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LE 6 DÉC. SUR NC1ÈRE p. 42 Palabres d'écrivain Rencontre avec Nicolas Kurtovitch

LES POÈMES DE MICHÈLE MOLÉ

p. 44 Liens culturels Le chœur de l’Histoire

p. 10 Grande interview

p. 19 Portrait Calixte Ourignat, sculpteur

ENDEMIX n° 09 novembre 2014 - février 2015

GRATUIT

p. 27 Spécial


ENDEMIX n° 09 décembre 2014 - février 2015


édito

4 LA CULTURE BOUGE 6 CULTURE WEB 8 CHRONIQUES D'AILLEURS LA GRANDE INTERVIEW 10 Les poèmes de Michèle Molé 12 LIRE UN PAYS LE SELFIE DU PHOTOGRAPHE 13 Derrière l'objectif de Marc Le Chélard 14 PORTRAITS Raïssa - La tête et les jambes

Cinnamon - La pop folk épicée Ilie Poindipenda - Talentueuse jeunesse Louise Sawaza - Le visage du cinéma calédonien Calixte Ourignat - Le mouvement et l’immobile Burst - Métal extrême Paul Wamo et Théo Quillier - Ça tourne !

L'ART AUTREMENT 24 Tribu(te) to the jazz GENRE IDÉAL 25 LeLEmapping FLÈCHES DE LA 27 SPÉCIAL MUSIQUE Les 24 nominés Les nouveautés des Flèches de la Musique Découvrez le jury international... … et les coaches Présentation du jury local

LE CRI DU CAGOU 40 Tournage

PALABRES D'ÉCRIVAIN 42 Nicolas Kurtovitch : « La poésie est une forme de méditation »

CULTURELS 44 LeLIENS chœur de l’Histoire CRITIQUES 48 MUSIQUE

Enlightenment, Shaman Dub C’est mon monde, Loremx Hna Thatilo, Sumaele Inspiration, Djaliv

LITTÉRATURE L’Épreuve du masque, Christine Rousselle Le Prêtre et le juge, Le père Roch Apikaoua s’entretient avec le magistrat Jean-Paul Briseul

Dernier numéro d'Endemix de l'année 2014. Après la littérature et le Silo, c'est au tour de la musique d'être sous les feux de l'actualité et à l'honneur dans ce magazine. Au travers notamment des Flèches de la Musique, qui reviennent avec leur lot de nouveautés et permettront, nous l'espérons, une meilleure visibilité pour nos artistes, non seulement au pays mais aussi à l'export. Nous ne cessons de dire que nos artistes ont du talent, il ne tient plus qu'à le confirmer aujourd'hui sur scène. Souhaitons-leur, avec le prix Export Maison de la Nouvelle-Calédonie, nos meilleurs vœux de réussite. Et puisque nous en sommes aux vœux, que 2015 soit pour chacun d'entre vous, lecteurs, public, acteurs de la culture, une année riche en découvertes et en émotions ! N'oubliez pas, la culture est à votre porte... Chris Tatéossian Directeur du Poemart

KANEKA 50 «ERA Thai vi kaneka » de Vamaley

51 MÉTIER

Chef d’orchestre

PARCOURS 52 Gérard del Rio, rédacteur en chef de Mwà Véé ÉTAIT UNE FOIS… 53 LaILMaison du Livre de Nouvelle-Calédonie LIEU 54 Centre culturel Pomémie de Koohnê FICHE PRATIQUE 56 Organiser un événement culturel

57 AGENDA 58 ANNUAIRE

Endemix est publié par : Le Poemart : Pôle Export de la Musique et des Arts de NouvelleCalédonie 1, rue de la République L'Orégon, 98800 Nouméa Nouvelle-Calédonie Tél. : (687) 28 20 74 contact@poemart.nc www.poemart.nc

La Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie 21, route du Port-Despointes Faubourg-Blanchot 98800 Nouméa Nouvelle-Calédonie Tél. : (687) 28 65 10 accueil@maisondulivre.nc www.maisondulivre.nc

La bibliothèque Bernheim 41, avenue du Maréchal Foch 98800 Nouméa Nouvelle-Calédonie Tél. : (687) 24 20 90 bernheim@bernheim.nc www.bernheim.nc

Directeur de la publication : Chris Tatéossian Rédactrice en chef : Gaëlle Bessaudou-Perrier (perrier.gaelle@gmail.com) Coordinatrice : Claire Thiebaut (claire@poemart.nc) Rédaction : Léna Quillier, Frédérique de Jode, Aurélie Cornec, Claire Thiebaut, Sylvain Derne, Anne Bihan, Stéphane Camille, Coralie Cochin, Virginie Grizon, Jean Bessaudou, Virginie Soula. Photographies : Éric Dell’Erba, Marc Le Chélard, Erwan Morellli, Théo Rouby, Coralie Cochin Couverture : Marc Le Chélard Corrections : César et Rosalie Publicité : Rezo, tél. : 25 50 90 Maquette, réalisation et couverture : Push&Pull, tél. : 24 22 49 Impression : Choice Company Tirage : 15 000 exemplaires Distribution : Totem ISSN : en cours Le Pôle Export de la Musique et des Arts de Nouvelle-Calédonie est une association à but non lucratif créée en décembre 2007. Il a pour mission de promouvoir la création locale à l’intérieur et à l’extérieur du territoire en accompagnant collectivement les artistes et en mettant à leur disposition des outils et un réseau-ressources local et international.


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La culture bouge a

udiovisuel

le cinéma

du nord au sud Cette fin d’année s’annonce riche en cinéma. L’association Konexcité renouvelle son festival « Coup d’ciné », fin novembre, avec la projection de films et l’organisation d’un concours de courts-métrages sur VKP. En province Sud, l’opération « Un été au ciné » sera une nouvelle fois le principal événement culturel de la saison estivale.

Par Coralie Cochin

ENDEMIX n° 09 décembre 2014 - février 2015

S

i le village de Koné n’a pas de cinéma, ses habitants n’en sont pas moins attirés par le septième art. Pour la troisième année consécutive, l’association Konexcité organise son festival « Coup d’ciné » qui se déroulera fin novembre à Koné, à Pouembout et très probablement à Voh. À l’origine de cet événement, « il s’agissait de proposer une opportunité supplémentaire aux habitants de la zone de pouvoir assister à des projections en plus de celles programmées ponctuellement par la médiathèque », indique Claire Marty, l’une des trois bénévoles de l’association. Après la cuisine et le western, cette nouvelle édition s'intéresse au voyage. Des projections de films de fiction seront proposées autour de cette thématique, ainsi qu’un concours de courtsmétrages, ouvert aux habitants des trois provinces. « L’idée est aussi de créer une ambiance conviviale autour de l'événement avec des spectacles de danse, des ateliers, des concerts et des stands de restauration », ajoute Claire Marty. Quatre prix seront décernés par le jury lors de la cérémonie de clôture, le 6 décembre prochain.

Des projections en tribu En province Sud, « Un été au ciné » poursuit sur sa lancée. Né il y a dix ans, ce dispositif offre un interlude culturel bienvenu pendant une saison estivale traditionnellement creuse. Cette pause dans la programmation est « heureusement

de moins en moins vraie, car les pratiques culturelles des Calédoniens évoluent, la population augmente et tout le monde ne part pas en vacances durant deux mois à l’étranger ou en brousse », souligne Martine Lagneau, première vice-présidente de la province Sud, en charge de la culture. « 10 000 personnes ont assisté à ces projections en 2014, ce qui nous motive à prolonger cette opération », se réjouit l’élue. Inspiré du dispositif national « Passeur d’images », « Un été au ciné » propose une trentaine de séances en plein air dans les treize communes de la province, dont quelquesunes en tribu. Si la programmation est essentiellement tournée vers les fictions grand public, un documentaire (tel que Marley ou Sugarman, les années précédentes) sera présenté en partenariat avec l’ADCK-centre culturel Tjibaou. Les prestations artistiques, offertes en amont de la projection pour faire patienter le public, seront renouvelées cette année. La diffusion de courts-métrages locaux devrait également précéder certains films. Autres nouveautés, la province Sud souhaite proposer une séance de karaoké cinématographique, « comme cela se fait déjà à Paris », précise Jean-Baptiste Friat, le directeur de la culture de la province, ainsi que des séances mystères, pour lesquelles le lieu ou le titre du film ne seront dévoilés qu’au dernier moment.


À l’affiche au centre culturel Tjibaou

EXPOSITION 10SEPT.2014 08FÉV.2015

KNAM MA KEEN KO NÉVÂ – VANNERIE PEAUX ET CONTENANTS DE VIE Salle Komwi Renseignements : Tél. 41 45 45 www.adck.nc adck@adck.nc

ngan jila, la maison des richesses

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AU DIM.

© Fritz Sarasin, 1929 (détail)

DU MER.


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Culture web r e t n I

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à une simpleu io d tu s e m uisait son ho hevronnés o Et si l’on réd on ? Les beatmakers c ix pour créer applicati nt désormais le cho sélection. en herbe o out des doigts. Petite e du b ad leur musiqu Figure sur iP

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ENVOLEZ-VOUS


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é

Chroniques d'ailleurs

vénements

Qu’est-ce que tu fais pour

les vacances ? Qui dit été, dit festival. L’Australie et la Nouvelle-Zélande sont particulièrement friandes de ce genre d'événements et nos voisins anglo-saxons se sont forgés une solide réputation en la matière. La Polynésie n’est pas en reste avec le rendez-vous des amoureux de documentaires. Il ne reste plus qu’à choisir votre destination.

Laneway Festival Tout l’été dans les grandes villes du Pacifique Sud Depuis 2004, le Laneway Festival sert de tremplin aux jeunes artistes internationaux. Environ 1500 spectateurs s’y retrouvent chaque année pour découvrir des groupes venus d’Helsinki, de Cuba ou d’ailleurs. Le festival tourne dans plusieurs grandes villes du Pacifique Sud, d’Auckland à Adélaïde, en passant par Sydney et Melbourne. Il s’exporte également aux États-Unis, notamment à Détroit. Plus d’informations : http://lanewayfestival.com/

Le Festival international du film documentaire océanien, Fifo (12ème édition)

Du 31 janvier au 8 février 2015 à Papeete, Tahiti Le Fifo est le plus important festival de documentaires dans le Pacifique. Chaque année, il réunit les amateurs du genre et les plus grands réalisateurs de la région. Pendant le festival, de nombreux événements sont également organisés afin de faciliter les rencontres et le développement de projets communs. Plus d’informations : http://www.fifo-tahiti.com

Sydney Festival

Du 9 au 26 janvier 2015 à Sydney, Australie Du cirque, de la danse, du théâtre et de la musique, le Sydney Festival est l’un des rendez-vous les plus éclectiques de l’été. Chaque année, il propose plus d’une centaine de spectacles réunissant un millier d’artistes. Les représentations ont lieu dans une trentaine de sites répartis aux quatre coins de la ville. On pourra y retrouver entre autres, Björk, Grace Jones, Cate Blanchett… Toute la programmation de cette 38e édition est disponible sur le site : http://www.sydneyfestival.org.au

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Kiwiburn

Du 21 au 26 janvier 2015 à Hunterville, Nouvelle-Zélande Kiwiburn existe depuis dix ans et réunit chaque été un millier de participants entre rivière et colline dans un petit village nommé Hunterville, à cinq heures d’Auckland. Si vous êtes dans la région, c’est le festival incontournable auquel il faut participer. À l’image du Burning Man des États-Unis, l’événement est le rendez-vous de nombreux artistes plasticiens et DJs dans une ambiance conviviale et champêtre. La fête se termine par un gigantesque feu d’une dizaine de mètres de haut, au cours duquel une statue géante en bois disparaît dans les flammes. De quoi réchauffer les cœurs. Plus d’informations : http://kiwiburn.com/

Splore

Du 20 au 22 février 2015, au Tapapakanga Regional Park, à une heure d'Auckland, Nouvelle-Zélande Trois jours de musique et de découverte à quelques encablures de la capitale économique de la Nouvelle-Zélande. Le festival se déroule au parc régional Tapapakanga, sur un lieu mythique et historique. Les artistes internationaux (DJ Shadow, The Ragga Twins, The Cuban Brothers…) côtoient les artistes locaux dans une ambiance décontractée. C’est aussi l’occasion de participer à des stages de DJing. Le festival propose même des séances de yoga ! Plus d’informations : http://www.splore.net/

Soundwave Festival

De février à mars 2015, dans les grandes villes australiennes Lors de sa création en 2004, le Soundwave Festival avait lieu uniquement à Perth (il était nommé alors Gravity Soundwave). À partir de 2007, il quitte sa ville natale et prend d’assaut les plus grandes cités : Sydney, Adelaïde, Melbourne et Brisbane. Greenday, Placebo ou encore Rob Zombie ont fait partie du cru 2014. Une partie de la programmation est dévoilée : Faith No More, Soundgarden, Slipknot. Pour suivre l’actualité : http://soundwavefestival.com


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Grande interview m

usique

LES POÈMES DE

Mich

Lauréate du Trophée des Jeunes Artistes en 2013, Michèle Molé est l’une des révélations de la scène musicale calédonienne. À tout juste 16 ans, la jeune femme originaire de la tribu de Luecila (Lifou) sort son premier album en novembre, dix titres empreints d'émotion et de sincérité qui révèlent une artiste prometteuse.

C

omment s'est passée la préparation de votre premier album ?

Michèle Molé : Très bien. Durant toute la session studio, nous avons pu générer une créativité très stimulante avec mon producteur Patrick Schoukroun, directeur de Music Station, et les musiciens qui m’accompagnaient. L’ambiance était conviviale et chaleureuse.

Que pouvez-nous dire de cet album ? Il comprend une dizaine de chansons et de musiques que j'ai composées. Des textes à la fois anciens et plus récents. C'est un album très acoustique ; beaucoup de guitare, mais aussi du piano et des cordes. Si je devais résumer le style musical, je dirais “soul” et “folk”.

Je ne sais pas vraiment quelle était son idée première, mais ce concours m'a permis de savoir ce que je valais musicalement et vocalement. Chanter devant un public et un jury, être récompensée, c’est sans aucun doute l’événement qui m’a donné envie de continuer. C'est un merveilleux souvenir.

Surtout que ce prix vous a permis d’arriver à cette aventure musicale : l’album, les concerts... C’est vrai. J'ai notamment gagné un stage de perfectionnement musical et j'ai pu me produire lors du Festival Femmes Funk. Là également, ce fut une nouvelle expérience pour moi. Se présenter devant un public parmi des artistes de renom était stressant, mais tout aussi incroyable. Puis, il y a cet album. Je vis une belle aventure pour mon âge.

Vous écrivez vous-même vos chansons. Qu’est-ce qui inspire une jeune fille de 16 ans ? C'est surtout dans ma chambre que je prends le temps d’écrire et de composer. C'est dans cette pièce que les idées me viennent. Mes chansons parlent à la fois d'événements très personnels, de sentiments amoureux, de souffrances, de rêves, mais aussi de thématiques plus universelles comme les problèmes liés à l'adolescence et qui, par transversalité, évoquent les questions que peut se poser la jeunesse d'aujourd'hui. Je cherche d'abord à véhiculer à travers mes chansons des émotions et des sentiments pour toucher les gens. Je suis sincère dans ce que je ressens et ce que je souhaite transmettre.

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Une transmission que vous faites dans la langue de Shakespeare. Pourquoi ? Elle est en adéquation avec ce que je veux dire. Les mots me viennent plus facilement en anglais et s'accordent mieux avec la tonalité de ma musique.

Vous avez été découverte récemment en remportant le Trophée des Jeunes Artistes en 2013, un concours qui s'adresse aux collégiens et lycéens du Territoire. Effectivement. D'ailleurs, pour l'anecdote, ce n'est pas moi, mais ma mère qui a pris l'initiative de m'inscrire à cette compétition.

Je suis sincère dans

ce que je ressens et ce que Est-ce que vous réalisez un rêve d'enfance ? Bien sûr. Depuis toute petite, je chante. Je me souviens que je chantais déjà en anglais alors que je ne comprenais pas la langue. J’avoue avoir été très surprise quand Patrick Schoukroun m'a proposé de faire un album. Mais depuis, je me suis investie totalement car c'est une fabuleuse opportunité.

Le public est charmé par votre voix très particulière. Vous avez pris des cours de chant ? Je n'en prends que depuis récemment, pour m'améliorer, et des cours de guitare...

Quand on vous dit qu’à votre âge vous avez un talent étonnant, plein de promesses, qu’est-ce que cela vous fait ? Ce serait prétentieux de ma part de dire tout de go que j'ai du talent car je crois que tout le monde en a. Il doit juste s’exprimer et se développer.


p. 11 Grande interview

Ele

© Marc Le Chélard

Par Frédérique de Jode

LA SLN AUSSI SOUS LE CHARME

Votre producteur évoque pour vous des opportunités à l'international. C'est ce que vous souhaitez également ? C'est paradoxal parce que je suis quelqu'un d'ambitieux et en même temps, je manque de confiance en moi. Et je pense qu’il est un peu trop tôt pour parler de carrière dans la chanson ; mon album vient juste de sortir.

Est-ce que vous envisagez tout de même d'embrasser une carrière de chanteuse ? Je ne peux pas être si catégorique pour le moment. Je suis en Première S (au lycée Lapérouse, NDLR) et je souhaite poursuivre des études. J'envisage de faire médecine. Est-ce que je pourrais mener de front la musique et les études ? Est-ce que je dois seulement me consacrer à la chanson ? Je ne sais pas encore. L'avenir le dira...

L'AVIS DE PATRICK SCHOUKROUN, PRODUCTEUR

« Michèle a beaucoup de talent. C'est elle qui compose et qui écrit ses textes. Il se dégage d'elle une sincérité, une vérité et une sensibilité touchantes. Ses chansons racontent des histoires avec beaucoup d'émotion et de pureté. Personnellement, je la vois faire une carrière dans la musique, même si le chemin peut être long. Mais je pense que Michèle sera heureuse dans ce monde artistique et créatif. »

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je souhaite transmettre

La personnalité de Michèle Molé et le timbre de sa voix ont séduit à l'unanimité le jury des Nickels de l'Initiative, lors de la 21e édition de ce programme de mécénat porté par l'industriel. Le 29 novembre 2013, au musée de Nouvelle-Calédonie, l'artiste a reçu le « Prix de la Jeunesse 2013 ». La SLN continue de croire au talent de Michèle Molé puisque, pour le lancement de la 22e édition, elle a organisé une conférence de presse le 16 juin dernier dans le studio d'enregistrement Music Station, où la jeune artiste a enregistré son album.


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Lire un pays

R

ésidences

L’art et la manière « d’habiter en

poete » Par Anne Bihan

Être accueilli en résidence, bien des écrivains de Nouvelle-Calédonie comme d’ailleurs en rêvent, parfois sans identifier, ni les chemins pour l’accomplir, ni ce que la réalisation d’un tel rêve implique. Sur l’autre rive, des acteurs de la vie littéraire souhaitent développer un projet de résidence eux aussi, sans toujours bien identifier ce qu’exigent l’élaboration et la mise en œuvre d’un tel dispositif.

Q

u’est-ce qu’une résidence d’écriture ?

