine protection du soleil, et la rivière à proximité rafraîchira un peu.

L’été, pour accomplir vos projets ? Ce n’est pas idéal ! Température et humidité élevées, transpiration, doigts suintants, insectes. Cela dit, l’été peut être une saison qui vous permet de planifier votre performance. Vous pouvez retourner sur votre projet régulièrement, et quand les bonnes conditions arriveront, tous les mouvements vous paraîtront faciles. Ou une autre façon de l’approcher, c’est de faire votre pyramide de difficulté pendant l’été, pour que votre corps et que votre technique soient à point pour votre projet.

Crédit photo : Alain Denis

Pour la performance

Crédit photo : Alain Denis

Les Laurentides, l’été, cela signifie deux choses, généralement. Le Cap des Pères, où la brise vous épargnera d’une chaleur trop désagréable. Et le Lac Boisseau, où la présence d’un lac près de la paroi atténue le ressenti de l’été.

Crédit photo : Olivier Turgeon

Dans Lanaudière, la montagne du Tranchant pourra certainement combler vos besoins. Mieux vaut y grimper en avant-midi et en fin de journée, mais certaines zones demeurent à l’abri des rayons.

Crédit photo : Alain Denis

par David Savoie

Crédit photo : Alain Denis

Près de Québec, vous trouverez quelques endroits où vous dégourdir les doigts. Au Parc des Grands jardins, il y a du terrain facile jusqu’à des façades beaucoup moins détendues pour occuper vos journées d’été. Et pour les journées de repos, vous pouvez aller sur le fleuve en kayak de mer, profiter de la houle.

− évitez les faces « sud » sinon vous allez cuire;

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SUGGESTION

NOUVELLEANGLETERRE

Acadia National Park (B)

Smuggler’s Notch (C)

L’endroit parfait pour la grimpe estivale dans la région : les parois, léchées par l’air frais de l’océan Atlantique, seront à température parfaite pour escalader du caillou. Sans oublier – un point non négligeable – la vue superbe! Il y a beaucoup de voies abordables, dont plusieurs se font en moulinette, et l’endroit recèle de nombreuses voies classiques, dont vous vous souviendrez longtemps. Pour les plus aventureux, il y a aussi possibilité de grimper des voies plus sportives, juste au-dessus du ressac. Sans oublier qu’il y a même quelques cailloux pour faire du bloc. N’oubliez pas la serviette et la crème solaire.

C’est un classique pour l’été : Smuggler’s Notch, près de Stowe, au Vermont, vous permet de faire du bloc dans des conditions décentes, pendant que tout le reste de la région suera sa vie. Il y a de superbes problèmes dans toutes les cotes – du V2 à V11, quand même! – et des néo-classiques commencent aussi à émerger. Bien que le livre-guide du bloc dans la Nouvelle-Angleterre soit le principal outil de référence, il n’est pas complet – et un peu mal fait, à vrai dire. Il vaut donc la peine de poser des questions à des locaux pour trouver certains problèmes ou en découvrir d’autres. Et une petite demi-heure de route vous amènera chez les producteurs de crème glacée, Ben et Jerry’s.

Crane Mountain (E) L’aventure à deux pas de chez vous – enfin, presque. Crane Mountain, située dans les Adirondacks, offre surtout de l’escalade traditionnelle, loin de la civilisation et des foules. Ce n’est pas ici que vous ferez la file pour grimper. Des dizaines de murs sont accessibles, bien qu’il faille marcher un peu. Mais l’effort est amplement récompensé par des longueurs splendides, et une superbe vue de la région. Vous pourrez même aller vous baigner dans un des étangs près des parois. Pour les amoureux de la nature qui cherchent un peu de calme pour l’escalade. Vaut mieux attendre à la fin juin pour y aller, par contre, pour éviter la haute saison des insectes.

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Wild River (Evan’s Notch) (D) Juste à la frontière du Maine et du New Hampshire, vous trouverez Evan’s Notch, qui comprend deux petites gemmes de parois en altitude, balayées par le vent, parfaites pour l’été. Laughing Lion et Wild River sont la promesse d’une expérience estivale parfaite. Altitude élevée, longs murs de granite, décor enchanteur, et beaucoup, beaucoup de mouvements d’escalade à faire. Les deux parois sont très près l’une de l’autre, et vous trouverez notamment une des plus belles 5.10+ de l’État à Laughing Lion, Mane Line. Vaut mieux être un grimpeur avec un peu d’expérience pour s’aventurer là-bas par contre, même des vétérans en sont revenus les yeux écarquillés de peur.


