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ECOLES DE CONDE FFFFFFFFFFFF Formation Restaurateur du Patrimoine - Niveau II MEMOIRE DE FIN D’ETUDES Conservation Restauration d’Arts Graphiques

Objet de l'étude : Eventail Français de 1860-1865, lithographié et peint Sujet technico-scientifique : Recherche du collage le mieux adapté au cas du refixage de la feuille de face de cet éventail sur sa monture

Yolaine VOLTZ Spécialité Arts Graphiques Promotion 2010


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Remerciements Je tiens à exprimer toute ma gratitude à l‟ensemble des personnes qui m‟ont entourée et soutenue pendant tout mon parcours et plus particulièrement lors de ces dernières années occupées par la réalisation de ce mémoire. J‟ai eu la chance d‟être au contact de professionnels passionnés dont les conseils, la générosité et la disponibilité ont énormément contribué à la réalisation de ce projet et m‟ont beaucoup touchée. Je remercie en particulier Madame Anne Hoguet, directrice du Musée de l‟Eventail de Paris et propriétaire de l‟œuvre étudiée, tout d‟abord pour m‟avoir fait découvrir l‟univers de cet objet pour lequel je me passionne désormais, mais également pour la confiance qu‟elle a placée en moi et pour son aide. J‟adresse toute ma reconnaissance aux professionnels rencontrés durant mes stages dont les avis éclairés, la disponibilité et le soutien ont été essentiels à la réalisation de ce travail et à la poursuite de mon parcours professionnel. Ma gratitude va également aux enseignants qui m‟ont conseillée et soutenue tels que Mme Auliac, Ms Ollier et Pepe.

Je tiens à remercier tout spécifiquement M. Davoudian, professionnel spécialiste des éventails, Madame Falluel, directrice par interim du Musée de la Mode et du Costume de Galliera, Madame Gutton, son assistante, M. Maignan, héritier de la maison Duvelleroy, ainsi que chacun des membres du Cercle de l‟Eventail pour leurs précieux conseils, leur enthousiasme et leur disponibilité. Je leur suis infiniment reconnaissante pour leur accueil dans l‟univers fascinant de cet objet et pour leur aide généreuse et spontanée. Ils contribuent encore aujourd‟hui très largement au développement et à l‟approfondissement de ma passion pour l‟éventail.

Enfin, un grand merci à tous mes proches, famille, amis et collègues, pour leur patience et leur soutien indéfectibles durant toute la durée de cette expérience.

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Fiche d‟Identification

1. Vues de l’éventail recto (à gauche) et verso (à droite)

Nature de l’objet

Eventail plié

Epoque

1860-1865

Origine

France

Dimensions

Envergure : 510mm Hauteur : 270mm Largeur fermé :28mm Feuille de face : Papier industriel Feuille de dos : parchemin doublé sur papier industriel Monture : os doré à la feuille de cuivre et d’argent Deux « miroirs-sorcière » sur les maîtres-brin Feuille de face : Lithographie, aquarelle, gouache Feuille de dos : gouache et aquarelle Feuille de face : Scène de vie courante Feuille de dos : paysage lacustre Maintenu clos, enroulé dans du papier de soie « serpente », rangé dans une boite en carton de dimensions : Boîte fermée : L=300 mm l= 75 mm H= 46 mm

Matériaux constitutifs

Technique graphique Illustration Conditionnement Original

Afin d‟approfondir la connaissance de cet objet particulier qu‟est l‟éventail et de faciliter la compréhension de ce Mémoire, une nomenclature est présentée ci-après. Un lexique est également consultable dans les Annexes, p. 176

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«Brin»

« Epaule » du brin

« Feuille » opposée à la « Contre-feuille »

« Sinet » ou « Bordure »

« Gorge » de la monture

« Amorce » du bout

« Rivure »

« Bout»

« Pli »

« Contre-pli »

« Panache » ou « Maître-brin » à l‟opposé du « contre panache »

2. Lexique des termes de l’éventail Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


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Sommaire Remerciements…………………………………………………………………………

p.2

Fiche d‟identification et nomenclature…………………………………………………

p.3

Sommaire……………………………………………………………………………….

p.5

Avant-propos…………………………………………………………………………… p.10 Introduction…………………………………………………………………………….. p.11

Partie Historique Introduction……………………………………………………………………… …….. p.13 1ere partie : Analyse et identification de l’éventail de ce mémoire………...……… A/ Analyse Plastique : connaissance du support

p.14

……………………………………. p.14

I/ Le travail de la monture……………………………………………………………….. p.15 1- Les tabletiers……………………………………………………………......... p.15 2- Réalisation d‟une monture en os…………………………………………...... p.16 A. Le travail de l‟os…….……………………………………………….. p.17 B. Le Débitage…………………………………………………………… p.17 C. Le façonnage…………………………………………….…………… p.18 D. Le Polissage………………………………………………………..… p.19 E. Le Reperçage……………………………………………….………… p.19 F. La sculpture et la Gravure…………………………………………... P.20 G. La Finition…………..…………………………………………………p.21 II/Le travail de la Feuille………………………………………………………………… p.23 1- Le choix des matériaux………………………………………………………. p.23 2- Le papier machine………………………………………………………….. p.23 3- La peau de cygne…………………………………………………………….. p.23 4- Réalisation des feuilles d‟éventail …………………………………………… p.26 A. La préparation des feuilles d‟éventail………………………………… p.26 B. L‟illustration de la feuille d‟un éventail………………………………. P.28 C. Le plissage………………………..……………………………………. p.31

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~6~ III/ Assemblage final de la feuille à la monture………………………………………...

p.32

1- Le montage………………………………………………………………….… p.32 2- La finition …………………………………………………………………….. p.32

B/ Analyse de l‟illustration ……………………………………………………………… p.33 1- La feuille de face…………………………………………………………………. p.33 2- La feuille de dos…………………………………………………………………. p.36 3- La monture………………………………………………………………………. p.28 C/ Déductions et hypothèses d‟identification………………………………….…………. p.38 1- Un éventail Français de la fin du 19e siècle… ……………………………….. p.38 2- … fabriqué pour l‟Espagne… ………………………………………………... p.40 3- … et destiné à la petite bourgeoisie………………….……………………… p.43 2nde partie : Histoire de l’éventail de ce mémoire, depuis ses origines jusqu’à nos jours ………………………………………………………………………………….. p. 44 A/ Les origines de l‟éventail …………………………………………………………….. p.45 1- Hypothèse Préhistorique …………………………………………………….. p.45 2- Premières représentations d‟éventails ………………………………………. p.46 3- Premier modèle d‟éventail découvert………………………………………… P.47 4- Premières évocations écrites d‟éventails…………………………………… p.48 B/ La naissance de l‟éventail plié ……………………………………………………….. p.49 1- Origine de l‟éventail plié…………………………………………………….. p.49 2- Rôle de l‟éventail plié au japon………………………………….…………. p.50 3- Fabrication traditionnelle de l‟éventail japonais……………………..……… p.51 C/ Trajet de l‟éventail plié jusqu‟en France …………………………………………… p.53 1- Introduction de l‟éventail plié sur le marché occidental ………………….… p.53 2- Développement de l‟éventail plié en Italie………………………………….. p.53 3- Catherine de Médicis introduit l‟éventail plié en France…………………..… p.54 D/ Développement et Industrialisation de l‟éventail plié en France au 19 e siècle ……….p.55 1- 1ere moitié du XIXe siècle : L‟éventail depuis Napoléon 1er jusque LouisPhilippe…………………………………………………………………….… p.56 2- L‟éventail plié en France de 1850 à 1865, date de l‟objet de ce mémoire…… p.58 Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~7~ E/ La famille Hoguet et le musée de l‟éventail de Paris………………………………… p.60 1- La famille Hoguet…………………………………………………………… p.60 2- Le musée de l‟éventail de Paris…………………………………………….. p.63 Conclusion…………………………………………………………………….………… p.67

Partie technico-scientifique Introduction………………………………………………….…………………………… p.69 I/ Travail préalable à la réalisation des tests………………………………………….. p.70 A- Les objectifs de cette étude……………………………………………………………….. p.70 B- Identification des éléments constituants la feuille de face et le bois de l’éventail étudié……………………………………………..………………………………………………... p.70 1- Le papier constituant la feuille de face………………………………...……… p.70 2- Le bois des bouts…………………………………………………….………… p.72 C- La composition des échantillons ……………………………………………………...… p.73 1- Le papier sélectionné………………………………………………………….. p.73 2- Le bois sélectionné…………………………………………………………….. p.74 3- La nature des colles testées……………………………………………………. p.74 D- Protocole d’expérimentation ……………………………….…………………..... p.77 II/ Réalisation des tests et résultats……………………………………………………. p.79 A- La déformation des supports……………………………..………………………… p.79 1- Introduction…………………………………………………...……………….. p.79 2- Protocole d‟observation……………………………………………………….. p.80 3- Résultats des expériences……………………………………………………… p.81 a) Observations réalisées suite à l‟encollage à la KlucelG diluée à 10% dans l‟éthanol……………………….…………………………….…..

p.81

b) Observations réalisées suite à l‟encollage à l‟Amidon de blé épais…… p.83 c) Observations réalisées suite à l‟encollage à l‟Evacon-R……………… p.85 4- Expérience menée sur des échantillons doublés de papier japonais et comparaison des résultats obtenus .……………………….………………………….………. p.87

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~8~ a) Comparaison des résultats obtenus avec l‟encollage à la KlucelG diluée à 10% dans l‟éthanol…….…………………………….………………..

p.88

b) Comparaison des résultats obtenus avec l‟encollage à l‟amidon de blé.. p.90 c) Comparaison des résultats obtenus avec l‟encollage à l‟Evacon-R…… p.92 5- Synthèse des observations réalisées au cours de ces expériences…...……….. p.94 Conclusion…………………………………………………………………………...…… p.96 B- L’adhésivité des collages……….…………………………………………………… p.97 1-Présentation générale……………………………………….………………… p.97 a) Introduction…….……………………………………………………… p.97 b)Protocole de mesure………………………..……………………………p.98 2- Détermination des différents paramètres optimisant l‟adhésivité du collage.… p.99 a) Détermination de la colle au pouvoir adhésif le plus important….……. p.99 b) Etude de l‟influence du séchage à l‟air libre et du séchage sous poids p.100 c) Influence de la taille de la surface encollée sur l‟adhésivité du collage.. p.101 d) Influence du doublage sur l‟adhésivité de l‟encollage………………… p.102 3- Synthèse………………………………………………..…………….…………p.103 C- Mise en commun des résultats obtenus et détermination du meilleur encollage...p.104 Conclusion ………………………………..……………………………………………… p.106

Partie Restauration Introduction……………………………….……………………………………………… p.108 1ère partie : Analyse et Compréhension de l’œuvre…………………...……………… p.110 A/ Fiche descriptive de l’éventail…………………………………..…………………. p.110 B/ Constat d’état ……………………………………………………………………… p.114 I/ Les feuilles…………………………………………………………………………….. p.115 1- Les supports……………………………………………………………………. p.115 2- La technique graphique………………………………………………………. p.120 II/ La monture…………………………………………………………………………… p.121 C/ Diagnostic des dégradations………………………………………………………. p.124 D/ Tests préliminaires et identifications……………………………………………… p.128 E/ Proposition de traitement………………………………………………………….. p.136 Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~9~ I/ Les feuilles…………………………………………………………………………… p.136 II/ La monture………………………………………………………………………….. p.140 2ème Partie : Restauration de l’éventail………………………………………………… p.141 A/ Le dépoussiérage…………………………………………………………………….. p.142 B/ Le gommage………………………………………………………………………….. p.142 C/ le démontage de la feuille de face ………………………………………………… p.143 D/ le nettoyage du verso des feuilles…………………………………………………… p.145 E/ Le retrait des adhésifs ………………………………………………………………. p.145 F/ La restauration de la feuille de dos ……………..…………………………………. p.148 G/ La restauration de la feuille de face ……………………………………………… p.153 H/ La restauration de la monture……………………………………………………… p.159 I/ Le remontage des feuilles sur la monture…………………………………………… p.162 J/ Comblement et retouche du contre-pli manquant………………………………..

p.167

K/ Remontage final de l’éventail…………………………………………………….…. P.170 Conclusion……………………………………………………………………………… p.172

Conclusion Générale…………………………………………………………………….. p.173 Annexes…………………………………………………………………………………. p.175 Sommaire des Annexes…………………………………………………………………. p.175 Bibliographie……………………………………………………………………………. p.201 Table des illustrations et Notes .….………………………………………………………. p.205

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AVANT-PROPOS « Ces hochets ingénieux dont l’élégance n’a souvent de rivale que celle de la main qui les agite ou les déploie » Spire Blondel Lors de l‟été 2008, j‟ai réalisé un stage au musée de l‟éventail de Paris au cours duquel j‟ai découvert ces objets-bijoux, miroirs d‟époques aussi diverses qu‟intéressantes. J‟ai eu la chance d‟être confrontée à de nombreux modèles,

recouvrant différentes époques et

constitués de matériaux très variés. Les contraintes qu‟impose l‟éventail de par sa nature composite, son volume et son usage présentent un véritable défi chaque fois renouvelé. J‟ai été immédiatement séduite par cet objet qui réunit idéalement tous mes centres d‟intérêts : L‟art tout d‟abord, magnifiquement représenté par une esthétique très riche ; l‟histoire et les voyages ensuite car comme l‟aborde la deuxième partie de ce mémoire, à chaque période et pays correspond un éventail ; et la science enfin, sollicitée par les contraintes mécaniques et chimiques issues de l‟usage de cet objet ainsi que de la présence des matériaux qui le constituent. Ce stage a éveillé en moi une réelle passion qui a été comblée lorsque Madame Hoguet, maître de ce stage, a accepté de me prêter l‟un des éventails de sa collection comme objet d‟études et de restauration. Le choix de cet éventail pour mon mémoire n‟a pas été le fruit du hasard. L‟état de dégradation extrême dans lequel il était m‟assurait d‟être confrontée à toutes les étapes de restauration abordables sur ces objets. De plus, la grande variété des matériaux qui le constituent (peau, papier, os, bois …) et des techniques graphiques qui s‟y trouvent me permettait d‟enrichir le spectre des restaurations d‟art auquel j‟ai pu participer jusqu‟à maintenant. Enfin, l‟esthétique de l‟objet (iconographie, proportions et manufacture) m‟assurait de découvrir dans son parcours historique quelques surprises, beaucoup de voyages et de faire de belles rencontres. Depuis ma découverte de ces œuvres d‟art, j‟ai l‟intention de me spécialiser dans la restauration d‟éventails et les deux années passées à réaliser ce mémoire m‟ont profondément confortée dans ce projet.

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~ 11 ~ INTRODUCTION L‟éventail de ce mémoire présente de nombreuses propriétés qui méritent d‟être approfondies. En effet, il allie la fragilité du papier et de la peau de cygne à la difficulté de traiter un objet en volume composite qui est, de plus, illustré sur son recto et son verso à la façon des miniatures. Parmi cette multitude d‟aspects qui éveillent mon intérêt, il a fallu faire des choix afin de restreindre les domaines de recherches auxquels j‟allais consacrer mes deux dernières années de Master. L‟objectif que je m‟étais fixé était alors d‟approfondir au maximum ma connaissance de cet objet en abordant l‟essentiel de ces caractéristiques artistiques, historiques, mécaniques et techniques. Le premier axe de mes recherches a eu pour but de m‟aider à mieux comprendre cette œuvre complexe dont les multiples subtilités nous échappent de prime abord. Afin de me familiariser avec cet éventail, j‟ai donc mené des recherches approfondies sur son parcours artistique et historique. La première partie de ce mémoire débute par sa présentation technique et artistique qui apporte des indications sur sa provenance, son époque de réalisation etc. Une fois ces différentes informations réunies, il a alors été possible de retracer son parcours historique depuis ses lointains ancêtres jusqu‟à l‟époque actuelle. Le deuxième axe de mes recherches a été l‟étude de la réaction de deux de ses matériaux constitutifs (le bois de la monture et la feuille de face en papier) au collage qu‟ils allaient devoir supporter. En effet, l‟un des aspects qui stimulent mon intérêt pour ces objets particuliers est leur nature composite qui contraint le restaurateur à trouver de nombreux compromis dans les interventions qu‟il mène. La restauration de cet éventail faisant intervenir le remontage de sa feuille de face sur sa monture, j‟ai donc étudié les nombreux paramètres optimisant cette intervention au travers de différentes expériences. Les résultats obtenus ont permis de déterminer quel collage était le mieux adapté au cas particulier de cet éventail

La dernière partie de ce mémoire retrace les étapes détaillées de la restauration de cette œuvre depuis l‟établissement de ses dégradations, le choix de son traitement et sa justification jusqu‟à l‟exposé détaillé des interventions réalisées. Il est important de noter que cette dernière a été réalisée en commun accord avec la propriétaire de l‟œuvre, faisant intervenir de nouveaux compromis dans les interventions menées, par exemple dans le choix d‟une restauration illusionniste plutôt qu‟une restauration minimaliste. Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


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Verso de l’éventail de ce mémoire

Partie

Historique Recto de l’éventail de ce mémoire

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Introduction « L'éventail sert à voir sans être vue. A entendre sans paraître écouter A agiter sans remuer, à punir sans décourager. Et puis la Donna prouve par l'éventail Qu'il peut exister quelque chose de plus mobile Qu'elle - même.... » Un moraliste par contrainte. A. Rimbaud L‟éventail est un objet d‟une grande richesse culturelle et esthétique. Il possède une dimension historique très forte, en reflétant les tendances d‟une société, d‟une époque ou encore d‟une localisation particulière. C‟est également un objet d‟art à part entière dont la fabrication requiert l‟intervention de nombreux corps de métiers spécialisés. Enfin, il réunit de la plus belle des façons ces deux paramètres car il est un témoin actif de l‟histoire de l‟art, comme les accessoires de mode savent si bien l‟être. Aborder son étude signifie s‟intéresser à ces différentes facettes comme partie intégrante de l‟objet. Afin d‟approcher au plus près cette œuvre, son analyse est divisée en deux parties distinctes bien qu‟interdépendantes. La première partie de ce mémoire présente cet éventail en détail afin d‟en acquérir une connaissance et une compréhension aussi approfondies que possible. Cette étude se fera en trois étapes dont la première sera son analyse plastique. Une fois la structure connue, il sera alors possible d‟en observer l‟illustration : l‟étude iconographique sera donc réalisée dans un deuxième temps. Enfin, ces informations seront interprétées de façon à déduire l‟identification la plus probable de cet éventail.

La seconde partie a pour but de présenter la dimension culturelle de cet artefact, au travers de son parcours historique. Les différents points abordés dans la première partie seront analysés chronologiquement pour retracer son évolution. Celle-ci débutera par la présentation des origines de l‟éventail et se poursuivra jusqu‟à l‟époque de la création de l‟objet étudié, pour finir par sa situation actuelle au Musée de l‟éventail de Paris.

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1 ère partie : Analyse et identification de l’éventail Il est très difficile d‟affirmer où et quand a été fabriquée cette œuvre. En effet, bien que les modes et les techniques de fabrication apparaissent à une date précise, leur espérance de vie varie, entre autre, en fonction du pays concerné, du rang social des commanditaires etc. Pour ces raisons, l‟authentification de l‟éventail qui suit ne sera qu‟hypothétique et s‟appuiera principalement sur les témoignages de spécialistes tels que les collectionneurs et commerçants que j‟ai rencontré, ainsi que sur les livres spécialisés dans l‟histoire de l‟éventail (voir Bibliographie p.201). Ces recherches ont tout d‟abord débuté par l‟analyse plastique de cet éventail qui m‟a permis de me familiariser avec ses matériaux constitutifs et d‟en comprendre la fabrication. Cette première étape a été complétée par son étude iconographique qui a apporté les indications stylistiques utiles à son identification.

analyse plastique: connaissance du support

Etude iconographique : analyse de l'illustration

déductions et hypothèses d'identification

3. Schéma explicatif de la 1ere partie historique

A/ Analyse Plastique : connaissance du support Il s‟agit ici d‟approcher l‟essence même de cet objet au travers de ses différents composants. Sa fiche d‟identification (cf. p.3) a déjà mis en relief l‟importante diversité des matériaux qui le composent et leur étude améliorera la compréhension de l‟éventail tout en préparant au mieux sa prochaine restauration. L‟analyse s‟est portée sur la monture dans un premier temps, puis sur la feuille et ses nombreux composants par la suite.

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I/ Le travail de la monture La monture est un élément déterminant de l‟éventail. En effet, les projets des éventaillistes sont établis en fonction de son choix car celle-ci va déterminer la taille et l‟envergure de l‟objet. De plus, elle va influencer la composition générale de la feuille qu‟elle soit peinte, en dentelle ou brodée de paillettes. Pendant très longtemps, son façonnage ne sera pas modifié, peu d‟évolutions techniques permettant sa manufacture. Il faudra attendre le XIX e siècle, et plus précisément la fin des années 1830 pour que les premiers brevets d‟inventions sur les éventails soient déposés à l‟Institut National de la Propriété Industrielle. 1- Les tabletiers

4.Image de Tabletier par Nicolas de Larmessin, 17e siècle

5.Différents outils utilisés par les tabletiers : l’échoppe, la varlope, les onglettes, les burins et diverses autres limes…

Le nom de tabletier vient d‟un très ancien rôle que ces derniers remplissaient avant la vulgarisation de la feuille de papier : ils étaient autrefois des fabricants de tablettes 1appelées « Tabula » par les romains. Lorsque la production de papier augmenta et que son utilisation se

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Elles étaient composées de différents matériaux (bois, corne ivoire…) puis couvertes d‟une couche de cire. Un stylet composé d‟une pointe permettait d‟y écrire, tandis que sa seconde extrémité, arrondie, servait à effacer les inscriptions réalisées.

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~ 16 ~ banalisa, l‟industrie du tabletier diminua sensiblement2. Son métier l‟ayant mis en contact avec différents matériaux, il transforma son activité en façonnant divers petits objets, souvent luxueux, destinés à l‟élite de la société. Il s‟unit ainsi aux imagiers et enjoliveurs, transformant la « tabletterie » en ce qu‟elle est désormais «(…) l’art de faire des ouvrages de marqueterie, des pièces curieuses de tour, & autres semblables choses. »3 comme par exemple, la confection des montures d‟éventail. Les tabletiers étaient souvent des paysans qui confectionnaient les montures le soir venu. Souvent spécialisés dans un type de matériau, leur savoir se transmettait de génération en génération, chacune perfectionnant les techniques traditionnelles.

Ils recevaient les

commandes des différents éventaillistes, qui les choisissaient en fonction des matériaux à travailler. 2- Réalisation d’une monture en os

6.Projet de monture. Gicar. Breveté par Duvelleroy

La fabrication de la monture de l‟éventail commence par la mise au point d‟un projet, souvent réalisé par un dessinateur ou un peintre. L‟esquisse et les plans de la monture commandée sont ensuite envoyés aux différents ateliers de tabletiers. Ils détermineront le façonnage, la gravure ainsi que toutes les différentes étapes qui constituent la réalisation d‟une monture. Le second stade, qui dépend également du commanditaire, consiste en le choix des différents matériaux de constitution. Leur sélection s‟opère en prenant en compte les facteurs spécifiques des divers composés comme leur fragilité et leurs défauts naturels qui peuvent entraîner une 2

Néanmoins, cet ancien procédé ne s‟est pas complètement perdu et l‟on peut retrouver le même principe que ces « tabula » enduite sur les éventails réalisés en ce qu‟on appelle « la peau d‟âne ». En effet, un même enduit recouvre les brins de ces éventails brisés, permettant aux dames d‟y réaliser certaines inscriptions. La seule différence entre ces procédés est que la peau d‟âne ne s‟efface qu‟à l‟aide d‟eau, et non pas par polissage comme les « tabula ». 3

Définition donnée dans « l‟Encyclopédie » de Diderot et D‟Alembert, éd. 1751-1772

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~ 17 ~ certaine quantité de rebuts. Sont également considérées toutes leurs caractéristiques propres telles que la couleur, la forme, la courbure etc. De ces matériaux dépendra le choix de l‟atelier auquel sera passée la commande et seront envoyés les dessins. Ces derniers sont numérotés et conservés de façon à pouvoir, dans le futur, reproduire si nécessaire les éléments des montures réalisées. Une fois ces différents paramètres fixés, les diverses opérations de réalisation de la monture peuvent débuter.

A. Le travail de l’os

7. Gabarits en papier des modèles

La partie visible de la monture de l‟éventail étudié ici est réalisée en os (Gorge et Maîtresbrins), comme l‟a déterminé son observation4. Il est complexe de le différencier de l‟ivoire, néanmoins la coloration légèrement jaune du matériau, ainsi que le nombre, la forme et la couleur ocre des rainures qui le parcourent permettent de l‟identifier. Ces os provenaient pour la plupart de bovidés adultes, bœufs ou vaches. Sortant de l‟abattoir, ils subissaient un premier tri : les tabletiers commandaient des os longs, tels que les tibias ou les fémurs qui sont plus adéquats pour le travail des montures. Les os étaient par la suite dégraissés dans de l‟eau bouillante et nettoyés jusqu‟à l‟élimination des impuretés. Ils étaient enfin essuyés avec application, puis transmis au tabletier. B. Le Débitage Réalisé à l‟aide d‟une scie à débiter ou à l‟aide d‟un arçon, cela consiste à découper grossièrement les différentes pièces qui vont composer la monture. Plus tard, la scie mécanique sera également utilisée lors de cette opération, bien qu‟elle donne un travail moins soigné. Cette étape se décompose en plusieurs phases :

4 5

-

La découpe de la matière brute aux cotes de longueur5 effectuées à la scie à main

-

Le meulage qui permet de faire ressortir la couleur de la pièce

Etude sous compte-fils et loupe binoculaire cotes générales : de 5 à 8/10e de millimètres pour les brins, et de 1 à 2 millimètre pour le panache

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~ 18 ~ -

Le redressage (au besoin)

-

Le ratissage qui permet d‟effacer les traces laissées par le sciage

-

Un premier dégrossissement à l‟aide d‟une marie-jeanne et d‟une écoannette.

La pièce est ensuite envoyée au façonnage. C. Le Façonnage Le façonnage consiste à donner leur forme aux brins. Cela se fait à l‟aide de nombreux outils tels que des râpes, des limes, des écoannettes, des grêles et des marie-jeanne6. L‟artisan cisèle un à un les contours des pièces destinées à former la gorge de l‟éventail. Le tout doit parfaitement se superposer lorsqu‟il les réunit et sembler être d‟un seul tenant lorsqu‟ils sont ouverts. Les ébauches sont maintenues dans un étau pivotant qui permet au tabletier de voir la pièce sous tous ses aspects. Le façonnage se réalise également en plusieurs étapes successives : -

Les différentes ébauches (souche de même nature mais d‟origines différentes) sont assemblées et collées.

-

Le limage7 modèle la monture de façon à ce que tous les traits présents sur sa surface soient enlevés et que celle-ci soit parfaitement lisse.

-

Les extrémités des brins et leurs bouts8 sont fixés durant la dernière phase.

Ces trois premières étapes sont souvent réalisées par des hommes tandis que le polissage, qui suit, est plus traditionnellement réservé aux femmes.

8. Atelier d’éventaillistes de la région de D. Le Polissage Méru 6

Chacun de ces outils se différencie en fonction de sa lame. A l‟aide de grêles et de limes de plus en plus fines 8 Voir lexique p. 176 7

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~ 19 ~ Le polissage permet d‟homogénéiser l‟assemblage réalisé : travailler les contours, les angles, les moulures de la gorge et des panaches par exemple. Tous ces détails doivent être d‟une grande homogénéité au toucher et ne présenter aucune aspérité, en plus d‟être d‟une régularité extrême. Cela se fait à l‟aide d‟une brosse dure ou d‟une brosse en chiendent. En ce qui concerne les montures en os, comme pour l‟objet de ce mémoire, le polissage est facilité par l‟usage d‟huile de lin (également utilisée pour les montures en nacre ou en ivoire). 9 E. Le Reperçage Cette étape est parmi les plus longues et les plus complexes à réaliser. Elle consiste à ajourer les brins afin de réaliser le décor de la gorge. L‟artisan travaille sur un petit établi appelé « l‟âne » ou encore « le barreau ». Il possède un modèle des décorations à réaliser sur un patron qu‟il dépose sur le brin. Dès qu‟une incision doit être pratiquée, il perce un petit trou au foret et y insère la lame de la scie à découper, appelée aussi « scie à repercer ». La lame suit ensuite les contours du motif à réaliser. La difficulté varie en fonction du matériau choisi et du nombre de « jours » à pratiquer.

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9. Travail du reperçage

10. (de g. à d.) Patron à découpe appliqué pour le reperçage de la monture, et monture repercée et ajourée

9

La monture peut, à ce stade, être envoyée chez un teinturier ou bien un vernisseur. Néanmoins, comme cela sort du cadre de la monture de l‟éventail de ce mémoire, ces différentes étapes ne seront pas développées 10 Certains panaches comptent jusqu'à 2000 incisions tandis qu‟un brin peut aller jusqu'à 600 incisions ; c‟est pourquoi cette étape peut prendre jusqu'à 2 mois de travail uniquement pour le travail d‟un seul brin.

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~ 20 ~ F. La Sculpture et la Gravure

11. Un tour d’éventailliste utile à la gravure des brins et panaches

La gorge et les panaches, après avoir été repercés, sont ensuite passés au sculpteur. Durant cette étape, les maîtres-brins de l‟éventail étudiés ont pu être sertis de leurs deux miroirssorcière encastrés dans du laiton. Une fois traités, les brins et maître-brins passent entre les mains du graveur qui incise de légers bas-reliefs à l‟aide d‟une échoppe ronde, de ciseaux, d‟onglettes et de burins.

12. Gravure au touret (à gauche) et au burin (à droite) d’un morceau de nacre

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~ 21 ~ G. La Finition

13. Femmes aux iris – dessin préparatoire breveté par Duvelleroy puis réalisation finale correspondante

Cette étape consiste en l‟embellissement de la monture. Elle fait l‟objet de différentes opérations indépendantes les unes des autres et toutes correspondent au stade final de la tabletterie. Elles sont donc multiples ; Néanmoins, ne seront abordées ici que celles qui correspondent aux travaux réalisés sur l‟éventail de ce mémoire : la dorure puis la rivure.

a) La Dorure

14. Monture en nacre du Japon, sculptée et dorée

La monture, une fois gravée aux endroits qui accueilleront le futur décor, est enduite traditionnellement d‟une gouache blanche appelée « assiette » qui constitue le fond du décor et lui donne son opacité. Puis, la feuille d‟or, de cuivre ou d‟argent est appliquée dans les fines rainures réalisées par le graveur à l‟aide d‟outils particuliers comme le « papillon » ou la « boësse ». Une fois la dorure réalisée, un fin vernis y est appliqué.

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~ 22 ~

b) La Rivure

15. Gorge de l’éventail « Vénus triomphante » dont le rivet s’intègre parfaitement au décor de la gorge

La rivure permet de réunir les brins et les panaches. Elle est constituée d‟une tige cloutée ou bien vissée et de deux « yeux11 ». La tête des brins et maitres-brins doit donc être percée sans altérer l‟homogénéité de l‟ensemble, en sauvegardant la régularité de leur forme. La tige est passée dans cette fente circulaire et possède un « œil » de rivure que le bijoutier peut à loisir sertir d‟une pierre. Dans le cadre de ce mémoire, la rivure est sertie d‟un œil réalisé dans un matériau synthétique, remplaçant très probablement l‟élément original.

Il est désormais établit que le travail de la monture est une étape essentielle et de très haute exigence. Bien que n‟étant que le « squelette » de l‟éventail servant de support à sa feuille, elle s‟élève aisément au rang d‟œuvre d‟art en revêtant une importance au moins égale à celle de la feuille qu‟elle supporte (dans le cadre des éventails « pliés12 »). C‟est pour cette raison que les éventaillistes prenaient l‟habitude, comme les illustrations ont pu le montrer, de breveter les créations de leurs maisons, s‟assurant l‟exclusivité de leurs modèles

11

Voir la définition de « œil »dans le lexique p. 176 Eventail possédant une feuille. Il se différencie des éventails « brisés » qui n‟en possèdent pas, et des éventails « écrans » (voir lexique p.176) 12

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~ 23 ~

II/ Le travail de la Feuille 1- Le choix des matériaux

La sélection des matériaux qui composent les feuilles est déterminante car chaque matière possède ses propres avantages et inconvénients. Ainsi, pour l‟objet qui est étudié, le choix d‟une feuille de face en papier n‟est pas anodin. Ce support possède les caractéristiques qui permettent à l‟éventailliste d‟utiliser un procédé lithographique pour son décor, puis de le rehausser de différentes techniques qui sont ici la gouache et l‟aquarelle. La feuille de dos est réalisée dans une peau de chevreau de belle qualité, que les éventaillistes nomment « peau de cygne ». Elle possède une texture veloutée qui ravit l‟œil des amateurs ; néanmoins son extrême hygrométrie rend difficile le travail du peintre. Elle est donc plus modestement décorée.

2- Le papier machine

Le papier utilisé pour réaliser le recto de l‟éventail présente une texture lisse et sans grain. Une observation sur table lumineuse indique qu‟il ne possède ni vergeures, ni pontuseaux. Ces propriétés sont caractéristiques des papiers dits « vélins » mais également, plus tardifs, des papiers « machines ». Le coût des papiers vélins est très important et contraste avec la valeur générale de l‟objet dont la monture en os témoigne d‟une moindre qualité. La présence d‟une lithographie13 indique que ce papier date de la fin du 18e siècle au plus tôt, époque où le papier « machine » se développait. Il est donc très probable que cette feuille soit en papier machine. L‟industrialisation du papier débute en 1798, date de la création de la première machine à papier par Louis-Nicolas Robert (1761 Ŕ 1828)14. L‟avantage notoire de ce procédé est l‟alimentation en continu de pâte aboutissant à la création de bobines de papier. Dès 1825, les papetiers européens s‟équipent de ces machines et on n‟en dénombre pas moins de 250 en France 25 ans plus tard.

13 14

Voir p.29, a) Illustration de la feuille de face : lithographie peinte. Voir annexes p. 178

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~ 24 ~ 3- La peau de cygne15

La feuille de dos est très probablement de la peau de cygne comme en témoignent certaines caractéristiques telles que : son grain, sa finesse ainsi que son doublage sur un papier machine. C‟est une peau de chevreau de la plus extrême finesse. Son travail nécessite de nombreuses étapes dont la première est le rognage : tête, queue, tétine et pattes trop longues sont découpées. Ensuite, intervient le reverdissage qui consiste à humidifier et laver la peau, suivi de l‟enchaucenage qui permet de séparer la laine de la peau en passant sur le côté chair un mélange de sulfure de sodium et de chaux. Un double délainage permet ensuite de retirer la laine présente à l‟aide de cylindres munis de lames non-coupantes. Puis, le déchaulage permet de retirer à l‟aide d‟enzymes le calcium présent dans la chaux absorbée par la peau. Le retrait des matières grasses naturelles se fait à l‟aide de solvants ou de savons suivi d‟un rinçage. La peau est ensuite stabilisée par la fixation d‟un produit (aujourd‟hui le chrome) qui se fait grâce à une basification du milieu. Les tanins sont incorporés par la suite à la peau qui demeure tendue plusieurs jours. Après son séchage complet, la peau est tirée et assouplie. Ces deux dernières opérations devaient être particulièrement intenses afin d‟obtenir la finesse de peau qui caractérise la peau de cygne.

15

Ce paragraphe présente la fabrication actuelle du parchemin, car les fabrications traditionnelles sont très souvent restées secrètes et expliquées de façons concises et incomplètes dans de rares ouvrages.

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~ 25 ~

16. Planche d’illustration de l’Encyclopédie Universelle de Diderot et D’Alembert Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 26 ~ 4- Réalisation des feuilles d’éventail A- La préparation des feuilles a) La feuille de face (papier) Le travail de la feuille se fait en 5 étapes essentielles. La première consiste à encoller le papier avec de la colle de peau fabriquée à base d‟anciennes rognures chauffées dans une cheminée et solubilisées. La « colleuse » trempe une éponge dans cette préparation et en imbibe les faces de deux feuilles de papier. Celles-ci sont maintenues l‟une contre l‟autre et sont transmises à la leveuse. Cette étape renforce le support papier, lui permettant de subir les étapes suivantes. 17.Colleuse La « leveuse » a pour rôle de séparer les deux feuilles enduites, de les tendre étroitement sur des châssis en forme de cercle qui vont leur permettre un séchage homogène et complet en empêchant la déformation des feuilles. 18. Leveuse Ces châssis sont suspendus par l‟ « étendeuse » à des clous à crochets plantés dans des sortes de rails fixés au plafond des ateliers.

20. Clou à crochets 19. Etendeuse Une fois que les papiers sont secs, la « coupeuse » saisit les châssis et en défait les papiers qu‟elle présente à « l‟arrondisseuse ».

21. Coupeuse Cette dernière leur donne leur forme finale en arrondissant les deux angles supérieurs de la feuille à l‟aide de ciseaux.

22. Arrondisseuse Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 27 ~ La fabrication et le travail de la peau de cygne nécessitent de nombreuses étapes supplémentaires car ce matériau fortement hygroscopique impose certaines contraintes particulières. b) La feuille de dos (peau de cygne) La réalisation de cette feuille peut se faire de plusieurs manières puisqu‟ il existe autant de techniques que de fabricants. L‟ouvrage « L‟art de composer et de peindre l‟éventail, le paravent, etc. »16 en décrit deux principales, dont celle-ci :

Durant la première étape (nommée le « tendage »), la peau est déposée sur une surface bien plane, nette et lisse. Le papier de doublage la recouvre. Une marge est délimitée sur la partie du papier qui déborde de la peau à 1.5 ou 2cm de celle-ci, à l‟aide d‟une pointe émoussée ou d‟un couteau à papier. La pression appliquée sur cette marge (sans la déchirer) permet au papier de se « relever », marquant visuellement ce contour. L‟intérieur de cette zone est humecté d‟eau claire à l‟aide d‟une éponge, de façon homogène et sans excès. Les marges, quant à elles, ne sont pas mouillées mais enduites de gomme arabique17 assez épaisse. Une fois cette préparation réalisée, l‟assemblage est retourné sur le carton destiné à la tendre. A l‟aide d‟un chiffon doux, une pression est appliquée sur l‟ensemble de ce montage afin de chasser l‟air et de fixer fortement les marges encollées au carton. Le tout est laissé sécher une à deux heures. Dès que la peau est correctement tendue, il faut la dégraisser afin de permettre son illustration. Cette étape se fait à l‟aide d‟une pierre ponce 18 frottée sur toute la surface de la feuille. Une couche d‟alcool ou d‟acide acétique est également passée régulièrement afin de compléter ce traitement. Cette opération permet à la peinture d‟adhérer au support, ce que la

16

de FRAIPONT, Gustave. L’art de composer et de peindre l’éventail L’écran Le paravent .Paris :H Laurens Editeur, 1895, p.160. 17 Résine naturelle provenant de la sève de l‟acacia, diluée dans de l‟eau tiède, mélangée avec de la farine et de l‟acide borique (empêche la fermentation). 18 Roche volcanique très poreuse

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~ 28 ~ « graisse » présente originellement dans la peau rendait impossible à cause de l‟incompatibilité des produits hydrophiles (gouache et aquarelle) et hydrophobes (la graisse).

Pour finir, la peau est encollée afin de limiter les problèmes de diffusion de la technique graphique dans le support. Pour cela, un blaireau assez long (ou bien une brosse en queue de morue) enduit de la mixtion19 adéquate est passé sur la peau tendue. A la fin de ces étapes, la peau doublée sur papier est vendue aux éventaillistes en l‟état, prête à être peinte. B- L’illustration de la feuille d’un éventail Les illustrations sont d‟abord travaillées à plat selon un patron. Ce dernier détermine la composition d‟ensemble de la feuille, en veillant à ce qu‟aucun élément principal du décor ne tombe à l‟endroit d‟un pli. Cela est visible sur la feuille de face de l‟éventail de ce mémoire, sur laquelle, à l‟exception d‟un seul, aucun des visages n‟est jamais coupé par l‟arrête ou le creux de l‟une des pliures.

23. Répartition des visages en dehors des zones de pli

24. Unique visage coupé par l’arrête d’un pli

Il faut également veiller à réserver la zone de la gorge20 de la monture qui peut varier de 10 à 15 cm. Une fois la composition déterminée sur le modèle, la feuille vierge destinée à l‟éventail est fixée sur un ais de bois sur lequel sont collées ses extrémités. Le modèle préconçu est alors situé dans un verrier21 faisant face à la table de travail. Plusieurs corps de métier sont parfois nécessaires à son illustration, comme dessinateur, peintre, coloriste etc.

19

Sa composition varie d‟un artisan à un autre mais n‟est pas citée dans les ouvrages consultés Voir lexique p. 176 21 Pupitre contenant le modèle à peindre 20

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~ 29 ~

25. Exemple de Verrier exposé au Musée de l’éventail de Paris.

a) Illustration de la feuille de face : lithographie peinte La lithographie a été inventée en 1796 par Aloys Senefelder22, à Munich. Il était alors auteur dramatique et tentait d‟éditer lui-même ses textes. La légende veut qu‟il ait tenté de les imprimer à l‟aide de pierres argilo-calcaires, les plaques de cuivre étant trop coûteuses. Puis, manquant un jour de papier, il écrivit une note à sa blanchisseuse sur l‟une de ses plaques, à l‟aide d‟une encre de taille-douce (composée de cire, savon et noir de fumée). C‟est alors que le procédé, d‟abord maladroit, prit peu à peu forme : une impression sans relief ni creux qui exploite le principe de répulsion du gras pour l‟eau et de l‟eau pour le gras (une surface mouillée refusera l‟encre lipophile qu‟un tracé gras acceptera). Le tracé est effectué dans un premier temps sur la pierre, à l‟aide de crayons lithographiques (composés de cire, savon, suif, gomme laque et noir de fumée). Une fois le dessin effectué, la pierre est alors humidifiée et ses pores retiennent l‟eau, épargnant les traits de crayons gras. Puis, l‟encre à dessin est déposée à l‟aide d‟un rouleau, initialement composé de plusieurs épaisseurs de flanelles entourées d‟un cuir tendu. Celle-ci étant de la même composition que le crayon lithographique, ces deux matériaux s‟attirent et se fixent l‟un à l‟autre tandis que la partie poreuse et humidifiée d‟eau rejette cette substance grasse. Une fois que le dessin est suffisamment encré, une feuille de papier est déposée sur cette surface, puis le tout est passé sous presse. Le dessin est alors transféré de la pierre à la feuille.