Pour un auteur, sur la base d’un projet qu’il élabore et qui est retenu par la structure invitante, une résidence est un lieu mis à sa disposition, endroit parfois exceptionnel qui implique a priori son déplacement, sa séparation temporaire d’avec le territoire familier. C’est aussi du temps, suffisamment long pour mener à bien ce projet. C’est enfin le plus souvent une bourse dite de résidence, qui lui permet d’interrompre son travail s’il est salarié et, s’il tente de vivre de son art, de faire halte dans sa quête matérielle. Pour une structure, c’est au préalable la définition d’un projet en lien avec un territoire et un lieu d’accueil singuliers. C’est la conviction que l’écrivain retenu offrira à ce territoire un « supplément d’âme » et par conséquent une qualité et un rayonnement accrus. En somme, c’est l’une des voies possibles de soutien et d’accompagnement d’une création contemporaine résolument présente au monde.

dont le titre est en soi une belle invitation au voyage dans les arcanes des dispositifs existant : « Habiter en poète – La résidence d’écrivain, une présence de la littérature au monde ». (Ce dernier est disponible sur le web) Cette recherche a fait avancer la réflexion des structures régionales, regroupées au sein de la Fédération inter-régionale du livre et de la lecture (FILL) dont la Maison du Livre de Nouvelle-Calédonie est membre. Elle a, dans la foulée, donné naissance à plusieurs déclinaisons pratiques qui constituent des outils de référence pour les auteurs, comme pour les porteurs de projet. À retenir notamment, toujours de Yann Dissez, le guide Pourquoi et comment accueillir un auteur, associé à un Vademecum téléchargeable sur le site de la Maison de Livre, www.maisondulivre.nc. Autre site précieux pour les auteurs en quête de résidence, celui de la Maison des écrivains et des littératures (MÉL) : http://www.m-e-l.fr/rechercher-residences.php

ENDEMIX n° 09 décembre 2014 - février 2015

La dénomination de résidence recouvre en fait des réalités très différentes, à propos desquels un travail de discernement est à conduire pour accompagner solidement les auteurs et les écritures calédoniennes qui souhaitent en bénéficier. Une lecture peut aider tout écrivain aspirant à faire acte de candidature : le mémoire de DESS de Yann Dissez,

© DR

Trouver résidence à son pied


p. 13 © Marc Le Chélard

Derrière l’objectif de

Marc Le Chélard

Le selfie du photographe

Son univers photographique navigue sur papier glacé entre le photo-reportage, le portrait ou encore la mode. Si Marc Le Chélard ne s'enferme pas dans un genre, son fil conducteur reste l'humain. Focus sur un homme talentueux.

Le selfie, autoportrait photographique, est tendance dans notre société. À l’occasion de cet article, nous avons demandé à Marc Le Chélard d’en réaliser un.

Par Frédérique de Jode

Un simple déclic La photo, Marc Le Chélard l'a apprise en autodidacte passionné dès l'âge de onze ans. En parallèle de ses études de sciences sociales, d'arts, de culture et de communication, il expose. Son premier sujet ? Des portraits de personnes démunies pris lors d’un séjour à Dublin. Curieux de nature, investi d’une envie insatiable d'explorer le monde, Marc pose ses valises et ses objectifs à Pouembout où il est embauché comme assistant social. « J'ai eu un coup de cœur immédiat pour ce pays dont je connaissais peu de choses. »

Inspiration Deux ans plus tard, sa carrière prend un virage photographique avec son premier reportage au sein du district de Balade à Pouébo ; il est exposé au Festival de photo-journalisme à Perpignan. Depuis, Marc Le Chélard a embrassé définitivement son nouveau métier et jouit d’une excellente réputation sur le Caillou et en Métropole, puisqu’il collabore notamment avec l’AFP. Un succès qu’il attribue simplement à son environnement de travail : « La Nouvelle-Calédonie est une source d'inspiration infinie. Des paysages à couper le souffle, des lumières incroyables, un multiculturalisme qui offrent aux

photographes le bonheur de déployer leur potentiel créatif et de témoigner de la richesse de ce pays. » Tous les genres photographiques le séduisent : reportage, portrait et plus récemment la mode, « un univers stimulant qui demande de travailler en équipe alors qu'en général, le photographe est plutôt un solitaire ». Quant à son style, il traduit sa personnalité. « Mes photos reflètent le regard que je pose sur le sujet qui m'anime. Je suis aussi très attaché au graphisme dans l'image, aux lignes, à la belle composition. Une image doit dégager de la puissance, de l'émotion. » Marc Le Chélard est un photographe très courtisé, mais entre deux prises de vue pour ses clients, il entend s’immerger très prochainement dans un nouveau projet qui lui est propre avec pour thème « le langage du corps ». Intriguant, non ?

MICHÈLE MOLÉ EN COUVERTURE D'ENDEMIX PAR MARC LE CHÉLARD

« Le shooting a été réalisé sur la plage de Magenta. Pourquoi ce lieu ? En référence aux origines de Michèle, née à Lifou, et pour une raison plus graphique avec en arrière plan les lignes de la mer et de la montagne. J'avais envie de créer une ambiance rock-folk pour coller avec son style de musique, la guitare était donc indispensable, le look de Michèle également. Avant la séance, je l'avais rencontrée pour lui expliquer ce que j'avais en tête et pour la mettre à l'aise. Pendant le shooting, je lui ai beaucoup parlé, je l'ai guidée sur la gestuelle, les poses. »

ENDEMIX n° 09 décembre 2014 - février 2015

I

l fait partie de ces photographes qui regardent le monde avec plus d’intensité que les autres. Marc Le Chélard parvient à capturer pour toujours un moment fugace, un regard, une émotion, une lumière ; un conteur d’histoires où l'Homme est au premier plan. « Une image vaut mieux que mille mots », disait Confucius.


© Théo Rouby

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Portraits

Agréée intervenante artistique en 2013, Raïssa a appris la pédagogie de la danse et la patience de l’enseignement. Étape suivante : devenir formatrice de formateur.

d

Raïssa

anse

La tête et les jambes Par Claire Thiebaut

Humble. Paisible. Déterminée. Quelques adjectifs qui cernent bien Rosine Raïssa. Danseuse hip hop professionnelle, elle s’est forgée un style créatif et féminin dans un milieu d’hommes et de battle*.

À

première vue, Raïssa, de son nom de scène, a le look d’une grande sportive, legging, baskets, sweat... Mais des petits détails – des bijoux clinquants – font basculer la joggeuse dans l’univers du hip hop old school** des années 1980. Époque où la culture urbaine n’avait pas bonne réputation. Avec Raïssa, ces mauvais mots s’effacent et c’est un monde street*** respectueux, artistique et travailleur qui apparaît.

Un style métissé Rien ne la prédestinait au hip hop. D’autres évolutions semblaient plus évidentes en raison de son enfance rythmée par la musique traditionnelle camerounaise de son père ou par le modern jazz qu’elle découvre dès 4 ans. Le hip hop arrive plus tard ; Raïssa est ado. « On a tous cette phase où on cherche à s’extraire de la rigueur qu’on inculque aux enfants », plaisante-t-elle. « Pour moi, le hip hop a été cette forme d’émancipation ». La jeune femme intègre plusieurs groupes, monte des projets dans une maison de quartier proche de Nantes, d’où elle est originaire. En 2008, c’est l’arrivée du new style**** dans la région. Raïssa en est et rejoint les Exceed Dancers. L’électron libre qu’elle souhaite rester se glisse aussi dans une troupe de dancehall. Multiplication des casquettes, au sens propre comme au figuré, elle compose son propre répertoire hip hop - afro house - dancehall.

La (bonne) étoile du Rex En 2012, la Nantaise arrive à Nouméa, « sans rien connaître de la scène hip hop en Calédonie ». L’inconnu ne l’émeut pas plus que ça. Pendant un an, elle continue ses entraînements. Sa deuxième passion, la coiffure, lui permet de gagner sa vie en travaillant dans un salon. Un an, sans rien savoir du temple de l’urbanité nouméenne : « Je n’avais jamais entendu parler du Rex, et c’est finalement un promeneur de Port Plaisance, où je dansais régulièrement, qui me conseille d’y faire un tour ». Un bon samaritain qui a contribué au lancement de sa carrière sur le Caillou. « Tout a été très vite ensuite. J’ai participé au Battle de Païta. Puis, j’ai commencé à donner quelques cours dans les maisons de quartiers ». La jeune femme se rappelle être arrivée dans les rangs sans prétention, « juste pour danser ». Son genre hybride intrigue, plaît et pour le diffuser, elle s’associe avec huit autres artistes. Ensemble, ils créent le groupe Funny Swarm. Une jolie traduction pour décrire « un drôle de mélange » de gens et de genres. « Dans le hip hop calédonien, les danseurs debout et au sol ne se côtoient pas vraiment. Avec Funny Swarm, on essaie justement de faire se rencontrer les deux techniques dans des chorégraphies mixtes ». La troupe est reconnue pour son sérieux, mais aussi pour l’humour qu’elle distille dans ses spectacles. De quoi définitivement mettre à mal le cliché du « mauvais garçon » du hip hop.

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Le hip hop a été une forme d’émancipation

* Affrontement dansé ** Vieille école / désigne le hip hop des années 1980-1990 *** Urbain **** Nouveau style / désigne le hip hop depuis les années 2000


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S’il arpente les scènes calédoniennes depuis de nombreuses années, le groupe Cinnamon s’est enfin posé en août pour sortir son premier album intitulé The Soul’s Seasons. Les chansons signées Elisa Barrow et Maxim Dassonneville sont à la fois douces et épicées.

usique

CinNaMon

p. 16 Portraits

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C

innamon s’impose lentement mais sûrement sur la scène musicale calédonienne. Créée en 2009, cette formation est née de la rencontre de deux artistes aux sensibilités communes : Elisa Barrow et Maxim Dassonneville. « À l’époque, nous évoluions dans des groupes différents, mais très rapidement nous avons eu envie de travailler ensemble » se souvient la chanteuse et parolière. « Tout s’est fait naturellement même si, au début, nous avions un petit peu de mal à combiner nos agendas pour nous retrouver ». Autour d’une crêpe à la cannelle, le duo choisit son nom de scène : Cinnamon. « C’est doux et dans ma tête, ça donne envie de goûter », raconte Elisa Barrow, le sourire aux lèvres.

Un soupçon de cannelle

La Pop Folk épicée

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© Éric Dell’Erba

Par Virginie Grizon

Petit à petit, le duo trouve ses marques. Maxim Dassonneville compose des mélodies à la guitare – teintées d’influences anglosaxonnes –, Elisa écrit les textes en anglais, qu’elle maîtrise parfaitement grâce à ses études. « J’aime bien jouer avec les mots dans cette langue. Mais je n’exclus pas d’écrire en français dans le prochain album ». Leur premier “bébé” intitulé The Soul’s Seasons vient tout juste de sortir, il comporte une dizaine de titres originaux dont la chanson éponyme tourne déjà sur les ondes depuis le mois d’août. « Ce titre raconte l'histoire d'une petite fille appelée par la forêt pendant son sommeil. Elle se réveille, quitte la maison et s'enfonce dans les fourrés où elle rencontre l'esprit des bois. On parle ici de la peur de l'inconnu. Cette peur que l'on traverse tous dans nos vies et que l'on doit affronter malgré nos résistances. » Le reste de l’album continue dans ce style, sur des mélodies intimistes.

Des rêves d’ailleurs Cinnamon est avant tout connu pour ses balades acoustiques, mais pour The Soul’s Seasons, le groupe a mis les petits plats dans les grands et propose des compositions orchestrées. Une version qu'ils espèrent retranscrire sur scène, très prochainement. « Pour l’instant, nous ne sommes que deux, mais nous allons avoir besoin de musiciens pour les live ici ou ailleurs ». Car si Cinnamon tourne déjà depuis quelques années dans les bars de Nouméa, il aimerait passer à la vitesse supérieure et se produire à l’étranger, sur des scènes de world music, en Australie par exemple.

UN CLIP AIGRE-DOUX

La voix chaude d’Elisa Barrow et le talent de Maxim Dassonneville sont réunis pour former le groupe Cinnamon.

Le premier clip « The Soul’s Seasons » a été tourné en juillet à la tribu de Saint-Louis. « Ce choix n’avait rien de politique, mais nous avions envie de filmer dans une forêt et cet endroit est magnifique ». Pour l'anecdote, la petite fille du clip s'appelle dans la vie Cannelle. Ça ne s’invente pas.


Talentueuse jeunesse

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Ilie POiNdipenda

rts plastiques

Portraits

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Par Léna Quillier

27 ans, du talent, l’envie de découvrir, d’expérimenter de nouvelles choses… Ilie Poindipenda fait partie de cette jeunesse en parfaite osmose avec la modernité, mais profondément ancrée dans ses racines. L’artiste vit aujourd’hui de ses œuvres dans l’écrin de sa terre d’origine : Poindimié.

© Benoît Lutz

Mixité artistique Toujours en quête d’innovation, il monte, avec la troupe de danse de Poindimié, un spectacle où se mêlent performances scéniques et graphiques, à l’occasion du Festival des Arts du Pacifique aux Îles Salomon en 2012. Lors d’une résidence avec Teddy Diaké, pour l’inauguration du centre culturel Pomémie, il propose d’allier sculpture et graff. Enfin, en 2014, sous l’influence d’un projet impulsé par Graphynord, il illustre des livres pour enfants et se penche sur la création d’un jeu des 7 familles en paicî**. « Je suis en train de créer mon histoire et celle de ma culture » relate fièrement le jeune artiste. Et afin de créer, Ilie n’hésite pas à faire marcher la débrouille pour trouver

les supports qui l’intéressent. Du bois, de la tôle, des fibres naturelles... « Je suis plasticien, donc tout ce qui m’entoure peut servir dans mes créations. » Sa démarche artistique commence d’ailleurs dès sa rencontre avec la matière première. « Les éléments doivent se faire apprivoiser et cette recherche-là prend du temps. » Tout en étant résolument moderne, Ilie puise son imagination dans les récits des clans de la mer et de la terre, un patrimoine oral auquel il donne une autre vie, de bois et de couleurs. * Le maillet est un outil à frapper utilisé en sculpture, rond ou carré en bois dur pour l’ébauche ** Langue de Poindimié

Un matériau doit se faire apprivoiser et cette recherche-là prend du temps D’EXPO EN EXPO

En 2012, le centre culturel Tjibaou lui ouvre ses portes pour quinze jours de résidence afin de préparer une exposition itinérante intitulée « L’Histoire de mon pays ». Deux ans plus tard, il participe au cinquième Festival des Arts Mélanésiens en Papouasie-Nouvelle-Guinée ; une expérience riche en rencontres qui lui permet de travailler avec des artistes papous sur des œuvres collectives. Il expose actuellement avec d’autres artistes au centre culturel Pomémie, jusqu’au 13 décembre 2014. Ilie présente souvent ses œuvres à la médiathèque de Poindimié mais aussi à Koné, et Koumac.

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lie est initié à 13 ans au maillet* et aux pinceaux par son père, peintre et sculpteur. Très vite, il surprend par son habileté et la qualité de son travail. Sa famille l’encourage alors à intégrer l’EMI (École du Multimédia et de l’Image), basée à Koné, dont les missions sont d’informer, orienter, former et accompagner les élèves dans le domaine des arts visuels. « L’école m’a beaucoup apporté. Notamment pour prendre mes marques dans le monde artistique et me professionnaliser » confie-t-il. En 2011, il est recruté par le collège de Poindimié en tant que professeur d’arts plastiques. Mais ses projets personnels prennent de l’ampleur, l’obligeant à quitter l’enseignement en 2013 pour se consacrer entièrement à ses œuvres. « Même si la transmission et le travail avec les élèves constituaient pour moi une bonne source d’inspiration, je devais passer à autre chose ».


© Coralie Cochin

Publi-reportage

La province Sud soutient la création artistique.

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Louise Sawaza

udiovisuel

Le sourire du cinéma calédonien Par Coralie Cochin

Auxiliaire de proximité à Rivière-Salée, Louise Sawaza, 26 ans, a eu le déclic pour le théâtre il y a tout juste quatre ans. Le rôle d’Indy dans le film de Jeanne Vassard lui a valu le prix d’interprétation au Festival du Cinéma de La Foa.

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i sa sœur cadette n’avait pas insisté, en 2010, pour qu’elle s’inscrive au casting de Tchap Tchap TV, une création théâtrale avec des jeunes issus de divers quartiers de Nouméa, le destin de Louise aurait sans doute été très différent. La jeune femme, qui a grandi à Pierre-Lenquette puis à Rivière-Salée, a quitté l’école dès la Seconde pour aider financièrement ses parents. Fast-food, contrats d’intérim… Louise Sawaza écume les petits boulots avant de tenter sa chance dans l’armée. Mais à son retour à Nouméa, elle enchaîne à nouveau les jobs sans lendemain. Le théâtre avait déjà croisé sa route, alors qu’elle était lycéenne à Jules-Garnier. « Mais je n’avais pas encore la petite étincelle ! confie-t-elle. On jouait des classiques. Je récitais des répliques auxquelles je ne comprenais rien. » C’est sous la direction d’Isabelle de Haas, de Pacifique et Compagnie…, que la jeune femme a « eu le déclic » pour la scène et l’impro. Tchap Tchap TV fut une révélation. « Louise est tout de suite rentrée dans le jeu. C’était presque devenu une évidence pour elle », se souvient la metteure en scène. En 2012, la compagnie renouvelle l’expérience avec une deuxième création théâtrale, Entre Terre et Mère. Le premier rôle est attribué à la jeune comédienne, qui se métamorphose chaque fois qu’elle monte sur les planches.

Grande fan d’Élie Semoun, Louise Sawaza aime le théâtre qui aborde les sujets sensibles avec humour.

La vie au squat

C’est au cours de ce deuxième projet que Louise fait mieux connaissance avec Jeanne Vassard, la fille d’Isabelle de Haas. Son expérience du squat – où vit son petit ami – va même inspirer une histoire à Jeanne, la jeune réalisatrice. Sans hésiter, c’est Louise qu’elle choisit pour interpréter Indy, une jeune femme de Koné qui « descend » à Nouméa pour trouver du travail. Le film est intitulé Djeacutêê Gôrô Djawë, histoire d'eau*. L’or bleu est le point central de ce court-métrage de 30 minutes. « Au squat, les maisons sont toutes reliées au même compteur. Quand une cabane ne paie pas sa facture, c’est toutes les familles qui se retrouvent privées d’eau », résume Louise, qui campe un personnage déterminé aux côtés de l’acteur Pierre Poudewa. Quand Louise est appelée à monter sur scène lors de la remise de prix à La Foa, elle tombe des nues. « Je ne savais même pas qu’il y avait un prix d’interprétation », admet-elle. Chaque jour, avant de partir travailler comme auxiliaire de proximité dans son quartier de Rivière-Salée, le précieux Nautile posé fièrement sur le buffet lui rappelle combien il est important de ne jamais oublier ses rêves.

