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Pour les premiers chrétiens, la fin du monde signifie l’espoir d’une catastrophe divine qui viendra vaincre le mal du monde et récompenser les martyrs et les hommes de bien. Dans les cultures plus anciennes, le monde est continuellement en train de mourir et de renaître. Elles pensent vivre le déclin du monde mais ne craignent pas sa fin imminente. La grande nouveauté c’est que nous avons acquis au fil des siècles la capacité d’imposer notre propre fin du monde par notre science aveugle qui se veut comme l’apanage des Dieux. L’accident écologique, le feu nucléaire, la destruction intégrale des écosystèmes de la planète par l’homme nous amène au point de non retour. A près d’une centaine de kilomètres de la Demeure du Chaos, l’homme joue à la “Deus Ex Machina” en recherchant en vain le Boson de Higgs qui est une particule élémentaire que l’homme, avec ironie ou folie, a nommé la particule de Dieu… Tout un programme. Peut-être que la fin du monde est tout simplement entre la frontière française et suisse, au CERN, dans le gigantesque collisionneur proton ou anti-proton ? La création ex-nihilo d’un centimètre cube de matière noire mettrait fin en un milliardième de seconde à notre courte histoire. Je me suis attaché dans la Demeure du Chaos / Abode of Chaos à revisiter, à travers le parcours Alchimique, toutes les grandes religions, les mouvements philosophiques et la culture des peuples. Ainsi, dans la Haute Egypte, la crainte est que le soleil ne se lève plus. Le soleil est le Dieu Rê, né du Chaos initial qui est le créateur des autres Dieux majeurs. Dans l'Hindouisme, les âges du monde, tels que décrits dans les prophéties traditionnelles hindoues (Puranas), disent que le monde reviendra au Chaos puis, surviendra l’apparition d’un avatar qui établira la droiture sur terre et

que l’esprit humain deviendra aussi pur que le cristal. Dans le Bouddhisme, la fin du Dharma explique les sectes millénaristes de la Chine et du Japon ; les Grecs possèdent quant à eux la Grande Année. La fin du monde et son renouvellement sont pour Héraclite une seule et même chose et la preuve de la primauté du chaos. La renaissance de la matière primordiale (Materia prima) pour Héraclite est une suite à la fin du monde. Héritier des Grecs, les Romains s'emparent de l’idée des âges et le sentiment que l’humanité vit son ultime déclin. Cette pensée est présente chez Virgile ou Horace. Pour les Romains, la fin du monde doit opérer au terme d’une Grande Année commençant la fondation de Rome et dont la durée est annoncée à Romulus. Dans les religions pré-colombiennes, le calendrier Maya permet de multiples approches. Leur rapport au temps est très particulier car il possède une astrologie très avancée mais très différente des autres civilisations. Les Mayas et leur calendrier fascinent car ils ne sont plus là pour répondre. Le 21 décembre 2012, qui prédomine depuis quelques années, est né d’un historien de l’art, José Argüelles, visionnaire new age qui publie “le Facteur Maya”, sous-titré en anglais “Path Beyond Technology / au-delà de la technologie”. Selon ses calculs, la date du 21 décembre 2012 sera la date d’un grand renouveau. Il fut un disciple de Chögyam Trungpa Rinpoché. Cette date rencontre un succès important car de nombreux prophètes (new age, millénarisme chrétien, collision avec la planète X/

Mibiru, mouvements divers et les médias par dessus tout) s’en sont emparés. La civilisation Maya s’étant éteinte, nous n’avons pas de vraies réponses mais nous savons pour autant que pour les Mayas, la fin d’un cycle, si elle demeure une source de crainte et une terrible transition, n’est pas toujours un événement catastrophique. Leur connaissance du temps est certes remarquable, notamment dans l’étude qu’ils font de

l’évolution cyclique des corps célestes. Les Mayas pensaient comprendre les conséquences de ces courses cosmiques sur la vie humaine, et à partir des observations passées, prédire l’avenir. Leur vision scientifique était liée à la croyance religieuse d’une influence divine des forces cosmiques sur le quotidien des hommes. Il y a donc mille manières moins une d’appréhender cette date fatale. Dans l’Eschatologie de la Demeure du Chaos, j’aborde régulièrement au regard de l'histoire de l'art, la notion de catastrophe naturelle telle que le déluge et la colère des Dieux. On retrouve l'épopée de Gilgamesh, le déluge de Noé, le livre de Daniel où la fin des temps est décrite par le Judaïsme, dont le processus est

appelé Yemot Ha Mashia’h (les temps messianiques). Bien évidemment, l'Apocalypse de Saint Jean est au cœur de mon travail. Il faut préciser que le terme Eschatos, utilisé dans le Nouveau Testament indique qu'avec le second avènement du Christ Roi, la fin commencera. Pour les Chrétiens, il y a la mort des individus qui relève de l'Eschatologie personnelle avec la vie après la mort, la fin des sociétés humaines avec l'Eschatologie humaine ainsi que la fin du monde par l'extinction de la dernière génération, d'où Eschatologie.