22

Voir annexes p. 178

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~ 30 ~ b) Illustration de la feuille de dos : gouache sur peau

26 Peinture sur feuille

Le travail qui a été réalisé sur la feuille de dos de cet éventail est très particulier. En effet, le support étant une peau très fine, identifiée comme étant du chevreau, elle est particulièrement sensible, notamment à l‟humidité. Sa peinture répond donc à des exigences physiques et techniques très précises. L‟une des différences provoquée par le travail sur la peau est l‟utilisation du fiel23. Ce dernier permet de continuer de peindre sur une peau qui a déjà été dégraissée mais qui a des poussées de graissage venant de la profondeur de la matière. Cette substance est mélangée avec les couleurs puis appliquée sur le support. Le travail de la gouache possède également ses caractéristiques propres qu‟il faut savoir maîtriser. En effet, les couleurs sont plus opaques que celles de l‟aquarelle et peuvent donc se superposer. Il est d‟ailleurs d‟usage de travailler par ajout de matière, en commençant par les teintes les plus foncées et en finissant par les plus claires. L‟usage de la gouache ad hoc confère un effet moelleux qui rappelle celui du pastel24. La préparation de la gouache à cette époque est très suggestive car chaque artiste avait sa propre recette. Néanmoins, une base commune est supposée qui consiste à réduire les pigments en poudre puis les délayer à l‟eau gommée. Quelques gouttes de glycérine sont ajoutées par la suite afin de prolonger la conservation de cette préparation.

23 24

Bile généralement bovine Le pastel possède la même charge que la gouache, seul leur liant diffère.

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~ 31 ~ C- Le plissage

27. Exemple de moule à plisser de Mr Petit

Une fois que les feuilles ont été illustrées, la zone de la gorge de l‟éventail et son rebord supérieur sont grossièrement découpés de façon à laisser d‟importantes marges. Le plissage traditionnel, illustré par « l‟Encyclopédie » de Diderot et d‟Alembert (1745), consistait à tracer les plis « au jeton », en suivant les rainures d‟une planche gravée, puis à plier la feuille à la main. Cette technique présentait l‟énorme désavantage d‟être imprécise et inappropriée au plissage des feuilles en tissu qui étaient trop fragiles. Elle a donc été remplacée en 1770 par l‟utilisation des moules à plisser inventés par M. Petit. Le choix du moule est déterminant car il doit s‟adapter au nombre de brins que possède la future monture et à la taille de la feuille mesurée en « pouces du roi ». Réalisés dans une carte de Lyon très résistante, il existe 90 modèles numérotés de 60 à 150. Chacun d‟eux est répertorié dans un tableau qui croise les deux variables indiquées plus haut. Leur utilisation est aussi simple que performante : la feuille d‟éventail est tout d‟abord traitée de façon à la rendre plus résistante25. Puis, elle est pliée en deux afin de pouvoir la placer au milieu d‟une partie du moule. Cette feuille est ensuite recouverte de la seconde partie de ce dernier et le plissage d‟une première moitié de l‟éventail est effectué. Ainsi comprimée entre les deux moules plissés, la feuille est maintenue durant plusieurs jours dans une atmosphère humide, améliorant encore le plissage. Lorsqu‟il est fini, la feuille est découpée à nouveau en respectant précisément sa taille définitive.

25

Le traitement utilisé n‟est pas développé dans les différents ouvrages abordant ce sujet

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~ 32 ~

III/ Assemblage final de la feuille à la monture 1- Le montage

28. Exemple de montage de la feuille sur une monture

Les brins sont fixés au centre des plis, traditionnellement à l‟aide de gomme arabique. Les contre-plis sont laissés libres de tout encollage. Les panaches sont les derniers brins à être fixés à la feuille. Il faut veiller à l‟alignement précis de l‟ensemble de la feuille et de la monture. En effet, une fois complètement repliés, ni la feuille ni la partie des brins formant la gorge ne doivent dépasser de part et d‟autre du panache. 2- La finition

Une fois les feuilles fixées à la monture, le borduriste dépose le sinet 26à cheval sur celles-ci, fixant leur extrémité supérieure. Le décorateur peut ensuite fixer un gland, une dragonne27 ou encore une chainette à la rivure de l‟éventail. Cela permet au propriétaire de tenir l‟éventail en le glissant autour du poignet, ainsi que de compléter l‟esthétique de l‟objet. Pour finir, la doreuse sublime les différentes zones de la feuille en appliquant l‟or de judicieuse façon, par exemple en créant des oppositions de mat et de brillant28. La réalisation de la mixtion utilisée pour appliquer l‟or est une fois encore très aléatoire, néanmoins il est possible d‟utiliser de l‟or en poudre délayé dans de la gomme arabique liquide. Le séchage de ces applications dure une journée entière, à la suite de laquelle l‟or est bruni à l‟aide d‟une agate polie.

26

Voir le lexique p.176 , il est réalisé à l‟aide d‟une bande en papier dorée sur l‟éventail de ce mémoire. Voir lexique p.176 28 Cela permettait de créer du relief dans les motifs ou bien de faire ressortir l‟éclat des lumières 27

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~ 33 ~ Maintenant que les aspects plastique et technique de cet éventail sont connus en détail, il est possible de se concentrer sur l‟étude esthétique de son décor au travers d‟une étude iconographique.

B/ Analyse de l’illustration 1- La feuille de face

29. Photographie de la feuille de face de l’éventail Cette partie de l‟éventail est destinée à être présentée à la société de façon permanente, elle est donc travaillée avec beaucoup d‟application. Dans la situation présente, elle occupe le tiers supérieur de l‟éventail et est réalisée en papier dit mécanique, lithographié puis coloré à la gouache et à l‟aquarelle. Quelques touches de fiel de bœuf ou à la gomme arabique apportent une très légère irisation ponctuelle de l‟illustration. La scène illustrée sur cette feuille présente un ensemble de onze femmes et sept hommes réunis dans un parc.

A. La palette Les couleurs utilisées sont très variées, toutes de tons doux rappelant le pastel. Le décor présente une dominante verte sur l‟extrémité gauche, rose au centre pour finir par du bleu sur la droite. L‟ensemble offre une harmonie agréable au regard et inspire une atmosphère de gaieté sereine. Les volutes présentes aux deux extrémités ainsi que sur la bordure supérieure de la feuille étaient initialement dorées, ce qui devait renforcer cette tendance rocaille 29 déjà présente dans l‟illustration elle-même. 29

Mouvement artistique français du XVIIIe siècle.

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~ 34 ~ B. Le paysage La scène se déroule en extérieur, probablement dans un parc car la nature semble y être domestiquée. L‟herbe est rase et parsemée de fleurs lumineuses, les arbres eux-mêmes semblent être fleuris également. Sur la droite se trouve un lac sur lequel un jouet vogue (bateau miniature). Des montagnes aux tons rosés se dessinent sur l‟arrière-plan, tandis que des pierres aux dimensions importantes permettent aux personnages de s‟asseoir et d‟échanger au premier plan. Ce décor aux couleurs tendres et fraîches, propice aux scènes de badinages ou de jeux, n‟est pas sans rappeler les paysages rocaille chers au 18e siècle Français.

30. Antoine Watteau Plaisirs d’Amour, 1716 (huile sur toile, 61x75 cm,Gemaldegalerie, Dresden)

L’illustration ci-contre est typique du 18e siècle et présente de nombreuses similitudes avec le paysage de cet éventail. La nature y parait sereine et accueillante, les arbres protègent les personnages au second plan tandis qu’un lac et des montagnes s’esquissent en arrière-plan. La palette employée est diversifiée et les couleurs sont claires, fraîches et agréables.

C. Les personnages.30 Les personnages peints sur cette feuille sont habillés de costumes typiques du 18e siècle français. En effet, les jeunes femmes portent des « corps31 » (parfois baleinés et à pointe) sur des chemises et leurs jupes courtes sont garnies de jupons ou bien de paniers. Un tablier recouvre souvent cet assortiment.

30 31

Selon les indications données par Mme George Sophie et Mme Falluel Fabienne Sorte de corset

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~ 35 ~

Ces illustrations présentées témoignent de la similitude des vêtements des femmes situés sur l’éventail (à droite) et le catalogue des costumes des femmes du XVIIIe siècle (à gauche). Elles possèdent en effet : un catogan32, un corps baleiné à pointe sur une chemise à haut col, une jupe à paniers recouverte d’un tablier et des souliers fins. 31. Illustration de costumes de femmes françaises au 18e siècle

32. Illustration présente sur la partie centrale de la feuille de l’éventail

L‟illustration de gauche présente des femmes de la haute bourgeoisie, comme l‟indique la richesse de leurs vêtements tandis que les habits présents sur l‟illustration de droite ne possèdent pas la même qualité de garniture. Cela indique que les personnages peints sur l‟éventail sont de moindre noblesse et feraient par conséquent partie de la petite bourgeoisie. Les hommes sont tous habillés de culottes (ancêtre du pantalon) recouvrant des bas. Leurs hauts sont constitués d‟une chemise recouverte soit par un pourpoint, soit par une casaque ou encore par un gilet comportant un jeu de courroies.

Les hommes présents sur ces illustrations portent chacun : souliers, bas, culottes, chemises recouvertes d’un pourpoint, petite écharpe, perruque à catogan et enfin tricorne. 33. Illustration de costumes datant du 18e siècle

32

34. Illustration présente sur la partie centrale de la feuille de l’éventail

Nœud utilisé pour réunir les cheveux

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~ 36 ~ Bien qu‟étant dans un parc, ils sont tous chaussés de souliers et aucun ne porte de sabots (encore très utilisés au 18e et 19e siècle dans les travaux champêtres). Leurs mises sont également propres et nettes. On observe de plus une grande variété de chapeaux : L‟albanais (chapeau de feutre conique), le niçois (chapeau plat), le tricorne et le catogan. L‟observation de ces éléments indique la volonté de l‟artiste de montrer une très large gamme de la mode française du 18e siècle, avec quelques anachronismes comme le chapeau de type albanais, plutôt utilisé au 17e siècle. L‟analyse

des habits présents permet de déduire que les

personnages représentés font partie de la petite bourgeoisie française. Tous ces personnages semblent partager un agréable moment d‟échanges et d‟expériences. En effet, la femme debout située au centre de la feuille observe un point de l‟horizon à la longue vue, tandis que d‟autres jouent sur l‟eau avec un petit bateau. Certains apportent de quoi pique-niquer (des fruits et de l‟eau dans une cruche) et tous parlent ensemble. Cette scène semble en tous points équivalente aux critères picturaux des années dites « Rococo », durant les premières décennies du 18e siècle. En effet, la France de cette époque appréciait les tableaux évoquant les frivolités «(…) s’exprimant par une prédilection marquée par des nuances délicates et des décors légers. »33. Enfin, il est intéressant de noter que tout dans la composition de cette feuille magnifie la courbe naturelle de l‟éventail : les comportements des personnages ainsi que l‟orientation de leurs visages décrivent une courbe et convergent vers son centre, amenant le regard du spectateur à parcourir l‟entièreté de la feuille. 2- La feuille de dos

35. Verso de l’éventail de ce mémoire Les illustrations de la feuille de dos sont plus modestes que celles de la feuille de face. En effet, destinée à n‟être que peu visibles publiquement, ces décorations sont souvent moins abouties. 33

GOMBRICH, Ernst Hans , L’histoire de l’Art. Paris: Phaidon, 2001, 687p. p 454

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~ 37 ~ Sur cette feuille se retrouvent les volutes initialement dorées qui occupent désormais les deux tiers extérieurs de la feuille. L‟inspiration Rococo est également représentée par un paysage peint au centre de la feuille, à l‟aide de gouache. Néanmoins, le décor est moins précis et la vue semble beaucoup plus lointaine. Malgré quelques silhouettes à peine esquissées, le temps semble figé. La palette est également agréable, claire et variée. Apparait une émergence de l‟architecture rurale sur la nature car bien que lac, montagnes et arbres soient présents, l‟œil est également attiré par le pont et les importantes habitations représentées. Aucune action n‟est décelée ici, c‟est en effet un paysage de « remplissage » qui habille une feuille destinée à rester discrètement dans l‟ombre de son homologue de face. 3- La monture

36. Panache La monture de cet éventail est entièrement réalisée en os et occupe les 2/3 de la dimension totale de l‟éventail. Son travail de gravure et de reperçage est important, il couvre l‟entièreté de la gorge et des panaches. La dorure devait elle aussi être très présente, bien qu‟il n‟en reste que quelques vestiges. Sans doute devait-elle répondre aux volutes dorées que supportait la feuille, néanmoins des traces de feuilles d‟argent sont encore décelables dans quelques incisions. Les décors sont essentiellement végétaux, composés de nombreuses fleurs (pivoines, roses, etc.) gravées, incisées ou bien dorées. Elle compte également diverses feuillures qui servent avant tout à mettre ces premières en valeur.

Quelques motifs répétitifs permettent de

séquencer le décor en créant des séparations utiles à sa compréhension. Il est important de noter que les modèles présents sur les brins sont réalisés « en miroir ». Cette caractéristique est propre à la tabletterie d‟Andeville (France) qui travaillait les brins deux à deux, les joignant l‟un contre l‟autre lors du reperçage. Cette caractéristique provoque des motifs symétriques qui se répondent pendant l‟assemblage final de la monture. Sur chacun des deux maîtres brins se trouve un miroir « sorcière », dont le verre concave permet d‟observer l‟entièreté de son visage (ou bien d‟une scène) malgré sa petite taille. Un visage est présent à sa base dont la mince moustache tombante ainsi que les yeux fins et en amandes évoquent des traits d‟inspiration asiatique. Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 38 ~ Maintenant que la connaissance plastique et technique de cet éventail est complète et que l‟analyse des éléments iconographiques qui l‟illustrent a été réalisée, il est possible d‟interpréter toutes ces informations et d‟achever ainsi l‟étude de cet objet.

37. Détail de la monture, visage situé sous les miroirs sorcières

C/ Déductions et hypothèses d’identification 1- Un éventail Français de la fin du 19 e siècle… De nombreux éléments poussent à croire que cet éventail a été réalisé en France. En effet, la nature des vêtements des personnages peints sont typiques de la France du 18e siècle. De plus, le style pictural de la feuille rappelle, sans doute possible, la période Rococo Française. La monture, qui possède des brins se répondant deux à deux, évoque également la manufacture d‟Andeville qui était un très grand centre de tabletterie française. Enfin, il est important de noter que la France a longuement approvisionné toute l‟Europe de sa manufacture d‟éventails (18e et 19e siècles en particulier). Néanmoins,

il

est

impossible

d‟affirmer, sur ces observations, que l‟éventail étudié a été fabriqué en France ; c‟est pourquoi il est intéressant de réaliser une étude comparative de cet éventail avec ceux produits par la France. Cette recherche a été réalisée au moyen de consultations d‟ouvrages spécialisés et de catalogues d‟expositions mais surtout par le biais de multiples conversations avec des spécialistes de l‟éventail. Cette étude révèle l‟indubitable similarité des éventails français datant de 1850-1870 avec l‟éventail de ce mémoire. Les illustrations suivantes présentent des montures possédant des caractéristiques similaires à celle étudiée ici : Elles ont toutes une forme identique, présentant des épaules34 entièrement arrondies qui ne laissent pas deviner l‟amorce35 du bout. Le travail de reperçage et de dorure est également identique à celui présent sur l‟éventail étudié dans ce mémoire : les motifs sont répétitifs et réalisés « en miroir ». 34 35

Voir lexique p. 176 idem

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~ 39 ~

38. « Sans titre » - vers 1850. France. (recto)

39. « Sans titre » - vers 1850. France.(verso)

40. « Scène de chasse » - vers 1860. France.

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~ 40 ~ On retrouve également l‟inspiration végétale des motifs présents sur la monture de l‟éventail (n°39), en forme de larges feuilles, et la dorure de l‟éventail (n°40) n‟est pas sans rappeler celle de l‟objet de ce mémoire. Les feuilles de face ont le même degré d‟ouverture (plein-vol : 180°) et sont également d‟une iconographie équivalente à celle de l‟éventail étudié. Toutes sont en papier machine lithographié et colorées de gouache et d‟aquarelle. Les couleurs sont vives et très variées, les scènes représentent des réunions bourgeoises dans des parcs, en pleine nature. Les décorations en lisières sont également similaires : des roses sont disposées dans des entrelacs dorés qui encadrent la scène centrale.

41. Détails de l’extrémité gauche de la feuille de deux éventails français du XIXe siècle.

2- …fabriqué pour l’Espagne…

La composition de l‟objet de ce mémoire donne de précieuses indications sur les caractéristiques du pays auquel il est destiné. En effet, la monture est très épaisse et, bien que travaillée, le reperçage qui a été effectué n‟enlève rien à sa solidité. Le matériau utilisé pour sa confection, l‟os, compte parmi les plus résistants. De plus, la gorge 36 de cet éventail occupe les deux tiers de sa dimension totale. Toutes les conditions semblent donc avoir été réunies pour réaliser un objet rigoureux, permettant son usage très fréquent. Ces indices permettent de déduire que cet éventail a été réalisé pour un pays chaud, dans lequel son usage quotidien nécessite un produit résistant. Or, la France était une référence internationale en matière de fabrication d‟éventails au XIXe siècle 37 ; elle approvisionnait toute l‟Europe. L‟Espagne était particulièrement amatrice de sa manufacture et il apparaît que de nombreux exemplaires d‟éventails aux dimensions similaires (1/3 de feuille pour 2/3 de monture) se retrouvent dans les collections espagnoles aujourd‟hui.

36 37

Elément le plus résistant, avec les panaches, de toute la structure de l‟éventail. Voir lexique p. Voir p.56 « 1ère moitié du XIXe siècle : L‟éventail depuis Napoléon Ier jusqu‟à Louis-Philippe »

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~ 41 ~

42. « La déclaration d’amour » - Fin XIXe Collection de la marquise de Colomina (Espagne). La monture occupe les 2/3 de l’éventail entier, de façon similaire à l’éventail de ce mémoire.

A l‟inverse, les éventails destinés à des pays moins chauds voient le rapport entre la feuille et la monture s‟égaliser (1/2 Ŕ 1/2). Les deux éventails suivants l‟illustrent manifestement : Ils proviennent tous deux de la production chinoise, très développée au XIXe siècle, dont l‟exportation s‟étendait à tout l‟Occident. Le premier, destiné au marché espagnol, possède lui aussi une monture qui occupe les 2/3 de sa dimension totale, tandis que le second, appartenant désormais aux collections russes, a une feuille et une monture aux dimensions égales. Cela démontre bien l‟influence qu‟a le climat du pays destinataire sur la confection de l‟éventail, appuyant l‟hypothèse que celui de ce mémoire est destiné au marché espagnol.

43. Ci-dessus : « Éventail mandarin aux milles visages » - 1860 - Collection de la marquise de Colomina(Espagne). La monture occupe les 2/3 de l’éventail, de façon similaire à l’éventail de ce mémoire. Ci-dessous : « sans titre » chine, milieu du 19e siècle Musée Ostankino, Moscou. La monture et la feuille ont la même dimension. (p144 éventails)

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~ 42 ~ De plus, l‟ouvrage « El abanico Espanol »38 indique qu‟entre 1850 et 1868, l‟éventail reçoit en Espagne le nom d‟ « Isabellino », en l‟honneur de la Reine Isabel II. Les caractéristiques qui le décrivent sont précisément celles de l‟éventail étudié dans ce mémoire : -

« La taille augmente jusqu’à un déséquilibre notable entre la dimension de la monture (2/3) et celle de la feuille (1/3),

-

Les feuilles sont imprimées ou lithographiées puis colorées. La feuille de face est en papier et décorée avec des thèmes imitant le 18 e siècle, comme des scènes pastorales et galantes, des conversations ou des concerts dans un parc, qui s’étendent sur toute la longueur de la feuille avec de nombreux personnages habillés à la mode du 18 e siècle. Aux extrémités se trouvent d’abondantes décorations rocailles et des volutes dorées.

-

Le verso est en peau de chevreau décoré d’un paysage plus ou moins complet, peint à la gouache.

-

La monture est élaborée et décorée pour recréer un équilibre avec la feuille. Elle est composée de matériaux simples comme l’os. »39

A la lumière de cette description, il apparait fort probable que l‟éventail de ce mémoire a été fabriqué à la façon des « Isabellinos », afin de correspondre à la demande du marché espagnol de cette époque. En effet, au 19e siècle, les éventaillistes français étaient la référence internationale de tous les pays d‟Europe. Ils remportèrent de nombreuses médailles et récompenses lors d‟Expositions Universelles, telle que celle de 1867 qui eut lieu à Londres. Ils recevaient des commandes de toutes parts et tâchaient de répondre aux exigences de chacun de leurs commanditaires.

Face à l‟engouement de l‟Espagne pour les éventails

français, Ferdinand VII (1784-1833)

40

imposa des taxes douanières prohibitives sur

l‟importation de ces derniers. Il projetait par ce biais de développer davantage la production espagnole, néanmoins cette entreprise échoua car les taxes ne concernaient que les produits finis. La France continua d‟exporter ses éventails en pièces détachées, les remontant dans des ateliers espagnols, principalement à Valences. Il est impossible de savoir si l‟éventail de ce mémoire a suivi ce chemin particulier, néanmoins les nombreux spécialistes des éventails interrogés ont chacun affirmé qu‟il était destiné au marché espagnol, ce que confirme l‟étude des collections de ce pays.

38

Ministerio de Cultura. El abanico espanol : La coleccion del marques de colomina. Madrid, 2008, 304p. Idem. 40 Roi d‟Espagne de 1808 à 1833 39

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~ 43 ~ 3- …et destiné à la petite bourgeoisie Bien que cette information reste une hypothèse, il est presque certain que cet éventail concerne un public de classe moyenne. L‟étude des matériaux qui le composent nous en apporte différentes preuves : La monture est réalisée en os qui compte parmi les composants les moins précieux. Les matières très nobles (Or, argent, nacre, ivoire…) sont les plus coûteuses et sont réservées aux classes les plus riches. L‟os n‟arrive qu‟ensuite, suivi du bois qui est la matière la moins chère disponible sur le marché de la tabletterie. La feuille de face est réalisée en papier industriel, lithographié. Ce procédé d‟impression permettait la diffusion de plusieurs modèles identiques, à moindre coût. Cela contribue à la dévalorisation de cet objet, qui tombe dans le domaine du commun et perd son unicité. Néanmoins, l‟utilisation de peau de cygne comme feuille de revers est étonnante. Cette matière est parmi les plus coûteuses, et cela tend à prouver que cet éventail n‟était pas accessible aux personnes les moins privilégiées. Enfin, il faut se souvenir que les personnages représentés sur la feuille de face ne sont pas des reflets de la haute bourgeoisie, mais bien des personnes aux revenus moins importants. Il ne serait donc pas étonnant que le public concerné par cet éventail soit identique, l‟éventailliste ayant cherché à ce que le futur propriétaire se sente concerné par cet objet et s‟y assimile. La synthèse de toutes ces informations amène à la conclusion que cet éventail était destiné à une classe « moyenne », telle que la petite bourgeoisie. L‟histoire nous apprend de plus que cette classe sociale se développait considérablement au XIXe siècle, ce qui encourage cette hypothèse. Les différentes recherches menées afin de comprendre au mieux cet artefact ont abouti à de nombreuses réponses. Il apparaît désormais qu‟il peut être identifié selon ses diverses particularités (éventail plissé, français, datant du 19e siècle etc.). Or chacune d‟elles marque un tournant dans l‟Histoire de l‟Eventail au travers des âges. Il est ainsi intéressant de comprendre comment cette évolution dans l‟histoire de l‟art rapportée à celle de l‟éventail a pu aboutir à la création de cet objet. La seconde partie de cette étude historique a donc pour but d‟analyser la « généalogie » de cette œuvre afin de compléter la connaissance acquise sur l‟éventail de ce mémoire.

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~ 44 ~

2nde partie : Histoire de l’éventail de ce mémoire, depuis ses origines jusqu’à nos jours. Cette seconde partie a pour but d‟affiner la connaissance de cet éventail au travers de l‟étude historique de ces différentes caractéristiques. En effet, cet objet résulte à la fois des modifications apportées par les périodes traversées et de l‟influence des cultures rencontrées. Il est essentiel de connaître son parcours afin d‟en saisir tout son sens. C‟est dans ce but que cette partie sera menée de façon chronologique afin de retracer l‟arbre généalogique de celuici. Elle débutera par la présentation des découvertes de ses plus lointains ancêtres. Ensuite seront présentées les périodes-clefs durant lesquelles les principales caractéristiques de cet éventail sont apparues. Enfin, cette étude se terminera sur l‟histoire de cet éventail particulier, notamment par le biais de son acquisition par la famille Hoguet.

Origines de l'éventail

Naissance de l'éventail plié

trajet de l'éventail plié jusqu'à la France Développement et Industrialisation de l'éventail plié en France au 19e siècle La famille Hoguet et le musée de l'éventail de Paris

44. Présentation du plan de la seconde partie Historique

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~ 45 ~ A/ Les origines de l’éventail Il est très complexe de déterminer une origine unique de l‟éventail, car les récits et témoignages diffèrent d‟une époque à l‟autre et en fonction du continent sur lequel on se place. Cependant des découvertes ont été réalisées en de nombreux endroits et de multiples ouvrages ont été retrouvés qui évoquent la genèse de cet objet. Ces différents éléments ont été repris puis présentés dans cette première partie41.

Présence à la préhistoire ?

1ere Illustration :

1er éventail:

1ere citation:

- 3200 av JV en Egypte

-2300 -2100 av jc au Soudan

-1100 av JC en Chine

45. Frise chronologique de l’histoire de l’éventail 1/ Hypothèse préhistorique L‟éventail est avant tout un objet utile, qui servait originellement dans les tâches quotidiennes telles qu‟entretenir le feu, chasser les insectes ou encore se rafraîchir. Les plus anciens prototypes connus ont des formes inspirées de la nature : aussi bien de la flore (feuilles) que de la faune (ailes). Or, tous ces matériaux étaient à la disposition des hommes préhistoriques, et ce en abondance. Ainsi, bien qu‟il n‟existe aucune preuve de la présence d‟éventail à l‟époque préhistorique, tous ces éléments permettent de supposer que nos lointains ancêtres ne l‟ont pas ignoré. Néanmoins, le manque d‟informations à cet égard rend difficile de retracer le parcours de l‟éventail depuis ses toutes premières origines. Parallèlement à cela, il ne faut pas ignorer qu‟une légende d‟Europe médiévale stipule que l‟éventail naquit bien avant la préhistoire. En effet, ce serait Eve qui la première se serait éventée à l‟aide d‟une branche d‟arbre, gênée par le regard insistant d‟Adam.

46. « Adam et Eve » tableau de Lucas Cranach l’Ancien (1472 – 1553) huile sur bois, 117x80,5cm, Galerie de l’Institut Courtauld, Londres.

41

Le détail de l‟apparition des premiers éventails dans le monde est donné en Annexes, p. 179

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~ 46 ~ 2/ Premières représentations d’éventails Le plus vieux témoignage illustré de l‟existence d‟éventails est une gravure découverte en Egypte, sur une tête de massue42. Celle-ci, fixe et à long manche, date de 3200 av JC et appartenait au « Roi Scorpion ». Ces éventails sont des écrans de forme semi-circulaire, appelés « flabella » ou bien « flabellum ».

47. Tête de massue retrouvée dans la tombe du Roi Scorpion

48. Gravure représentant un écran de forme semi-circulaire provenant d’une fresque du palais de Ramsès III, à Thèbes.

49. Partie d’un « flabella » en or trouvé dans la tombe de Toutankhâmon, originellement orné de plumes d’oie.

Ces derniers bénéficiaient en Egypte d‟une très haute considération. Symbolisant la richesse et le pouvoir, ils étaient les insignes ostensibles des fils du pharaon, représentant leur dignité. Ceux-ci étaient d‟ailleurs appelés « porte éventails à la gauche du Roi ». Ils représentaient également le bonheur et le repos céleste ainsi que le mérite. Il n‟est donc pas étonnant d‟en trouver régulièrement flanquant les chars et les palanquins royaux.

42

Elle est actuellement conservée à l‟Ashmolean Museum d‟Oxford.

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~ 47 ~

50. Coffre présent dans la salle des trésors de la tombe de Toutankhamon. Deux serviteurs suivent le char royal afin d’éventer le pharaon.

Sur la fig. X, ce ne sont pas les princes qui agitent ces flabellum démesurés, mais les « flabellifères du roi » serviteurs dévolus à cette tâche. Celle-ci était exclusivement remplie par de hauts dignitaires. Les prêtres étaient également autorisés à se servir de ces éventails afin de purifier les statues situées dans les zones internes des temples, interdites à toutes autres personnes hormis le pharaon.

3/ Premier modèle d’éventail découvert C‟est au Soudan que le premier éventail construit a été retrouvé, lors de fouilles réalisées à Kerma. Celles-ci ont mis à jour des éventails issus de la nécropole de l‟ancien royaume de Koush. Ils dateraient de l‟époque de Kerma l‟Ancien, vers 2300 Ŕ 2100 av JC et sont présents dans de nombreuses tombes. D‟autres encore ont été découverts, âgés de plus de 4000 ans, réalisés en plumes d‟autruche. Aucune indication sur une quelconque utilisation de l‟éventail spécifique au Soudan n‟a été retrouvée durant les recherches réalisées à cet effet.

51. Eventails « écrans » réalisés en sparterie à partir de deux palmes tressées entre elles, représentant l’art traditionnel africain.

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~ 48 ~ 4/ Premières évocations écrites d’éventails La Chine possède le texte le plus ancien dans lequel apparait l‟éventail. En effet, ce sont des poètes chinois qui les citent dans des textes tels que « Tchêou-Li », datant de 1100 av-JC. Les éventails sont décris comme ornant les chars impériaux : « l’impératrice a cinq grands chars. Le premier est le char aux plumes de faisan appareillées. Le second est le char aux plumes de faisans serrées. », quant au cinquième véhicule « il porte un éventail et un dais en plumes »43. Il faut savoir que l‟usage de l‟éventail a toujours été très répandu en Chine. C‟est une partie essentielle de la toilette féminine ainsi qu‟un élément important de l‟étiquette sociale. Il était donc de très bon ton d‟en posséder un. D‟après les écris chinois, l‟éventail brisé 44 ainsi que l‟écran45 y sont apparus aux environs de 2000 av-JC. Ils étaient réalisés en soie, plume, bambou, ivoire etc. Ces modèles étaient très légers et donc faciles à manipuler. Les éventails au long manche étaient appelés « tchang-chen », tandis que les petits écrans étaient désignés par le terme« pien-mien ». Ces derniers étaient plus larges dans leur partie supérieure, tandis que leurs contours étaient proches de ceux d‟un trapèze renversé aux angles arrondis.

52. Riche écran chinois d’après un modèle de la collection du Louvre

53. Ecran chinois contemporain en plumes de cygne fabriqué de façon traditionnelle.

Au regard de cette étude, il semblerait que les premières apparitions de l‟éventail aient été découvertes en Afrique du Sud. Ce pays, se caractérisant entre autres par la chaleur et la sécheresse de son climat, semble être en effet un berceau tout indiqué pour cet objet porteur de fraîcheur. Il n‟est donc pas étonnant de retrouver d‟autres manifestations anciennes de l‟éventail dans des pays aux caractéristiques semblables, comme par exemple l‟Assyrie (découverte de gravures datant de -2000 av JC), l‟Inde (citations d‟éventails dans le Mahâbhârata et le Râmâyana, écris entre le IVe av JC et le IVe siècle) etc. 43

BLONDEL, Spire. Histoire des éventails chez tous les peuples et à toutes les époques. Paris, Librairie Renouard, 1875, 336p. 44 Voir lexique p.176 45 idem

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~ 49 ~ Une fois les premiers prototypes d‟éventail inventés, ce dernier n‟a cessé d‟être modifié selon les besoins et l‟évolution des sociétés qu‟il accompagnait. Les écrans, trop encombrants, ont très vite mutés en des modèles d‟éventails plus pratiques car pliables, à l‟image de l‟éventail de ce mémoire.

B/ Naissance de l’éventail plié 1/ Origine de l’éventail plié

L‟unique certitude que l‟on possède est que l‟éventail plié est apparu pour la première fois en Extrême-Orient au Xe siècle. De nombreuses hypothèses s‟opposent au sujet de la date exacte de son apparition et de son pays d‟origine. Il en existe deux principales : l‟une prétend qu‟il est chinois tandis que l‟autre affirme qu‟il est japonais. Cette discorde repose sur le fait que la première évocation de ce type d‟éventail provienne d‟un manuscrit datant de 960 de nationalité chinoise. Néanmoins, et c‟est là toute l‟ambiguïté, il y est inscrit que l‟éventail plié est une invention étrangère. Il apparaît donc que les chinois sont les premiers à avoir écrit au sujet de ce type d‟éventail, mais que l‟objet en lui-même provenait d‟ailleurs. Fort de cette conclusion, l‟hypothèse que l‟éventail plié soit originaire du Japon est la plus communément admise.

54. Dieu du bonheur japonais tenant un éventail

Il aurait été inventé au Japon durant la période Heian (794 Ŕ 1185 après JC), puis transmis à la Chine par l‟intermédiaire de la Corée. En effet, de nombreux échanges commerciaux, politiques ou religieux s‟y déroulaient à cette époque. La faculté de cet éventail à se plier rendait son transport plus aisé. Une anecdote prétend que ce sont de riches marchands maritimes qui, ne se déplaçant jamais sans leurs geishas, se seraient félicités du gain de place Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 50 ~ acquis par ce judicieux procédé. Ils leur auraient alors permis de les emporter jusqu‟en Chine. Cependant,

il est probable que des moines en aient également apportés lors de leurs

déplacements, ou encore que la Chine l‟ait reçu du Japon comme cadeau diplomatique. Certains prétendent que sa fabrication fut inspirée des ailes d‟une chauve-souris dont il tient d‟ailleurs son nom japonais « sansu46 ». Ce qui est sûr, c‟est que ce stratagème rendit l‟objet plus pratique car moins encombrant, mais également plus élégant. Son apparence de « queue de paon » charma rapidement les sociétés japonaises qui ne s‟en dépareront jamais tout à fait. On retrouve d‟ailleurs cet attribut aux mains du Dieu du Bonheur japonais encore aujourd‟hui. 2/ Le rôle de l’éventail plié au japon

Le « sansu », encore appelé « ôgi » ou éventail plié, permettait d‟afficher la condition et le rang social de son porteur. Les éventails de généraux ne correspondaient en rien à ceux des archers, tout comme les éventails des femmes différaient entièrement de ceux destinés aux hommes. Ils étaient entre autres les attributs des hauts fonctionnaires et le nombre de leurs brins indiquait le rang du propriétaire dans la hiérarchie de la cour. Les éventails étaient utilisés dans les évènements mondains tels que le théâtre (les acteurs du théâtre Nô en possédaient traditionnellement), la cérémonie du thé, les combats de Sumô… aussi bien que dans des situations plus particulières telles que la guerre : les « gunsen47 » étaient utilisés par le chef de l‟armée ( shôgun) pour diriger ses troupes.

55. Femme à l’éventail Utamaro

46 47

56. Exemple de gunsen

« sansu » signifie chauve-souris, mais également éventail. Littéralement « éventail de guerre », ils comportent généralement une monture en acier.

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~ 51 ~ Considéré comme un objet de curiosité au Xe siècle, il provoquait à l‟occasion quelques railleries dues à sa petite taille qui desservait quelque peu l‟impression sociale qu‟il produisait. Cependant, sa popularité a grandi entre le Xe et le XIIIe siècle jusqu‟à atteindre son apogée sous les dynasties Ming (1367 Ŕ 1644) et Qing (1644-1911) en se répandant dans toutes les classes de la société. Un texte du XXe siècle retranscrira d‟ailleurs parfaitement l‟omniprésence de cet accessoire aux mains des orientaux : « les élégants qui n’ont ni cannes ni cravaches agitent leur éventail avec prétention en se donnant des airs suffisants. Les circonvolutions que les jeunes filles font faire aux leurs forment un langage muet mais significatif. Les mères s’en servent pour endormir leurs enfants, les maitres pour frapper les écoliers récalcitrants, les promeneurs pour écarter les moustiques. Les ouvriers qui portent le leur dans le collet de leur tunique s’éventent d’une main et travaillent de l’autre. Les soldats manient l’éventail sous le feu de l’ennemi avec une placidité inconcevable. »48 3/ Fabrication traditionnelle de l’éventail plié japonais

57. Atelier d’éventaillistes au Japon, fin du 19e siècle

Les tous premiers « ôgi », appelés « hi-ôgi », étaient constitués de plaquettes de bois reliées entre elles et étaient utilisés principalement par les hommes. Puis, l‟éventail s‟allégea grâce à l‟utilisation de papier ou de tissu collé sur des lamelles de bois ou d‟ivoire. Dès son apparition, la peinture sur éventail devint un genre pictural à part entière et fit partie de l‟enseignement artistique. Ce support fut utilisé par les plus grands maîtres calligraphes et peintres venus d‟écoles comme Canton et Macao ou bien liés à la cour impériale.

48

De PERTHUIS Françoise, MEYLAN Vincent. EVENTAILS. Paris : Hermé, 1989, 209p. Citation p. 23

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~ 52 ~ La feuille était le premier élément réalisé dans la fabrication d‟un éventail et sa peinture était traitée sans réalisme mais plutôt comme un moyen d‟exprimer des émotions spontanées. On assiste alors à la création d‟une certaine forme de poésie largement inspirée de l‟art chinois, reprenant des formes naturelles ou de belles lettres tout en respectant les lignes courbes de l‟éventail. Traditionnellement, seule la feuille du recto était peinte, le verso présentait de préférence des calligraphies. Les japonais décoraient leur feuille à l‟aide d‟encre, de gouache ou de peinture à l‟huile, importée par les européens. Une fois la feuille peinte, plusieurs groupes d‟artisans spécialisés réalisaient son montage. La feuille était tout d‟abord plissée à l‟aide d‟un moule en papier. Cependant, quelquefois, le plissage était effectué en battant les plis des. Cette étape ne manquait pas de laisser quelques marques sur le papier. Une fois les plis réalisés, l‟ensemble était laissé sous presse afin qu‟ils soient profondément inscrits dans le papier. Les feuilles recto et verso étaient collées ensemble au niveau des futurs contreplis 49, laissant les plis50 indépendants les uns des autres. En parallèle, les brins utiles à la confection de la monture étaient trempés dans un baquet en bois, puis reliés ensemble à l‟aide d‟un rivet 51 appelé « kaname52 ». Une fois le collage des contreplis suffisamment résistant, les brins étaient alors introduits dans l‟espace libre créé au niveau des plis. Les maitre-brins étaient légèrement incurvés en dedans de façon à tenir l‟ensemble correctement serré lorsque l‟éventail était fermé. Compte tenu des avantages que présente l‟éventail plié, comme le gain de place, il s‟est très rapidement exporté. Grâce au commerce maritime il est parvenu jusqu‟en Europe, ce qui explique la présence de l‟éventail de ce mémoire en France.

49

voir lexique p. 176 idem 51 idem 52 Littéralement « œil du crabe » 50

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~ 53 ~ C/ Trajet de l’éventail plié depuis l’Asie jusqu’en France 1/ Introduction de l’éventail plié sur le marché occidental par le biais des portugais Les portugais ont tenté d‟accéder au Japon via la ville de Canton dès le début du XVI e siècle mais un édit impérial Ming leur interdisait d‟en approcher les côtes. C‟est en 1542 qu‟ils y parvinrent enfin car leur cargaison d‟armes à feu devint très utile aux seigneurs du Japon (Daimyo), qui combattaient alors les pirates chinois (Wo-k‟ou). Ce commerce débutant s‟installa très rapidement grâce à la construction en 1555 d‟un grand navire d‟Armaçon 53 portugais destiné à remplacer les jonques chinoises, le Japon ayant restreint son commerce avec ce pays. L‟îlot de Macao, à proximité de Canton, est alors octroyé aux portugais pour faciliter leurs actes de commerce tout en scellant leurs accords privilégiés avec l‟Extrême Orient. Ils ont donc la possibilité de rapporter et de vendre les denrées japonaises, dont les éventails pliés, via le « marché de gros » de Lisbonne. 2/ Développement de l’éventail plié en Italie

58. Eventail drapeau, début du 16e siècle, Venise

Le « marché de gros » de Lisbonne a eu de nombreuses influences sur l‟Italie. Il a, entre autre répandu très efficacement le goût de l‟éventail plié dans le pays. Au XVe siècle, seuls les éventails « écrans » étaient connus en Europe. C‟est grâce au marché de Lisbonne que le luxe des éventails se répand de façon extraordinaire. Au XVIe siècle, on peut en trouver de 3 sortes : Les éventails en plumes réservés aux dames nobles de Milan, Venise, Naples, 59. Eventail drapeau présent sur une partie de « la naissance de la Vierge » de P. Lorenzetti 1342 53

Florence…Les éventails en forme de drapeau (ou éventail-girouette) qui étaient davantage portés par les femmes mariées, et enfin, les éventails plissés qui se portent volontiers à Turin, Naples, Rome et Ferrare. Ces derniers finirent par monopoliser le marché et provoquèrent la chute des deux autres modèles.

Le « Nau Do Trado »

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~ 54 ~ 3/ Catherine de Médicis, prétendue accompagnatrice de l’éventail plié en France

60. Portrait de Catherine de Médicis tenant un éventail « écran » en plume, attribué à François Clouet

C‟est en 1536 que Catherine de Médicis (1519-1589)54, épouse le futur Henri II, devenant Dauphine, Duchesse de Bretagne, et enfin reine de France. Ayant grandi en Italie, elle fut un mécène exceptionnel qui a contribué, en tant que Souveraine Française de la Renaissance, à donner à l‟Art ses lettres de noblesses. Véritable ambassadrice de la créativité et des savoir faire italiens en matière de mode, elle introduisit en France vers le milieu du 16 e siècle, la mode des chaussures à talon, des gants parfumés ainsi que celle de l‟éventail plié. Ce dernier, véritable élément de parure et de badinage, prendra de plus en plus d‟importance dans la tenue des dames. Il était vendu par les parfumeurs italiens qui ont accompagné Catherine de Médicis dans l‟hexagone. L‟importance de cette mode est telle que la France va rapidement se perfectionner dans sa production et exceller dans sa fabrication. C‟est ainsi que le « poème de l’éventail » de M. Gay le soulignera en ces termes : « La France, mon pays chéri, ajoute Vénus, surpassera toutes les nations dans l’art de former cette parure galante ; elle va en armer les beautés de toute l’Europe »55. Par la suite, l‟éventail plié a évolué très rapidement en Europe. Bien que sa forme soit inchangée, son degré d‟ouverture s‟accentua au fil des années, s‟adaptant aux modes vestimentaires successives.

