Laps

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Laps

Exposition collective autour du temps intermédiaire


Le parcours

La Façade

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La Grange

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L’Ermitage

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Le tissage des temps Djeff Métissages féconds ! Antoni Griggio Écrire le temps Fanny Serain Terra incognita Marie Gayet Lapsologie Aurélien Fouillet Le Cinéma

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Le Mess

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La caserne Beaurepaire

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Biographies Remerciements

9 15 65 145 241 La tour Saint-Vanne

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261 269


La Citadelle Haute, Verdun




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Le tissage des temps

Djeff

Un temps qui se mesure et un temps qui s’écoule, un temps que l’on capture et un temps que l’on contemple, un temps qui s’étiole et des temps qui s’entremêlent. Pli(s) et repli(s), interstices d’espaces et de temps, temps suspendu, entre-deux, autant de suggestions à partir desquelles se voient réunis des artistes sélectionnés pour leurs


visions et leurs expérimentations des laps. Après les confinements et l’état de suspension que le monde a connus, la fronde du temps repart et nous propulse dans d’infinies variations, du chronos au kairos, de l’aiôn à l’anankè. Les artistes contemporains de Laps présentent autant d’œuvres qui donnent chair aux expériences et relativités du temps qui passe, qui se faufile, qui se fige, qui s’écarte, qui glisse, qui dérive, qui mesure ou qui marque une pause. C’est dans un lieu écrin, aux plis du temps, que l’exposition Laps se donne à voir. Une Citadelle Haute qui prend racine au XVIe siècle, une fortification en étoile qui marque


l’empreinte de Vauban puis qui mute en citadelle souterraine, qui s’enterre, se cache et se replie après la Première Guerre mondiale. C’est un lieu de la terre comme du ciel, qui pointe l’avenir et le passé, le présent et l’intensité. De ces bâtiments, se dessine une singularité spatio-temporelle, comme un lieu qui happe et qui retient le temps en lui. Une espèce de “trou noir” dans lequel se joue l’expérience des temporalités : accélération, mémoire, contemplation, monument, nostalgie, anticipation… Ce sont des bâtiments qui vivent, qui protègent, puis que l’on abandonne, laissant à la nature et au temps le soin de faire leur œuvre et de s’incarner en


lui. De la Citadelle on découvre alors la cité et le sauvage, la ville et la nature, d’où surgissent les œuvres et les parcours comme autant de caresses artistiques.

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Djeff

artiste plasticien, commissaire de l’exposition


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Métissages féconds !

Antoni Griggio

Aux espaces conventionnels dédiés à l’art contemporain se substituent des lieux alternatifs. Comme en témoigne l’exposition Laps, le monde de l’art s’ouvre au monde qui l’abrite. Si la neutralité promue par le modèle du White Cube s’est imposée, d’autres modes d’exposition le remettent en cause. Ainsi l’exposition Laps, dans l’enceinte de la


Citadelle de Verdun — lieu non muséal — a défini une place nouvelle et centrale de l’œuvre en devenant un catalyseur de créativité. Puisqu’il est manifeste aujourd’hui que les propositions contemporaines sont assez peu compatibles avec l’espace muséal ou l’espace d’exposition classique, il est nécessaire de penser autrement les modes de présentation au public. Les créations contemporaines de Laps sont donc nées de la nécessité d’être montrées dans un autre lieu et un autre espace. L’élément commun à toutes les propositions artistiques présentes est qu’il n’y a pas un espace unique mais un parcours, une déambulation entre différents lieux et différentes


œuvres. Cette scénographie s’interroge sur le rôle du temps et de l’espace. Peut-être peut-on y voir la clé nécessaire à l’analyse des créations de ces trente-quatre artistes de toutes générations et de tous les continents, venus pour installer des esthétiques nouvelles avec une diversité d’expressions : Laps se veut une exposition ouverte sur les esthétiques les plus larges, mêlant les champs d’expression, la diversité des publics et les espaces de rencontre. Elle a été conçue sans compromis mais naturellement conviviale, dans un souci de dialogue et d’échange… De cette énergie, de cette volonté d’ouverture, de cette multiplicité d’approches, Laps


marquera durablement les consciences, avec des moments riches d’émotions. On en redemande.

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Antoni Griggio

vice-président de la CA Grand Verdun, délégué à la culture







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Sans titre (I Can’t Wait…)

Rero


Je ne peux pas attendre… Cette expression raturée souligne notre difficulté, voire notre incapacité à pouvoir ou encore vouloir attendre. Dans une société précipitée, où tout doit aller toujours plus vite, où l’on voudrait que tout devienne instantané, l’attente, la patience ne seraientelles pas une des solutions aux frustrations de notre époque ? 2021 Intervention in situ, papier marouflé. Le besoin ou l’envie de ralentir, de savourer l’instant nous offre aussi la possibilité d’une “attente heureuse”.


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Vuelo

Rachel Marks


Les papillons monarques consacrent leur vie à leur incroyable migration, parcourant des milliers de kilomètres jusqu’à la forêt de Michoacan au Mexique. Ils se retrouvent alors virevoltant en communauté autour des arbres. Les livres se métamorphosent à nouveau, afin de retourner à leur source originelle et révéler leur histoire. À l’instar Livres, colle, papier, carton, structure métallique, nylon, papillon. 2021 du monarque, le visiteur est invité à devenir danseur, à prendre son envol et à trouver sa place au sein de la communauté.


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En partenariat avec les centres sociaux et culturels Kergomard et Glorieux Cité Verte.


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B





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Solstice

Juliette Minchin


“Solstice” se présente comme un monolithe de cire qui se consume tout au long de l’exposition à la manière d’un cierge monumental jusqu’à épuisement de la matière première et au complet dévoilement d’une structure en acier sous-jacente. Entre le monument commémoratif, le sanctuaire magique et le temple religieux, l’œuvre appaCire, acier, céramique. 2021 raît comme une architecture sacrée, figurant la fragilité de la vie terrestre et l’inéluctabilité de la mort.


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2021


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Sans titre

Jim Skull


De longues franges, des cordelettes, des lambeaux, des disques descendent de ses têtes et se répandent jusqu’aux pieds des socles. Malgré les liens sans attache des vanités de Jim Skull, ces figures marquantes des cabinets de curiosités renvoient l’homme à sa propre finitude. Ces rappels à notre état étaient autrefois posés sur la table de l’écriCrânes en papier mâché, corde tressée de Chine ⅪⅩ , feuilles de papier déroulées, vain. Ils sont ici dressés, comme suspendus, magnifiés par la grâce des doigts de l’artiste. e


corde naturelle, ronds en corde naturelle, corde naturelle crochetée.

2010-2019







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L’exilé du temps

Isabelle Putod


En pleine guerre froide, quand notre civilisation croyait finir dans des abris antiatomiques, le spéléologue Michel Siffre décide de passer deux mois dans le gouffre d'un glacier souterrain, sans repère de temps. Dans ce lieu, sa raison vacille, ses perceptions se modifient et il part pour un voyage intérieur où se mêlent souvenirs et hallucinaFilm, 27 min. 2017 tions. Ce film poétique nous fait vivre ce chamboulement du temps où le cerveau devient le maître du réveille-matin.


Derrière le titre énigmatique “Resolution 37/7”, ce film fait allusion à un texte international de référence : la charte mondiale de la Nature, proclamée le 28 octobre 1982 à l'assemblée générale des Nations Unies. Silencieusement, la vie sauvage semble reconquérir les vestiges d'une citadelle abandonnée et effacer les traces de la folie Djeff 58 Resolution 37/7 passée. Témoins immuables de cette lente disparition, six personnages déclament les articles de la charte.


Film, 18 min.

2016


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Six kinetic characters

Lucas Zanotto


Cette série de six caractères cinétiques abstraits illustre les gestes émotionnels universels. Des montagnes russes émotives, des sautes d'humeur et des yeux croisés sont véhiculés dans un rendu 3D, nuancé avec des touches de couleurs pastel nostalgiques. Le travail de Zanotto n'est pas seulement impressionnant, il possède un caractère Film d'animation, 1 min 40 s. 2021 quasi thérapeutique. Les mouvements sont si fluides qu’ils vous hypnotisent au son d’une musique délicieusement travaillée.


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Écrire le temps

Fanny Serain

Ecrire le temps devient rapidement une impasse. Temps que l’on compte et mesure versus temps que l’on vit. Temps qui passe et temps qui court voire échappe, temps qui a l’élasticité de l’instant jusqu’à la longue haleine… À moins d’être spécialiste en sciences physiques, en philosophie ou en horlogerie, il semble


que tout ou presque ait déjà été dit ou écrit à ce propos. Ou en tout état de cause, questionné. Face à cette vaine entreprise, une attention portée aux hasards et turpitudes de la graphie pourrait offrir, si l’on veut bien s’y attarder, une lecture de la représentation écrite qui se ferait le reflet des mystères et profondeurs que le mot s’engage à définir. Une approche peu orthodoxe, certes, mais tout aussi ambitieuse que la prétention d’enfermer un terme si vaste en cinq lettres. Cinq glyphes qui visent, à eux seuls, à contenir une dimension. Cinq lettres dont l’assemblage n’est pas celui qu’on attendrait phonétiquement.