RECETTE >

Crédit photo : Lacey Dumler

Vous n’avez pas beaucoup de temps pour préparer de quoi grignoter à la paroi ? En plus d’être copropriétaire de la salle Shakti, à Montréal, Lacey Dumler est une cuisinière hors pair. Voici sa suggestion pour une bonne barre d’énergie – crue, facile à faire, bonne pour la santé, et même avec une option sans gluten, pour ceux qui ne le digèrent pas. Mieux encore, c’est impossible de rater la recette ! Bref, la collation idéale pour la paroi. Ingrédients : ------------------------------------------------------------

Farley (F) Le nom est familier aux oreilles des adeptes de bloc, mais il l’est moins comme destination estivale. S’y retrouver posera un petit défi: il n’existe aucun topo. Et pourtant, les falaises de Farley, au Massachusetts, abritent des centaines de voies, et certaines d’entre elles, dans une grande grotte, où vous serez au frais pour grimper. Sans oublier les arbres derrière, qui devraient vous fournir une ombre relaxante pendant que vous grimpez du granite de qualité mondiale. C’est une gageure, mais il faut se rendre sur place et demandez aux locaux pour obtenir de l’information – soyez sans crainte, ils vous aideront volontiers. par David Savoie

− 3 tasses d’avoine − ½ cuillère à thé de sel − 2 cuillères à souped’épices de votre choix – elle utilise généralement de la cannelle et du gingembre en poudre − 2 cuillères à soupe d’huile de noix de coco (optionnel) − ½ tasse de poudre de cacao − ½ tasse de noix de coco non sucrée − ½ tasse de graines de citrouille − ½ tasse de beurre de noix (choisissez ce qui vous convient) − ½ tasse de raisins secs − ½ tasse de dattes -----------------------------------------------------------1- Faites d’abord tremper les raisins secs et les dattes dans un bol, couvrez-les d’eau et laissez reposer. Si vous avez peu de temps, utilisez de l’eau chaude pendant 10 minutes. Sinon, faites-les reposer pendant 2 à 3 heures. 2- Passez le tout au robot culinaire – ou coupez le mélange en morceaux grossiers avec un couteau. Pas besoin d’égoutter les fruits, ils auront absorbé l’eau! 3- Combinez tous les ingrédients dans un grand bol et mélangez le tout avec vos mains. Ajoutez de l’eau, du beurre de noix ou de l’huile si le mélange est trop sec, ajoutez de l’avoine si c’est trop liquide. Le mélange devrait tenir ensemble si vous le serrez dans vos mains. 4- Mettez le mélange dans un plat rectangulaire en le pressant légèrement ou encore roulez-le en boule. 5- Réfrigérez pendant 1 ou 2 heures, ou encore congelez les morceaux.

VOiR LA CARTE PAGE SUIVANTE

Voilà ! Énergie garantie durant la journée ! Pour d’autres recettes de Lacey, visitez son blogue (en anglais seulement) : www.poweredbyplantz.com par David Savoie

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DEUX NOUVEAUX AMIS

par David Savoie

ARMAID: ce petit engin au look un peu particulier ne paie pas de mine, mais c’est une solution à deux problèmes communs chez les grimpeurs: les avantbras figés après l’effort, et les problèmes tendineux. Vous insérez votre avantbras entre les billes et le rouleau de mousse. Vous pressez ensuite sur les parties sensibles ou tendues, soit en bougeant votre bras de l’avant vers l’arrière, ou en restant immobile, pour laisser la pression faire son travail. À la paroi, cela vous aidera à dissiper l’acidose qui se forme dans les muscles, et vous serez (un peu) plus frais à votre prochain essai. Si vous avez une tendinite chronique ou assez sévère, attendez-vous à des sessions intenses – cela vous aidera, mais il faut aussi consulter, le Armaid n’est pas en soi une solution, c’est un outil supplémentaire. THERACANE (OU AUTRE DÉCLINAISON): Vous savez, cette zone précise de votre dos, où un point se forme ? Mais que personne, sauf votre masseur, ne semble être capable de trouver ? Theracane vous aidera à vous soulager – en solo, en plus ! Concept fort simple: avec la bille, vous appuyez sur le point tendu dans votre dos, ou ailleurs, et vous pouvez maintenir une pression, ou encore effectuer des mouvements, pour aider à faire diminuer l’inflammation de certains muscles. Ne vous fiez pas à ses apparences bénignes – cela procure un réel soulagement, et vous pourrez (enfin!) mettre la pression que vous voulez sur les zones qui vous font mal ! grimpE < 2 7


