Histoires autour de la folie - Le renfermement

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HISTOIRES AUTOUR DE LA FOLIE LE RENFERMEMENT

« ON NE VA PAS DANS LE MUR, NOUS SOMMES DÉJÀ DEDANS »

un état des lieux et des personnes dans un état de questions actuelles en psychiatrie auteurs réalisation Paule Muxel et Bertrand de Solliers documentaire - titre de travail - durée 90’ – tournage Ile de France

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SYNOPSIS / RÉSUMÉ

Aujourd’hui « la Psychiatrie va mal », un ensemble d’indicateurs va résolument dans ce sens. Faut-il rester sur cette image un peu trop rapide ?

Réinterroger la Psychiatrie contemporaine, c’est à nouveau entendre et comprendre un état des lieux et des personnes dans le monde des soins en santé mentale et ses conséquences dans notre société.

À travers un regard direct, sans concession, pris sur le vif avec certains soignants et patients sur le département Seine-Saint-Denis, le film confronte un choix de pratiques différentes soulignant les questions actuelles vécues au quotidien en soins en santé mentale.

Questions émergentes, constantes, répétitives, résolues ou insolubles, que peut-on entendre différemment d’une évolution ou d’une régression en Psychiatrie publique ?

Dans ce moment inaudible pour beaucoup, la Psychiatrie est-elle déjà « dans le mur » ? Et comment cherche t’elle sa nouvelle voie ?

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NOTE D’INTENTION DES AUTEURS RÉALISATEURS

Comme tout citoyen, nous pouvons nous interroger sur ce qu’est la folie, ce qu’elle veut dire, et ce que fait la Psychiatrie aujourd’hui avec elle. Comment cela fonctionne ? Comment cela nous parle et nous concerne ?

Personnellement ces questions nous ont toujours animé. Nous avons exploré il y a 30 ans dans « Histoires autour de la folie » autour de l’expérience personnelle des soignants confrontés directement dans leur travail quotidien au monde de la folie, pratiques de soins et prise en charge des différentes pathologies au sein de l’hôpital spécialisé de Ville Evrard, de ses patients, les récits de la fin du monde asilaire jusqu’à la naissance de la sectorisation en pleine montée. Ce qui est devenu la psychiatrie moderne après-guerre qui se créait avec une belle énergie et inventivité.

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Un questionnement sur le temps et la place du malade dans notre société, l’Autre « différent » étant au cœur de ce film pour comprendre les mécanismes des différentes actions menées depuis la période d’enfermement chronique avant-guerre, vers la Sectorisation incarnée par l’ouverture des portes des Services, des asiles, et la volonté de faire vivre les patients dans les villes

En quoi un autre film ?

Dans cette recherche et après une préparation tournée en 2014 dans un service psy intégré à un hôpital général (Auvergne), interrompue du fait de l’écroulement de ce service après le départ de deux psychiatres, nous sommes revenus en région parisienne (2015) mais sans trouver la situation que nous souhaitions.

Ensuite, au fil du hasard des rencontres, nous avons engagé à Bruxelles « Qu’est-ce que je fais là ? » (90’ et 52’ « Urgences psychiatriques »), un film spécifique, dans une autre forme, sur l’état de crise en Psychiatrie, construit sur les situations d’Urgences. Tourné en 2019 le film s’écartait de notre volonté d’interroger la psychiatrie contemporaine générale à savoir, 30 ans après Histoires autour de la Folie, comment va-t-elle et où va-t-elle ?

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Aujourd’hui face à la situation préoccupante de la psychiatrie publique, nous souhaitons réinterroger la place de la folie et du « fou » dans notre société avec les conséquences des politiques menées depuis des années, constatant une suite continue (semblable à l’ensemble des soins en santé) de réduction des coûts, leurs incidences sur les soins, et l’évolution des pratiques dans un contexte médical si différent de toutes les autres médecines

Est-ce une régression comme certains le pensent, ou les suites de changements des pratiques sur la prise en charge des malades ? Les avis divergent selon les personnes et les Services.

Entendre dans un film actuel l’urgence de cette parole aussi bien du côté des soignants que des patients s’est imposé pour situer les avancées, modifications, dysfonctionnements ou non, à partir de l’expérience de plusieurs personnes choisies. Que ce soient une accélération des placements sous contrainte ordonnés par la justice, l’accélération « sécuritaire » du judiciaire, l’affinement de nouvelles molécules, ou de services de soins mieux adaptés, de services de patients volontaires.

Nous avons alors rencontré plusieurs psychiatres sur la région parisienne, retrouvé des anciens du temps de la réalisation d’Histoires autour de la Folie, dont Daniel Zagury, expert psychiatre auprès du TGI de Paris (terrorisme, criminels de série), ex-patron de l’hôpital de jour de Bondy, un lieu de soin que nous avons déjà connu en Secteur avec le Dr Baillon en 1992. Et bien d’autres, les nouveaux.

Nous avons eu aussi le sentiment que certains anciens psychiatres, psychologues, infirmiers, expérimentés, étaient démunis face à l’usure des pratiques et des habitudes et se trouvaient désabusés.

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En fait la Psychiatrie comme la société ont bien entendu changé, comportements, économie, types d’individus et leurs réactions, cultures différentes. Comme le département du 93 a évolué avec une immigration plus prononcée depuis 30 ans

Qu’en est-il ?

En Psychiatrie les variations sont lentes. Si tout un service peut évoluer sous l’impulsion d’une personne, en général le Psychiatre en charge du service, l’inverse est vrai. Une seule décision à un moment donné peut faire régresser de plusieurs mois l’évolution d’un patient unique, mais aussi d’un service entier alors qu’il fonctionne favorablement. Une thérapie mal adaptée à la suite d’un diagnostic erroné sur une personne, peut demander des années de reconstruction. C’est identique pour un Service.

Ce projet est aussi né d’un questionnement personnel continu sur la différence, l’individu, la solitude sociale, l’insertion, qui parcourt implicitement nos films. Nous avons exploré ce qui se joue dans les familles, lieux des nœuds, de l’acceptation ou du refus, de l’ambiguïté, de la protection ou de la destruction (parfois les deux), de la conception de la « personne ». Mouvements des valeurs et de la mémoire par exemple comme dans « Les Héritiers », « L’année dernière à Vichy », « Une histoire qui n’a pas de fin » (Sida).

Dans notre approche documentaire, le point commun est de s’intéresser à l’observation du vécu-dans-sa-progression, aux relations en train de se faire et se défaire, tout en laissant au spectateur sa liberté de regard, de se construire son point de vue.

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Si on regarde la Psychiatrie comme lieu où la société éprouve ses points de tolérance, ses angles d’altérités possibles ou non, ses ruptures, cela indique les limites de ce qu’elle accepte ou pas, ses points de faiblesse, abandons successifs, son symptôme d’équilibre mental collectif ultime, une sorte de « pouls » social en activité de ce qui est possible à travers nos différences. C’est ainsi que nous abordons le film.

Reflet de l’état de la société, la Psychiatrie ne se vit pas de la même manière selon les époques, les crises économiques, sociales, politiques, les guerres, dernièrement une épidémie d’ampleur mondiale qui remet en question les pratiques puisque pour des patients déjà contraints dans leurs maladies cela a été l’occasion de se trouver « renfermés ». Les soignants ont dû s’organiser pour aller à leur rencontre, « il a fallu vite modifier et nous adapter » (Me Albert

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Aujourd’hui

ex directrice de Ville-Evrard, entretien de 2021), ce mouvement en cours permettant d’autres évolutions.

Si depuis les années 1950 nous en avons presque fini en Europe avec les univers psychiatriques concentrationnaires, les prises de consciences initiées par la psychothérapie institutio nnelle se sont usées lentement et adaptées aux discours actuels de la science et de l’économie, à la fois progressistes mais avec leur versant progressivement réducteur qui la font aujourd’hui régresser. L’enfermement n’est plus un souvenir mais redevient une actualité.