L’écriture est le seuil de l’Histoire. Prenons donc le postulat que les lettres peuvent être bavardes et les lettres de ce mot en particulier. Laissons-nous porter par l’observation contemplative de leur dessin et leur association pour une dérive poétique qui se dissimulerait au cœur même de sa transposition écrite. Car finalement, la matérialité de cette notion, l’une des plus abstraites et impalpables qui soit, n’a-t-elle pas pris corps dans l’acte de lui donner forme écrite ?

t . e . m . p . s


Hampe et traverse font du T la confrontation des lignes, l’incarnation de l’orthogonalité par excellence qui va même jusqu’à en rappeler l’outil de construction, l’équerre architecte. Ce croisement, ancien descendant de la lettre phénicienne tau, la croix, « marque, signe » qui deviendra un T en grec puis étrusque pour ne plus changer guère, paraît illustrer le moment, le kairos, le temps en suspens dont l’existence est signifiée sans pour autant inter-

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rompre le cours de l’horizontalité, celui-là même dont la portée est percutée à angle droit par une barre de mesure. Tel l’« arrêt de jeu » ou « temps mort » signé des mains de l’arbitre, il ne siffle pas la fin du jeu mais en marque le déroulement, énonçant l’obligation de pause. Une ponctuation du défilement, sec et brusque, voué à la reprise. La trotteuse ne laisse d’ailleurs de son passage que la trace d’un tic-tac, tic-tac, tic-tac…

e e


e e e ee Le mouvement continu se poursuit dans l’E. Sa majuscule semble se prendre pour un chaînage, une pierre angulaire, visible bâtisseuse qui ferre les coins et consolide les appuis tandis que sa minuscule, comme on l’enseigne aux enfants au temps de l’apprentissage de l’écriture, se déroule dans l’espace comme un escargot. La seule voyelle du « temps » ponctue ainsi le mot d’une suite de Fibonacci, une démonstration

raisonnée et mathématique au carrefour des résonnances naturelles et des recherches artistiques. Pourtant, dérivé du signe hiéroglyphique de la fenêtre et de l’epsilon, symbole de l’appartenance à un ensemble, ce E, de prime abord insignifiant, rend la prononciation possible, et gage d’une ouverture sur le monde mais contenu dans un cadrage, une séquence, où la partie remémore qu’elle s’inscrit dans un tout qui la dépasse.


m Retournement du E, le M articule et relie l’ensemble des caractères avec son pont à deux arches. Au milieu du gué de lettres, ce M double les sauts, rebondit peut-être d’un état à un autre, d’un événement à un autre, franchit des obstacles.

Tout sautillant, ses enjambées gardent le cap d’une direction inconnue sans toutefois privilégier la ligne droite. Malgré les détours et les contorsions nécessaires à sa construction, le flux du tracé du « temps » maintient sa destination.


P, l’inattendu graphème qui convoque la rondeur et la verticalité brutale, semble vouloir s’échapper du couloir de course. La lettre, celle de trop parfois, qu’on oublierait presque parce qu’on ne l’entend pas, conditionne néanmoins la présence de la double arche « m » au lieu du simple arceau « n ». Toute muette désormais, elle donne à voir double. Lorsqu’elle ne l’était pas, tempus laissait sourdre son rôle d’indicateur, de chaleur ou de durée.

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s s

s

s s

Qui n’a pas un jour pesté sur l’oubli du S ? Usité en fin de nom commun pour indiquer le pluriel, il fait pour le temps exception à la règle. Une orthographe qui ne respecte pas les habitudes ou les usages mais qui sous-tend d’ores et déjà sa polymorphie. Le temps est pluriel et se conclut sur une chicane « S ». Ses sinuosités parfaites évitent, slaloment dans l’invisible sans hésitation et trouvent le chemin pour rejoindre un point dans l’alignement.

s 72


Le temps ne s’appréhende pas plus linéaire que cyclique… mais peut-être juste entre les deux, sans début ni fin. La poésie de la graphie raconte ici bien des choses et la danse des lettres, cette chorégraphie écrite, fait du mot une narration imaginaire. Le mouvement suggère des fictions dont on a du mal à croire le hasard. “Le temps qu’il fait” donnera bien lieu à “celui qui ne passe pas” hors de la linéarité occidentale ou du cycle perpétuel oriental, mais en successions d’événements marqués, du rigide T au flexible S. De la tempête à la souple tempérance. Des accumulations de laps sans nul doute.


Performance




Lotus Eddé Khouri vient de la danse contemporaine et Christophe Macé de la sculpture. Sous le nom de “Structure-couple”, ils développent depuis 2014 une série de miniatures chorégraphiques. L’exécution obstinée et répétitive d’actions et de gestes minimalistes est le leitmotiv qui caractérise tous leurs duos. Par leurs corps en miroirs l’un de l’autre, ils 77 Bakstrit Lotus Eddé Khouri et Christophe Macé travaillent les ressemblances et dissemblances intimes de chacun.












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Les faces cachées

Vincent Tanguy


“Les faces cachées” présente les premières pages de journaux chinois parus au lendemain de l’arrivée du robot Yutu 2 sur la face non-visible de la Lune. Ces unes sont disposées de façon à laisser passer la lumière naturelle, celle du Soleil, à travers les images de paysages lunaires publiées par le CNSA (Administration spatiale nationale 2019 Unes de journaux, passes-partout, encadrements. chinoise). Par des effets de transparence, les rectos et les versos se synchronisent sur un même plan, et font entrevoir des coïncidences étonnantes.


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Sans titre (Time Error Recovery…)

Rero


Rero appose des mots sur des objets et des paysages, comme pour légender un point de vue et en donner une nouvelle lecture. Composé en caractère Verdana, le message se voit toujours barré, sans concession, interrogeant son propre sens, son rapport au contexte et à la réalité de la nouvelle situation qu’il instruit. Sur cette suite 2014 8 horloges anciennes, lettres vinyles, peinture noire, 100 x 300 cm. d’horloges populaires, la phrase “Time Error Recovery” rappelle les messages familiers de restauration des systèmes informatiques confrontés ici à la maintenance mécanique des outils traditionnels de mesure du temps.


Dans leurs dessins produits à six mains, Yann Bagot, Nathanaël Mikles et Klub donnent à voir des paysages grouillant d’activités, d’agitation, de mises en scène aux personnages souvent caricaturaux mais regorgeant de détails prêts à révéler, sous leurs airs enjoués, une humanité en déliquescence. 92

Ensaders


Techniques mixtes sur papier.

2015-2016


L’antidote, 2015

Every Landscape is a Tragedy, 2015


L’autoroute des vacances, 2015

Pour passer le temps avant la mort, 2016


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Eternally Composed

Jeffrey Michael Austin


Chaque “mouvement” de la série “Eternally Composed” de Jeffrey Michael Austin — comprenant uniquement une courte portée de musique lyrique et quelques indications délicatement esquissées à l’encre — est le résultat d’un geste dont la simplicité incarne l’expression formelle et finie du calme absolu tout en induisant une action conséquente Série en cours de 5 dessins à l’encre, 22,9 x 30,5 cm. 2014 à l’échelle immesurable, ou tout au mieux à la mesure de l’infini.


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One of Us Cannot Be Wrong

Valentin Abad


Valentin Abad souhaite donner corps à l’immatériel. Sa pratique artistique se définit par la volonté de traduire matériellement les émotions, souvent en lien avec la psychologie et la psychanalyse. “Cette œuvre porte le nom d’une chanson de Leonard Cohen qui a bercé mon enfance. Dans son texte, l’auteur poétise sur la relation amoureuse entre deux2020 Acier galvanisé, contreplaqué de peuplier, moteur 12 V. êtres. De manière mécanique, je tente d’illustrer ce que sont les rapports humains. Un circuit infini mouvementé par une route cabossée.”




La question du lien unissant les humains est centrale dans la pratique artistique de Valentin Abad. “ ‘Reste(s)’ est une série photographique réalisée à partir d’empilements d’objets sur une stèle blanche dans une ferme beauceronne. J’ai voulu immortaliser ma relation avec mes  102 grands-parents en matériaReste(s) Valentin Abad lisant ce lien par un lieu et ses objets à foison qui ont eu une utilité.”


27 cadres gravés en MDF noir avec tirages photographiques, 17 x 24 cm.

2017-2020


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Paysages intérieurs

Pascal Dieu


Comment appréhender la complexité territoriale ? Traverser le “paysage” par les points de vue mêmes de ses habitants, depuis leur fenêtre, propose de changer de paradigme : aborder un paysage de “l’intérieur”. Ce dispositif pictural permet la transversalité des points de vue, où l’espace mental devient visible. Du lieu intime au lieu commun,2018 Tirages jet d’encre sur papier museum. de visu à in situ, une histoire y trouvera sa place…


Raymond Depardon a parcouru la France pendant plusieurs années, s’arrêtant au bord des routes pour réaliser ses clichés. Caroline Delieutraz reprend ce parcours à travers les images de Google Street View. Mettant en parallèle les images prises à la chambre photographique avec des captures d’écran, elle questionne deux typesCaroline d’images, 106 Deux visions Delieutraz deux intentions opposées, deux visions du monde.

Courtesy Galerie 22,48m2, Paris.


20 diptyques, pages du livre La France de Raymond Depardon, captures d’écran


imprimées de Google Street View, 30,5 x 21,8 cm.

2012-présent



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In & Out

Seth et Pascal Vilcollet


Un enfant accroupi à même le sol dans une position qui s’apparente à celle d’une prière, dont le visage absent laisse échapper des bulles colorées. Des formes oblongues qui s’élèvent et disparaissent dans le plafond, semblant envahir l’espace de la salle. Elles sont comme un test de Rorschach en volume qui invite le spectateur à deviner ce Papier mâché, résine, acrylique. 2018 qu’il veut en matérialisant les pensées de l’enfant.




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Tiiiiiiiii-iiiiiiii-iiiiiiiime is on my Siiiide, yes it is

Régis-R


À l'heure où la matière plastique est placée sur le banc des accusés, Régis-R la récupère, la collecte moins pour la recycler que la réemployer, séduit par ses propriétés formelles et ses qualités chromatiques, au bénéfice d’une poétique combinatoire de débris d’objets. Le titre de l’œuvre reprend celui d’une chanson des Rolling Stones : c’est autour2021 Installation plastique, scénographie mixte. de l’amour et surtout du temps que s’organisent, dans un collage tridimensionnel, divers objets dont une collection de montres de tous âges, des horloges aux différents fuseaux horaires, tous marqués par l’usage et l’usure du temps mais reliés par des calligraphies dansantes.


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En partenariat avec l’Amie 55 et le centre social et culturel Anthouard Pré l’Évêque.



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Tendres strates

Julien Gorrias


“Tendres strates” est une installation qui nous invite à constater la superposition des couches que nous suscitons et entre lesquelles nous évoluons. Comme le dit le poème de Lucrèce au sol : “La dalle cède sous le pied du passant.” Les visiteurs prêterontils attention aux mots “fragiles” sous leurs pieds ? Peinture, cordes et objets.

2021


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Une longue robe blanche nervurée en transparence comme une feuille émet le souhait d'accomplir sa photosynthèse au soleil, grâce au public. Une multitude de seringues préremplies d’un liquide vert sont à disposition. Les spectateurs peuvent les utiliser en les insérant dans les nombreuses veines de la robe. Indépendamment 124 Chlorophylle Geneviève Favre Petroff de la nature et de l'intention du geste, le résultat dépend de la participation de l’audience.