CONSEIL >

Chouchoutez vos doigts

LES DOIGTS, C’EST LE NERF DE LA GUERRE EN ESCALADE. BICHONNEZ-LES AVEC CES CINQ PRODUITS

1- Craie liquide, de Mammut

3- Crimp Oil, de Metolius

Un outil des plus intéressants pour l’été et les conditions chaudes. La craie liquide – plus connue en Europe qu’en Amérique du Nord – est un mélange ingénieux d’alcool et de magnésie. Deux utilisations fort intéressantes: d’abord, cela va assécher votre peau (adieu, doigts humides pendant votre voie!), et ensuite, la craie liquide va constituer une bonne couche préliminaire pour la craie. Il suffit d’en mettre une noix dans le creux d’une paume, frottez les mains, laissez sécher un peu et le tour est joué. Parfait pour la saison estivale ! De toutes les marques, celle de Mammut est notre favorite, car elle atteint le parfait équilibre: elle ne contient pas trop d’alcool, n’est pas trop liquide et il suffit d’en mettre peu pour voir les effets.

L’équivalent d’un bain relaxant pour vos poulies. Le produit porte bien son nom. L’« huile de réglette » soulagera vos doigts lorsque vous êtes très exigeants envers eux – sur des petites prises, par exemple, durant une longue journée dehors. Plutôt que de garder vos mains comme des serres durant toute la soirée, il suffit d’appliquer un peu d’huile – qui est un mélange d’huiles essentielles – pour faire disparaître les petits élancements, et vous serez prêts pour votre deuxième journée d’escalade (ou troisième!). L’huile a même été testée sur les avant-bras, où cela a aussi fait merveille ! Par contre, soyez avertis, ce petit miracle en bouteille ne prévient pas les blessures – si une de vos poulies est véritablement blessée, il faut envisager un traitement à plus long terme.

2- Clymb

4- Blyster

On crème Comment un bon produit peut-il devenir meilleur ? Le Clymb On, c’est un des nombreux baumes qui existent sur le marché et qui promet de vous régénérer la peau en une nuit, après une dure journée à se détruire les mains sur le roc. Mais le problème avec ces baumes ? Ils sont très gras, et parfois difficiles à manipuler. La nouvelle crème règle tous ces problèmes: non seulement il est simple d’appliquer la crème, en plus, elle est rapidement absorbée par la peau, et elle ne laisse pas de film gras sur les mains. En plus, elle vous redonne une bonne couche de peau assez rapidement – entendonsnous, si votre peau est à vif, tout ne sera pas guéri en une nuit. Les ingrédients sont si naturels que vous pourriez manger la crème, c’est dire ! Un must dans tous les bons kits de grimpeurs.

Ça y est, un – ou plusieurs!? - de vos doigts est affligé d’un sérieux manque de peau après vous être jeté sur une prise ? Impossible de faire repousser la peau magiquement, et donc, que faire ? Enfiler une bague « Blyster ». À la base, ce produit – une conception canadienne – devait permettre d’éviter les ampoules aux doigts pour différents sports. Mais il s’avère aussi d’une aide précieuse pour les grimpeurs qui manquent de peau: cela pourra couvrir votre blessure et l’aider à guérir, sans vous empêcher de mener vos activités quotidiennes. La tension dans la bague pourrait aussi aider dans le cas de blessures légères aux tendons. Par contre, le plastique n’est pas très résistant à l’abrasion de la roche – il s’agit peut-être d’un produit plus intéressant après une session. par David Savoie