Re mises en place d’anciens protocoles en vogue (traitements de choc), méthodes technocratiques de rationalité gestionnaire, modifications profondes dans la façon de transmettre et former les soignants, disparition depuis 20 ans des cadres de formation spécifiques (les infirmières en psychiatrie sont formées comme pour un hôpital général) réduction d’effectifs dans les hôpitaux et les centres médico-psychologiques … cf. La psychiatrie en situation critique, Le Monde août 2021 : « débordés par l’afflux de patients et les économies de personnel ; sentiment fondé des malades et de leurs familles d’être maltraités ».

Or nous nous apercevons que la Psychiatrie d’aujourd’hui ne cesse et ne peut que se réinterroger, voire reconsidérer certaines des méthodes abandonnées entretemps du fait des carences qui s’approfondissent, de la mise en danger même des soins dans une médecine avant tout d’humanité avant d’être une science.

L’épidémie de Covid a imprégné la vision de la jeunesse en altérant ses espoirs de vie du proche futur avec ses incidences en santé. Les dépressions se sont accélérées. Rapidement ensuite la guerre en Ukraine aux frontières de l’Europe a entraîné une angoisse collective,

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une menace existentielle qu’on feint d’oublier alors qu’elle nous promet un monde différent avec des difficultés économiques accrues.

Ces ensembles exercent de façon imprévue une influence directe sur la santé mentale où d’ailleurs personne n’est exclu.

Dans ce film ces mouvements nous incitent à interroger notre univers quotidien où nous n’aurons jamais fini de nous intéresser aux lieux de traitement de la folie comme une prise de température de la qualité de vie de la société.

Chacun est concerné par cet Autre à la fois très loin et si proche sur les dérapages insurmontables de la vie, les imprévus. Car après tout, la folie n’est-elle pas le refuge quand on ne peut plus faire face aux situations ?

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NOTE DU PRODUCTEUR

La première image qui me vient à l’esprit, un exemple récent à Ville Evrard m’a marqué : le dernier Pavillon de Force de l’ancien asile (il y en avait 4) vient d’être démoli début 2022 pour en construire un nouveau, moderne c’est à dire qui corresponde aux souhaits de coercition des psychiatres d’aujourd’hui, à leurs besoins, plus efficace.

Un symptôme sans ambigüité d’un retour en arrière, à l’envers de toute la libéralisation engagée depuis l’après-guerre pour soigner les patients hors les murs, une des situations qui interroge dans ce mouvement de retour vers l’enfermement.

Devant cette perspective morose, les soins en santé mentale étant par nature répétitifs et lents, le film s’engage dans la perspective d’interroger le fonctionnement des réalités actuelles.

En Psychiatrie, des soignants ne cessent de résoudre les nombreuses et diverses questions en accord ou divergences, et

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l’intérêt d’un film comme celui-ci en ressort renforcé, étant de préciser les enjeux en cours dans une période de pénurie de moyens (voir les deux lettres de la Direction de l’hôpital et d’un psychiatre chef de service)

Des documentaires dans le temps, dans leur temps. Une continuité

À cela s’ajoute comme producteur, l’intérêt d’engager la suite d’un film réalisé il y a 30 ans, une possibilité rare dans l’investissement d’auteurs-réalisateurs de retrouver des Services de soins avec leurs héritages thérapeutiques, sociaux, parfois la possibilité d’un suivi de personnes rencontrées il y a longtemps, de reprendre les interrogations d’un sujet sensible, difficile, qui nous a toujours interpellé et que nous avons suivi en permanence. Au point de reprendre un projet aidé en préparation CNC en 2014, repris ensuite autrement dans le film tourné à Bruxelles en 2019 en Unité de Crise. Un voyage dans le temps de la « folie », « le Renfermement » est une suite d’un temps d’observation suivi sur trois décennies.

Des documentaires dans leur diffusion sur un encours de 30 années Une opportunité se présente aussi avec la diffusion prévue amorcée avec le soutien de la BNF pour fin 2023, des deux films, celui de 1992 Histoires et ce projet.

Aussi parce que, constituant un ensemble, les archives du premier film viennent d’être déposées en accès au public pour les films et chercheurs à la BNF concernant les préparations (130 h d’entretiens préparatoires, vidéos avec des anciens qui ont connu le Ville-Evrard asilaire avant 1940, les audios de tournage, la numérisation des archives conservées en super 16 mm), ensuite la totalité du tournage en rushes de « Qu’est-ce que je fais là ? ».

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Ce travail documentaire de fond réunit sur un mode personnel des témoignages vécus sur ce qu’a été le Département de la Seine avant la création du 93 (et les 91, 92 etc), humainement, socialement, les relations constantes avec Paris, les modifications au cours du temps, les différentes thérapies des années 1920 à 1950 ensuite disparues, parfois reconsidérées comme aujourd’hui en 2022 avec la pratique courante des électro-chocs.

Dans ces deux films – celui d’il y a 30 ans et ce projet actuel – les personnages choisis rencontrés sont forts. Les enjeux se rejoignent. La Psychiatrie est d’intérêt public, et de mon point de vue, a un avenir du proche futur important dans une société inquiète, constamment déstabilisée.

Sur mon investissement dans un film qui choisit le questionnement contemporain dans une psychiatrie en recherche d’un futur possible

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Ce nouveau film, je le situe aussi dans le contexte du regard des Crises, que je considère comme une pièce de réflexion sur le proche futur, susceptible de contribuer à des diffusions utiles en institutions et salles, suivies de débats qui s’ouvrent sur l’état de la psychiatrie en France et instruisent la question du « renfermement » symbolisent le moment crucial de l’objet psychiatrique face aux non-réponses, les ambitions contrariées de projet de permettre à un ensemble de gens qui vont mal psychiquement, de mieux saisir ce qu’est être soigné en psychiatrie aujourd’hui.

La psychiatrie de Secteur issue d’après-guerre a longtemps été portée avec un enthousiasme militant particulièrement positif et constructif, par des médecins, psychologues, infirmiers sur les années 70, à partir des leçons venant de la seconde guerre mondiale.

Quand on parle de la guerre on parle de Crise, et après-guerre –temps de crise humaine majeure où les malades mentaux ont vécu leur part d’horreur avec les morts de faim, on est toujours dans le temps de l’enfermement des asiles – pour beaucoup de soignants c’est un moyen concret de discuter de manière décisive des leçons de la guerre, ce qui a entraîné la psychiatrie de Secteur, la psychiatrie moderne, celle-ci qui elle-même en crise profonde aujourd’hui.

Aujourd’hui s’ajoute la Crise du Covid, imprévue, venue souligner la tendance déjà en marche au renfermement. Car il a fallu trouver rapidement des solutions. Patients et soignants se sont retrouvés isolés, parfois en danger (arrêt de prise de médicaments) et cette situation a réinterrogé les pratiques pour une majorité d’équipes de soins en difficulté. Or les soignants à Ville Evrard ont réagi très vite et cela a remué sur la façon de s’engager comme soignant. J’insiste sur

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ce terme d’engagement car en psychiatrie il faut une certaine volonté pour « tenir », ce n’est pas un boulot comme les autres.

Comme l’expérience des camps d’internement pendant la guerre est venue réinterroger la situation asilaire après 1945, les équipes médicales psychiatriques contemporaines s’interrogent aujourd’hui sur comment faire pour continuer ?

Cette base de réflexion souligne une grande partie des difficultés rencontrées par les unités psychiatriques qui se -re posent ces questions essentielles pour continuer. Cela sous-entend aussi que les Institutions actuelles – qui ne mettent jamais un pied en situation réelle dans les Services de Psychiatrie – se contenteraient de trouver avec l’aide d’algorithmiques qui créent progressivement de la pénurie, de favoriser l’inadaptation des soins en santé mentale.

Car ce qu’on remarque aujourd’hui c’est la faillite de tout cet élan porté par l’après-guerre, la fin et la dégradation des soins de Secteurs, le retour vers un repli, un renfermement, la confusion chez des soignants qui ne demanderaient qu’à s’investir. Cette situation est profonde en l’état mais demande des nuances.

Faut-il trouver des analogies dans les Crises précédentes pour trouver des solutions ? C’est possible et l’objet du film rouvre ces questions à partir du lieu même principal où la Psychiatrie moderne a marqué en France ses débuts.