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Je ne savais même pas qu’il y avait un prix d’interprétation

LA DÉCOUVERTE DU THÉÂTRE-FORUM Comédienne vacataire de Pacifique et Compagnie…, Louise Sawaza sillonne régulièrement les routes de la province Nord pour faire de la prévention en collège et lycée par l’intermédiaire du théâtre-forum. Ce concept, inventé par le dramaturge brésilien Augusto Bual dans les années 1960, est développé par la compagnie depuis plus de huit ans et soutenu par la DPASS-Nord et l’Agence sanitaire et sociale. Il aide les jeunes à s’exprimer sur la sexualité et les addictions à travers des improvisations théâtrales.

*Le film a reçu le prix du meilleur court-métrage lors du Festival du Cinéma de La Foa 2014


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Calixte Ourignat

Portraits

culpture

Par Claire Thiebaut

Le mouvement et l’immobile

Il y a quelque chose de très symbolique à travailler sur des « contraires ». Calixte Ourignat sculpte et danse. Il mêle ainsi, dans une sorte de vision artistique complète, l’art de figer ses motifs dans le bois et celui de mettre en gestes les légendes de sa tribu de Borendi, à Thio.

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our quelqu’un dont le prénom est un superlatif – « le plus beau » en grec – Calixte est bien discret. Rencontré alors qu’il travaille sur un poteau sculpté à plusieurs mains, il lève les yeux de son ouvrage pour raconter son parcours en quelques mots bien choisis. Après une formation sur le béton armé, il se souvient avoir eu « un déclic en manipulant le bois ». Dans sa famille, les artisans ne sont pas rares. Sa grand-mère était tresseuse et son grand-père fabriquait les fixations en fibres de coco des pirogues et des cases. Lui, en a fait son métier et vit aujourd’hui des commandes que lui

Il faut faire vivre ces objets […] qui appartiennent au "socle commun des valeurs kanak"

passent des particuliers et des institutions, « comme les deux chambranles placés à l’entrée de la mairie de Thio » cite-t-il.

Une prédilection pour la tradition Ses thèmes sont très majoritairement issus de la tradition kanak et de l’ancestralité. « J’aime tout particulièrement le motif de l’aigle pêcheur et celui de la pirogue, très courants pour nous, clan de la mer ». Il raconte s’impliquer tout particulièrement depuis quelques temps dans la fabrication d’artefacts anciens qui permettent de revenir à la coutume des Vieux. « Il faut faire vivre ces objets et ces thèmes qui appartiennent au "socle commun des valeurs kanak”. [...] La définition de ce concept a été mise en place par le Sénat coutumier qui a lancé en 2013 un grand recensement des fondements de la culture kanak et notamment du patrimoine matériel ». Il s’est formé seul, se nourrissant du quotidien, de l’observation des gens, des modes de vie et des cérémonies. Il a déjà participé à trois festivals des arts du Pacifique – aux Îles Cook, en Micronésie et en Nouvelle-Calédonie. Plus tôt cette année, il s’est envolé pour la PapouasieNouvelle-Guinée à l’occasion du Festival des Arts Mélanésiens. Autant de moments de partage entre artistes qui alimentent ses réflexions.

L’homme danse

© Léna Quillier

Ses racines, Calixte Ourignat les met aussi en scène. Pour raconter la pêche, la construction des pirogues ou la légende de Boui-Tchi, le géant qui attaquait les tribus, il a créé la troupe Xxârâgurè. « Nous sommes en famille, hommes et femmes de tout âge. Pour le moment, nous avons six danses dont deux de femmes. ». La petite compagnie commence à se faire connaître et a été invitée au festival Cebu Nyebi, à Canala, Houaïlou et Yaté. Pas de velléité à l’export pour le moment, mais un jour peut-être.

À force de pratique, Calixte Ourignat s’est formé à la sculpture, jusqu’à maîtriser techniques traditionnelles et modernes, pour la création de petits et très grands formats.

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POUR L’ART DE THIO

Pour valoriser le patrimoine de Thio, artistes et professionnels de la culture de la commune ont créé l’association Art-Cöö. Calixte Ourignat en est le président et œuvre pour la diversité culturelle. « Nous invitons tous les artistes, sculpteurs, peintres, tresseurs, conteurs, danseurs, etc. à venir nous rejoindre. Nous organisons des manifestations pour leur permettre de présenter leur création et nous participons aux grands événements de la commune comme le festival du conte Tembeu ».


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Portraits

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Métal extrême

© Eric Dell’Erba

Par Frédérique de Jode

Les membres du groupe de gauche à droite : Arnaud (basse), Christopher (guitare), Jonathan (batterie) et Mickaël, le chanteur.

Jonathan, Christopher, Mickaël et Arnaud, quatre musiciens qui ne font pas dans la dentelle. Leur groupe : Burst. Leur style : le grindcore, un courant du métal radical. Leur actu : un premier album qui envoie. C'est dans un studio à Koutio que les quatre musiciens se retrouvent pour composer et jouer. Un espace où se côtoient instruments et objets des plus hétéroclites, tels que des crânes ou encore une tête d’extraterrestre de Roswell... De quoi planter le décor pour comprendre d’où vient le groupe Burst. « Au départ, Christopher et moi, on a commencé adolescents à faire du black metal », se souvient Jonathan, le batteur du groupe. « Puis avec Mickaël, nous avons créé le groupe Necrosaint qui pendant dix années s'est affirmé dans cette mouvance. »

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Corps à corps avec la musique

Jonathan tempère en évoquant tout de même « un texte qui parle du bien-être, de l'élévation, et du meilleur de nous. »

Obscene extreme L'amitié est le ciment du groupe. Ils s’en servent pour alimenter la passion qui les anime malgré leurs vies professionnelles bien remplies. À force de persévérance, ils se sont produits en février dernier à Melbourne au Festival international de grindcore, Obscene extreme. Le voyage – que chaque membre a dû payer en fonds propres – « était important, indispensable », confie Arnaud. « Nous avons pu prendre des contacts et nous espérons y participer à nouveau. » Pour l'instant, leur actualité, c'est la sortie de leur premier opus fin 2014 avec sur la pochette une quinzaine de titres. « On aimerait pour la sortie de cet album, créer un événement, un festival même afin de rassembler le public fan de métal qui existe en Nouvelle-Calédonie et celui qui nous suit », conclut Jonathan. Un petit pogo*, ça vous tente ?

C'est notre moyen d'expression pour extérioriser ce que nous ressentons avec puissance et brutalité comme un sport de combat

Il y a plus d'un an, l'envie de changer d’air (ou de notes) les dirige vers un autre courant du métal, le grindcore. Burst naît, un nom qui sonne parfaitement bien « puisque nous faisons une musique qui éclate justement », relève Mickaël, le chanteur. Le grindcore est sans concession : direct, radical, intense, extrême. Un chaos musical structuré, mais difficilement compréhensible pour les non-initiés. La voix gutturale et hurlante du chanteur s'accorde aux rythmes explosifs de la batterie et aux riffs de guitare ultra rapides. « C'est la musique que l'on aime, c'est notre moyen d'expression pour extérioriser ce que nous ressentons avec puissance et brutalité comme un sport de combat », insiste Christopher, le guitariste. À la différence du black metal qui navigue dans un univers occulte, le grindcore évoque la réalité du monde et surtout ses travers. « Nous dénonçons ce qui ne tourne pas rond dans le monde dans lequel nous vivons », explique Mickaël. « Les thèmes de nos textes abordent la guerre, la violence, la corruption et la vie de tous les jours. »

*Le pogo est un style de danse où la foule saute de façon désordonnée et en se bousculant

POUR LES NÉOPHYTES

Le grindcore est influencé par le crust punk et le hardcore. Le genre a été créé au milieu des années 1980 par les groupes Napalm Death, Brutal Truth, Sore Throat et Repulsion. Le terme grindcore a été employé pour la première fois par le batteur de Napalm Death, Mick Harris, lors d'une interview, où il tentait une définition de sa musique extrême. L'engagement politique est aussi radical que l'est la musique.


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Quand Paul Wamo, habile jongleur de mots, s’associe avec Théo Quillier, jeune vidéaste aux réalisations pleines de promesses, le résultat est « Aemoon », un très joli clip local qui a remporté, en juin dernier, un succès public et critique bien mérité. Récit d’une collaboration.

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Par Jean Bessaudou

Il aura fallu un an et demi à Paul et Théo pour sortir le clip « Aemoon ».

© Marc Le Chélard

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L’image donne un autre sens au texte, elle permet de le réinterpréter

Il était une fois… un clip « Le texte, je l’ai écrit dans le bus » démarre Paul. « L’histoire est ordinaire : le gars arrive de la tribu, un lieu où il a l’habitude d’être cool, et ici tout va très vite, il est comme dans un jeu. Il tourne. » Il fait un cercle avec le doigt en l’air. « Cette expression vient des jeunes de Lifou ; quand je leur demande “vous faites quoi ?”, ils me répondent “on tourne”.» Une fois son texte mis en musique par David Leroy, Paul imagine le clip ; il est bien loin du résultat final : « Au début, on était partis sur quelque chose de plus sérieux, la caméra était fixe par exemple » nous raconte l’artiste de Lifou. « Au fur et à mesure, on a amené plein de légèreté. [..] C'est la musique

riche, inspirante pour ce duo aux approches complémentaires. « Paul pensait à tous les détails », ajoute Théo, « il rajoutait des petits accessoires dans ses habits, il a aussi eu l’idée d’être habillé en chemise à Lifou et comme à la tribu dans Nouméa. » Paul conclut : « Heureusement qu’on a gagné, parce que j’ai pris des risques ! » (rires)

Portraits croisés

qui voulait ça », sans oublier la grande liberté que les deux amis s’accordent durant les dixhuit mois de tournage. « Les idées viennent spontanément » explique Théo Quillier, « on a commencé à faire des plans plus rapprochés, des trucs un peu rigolos, et à la fin on a eu envie de plans en fish eye, avec Paul qui regarde la caméra comme un fou. » C’est ainsi que le duo avance, au jour le jour ; car si l’idée générale du clip est restée la même dans le fond, il a aussi fallu faire avec les opportunités du moment. « On avait fait une liste de lieux et de métiers qu’on voulait », précise le réalisateur « et puis il a fallu faire en fonction des autorisations. Une ou deux fois, on a eu le droit de filmer, puis on nous a demandé de ne pas utiliser les images. » Ces petits imprévus n’ont pas écorné la volonté des deux artistes : « dans l’ensemble on n’a pas eu trop de difficultés à tourner ce qu’on voulait. »

De nouvelles perspectives

Pour Théo, les possibilités de création artistique, libérée des contraintes propres au court-métrage, furent une révélation. « Le clip permet de s’amuser, de mieux se concentrer sur des aspects artistiques. Déjà la partie son est prête, on ne se prend pas la tête avec le mixage. On peut aussi moins se soucier de raconter une histoire, avec un début et une fin, même si ça n’excuse pas tout. Il faut quand même respecter les codes et avoir une progression. » Cette expérience lui a donné des idées : « Je ne veux pas faire ça de ma vie, mais c’était une bonne expérience, et très formateur de marier la musique et la vidéo. J’aimerais bien pousser ça plus loin, peut-être dans un spectacle où le jeu des acteurs, la musique et la vidéo seraient utilisés ensemble. »

Une association gagnante Pour Paul Wamo, travailler avec Théo Quillier lui a ouvert des perspectives inattendues, des idées auxquelles il n’aurait pas pensé, une sensibilité nouvelle et surtout des débats, des confrontations de points de vue qui ont permis de faire avancer le projet. Sans oublier l’imagination déployée pour pallier le manque de budget et réaliser des prouesses techniques en mode système D. « La caméra embarquée, c’est Adjé, un artiste plasticien et ami, qui nous l’a fabriquée », raconte Théo. Une grande tige de métal accrochée à Paul à l’aide d’un corset, avec la caméra au bout. « Quand je devais me laisser tomber avec ça, je n’étais pas toujours rassuré » s’esclaffe le slameur. Les deux artistes disposent bientôt d’une quantité de rushs dans laquelle ils piochent pour illustrer leurs délires, sans l’aide d’un monteur ou d’un scénariste. Un projet commencé à deux, qui se finit à deux, une collaboration

En route pour l’export

« Le fait de réaliser un clip permet une meilleure visibilité, et rend le travail de l’artiste plus accessible. Comme il passe à la télé, tout le monde le voit » explique Paul. La suite, c’est le projet de réalisation d’un EP, dont la finalisation sera confiée à un studio français, dirigé par Lionel Gaillardin. « L’enregistrement de la musique et de la voix lead témoin se fait ici à Nouméa, mais le mixage, le mastering et le rajout de la voix lead finale auront lieu en Métropole. On s’est octroyé deux ans pour essayer d'être reconnu. On n’a pas d’échéance, on ne nous attend pas là-bas. Mais c’est essentiel de poser des limites pour ne pas traîner non plus. On a cependant le temps de tout préparer et proposer un produit bien fini. »

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estival du Cinéma de La Foa 2014 : « Aemoon » remporte le prix Sacenc du meilleur clip et le prix du public NC 1ère. Cette double récompense ne manque pas de rassurer Paul Wamo, l’interprète et Théo Quillier, le réalisateur : « Quand tu fais le clip, tu te poses forcément beaucoup de questions, est-ce que c’est vraiment bien ce qu’on a fait ? », confie ce dernier. Mise en ligne une semaine avant sa présentation au Festival, la vidéo a beaucoup tourné sur les réseaux sociaux, Youtube et Facebook en tête, bénéficiant de la grande visibilité permise par le web. Cette force de diffusion permet surtout à Paul et Théo d’interpeller un public plus large qu’à l’accoutumée. « Les gens ont tous une interprétation du clip. Certains me font des thèses ; ils me disent qu'on a voulu illustrer ceci ou cela. » rajoute Paul, immédiatement suivi par Théo : « L’image donne un autre sens au texte, elle permet de le réinterpréter. Et c’est vraiment super que chacun arrive avec son ressenti. Lorsque le clip est diffusé, il appartient à celui qui le regarde. »


© AFMI

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L'art autrement

Des projets comme « Jazz en tribu » permettent de faire vivre l’art au-delà des simples lieux de diffusion classiques, offrant à tout le monde la chance d’en apprécier la portée.

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Tribu(te)

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TO MUSIC Par Léna Quillier

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Depuis 2009, l’AFMI* organise « Jazz en tribu », un rendez-vous musical unique au cœur de plusieurs tribus de la province Nord. Chaque année, de grands noms du jazz international jouent à ciel ouvert pour un public souvent néophyte, enchanté de pouvoir écouter, découvrir et partager la musique sur le seuil de leur maison.

eux musiciens chevronnés amoureux de Jazz, Alain Guarese (directeur de l’AFMI) et Bruno Zanchetta**, ont imaginé le projet lors d’un concert à Houaïlou dans la tribu de Waraï. « Nous venions de passer un superbe moment d’échange. Nous avons alors eu l’idée de renouveler ces instants de partage avec d’autres artistes et d’autres tribus. » L’AFMI prend ainsi les commandes de l’aventure en invitant la province Nord à soutenir le projet « Jazz en tribu ». Le célèbre batteur américain Georges Coleman Jr. ou encore le très apprécié Sergio Lopez Trio foulent ainsi pour la première fois les tribus de la côte Est à la côte Ouest. « Cette proximité entre musiciens et public n’est possible qu’en tribu. Les artistes n’en reviennent pas de vivre cette expérience exceptionnelle » remarque Alain Guarese. Pour la population, l'événement est désormais attendu. Tout le monde prête main forte pour accueillir les invités et, la nuit venue, sous le faré de la maison commune, les bruits de la nature laissent place aux rythmes jazzy et aux sonorités entraînantes. « C’est avant tout un projet de proximité », insiste-t-il. « L’enjeu premier est de démocratiser la culture dans des lieux isolés, loin des centres culturels où la population n’a pas l’habitude d’aller. »

de l’Association de formation de musicien intervenant. « Aussi, au lieu de solliciter un artiste international uniquement pour l’événement, nous avons choisi de profiter de la venue de musiciens dans le cadre d’autres projets comme le groupe Akpe Motion invité l’année dernière et cette année par le Vicerectorat. » Les artistes locaux ont également intégré les rangs en octobre, dans une nouvelle formule enrichissante tant pour les musiciens que pour le public. Car malgré les difficultés matérielles rencontrées, le concept est un vrai succès. D’autres projets similaires ont vu le jour comme « Danse en tribu » ou « Musique en tribu » organisés par le complexe culturel de Koné. Avec un tel engouement, nul doute que ces rendez-vous musicaux ont encore de beaux jours devant eux.

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C’est avant tout un projet de proximité

Une organisation lourde Ces deux dernières années, avec l’expansion de la programmation de l’AFMI, « Jazz en tribu » a souffert d’un manque de temps et de moyens. « Difficile de tout organiser et de trouver des fonds pour tous les projets », regrette le directeur

* Association de formation de musicien intervenant ** Bruno Zanchetta est l’ancien directeur adjoint du Conservatoire de musique et de danse.

Édition 2014

Du 6 au 26 octobre, le programme a rassemblé des musiciens locaux et le groupe Akpe Motion, une bande de joyeux musiciens qui parcourt le monde à la recherche de sonorités différentes. Pendant presque un mois, les artistes ont été en résidence à Koumac à l’antenne du conservatoire avec des collégiens. Ils ont participé à « Jazz en tribu » organisé cette année autour du Festival des moins grands dans cinq tribus de la région de Houaïlou et ont aussi donné une série de concerts dans les bars de Nouméa.


rts visuels

Le genre idéal

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M a PPing , la grande illusion

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Par Coralie Cochin

Né dans les années 2000, le mapping superpose des textures numériques sur des corps, des objets ou des édifices par le biais d’un vidéoprojecteur. Cette nouvelle forme d’art multimédia joue sur l’illusion d’optique pour un résultat souvent spectaculaire. la projection lumineuse m’a toujours intéressé, sous toutes ses formes. L’avantage avec le mapping, c’est que l’on peut atteindre le très grand très rapidement. » Dans Hnapala ou Loup y es-tu ?*, Nicolas Molé s’est inspiré des bruits de la nature et des paysages luxuriants de Lifou, d’où est originaire son père, pour donner vie aux murs du centre culturel Tjibaou. « Pour moi, le mapping, c’est de la peinture numérique », résume l’artiste qui utilise des techniques telles que le clair-obscur pour donner de la profondeur à ses œuvres.

L’avantage avec le mapping, c’est que l’on peut atteindre le très grand très rapidement

Le chorégraphe Soufiane Karim s’est intéressé lui aussi à cette technique de superposition. Dans Kaly-Graffyk, présenté en avril au centre d’Art, le danseur a travaillé avec la photographe Aude-Émilie Dorion pour utiliser le corps comme support de calligraphies arabes. « Tout a été mixé en live. C’était une sorte de mapping artisanal, avec un carton relié à une ficelle que j’actionnais pendant le spectacle », confie la jeune femme. « Mais finalement, cette méthode née de bric et de broc a rendu service au spectacle car l’univers collait au théâtre d’ombres d’Indonésie », un pays où s’est rendu Soufiane Karim pendant ses recherches artistiques. Pour Aude-Émilie Dorion, le mapping présente un attrait indéniable : celui de « nous transporter dans un univers onirique en ajoutant une texture aux corps et aux objets ».