54 55

Voir annexes p. 178 Idem p. 48

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~ 55 ~

61. Illustration de l’évolution du degré d’ouverture de l’éventail dans le temps C‟est donc au terme d‟un long périple, partant de l‟Extrême Orient et passant par le Portugal et l‟Italie, que l‟éventail plié est arrivé à la cour de France par le biais de l‟une de ses plus grandes souveraines. Néanmoins, cette version de l‟arrivée de l‟éventail plié en France n‟est qu‟une hypothèse parmi d‟autres, dont celle qui suppose que les croisés ou les pèlerins ont été les premiers à avoir été en contact avec ces objets bien avant les portugais. Répondant aux nombreux caprices de la mode et reflétant l‟histoire de son pays d‟accueil, l‟éventail évolua de diverses façons jusqu‟à aboutir au modèle présenté dans ce mémoire.

D/ Développement de l’éventail plié en France au XIXe siècle jusqu'en 1865 Au début du XIXe siècle, la France est le seul pays producteur d‟éventails de tout l‟occident, faisant varier ses modèles en fonction de ses commanditaires. Néanmoins, les bouleversements sociaux dus à la révolution française provoquèrent la disparition de certains circuits de production de la mode, dont le déclin de cet objet de parure. Les différents troubles sociaux-politiques qu‟a subit la France tout au long de ce siècle ont considérablement influencé la production de ce marché initialement florissant. Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 56 ~ 1/ 1ere moitié du XIXe siècle : L’éventail depuis Napoléon 1er jusqu’à Louis-Philippe Le consulat puis le premier Empire régis par Napoléon 1 er se sont étendus de 1799 à 1814. Durant ces quinze premières années, l‟éventail a suivi l‟évolution de la mode vestimentaire. Celle-ci était caractérisée par un retour au rustique dans les tenues : en effet, à la suite de la Révolution, la France se remettait mal des troubles qu‟elle avait subis et cette déstabilisation se traduisait par un retour à la simplicité. Les éventails, dépendant de la mode, ont suivis cette tendance : les robes, désormais plus proches du corps, possédaient des poches plus discrètes dans lesquelles il fallait que l‟éventail trouve sa place. C‟est pourquoi cet objet s‟est très sensiblement rapetissé, jusqu'à ne plus dépasser la taille d‟une main. Il s‟appelait alors le « lilliputien » ou encore « l‟imperceptible ». Son but était ornemental, car sa nouvelle morphologie le rendait moins efficace quand il s‟agissait de rafraichir les dames. Sa feuille était plus souvent réalisée en tissu : l‟organza, la soie, le tulle, le satin et la dentelle prédominaient largement sur les feuilles en papier, dont les illustrations étaient désormais de moindre qualité. En effet, depuis la révolution française, les feuilles en papier étaient réalisées à la taille douce56 et non plus peintes à la main. De plus, la prédominance des feuilles en tissu impliquait un déclin des scènes aux iconographies richement décorées. Les broderies, tissus pailletés avec application de taffetas étaient désormais préférés, car ils correspondaient davantage aux nouvelles exigences de rusticité de la mode. Les scènes figurées perdent alors de leur importance et finissent par disparaitre complètement.

62. Eventail lilliputien en soie pailleté d’or présentant quatre fenêtres en tulle. 1815, 19 cm

La Restauration qui s‟installe en 1814 met un frein au développement de l‟éventail plié en France. En effet, le marché chinois de l‟éventail s‟installe et les éventails brisés prennent l‟avantage sur les éventails pliés. Ils sont essentiellement en corne et en ivoire, très faiblement décorés. Les éventails dits « carnet de bal » se développent, sur les brins desquels les dames pouvaient inscrire le nom de leurs partenaires de danse. 56

Procédé de gravure en creux

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~ 57 ~ La monture, sensiblement ajourée, donne naissance à un nouveau type d‟éventail brisé appelé « cathédrale ». Les éventails pliés subsistent alors difficilement et leurs décors sont neutres, en arc-en-ciel ou ombré, sans aucun motif.

63. Eventail brisé « ombré » datant de 1820

64. Eventail plié « arc-en-ciel » datant de 1820

65. Eventail « cathédrale » datant de 1820 Le règne de Louis X (1824-1830) apporte un renouveau à l‟éventail plié, notamment grâce aux parfumeurs tels que Vanier, Duvelleroy et Desrochers. La bourgeoisie cherche à obtenir des éventails anciens ou bien des copies de ces derniers. La mode a des caprices incontrôlés, et on cède à toutes les innovations : les éventails à système se développent (exemples : les acoustiques pour les sourds, armés en cas d‟agression etc). On crée également des éventails aux feuilles neutres, permettant aux dames d‟y peindre les sujets de leur choix. Des magazines comme « Femina » entretiennent ce phénomène en créant des concours des plus belles feuilles peintes par leurs lectrices. Ce renouveau de la mode de l‟éventail plié est également insufflé par la Duchesse de Berry57 qui, en 1830, a acheté le fond d‟éventails anciens du parfumeur Vanier : donnant un bal à thème Louis XV, cette dernière tenait à ce que toutes ses danseuses possèdent un éventail. 57

De son vrai nom : Marie Caroline Ferdinande Louise de Bourbon (1798-1870)

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~ 58 ~ Cet évènement a largement contribué au regain d‟intérêt pour cet objet, l‟éventail acquérant les dimensions qu‟on lui connait désormais en s‟ouvrant à 180°. Il est de nouveau possible de trouver des matériaux de qualité et des objets luxueux, par exemple des éventails faits de nacre et incrustés d‟or. Sous

le

règne

de

Louis

Philippe

(1830-1848),

l‟éventail

se

démocratise.

La

58

chromolithographie prend son envol en 1841, ce qui permet une plus grande production des feuilles d‟éventails. De plus, la classe bourgeoise s‟enrichit considérablement et parmi elle plus personne n‟ignore le langage de l‟éventail. Une rumeur prétend même qu‟à cette époque, une académie s‟est ouverte en Angleterre qui en enseignait les détails aux jeunes dames bien nées. L‟iconographie subit une vogue sentimentale et romantique, les références antiques sont désormais abolies. Les thèmes sont issus de la littérature, des chants et des jeux populaires ainsi que de sujets naturalistes.

66. Eventail représentant l’histoire de Don Quichotte, travail français, 19e siècle

La révolution de 1848 a néanmoins failli provoquer la disparition de l‟éventail, la classe ouvrière, miséreuse, en ayant abolit l‟usage. 2/ L’éventail plié Français de 1850 à 1865, période de réalisation de l’objet de ce mémoire Jusque là dénommé « esventoir » ou encore « esmouchoir », c‟est en 1850 que l‟éventail obtient le nom qu‟on lui connait59. Deux ans plus tard, le Second Empire de Napoléon III (1852-1870) va voir renaître cet objet. Déjà, de grandes entreprises telles que celles d‟Alexandre et Duvelleroy se partagent le marché de l‟éventail de luxe, traitant avec les grands souverains de ce monde. Ces deux maisons rendent à la France sa première place dans l‟ouvrage des éventails, notamment lors de l‟Exposition Universelle (au Crystal Palace de Londres) en 1851. A cette occasion, la France, représentée par ces deux entreprises, remporte de nombreuses récompenses dont des médailles d‟Or. 58 59

Procédé d‟impression en couleur inventé par Godefroy Engelmann en 1837 cité dans « les vies des dames illustres » par Pierre de Bourdeille, dit « Brantôme » (1535-1614).

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~ 59 ~ Le XVIIIe siècle, Age d‟or de l‟éventail français, est pastiché et enrichi davantage encore. A l‟occasion de ces évènements internationaux mondains, les premiers éventails publicitaires et d‟exposition font leur apparition.

67. Eventail commémorant l’Exposition Universelle de Londres en 1851

La Révolution Industrielle a énormément marqué le XIXe siècle, catalysée par les guerres révolutionnaires et napoléoniennes. Ce passage d‟une société agraire à une société industrielle n‟est pas sans conséquences sur les différentes productions, telles que celle de l‟éventail. De nombreuses machines sont ainsi fabriquées et mises en place, remplaçant le travail des ouvriers. Une machine à broder a, par exemple, été présentée à l‟exposition Universelle de 1851, dont le travail concurrençait l‟ouvrage manuel. Son usage a été largement exploité dans la fabrique de feuille d‟éventail dans les années 1860. En 1859, Alphonse Baude améliore une machine capable de réaliser les brins des montures des éventails. Toutes ces évolutions successives ont participé à une banalisation de l‟objet qui devint l‟ouvrage d‟une grande production. Cette hausse de la productivité permit d‟en échelonner les prix, le rendant abordable à toutes les classes de la société. La bourgeoisie et une certaine partie du clergé s‟en emparent alors, ce qui entraîne une profusion de nouveaux décors. Les scènes de la vie quotidienne apparaissent de nouveau et des tissus tels que le velours, le satin et la dentelle interviennent également. A cette même période se développent les premiers grands magasins tels que « Printemps » et « Bon Marché » ou encore « Le Bonheur des Dames » qui démocratisent l‟accessoire de mode et permettent a quiconque de se procurer des éventails. Enfin, la lithographie se banalise, étant largement exploitée dans la production d‟éventails en série. Les montures en os, de moindre coût, accompagnent souvent des feuilles bon marché, comme on peut l‟observer sur l‟éventail qui fait l‟objet de ce mémoire. Maintenant que l‟Histoire des éventails semblables à celui de ce mémoire est connue, il s‟agit de s‟intéresser plus précisément à l‟arrivée de ce dernier dans la collection de Mme Hoguet. Cela révèlera le dernier échelon manquant au parcours de cet objet, depuis ses plus anciennes origines jusqu‟à aujourd‟hui. Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 60 ~ E/ La Famille Hoguet et le musée de l’éventail de Paris C‟est jusqu‟au XVIIe siècle qu‟il faut remonter pour comprendre le parcours professionnel de la famille Hoguet, propriétaire de la collection dont provient l‟éventail de ce mémoire. A cette époque où l‟univers des éventails se développait tout juste en France, les conflits d‟intérêts étaient nombreux entre les différents corps de métiers travaillant la corne, l‟os, la nacre, l‟ivoire etc. Ceux-ci opposaient alors les différentes corporations de merciers, tabletiers et éventaillistes. C‟est en février 1678 que Louis XIV mit fin à ces altercations par un décret qui définit les droits et les tâches de chacun. Dès lors, les tabletiers eurent la prérogative de fabriquer la monture des éventails et les éventaillistes furent chargés de la couvrir d‟une feuille. Enfin, les merciers, parfumeurs et autres marchands assuraient la vente de l‟objet fini. Les éventaillistes créaient donc la feuille, choisissant support et décors à leur convenance. Néanmoins, l‟extrême définition de leur rôle leur interdisait de réaliser des portraits sur ces dernières, ce genre étant réservé aux peintres exclusivement. Un édit parut en 1776 qui réunit les tabletiers et les éventaillistes dans la même corporation, cependant leur tâche devait demeurer bien distincte. Bien que n‟ayant jamais été supprimée, cette convention perdit peu à peu de son sens dans le temps, du fait de la diminution du nombre d‟éventaillistes et tabletiers. Cependant, les premières générations de la famille Hoguet ont respecté cette tradition en s‟installant comme tabletiers, s‟astreignant à ne travailler que les montures et non pas les feuilles des éventails. Seule Mme Anne Hoguet, issue de la dernière génération de la famille, travaille aussi bien les feuilles que la monture des éventails. 1/ La famille Hoguet A. Eventaillistes de père en fils C‟est en 1872 que Joseph Hoguet Duroyaume créa son atelier de montures d‟éventails, la maison Hoguet, à Sainte Geneviève dans l‟Oise. Cette région est désormais connue comme étant le berceau de la tabletterie française de luxe, car elle présentait l‟avantage certain de n‟être loin ni de Paris, ni des ports où arrivaient les matières premières. Il y créait les montures qui allaient être par la suite couvertes de leur feuille, dont le pôle de fabrication se trouvait alors 68. Marius Hoguet

à Paris.

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~ 61 ~ C‟est en effet à la capitale qu‟elles étaient peintes et

installées sur la monture

envoyée de province. Les matériaux utilisés pour réaliser la monture étaient de différentes natures, néanmoins la famille Hoguet s‟est très rapidement spécialisée dans la manufacture de la nacre. Elle était alors façonnée, sculptée, ajourée, gravée puis incrustée d‟or fin. Les parisiens, recevant la monture, devaient y accorder la feuille ainsi qu‟assurer la vente de l‟objet fini. Il est important de noter que la Maison Hoguet créait elle-même ses montures, sans modèle imposé. Cette caractéristique la différencie des nombreux autres éventaillistes dont le travail était réalisé presqu‟uniquement sur commande. Il faut également comprendre que dans cette manufacture, les ouvriers ne cumulaient pas leur activité avec d‟autres, telles qu‟agriculteur par exemple. Cela vient du fait qu‟aucun employé ne travaillait chez lui, à domicile, mais qu‟ils étaient tous réunis dans des ateliers, les empêchant ainsi de diversifier leur activité personnelle. Ils étaient payés à la pièce et la Maison leur fournissait des formations extrêmement poussées, si bien que chacun des employés était spécialisé dans un domaine très précis dans lequel il était particulièrement performant.

En 1927, la tabletterie de la famille Hoguet diversifie ses activités en y ajoutant la réalisation d‟accessoires de mode car la première guerre mondiale a considérablement amoindri les commandes d‟éventails ; cet accessoire a en effet commencé à disparaitre des costumes dès 69. Hervé Hoguet, dans son atelier en 1950.

1920. De ce fait, l‟entreprise s‟orienta dans le domaine de la haute couture, de la bijouterie et de la tabletterie d‟art, fabriquant des boucles de ceinture, des boutons, des bijoux fantaisie etc. Joseph

Hoguet eut un fils, Marius, qui lui succéda dans l‟entreprise familiale en 1899. Sa femme devint doreuse à l‟atelier et ils eurent 3 fils : Hervé, Lionel et Gérard. Le premier devint monteur d‟éventail à son tour, tandis que le second se spécialisa dans la nacre et fabriqua des boutons ; le dernier s‟occupa de la partie administrative de la Maison. Ils furent tous formés par un enseignant des Beaux Arts qui venait, chaque dimanche, à l‟école de dessin de SainteGeneviève former les jeunes artistes durant toute une journée. C‟est Hervé Hoguet qui reprend en 1945 l‟atelier père et fils. Il enrichit considérablement la collection d‟éventails personnels de la famille Hoguet, en s‟en procurant lors de ventes aux enchères à Drouot ou bien à Senlis, dans l‟Oise. Des particuliers, souvent notaires, lui en vendaient également lors de ventes à domicile. L‟éventail qui fait l‟objet de ce mémoire ne possédant aucune étiquette d‟inventaire officiel, il a sûrement été acquis par le biais de ce dernier moyen, comme l‟a confié l‟actuelle propriétaire : Mme Anne Hoguet, l‟une des filles d‟Hervé Hoguet. Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 62 ~ B. Anne Hoguet

70. Mme Anne Hoguet dans son atelier

En 1960, Hervé Hoguet se voit proposer le rachat de la maison Kees, fondée en 1807 et l‟une des plus prestigieuse manufacture d‟éventails parisienne au XIX e. C‟est à cette même époque qu‟Anne Hoguet, fille d‟Hervé Hoguet, entre officiellement dans le métier d‟éventailliste en reprenant le flambeau familial. Elle a alors 14 ans et sait peindre et dessiner. Elle se forme dans la maison Kees, nouvellement rachetée par son père, durant les 6 années suivantes. Elle confectionne, selon les techniques traditionnelles, des éventails pour les opéras, le théâtre, la haute couture (Dior, Gaultier, Lacroix etc.) et le cinéma (confection d‟éventails pour le film « Marie-Antoinette »). De plus, elle restaure des éventails, traitant aussi bien la monture que la feuille, quels que soient les matériaux en présence. En effet, ses connaissances recouvrent le dessin, la dentellerie, la peinture ainsi que, bien sûr, la tabletterie. Son activité est de renommée nationale, voire internationale notamment depuis l‟année 1994 durant laquelle elle a été nommée maître d‟art par le Ministère de la Culture. Traitant entre autre avec la Russie et l‟Espagne, elle expose également ses pièces à l‟étranger.

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~ 63 ~ 2/ Le musée de l’éventail de Paris A. Rachat de la maison Kees par la Famille Hoguet

71. Vitrine de la Maison Ernest Kees

72. Eventail publicitaire montrant l’emplacement de l’actuel Musée et Atelier Hoguet

La maison Kees, créée par Ernest Kees père, auquel se joint Ernest Kees fils, est fondée en 1807. Elle se spécialise tout d‟abord dans la réalisation d‟éventails lithographiés 60, et débute de cette façon son commerce, en plein cœur de Paris. Elle acquiert vite une renommée commerciale qu‟elle met rapidement à profit en s‟installant Boulevard Poissonnière, près des prestigieuses adresses de la mode et des hauts lieux de la vie parisienne que sont l‟Opéra et la place Vendôme. Cette renommée est en partie le fait des multiples succès que connurent les éventaillistes Kees lors des expositions universelles de Paris. La première, en 1878, leur rapporta une médaille d‟argent puis ils remportèrent une médaille d‟or durant les expositions de 1889 et 1900. En 1960 Hervé Hoguet rachète la maison Kees, permettant ainsi la sauvegarde d‟une des plus prestigieuses manufactures d‟éventails parisiennes du XIX e.

L‟atelier Hoguet,

initialement situé dans l‟Oise, se déplace alors en plein cœur de la capitale, à l‟adresse qui demeure aujourd‟hui encore celle du musée de l‟éventail de Paris.

60

Procédé d‟impression, voir p. 29 « la feuille de face : la lithographie peinte ».

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~ 64 ~ B. Présentation du Musée Cet endroit, devenu musée privé en 1993, est le premier à être entièrement consacré à l‟éventail. Il est composé d‟environ mille pièces des XVIIe, XIX et XXe siècles, comprenant entre autre des éventails publicitaires, illustrés ainsi que des pièces dont la feuille est en plumes. La richesse de la collection permet d‟établir un roulement dans l‟exposition des éventails dont la conservation est ainsi assurée au mieux. Des artistes contemporains y exposent de façon périodique et temporaire, présentant des œuvres inspirées directement ou de façon plus abstraite de l‟éventail. Par exemple, l‟artiste dite « MAC » y a exposé en été 2008 des compositions réalisées à partir d‟éléments composant les éventails (monture et feuille), tandis que Anne-Marie Lantéri y a montré ses feuilles de lotus peintes qui évoquent subtilement la forme et l‟esthétique de l‟éventail. De plus, de nombreux stagiaires provenant de différentes écoles dont celle de Condé, y apprennent régulièrement la fabrication et la restauration de ces objets séculaires.

73. Feuille de lotus réalisée par Anne-Marie Lantéri

74. Composition réalisée par MAC

C. Organisation du Musée Ce musée, construit dans un style architectural Haussmannien61, présente les différentes étapes de la réalisation d‟un éventail, réparties dans diverses pièces. La première présente la fabrication de la monture, exposant les différents matériaux utilisés et présentant leur état original : l‟ivoire, l‟os, l‟écaille, le bois, la soie... On peut également y trouver les différents

61

L‟immeuble possède une façade urbaine uniforme, qui s‟intègre parfaitement dans le grand boulevard de Strasbourg (Paris 10e). L‟utilisation répétée d‟éléments de base qui ne diffèrent les uns des autres que par quelques variables en font un exemple parfait de l‟architecture Haussmannienne.

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~ 65 ~ établis et machineries permettant leur manufacture, tels que le touret, des limes etc. Dans cette salle sont exposées des montures joliment manufacturées et vierges de leur feuille afin de nous faire comprendre parfaitement le fonctionnement de ce support.

75. Première salle du musée dédiée au façonnage de la monture

La seconde pièce présente le travail de la feuille, depuis sa découpe à l‟aide de différents gabarits, jusqu'à son plissage en passant par sa décoration. Des ébauches d‟artistes sont exposées ainsi que des feuilles de dentelles en cours de réalisation, des moules à plissés en carte de Lyon etc. Cette salle sert également d‟atelier aux différents stagiaires, ainsi qu‟à Mme Hoguet qui y plisse encore ses feuilles dans le respect de la tradition élaborée par M. Petit62.

76. Seconde salle destinée au travail de la feuille de l’éventail

La troisième et dernière salle accessible au public est la plus impressionnante. Créée en 1893 par l‟éventailliste Lepault Deberghe, elle est d‟un style Henri II parfaitement conservé. Les meubles de rangement sont d‟origines et entièrement réalisés dans du bois de noyer, spécifiquement agencés pour conserver et stocker au mieux une importante quantité d‟éventails. Cette pièce, classée patrimoine National de l‟Unesco, est entièrement dévolue à l‟exposition thématique des plus belles pièces de la collection privée Hoguet. Elle présente des éventails du XVIIe siècle à nos jours, en y incorporant les pièces les plus remarquables tant par leur manufacture que par leur particularité technique propre.

62

Voir p.31 « C- Le plissage »

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~ 66 ~ Nonobstant ces trois salles de visite, l‟étage entier est dévolu à la fabrication, la restauration et l‟exposition d‟éventail. L‟atelier d‟Anne Hoguet se compose d‟une quantité importante de pièces en enfilade renfermant tous les accessoires et matériaux nécessaires à son activité. Chacun des rubans, rivets, dentelles, montures etc. est classé par nature et fonction dans différentes boîtes de stockage, accumulées depuis 4 générations, soit durant tout un siècle de tabletterie.

77. Salle d’exposition du Musée de l’éventails

L‟éventail de ce mémoire a donc été acquis par M. Hervé Hoguet dans des circonstances imprécises. Madame Hoguet pense qu‟il a été obtenu lors de ventes aux enchères dont son père était friand. Néanmoins les moyens d‟acquérir des éventails à cette époque étaient nombreux et cette hypothèse n‟est que l‟une des diverses possibilités d‟achat. Cet éventail a été conservé tel que M. Hoguet en a fait l‟acquisition, dans l‟attente d‟une restauration prochaine. Une fois celle-ci achevée, il réintègrera la collection privée d‟Anne Hoguet au sein du musée et fera quelques apparitions lors des expositions temporaires qui y sont réalisées.

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~ 67 ~ Conclusion

Cette première étude a amélioré la connaissance de l‟éventail de ce mémoire et mis en relief son extrême richesse artistique et historique.

Les différentes étapes nécessaires à sa

fabrication et les nombreux corps de métier qui y participent ont été présentés suivis de l‟analyse détaillée de son iconographie. Ces éléments ont permis de deviner le contexte historique de cette œuvre, se situant manifestement à un carrefour culturel. En effet, réalisée en France mais destinée au marché espagnol, elle a également puisé son inspiration dans plusieurs siècles de pratiques traditionnelles internationales qui ont été réadaptées au besoin de son époque : les années 1860-1865. Une fois l‟identification précise de cet éventail réalisée, il a été possible de retracer le parcours historique de cette œuvre d‟art depuis ses lointains ancêtres jusqu‟à son arrivée au Musée de l‟Eventail de Paris.

Cette analyse historique, technique et artistique approfondie a été essentielle à la bonne compréhension de cet objet d‟art. L‟immersion dans l‟histoire des éventails, et plus particulièrement dans celle de ce mémoire, a permis de mieux réaliser la complexité de cette œuvre et d‟appréhender de façon plus complète les différentes caractéristiques intrinsèques à préserver durant sa restauration. Cette étude a été en effet indissociable de sa restauration car elle a apporté de précieuses indications sur la façon de percevoir cet objet et de lui rendre non seulement tout son sens mais également son intégrité artistique. Cependant, sa dimension technico-mécanique n‟est pas à négliger, car il est essentiel de la prendre en compte dans sa restauration. Or, la multiplicité des matériaux qui le composent oblige d‟incessants compromis dans le choix des interventions à réaliser, comme va le démontrer la partie scientifique qui suit. « Mon corps n’est composé que de longues arêtes, Et je n’eus de tout temps que la peau sur les os, Je brille en compagnie, et sans aucun repos, Dans le fort de l’été, je suis de toutes les fêtes » Alexandre F. Tcherviakov

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~ 68 ~ Analyse des fibres

Partie Technico-Scientifique Tests de l’adhésivité des collages

Détermination de la meilleure méthode de fixation de la feuille de face de cet éventail sur sa monture

Observation de la déformation des échantillons

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~ 69 ~

Introduction L‟étude menée dans cette partie porte sur le recollage de la feuille de face de l‟éventail sur sa monture. En effet, le protocole de restauration de cette œuvre prévoit son démontage complet suivi de son remontage (voir p.137). La question à laquelle doit répondre cette recherche est la suivante : comment optimiser le refixage de la feuille à sa monture en s‟assurant de ne provoquer aucune déformation de cette dernière, ni du bois qui la supporte ? Les différents paramètres permettant d‟améliorer l‟adhésivité des collages seront donc analysés ainsi que la déformation provoquée par l‟application d‟un adhésif sur le papier d‟œuvre et sa monture. Ces recherches seront menées parallèlement l‟une à l‟autre et les résultats seront par la suite confrontés dans un tableau récapitulatif final. Cette étude se déroulera en deux temps.

La première partie présentera le travail préalable à la réalisation des différentes expériences. Elle fixera tout d‟abord les divers objectifs de cette recherche. Puis, le papier de la feuille de face de l‟éventail et le bois constitutif des bouts de la monture seront analysés et identifiés afin que des matériaux similaires puissent être utilisés pour réaliser les tests. La composition des échantillons sera ensuite définie, suivie du protocole d‟expérimentation appliqué lors des expériences. La seconde partie présentera les tests menés, en commençant par l‟observation de la déformation que provoquent les encollages sur les échantillons. Pour chacune des colles testées, différents protocoles de collage seront entrepris en modifiant systématiquement un seul et unique paramètre à la fois. En effet, l‟adhésif en lui-même entraîne un certain nombre d‟effets sur le support papier que les protocoles d‟applications peuvent influencer. Il est donc essentiel de considérer tous les éléments susceptibles de fournir la meilleure réponse à la question posée. Ensuite, le pouvoir adhésif des différentes colles sera étudié et comparé et des tests seront menés qui détermineront quels sont les paramètres qui optimisent au mieux le collage recherché.

Les différents résultats obtenus seront réunis dans une synthèse finale qui permettra enfin de déterminer quel collage (type de colle et protocole confondu) répond le mieux aux exigences imposées par la restauration de cet éventail. Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 70 ~ I/ Travail préalable à la réalisation des tests a) Les objectifs de cette étude La restauration de cet éventail prévoit le décollage complet de la feuille de face afin de pouvoir accéder aux versos des deux feuilles. Après sa restauration, le remontage de cette dernière doit être réalisé en répondant à certains critères. Tout d‟abord, il est essentiel que la feuille soit correctement fixée à la monture. En effet, les bouts de la monture sont les seules zones qui soutiennent les feuilles, ces dernières n‟étant en aucun cas fixées l‟une à l‟autre. De plus, le papier ne doit pas se déformer (gondolements etc.) car cela pourrait engendrer des frottements lors de la manipulation de l‟œuvre, en plus d‟altérer sa lecture et son esthétique. Naturellement, le bout en bois ne doit pas non plus s‟altérer lors de cette opération. Cette étude a donc pour objet de trouver la colle et son protocole d‟application qui permettraient à la feuille d‟être solidement fixée à la monture, sans entraîner la moindre déformation de celle-ci ni du bout qui la supporte. b) Identification des éléments constituant la feuille de face et le bois de l’éventail étudié

1- Le papier constituant la feuille de face Une première observation sous loupe binoculaire a révélé que le papier possède une teinte beige-brun composée de fibres très courtes dont la texture est lisse et sans grain. Aucune vergeur ni aucun pontuseau n‟apparaisse ni sur table lumineuse, ni à l‟œil nu. Une mesure prise à l‟aide d‟un pied à coulisse numérique (dont la 78. Papier d’œuvre (verso du contre-pli n°26, feuille de face)

marge d‟erreur est de 0.01mm) a indiqué que l‟épaisseur de ce matériau est de 0.11mm.

Des fibres qui formaient des dépôts sur les bouts ont ensuite été prélevées lors du démontage de cette feuille. Elles ont été mises en solution dans une petite quantité d‟eau, posées entre une lame et une lamelle. Leur observation au microscope a confirmé que les fibres présentes étaient de très petites dimensions et regroupées en petits amas compacts dont certaines fibrilles se détachent partiellement.

79. Observation sous microscope d’échantillon de la feuille de face X 100

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~ 71 ~ Une goutte du réactif de Herzberg63 a ensuite été ajoutée à cette suspension. Ce réactif colore les fibres différemment selon leur nature, ce qui a permis d‟indiquer que le papier est probablement composé de cellulose pure naturelle, car une teinte marron-rouge64 est apparue au bout d‟une minute. Après être parvenue à isoler une fibre dont l‟état était un 80. Observation d’une fibre X 150, après l’ajout du réactif (à gauche), illustration d’une fibre de lin provenant de l’INTER FOLIA (à droite)

peu moins dégradé que l‟ensemble, il a été possible de constater sa transparence et sa régularité. Quelques nœuds très discrets lui donnent un léger aspect de bambou par endroit, mais sa paroi est globalement uniforme. Cette

description est identique à celle des fibres de lin qui se trouve dans l‟ Inter Folia, p30.

Les observations réalisées pendant ces tests ont démontré que le papier constituant la feuille de face était très probablement composé de cellulose pure naturelle et plus particulièrement de fibres de lin. Ces dernières sont très courtes et traitées de façon à réaliser un papier de 0.11mm d‟épaisseur, sans vergeur ni pontuseau et dont la texture est lisse et sans grain. Le papier utilisé pour réaliser les tests qui suivront devra donc rassembler, autant que possible, ces mêmes caractéristiques.

De plus, durant sa restauration, la feuille de face a été doublée sur un papier japonais Kozo de 15g/m² avec de la colle d‟amidon Zin Shofu (cf. p 139). Ce doublage étant susceptible d‟influencer les résultats des tests, il sera reproduit lors de la réalisation des échantillons.

63

Réalisé à partir d‟une dissolution de chlorure de zinc pur dans de l‟eau distillée auquel on ajoute de l‟iodure de potassium et de l‟iode. Voir annexe 191 (Interfolia p 29). 64 Cf. INTER FOLIA p29

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~ 72 ~ 2- Le bois des bouts

Afin d‟identifier ce bois, un ébéniste a été consulté (M. Pavis-Pluvinage) qui est, de plus, passionné d‟éventails. Il a ainsi reconnu cette essence comme étant très probablement du pommier ou du poirier (bois très régulièrement utilisé à cette fin à l‟époque de cet éventail). M. Serge Davoudian (antiquaire spécialisé dans la vente d‟éventails), M. Sylvain LeGuen (passionné d‟éventails, créateur et restaurateur d‟éventails) et Mme Anne Hoguet (Directrice du Musée de l‟éventail et propriétaire de l‟objet) ont tous confirmé cette hypothèse. Les recherches personnelles qui ont été menées en parallèle ont également corroboré ces informations. En effet, l‟étude publiée par le Fan Circle International 65 sur les différents bois utilisés dans la réalisation des éventails dit ceci : « Beaucoup des éventails bon marché du 19 ème siècle avaient une monture en poirier dont la couleur est plutôt terne, et beige. Or le poirier est fin et dense, il se creuse bien, peut être poli pour une bonne finition et se teinte aisément. […]la plupart des éventails imprimés étaient montés sur des bâtons en poirier mat. » ( p. 2)

La photographie jointe à ce paragraphe confirme définitivement cette hypothèse :

81. A gauche : photographie du bois de poirier de la publication du FCI. A droite : photographie d’un des bouts de la monture de l’éventail de ce mémoire

65

Association de passionnés d‟éventails qui a publié « THE IDENTIFICATION OF WOOD IN FANS, L‟IDENTIFICATION DU BOIS DANS LES EVENTAILS » © Helen AKITT FCI 2008 Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 73 ~ c) La composition des échantillons

82. Exemplaire des trois séries de tailles étudiées avant leur collage de g. à droite : 1cm², 5 cm² puis 10 cm² Les échantillons ont pour but de reproduire le plus fidèlement possible les conditions du refixage de la feuille de face de l‟éventail sur sa monture. Ils sont donc constitués d‟une planche en bois sur laquelle est collé un papier vélin doublé. Les analyses précédentes ont révélé que le bois constituant les bouts de l‟éventail est du poirier et que la feuille de face est en papier vélin composé de cellulose pure, mesurant 0.11mm d‟épaisseur.

1- Le papier sélectionné

Le papier utilisé est un papier vélin de 65g/m², composé de cellulose pure et de 0.11 mm d‟épaisseur (mesuré au pied à coulisse numérique d‟une précision de 0.01mm66). Sa texture est lisse et sans grain, composée de fibres très courtes (observées sous loupe 83. Mesure au pied à coulisse numérique du papier d’échantillon

binoculaire). Ce papier possède donc toutes les caractéristiques de celui de la feuille de face de cet éventail.

Les échantillons seront carrés car cette forme géométrique permet d‟observer plus facilement les déformations de surface qu‟une forme

abstraite et est de plus relativement simple à réaliser. Leurs tailles ont été arbitrairement fixées à 1 cm², 5cm² et 10 cm² afin de déterminer l‟incidence de la surface d‟encollage sur les éléments étudiés (déformation et fixation). De plus, plus la surface à encoller est petite et moins il y a de risque d‟une mauvaise répartition de l‟adhésif (quantités appliquées très différentes, hétérogénéité de son étalement etc.). Néanmoins, afin d‟avoir une vision plus juste des effets de ces encollages et de s‟assurer de la cohérence des résultats obtenus, il est utile de réaliser ces tests sur trois tailles d‟échantillons différentes. 66

Voir annexe p 191

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~ 74 ~ Pour des raisons de temps et de moyens, il a été jugé inutile de doubler tous les papiers d‟échantillon avec de l‟amidon de blé Zin Shofu et un papier japonais de 15g/m². Seul un échantillon témoin sera doublé pour chaque test ; ses résultats seront ensuite comparés à ceux des autres échantillons non doublés. Les variations observées seront étendues à l‟ensemble des tests réalisés et tempèreront leurs résultats.

2- Le bois sélectionné

Des planches de bois de poirier de 12 cm² sont utilisées comme support de collage. Il est très complexe et particulièrement couteux d‟acquérir du bois de poirier massif, les différents ébénistes consultés n‟en utilisant plus qu‟en bois de placage. Il a donc fallu utiliser des carrés de 0.5mm d‟épaisseur, ce qui est deux fois plus fin que les bouts réels de l‟éventail étudié. Néanmoins, cette finesse permet une meilleure appréciation des déformations subies par le bois après l‟encollage car elle en amplifie les effets.

3- La nature des colles testées

Il existe une quantité très importante de colles de différentes natures qui peuvent être utilisées solubilisées dans divers solvants et dans de multiples concentrations. Face à cette étendue de possibilités, le choix a été fait de se référer aux articles67 traitant du remontage des feuilles d‟éventails en papier sur leur monture, et de ne tester que les colles qui ont été citées dans ce but. Elles sont regroupées dans le tableau suivant : Nombres d’articles Types de Colles

les faisant apparaître

AMIDON DE BLE ZIN SHOFU

8

KLUCEL G (10% DANS ETHANOL)

4

Gélatine

2

Gélatine + Amidon

1

84. Tableau récapitulatif du nombre d’apparition des colles dans les différents articles de restauration d’éventails 67

Voir bibliographie p. 201 et Annexes p. 198

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~ 75 ~ Les articles traitant de ce sujet spécifique sont rares et d‟époques très différentes (de 1984 à 200568). Les méthodes de restauration évoluant vite, il convient d‟étudier ces trois types de colles présélectionnées afin de s‟assurer qu‟elles correspondent toujours aux critères imposés dans l‟exercice de la restauration/conservation d‟œuvre d‟art : la stabilité chimique, la neutralité, la réversibilité etc.

-

L’amidon de blé Zin Shofu Cette colle apparaît dans la totalité des articles étudiés et ce n‟est pas sans raison : utilisée traditionnellement, son efficacité, son innocuité et sa réversibilité ont été prouvées. Elle est principalement composée de deux polymères naturels (l‟amylose et l‟amylopectine)

85. Amidon de blé Zin Shofu

et la colle appelée « Zin Shofu » est de plus fabriquée selon un procédé qui en retire le gluten. Cette étape participe à améliorer la

finesse de cet adhésif. Ce produit est connu entre autres pour son grand pouvoir d‟adhérence qui est un critère essentiel à cette étude. Néanmoins, il est important de noter qu‟il provoque parfois des déformations du support papier sur lequel il est appliqué69. Il faudra essayer d‟atténuer cette caractéristique en variant les protocoles de collage. Malgré cela, cette colle réunit les conditions nécessaires à son utilisation dans le cadre de la restauration d‟Arts Graphiques.

-

L’hydroxypropylcellulose (Klucel G)

La Klucel G est une colle cellulosique fabriquée à partir de cellulose alcaline, très largement utilisée dans la restauration des œuvres d‟Arts. Elle est chimiquement stable, neutre et très réversible dans différents solvants dont l‟éthanol. Cette dernière caractéristique la rend particulièrement intéressante dans le cadre de cette étude car l‟absence d‟apport d‟humidité préserve le papier de toute déformation.

86. Klucel G

Néanmoins, son pouvoir adhésif est souvent controversé bien que l‟Inter Folia précise que « Les tests de résistances mécaniques, de blancheur et de réversibilité ont donné de très bons résultats » (p199). Cette dernière propriété est donc à surveiller tout particulièrement dans le cadre de cette étude.

68 69

Voir tableau dans l‟annexe p. 198 Cf. Inter Folia p. 194

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~ 76 ~ -

Gélatine

La gélatine, obtenue par purification de la colle protéinique animale, a été souvent utilisée dans les procédés traditionnels de fabrication du papier. Bien que son pouvoir adhésif soit reconnu au moment de son application, elle possède de très nombreux inconvénients : elle est sensible aux micro-organismes, elle s‟acidifie dans le temps et entraîne un jaunissement du support papier, son pouvoir adhésif diminue également et elle n‟est que très peu réversible 70. Tous ces éléments en font une colle inadaptée aux procédés de restaurations d‟arts graphiques, c‟est pourquoi elle a été exclue de l‟étude menée ici. Il est par ailleurs important de noter que les deux articles en faisant mention datent respectivement de 1984 et 1987 71, dates auxquelles les propriétés mentionnées plus haut étaient probablement inconnues.

A ces différentes colles sélectionnées (une colle naturelle, une colle synthétique cellulosique), j‟ai voulu ajouter l‟étude d‟une colle acrylique dont l‟utilisation est de plus en plus courante dans le milieu de la restauration d‟Arts Graphiques: l‟Evacon-R.

-

Evacon-R

L‟-R est une émulsion de copolymères d‟éthylènevinylacétate. Son pH neutre(7.5), sa réversibilité, sa solubilité dans l‟eau et son très important pouvoir adhésif en font un produit de plus en plus répandu dans le milieu de la restauration d‟Arts graphiques. 87.Evacon-R Les colles qui seront analysées lors de cette partie scientifique sont donc l‟amidon de blé Zin Shofu, l‟hydroxypropylcellulose (Klucel G) et l‟Evacon-R. Leur concentration sera stable et inspirée des indications trouvées dans les différents articles référents.

70

Cf. Inter Folia p 196 Paper conservator Ŕ vol 8. 1984 The conservation of Fans Ŕ Pauline Weber p 46-47 et PREPRINTS OF PAPER Ŕ the american institute for conservation of historic and artistic works. An interspeciality approach to the conservation of multimedia objects : the conservation of a collection of fans. 1987 71

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~ 77 ~ d) Protocole d’expérimentation

Afin d‟obtenir les résultats les plus fiables et pouvoir les comparer, il est indispensable que le protocole de réalisation des échantillons soit rigoureusement prédéfini pour chaque test effectué. En effet, les résultats obtenus seront très influencés par de nombreux paramètres, tels que :

-

les quantités de colle appliquées,

-

l‟homogénéité de leur répartition,

-

leur séchage (sous poids ou à l‟air libre), etc.

Il s‟agit donc de mettre en place un protocole semblable pour chaque étude, s‟adaptant à la recherche menée et ne faisant varier qu‟un seul de ces paramètres à la fois, sans quoi les résultats obtenus seront inexploitables. Parmi tous les paramètres qui sont susceptibles d‟influencer les résultats de cette étude, les variables étudiées seront : -

La nature des colles utilisées

-

la présence ou l‟absence de pression subie lors du séchage

-

la taille des échantillons

-

la présence ou l‟absence d‟un doublage au papier japonais 15g/m² collé à l‟amidon de blé Zin Shofu

Bien d‟autres facteurs pourraient entrer en compte qui auraient des influences sur le collage et la déformation de ces assemblages, néanmoins il est essentiel de rester dans le cadre de l‟étude rapportée à l‟éventail : il est par exemple inenvisageable de faire intervenir de la chaleur (spatule chauffante) sur un objet composé de papier, de bois et de peau, bien que cela puisse en modifier les déformations. Il est également difficile d‟imaginer de faire varier le poids appliqué lors du séchage, alors que cette pression sera exercée sur les fines extrémités d‟un éventail. Pour toutes ces raisons, ces éléments ont été fixés à des valeurs stables et seront les mêmes pour chaque expérience menée.

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~ 78 ~ Afin de respecter les différents critères de répétitivité, reproductibilité et précision des expériences menées ici, chaque test sera reproduit plusieurs fois (entre 5 et 10 fois), afin de contrôler la cohérence des résultats obtenus, d‟évaluer l‟écart existant entre chaque résultat et d‟en tirer la valeur moyenne la plus juste possible. Il est important de noter que pour éviter d‟être influencée en faveur de l‟une ou l‟autre colle, les noms des adhésifs ne seront pas inscrits sur les échantillons durant les expériences, mais désignés par une lettre et reportés dans un carnet.

Il faut également noter que tous ces tests et échantillons ont été réalisés dans les mêmes conditions d‟hygrométrie : la salle et les éléments de la presse étaient identiques, etc. et les matériaux ont été testés et utilisés « secs », sans humidification préalable. Afin de s‟assurer que les effets des différents encollages seront les plus visibles possible, la quantité de colle72 appliquée sur chaque échantillon est très importante :

-

Pour les échantillons de 1cm² : 0.03g de colle. Le pinceau encollé est pesé avant et après l‟encollage de l‟échantillon pour s‟assurer que la quantité de colle présente sur le papier est précisément celle qui est annoncée.

-

Pour les échantillons de 5cm² : 0.30g de colle. L‟échantillon est pesé avant et après son encollage de façon à s‟assurer que la quantité de colle qu‟il supporte est précisément celle qui est prévue par le protocole.

-

Pour les échantillons de 10cm² : 2.00g (même procédé).

88. Pesée d’un échantillon avant et après son encollage Contrôler la régularité de la répartition de l‟adhésif sur l‟échantillon est malaisé. L‟objectif étant de couvrir la totalité de la surface de façon homogène, le nombre de passages du pinceau sur le papier et leurs directions seront systématiquement identiques.

72

Balance ProScale XC dont la précision est de 0.01g.