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FAUT-IL S’INQUIÉTER

DES TIQUES ? De nouvelles données suggèrent que la maladie de Lyme, transmise par les tiques, est en progression, surtout dans le sud du Québec. En Montérégie, par exemple, le nombre de cas déclarés est passé de 17 en 2012 à 74, l’année dernière. D’autres régions au Québec sont aussi à risque, surtout dans le sud du Québec, notamment en Estrie et dans la Mauricie-etCentre-du-Québec. Le nord-est des États-Unis n’est pas épargné par la tendance: au Rhode Island, la population de tiques a atteint des niveaux inégalés en 20 ans, et 2013 a battu ce record. Les grimpeurs ont de quoi être préoccupés: ils passent souvent dans des environnements propices à la présence de tiques, dans les boisés, près des hautes herbes et des arbustes. Cette hausse du nombre de cas a-t-elle de quoi inquiéter ? Pour le moment, ce sont surtout les gens qui vont grimper dans les États américains du nord-est qui devraient prendre davantage de précautions, ainsi que ceux qui vivent dans le sud du Québec, où la plupart des cas de maladie de Lyme ont été répertoriés. Pourquoi s’inquiéter quand on peut éviter tout problème, répond le directeur du Centre des maladies vectorielles de l’Université du Rhode Island, et directeur du site TickEncounter Ressources Center, Thomas Mather. Selon le spécialiste, les tiques sont à prendre au sérieux. D’abord, parce qu’en juin et durant l’été, les tiques sont toutes petites, pas plus grosses qu’une graine de pavot, donc plus difficiles à repérer. Ensuite, parce que les insectes vont avoir tendance à se glisser sur les chaussures pour ensuite monter sous les genoux ou dans l’entrejambe, « deux endroits difficiles à vérifier », estime le spécialiste. « Si vous ne pensez pas être capable de repérer une graine de pavot sur votre corps à l’heure actuelle, vous ne verrez pas une tique », dit le docteur Mather. Une faible proportion des tiques est porteuse de la maladie de Lyme. Si vous repérez une tique sur vous, le fait de la retirer correctement vous évitera de contracter la maladie. Si par contre l’insecte reste 72 heures sur votre peau, c’est là où il y a un risque. Un des premiers signes

de la maladie, c’est une rougeur de la peau, qui ressemble à une cible d’au moins 5 centimètres, dans le mois suivant la piqûre. La maladie se traite bien avec des antibiotiques lorsqu’elle est reconnue rapidement. C’est lorsque la maladie n’est pas soignée que des complications sérieuses peuvent se manifester. La proportion des gens qui souffrent de ces complications est toutefois très faible. Mais la maladie de Lyme n’est pas le seul problème associé aux tiques. Il y a aussi d’autres maladies et infections qu’elles transmettent. « Il n’y a pas que la maladie de Lyme qui est préoccupante », explique le docteur Mather. Il y a aussi quelques infections et un virus très agressif, apparenté à la malaria, qui peuvent être transmis par la morsure de la tique. « C’est assez dangereux, pourquoi prendre des risques? », demande le docteur Mather. « Les gens qui font du plein air, comme les grimpeurs, ne veulent pas avoir à penser à ce genre de choses. » Il prescrit l’utilisation de vêtements traités à la perméthrine, un pesticide reconnu pour repousser les tiques. Certaines entreprises peuvent également traiter des vêtements, un traitement qui résiste à plus de 70 lavages. Des compagnies de vêtements, comme Colombia par exemple, ont une gamme de vêtements conçus pour prévenir les morsures de tiques. Évidemment, l’inspection est de mise après une sortie. Mettre vos vêtements dans la sécheuse, pendant 10 minutes, va aussi désintégrer toutes les tiques qui auraient pu se faufiler dans vos pantalons. Le DEET ? Ce n’est pas très efficace, affirme le spécialiste. L’insecticide se dissout rapidement, et il est rarement appliqué sur le bas du corps, là où les tiques ont le plus de chance de s’infiltrer, selon lui. Pour le docteur Mather, la présence plus nombreuse des tiques est une nouvelle réalité à laquelle les grimpeurs et les adeptes de plein air devront s’adapter, parce que les populations d’insectes sont en croissance. par David Savoie

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PARTEZ... À L’OUEST !