Sur mon expérience de producteur

Je travaille dans la production depuis nos premiers films, ceux que je n’ai pas produit (J C Blais, films du Louvre) et d'une certaine manière je me suis autoformé par nécessité de voir se réaliser ces films. Ma première production de 4*52 minutes date de 1992 avec « Histoires

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autour de la folie » où je n’ai pas trouvé de producteur mais la diffusion sur France 3 avec Pierre André Boutang, et me suis investi en production pour pouvoir mieux concentrer sur l'objet même du film. Pour moi, les financements permettent surtout de protéger le temps de travail dans l'investigation, la recherche, le plan de travail, le tournage et ensuite le montage que je suis dans toutes ses finitions jusqu’à la livraison

J'ai produit différents films et parfois coproduit avec des variations de difficultés de tous niveaux, toujours de façon à ce que le film puisse trouver sa personnalité, suive son objet dans l'esprit de départ où il a été proposé aux chaînes de diffusion.

Il est plus important pour nous que les gens au visionnage se posent leurs propres questions et se fassent leur propre avis que de proposer un film qui connaît préalablement les réponses aux questions qu’il suscite. Cela me paraît essentiel en documentaire. Je me concentre à la fois sur l’initiative, l’écoute des modifications positives au film qu’on peut apporter en cours Avec les époques des paramètres ont bien sûr bougé et suis aussi conscient des diverses difficultés de la réalisation et la production. À chaque réalisation des différences.

La production de ce film

L’idéal pour ce film serait une diffusion nationale, le sujet bien que tourné à Ville Evrard dans le 93, est universel. Le film précédent de 1992 portait sur des situations que l’on retrouve en commun en santé mentale dans plusieurs pays étrangers de culture occidentale. C’est identique ici.

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Kando (la sarl) est la suite d’un ensemble de propositions de films depuis 1991 qui trouvent unité et cohérence dans le regard de la relation aux Autres, face à des décisions ultimes, de situations de l’extrême, sur la folie (2 à ce jour), 3 films à partir du sida, en 3 films à partir de la période de Vichy (1939/1944), ensuite la relation de la justice avec les mineurs en difficulté et ce qu'elle propose, suivis, éducatif, pénal

La production est fragile, ce projet de nature et utilité publique, je le pense, devrait être soutenu par une grande chaîne nationale publique. La Psychiatrie contemporaine revient en force comme un sujet d’utilité de réflexion publique et invite aux regards.

Mon expérience sur des sujets à la fois difficiles, mais aussi sur des productions montées dans la fragilité sur plus de trente ans, me permet d’envisager avec un budget minimum de mener énergiquement ce projet. On retrouvera justement dans ce film l’énergie de la nécessité de son questionnement.

Le budget est à l’image de cet investissement artisanal, contraint pour exister, un minima de 5 à 6 personnes travaillent sur le film, la

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réalisation comme dans tous nos films précédents depuis 2003 s’investit à l’image, au son, au montage. Le montage son, le mixage, l’étalonnage, sont réalisés en extérieur.

Sur les difficultés d’un travail de fond de la profondeur et un besoin de réel point de vue

Laisser au film sa possibilité de découverte demande du temps dans la multiplicité des points de vue différents, c’est donc un investissement de long temps. J'ai l'impression – sauf erreur de ma part – aujourd'hui que les décideurs de programmes des grandes chaînes attendent une programmation ciblée, attendue, et que cela ne permet que rarement la découverte, l’essai, la recherche, ce qui pour moi constitue le sens du documentaire qui est de surprendre et laisser la possibilité de faire connaître aux spectateurs justement des choses qu'il n'attend pas ou qu'il n'attend plus.

Qu’ils souhaitent plus apporter une programmation de films donnant des réponses aux questions alors que j’aurai une préférence à laisser ces mêmes questions ouvertes dans un esprit d’il y a plusieurs réponses possibles selon l’axe où vous vous posez .

Ce projet va plus dans le sens d’une certaine liberté de regard, exigeante et nuancée.

La diffusion

Une vie de Festival mais aussi de débats, ce que nous avons fait en 2019 avec Terrain Mineurs avec la presse au cinéma Les 3 Luxembourg en associant des personnages du film, procureurs, un éducateur, des juges pour enfants face au public.

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Ce que nous envisageons aussi dans les structures de psychiatrie. J’ai été surpris dernièrement de comprendre comment le film réalisé il y a 30 ans, peut servir de repère pour les équipes soignantes actuelles, une sorte de mémoire sur leurs racines, mais pas seulement une bio mémorielle, un outil de réflexion.

En fait en France, à part les ouvrages publiés par des gens connus recentrés sur leur expérience et réflexion , il existe peu de matériels et références accessibles sur le vécu personnel et collectif par une large palette de personnes impliquées dans la santé mentale.

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LE FILM

Comment vivent et se projettent les unités Psychiatriques aujourd’hui ?

Une approche concrète sur le fond et la forme

L’esprit de ce tournage

Le film est tourné sur des instants actuels de la psychiatrie contemporaine où les liens se créent selon les situations avec diverses décisions qui se prennent.

Il suit progressivement les énergies d’enjeux parfois immédiats, les prises en charge, le danger potentiel, l’urgence thérapeutique, le trouble, l’hésitation quand l’équipe soignante cherche avec patience à comprendre, ne sait pas, donc dans un flux de réalité permanente ponctuée de moments personnels passés avec différentes soignants et patients.

Pour cela nous suivons environ 8 à 10 services de psychiatrie choisis pour leurs différentes méthodes d’approche, la population de quartiers différents selon les villes, les populations qu’ils suivent, aussi leur spécificité thérapeutique. Mais bien entendu leur approbation au film car tout dépend dans la préparation de la richesse variable rencontrée selon les personnes. Principalement sur différents services à Ville-Evrard, Aubervilliers, Bobigny, Bondy, La Courneuve, Montfermeil, Montreuil, Pantin, Saint Denis, Saint Ouen.

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Regarder, entendre et essayer à travers une caméra à l’écoute de saisir voire comprendre la réalité du travail des soignants souvent en perte de repères par manque de moyens et de personnels, en recherche de solutions, la Psychiatrie ne pouvant se positionner en déficit humain.

Réalité du moment ? Régression d’une époque ou progression ? La nôtre est-elle moins exposée que les précédentes ?

Pas de choix thématique, nous abordons le film directement dans le vivant, immergés dans la pratique des soins d’équipes qui proposent leur propre cohérence précise d’approche sur les situations qu’ils rencontrent. Nous en sommes spectateurs et nous concentrons plus sur des services engagés dans une perspective positive vis-à-vis des patients, mais aussi vers des services « fonctionnels » pour en prendre conscience.

La psychiatrie n’est pas un suivi d’ordonnances et de soins mécaniques, mais bien un investissement humain qu’il nous est important de faire ressentir dans le film.

De cette façon nous proposons de vivre un temps associé au travail de chaque équipe et d’associer à cette vie filmée leurs propres points de vue où nous les impliquons sur des questions précises, parfois en insistant pour aller chercher le nœud de ce qu’ils vivent, de façon engagée, de leur implication propre personnelle, sur leur façon d’être soignants, de le penser et de le faire.

De même avec les patients qui accepteront selon une déontologie que nous avons déjà pratiquée avec des équipes, de voir comment les impliquer dans le film dans leur propre questionnement, le regard qu’ils ont sur les soins en santé mentale et leur vie avec .

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Différentes philosophies de soins, d’attitudes et de comportements sont à découvrir en personnalisant les rapports selon les Unités de soins en activité.

Au montage, ces différentes situations se retrouvent dans un jeu d’association graduel qui ne laisse la place qu’à notre propre questionnement avec pour point central : et si j’étais là ?

Les souffrances psychiques relèvent d’une approche spécifique de soins impossibles à coder comme les autres pathologies. Il y a l’objectivité de la folie (ce qu’on voit) et sa subjectivité (ce qu’on ne

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voit pas) au cœur de ces soins. Alors de quoi procède pour certains cette volonté à rendre les conditions de travail difficil es voire intenables ?