De la peinture numérique

© Éric Dell’Erba

Avec l’apparition des vidéoprojecteurs nouvelle génération et de logiciels adaptés, la technique du mapping s’est démocratisée, notamment dans l’univers de la musique électronique et du VJing, qui consiste à diffuser des images en rythme ou encore chez les plasticiens. L’artiste Nicolas Molé en fait régulièrement usage dans ses installations. « J’ai toujours été un peintre grand format et

Lors de l'exposition Loup y es-tu ? de Nicolas Molé en 2013, les spectateurs pouvaient, à l'aide d'une télécommande, tenter de débusquer des êtres fantasmagoriques cachés dans l’ombre de la forêt.

Écrire dans l’espace

*Découvrez le travail de Nicolas Molé sur le-singe-vert.tumblr.com

SYDNEY, LA NOUVELLE « VILLE LUMIÈRE »

Chaque année, la ville de Sydney organise la plus grande fête de la lumière de tout l’hémisphère Sud. Pendant dix-huit jours, des artistes internationaux projettent des images en musique sur les bâtiments les plus célèbres de la ville. Chaque édition du Vivid Sydney Festival attire plusieurs centaines de milliers de spectateurs. La prochaine aura lieu du 22 mai au 8 juin 2015. Nouméa, aussi, pourrait fêter « la lumière » en fin d’année.

ENDEMIX n° 09 décembre 2014 - février 2015

D

epuis une petite dizaine d’années, un nouveau procédé artistique, le mapping, permet de transformer notre perception d’une surface ou d’un objet en y projetant un motif numérique. On se souvient ainsi des façades de la cathédrale Saint-Joseph et de la caserne Gally-Passebosc, habillées en 2008 de couleurs virtuelles. Ce procédé n’est pas totalement nouveau puisque dès la fin des années 1970, l’architecte et prestidigitateur allemand Hans Walter Müller dessinait déjà des couleurs et des formes sur des monuments publics à l’aide de diapositives.


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Et les nOMinessont…* Par Claire Thiebaut Photos d'Éric Dell'Erba sauf mention contraire

L’oreille attentive et critique des jurés locaux a été fortement sollicitée pour la sixième édition des Flèches de la Musique. En raison du report du concours l’année dernière, le jury a du écouter plus d’une centaine d’albums, sortis entre 2013 et 2014. Au final, ils ont tranché : 24 nominés dans six catégories (Kaneka, ElectroJazz-Groove, Pop-Rock, Reggae, World Music et Variété-Musique du Pacifique). En attendant le verdict – divulgué au public lors de la cérémonie diffusée le 6 décembre prochain sur NC1ère, petit panorama des groupes et artistes en lice.

Kaneka

Fondé dans les années 1980, le kaneka ne cesse d’évoluer, entraînant en son sein de plus en plus d’adeptes. Plus de trente groupes étaient inscrits dans cette catégorie, un travail titanesque pour notre jury. Et les élus ne sont pas inconnus du public. Loin de là ! Celenod, Dick & Hnatr, Krys et Vevelan ; quatre groupes bien implantés dans le décor musical calédonien.

CELENOD Nengone Ri 1841 ?

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'album Nengone Ri 1841 ? sort en 2013 et Celenod renoue avec le succès de ses deux premiers opus. Créée au début des années 2000, la jeune formation, qui compte sept membres habituellement, s’affirme avec un style caractéristique : un kaneka dynamique, acoustique, dansant, qui reste néanmoins fidèle aux origines de cette musique identitaire. D'ailleurs, Moïse Wadra, considéré comme le directeur artistique de la troupe, y veille. Forte de son identité maréenne, la fine équipe s’est lancée à l’export, notamment sur les scènes métropolitaines. Expérience internationale qui lui a permis, encore cette année, de parfaire son travail scénique et de proposer une musique intelligemment métissée.

KRYS L’Arbre

DICK & HNATR Deko Pareu Ri Ci Ran

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ick&Hnatr, le duo de Maré entre en compétition avec l’album Deko Pareu Ri Ci Ran, paru à la fin de l’année 2013. Artistes reconnus depuis plusieurs décennies, pères fondateurs du kaneka, le couple Buama est loin de se répéter et fait montre de recherches fertiles pour moderniser sa musique. Dans ce dernier opus, on retrouve l’empreinte du musicien et compositeur franco-algérien Camel Zekri, fruit d’une longue collaboration avec le duo. Depuis leurs débuts avec le groupe Gurejele, les îliens se sont exportés en Métropole et en Afrique, confrontant leur kaneka quotidien à bien d’autres sonorités.

VEVELAN My Family

C

hristian Kona, artiste de Canala connu sous le pseudonyme Krys, a une longue et remarquable discographie derrière lui. Membre fondateur du kaneka, il fait partie de ceux qui ont su faire évoluer leur musique jusqu’à aujourd’hui. De ses créations, on découvre des influences variées telles que le rock des années 1970 et la soul. Après dix ans de retraite musicale, Krys fait son grand retour en 2011 ; trois ans plus tard, il est nominé aux Flèches de la Musique 2014 pour son album L’Arbre, sorti en 2013. Très attaché à son environnement, l’artiste puise ses inspirations dans la nature qui l’entoure. Un hommage musical à la beauté de son pays.

H

ervé Waheo, plus connu sous son nom de scène Vevelan, profite de ses années d’études en Métropole pour diversifier sa culture musicale. Il intègre ainsi plusieurs groupes réunissant des artistes du Pacifique. Quand il rentre au pays en 2011, l’artiste édite son premier album solo, Wawaly. Il récidive en 2013 avec My family, un disque riche en featurings (Wifi Konnexion et Landry, Sadro, Ada...) qui raconte l’importance de l’amour et de la famille, sur des mélodies joyeuses et entraînantes. Personnage agréable et souriant, Vevelan livre un kaneka tout aussi optimiste.

* Dans un souci d’équité, toutes les biographies express vous sont présentées par ordre alphabétique.


MICHEL BÉNÉBIG Yellow Purple

CLEARSTREAM DATA Is There a Brain Inside?

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uand on parle de Michel Bénébig, on pense tout de suite à son orgue hammond et à son bonnet plat. L’homme et son univers blues-jazz titillent l’oreille de plusieurs générations de Calédoniens. Depuis la fin des années 1980, il joue nuit et jour, et crée de petits groupes de jazzmen qu’il aide à se lancer sur le territoire et à l’international. Musicien accompli, il met au service des autres artistes sa connaissance des scènes européennes et américaines grâce à l'AMJ-BECA, l’association des musiciens de jazz & blues pour les échanges et la création artistique. Deux de ses albums ont concouru pour les Flèches, mais c’est finalement pour Yellow Purple qu’il est nominé en 2014.

STÉPHANE FERNANDEZ Bossamba

Q

uand le délire de cinq amis musiciens prend forme, cela donne ClearStream Data. Au début, ils étaient trois amoureux d’electro, réunis pour quelques répétitions hebdomadaires. Puis un guitariste et un bassiste expérimentés les ont rejoints. Les bœufs finissent finalement sur un projet fou : et si on sortait un disque ? ClearStream Data édite Is There a Brain Inside? en 2013, se montre sur quelques scènes et diffuse sa musique electro principalement sur internet. Aujourd’hui, le groupe s’est un peu éparpillé, mais les amis sont restés fidèles. Et ils ont le sourire car leur petite lubie les a conduits à concourir pour les Flèches 2014 !

MYA Mam

S

a guitare, Stéphane Fernandez la met au service de nombreux groupes et de bien des styles. Depuis son arrivée en 1999 en NouvelleCalédonie, il n’a de cesse de monter des collaborations entre artistes locaux et internationaux, alimentant ainsi sa palette de styles. Nominé avec l'album Nando, Stéphane Fernandez est un artiste hétéroclite, touche-à-tout, qui s'est aussi bien illustré dans l'electro-jazz, qu'en tant que guitariste manouche ou bluesman fusion.

D

ébut des années 1990. Alors que la NouvelleCalédonie est toute offerte au kaneka, Mya auteur-compositeurinterprète de Lifou diffuse, lui, un son atypique : la soul. Son timbre de voix l’y destinait certainement : une tessiture chaude, ronde, envoûtante, dans la veine de Marvin Gaye et Billy Paul. Avec son nouvel album Mam, il poursuit ses recherches de fusion, entre soul, jazz, blues et kaneka, combinant les différents rythmes et les langues. Quand le drehu remplace l’anglais, la soul américaine se « pacifie »…

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Electro-JazzGroove

On ne va pas mentir : la catégorie Electro-Jazz-Groove n’est pas la plus fournie de cette édition des Flèches. Pourtant, la musique électronique, le groove et le jazz calédonien comptent quelques artistes très connus à l’image de Michel Bénébig, Mya ou encore Stéphane Fernandez. Mais les petits nouveaux ne sont pas loin, comme ClearStream Data nominé cette année. Et tous sont remis sur un pied d’égalité à l’occasion du concours.


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Pop-Rock

De plus en plus développée sur le territoire, la scène pop rock calédonienne recèle quelques talents notables. Darling & Co, Ykson, Patrice Prudent et King Biscuit Time donnent le tempo d’un courant musical diversifié dans ses influences et expressions.

DARLING & CO Close Connection

A

u complet depuis 2013, la formation des cinq compères de Darling & Co est récente mais déjà performante. On perçoit dans leurs compositions les kilomètres de cordes qu’ils ont déjà tous déroulés avec d’autres acolytes. Avec Close Connection, le groupe dévoile un rock où instruments et voix sont savamment équilibrés sur des mélodies largement inspirées par de grands noms comme U2, Incubus ou Pink Floyd. Sur scène, la jeune bande de quadras dégage une énergie communicative, de franche camaraderie qui rend chacune de leurs prestations chaleureuse et bon enfant.

© Damien Heinrich

PATRICE PRUDENT Electric Storm

M

usicien accompli, Patrice Prudent est un fanatique de guitare, un perfectionniste du son. Professeur de musique, il transmet sa pratique rigoureuse de technicien à ses élèves. À la fin des années 2000, il se forme à la scène avec plusieurs groupes comme Tama, Escape ou Daddy Kool et créera aussi, avec deux de ses amis musiciens, le groupe Trias ; autant d’occasions qui lui permettent de s’affirmer aussi comme chanteur. Il propose enfin un album solo en 2013, Electric Storm, dans lequel il pousse loin - très loin - ses recherches de virtuosité.

KING BISCUIT TIME Ahead of Time

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ingt ans après Blues Staff, une bonne partie de membres du groupe s’est reformée sous le nom King Biscuit Time. Paul Dubois, Paul Mesanovic, Sébastien Mesnil et Karl Baudoin offrent un nouveau groove à la musique pop-rock du Caillou. Inspirée par des groupes comme les BB King, les Rolling Stones ou encore par des chanteurs de renom tels que Bob Dylan et Rod Stewart, la "jeune" formation sort Ahead of Time en 2013. Les King Biscuit Time veulent avant tout faire de la musique sans artifice et pour le fun. C'est sûrement cette simplicité, qui comme une invitation à savourer ce groovy teatime, séduit et a tapé dans l'oreille des jurés.

YKSON Tu es mon soleil

Y

kson fait partie de cette nouvelle génération d’artistes qui tirent des formes traditionnelles de quoi alimenter une musique résolument actuelle. Le chanteur a choisi de donner de sa voix rauque et puissante sur des compositions blues-pop-rock. Se voulant porte-parole d’une société en transition, Ykson véhicule - à travers sa musique les messages d’une jeunesse en construction et en perpétuelle recherche d’identité. En 2008, il rafle deux Flèches de la Musique dont le prix Révélation qui récompense son EP quatre titres Prêtemoi tes ailes. Avec son nouvel album, Tu es mon soleil, l’artiste concourt pour un nouveau trophée dans une catégorie qui lui colle à la peau.


S

a musique est comme son attitude sur scène : décontractée, sans prétention. Boagan vient de sortir Papillon Bleu, un EP en grande majorité reggae, bien construit, délivré en français, ce qui permet au public de soutenir son chant. L’artiste est un jongleur de styles : kaneka, soul, reggae et musique traditionnelle s’entremêlent dans des arrangements maîtrisés. En 2011, le jeune homme remporte le concours 9 semaines et un jour, et s’envole vers la Métropole pour se produire aux Francofolies de La Rochelle. Son aisance scénique, son charisme emportent alors le public présent.

I&I Common Fate

E

n 2013, la Calédonie a découvert le nouveau visage du groupe I&Iration. Connu depuis deux ans, grâce à leurs nombreux concerts de reprises de Bob Marley, la formation fait peau neuve. Les cinq musiciens sont maintenant auteurs, compositeurs, interprètes. I&Iration devient I&I, l’EP Let Dem talk, est leur premier succès. On se souvient de leur show en première partie de Groundation à l'arène de Païta, date magique où le groupe a présenté devant un public très réceptif, les titres de son nouvel album Common Fate. 2014 est une très bonne année pour I&I, qui prend son ticket pour se frayer une place parmi les grands.

© DR

SOUL SINDIKATE & DUB TROOPER Supa Green

T

out est presque dans le titre : Soul Sindikate & Dub Trooper. De la soul et du dub. Mais il aurait fallu plusieurs autres lignes pour synthétiser poétiquement toutes les influences du groupe. Depuis 2008, à l’aide de compos finement orchestrées, il montre une intéressante combinaison de styles qui gravite autour de l’electro et du reggae. Leur premier opus Human Project a reçu le prix du Meilleur album dub aux Victoires du Reggae 2012. Fort de cette belle récompense, Soul Sindikate & Dub Trooper a enregistré la même année son double CD KingstonNouméa, en Jamaïque, histoire de puiser l’inspiration à la racine. En 2013, ils reviennent avec Supa Green, un album résolument reggae, qui a su conquérir le jury local.

STAN AND THE EARTH FORCE Jah Love is Evermore

O

n pourrait presque en faire une question à 100 francs : qui est la voix la plus connue du reggae vanuatais en Calédonie ? Unanimement, les afficionados du genre s’écrieront Stan and the Earth Force. Sans se départir de son habituel sourire tranquille, Stan diffuse les ondes d’un reggae roots positif dans lequel il expose sa vision de la société et de la religion. Grand habitué des scènes calédoniennes, il était lauréat de la catégorie reggae des Flèches de la Musique 2012. Cette année, il est à nouveau nominé avec Jah Love is Evermore, un album à écouter pour se détendre et voir la vie en mode rasta.

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BOAGAN Papillon Bleu

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Reggae

Que les amateurs du vert, jaune, rouge se rassurent, le reggae est bien vivant en Nouvelle-Calédonie ! Le grand frère du kaneka peut s’appuyer sur des groupes jeunes, dynamiques et inventifs. Parmi eux, Soul Sindikate & Dub Trooper, Stan and the Earth Force, Boagan et I&I sont sortis du lot.


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World MusicFolk

World music ou musiques du monde est un terme générique pour désigner les diverses cultures du globe et leurs expressions musicales. Musique de fusion entre des formes traditionnelles et des expressions contemporaines, elle est très présente en Nouvelle-Calédonie comme le prouve le succès public des quatres nominés de cette catégorie : Ekoten, Gulaan, Kalaga’la ou encore un petit jeune - moins connu - Anyash.

ANYASH Siéj

EKOTEN Petit d’homme

I

D

GULAAN Wa Angellah

KALAGA’LA Aimons-nous

ssus du conservatoire de musique de Lifou, quatre jeunes de 16 à 19 ans se sont retrouvés aux côtés de l’artiste Jean Haeweng pour former le groupe Anyash. En 2012, ils travaillent sur leur premier album, Siéj, avant de le présenter sur scène, au public calédonien l'année suivante en 2013. Centrés principalement sur la jeunesse avec ses joies et ses peines -, leurs textes se chantent sur des rythmes reggae, jazz, kaneka, et parfois R'n’b.

L

e maréen Gulaan, ancien chanteur du groupe Ok ! Ryos, se lance en solo en 2005. Son timbre de voix, ses mélodies de guitare arpégées et la sobriété de ses compositions sont les marques de fabrique de cet artiste autodidacte. Dans la veine d’un Cabrel ou d’un Le Forestier, Gulaan met de la poésie dans ses textes et dans ses mélodies. L’amour, l’un de ses thèmes favoris, transparaît aussi sur scène, dans sa gestuelle et sa façon de s’adresser au public ; scène sur laquelle il accueille très régulièrement sa famille au chant et derrière les instruments.

e leur petite île de Tiga, Ekoten a emprunté le nom d’une plage pour baptiser leur formation où évolue tout de même neuf artistes. En 2013, après deux ans de scène, leur premier album, Petit d’homme, est un franc succès sur les ondes et auprès du public ; électron libre de la world music en Nouvelle-Calédonie. Leur opus est le reflet de l’éclectisme des influences des musiciens. : jazz, funk, soul sans oublier, bien sûr, le son traditionnel de leur île.

E

xpression wallisienne et futunienne de Calédonie, les trois artistes de Kalaga’la livrent dans leur second disque Aimons-nous, un beau mélange de musique du Pacifique et de folk. Patrice Kaïkilekofe, Auto Lami et Tyssia plaident pour le destin commun et la valorisation d’un Caillou multiculturel, tout en asseyant solidement le renouveau de la musique wallisienne sur les scènes d'Océanie et particulièrement néo-zélandaises, une grande sœur polynésienne chez qui le groupe s’invite régulièrement.


DMP Square One

KOULNOUE BOYS BAND Hyewen

C

F

ONETOX Another Day

SMALL JAM I Won’t Give Up

réé en 2004, le groupe des îles Salomon DMP, initales de Door Man’s Project, a connu des débuts difficiles. Refusé par plusieurs maisons de production, leur carrière se lance finalement en 2011 lors d'un concert en Nouvelle-Calédonie. Ils sont alors repérés par le studio Mangrove pour l’enregistrement de leur premier album. Sur des musiques qui oscillent entre le reggae et la musique des îles, ils abordent des sujets majoritairement issus de leur vie quotidienne. Leur dernier disque Square One est nominé aux Flèches de la Musique 2014.

L

es Salomonais du groupe Onetox se sont fait un nom dans la région Pacifique avec leur single « Ramukanzi », tiré de leur premier album Affirmation. La formation combine les thèmes des îles de Mélanésie avec des sons hip hop, reggae, ragga. Ils concourent cette année avec leur deuxième opus, Another Day.

ormée au début des années 2000, une première troupe du Koulnoue Boys Band se fait connaître sur le territoire. Seul rescapé de cet ensemble d’origine, Patrick Tidjitte remonte un nouveau groupe, dont les membres sont toujours issus de la tribu de Koulnoue, à Hienghène. Rapidement, ils deviennent des showmen très appréciés. Le public est sous le charme de leurs compositions qui mélangent avec subtilité des rythmes tahitiens et de la musique traditionnelle locale, le cada.

S

mall Jam est la réunion de deux voix très connues dans l'archipel des Salomons et la région Pacifique : Mostyn Hani aka Pussycat, chanteur de DMP, et Richard Kew Yee aka J Kew, celui du groupe Onetox. La voix de « lover » de Mostyn associée à la voix « rageuse » de J Kew donne un son unique à cette association. DJ Liamz, le faiseur de hits salomonais, a mis en musique leur premier album en commun : I Won’t Give Up.