Robe en géotextile, seringues, tuyaux, encre aquarelle.

2021


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Au travers des mailles

Julie Legrand


Dans un jeu avec les connotations de rigidité et de fragilité qui lui sont associées, le verre se transforme en un “fluide vital qui vivifie tous ces matériaux”. Dès lors, il s’agit de dévoiler la poésie des éléments qui nous entourent. Quel que soit le format de ces hybridations, la virtuosité et l’équilibre qui les caractérisent immergent le regardeur dans 2021 Verre filé (borosillicate). une totale contemplation. L’irruption de la lumière au travers d'une ancienne fenêtre disparue fait repousser le quadrillage de celle-ci en arborescence de verre filé.


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Expiration Ephemeris

Mathieu Roquigny


Collection constituée de 365 opercules de yaourt différents, organisés selon les dates de péremption se trouvant dessus, du 1er janvier au 31 décembre, “Expiration Ephemeris” a plein de choses à nous dire. On pourrait parler de société de consommation, de la péremption des denrées (on sait que les yaourts ne se périment pas le jour 365 opercules de yaourt différents. 2020 indiqué, loin de là). C’est aussi une réflexion sur le temps, un calendrier perpétuel qui nous renvoie à notre propre finitude.


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Bubble on the rocks

Mathieu Roquigny


Durant le premier confinement, le chewing-gum a retenu son attention et surtout… ses mâchoires. Il a mâché ardemment, inlassablement et figé ces traces de mastication et de temps d’attente dans de faux glaçons. L’œil, d'abord séduit par la séquence multicolore, est vite rebuté par leur véritable nature et leur destinée jetable. Le Chewing-gums mâchés et résine. 2020 temps perdu s’est vu suspendu, comme un arrêt sur image, figé dans la glace trompe-l’œil.


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Le Radeau de La Méduse

Pascal Vilcollet


Accumulation d’éléments récupérés, superposés les uns sur les autres et emballés. Agencer la structure de façon à s’adapter à son environnement. Immersion dans un territoire défini par des éléments de récupération d’objets fonctionnels qui sont transformés et recomposés. Créer un univers graphique avec des formes abstraites combinées 2021 Éléments de récupération, papier mâché, film plastique. entres elles de façon plus ou moins dense.


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Terra incognita

Marie Gayet

C’est avec l’esprit ouvert à l’inconnu et une grande curiosité que je pars à Verdun par un weekend de juillet ensoleillé – ce point est à préciser car une météo maussade aurait pu modifier la perception du moment –, impatiente de découvrir la Citadelle Haute dont je n’ai eu que des échos dithyrambiques par les personnes qui m’en ont parlé,


ne cessant de répéter que “le site est incroyable”, “impressionnant”, “qu’il faut y aller”. À voir donc, pour le lieu bien sûr, et pour découvrir la proposition Laps, qui réunit une trentaine d’artistes, dont certain.e.s que je connais déjà, sous le commissariat de Djeff, artiste lui-même. Comme pour me donner une bonne raison supplémentaire, je me raccroche à son sous-titre “exposition collective autour du temps intermédiaire” : cette virée à Verdun en pleine saison estivale sera, de toute façon, une expérience, un moment à part.


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Dès l’arrivée, au bout de l’allée, s’affiche en grand sur la façade d’un bâtiment — assez décevant je dois dire par rapport à l’attente, justement —, le I CAN’T WAIT barré de Rero. « Je ne peux pas attendre ». Quoi ? De voir ? Il semble au contraire que le choix du commissaire d’exposition soit de nous faire un peu attendre, de poser des indices avant d’entrer dans le vif du sujet. Tout en remontant l’allée, l’œil repère à droite, dans l’ouverture d’un bâtiment, d’intrigantes bandes de papier suspendues. En entrant dans le lieu, nous découvrons que ces longues bandes de papier figurent en fait les branches d'un arbre, au tronc sectionné, d’où irradie un halo lumineux. Au centre est posé un papillon, aux longues ailes oranges et noires. Flottant ainsi dans la lumière, le papillon est comme le noyau primaire de l’arbre, son âme volante. C’est un monarque, espèce qui fascine l’artiste et performeuse d’origine américaine Rachel Marks, au point qu’il y a quelques années, elle est allée au Mexique sur le lieu

de leur transhumance et a dansé avec eux dans la forêt, en totale osmose, nymphe des bois célébrant le cycle de la vie et de la mort… Se déployant dans tout l’espace du plafond de la Grange, suivant un mouvement quasi organique, l’installation Vuelo est faite à partir de livres ouverts, reliés les uns aux autres par les pages collées dans la continuité. Les écritures se dressent vers le ciel, les mots s’envolent au fil de l’air... Il faut lire « en se tenant sur la pointe de pieds », préconisait Thoreau dans son inspiré Walden ou la Vie dans les bois [ 1 ]. L’ensemble de l’installation est impressionnant, même le tronc est fait avec des pages de livres, aussi serrées que les cernes de croissance d’un arbre ! Et c’est comme si cette œuvre proliférante, flux continu et sans limites, cherchait à pousser au-delà des fenêtres, se ramifiait le long des parois, renversait le monde et embrassait dans un même élan pesanteur et légèreté, passé et futur, territoire d’ici et d’ailleurs, mémoire et oubli.


Il faut au visiteur suivre le lacis des lianes arborescentes qui le conduit à l’extérieur, de l’autre côté, pour découvrir — enfin ! — dans son intégralité spatiale la Citadelle Haute. Et quelle vision ! Deux longs bâtiments, aux murs décrépis, aux fenêtres envahies par la végétation, une allée centrale qui se perd dans la perspective au loin, point de fuite ouvert sur le ciel et les nuages. Plus loin encore, on aperçoit le sommet d’une tour en ruine, partiellement visible pour l’instant. C’est saisissant. Un vrai tableau de Joseph Vernet, la marine en moins. Pardelà l’histoire que l’on apprendra plus tard — il y eut ici une voie romaine, puis un établissement militaire dont la construction a évolué au gré des siècles et fermé il y a tout juste vingt ans —, c’est son état d’abandon magnifique qui donne désormais ses lettres de noblesse au site patrimonial, à l’image des « déserts » en vogue au ⅩⅧe siècle. Pourtant ici, nul simulacre, nulle ruine construite : ce sont bien le temps, les intempéries et la nature qui sont à l’œuvre dans le superbe délabrement du lieu. Difficile d’imaginer la Citadelle Haute autrement que telle qu’elle est aujourd’hui. À cet instant, au moment présent... Dans les herbes sauvages, comme échappée du gousset du lapin blanc d’Alice aux Pays des Merveilles, une horloge indique une heure qui n’est pas la bonne. Est-elle en retard ou en avance ? Cette quatrième édition de Laps se déroulant dans un lieu aussi exceptionnel, il aurait été difficile de ne pas proposer des œuvres spécifiques ou réalisées in situ. À l’Ermitage, lieu de solitude dédié à la méditation, on est frappé par l’aspect presque rituel des deux propositions. Tout d’abord, celle de Juliette Minchin, Solstice, retable sans image à la structure en acier sur laquelle de la cire de couleur chair fond chaque jour un peu plus, et se décompose au fil du temps. Le jour de ma visite,

des personnes revenaient voir la transformation de la pièce et expliquaient à leurs ami.e.s les différences entre « avant et aujourd’hui ». Flammes vacillantes, lambeaux malléables, la texture du temps passe et fuit... tempus fugit. Jouant eux aussi sur l’aspect sacré du lieu, les crânes en papier mâché de Jim Skull, perchés sur des corps en corde ou en tissu, rappellent, non sans une beauté sombre, la finitude de la vie. Au Mess, parmi les œuvres in situ, citons celle, subtile et sans doute moins visible en apparence, de Julie Legrand, Au travers des mailles, un trompe-l’œil de nature, réalisé en verre filé directement dans l’encadrement d’une fenêtre ouverte. L’exécution est virtuose. Il semble que les filaments transparents et leurs pointes vertes soient des tiges d’air, ou de souffle, saisies dans un instant, prêtes à se balancer dans la brise et fusionner dans le mouvement des feuilles environnantes. Est-ce parce qu’elle côtoie les peintures écaillées, les traces d’humidité et a la verdure pour toile de fond, l’œuvre dégage une grande poésie et émerveille par le prodige de la création qu’elle révèle. D’une toute autre énergie, l’installation prolixe de Régis-R, Tiiiiiiiiiiiiiiiii-iiiiiiiime is on my Siiiide, yes it is, saturée d’écritures en tout genre et d’écriteaux, se situe entre l’exubérance du Magasin de Ben et le café du commerce. De même, l’installation collaborative des formes mobiles de Seth et Pascal Vilcollet semble faire exploser la couleur dans l’espace. Là où des artistes jouent l’abondance et l’excès, d’autres à l’inverse minimisent ou se placent dans l’interstice, voire dans l’effacement. Les mots écrits au sol de l’installation Tendres strates de Julien Gorrias [ 2 ] qui accompagnaient son amas de cordages verts et bleus ont été effacés par les pas des visiteurs depuis le début de l’exposition ; il n’en reste plus rien. Aussi, troublant est l’effet devant la série Deux visions de Caroline Delieutraz, qui pour un

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même lieu, propose un diptyque de deux photos prises dans des temps différents. L’une est extraite du livre La France de Raymond Depardon, l’autre est une capture d’écran de Google Street View. Dans cet écart temporel, la mise en regard de deux images d’un même réel — a priori — questionne autant sur la subjectivité de l’œil du photographe que sur l’objectivité de la caméra du Gafa. Double image aussi pour Les Faces cachées de Vincent Tanguy, qui présentent une sélection de unes de quotidiens chinois, au lendemain de l’arrivée de la sonde spatiale sur la face cachée de la Lune. Habilement présentées devant des fenêtres, elles laissent filtrer la lumière à travers les images superposées qui conservent un fort potentiel de rêverie. On retrouve Rero et ses mots barrés sur une suite de huit horloges (très) vintage. « Time Error Recovery », devine-t-on écrit, message informatique d’erreur traduit par « récupération d’erreur dans le temps » ou « du temps », façon de nous dire que malgré la technologie, le temps continuera toujours à nous échapper et ce, quoi que l’on tente pour le retenir ou le maintenir. Malgré tout, Mathieu Roquigny s’y essaie, que ce soit avec Expiration Ephemeris, calendrier annuel complet recomposé au moyen d’opercules de yaourts datés aux 365 jours de l’année, ou encore avec Bubble Rocks, une collection de chewing-gums mâchouillés pendant le confinement et mis sous résine tel des reliques. Devant ces résidus de pâtes informes, on hésite entre le rire et l’écœurement — ou les deux en même temps. Au fond, si ce n’était ses matières artificielles et sa fabrication industrielle, pourquoi le chewinggum ne pourrait-il pas prétendre à la réflexion philosophique ? Fabrication, transformation, manipulation, déchet, empreinte, trace, action du corps, processus de disparition... autant de notions liées au cycle du temps et de la durée ! Quoi qu’il en soit, le temps, avec cet artiste, prend sa mesure au quotidien.

