Quand le Canard enchaîné récidive par Béchir Ben Yahmed Était-elle secrète, particulière ? Étaitelle seulement critiquable ? Pas le moins du monde. Elle s’est déroulée sur plusieurs mois, ce qui montre bien que Jeune Afrique n’était pas pressé, encore moins à l’agonie ; nous voulions des actionnaires privés et non publics, nous voulions qu’ils soient nombreux – pour qu’aucun aucun d’eux ne détienne même 0,5 % du u capital et que l’ensemble totalise environ 6 % du capital – et qu’ils soient représentatifs de tous les secteurs d’activité. La présidence de la République tunisienne est intervenue pour la raison n déterminante que voici : la souscription s’est faite en dinars,, monnaie nationale non converertible, mais par son transfert en France dans le capital d’une ne société de droit français elle le devenait un investissement à l’étranger, en francs (c’était avant nt le passage à l’euro), nécessitant ant l’autorisation de la Banque cenntrale tunisienne.
avons informé le gouvernement et mené l’opération en accord avec lui. Je me souviens qu’au Sénégal Léopold Sédar Senghor était président et Abdou Diouf son Premier ministre, qu’en Mauritanie Moktar Ould Daddah était chef de l’État, et son frère, Ahmed, gouverneur de la Banque centrale.
nullement à l’agonie et Ben Ali n’a acheté aucune faveur. ■
En voulez-vous une preuve, ou à tout le moins une indication? En 1999 – deux ans après l’opération –, Jeune Afrique n’a pas hésité à annoncer, avant tout le monde, numéro du 10 au 16 août, la dans son n parution du livre de Jean-Pierre paruti Tuquoi et Nicolas Beau, Notre ami Ali. Fureur du futur dictateur, Ben Al vacances à Hammamet, qui n’a en vac découvert cette annonce dans Jeune découv Afrique que lorsque l’hebdomadaire Afriqu était déjà en vente : il a alors fait saisir tous les exemplaires, dans tous lles kiosques de Tunisie, et a ordonné que Jeune Afrique, seul ordo toute la presse, soit désormais de tou gardé sous douane jusqu’à lecgard ture complète – qui peut prendre deux, trois ou quatre jours – par deux censure. la cen ■
Depuis sa création, Jeune De Afrique est diffusé, pour l’essenAfri tiel, dans des pays dominés par tiel ■ un parti unique et, sauf exception, Lancé à Tunis en 1960, Jeune dirigés par des autocrates ou des diri une Afrique s’est doté, décennie après rès dictateurs. dict décennie, d’un club de six cents Ni Le Canard, ni personne ents petits actionnaires issus de cind’autre n’est qualifié pour d’ lui quante-cinq pays, la plupart afrilu donner des leçons sur la cains. À raison de quelques actions tions conduite à tenir à leur endroit. co ou dizaines d’actions pour chacun, cun, Le « palmarès » des saisies, de manière à ce que la majoritéé du interdictions et suppressions in capital et le contrôle restent entre ntre de publicité dont nous avons été victime parle pour nous ; les mains de son fondateur,, qui ét la liste de ceux qui nous ont se trouvait être (jusqu’en 2008) 8) le directeur de sa rédaction(*). interdit et combattu – Sékou En août 1999, J.A. annonce, deux mois avant sa Les deux tiers de nos lecteurs Touré, Mobutu, Bokassa, eurs parution en librairie, la publication d’un livre très critique se trouvent dans une trentaine Ka d d a f i , B o u m é d i è n e, à l’égard de Ben Ali. Réaction de ce dernier : TOUS LES de pays africains francophones, Houphouët-Boigny, EXEMPLAIRES DE J.A. DISTRIBUÉS EN TUNISIE SONT SAISIS. et nous avons eu pour politique Ratsiraka, Hassan II – est depuis près de quarante ans d’avoir tout aussi éloquente. comme actionnaire dans chacun de ces Les dirigeants africains sont en général Il nous est arrivé de conclure une trêve, pays des hommes et des femmes qui adhècontents, ou même fiers de voir certains toujours de courte durée, avec l’un ou de leurs concitoyens, certaines de leurs l’autre de ces autocrates, mais jamais rent à nos positions et sont représentatifs entreprises, entrer dans le capital de Jeune nous ne nous sommes compromis avec de notre lectorat. Afrique. aucun d’eux. C’est ainsi que nous avons recherché Ilssavent–etlescandidatsactionnairesle Alors, Messieurs du Canard, nous de nouveaux actionnaires, à l’occasion d’augmentations de capital successives, au savent également – que cela ne leur donne attendons avec sérénité votre prochaine « sortie » contre nous. Comme les précéSénégal, en Mauritanie, en Côte d’Ivoire, aucun pouvoird’influencesurl’orientation au Togo, au Burundi, au Rwanda, au Mali, éditoriale du journal et que Jeune Afrique dentes, elle sera portée à la connaissance mais aussi en France, en Belgique, en ne distribue pas de dividendes. de nos lecteurs. Suisse, au Canada… Comme l’on dit chez nous : « Les chiens ■ Certains vivent dans des pays démoC’est très exactement ce qui s’est aboient… » ● cratiques, d’autres non ; certains dans passé dans la Tunisie de 1997 et, par la zone CFA, d’autres pas. Chaque fois, conséquent, Le Canard enchaîné ment, * Depuis 2008, c’est François Soudan qui dirige par courtoisie ou par nécessité, nous tout simplement : Jeune Afrique n’était la rédaction de Jeune Afrique. JEUNE AFRIQUE
N 0 2625 • DU 1 ER AU 7 MAI 2011
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