L a catastrophe de

Deepwater Horizon (2010) The Deepwater Horizon disaster (2010)

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What is entirely new is that over the centuries we have acquired the ability to impose our own end of the world through our blind science, which claims to be the prerogative of the gods. Ecological accidents, nuclear fires and the entire destruction of the planet’s ecosystems by man has brought us to the point of no return. Around a hundred kilometres from the Abode of Chaos, man plays at being a “Deus Ex Machina” by vainly seeking Higgs Boson, an elementary particle that humans, with irony or folly, have called the God Particle.... A huge programme. Perhaps the end of the world is very simply somewhere between the borders of France Switzerland,

at the CERN, in that gigantic proton/anti-proton collider? The ex-nihilo creation of a cubic centimetre of dark matter would put an end to our brief history in a billionth of a second. In the Abode of Chaos, I have been keen to revisit, through the Alchemical circuit, all the major religions, philosophical move­ ments and culture of peoples. For example, in Upper Egypt, the great fear was that the sun would never rise again. The sun was the god Ra, born of the original Chaos that created other major gods. In Hinduism, the ages of the world, as described in traditional Hindu prophecies (Puranas), say that the world will return to Chaos, then an avatar will appear who will establish uprightness on earth, and the human spirit will become as pure as crystal. In Buddhism, the ending of the Dharma explains the Millenarianist sects of China and Japan; meanwhile, the Greeks have the Great Year. For Heraclitus, the end of the world and its renewal are one and the same thing, and proof of the primacy of Chaos. The rebirth of primordial matter (Prima Materia) is the next stage after the end of the world, according to Heraclitus. The Romans, as heirs to the Greeks, seized upon the idea of the ages and the sense that humanity was experiencing its ultimate decline. This thinking can be found in Virgil and Horace. For the Romans, the end of the world was to take place at the end of a Great Year starting the founding of Rome, whose length was announced to Romulus. In Pre-Columbian religions, the Mayan calendar enabled multiple approaches. Their relationship to time was very particular, because it possessed a highly advanced astrology very different from those of other civilisations. The Mayas and their calendar are fascinating because they are no longer there to provide answers.

The idea of 21 December 2012, a date that has predominated for a number of years, came from art historian and New Age visionary José Argüelles, who published “The Mayan Factor”, subtitled “The Path Beyond Technology”. According to his calculations, 21 December 2012 would be the date of a great renewal. He was a student of Chögyam Trungpa Rinpoche. This date met with great success because it was seized upon by numerous prophets (New Age, Christian Millenarianism, collision with the planet X/Nibiru, various movements and above all the media). As the Mayan civilisation is no more, we do not have any real answers, but we do know that for the Mayas, the end of a cycle, while still a source of fear and a terrible transition, was not always a disastrous event. Their knowledge of time was certainly remarkable, particularly in the studies they made of the cyclical movements of celestial bodies. The Mayans believed that they could understand the effects on human existence of these cosmic progressions, and using past observation as a basis, predict the future. Their scientific vision was linked to a religious belief in the divine influence of the cosmic forces on the daily lives of people. There are thus a thousand ways of understanding this fateful date. In the Eschatology of the Abode of Chaos, I regularly touch on the idea of natural disaster with regard to the history of art, such as the flood and the anger of the gods. We find the epic of Gilgamesh, Noah’s flood and the Book of Daniel, where the end of time is depicted by Judaism, in a process called Yemot Ha Mashia’h (the days of the Messiah). Naturally, the Revelation of St. John is at the heart of my work. I should mention that the word Eschatos, used in the New Testament, indicates that the end

trace

Opus IX: Abode of Chaos / La Demeure du Chaos 1999-2013  

thierry Ehrmann: we put all our passion and folly into preparing this French-English Collector, the book of the decade: 504 pages / 4.5 kg /...

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