Celle d’un temps passé occupe aussi la proposition de Valentin Abad, témoignage d’une vie de famille dans une ferme de son enfance, dialogue sensible entre textes, photos et sculptures. Une autre pièce de cet artiste présentée dans la caserne Beaurepaire nous permet de pénétrer le bâtiment le plus long et sans doute le plus impressionnant de la Citadelle Haute, envahi par la végétation sur les murs extérieurs. L’intérieur est plus dégradé ; il y subsiste des vestiges de la vie passée : patères, encadrements rouillés, papiers déchirés, appliques d’écussons… Les escaliers se perdent dans les hauteurs. Du fait des espaces plus grands, les installations sont plus imposantes, les univers plus immersifs. Les paysages changeants de Présage d’Hicham Berrada, projetés en grand format, exercent toujours la même fascination, exacerbée quand on sait que ce que l’on voit est en fait le résultat de micro-réactions de substances chimiques filmées en gros plan dans un bocal de dix centimètres ! Hypnotique également est l’apparition de la Black Widow de Djeff, qui évoque une capsule futuriste ou un cocon high-tech. Elle n’est pourtant, pourrait-on dire, qu’un tissage de fils laineux, et c’est la lumière noire, donc ultra blanche et violette, qui lui donne cet aspect technologique et surréel. Son architecture géométrique régulière, fixée en un point central, fait référence à la toile des araignées sédentaires (d'où son titre), et exerce, comme souvent cet animal dans les récits fantastiques, une irrépressible attraction ! Chaque salle traversée est un passage dans une autre dimension, soulève une attention particulière à un point du temps, de la formation mécanique et laborieuse de bulles de savon (Djeff) à un champignon nuage au cœur de feu (Stéphane Parain), des pendules textuelles (Nadine Grenier) à l’étrangeté d’une rame de métro et sa longue file de voyageurs immobiles (Adam Magyar), de l’étirement du son entre deux paraboles (Arnauld Colcomb et


Bertrand Planes) à celui qui émerge étouffé des profondeurs de la terre (Les Baltazars). Le kitsch des œuvres de Laurent Perbos est peut-être une manière d’ignorer les ravages du temps ou de n’en garder que l’artificiel. Quant à l’installation interactive d’Aurélien VernhesLermusiaux, elle a quelque chose de la mise en abyme de la ruine dans la ruine, où le corps du visiteur serait un élément perturbateur. On ne perçoit pas tout de suite le lien entre les poches à perfusion disposées à côté des dessins de mains, en grand format, dans l’installation Fil rouge de Valentin van der Meulen. Par un processus de lent goutte à goutte, les encres colorées ont imbibé peu à peu les dessins réalisés sur du papier buvard et sur les mains s’étendent des taches, aux formes de corolles mouvantes ou de cellules migrantes. À la fois belles et malades, aimantes et mélancoliques. De toutes les propositions de Laps, c’est sans doute celle de Mathilde Roux, En second lieu, qui colle le plus au passé militaire du site. Sur des cartes d’état-major, l’artiste isole des zones en les coloriant. L’accrochage de ses cartographies subjectives sur des murs où subsistent d'anciennes cartes à moitié effacées crée un brouillage des temporalités, un effritement des territoires d’où toute stratégie semble absente. Le dernier édifice à accueillir des œuvres est la tour Saint-Vanne, que l’on voyait au bout en arrivant. Construite au XVIIe siècle, en partie détruite, elle a conservé deux murs et une forme d’autel sur lequel l’artiste Pascal Vilcollet a empilé des chaises, dans un amoncellement bancal et chaotique, stable malgré tout. Une deuxième construction sur le même principe est placée dans l’ouverture d’une ancienne porte. Le regard traverse les barreaux et les pieds de chaises, attiré par ce qu’il voit derrière : l’artiste Rachel Marks en train de répéter sa performance du lende-

main, Metamorphosis. De la danse du cocon, elle sortira papillon… La visite de Laps à la Citadelle Haute ne serait pas complète sans mentionner la grande prairie verdoyante, large percée abstraite dans le décor. Ce samedi s’y déroule la performance de Geneviève Favre Petroff, joliment titrée Chlorophylle. Les dispositifs de cette artisteperformeuse articulent une technologie de pointe à des vêtements (robe, jupe, bustier, chapeau) souvent assez délirants. Ici, c’est une grande robe blanche de plus de deux mètres de haut dans laquelle l’artiste vient se glisser, ne laissant dépasser que sa tête et ses bras. Peu à peu, en son amplifié, elle se met à psalmodier, à vocaliser : « Prends ta seringue et injecte-moi une douce mélodie… », « Insère le temps dans mes veines ! ». Assistet-on à une agonie ou à une incitation à la prise de stupéfiant ? Tout simplement à une invitation à utiliser des seringues, remplies d’encre verte, en les reliant à des tiges accrochées à la robe pour y injecter le liquide coloré. De blanche, celle-ci va virer au vert sous les ramages du dripping improvisé ! Plus la robe est aspergée, plus la performeuse s’anime, elle chante de plus en plus fort, exulte sous le soleil. Il n’est pas certains que les enfants, qui se sont beaucoup amusés à jouer les infirmiers et infirmières coloristes, aient perçu la portée « écologique » de la performance. Bien que les préoccupations autour du vivant et les menaces qu’il subit soient ancrées dans la pratique de l’artiste, c’est par des chemins détournés qu’elle les distille et nous sensibilise, en passant par des formes fantaisistes et même ludiques. Une fois la performance terminée, au lieu de retrouver sa place initiale dans une alcôve du Mess où elle était exposée jusque-là, la robe ainsi « revervifiée » est laissée dans la prairie, et y restera jusqu’à la fin de la manifestation. En la voyant ainsi solitaire, sa silhouette fait remon-

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ter des images du film Resolution 37/7 (Djeff), présenté à l’espace Cinéma du parcours et vu juste avant. Dans ce film tourné à la Citadelle Haute en 2016, l’artiste propose en six langues différentes une lecture de la résolution de la charte mondiale de la Nature, proclamée en octobre 1982, dix ans avant la conférence de Rio. Considéré comme l’un des premiers textes à consacrer l’importance de la protection de la nature et des écosystèmes pour la survie de l’humanité, il introduit également la notion de devoir humain dans le respect et la préservation des ressources naturelles. Malheureusement, il semble que cette résolution, votée quand même à 111 voix contre 1 (celle des États-Unis) n’ait pas été suivie d’actes concrets. Face à l’inconscience et la cupidité de certains individus, se préoccupant bien peu du devenir de la planète, le cheval blanc, sur lequel s’ouvre le film, promeneur indolent aussi libre que les herbes folles du lieu, perpétue un idéal de nature et de beauté à protéger. Une utopie sans doute ! La Citadelle Haute, en partie comparable à une

hétérotopie telle que définie par Michel Foucault (elle présente « des découpages singuliers du temps » et est « un lieu précis et réel, un lieu que l’on peut situer sur une carte » [ 3 ]), est propice à l’émergence de nouveaux scénarios, convoque les imaginaires contemporains et incite à penser — et repenser — le monde autrement. Temps intermédiaire, espace parallèle, esprit et empreinte du lieu : sur le mode du transitoire et de l’artistique, quelque chose s’est passé là. Difficile de dire quoi précisément ! De cette traversée en terra incognita, je voudrais — sans faire d’entorse au temps puisque l’on sait qu’il est sans début ni fin — conclure en citant la phrase d’ouverture du roman de L’Invention de Morel : « Aujourd’hui, dans cette île, s’est produit un miracle. » En quittant la Citadelle Haute, on retrouve dans son écrin de verdure l’horloge dont les aiguilles ont bougé ; ce n’est toujours pas la bonne heure…

1

Henry David Thoreau, Walden ou la Vie dans les bois, « Mais il faut lire en se tenant sur la pointe des pieds, nous y consacrer à nos heures de veille les plus alertes… ».

2

Les beaux cordages au-dessus des portes aux entrées et sorties des espaces d’exposition sont de cet artiste.

3

Michel Foucault, Le Corps utopique, suivi de Les Hétérotopies, Nouvelles éd. Lignes, 2009.


Performance




Insère le temps dans mes veines… Change la couleur du temps… Sur une butte de terre fertile, l’artiste encourage le public à œuvrer collectivement à sa transformation en injectant un liquide coloré dans les nombreuses veines de la grande robe-feuille qui la vêt. Ainsi, elle verdit au soleil ! Et verdir à Verdun, c’est un peu raconter 155 Chlorophylle Geneviève Favre Petroff les saisons, illustrer le temps qui capte, saisit, puis s’estompe.










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Présage 11/02/2014 16h37

Hicham Berrada


L’artiste associe dans un bécher différents produits chimiques. Leurs réactions physiques donnent lieu à une véritable mise en scène de la nature, sorte de théâtre alchimique dont il ne restera que des traces : une photographie et un film. Sous le joug des manipulations maîtrisées, la matière se transforme doucement, laissant délicatement Vidéo issue de performance, 7 min 52 s. 2014 émerger un univers aux formes propices à la rêverie, créant la fascination hypnotique de voir apparaître un micromonde, d’assister au mystère de la création.


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Un bras robotisé s’évertue à recréer des bulles de savon et dresse un tableau mélancolique. Quand les compétences des clowns auront été perdues, quand les derniers hévéas auront été abattus, quand les dernières gouttes de pétrole auront brûlées, et qu’il n’y aura plus d’humains sur cette terre, qui aura la délicatesse de souf168 Bubble Bow Djeff fler l’irisation poétique d’une bulle enfantine ?