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~ 79 ~ II/ Réalisation des tests et résultats A- La déformation des supports 1- Introduction

Il est important de rappeler que le but de ces recherches est de sélectionner le procédé d‟encollage qui ne provoquera aucune déformation de la feuille et du support en bois de l‟éventail de ce mémoire. L‟étude se déroulera de la façon suivante : Après avoir présenté le protocole d‟observation, chaque colle sera étudiée séparément. Les déformations qu‟elles provoqueront sur le papier et sur le bois seront reportées dans des tableaux indépendants. Ces derniers feront apparaître les résultats obtenus avec le séchage à l‟air libre et avec le séchage sous un poids de 6kg pendant une semaine73. Ensuite, une série de tests sera effectuée en utilisant le papier doublé avec de l‟amidon de blé Zin Shofu et du papier japonais de 15g/m². Les différents résultats obtenus seront comparés dans des tableaux présentant pour chaque colle les déformations du papier et celles du bois séparément.

Enfin, une synthèse générale reprendra les résultats obtenus dans des tableaux récapitulatifs permettant de comparer les différentes colles entre elles. Grâce à cela, il sera possible de déterminer les diverses conditions favorisant un collage « idéal », et si l‟un des encollages expérimentés (nature de colle et type de séchage compris) permet de n‟avoir aucune déformation de l‟ensemble des matériaux testés.

73

Valeurs fixées arbitrairement. Les échantillons seront placés immédiatement sous ce poids après leur encollage.

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~ 80 ~ 2- Protocole d‟observation

Afin d‟étudier les influences de l‟encollage sur la déformation du papier et de son support, des photographies des échantillons seront prises en lumière rasante. Dans une pièce placée dans le noir, l‟échantillon est déposé sur une surface plane. A une distance de 15 cm, une lampe torche l‟illumine. Une photographie sera prise depuis le dessus du montage qui permet d‟observer la déformation du papier plus aisément. Elle sera complétée par une photographie prise de face qui permet de mieux rendre compte de la déformation du support.

Appareil photo

Échantillon

Source lumineuse : lampe torche

89. Schéma de la prise de photographie

Ce procédé permet de mettre en évidence les reliefs apparus. Ne possédant ni n‟ayant accès aux instruments permettant d‟évaluer ces variations de façon précise ou numérique, une échelle arbitraire et sensible (à l‟œil nu) est fixée qui évalue le degré de déformation de chaque échantillon : -

Invisible à l‟œil nu : 0

-

Très légère mais décelable à l‟œil nu : +

-

Déformé : ++

-

Très déformé : +++

-

Alarmant : ++++

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~ 81 ~ 3- Résultats des expériences a) Observations réalisées suite à l’ encollage à la Klucel G diluée à 10% dans l’éthanol

Klucel G diluée à 10% dans l’éthanol ECHANTILLON

Echantillon de 1 cm²

Echantillon de 5 cm²

Echantillon de 10 cm²

DEFORMATION OBSERVEE DU SUPPORT PAPIER Séchage Séchage à l‟air sous poids libre de 6kg 1 0 0 2 0 0 3 0 0 4 0 0 5 0 0 6 0 0 1 0 + 2 0 + 3 0 + 4 0 + 5 0 + 6 0 + 1 0 ++ 2 0 ++

Klucel G diluée à 10% dans l’éthanol ECHANTILLON

Echantillon de 1 cm²

Echantillon de 5 cm²

Echantillon de 10 cm²

DEFORMATION OBSERVEE DU SUPPORT BOIS Séchage Séchage à l‟air sous poids libre de 6kg 1 + 0 2 + 0 3 + 0 4 + 0 5 + 0 6 + 0 1 + + 2 + + 3 + + 4 + + 5 + + 6 + + 1 ++ + 2 ++ +

90. A gauche : observation des déformations du papier, à droite : observation des déformations du bois

Vue de face

Vue de profil

Sans Poids

Avec Poids

91. Témoins visuels des résultats obtenus

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~ 82 ~ Observations des déformations provoquées par la Klucel G diluée à 10% dans l’éthanol

Après l‟application de la colle, le temps nécessaire au papier pour se fixer au bois est très important : les échantillons ont tendance à se décoller sous le simple passage du plioir lors de leur application. Support papier : Il est intéressant de noter que, lorsqu‟il est laissé sécher à l‟air libre, cette colle ne provoque aucune déformation du papier quelle que soit la taille de l‟échantillon. Lorsque le séchage s‟effectue sous poids, les déformations n‟apparaissent que sur les échantillons de 5 et 10 cm. Plus l‟échantillon présente une surface d‟encollage importante et plus les déformations s‟amplifient.

Support Bois : Le bois de poirier est sensible à cette colle : des déformations sont présentes sur chaque échantillon, en dehors des échantillons de 1cm² laissés sécher sous poids. Synthèse : Dans le cadre de l‟étude réalisée, cette colle ne peut être utilisée que si le séchage se réalise sous poids. Dans tous les autres cas, le papier ou le bois subira des déformations visibles à l‟œil nu, ce qui est inenvisageable dans un traitement de restauration.

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~ 83 ~ b) Observations réalisée suite à l’encollage à l’amidon de blé épais

Amidon de blé

ECHANTILLON

Echantillon de 1 cm²

Echantillon de 5 cm²

Echantillon de 10 cm²

1 2 3 4 5 6 1 2 3 4 5 6 1 2

DEFORMATION OBSERVEE DU SUPPORT PAPIER Séchage Séchage à sous l‟air libre poids de 6kg 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 ++ 0 ++ 0 ++ 0 ++ 0 ++ 0 ++ 0 ++ 0 ++

DEFORMATION OBSERVEE DU SUPPORT BOIS Séchage Séchage à sous ECHANTILLON l‟air libre poids de 6kg 1 0 0 2 0 0 0 0 Echantillon de 1 3 cm² 4 0 0 5 0 0 6 0 0 1 +++ ++ +++ ++ Echantillon de 5 2 3 +++ ++ cm² 4 +++ ++ 5 +++ ++ 6 +++ ++ + + Echantillon de 10 1 cm² 2 + + Amidon de blé

92. A gauche : observation des déformations du papier, à droite : observation des déformations du bois

Vue de face

Vue de profil

Sans Poids

Avec Poids

93. Témoins visuels des résultats obtenus Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 84 ~ Observations des déformations provoquées par l’amidon de blé épais

Cette colle présente un important confort de travail car l‟adhésivité assez lente laisse le temps de positionner correctement le papier après son encollage. Support papier : Les déformations du papier sont invisibles à l‟œil nu lorsque l‟échantillon est laissé sécher à l‟air libre. Les échantillons de petites tailles sont épargnés dans leur intégralité, néanmoins le papier se gondole dès que l‟échantillon est de 5 ou 10 cm² et qu‟il est laissé sécher sous poids.

Support Bois : Le bois ne subit aucune déformation visible à l‟œil nu lorsque les échantillons sont de petites tailles, qu‟ils soient séchés sous poids ou à l‟air libre. En revanche, des déformations apparaissent immédiatement sur les échantillons de plus grande superficie, quel que soit leur mode de séchage.

Synthèse : Cette colle présente des caractéristiques très intéressantes car elle ne semble provoquer aucune déformation ni du bois, ni du papier, sur les échantillons de 1cm². Elle ne nécessite aucune mise sous poids lors de son séchage, ce qui est très avantageux dans le cadre de la restauration d‟un éventail.

Cependant ce collage semble inadapté aux grandes surfaces dans le cadre de ces expériences : le papier ou le bois se gondole rapidement et de façon très visible.

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~ 85 ~

c) Observations réalisées des encollages faits à l’Evacon-R

Amidon de blé

ECHANTILLON

Echantillon de 1 cm²

Echantillon de 5 cm²

Echantillon de 10 cm²

1 2 3 4 5 6 1 2 3 4 5 6 1 2

DEFORMATION OBSERVEE DU SUPPORT PAPIER Séchage Séchage à sous l‟air libre poids de 6kg 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 ++ 0 ++ 0 ++ 0 ++ 0 ++ 0 ++ ++ +++ ++ +++

DEFORMATION OBSERVEE DU SUPPORT BOIS Séchage Séchage à sous ECHANTILLON l‟air libre poids de 6kg 1 0 0 2 0 0 0 0 Echantillon de 1 3 cm² 4 0 0 5 0 0 6 0 0 1 +++ ++ +++ ++ Echantillon de 5 2 3 +++ ++ cm² 4 +++ ++ 5 +++ ++ 6 +++ ++ +++ Echantillon de 10 1 ++++ cm² 2 ++++ +++ Amidon de blé

94. A gauche : observation des déformations du papier, à droite : observation des déformations du bois

Vue de face

Vue de profil

Sans Poids

Avec Poids

95. Témoins visuels des résultats obtenus Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 86 ~

Observations des déformations provoquées par l’Evacon-R

Cette colle a une prise lente ce qui permet de déplacer les différentes pièces durant quelques secondes avant leur fixation définitive. Ce confort de travail est souhaitable dans le cadre de la restauration de l‟éventail analysé.

Support papier : Qu‟il soit suivi d‟un séchage sous poids ou à l‟air libre, l‟encollage réalisé sur les échantillons de papier de 1cm² ne semble entraîner aucune déformation de ces derniers visibles à l‟œil nu. Le constat est cependant fait que plus la surface encollée est importante, plus les déformations occasionnées sur le papier le seront également. Cependant, elles sont plus précoces lorsque le séchage se réalise sous poids car elles apparaissent déjà sur les échantillons de 5cm². A contrario, lorsque le séchage est fait à l‟air libre, elles ne sont présentes que sur les échantillons de 10cm². Il est intéressant de noter que les déformations apparues sont les plus importantes de toutes celles observées jusqu‟à maintenant.

Support Bois : Là encore, lorsque les échantillons sont de petites tailles (1cm²), aucune déformation n‟est visible à l‟œil nu quel que soit le mode de séchage adopté. Cependant, dès que la surface est plus importante, de très alarmantes déformations apparaissent qui vont parfois jusqu‟à fendre le bois. Le séchage sous poids ne contient que très légèrement ces déformations.

Synthèse : Cet encollage semble adapté aux échantillons de petites dimensions car il n‟entraîne aucune déformation ni de leur papier, ni de leur bois. Cependant, il provoque des déformations très spectaculaires sur les échantillons de plus grandes surfaces, allant jusqu‟à fendre le bois ou bien le faire s‟enrouler sur lui-même. Cette colle présente donc des répercussions très inquiétantes sur le bois de poirier lorsque la surface encollée dépasse le centimètre.

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~ 87 ~ 4- Expérience menée sur des échantillons doublés de papier japonais et comparaison des résultats obtenus

La feuille de l‟éventail étudié dans ce mémoire sera doublée avec un papier japonais de 15g/m² et une colle d‟amidon épaisse au cours de sa restauration. Il est essentiel de prendre en compte cette particularité car elle peut influencer la réaction de ces matériaux lors de l‟encollage. Cette série de tests a pour but d‟observer les déformations occasionnées par les différents doublages expérimentés sur le papier d‟œuvre doublé. Grace à cela, il sera possible de savoir si le doublage du papier d‟œuvre influencera les déformations occasionnées par son encollage et si tel est le cas, dans quelle mesure. Il sera également possible de déterminer quel est le type d‟encollage qui ne provoque aucune déformation sur le papier ni sur le bois d‟œuvre.

Afin de réaliser cette série de tests, les échantillons ont été doublés suivant la même méthode que celle utilisée pour la feuille d‟éventail de ce mémoire et avec les mêmes matériaux 74. Pour des raisons matérielles et pratiques, les échantillons de 10cm² n‟ont pu être reproduits. Cependant, les échantillons réalisés ici offrent des résultats d‟une lisibilité suffisante pour qu‟ils puissent être exploités et étendus à l‟ensemble des expériences réalisées.

74

Voir Partie Restauration, p. 136

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~ 88 ~ a)Comparaison des résultats obtenus avec l’encollage à la Klucel G diluée à 10% dans l’éthanol

 Déformation du papier

Klucel G diluée à 10% dans l’éthanol

Déformations observées du SUPPORT PAPIER Séchage à l’air libre Séchage sous poids Papier Papier non Papier Papier non doublé doublé doublé doublé

Echantillon de 1 cm²

0

0

0

0

Echantillon de 5 cm²

+

0

0

+

96. Comparaison des résultats obtenus après l’encollage à la Klucel G sur les échantillons doublés et non doublés. -

La présence du doublage ne semble pas influencer les résultats obtenus sur les échantillons de petites dimensions (1cm²). Dans chacune des situations étudiées, ils ne semblent pas avoir subis de déformations de surface visibles à l‟œil nu.

-

Le doublage a considérablement modifié les résultats obtenus sur les échantillons de plus grande taille. Dans le cas du séchage à l‟air libre, il semble que les déformations de surface apparaissent sur les échantillons doublés mais pas sur les échantillons non doublés. Cette situation s‟inverse dans le cas du séchage sous poids où les échantillons doublés ne subissent pas de déformation de surface visible à l‟œil nu tandis que les échantillons non doublés gondolent légèrement.

97. Séchage à l’air libre : à gauche, les échantillons non doublés, à droite, les échantillons doublés.

98. Séchage sous poids : à gauche, les échantillons non doublés, à droite : les échantillons doublés.

Synthèse des observations : Dans le cadre de l‟éventail étudié, dont la feuille de papier est doublée et la surface de collage (le bout de la monture) est inférieure à 1cm², cette colle peut être utilisée avec ou sans un séchage sous poids. Le papier d‟œuvre ne présentera aucune déformation de surface visible à l‟œil nu. Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 89 ~  Déformation du bois des bouts

Klucel G diluée à 10% dans l’éthanol

Déformations observée du SUPPORT BOIS Séchage à l’air libre Séchage sous poids Papier Papier non Papier Papier non doublé doublé doublé doublé

Echantillon de 1 cm²

0

+

0

0

Echantillon de 5 cm²

+

+

0

+

99. Comparaison des résultats obtenus après l’encollage à la Klucel G sur les échantillons doublés et non doublés. -

Le bois de poirier est très sensible à cet encollage et le demeure quel que soit l‟état du papier d‟œuvre (doublé ou non). Néanmoins, dans le cas des échantillons de 1cm², le bois ne présente aucune déformation de surface visible à l‟œil nu si le séchage s‟opère sous poids. Si le séchage se fait à l‟air libre, alors la présence du doublage semble favoriser les déformations de surface : elles apparaissent sur les échantillons de 1cm² doublés tandis qu‟elles étaient inexistantes sur les échantillons de même dimension non-doublés.

-

Toutes les expériences menées sur les échantillons de 5cm² ont abouti au même constat : le bois se déforme de façon sensible. Une exception est pourtant remarquable : le papier d‟œuvre doublé puis mis à sécher sous poids ne présente aucune déformation de surface visible à l‟œil nu.

Synthèse des observations : Concernant le bois d‟œuvre, il semble que la présence d‟un doublage amoindrisse les effets de la déformation de surface du bois. En effet, le papier doublé ne présente qu‟un unique « + », tandis que les papiers non doublés en décomptent trois. De la même façon, le doublage sous poids atténue également les déformations de surface de façon générale : un unique « + » est présent lorsque le séchage se fait sous poids, tandis que trois sont présents dans le cas d‟un séchage à l‟air libre. Concernant le cas de l‟éventail étudié en particulier, (le papier d‟œuvre est doublé et il sera encollé sur une surface inférieure à 1cm²), les expériences menées jusqu‟ici indiquent qu‟aucune déformation de surface du bois n‟est à craindre et que cette colle peut donc être utilisée durant cette intervention, si son adhésivité est satisfaisante.

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~ 90 ~ b ) Comparaison des résultats obtenus avec l’encollage à l’amidon de blé épais

 Déformation du papier

Amidon de blé épais

Déformations observées du SUPPORT PAPIER Séchage à l’air libre Séchage sous poids Papier Papier non Papier Papier non doublé doublé doublé doublé

Echantillon de 1 cm²

0

0

0

0

Echantillon de 5 cm²

0

0

0

++

100. Comparaison des résultats obtenus après l’encollage à l’Amidon de blé épais sur les échantillons doublés et non doublés.

-

Le papier d‟œuvre, qu‟il soit doublé ou non, ne parait pas très sensible à l‟encollage à l‟amidon de blé épais. En effet, ce papier ne présente de déformation de sa surface que dans une situation : lorsque le papier n‟est pas doublé, que sa surface d‟encollage est de 5cm² et qu‟il est laissé sécher sous poids.

101. Séchage à l’air libre : à gauche, les échantillons non doublés, à droite, les échantillons doublés.

102. Séchage sous poids : à gauche, les échantillons non doublés, à droite : les échantillons doublés.

Synthèse des observations : Cette colle semble adaptée à la situation de l‟éventail à restaurer : il apparait en effet qu‟elle ne provoque aucune déformation de surface visible à l‟œil nu sur les échantillons doublés de 1cm². De plus, elle ne requiert aucune mise sous poids lors du séchage, action qui a plutôt tendance à favoriser les déformations de surfaces (cas du papier non doublé de 5cm²).

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~ 91 ~ 

Amidon de blé épais

Déformation du bois des bouts Déformations observées du SUPPORT BOIS Séchage à l’air libre Séchage sous poids Papier Papier non Papier Papier non doublé doublé doublé doublé

Echantillon de 1 cm²

0

0

0

0

Echantillon de 5 cm²

+

+++

+

++

103. Comparaison des résultats obtenus après l’encollage à l’Amidon de blé épais sur les échantillons doublés et non doublés. -

Les échantillons de 1cm² ne présentent aucune déformation de surface visible à l‟œil nu, quel que soit leur mode de séchage et qu‟ils soient doublés ou non.

-

Les échantillons de 5cm² sont tous déformés visiblement, néanmoins la présence d‟un doublage semble atténuer cet effet tout comme le séchage sous poids.

Synthèse des observations : Dans le cas de l‟œuvre de ce mémoire, cette colle semble ne provoquer aucune déformation visible du bois de l‟œuvre, ni de son papier. La présence d‟un doublage semble n‟influencer en rien les déformations subies par les échantillons de 1cm² et atténuerait plutôt les déformations du papier et du bois d‟œuvre sur les échantillons de 5cm². De plus, cet encollage ne nécessite pas de laisser sécher l‟œuvre sous poids, ce qui représente un très grand avantage dans la restauration d‟un éventail.

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~ 92 ~ c) Comparaison des résultats obtenus avec l’encollage à l’Evacon-R

 Déformation du papier

Evacon-R

Déformations observées du SUPPORT PAPIER Séchage à l’air libre Séchage sous poids Papier Papier non Papier Papier non doublé doublé doublé doublé

Echantillon de 1 cm²

0

0

0

0

Echantillon de 5 cm²

+

0

0

++

104. Comparaison des résultats obtenus après l’encollage à l’-R sur les échantillons doublés et non doublés. -

Aucun échantillon de 1cm² n‟est déformé par cette colle.

-

La présence du doublage affecte particulièrement les échantillons de 5cm². Leur sensibilité à l‟encollage est accrue lorsque le séchage est à l‟air libre et atténuée lorsque le séchage se fait sous poids. Cependant, les déformations observées sur les échantillons doublés et laissés à l‟air libre sont moins importantes que celles constatées sur les échantillons non doublés et laissés sécher sous poids.

105. Séchage à l’air libre : à gauche, les échantillons non doublés, à droite, les échantillons doublés.

106. Séchage sous poids : à gauche, les échantillons non doublés, à droite : les échantillons doublés.

Synthèse des observations : S‟agissant du papier d‟œuvre, les échantillons de petites tailles semblent ne pas être sensibles aux déformations de surface. Cette colle est donc adaptée au cas de l‟éventail à restaurer. Dans le cas d‟échantillons de plus grande taille, si le papier à fixer au bois est doublé de papier japonais, il est préférable de le laisser sécher sous poids. A l‟inverse, si le document n‟est pas doublé, alors un séchage à l‟air libre semble préférable.

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~ 93 ~  Déformations du bois des bouts

EVACON-R

Déformations observées du SUPPORT BOIS Séchage à l’air libre Séchage sous poids Papier Papier non Papier Papier non doublé doublé doublé doublé

Echantillon de 1 cm²

0

0

0

0

Echantillon de 5 cm²

+

+++

+

++

107. Comparaison des résultats obtenus après l’encollage à l’-R sur les échantillons doublés et non doublés. -

Le bois supportant les échantillons de 1cm² ne semble pas avoir subi de déformation de sa surface, quelle que soit l‟expérience mise en place.

-

Les échantillons de 5cm² se sont tous déformés sous l‟influence de l‟encollage et leurs gondolements sont particulièrement importants sur les échantillons non doublés.

Synthèse des observations réalisées Cette colle provoque de très importantes déformations de surface du bois de poirier sur les échantillons de moyenne surface. Cependant, elle semble ne pas modifier visiblement l‟aspect de surface du bois et du papier des échantillons de 1cm². Cet encollage est donc envisageable dans le cas de la restauration de l‟éventail de ce mémoire.

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~ 94 ~ 5 - Synthèse des observations réalisées au cours de ces expériences Cette étude a permis de mettre en relief plusieurs éléments essentiels à l‟encollage le mieux adapté à la restauration de l‟éventail étudié :

-

Les échantillons de 1cm² de surface ne subissent que très peu de déformations de leur surface visible à l‟œil nu. Quel que soit le type de colle utilisée, le procédé de séchage ou encore l‟état du papier (doublé ou non), ni le bois ni le papier testé ne présente de gondolement de leur surface décelable à l‟œil nu (cf. le tableau ci-dessous). Cette information est particulièrement encourageante car les bouts en bois de l‟éventail concerné sont très étroits et la surface de papier qui sera à leur contact sera minime. Peu de déformations sont donc à craindre durant l‟opération de recollage de la feuille de face sur sa monture, quel que soit le type d‟encollage sélectionné.

Déformations observées des échantillons de 1cm² Klucel G diluée à 10% dans l’éthanol Amidon de blé épais

Séchage à l’air libre Papier Papier non doublé doublé

Séchage sous poids Papier Papier non doublé doublé

BOIS

0

+

0

0

PAPIER

0

0

0

0

Hormis dans un seul et unique cas, aucune déformation de la surface de ces

BOIS

0

0

0

0

différents éléments

PAPIER

0

0

0

0

n’est décelable à

BOIS

0

0

0

0

PAPIER

0

0

0

0

l’œil nu. Evacon-R

108. Comparaison des résultats obtenus sur les échantillons de 1cm².

-

Le doublage des papiers semble amoindrir les déformations de surface subies par le bois, quel que soient la nature de la colle, la taille de l‟échantillon ou son type de séchage. L‟équivalent concernant les déformations subies par le papier d‟œuvre est vrai concernant l‟amidon de blé, mais faux pour la Klucel G et l‟Evacon-R.

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~ 95 ~ -

Plus la surface d‟encollage est importante, plus les déformations de surface sont amplifiées. Que ce soit le papier d‟œuvre ou bien le bois de poirier, ce constat est commun à tous les types d‟encollage et de séchage testés. Les échantillons de 5 cm² présentent systématiquement plus de déformations que ceux de 1cm², et ceux de 10 cm² sont bien plus déformés que ceux de 5cm² (cf. le tableau ci-dessous présentant les déformations de surface observées sur les échantillons de 5cm²). De cette observation, il est aisé de conclure que pour minimiser les risques de déformations, la surface encollée doit être la plus petite possible. Cette information est essentielle dans le cadre de la restauration de l‟éventail de ce mémoire. Déformation observée des Echantillons de 5cm² Klucel G diluée à 10% dans l’éthanol Amidon de blé épais

Evacon-R

BOIS

Séchage à l’air libre Papier Papier non doublé doublé + +

Séchage sous poids Papier Papier non doublé doublé 0 +

PAPIER

+

0

0

+

BOIS

+

+++

+

++

PAPIER

0

0

0

++

BOIS

+

+++

+

++

PAPIER

+

0

0

++

109. Comparaison des résultats obtenus sur les échantillons de 5cm².

-

Le séchage sous poids permet de réduire les déformations de surface subies par les papiers doublés et leur bois de support. En effet, quelles que soient la colle testée et la surface de l‟échantillon encollé, les différentes expériences menées ont démontré que le séchage sous poids amoindrissait les déformations observées ou, plus rarement, ne modifiait pas le résultat obtenu (cas de l‟amidon de blé). En aucun cas, le séchage sous poids n‟a amplifié les déformations observées sur les papiers doublés. La feuille d‟éventail étudiée dans ce mémoire ayant été doublée, cette observation s‟avère particulièrement utile dans la poursuite de sa restauration.

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~ 96 ~ -

Concernant les papiers doublés (identiques à celui de l‟éventail étudié), l‟amidon de blé épais est la colle qui provoque le moins de déformations de leurs surfaces visibles à l‟œil nu. En effet, quels que soient le type de séchage entrepris ou la taille de l‟échantillon observé, cet encollage semble n‟avoir provoqué aucun gondolement du papier doublé, contrairement aux deux autres colles testées qui ont provoqué des déformations des échantillons de 5cm².

-

Aucune des colles testées n‟assure la sauvegarde totale de la planéité du support en bois des échantillons. Dès que l‟échantillon est de 5cm², alors chaque colle a provoqué (dans des circonstances différentes) des déformations de ce dernier. Néanmoins, la Klucel G diluée à 10% dans l‟éthanol est la colle qui semble le mieux sauvegarder la planéité du bois de poirier lors des tests effectués. Il est également intéressant de noter que, d‟une façon générale, la présence d‟un doublage atténue sensiblement les déformations subies par le support en bois.

|Conclusion| Cette première étude des déformations engendrées par les différents encollages s‟est avérée particulièrement riche d‟enseignements. Elle a permis de mettre en relief différents points utiles à la poursuite de la restauration de cet éventail, sans pour autant éliminer définitivement aucune des trois colles testées. En effet, les échantillons de 1cm² réalisés avec du papier doublé ont tous très bien répondu aux exigences de cette première étape car aucun n‟a présenté de déformation de surface visible à l‟œil nu. Cependant, il semble que la Klucel G diluée à 10% dans l‟éthanol évite le mieux les déformations du bois de poirier tandis que l‟amidon de blé épargne tout particulièrement le support papier. L‟Evacon-R, quant à elle, provoque d‟importantes déformations dès que les échantillons sont de 5 cm² et plus.

Cependant, la solution recherchée doit non seulement ne provoquer aucune déformation de la surface des matériaux mais également permettre une adhésivité résistant aux forces de traction. C‟est pourquoi l‟étude du pouvoir adhésif de ces différents encollages permettra d‟affiner leur sélection.

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~ 97 ~ B- L’adhésivité des collages

I/ Présentation générale

a) Introduction Cette étude a pour objectif de déterminer lequel des trois collages testés possède la meilleure adhésivité. Il est important de rappeler que, s‟agissant d‟une feuille d‟éventail à recoller sur sa monture, il faut que celle-ci soit très résistante au phénomène de traction (provoqué entre autres par le pliage et dépliage de l‟œuvre).

Dans un premier temps, les différents paramètres optimisant les collages seront recherchés. Pour cela, chaque colle sera étudiée indépendamment sur les échantillons de papier non doublés de papier japonais. Ces premières études rendront compte de l‟influence des différents séchages et de la taille de la surface encollée sur le pouvoir adhésif de chaque colle. Ces résultats seront complétés par une deuxième série de tests menés sur les échantillons de papiers doublés. Les moyennes des valeurs obtenues seront reportées dans des tableaux comparatifs permettant de mettre en relief l‟influence du doublage du papier d‟œuvre sur le pouvoir adhésif des encollages. Les différents paramètres optimisant l‟adhésivité des encollages de chaque type d‟adhésif testé seront ainsi mis en lumière, apportant autant d‟informations essentielles à la restauration de l‟éventail à restaurer.

Ensuite, une étude comparative des pouvoirs adhésifs des colles entre elles sera menée, reprenant les résultats obtenus dans la première étude. Elle permettra de déterminer la colle la mieux adaptée à l‟intervention que subira l‟éventail par la suite.

Enfin, une synthèse des différentes observations sera réalisée débouchant sur la sélection de l‟encollage le mieux adapté à la restauration de l‟éventail étudié.

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~ 98 ~ b) Protocole de mesure Le montage se compose d‟un dynamomètre75 d‟une précision de 0.01kg fixé à l‟aide d‟une pince à la partie repliée de l‟échantillon collé. Une force est appliquée dont la direction est perpendiculaire à l‟axe de l‟échantillon et dont le sens va vers le haut. Durant l‟application de cette force, le bois de l‟échantillon est maintenu manuellement sur une surface plane. Ce protocole commun à chaque prise de mesure veille à respecter les principes de reproductibilité et de répétitivité.

Dynamomètre 0.00

Force appliquée

Point d‟attache du dynamomètre Echantillon

110. Photographie du montage (à gauche) puis son schéma explicatif (à droite)

Le dynamomètre permet d‟évaluer la force nécessaire à l‟arrachage complet des échantillons de papier fixés sur le bois. Une simple conversion de kilogramme en Newton permet de déduire la force appliquée lors de l‟expérience (1kg = 9,81N). La valeur notée lors de ces tests est la force maximale atteinte par cet instrument lors du décollage du papier. Bien que les forces de traction que subira la feuille de l‟éventail seront essentiellement latérales, il a été décidé de soumettre les échantillons à une force de traction perpendiculaire à leur plan, pour des raisons pratiques. Cette différence de direction de la traction ne devrait pas modifier significativement le classement des encollages les plus résistants à ces forces.

75

La fiche technique de ce produit se trouve en annexes p. 191

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~ 99 ~ 2- Détermination des différents paramètres optimisant l’adhésivité du collage Les valeurs présentées dans les tableaux ci-dessous sont les moyennes des résultats obtenus lors des différents tests menés. Le détail de chaque valeur trouvée lors des tests est présenté en annexes, p. 199

A) Détermination de la colle au pouvoir adhésif le plus important Moyennes des forces exercées à l’arrachage (en N) Klucel G diluée à 10% dans l’éthanol Echantillon de 1cm² Echantillon de 5cm²

Séchage à l‟AIR LIBRE

Séchage sous POIDS

Papier non doublé

Papier doublé

Papier non doublé

1.56

0.11

2.03

0.48

4.31

3.25

11.8

3.45

Papier doublé

(e): papier épidermé Moyennes des Forces exercées à l’arrachage (en N)

AMIDON DE BLE Echantillon de 1cm² Echantillon de 5cm²

Séchage à l‟AIR LIBRE Papier Papier non doublé doublé

Séchage sous POIDS Papier Papier non doublé doublé

>5.69(e)

>5.33(D)

>7.82(e)

>5.80(D)

>9.31 (e)

>8.04(e)

>11.83(D)

>12.9(D)

Moyenne des forces exercées à l’arrachage (en N) EVACON-R

Echantillon de 1cm² Echantillon de 5cm²

(d): destruction du papier testé

Séchage à l‟AIR LIBRE

(D) : Destruction de l’ensemble de l’échantillon >X : La force nécessaire au décollage des échantillons est supérieure à la valeur indiquée

Séchage sous POIDS

Papier doublé

Papier non doublé

Papier doublé

Papier non doublé

>3.9(e)

>6.05(e)

>9.31 (D)

>6.73(e)

>15 (D)

>7.61(e)

>12.7(D)

>7.64(e)

111. Moyennes des forces exercées à l’arrachage (en N) pour chaque colle testée. Il est vite apparu que la Klucel G avait un pouvoir adhésif nettement inférieur aux deux autres colles testées. En effet, quelques échantillons n‟ont même jamais adhérés à leur support durant le séchage à l‟air libre.

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~ 100 ~ En parallèle, il a été impossible de déterminer avec certitude quelle force était nécessaire au décollage des échantillons testés avec l‟Amidon de blé ou l‟Evacon-R car le papier ou le bois se détruisait avant de parvenir à décoller ces assemblages. Les valeurs exposées ici sont donc celles qui correspondent à la destruction de tout ou partie de l‟échantillon. La force nécessaire à leur décollage est par conséquent supérieure à celle indiquée dans ce tableau mais sa valeur exacte reste inconnue. Les résultats de cette première étude indiquent que l‟Amidon de blé et l‟Evacon-R sont les colles au pouvoir adhésif les plus importants et bien suffisants pour l‟usage prévu par la restauration de l‟éventail. B) Etude de l’influence du séchage à l’air libre et du séchage sous poids. Taille des échantillons

1 cm²

5 cm²

10 cm²

Type de colle

Séchage à l‟air libre

Séchage sous poids

Klucel G

0.11

0.48

Amidon de blé

>5.33(D)

>5.80(D)

Evacon-R

>6.05(e)

>6.73(e)

Klucel G

3.25

3.45

Amidon de blé

>8.04(e)

>12.9(e)

Evacon-R

>7.61(e)

>7.64(e)

Klucel G

5.15

7.23

Amidon de blé

>20.55(D)

>23.68(D)

Evacon-R

>16.38 (e)

> 23.61(e)

112. Moyennes des forces nécessaires au décollage des échantillons (en N), en fonction des différents types de séchages

(d): destruction du papier testé

(e): papier épidermé (D) : Destruction de l’ensemble de l’échantillon >X : La force nécessaire au décollage des échantillons est supérieure à la valeur indiquée

Cette première étude permet de mettre en évidence que le séchage sous poids optimise l‟adhésivité des collages. En effet, quelle que soit la nature de la colle testée ou la taille de l‟échantillon, la force nécessaire au décollage (ou à l‟arrachage) des papiers est plus importante lorsque le séchage s‟est effectué sous poids. Il est intéressant de noter que sur les plus petits échantillons (1cm²), les variations relevées sont minimes : elles sont de l‟ordre du dixième de Newton. L‟influence du séchage n‟est donc pas très importante sur ces derniers. Parallèlement, plus la taille de l‟échantillon augmente et plus le séchage sous poids entraîne des variations importantes : il renforce considérablement l‟adhésivité des échantillons de 5cm² et plus encore celles des échantillons de 10cm². Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 101 ~ C) Influence de la taille de la surface encollée sur l’adhésivité du collage.

Type de colle

Type du séchage

1cm²

5cm²

10cm²

Air libre

0.11

3.25

5.15

Sous poids

0.48

3.45

7.23

Air libre

>5.33(D)

>8.04(e)

>20.55(D)

Sous poids

>5.80(D)

>12.9(e)

>23.68(D)

Air libre

>6.05(e)

>7.61(e)

>16.38(e)

Sous poids

>4.73(e)

>7.64(e)

>23.61(e)

Klucel G

Amidon de blé

Evacon-R

(d): destruction du papier testé (e): papier épidermé (D) : Destruction de l’ensemble de l’échantillon >X : La force nécessaire au décollage des échantillons est supérieure à la valeur indiquée

113. Moyennes des forces nécessaires au décollage des échantillons (en N), en fonction des dimensions des surfaces encollées

Cette seconde étude met en évidence que plus la surface encollée est importante, meilleure sera l‟adhésivité du collage. En effet, les échantillons qui nécessitent le plus de force afin d‟être décollés sont les échantillons de 10cm², quels que soient la nature de la colle testée et le type de séchage entrepris.

Il est intéressant de noter que les écarts de valeurs obtenus entre les échantillons de 1cm² et ceux de 10cm² sont les plus importants lorsque la colle utilisée est l‟amidon de blé. En effet, la force à exercer sur les échantillons de 10cm² est supérieure de plus de 15N à celle nécessaire pour décoller les échantillons de 1cm². A l‟opposé, la Klucel G ne présente que des variations de valeurs inférieures à 7N, tandis que l‟Evacon-R présente des résultats très différents selon que l‟échantillon a été séché à l‟air libre ou sous poids.

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~ 102 ~ D) Influence du doublage sur l’adhésivité de l’encollage

Klucel G Diluée à 10% Dans l’éthanol

Tailles des échantillons

Type de séchage

Papier doublés

Papiers non doublés

Echantillon de 1cm²

Air libre

1.56

0.11

Sous poids

2.03

0.48

Air libre

4.31

3.25

(d): destruction du papier testé

Sous poids

11.08

3.45

(e): papier épidermé

Air libre

>5.69(e)

>5.33(D)

Sous poids

>7.82(e)

>5.80(D)

Air libre

>9.31(e)

>8.04(e)

(D) : Destruction de l’ensemble de l’échantillon

Sous poids

>11.83(D)

>12.9(D)

Air libre

>7.09(e)

>6.05(e)

Sous poids

>9.31(D)

>6.73(e)

Air libre

>15(D)

>7.61(e)

Sous poids

>12.7(D)

>7.64(e)

Echantillon de 5cm² Echantillon de 1cm²

Amidon de blé Echantillon de 5cm² Echantillon de 1cm² Evacon-R Echantillon de 5cm²

>X : La force nécessaire au décollage des échantillons est supérieure à la valeur indiquée

114. Comparaison des moyennes des forces nécessaires au décollage des échantillons doublés et non doublés (en N). Les expériences menées sur les échantillons doublés permettent d‟observer différents points. Tout d‟abord, il apparait que les échantillons doublés nécessitent une force supérieure à leurs homologues non doublés pour aboutir à un résultat (décollage ou dégradation des matériaux), quelle que soit la nature de la colle utilisée. Le doublage renforce donc l‟adhésivité des collages. Ensuite, il semblerait que la présence d‟un doublage ne modifie pas les observations déjà constatées précédemment : la mise sous poids durant le séchage améliore la résistance de l‟assemblage ; plus la surface encollée est importante, plus l‟échantillon requiert de force pour être décollé ou dégradé. Enfin, concernant l‟amidon de blé, il semblerait que le doublage du papier minimise la dégradation de ce dernier lors du décollage : les échantillons doublés subissent davantage de légers épidermages, plutôt que de se déchirer. En revanche, les tests réalisés sur l‟Evacon-R indiquent que la présence d‟un doublage augmente le degré de dégradation subi par l‟échantillon : plutôt que de s‟épidermer, ce dernier aura davantage tendance à se déchirer lors du décollage. Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 103 ~ 3- Synthèse Cette seconde étude permet de compléter les informations apportées par la première indiquant les conditions à respecter pour obtenir le meilleur encollage possible. En effet, comme les résultats l‟ont démontré, il semblerait que pour obtenir la meilleure adhésivité possible, il faut que la surface à encoller soit la plus grande possible et que le séchage se fasse sous poids . De plus, la présence d‟un doublage semble optimiser le pouvoir adhésif des collages testés, tout en protégeant davantage les matériaux des éventuelles dégradations qu‟ils pourraient subir lors de l‟utilisation de l‟éventail. Cette étude a également permis de confirmer que la Klucel G diluée à 10% dans l‟éthanol présente le pouvoir adhésif le plus faible. L‟amidon de blé ainsi que l‟Evacon-R, à l‟inverse, possèdent un excellent pouvoir adhésif qu‟il a d‟ailleurs été impossible d‟évaluer précisément ici : les échantillons se détruisaient avant de pouvoir parvenir à les décoller. Cette seconde étude propose donc l‟Evacon-R et l‟Amidon de blé épais comme colles au plus important pouvoir adhésif, en plus de renseigner sur le protocole le plus apte à créer une adhésivité très résistante aux forces de tractions.

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~ 104 ~ C- Mise en commun des résultats obtenus et détermination du meilleur encollage De ces différentes expériences menées ici, il est possible de retenir trois observations générales majeures applicables à la situation présente (type de matériaux, état hygrométrique des lieux d‟expériences et des matériaux, etc.) :

-

Le séchage sous poids des échantillons permet non seulement de minimiser les déformations subies par les matériaux mais également de renforcer le pouvoir adhésif de l‟assemblage réalisé ;

-

La présence d‟un doublage sur le papier d‟œuvre semble également optimiser le pouvoir adhésif des encollages tout en restreignant les déformations qu‟ils provoquent et en protégeant les matériaux d‟éventuelles dégradations ;

-

La surface d‟encollage a une très grande influence sur l‟état final de l‟échantillon : plus elle est grande et plus il sera difficile de décoller l‟assemblage. Cependant, plus elle est petite et moins les déformations subies par les matériaux seront importantes.

Ces différentes observations mettent en relief que des compromis s‟imposent dans le choix du collage le mieux adapté au cas de l‟éventail. En effet, bien que la mise sous poids soit apparemment conseillée, elle est pourtant à éviter dans la restauration d‟éventails. Dans le cas d‟œuvre composite en volume déjà affaiblie, cette opération s‟avère particulièrement délicate. Il faut donc l‟éviter au maximum. De plus, les surfaces d‟encollage correspondent aux bouts de la monture et sont donc très étroites et peu longues. Il s‟agit alors de sélectionner la colle dont l‟adhésivité est très résistante même sur les échantillons les plus petits (1cm²) laissés sécher à l‟air libre. Il ne faut pas oublier que la feuille d‟éventail à refixer à sa monture a été doublée lors de sa restauration, ce qui représente un grand avantage pour son remontage final. Bien que l‟ensemble des expériences menées sur les différents échantillons aient apporté des indications très importantes, le choix de l‟encollage se portera tout particulièrement sur les tests réalisés sur les échantillons de petites tailles (1cm²) doublés de papier japonais de 15g/m² et laissés sécher à l‟air libre.

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~ 105 ~

Echantillons de 1cm², doublés, laissés sécher à l’air libre. Klucel G diluée à 10% dans l’éthanol

déformation

Adhésivité

Papier

bois

0

0

1.56N

Amidon de blé épais

0

0

5.69N(e)

Evacon-R

0

0

3.95N(e)

115. Tableau récapitulatif des différents résultats obtenus sur les échantillons de 1cm² au papier doublé et laissé sécher à l’air libre Comme le montre le tableau ci-dessus, la Klucel G diluée à 10% dans l‟éthanol, l‟amidon de blé et l‟Evacon-R ont répondu aux exigences de non-déformation des échantillons de 1cm² dont le papier était doublé. Aucune n‟a nécessité de mise sous poids lors du séchage afin de garantir la planéité de l‟ensemble des matériaux. Néanmoins, la Klucel G a présenté un pouvoir adhésif beaucoup plus faible que celui des deux autres adhésifs, certains échantillons n‟ayant pas adhéré du tout à leur support en bois. Cette colle présente des risques de décollage trop importants et n‟est, de ce fait, pas adaptée au refixage de la feuille sur sa monture. L‟amidon de blé et l‟Evacon-R présentent tous deux un très grand pouvoir adhésif quel que soit l‟état de l‟échantillon (doublé ou non) ou le type de séchage entrepris.. Ce dernier est tel qu‟il permettra de diminuer encore la taille de la surface d‟encollage sans pour autant mettre en péril la fixation de la feuille sur sa monture. Ces deux adhésifs sont donc adaptés à l‟intervention prévue pour la restauration de l‟éventail de ce mémoire. Le choix final se portera par conséquent sur d‟autres éléments que les deux propriétés étudiées lors de cette partie scientifique. L‟Evacon-R est une colle acrylique très récente, tandis que l‟amidon de blé est une colle naturelle végétale utilisée de façon traditionnelle depuis des décennies dans le domaine de la restauration d‟arts graphiques. Son innocuité, sa stabilité dans le temps ainsi que sa très grande réversibilité ont sans cesse été prouvés et en font une colle parfaitement adaptée à cette discipline. De plus, l‟amidon de blé présente un très grand confort de travail, ce qui n‟est pas négligeable dans la restauration d‟œuvres d‟art en général, mais moins encore dans l‟intervention sur des objets en volume tels que les éventails.

