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SOMMAIRE Avant-propos

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Qu’est-ce que le “laisser-faire” ?

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Jouer avec l’inattendu

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Avantages et possibilités Est-ce que cela demande beaucoup de travail ?

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La stratégie des plantes qui se ressèment

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Plus la vie est courte, plus elle est intense Annuelles Bisannuelles Pluriannuelles à floraison unique Vivaces à courte durée de vie Vivaces à longue durée de vie

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D u ng eness, l e l a i sser- fa i r e au naturel

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Que l e s j e ux comme nc e n t

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Graines et plants initiaux Une graine ou des milliers de plants ?

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Un sol bien préparé, c’est la moitié de la réussite Améliorer le sol En terrain connu : la plantation Semis : pas de problème non plus

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Wolfram Kunick, pionnier des pionnières

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Comment transformer un lieu Appauvrir le sol Modifier la structure superficielle Augmenter le pH du sol Diminuer le pH du sol

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Au t res moyen s

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Pl an ifier u n jardin par-desso u s

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Het Vl ackel an d, u n résu ltat magn ifiq u e en peu d e t e m p s

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Entr eti en et amén agement

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Peut-on orienter la dynamique ?

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On recherche : dangereux fugitifs

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Tout tableau a besoin d’un cadre Le secret de la « vague hollandaise »

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Ton ter Linden, le laisser-faire dans toute sa force

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Tirer parti de la moindre fissure À l’horizontale À la verticale

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Wa lth a m Pl ace  : l e n at u r e l da ns un c a d re fo rm e l

Créer une plate-bande sur gravier calcaire

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L a i sse r fa i re l e s p l an t e s

Les prairies fleuries : le laisser-faire à grande échelle

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L’art d’éliminer Les généreuses Les sublimes Les pionnières Les pérennes

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Jardiner avec le temps Au moment de la germination Pendant la croissance En début de floraison Pendant la floraison À la fin de la floraison Après la chute des graines

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Seul le changement est permanent

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Espèces pour joints, fissures et graviers Espèces pour plates-bandes fleuries Espèces pour massifs de vivaces ensoleillés Espèces d’ombre et de mi-ombre

I nfo rmat i o ns ut i l e s Jardins illustrés Index Postface et remerciements Les auteurs Crédits photographiques

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AVANT-PROPOS Comparer les jardins traditionnels aux milieux naturels tourne rarement à leur avantage. Là où les friches, les haies bocagères, les prairies spontanées grouillent de vie, changent et évoluent de semaine en semaine et au fil des années, ces jardins semblent figés, hors du temps et pratiquement stériles. De nombreux jardins contemporains sont aussi dans ce cas, construits sur de vastes surfaces dallées ou couverts de bâche anti-mauvaise herbes et d’écorces de pin… ils paraissent stériles et sans âme. Les pelouses rasées par des tondeuses robots et des arbres taillés dans des formes convenues voisinent avec des statues et des pierres en tous genres valorisées par un superbe éclairage nocturne, mais la vie n’y est tolérée que dans une touffe de graminée… En réaction, certains jardiniers d’aujourd’hui pensent leur jardin comme une image du Paradis. Ces utopistes estiment qu’il est possible de récolter beaucoup sans le moindre travail. Ils ont tout faux, bien sûr car une quantité préalable de travail, d’action, est nécessaire pour obtenir des fleurs, des légumes, des fruits. Dans notre culture, elle est même essentielle pour apprécier ce que l’on récolte : pour beaucoup, les fleurs spontanées ou les petits fruits « qui poussent tout seuls » n’ont que peu de valeur parce qu’elles n’ont pas fait l’objet d’un travail. Les jardins traditionnels évoqués plus avant mettent tellement l’accent sur le travail qu’ils en oublient la matière première, les plantes, la vie. Nous avons sans doute une idée erronée de la nature, pensant que, comme la plupart des jardins, c’est quelque chose de