Moteur, aluminium, solution savonneuse.

2021


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O’Clock

Nadine Grenier


“O’Clock” est une installation typographique faite de 300 horloges de cuisine sans chiffre ni cadran dont les aiguilles sont synchronisées pour laisser apparaître, deux fois par heure, une phrase célèbre sur le temps qui passe. L’aiguille se métamorphose en ligne de composition graphique, l’outil de mesure en caractère, et 2008-2014 Installation, 300 horloges, 450 x 270 cm. ainsi s’opère un glissement de la lecture de l’heure vers l’écriture de la langue. L’artiste détourne le temps au sens propre pour le rendre bavard.


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Cette sculpture propose une illusion temporelle, pour nous plonger dans l’urgence et l’immédiateté d’un feu en expansion. Se rapprocher de cette manifestation d’énergie brute, non pas comme une fin mais comme le point de départ d’un changement, invite le spectateur à y prendre part mentalement. 174

Fire Flower

Stéphane Parain


Bois, grillage, ouate polyester, LED.

2021


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Miami

Laurent Perbos


Laurent Perbos utilise comme matière première les objets issus de la grande industrie, notamment ceux appartenant à l’univers du loisir, et produit des assemblages de formes qui vont véhiculer leur propre histoire. Dans “Miami”, il revisite l’idée d’exotisme à travers cette image de carte postale un peu kitsch. L’œuvre constitue cependant une Jeux de plage gonflables, néon flexible LED, plante artificielle, socle en bois. 2020 critique de la société de consommation, une sorte de monument élevé à sa gloire, séduisante certes, mais aussi écœurante.


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Le système est constitué d’un transmetteur et d’un récepteur. Une image est téléportée par le dispositif. D’abord scannée, l’image est convertie en données sonores diffusées dans l’espace de l’exposition. Dans un second temps, le récepteur reçoit les informations et tente de recomposer le motif. Les données numériques en Arnauld transit sont ren184 Modulateur-Démodulateur Colcomb et Bertrand Planes dues tangibles et de fait, particulièrement vulnérables à l’environnement. L’image reconstituée porte les stigmates du voyage et de l’interaction avec le public.


Webcam, ampli, haut-parleur, microphone, vidéoprojecteur, ordinateur, carton. 2014


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Stainless

Adam Magyar


À l’aide d’une caméra haute vitesse reprogrammée et adaptée pour ses besoins, Adam Magyar saisit le moment où les wagons du métro, encore lancés à pleine vitesse, entrent dans la station. Il effectue un long travelling depuis bord, étirant démesurément cet instant dans une fresque irréelle en noir et blanc,  Vidéo, y révélant des portraits d’indi- 2011 24 min 48 s. vidus dans l’attente et sublimant de cette façon les flux de la vie quotidienne.




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Epistaxis

Laurent Perbos


L’artiste tente d'instiller une émotion de vie à une sculpture antique, figée dans le marbre depuis des siècles. Cette question des “humeurs”, riche de sens, renvoie à une étymologie double : l’une est liée aux fluides corporels, l’autre à l’état régissant les émotions et les affects. Cette tentative insuffle alors à la statue des humeurs, au sens spirituel Plâtre, résine polyuréthane, pompe immergée, colorant, alimentation 220 V. 2013 et psychique du terme.


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“L’Empire” est une installation interactive qui propose une réflexion sur le motif de la ruine à partir d’un dispositif immersif. Elle joue sur l’impact qu’une présence humaine et sensible peut avoir sur un lieu, révélant son aspect vivant dans l’ombre du visiteur. 198

L'Empire – Hashima

Aurélien Vernhes-Lermusiaux


Installation interactive, couleur, vidéos HD, quadriphonie.

2012


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Black Widow

Djeff


“Black Widow” évoque l’idée d’un piège technologique. La structure, composée d’un réseau de fils de laine fixés en un point central, fait référence à l’architecture géométrique très régulière des toiles tubulaires des araignées sédentaires. Des néons ont été placés sur chaque bord formant le cadre de la toile, et au centre de cette compoBois, fils, crochets, lumière noire. 2018 sition en entonnoir, une ampoule émettant de la lumière noire trône telle une araignée postée à l’affût dans son système de capture.




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Spatial Variations

Damien Bénéteau


“Spatial Variations” est une sculpture de lumière à la fois ludique, dynamique et pleine de contrastes, ce qui provoque un effet visuel fascinant. Une sphère de métal se balance lentement sur une trajectoire définie, jetant lumière et ombre sur l’espace environnant, comme si la lumière était vivante et respirait. Aluminium anodisé, acier inoxydable, LED, 254 x 160 x 40 cm.

2012


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Cette installation sensitive a été créée spécifiquement sur le site de la caserne Beaurepaire. D’une salle émerge une poésie sonore qui joue avec le froissement d’un relief révélé par de lente variations lumineuses. La lumière devient le moteur des changements de la perception qui nous déplace et stimule de nouveaux imaginaires. 212 Le regard du hibou Les Baltazars Cette sculpture textile se révèle à travers de fines orchestrations dans lesquelles la lumière, la couleur et le son sont autant d’instruments élaborant conjointement une lente narration sans mots.


Acier, lin, LEDs, haut-parleurs, dispositif numérique.

2021


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Réalisés au fusain sur papier buvard, plusieurs dessins de grand format parsèment l’espace. Ils représentent des mains enlacées. L’ensemble, disposé de façon plus ou moins chaotique, est surplombé d’une multitude de poches de perfusion remplies d’encre colorée. Dans un lent goutte à goutte, absorbée par le papier, l’encre contamine les 216 Fil rouge Valentin van der Meulen dessins. Elle en altère la lecture et interroge sur le réel sujet de ce qui est présenté ici.


Papier buvard, fusain, encre, fil, bois, chassis aluminium et poches de perfusion. 2021


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En second lieu

Mathilde Roux


La série “En second lieu” se situe au croisement de la géographie et de la littérature. Mathilde Roux vient augmenter des cartes d’état-major issues d’archives en parsemant délicatement couleurs et fragments de pages de livres soigneusement sélectionnés. Elle recompose sur le papier un espace vécu où s’associent et se confrontent l'image 2019 Cartes d’état-major augmentées. et le texte, l'imaginaire et le réel, l’existant collectif, ses représentations, et les ressentis intimes.


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Lucarne

Stéphanie Lacombe


C’est en amont de l’exposition que Stéphanie Lacombe est venue arpenter les rues de Verdun pour y capturer la vie des habitants. Cette quête visuelle autour du thème des fenêtres se voit transposé en trompe-l’œil sur la façade de la Citadelle Haute.

Tirages photographiques sur dos bleu.

2021


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Fétiche

Pascal Vilcollet


Immersion dans un territoire défini par des éléments de récupération d’objets fonctionnels qui sont transformés et recomposés. Créer un univers graphique avec des formes abstraites combinées entres elles de façon plus ou moins dense. Agencées dans l'espace, elles invitent le spectateur à déambuler autour d’elles et changent en 2021 Chaises de récupération. fonction de l’angle de vue.


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En partenariat avec l’Amie 55.





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Lapsologie

Aurélien Fouillet

Le laps en tant qu’objet d’étude a trop longtemps été ignoré des disciplines académiques, aussi bien de la part des sciences physiques que des sciences humaines d’ailleurs. Le laps est pourtant au cœur de ce qui renouvelle le cours des choses, il a le pouvoir de suspendre les êtres ou de les multiplier. Loin d’en faire un élément supplémentaire d’une


philosophie trop ancrée dans son aventure grecque, il s’agit de poser les bases de disciplines qui soient propre au laps. La première a pour ambition de formuler une théorie générale du laps et se nommera donc la lapsologie. La seconde a vocation à documenter les différentes occurrences sensibles du laps et s’appellera donc la lapsographie. Chers lapsonautes, bon voyage !


Premiers principes* d’une lapsologie librement inspirée du Tractatus Logico-philosophicus de Wittgenstein :

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1 – Le laps est tout ce qui a lieu. 1.1 – Le laps est la totalité des faits, non des choses. 1.11 – Le laps est déterminé par les faits, et par ceci qu’ils sont tous les faits. 1.12 – Car la totalité des laps détermine ce qui a lieu, et aussi tout ce qui n’a pas lieu. 1.13 – Les faits dans l’espace des laps sont le monde. [ … ] 7 – Sur les laps dont on ne peut parler, il faut se taire.

*Je m’inspire ici des travaux de Ludwig Wittgenstein, philosophe (personne n’est parfait), et de ses travaux de philosophie du langage. Il faudrait développer cette approche théorique du laps à partir du second Wittgenstein, celui du virage lapsologique. En effet, c’est dans les Recherches lapsosophiques qu’il développe sa théorie des « jeux de laps » et des « formes de vie ». Ainsi, chaque forme de vie serait exprimée par un jeu de laps qui lui est propre et qui constituerait comme une sorte d’ontolapsie. J’ai préféré, pour ces premiers éléments théoriques d’une lapsologie revenir aux sources et origines d’une pensée du laps en tant que tel afin de ne pas perdre le lecteur curieux de cette nouvelle discipline et des enjeux et questionnements qu’elle soulève.


Étymologie

Les qualités nichées dans le laps

Le laps — du latin lapsus — c’est la chute, c’est l’écoulement, c’est ce qui nous file entre les doigts, c’est la fluidité du temps tout autant que sa viscosité quand l’ennui nous envahit. C’est l’eau qui coule et qui ne peut être contenue. C’est une liberté, quelque chose qui ne peut être retenu. Si le laps dessine une voie, il ne peut, pour autant, être canalisé ou emprisonné.