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~ 106 ~ Conclusion Cette étude a déterminé les différents paramètres optimisant la refixation de la feuille de l‟éventail à sa monture. Elle a également mis en relief les différents points forts et points faibles des adhésifs testés, imposant certains compromis dans les choix de la restauration à mener. Il est apparu que l‟Evacon-R et l‟amidon de blé répondent chacun correctement aux exigences qu‟impose l‟œuvre étudiée. A l‟inverse, la Klucel G diluée à 10% dans de l‟éthanol a un pouvoir d‟adhésivité jugé insuffisant pour l‟emploi qui lui était destiné. Le choix s‟est donc effectué sur des critères différents de ceux approfondis dans cette partie scientifique : l‟amidon de blé a été sélectionné au détriment de l‟Evacon-R que sa récence dessert. En effet, cette première, utilisée traditionnellement depuis des années,

a des effets connus et

parfaitement adaptés au cas de l‟éventail de ce mémoire. Bien que cette étude ait apporté tous les renseignements recherchés, il est important d‟en reconnaître les limites. Effectivement, il est illusoire de prétendre avoir retrouvé des matériaux en tous points identiques à ceux de l‟œuvre. Ces derniers datant de la deuxième moitié du XIXe siècle, leur vieillissement a pu entraîner des dégradations qu‟il n‟a pas été possible de déceler, quantifier ou bien reproduire. De plus, le papier d‟œuvre supporte une lithographie colorée qui n‟a pas été reconstituée sur les papiers testés car il était impossible de la reproduire fidèlement. D‟autre part, l‟effet de ces techniques graphiques a été jugé négligeable sur les résultats des expériences menées. Enfin, cette étude pourrait être éventuellement complétée par l‟analyse des nombreux autres adhésifs existants tels que les adhésifs naturels à base de poisson ou encore les résines. « L’art et la science n’ont jamais cessé d’entretenir d’étranges et bénéfiques complicités » Jean Dorst .

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~ 107 ~

Verso de l’éventail en cours de restauration

Retrait des adhésifs

Restauration de l’éventail Remontage de la feuille de face

Retouche chromatique de la feuille de face

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~ 108 ~

Introduction Cet éventail a été choisi comme objet de mémoire car il présente de nombreuses particularités qui rendent sa restauration très intéressante. Tout d‟abord, son volume et la fragilité de ses composants nécessitent de prendre un certain nombre de précautions durant les interventions qu‟il supporte, comme la fabrication d‟un support de maintien. Ensuite, la diversité des matériaux qui constituent sa structure (os, papier, peau, bois…) et son illustration (gouache, dorure, aquarelle …) réagissent de façon très différentes et parfois opposées aux traitements de restauration faisant intervenir, par exemple, des solvants. Ces éléments contraignent donc à trouver d‟incessants compromis dans le choix des techniques et des matériaux utilisés pour la restauration de cette œuvre, et à s‟ouvrir sur d‟autres domaines de la restauration d‟Art tel que celui des objets archéologiques par exemple. De plus, son état de dégradation très avancé m‟assurait d‟être confrontée à un très large panel de restaurations à réaliser, intervenant sur chacun des éléments qui composent cette œuvre. Enfin, il est important de rappeler que la propriétaire de l‟objet désirait une restauration illusionniste qui permette également de manipuler l‟objet lors d‟exposition ponctuelle. Il a donc fallu préserver les propriétés mécaniques de l‟objet qui permettent son ouverture et sa fermeture, tout en axant la restauration sur des considérations esthétiques. L‟étude et la restauration de cet objet me permettaient donc non seulement de mettre en pratique les connaissances acquises lors de mes études et de mes stages professionnels, mais également de compléter cet apprentissage en me confrontant à des matériaux que je ne connaissais pas jusqu‟alors. Considérant la complexité de la restauration à entreprendre, il a été essentiel d‟intégrer cette démarche dans une étude aussi complète que possible de cette œuvre. L‟étude historique et artistique réalisée dans un premier temps a permis de mieux connaitre le parcours et le sens de cet objet d‟art, son futur lieu de stockage ainsi que l‟histoire de la collection qu‟il réintégrera par la suite. La recherche technico-scientifique a quant à elle apporté de précieuses indications sur les comportements de deux de ces principaux composants :le papier et le bois. Cette dernière a également déterminé la méthode qui serait la mieux adaptée au refixage de la feuille de face de cet éventail sur sa monture, tout en en détaillant les paramètres capables d‟optimiser ce collage. C‟est donc naturellement que cette restauration s‟inscrit comme étant la dernière partie de ce mémoire. Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 109 ~ Afin de réaliser la restauration la plus instruite possible, la première partie de cette étude complète la compréhension de cet éventail grâce à son analyse. Celle-ci présente dans un premier temps la description détaillée de chacun de ses composants et leur état de dégradation. Les causes probables de ces détériorations ont ensuite été référencées dans le diagnostic, permettant d‟éviter leur reproduction et propagation ainsi que d‟améliorer les conditions de conservation préventive de l‟objet. Puis, des tests ont été menés afin d‟identifier certains éléments (adhésifs etc.) présents sur l‟éventail et connaître les réactions de ces matériaux constitutifs à différents solvants. Une proposition de traitement a pu être élaborée à la lumière de ces informations qui s‟adapte au mieux aux conditions et besoins de cette œuvre. Une fois ce travail préliminaire effectué, la restauration a pu être réalisée et détaillée point par point dans la seconde et dernière partie de ce mémoire.

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~ 110 ~

1ère partie : Analyse et Compréhension de l’œuvre A/ FICHE DESCRIPTIVE DE L EVENTAIL Nature :

éventail plié à double feuille et dont l‟ouverture est dite « plein vol »

Epoque :

1860-1865

Origine :

Eventail Français

Dimensions : Hauteur totale H

: 270 mm dont

Gorge

: 180 mm

Largueur fermé

: 28 mm

Feuille : 90mm E H

Envergure E

: 510 mm

116. Schéma de l’éventail

Iconographie : Recto : illustration d‟une scène de la vie quotidienne dans un parc Verso : illustration d‟un paysage lacustre

Les feuilles

Elles sont plissées et comptent 16 plis ainsi que 15 contre-plis dont un manquant. Leur dimension est de 90 mm de hauteur. La feuille et la contre feuille sont réunies en leur sommet par le Sinet76, qui est ici un ruban de papier.

La feuille de face Elle est en papier machine de type vélin datant du 19 e siècle. Son épaisseur est

Nature : de 0,10mm77.

76

Voir lexique p. 176 Cette mesure a été prise au pied à coulisse numérique dont la marge d‟erreur est de 0.10 mm. Pour des raisons pratiques et matérielles, il n‟a pas été possible de réaliser de mesure plus précise. 77

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~ 111 ~ Technique graphique :

C‟est une lithographie rehaussée de gouache et d‟aquarelle78

ainsi que de peinture dorées et argentées. Il est possible que des feuilles d‟argent ou de bronze doré y aient été appliquées, néanmoins il n‟est possible désormais d‟en discerné que quelques particules sur les arabesques.. Les dépôts argentés qui s‟y trouvent peuvent également être des rajouts antérieurs, réalisés lors des réparations de l‟éventail. De ponctuelles brillances de la surface de la feuille pourraient venir d‟une application de blanc d‟œuf, utilisé comme vernis, ou bien d‟un médium en fiel de bœuf79.

117. Illustration de la feuille de face

Illustration :

Cette feuille présente une scène dans un parc, réunissant dix-sept

personnages dont onze femmes et six hommes. Une analyse de ce décor est réalisée dans la partie Historique de ce mémoire80.

La feuille de dos

Nature :

Elle est en peau de chevreau très finement travaillée, appelée « peau de

cygne81 » par les éventaillistes. Elle est doublée sur un papier machine du 19 e siècle très fin par l„intermédiaire d„une colle de farine82. L‟épaisseur de cette double couche est de 0,10mm.

78

Observation visuelle confirmée par de nombreuses sources historiques traitant des éventails de cette époque Cette préparation des couleurs étaient très courante à cette période. Information recueillie auprès de Mr. Michel Maignan, héritier de la maison Duvelleroy. 80 Voir p.33 81 Le traitement de la peau provenant de cygne a été exploité principalement en Italie, durant le 18 e siècle, mais a été rapidement interdit. Néanmoins le terme subsiste pour qualifier les peaux les plus minces. 82 Information communiquée par Mme Hoguet, maître d‟art spécialiste des éventails 79

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~ 112 ~ Technique graphique :

Elle est constituée de gouache rehaussée d‟aquarelle.

118. Illustration de la feuille de dos

C‟est un paysage lacustre, accompagnée d‟une vue d‟un village côtier.

Illustrations :

De hautes montagnes constituent l‟arrière plan, tandis que le village est constitué de quatre tourelles et de deux maisonnées. Un pont de quatre voutes rejoins les deux rivages, sur lequel sont placés deux personnages de quatre millimètre de hauteur. Un troisième pêche sur la rive gauche, tandis que trois personnages sont dans une barque, située au deuxième plan. 

La monture

Composition et Nature :

La monture est en os et compte 16 brins. Plusieurs « souches »

d„os différentes ont du être utilisées afin de créer chacun des brins, ces assemblages étant rendus visibles par certaines fissures proches de la tête de l‟éventail et qui sont communes à chaque brin. Les bouts, d‟une couleur beige terne, sont quant à eux en bois de poirier83.

Dimensions: La gorge fait 180 mm de hauteur. Elle représente exactement les 2/3 de la hauteur totale de l‟éventail, le dernier tiers étant occupé par la feuille. Une étude à l‟aide d‟un pied à coulisse numérique a permis d‟observer que les brins constitutifs de la gorge ont une épaisseur de 0.70 mm, tandis que les deux panaches mesurent 2,30mm d‟épaisseur. Cette différence s‟explique par le fait que ces deux maître-brins protègent l‟éventail lorsqu‟il est plié, et doivent donc être plus résistants. Les bouts en bois ont 0.60 mm d‟épaisseur. Les parties supportant les miroirs sorcières comptent 5.1 mm d‟épaisseur.

83

AKITT, Helen. The identification of wood in Fan. FCI 2008 : Au 19e siècle, le bois de Poirier est celui qui est le plus souvent utilisé afin de réaliser des éventails bon marché. Voir l‟identification p.72

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~ 113 ~

119. Illustration du panache et de la gorge

Décoration : La Gorge : Les brins qui la constituent ont été partiellement piquée de feuilles d‟or et d‟argent. Les

incisés,

gravés

et

motifs floraux sont symétriques et

se répondent deux à deux.

Le Panache et le contre-Panache : Ces deux éléments majeurs ont subi le même travail que celui de la gorge. La partie supérieure de chacun de ces maître-brins supportent un miroir « sorcière » : légèrement concave, ils permettent de voir l‟entièreté du visage malgré leur taille très restreinte. Ces éléments sont sertis de laiton, alliage de cuivre et de zinc, qui devait sûrement être rehaussé de feuille d„argent initialement comme le prouvent les résidus argentés encore visibles. Une tête japonisante a été moulée dans ce dernier, ainsi que des arabesques décoratives. Ces éléments rappellent les chinoiseries très en vogue à cette époque.

120. Miroir sorcière

Le rivet : Il est composé d‟une tige en métal sertie d‟un œil imitant la nacre blanche. Comme il ne correspond pas à l‟époque de création de l‟éventail, il a surement du être remplacé lors d‟une restauration ultérieure qui daterait alors 121. Rivet

du 20e siècle au plus tôt.

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~ 114 ~ B/ CONSTAT D ETAT Création d’un support de maintien de l’éventail nécessaire à la prise de vues.

La prise de photographies nécessaire à l‟établissement du constat d‟état a nécessité la création d‟un support particulier, permettant d‟ouvrir l‟éventail correctement. En effet, comme il sera développé par la suite, les feuilles de cet éventail sont très rigides et se replient systématiquement, dès qu‟elles ne sont pas maintenues mécaniquement. Il a donc fallu réaliser un support de « maintien ». Pour cela, une planche de carton de 0.5mm d‟épaisseur a été choisie comme base, recouverte d‟une feuille de papier barrière neutre blanche qui sert de fond pour les photographies et protège l‟objet de l‟acidité du carton. Des incisions y ont été réalisées à chaque zone de rupture de la feuille de l‟éventail. Des lanières en Mylar y ont été glissées qui maintiennent la feuille de l‟éventail ouverte sans la contraindre. Leur transparence permet la prise de vue sans gêne. Ce système inspiré de celui utilisé lors d‟exposition de livres ouverts, a permis de prendre des photographies de l‟éventail ouvert, tout en garantissant sa protection. L‟inconvénient de cette pratique reste le reflet brillant que provoquent les lanières de Mylar en réfléchissant la lumière.

Carton Papier barrière

Lanières en Mylar

122. Schéma du support de maintien

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~ 115 ~ I/ Les feuilles Ces deux feuilles étant originales, elles ont subit les mêmes conditions environnementales ainsi que les mêmes manipulations. Or, bien qu‟étant de natures tout à fait différentes, leurs altérations semblent identiques ou, tout du moins comparables. C‟est pourquoi, après avoir détaillé l‟état propre à chacun de ces supports, leurs altérations feront l‟objet d‟une partie commune, les quelques exceptions possibles y étant spécifiées. 1- Les Supports Caractéristiques de la feuille de face Cette feuille est en papier machine du 19 e siècle dont l‟état général est bon. En effet sa surface est homogène et sa tenue correcte permet une manipulation sans danger. Néanmoins, il est entièrement illustré par de nombreuses techniques graphiques qui se superposent, ce qui a probablement eu tendance à le rendre légèrement cassant. Ces dernières font l‟objet d‟une analyse indépendante (cf. Partie B)).

123. Dos du papier de verso, vu depuis le recto.

Un « pli » déchiré situé sur la contre-feuille a permis d‟observer le dos de la feuille de recto qui ne présente aucun signe visuel d‟oxydation avancé, sa teinte étant d‟un blanc cassé clair.

Caractéristiques de la feuille de dos Constituée d‟un parchemin en chevreau très fin appelé « peau de cygne » doublé sur un papier machine de la fin du 19e, elle a une surface homogène et un bon état physique général. La présence d‟un papier de doublage autorise une manipulation sans danger, bien que celui-ci, fortement bruni, semble présenter un certain degré d‟oxydation et est très cassant. 124. Papier de doublage de la contrefeuille plié, déchiré et lacunaire

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~ 116 ~

125. Vue de l’Êventail recto (en haut) et verso (en bas) sans le support de maintien

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~ 117 ~ Altérations mécaniques des feuilles : En plus de l‟extrême rigidité des feuilles de l‟éventail, qui empêchent son ouverture complète, des déformations sont présentes, d‟importance variable, sous forme de gondolements ou bien d‟empreintes en relief des bouts sur les feuilles. 126. Multiples déformations de surface de la feuille de recto

La contre feuille présente des plis marqués de petites tailles ( maximum 5 millimètres de long). Seul le brin n°6 possède un pli sur toute sa longueur et le recouvre à moitié (cf. ill.4.), en plus d‟être parcouru de déchirures. Le sinet se plisse et se détache en de très nombreux endroits. Il est également très lacunaire.

127. (de g. à d.) pli de la feuille de dos et décollement du sinet

Les déchirures sont très nombreuses et importantes, principalement sur la feuille de face. Elles ont des lèvres très irrégulières et encrassées. Il est important de noter que chacun des plis des deux feuilles est entièrement fendu, ce qui a entraîné la désolidarisation totale de deux contre plis (n°3 et n°21) et la perte du contre pli n°11. Hormis cette dernière, les lacunes sont très rares et font 2 à 5 millimètres de diamètre seulement.

128. Nombreuses déchirures de la feuille de recto

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~ 118 ~

129. Deux contre-plis (n°3 et 21) détachés vus recto-verso De nombreuses lacunes sont réparties sur l‟ensemble des deux feuilles, de petites tailles, ne dépassant jamais les 5mm. Néanmoins, de multiples papiers de renforts étant présents, comme il sera exposé plus loin, d‟autres lacunes sont à suspecter qui seraient sous ces réparations.

130. nombreuses lacunes réparties sur les deux feuilles

Onze rubans adhésifs sont répartis sur les plis de la feuille et dix sont sur les plis de la contre feuille84, maintenant les lèvres des déchirures entre-elles. Leur film est brillant, poisseux et épais (0.2 mm d‟épaisseur). Leur adhésif est actuellement d‟une teinte jaune très prononcée, mouchetée par endroit de tâches plus foncées presque brunes. Leurs longueurs varient, allant d‟un tiers de la dimension du pli jusqu'à son intégralité. Certaines zones de ces 131. Ruban adhésif ayant fixé la technique graphique

84

rubans adhésifs se sont décollées du support, emportant avec elles une partie de la surface des feuilles.

Voir relevés de tous les rubans adhésifs présents en annexes p.

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~ 119 ~ De la poussière s‟est parfois fixée sur l‟épaisseur de l‟adhésif, créant des halos gris foncés. Quelques films se sont fendus le long des plis, s‟étant asséchés et ne résistant probablement pas aux manipulations.

132. Exemples de rubans adhésifs localisés au recto des deux feuilles.

De nombreux renforts en papier machine ont été appliqués également dans le même but. Ils sont pour la majorité fixés entre la feuille et la contre-feuille, sur leur verso, ce qui rend leur nombre difficile à estimer. Quelques uns sont pourtant répartis à la surface de la feuille, mais aucun n‟est visible sur celle de la contre-feuille. Une observation sous loupe binoculaire a permis de constater que leur nature varie, certains ayant des fibres longues et brillantes, d‟autres ayant des fibres courtes et mates. Leurs épaisseurs ne sont également pas équivalentes, allant de 0.1 à 0.2 mm. Enfin, leur longueur et largeur s‟adaptent en fonction de la zone à renforcer, mais leur silhouette est uniformément rectangulaire. Quelques pièces ajoutées sont en peau de cygne, de forme et de taille variables, fixant les déchirures de la feuille de face uniquement

133. (de g.à d.): feuille de recto transpercée par une pièce de renfort en papier, pièce de renfort teintée, comblement en peau de cygne colorée.

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~ 120 ~ Les zones situées le long des panaches et contre-panache sont particulièrement fragiles et favorisent les dégradations. Une mesure au pied à coulisse a permis d‟estimer leur épaisseur à 0.7mm, contrairement a l‟épaisseur habituelle des feuilles qui est de 0.3mm. Des dépôts de colle devenue transparente sont visibles sur ces mêmes zones, et le long de la déchirure de leur pli. Il est possible d‟y distinguer une charnière réalisée en peau de cygne.

134. Extrémité gauche de la feuille : contre panache

Il est important de noter que les zones qui ont subi ces réparations sont d‟une extrême rigidité, créant des tensions importantes dans l‟œuvre et empêchant son ouverture complète. 2- La technique graphique L‟empoussièrement est superficiel et recouvre l‟ensemble des deux feuilles. Certaines zones du recto présentent des lacunes chromatiques dues à une impression irrégulière ou à l‟usure du papier qui s‟est épidermé. Aux zones en contact avec les rubans adhésifs, la technique s‟est très souvent diffusée dans ces derniers, créant des auréoles (voir fig. 10).

135. Abrasion de surface et lacune du support entraînant la dégradation de la technique graphique

De légères traces noires diffuses se trouvent sur l‟ensemble de la feuille de recto. Les arabesques peintes avec de large épaisseur de peinture se craquèlent, et subissent des pertes de matière au recto et verso de l‟éventail. Elles ont également tendance à prendre une teinte rouge qui crée un halo 136. Traces noires

autour d‟elle.

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~ 121 ~ D‟autres parties de ces traits ont été apparemment en contact avec un solvant qui les a partiellement diluées, formant des auréoles noires. Quelques traits de feutre bleu foncé sont visibles de part et d‟autre de ces arabesques.

137. Technique graphique se craquelant

De nombreuses retouches chromatiques ont été réalisées lors des réparations que l‟éventail a subies. Grossièrement appliquée avec de l‟aquarelle, de la gouache et probablement avec du feutre, leurs contours ne sont pas précis et empêchent la lecture du dessin sous-jacent sur lequel elles ont débordées.

138. Retouche d’aquarelle et zones non colorées dû à un défaut d’impression

II/ La monture

L‟empoussièrage présent sur la monture est généralement léger, quoi que plus important dans les nombreuses fissures que contient l‟os, les grisant sensiblement. De nombreuses salissures colorées sont présentes. L‟os a pris une teinte blanc cassé, tirant jusqu‟au jaune sur certaines zones.

139. Exemples de traces colorées réparties sur l’ensemble de la gorge

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~ 122 ~ La fabrication de la monture a nécessité l‟association de plusieurs souches d‟os différentes, associé près de la tête de la monture. On y voit très nettement la trace de la jonction des matériaux, qui s‟est passablement grisée de poussière.

140. Jointure visible au niveau de la tête de la monture La monture s‟est probablement brisée au niveau du contre panache c‟est pourquoi l‟on peut détecter une fissure très importante au niveau de sa tête et de son épaule. La brisure proche de la tête est couverte d‟un film transparent brillant, très certainement constitué de colle sèche, tandis que celle située à l‟épaule est propre est polie. Cela semble indiquer qu‟une pièce d‟os a été rajoutée qui remplace l‟épaule du brin, car la zone rapportée est beaucoup plus claire que le reste du contre-panache.

141. Différentes réparations du contre-panache Les brins, travaillés en creux et largement incisés, se sont brisés aux endroits les plus dentelés, provoquant de petites pertes de matière. De nombreuses fissures sont également apparues dans ces zones fragiles ainsi que dans d‟autres plus résistantes, qui sont surement dues à de mauvaises manipulations. Au niveau de ces fissures se trouvent de nombreuses traces jaunies qui semblent venir d‟une colle utilisée pour les renforcer.

142. Différentes zones fissurées et lacunaires de l’os

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~ 123 ~ Les brins sont dorés à la feuille d‟argent par endroit afin de rehausser les incisions. Celles-ci se sont oxydées et noircies, créant des zones d‟un gris foncé et opaque. De plus, elles se sont presqu‟entièrement ôtées de la monture, ne laissant parfois que quelques vestiges de leur présence dans les fissures les plus étroites et quelques zones décorées.

143. Vestiges des feuilles d’argent présentes sur la monture Les miroirs présents sur les deux maîtres brins sont salis et piqués, ils ne permettent plus d‟observer un reflet. Une fine pellicule de poussière s‟y est déposée. Le laiton dans lequel ces miroirs sorcières sont sertis s‟est opacifié avec le temps, on décèle encore quelques parcelle de dorure a la feuille d‟agent, qui s‟est elle aussi oxydée.

144. Sertissage en laiton oxydé avec quelques vestiges de dorure

145. Miroir sorcière piqué et sans reflet

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~ 124 ~ C/ DIAGNOSTIC DES DEGRADATIONS Cet objet est particulièrement fragile et semble l‟avoir toujours été. En effet, des collages de pièces en peau de cygne ont été retrouvés qui consolidaient des déchirures sur les feuilles. L‟usage de ce matériau indique que ces réparations ont été réalisées au 19 e siècle, c'est-à-dire moins de cinquante ans après sa réalisation. L‟établissement d‟un diagnostic permet de mieux comprendre l‟origine des dégradations et ainsi d‟appréhender plus justement les conditions qui doivent être réunies afin d‟optimiser la manipulation, la conservation et l‟entretien de l„objet. Néanmoins c‟est une entreprise délicate car il est impossible de déterminer avec certitude les causes d‟altérations probablement très anciennes. Cette réalité prend tout son sens dans le cas présent car elle concerne un éventail composite, vieux de plus d‟un siècle et demi, ayant souffert d‟altérations dès les premières années qui ont suivies sa création. Néanmoins, quelques pistes peuvent être envisagées qui expliquent le plus couramment les dégradations relevées dans le constat d‟état. La déformation des feuilles Cet objet est composé de nombreux matériaux très variés qui sont plus ou moins capables d‟imposer leur comportement à leur entourage. Or ces comportements ont tendance à s‟opposer lors de variations hygrométriques: -

Le papier s‟allonge

-

Le bois se courbe

-

L‟os se gonfle et se rétracte

C‟est pourquoi l‟extrême déformation de la feuille de face peut provenir de sa réaction aux différentes variations de température et d‟humidité supportées au fil des années. L‟humidité relaxant le papier, celui-ci devient plus souple et est plus enclin à épouser les contours des bouts85 qui le soutiennent, ou bien à se gondoler si l‟éventail est ouvert (lors d‟expositions par exemple). Une mauvaise manipulation peut également accentuer cet effet, si l‟éventail a été maintenu sous une trop forte pression alors qu‟il était replié. Le fait que ces déformations soient moindres sur la feuille de dos est probablement du au fait qu‟elle est doublée, ce qui rend plus difficile sa déformation qui se trouve amortie.

85

Voir lexique p. 176

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~ 125 ~ Les déchirures Chaque pli de cet éventail est déchiré. L‟ampleur de cette dégradation provient certainement de l‟accumulation de plusieurs causes : -

Le papier utilisé a été réalisé mécaniquement et a donc subi un raffinage extrême entraînant des fibres très courtes, peu résistantes aux sollicitations mécaniques intrinsèquement liées à la manipulation d„un éventail.

-

Le plissage des feuilles étant réalisé en appliquant une forte pression, cela entraîne un affaiblissement au niveau des plis.

-

Une manipulation excessive (ouvrir, fermer, agiter) en période de grande chaleur, ainsi que les frottements des plis du au rangement de l‟éventail dans sa boite ont considérablement fragilisé et augmenté les tensions aux niveaux des plis de l‟objet.

Les autres petites déchirures présentes sur les feuilles sont souvent placées à l‟endroit des bouts de la monture. Cette zone met en contact le bois, une colle souvent animale peu souple, et le papier. L‟accumulation des déformations et contraintes imposées par ces différents matériaux sur le papier a pu provoquer sa rupture. De plus, lors d‟une fermeture non-attentive de l‟objet, il n‟est pas rare de provoquer des frottements entre ces différentes zones, les plis se formant « raclant » les plis déjà existants. Cela ajoute des contraintes supplémentaires à cette zone déjà très sensible. Les plis Ces derniers sont peu nombreux et correspondent aux endroits déchirés. Ils sont donc très certainement consécutifs à ces déchirures et proviennent probablement d‟une mauvaise conservation et manipulation de l‟objet, refermé sans précaution et maintenu sous pression. Les manques et lacunes Un contre-pli a été perdu, probablement lors d‟un transport de l‟objet. Une lacune de forme ronde est présente dans la partie supérieure d‟un pli, qui pourrait provenir d‟une perforation (causée par la présence d‟un clou ou d‟une punaise lors d‟une exposition). Des lacunes de la couche picturale sont présentes sur l‟ensemble des deux feuilles

et probablement

consécutives à des abrasions. Ces dernières doivent provenir du frottement régulier et réciproque de leurs plis, lors de l‟ouverture et fermeture de l‟éventail.

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~ 126 ~ Les tâches et colorations Présentes sur les parties colorées de la feuille de face, leurs tailles, fréquences, couleurs et formes font penser à des repeints qui auraient ternis en vieillissant. Sur la feuille de dos, une large zone bleutée semble provenir d‟un dépôt de la technique graphique utilisée pour peindre la mer, sur le pli qui lui fait face. Ce dépôt aurait été provoqué par le frottement de ces deux zones lors de l‟utilisation de l‟éventail. Un jaunissement très important est présent à l‟endroit de chacun des adhésifs. Le mémoire de Mylène Bisch apporte une explication à ce phénomène, en le considérant sous deux aspects différents: Le premier présente cette décoloration comme étant consécutive à une oxydation des rubans adhésifs pendant leur vieillissement. La seconde considère qu‟elle peut être le résultat de l‟oxydation des pigments ou bien du liant de la couche picturale, catalysée par la masse adhésive. Les tâches présentes sur la monture peuvent s‟expliquer par le fait que l‟os est un matériau très poreux, qui peut être tâché au contact d‟une substance colorée. Ses multiples fissures sont probablement noircies par des saletés pulvérulentes qui s„y seraient amassées. Quelques auréoles jaunes et brillantes proviennent probablement de réparations précédentes à l‟aide de colle. Les ruptures de la monture Elles proviennent sûrement de mauvaises manipulations, d‟accidents ou bien de chocs. Ce sont les zones les plus fragiles qui ont cédé : les épaules86 des panaches. Les ruptures présentes en tête de monture proviennent de la fabrication de l‟objet qui se fait en collant plusieurs souches d‟os différentes afin d‟obtenir la longueur désirée pour chaque brins. L’analyse des dégradations de cet éventail étant réalisée, il est à présent possible d’ étudier les différents moyens de traiter cet objet de la façon la mieux adaptée.

86

Voir lexique p.176

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~ 127 ~

Dégradations

Déformations

Déchirures

Diagnostic  Réaction à l‟humidité/chaleur : - Le papier s‟allonge, - Le bois se courbe, - L‟os se gonfle et se rétracte  La position ouverte permet aux matériaux des feuilles de s‟allonger = gondolements La position fermée et la pression = empreintes des bouts sur les feuilles  Fabrication de l‟éventail = fragilisation au niveau des plis  Matériaux : - papier machine (raffinage extrême, fibres courtes)= fragilisation - Variété des matériaux et de leurs comportements hygrométriques = tensions  Mauvaise manipulation : trop forte agitation, ouverture à contre-sens = usure puis rupture  Utilisation lors de très fortes chaleurs = sécheresse du matériau qui se casse  Rangement et sortie de sa boite = frottements et fragilisations  Fréquence d‟utilisation : sollicitation à l‟endroit des plis  Après les déchirures : mauvaises manipulation lors de la fermeture de l‟éventail, maintient sous pression.

Plis

 Mauvaise conservation et manipulation a entrainé la perte d‟un contre-pli  Trou présent de forme ronde : probablement du a l‟accrochage à l‟aide d‟une punaise  Frottements lors de l‟ouverture et fermeture de l‟éventail : abrasions

Lacunes

 Sur la feuille : anciennes restaurations, mauvais vieillissement de la technique utilisée.  Frottement des plis des feuilles entraine des dépôts de la technique abrasée  Sur la monture : salissures, anciennes restaurations (traces de colle), os poreux : tout contact avec un produit colorant, acide ou agressif peut le tacher et l‟attaquer.

Taches

Brisures de la monture

Adhésifs

   

Mauvaise manipulation, chocs et accidents. Fabrication de la monture en plusieurs parties = fragilisations. Hygroscopicité : os travaille et bouge : fentes, décollements… Monture bon marché en plusieurs morceaux probablement déjà tâchés.

 Réparations ultérieures.(Présence de peau de cygne = dégradations déjà présentes au 19e siècle ; réparation a l‟intérieur des feuilles : faites par un vrai restaurateur)  Rubans Adhésifs uniquement sur l‟extérieur : réparations durant le 20e. 146. Tableau récapitulatif du diagnostic

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~ 128 ~ D/ TESTS PRELIMINAIRES ET IDENTIFICATIONS Chacun des tests de sensibilité de l‟objet aux solvants à été réalisé à l‟aide coton fin imbibé de solvant. Après analyse de la réaction de l‟œuvre, la zone testée est immédiatement séchée afin de prévenir tout risque d‟auréole ou de retirer l‟excès de solvant qui pourrait demeurer dans le support de l‟œuvre. Les zones de tests sont les contre-plis n°3 et n° 21 qui sont désolidarisés du reste de l‟éventail. La feuille y a été séparée de la contre-feuille à l‟aide d‟une spatule italienne et un buvard délité a été introduit entre ces deux parties. Ce dernier a permis de protéger la feuille du recto lorsque la feuille de verso était testée et inversement.

147. Insertion du buvard délité entre les deux feuilles du contre-pli

Tests de solubilité à différents solvants

Ces premiers tests ont pour but de définir quels solvants pourront être utilisés lors des différentes étapes de restauration en s‟assurant de leur complète innocuité sur l‟œuvre. Ici sont observés les effets qu‟ont ces solvants sur la technique graphique (dissolution, auréoles...). L‟eau et l‟éthanol étant les solvants les plus polaires, ils sont les premiers à être testés. En effet, cette propriété les rend particulièrement compatible avec le papier, constitué de cellulose, qui est un polymère polaire également. Cette caractéristique entraîne une excellente absorption du solvant par le support, ce qui améliore considérablement son efficacité. De plus, ces deux solvants sont très fréquemment utilisés dans la confection de colles, telle que l‟Amidon ou la Klucel G. Or, au vue de l‟état général de cet éventail, des recollages des zones désolidarisées ou déchirées, ainsi qu‟un doublage seront très probablement à réaliser. Il est donc essentiel de connaître la réaction du support et de la technique graphique lorsqu‟ils sont au contact de ces solvants.

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~ 129 ~ Feuille de face

Feuille de dos

Monture et miroir

cotons après tests Feuilles

Ethanol à 99%

Eau déminéralisée

Aucune réaction

Aucune réaction

La feuille étant très hygroscopique, ce test n‟a pas été Légère diffusion de la pratiqué sur la peau technique. de cygne. Il présentait Rougissements des en effet le risque de arabesques. déformer la feuille ou encore de la tâcher. Tout traitement aqueux a été exclu.

Apparition d‟un dépôt gris. Blanchiment des zones testées. Le laiton s‟est éclaircit et est plus brillant.

Os :

Eclaircissement de l‟os, apparition Miroir et Os : d‟un dépôt noir sur le coton : utile pour le nettoyage. Un dépôt noir apparait Arabesques noires : également lors du test sur le laiton sans pour autant modifier l‟aspect de surface de ce Technique graphique : dernier. Le miroir s‟éclaircit immédiatement. Miroir et Os :

Ethanol et eau déminéralisée à 50%87

Aucune réaction

Aucune réaction

Retrait des traces noires

Technique graphique :

148. Tableau récapitulatif des réactions de l’œuvre à différents solvants

87

L‟eau étant le solvant le plus polaire, il peut être utile au cours du traitement. Or, comme il a été observé plus haut,

certaines teintes de la technique graphique sont sensibles à l‟eau pure, mais pas à l‟éthanol. Un mélange constitué de 50% d‟eau et de 50% d‟éthanol a donc été réalisé afin d‟allier les propriétés particulièrement polaires de l‟un à l‟innocuité de l‟autre.

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~ 130 ~ Feuille de face

Feuille de dos

Monture et miroir

cotons après tests Technique graphique :

Acétone88

Aucune réaction

Méthyléthylcétone

Aucune réaction

Aucune réaction

Très léger dépôt sombre

Aucune réaction

Au niveau du cadre du miroir, Miroir et Os : le coton se colore très nettement et très rapidement. Le noir opaque de ce dernier s‟éclaircit légèrement et Technique graphique : devient plus brillant, cette modification est perceptible à l‟œil nu. Aucun effet sur la monture.

Os :

149. Tableau récapitulatif des réactions de l’œuvre à différents solvants Tests du pH La prise de pH des documents permet de déterminer si ces derniers sont acides ou non. Cette information est essentielle car elle permet de construire un protocole le plus valable possible, en y intégrant ou non une étape de désacidification, ou bien l‟utilisation de produits « tampons » lors d‟un encollage par exemple.

Un test au stylo à pH a permis de conclure que la feuille de doublage de la peau de cygne à un taux d‟acidité inférieur a 6.8. En effet, une coloration rosée aurait du apparaître si celle-ci

88

L’acétone et la Méthyléthylcétone sont des solvants très utiles dans le cas du retrait de certains adhésifs. Or, l’éventail en présentant un certain nombre, il est intéressant de savoir quels sont les conséquences de leurs applications sur cet objet.

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~ 131 ~ était d‟un pH supérieur à cette valeur, or on ne détecte aucune coloration de la zone testée. Comme ce test est susceptible de provoquer une coloration de la zone examinée, il n‟a pas été effectué sur les zones visibles de l‟éventail : sa feuille de face et sa feuille de dos. Seule une zone détachée du doublage de la feuille de dos a pu être testée. Ce test, bien que ne donnant pas de valeur exacte du pH, est suffisant pour conclure qu‟il faudra intégrer dans le traitement de l‟éventail des matériaux compensant cette acidité, capables de la neutraliser. Un test au pH mètre de contact aurait pu préciser le degré d‟acidité présent, néanmoins il n‟a pas été réalisé. En effet, la technique graphique de la feuille de face étant sensible à l‟eau et la feuille de dos étant en parchemin très fin, les dégâts occasionnés par la présence d‟une goutte d‟eau sur l‟un ou l‟autre auraient été préjudiciables. De plus, il a été admis que connaître la valeur exacte du pH de chacun des matériaux n‟était pas indispensable, la seule connaissance de l‟acidité de la feuille de doublage, en contact avec les deux feuilles de l‟éventail, étant une information suffisamment importante pour en conclure de l‟utilité de réaliser des opérations qui neutraliseraient cette acidité. Les rubans Adhésifs o IDENTIFICATION DES RUBANS ET DE LEUR ADHESIF Ces derniers étant présents en très importante quantité à la surface des deux feuilles de l‟objet, il est essentiel d‟en connaître la nature afin de déterminer le moyen le plus efficace de les retirer. Pour cela, différents tests d‟identifications ont été réalisés : Test au Lugol 89: Un prélèvement d‟un échantillon de ruban adhésif a été effectué

dont

la colle a été grattée et déposée entre deux lames. Du Lugol lui a été ajouté qui a fait apparaître une coloration rouge façon instantanée, qui s‟est ensuite noircie. Ce test indique alors que l‟adhésif présent sur les rubans est à base de PVA c.

89

Solution composée de diiode et d‟iodure de potassium dans de l‟eau.

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~ 132 ~ Complément d’identification L‟ouvrage « a closer look at pressure-sensitive tapes :

« update

on

conservation

strategies » de E. O‟loughlin &L.Stiber permet de compléter l‟identification du ruban adhésif présent, associé à la PVA c

150. Identification des adhésifs Après une observation sous loupe binoculaire, il apparaît que les rubans adhésifs présents sur l‟éventail aient une surface transparente et brillante. Un retrait du ruban à certains endroits est également décelable. A cela s‟ajoute la présence d‟une décoloration jaune très importante du ruban. Ces observations permettent de déterminer que la nature du ruban adhésif présent est soit de la cellophane, soit de l‟acétate de cellulose. Afin d‟affiner cette reconnaissance, un test à l‟acétone a été réalisé qui a permit de voir, de façon manifeste, que le ruban se solubilise instantanément a son contact. On peut alors en conclure que le ruban présent est de l‟acétate de cellulose, et que la colle qui y est associée est de la PVAc.

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~ 133 ~

o TESTS DE RETRAIT DES RUBANS ADHESIFS

151. Triangle de solubilisation de Teas

Le triangle de Teas90 permet de déterminer théoriquement la nature du meilleur solvant pour une substance particulière. Or, son étude indique que le solvant le plus efficace pour dissoudre la PVAc (masse adhésive présente sur l‟éventail) est le n°16, soit la Méthyléthylcétone. En effet, on observe que ce chiffre est le plus proche du « triangle bleu » localisant la PVAc sur ce triangle. Cette conclusion est amplement confirmée par les tests exposés ci-dessous.

Tous les solvants utilisés ici sont inoffensifs au regard de la technique graphique, comme les tests réalisés au préalable l‟ont démontré. Ces analyses ont néanmoins été réalisés sous loupe binoculaire afin d‟affiner le mieux possible l‟observation de leurs effets.

90

Extrait de "Chemical principles of textile conservation" par Agnes Timar-Balazsy et Dinah Eastop aux Editions Butterworth/Heinemann 1998

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~ 134 ~ Technique de retrait des adhésifs testée

Résultats obtenus Certaines zones semblent se décoller aisément à l‟aide d‟une spatule italienne sans nécessiter d‟ajout de solvant. Néanmoins la large majorité des rubans

A sec

adhésifs sont trop résistants et ne peuvent être retirés à sec Après 5 minutes de chauffage, aucune amélioration ne s‟est n‟a pas été poursuivit plus avant, craignant

Spatule chauffante à 70°C

manifestée. Le test

d‟altérer les propriétés du support en

le chauffant exagérément, ou de réactiver de façon trop importante l‟adhésif qui risquerait alors de se fixer davantage au papier ou parchemin de l‟œuvre. Cette technique a donc été éliminée. On ne note aucune facilité de retrait du ruban qui semble s‟être davantage fixé à la

Eau et Ethanol à 50%

technique graphique. Cette technique est donc à proscrire dans le cadre du retrait des adhésifs.

Aucune amélioration n‟est à noter, le retrait du ruban n‟est pas facilité. Le ruban de l‟adhésif se délite au contact de la spatule

italienne , après avoir été soumis à l

effet du solvant. Les résidus d‟adhésifs se regonflent au contact de l‟éthanol, ce qui

Ethanol à 99%

permet de le retirer avec la pointe de la spatule, créant une sorte de pâte épaisse. Néanmoins, il n‟est absolument pas sur qu‟il ne reste pas quelques résidus après le passage de la spatule italienne . Le solvant n‟est donc pas sélectionné pour cette opération.

Ce solvant a crée une fine auréole sous le film d adhésif.

Acétone

Il ne peut donc pas être utilisé.

L‟action du solvant est impressionnante, sa pénétration est immédiate sous le film plastique, le décollant immédiatement. Cela permet d‟introduire le bout d‟une spatule italienne et de retirer aisément ce dernier, sans altérer en aucune Méthyléthylcétone

façon l‟objet. L‟opération est très rapide, l‟action du solvant est particulièrement efficace. Cette technique est donc choisie afin de retirer ces rubans adhésifs.

152. Tableau récapitulatif des résultats du retrait des adhésifs

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~ 135 ~ Nettoyage des miroirs sorcières A sec : Une large pellicule de poussière se dépose sur le coton sec, néanmoins

une majorité

reste à la surface du miroir. Cette technique est donc partiellement efficace.

Eau Déminéralisée: Très efficace, la pellicule poussiéreuse se dissout immédiatement dans le coton, et l‟eau ne laisse aucune trace sur le miroir, ni aucune auréole. On retrouve donc une surface lisse et brillante, bien que les petites piqures dues à l‟ancienneté de ce support demeurent, ce qui préserve, selon moi, son authenticité.

153. Test à l’eau déminéralisée après application sur le miroir

RESULTATS DES TESTS: L‟éthanol à 99% peut tout à fait être utilisé dans les traitements de l‟objet. Il ne présente en effet aucun danger pour la technique ou les feuilles, et il semble de plus avoir une action de nettoyage sur l‟os de la monture ainsi que sur le laiton qui cercle les miroirs. Néanmoins, l‟eau déminéralisée semble être plus efficace pour cette tâche, les résultats étant immédiats et très révélateurs aussi bien sur la gorge que sur les panaches et les miroirs sorcière. Le retrait des rubans adhésifs se fera à l‟aide de la Méthyléthylcétone qui est la technique la plus efficace de toutes celles testées. Elle ne provoque en effet aucun dégât sur l‟éventail, que ce soit sur sa monture, ses feuilles ou ses techniques graphiques et agit de façon instantanée sur le ruban adhésif. Les traitements aqueux ne seront pas réalisés par contact direct avec la technique de la feuille de face car cette dernière est sensible à l‟eau et se solubilise sensiblement. De plus, il est exclu d‟utiliser l‟imprégnation aqueuse de la feuille de verso, celle-ci étant en parchemin et donc très sensiblement hygroscopique. Le mélange d‟eau et éthanol est complètement praticable sur l‟objet, aussi bien pour traiter les feuilles, que pour nettoyer la monture en os, en prenant toutefois garde à éviter les zones de dorure. L‟acétone parait lui aussi inoffensif en regard des feuilles de l‟éventail, ainsi que de leur technique. Il apparait de plus qu‟il a une légère action nettoyante de la monture.