C’est une interrogation fréquente chez les soignants qui comprennent de moins en moins la logique de leur métier par la perte progressive de la dimension humaine qui devrait être au centre du fonctionnement de l’Institution. L’humanité, ceux qui en sont conscients, disent qu’ils la trouvent la plupart du temps en eux à défaut de la trouver dans la logique de la gestion administrative économique et politique. Sur le registre de la folie il ne s’agit pas d’un travail fonctionnel comme les autres, il faut « s’apporter ».

Dans le film, et c’est constamment sensible, un certain nombre de ces questions restent sans réponse ou d’inlassables réponses qui ne donnent aucun espoir pour insuffler le souffle nécessaire aux soignants, et de fait aux malades ainsi que leurs familles.

Les entretiens individuels nécessitent des lieux différents choisis en accord avec chacun, psychiatres, infirmiers, patients, de façon à permettre un rapport personnel sur leur expérience propre, dans un moment privilégié personnel au ton à la fois direct et nuancé, où ils peuvent affirmer leur point de vue, leur colère ou pas, leurs projets sur le présent et l’avenir de ce qu’ils vivent de la psychiatrie actuelle , leur réflexion, surtout leurs espoirs car le vie en soins en santé mentale a besoin d’espoir

Ces lieux sont recherchés dans leur sensibilité pour révéler la personnalité et l’intimité de ces moments singuliers à chaque rencontre. Une pièce particulière dans l’Institution, un lieu en dehors de l’hôpital envisagé pour sortir de l’Institution et permettre si possible une parole plus libre.

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Il est important de concerner personnellement chaque entretien en privilégiant l’expérience et le vécu personnel, et refouler les discours généralistes ou globalisants. Chacun s’exprime en soi, sur soi, dans la proximité de son affect et sa réflexion. Cela joue la qualité du film qui doit s’émanciper d’un esprit de synthèse. Le film est alors plutôt constitué de ce puzzle de points de vue différents qui nous offrent une réalité pas toujours confortable mais plus réelle dans ce qui se vit.

Les psychiatres, psychologues, infirmiers et patients, sont les personnages principaux du film dans ces lieux avec leurs sons propres naturels, les mouvements et précipitations, paroles in et off, des pas, rires, éclats qui font partie intégrante de cet univers et font ressortir au mieux dans le film les contextes dans lesquels ils se trouvent au quotidien.

La caméra glisse parfois pour sentir comment les gens peuvent se mettre en danger, et comment alors les soignants interviennent et agissent face à une situation critique.

Comment être à l’abri face aux pulsions de suicide ou d’une soudaine agressivité ? Questions récurrentes où l’on reconnait que tout est fragile, que la souffrance s’exprime et qu’il faut qu’elle s’exprime, et tenter de l’apaiser, de la canaliser, maîtriser. Cette question de maîtrise sous-tend les pratiques actuelles de la Psychiatrie … que maîtrise t-on ?

Là, plusieurs avis de psychiatres donnent le ton, la manière à leur service et divergent entre une psychiatrie plus fonctionnelle économique, pratique, « maîtrisée » avec l’aide des médicaments les plus avancés de la recherche, grande tendance qui s’affirme, soutenue par le Ministère de la Santé. Voire une médication

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prédictive, administrée en amont, s’appuyant sur des études du comportement, avec l’aide de molécules de plus en plus affinées et des « programmes ».

Il s’agit de la vision défendue au niveau politique actuel, celle qui a tendance à augmenter dans les services. Car quand on a moins de personnel soignant, il est plus facile de se tourner vers la psychiatrie chimique. Des protocoles précis sont en cours avec plusieurs études en cours dont avec l’Inserm.

L’autre vision – mais bien entendu ces deux tendances se retrouve nt avec des affinités et des nécessités proches – se préoccupe plus de la proximité et du temps dans la relation humaine.

Elle est l’héritière de la psychiatrie de l’ancienne école, celle du temps nécessaire donné aux relations, de l’après-guerre, des années 60, 70, encore 80 pulsée par le programme de Sectorisation qui a été particulièrement poussé en France d’abord à Ville Evrard, novateur, de concerner personnellement les patients selon leurs besoins personnels, du temps de rencontre et parole possible, de la psychanalyse (qui a pratiquement disparu comme référence mais reste toujours en arrière-plan). D’engager des programmes de faire vivre les « fous » dehors dans la ville, en plein déclin voire échec aujourd’hui.

Ces différentes réalités personnelles apparaissent progressivement dans le film, exprimées par les soignants dans leurs relations avec les patients, et inversement, comment ils tentent d’entendre la complexité à gérer des situations face à l’épuisement, l’usure et la répétition, la peur, les dangers, les imprévus et l’urgence, les appels au secours, tentatives de suicides, risque de l’habitude avec la chronicité de certaines affections qui demandent des suivis longs.

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Ceci participe de la vision « à la loupe » du film, tout en gardant toujours à l’esprit de nous rapprocher de « comment la Psychiatrie se vit finalement dans l’ensemble concret de la vie sociale ? », en insérant les images des lieux de soins avec celles réalisées dans les quartiers, de tout ce qui vit autour d’elle, dans le réel de ce qui nous est commun, de l’introduire dans une vision commune des lieux de soins déjà coercitifs en soi. Tout en n’excluant pas qu’il y a justement aussi des limites, des séparations nécessaires.

Les silences sont importants dans ce film car ils apportent une respiration entre les paroles avec les scènes de la journée et les différents conflits à gérer.

Les rires ? tellement nécessaires dans ces espaces de tension, d’inconnu et de souffrance. Sorte de nécessité à décompresser. Éclats salutaires qui parfois aident à dénouer toutes sortes de tensions, où, à un certain stade, on se demande où cela pourrait déboucher.

Si la démarche d’apaisement peut rester identique d’un soignant à l’autre, chaque individu soignant porte sa différence, son écoute et une relation particulière à l’Autre qui lui est propre. Cela parle de la capacité à entendre et comprendre, mais aussi met en relief ce qui est entendu par les patients.

On peut exprimer la même chose mais le dire différemment. Et tout ceci au final nous ressemble.

Le film va chercher à faire entendre ces nuances en exposant différents aspects humains confrontés en permanence à des choix dont les résultats sont incertains.

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Le montage

L’ensemble de ces histoires construisent une suite de différents mondes sensibles, en proximité, et font respirer cette vie en marge qui incarne les difficultés contemporaines, marquent et questionnent la vie de la santé mentale et ses soins à notre époque.

Ce fourmillement construit progressivement le film, articulant des moments de vie propres à chacun, que ce soient dans les bureaux des psychiatres, psychologues, salles des infirmiers, lieux communs, couloirs, chambres des patients, extérieur des hôpitaux, leurs jardins et cafétérias, les chambres d’isolement, la ville autour et ses quartiers, les différentes périphéries.

La Psychiatrie en 30 ans s’est immergée dans la ville de façon aléatoire, non préparée. La ville n’était pas prête avec toutes les différences d’acceptation dans l’ordre des relations humaines qui se sont développées dans leurs évolutions déjà complexes et le montage nous apporte cette présence des espaces différents, car si la « folie » se vit et se soigne à l’écart dans des espaces clos ou différentiés en hôpitaux, elle résonne largement à l’extérieur.

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La folie, la souffrance psychique, le en-dehors-des-normes, les pathologies lourdes, les états dépressifs, ne sont pas vécus que dans les lieux de soins ouverts ou fermés, ils appartiennent à la ville, au suburbain, à la vie qui court et cette ponctuation est présente dans le montage du film comme pour nous rapprocher.

Cette vision du dedans et du dehors donne une force à toutes ces paroles personnelles qui habitent ces Unités de soins, de crise, hôpitaux de jour, marquant les attentes, les fins de non-recevoir, surtout les espoirs.

La folie est montrée visible dans son naturel : faire osciller la réalité des lieux et de ceux qui y travaillent et y vivent avec le reste de la cité, donne à entendre pour nous une réflexion actuelle sur les soins psychiatriques, faisant résonner ce monde singulier, le nôtre, ses enjeux, cohérences et incohérences, réussites et échecs, ses projets, son avenir.

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Le rapport à l’image entre un couloir où des patients marchent d’un lieu à un autre et celui d’un trottoir en pleine ville, parle de ce qui nous représente. Personne n’est à l’abri d’une rupture, d’une faille. Parler de cette anormalité dans le normal et la rendre accessible nous semble être juste par rapport à ce qu’est la Psychiatrie d’aujourd’hui.