Le laps(us) c’est, selon la rencontre entre étymologie et psychologie, le mot ou l’image qui nous échappe, c’est-à-dire le spontané par excellence, l’automatique — ce qui a son propre mouvement. La pensée chinoise associerait cela au tao, la voie, la correspondance et la continuité entre le cours, l’écoulement, le procès des choses, et la volonté. Pour nous, c’est l’expression de ce qui aurait dû rester caché qui, s’écoulant, nous révèle une vérité enfouie, un dévoilement, alètheia, une sortie de l’oubli, une réminiscence. Ou pour l’ivrogne, le moment où il ne peut plus retenir ce que la nausée de son existence fait remonter à la surface. Les Grecs, comme les Romains, étaient des ivrognes. Mais c’est aussi l’image dans l’image, l’image entre deux images, l’image inconsciente. C’est-à-dire l’image qui est présente, mais cachée ou invisible. C’est « l’inquiétante étrangeté » dont parle Freud, et dont Lovecraft a produit la littérature : ce sont dans les coins, dans ce que l’on ne voit pas, que se cache ce qui est le plus présent, le plus envahissant, le plus horrifique et terrifiant. Sur le modèle du laps de temps, il y aurait donc un laps d’image, un laps de sens — un bout d’image, un bout de sens, enserré entre deux figures, deux significations. Une signification dans le pli, une figure dans l’interstice. Il y aurait alors des qualités interstitielles, des qualités nichées dans les laps.

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Épochè

Du laptop et du lap dance

C’est, aussi, le laps de temps, l’époque — épochè — ce qui est entre parenthèses. Ce qui s’ouvre, et ce qui se ferme. Mais peut-être pouvonsnous alors l’étendre et le généraliser ? Un laps d’être, compris comme mise entre parenthèses de l’existence des choses. Alors tout devient possible et le Chevalier inexistant de Calvino peut affirmer avec force : « Tout est soupe ! » Peut-être peut-on aussi comprendre le laps d’être dont nous parlons ici comme un espacetemps entre deux subjectivités, ou plutôt entre deux perceptivités. Il y a mise entre parenthèses de l’être des choses — laps de l’être — lorsqu’il n’y a pas deux perceptions d’une chose qui se répondent pour en confirmer les bornes et l’existence. Un peu à la manière de Robinson qui, seul sur son île, court sans fin pour empêcher l’île de disparaître de sa perception et donc, de disparaître avec elle… Ce n’est que lorsque Vendredi arrivera que l’île, et Robinson, seront confirmés l’un et l’autre comme deux extrémités d’un laps de l’être. Ou, comme dans l’expérience de la chair décrite par Merleau-Ponty, ce moment où l’un et l’autre disparaissent dans l’aperception de l’un et de l’autre, le moment de la caresse où l’on est tout à la fois corps-senti et corps-sentant, ce moment où le corps devient luimême un laps.

En albanais, le laps c’est le crayon, ce qui laisse une trace — graphein ? En estonien, c’est l’enfant, l’être entre deux parents, l’un et l’autre, et peutêtre ni l’un ni l’autre ? Mais c’est aussi l’anagramme de « slap », l’onomatopée du coup de fouet. En anglais c’est le verbe du pli et de l’enroulement, l’origine du laptop comme du lap dance. On y décèle toute l’ambiguïté d’Albion. Au choix : la numérisation de l’érotisme dans l’ordinateur portable et l’explosion de la télé-réalité — la réalité qui se trouve loin —, c’est ce que l’on appelle la digitalisation qui, si elle renvoie aux doigts, n’est pas celle du touché, mais bien du doigt sur lequel on compte, du digit. C’est un pur nombre. Ou alors, l’érotisation de la technique dans la barre d’acier autour de laquelle on tourne et se frotte comme à un totem de l’âge industriel. Vision ballardienne que l’on souhaiterait situer sur une aire d’autoroute ou sous un échangeur de périphérique qui, eux aussi, évoquent le laps, le tour, le circuit, le bruit des moteurs qui disent le temps qui se contracte en espace. À se demander si le symbole le plus ancré dans nos imaginaires n’est pas l’automobile. L’automobile comme synthèse mécanique et technologique de l’invention du temps et de l’horloge par l’Europe moderne et, surtout, de son extension à tous les domaines de l’existence, l’espace-temps d’Einstein en étant l’aboutissement, l’apothéose atomique qui dans un grand flash embrasse tout, se déploie en champignon, puis retombe, s’écoule, se laps pour l’éternité… On découvre alors le relaps, la retombée, le retour à l’hérésie. Si le laps est force vive, le relaps est négativité.


Des antre-deux aux antre-temps

Contamination

Plus trivialement, on associe le laps de temps à l’interstice. Mais l’interstice, ce n’est pas que l’entre-deux. Ce n’est pas seulement, non plus, la frontière. Ce n’est pas qu’une limite. Ce n’est pas quelque chose que l’on dépasse. C’est une ouverture, un horizon. C’est une asymptote, quelque chose vers lequel tendre. Peut-être pourrions-nous alors parler d’un antre-deux — qui évoque la possibilité d’un troisième larron —, d’un antre-temps. L’interstice comme une béance rappelant la brèche ouverte sur « le monde à l’envers » de Stranger Things. L’interstice a quelque chose de l’imaginaire du labyrinthe et de l’infini, au sens d’un non-fini — d’un a-fini — tel que l’a développé Borges dans nombre de ses textes.

L’interstice c’est une béance, un possible, une puissance. On ne se cache pas dans l’entre-deux, mais bien dans les interstices. On s’y niche, et surtout, on s’y déploie avant de se répandre, de s’épandre, de se détendre et de s’étendre. Pour reprendre une image deleuzienne, c’est un pli du monde où s’ouvrent d’autres mondes. C’est une machine de guerre nomade, un rhizome en creux. C’est le carnaval, la zone à défendre, l’hétérotopie foucaldienne, la zone d’autonomie temporaire. L’interstice est une marge, comme celles que décrit Michael Camille à propos du lumineux Moyen Âge. Ce sont les marges des livres de prières dans lesquelles se déploient la distance à la foi dans les figures simiesques et scatologiques qui les érotisent. Ce sont les représentations et les sculptures cachées dans les cathédrales et les églises par leurs bâtisseurs. Ce sont les plis et les replis des mondes et des histoires que nous a dévoilés Carlo Ginzburg dans les procès de l’Inquisition : ces liens oubliés de l’Occident avec le chamanisme qu’il a voulu brûler avec les sorcières — figures interstitielles par excellence —, jusqu’aux visions alternatives du monde élaborées à partir de la pourriture et non de la pureté.

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Multilaps

Blacklaps

Les interstices d’espace ou de temps — faut-il encore les distinguer ? — sont les envers originaires (chorâ) de nos enromancements. Ils s’enracinent dans nos fictions, interfèrent avec la réalité et déploient de multiples réels, ils sont les multilaps. S’ils ne sont pas normatifs, ils sont bien subversifs, ils viennent du dessous. Ils n’incarnent pas des pouvoirs mais mettent en branle des puissances. Ils sont des virtuels, au sens que Souriau donne à ce mot, des potentialités qui subvertissent le cours normal des êtres et des choses. Ils ne transforment pas, ils alternatisent, ils multiplient.

L’interstice absolu, c’est le trou noir, le blacklaps. C’est la grande béance dans laquelle il n’y a plus de lois physiques. C’est la singularité dans laquelle se trouvent concentrés et confondus l’espace et le temps. C’est le sans-lieu (u-topos) où l’espace se déchire, s’explose, s’écrase et se néantise. Le sans-lieu dans lequel le temps se boucle, s’accélère, se concentre en un point et s’éternise. L’espace s’ouvre alors sur tout ce qu’il pourrait être. Le temps se condense et devient un instant rassemblant tous les devenirs dans une boucle ou un point. Éternel retour du même ou ritournelle.


Performance




Cette performance explore la migration transfrontalière du papillon monarque. Chaque étape du cycle de vie y est présent. Les motifs et les structures de danse nous emmènent dans un voyage avec la chenille qui tisse son cocon de ruban. Enfermée dedans, elle se transforme et se métamorphose en une créature ailée. Quand elle 251 Metamorphosis Rachel Marks s’échappe du cocon, ses mouvements sont devenus organiques et naturels, imitant le langage corporel du monarque.










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Les artistes

Valentin Abad * 1981, Paris Valentin Abad est un photographe de natures mortes basé à Paris. Son esthétique délicate, avec une touche analogique, a été vue dans de nombreuses publications. En parallèle de la photographie, Valentin a affiné un travail artistique employant différents mediums (tels que l’installation et la sculpture), dans lequel il tente de donner vie de manière tangible et mécanique à des notions impalpables telles que des théories ou concepts psychologiques et sociologiques. www.valentinabad.com

dont elles travaillent les mouvements et comportements dans le temps, elles inventent des formes évanescentes se formant, se déformant et se reformant sans cesse, des paysages sensoriels, des univers sensibles fragiles et suggestifs, mystérieux et spirituels. www.baltazars.org Damien Bénéteau * 1971, L'Haÿ-les-Roses

Initialement photographe, Damien Bénéteau débute sa carrière de plasticien en 2010, lorsqu'il choisit de transposer le processus de captation de la lumière dans le genre sculptural. Le résultat est une œuvre plastique sobre et minimaliste qui Jeffrey Michael Austin * 1988, Hartford allie sculpture lumineuse, jeu de textures à la surface des volumes et, Les travaux de Jeffrey Michael fréquemment, une animation mécaAustin, plasticien et musicien, croi- nique et lumineuse qui ajoute du sent parfois ces deux disciplines dynamisme à la perception. pour les associer dans des question- www.damienbeneteau.com nements communs. À travers l’installation, le dessin et la sculpture, l'artiste recourt à une typologie Hicham Berrada de gestes simples pour révéler les * 1986, Casablanca qualités phénoménologiques de Nourri d’une formation artistique et l’univers en mouvement. scientifique, Hicham Berrada www.jeffreymichaelaustin.com associe dans son travail intuition, connaissance, science et poésie. Sa démarche renoue avec des Les Baltazars préceptes qui ont toujours lié arts et sciences à travers les âges. Jouant Aurélie Baltazar * 1979, Pessac le rôle d’alchimiste, mais désireux Pia Baltazar de ne puiser modestement que dans * 1976, Toulouse les richesses de la nature existante, Hicham Berrada invente processus Duo d’artistes interdisciplinaires, et situations où la science, si elle les Baltazars créent des œuvres ambitionne habituellement de révéler, sensitives (tableaux, installations, devient, réinvestie par ses manispectacles), des sculptures de ma- pulations, une source de mystère, de tière lumineuse évolutive. À travers poésie de la métamorphose brouildifférents dispositifs qui donnent lant les notions de durée. volume et matérialité à la lumière, www.hichamberrada.com