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~ 136 ~ E/ PROPOSITION DE TRAITEMENT La restauration de l‟objet de ce mémoire a été envisagée selon les volontés de son propriétaire ainsi que la destination et l‟emploi futurs de cet éventail. En effet, provenant du Musée de l‟Eventail de Paris et appartenant à sa directrice, Mme Hoguet, cet éventail retournera dans la collection de cette dernière. La restauration devait se conformer à celle adoptée par cette restauratrice afin que l‟éventail réintègre les fonds du musée de façon homogène. Le protocole choisi pour restaurer cette pièce a pour but de lui assurer une pérennité maximale, d‟autoriser sa manipulation occasionnelle ainsi que de lui rendre son esthétisme initial. L‟éventail, une fois retourné au Musée, sera conservé dans une boîte aux dimensions préétablies et ne sera déployé que lors d‟expositions temporaires. Sa manipulation sera alors très limitée lors de ces seuls évènements. Afin de répondre aux attentes de sa propriétaire, la restauration envisagée doit être illusionniste. Le protocole qui suit a été envisagé à la lumière de ces prescriptions. Néanmoins, des méthodes moins interventionnistes seront suggérées aux endroits opportuns afin d‟envisager les différentes options qui se présentent dans le cadre de ce type d‟objet.

I/ Les feuilles : Le dépoussiérage et le gommage L‟éventail présente un empoussièrement léger, bien qu‟il ait été conservé dans une boîte de rangement en attente de sa restauration. Néanmoins, la poussière représente un danger pour les œuvres, de par sa nature abrasive, parfois toxique et oxydante. Un dépoussiérage très doux permettra : 

de retirer toutes les particules polluantes volatiles de sa surface, s‟assurant qu‟elles ne le dégradent dans le temps de par leur propriété fortement abrasive

de les empêcher de s‟incruster dans l‟objet lors des interventions suivantes.

d‟améliorer la lisibilité de l„œuvre

Un gommage local ne sera effectué que s‟il est nécessaire car le papier de l‟œuvre et sa technique graphique sont particulièrement fragiles. Le choix des outils utilisés sera déterminé lors de tests préalables.

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~ 137 ~ Démontage de la feuille De nombreux rubans adhésifs sont fixés au verso des feuilles ce qui les rend inaccessibles. Cela rend nécessaire le démontage de l‟une des deux feuilles, de façon à pouvoir les retirer. Le recto présente les plus importantes altérations (déchirures, présence d‟adhésifs etc.) or la monture de l‟éventail impose des différences de niveaux qui réduisent le confort de travail. Il est donc préférable de démonter la feuille de face afin de faciliter son traitement, étant entendu que la feuille de dos ne requiert que peu d‟interventions et qu‟elles pourront s„effectuer in situ. En raison de l‟extrême fragilité des matériaux présents, le démontage se fera majoritairement à sec. Néanmoins des tests seront réalisés en fonction des complications rencontrées qui pourront nécessiter l‟intervention de solvants. Retrait des anciennes réparations L‟ajout d‟innombrables adhésifs, qu‟ils aient un ruban synthétique, en papier, en peau ou bien qu‟ils aient été uniquement introduis sous forme liquide, a considérablement dégradé l‟œuvre. Ils menacent en effet sa pérennité et détériorent sa lisibilité. En raison de la fragilité et de la sensibilité de l‟objet, le retrait de ces réparations se fera dans la mesure du possible à sec. Au besoin, des solvants pourront être utilisés suivant différents procédés en fonction de la réussite des tests réalisés au préalable. Afin de protéger la couche picturale, l‟application des solvants sera réalisée de préférence par le verso des feuilles et en quantité minimale. Ils pourront également être utilisés en cataplasme, le gel étant séparé de la couche picturale par un intissé. Réalisation des contre-plis manquants La réalisation de ces contre-plis est nécessaire afin de rende son intégrité à cet objet. En effet, le nombre de plis et de contre-plis des feuilles d‟éventails en font l‟une de leur principales caractéristiques et permettent ainsi leur identification. De plus il est important de mettre en évidence le manque au niveau de la décoration de la feuille peinte, afin de garantir une meilleure compréhension de son décor. Cet impératif ne relève donc pas d‟exigences techniques ou de conservation, mais plutôt de considérations déontologiques, garantissant la meilleure compréhension de l„objet et le respect de son intégrité.

Les lacunes qui correspondent à la feuille de face seront comblées avec un papier choisi de façon à ce que ses caractéristiques soient les plus proches possibles de celles de la feuille Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 138 ~ originale tout en assurant une parfaite innocuité au document et sa conservation dans le temps Les plis manquants de la feuille de dos (en peau) seront réalisés en papier japonais. Il est en effet impossible de se procurer de la peau de cygne actuellement, cette épaisseur de parchemin n‟étant plus disponible. Or, il est impératif que le matériau de comblement ait une épaisseur égale ou inférieure à celle du document original afin d‟éviter d‟imposer des contraintes physiques et mécaniques à l‟œuvre. En plus de répondre à toutes les exigences qu‟imposent la restauration et la conservation des matériaux, celui-ci devra supporter d‟être teinté afin de préserver une bonne lisibilité. A la vue de tous ces paramètres, un papier japonais se présente comme étant la meilleure alternative, bien que sa nature végétale s‟oppose à celle du document original91. La découpe de ces pièces sera réalisée en prenant comme modèle les plis complets que possède la monture. Les pièces qui combleront la feuille de face seront ensuite collées sur le papier de doublage réalisé à l‟étape suivante, tandis que celles qui comblent la feuille de dos seront collées sur les plis qui l‟entourent directement. La colle utilisée sera déterminée lors de tests. Elle devra respecter au mieux la sensibilité des matériaux et de la technique graphique tout en assurant un collage efficace et une souplesse optimale. Restauration et remontage de la feuille du verso Les déchirures seront renforcées et les lacunes seront comblées à l‟aide de papier japonais au grammage déterminé suivant les résultats de tests réalisés. Ces opérations seront suivies d‟une mise sous poids légers immédiate. Des bandes de papier japonais très peu larges seront découpées et défibrées sur leurs bords. Elles serviront de charnières entre les différents plis et contre-plis désolidarisés lors du remontage de la feuille. La colle sera utilisée en milieu alcoolique (Tylose ou Klucel G) afin de limiter les réactions hygroscopiques de ce matériau.

91

le comblement de lacunes de cuir ou de parchemin se fait couramment dans de nombreux ateliers de restaurations publiques ( Louvre, BnF…), ce qui, jouxté à des études qui ont également déjà été réalisées, garantit la compatibilité des matériaux

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~ 139 ~ Doublage de la feuille de recto Cette feuille est particulièrement fragile et altérée par de nombreuses déchirures et lacunes. Un doublage complet la renforcera durablement tout en lui apportant une homogénéité que de petites restaurations locales auraient menacée. Ce doublage sera réalisé sur fond tendu car il apporte un confort de travail non négligeable considérant le nombre de déchirures dont les lèvres sont à ajuster, ainsi que le nombre de lacunes à combler. De plus, cela garantit une complète planéité du document une fois l‟opération finie, atténuant les déformations observées. Le papier japonais utilisé sera le plus fin possible, afin de n‟apporter aucune épaisseur à l‟éventail et de sauvegarder la souplesse originale de cette œuvre. Il sera déterminé lors de tests préalables. Comblement des lacunes Les lacunes sont des altérations très importantes pour un document, car elles favorisent la création de déchirures, fragilisent le support et met en péril la lecture de l‟œuvre. Leur comblement rendra son intégrité au document tout en s‟assurant de renforcer durablement ces zones à risques. Retouche chromatique La retouche chromatique permet d‟optimiser la lecture de l‟objet tout en rétablissant son unité esthétique. Cette dernière est en effet une priorité, car cet éventail ne sera plus utilisé que lors d‟expositions dans le Musée. Il est donc nécessaire que son aspect soit le plus soigné et complet possible. C‟est pour ces raisons que Mme Hoguet, propriétaire de l‟éventail, a demandé une restauration illusionniste de ce dernier, conformément à ses pratiques traditionnelles. Néanmoins, le contre pli manquant de la feuille de face sera traité différemment. En effet, à la vue des plis qui l‟environnent, il apparaît que ce contre-pli supportait un grand nombre d‟éléments, y compris un visage. N‟ayant pas retrouvé de modèle complet de cette feuille d‟éventail, il est impossible de deviner quel était son aspect original. Le papier de comblement sera donc teinté, de façon à ne pas attirer le regard, mais aucune retouche précise du personnage n‟y sera réalisée. Différentes techniques graphiques pourront être utilisées pour réaliser cette retouche, ce choix se fera suivant les résultats de tests préalables, suivant chacun des matériaux concernés.

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~ 140 ~ Remontage de la feuille de face sur la monture La feuille de face sera réintégrée progressivement sur la monture. Les plis et contre-plis seront ôtés du fond tendu en veillant à laisser sur l‟un de leur côté latéral une fine marge de leur feuille de doublage. Ces dépassants serviront de charnières, se collant au verso de chaque pli et contre plis consécutifs, de façon à reconstituer la feuille. Seuls les bouts de la monture seront collés et fixés au milieu des plis de la feuille. La colle utilisée est déterminée dans la partie scientifique de ce mémoire92. Les bouts seront collés au fur et à mesure du plissage de la feuille en s‟assurant de la régularité des contours lorsque la monture est complètement pliée. La pose d’un sinet Le sinet de l‟œuvre est très endommagé et quasiment inexistant. Cet élément est néanmoins essentiel à la sauvegarde de l‟éventail, car il est le seul maintien des feuilles entre elles et il empêche les particules de se déposer à l‟intérieur des deux feuilles. Il sera donc reproduit à l‟identique avec une bande de papier japonais de 15g/m² teinté puis sera fixé à la KlucelG de façon totalement réversible.

II/ La monture Nettoyage de la monture Le nettoyage se fera avec un textile doux (chiffon microfibre), puis de l‟eau déminéralisée. L‟utilisation de salive synthétique est envisageable car elle est plus visqueuse que l‟eau, ce qui limite la pénétration, et contient plusieurs types d‟enzymes qui détruiront les nombreux dépôts polluants de natures différentes. Elle sera immédiatement séchée après son nettoyage afin de limiter les réactions hygroscopiques de l‟os. Restauration Des tests seront effectués pour déterminer quelle est la colle la plus efficace pour refixer les nombreuses fissures de la monture. Pour s‟assurer de leur bonne planéité et de leur maintien lors du séchage, un support de montage constitué de lamelles de mousse polyester sera réalisé.

92

Voir p. 69

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~ 141 ~

2eme partie: Restauration de l’éventail Considérant les caractéristiques en 3D de l‟objet et la fragilité de ses brins, un support a été réalisé en découpant des lamelles de Plastazote 93 d‟une épaisseur de 5 mm. Leur superposition variable permet de supporter chaque brin lors de son traitement. Ce matériau neutre et souple permet un soutien idéal lors de l‟application des différents traitements en évitant toute sollicitation contraignante de l‟objet. Le conditionnement Avant toute intervention directe sur l‟objet, il est essentiel de s‟assurer que le conditionnement provisoire dans lequel il sera rangé durant la période de la restauration ne présente aucun danger. A ce titre, l‟intérieur de la boîte en carton prêtée avec l‟éventail a été revêtu de papier permanent. Découpé sur mesure de façon à ce qu‟il recouvre les bords latéraux, inférieurs mais également supérieurs, il assure la neutralité de l‟environnement. Ces conditions étant provisoires, il n‟a pas été jugé nécessaire de coller ce revêtement aux parois de la boîte, celleci pouvant être réutilisée par sa propriétaire par la suite.

154. Revêtement en papier permanent seul (à gauche), conditionnement temporaire complet (à droite) La feuille a été enroulée dans de l‟Intissé maintenu par une bandelette de même nature. Cette dernière permet de maintenir l‟éventail clos, sans le contraindre. Deux bandes de Plastazote (neutres et non abrasives) sont placées à cheval au dessus de la monture de l‟éventail. Elles amortissent les éventuels chocs lors de manipulations de la boîte.

93

Les fiches techniques de tous les produits utilisés dans cette partie se trouvent en Annexes p. 191

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~ 142 ~ A/Le dépoussiérage Le dépoussiérage est une opération essentielle mais délicate. La technique est craquelée aux endroits où elle a été appliquée en épaisseur et a tendance à se désolidariser (notamment sur les arabesques qui encadrent l‟illustration). Pour cette raison, un pinceau peu large (12mm) aux poils synthétiques très souples94 a été choisi pour un dépoussiérage général léger, et l‟utilisation d‟un pinceau plus étroit (6mm) et aux poils moins souples95 a complété cette intervention dans les zones les plus poussiéreuses (les plis de chaque feuille par exemple). De cette façon, les particules volatiles

155. Dépoussiérage à l’aide d’un pinceau souple

ont été évacuées de l‟éventail. B/Le gommage Le gommage complète le dépoussiérage en intervenant sur les particules incrustées à la surface du document. Etant donné les différentes contraintes imposées par l‟objet telles que sa fragilité et sa structure, les gommes utilisées devaient répondre à certains impératifs : 

ne pas nécessiter de passages répétés de façon à préserver la technique graphique,

ne pas contraindre les brins (malgré la présence de la Plastazote)

ne pas laisser de dépôts dans les plis et zones abrasées de l‟objet. Les gommes Wishab96 et gomme crayon Faber Castel ont été sélectionnées : la première, douce et efficace dès son premier passage permet un bon gommage de fond, tandis que la seconde permet d‟intervenir de façon très locale sur les zones le nécessitant. Elle a été utilisée sous loupe binoculaire.

157. Application de la gomme Wishab

156. Utilisation de la gomme crayon

94

Pinceau de marque DA VINCI n°12 ; 374 Pinceau de marque LEONARD n°4, Synthetic 20 UB 96 Gomme éponge en latex blanche, la gomme Wishab jaune étant suspectée de laisser des dépôts sulfurés dans le document 95

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~ 143 ~ C/ Le démontage de la feuille de face Traditionnellement, seuls les plis des feuilles sont collés à la monture au niveau des bouts. Afin de retirer la feuille de face, il faut parvenir à décoller ces zones. Pour cela, différentes méthodes ont été utilisées, s‟adaptant aux particularités et difficultés rencontrées. Considérant la mixité des matériaux constituants cet éventail, la différence de leur comportement hygroscopique, ainsi que le fait que les versos des deux feuilles n‟ont pas été nettoyés, le maintien d‟un milieu sec est favorisé. La première méthode appliquée consiste donc à utiliser des spatules italiennes et des scalpels.

158. Retrait de la feuille avec une spatule italienne (à gauche)et un scalpel (à droite) Néanmoins cette opération est inefficace dans de nombreuses zones car la colle utilisée pour maintenir la feuille sur les bouts est résistante et de nombreux adhésifs ont été insérés contre le verso des feuilles lors de réparations précédentes.

159. Exemple d’adhésifs sans film (à gauche) et avec un film (à droite) qui fixaient les versos des deux feuilles ensemble Des tests de retrait en milieu aqueux ont été mis en place, qui se sont avérés concluants. La technique graphique étant sensible à l‟eau, l‟humidification s‟est faite de façon indirecte, à l‟aide d‟un Goretex97. La membrane de ce dernier protège le document d‟un contact avec l‟eau tout en laissant les vapeurs humides atteindre les zones ciblées. Après différentes tentatives, il s‟est avéré que cette opération présente une efficacité optimale lorsqu‟on la laisse agir de 15 à 20 minutes.

97

160. Action du goretex sur un recto collé à son verso

Membrane ne laissant passer que l‟humidité en garantissant une absence de contact direct avec le liquide.

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~ 144 ~

La membrane plastique du goretex est mise en contact avec le document tandis qu‟un

buvard humide est placé sur sa partie

duveteuse. Le tout est maintenu sous Mylar et sous poids de façon à optimiser l‟humidification.

161. Résultat après le décollage Dans trois cas, la colle introduite lors de réparation précédente fixait en plein un pli de la feuille de face avec son correspondant de la feuille de dos. La colle était particulièrement rigide et la désolidarisation à sec comme en milieu aqueux entraînait une dégradation du papier de face. Il a donc été choisi de séparer la peau de chevreau de son doublage en papier mécanique (leur fixation étant réversible à sec) à l‟aide d‟une spatule italienne. Cette méthode permet de préserver la feuille de face, sans altérer la feuille de dos. La surépaisseur de la feuille de face a ensuite été humidifiée à l‟eau puis grattée au scalpel lors d‟un nettoyage et la

162. Retrait à sec du doublage de la peau de chevreau

feuille de dos sera redoublée. Lorsqu‟ils ont été démontés, les plis et les contre-plis obtenus ont été conservés dans de petites pochettes individuelles numérotées, réalisées en papier Bolloré. Cela les préserve d‟éventuels frottements, permet de ne pas les confondre ainsi que de maintenir ensemble chaque élément d‟un même pli ou contre-pli.

163. Pochettes individuelles numérotées en papier Bolloré

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~ 145 ~ D/ Le nettoyage du verso des feuilles

164. Verso de la feuille de dos après le démontage de la feuille de face Le démontage permet d‟accéder au verso des feuilles et d‟en retirer les impuretés. Pour cela les mêmes étapes qui ont permis le dépoussiérage et le gommage des faces de ces feuilles ont été répétées. 165. Retrait des

166. Retrait des

particules volatiles

particules

au pinceau

incrustées à la gomme Wishab

E/ Le retrait des adhésifs Une fois la feuille de face démontée, il est alors possible d‟accéder aux différents adhésifs présents et de les retirer. Ces éléments sont particulièrement néfastes, car ils sont très instables et leurs détériorations entraînent d‟importantes dégradations (migration de particules dans le papier, création de taches ambrées dues à la cristallisation de l‟adhésif etc.98). Afin de les décoller, différents protocoles ont été suivis s‟adaptant aux difficultés rencontrées.

98

Dussine Emilie. la restauration d’un carnet manuscrit de la seconde guerre mondiale, LE JOURNAL DE BORD DE MARCEL GUAFFI. 2007 ; p87 à 135

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~ 146 ~ 

Retrait à sec : Certains films adhésifs présents sur la peau de chevreau sont supprimés aisément à sec à l‟aide du passage d‟une spatule italienne. Néanmoins tous les autres adhésifs sont fortement fixés au document. Dans ces situations, une intervention mécanique (avec spatule, pince ou scalpel)

167. Retrait à sec du film de l’adhésif

risque d‟altérer la technique graphique ou bien le support lui-même. L‟utilisation de la chaleur est dangereuse également car cette dernière a tendance à faire pénétrer l‟adhésif dans le document. Elle est de plus à

éviter en présence de parchemin ou d‟objets composites. La meilleure alternative consiste donc à utiliser des solvants. 

Retrait à l’aide de solvant

Des tests99 ont été réalisés qui ont permis de déterminer que les films des adhésifs présents en surface des feuilles sont de l‟acétate de cellulose. Les analyses menées sur des adhésifs de même nature ont déterminé que la masse adhésive présente est une résine synthétique du nom de « Polyisobutylène 100» supprimable à l‟aide de Méthyléthylcétone101. L‟application directe de ce dernier présente de nombreux risques pour le document comme la création d‟une auréole, l‟importante rétention de ce solvant dans le support etc. Sa forte toxicité rend également dangereuse cette méthode, car il serait inhalé par l‟utilisateur. Il a donc été utilisé sous forme de gel, absorbé par de la Méthylcellulose à 15%. Cet état permet de limiter la diffusion latérale du solvant, et plus généralement, de mieux la contrôler. Mélinex Gel Intissé Adhésif Document 168. Schéma du montage de traitement

99

Voir p. 131 voir p 99 et 101 du mémoire de Dussine Emilie la restauration d’un carnet manuscrit de la seconde guerre mondiale, LE JOURNAL DE BORD DE MARCEL GUAFFI. 2007 101 Idem, p 126 100

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~ 147 ~ Une couche de gel épais a été répartie sur les zones à traiter au travers d‟un non-tissé aux fibres espacées. Ce dernier sert d‟intermédiaire entre le gel et le document, évitant un contact direct. Ce cataplasme a été recouvert de Mylar qui empêche ce 169. Retrait du film

solvant de s‟évaporer trop rapidement. Des tests ont déterminé

que le temps d‟application optimisant l‟efficacité du solvant est en moyenne de 4 minutes. Passé ce délai, le film est ôté à l‟aide d‟une spatule italienne.

170. Résultat obtenu après le décollage des films adhésifs La masse adhésive a cristallisé et jauni entre les fibres du papier de telle manière que son retrait serait dommageable pour la technique graphique ou bien pour le support (dégradation des fibres ou retrait de la couche picturale etc.). Néanmoins un allègement de cette dernière est possible, à l‟aide du passage d‟un coton imbibé de Méthyléthylcétone puis de la pression d‟un buvard qui capte par capillarité l‟excédent de colle. Bien que très limitée, cette opération permet de diminuer les réactions d‟oxydation de cet adhésif dans le document. Les adhésifs présents à l‟intérieur des feuilles possèdent des renforts en papier et non pas plastique. Tous sont sensibles à l‟eau. Ils sont donc délités à sec dans un premier temps, à l‟aide de scalpel. Puis, une fois que la zone est suffisamment fine, elle est très légèrement humidifiée à l‟aide d‟un pinceau à eau, puis délitée avec un scalpel à la lame peu coupante. Une fois que l‟adhésif est visible, il est gratté également très légèrement jusqu‟à son retrait, sans endommager le document sous-jacent.

171. Retrait à sec des films adhésifs en papier

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~ 148 ~ F/ La restauration de la feuille de dos Grace au précédent démontage, l‟état de la feuille de dos ainsi que de son doublage a pu être observé. De nombreuses dégradations se sont alors révélées parmi lesquelles des décollages du doublage, de nombreuses déchirures qui étaient fixées par les précédents adhésifs, ainsi que des zones lacunaires.

Refixage des zones décollées du doublage

172. Zone du doublage décollée de la peau de chevreau Les zones du doublage qui n‟adhèrent plus à la peau de chevreau ont été refixées à l‟aide de Klucel G diluée à 10% dans de l‟éthanol. En effet, la peau de chevreau est très sensible à l‟eau, ce qui justifie l‟emploi d‟un milieu alcoolique. Un pinceau fin est utilisé afin de déposer la colle entre le papier de doublage et la peau de chevreau. La zone est ensuite recouverte d‟un intissé qui permet à un plioir en Téflon d‟appliquer une légère pression sur l‟assemblage sans abîmer les matériaux.

173. Application de la KlucelG à l’aide d’un pinceau fin

Le tout est ensuite laissé sous poids durant une journée.

Renfort des déchirures et comblement des lacunes Les déchirures présentes sur le doublage de la feuille de dos ont été renforcées à l‟aide de bandes de papier japonais fin (Kozo, 9g/m²) de 3 à 5mm de largeur en fonction de la déchirure traitée. Ce dernier est défibré sur ses contours ce qui permet une meilleure adhésivité tout en évitant une surépaisseur. Ces bandes sont encollées sur un buvard de façon à limiter l‟apport d‟humidité avec de la Klucel G diluée à 10% dans de l‟éthanol. Cette concentration offre une adhésion suffisante pour cette intervention, qui est encore optimisée par l‟application du collage avec un plioir en Téflon au travers d‟un intissé, puis la mise sous poids entre intissés, buvard et carte pendant une journée. Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 149 ~

Les lacunes du papier de doublage sont quant à elles comblées à l‟aide d‟un papier japonais de même épaisseur que ce dernier (9g/m²) et avec la même colle. Afin de prendre l‟empreinte de la lacune, le document est posé sur une table lumineuse protégée par un intissé, puis recouvert d‟un Mylar. Le papier japonais choisi pour le comblement y est ensuite déposé. La zone lacunaire est beaucoup plus fine que le reste du pli et apparait donc plus claire grâce à la table lumineuse. Les contours sont alors suivis à l‟aide d‟une pointe, qui les inscrit dans le papier japonais en laissant un débordement de maximum 2mm. Ce tracé est ensuite humidifié à l‟aide d‟un pinceau à eau, ce qui permet la découpe de cette pièce tout en préservant les fibres de ses contours.

174. Prise de l’empreinte de la lacune à l’aide d’une pointe, sur table lumineuse et humidification du tracé à l’aide d’un pinceau à eau

Les fibres sont égalisées au scalpel en laissant un débordement de 2mm. La pièce est ensuite encollée sur un buvard, placée puis appliquée au plioir. Lorsque les lacunes sont situées sur les contours des pièces, les 175. Placement de la pièce sur la zone lacunaire

fibres qui dépassent sont coupées très exactement à la taille du pli. Pour cela un patron a été dessiné puis découpé, en ayant

pris comme modèle un pli en bon état. Celui-ci est ensuite placé sur les zones à recouper, puis les fibres sont taillées au scalpel.

176. Découpe des débordements latéraux de papiers japonais.

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~ 150 ~ Comblement des lacunes de la peau de chevreau La peau de chevreau est la partie visible et décorée de la feuille de dos. Sa restauration doit être la plus discrète possible, donc le comblement de ses lacunes doit être réalisé au « bord à bord », de façon à ce que la pièce s‟intègre très exactement à l‟endroit du manque. Pour cela, la pièce doit être collée en plein sur un support sous-jacent. Celui-ci est le papier de doublage (quand il est toujours présent) ou bien la pièce de comblement (réalisée précédemment). Le papier japonais utilisé pour cette intervention est teinté à l‟acrylique qui est une peinture stable, neutre et très couvrante. La couleur choisie correspond à la teinte la plus claire de la peau de chevreau, néanmoins elle sera réajustée une fois que la pièce sera placée, afin de l‟harmoniser avec son environnement direct. En effet, la peau n‟est pas d‟une teinte parfaitement uniforme, phénomène amplifié par la présence des illustrations ainsi que des adhésifs qui ont marqué ce matériau. Les pièces de comblement ont été réalisées à l‟aide d‟une table lumineuse, puis coupées au scalpel afin d‟être le plus précis possible. La pièce est ensuite collée avec la KlucelG déjà citée, appliquée avec un plioir en Téflon puis mise sous poids entre intissé, buvard et carte.

177. Pièce obtenue après la découpe (à gauche) et résultat du collage (à droite)

Doublage des contre-plis en peau de chevreau Le démontage a parfois nécessité ou laissé apparaître des zones très endommagées qui justifiaient le retrait du précédent doublage. Celui-ci était en très mauvais état, cassant et lacunaire. Il a été retiré à sec, avec un scalpel et une spatule italienne. La peau de chevreau isolée a ensuite été doublée avec un papier japonais préalablement calandré102 afin de le rendre plus souple et qui possède la même épaisseur que celui du doublage original (15g/m²). Une fois le tout fixé à la Klucel G, le séchage s‟est effectué à l‟air libre puis sous poids. 178. Reconstitution du pli dégradé lors de son doublage sur table lumineuse 102

Voir la détermination du choix du papier de doublage et de son traitement en annexe, p. 188

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~ 151 ~ Cas particuliers de restauration de la feuille de dos :  Contre-pli n°29 179. Pli n°29 avant restauration

La déchirure de ce pli courant le long de la tranche du bout sur lequel il est fixé, son renfort et sa reconstitution sont impossibles in situ. De plus ce dernier n‟est fixé à aucun autre contrepli, comme le montre l‟illustration ci-dessus, ce qui rend son démontage et sa manipulation possibles sans dégrader le reste de la feuille. Il a donc été démonté à sec, à l‟aide d‟un scalpel et d‟une spatule italienne glissés entre la feuille et la monture.

180. Pli n°29 après son démontage à sec, vue du recto à gauche et du verso a droite L‟état du doublage de la peau de chevreau sur cette zone est apparu très lacunaire et particulièrement dégradé, il a donc été décidé de le retirer entièrement afin de doubler ce pli avec un papier japonais, comme 181. Verso du pli n°29 une fois l’opération finie

précédemment. Le retrait du papier de doublage a été effectué à sec.

Le pli a ensuite été doublé sur un papier japonais de 15g/m², à l‟aide de Klucel G dans de l‟éthanol, à une concentration de 15%. Le tout s‟est déroulé sur une table lumineuse, protégée par un Mylar, afin de permettre le travail le plus précis possible dans la jonction des deux parties désolidarisées de ce pli.

182. Pli n°29 après son doublage

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~ 152 ~  Pli et contre-pli n°16

Le retrait des adhésifs présents sur cette feuille a révélé de nombreuses déchirures. Celle présente sur le contre-pli n°16 est

particulièrement

importante,

elle

a

provoqué

la

désolidarisation de son tiers inférieur. Le doublage présent sur 183. Contre pli n°16 avant sa restauration

la pièce désolidarisée étant particulièrement lacunaire, il a été également ôté à sec.

La reconstitution de ce contre-pli s‟est réalisée en deux temps : La lacune présente à tout d‟abord été comblée à l‟aide de papier japonais de 15g/m², fixé avec de la Klucel G.

La partie désolidarisée du contre-pli a ensuite été refixée à sa place originale sur la pièce de papier japonais ajoutée, cette dernière lui servant de support et 184. Placement de la pièce de

de nouveau doublage. Cette opération s‟est déroulée sur table lumineuse et à l‟aide de la même colle.

comblement

185. Encollage du papier japonais à la Klucel G (à gauche) et placement de la pièce sur le doublage (à droite), sur table lumineuse

186. Résultat final de la reconstitution du contre-pli n°26

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~ 153 ~ G/ La restauration de la feuille de face Chaque pli et contre-pli a été dépoussiéré à l‟aide d‟un pinceau à poils souples. L‟extrême fragilité de ces pièces n‟a pas rendu possible le gommage qui, habituellement, complète cette première opération.

Doublage sur fond tendu Dans un premier temps, chaque pli et contre-pli ont été doublé indépendamment les uns des autres. Cela permet : -

un travail progressif, plus précis, tout en limitant les déplacements de ces pièces.

-

le remontage de la feuille in-situ sur la monture, en vérifiant à tout moment que l‟éventail se ferme correctement et de façon homogène.

-

Un meilleur renfort des déchirures entre chaque pli au moment du remontage de la feuille

Des tests ont alors été effectués afin de déterminer la nature de la colle utilisée, le grammage et la nature du papier de doublage utilisés103. Leurs résultats ont démontré que l‟amidon de blé Zin Shofu allié au papier japonais de 15g/m² préalablement calandré produisait le meilleur doublage possible pour cette intervention (bonne adhésivité, souplesse, peu d‟épaisseur ajoutée et très réversible).  Préparation du Fond Tendu : Une vitre en verre a été recouverte d‟un Mylar, puis d‟un papier japonais de 15g/m² préalablement calandré. De l‟eau osmosée104 y a été pulvérisée, afin de relaxer le papier et de le tendre sur cette surface lisse, chassant 187. Fond tendu réalisé

les bulles et les plis. Les 4 bords de cet assemblage ont été maintenus fixés à la vitre

à l‟aide d‟un papier gommé enduit au préalable de colle plastique (PVA), appliqué sur les pourtours de la vitre. Le tout a été laissé sécher une journée.

103 104

Voir annexe p. 186 Eau dépourvue de tout polluant, au pH neutre.

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~ 154 ~ Parallèlement, la colle d‟amidon de blé a été préparée de façon traditionnelle, puis diluée jusqu‟à obtenir une suspension laiteuse105.  Réalisation du doublage sur fond tendu Le fond tendu a été placé sur une table lumineuse afin de faciliter la reconstitution des plis morcelés. Le papier d‟œuvre n‟a été ni humidifié ni encollé, car les techniques graphiques sont très fragiles et sensibles à l‟humidité et qu‟il est impératif de limiter au maximum la déformation de ces pièces. Seule la zone du doublage sur le fond tendu a été enduite de colle, puis la pièce de l‟éventail y a été positionnée, aplanie et appliquée sous un intissé et un buvard avec un plioir en Téflon. Une quantité minimale de colle a été apportée de façon à limiter l‟apport d‟humidité et d‟épaisseur à l‟éventail. 188. Application au travers d’un Bolloré et d’un Buvard (à droite) Lors de leur doublage, chaque pli est reconstitué individuellement. L‟utilisation de la table lumineuse permet de repérer les zones de chevauchements entre les différentes parties assemblées de ces derniers, ainsi que les zones lacunaires. Chaque jonction peut donc être réalisée au bord à bord. Les lèvres des déchirures ont également été ajustées. La régularité des pliures est assurée à l‟aide d‟une règle, servant à aligner les zones de jonction entre chaque pli.

Après

l‟application, le tout est laissé sécher à l‟air libre pendant une journée. 189. Pli avant le doublage

190. Pli après doublage

191. Fond tendu en cours de réalisation

105

Voir annexe p. 190

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~ 155 ~ Retrait des anciennes interventions présentes sur le recto de la feuille Après avoir fait des tests, il est apparu que les repeints étaient sensibles à l‟eau. Ils ont donc été retirés à l‟aide d‟un coton fin légèrement humide. L‟utilisation de lunettes grossissantes a permis de s‟assurer de l‟innocuité de cette opération sur l‟éventail. Les repeints étant souvent réalisés sur des pièces ajoutées (chevreau, papier etc.), elles ont été retirées aisément à l‟aide de l‟humidité. Il est curieux d‟observer le comblement des lacunes de la feuille de face (en papier) avec de la peau de chevreau. L‟usage de ce matériau pour ces réparations indique que la réparation s‟est effectuée au plus tard à la fin du 19 e siècle et qu‟elles ont probablement été réalisées par un professionnel (restaurateur ou éventailliste). Bien qu‟il soit dommage de retirer ces éléments du passé, le choix de la propriétaire de l‟œuvre était de retrouver l‟esthétique de l‟éventail, or ces repeints s‟étaient décolorés dans le temps et rendaient la lecture difficile en plus de dégrader visiblement la feuille.

192. Retrait des anciennes retouches (à gauche) et des pièces ajoutées (à droite)

Le retrait de ces réparations a laissé apparaître de nombreuses dégradations (lacunes du papier camouflées sous les pièces de comblement etc.)

Comblement des lacunes Un papier de comblement occidental a été choisi afin de respecter l‟intégrité du document dont la feuille de face a été réalisée en Europe106. Une feuille de papier Ruscombe de 45g/m² a été sélectionnée, réalisée selon les critères souhaités par les ateliers de restauration de la Bibliothèque Nationale de France : être permanent, neutre et stable : le pH de ce papier est de 8,3. Cette légère alcalinité est idéale pour la conservation de l‟œuvre. Il a de plus la même épaisseur que le papier d‟œuvre, comme il a été vérifié à l‟aide du pied à coulisse numérique. 106

Voir partie Historique p. 38

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~ 156 ~ De plus, sa teinte « pierre » est utile à la retouche, car elle correspond à la palette utilisée pour l‟illustration de la feuille de face. Les pièces de comblement ont été coupées sur-mesure à l‟aide de la table lumineuse, de façon à ce qu‟elles soient uniquement fixées sur le doublage et restent indépendantes de la feuille de l‟éventail. En cas de variations hygrométriques, ces éléments apportés ne contraindront en aucun cas cette dernière. Une « marge d‟erreur » est volontairement réalisée lorsque la pièce se trouve sur une extrémité du pli. Celle-ci sera recoupée avec précision avant le remontage des feuilles. Elle est ensuite encollée avec de la colle d‟amidon de blé, posée sur un Buvard qui permet d‟absorber l‟excédent de colle. La pièce est ensuite positionnée à l‟aide d‟une table lumineuse.

193. Dessin de l’empreinte de la lacune du pli (à gauche) puis pli après son comblement (à droite).

Les plis présents sur les extrémités de la feuille ont été particulièrement endommagés. Les réparations qu‟ils ont subies n‟ont pas contribué à leur bonne conservation. Le retrait des adhésifs ainsi que des pièces de comblement a révélé d‟importantes pertes de matières, notamment sur le long des pliures déchirées. Pour s‟en rendre compte, une empreinte d‟un pli complet a été prise sur un papier Bolloré très fin. Lorsqu‟il est superposé au pli doublé, sur la table lumineuse, alors apparaissent les zones lacunaires le long des bordures des plis. Ces zones ont donc été

194. Empreinte réalisée sur un papier Bolloré.

comblées en suivant la même méthode que précédemment.

195. (de g. à d.)Prise de l’empreinte des lacunes latérales grâce à la superposition du papier Bolloré au pli, puis pièce après son comblement.

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~ 157 ~ Retouche Chromatique La retouche chromatique permet de rendre à l‟objet son unité visuelle, ainsi que d‟améliorer sa lecture et donc sa compréhension. De plus, selon les volontés de sa propriétaire, cet objet est destiné à l‟exposition parmi les autres éventails de la collection de la famille Hoguet. Une grande attention est donc portée à son esthétique et la retouche illusionniste est le choix qui a été fait pour la restauration de tous les éventails qu‟elle possède. Les lacunes présentes sur cet éventail sont de petites tailles et ne concernent que des détails du décor, les éléments qui 196. Pli avant retouche

les encadrent permettent de reconstituer aisément le sens de l‟œuvre, sans laisser de place à l‟improvisation.

197. Pli après retouche

La retouche a été réalisée une fois que toutes les lacunes ont été comblées et après une journée de séchage à l‟air libre.

Chaque zone a été préalablement encollée légèrement à la

Méthylcellulose à 5%, afin de garantir la réversibilité de la procédure. L‟acrylique107 a été choisi afin de réaliser cette dernière, en raison de ses nombreuses qualités : 

elle est stable dans le temps et à la lumière

Elle est immédiatement réversible à l‟éthanol (ce solvant n‟endommageant pas par ailleurs la technique originale de l‟œuvre, et ne retirant pas la protection de Méthylcellulose)

elle a un fort pouvoir couvrant et est légèrement brillante, comme l‟est elle-même la surface de cette feuille

107

Sa large gamme de teintes permet une optimisation de la retouche

« Flashe » et « Golden » ( lefranc & bourgeois) cf. Annexes p. 191

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~ 158 ~ Elle a été appliquée à l‟aide de pinceaux fins108 et sous lunettes grossissantes, afin de s‟assurer de la précision des traits. De plus elle a été réalisée à la lumière naturelle, afin de garantir la fidélité des teintes. La présence du fond tendu permet un meilleur confort de travail et de s‟assurer de l‟entière planéité du document. Les pièces de comblement

communes

à

deux

plis

seront

retouchées avec précision une fois que l‟éventail aura été remonté entièrement, afin de respecter la progression des teintes entre ces deux éléments.

198. Pli avant retouche

199. Pli après retouche

200. Retouche au crayon de couleur

Afin de parfaire la retouche, l‟utilisation d‟un crayon de couleur Faber Castel a été parfois nécessaire afin de reproduire l‟effet « crachetis » de la lithographie. Il est important de noter que cet objet a perdu l‟un de ses contre-plis complet qui représentait, si l‟on se fie aux plis qui l‟encadrent, le visage d‟une dame. Comme aucun élément ne nous permet de reconstituer ce pli, il a été décidé, en accord avec la propriétaire de l‟éventail, qu‟il 201. Pli avant retouche

serait remplacé par un papier vergé de même nature teintée de façon à ce qu‟il n‟attire pas le regard (cf. p.168).

202. Pli après retouche

La retouche chromatique marque la fin de la restauration individuelle de chacun des plis et des contre-plis. La restauration des feuilles se poursuit par leur remontage sur la monture, nécessitant que la restauration de cette dernière soit réalisée au préalable. 108

Pinceaux n° 8 et 670 (manet major) ainsi que n°000 et n°0000

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~ 159 ~ H/ La restauration de la monture Dépoussiérage et nettoyage Cette première étape consiste à retirer les impuretés diverses présentes sur la monture. En effet, les brins constituant la gorge sont très noircis et quelques taches apparaissent. Le nettoyage permet donc de retirer ces particules potentiellement oxydantes, abrasives et toxiques. De plus, cela rend à l‟os son aspect originel qui ne manquera pas de mettre davantage en valeur les feuilles qu‟il accompagne. Le dépoussiérage se réalise à l‟aide d‟un pinceau fin aux poils souples, passé uniformément sur toute la monture. Néanmoins cela ne retire que les particules volatiles de surface. Le nettoyage complète l‟assainissement de la gorge, à l‟aide d‟une solution de salive synthétique. Cette solution est spécifique à ces opérations et ne présente aucun danger pour le matériau109. Les enzymes qu‟elle comporte nettoient l‟os en profondeur,

agissant très rapidement. La

solution est préparée selon les prescriptions du fournisseur (2g de poudre enzymatique sont dilués dans 1 L du liquide fourni, à chaud.) puis un coton fin en est imbibé. Un léger frottement suffit à faire réapparaitre la blancheur initiale, noircissant immédiatement le coton. Après son passage, la zone est rincée avec un coton fin imbibé d‟eau puis séchée à l‟aide d‟un dernier coton, afin d‟empêcher l‟os (matériau très poreux et hygroscopique) d‟absorber l‟humidité apportée. Cette opération est reproduite autant que nécessaire, jusqu'à ce que le coton ne se colore plus.

203. Nettoyage de l’os à l’aide

204. Résultat du nettoyage du

de solution enzymatique

Panache

109

Voir mémoire de DAVID Abigaël Quand les plis doivent garder leur secret. Conservation-Restauration d’un éventail à système du XIXe siècle. 2007.

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~ 160 ~  Nettoyage du verso des panaches Le démontage des plis fixés sur les panaches a laissé des résidus, ces zones étant largement encollées à la colle de pâte. Ces résidus sont récupérés à l‟aide d‟un scalpel, puis conservés en l‟état dans une pochette Mylar, comme défaits.

205. Retrait des résidus à l’aide d’un scalpel puis nettoyage à la

206. Conservation

salive synthétique

des résidus

 Nettoyage des Bouts Après le retrait de la feuille de face, quelques résidus sont restés collés aux bouts en bois. Afin de permettre une meilleure fixation lors du remontage de cette feuille, ces zones sont nettoyées. A l‟aide d‟un pinceau à eau, les résidus sont humidifiés, réactivant la colle qui les maintenait. Un grattage léger au scalpel ou à la spatule italienne permet de tout retirer sans difficulté.

207. Nettoyage d’un bout au scalpel (à gauche), bout nettoyé (à droite)

La restauration de la Gorge

La restauration a débuté par le retrait des quelques adhésifs présents sur les brins. Cette opération se réalise à sec, à l‟aide d‟un scalpel et d‟une pince.