Les paroles existent aussi en off compte tenu de leur rapport à l’image avec des lieux différents.

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Visuellement les lieux en Psychiatrie sont souvent identiques dans leur sobriété : leur misère et absence de moyens coïncident avec la nécessité de simplifier les rapports de force, ou leur insistance à vouloir rendre « plus gai », ou des couleurs pâles comme pour apaiser, ou appuyées en colorimétrie, selon les options retenues par les Services, souvent identiques malgré les efforts.

Chambres aux vitres opaques avec dans un coin ou au milieu un seul lit au drap blanc comme si tout devait s’effacer pour laisser la place uniquement au dépouillement, laissant le patient nu dans sa vérité au milieu de nulle part, plus angoissé que jamais.

Visions étouffantes entre le vide et le plein de la vie. Des images souvent traversées en psychiatrie que l’on a vu de nombreuses fois mais qui fascinent toujours. Pourquoi cette fascination ? C’est une question. Par notre proximité et ressemblance ?

Selon la nécessité, au montage des va-et-vient sobres, mesurés avec des images d’il y a 30 ans ou plus, viennent souligner la cohérence d’un ensemble comme un rappel en héritage de contextes et questions répétitifs pour rappeler que peu de choses ont bougé.

Le montage rend visuellement compte de la diversité des situations et du hasard des rencontres, la stabilité et l’instabilité, donnant le ton avec l’image qui la suit, jamais de façon brusque, posée lors des entretiens individuels ou dans des glissements d’images sur les lieux avec leurs sentiments et émotions, l’empreinte de toute une poétique nécessaire vitale des comportements.

Il n’y a pas de dramaturgie avec un mouvement de caméra trop appuyé, une recherche ostensible, un recadrage inutile. L’image se

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met au diapason avec les personnes des Services où dans ce type de soins le calme peut commencer à éteindre une situation critique.

L’ensemble dans le film est monté de ces glissements mesurés qu’on retrouve avec constance, aucun sentiment de chasse à l’image. Ici, tout ne peut pas être filmé.

Équipe et moyens actuels légers. La nécessité dans un tournage comme celui-ci est de savoir disparaître, d’être le moins visible, savoir se fondre tout en montrant.

Le silence, un regard qui suffit pour agir, construisent alors lentement ce film énergique et incisif dans ses propos

Le montage retrouve alors les glissements du tournage et fait ressentir cet ensemble de vies pourtant inconfortables comme un parcours naturel, un univers fragile où des questions se posent.

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Sur la continuité, un film-voyage dans le temps et les espaces Montfermeil De Paris l’autoroute, de Ville Evrard un entrelac de routes et quartiers identiques sur ce département, rénovation d’immeubles, petites maisons. L’unité de soin est adossée à un grand hôpital. Couleurs vives et jardin dans la grande pièce collective de jour. Préparation d’une fête.

« Le sentiment d’insécurité est un obstacle au soin » témoigne une infirmière.

Sur le terrain, les enjeux sont quotidiens, répétitifs, parfois singuliers.

« On est au minimum, deux infirmiers pour 25 patients, et souvent pour cause d’absence, on se retrouve à 1 pour 25 ». En mémoire des années 30 asilaires, ces mêmes 30 étaient attachés avec un seul gardien.

Une infirmière de 57 ans se souvient « du début des années 90 qui ressemble à une époque révolue où l'on était régulièrement quatre pour 35 patients » ; les relations ont disparu… « On pouvait se poser et discuter avec les patients, les mettre en confiance ».

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Sentiment que tout est contrôlé, une apparence.

Les soignants décrivent assez souvent un mal-être au travail alors qu’angoissés les patients ont besoin d’être rassurés. Une situation paradoxale.

« Aujourd’hui, on n’a que quelques minutes pour leur donner des pilules. Et s’ils refusent, ça peut tout de suite monter en pression ».

« La pression en psychiatrie, on n’en connaît pas l’issue et à partir du moment où ça éclate, il est difficile d’en connaître l’issue ».

Cette restriction continuelle du temps inverse la qualité des soins au risque de les compromettre. Or la Psychiatrie est la médecine par excellence basée sur la relation humaine, rien à voir avec l’orthopédie ou le cancer…

« On fait un travail où le cœur de notre métier est la relation. Sans le temps, ce n’est pas encore de la maltraitance, mais nous n’en sommes pas loin ».

En région parisienne et surtout en Seine-Saint-Denis, les patients qui souffrent de troubles psychiques ne trouvent pas de lits d’hospitalisation, explique un délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie, Franck Bellivier.

Parce que l’État maintient sur ce secteur une pression financière « à l’exclusion de toute autre vision », il laisse le personnel livré à luimême, déplorent l’économiste Jean de Kervasdoué et le psychiatre Daniel Zagury dans une tribune au « Monde » 2021).

Aujourd’hui « Les partis politiques n’abordent les questions de santé que sous leur aspect économique et financier » … « Et l’hôpital est devenu fou de cette coupure et de cette hostilité entre ceux qui gèrent et ceux qui soignent »

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« Il ne s’agit plus d’examiner et de soigner, mais de débarrasser les urgences de malades transformés en « patates chaudes » et de faire du psychiatre de garde un « bed manager », cherchant désespérément des lits pendant toute la nuit ».

Nous avions connu une situation similaire en Unité de Crise à Bruxelles en 2019, la patiente insistant sur son handicap évidemment réel, se retrouvant au final sans prise en charge, en situation de SDF dans la rue. Ici c’est identique.

Un tout complexe accentué donc par les conséquences de l’arrivée du Covid et ses confinements qui doublent le problème, la guerre, les restrictions économiques qui s’annoncent violentes, progressives, concentrant un temps anxiogène de fait pour tout un monde fragilisé par le manque de moyens et de perspectives.

Souvent les soignants reviennent sur ces questions dans une vision insoluble.

« La situation est d'autant plus difficile à gérer que le personnel de santé alerte depuis plusieurs années sur le manque de moyens ». Car « il s’agit d’une situation lente qui interagit, s’installe en affaiblissant progressivement les équipes de soins et leur faculté d’être présent au niveau nécessaire sur l’ensemble, pas seulement sur les moments de crises difficiles »

Lentement essoufflés, pour les équipes il ne s’agit plus de « tenir », éventuellement de devoir refermer les portes, d’où la facilité d’enfermement de tous ceux (ce) qui gênent, un mécanisme parfaitement connu, repéré dans la période asilaire, d’où entre autre un regain de retour sur les analyses de Lucien Bonnafé, l’un des grands désaliénistes de l’après-guerre …

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« Ce manque de moyens et de personnels a entraîné de graves abus dans certains lieux psychiatriques où des patients ont été enfermés d’office dans leur chambre sans qu’ils représentent de suspicions au Covid-19 ». Confusion totale entre crise sanitaire et le régime de l’isolement psychiatrique. Ville Evrard, juin puis septembre 2022.

« Un hôpital est en principe peuplé de patients. En principe. Un hôpital psychiatrique qui devrait ériger en principe fondamental la liberté de circulation. Oui, la liberté est thérapeutique. Mais c'était avant, dans le siècle passé lointain.

En 2022, c'est un tout autre monde, un tout autre programme. En juin, à l'issue d'une journée de colloque organisée par de jeunes soignants à Ville Evrard en Seine-Saint-Denis « enfermer pour soigner, je me suis baladé dans cet hôpital dans lequel j'ai effectué la totalité de ma carrière de psychiatre. J'avais toujours aimé ce lieu chargé d'histoire, où des personnes illustres avaient été enfermées, Antonin Artaud, Camille Claudel, pour les plus emblématiques.

Cet hôpital où dans les années 50 un psychiatre renommé (international), Paul Sivadon, a créé le centre de traitement et de réadaptation sociale, un des premiers actes posés en France qui a été de proposer aux malades enfermés là, certains depuis des années, voire des décennies, d’abattre les murs et combler les sauts de loup (fossés comme des petites douves sèches entourées de murs et grillages hauts). Tout un travail de terrassement a été mis en œuvre dans un certain enthousiasme.