Arnauld Colcomb * 1977, Clermont-Ferrand

Pascal Dieu * 1973, Neuilly-sur-Seine

Le travail d'Arnauld Colcomb se concentre sur des installations et formes sculpturales, qui par l’utilisation de la technologie deviennent des objets à l’efficacité visuelle fascinante et hypnotique. Ses pièces donnent lieu à une lecture très immédiate de leur fonctionnement statique par un recours aux volumes primaires, à des techniques de construction et outils archaïques et l’élaboration de squelettes aux structures simples. www.arnauldcolcomb.com

Pascal Dieu concentre depuis plusieurs années sa recherche sur le paysage. Dans son approche, la question du rapport au réel de la photographie reformule sa manière de procéder. L’image devient plus documentaire, y cherche, y observe, y décèle les mutations d’une ville, la métamorphose d’un quartier. Un aller-retour constant entre le paysage traversé qui mène à des personnes et des personnes rencontrées, qui mènent à des paysages, à leurs « paysages intérieurs ». www.pascaldieu.com

Caroline Delieutraz * 1982, Annecy Caroline Delieutraz s’appuie sur la collecte de matériaux au cœur de notre société de l’information : les images et autres données qui inondent les réseaux électroniques mondiaux, rendues impersonnelles dans leur disponibilité sur la toile. Sans nier leur origine ou leur propriété, elle en réinterroge le sens, le parcours, l’utilisation dans des dispositifs instaurant des jeux de translation ou de comparaison qui reconfigurent leur lecture première. Passant incessamment du monde réel au virtuel, elle remet en perspective les qualités tangibles de ces étranges données, rappelant que ces flux continus d’informations n’ont de sens que par l’existence d’un émetteur et d’un récepteur. www.delieutraz.net

Djeff * 1975, Valence Djeff s’ingénie à questionner les impacts comportementaux des nouvelles habitudes conditionnées par la technologie. Il met le plus souvent cette assimilation semiconsciente en abyme dans un jeu de confrontations ludiques d’objets-icônes d’époques révolues, qui sont détournés de leurs usages premiers par l’introduction de technologies plus récentes. Du game art à l’installation, ses pièces invitent à réfléchir ces nouvelles modalités de la vie automatique, moins dans le jugement que par la prise de conscience. www.djeff.com Lotus Eddé Khouri * 1983, Paris Christophe Macé * 1967, Auch Lotus Eddé Khouri vient de la danse contemporaine et Christophe Macé, de la sculpture. Depuis 2014, ils tra-


vaillent une série de performances réunies sous le nom de StructureCouple. Ils explorent ensemble la radicalité du geste visuel, musical et chorégraphique à travers une série de miniatures, chacune construite à partir d’une musique remixée par le musicien et compositeur JeanLuc Guionnet.

ques aux personnages extravagants et décalés, en associant pop culture, littérature et science-fiction. www.genevievefavre.com Julien Gorrias * 1985, Toulouse

La création manuelle et le mouvement sont les passions de Julien Gorrias. C’est le fil rouge qui a guidé Ensaders tout son parcours, du théâtre au design en passant par la robotique. Yann Bagot * 1983, Paris Véritable couteau suisse, il a déjà Klub eu plusieurs vies avant le design et * 1985, Paris fait de son travail l’expression Nathanaël Mikles d’une philosophie personnelle : la con* 1981, Cannes ception positive. Un designer qui fait partie de la nouvelle garde, tourLes Ensaders se sont rencontrés en née vers des problématiques 2003 aux Arts Décoratifs de Paris environnementales et sociales fortes. (ENSAD) et bâtissent des images www.juliengorrias.com en commun : sur la même feuille, ils dessinent simultanément et mélangent leurs traits, en atelier ou Nadine Grenier lors de performances improvisées * 1983, Soissons en public. Leur pratique s’élargit à différents supports en volume, pop- Nadine Grenier exerce en tant que graphiste dans le domaine culturel up, mobilier, papier peint. Ils metet dans celui du design stratégique. tent en résonance leurs multiples sources : mythiques, classiques, Elle développe parallèlement une psychédéliques, alchimiques, pratique libre et artistique qui donne populaires. lieu à des installations, des projets www.ensaders.fr graphiques, photographiques ou illustrés. Le rapport entre l’objet et l’image tient une place importante Geneviève Favre Petroff dans son approche artistique. * 1978, Lausanne Ces diverses pratiques se réunissent autour de concepts simples, qu’elle Geneviève Favre Petroff est une veut accessibles à tous. Pour se artiste transdisciplinaire suisse. faire, elle choisit un vocabulaire sans Avec ses performances et ses dis- artifice qui prend ancrage dans un positifs spectaculaires, elle invite environnement usuel, du quotidien, le public à la suivre dans des propo- voire empreint de culture populaire. sitions visuelles, des réflexions www.nadinegrenier.com poétiques et technologiques sur la relation au paysage politique, culturel, social, par le corps et la voix. Elle crée des œuvres oniri-


Stéphanie Lacombe * 1976, Figeac Photographe indépendante, Stéphanie Lacombe travaille sur des sujets humains de la vie quotidienne qui ne relèvent pas d’une démarche moderne ou idéologique, mais plutôt comme le terrain de jeux de son inconscient. Dans ses photographies, les choses sont là, ont toujours été là, enfouies quelque part, dans une grande banalité. Les apparitions sont lentes, discrètes, peu spectaculaires, telle l’émergence de Terence Stamp dans Théorème de Pasolini, qui arrive sans bruit, comme un brouillard. www.stephanielacombe.com

image plus expérimentale recourant aux technologies les plus sophistiquées, qu’il modifie avec ses propres logiciels. Il scrute ainsi, par la photographie et la vidéo, le rapport entre l’individu et la foule, le plus souvent dans des paysages urbains, instaurant de nouveaux rapports espace-temps. www.magyaradam.com Rachel Marks * 1986, Oklahoma City

Rachel Marks s'intéresse dans son travail plastique à la combinaison de son identité américaine et de celle en cours de construction depuis son arrivée en France. À travers une recherche artistique basée sur la linguistique, ses projets soulignent l'importance de sa langue d'origine Julie Legrand * 1973, Suresnes et de son apprentissage de la langue française. Ancienne danseuse clasSe jouant des matières comme des sique, elle utilise son propre corps objets, Julie Legrand se révèle comme un outil pour retranscrire plus particulièrement dans les lieux son expérience et ses émotions. où ses installations se déploient. www.rachel-marks.com Qu’elle s’échappe des murs, d’objets naturels assemblés en matrices génératives ou de géometries indus- Juliette Minchin * 1992, Clamart trielles, son œuvre surgit dans un élan de vitalité qui nous fait toucher Dans son travail, Juliette Minchin du doigt les émotions fondamentales de la vie, entre érotisme, humour explore principalement les concepts liés à la disparition et à la transet transcendance. formation (plasticité, métamorphose, www.julielegrand.com croissance, dissolution, destruction, déliquescence, dégénérescence…). Marqueur du temps qui Adam Magyar * 1972, Budapest passe, chacune de ses œuvres se déploie comme une séquence Passionné d’informatique et de tech- temporelle autonome. Elles sont le nologies numériques, photographe plus souvent déclinées en série, autodidacte, Adam Magyar débute présentées sous différents états, en prenant des photos dans les rues jouant alors sur une ambiguïté des villes, en Inde et dans l’Himalaya. essentielle : naissance de la matière ou mort de la forme. Son travail évolue rapidement de la photographie documentaire à une www.julietteminchin.com


Stéphane Parain * 1985, Livry-Gargan Prenant la forme de sculptures ou d'installations, son œuvre est influencée par l'esthétique de la sculpture classique, de la scénographie du décor de théâtre et de l'art urbain. Il questionne dans son travail l'aspect transitoire de la matière en s'appuyant sur la temporalité, l'organique et le structurel, pour y faire apparaître un monde où se côtoient l'invisible et le fantastique. www.stephaneparain.com Laurent Perbos * 1971, Bordeaux Laurent Perbos utilise majoritairement les matériaux issus de l'industrie du loisir (sport, bricolage, décoration) pour créer des visions poétiques, relectures contemporaines d'émotions séculaires dont il considère qu'elles sont le fondement du désir de représentation. Ainsi la peur, la colère, l'émerveillement ou le rire se déploient dans des arrangements de matières artificielles aux couleurs saturées, fortement narratifs. www.documentsdartistes.org Bertrand Planes * 1975, Perpignan Plasticien-programmeur, Bertrand Planes est connu pour sa remise en cause de la finalité de l’objet d’art. Il développe des dispositifs vidéos, met au point des procédés techniques complexes et crée de nouveaux outils à partir de mécanismes existants qu’il compile entre eux pour les réarranger. Les œuvres de Bertrand Planes empruntent à la technologie et ses

utilisations pour mieux pointer leurs causes et conséquences sociales. www.bertrandplanes.com Isabelle Putod * 1966, Beauvais Après des études d'écriture de scénario à l'université Paris 1, Isabelle Putod se forme sur des longs métrages puis monte des courts métrages. Par la suite, elle se consacre au montage de documentaires de création. Depuis quelques années, elle est autrice-réalisatrice. Ses films, formellement hybrides, ont une forte tension dramatique. Régis-R * 1973, Bordeaux Régis-R semble avoir gardé le goût de l’objet dans toute son humilité et sa plasticité propre. Par un jeu subtil de transformations, il sait faire glisser le coup d’œil quotidien vers le regard attentif, celui qui s’arrête sur l’extraordinaire. Dans une société de consommation boulimique du plastique, Régis-R, Prince of plastic de son surnom, le récupère, le collecte, selon ses formes et ses couleurs, moins pour le recycler que le réinvestir d’un nouveau rôle, dans une poésie de l’assemblage faite de débris. www.princeofplastic.com


