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LES MAGICIENNES DE LA TERRE

L’art et la nature au féminin

Virginie Luc


COUVERTURE

Ellie Davies, Smoke and Mirrors 7, 2010. PAGE 2

Gerda Steiner & Jörg Lenzlinger, Jardin de Lune (Moon Garden), 2007. Au cœur de l'ancienne mine d’argent de Sainte-Marie-aux-Mines (France). Photo Gerda Steiner & Jörg Lenzlinger

Traduction des échanges avec Rei Naïto : Yumiko Seki

© 2017 Les Éditions Ulmer 24, rue de Mogador 75009 Paris Tél. : 01 48 05 03 03 Fax : 01 48 05 02 04 www.editions-ulmer.fr Maquette et réalisation : Guillaume Duprat Impression : Printer, Trento ISBN : 978-2-84138-935-3 N° d’édition : 935-01 Dépôt légal : octobre 2017 Printed in Italy

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SOMMAIRE introduction p. 6

Rei Naïto

Fujiko Nakaya

Janet Laurence

Aux dimensions du monde, p. 8

Sculpture de brume, p. 62

Se souvenir des belles choses, p. 112

Cornelia Konrads

Su-Mei Tse

Bridget Polk

« Nous passions sur la terre, légers… », p. 16

L’intuitive, p. 68

Au bord des mondes, p. 122

Helene Schmitz

Eva Jospin

Akiko Ikeuchi

Dévoration, p. 26

Le Recours aux forêts, p. 76

Au fil de soi, p. 130

Miya Ando

Kate MccGwire

Georgia Russell

L’art du temps, p. 36

La Chimère, p. 84

« Elle, par bonheur et toujours nue », p. 140

Ellie Davies

Claire Morgan

Mathilde Roussel

L’enchanteresse, p. 44

Le Chant du monde, p. 92

La Métamorphose, p. 148

Gerda Steiner & Jörg Lenzlinger

Min-Jeong Seo

artistes

Instants d’éternité, p. 102

p. 158

La Révolution fleurie, p. 54

crédits p. 160

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Cornelia Konrads Allemagne

Dans l’univers de Cornelia Konrads, les pierres dansent au-dessus du sol, les branchages dessinent des portiques en suspens, les livres s’écrivent avec des ronces ou des gouttes d’eau… L’artiste allemande puise dans les éléments naturels la matière à ses dérives poétiques. Prêtes à se disloquer sous nos yeux, ses œuvres sont des espaces de transition et d’interrogation, des pièges capables de soulever des possibles, et par chance, de réveiller la joie d’un autre regard. Née en 1957 à Wuppertal en Allemagne, Cornelia Konrads passe son enfance à courir la nature. Pour la garder à l’œil, ses parents, à bon escient, lui offrent crayons de couleurs et carnets, et lui réservent une partie du jardin familial… C’est son éden, son antre, son laboratoire, où elle peut contempler à loisir vers de terre, insectes et araignées… Après des études de philosophie et différents « détours », Cornelia reprend sa quête inaugurale à travers la création artistique. Dès lors, l’artiste explore la nature avec la même humilité que les matériaux « pauvres » qu’elle lui emprunte pour édifier son œuvre : pierres, bois, écorces, végétaux… Invitée à réaliser des installations le plus souvent en extérieur, Cornelia aborde le paysage d’une façon initiatique : « Mon carnet de croquis et appareil photo en mains, je marche longtemps le nez au vent, essayant de chasser toute idée préconçue, concentrée sur l’instant présent. Tôt ou tard, l’esprit et les sens s’ouvrent. La nature finit par me souffler les matériaux et les formes de mon travail. C’est très exaltant ! Au cours de ces promenades créatives, je retrouve l’enfant que j’étais, éprise de plein air, subjuguée par l’ordonnance et le chaos de la nature ». À l’instar de sa pratique artistique grave et sans gravité, ses installations contiennent à la fois « le moment de la catastrophe » et « un moment emprunt d’humour et de joie ». Face aux constellations de pierres ou de brindilles, notre regard s’attarde dans le vide laissé entre les éléments disjoints. La poésie opère, l’imagination se libère. L’œuvre est un « passage » d’un monde l’autre, et atteste l’injonction