« fini », un tableau immuable que l’on peut regarder durant des semaines, des années, et qui change peu. C’est tout le contraire. La nature n’est pas un résultat en soit. Pas un état qu’il faut mettre sous globe, comme on tente de le faire dans les réserves ou les parcs nationaux. La nature est plutôt un processus, c’est la somme de petites actions et de leurs conséquences qui viennent et se déroulent « toutes seules », « naturellement ». Entre les jardiniers traditionnels, amateurs de performances et les jardiniers utopistes, il existe heureusement d’autres voies, comme celle que nous voulons vous proposer ici. La plus pertinente consiste à impliquer la nature dans notre action de jardinage, à s’en faire une alliée et non une ennemie. Nous évoluons dans un jardin, qui n’est pas la nature : nous souhaitons y admirer plus de fleurs et surtout celles que nous aimons. Mais la nature peut nous simplifier la vie : si on l’écoute, si on choisit les bonnes plantes, qu’on les installe au bon endroit, elles prospèrent et se répandent toutes seules, variant les tableaux chaque année, rendant engrais, et pesticides naturellement inutiles. Le rôle du jardinier reste crucial, mais il consiste à « laisser faire » les plantes et gérer les équilibres qui s’établissent progressivement sous ses yeux. À quel résultat doit-on s’attendre ? À un jardin unique qu’on ne peut acheter nulle part, que personne ne pourra construire pour vous, à un jardin qui vous donnera plus qu’il ne vous demandera, à une certaine image du Paradis, à votre paradis…

Roses trémières (Alcea rosea), chicorée sauvage (Cichorium intybus) et bouillonblanc (Verbascum sp.) bordent une maison traditionnelle sur l’île de Bornholm, au bord de la Baltique. Souvent, quelques centimètres de terre nue et une avancée de toit protectrice suffisent pour créer un « jardin » fleuri et vivant.

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Qu’est-ce que le “laisser-faire” ?

Le « laisser-faire » est une philosophie qui relie l’aménagement et l’entretien du jardin et qui se distingue radicalement du jardinage traditionnel. On ne travaille pas contre la nature, mais avec elle : dynamique et hasard jouent un grand rôle dans cette approche. L’emploi de plantes qui se ressèment toutes seules est la principale spécificité du « laisser-faire ». Mais ce n’est pas la seule…


Le “ l a is s er -f a ire ”

JOUER AVEC L’INATTENDU On peut comparer le laisser-faire en jardinage avec une « boîte noire ». Les scientifiques appellent « boîte noire » un système que l’on ne sait pas encore décrire avec exactitude. On ne peut que mesurer ce qui entre et ce qui sort du système. En modifiant ce qui entre, on modifie le résultat, mais le fonctionnement précis de la boîte noire nous reste inconnu et réserve parfois bien des surprises. Il se passe la même chose dans un jardin où les processus naturels ne sont pas bridés. Certes, les paramètres tels que la nature du sol, l’éclairement et l’humidité peuvent être ajustés et on peut toujours choisir des « producteurs de semence » potentiels, mais on ne peut prédire à l’avance quelles plantes surgiront, ni où, ni dans quelles proportions : les « flux entrants » sont bien trop nombreux ! Mais c’est justement l’inattendu qui nous émerveille. Quand une plante surgit après des années d’absence. Ou quand une autre fleurit soudain avec une exubérance encore jamais vue. Ou lorsque de nouvelles couleurs ou formes apparaissent à la suite d’une hybridation spontanée. La cause précise reste souvent un mystère. Mais nous pouvons aussi intervenir pour contribuer à la part de mystère de notre jardin. Dans un jardin conventionnel, on élabore un plan détaillé pour chaque secteur du jardin, c’est-à-dire qu’on traduit une idée en disposant les plantes avec précision. Le rôle du jardinier consiste à entretenir ses plantations afin qu’elles atteignent l’état désiré et le conservent le plus longtemps possible.

Dans l’idée du « laisser-faire », le jardinier a donc une image initiale de ce qu’il souhaite. Mais au lieu de planter un grand nombre de végétaux dans leur emplacement définitif conformément à un plan prédéfini, ces derniers sont introduits dans le jardin sous forme de graines ou d’un petit nombre de plants initiaux. Au fil du temps, leur progéniture « trouvera » les lieux propices où s’installer durablement. Ainsi se créent spontanément des plantations qu’on se contente de diriger en supprimant des plantes ici et là, ou en réduisant la taille de certains massifs. Plus la composition comprend d’espèces, plus l’effet recherché est précis, et plus il faudra intervenir. Mais intervenir de manière pertinente suppose d’observer constamment son jardin, une autre spécificité du laisser-faire. De plus, pour obtenir une végétation très diversifiée, on peut toujours adapter certains secteurs du jardin aux exigences des espèces désirées. Nous y reviendrons. Les différents ingrédients qui composent cette façon de jardiner ne sont certes pas nouveaux, mais c’est la manière de les relier qui fait son originalité. C’est la traduction concrète d’un point de vue philosophique et paysager qui aboutit à créer des jardins nouveaux, très dynamiques et particulièrement vivants. Voulezvous nous suivre dans une expérience riche en succès fleuris ?