Rero * 1983, Beaune

au sens propre comme au sens figuré. Elle élabore une cartographie subjective en détournant toutes À mi-chemin entre art urbain et art sortes de cartes, documents conceptuel, Rero interroge le congéographiques qu'elle augmente texte de l’art, les codes de l’image de fragments de pages de livres. et de la propriété intellectuelle. Elle recompose sur le papier un esSes messages, en police Verdana pace vécu où s’associent et se pour son caractère impersonnel confrontent l'image et le texte, l'imaet lié à la course effrénée des nou- ginaire et le réel, l’existant collectif, velles technologies, se voient ses représentations, et les ressenbarrés sans concession, interrotis intimes. geant leur sens intrinsèque www.mathilderoux.fr ainsi que leur rapport au contexte, au réel, dans la nouvelle situation illusionniste qu’ils créent. Dans Seth * 1972, Paris un geste de détournement et d’auto-censure, ses recherches touSeth commence à s’exprimer sur les chent à la négation de l’image murs de Paris au milieu des années 90. tout en la mettant en cause. Son terrain de prédilection est alors www.rero-studio.com le ⅩⅩe arrondissement où il se fait connaître dans le milieu du graffiti en se spécialisant dans la réaliMathieu Roquigny * 1982, Rouen sation de personnages. Au cours de ses explorations, Seth a dévelopMathieu Roquigny entreprend une pé une peinture reconnaissable démarche où hasard, quotidien et en travaillant sur la figure de l’enfant, humour entrent en interaction. Le qui devient porte-parole, messager jeu, le détournement d’objets mais de son questionnement. Il met en jeu surtout l’instinct de collectionneur son image d’innocence et place son sont des constantes de son travail personnage dans un contexte social, qui se construit à travers l’ordinaire. politique et géographique difficile. L’usage d’un vocabulaire formel www.seth.fr minimal et de matériaux modestes confère à ses œuvres une apparente simplicité qui ne fait que ren- Jim Skull * 1959, Koumac forcer leur redoutable efficacité. www.mathieuroquigny.com Le parcours de vie de Jim Skull est fait de voyages et de rencontres dans le monde entier. Ces expérienMathilde Roux * 1964, Paris ces humaines, culturelles et rituelles l'influencent dans ses créations de Mathilde Roux développe un travail sculptures de crânes. Ses œuvres, sur le document, l’archive, pour complexes, sont élaborées pour la creuser et mettre en forme ses deux plupart à l'aide de cordes, de papier thématiques de prédilection : mâché et d'autres matériaux. l’espace du monde et l’espace de www.jim-skullgallery.com la parole, lieux du mouvement


Vincent Tanguy * 1990, Paris Vincent Tanguy développe une pratique protéiforme dans laquelle le « déluge » numérique, les effets de la mondialisation et la symbiose entre la réalité physique et les interfaces virtuelles sont transformés par sa poésie et son humour singuliers. www.vincenttanguy.net

où des temporalités disjointes finissent par se croiser. www.aurelienvernhes.com Pascal Vilcollet * 1979, Melun

Pascal Vilcollet s'est toujours exprimé par l'image. Son univers pictural est un mélange foisonnant, oscillant entre réalisme, figuration et abstraction. Plutôt que de représenter, Valentin van der Meulen Pascal Vilcollet saisit et capture, * 1979, Lille parfois de manière brute et sauvage, l’instant, les traits fugitifs et chan« C'est dans sa capacité à combiner geants de notre monde. le projet graphique avec l'image www.instagram.com/pascalvilcollet choisie que Valentin van der Meulen révèle sa maîtrise du dessin : la même force qui émerge du dessin Lucas Zanotto * 1971, Italie se retrouve dans le geste et le regard. Souvent les dessins des Lucas Zanotto est issu d'une formasculpteurs montrent leur façon de traiter la pierre, le bois, on pense tion en design produit et graphique. Après son diplôme de design ici à Baselitz ou à Dodeigne. Le même poids de la main s'imprime à Milan, il a travaillé dans différents studios internationaux. Il a dans la matière. Valentin van der Meulen n'est pas un sculpteur, pour- lentement développé un intérêt croissant pour la réalisation et a tant son dessin réussit à donner à l'image une présence tangible dans commencé à se consacrer à l'animal'espace. » Paul Hervé Parsy tion graphique. Il a également www.valentinvandermeulen.com lancé la société Yatatoy qui se concentre sur le contenu pour enfants. www.lucaszanotto.com Aurélien Vernhes-Lermusiaux * 1980, Figeac De son enfance à proximité des Causses — environnement désertique du sud de la France —, il développe très tôt un intérêt pour les villes abandonnées et les espaces stériles. Il aime particulièrement interroger les empreintes laissées par l’Histoire, quitte à devoir se confronter à certains de ses fantômes. Ses expériences visuelles nous plongent dans un monde à la fois vivant et inerte


Les auteur.rice.s

Aurélien Fouillet Enseignant chercheur à l'ENSCI - Les Ateliers, le philosophe Aurélien Fouillet pratique également l'ébénisterie et la marqueterie. Il est membre du comité de rédaction des Cahiers européens de l'imaginaire et de la revue Société. Son prochain livre s'intitule La Vie des objets. Marie Gayet

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Marie Gayet est commissaire d’exposition indépendante, critique d’art et conférencière. Elle collabore à diverses revues (Artaïs Art contemporain, Possible) et intervient pour l’Observatoire de l’Art Contemporain. Elle est membre de l’AICA, association internationale des critiques d’art et de c|e|a, Association française des commissaires d’exposition. Fanny Serain Après des études en architecture, histoire de l’art et muséologie et en sciences de l’éducation, Fanny Serain a exercé son métier de programmation et médiation auprès d’institutions culturelles renommées, de l’École du Louvre au Centre Pompidou, du Palais de Tokyo à la Fondation Vuitton et quelques autres encore, pour désormais choisir un travail de proximité et d’engagement artistique auprès d’une petite commune, en tant que responsable d’expositions.


Remerciements

Laps est une exposition collective itinérante initiée par Djeff et Fanny Serain dès 2014. Nous remercions chaleureusement Monsieur le maire de la ville de Verdun et président de la communauté d'agglomération du Grand Verdun Samuel Hazard, ainsi que le vice-président de la communauté d'agglomération du Grand Verdun et délégué à la culture Antoni Griggio. Nous tenons particulièrement à remercier les équipes de la ville de Verdun Nathalie Barborin, Benjamin Venzon, Yves Srorper, Nathalie Durand, ainsi que l'ensemble des équipes techniques qui ont œuvré à la réalisation de ce projet si singulier : Jean-Michel Arnould, Angèle Biocalti, Clément Boissier, Jérémy Borowski, Jacquo Cuny, Laurent Duchemin, Nicolas Fromont, Nicolas Galotte, Nicolas Gardel, Jean-François Gerardin, Grégory Guillet, Anne-Claire Jude, PierreFrançois Jude, Didier Kourgousoff, Elodie Labat, Claire Marguin, Joey Reiter, Gwen Renaux. Un grand merci aux équipes d’accueil et de médiation : Emmanuelle Ackerer, Isabelle Acosta, Orlane Amat-Drabos, Thibaut Bandini, Mathilde Banon, Soizic Bertho, Laurence Billy, Carole Boaretto, Marie-José Bouteille, Paul Bristhuile, Nicolas Brosseau-Habert, Marion Buret, Audrey Cartier, Marylène Celot, Laure Chaffaux, Muriel Chaumont, Florence Christophe, Adeline Davinroy, Axelle Delamarche, Catherine Denis, Solène Domergue, Florine Douel, Noelie Drouard,

Caroline Duche, Sarah Dylewski, Amal El Ghaouti, Chaimae Elghaouti, Emmanuelle Etienne, Nathalie Etienne, Maurice Faedo, Mathieu Fiocchi, Gilles Gavard, Aline Haff, Céline Hirschauer, Charlène Houot, Nicolas Lacointe, Roxane Ledard, Cécile Marconi, Amandine Marcq, Isao Marie-Luce, Hugo Migeon, Enzo Moret, Angélique Moussa, Erwan Nianga, Tom Nicolas, Isis Olivesi, Jérôme Petitjean, Céline Petitpas, Anne-Laure Poissonnier, Quentin Rogé, Johanna Roger, Franck Savanne, Rémi Schmutnig, Pierre Vermard, Marion Warin, Agnès Willaume, Charlotte Willaume, Dany Yerbe. Merci aux centres sociaux et culturels Anthouard Pré l'Évêque, Glorieux Cité Verte et Kergomard, à la librairie Entrée Livres et au cinéma Carroussel. Nous adressons des remerciements tout particuliers à Laury Hochet qui nous a ouvert les portes de l'Amie 55, ainsi qu'à l'ensemble de cette belle communauté. Un grand merci également à Frédérique Hellstern qui a animé la buvette avec talent. Enfin, un vif remerciement à l'ensemble des artistes qui, fidèlement, depuis le tout début pour certains ou plus récemment, font de cette exposition Laps une aventure humaine si nécessaire à l'appréciation des valeurs du temps.


Impressum

Laps

Photographies

Exposition collective autour du temps intermédiaire du 9 au 18 juillet 2021 Citadelle Haute, Verdun

© Valentin Abad p. 23, 35, 36, 38, 39, 46, 47, 51, 52, 53, 90, 92, 96, 98, 100, 103, 104, 107, 109, 110, 112, 113, 114, 117, 120, 122, 123, 126, 128, 129, 130, 132, 134, 138, 140, 141, 170, 172, 173, 176, 181, 182, 183, 185, 186, 187, 195, 199, 202, 204, 208, 209, 210, 211, 214, 215, 219, 222, 224, 225, 226, 228, 231, 234, 235, 236

www.laps-exposition.com Commissariat Djeff Partenaires Grand Verdun Ville de Verdun Région Grand Est Département de la Meuse Tourisme Grand Verdun Amie 55 Conception graphique Victor Tual Coordination éditoriale Djeff Relecture et correction Hélène Fauvel

© Nathalie Barborin p. 78, 80, 82, 84, 252, 254, 256, 258 © Romain Darnaud p. 26, 45, 56, 59, 88, 118, 166, 169, 190, 200, 217, 218, 220 © Djeff p. 156, 158, 160 © Geneviève Favre Petroff p. 125 © Gabriel Mokayed p. 176 bas, 192 © Christel Rigolot p. 21 © Hugues Rondeau p. 27

Achevé d'imprimer en janvier 2022 à 300 exemplaires chez KOPA (Lituanie).

© Anne Schwab-Nodée p. 2, 8, 13, 14, 19, 31, 41, 55, 62, 87, 142, 163, 238, 271

9

Prix 39 €

782956

486435

ISBN 978 - 2 - 9564864 - 3 - 5 Dépôt légal janvier 2022 © 2022 Unité d’édition Paris





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Exposition collective autour du temps intermédiaire