208. Retrait d’un adhésif au scalpel

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~ 161 ~ Très souvent, l‟adhésif était destiné à maintenir les lèvres d‟une déchirure présente sur la feuille et débordait sur la gorge. Néanmoins, dans deux cas les adhésifs renforçaient la monture : le premier pour renforcer une fissure, le second pour maintenir en place l‟extrémité d‟un brin rompu au 209. Brin fissuré

niveau de son épaule110. Afin de restaurer ces deux éléments, un mastic constitué

210. Brin

de poudre de marbre, d‟Evacon-R ainsi que de pigments naturels mélangés à

brisé

de l‟eau a été réalisée. L‟Evacon-R présente de nombreux avantages, dont la réversibilité à l‟eau, l‟absence de dégagements acides et une grande souplesse. La poudre de marbre est une charge stable dans le temps et est parfaitement neutre. Les pigments sont utilisés afin de réaliser un comblement discret qui ne nuira pas à l‟esthétique de l‟œuvre. Cette pâte est appliquée dans la fissure à l‟aide d‟une spatule italienne, puis laissée séchée sous poids (afin d‟assurer le maintien de la planéité du brin).

211. Brins après leurs restaurations

Nettoyage des miroirs sorcières

212. (de g. à d.) Miroir du panache avant et après son nettoyage Les miroirs, empoussiérés, ne permettaient pas d‟observer un quelconque reflet. Ils ont été nettoyés à l‟aide d‟eau osmosée appliquée sur un coton fin. Les miroirs ont retrouvé leur aspect original auquel se sont ajoutées des piqûres rousses dues à leur ancienneté.

110

Voir lexique p. 176

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~ 162 ~ I/ Le remontage des feuilles sur la monture

Différents tests ont été menés afin de déterminer quelle était la colle la mieux adaptée au remontage des feuilles de cet éventail sur sa monture 111. Il est apparu que la KlucelG diluée à 15% dans l‟éthanol présentait des caractéristiques très intéressantes : -

Le collage est souple et réversible

-

L‟apport d‟humidité minime permet de limiter les déformations des feuilles et

les

risques d‟auréoles -

La dilution se faisant dans de l‟éthanol, il n‟y a pas de risque de réactivation des techniques graphiques

-

Le séchage rapide à l‟air libre évite la mise sous poids

-

Le film relativement mat permet une discrétion absolue du collage, même en

cas

de migration de la colle. Afin de renforcer son pouvoir adhésif, le papier japonais a été préencollé avant son application finale. Ce dernier est de 10g/m², alliant la finesse du papier japonais à sa grande résistance. Le Remontage de la feuille de dos :

Dans un premier temps, un patron de cet éventail a été réalisé avec une carte neutre sur laquelle ont été reportés les repères des extrémités de l‟objet. Ce support sert de référence lors du remontage de la feuille de dos, permettant de s‟assurer de la régularité du remontage des feuilles et de leur correct alignement.

213. Disposition de l’éventail sur la carte

111

214. Traçage du patron de l’éventail

Voir Annexe p. 186

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~ 163 ~ Les contre plis ont été refixés progressivement, en reconstituant la feuille de gauche à droite. Des bandes de papier japonais (Kozo, 10g/m²) préencollées avec de la Klucel G diluée à 10% dans de l‟éthanol ont été utilisées comme charnières. Ces dernières ont été coupées à l‟eau de façon à conserver les fibres sur leurs tranches. L‟assemblage est ensuite recouvert d‟un intissé puis appliqué à l‟aide d‟un plioir en téflon. La pression exercée permet d‟améliorer l‟adhésivité du collage. Ces opérations se déroulent sur des couches de Plastazote de 5mm d‟épaisseur dont l‟empilement compense les 215. Contre pli avant son remontage

différents dénivelés de l‟éventail.

Après chaque collage, la feuille est immédiatement refermée afin de recréer

le pli original. La régularité de la reconstitution est contrôlée systématiquement, en s‟assurant que ni la feuille ni les brins de la monture ne présentent de mauvais alignement lorsque l‟éventail est fermé. Une fois ré-ouverte, la feuille est posée sur le patron afin de confirmer la régularité et l‟homogénéité du remontage. Les débordements de papier japonais sont ensuite coupés au scalpel.

216. Découpage des débordements de papier japonais

217. Résultat final

Lorsque le pouvoir adhésif de la KlucelG n‟est pas suffisant et que des « ressauts » apparaissent sur les lèvres des déchirures lors de l‟ouverture de l‟éventail, alors de très fines bandes de 3mm de largeur sont coupées dans du papier japonais de 7g/m² (presqu‟invisible à l‟œil nu). Ces bandes sont fixées sur les déchirures, au recto de la feuille de dos, avec de la KlucelG diluée à 15% dans l‟éthanol. Cette double protection, invisible, garantit un meilleur maintien de cette feuille lors de la

218. Protection de surface des plis le nécessitant

manipulation de l‟éventail. Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 164 ~  Cas particuliers Certains plis et contre plis avaient nécessité un doublage. C‟est le cas du pli n° 29 qui, de plus, a du être désolidarisé de la monture afin d‟être restauré 112. Son remontage a donc nécessité quelques modifications : Dans un premier temps, l‟extrémité basse de son doublage a été coupée « bord à bord » avec un scalpel en suivant le modèle réalisé sur le patron. En effet sa bordure inférieure, très dégradée, ne permettait pas une découpe précise.

218. Découpe du bord inférieur Ses extrémités latérales ont ensuite été coupées à l‟eau en préservant une marge de 4 mm, puis encollées à la Klucel G. Le pli a ensuite été remonté sur la feuille, fixé aux contre-plis qui lui correspondent. Une fois le remontage de la feuille réalisé,

219. Après la reconstitution de la feuille et son pliage.

les plis ont été reformés. Afin de refixer le pli sur la monture, l‟éventail a été replié en veillant à respecter l‟alignement du brin vacant sur le reste de la monture. Le bout a ensuite été encollé très légèrement d‟amidon de blé épais, puis laissé sécher quelques secondes afin de limiter l‟apport d‟humidité apporté à la feuille lors de ce remontage. La feuille a ensuite été repliée sur le bout encollé. Une légère pression appliquée au plioir en Téflon l‟y a fixé durablement. Les débordements de papier japonais sont ensuite coupés au scalpel, au raz du sinet.

220. Application du pli contre la monture durant le collage 112

221. Résultat final du refixage du pli sur la monture

Voir p. 151

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~ 165 ~

222. RĂŠsultat recto( ci-dessus) et verso (ci-dessous) du remontage de la feuille de dos

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~ 166 ~ Remontage de la feuille de face : Dans un premier temps, chaque élément de la feuille de face a été retiré du fond tendu sur lequel il a été laissé sécher pendant plusieurs semaines. Des marges de 4mm de papier japonais ont été épargnées sur les extrémités latérales des plis. Les contre-plis ont été démontés en coupant le fond tendu le long de leurs contours.

223. Pli et ses dépassants L‟éventail a ensuite été placé sur une table lumineuse, de façon à ce que les jointures de la feuille de dos apparaissent par transparence. La feuille de face a été reconstituée à l‟identique de la feuille de dos, en partant de son extrémité gauche jusqu‟à sa droite. Chaque pli a tout d‟abord été fixé au bout qui lui correspond, en veillant à ce qu‟il corresponde à son pendant de la feuille de dos. De l‟amidon de blé a été utilisé pour fixer la feuille sur les bouts en bois, conformément à l‟étude scientifique qui a été menée précédemment113. Cette colle a un excellent pouvoir adhésif, ne provoque pas de déformation du papier ni du bois visible à l‟œil nu et ne nécessite pas de mise sous poids

224. Pli placé sur le bout de la monture, sur la table lumineuse

lors du séchage. Elle a donc pu être apportée en très petites quantités, aux extrémités du bout en bois et en son centre.

Dès que deux plis ont été remontés, le contre-pli qui les complète est alors collé sur les dépassants de papier japonais présents, avec de la Klucel G diluée à 10% dans de l‟éthanol. Une fois cette opération réalisée, l‟éventail est immédiatement refermé afin de recréer le pli original et de s‟assurer de la régularité du remontage. 225. Positionnement du contre-pli 113

Voir p. 69

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~ 167 ~

226. Eventail dont la feuille de face a été remontée J/ Comblement et retouche chromatique du contre-pli manquant Une fois que les deux feuilles ont été refixées à la monture, il est alors possible de réaliser le contre-pli manquant du recto de l‟éventail. Afin de respecter l‟intégrité de l‟œuvre et de permettre de réaliser une restauration illusionniste, un papier vélin de 0,10mm d‟épaisseur (très légèrement inférieur à celui de l‟œuvre qui mesure 0,11mm d‟épaisseur) neutre et stable dans le temps a été sélectionné chez Atlantis114. Bien que ses fibres soient plus courtes et qu‟il soit donc moins souple qu‟un papier japonais, l‟utilisation de ce matériau ne présente aucun risque pour l‟œuvre puisqu‟il a été fixé uniquement sur les bandes de papier japonais laissées en bordure des plis de l‟éventail, et en aucun cas directement collé à l‟œuvre. En cas de déformation excessive due à des contraintes hygrométriques, non seulement ce papier de faible grammage n‟imposera pas son comportement à l‟éventail, mais les bandes de papier japonais utilisées comme charnières agiront comme matériaux « tampons ». Ce papier, sélectionné dans la partie scientifique de ce mémoire (voir p 73) possède la même composition que celui de l‟éventail. Il a tout d‟abord été teinté à l‟acrylique légèrement brillante qui est une peinture stable. La couleur choisie pour réaliser ce fond est neutre et reprend la tonalité générale de la zone à combler. Puis, le papier a été coupé à l‟exacte mesure des plis de cette feuille à l‟aide d‟un papier calque, de façon à ce qu‟il s‟intègre dans la feuille sans créer d‟irrégularité lors du pliage. Il a ensuite été collé à l‟aide de

227. Choix de la teinte de fond

Klucel G diluée à 15% dans l‟éthanol, garantissant une bonne souplesse, un apport d‟humidité limité et une bonne adhésivité. 114

Papier « Rag Endleaf » de 120g/m², fait à 100% de fibres végétales (coton). Voir annexes p. 194

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~ 168 ~ La retouche chromatique s‟est ensuite effectuée à l‟aide de crayons de couleur Faber Castel. En effet, l‟utilisation d‟une estompe permet de créer des aplats homogènes et les grains très fins du papier aident à reproduire l‟effet 228. Pièce de comblement placée dans la feuille

« moucheté » de la lithographie originale. De plus, ils ne nécessitent aucun apport d‟humidité et restent réversibles avec un simple gommage. Cette méthode présente donc

les qualités adéquates à cette intervention. L‟objectif de cette retouche chromatique n‟est en aucun cas de réaliser un pli qui n‟existe plus et dont il n‟existe aucune trace connue, mais bien de rendre sa lisibilité à l‟œuvre. Cet éventail ayant pour but d‟être exposé dans le musée de Paris, il ne faut pas que sa restauration soit visible, ni que le pli manquant attire le regard. Afin de

229. Retouche chromatique en cours de réalisation

respecter ces conditions, chaque trait original rompu par la lacune a été poursuivi puis estompé sur le contre-pli reproduit. Le visage manquant n‟a cependant pas pu être dessiné, néanmoins la zone le supportant a été très peu travaillée. Cela laisse la possibilité de le reproduire ultérieurement, si sa trace est retrouvée dans des documents tels que des catalogues d‟éventaillistes, d‟imprimeurs etc. La bordure a été reproduite à l‟acrylique, afin d‟obtenir la même opacité et un contraste similaire au reste de cette feuille. Une zone a été décalquée dans la séquence originale de cette dernière, puis reproduite sur le contre-pli. La présence de ce liseré rend son unité visuelle au recto de l‟éventail, qui sera complétée par la pause du sinet à venir. 230. Retouche chromatique de la feuille de face terminée

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~ 169 ~ Le contre-pli manquant de la feuille de dos a été réalisé avec du papier japonais de même épaisseur que cette dernière. En effet, il a été jugé préférable de ne pas utiliser de peau de cygne115 pour réaliser ce comblement, car ce matériau est non seulement très difficile à trouver, mais il est également malaisé à teinter et son aspect (couleur, grains etc.) est très différent d‟une peau à l‟autre : cela empêche donc la restauration illusionniste de cette feuille. De plus, ce matériau ne correspond pas aux conditions de la restauration d‟arts, car il n‟est ni neutre, ni stable dans le temps. Le papier japonais selectionné (Kozo, 30g/m²) a été également pré-teinté à l‟acrylique de la couleur de la peau de chevreau. Le papier a ensuite été coupé à des dimensions légèrement supérieures à celle d‟un contre-pli de l‟éventail, en préservant ses fibres sur ses bords latéraux. Le tout a

231. Comblement de la feuille de dos de l’éventail

été fixé à la feuille de dos avec de la Klucel G diluée à 15% dans de l‟éthanol, afin de ne déformer ni le papier de comblement, ni la feuille de l‟éventail. La retouche chromatique finale s‟est réalisée aux crayons de couleur également, ces derniers préservant l‟œuvre de tout apport d‟humidité. De plus, le comblement en papier japonais présentant de longue fibre et un très faible encollage, cela rendait

232. Retouche en cours de réalisation

difficile une retouche à la peinture

qui aurait fusé. A ces éléments s‟ajoute la présence de la feuille de face, au dos de celle-ci, qui aurait pu être dégradée également lors de la retouche chromatique à la peinture. Les mêmes conditions de retouches ont été appliquées sur cette feuille :

233. Etat final du contre-pli réalisé

chacun des traits rompus a été reproduit, les teintes déjà engagées ont été poursuivies tout en veillant à n‟ajouter aucun élément nouveau à la feuille. La bordure a une fois de plus été reproduite en décalquant un élément déjà existant de la feuille originale. Les autres zones endommagées de la technique graphique ont été recouvertes par un papier japonais de 5g/m² (invisible) collé à la KlucelG diluée à 10% dans l‟éthanol. Ils ont été ensuite retouchés au crayon de couleur, très légèrement. 115

Peau de chevreau d‟une immense finesse qui ne se fabrique plus de nos jours.

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~ 170 ~ K/ Remontage final de l’éventail Pose du sinet : Une fois que la feuille a été entièrement restaurée, le sinet peut être déposé. Le sinet est un élément essentiel de l‟éventail, car il est le seul lien unissant les deux feuilles entre elles. Il en renforce les propriétés mécaniques de l‟éventail, le préservant des éventuelles déchirures apparaissant durant son ouverture et sa fermeture à l‟endroit de chacun des plis. Il est donc essentiel que cet élément soit non seulement très souple et résistant, pour ne pas gêner l‟utilisation de l‟œuvre, mais également très fin : il ne faut pas rapporter d‟épaisseur supplémentaire à cet objet. En outre, le sinet original de l‟éventail est très lacunaire et dégradé. Il est rompu sur toute sa longueur et ne maintient plus aucune des deux feuilles ensemble. Il a donc été décidé de le couvrir par un nouveau sinet, en utilisant de la Klucel G diluée à 15% dans l‟éthanol qui ne présente aucun danger pour l‟éventail, est réversible et permet de preserver les restes de cet élément. Un papier japonais Kozo de 20g/m² a donc été sélectionné, puis teinté à l‟acrylique à la couleur du sinet actuel. Des mesures ont été effectuées qui ont permis de constater que le sinet visible sur la feuille de face était d‟un milimètre de largeur tandis que celui

234. Pose du sinet

présent sur la feuille de dos était assez irrégulier et oscillait entre 3 et 4 milimètres. Afin de ne pas couvrir exagérément la feuille de dos de l‟œuvre, il a été décidé que le sinet mesurerait 3mm sur cette feuille, et 1mm sur le recto de l‟éventail, conformément à sa mesure originale. Une bande de 4mm de large a donc été coupée dans le papier teinté, puis appliquée progressivement à la Klucel G sur l‟extrémité de l‟éventail. Pour un meilleur confort de travail, la bande est tout d‟abord encollée sur quelques centimètres suivie de la zone à couvrir de l‟œuvre. Une fois le sinet correctement placé, il est appliqué avec un plioir en teflon. L‟éventail est ensuite immédiatement refermé, afin de marquer le pli tandis que le collage est encore « frais » et ne présente aucune résistance. 235. Recto et verso de l’éventail après la pose du sinet

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~ 171 ~ Remontage final : Pour finir, les panaches et contre-panaches ont été encollés d‟amidon de blé épais, en très fine couche afin de limiter l‟apport d‟humidité aux feuilles. Les extrémités de celles-ci y ont été fixées, s‟assurant de respecter la régularité de la feuille et de la monture de l‟éventail lors de son pliage. Le tout a été appliqué avec un plioir en Téflon.

236. Recto et verso de l’éventail après sa restauration Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 172 ~

Conclusion La restauration de cet éventail a été très formatrice car j‟ai pu mettre en pratique, compléter et approfondir le large panel des interventions apprises lors de mes études et de mes stages. Cela m‟a également donné l‟occasion de m‟ouvrir à d‟autres domaines de la restauration en étudiant par exemple la restauration de l‟os, ainsi que certains aspects des interventions sur le bois. Les professionnels que j‟ai consultés m‟ont davantage encore ouvert l‟esprit sur l‟étendue des possibilités qu‟offre le métier de restaurateur, l‟éventail étant de plus un objet regroupant plusieurs de ces disciplines différentes et complémentaires (restauration de textile, de nacre, d‟ivoire, d‟écaille, etc). Le cas de cette œuvre a été particulièrement intéressant, car il m‟a confrontée à de nombreuses situations propres à la restauration des éventails sans négliger les autres interventions plus généralement communes aux Arts Graphiques. L‟enseignement que j‟ai retiré de cette expérience est donc très complet et confirme que la restauration des Arts Graphiques est une discipline qui exige de nombreuses années de pratique, d‟échanges et d‟observation. L‟expérience vécue avec cet éventail confirme ma volonté de me spécialiser dans la restauration de ces œuvres, tout en restant très curieuse et ouverte à l‟ensemble des nombreuses possibilités qu‟offre ce métier passionnant qui se renouvelle sans cesse.

« … (L’éventail est) un moyen de motiver des mouvements gracieux sous prétexte d’agiter l’air pour le rafraîchir. Ce rideau mobile fait tour à tour office de laisser voir ce que l’on veut masquer et de voiler ce que l’on veut découvrir. » Charles Blanc, dans « l‟Art de la parure ».

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~ 173 ~

Conclusion Générale « L’éventail fut à la femme du XIXe siècle ce que l’épée était à l’homme : un « instrument » de persuasion. Ainsi la société de l’époque décrit cet objet devenu, en de féminines mains, le « bras armé » de la séduction ». P. Mesmer.

La réalisation de ce mémoire s‟est idéalement inscrite dans mon parcours scolaire et professionnel. J‟ai en effet eu la possibilité de mettre en pratique les enseignements prodigués durant cinq années, mais également de les approfondir et de les compléter. Les nombreuses recherches et études faites sur cet éventail m‟ont permis de rencontrer un grand nombre de professionnels qui ont partagé spontanément leurs connaissances autour de la passion qui nous était commune et continuent encore aujourd‟hui à l‟attiser quotidiennement. C‟est au regard de ces différents éléments que je peux affirmer que ces deux années de réalisation de Master ont non seulement été enrichissantes d‟un point de vue personnel, car j‟ai pu approfondir ma passion pour l‟Eventail, mais elles m‟ont également énormément apporté d‟un point de vue professionnel et humain. La diversité et l‟importance des dégradations retrouvées sur cet objet a nécessité la mise en pratique d‟un très large panel de techniques de restauration du papier, de la peau mais également de la retouche chromatique. Son étude m‟a de plus permis d‟approcher des domaines de restauration très variés, tels que celui de l‟os et du bois. La présence de ces matériaux dépassant le cadre de la restauration des Arts Graphiques a été une grande chance, car cela m‟a offert l‟opportunité de m‟ouvrir à d‟autres domaines complémentaires à notre métier De plus, considérer la restauration de cet éventail d‟un point de vue scientifique s‟est avéré instructif. La restauration d‟objets composites articulés et en volume poussent bien souvent les restaurateurs à trouver des compromis dans les interventions à réaliser et ces solutions intermédiaires se doivent d‟être rigoureusement recherchées. Mener à bien ce projet a donc été très formateur concernant les différents paramètres à respecter dans pareille entreprise.

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~ 174 ~ La restauration d‟Arts Graphiques est une passion qui nécessite des années d‟apprentissage, d‟observation et une perpétuelle remise en question afin d‟en faire son métier. De son côté, l‟éventail est un objet d‟une infinie richesse historique, technique et artistique. Ce mémoire m‟a permis d‟en prendre l‟exacte mesure et m‟a plus que jamais confortée dans l‟idée de me spécialiser dans la restauration des éventails, tout en poursuivant la découverte des multiples possibilités qu‟offre la restauration des Arts Graphiques.

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~ 175 ~

ANNEXES Sommaire des Annexes Lexique

p. 176

Biographies

p. 178

Origines de l‟éventail

p. 179

Détermination de la nature et de la concentration de la colle à utiliser pour refixer les brins entre eux p. 186 Détermination du papier de doublage de la feuille de Face

p. 188

Choix de la colle utilisée pour le doublage de la feuille de face

p. 189

Préparation de la colle Zin Shofu

p. 190

Fiche techniques des produits

p. 191

Salive Synthétique Amidon de Blé Zin Shofu Evacon-R Klucel G Acrylic extra-fin Papier Japonais Mylar Buvard Plastazote Méthyléthylcétone Pied à coulisse numérique Réactif de Herzberg Dynamomètre

p. 191 p. 192 p. 192 p. 193 p. 193 p. 194 p. 194 p. 194 p. 194 p. 195 p. 196 p. 197 p. 197

Titre et date des articles dans lesquels chaque colle apparaît

p. 198

Détails des résultats obtenus au cours des expériences menées avec de la Klucel G diluée à 10% dans l‟éthanol sur les échantillons non doublés

p.199

Détails des résultats obtenus au cours des expériences menées avec de l‟amidon de blé épais sur les échantillons non doublés p. 199 Détails des résultats obtenus au cours des expériences menées avec de l‟Evacon-R sur les échantillons non doublés

p. 200

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~ 176 ~

LEXIQUE Amorce :

extrémité de la gorge sur laquelle est collé le bout

Badin :

ruban servant à attacher l‟éventail à la ceinture (époque Louis XIII)

Bélière :

anneau plus ou moins circulaire, ouvert et maintenu à la rivure permettant de passer une dragonne, la cordelière du gland ou de ruban afin de tenir ou de suspendre l‟éventail au poignet.

Bois :

voir Monture

Bordure :

extrémité supérieure de la feuille qui reçoit un ruban de papier doré permettant de la protéger et de terminer son décor.

Bout :

(ou flèche) : partie cachée d‟un brin servant de support à la feuille

Branche/Brin :

baguette portant la feuille ; on distingue deux parties : la gorge et le bout, qui peuvent être de matières différentes, et , selon le cas, assemblées ou d‟un seul tenant : on compte autant de brins que de plis.

Brisé :

éventail sans feuille, constitué par des brins reliés entre eux par un ruban à montage particulier

Burgau :

grosse coquille dont on tire une certaine nacre

Burgauter :

coller de très fines lames de nacre sur une monture derrière les reperçages pour ménager des jeux de fond. peau très fine de mouton, d‟agneau ou de chevreau, constituée par la

Canepin :

membrane séparant le derme et l‟épiderme, synonymes : cabretelle, ou cabretille, parchemin spécial, et, au XVIIIe siècle, cuir de poule Ŕ le terme « peau de cygne » étant réservé au chevreau. Clinquant :

lamelle métallique brillante te légère qui sert à rehausser des ornements

Contrefeuille:

doublure de la feuille, qui cache les bouts

Contrepanache:

partie extrême de la monture collée à la feuille, restant invisible lorsque l‟éventail est fermé, il s‟oppose au panache.

Contrepli :

partie libre d‟une feuille entre deux bouts, non collé à la monture.

Dos :

Côté moins orné de l‟éventail, par opposition à sa face principale

Ecran :

éventail rigide monté sur un manche

Epaule :

partie renflée du panache

Face :

côté principal de l‟éventail

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~ 177 ~ partie supérieure de l‟éventail ; constituée des matières les plus

Feuille :

diverses, plissée, elle est supportée par les bouts, parfois doublée d‟une contrefeuille.

De

par

sa

confection

plissée,

elle

comporte

alternativement des plis et des contre-plis. Gland :

passementerie décorative fixée à la bélière, pouvant servir à porter l‟éventail fermé

Gorge :

partie inférieure et visible de la monture correspondant à la partie des brins non recouverte par la feuille.

Maître Brin :

synonyme de Panache

Montage à l‟anglaise : feuille montée sans doublure, le verso des bouts restant découvert. Monture ( ou bois) : partie rigide de l‟éventail comprenant les brins et les panaches. Elle peut être confectionnée en divers matériaux, tels que l‟os, l‟écaille, l‟ivoire, la nacre, le bois… Œil (yeux) :

rondelle servant à assurer le maintien de la rivure lorsque celle-ci est réellement rivée (il existe des rivures à vis) Brin extérieur et visible d‟une monture, en général plus solide que les

Panache :

autres brins, protégeant l‟éventail lorsqu‟il est fermé. Peau de cygne :

voir « canepin »

Piqué :

technique d‟insertion à chaud de petites pointes d‟argent ou d‟or dans l‟ivoire ou l‟écaille

Plein vol :

Eventail dont l‟ouverture est de 180°

Pli :

partie plissée de la feuille collée sur un bout, par opposition au contrepli, qui est libre : il y a autant de plis que de bouts.

Pliant/plié:

éventail constitué par une monture portant des plumes ou des paillettes reliées entre elles par un fil.

Pliure :

zone de la feuille qui est pliée, deux pliures limitent un pli.

Revers :

rivet et paire d‟yeux réunissant brins et panaches à leur base

Rivet ou Rivure :

courte tige cylindrique, munie ou non de têtes à ses extrémités, fixée à la tête de l‟éventail permettant de réunir les brins et les panaches à leur base. Une bélière peut y être maintenue.

Sinet :

Ruban en papier ou en tissu appliqué au sommet des feuilles de l‟éventail afin de les réunir et d‟en renforcer la résistance.

Tête :

partie renflée du bas de la monture où est fixée la rivure.

Vélin :

peau de beau mort-né, très amincie. Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 178 ~

Biographies Louis Nicolas Robert est né à Paris le 2 décembre 1761 et décédé à Vernouillet le 8 août 1828. Il invente en 1798 la première machine à papier qui permettait de produire des bandes de 12 à 15 mètres de papier. Il ne put cependant en tirer aucun profit et finit sa vie instituteur à Vernouillet. Source :

http://cerig.efpg.inpg.fr/histoire-metiers/nicolas-robert/page03.htm Aloys Senefelder, né le 6 novembre 1771 à Prague et mort à Munich le 26 février 1834, est un acteur et auteur dramatique autrichien. Il inventa la technique de la lithographie afin d'imprimer son propre travail d'auteur. Bibliographie : The Invention of Lithography, Aloys Senefelder, traduit de l'allemand par J. W. Muller, New-York 1911 Source :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Aloys_Senefelder

Catherine de Médicis (Florence 1519-Blois 1589) Reine de France , elle vécut d'abord dans l'ombre de la maîtresse de son mari Henri II, Diane de Poitiers, puis après la mort de celui-ci, devint régente de François II, et continua d'exercer un pouvoir tyrannique sous les règnes de ses autres fils Charles IX et Henri III. Sur le plan religieux, elle tenta de concilier les catholiques et les protestants, notamment par le mariage de sa fille Margot avec le prince bourbon Henri de Navarre. Mais devant l'intransigeance des deux camps, elle se résolut à faire abattre les principaux chefs huguenots montés à Paris pour les noces. Le massacre eut lieu à l'aube de la Saint-Barthélemy. Source :

http://www.publius-historicus.com/cathmedi.htm

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~ 179 ~

ORIGINES DETAILLEE DE L EVENTAIL Il est complexe d’établir l’origine de l’éventail. Les récits et témoignages diffèrent d’une époque à l’autre et en fonction du continent sur lequel on se place. Nous n‟avons aucune preuve de l‟existence de l‟éventail à l‟époque préhistorique. Toutefois, son utilité dans les tâches quotidiennes, comme entretenir un feu, se rafraîchir ou encore chasser les insectes permet de penser que nos lointains ancêtres ne l‟ont pas ignoré. De plus, les premiers prototypes que nous connaissons aujourd‟hui ont des formes inspirées de la nature, aussi bien des végétaux (feuilles) que des animaux (ailes). Or, tous ces matériaux étaient à la disposition des hommes préhistoriques, et ce en abondance. On peut donc penser que ces derniers les utilisaient également. Bien qu‟une légende d‟Europe Médiévale prétende que l‟éventail naquit entre les mains d‟Eve, gênée par le regard insistant d‟Adam, qui arracha une branche d‟arbre et se mit à s‟en éventer, il semblerait plutôt que cet objet ait été créé en Orient. A/

L’ORIENT et le MOYEN-ORIENT

Il semble que l‟Orient soit le berceau de l‟éventail où il cohabitait avec l‟ombrelle. C‟est dans cette partie du monde que, très tôt, ont été créés de très beaux spécimens d‟éventails. L‟un des pays ayant les plus anciens vestiges d‟éventails est la Chine. 1- La Chine

Riche écran chinois d’après un modèle de la collection du Louvre

Depuis sa création, l‟usage de l‟éventail

Ecran chinois contemporain en plumes de cygne fabriqué de façon traditionnelle.

est

très répandu en Chine. C‟est une partie

essentielle de la toilette féminine ainsi qu‟un élément important de l‟étiquette sociale. Il était donc de très bon ton d‟en posséder un. Selon les poètes chinois, l‟éventail brisé ainsi que l‟écran sont apparus en Chine environ en Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 180 ~ 2000 av JC. En effet, une pièce de l‟auteur Lo-ki prétend que c‟est sous l‟empereur Wouwang116 qu‟a été inventé l‟éventail brisé. La feuille était en bambou et son manche était en ivoire. Les écrans, quant à eux, étaient en plume ou en soie. Ils pouvaient également être en bambou ou en feuilles de palmiers tressés ce qui les rendait légers et faciles à manipuler. Les éventails au long manche étaient appelés « tchang-chen », tandis que les petits écrans étaient désignés par « pien-mien ». Ces derniers étaient plus larges dans leur partie supérieure, tandis que leurs contours étaient à peu près ceux d‟un trapèze renversé aux angles arrondis. D‟autres descriptions d‟éventails sont présentes dans les textes tels que « Tchêou-Li », ouvrage datant de -1100 av J-C, dans lequel ils étaient décrits comme ornant les chars impériaux : « l’impératrice a cinq grands chars. Le premier est le char aux plumes de faisan appareillées. Le second est le char aux plumes de faisans serrées. », quant au cinquième char « il porte un éventail et un dais en plumes »117. La Chine est le pays qui possède le plus vieil exemplaire d‟éventail d‟Orient ; trouvé dans une tombe près de la province de Gangsha, ce dernier date du IIe siècle av JC. Sa fabrication, tout en bambou tissé, procède d‟une telle technique qu‟il parait cohérent de penser, malgré le manque de documentation, qu‟il en existait d‟autres exemplaires déjà bien avant cette date. 2- L’Inde

Miniature reproduite dans « Monuments anciens et modernes de l’Hindoustan » de Langlès représentant un Pânk’hâ indien

Miniature indoue représentant un « tchaoùnrys » en jonc tressé

L‟éventail est cité dans le Mahâbhârata et le Râmâyana,( entre le IVe av JC et le IVe siècle) deux des textes religieux les plus importants de l‟Inde. En effet, un extrait du poème de Krishna-Dwapayana contenu dans le Mahâbhârata, dit que « cette riche litière, sur laquelle était couché le monarque Pândou, fut ensuite ornée d‟un éventail, d‟un chasse-mouche et d‟une blanche ombrelle ». On remarque ici que l‟éventail était à la fois un outil et un élément de parure. Fabriqués avec des feuilles de Lotus, de palmier, de bananier ou encore de jonc, ils sont appelés « pânk‟hâ ». 116 117

fondateur de la dynastie Tchêou de 1134 av JC Citation tirée de « Histoire des éventails chez tous les peuples et à toutes les époques » de S. Blondel.

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~ 181 ~ Gigantesques, ils sont agités par les domestiques « pânk‟hâ-berdâr » cachés derrière des paravents. Ces éléments souvent très décorés font l‟objet de nombreuses descriptions par les poètes sanskrits118 et sont également très présents dans les sculptures hindoues. A cette même période, des chasse-mouches appelés « tchaoùnrys » existaient, fabriqués en queue de yack ou de buffles provenant du Tibet. Les « tchamara », éventails indiens, y étaient souvent associés. Ils étaient les attributs des plus privilégiés et étaient utilisés par les brahmanes119 ainsi que par les autres membres importants de la société. Quand ces derniers sortaient à cheval, les « Sâïs », palefreniers indiens, courraient à pied à leur coté en agitant un « Tchaoùnrys » afin de les éventer. Les éventails de cette époque symbolisaient, entre autre, les cycles successifs du jour et de la nuit. 3- La Mésopotamie : l’Assyrie

Représentation d’un serviteur agitant un éventail afin de rafraichir des boissons

Représentation d’un bas-relief des ruines de Koyoundjik

En Assyrie, ancien empire du nord de la Mésopotamie, les éventails étaient utilisés en de multiples occasions et faisaient partie intégrante de la vie quotidienne, dès 2000 ans av JC. Comme on peut le voir sur la représentation ci-dessus, les assyriens se servaient d‟éventails attachés à une poutre au dessus des lits de repos, qu‟un esclave pouvait agiter à l‟aide de cordes en l‟actionnant comme un balancier. Outre ses fonctions domestiques, les éventails de palmes étaient utilisés à des fins liturgiques durant les cérémonies religieuses tandis que des éventails plus richement décorés étaient portés par des serviteurs rejoignant l‟escorte royale.

118 119

Le sanskrit est une langue indo-européenne utilisée uniquement par l‟élite sociale indoue. caste indienne la plus élevée composée de prêtres et d‟enseignants

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~ 182 ~ B/ L’AFRIQUE C‟est en Afrique, pays parmi les plus chauds d‟entre tous, que l‟on retrouve également des représentations très anciennes d‟éventails. En effet, les caractéristiques géographiques et historiques de ce continent justifient le développement de cet objet. 1- L’Egypte

Tête de massue retrouvée dans la tombe du Roi Scorpion La plus ancienne représentation d‟éventails égyptiens se trouve sur une tête de massue datant de la fin de la période prédynastique égyptienne, conservée à l‟Ashmolean Museum d‟Oxford. Celle-ci date de 3200 av JC et appartenait au « roi Scorpion ». Cette massue, fixe et à long manche, est gravée de plusieurs éventails. Seuls les hauts dignitaires pouvaient la porter afin d‟éventer le pharaon. Les prêtres pouvaient également s‟en saisir afin de purifier les statues situées dans les zones internes des temples, interdites à toutes autres personnes hormis le pharaon.

Gravure représentant un écran de forme semi-circulaire provenant d’une fresque du palais de Ramsès III, à Thèbes.

Gravure représentant un Flabella à long manche provenant d’un bas-relief illustrant le Triomphe d’Horus.

Les éventails bénéficiaient, en Egypte, d‟une très haute considération. Le « flabellum » ou « flabella », représenté sur la gravure ci-dessus, étaient des symboles éloquents de richesse et de pouvoir. Ils étaient de plus les insignes ostensibles des princes, représentant leur dignité. Ceux-ci étaient d‟ailleurs appelés « porte éventails à la gauche du roi ».

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~ 183 ~ Dans la cosmogonie égyptienne, l‟éventail est un emblème de bonheur et de repos céleste ainsi que de grands mérites. Il n‟est donc pas étonnant d‟en trouver régulièrement flanquant les chars et les palanquins royaux. Ici, ce ne sont pas les princes qui agitent ces flabellum démesurés, mais les « flabellifères du roi », serviteurs dévolus à cette tâche. Lors de la découverte en 1922 de la tombe de Toutankhamon (v. 1354 Ŕ v. 1340 av JC), Howard Carter a trouvé des éventails à la fois utilitaires, décoratifs et rituels.

Eventail rotatif trouvé dans la tombe de Toutankhamon.

2- Le Soudan

Eventails « écrans » réalisés en sparterie à partir de deux palmes tressées entre elles, représentant l’art traditionnel africain.

C‟est également au Soudan que l‟on a trouvé des éventails parmi les plus anciens au monde : des fouilles réalisées à Kerma ont mis à jour des éventails issus de la nécropole de l‟ancien royaume de Koush. Ceux-ci dateraient de l‟époque de Kerma l‟Ancien, vers 2300 Ŕ 2100 av JC et sont présents dans de nombreuses tombes. D‟autres encore ont été découverts, âgés de plus de 4000 ans, réalisés en plumes d‟Autruche.

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~ 184 ~ C/ L’EUROPE 1- La Grèce Au temps de l‟antiquité païenne, les grecs utilisaient des feuilles de lotus, d‟acacia ou bien les feuilles triples du platane pour réaliser leurs premiers éventails appelés « ripis ». Puis les artistes surent imiter la nature tout en les rendant plus solides, à l‟image des végétaux qu‟ils prisaient. Bien que le poète anglais Jennyns proclame dans son Idylle sur « l‟Origine de l‟éventail » que l‟Arcadie l‟a vu naître, on sait désormais que les grecs ont reçu cet objet des assyriens par le biais des Phéniciens et des Phrygiens. L‟esclave phrygien d‟Oreste d‟Euripide le dit d‟ailleurs: « selon l‟usage des Phrygiens, dit-il, j‟excitais un souffle léger près du visage d‟Hélène et sur ses boucles flottantes, par le mouvement répété d‟un éventail ailé et arrondi avec grâce, suivant une coutume étrangère à ces lieux ».

Terre cuite de Tanagra, Béotie, 330 – 200 av JC.

Aryballe en terre cuite, Grande Grèce Gnatia, IV – IIIe siècle av JC

Grèce antique, V eme siècle av JC

De nombreuses stèles et poteries montrent des femmes grecques munies d‟éventails. La taille du manche de ces éventails-écrans varie en fonction de leurs usages : moins il est cérémonial et plus le manche sera court. Contrairement aux deux statuettes, la poterie centrale montre un écran de forme semi-circulaire qui s‟oppose à celle d‟as de pique caractéristique de l‟époque de Tanagra (IVe et Ve siècle av JC). C‟est à cette époque que le ripis devient un objet de raffinement. Simultanément, le « rhipidion » de

Rhipidion Byzantin

Byzance sert à chasser les mouches lors de rites orientaux. Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 185 ~

2- L’Italie L‟éventail était très répandu autour de la mer Egée. Très tôt, les étrusques 120 l‟ont introduit dans la toilette féminine. Plus tard, ils transmettront leur goût du luxe oriental aux romains, qui eux aussi en feront un élément essentiel de la tenue des dames, le consacrant au rang d‟objet d‟art. Ils lui donnent le nom de « Flabellum », et s‟en servent essentiellement aux thermes, pendant les bains ou bien au théâtre.

Représentation d’un Flabellum Etrusque, d’après un vase du Musée du Louvre

Les plus recherchés étaient très colorés et brillants, fabriqués en de riches matériaux. Les plumes de paons, là encore, étaient particulièrement prisées. On les faisait venir de l‟île de Samos à grands frais, car on leur vouait un véritable culte. Cependant, le modèle le plus précieux de l‟époque était en plumes de perroquet et provenait de la même île. L‟éventail brisé apparaît également à cette époque sous le nom de « tabellae » ; il est formé de petites lames de bois précieux ou d‟ivoire très minces. Il était de coutume que les hommes en éventent leur compagne, lors de sortie et durant leur cour. Les éventails destinés aux personnages importants <possédaient de très longs manches de façon à ce qu‟on ne puisse s‟en servir seul : les « flabellifera », porteurs d‟éventail, étaient chargés d‟en éventer leur maître.

Exemple de Muscarium réalisé en crin de cheval

Une mode, manifestement importée d‟Inde, a également introduit le « muscarium121 », futur « esmouchoir », dans la société italienne de cette époque. 120

Peuple préhistorique vivant dans l‟actuelle toscane.

: sorte de plumasseau réalisé avec de longues plumes de paons, la queue d‟une vache ou bien d‟un cheval. 121

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~ 186 ~ Détermination de la nature et de la concentration de la colle à utiliser pour refixer les plis désolidarisés entre eux Deux paramètres essentiels sont à respecter dans la restauration d‟une feuille d‟éventail : la souplesse et l‟adhésivité. A cela s‟ajoute le fait qu‟il faut s‟assurer de ne pas apporter trop d‟épaisseur supplémentaire à la feuille, tout en s‟assurant de la résistance à la déchirure de l‟assemblage. De plus, il faut limiter la déformation des feuilles due à l‟encollage. C‟est à la lumière de ces différents impératifs que cette étude à été menée. Lors de la lecture de différents ouvrages et la consultation de plusieurs professionnels, trois colles ont été presqu‟exclusivement citées, l‟article « Conservation d‟une collection d‟un millier d‟éventail au Musée Carnavalet » 122 les expose précisément : -

« La colle d‟amidon de blé Zin Shofu, adhésif puissant, est employée pour les papiers forts, les toiles et pour raccorder les maitres brins au corps de l‟éventail.

-

La Méthylcellulose tylose MH 300 est préférée pour les papiers très fins, décorés au revers et pour le doublage. Cet adhésif est très souple et garde une bonne transparence.

-

L‟hydroxypropylcellulose Klucel G est très appréciée lorsque plusieurs matériaux sont en présence : peau de cygne et papier par exemple. Cet adhésif étant employé en milieu alcoolique, évite l‟humidité et permet le choix du papier Japon ».

Selon la description des cas présentée ci-dessus, il apparait que l‟hydroxypropylcellulose Klucel G est la plus adaptée à la situation présente. Néanmoins des tests ont été réalisés afin de confirmer cette intuition. De la colle d‟amidon de blé Zin Shofu, de la Méthylcellulose tylose MH 300 ainsi que de la Klucel G ont été appliquées à différentes concentration sur du papier japonais (Kozo) de faible grammage (10g/m²) ainsi que sur du papier mécanique afin d‟en observer les effets. En effet, le papier japonais qui sera utilisé pour réaliser les joints entre les différentes parties de la feuille sera de faible grammage, afin de ne pas apporter d‟épaisseur à cette dernière, elle-même constituée de papier mécanique. Les observations réalisées sont les suivantes : -

Les deux premières colles provoquent d‟importants gondolements du papier mécanique et déforment également, bien que de façon moins importante, le papier japonais, quelle que soit l‟importance de leur concentration (de 1 à 10% pour la Tylose et de 5 à 20% pour l‟amidon de blé). La Klucel G, appliquée à 5, 10 ou 15% dans de l’éthanol ne déforme en aucun cas ces deux matériaux, ou du moins pas de façon visible. Son utilisation ne nécessite donc pas de séchage sous poids, qui est une opération à éviter dans le cadre d‟un

122

(p 453 Comité de l‟ICOM pour la conservation de 1993).