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Variété-Musique du Pacifique

Vingt-six albums en compétition, des groupes de tous horizons. La catégorie Variété-Musique du Pacifique a fait le plein de bonnes sorties en 2013 et 2014. Le jury local s’est finalement arrêté sur trois groupes salomonais, DMP, Onetox et Small Jam et un groupe très connu de Nouvelle-Calédonie : les Koulnoue Boys Band.


© Eric Dell’Erba

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Flecher

de nouvelles directions Par Claire Thiebaut

Créées en 2006, les Flèches de la Musique avaient trouvé leur rythme de croisière, récompensant chaque année les meilleurs artistes musicaux du pays. Pourtant en 2013, la cérémonie n’a pas eu lieu : les co-organisateurs, la Sacenc et le Poemart, avaient décidé d’une année de césure pour repenser le concept et l’enrichir. En 2014, les Flèches de la Musique reviennent avec leur lot de nouveautés. En 2012, la cérémonie des Flèches de la Musique avait récompensé onze groupes/chanteurs. Cette année, qui seront les lauréats ? Qui remportera le prix Export ?

L

a musique résonne partout, tout le temps en Nouvelle-Calédonie. Mais le petit pays est isolé et ne se fait guère entendre au-delà de la barrière de corail, notamment en Métropole. Sauf, quand soudainement, le territoire se retrouve dans la longue vue des médias, des programmateurs et diffuseurs extérieurs. Cette aubaine est arrivée en 2013 grâce à l’exposition Kanak, l’Art est une Parole, proposée au musée du quai Branly puis au centre culturel Tjibaou. À cette occasion, le Poemart a organisé un plateau musical, le K-Muzik, qui a donné un avant-goût du Caillou, lors d’une tournée en France. Ces quelques dates ont mis une partie du monde médiatique en appétit : RFI, Outre-Mer 1ère, Nova, France Inter, Libération, Télérama, Les Inrocks, etc. Restait aux artistes et au Poemart de garder cette dynamique.

du K-Muzik : ce ne sont plus quelques ambassadeurs qui se déplacent, mais une équipe de sept journalistes, programmateurs et diffuseurs qui vient s’immerger dans le vivier musical du pays ».

Le prix Export-Maison de la Nouvelle-Calédonie « Le corollaire de la venue de ces invités, c’est une belle ouverture sur l’international pour nos artistes : le prix Export. » Car, le lauréat de ce prix remportera une tournée en Nouvelle-Calédonie, dans le Pacifique et en Métropole, organisée par le Poemart et ses partenaires. Trente-trois artistes ont répondu présents. Six groupes ont été nominés sur écoute par ce jury. Suivra pour chacun d’eux, une audition live de trente minutes en province Sud et en province Nord. Avant ce casting, les candidats bénéficieront d’un accompagnement par un coach scénique, Juliette Solal et un coach artistique, Christian Bordarier (voir p. 37).

Le prix Export, une belle ouverture sur l’international pour nos artistes

Sortir la tête du Caillou Alors, le Poemart et la Sacenc proposent de se servir des Flèches 2014 comme vitrine des productions calédoniennes auprès des professionnels, séduits par le K-Muzik. Ainsi, cette année, un jury international a rejoint les jurés locaux et a élu les lauréats des catégories kaneka, reggae, pop rock métal, electro jazz, groove et world music. Chris Tatéossian, directeur du Poemart s’explique sur la venue de ces internationaux : « Nous avons cru intéressant d'inviter des professionnels de la culture, métropolitains, australiens et néo-zélandais. Nous inversons les rôles

UN ENCADREMENT PROFESSIONNEL

Parce que les Flèches de la Musique soutiennent la professionnalisation des artistes, plusieurs nouvelles mesures sont mises en place pour soutenir nominés et lauréats sur le chemin de la reconnaissance. Les gagnants des Flèches pourront être aidés pour valoriser leur communication et leurs disques seront mis en avant chez les distributeurs locaux. Neuf jours de formation sont également proposés par Fabrice Absil et Christian Bordarier qui tiendront des conférences, en province Sud et en province Nord, sur le management et les contrats ainsi que sur l’utilisation du numérique.


p. 35 #FDLM2014 © Théo Rouby

ENDEMIX n° 09 décembre 2014 - février 2015

Par Léna Quillier

Le trophEe

Passionnés et complices, Paula Boi et Adjé signent la réalisation des premiers trophées des Flèches de la Musique en 2008. Plus que de simples objets, ce sont des œuvres d’art qui récompensent chaque année la création musicale du pays.

L

e dessin du trophée a été réalisé par Paula Boi. Éminente artiste kanak, elle est connue notamment pour être l’une des conceptrices du célèbre drapeau FLNKS dans les années 1980, qui flotte aujourd’hui à côté du drapeau français en Nouvelle-Calédonie. L’artiste n’a pas son égal pour imaginer des créations symboliques fortes et parlantes. Les premiers dessins qu’elle propose à l’époque à Jean-Marc Ventoume, ancien directeur du Poemart, représentent le rond d’un CD, deux bwanjep et la tête d'une flèche faîtière. « C’était la requête de Jean-Marc d’utiliser ces trois éléments. De croquis en croquis, j’ai stylisé et simplifié mes dessins. Au départ, le peigne évoquait aussi une portée musicale, mais j’ai encore épuré. De la tête de la flèche faîtière n’est resté finalement que le peigne. » Pour Paula Boi, cela ne faisait aucun doute : pour transformer son dessin en objet, il fallait utiliser des matériaux propres au pays comme le bois (kohu), le verre (la transparence de l’océan) et l’inox (le nickel) et renforcer ainsi la symbolique identitaire de la sculpture. « Au départ nous avions pensé à Norman Song mais finalement, cela n'a pas pu se faire avec lui. La seule personne que je voyais alors pour ce travail était Adjé » se remémore-t-elle. La collaboration entre les deux artistes marque une nouvelle étape de leur histoire artistique commune commencée des années auparavant.

LA MUSIQUE AVANT TOUT

Deux artistes, une seule œuvre C’est dans les années 1990 que Paula Boi et Adjé font connaissance en partageant la même revendication, celle du statut des artistes calédoniens. « On a été les premiers guerriers avec Yvette Bouquet à manifester pour la condition des artistes au pays » se souvient le plasticien. Plus tard, c’est sur les bancs des écoles que les artistes se retrouvent en tant qu’intervenants artistiques dans les maternelles de la Vallée du Tir. « Depuis, nous nous croisons pour des projets, des ateliers, des expositions, nous nous retrouvons toujours au hasard de nos parcours respectifs » racontent-ils d’une même voix. Le trophée des Flèches de la Musique s’est donc édifié au fur et à mesure d’une intense réflexion collective. La proposition graphique de Paula Boi a ensuite évolué en fonction des contraintes techniques de la sculpture. « Tout en restant fidèle au dessin de Paula, je me permets de temps en temps de changer le verre, d’utiliser des ponçages différents, l’aspect de l’inox, etc. Chaque année je change des détails, c’est ma façon de m’exprimer. » Afin de poursuivre cette collaboration, et toujours dans l’esprit de continuer leur travail de création, les deux artistes espèrent un jour réinventer le futur trophée. * percussions faites en écorce de figuier

S’ils sont connus dans le domaine des arts plastiques, les deux artistes ont aussi fait une incursion dans le monde des notes et des rythmes. Petite, Paula Boi faisait de la musique avec son père. À 19 ans, elle rencontre Théo Menango et passe son temps dans les studios avec les précurseurs du kaneka. « C’est un honneur pour moi d’avoir participé à la création du trophée car cette récompense permet de tirer vers le haut les musiciens, de valoriser leur travail », explique la peintre. Quant à Adjé, on le connaît aussi comme slameur et selon lui, « ce trophée représente beaucoup pour les musiciens locaux ».


Par Claire Thiebaut

Aux côtés du jury local, sept jurés internationaux se prêtent au jeu des Flèches de la Musique 2014. Ils voteront pour chacune des catégories et désigneront le lauréat du prix Export. Quatre d’entre eux lèvent le voile sur leurs attentes.

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#FDLM2014

La musique locale dans l'œil du monde

© Christophe Abramovitz

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epuis dix ans à l’une des manettes de la musique de France Inter, Marion Guilbaud a l’ouïe affûtée. « C’est la radio qui m’a poussée à diversifier mes goûts. Quand on programme pour un large auditorat, sur le service public qui plus est, il faut veiller à n’exclure personne et à proposer de tout. » Elle confie « rechercher l’émotion dans la musique, car c’est cela qui rassemble le public ». Plusieurs fois jurée, elle se dit exigeante, mais bienveillante. « Le gagnant va être très exposé, au public et à la presse. S’il n’est pas prêt, sa carrière peut tourner court. » À titre personnel, Marion Guilbaud confesse aimer tout particulièrement le rock, s'intéresser aussi au reggae et avoir entendu parler du kaneka. En tant que programmatrice, elle est aussi adepte de world music. « C’est un style qui se développe beaucoup, entre la création contemporaine et les sons traditionnels. » La musique africaine a déjà percé. Pourquoi pas l’Océanie ?

D

e sa plume indépendante, Gilles Renault remplit les pages culture du journal Libération. Liberté attisée par sa « curiosité quasi-insatiable », dit-il. « Je m'intéresse à des sujets aussi variés que le cinéma, le théâtre, la photographie, le cirque ou l'art contemporain. » Mais son premier champ d’investigation reste la musique. « J’ai pu rencontrer Madonna, David Bowie ou U2, tout comme un grand nombre d'artistes peu connus, que je me suis efforcé – à mon modeste niveau – de promouvoir. » Le journaliste culturel s’intéresse de près à la Nouvelle-Calédonie, qu’il a déjà visitée lors d’un voyage professionnel pour l’exposition Kanak, l’Art est une Parole. Depuis Paris, Gilles Renault parfait aussi sa connaissance de la scène calédonienne grâce aux spectacles du quai Branly. « J’ai pu y voir une belle énergie qui ne demandait qu'à s'exprimer et à s'exporter ».

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esponsable de la programmation du festival des Francofolies de La Rochelle, Florence Jeux apporte une vision dynamique de la scène en fête. Créées en 1986, « Les Francos » valorisent la création musicale actuelle. Aujourd’hui, le festival va plus loin et accompagne les artistes vers la professionnalisation. Et, c’est bien cela que recherche Florence Jeux. « La cérémonie des Flèches n’est pas un projet éphémère mais bien la volonté de construire avec les artistes, une vraie carrière ». Cette grande voyageuse ne boude pas son plaisir de venir en Nouvelle-Calédonie. « Nous sommes très attachés à mettre en valeur les territoires francophones et les pays d’outre-mer participent grandement à la richesse culturelle de la France. »


Deux coaches accompagneront les six nominés du prix Export pendant un jour et demi chacun, jusqu’à leur audition live le 28 novembre prochain, au petit Théâtre du Mont-Dore et le 30, au centre culturel de Koné. Ils leurs donneront conseils et bottes secrètes pour le grand show.

Juliette Solal

C

onnue pour être « la main de fer dans un gant de velours » de la Star Academy, Juliette Solal est coach vocal et scénique. Elle-même auteur-compositeurinterprète, elle connaît « les difficultés du métier, les angoisses de la scène et le trac ». Très présente et engagée aux côtés des artistes, elle accorde une place privilégiée à la psychologie et à l’humain. « J’aime pousser les gens vers l’inconnu, leur donner envie d’essayer de nouvelles choses sur scène. Mais je reste très attentive à leur personnalité et leur univers artistique. Je me rends aussi le plus disponible possible © Jean-Luc Pariente pour les artistes en difficulté, tant technique que morale. » En contrepartie de cette empathie, la professionnelle est exigeante, pointilleuse, et cherchera toujours à mettre en valeur la singularité d’un artiste.

Christian Bordarier

D

irecteur artistique depuis trente-cinq ans, il a travaillé pour de nombreux labels indépendants. Le dernier en date et le plus connu : Wagram. Sa vision de la prestation scénique est globale : « présenter un bon show, c’est trouver l’équilibre général entre la musique, la voix, la mise en scène, les lumières… ». Il souligne l’importance de « bien choisir son répertoire, avec les titres les plus représentatifs tout en gardant une cohérence. On recherche l’efficacité d’un concert, en version réduite. »

BIENVENUE ÉGALEMENT À…

Aurélie Montagnon, Antenne Rhône-Alpes du festival Printemps de Bourges, jurée. Isabelle Faure, Directrice générale des Alliances françaises d'Australie, jurée. Fabrice Absil, Éditions et distribution numérique Absilone, juré et formateur.

#FDLM2014

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Les conseils de pros...

ENDEMIX n° 09 décembre 2014 - février 2015

© Jordan Lee

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ean-Marc Dépierre, directeur de l’Alliance française d’Auckland, Nouvelle-Zélande, vit d’expatriations. Danemark, Congo Brazzaville, Rwanda, Nigéria, Botswana. Autant de voyages qui ont formé ses goûts musicaux. Aujourd’hui, sa mission est de faire rayonner la langue française et les cultures francophones. Lui-même musicien, il s’enthousiasme de travailler avec un groupe calédonien. « La chanson est un bon outil pour valoriser le français. Et, dans le cas de la Nouvelle-Calédonie, un excellent vecteur de la diversité des langues locales. » Il confie que la programmation de musiques du Caillou en terre kiwi est un gros défi. « La plupart des Néo-Zélandais ne connaissent pas cette île. Pour eux, la France est plus une époque qu’un pays. C’est le Paris des années 1950 ! Il faudra les bonnes conditions pour présenter une France du Pacifique, avec sa culture traditionnelle et ses valeurs de 2014, mais c’est justement là une des missions de l’Alliance française. »


Par Léna Quillier

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© Eric Dell’Erba

ENDEMIX n° 09 décembre 2014 - février 2015

#FDLM2014

Mesdames et Messieurs, les jures

De gauche à droite Quentin Radigue, John Apock, Valérie Raffin, Franck Weiss, Bruno Rebel, Cloé Yentao et Fabien Mouledous. Seul absent sur la photo, Nicolas Salvador.

Parce que la musique calédonienne a plus que jamais besoin de l’écoute du public, le Poemart et la Sacenc ont réuni cette année un jury composé des principaux diffuseurs du pays, télévisions, radios et distributeurs.

L

es huit membres du jury se sont rencontrés lors de trois commissions d’audition au mois d’août afin de sélectionner les nominés de chaque catégorie. Un travail long et méthodique puisqu’il s’agit de prendre en compte tous les albums sortis entre le 1er octobre 2012 et le 31 juillet 2014. « Pour juger les musiques, j’essaye d’écouter une première fois de la façon la plus objective possible, sans même regarder le nom de l’artiste. Puis, je fais un classement comparatif : un album par rapport à un autre, les différents parcours d’artistes, l’évolution entre deux albums, etc. » L’oreille de Bruno Rebel, responsable des programmes sur Radio Rythme Bleu, est aussi attentive à la musique qu’à la qualité des textes. « Les gens des îles sont souvent trop romantiques. Lorsque j’écoute un morceau, j’attends des textes plus recherchés » observe John Apock, responsable animation sur Radio Djiido. Chacun a son avis et les débats sont parfois animés lors des auditions, mais « c’est un moment privilégié pour les membres du jury car ils peuvent échanger et aussi approfondir des liens professionnels intéressants » rappelle Bruno Rebel. Pour Quentin Radigue, animateur sur Océane FM, le  concours « permet avant tout de montrer aux artistes qu’il y a un suivi sérieux derrière leurs productions ».

La diffusion, la plus belle des récompenses Sans la télévision ou la radio, la musique aurait du mal à se frayer un chemin vers le public.

Il est donc indispensable que les médias en question jouent leur rôle de diffuseur. Chacun remplit cette mission à sa manière. « La musique qui illustre nos sujets n'est pas toujours locale, mais dès que l'on peut, on le fait » insiste Cloé Yentao, journaliste à NCTV. Quant à Radio Djiido, sur une heure d’antenne, la fréquence propose 60% de musique du Caillou, 30% de musique régionale et 10% de musique internationale. Pour Franck Weiss, programmateur musical de la radio NC 1ère, c’est la musique locale « qui donne le rythme [...] sur nos antennes. Le concours des Flèches est nécessaire pour reconnaître le talent et saluer tous les acteurs de la profession ». Malgré une rude concurrence entre les différents médias locaux, tous se retrouvent unis à l’occasion des Flèches de la Musique pour contribuer – ensemble – au développement de la musique du pays.

LES HUIT MEMBRES DU JURY LOCAL :

Quentin Radigue, animateur à Océane FM John Apock, responsable animation de Radio Djiido Valérie Raffin, responsable communication pour Canal + Nouvelle-Calédonie Franck Weiss, programmateur musical de la radio NC 1ère Bruno Rebel, responsable des programmes de RRB Cloé Yentao, journaliste reporter d'images et chroniqueuse pour NCTV Fabien Mouledous, responsable de Day One et responsable achat de Compact Mégastore Nicolas Salvador, directeur général de Canl (GOTV)Lége


Théâtre comédie

LES AMIS DU PLACARD

Pièce de Gabor Rassov Adapté et mis en scène par Jean-Paul Smadja de la compagnie Les Incompressibles Sous forme de comédie loufoque, cette pièce illustre avec férocité et cocasserie des penchants pervers de notre société : le consumérisme, l’individualisme et un peu plus en profondeur sa monstruosité. Un couple un peu bourgeois qui s’ennuie pendant ses soirées, décide d’acheter un couple de jeunes lors d’une promotion dans un supermarché et l’enferme dans un placard quand ils ne s’en sert pas ! 20 et 21 novembre à 19h30 22 et 23 novembre à 18h Durée: 1h30 Tout plublic à partir de 15 ans Plein tarif : 2 500F Tarif réduit : 2 000F Carte Pass : 1 500F

Spectacle musical

Programme

POLYSONG AU MÉDIPÔLE

Présenté et mis en scène par le groupe vocal Polysong Eusèbe, un broussard de la région de Témala, vient rendre visite à la famille Polysong à sa sortie de l’hôpital où il a été soigné pour une zikadengue. Dans un langage fleuri, il raconte à ses amis les épisodes délirants de son séjour hospitalier. Mais en raison de la fièvre et d’une malencontreuse erreur de branchement sur le réseau de protoxyde d’azote, il ne sait pas très bien s’il les a vécus ou rêvés. Dans cette confusion, il finit par se persuader qu’il s’est trouvé au Médipôle pourtant encore en construction. Un spectacle musical a capella humoristique 100 % calédonien. 27 et 28 novembre à 20h 29 novembre à 18h Durée : 1h45 Plein tarif : 2 000 F Tout public à partir de 16 ans Tarif réduit : 1 500 F Carte Pass : 1 200 F

Théâtre solidarité

SÉRIEUX S’ABSTENIR

Dans leur nouveau spectacle mis en scène par Alain Mardel, les membres de l’atelier théâtre de l’ACAPA vont camper des personnages inattendus dans des situations surréalistes. « À quelle sauce va-t-on manger les banquiers responsables de la crise ? Faut-il former les réceptionnistes de la CAFAT ? Est-ce que cela s’use quand on fait beaucoup l’amour, docteur ? » : autant de questions auxquelles vont tenter de répondre les comédiens à travers des sketches aussi délirants et drôles les uns que les autres. 12 décembre à 20h 13 et 14 décembre à 18h Durée : 1h Tarif unique : 1 500 F Tout public

SoIréeS arT’PérITIfS Deux à trois mardis par mois de 18h30 à 20h, le centre d’Art propose des spectacles gratuits en plein air accompagnés d’une collation. L’occasion de découvrir la diversité des approches artistiques : musique, théâtre, art visuels, histoire des arts… 18 novembre : Scène musicale Jam Session en partenariat avec le café musiques Le Mouv’. 25 novembre : Art’P danse : Le costume. 9 décembre : Soirée de clôture de la saison. * En extérieur sous réserve de bonnes conditions météorologiques.

eXPoSITIoN 160 ANS VILLE DE NOUMEA

« Inside Out Nouvelle-Calédonie – Regards sur la Ville » À l’occasion du 160e anniversaire de la Ville de Nouméa, des portraits grand format de Nouméens ont été réalisés dans le cadre du projet Inside Out NouvelleCalédonie – Regards sur la Ville. Projet porté par l’association Nice To Meet You (NTMY) qui souhaitait relayer l’action de l’artiste parisien JR, The Inside Out Project, projet d’art global et participatif qui permet à chacun de soutenir une démarche en prenant des photos et en les affichant sur les murs de la ville. Une partie de ces portraits ont été collés sur les murs intérieurs et extérieurs du centre d’Art, sur la Place de la Marne et au square Orly. Dans la continuité de l’évènement, d’octobre à décembre, la Ville de Nouméa invite l’association NTMY à réunir les 160 portraits sur un format 16 x 9 m sur la façade de l’hôtel de Ville.