? On trouve les prairies fleuries là où la croissance des arbres est rendue impossible par les conditions climatiques ou par l’intervention humaine. Crested Butte est une station de sport d’hiver du Colorado, aux États-Unis. En été, les prairies d’altitude hébergent une grande diversité d’espèces, entre autres des ancolies (Aquilegia caerulea), des lupins (Lupinus argenteus) et le pinceau indien (Castilleja linariifolia).

Flux entrant

Flux sortant

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Q u ’ e st- c e q u e le “l a i sser- fa i re” ?

AVANTAGES ET POSSIBILITÉS Pourquoi vouloir révolutionner notre bonne vieille façon de jardiner ? Après tout, elle fonctionne depuis des siècles et produit des jardins acceptables. Question légitime. Mais les temps changent, et avec eux les représentations et les attentes vis-à-vis du jardin et de son aménagement. Le « laisser-faire » répond à beaucoup de désirs et d’exigences contemporaines : - Pour les impatients. Malgré le temps de la germination et la production des graines, les résultats sont rapidement visibles. Beaucoup de plantes présentées ici fleurissent dès la première ou la deuxième année et peuplent durablement le jardin. - Fleuri et coloré. Beaucoup d’espèces utilisées ont une vie brève et par conséquent se multiplient abondamment. Dans la nature, c’est une prairie riche de fleurs et de couleurs, avec une abondance de graines, qui correspond le mieux à cette attente. - Proximité avec la nature. On devient l’observateur intime du cycle biologique : germination, croissance, floraison, fructification, dissémination des graines et dépérissement. On perçoit le vrai caractère des plantes, indemnes de taille et d’autres interventions humaines. Les cultivars stériles issus d’une sélection poussée n’ont pas leur place ici. - Pas de nature sauvage hors de contrôle. Le jardin est façonné sur la base de critères esthétiques, via l’ajout d’espèces et

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l’arrachage des plantes surnuméraires. Le laisser-faire ne se limite pas dogmatiquement aux espèces locales. Cependant, un jardinier soucieux de la nature préférera renoncer à des espèces potentiellement invasives. Combinaison de neuf et d’ancien. Le laisser-faire et le jardinage conventionnel peuvent très bien cohabiter. Le contraste ainsi créé peut même renforcer la personnalité de chaque style. Possible presque partout. Le laisser-faire réussit aussi bien dans les jardins installés que dans les jardins vierges. Il n’y a même pas besoin de jardin : il suffit d’un peu d’humus accumulé sur un balcon, dans les fissures d’une allée, dans les interstices d’un mur ou sur un toit terrasse recouvert de gravier. Surprises garanties. Aucune apparence définie n’étant attendue et aucune plante coûteuse n’étant perdue, les mauvaises surprises sont presque nulles. Au contraire : l’inattendu est source d’émerveillement. Économique. Au lieu d’acheter un grand nombre de plants nécessaire à un jardin « clé en main », il suffit de quelques plants ou de graines. Convient aux débutants. Les connaissances de base présentée dans ce livre suffisent. Beaucoup d’espèces présentées s’établissent facilement dans les jardins.

Les plantes à courte durée de vie produisent une abondance de graines. Les insectes aussi en profitent, car il y a plus de nectar à récolter ou de graines à dévorer.

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Av a nt a g e s e t po s s ibilité s

en haut : Le laisser-faire est possible dans les plus petits espaces, à l’instar de cette violette odorante (Viola odorata) sur un balcon. en bas : Les graines récoltées ou achetées sur place font de beaux souvenirs de vacances qui persistent de nombreuses années.

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Extrait Laissez faire! - Éditions Ulmer  

Avant, la conception ordinaire des jardins consistait à acheter des plantes et à les planter à un emplacement déterminé selon un shéma défin...