Cet hôpital qui a abrité un réseau de résistance, Lucien Bonnafé avait dû s'en échapper pour aller rejoindre Saint-Alban en Lozère pour

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œuvrer avec François Tosquelles où ils avaient jeté les bases du désaliénisme. J'avais connu cet hôpital vivant. Des malades qui circulent dans le parc. Ils aimaient se réunir à la cafétéria, les malades fréquentaient aussi le salon de coiffure. C'était une véritable petite ville vivante. La ferme fonctionnait depuis des décennies.

En ce mois de juin, je fus pris par une angoisse sourde. Au bout d'un moment, j'ai compris, j'ai fini par comprendre que la cause de cette angoisse était liée à l'absence totale d'être vivant. Aucun, là ne circule, tous les pavillons sont occupés et tous sont fermés, personne. Pas un chat, même pas un chat.

Un silence de mort, plus de vie ?

Lorsque je suis revenu ce 17 septembre 2022 à l'occasion de la journée du patrimoine, toujours personne. Pas de vie. Pourtant, dans ces pavillons, de nombreux malades y sont hospitalisés en hospitalisation libre. Ils devraient avoir le loisir de se promener, d'échapper à la promiscuité des couloirs et des salles où une

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télévision certainement tourne en boucle pour créer un simulacre d'occupation.

J'avais connu une époque où les chambres d'isolement n'étaient pas occupées. Ou seulement pour quelques heures. Cette époque me semble remonter à un siècle. À l'asile créée en 1868. N'ont-ils pas honte ces psychiatres actuels ? Les pavillons sont désormais bouclés. Ainsi va la psychiatrie française en 2022. Le grand renfermement, prôné par Nicolas Sarkozy est accompli au-delà de ses espérances »

Paul Machto, psychiatre, ancien chef de service.

On note depuis 20 ans le retour accu de l’utilisation des chambres d’isolement et de matériels de contention, mais aussi les pratiques d’électro-chocs qui avaient presque disparu.

Mentionné dans un rapport de la contrôleuse des lieux de privation de liberté qui pointe de nombreuses défaillances. En cause : encore la réduction des effectifs, la présence insuffisante de médecins.

Selon ce rapport, certains règlements intérieurs établissent même un séjour systématique à l’isolement lors de l’admission des pa tients,

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ces sessions pouvant durer jusqu’à quinze jours. De quoi compromettre déjà une projection « utile » et efficace des soins, « cela questionne sur le libre arbitre de la personne, la liberté de s’assumer soi-même. Prévenir par contrainte ».

À l’inverse, des contrôleurs ont indiqué la très bonne qualité d’un autre établissement de santé : « ici le personnel est présent en nombre, les portes sont ouvertes, et les violences quasi inexistantes » … Pourtant la direction prévoit de licencier 60% des infirmiers pour réduire les coûts de fonctionnement.

Santé mentale des jeunes rencontre avec la Défenseure des droits qui demande un plan d’urgence.

Deux ans après la crise sanitaire, la vague de problèmes psychiatriques chez les jeunes n'est pas retombée et inquiète les spécialistes. La Défenseure des droits a appelé la Première Ministre à mettre en place un plan d'urgence pour la santé mentale des jeunes face à la gravité de la situation, les moyens étant largement insuffisants.

Alors que 2022 est désignée Année européenne de la jeunesse, Claire Hédon et son adjoint Éric Delemar, appellent Elisabeth Borne à prendre la pleine mesure de la gravité de la situation dans laquelle sont plongés de nombreux jeunes et à agir rapidement pour que la santé mentale soit une priorité. Les chiffres sont alarmants avec une augmentation des passages aux urgences pour gestes suicidaires, idées suicidaires et troubles de l'humeur.

On déplore que pourtant, certaines structures continuent de fermer des lits en pédopsychiatrie par manque de personnel et de moyens.

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Sur la Seine-Saint-Denis, deux grands services de pédo psychiatrie. Saint-Denis. Une unité assez importante proche de l'hôpital, proche du grand Stade de France. On nous propose de nous garer à l'intérieur, c'est plus sûr. Les casses de voiture à l'extérieur sont fréquents.

La professeur Dominique Januel est chef de service à Saint Denis d’une file active de 400 patients par an, apporte une vision différente, nuancée, parfois radicale : « La psychiatrie a beaucoup évolué, et aujourd’hui je pense que les gens sont plus ouverts dans les prises en charge, et depuis 1993 j’ai vu évoluer la psychiatrie dans le bon sens ».

Elle ajoute : « Même pour les étudiants, aujourd’hui nous sommes dans une situation moins « tracée », plus évolutive. Avant on considérait la recherche comme une insulte, maintenant elle a un e grande part dans mon activité.

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Aujourd’hui on a beaucoup de problèmes surtout avec le juridique, je pense que notre univers est mal connu des juges et surtout on passe beaucoup de temps sur de l’administration. Dans ses propos il faut lire la grande tendance à enfermer les gens.

Moi ce que j’aime c’est pouvoir puiser dans chaque registre ce qui est bon pour le patient. Il y a de bonnes choses issues de la psychiatrie institutionnelle, mais maintenant c’est ouvert avec d’autres pratiques. Toutefois je pense que les gens tiennent toujours depuis 30 ans le même discours : « je ne suis pas fou je ne suis pas folle ». et alors que la peur de la pathologie reste toujours présente.

Ville Evrard a beaucoup bougé, ça c’est clair. On a médicalisé la psychiatrie mais dans le bon sens du terme, et je trouve qu’aujourd’hui on a des formes moins graves, les pathologies les plus lourdes, on en voit moins ».

Dans un autre registre elle revient sur le fond des maladies mentales : « Pour ma part, je pense qu’il faut toujours avoir peur, il y a toujours des imprévus.

On ne tourne jamais le dos parce qu’on ne sait jamais ce qui se passe, il faut être bienveillant mais prudent ».

On peut remarquer sur le temps qu’il y a des modes pour désigner la maladie alors qu’il s’agit de la même chose. Elle ajoute : « Ce sont des vagues .. »

Ces « mêmes vagues » nous entendions déjà ce discours en 1991/1992… et au cours du montage nous mettrons en place quelques brèves « passerelles » sur le temps pour mieux saisir les rapprochements et les différences avec notre temps actuel.

« Les patients viennent avec des idées préconçues ».

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Ces idées préconçues rejoignent la vision sociale externe que la population peut elle-même avoir de la folie.

Ces points de vue étaient déjà sensibles au début du siècle précédent. En 1992 aussi. En 2022, toujours.

ancien pavilon de force de V E détruit en 2022, en attente de la nouvelle structure de contention

« Les patients sont plutôt contents, ils partent contents, et au niveau de mes internes c’est vraiment agréable de travailler avec des jeunes qui ont vraiment envie de voir les choses avancer ».

Les questions en santé mentale mettent mal à l’aise car chacun est concerné ou peut être concerné, soi-même ou un proche, et mis en face de sa propre réalité : « Et moi ? Où en suis-je ? »

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Cette convention commune de la réalité qui veut que dans ce type de soins, mais en extérieur aussi, il faudrait admettre toujours aller bien soi-même, ce qui est évidemment impossible. Avec en arrièrepensée que chacun pourrait être touché.

La caméra se pose dans ces différents moments, révélant des instants de vie et d’échanges tout en restant distante dans le respect des personnes, et si elle devient plus proche c’est que la situation et leur accord le permet. Dans tous les cas dès le premier ours de montage sérieux mis en place, elles pourront revisionner les passages filmés dans leurs contextes.

La caméra est dans ces moment-là le témoin de moments particuliers. Tout ceci procède d’accords avec des conversations préalables.

Le patient est souvent attiré par la caméra, l’œil au sens du film « San Clemente » de Raymond Depardon, de ce regard particulier parce que dirigé sur lui-même, qui l’isole en spectacle dans la focale de ce qui le concerne comme objet unique. Dans ces instants elle devient « voyeur », mais a-t-il réellement envie de s’en saisir ? « Jeu » de passage, mais ce n’est pas un jeu. Souvent, de notre expérience sur de précédents films, les infirmiers ou médecins sont attentifs à ces réactions, découvrant un changement ou un comportement inattendu d’un de leurs patients. Ils s’interrogent et la caméra devient une possibilité de médiation de leurs convictions, de leur questionnement.