Renseignements au 25 07 50. Plus d’infos sur www.centredart.noumea.nc

1854-2014

ENDEMIX n° 09 décembre 2014 - février 2015

Novembre - Décembre 2014

de PoC h e e r T â é h T u a S e L C a T SPeC


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Cri du Cagou

Les membres du Cri du Cagou se sont emparés d’une page d’Endemix pour parler, à chaque numéro, d’un thème qui leur tient à cœur.

Tournage S

ENDEMIX n° 09 décembre 2014 - février 2015

ur les feuilles de service distribuées avant tournage, la réalisatrice a inscrit en gros le mot d’ordre de Tarantino, « Because we love making movies!!! » Faire des films, les membres du Five Club adorent. Le dernier week-end de juin et le premier week-end de juillet, l’association née l’an dernier s’est plongée dans cette passion commune. À plusieurs endroits du Grand Nouméa, elle a mis en boîte de quoi mitonner le court-métrage Les Sondeurs. Non, ça ne cause pas de prospection minière. Plutôt d'un institut de sondage qui enquête dans un univers pas piqué des vers, avec de vrais morceaux de créatures bizarres. Mais chuuuut, le Five Club se veut discret sur ses personnages très... fantastiques. En attendant la diffusion sur Internet, notre photographe n'a immortalisé que l'équipe technique (rémunérée) en pleine « Action ! ». Sophie la scripte, Vincent au cadrage, Maxime le preneur de son, Sam le directeur photo, Karine la maquilleuse, Mose la coiffeuse, Laurie la costumière… Pour cette fois, Manuella Ginestre se chargeait de la réa. Mais  l’assoc' comprend trois autres réalisateurs primés qui sont Erwann Bournet, Christophe Maunier et Lucas Genna. Fabien Dubedout assure le scénario et Benjamin Ramirez est devenu le sixième doigt de la main en acceptant de produire ce court de douze minutes. Il fera office de pilote pour le grand projet du Five Club : décliner Les Sondeurs en série pour le web. En attendant, le film doit être présenté au festival 2015 de La Foa et son tournage s’est déroulé sous de bons auspices puisqu'au même moment, l'édition 2014 du festival lui octroyait une bourse dans le concours Courts contre la montre.

L’ASTUCE

Cette photo a été prise avec une focale longue, un objectif à la fois adapté au portrait et qui permet de se tenir à distance du sujet. « Ce deuxième point était important dans le contexte d'un tournage », note Patrick Hamm, « pour éviter que l'on puisse entendre le bruit de mon déclencheur lors des prises de vues. » Dans ce portrait en action de Manuella Ginestre, l'acteur à gauche de la photo ne sert qu'à compléter le contexte de l'image.

Retrouvez TOURNAGE sur le Cri du Cagou : www.lecriducagou.org

© Patrick « Patham» Hamm

Par dAwa!


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PalabreS d'écrivain

Nicolas « La poésie est une forme de méditation » Propos recueillis par Frédérique de Jode

Il est l'une des voix majeures de la littérature calédonienne. Nicolas Kurtovitch est au cœur de l'actualité avec la sortie de son recueil Ombre que protège l'ombre et son roman en préparation. L’ancien directeur du lycée Do Kamo déploie une œuvre plurielle qui interroge la nature humaine et l'accompagne vers une meilleure connaissance de soi. Rencontre avec un poète qui habite le monde.

D Dans votre dernier recueil Ombre que protège l'ombre, vous écrivez « Je pose mes pas dans celui des Indiens ». Nous, lecteurs, nous posons nos pas dans ceux de Nicolas Kurtovitch.

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Nicolas Kurtovitch : Ce recueil peut se ressentir comme une invitation au voyage de facto, mais il n'est pas un carnet de voyage. Il explore les lieux que je traverse avec le maximum de sensibilité et de conscience possible pour avoir le sentiment d'être vivant. L'écriture est également liée au temps du parcours, plus ou moins long, mais les valeurs des perceptions, leur puissance et leur nécessité sont identiques. La poésie permet cette connexion active et dynamique car elle génère de la pensée, de l'émotion et de l'affectif.

Vous êtes un homme de lieux, c'est une constante dans votre œuvre. Habiter un endroit signifie-t-il être en interaction avec lui, avec ses habitants, ses énergies ? C'est tout cela à la fois. Il n'est pas nécessaire d'ailleurs d'habiter un lieu sur le long terme. Par exemple, lorsque je suis allé à Uluru, je suis resté moins de quarante-huit heures. Mais, il est nécessaire d'être le plus vide

possible pour permettre à ce lieu et aux choses matérielles et immatérielles qui le constituent de venir en soi et de questionner son cœur et son esprit. Être perméable émotionnellement, intellectuellement et spirituellement. Et, si je traverse dans la durée un pays comme la Nouvelle-Calédonie, j'emploierais les mêmes termes mais dans des échelles spatio-temporelles différentes. Lorsqu'on habite un lieu, on est imprégné par lui, on s'en nourrit et on s'y investit.

Pour vous la poésie, c'est d'abord votre chemin vers la connaissance du monde, de l'humanité et de vous-même.

C'est le point de départ de ma démarche poétique. Je l'ai ressentie comme un besoin et, concomitamment, j'ai constaté que la poésie me propulsait vers un peu plus de connaissance et moins d'incertitude par rapport à ce que je suis en tant qu'individu.

Vos écrits se nourrissent du taoïsme, du bouddhisme ; la poésie ne s'apparenterait-elle pas à une forme de méditation ? C'est assurément une forme de méditation. C'est surprenant car lorsque l'on médite, on observe et laisse

En 2013, Nicolas Kurtovitch s’est rendu à Sarajevo pour participer aux 52e Journées de la poésie, un « moment chargé d'émotion car ma famille paternelle était présente, ainsi que mon fils et ma fille. »

passer ses pensées. Or, en poésie, il faut penser les mots, mais pas seulement. Si on ne fait que penser, on passe à côté, il me semble, de l'essentiel. Lorsque j'écris, je vis un équilibre entre penser et ne pas penser qui me donne un temps de méditation.

Vous avez écrit des essais, des nouvelles, des pièces de théâtre, des romans. Est-ce parce que vous ne souhaitez pas que l'on vous catalogue ? Ce n'est pas tant que je n'aime pas être catalogué. Il se trouve qu'à un moment donné, j'avais quelque chose à exprimer qui ne pouvait pas l'être sous forme de poésie. Je me suis tourné vers la prose à travers les nouvelles. La forme théâtrale s'est imposée ensuite. Il y a eu Le Sentier Kaawenya, Les Dieux sont borgnes, écrit avec Pierre Gope,


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1973 Sloboda, premier recueil de poèmes 1993 Forêt, terre et tabac, Éditions du Niaouli 1993 Homme montagne, Guy Chambelland 2002 Autour Uluru, Au Vent des Îles 2002 Les Dieux sont borgnes, Grain de Sable 2003 Le Piéton du Dharma, Grain de Sable 2004 La Commande, Traversées 2006 Good night friend, Au Vent des Îles 2009 Les Heures italiques, Au Vent des Îles, prix Popaï en 2011 2010 Les Arbres et les rochers se partagent la montagne, Vents d'ailleurs, Prix Vi Nimö des lycéens en 2011 2014 Ombre que protège l'ombre, Vents d'ailleurs En 2008, Nicolas Kurtovitch reçoit le prix Antonio Vicario pour l'ensemble de son œuvre.

Palabres d'écrivain

BIBLIO EXPRESS

Dans ce recueil de poèmes, l'auteur donne à entendre, via les lieux qu'il traverse, ces deux sentiments incontournables de la vie, la joie et la tristesse. De Mexico à Sarajevo, du Canada à la Nouvelle-Calédonie, il observe d'un œil proche parfois du journalisme et habite l'espace qui l'entoure, tout en scrutant intérieurement ce que ce lieu éveille, suscite en lui. L'émotion est accrue lorsqu'il évoque Sarajevo et la Grande-Terre. Sa poésie interroge les notions d'exil et de liberté à travers une pratique « géopoétique » du monde.

Dans Les Heures italiques, dont le récit se situe en Nouvelle-Calédonie et en Bosnie, pays de votre père, vous abordez les relations communautaires, le vivre ensemble, tout en montrant la violence de la nature humaine. Pourtant, vous croyez fortement à la capacité de l'homme à être meilleur. Je reste quelqu'un d'optimiste, de positif, d'utopiste. Je ne cherche pas à m'en défaire, même s'il m'arrive parfois de me sentir sans espérance. Pourtant, j'ai foi en l'espoir et en la réalisation des rêves.

Vous êtes très attaché à la notion de liberté. Être chargé de mission au sein du cabinet de la présidence du gouvernement ne la bride-t-elle pas ? Est-ce que je suis libre de dire publiquement ce que je pense ? Oui, bien entendu. Être libre, ce n'est pas seulement « dénoncer »; ce qui est salutaire lors d’une trajectoire humaine, c'est tout autant être capable et désirer s'investir dans des créations qui font avancer les choses. Travailler sur le statut des artistes, mettre en place l'École de la deuxième chance,

les Internats d'Excellence ou l’Espace Jeunes de la province Sud et la mise en application du 1% artistique dans les bâtiments publics, expriment aussi un acte de liberté.

Je reste un poète bien que ce terme soit tellement dévalorisé dans le langage commun

Vous terminez un nouveau roman qui devrait sortir en 2015. Pouvezvous nous en dire quelques mots ?

Il s'inscrit dans la même veine que Les Heures italiques. Un roman polyphonique dans lequel on retrouve en partie les mêmes personnages et qui ouvre des passerelles.

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La Commande écrite pour Nicole, ma femme, et jouée par elle. Les romans sont venus plus tard. Mais je reste un poète, bien que ce terme soit tellement dévalorisé dans le langage commun.

© Théo Rouby

OMBRE QUE PROTÈGE L'OMBRE, ÉDITIONS VENTS D’AILLEURS


© Erwan Morelli

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Liens culturels

c

hant

Le chœur de

l Histoire

La fine équipe parcourt le Caillou à la recherche des textes traditionnels et leur traduction. Richard Digoué y appose sa griffe de metteur en scène et chorégraphe.

Par Claire Thiebaut

Pourquoi ne pas chanter l’Histoire ? Quand on sait le poids de l’oralité dans le monde kanak et l’importance de connaître ses racines, on se dit que le challenge est intéressant. Le groupe de chant choral Vocal le relève avec La Rencontre des Mondes, un spectacle qui donne la parole à toutes les communautés du Caillou.

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2007,

une vingtaine de chanteurs se retire de la grande chorale calédonienne Amadeus et crée Vocal. Ces artistes, ces « amateurs éclairés », comme les décrit Pascale Doniguian, vice-présidente et choriste de l’association, se baladent tout autour de la Nouvelle-Calédonie, donnant de la voix de-ci de-là. Un jour de concert à Maré, le 14 juillet 2013, ils innovent et glissent dans leur répertoire une chanson en nengone que des habitants leur ont apprise. « Les gens ne s’attendaient pas à ce que nous la chantions en spectacle. Ils étaient si flattés ! Tous très émus, nous nous sommes séparés en demandant l’autorisation de garder cet air dans notre répertoire », se remémore Pascale Doniguian. De retour sur la Grande Terre, la troupe se produit à Koné et c’est Hervé Lecren, directeur adjoint de l’annexe du conservatoire de musique de Nouvelle-Calédonie, qui les félicite personnellement de leur initiative. « Il nous a encouragés à intégrer plus de chants du pays dans notre corpus. Et par pays, il entendait la Calédonie dans toute sa richesse, avec toutes ses communautés. » Le projet La Rencontre des Mondes commence à germer. Il prendra la forme d’un spectacle mêlant des chants de langues différentes, de la danse, du mapping et de la comédie, sur un thème commun : l’Histoire de la Nouvelle-Calédonie.

Collecter le passé L’écriture commence. Les collectes aussi. Car pour compiler des textes en langues, encore faut-il en avoir dans sa besace. Le président de Vocal, Jean-Louis Benet, Pascale Doniguian et les deux chefs de chœur Tommy Manna et Edwige Kaysen, partent à la rencontre des chefs coutumiers, des associations de chant et chargés d’actions culturelles des mairies. « C’est un travail de longue haleine que nous avons commencé en novembre 2013. Avant d’arriver dans les tribus, nous avons beaucoup échangé avec nos partenaires pour préciser nos attentes : des chants traditionnels, si possible non religieux. » Pascale Doniguian se souvient de beaucoup d’émotion au moment du don des partitions et lors des coutumes. Même si une attention toute particulière est accordée aux langues kanak, les autres communautés ne sont pas en reste. « Nous avons des chants en vietnamien, en wallisien, en futunien, en japonais, ou ‟caldochesˮ, des textes qui parlent de l’univers de la mine... ». Au final, les artistes de Vocal chanteront à tue-tête en septembre et octobre 2015, une compilation de vingt morceaux interprétés en dix-huit langues.

UNE ANNÉE SYMBOLIQUE

C’est presque un an en avance que Vocal annonce son grand spectacle, La Rencontre des Mondes, qui arpentera toute la Calédonie du 15 septembre au 31 octobre 2015. Année qui s’avère marquer le quarantenaire du festival Melanesia 2000. Ce dernier avait lui aussi mis en lumière, en son temps, la richesse de la culture kanak et de Nouvelle-Calédonie.

UN AVANT-GOÛT DU JOUR J

Imaginez une composition en cinq tableaux, durant lesquels le spectateur assiste à une discussion entre un vieux monsieur et une fillette. Ces deux personnages déroulent une grande fresque historique, dans laquelle chanteurs et danseurs se partagent une scène animée d’un fond de mapping (voir article p.25). Le tout mis en scène par Richard Digoué.


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Critiques m on Air usique

SHAMAN DUB

Endemix a sorti sa chaîne et ses enceintes pour écouter les nouveautés du marché musical calédonien. Verdict ?

ENLIGHTENMENT

L

a Nouvelle-Calédonie est une terre d'élection pour les amateurs de reggae roots, et il est parfois difficile de se repérer dans la profusion de nouvelles formations qui émergent régulièrement. Shaman Dub, équipage de six jeunes prêcheurs monté voilà deux ans et demi, a acquis sur scène et au contact de sommités du genre, la confiance nécessaire à la sortie d'un premier album, Enlightenment. Le groupe revendique l'influence des Californiens de Groundation, qu'ils ont pu côtoyer sur scène à Nouméa en début d'année. La voix rauque, rugueuse, du principal chanteur Julien Dugardin, subtilement secondée par les chœurs masculins, n'est pas sans rappeler celle de Harrison Stafford. Abordant en anglais, français, voire espagnol, des thèmes assez sombres qui font

l'état des lieux de l'époque, le chant s'apparente même aux feulements des chanteurs de métal (comme sur les morceaux « Corruption » ou « Reborn »)... Portée par une grande qualité instrumentale (la combinaison classique : basses, claviers, guitares, avec l'intervention ponctuelle de cuivres), la bande de Gérôme Piétri (guitare et saxo) semble d'ailleurs parfois à la croisée des styles musicaux. La conscience de l'auditeur est invitée à quelques escapades (comme sur les pépites « New Generation », et surtout « Shaman History »). Peut-être manque-t-il simplement aux Shamans du Dub encore un peu de caractère pour nous proposer un brin supplémentaire d'originalité, notamment dans les thèmes abordés, mais cette première livraison est porteuse d'excellentes promesses. Par Sylvain Derne

LOREMX C’EST MON MONDE

ENDEMIX n° 09 décembre 2014 - février 2015

P

ersonnalité baroque et facétieuse, Lorenzo Nicolini, alias Loremx, nous propose une excursion dans son monde en dix titres, trois ans après un premier album solo, Melting Pop. L'ancien bassiste professionnel, qui a longtemps officié en Métropole, rend une copie multicolore, nourrie de ses diverses expériences musicales, avec une prédilection pour le rock. Oscillant entre chansons à thèmes “sérieux” (« C'est mon monde » ou « Regarde ton île ») et galéjades endiablées, où Loremx joue le personnage de beauf énervé qu'il affectionne (« Yé soui pas oune machine », « Le Blaireau »), l'album séduit par sa qualité instrumentale. Mention spéciale à « Ma Blonde », précédemment sorti en single, pour

ses chaudes sonorités latino... La suave voix de Sänh aux chœurs apporte un zeste de douceur féminine sur quelques morceaux, et se mêle, dans une belle harmonie, au timbre voilé de l'interprète, qui rappelle parfois l’expressivité rageuse d'un Nino Ferrer. L'humour et l’auto-dérision sont omniprésents dans les textes de l'auteur-compositeur, par ailleurs membre des 3 Petits cochons ; il troque cette fois encore sa basse contre une guitare pour s'accompagner dans cet album personnel. On peut toutefois regretter la platitude de l'écriture de certains titres (par exemple « On nous avait dit » ou « Je sais ce que tu veux »), Loremx donnant l'impression d'enfoncer par accident quelques portes ouvertes. Mais en s’entourant

d’affinités artistiques – comme Aline Mori ou Stéphane Fernandez – l’artiste parvient à faire de C'est mon monde un objet atypique et personnel dans le paysage musical calédonien. Par Sylvain Derne