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~ 187 ~ éventail dont la monture n‟a pas été dérivetée. -

La souplesse des documents semble être davantage préservée lors de l’utilisation de la Klucel G tandis que l‟amidon de blé et la Tylose ont tendance à légèrement rigidifier la zone enduite. Cette observation s‟est réalisée de façon sensible en manipulant les différents papiers.

-

Enfin, seule la Klucel G diluée dans de l’éthanol préserve la matité des documents, tandis que les deux autres colles apportent une certaine brillance à la surface de ceux-ci. Bien que le collage s‟effectuera exclusivement au verso des feuilles de l‟éventail, d‟éventuelles migrations de la colle vers le recto sont possibles. Cette caractéristique est donc également à prendre en compte.

A la lumière de ces différents résultats, il est apparu que la Klucel G diluée dans de l‟éthanol possède les propriétés requises à la reconstitution des différentes feuilles de l‟éventail. Différents tests ont été menés par la suite afin de s‟assurer que l‟adhésivité de cette colle sera suffisante pour la restauration envisagée ainsi que pour déterminer la concentration à laquelle la Klucel G sera utilisée. Pour cela, des bandes de papier japonais Kozo de 10g/m² ont été encollées avec de la Klucel G diluée à 5, 10 et 15% dans de l‟éthanol (99%). Elles ont ensuite été utilisées pour assembler les deux parties de papiers mécaniques actuels, préalablement coupés. Très vite il est apparu que le joint réalisé avec de la Klucel G à 5% se décollait durant son séchage. Cette concentration ne présentait donc pas un pouvoir adhésif suffisant. Le collage réalisé avec une Klucel G à 10% était plus adhérent, néanmoins lors du premier pliage, les lèvres des déchirures se sont très légèrement décollées du joint. L‟adhésivité n‟était donc pas encore adéquate à la reconstitution d‟une feuille d‟éventail. L’utilisation de la Klucel G à 15% dans de l’éthanol a été très satisfaisante : grande adhésivité, aucun décollement lors de pliages répétés. La résistance à la déchirure est bonne, la souplesse de l‟assemblage est excellente. Aucune déformation visible n‟est apparue, ainsi qu‟aucune brillance particulière. Afin de parfaire encore cette association, du papier japonais de 10g/m² a été calandré, puis encollé à la Klucel G à 15%. On observe une très légère amélioration de la souplesse et diminution de l’épaisseur ajoutée cependant le constat le plus flagrant est l‟augmentation très nette de la résistance à la déchirure. En conclusion, il a été décidé d’utiliser de la Klucel G diluée à 15% dans de l’éthanol, comme colle d’assemblage. Le papier japonais de 10g/m² sera préalablement calandré avant d’être utilisé.

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~ 188 ~ Détermination du papier de doublage de la feuille de face Lors de la restauration d‟un éventail, il est essentiel de veiller à ne pas rajouter d‟épaisseur à l‟objet. En effet, cela augmente sa rigidité et ajouterait des contraintes lors de son ouverture et de sa fermeture. Il faut absolument préserver la souplesse des feuilles afin d‟optimiser l‟utilisation de l‟objet, bien que ce dernier ne sera plus manipulé qu‟occasionnellement à l‟avenir.

Le papier japonais « Kozo » présente de très longues fibres qui favorisent sa

souplesse. De plus, il propose un choix important de grammages différents, ce qui permet de choisir l‟épaisseur la plus compatible avec l‟objet. Si l‟unique épaisseur de la feuille était prise en compte, alors le grammage de 11g/m² est la plus séduisante. Sa finesse n‟imposera aucune résistance à l‟ouverture de l‟objet. Néanmoins il faut également envisager la résistance de cette feuille à la déchirure, car le papier de la feuille de face est un papier cassant et très rigide qui ne manquera pas d‟imposer son comportement à la feuille de doublage. Dans cette situation, le 15g/m² semble présenter une résistance suffisante pour amortir les comportements de la feuille de face, néanmoins son épaisseur est jugée un peu excessive. Pour pallier ces inconvénients et combiner ces atouts, un test de calandrage a été réalisé sur les conseils de Mr Le Prat123 . Inspiré d‟une ancienne technique asiatique, cela permet d‟optimiser la souplesse d‟un papier en le compressant entre deux surfaces lisses et planes (obtenues par l‟utilisation de deux Mylars entre lesquels le papier est placé) à l‟aide d‟un plioir en os. Le papier Kozo de 15g/m² a donc été longuement travaillé suivant ces consignes, et non seulement il s‟est considérablement aplani, approchant l‟épaisseur d‟un 11g/m², mais sa souplesse s‟est considérablement améliorée. Pour le mettre en évidence, deux bandes de mêmes dimensions ont été découpées, l‟une dans le papier calandré et l‟autre dans un papier non travaillé. Elles ont été déposées à la même distance du bord d‟une table, laissant la moitié de leur longueur dans le vide. Le papier calandré présente une courbe très importante, tandis que la seconde bande de papier reste droite dans l‟air. Papier non calandré Papier calandré

Résultat du test du calandrage 123

Chef de l‟atelier de restauration des Arts Graphiques du Louvre

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~ 189 ~ Il a donc été décidé d‟utiliser du papier japonais en Kozo de 15g/m², préalablement calandré, pour la réalisation du doublage.

Choix de la colle utilisée pour le doublage de la feuille de face La colle d‟amidon de blé Zin Shofu a été sélectionnée pour sa neutralité, sa stabilité chimique, sa totale réversibilité mais surtout pour son fort pouvoir adhérant124. Il s‟agit en effet de fixer durablement les plis à leur doublage. La souplesse de l‟assemblage compte également, mais elle sera davantage favorisée lors de la reconstitution de la feuille dans les prochaines étapes. Un test a été réalisé qui a pour but d‟évaluer l‟adhésivité de la colle, les déformations qui peuvent être provoquées par l‟apport d‟humidité ainsi que l‟influence de la colle et du doublage sur fond tendu sur la souplesse du papier préalablement calandré. Pour cela, deux pièces de la forme des plis de l‟éventail ont été découpées dans du papier machine de même épaisseur que celui du Résultat du test du doublage sur le papier noncalandré (en haut) et sur papier calandré (en bas)

papier d‟œuvre. La colle de Zin Shofu a été préparée, diluée dans l‟eau jusqu‟à obtenir la consistance du lait125. Le premier doublage sur fond tendu a été effectué sur le papier japonais Kozo 15g/m² non calandré, le second a fait intervenir le papier japonais calandré. L‟emplacement de la pièce a été encollé sur les papiers japonais, puis la pièce a été ajoutée et appliquée au travers d‟un intissé par un plioir en téflon. Le tout est laissé sécher sous poids.

Ce test a permis d‟observer plusieurs paramètres : -

l‟adhésivité du papier machine avec le papier de doublage est très satisfaisante

-

les déformations de surfaces sont minimes

-

malgré la présence de la colle, le papier japonais calandré demeure beaucoup plus souple que celui non-calandré.

La colle Zin Shofu rempli donc toutes les conditions souhaitées pour la réalisation de ce doublage. Liébard Béatrice. Conservation d'une collection d'un millier d'éventails au musée Carnavalet Comité de l’ICOM pour la conservation 1993 p 453 124

125

La préparation de la colle et du fond tendu sont détaillés dans les prochaines parties

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~ 190 ~ Préparation de la colle Zin Shofu : La colle d‟amidon de blé Zin Shofu se présente sous la forme de poudre blanche. Elle est diluée dans de l‟eau dans des proportions suivantes : 1/3 de colle en poudre dans 2/3 d‟eau osmosée. Le mélange se fait progressivement à froid, jusqu'à obtenir un « lait » de colle blanc homogène et sans grumeau. La préparation est laissée reposer une heure, de façon à ce que les grains se ramollissent et éclatent aisément à la cuisson. Il est alors mis à chauffer dans une casserole, tout en le mélangeant vigoureusement et sans interruption. Sur plaque chauffante, le thermostat est mis à 5 (maximum) pendant 10 minutes, puis à 3 pendant 15 minutes. Il faut battre la colle jusqu‟à obtenir une pâte compacte, blanche translucide de composition homogène. La pâte est ensuite déposée dans un bol en terre-cuite, recouverte d‟eau osmosée et laissée refroidir pendant 4 à 5h. La quantité nécessaire au doublage est ensuite prélevée, puis passée à l‟aide d‟un Shamoji (spatule en bambou) au travers d‟un Koshi (tamis composé de crin de cheval sur un cerclage en bois). Cela la rend plus fluide.

Tamisage de la colle La colle obtenue est ensuite diluée dans un bac en cyprès (Noribon), à l‟aide d‟un Shigokebake (brosse composée de poils de moutons et de soie de porc). L‟eau osmosée est tout d‟abord pulvérisée très doucement pendant le travail de la colle ( elle est pressée perpendiculairement aux fibres du bois). Elle se dilue progressivement, jusqu'à obtention de la consistance souhaitée (ici à 12% environ).

Dilution de la colle

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~ 191 ~ FICHES TECHNIQUES DES PRODUITS SALIVE SYNTHETIQUE

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~ 192 ~ AMIDON DE BLE ZIN SHOFU (Jinnori)

Amidon de blé précipité Japonais. Le «ZIN SHOFU» est fabriqué depuis des générations par la NAKAMURA and CO., spécialisée dans la production d‟amidon précipité. Par le procédé de précipitation, le gluten est séparé de l‟amidon, ce qui donne une colle encore plus fine. Elle est formée à partir de l‟amidon, principale réserve en glucides du monde végétal. Ses qualités (excellente conservation de la colle une fois sèche, parfaite réversibilité à l‟eau, très bon pouvoir collant même très diluée) ont pu être vérifiées au cours du temps. Toutes ces qualités ont fait qu‟elle a été adoptée dans la plupart des ateliers de restauration en France et à l‟étranger. Cet adhésif, transparent après séchage, est réversible à l‟eau. Il peut être mélangé à de la Méthylcellulose pour une pour grande souplesse. Testée comme la meilleure des colles d‟amidon de blé en poudre sur le marché français. APPLICATION : Doublages, collages des déchirures et des renforts papier, montage de charnières.

EVACON-R Conservation Adhesive

A specially formulated Neutral pH, Non Plasticised, Reversible Archival Paper Laminating Adhesive. Now available in small quantities. The adhesive is designed to be as safe as possible for all kinds of storage uses including photographs. It has passed the Silver Tarnish Test and is less susceptible to acid hydrolysis than the more common PVA adhesives which can break down and emit Acetic Acid Vapours. These vapours can be particularly harmful to boxed items trapped in a microclimate. The resistance to hydrolysis of the EVACON-R is probably due to the random blocks of ethylene which affect the stereochemistry of the system. The incorporation of a small quantity of calcium carbonate also helps to stabilise the system. EVACON-R adhesive, is a Water Soluble, Non Plasticised, pH 7.5, Ethylene - Vinylacetate Copolymer Emulsion suitable for laminating papers and boards, boxmaking, envelopes and general bookbinding work. Source : http://www.conservation-by-design.co.uk/sundries/sundries16.html

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~ 193 ~ KLUCEL G (Hydroxyproprylcellulose)

Klucel G and E are non-ionic cellulose ethers. They feature a remarkable combination of properties which make them quite interesting to book conservators for use as consolidants. Klucel is soluble in water below 38 C, and insoluble in water above 40 C. It is also soluble in many polar organic solvents, including methyl alcohol, ethyl alcohol, and isopropyl alcohol (95%). It is insoluble in toluene, xylene, and trichloethylene. Klucel G and Klucel E are highly surface-active, and extremely flexible without plasticizers in films and coatings. Once prepared, Klucel G has a medium viscosity (2% solution: 150-400 MPAS) and a pH (1% solution) of 5.0-8.5; Klucel E has a lower viscosity. ACRYLIC extra-fin Golden Heavy Body Les couleurs acryliques Heavy Body de Golden représentent la première gamme de couleurs acryliques fabriquée par Golden Artist Color.

Cette

ligne

exceptionnellement

est

réputée

pour

lisse

sa

consistance

et

épaisse.

Elle rassemble le plus grand assortiment de pigments purs et uniques, mis à la disposition des artistes professionnels, sous forme d'émulsion à 100% acrylique. La permanence et la stabilité dans le temps offertes par ces couleurs sont excellentes. Ces couleurs ne font l'objet d'aucun ajout d'opacifiant ou d'additif de texture : chaque couleur a sa propre brillance selon la nature du pigment utilisé. Toutes les couleurs sont formulées de façon différente en fonction de la nature du pigment employé. Les couleurs tolérant les plus hautes "charges" de pigment sèchent avec un fini plus opaque et mat. Les couleurs plus réactives et supportant mal de grandes charges pigmentaires sèchent avec un fini brillant et ont tendance à être plus transparentes. Les gris neutres 2 à 8, offerts uniquement dans la consistance Heavy Body, sont une série de gris achromatiques suivant l'échelle de valeur Munsell qui va du noir au blanc via toute une série de gris par intervalles égaux. Ils permettent à l'artiste d'ajuster la valeur et l'indice d'une couleur sans en modifier la teinte. Résistance à la lumière: EXC: excellente VG: très bonne / Dégré d'opacité: Echelle de 1 à 8 (1 pour max. opaque, 8 pour max. transparent) Imit.: Pigment alternatif plus économique, proche du pigment véritable et souvent plus résistant à la lumière. H - : Couleurs historiques ; la technique de restauration de peinture exige des produits spécialisés permettant de retrouver les

peintures

traditionnelles

de

la

Renaissance.

Les couleurs historiques ont les tons et les propriétés des couleurs d'époque Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 194 ~ PAPIERS JAPONAIS La restauration des documents graphiques nécessite souvent l'utilisation d'un papier venu d'extrême orient. Dans tous les ateliers de restauration du monde, les restaurateurs connaissent les qualités du papier Japon : Le washi est le papier traditionnel japonais qui depuis des siècles, est toujours fabriqué à la main pour les sortes prestigieuses et de hautes qualités. Les fibres utilisées les plus connues portent les noms de Kozo, de Gampi et de Mitsumata. Chacune

d'entre

elles

confèrent

au

papier

des

caractéristiques

particulières.

Le papier Japon, pour restauration, malgré son extrême légèreté, offre cette capacité unique de résistance physico chimique qu'aucun autre papier ne possède. Il est présent chez tous les restaurateurs, il est irremplaçable. PAPIER DE COMBLEMENT « RAG ENDLEAF » Papier 100% coton d‟une qualité exceptionnelle, aux fibres longues, avec réserve alcaline (3% de carbonate de calcium), pH 8,3 (extraction à chaud), encollé en bac à l‟amidon pur non ionique, grande résistance au déchirement et au pliage après essai de vieillissement artificiel. Commandé chez Atlantis, voir leur catalogue p. 40. MYLAR Film de polyester de Mylar® Le film de polyester de Mylar® présente la force supérieure, la résistance thermique, et les excellentes propriétés isolantes. Les qualités uniques de Mylar® ont créé de nouveaux marchés de consommateurs dans la cassette, les diélectriques de condensateur, l'empaquetage, et des batteries audio et vidéo magnétiques. BUVARD blanc extra-fort 100 % coton 350g/m² Fabriqué en milieu neutre à partir de linters de coton. Réserve alcaline de Carbonate de Calcium - pH 8.5. APPLICATIONS : sa très grande capacité d'absorption en fait un buvard idéal pour le séchage des gravures après tirage, et des documents lavés, traités et restaurés. Il assure l'équilibre hygrométrique en s'intercalant entre les œuvres et en évitant leur déformation. Nouvelle qualité 100 % coton

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~ 195 ~ PLASTAZOTE La mousse Plastazote est une mousse de polyéthylène haute densité chimiquement neutre et inerte. Elle est utilisée en emballage et pour la protection des objets d‟art. Surface lisse non abrasive. Elle se coupe facilement au cutter, ou de façon encore plus efficace, avec un thermocutter. APPLICATION : doublage de boîtes pour objets fragiles, support de présentation en vitrine, protection en fond de tiroir. Plaque de 660 x 1000 mm et rouleau de 1 m x 20 m (noir).Disponible en blanc et en noir. Autres épaisseurs et formats, nous questionner

METHYLETHYLCETONE

Formule moléculaire brute : C4H8O Principaux synonymes : Noms français :   

Méthyl éthyl cétone Méthyléthylcétone (MEC) Butanone-2

Noms anglais :  

Methyl ethyl ketone (MEK) Ethyl methyl ketone

Famille chimique : Cétone La méthyl éthyl cétone est surtout utilisée comme solvant. Son pouvoir de dissolution lui permet de dissoudre des gommes, des résines, plusieurs polymères synthétiques, des graisses et des huiles. Ainsi, on l'utilise dans diverses formulations dont les colles et autres adhésifs

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~ 196 ~ Pied à coulisse numérique.

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~ 197 ~

Description du réactif de Herzberg, Inter Folia p.29

Fiche technique du dynamomètre

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TITRE ET DATE DE L ARTICLE REFERENT Comité de l’icom pour la conservation – VOL II p453 1993 Paper conservator – vol 8. The conservation of Fans – Pauline Weber p 46-47 1984

The conervator n°12. Conservation of folding fans – lois V singer and Johan M Hermans. 1988 ICOM 1992 Conservation of leathercraft and related object interim symposium 24² 25 june 1992

~ 198 ~

Amidon de blé Zin shofu

Klucel G dans éthanol 10%

Tylose MH 300

X

X

X

X

x

x

x

x

TYPE DE COLLE UTILISE Gelatine

PVA

X (mélange à l’amidon de blé ou seule dans 50% d’eau)

X

Lascaux 498/360

Texycril 13002

Parraloïd B72

BEVA 371

COLLE DE PARCHEMIN

X

X

X

X (a 3% dans l’éthanol)

Works of art on papier books, docs, and photographs. Techniques et conservations. The language of the fan : a composite object case study. 2-6 septembre 2002

X (à 50%)

Conservation restauration des biens culturels mais n° 9 1997 SSCR JULY VOL 16 N 1conservation of a fan collection p 23 2005

PREPRINTS OF PAPER –the american institute for conservation of historic and artistic works. An interspeciality approach to the conservation of multimedia objects : the conservation of a collection of fans. 1987

x x

X

X

X

X

X

Titre et date des articles dans lesquels chaque colle apparaît.

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~ 199 ~ Détails des résultats obtenus au cours des expériences menées avec de la Klucel G diluée à 10% dans de l’éthanol sur les échantillons non doublés Klucel G diluée à 10% dans l’éthanol N° DE L ECHANTILLON

Force exercée à l’arrachage (en N) Séchage à l‟AIR LIBRE

Séchage sous POIDS

1 0.10 0.78 2 0.14 0.69 3 0.10 0.29 Echantillon de 1 cm² 4 0.12 0.29 5 0.10 0.39 6 0.11 0.49 MOYENNE OBTENUE 0.11 0.48 1 2.45 3.14 3.04 3.43 Echantillon de 5 cm² 2 3 3.14 2.65 4 3.24 >4.71 (e) 5 4.12 3.43 6 3.53 3.34 MOYENNE OBTENUE 3.25 3.45 1 >5.20(e) >7.35(d) Echantillon de 10 cm² 2 >5.11(e) >7.12(d) MOYENNE OBTENUE >5.15 (e) >7.23 (d) (e) : papier épidermé (d) : destruction du papier (D) = destruction complète Détails des résultats obtenus au cours des expériences menées avec de l’amidon de blé épais sur les échantillons non doublés Amidon de blé N° DE L ECHANTILLON Echantillon de 1 cm² 1 2 3 4 5 6 MOYENNE OBTENUE 1 Echantillon de 5 cm² 2 3 4 5 6 MOYENNE OBTENUE Echantillon de 10 cm² 1 2 MOYENNE OBTENUE

Force exercée à l’arrachage (N) AIR LIBRE >3.84 (D) >4.21(D) >7.06(D) >4.70(D) >7.06(D) >5.12(D) >5.33 (D) >6.97 (e) >7.86 (e) >9.63 (d) >8.02 (e) >7.56(e) >8.45 (e) >8.04 (e) >20.21 (D) >20.89 (D) >20.55 (D)

POIDS >6.18(D) >5.68(D) >6.18(D) >5.29(D) >5.70(D) >5.87(D) >5.80 (D) >12.8 (D) >13.34 (D ) >12.26 ( D ) >13.54 (D) >12.56 (D) >12.04 (D) >12.9 (D) >23.24(D) >24.13(D) >23 .68 (D)

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~ 200 ~ Détails des résultats obtenus au cours des expériences menées avec de la l’-R sur les échantillons non doublés Evacon-R N° DE L ECHANTILLON 1 2 3 Echantillon de 1 cm² 4 5 6 MOYENNE OBTENUE 1 2 Echantillon de 5 cm² 3 4 5 6 MOYENNE OBTENUE 1 Echantillon de 10 cm² 2 MOYENNE OBTENUE

Force exercée à l’arrachage (N) AIR LIBRE POIDS >5.89(e) >7.84(e) >5.89(e) >6.21(e) >4.41(e) >6.77(e) >7.84(e) >6.81(e) >6.38(e) >5.88(e) >5.89(e) >6.86(e) >6.05(e) >6.73(e) >7.75 (e) >8.65 (e) >7.35 (e) >7.74 (e) >6.37 (e) >6.96 (e) >8.44 (e) >6.67 (e) >7.26 (e) >7.65 (e) >8.53 (e) >8.14 (e) >7.61(e) >7.64(e) >15.30(e) >22.07(D) >17.46 (e) >25.15 (D) 16.38(e) >23.61 (e)

(D) = destruction complète du bois et du papier tests.

(e) : papier épidermé

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~ 201 ~

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Partie Scientifique 54. LIENARDY Anne, VAN DAMME, Philippe. INTER FOLIA Manuel de conservation et de restauration du papier. Institut national du Patrimoine artistique, Bruxelles.1989. 55. Articles de périodiques : 56. Collectifs. Adhésifs & Consolidants. IIC, Xe congrès international. Paris 2&7 Septembre 1984.

Partie Restauration Articles de périodiques : 57. BOICHE Isabelle, LAMBERT Isabelle. CRBC. Conservation restaurations des biens culturels. N°9, mai 1997. P 6-7. Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 204 ~ 58. CAROLL Valinda et YOUNG Pamela. The language of the fan: a composite object case study Works of Art on paper books, documents and photographs septembre 2002, p42Ŕ 44 59. Collectif.Pressure-sensitive tape and technique for its removal from paper. Journal of the American institute for conservation, vol 23, n°2. 1984 60. HERMANS Johan, SINGER M., LOIS V. “Conservation of folding Fans” The conservator. Vol 12 (1998). p. 15-24. 61. HERMANS Johan. « Fans on skin : their conservation and storage » Conservation of Leathercraft and related objects intermin symposium at the ictoria and Albert Museum, London England. 24&25 of June 1992. Committee for conservation (1992). P 42-44 62. HERMANS Johan MAHONEY PHILLIPS Patricia. “an introduction to the conservation of three dimensional paper objects” IPC Conference Papers (1997) p. 255-263 63. DR. JERAYAJ. VERGHESE, Dally “conservation of two cloth decorative Fans” Conservation of cultural property in India. Vol 32 and 33 (1999 & 2000). P 58-61 64. LIEBARD, Béatrice. Conservation d’une collection d’un millier d’éventails au musée Carnavalet Comité de l‟ICOM pour la conservation 1993, p 450-455. 65. MCcKAY Alison. Masterclass on the removal of pressure-sensitive tapes and tape stains. Paper Conservation News, number 100, December 200, p 8-9. 66. SINGER Lois et HERMANS Johan M. Conservation of folding fans The Conservator. 1988 p15-24 67. WEBBER, Pauline. « the conservation of Fans ». paper Conservator. 1984. P.4058 Mémoires de fin d’étude : 68. BISCH Mylène. La restauration et la conservation d’un éventail Mandarin du XIXe siècle.2004, 114p. 69. DUSSINE Emilie. La restauration d’un carnet manuscrit de la seconde guerre mondiale, LE JOURNAL DE BORD DE MARCEL GUAFFI. 2007,252p. 70. GALICHE Vincianne Restauration et Conservation d’un éventail mandarin du XIXe siècle. 2006, 209p. 71. MORIN Emilie. Restauration d’une lithographie du XXe siècle. 2006, 197p. 72. DAVID Abigaël Quand les plis doivent garder leur secret. ConservationRestauration d’un éventail à système du XIXe siècle. 2007, 204p. Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 205 ~

Table des illustrations et Notes Toutes ces illustrations ont soit été extraites des différentes sources présentées dans la Bibliographie, p. 201, soit ont été prises par moi-même. Partie Historique 1. Vues de l‟éventail recto(à gauche) et verso (à droite) p.3 2. Lexique des termes de l‟éventail p.4 3. Schéma explicatif de la1ere partie historique p.14 e 4. Image de Tabletier par Nicolas de Larmessin. 17 siècle. p.15 5. Différents outils utilisés par les tabletiers (présent dans l’ouvrage n°5) p.15 6. Projet de monture breveté par Duvelleroy (présent dans l’ouvrage n°13) p.16 7. Gabarits en papier des modèles (présent dans l’ouvrage n°5) p.17 8. Atelier d‟éventaillistes de la région de Méru (présent au Musée de l’éventail) p.18 9. Travail du reperçage (présent dans l’ouvrage n°5) p.19 10. Patron à découpe appliqué au reperçage de la monture et monture repercée et ajourée (photographie prise au Musée de l’éventail de Paris) p.19 11. Un tour d‟éventailliste utile à la gravure des brins et panaches (présent dans l’ouvrage n°5) p.20 12. Gravure au touret (à gauche) et au burin (à droite) d‟un morceau de nacre (présent dans l’ouvrage n°5) p.20 13. Femmes aux iris Ŕ dessins préparatoires brevetés par Duvelleroy puis réalisation finale correspondante (illustration présente dans l’ouvrage n° 13, p 28) p.21 14. Monture en nacre du Japon, sculptée et dorée p.21 15. Gorge de l‟éventail « Vénus triomphante » dont le rivet s‟intègre parfaitement au décor de la gorge (illustration présente dans l’ouvrage n° 13, p 37) p.22 16. Planche d‟illustration de l‟encyclopédie Universelle de Diderot et Alembert p.25 17. Colleuse p.26 18. Leveuse p.26 19. Etendeuse p.26 20. Clou à crochets p.26 21. Coupeuse p.26 22. Arrondisseuse p.26 23. Répartition des visages en dehors des zones de pli p.28 24. Unique visage coupé par l‟arrête d‟un pli p.28 25. Exemple de Verrier exposé au Musée de l‟éventail de Paris (photographie prise au Musée de l’éventail de Paris) p.29 26. Peintre sur feuille p.30 27. Exemple de moule à plisser de Mr Petit (photographie prise au Musée de l’éventail de Paris) p.31 28. Exemple de montage de la feuille sur une monture (photographie prise au Musée de l’éventail de Paris) p.32 29. Photographie de la feuille de face de l‟éventail p.33 30. Antoine Watteau, Plaisirs d‟Amour, 1716 p.34 31. Illustration de costumes de femmes françaises au 18 e siècle (présent dans l’ouvrage Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 206 ~ n°8) p.35 32. Illustration présente sur la partie centrale de la feuille de l‟éventail p.35 e 33. Illustration de costumes datant du 18 siècle (présent dans l’ouvrage n°8) p.35 34. Illustration présente sur la partie centrale de la feuille de l‟éventail p.35 35. Verso de l‟éventail de ce mémoire p.36 36. Panache p. 37 37. Détail de la monture, visage situé sous les miroirs sorcières p.38 38. Sans titre Ŕ vers 1850. France. Recto p.39 39. Sans titre Ŕ vers 1850. France. Verso p.39 40. Scène de chasse- vers 1860. France p.39 41. Détails de l‟extrémité gauche de la feuille de deux éventails français du XIXe siècle. p.40 42. « La déclaration d „amour » Fin XIXe (présent dans l’ouvrage n°12) p.41 43. « Eventail mandarin aux milles visages » - 1860, dessous « sans titre » Chine, 19e siècle. (présent dans l’ouvrage n°12) p.41 44. Présentation du plan de la seconde partie Historique p.44 45. Frise chronologique de l‟histoire de l‟éventail p.45 46. « Adam et Eve » tableau de Lucas Cranach l‟Ancien p.45 47. Tête de massure retrouvée dans la tombe du Roi Scorpion p.46 48. Gravure représentant un écran de forme semi-circulaire (illustration présente dans l’ouvrage n° 10) p.46 49. Partie d‟un « flabella » en or trouvé dans la tombe de Toutankhamon originellement orné de plumes d‟oies (illustration présente dans l’ouvrage n° 25, p 4) p.46 50. Coffre présent dans la salle des trésors de la tombe de Toutankhamon p.47 51. Eventail « écrans » réalisés en sparterie (illustration présente dans l’ouvrage n°10) p.47 52. Riche écran chinois d‟après un modèle de la collection du Louvre (illustration Présente dans l’ouvrage n°10, p17) p.48 53. Ecran chinois contemporain p.48 54. Dieu du bonheur japonais tenant un éventail p.49 55. Femme à l‟éventail d‟Outamaro p.50 56. Exemple de gunsen p.50 e 57. Atelier d‟éventaillistes au Japon, fin du 19 siècle (photographie prise au musée de l’éventail de Paris) p.51 e 58. Eventail drapeau, début du 16 siècle, Venise (illustration présente dans l’ouvrage n°14, p 21) p.53 59. Eventail drapeau présent sur une partie de « la naissance de la Vierge » de P. Lorenzetti, 1342 p.53 60. Portrait de Catherine de Médicis p.54 61. Illustration de l‟évolution du degrés d‟ouverture de l‟éventail dans le temps p.55 62. Eventail lilliputien en soie pailletée d‟or p.56 63. Eventail brisé « ombré » (illustration présente dans l’ouvrage de FAVREL Hélène, « les éventails ombré de 1825 à 1826, ed CE. 2005, 33p. page de garde) p.57 64. Eventail plié « arc-en-ciel » (idem) p.57 65. Eventail « cathédrale » datant de 1920(idem) p.57 e 66. Eventail représentant l‟histoire de don Quichotte, travail français, 19 siècle (illustration présente dans l’ouvrage n°14) p.58 67. Eventail commémorant l‟Exposition Universelle de Londres en 1851 (illustration présente dans l’ouvrage n° 14) p.59 Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 207 ~ 68. Marius Hoguet (photographie prise au Musée de l’éventail de Paris) p.60 69. Hervé Hoguet dans son atelier en 1950 (illustration présente dans l’ouvrage n° 19, p 5) p.61 70. Mme Anne Hoguet dans son atelier p.62 71. Vitrine de la Maison Ernest Kees (illustration présente dans l’ouvrage n° 19, p 13) p.63 72. Eventail publicitaire montrant l‟emplacement de l‟actuel Musée (illustration présente dans l’ouvrage n° 19, p 12) p.63 73. Feuille de lotus réalisée par Anne-Marie Lantéri p.64 74. Composition réalisée par MAC p.64 75. Première salle du musée dédiée au façonnage de la monture p.65 76. Seconde salle destinée au travail de la feuille de l‟éventail p.65 77. Salle d‟exposition du Musée de l‟éventail p.66

Partie technico-scientifique 78. Papier d‟œuvre (verso du contre-pli n°26, feuille de face) p.70 79. Observation sous microscope d‟échantillon de la feuille de face X100 p.70 80. Observation d‟une fibre X150, après l‟ajout du réactif (à gauche), illustration d‟une fibre de lin provenant de l‟InterFolia p.71 81. A gauche : photographie du bois de poirier de la publication du FCI. A droite : photographie d‟un des bouts de la monture de l‟éventail de ce mémoire p.72 82. Exemplaire des trois séries de tailles étudiées avant leur collage de g. à d. : 1cm², 5cm² puis 10cm² p.73 83. Mesure au pied à coulisse numérique du papier d‟échantillon p.73 84. Tableau récapitulatif du nombre d‟apparition des colles dans les différents articles de restauration d‟éventails p.74 85. Amidon de blé Zin Shofu p.75 86. Klucel G p.75 87. Evacon-R p.76 88. Pesée d‟un échantillons avant et après son encollage p.78 89. Schéma de la prise de photographie p.80 90. A gauche : observation des déformations du papier. A droite :observation des déformations du bois p.81 91. Témoins visuels des résultats obtenus p.81 92. A gauche : observation des déformations du papier. A droite :observation des déformations du bois p.83 93. Témoins visuels des résultats obtenus p.83 94. A gauche : observation des déformations du papier. A droite : observation des déformations du bois p.85 95. Témoins visuels des résultats obtenus p.85 96. Comparaison des résultats obtenus après l‟encollage à la Klucel G sur les échantillons doublés et non doublés p.88 97. Séchage à l‟air libre : à gauche, les échantillons non doublés, à droite, les échantillon doublés p.88 98. Séchage sous poids : à gauche, les échantillons non doublés. A droite : les échantillons doublés. p.88 99. Comparaison des résultats obtenus après l‟encollage à La Klucel G sur les échantillons doublés et non doublés p.89 Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s


~ 208 ~ 100. Comparaison des résultats obtenus après l‟encollage à l‟amidon de blé épais sur les échantillons doublés et non doublés 101. Séchage à l‟air libre : à gauche, les échantillons non doublés, à droite, les échantillon doublés 102. Séchage sous poids : à gauche, les échantillons non doublés. A droite : les échantillons doublés. 103. Comparaison des résultats obtenus après l‟encollage à l‟Amidon de blé sur les échantillons doublés et non doublés 104. Comparaison des résultats obtenus après l‟encollage à l‟Evacon-R sur les échantillons doublés et non doublés 105. Séchage à l‟air libre : à gauche, les échantillons non doublés, à droite, les échantillons doublés…………………………………………………………….. 106. Séchage sous poids : à gauche, les échantillons non doublés, à droite, les échantillons doublés…………………………………………………………….. 107. Comparaison des résultats obtenus après l‟encollage à l‟Evacon-R sur les échantillons doublés et non doublés…………………………………………… 108. Comparaison des résultats obtenus sur les échantillons de 1cm² 109. Comparaison des résultats obtenus sur les échantillons de 5cm² 110. Photographie du montage (à gauche) et schéma explicatif (à droite) 111. Moyennes des forces exercées à l‟arrachage (en N.) pour chaque colle testée 112. Moyennes des forces nécessaires au décollage des échantillons (en N) en fonction des différents types de séchages 113. Moyennes des forces nécessaires au décollage des échantillons (en N) en fonction des dimensions des surfaces encollées 114. Comparaison des moyennes des forces nécessaires au décollage des échantillons doublés en non doublés (en N.) 115. Tableau récapitulatif des différents résultats obtenus sur les échantillons de 1cm² au papier doublé et laissés sécher à l‟air libre

p.90 p.90 p.90 p.91 p.92 p.92 p.92

p.93 p.94 p.95 p.98 p.99 p.100 p.101 p.102 p.105

Restauration 116. 117. 118. 119. 120. 121. 122. 123. 124. 125. 126. 127. 128. 129. 130.

Schéma de l‟éventail Illustration de la feuille de face Illustration de la feuille de dos Illustration du panache et de la gorge Miroir sorcière Rivet Schéma du support de maintien Dos du papier de verso, vu depuis le recto Papier de doublage de la contre-feuille : plié, déchiré et lacunaire Vue de l‟éventail recto (en haut) et verso (en bas) sans le support Multiples déformations de surface de la feuille de recto (de g. à d.) pli de la feuille de dos et décollement du sinet Nombreuses déchirures de la feuille de recto Deux contre-plis (n°3 et 21) détachés vus recto-verso Nombreuses lacunes réparties sur les deux feuilles Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s

p.110 p.111 p.112 p.113 p.113 p.114 p.114 p.115 p.115 p.116 p.117 p.117 p.117 p.118 p.118


~ 209 ~ 131. Ruban adhésif ayant fixé la technique graphique 132. Exemples de rubans adhésifs localisés au recto des deux feuilles 133. (de g. à d.) : feuille de recto transpercée par une pièce de renfort en papier, pièce de renfort teintée, comblement en peau de cygne colorée 134. Extrémité gauche de la feuille : contre panache 135. Abrasion de surface et lacune du support entraînant la dégradation de la technique graphique 136. Traces noires 137. Technique graphique se craquelant 138. Retouche d‟aquarelle et zones non colorées dû à un défaut d‟impression 139. Exemples de traces colorées réparties sur l‟ensemble de la gorge 140. Jointure visible au niveau de la tête de la monture 141. Différentes réparations du contre-panache 142. Différentes zones fissurées et lacunaires de l‟os 143. Vestiges des feuilles d‟argent présentes sur la monture 144. Sertissage en laiton oxydé avec quelques vestiges de dorure 145. Miroir sorcière piqué et sans reflet 146. Tableau récapitulatif du diagnostic 147. Insertion du buvard délité entre les deux feuilles du contre-pli 148. Tableau récapitulatif des réactions de l‟œuvre à différents solvants 149. Tableau récapitulatif des réactions de l‟œuvre à différents solvants 150. Identification des adhésifs 151. Triangle de solubilisation de Teas 152. Tableau récapitulatif des résultats du retrait des rubans adhésifs 153. Tests à l‟eau déminéralisée après application sur le miroir 154. Revêtement en papier permanent seul (à gauche), conditionnement temporaire complet (à gauche) 155. Dépoussiérage à l‟aide d‟un pinceau souple 156. Utilisation de la gomme crayon 157. Application de la gomme Wishab 158. Retrait de la feuille avec une spatule italienne (à gauche) et un scalpel 159. Exemple d‟adhésifs sans film (à gauche) et avec film (à droite) qui fixaient les versos des deux feuilles ensemble 160. Action du goretex sur un recto collé à son verso 161. Résultat après le décollage 162. Retrait à sec du doublage de la peau de chevreau 163. Pochettes individuelles numérotées en papier Bolloré 164. Verso de la feuille de dos après le démontage de la feuille de face 165. Retrait des particules volatiles au pinceau 166. Retrait des particules incrustées à la gomme Wishab 167. Retrait à sec du film de l‟adhésif 168. Schéma du montage de traitement 169. Retrait du film 170. Résultat obtenus après le décollage des films adhésifs 171. Retrait à sec des films adhésifs en papier 172. Zone du doublage décollée de la peau de chevreau 173. Application de la Klucel G à l‟aide d‟un pinceau fin 174. Prise de l‟empreinte de la lacune à l‟aide d‟un pointe, sur table lumineuse et humidification du tracé à l‟aide d‟un pinceau à eau 175. Placement de la pièce sur la zone lacunaire Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s

p.118 p.119 p.119 p.120 p.120 p.120 p.121 p.121 p.121 p.122 p.122 p.123 p.123 p.123 p.123 p.127 p.128 p.129 p.130 p.132 p.132 p.133 p.135 p.141 p.142 p.142 p.142 p.143 p.143 p.143 p.144 p.144 p.144 p.145 p.145 p.145 p.146 p.146 p.147 p.147 p.147 p.148 p.148 p.149 p.149


~ 210 ~ 176. 177. 178. 179. 180. 181. 182. 183. 184. 185. 186. 187. 188. 189. 190. 191. 192. 193. 194. 195. 196. 197. 198. 199. 200. 201. 202. 203. 204. 205. 206. 207. 208. 209. 210. 211. 212. 213. 214. 215. 216. 217. 218. 219. 220. 221. 222.

Découpe des débordements latéraux de papiers japonais Pièce obtenue après la découpe (à gauche) et résultat du collage (à droite) Reconstitution du pli dégradé lors de son doublage sur table lumineuse Pli n°29 avant restauration Plis n°29 après son démontage à sec, vue du recto à gauche et du verso à droite Verso du pli n°29 une fois l‟opération finie Pli n°29 après son doublage Contre-pli n°16 avant sa restauration Placement de la pièce de comblement Encollage du papier japonais à la Klucel G (à gauche et placement de la pièce sur le doublage (à droite), sur table lumineuse Résultat final de la reconstitution du contre-pli n°26 Fond tu réalisé Application au travers d‟un Bolloré et d‟un Buvard ( à droite) Pli avant le doublage Pli après le doublage Fond tendu en cours de réalisation Retrait des anciennes retouches (à gauche) et des pièces ajoutées (à droite) Dessin de l‟empreinte de la lacune du pli puis pli après son comblement Empreinte réalisée sur un papier Bolloré Prise de l‟empreinte des lacunes latérales grâce à la superposition du papier Bolloré au pli, puis pièce après son comblement Pli avant retouche Pli après retouche Pli avant retouche Pli après retouche Retouche au crayon de couleur Pli avant retouche Pli après retouche Nettoyage de l‟os à l‟aide de solution enzymatique Résultat du nettoyage du panache Retrait des résidus à l‟aide d‟un scalpel puis nettoyage à la salive synthétique Conservation des résidus Nettoyage d‟un bout au scalpel, puis bout nettoyé Retrait d‟un adhésif au scalpel Brin fissuré Brin brisé Brins après leurs restaurations Miroir du panache avant et après son nettoyage Disposition de l‟éventail sur la carte Traçage du patron de l‟éventail Contre-pli avant son remontage Découpe des débordements de papier japonais Résultat final Découpe du bord inférieur Après la reconstitution de la feuille et son plissage Application du pli contre la monture durant le collage Résultat final du refixage du pli sur la monture Résultat recto et verso du remontage de la feuille de dos Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s

p.149 p.150 p.150 p.151 p.151 p.151 p.151 p.152 p.152 p.152 p.152 p.153 p.154 p.154 p.154 p.154 p.155 p.156 p.156 p.156 p.157 p.157 p.158 p.158 p.158 p.158 p.158 p.159 p.159 p.160 p.160 p.160 p.160 p.161 p.161 p.161 p.161 p.162 p.162 p.163 p.163 p.163 p.164 p.164 p.164 p.164 p.165


~ 211 ~ 223. 224. 225. 226. 227. 228. 229. 230. 231. 232. 233. 234. 235. 236.

Pli et ses dépassants Pli placé sur la bout de la monture, sur la table lumineuse Positionnement du contre-pli Eventail dont la feuille de face a été remontée Choix de la teinte de fond Pièce de comblement placée dans la feuille Retouche chromatique en cours de réalisation Retouche chromatique de la feuille de face terminée Comblement de la feuille de dos de l‟éventail Retouche en cours de réalisation Etat final du contre-pli réalisé Pose du sinet Recto et verso de l‟éventail après la pose du sinet Recto et verso de l‟éventail après sa restauration

Vo l t z Y o l a i n e | S e s s i o n 2 0 1 0 - A r t s G r a p h i q u e s

p.165 p.166 p.166 p.166 p.167 p.168 p.168 p.168 p.169 p.169 p.169 p.170 p.170 p.171

Profile for Écoles de Condé

Eventail Français de 1860-1865, lithographié et peint  

Mémoire Conservation Restauration du patrimoine / Spécialité arts graphiques / promotion 2010

Eventail Français de 1860-1865, lithographié et peint  

Mémoire Conservation Restauration du patrimoine / Spécialité arts graphiques / promotion 2010

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