Dans cet instant c’est aussi peut-être l’occasion d’exprimer une chose importante à dire, d’inverser le processus du regard pour qu’il puisse permettre à certains d’exprimer leur propre nécessité.

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Le film en propose l’essai avec le regard des patients partie intégrante de l’état de la psychiatrie actuelle qui les concerne. Non pas un miroir, un écho de leur réalité.

l’image du haut est contemporaine ; en bas celle prise en 1991, la porte d’une cellule d’isolement de l’ancien pavillon de force de l’ancienne Maison de Santé de V E

Aucun risque n’est pris face à la dangerosité d’un patient bien que l’inattendu fasse partie de l’univers psychiatrique, et c’est en accord à chaque fois avec l’encadrement des soignants.

Les questions posées aux patients sont celles de leurs ressentis sur la vie à l’intérieur du service, de leurs difficultés ou non. Le rapport qu’ils ont avec leurs médecins, les infirmiers. Comment vivent-ils ce temps de la prise en charge qu’elle soit temporaire en

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intra ou avec une médication adaptée en extérieur ? Ou plus contraignante avec un passage en cellule d’isolement ou avec un temps plus long dans les services ?

Mais celles aussi de leurs rapports avec la vie extérieure, leurs familles, la vie sociale, leur travail ou pas.

Qu’entendent-ils par « maladie mentale », et sauront-ils exprimer quelque chose de leurs situations, placés entre la société et les lieux de soins ?

La relation de confiance et d’échange est la base de la proposition que nous avons avec eux dans le film, nous sommes là pour entendre avec eux ce qu’ils peuvent nous dire d’eux-mêmes, du système, de la conscience ou pas de ce qu’ils traversent dans les moments difficiles de leur vie.

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Questions avec le personnel soignant, entourant infirmiers, psychologues, personnels d’entretien, prof de théâtre et différentes activités ( ) dans des unités, concernent leur expérience personnelle dans le travail qu’ils mènent avec des patients.

Comment vivent-ils la différence des situations entre confiance et défiance ?

Sont-ils à l’aise dans le système dans lequel ils travaillent ?

Quel regard portent-ils sur la situation actuelle de la psychiatrie, a-telle un avenir et lequel ? Et sur le fonctionnement de notre monde actuel ?

Et à quoi sert de se plaindre de conditions de travail de plus en plus difficiles, c’est certain, s’il n’y a pas de solutions ? Vont-ils tenir face à un proche avenir annoncé difficile ?

Et que vont-ils faire ? Résister, s’adapter, inventer, ou partir ?

Questions avec les psychiatres,

Dans nos choix et de façon stricte, nous nous adressons plus aux soignants qui travaillent qu’à ceux qui parlent. C’est une donnée relativement connue avec les psychiatres dont un nombre certain a tendance a parler plus d’eux-mêmes plutôt que des personnes qu’ils soignent. Et plus prendre la parole que de la laisser aux autres.

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sont-ils en train de devenir des « économistes » de la santé ?

Comment améliorer un système qui tire la Psychiatrie vers l’économie depuis plusieurs années ?

Quels moyens arrivent-ils à mettre en place pour faire face aux difficultés concrètes les plus rencontrées ? Le sentiment communément souvent partagé d’un nombre d’informations contradictoires, parfois coercitives, auquel chacun n’arrive plus à répondre ?

Se sentent-ils en accord – sinon comment – avec une société qui a pour image de principe de toujours aller bien ?

Qu’en est-il de la place de l’homme « différent », de l’image du « fou » dans notre monde social actuel ? Est-ce que cela a évolué et comment cela bouge ?

Quelles raisons donnent-ils aux comportements de refoulement ? Le déni fait-il partie de ce moment d’une régression de la Psychiatrie, ou pas ?

Quelle définition personnelle de ce que peut être « la folie » peuvent ils nous apporter ? Et comment l’accompagner selon leurs propres convictions ?

« On ne soigne pas, on accompagne » nous l’avons souvent entendu depuis 30 ans, est-ce que ce résumé lapidaire est toujours d’actualité ?

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Souvent, les soignants se connaissent assez bien de façon à mesurer et discuter des enjeux rapidement, des moments de doute et ceux d’absence de réponses.

Parfois certains n’en voient plus que les murs. La Psychiatrie est faite de frontières où le savoir se mesure à des sensibilités humaines elles-mêmes susceptibles d’imposer une difficulté d’évolution des pratiques. Quelque part il y a refoulement naturel, celui qui participe naturellement à se protéger … Détours et complexité font partie de la vie des Unités.

Parler peut devenir difficile car c’est se livrer, alors que parler, et en accord le silence aussi, sont nécessaires. Le film va s’en servir en travaillant sur ces contrastes dans son montage.

Dans le même sens, ces échanges entre soignants dont nous donnons accès, nous ouvrent sur les enjeux du réel dans le flux direct de ce qui se passe.

Ils nous permettent de donner au mieux possible des portraits justes, façonnés directement dans l’expérience de chacun, en cours, vécue, sur des espace-temps qui correspondent à la particularité de cette médecine qui ne se gère pas toute seule, entre accords, compromis et échecs. Plusieurs discussions sont souvent nécessaires pour prendre une décision.

En Psychiatrie, une suite de faits ne procède pas d’un automatisme technique vers un résultat manifeste. Ces échanges professionnels sont bienveillants, parfois plus tendus, c’est leur nature.

Nous nous souvenons il y a peu d’un médecin psychiatre en chef assez expérimenté d’une Unité d’urgence psy, excellent médecin,

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rencontré plusieurs fois dans sa pratique, sa gorge s’est nouée lors d’une rencontre avec une famille.

Chacun peut se sentir fragilisé face à certaines situations. On ne fait pas toujours face, tout grand professionnel le sait, il est possible de se trouver en défaut.

Une tendance permanente observée aussi est celle de la plainte dans le style c’était bien mieux avant ou tout s’en va

Cela arrive fréquemment sur ceux qui ont un vécu qui dépasse les 20 ans en institution.

Il s’agit d’un écueil classique dans une profession qui demande beaucoup d’efforts sur le plan personnel et sur lequel nous sommes vigilants.

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Les contextes du film

Ville Evrard est un grand hôpital spécialisé dans les soins en santé mentale, aujourd’hui le seul en France non rattaché à un hôpital « général » dans le département le plus pauvre de l’Ile de France le « 93 », progressivement modifié par l’immigration, son budget « traduction » annuel est de 400 K€.

La partie asilaire, l’ex Maison de Santé est construite en arrière-plan

De Ville Evrard dépendent des satellites de soins en santé mentale, hôpitaux de jour, consultations spécifiques sur les 18 Secteurs répartis sur les principales villes de Seine-Saint-Denis (https://www.eps-ville-evrard.fr/contact/annuaire-des-structures) créés pendant l’effort soutenu des années de la Sectorisation.

Le territoire français est divisé en secteurs géographiques et pour chaque secteur un centre médico-psychologique (CMP) est chargé de suivre en ambulatoire les malades.

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Aujourd’hui ces CMP ne parviennent plus à répondre à une demande en constante augmentation. Dans certains lieux, il faut attendre trois mois pour obtenir un rendez-vous. De ce fait des patients sont hospitalisés faute de temps.

Les hôpitaux de Sainte Anne à Paris et Ville-Evrard dans le 93 sont les lieux fondamentaux du long cours de l’évolution de la psychiatrie française depuis la fin du 19ème siècle sur des décennies incarnant des services phare de l’ensemble de la psychiatrie française, des asiles à la période contemporaine.

Par le nombre de patients qui les ont traversés, des milliers, l’asile de Ville Evrard construisait de nouveaux bâtiments tous les 15 ans jusqu’à construire l’asile de Maison Blanche aujourd’hui détruit.

Par le niveau médical de pointe des différents psychiatres qui y ont travaillé. Des écoles de pensée, avec de très grands noms et des pratiques novatrices comme celle de Henri Laborit qui a expérimenté à Ville Evrard les premiers psychotropes – le Lagactyl – dans les années 1950 qui vont s’étendre en France et à l’international.