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H

na Thatilo, troisième album de Sumaele, marque le retour de l’un des groupes les plus constants et aventuriers de cette dernière décennie. Forts de leurs récentes collaborations avec des musiciens berbères (au sein du collectif Enono Anya), les frères Wahnuhnu (Georges, François et Mathias) et leurs épouses (Messaline, Elisa et Rolande) livrent dix titres d'une grande maturité, qui opèrent une subtile alchimie entre fondamentaux et sonorités nouvelles. On reconnaît les arpèges acidulés, caractéristiques de l'époque où les musiciens de la tribu de Roh dans le district de Guahma à Maré - participaient au groupe Gulianod, dont le meilleur exemple est le morceau « Ri Cerugoc ». Les harmonies vocales, empruntées aux taperas, continuent également de former l'ADN d’une proposition musicale enrichie des suggestions et arrangements de Camel Zekri, musicien algérien désormais bien connu sur

DJALIV INSPIRATION

N

Critiques

HNA THATILO

Par Sylvain Derne

ouveau venu sur la grande scène du kaneka-reggae calédonien, le groupe Djaliv sort son premier album Inspiration. Les dix jeunes musiciens ont choisi de s'exprimer en français, excepté quelques mots en anglais et en xârâguré, langue de Thio d'où ils sont originaires, sur le morceautitre de l'album. Les thèmes abordés concernent les traditions, les éléments naturels ou l'Histoire de la Nouvelle-Calédonie, mais on trouve également dans l'album un morceau comme « Israël » qui évoque un conflit international s’accrochant tristement à l'actualité. Les claviers constituent l’architecture mélodique principale, qui oscille donc entre un kaneka qu’on pourrait référencer « côte Est » et un reggae classique ; quelque part entre Cidori (groupe historique de Poindimié) et Nasio (chanteur de reggae dominicain

dont l’influence est notable sur le morceau « Roi du Monde » par exemple). Mais la filiation musicale la plus évidente reste celle qui lie Djaliv à JVDK, célèbre groupe de la région de Thio - Jacques Tieoue, l’un des deux principaux chanteurs, a fait partie de l’aventure JVDK. Si la recette semble prendre au début, avec des arrangements et un travail sur la voix intéressants, sur le morceau inaugural « La Pluie » qui pulse bien, « l’inspiration » du groupe s’essouffle malheureusement au fil des chansons. Les textes et l’instrumentation peinent à se renouveler. Peut-être Djaliv aurait-il gagné à nous proposer d'abord un EP, plus condensé et permettant de mieux apprécier les indéniables qualités de ce jeune groupe. Par Sylvain Derne

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SUMAELE

la scène kaneka. On remarque la présence de la basse sur la plupart des morceaux. Des titres comme « Waeleda » ou « Hna Thatilo » et sa base rythmique biguine, restent en mémoire grâce à leurs refrains entêtants. Quant à « Paekocelu », il emporte l’auditeur à l’aide d’un style dépouillé, serti de simples accords à la guitare, de quelques percussions et du magnifique travail choral garant d’une profondeur pleine d’émotion. Les textes, en nengone, parlent principalement de religion : « nous faisons un lien entre la vie de nos ancêtres et l’arrivée de l’évangile », rappelle Mathias, le leader du groupe. À ceux qui penseraient que le kaneka perdrait son âme en s’aventurant à la rencontre des influences du vaste monde, Hna Thatilo apporte un superbe démenti.


p. 48 Critiques

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ittérature

Derrière

le masque

, L

La simplicité est une affaire complexe. C’est bien là que réside tout l’enjeu de la littérature pour enfant. Christine Rousselle, dans L’Épreuve du masque, ne parvient pas à réaliser ce tour de force nécessaire pour séduire le public.

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écriture pour la jeunesse est un parcours semé d’embûches. Autant sans doute que celui d’Ély, l’héroïne de L’Épreuve du masque, et de ses amis qui, n’écoutant que leur courage, partent à la recherche non seulement d’un masque mystérieux, mais aussi d’une formule magique pour sauver des parents endormis. De l’installation du contexte, dans lequel se noue l’intrigue, à sa résolution, les pièges sont nombreux, et Christine Rousselle ne parvient pas à les déjouer avec autant d’adresse que ses personnages, car le public, même jeune, est exigeant. Or, on sent dans cet ouvrage une profusion de fils lancés qui, finalement, ne seront pas suivis, frustrant le lecteur et rappelant l’adage « qui trop embrasse mal étreint ». Une « cité » mystérieuse,

Par Virginie Soula tout d’abord, première étape de l’aventure, se révèle être une forêt de kaoris et de banians. Les personnages découvrent ensuite des pétroglyphes. On soupçonne alors un indice, une information culturelle qui permettraient de percer le mystère… Mais non, ce sont juste des éléments de décors. On regrette encore les raccourcis qui soustraient les passages relevant véritablement du fantastique et l’absence de contextualisation qui ne permet pas à la leçon de morale - censée intervenir à la fin de la quête - de jouer son rôle à plein. Dommage car le format et la maquette pourraient séduire, de même que les détails de l’illustration qui rendent joliment tout le mystère et la luxuriance de la végétation calédonienne. L’Épreuve du masque, les incroyables aventures d’Ély Conte fantastique calédonien de Christine Rousselle, illustré par Maurine Morel, éditions Eteek, 2014.


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Métis de Dieu

ittérature

Critiques

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Par Stéphane Camille

Ce n’est pas vraiment à la critique littéraire qu’invite la lecture du livre Le Prêtre et le juge. Plutôt au débat d’idées. À cet égard, ces entretiens entre un magistrat et un homme d’église, pétris d’humanisme, nous éclairent effectivement sur les grands enjeux de la Nouvelle-Calédonie d’aujourd’hui et de demain, grâce à la franchise salvatrice du père Apikaoua.

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a plupart des leaders Nos ombres à la Lumière politiques kanak de plus de cinquante Au-delà des considérations spirituelles et philosophiques ans, sont issus qui concernent davantage l’intime conviction que des enseignements le débat public, nous avons surtout choisi de retenir de catholique et cet ouvrage l’alternance entre « pavés dans la mare » et protestant, comme messages d’espoir que lance la personnalité interrogée par les hommes Jean-Paul Briseul. En vrac : « la dimension calédonienne politiques vanuatais du même âge. En effet, les structures d’Ataï », « le marasme politicien de bas étage » mises en place par ces cultes depuis la mort des leaders ont fait bien davantage historiques, les dangers envers le peuple autochtone du communautarisme et que l’ensemble des écoles du nombrilisme, le sénat coloniales et publiques jusqu’à coutumier comme « legs de la fin du XXe siècle. Cet état la colonisation », l’obsolescence de fait, difficile à digérer pour du concept d’indépendance, un fervent laïque – mais la la diversité ethnique comme laïcité n’est-elle pas « une « humus » de la Calédonie, invention des Métropolitains » l’image catastrophique comme l’affirme un titre des bulldozers renversant de chapitre ? – a produit les cases de la place de la son lot de célèbres prêtres Moselle, l’usine du Sud comme défroqués et de pasteurs symbole de la capacité de rebelles en se confrontant l’homme à inviter le mal aux questions d’égalité et au cœur du paradis, la capuche d’indépendance, de même « abat-jour » de la jeunesse, que des ecclésiastiques fidèles l’antagonisme entre travail et au vœu mais non dépourvus emploi, entre avoir et être, ... d’esprit critique comme le Alors, malgré un usage père Appolinaire Anova ou... approximatif de la ponctuation, Roch Apikaoua. Ce dernier quelques coquilles et souligne d’ailleurs clairement une multitude de « Jean-Paul » que, les mains dans l’argile inutiles dans la retranscription collante de la lutte politique, des réponses du religieux au l’esprit des hommes et femmes magistrat, enfin malgré une retournés à l’état laïque ne phrase finale plus incantatoire s’est jamais complètement que logique, ce livre doit être Le Prêtre et le juge, Nouvelle-Calédonie 2014 départi des valeurs à la fois lu, et doit se lire lentement, afin Le père Roch Apikaoua s’entretient avec le magistrat Jean-Paul Briseul chrétiennes et coutumières qui de laisser place à la réflexion Éditions Le corridor bleu font que Jean-Marie Tjibaou personnelle ou aux débats entre n’appellera pas à la vengeance nous, les humains, qui sommes au lendemain de l’assassinat des Dix de « Tiendanite », tous des « métis de Dieu ». Un livre « rythmeur de vie », ou encore que le pardon sera échangé des années plus comme le père Apikaoua aime à considérer la lecture. tard entre les principales familles kanak impliquées dans les morts de Jean-Marie, YéYé et Djubelly à Ouvéa.


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Era Kaneka /

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chant de kanekA

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Une invitation à danser © Éric Dell'Erba

LE KANEKA

Thai vi kaneka de Vamaley Refrain (3x) Nemi li cagi thai vi kaneka O do li ga cagi pila-i ! Ru do beeng Tena vi bwanjep Caget tuut Ma tu-jiwa Ai wo matip vi kaneka. Refrain (3x) Nemi li cagi thai vi kaneka O do li ga cagi pila-i !

Par Léa Bouarat et l’Académie des Langues Kanak

Eae ea o… Ru do beeng Tena vi bwanjep Caget tuut Ma tu-jiwa Ai wo matip vi kaneka. Refrain (3x) Nemi li cagi thai vi kaneka O do li ga cagi pila-i ! Eae ea o…

Vous souvenez-vous de ce titre explosif lançant à plein régime le kaneka du Nord ? Pionnier en la matière, le style Vamaley se dévoile dans ce premier album Échos du passé, véritable best of du genre, sorti en 1993. Rétrospective d’une chanson phare de l’histoire du kaneka, qui contribuera indéniablement à populariser ce courant musical par-delà les récifs…

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riginaire de Ouélisse, Vamaley se forme du côté de Témala entre 1986 et 1987. Leur nom désigne en fait un toponyme : celui d’une ancienne tribu, située entre Vook et Koohnê au nord-ouest de la Grande Terre, qui sera rayée de la carte par l’administration suite au soulèvement de 1917. Dans l’ouvrage Kaneka, musique en mouvement publié par l’ADCK-CCT et le Poemart, Jean-Claude Ouedoy retrace l’origine du groupe : « Tous les soirs, on répétait chez un tonton. Il y avait une grand-mère qui nous écoutait de chez elle. Elle a demandé à son petit-fils si le groupe avait un nom. Comme on n’en avait pas, elle a dit : “Eh bien je vous propose de donner à ce groupe le nom de Vamaley.” […] Et ce 1er janvier 1987 où on est venus à la tribu, on a dit à tous nos vieux, au Conseil des anciens, aux parents : “Voilà, on vous présente le groupe qu’on a formé, nous les jeunes de la tribu.” On a fait la coutume avec tous les vieux et les vieux nous ont fait la coutume. C’était comme si on avait créé un nouveau clan dans la tribu… Le clan des artistes : Vamaley ! »*

Refrain Nous allons tenter de jouer le kaneka Alors tu vas essayer de le danser ! Toi mon frère Entends le bwanjep Lève-toi Tiens-toi debout Pour que vive le kaneka. Refrain Nous allons tenter de jouer le kaneka Alors tu vas essayer de le danser !

Eae ea o… Toi mon frère Entends le bwanjep Lève-toi Tiens-toi debout Pour que vive le kaneka. Refrain Nous allons tenter de jouer le kaneka Alors tu vas essayer de le danser ! Eae ea o…

Le groupe compose principalement en pwaamei, l’un des dialectes kanak de la région de Voh, mais alterne aussi avec d’autres langues telles que le français, l'anglais ou le nemi entre autres, comme c'est le cas pour la chanson Thai vi kaneka. Né de la mouvance du kaneka de l’époque, ce titre connaît rapidement un vif succès, s’imposant sur les ondes et résonnant dans tout le pays. Une mélodie entraînante, calée sur le rythme des bwanjep et des bambous pilonnants... Une interprétation pulsée, ponctuée de sifflements, de chuintements et du son Retrouvez toute l’histoire éclatant de l’harmonica… du kaneka autant d’éléments explosifs invitant au déhanchement et à la danse ! Cette chanson lancera le plein essor du kaneka par-delà les récifs puisque Vamaley se produira sur les scènes de Nouvelle-Zélande dès 1993, puis dans le cadre de nombreuses autres tournées à l’étranger… * Dans Kaneka, musique en mouvement, p. 57


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usique

Métier

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CHEF D'ORCHESTRE

© Marie-Jeanne Malaïka

Romain Dumas, 28 ans, est né et a grandi à Nouméa où il a fréquenté les bancs du conservatoire.

du répertoire à la répétition finale. Un poste crucial, central, particulièrement complexe, qui demande énormément de travail, de patience et de passion. « Il faut animer des répétitions dynamiques et efficaces, avoir des gestes lisibles et expressifs, des idées musicales à profusion, être économe en discours et permettre aux musiciens de jouer ensemble... », énumère Romain Dumas, chef d'orchestre calédonien vivant en Métropole. En clair, il faut être polyvalent et cela ne s'invente pas.

Si j'avais un conseil à donner, ce serait de travailler énormément 

L'école de la vie

Il n'y a pas véritablement d'école pour apprendre à diriger les musiciens. En réalité, il y a presque autant de formations que de chefs d'orchestre. « Il peut être utile de maîtriser un instrument à cordes, car la moitié d’un orchestre symphonique classique en est composée, mais le piano peut compléter avantageusement cet apprentissage », observe le jeune homme de 28 ans. Il faut ensuite une solide pratique de la composition, de l’analyse musicale et de l’histoire de la musique. Sans oublier l’importance d’assister à beaucoup de concerts et d’opéras, de s’attacher à comprendre comment fonctionnent les différents instruments dont on ne joue pas et de décoder le mécanisme de la voix chantée. Il est aussi conseillé de pouvoir diriger un chœur. « Si j'avais un conseil à donner, ce serait de travailler énormément », résume le Nouméen mélomane.

À la baguette ! Par Virginie Grizon

C'est un métier fascinant, mais encore très méconnu du grand public. Le chef d'orchestre possède pourtant un rôle crucial dans l'univers de la musique classique. Un Calédonien – le seul actuellement – a embrassé cette vocation : Romain Dumas ; il dévoile, pour Endemix, les coulisses de sa profession.

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ebout, le bras prêt à bondir armé de sa baguette, dos à la salle... Le public connaît mal le véritable rôle d'un chef d'orchestre. On pourrait le définir comme un coordinateur, un homme capable d'unir des dizaines de musiciens pour réaliser un ensemble harmonieux ; il doit également orienter l'interprétation des œuvres, du choix

Romain Dumas, lui, a appris le violon dans le cours de Daniel Baudin, au conservatoire de Nouvelle-Calédonie. « Plusieurs professeurs m’ont marqué, notamment Nicole Martin qui m’accompagnait au piano. Et par la suite, Jean-Pierre Cabée, l’actuel directeur du CDMNC*, m’a donné l’occasion de diriger des concerts. C’est une grande chance pour un jeune chef d’orchestre », se souvient-il. Pourtant, ce métier n’était pas une vocation pour le jeune homme. « Je pense que l’idée d’embrasser cette profession est apparue à l’adolescence et s’est concrétisée quand j’ai commencé moi-même à jouer dans des orchestres ». Aujourd’hui à Paris, il est chef associé des Orchestres de Jeunes Alfred Lœwenguth et dirige les classes d’orchestres du conservatoire du 15e arrondissement. Il lui arrive aussi de mener des formations de façon plus ponctuelle. C’était le cas il y a quelques mois, lorsqu’il a travaillé avec l’orchestre de Chambre de Nouméa lors d’un programme réunissant Bach, Vivaldi, Tchaïkovski. Lorsqu’on lui demande ce qu’il préfère dans ce métier, Romain Dumas évoque la découverte d’une nouvelle partition ou encore « les concerts... Le temps semble alors s’arrêter. Simplement. » *Conservatoire de Musique et de Danse de la Nouvelle-Calédonie

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Graine de star au conservatoire


Gérard del Rio, rédacteur en chef de la revue Mwà Véé

Passeur

Par Virginie Soula

culture de

Faut-il être un fan d’exotisme pour passer, sans transition, des montagnes de Haute-Savoie aux rivages de la Nouvelle-Calédonie ? Pas forcément. Rien ne destinait en effet Gérard del Rio à quitter sa région natale sauf son intuition et une grande sensibilité. Parcours d’un journaliste pour qui la culture est au centre.

G

érard del Rio possède, depuis sa prime enfance, une fascination pour l’imaginaire, le voyage, l’aventure et la littérature ; fascination qu’il a puisée dans la lecture de Jules Vernes, de Jack London ou encore d’Hergé. Elle se confirme un peu plus tard par l’engouement pour les États-Unis, qui se propage à l’époque des yéyés, avec « les frémissements du rock US » et les écrivains de la Beat Generation. Pourtant, Gérard del Rio est loin d’être un baroudeur, adepte du journalisme touche-à-tout. Il préfère le fond ; chercher, creuser pour aller jusqu’au cœur des choses. C’est aussi un journaliste de terroir, le sien d’abord où tout juste diplômé de l’école de journalisme, il fait ses armes dans un hebdomadaire à Annemasse, tout près de la frontière suisse. Il se rapproche de Genève, véritable « poumon culturel » dans cette région de montagnes. Après un tour au Progrès, Gérard del Rio se tourne vers les ondes. Un média en pleine expansion avec l’avènement des radios libres. De cette incursion derrière le micro, il en gardera le goût de la proximité. Il poursuit sa carrière multipliant les expériences journalistiques et culturelles.

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Une rencontre décisive Son premier aperçu du monde kanak a lieu en 1995 alors qu’il est en vacances en Nouvelle-Calédonie. Il a l’intuition que la culture est un facteur déterminant de l’avenir de l’archipel et rédige un article dans ce sens pour le Journal de Genève. Un nouveau challenge s’offre à lui très vite car l’agence de développement de la culture kanak (ADCK) recherche un rédacteur en chef pour Mwà Véé. Gérard del Rio, pour qui l’appréhension d’une culture différente, représente un défi humain et professionnel particulièrement motivant, s’installe à Nouméa en 1996 et reprend le flambeau de la « revue culturelle kanak », créée trois ans plus tôt.

Gérard del Rio cultive un goût prononcé pour l’altérité culturelle, pour le partage entre les peuples.

Son admiration pour les valeurs incarnées par Jean-Marie Tjibaou pousse le journaliste à s’investir plus que jamais dans son travail de rédacteur en chef. « Tjibaou se place pour moi aux côtés de Gandhi, de Mandela, de Martin Luther King… Ce sont des êtres rares car ils ouvrent des voies jusqu’au sacrifice. » La qualité de son engagement dans Mwà Véé permet un véritable tournant dans les médias où la culture kanak trouve désormais sa place. Aujourd’hui, grâce notamment au nouveau format (voir encadré), il souhaite asseoir la revue dans le paysage médiatique calédonien mais veut continuer à « donner la parole aux Kanak et à ceux qui se sentent concernés par cette culture. » Journaliste passionné, il mesure chaque jour « le privilège » - selon ses mots - qui lui a été offert de travailler aux côtés de personnalités telles que Marie-Claude Tjibaou, Octave Togna, Emmanuel Kasarhérou, Jean-Pierre Deteix, de vivre l’avènement du centre culturel Tjibaou, mais aussi d’aller toujours plus en avant avec « culture » pour seul maître mot.

MWÀ VÉÉ, REVUE CULTURELLE KANAK

Elle est fondée par Octave Togna et Marc Coulon en 1993. Le titre est issu de la langue drubéa et traduit l’idée d’un support contenant des paroles, des mots, des idées. En 2014, Mwà Véé devient semestrielle et s’éloigne du magazine pour devenir une revue spécialisée. Sa ligne éditoriale ne change pas cependant - elle reste très attachée aux spécificités de la culture kanak.