De juillet à septembre, Lion’s Head est une paroi parfaite pour la grimpe estivale. Situé à un peu plus de trois heures au nord-ouest de Toronto, l’endroit offre de grandes parois de calcaire qui attendent vos bons soins. Leslie Timms est une grimpeuse et une guide en Ontario. Elle connaît bien l’endroit, pour y avoir grimpé très souvent. Selon elle, il ne faut pas manquer la voie « Mainline », en 10a, et c’est chez Marydale’s, sur la rue principale, qu’il faut arrêter pour un bon déjeuner. Elle suggère de camper au Lakeside Rainbow. Lion’s Head requiert cependant un certain niveau de compétences en escalade pour grimper en toute sécurité, mentionne la guide. Pour accéder à certaines voies, il faut descendre en rappel, et à d’autres moments, assurer de stations en plein milieu du mur. « C’est bien de grimper du 5.10 pour apprécier tout ce que le mur offre », mentionne-t-elle. Amenez aussi votre matériel d’escalade traditionnelle si vous aimez le style, il y a aussi plusieurs lignes classiques pour poser des coinceurs. « Le livre-guide est incroyablement vieux, connaître un local aide beaucoup, mais les grimpeurs du coin sont très gentils et ils seront heureux de vous aider. Lion’s Head, c’est l’aventure, attendez-vous à ce que ce soit épique. Mais la vue à couper le souffle, avec beaucoup d’air et de la qualité de roche mondiale en fera de l’escalade inoubliable. »

Crédits photo : Kyle Thomas et Leslie Timms

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PARTEZ... À L’EST !

Grimpez des blocs d’un granite d’une qualité exceptionnel, en plein été, comment est-ce possible ? Deux mots: Nouvelle-Écosse. L’île de Dover remplit plusieurs critères dans la catégorie « destination estivale de choix »: il faut se rendre en bateau, vous serez isolés du monde, avec seulement votre matelas de sol, vos chaussons, vos compagnons d’escalade et le bruit des vagues. Et il est évident que certaines activités s’imposent naturellement si le thermomètre monte trop haut à votre goût ! Vous n’avez pas le pied marin ? Qu’à cela ne tienne, d’autres destinations, comme le « Land of confusion » - le royaume de la confusion ! - vous attendent dans la province des Maritimes, notamment certaines destinations où vous pourrez simplement grimper, et profiter de la plage ensuite. Deux conseils: faites attention à votre peau, le granite là-bas a le grain corsé, et renseignez-vous sur l’indice insecte, certains secteurs sont moins praticables durant certains mois de l’été. L’endroit où rester ? Ocean Spray B & B, d’où vous pourrez apprécier l’air marin, tout en réservant votre bateau pour votre journée de bloc sur Dover.

Crédits photo : Aidas Odonelis

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MUSIQUE >

QUELQUES SUGGESTIONS MUSICALES POUR L’ÉTÉ

Radi O. Bruno aux contrôles. Je vous suggère des albums qui passent sous le radar mais qui méritent, j’ose espérer, votre attention! Avec les kilomètres qu’on met au compteur pour pratiquer notre activité préférée, je ne serais pas surpris que la communauté de grimpeurs ait fait l’aller-retour de la Terre au Soleil plusieurs fois déjà. Voici donc une sélection d’albums pour faire passer les bornes dans une ambiance agréable. « The Road West », par John Reischman and the Jaybirds (2005) Le nom de l’album à lui tout seul devrait être suffisant pour intéresser les grimpeuses/grimpeurs sur la route. Le bluegrass est un style qui plonge l’auditeur dans les décors du Sud américain à la « O Brother, Where Art Thou? ». Ne soyez pas surpris, John Reischman est Canadien, mais ses Jaybirds sont en partie Américains. Le titre « Travelin’ The Road West » est un ver d’oreille dont vous aurez de la difficulté à vous défaire. La contribution vocale de Trisha Gagnon vient balancer l’album avec une mélancolie irrésistible (« In The Fall »). The Road West est un mélange de compositions originales et de titres traditionnels (« Hop High my Lulu Gal, Troubles, As Time Draws Near ») qui s’imbriquent bien pour faire un album cohérent. L’album date de 2005, mais puisque le « bluegrass » est à l’épreuve du temps, aucune date de péremption à surveiller. Avec le violon de Greg Spatz dans le tapis, la route jusqu’à Squamish devrait se faire en moins de 2 jours! Gardez-vous le titre « Home Sweet Home » pour le retour. « Empire soldiers », par Brain Damage et Vibronics (2013) Ce truc est énorme. Il se passe quelque chose de vraiment spécial ici: un album dub avec une trame narrative constante. Un concept album qui, dans l’univers dub, n’est pas chose commune. En 2014, on « célèbre » le 100e anniversaire de la Première Guerre mondiale. Cet album rend hommage aux soldats franco-africains et angloantillais qui y ont combattus pour la gloire des pays colonisateurs. Écoutez le terrible « Do U Remember? » pour vous plonger dedans. Album double avec chansons mixées par Brain Damage sur la première galette et versions dub mixées par Vibronics sur la deuxième. La formule permet de vraiment apprécier le travail qui est fait par les bidouilleurs de machines dans le studio (« Dub Engine », « Neuve Chapelle Dub »). Les chanteurs invités sont tous excellents et donnent des couleurs incroyables aux dubs (« Mûchat »). L’album plonge dans un univers très anglo-saxon avec de gros steppers bien sentis qui vous tiendront éveillés jusqu’à votre destination de choix même tard dans la nuit. 3 2 > grimpE