Un autre lien existe entre les deux hôpitaux depuis la fin du 19ème siècle car tous les patients pratiquement recueillis sur Paris sont

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dirigés sur Sainte Anne et ensuite Ville Evrard, le plus grand des asiles proches de ce qui est devenue l’Ile de France.

Quelque part la Psychiatrie a toujours été partout. Aujourd’hui dans les villes et le suburbain, les campagnes, en intérieur et extérieur, une majorité de personnes est concernée par un mal être constant, qui peut éventuellement déborder sur une pathologie mentale, des difficultés jusqu’à la révélation d’affections aux prises en charge moyennes et plus lourdes.

Note additionnelle sur le contexte contemporain

Le film fait également référence à l’application en 2022 de la Loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) du 14 décembre 2020 dont l’Article 84 qui encadre les mesures d’isolement et de contention dans les services de psychiatrie sans moyens supplémentaires, ni capacité démographique médicale à répondre au cadre législatif peu adapté à la réalité concrète du patient délirant ou agité (recherche de consentement imposée par la loi, pour des patients dans l’incapacité à consentir du fait du trouble délirant).

Réforme du financement de la psychiatrie, dans la même loi, qui va entrainer une « péréquation » des moyens sur un plan national, « redistribuant » l’enveloppe globale, et devant produire semble-t-il, une baisse des moyens alloués en Ile-deFrance (y compris en Seine-Saint-Denis) vers la province. La forte probabilité de

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devoir supprimer des postes de soignants à horizon de 5 ans dans le département.

« Sylvie Retailleau, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a annoncé le 18 juillet 2022 un effort inégalé pour la recherche en psychiatrie en dotant de 80 millions d’euros sur 5 ans, le programme PROPSY (Projetprogramme en psychiatrie de précision) porté par l’Inserm et le CNRS dans le cadre des Programmes et équipements prioritaires de recherche (PEPR). Avec ce programme de recherche ambitieux centré sur quatre des troubles psychiatriques les plus invalidants, l’Inserm et le CNRS ambitionnent de développer la psychiatrie de précision pour révolutionner le diagnostic de ces troubles et la prise en charge des patients. Le projet s’appuiera sur des partenaires aux compétences reconnues et complémentaires tels que la Fondation FondaMental, le CEA, Sorbonne Université, l’Université de Bordeaux, l’Université de Lille, l’Université de Paris et l’Université Paris Est Créteil.

Les maladies psychiatriques constituent un enjeu majeur de santé publique. 20% des Français en souffrent au quotidien, et avec eux très souvent, leurs proches. Ces maladies débutent tôt dans la vie, frappant souvent les jeunes adultes et sont tristement associées à une réduction de l’espérance de vie de 10 à 20 ans. Face aux diagnostics parfois longs à être posés, il y a souvent peu d’options thérapeutiques avec des effets secondaires invalidants. A cela s’ajoute un impact socio-économique considérable. Des estimations récentes ont montré que les coûts directs et indirects ont atteint les 160 milliards d’euros en 2019, soit plus de 5% du PIB. Face à ce double constat, il semblait impératif de mieux coordonner toutes les forces vives françaises de recherche en psychiatrie et d’accroitre le continuum entre la recherche et le soin : c’est ce que propose le projet PROPSY porté par l’Inserm et le CNRS qui vient d’être sélectionné pour bénéficier d’un financement de 80 millions d’euros sur cinq ans.

Centré sur 4 des troubles les plus invalidants, le trouble bipolaire, les troubles dépressifs majeurs, la schizophrénie et les troubles du spectre de l’autisme, ce PEPR exploratoire ouvre le champ de la médecine de précision en psychiatrie. Ceci permettra d’apporter le meilleur traitement à chaque patient. Pour atteindre cette ambition, les défis sont multiples : Mieux comprendre les causes et mécanismes à l’origine des pathologies mentales ; Découvrir des marqueurs pronostiques de ces troubles et identifier des sous-groupes homogènes de patients ; Développer des stratégies

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thérapeutiques ciblées allant de la e-santé aux immuno-modulateurs, à la stimulation cérébrale ou aux biothérapies ; Réduire la stigmatisation et les fausses représentations ; Soutenir le développement d’une filière biomédicale française en santé mentale incluant pharma, medtech et digital, par des partenariats public-privé ; Créer une nouvelle génération de scientifiques et de soignants en psychiatrie en renouvelant l’approche de ces maladies et grâce à des actions de formation.

Sélectionné dans le cadre de l’appel à Programmes et équipements prioritaires de recherche, PROPSY comprend le financement de projets déjà identifiés tels la cohorte longitudinale, intitulée « French Minds » constituée de 3 000 patients adultes qui seront évalués de manière exhaustive sur le plan clinique, comportemental, environnemental, et à l’aide d’outils numériques, de marqueurs biologiques et d’imagerie cérébrale, mais aussi des appels ouverts. « Nous sommes fiers que notre programme de recherche ait été retenu par le Gouvernement », confient Gilles Bloch, PDG de l’Inserm et Marion Leboyer, grand Prix Inserm 2021, directrice générale de la Fondation FondaMental et pilote scientifique du projet. « Alors que la santé mentale s’est dégradée avec la crise sanitaire (+ 30 % de dépressions), c’est une décision extrêmement importante et porteuse d’espoir pour des millions de patients, de leurs familles, et aussi des chercheurs et des soignants. » ; « Au bénéfice d’un meilleur accompagnement des patients, le PEPR PROPSY permet de conjuguer les forces de la recherche et du soin, afin de répondre aux défis de santé publique liés aux troubles psychiatriques », ajoute Antoine Petit, le président-directeur général du CNRS. Communique de presse, Inserm, 18 juillet 2022 ».

À quoi répond sans détour avec une certaine netteté, Benoît Marsault, psychiatre responsable d’un des secteurs de Ville Evrard (Montfermeil) : « le néolibéralisme ambiant n'en a que pour ça depuis 4-5 ans, la recherche en psychiatrie. Je ne vous décevrai pas si, égal à moi-même et tout en mesure, je vous dis qu’ils ne trouveront rien...

Pour ma part, on a déjà trouvé quand on se donne la peine de considérer que la folie n'est pas un évènement cérébral, mais psychique, pas un trouble du cerveau, mais de la pensée ».

Ici se retrouvent les enjeux contemporains les plus saillants, à vif et difficilement conciliables.

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Durée

Le film est d’une durée de 90’ pour pouvoir exprimer un ensemble de situation en développement

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Personnes contactées et en cours

Ville Evrard 9-3 : Madame Albert, directrice de l’hôpital Ville Evrard

Dr Laurent Vassal. Ex président CME, toujours en activité, secteur 9. Rosny sous bois,

Dr Pedro Serra, chef de service actuel Secteur 14, Bondy, ligne de Baillon, psychothérapie institutionnelle

Pr Dominique Januel. Chef de service centre de recherches cliniques de VE, versant neurobiologique. Saint Denis.

Mme Jihane Bendaira, responsable Finances VE, chargée Culture

Dr Odette Waks. Ex chef de service intersecteur B, Aubervilliers, Dr Monique Thizon, ex praticien hospitalier La Courneuve

Dr Ligia Gorini, chef de service intersecteur B. Enfants, versant psychanalytique.

Dr Benoît Marsault, jeune psychiatre chef de service du secteur 15, Montfermeil. Orientation psychothérapie institutionnelle ; succéde à ex-service de Dr Dormagen.

Dr de Pommepuy, jeune chef de service en psychiatrie infanto juvénile (hôpital de jour sur le site de VE), orientation plus éclectique, président de la CME, a succédé au Dr Vassal.

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Dimitri Nicolle, psychologue clinicien au Pavillon Tamaris, VE, membre de la Serhep, intervenant à l'IFS

Dr Daniel Zagury, ex chef de service de l’hôpital de jour de Bondy, expert du TGI de Paris.

En complément sur Sainte Anne :

Dr Marie Noëlle Vacheron

Pr Raphaël Gaillard

Pr Philippe Gorwood

Dr Raphael Gourevitch

Sur Maison de Solenn, Cochin :

Dr Bruno Fallisard, pédopsychiatre.

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