© Eric Dell’Erba

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Parcours


LA MAISON DU LIVRE atrimoine

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Il était une fois © Eric Dell’Erba

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Depuis 2009, la Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie (MLNC) s’attache à fédérer tous les acteurs de la filière « livre et lecture » ; elle conquiert même le cœur du grand public. À l'avenir, la structure prévoit de renforcer ses dispositifs d'accompagnement des professionnels. Par Aurélie Cornec

La vieille demeure rajeunie accueille désormais le grand public littéraire et les curieux du patrimoine architectural calédonien.

sur notre rôle, nous avons donc mis l’accent sur l’événementiel et la communication en direction du grand public. C’est une démarche inédite au regard des autres structures régionales du livre. » commente Jean-Brice Peirano.

D

ébut des années 2000. La filière du livre calédonien ne se porte pas bien. Après l’essor des années 1990 (et la création notamment de la maison d’édition Grain de sable), la chute semble inévitable : marché étriqué, impression coûteuse, manque de moyens. Les écrivains se tournent de plus en plus vers l’auto-édition, faute de choix. L’idée d’une Maison du Livre en Nouvelle-Calédonie germe en 2003, mais sans étude sur la filière, impossible de la concrétiser véritablement. Et si l’association se crée 6 ans plus tard, elle n’est - en premier lieu - pas soutenue par les institutions. Suite à de nombreuses actions des professionnels du secteur réunions de travail, sollicitations d’aide ou encore actions sur le terrain en faveur du livre et de la lecture, le gouvernement commande enfin, en 2008, cette étude à l’agence Tertius.

Une maison à la page L’année suivante, en septembre, le rapport terminé est éloquent. « Non seulement, il dressait un état des lieux alarmant de la filière du livre, mais il a aussi permis de convaincre les partenaires de la raison d’exister d’une maison du livre et d’en définir ses missions » explique Jean-Brice Peirano, actuel directeur de la MLNC. En mars 2009, la ville de Nouméa met à disposition de l’association la Maison Célières. Une petite équipe, constituée de trois personnes, entre alors en action début 2010. « Entre la création de l’association et sa mise en place au sein de la Maison Célières, il y a eu une période de flottement. Les associations membres ont commencé à se poser des questions

Les trois premières années, la MLNC offre une programmation riche et variée. Le grand public retiendra le Scifimages, les soirées Itinérances, Poésies-voyage ou encore les LECtures gourmandes à l’heure du déjeuner. « Ces animations ont contribué à sensibiliser le public au monde du livre. À partir de 2012/2013, nous nous sommes recentrés sur nos missions de fond en organisant des ateliers, des concours et des résidences d’écriture. Aujourd’hui, la MLNC s’adresse d’avantage aux professionnels. Ses actions sont moins visibles certes, mais plus utiles pour la filière du livre. » souligne le directeur qui enchaîne : « Nous travaillons notamment avec plus d’ambition sur l’export et avons mis en place des ateliers destinés aux écrivains et des formations à l’édition. Notre site Internet vient d’être refondu pour mieux informer et accompagner les professionnels. » Cette volonté de développer le secteur s’accompagnera-t-elle d’un changement de statut pour la MLNC ? « L’association pourrait en effet devenir un Établissement public de coopération culturelle*, la question est posée mais reste, pour le moment, en suspens… » * Les EPCC permettent d'associer plusieurs collectivités territoriales et éventuellement l'État dans l'organisation et le financement d'équipements culturels importants. Ils offrent un cadre souple mais stable pour gérer des institutions permanentes.

UN ÉCRIN PATRIMONIAL

Construite en 1898, classée puis restaurée, la Maison Célières, propriété de la Ville de Nouméa, abrite désormais la Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie. Grâce notamment à la ténacité de l’association Témoignage d’un Passé, cette célèbre demeure, emblématique du patrimoine architectural calédonien, a retrouvé sa superbe d’antan.

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© DR

Une maison qui vit


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Lieu

Centre culturel Pomémie LÀ OÙ ON MARCHE SUR

DES COQUILLAGES

Le 20 juin 2014, le nouveau centre culturel Pomémie de Koohnê était inauguré, trois ans après sa fermeture pour travaux. Sous la houlette de l’assocation Poa Boa Vi Thila*, le lieu est plus que jamais ancré dans la coutume et son chemin semble toujours Par Claire Thiebaut couvert des coquillages du passé.

L

’histoire du lieu-dit de Pomémie remonte aux temps immémoriaux de l’oralité kanak. La légende raconte que les hommes s’y sont férocement battus. Les tensions s’apaisant, un grand sorcier prédit que seule une force créatrice nouvelle pourra purifier les lieux du sang jadis versé. Cette force régénératrice, c’est celle des artistes qui, par leurs œuvres, participent à la création du monde. Depuis, le temps a passé à Pomémie et chaque époque a laissé son empreinte, offrant un paysage où se superposent les histoires. Témoin tangible de la période coloniale, la Maison Caujolle, vieille bâtisse de 135 ans, se dresse toute pimpante, après ses multiples restaurations, face aux farés fraîchement rempaillés. Rachetée en 1996 par l’administration provinciale, la maison et son jardin sont devenus le premier cœur culturel de la côte Nord-Ouest ; des associations y élisent domicile de temps à autre. En 2001, la direction de la culture de la province Nord s’y installe. Deux ans plus tard, le centre culturel ouvre au public.

qu’elles se rencontrent et échangent », se rappelle Sonia Mala Kondolo, directrice de 2003 à 2009. En 2010, un nouveau responsable est nommé : Sam Moinlaoupioh, fraîchement diplômé en sciences de l’information et de la communication avec un volet médiation culturelle qui plaît beaucoup au conseil d'administration. Ce dernier se rajoute naturellement aux trois axes stratégiques du projet originel : la création, la formation et la diffusion. « Après l’ouverture de l’usine, beaucoup d’artistes ont été attirés par les offres d’emploi qu’elle proposait, désertant leurs ateliers. Nous courions vers un appauvrissement de la production artistique sur la côte Nord-Ouest. Pour éviter le pire, nous sommes allés à leur rencontre pour montrer que nous étions présents à leurs côtés, qu’un espace de travail et d’exposition leur était dédié. » Après trois ans de fermeture, le centre a rouvert, agrandi de deux farés rénovés, d’une salle d’exposition de 189 m2, d’une grande scène fixe extérieure et d’un jardin de sculptures et de roches illustrant le cycle de la vie kanak. L’exposition inaugurale, L’art est passage, résultat d’un an de résidence, a donné un avant-goût très prometteur : Pomémie est assurément un centre d’émulation artistique.

Il a fallu sensibiliser les populations, les inviter à venir, pour qu’elles se rencontrent et échangent

Revitaliser la culture en province Nord À cette époque, le nouvel espace fait figure de pionnier, unique établissement du Nord à encourager les pratiques artistiques. « Il a fallu sensibiliser les populations, les inviter à venir pour

*Là où on marche sur des coquillages

MODERNITÉ, JEUNESSE ET MULTIMÉDIA

© JR Nea

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Au milieu d’une végétation fraîchement plantée, les gestes coutumiers se succèdent à l’occasion de la cérémonie d’inauguration, le 20 juin 2014.

Avec sa page Facebook et sa chaîne Youtube, le centre culturel s’est doté d’outils modernes pour s’adresser au public et toucher la jeunesse. L’artisan phare de cette communication dynamique, c’est Sari Oedin, qui a réalisé plusieurs petits films pour raconter l’histoire du site, présenter les équipes et dresser des portraits d’artistes. Mention spéciale pour La légende de Pomémie, sous forme de bande-dessinée animée à partir de dessins d’Ilie Poindipenda.


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Fiche pratique Organiser un evenement culturel Par Aurélie Cornec

Festival de grande ampleur ou petit concert dans un établissement de nuit, toute manifestation doit être bien organisée pour être couronnée de succès. Entre gestion du public, communication ou éventuellement demande de subventions, un événement réussi nécessite une solide préparation. À la recherche du site idéal

Il s’agit de faire correspondre le lieu aux objectifs du projet : quel type et combien de spectateurs attendus ? Quelle ambiance souhaitée (événement en extérieur ou en salle) ? Le site retenu doit également répondre aux besoins techniques, comme par exemple la puissance électrique. L’organisateur s’adressera de préférence aux lieux de diffusions publics et privés classés ERP (établissement recevant du public) qui répondent aux normes de sécurité et d’hygiène.

Négocier la venue des artistes Le choix de la programmation s’effectue naturellement en fonction du projet et de ses objectifs culturels. En sollicitant les artistes, il convient de leur décrire précisément le projet puis de négocier les cachets et différentes prises en charge (transports, hébergement, per diem*, frêt, besoins techniques des artistes).

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Établir un budget Pour organiser un événement culturel, il est indispensable d’établir un budget rigoureux, en ne négligeant aucun coût : frais liés à l’artistique et à la communication, droits d’auteur, gardiennage, organisme de secours, sécurité, décoration ou encore location du matériel technique. Une fois les dépenses mises en lumière, il faut tâcher d’estimer les recettes – si l’événement est payant – et calculer le nombre d’entrées indispensables pour équilibrer le tout. Une aide financière est parfois possible, encore faut-il aller la chercher : subventions publiques, partenariats commerciaux avec des entreprises privées ou encore des échanges marchandises.

Comment communiquer ?

Le choix des supports de communication dépend du public visé et du budget. L’offre culturelle étant importante, un événement doit se démarquer par un visuel soigné. Attention à ne pas compter sur un « effet d’annonce » avant que tout ne soit acté.

L’importance de la technique En ce qui concerne les techniques de son et lumière, le plus judicieux reste de solliciter un régisseur professionnel qui définira les besoins pour le lieu mais aussi en fonction des fiches techniques des groupes et/ou des spectacles programmés.

Les obligations légales Lors de grands rassemblements, une réunion doit être établie avec la mairie qui héberge le site afin de prévenir les pouvoirs et les secours publics (policiers, pompiers, etc.) que l’événement aura lieu et qu’il répondra aux normes de sécurité et d’hygiène. L’organisateur fournira le déroulé de l’événement, les dates, les horaires… Il est souvent conseillé d’interdire l’alcool sur site (alcool qui sera parfois interdit à la vente selon la localisation et les mairies).

Garder un site propre La propreté du site se prévoit à l’avance et s’effectue au cours de l’événement en vidant régulièrement les poubelles et en donnant suffisamment de sacs aux restaurateurs. Une société ou une équipe de bénévoles peut être sollicitée pour le ramassage des papiers, bouteilles et autres canettes.  À l’issue de l’événement, un bilan financier sera dressé afin de justifier des subventions perçues si tel est le cas et de mesurer l’accomplissement des objectifs. *Indemnité journalière donnée en général pour couvrir les frais relatifs aux repas.


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Agenda Lancement 21/11 Concours

nov.-déc. NOVEMBRE

Du 19 et 22/11

Du 13 au 16/11 et du 20 au 23/11

LE GYPSY JAZZ FESTIVAL 2014

Musique

Au centre culturel Tjibaou

Théâtre

Au Rex

DJ REX CONTEST

Les 21, 22 et 23/11 Musique

FESTIVAL AKAWAN

à Lifou, tribu de Xodre

LES AMIS DU PLACARD

Compagnie les Incompressibles, adaptation de l’œuvre originale de Gabor Rassov

Du 29/11 au 06/12 Cinéma

Au centre d'Art

COUP D'CINE – 3ÈME ÉDITION

à Voh, Koné, Pouembout

Du 17 au 24/11

DÉCEMBRE

Rencontres

CARREFOUR DES ARTS © ADCK-CCT

Le 20/11 Concert

RICHARD BONA

Du 02 au 13/12 Exposition

PREMIER FESTIVAL DES ÉMERGENTS

Arts mêlés, jeunes talents et concours de jeunes groupes de musique.

Au centre culturel de Dumbéa

Le 13/12

L’ADCK-CCT et la direction de l’enseignement de la Nouvelle-Calédonie accueilleront la 9ème édition du Carrefour des arts, une manifestation d’envergure dans le cadre de l’éducation à la citoyenneté. Cet événement permet aux élèves des écoles primaires publiques des trois provinces de se retrouver et d’échanger autour d’activités artistiques.

Musique

CONCERT DE CLÔTURE DE SAISON

Au centre culturel Tjibaou En partenariat avec l’Association de Formation de Musicien Intervenant (AFMI) dans le cadre du Gypsy Jazz Festival

à Koné, centre culturel Pomémie

ENDEMIX n° 09 décembre 2014 - février 2015

A Koné, centre culturel Pomémie


p. 58

Annuaire CENTRES CULTURELS CONTACT

TÉL.

LIEU

EMAIL

SITE INTERNET

Centre culturel de Dumbéa

Alice Pierre

412307

Dumbéa

alice.pierre@mairie-dumbea.nc

www.mairie-dumbea.nc

FOL (Fédération des Œuvres Laïques)

Pascal Hebert

272140

Nouméa

folnc@canl.nc

Centre culturel provincial de Hienghène Goa ma Bwarhat

Édouard Wamai

428074

Hienghène

culturehienghene@mls.nc

Centre culturel Pomémie

Sam Moinlaoupioh

471106

Koné

asso.pbvt.compta@canl.nc

Centre socioculturel de La Foa

Jean-Pierre Lafay

443301

La Foa

jplafay@canl.nc

Centre culturel du Mont-Dore

Grégory Louzier

419090

Mont-Dore

gregory.louzier@ville-montdore.nc

www.mont-dore.nc

Dock socioculturel de Païta

Marc Richer

354404

Païta

marc.richer@ville-paita.nc

www.ville-paita.nc

Centre culturel Tjibaou

Guillaume Soulard

414535

Nouméa

g.soulard@adck.nc

www.adck.nc

Centre culturel Yeiweine Yeiweine

Noël Guanere

450137

Maré

www.alk.nc

www.pomemie.nc

LIEUX DE DIFFUSION ET DE FORMATON Académie des langues kanak

Weniko Ihage

286015

Nouméa

alk@alk.nc

Antenne du Conservatoire de musique et de danse de Koumac

Alfred Haïno

423304

Koumac

antenne-koumac@afmi.nc

Centre musical Mêre â gâârâ

Renaldo Nérhon

424221

Houaïlou

renaldo.nerhon@mereagaara.nc

Complexe culturel/Annexe du Conservatoire de Koné

Hervé Lecren

473033

Koné

h.lecren@afmi.nc

www.afmi.nc

Conservatoire Hnime ulane, antenne de Lifou

Marie Hnanganyan

454575

Lifou

antenne-we@afmi.nc

www.afmi.nc

Conservatoire de musique et de danse de la Nouvelle-Calédonie Francis Gaillot

246315/240206

Nouméa

contact@cmd.nc

www.conservatoiremusique.nc

Ecomusée du Café de Voh

José Kabar

473736

Voh

ecomusee.cafe@gmail.com

FB/ecomuseeducafe.voh

EMI - École du Multimédia et de l'Image

Pascale Gery

471275

Koné

coordination@emi.nc

www.emi.nc

Le Chapitô de Nouvelle-Calédonie

Anne-Sophie Conan

275636

Nouméa

lechapito@gmail.com

www.lechapito.unblog.fr

Le Rex

Manuel Touraille

282629

Nouméa

org.adamic@gmail.com

www.noumea.nc/espace-jeunes/culture/ le-rex-noumea

Café concert le Mouv'

Christophe Ventoume

411518

Nouméa

contact@lemouv.nc

www.lemouv.nc

Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie

Jean-Brice Peirano

286510

Nouméa

accueil@maisondulivre.nc

www.maisondulivre.nc

Musée territorial de Nouvelle-Calédonie

Solange Neaoutyine

272342

Nouméa

smp@gouv.nc

www.museenouvellecaledonie.nc

Théâtre de l'Île

Marie-Ève Delatte

255056

Nouméa

dcl.tdi@mls.nc

www.theatredelile.nc

Théâtre de Poche (Centre d'art de la Ville de Nouméa)

Lydie Gardet

250750

Nouméa

lydie.gardet@ville-noumea.nc

www.noumea.nc/le-centre-dart

Association de Formation de Musiciens Intervenants (AFMI)

Alain Guarese

462000

direction@afmi.nc

www.afmi.nc

Art'Café

Olivier Petit

278003

Nouméa

artcafe@mls.nc

La Barca

Thierry Frottier

281540

Nouméa

labarcanoumea@yahoo.fr

La Bodega Del Mar

Jean-Luc Deroin

261153

Nouméa

www.bodega.nc

286600

Nouméa

FB/leboheme

BARS

Le Bohème

www.restocity.nc

Le Bout du Monde

Eric Napierai

277728

Nouméa

La Fiesta

Eddy

262133

Nouméa

lafiesta.nc@lagoon.nc

Le Flex Club

Elisa Pulpito

Nouméa

flex.nc@gmail.com

FB/flex.nc

FB/mvlounge

L'Imprévu

241145

Nouméa

Le Malecon Café

Antony

282805

Nouméa

Le MV Lounge

Elodie et Romain

78 97 67 / 78 57 35

Nouméa

mvlounge@canl.nc

Le Château Royal

230140

Nouméa

restauration.atr@ncdl.nc

Le Sweet Café

Roxanne Hugeaud

442930

Bourail

chezroxanne@gmail.com

Le Toucouleur

Zakia

765845

Koné

Les 3 Brasseurs

Patrick Hogan

241516

Nouméa

3brasseurs@canl.nc

Le Groove

Michel Trabelsi

26 28 80

Nouméa

legroove.nc@gmail.com

Andemic Art Gallery

Éric Morarin

286990

Nouméa

andemicartgallery@gmail.com

Arte Bello

Patrick Vaudelle

253100

Nouméa

artebello@mls.nc

Artifact/DZ Galerie

Didier Zanette

241385

Nouméa

tribalpassion@gmail.com

www.art-tribal-online.com

Bibliothèque Bernheim

Christophe Augias

242090

Nouméa

c.augias@bernheim.nc

www.bernheim.nc

Galerie 11 & 1/2

Franck Chan San

289115

Nouméa

onze.5@hotmail.com

www.onzeetdemi.com

Le Chevalet d'Art

Eric Valet

249242

Nouméa

chevalet@lagoon.nc

www.lechevaletdart.nc

Lec Lec Tic

Hélène Janet

825601

Nouméa

leclectic@lagoon.nc

Médiathèque du Nord

Nicole Grochain / Marguerite Waly

426700

Poindimié

info@mednord.nc / n.grochain@bernheim.nc / m.waly@mdnord.nc

www.mednord.nc

Tieti Tera Beach resort

Stéphane Brun

436400

Poindimié

info.tieti@tera.nc

www.tera.nc

Médiathèque / complexe culturel de Koné

Morgane Goromoedo

472065

Koné

n-m.goromoedo@bernheim.nc

www.bernheim.nc

FB/LeGroove

ENDEMIX n° 09 décembre 2014 - février 2015

LIEUX D’EXPOSITION


ENDEMIX n° 09 décembre 2014 - février 2015


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Retrouvez votre magazine culturel en ligne.

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