« Big Shots », par Charizma & Peanut Butter Wolf (2003) Une autre pépite pour les nostalgiques d’une époque où la musique ne sonnait pas pareil! L’abum « Big shots » a été enregistré entre 1991 et 1993, l’âge d’or du hip-hop, mais la galette est restée sur les tablettes pendant 10 ans, en raison de différences de vision entre la maison de disques et les artistes. C’est avec plaisir que l’on se plonge dans cet album. « Here’s a Smirk » est un classique instantané du genre à te faire accélérer sans t’en rendre compte tellement tu es sous l’influence du rythme. Les échappées verbales de Charizma rebondissent parfaitement sur les instrumentaux de PBW. On ne peut plus vrai sur « Red Light Green Light ». Tristement, Charizma a été assassiné en 1993, ce qui ajoute une aura spéciale à l’album. À classer dans votre collection entre Beastie Boys et A Tribe Called Quest. « Tempo des frontières », par Voyageurs nus (2014) Heureux mélange de sonorités que ce « Tempo des frontières ». Remplis de rythmes contagieux qui vous donneront la bougeotte et l’envie de partir sur la route sans jamais vous arrêter (bon, je sais, vous êtes déjà une gang à l’avoir compris). Pour vous convaincre, branchez-vous sur la chanson éponyme « Voyageurs nus », bien remplie avec un clavier nerveux, des cuivres invitants et un chœur qui tombe à point. Plusieurs morceaux s’enchaînent sans qu’on ne s’en rende compte, donnant à l’auditeur la chance de goûter à l’énergie qui fait la force du groupe en spectacle. Plusieurs instrumentaux donnent la chance à tous les musiciens de s’exprimer (« Cantonsde-l’Est », « Ride Country »). Les textes sont un mélange de français, d’anglais et d’espagnol et invitent au voyage et aux rencontres (« Café des républiques »). L’été sera chaud et le son des Voyageurs nus est un vent de fraîcheur pour tous ceux qui n’ont pas l’air conditionné dans la voiture.


« Rootsman », par Martin Campbell & Hi-Tech Roots Dynamics (1998) Martin Campbell est le fils d’un militaire anglais muté en Jamaïque alors qu’il n’a que deux ans. Il se découvre une passion pour la musique très jeune et particulièrement pour le son du mythique studio Channel One. Au fil des ans, il enregistre des dizaines d’albums, pour lui et pour d’autres, mais reste relativement inconnu. Avec ce « Rootsman », tout y est : des lignes de basses simples, une batterie sèche qui claque (« Just Another Day ») et une voie remplie d’émotion et de chaleur qui nous rappelle que pour être efficace, une chanson n’a pas besoin d’être trop chargée. Des textes souvent racontés comme de petites histoires poignantes (« Give Me the Money ») qui nous font réfléchir. De quoi méditer pendant les longues heures de route sur le sens de la vie et l’importance qu’on accorde à nos projets de grimpe… par Radi O. Bruno À propos : Radi O. Bruno, reggae selector et enthousiaste musical, est toujours à l’affût de nouvelles pépites sonores. Il s’est donné pour mission de faire découvrir des morceaux certifiés métaux précieux rarement entendus sur les ondes.

