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Phoenix Ancient Art 2009 No 1

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STATUE FÉMININE DRAPÉE

Art romain, époque impériale, Ier - IIe s. ap. J.-C. Marbre Ht : env. 145 cm (avec socle)

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La statue est sculptée dans un beau marbre blanc à veinures grises. Son état de conservation est remarquable, puisque seuls les avant-bras, la tête et la pointe du pied gauche sont perdus ; de plus la surface de la pierre garde encore un très bel éclat et la grande finesse du travail antique. Chose rare pour cette époque, elle est sculptée d’un seul tenant avec son socle, au pourtour elliptique, duquel seule l’extrémité du pied débordait ; de même, les avant-bras et la tête étaient probablement taillés dans le même bloc de marbre, puisque aucun trou ni aucune trace de tenons métalliques ne sont visibles à ces emplacements sur la sculpture. L’image, de taille très proche de la grandeur naturelle, représente une femme debout, entièrement habillée et dans une vue strictement faciale : vue de profil, l’œuvre manque singulièrement de profondeur, même si elle est parfaitement achevée dans tous ses détails, y compris dans le dos. Dans une attitude très pondérée, la femme appuie le poids de son corps sur la jambe gauche, tandis que la droite est légèrement pliée et déplacée vers le côté, de façon que seule la pointe de la sandale touche le sol. Le bras gauche, plié, descend le long du corps tandis que le droit s’en détachait partiellement et était légèrement avancé vers la droite : malheureusement les attributs que tenait la femme sont perdus, mais d’après les parallèles il pouvait s’agir d’un récipient (une coupe pour une offrande ?), d’un fruit, d’un rouleau de papyrus, d’une fleur, etc. D’après les traces encore visibles de l’attache du cou, il est très difficile d’établir comment se positionnait la tête de la femme. La statue est habillée selon une mode typiquement grecque, composée de deux pièces : elle porte un chiton en tissu léger au décolleté très haut et agrafé sur les épaules et sur les bras (cf. en particulier le droit où les points de fixation sont bien sculptés), qui couvre son corps jusqu’aux pieds. En plus, un himation (manteau) en laine enveloppe ses jambes, une grande partie du dos et l’épaule droite, de laquelle il descend ensuite en une cascade de plis verticaux ; sur l’avant, un large pan du manteau est ramené sur le coude droit d’où il tombe en formant des plis en zigzag. Ses pieds sont chaussés de sandales à la semelle en cuir mince, avec une lanière entre les orteils. Malgré une certaine rigidité structurelle et stylistique, le travail est d’une remarquable qualité artistique : tout d’abord, les proportions du corps sont rendues avec précisions et l’attitude est très naturelle et pleine de charme. Ensuite, il faut souligner la grande variation dans la présentation des tissus, avec les plis sur le torse, rares mais fins, irréguliers et en relief, qui rappellent l’aspect d’une étoffe mouillée sur la peau et qui soulignent de manière très sensuelle les formes féminines de la statue. Ce traitement contraste fortement avec la rigidité et les symétries que dessinent les épais et profonds sillons sur le tissu en laine de l’himation et du fond du chiton. Une telle qualité d’ensemble n’est pas toujours fréquente auprès des copistes romains ; le large emploi du foret pour creuser les fentes de l’himation pourrait indiquer que le travail a été exécuté au IIe siècle, peut-être à l’époque hadrienne. En l’absence de tout attribut, l’interprétation de cette œuvre est largement hypothétique : le schéma typologique est utilisé, avec de nombreuses variantes (position des jambes, ceinture sous le sein, bras droit levé, etc.) dès le début de l’époque impériale pour représenter différents personnages féminins, des citoyennes mais aussi des figures de rang impérial (comme Livie, la femme d’Auguste) ainsi que des divinités, comme par exemple Junon, Diane ou Fortuna. Selon la critique archéologique, ce type statuaire aurait été créé par des artistes romains en réélaborant de célèbres modèles grecs, qui remonteraient à l’époque classique (le traitement des plis du torse trouve quelques similitudes par exemple dans l’Héra d’Argos d’école polyclétéenne, dont la meilleure copie se trouve aujourd’hui à Boston) et hellénistique (cf. par exemple la figure de Thémis de Rhamnonte). PROVENANCE Ancienne collection particulière américaine, Los Angeles, vers 1970.

BIBLIOGRAPHIE Sur la sculpture romaine en général, v. : KLEINER D. E. E., Roman Sculpture, New Haven-Londres, 1992. Quelques parallèles pour la typologie : Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae (LIMC), vol. V, Zurich, 1994, s.v. Iuno, n. 193-195, 214 ; vol. VIII, Zurich, 1996, s.v. Tyché/Fortuna, n. 26ss. LIPPOLD G., Die Skulpturen des Vatikanischen Museums, vol. III, 2, Berlin, 1956, n. 28, pp. 392-393, pl. 168; n. 46, pp. 404-405, pl. 171 (deux citoyennes romaines). Lo sguardo di Roma, Ritratti delle province occidentali dell’Impero Romano dai Musei di Merida, Toulouse e Tarragona, Roma, 1996, p. 107 (statue de Livie ?).

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