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Combien de fois j’ai posé mes pas à la Demeure du Chaos depuis l’année 2008 !

A chaque fois c’est l’émoi… L’émoi d’une forte expérience qui offre au travers de ce cataclysme de métal, sur les cicatrices « rouge carmin » des murs « noir d’ivoire », tous ces signes et ces paroles tracés comme des reflets de nous. Ce lieu est le noir miroir du désordre malignement organisé de notre monde. Cet œuvre nous fait nous interroger sur notre condition, nos actes, nos fonctionnements, nos systèmes en un véritable « lieu-creuset » de l’art contemporain ultra vivant et en marche. A chacune de mes visites j’ai le sentiment d’en ressortir plus conscient de la réalité et en même temps d’avoir vécu cette expérience du divin dans laquelle on est plongé immanquablement de visite en visite… Lieu de croisement des idées, d’interaction des puissances, d’affleurement des pensées spirituelles de nos ancêtres et d’expressions multiples d’où percolent et suintent les secrets les plus enfouis, les formules alchimiques les plus secrètes et peut-être… La vérité. On pose le regard sur le chaos, puis on y plonge les doigts, les mains, les bras et tout le reste du corps car il est impossible d’en être seulement spectateur… Et l’on se sent aspirés, emportés très haut, très loin puis très pro-

fond, glissant dans tout ce qui subsiste de mémoire au creux des cervelles sèches et des viscères exsangues nichées là dans les vases canopes de notre civilisation déjà perdue. Alors on communie avec les signes, les images, les volumes, les mots et les maux, les formes et les formules… Les pas que l’on pose là sont enregistrés, mémorisés et font déjà partie de l’œuvre et de l’algorithme ultime… Lorsque l’on entre en la Demeure, on fait partie du processus… On s’aventure au cœur du Chaos les yeux écarquillés en quête de repères et toute cette ferraille lourde, pesante, tous ces symboles, ces visages, ces sculptures nous envahissent, nous submergent, nous bousculent, nous perturbent et nous inondent de lumière et de noirceur. Ici la pensée artistique s’exprime en toute liberté loin des cadres des lieux conventionnels, loin des subventions, des commissions, des autorisations et des soumissions. Toute ma vie j’ai parcouru un long chemin bordé de sépulcres. De catacombes en nécropoles, un jour de l’année 2011, je me suis enfin posé dans le « bunker sanctuaire de métal » de cette Demeure. J’en ai exhumé quelques momies pour une étape sereine,

How many times have I paced the Abode of Chaos since 2008!

magique et spirituelle au cœur du Chaos. Cela m’a permis de Vivre dans cet œuvre, de respirer son air, de fouler son sol, de tacher mes mains de rouille au contact de ses surfaces et de partager des inoubliables moments magiques offerts par Thierry et les siens. J’ai senti le souffle de la puissante énergie qui fait vibrer cet œuvre et qui fait se propager et se répandre comme la lave d’un volcan tout ce génial amoncellement des maux de notre siècle et des images de notre devenir grâce à la plus belle invention de l’homme contre la folie... L’art...

Each time I go to the Abode, I am moved... this cataclysm of met­ al on “carmine red” scars of the "black ivory" walls… all these signs and words plotted as reflec­ tions of ourselves… it produces a strong emotional experience. The Abode is the black mirror of the cunningly organized disor­ der of our world. It prompts us to question our condition, our acts, the way we work, our systems and it represents a veritable “crucible” of contemporary art that is both ultra-alive and totally operating. After each of my visits I feel I emerge more aware of re­

ality and, at the same time, that I have had some kind of divine ex­ perience, in which we are inevita­ bly taken visit after visit. A place of intersecting ideas, interacting powers, where the spiritual ideas of our ancestors fuse with a whole range of artistic expressions per­ colating and oozing the deepest secrets, the most secret alchemi­ cal formulae and perhaps even... the truth. We set eyes on the chaos, and then plunge our fingers, hands, arms and the rest of our bodies, because it is impossible to remain just a spectator... And we feel sucked in and swept very high, very far and then very deep, sliding through the remains of memories inside empty skulls and the dry bloodless viscera nes­ tled in the canopic jars of our al­ ready lost civilization. In effect, we commune with signs, images, volumes, words, sorrows, shapes, forms and formulae... The steps we take at the Abode are record­ ed and stored, so we become part of the place itself and of the final algo­ rithm... When we enter the Abode, we

are part of the process... We are exploring the veritable heart of Chaos, eyes wide open, search for bearings amidst all that heavy metal, all those symbols, all those faces and all those sculptures that overcome us, overwhelm us, jostle and disturb us, flooding us with light and blackness. At the Abode, artistic thought is expressed freely, far from the con­ ventional outlets for art, far from subsidies, grants, commissions, permits and tenders. Throughout my life I have travelled a long road lined with tombs, from catacombs to necropolises. One day in 2011, I finally ventured in­ side the Abode’s “metal sanctuarybunker”. I dug up some mummies for a serene, magical and spiritual step into the heart of Chaos. This allowed me to live in this Work, breathe its air, to tread its soil, stain my hands with rust in contact with the surfaces and to share unforgettable magical mo­ ments with Thierry and his family. I have felt the breath of the pow­ erful energy that makes this Work vibrate and which emanates and spreads like lava from a volcano… all this superb accumulation of the sorrows of our century alongside images of our future… thanks to man’s best invention against mad­ ness: ART. Claude Privet. Wax sculptor “Sanctuarium” At the Abode of Chaos. 2011

Claude Privet. Sculpteur-Céroplaste “Sanctuarium” A la Demeure du Chaos. 2011

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sens sacré

Opus IX: Abode of Chaos / La Demeure du Chaos 1999-2013  

thierry Ehrmann: we put all our passion and folly into preparing this French-English Collector, the book of the decade: 504 pages / 4.5 kg /...

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