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BRIN DE VIE >

Problème de traverse

Les bernaches sont passées, les bélugas se montrent la face à Tadoussac, les monarques quittent le Mexique et les grimpeurs québécois migrent vers l’Ouest pour l’été. C’est un rituel commun pour les étudiants, les profs, les chômeurs et tous les autres grimpeurs qui cherchent une solution aux falaises face sud et aux canicules québécoises. Cette année, ce sera ma huitième traversée du continent vers le côté gauche de la carte. Toujours dans un « bazou » qui vaut tout au plus 2000 $. Je vous propose un recueil d’anecdotes et quelques petits conseils pour agrémenter votre traversée. Bonne lecture et on se verra peut-être de l’autre côté des plaines. 3 4 > grimpE

Le départ T’es excité. T’as joué à Tetris (avec les bagages) pendant deux heures. Tout est dans l’auto. Tout? Est-ce que j’oublie quelque chose? Tous tes objets utiles trouvent une place : la brosse à dents, le porte-monnaie, les lunettes de soleil, la carte routière, le couteau, la fourchette, la cuillère, le iPod, le sac de graines de tournesol… Personnellement, j’aime bien avoir une glacière pleine de bonne bouffe à portée de main (sur le banc passager si je suis seul). Tu viens d’emménager dans ta « maison mobile ». C’est maintenant le moment des ajustements : le dossier, le miroir, le « gugusse » qui cogne dans la vitre en arrière, les sangles sur le toit qui vibrent, la patente dans la porte qui « flagosse » et qui fait du bruit… Et c’est parti! Tu ressens la sensation de liberté, d’évasion. Comme dans les films, t’as juste envie de baisser la fenêtre, de sortir ta tête et de crier « ROAD TRIP »!

Les imprévus, les pépins T’es encore pas trop loin de chez vous. À peu près comme aller à Sept-Îles ou New York. T’es en Ontario. Faut s’habituer, car on y est pour longtemps. Une contrée hostile de par sa langue (ça aussi faut s’habituer) par ses orignaux (voir les pancartes) et par les autoroutes soit achalandées et/ou qui rencontrent. Ça n’a rien de trop dépaysant ni de charmant. Tu te situes sur la carte et ça n’avance pas vite. « Ouin, ça va être long pour vrai! » Et c’est à ce moment que ça arrive. Il y a la fois où j’étais sur le point de perdre une roue qui dévissait tout seule. La fois où un essuie-glace s’est tout simplement éjecté lui-même en pleine averse nocturne. La fois que mon hayon s’est ouvert sur la quatre voies dans le coin de Toronto. Et cette fois quand il ventait et que j’avais de la misère à garder le cap, la boite à ski qui pogne dans le vent. La police m’a arrêté cette fois-là pour une vérification. Je baisse la fenêtre juste un peu parce qu’il mouille et qu’il vente. Je me dis qu’il va comprendre et j’éprouve un petit plaisir à le voir se les geler dehors! J’étais surpris de


me faire arrêter et très content qu’il n’y avait pas de boisson dans ma glacière quand il m’a demandé de l’ouvrir. Donc, rappelez-vous: il faut garder la bière dans le coffre!

La survie Tu veux rester en santé. Tu remplaces les chips et les jujubes par des crudités. Tu fais des repas à l’avance (salades, sandwichs, yogourt, granola, pâtés, hummus…). Tu veux aussi être prêt à grimper, pas trop courbaturé. Donc il faut une bonne routine d’étirements (cou, épaules, avant-bras, jambes…). Tu veux rester sain mentalement. Donc tu calcules plein de choses (le temps que ça prend à cette vitesse pour faire cette distance par exemple), tu joues à des jeux (quand je vais au marché, je mets dans mon petit panier, Shabadabada, etc) et t’écoutes de la bonne musique variée. Il y a Pouliot qui me parlait de son ami qui a fait Montréal-Tofino sans Radio. C’est de la folie! Beaucoup de musique, une bonne antenne pour capter Radio-Can, des haut-parleurs en ordre, c’est ce qu’il faut. Les yeux sur la route et les oreilles grandes ouvertes, c’est le temps d’écouter l’album au complet, d’apprendre les paroles, de chanter à tu-tête pour combattre le sommeil ou de jouer à La Fureur.