du poète : « Il y a un autre monde mais il est dans celui-ci ». « La perception humaine du monde est limitée par les organes sensoriels, eux-mêmes limités par la culture et l'éducation. Compte tenu de toutes ces limites, il est fort probable qu’un autre monde existe en marge de celui que nous pensons connaître », dit Cornelia. Nées du lieu, tôt ou tard, ces « œuvres de nature » retourneront à la terre. « Permanentes ou éphémères, peu importe. Je ne crois pas à l’idée de permanence », dit l’artiste qui vit et travaille à Barsinghausen, dans la région de Hanovre. « La nature c'est l'étincelle de la vie même, qui se manifeste continuellement dans tout ce qui naît, grandit, meurt et se désintègre. L’instabilité est une condition nécessaire à toute forme de vie. Aucune évolution ne peut se produire sans instabilité ! Notre époque refuse d’accepter cette évidence. Du coup, nous préférons croire en tout et n’importe quoi, pourvu que ce soit un gage de stabilité et de sécurité ». Entre-temps, Cornelia Konrads, capable d’animer ce que l’on croyait inerte, aura insufflé en nous une sorte de pensée magique, qui enrichit notre perception. « J’aime l’idée de montrer que dans le visible il y a de l’invisible. J’aime réveiller la joie de penser à des possibles, à ce qui pourrait être. J’aime les moments d’étonnement qui nous font sortir de notre engourdissement ».

« Ce n’est pas la nature que nous détruisons. (...) Nous détruisons notre place au sein de la nature. Nous sommes en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis. »

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Windhouse, 2016. Reserva do Ibitipoca, Lima Duarte MG, Brésil. Bois, sol argileux, paille, bouse de vache, ciment, grille métallique, tuiles, 3,4 x 2,8 x 6,5 m. Photo Cornelia Konrads

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Abstractions, 2017. C print, 93 x 272 cm. Photo Helene Schmitz

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London Fog, 2017. Photo Tate Photography

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Performance du chorĂŠgraphe Min Tanaka, Locus Focus, dans la sculpture de brouillard London Fog de Fujiko Nakaya, 2017. BMW Tate Live Exhibition Ten Days Six Nights, Tate Modern. Photo Brotherton-Lock

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Down Time, 2011. Crayon, aquarelle et reste de préparation de la taxidermie sur papier. 76 x 56,5 cm. Collection particulière. Courtesy Galery Karsten Greve Paris, Cologne, St Moritz. Titre œuvre, Date

Photo Claire Morgan

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Fluid, 2009. Palais de Tokyo, Paris. Courtesy Galery Karsten Greve Paris, Cologne, St Moritz. Photo Claire Morgan

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Virginie Luc nous présente un panorama des artistes contemporaines les plus remarquables, qui façonnent des œuvres insolites dans et par la Nature. Ces œuvres sont aussi graciles que subtilement menaçantes. Quelque chose couve, mais quoi  ? Le désir de renouer le lien en passe d’être rompu entre les hommes et la nature  ? La résurgence du viscéral et du primitif, d’une nature prête à reprendre le dessus  ? Le désir de retrouver un monde perdu ou que nous n’avons jamais possédé  ? Rei Naïto, Cornelia Konrads, Helene Schmitz, Miya Ando, Ellie Davies, Gerda Steiner & Jörg Lenzlinger, Fujiko Nakaya, Su-Mei Tse, Eva Jospin, Kate MccGwire, Claire Morgan, Min-Jeong Seo, Janet Laurence, Bridget Polk, Akiko Ikeuchi, Georgia Russell, Mathilde Roussel.

978-2-84138-935-3

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Extrait Les Magiciennes de la Terre - Éditions ULMER  

Virginie Luc nous présente un panorama des artistes contemporaines les plus remarquables, qui façonnent des oeuvres insolites dans et par la...

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