Arrêt aux puits Il y a la fois où on a manqué de gaz vers 1h du matin à Falcon Lake, aux portes du Manitoba. Bien sûr, la station est fermée. Mais on va voir quand même. L’employé qui habite le logement au-dessus vient nous répondre. On lui explique. Il nous ouvre les pompes en appelant CAA. Je ne comprends pas trop. Il jase un peu avec le téléphoniste et en un rien de temps, le réservoir est plein avec un rabais, comme si c’était un dépannage… En gros, la panne d’essence s’est transformée en un plein à 1 $ le litre. Morale de l’histoire : tu veux être membre CAA. Il y a aussi la fois où j’avais tellement envie de pisser. Mais je ne veux pas perdre de temps. Arrivé à la pompe, je passe ma carte visa et mets le boyau dans le réservoir. Je coince le bouchon dans la poignée pour que ça continue à remplir et je me précipite aux toilettes me vider. Ahhhhh! Libéré, j’embarque dans l’auto et je file. Mais oops! Le pistolet est encore accroché à mon auto, puis quand je pars, il fout le camp par terre. Je laisse donc l’auto démarrée au neutre et sors à la course pour courir après mon bouchon qui roule vers le bas de la pente. De la PENTE? Merde! J’ai le bouchon, mais là c’est l’auto qui se dirige vers la rue toute seule. Comme le ferait Indiana Jones, je passe par-dessus le capot pour plonger dans le cockpit et actionner le frein à main! Je replace le pistolet, le bouchon et c’est reparti comme si de rien était.

Le cauchemar Tu roules sans arrêt pendant cinq heures. La nuit tombée, tu cognes des clous. Dormir quand l’auto roule, c’est pas toujours si facile. Et c’est déconseillé si on est au volant! Personnellement, j’arrête l’auto pour 5 ou 6 heures pour bien me reposer. Mais quand on est deux chauffeurs, on se relaye et on gagne 12 heures sur une traversée. Il y a cette fois lorsque je traversais avec Adam. Après mon tour au volant, on ravitaille l’auto et je prends place côté passager pour dormir. Il est minuit. Avant de partir pour son plein, Adam stationne devant le Tim Hortons. Il sort se prendre un café. Je m’assoupis. Quand Adam rentre dans la voiture avec son café, ça me réveille. Je regarde l’enseigne lumineuse du Tim, puis le cadran de l’auto. Il est 3 heures du matin. Je capote et commence à varloper Adam. « C’est quoi l’affaire? T’as tourné en rond ? Tu t’es endormi sur la bolle ? Yé 3 heures pis on n’a pas bougé. ». Adam, en riant, me rassure: on est dans une autre ville 300 kilomètres à l’ouest et qu’il voulait un autre café. Morale du cauchemar : tous les Tims sont pareils surtout la nuit et on peut finalement dormir pas si mal en roulant.

L’arrivée C’est là où on devient comme un enfant la veille de Noël. Tu vois les montagnes enneigées. Tu ne sais plus où donner de la tête. Il y a tellement de roche et de dénivelé comparé à chez nous. Tu te sens comme un gamin qui reçoit exactement ce qu’il voulait pour Noël. Et puis, comme quand on accoste un bateau ou qu’on revient de l’espace, tes jambes atrophiées, tes yeux qui anticipent un décor qui serait supposé défiler et ta bouche qui n’est vraiment pas synchro avec ta tête. T’es tellement content d’arriver, mais ça fait bizarre d’être enfin ailleurs. Ailleurs que chez vous et ailleurs qu’entre les 4 portes de l’auto. La traversée s’est bien passée, c’est pas trop mal. Tant mieux, car il faut la faire dans les deux sens! N’y pensons pas tout de suite. À la grimpe. Site de camping, épicerie, livre guide, et c’est un départ. Rendez-vous au Black dike boulder, dans les Bluffs, à Grassy ou au pub bien sûr. Bon été à tous. par Olivier Ouellette

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