Magazine Bois Entreprise

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BoisEntreprise MARS 2021 #13

Editeur responsable : François De Meersman, Confédération Belge du Bois, Rue Royale 163, 1210 Bruxelles - #13 - mars 2021

LE MAGAZINE PROFESSIONNEL TRIMESTRIEL DE LA FILIÈRE BELGE DU BOIS.

05 ACTUALITÉ

MARQUAGE CE DES BOIS DE STRUCTURE 6-13 DOSSIER

14 TÉMOIGNAGE

DE SLAGMOLEN

LA RÉGÉNÉRATION DES FORÊTS

« DE LA PETITE SCIERIE AU NÉGOCE MODERNE » www.confederationbois.be


Hout Info Bois répond à vos questions Pourquoi tant de confusion autour des appellations des espèces résineuses ?

Épicéa.

Quand les architectes et les ingénieurs recherchent une espèce résineuse qui convient pour un usage spécifique, ils sont souvent confrontés au problème qu’une même espèce peut être commercialisée sous plusieurs appellations différentes. Ainsi, il existe parfois des divergences entre les noms génériques et commerciaux et les noms qui font l’objet d’une appellation officielle et scientifique. Un bref aperçu est présenté ci-dessous : Douglas : Bois de l’espèce Douglas dont le nom latin est Pseudotsuga menziesii. Oregon : il s’agit également du Pseudotsuga menziesii. Douglas et Oregon correspondent donc à la même espèce. L’Oregon est importé d’Amérique du Nord. Le Douglas, pour sa part, que nous rencontrons sur le marché provient principalement d’Europe. Oregon Couronne : Il s’agit également du Pseudotsuga menziesii. Un paquet d’Oregon Couronne est constitué de planches d’Oregon de la plus haute qualité. Sapin : correspond au nom latin de l’espèce Abies alba ou communément aussi appelé sapin blanc, sapin pectiné ou sapin des Vosges. Cette espèce est très rarement présente en Belgique, son bois n’est d’ailleurs quasi pas commercialisé chez nous. Mélèze : bois de l’espèce européenne de Mélèze (Larix decidua) ou du Mélèze du Japon (Larix kaempferi) qui croît

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Pin sylvestre.

également en Europe tout comme une espèce hybride de ces deux premières. Le bois de ces espèces est commercialisé indifféremment en Belgique sous le nom général Mélèze. Pin : bois du Pin sylvestre (Pinus sylvestris), également commercialisé sous le nom ‘Sapin rouge du nord (SRN)‘ lorsqu’on fait référence au bois provenant de Scandinavie. Épicéa : bois de l’épicéa Picea abies abusivement appelé aussi Sapin (étant donné que dans ce cas il s’agirait de l’Abies alba). Il est souvent commercialisé sous le nom Sapin blanc du nord (SBN) mais dans ce cas, on fait référence au bois de provenance scandinave. Pour les deux dernières espèces, l’appellation vernaculaire évoque la couleur du bois d’épicéa qui est blanche par opposition à celle du duramen du bois de pin sylvestre qui est rouge (son aubier étant blanc). Afin d’éviter toute confusion, il est conseillé aux architectes d'inclure dans leurs cahiers des charges le nom vernaculaire de l’essence de bois, suivi du nom scientifique entre parenthèses.

Une question ? N'hésitez pas à consulter www.houtinfobois.be ou à contacter directement le conseiller de Hout Info Bois via info@bois.be


EDITO

ne forte hausse de la U demande de bois

Covid-19 oblige, 2021 a commencé de manière toujours préoccupante avec notamment l’apparition des différentes variantes. L’espoir est néanmoins de mise. La campagne de vaccination a enfin débuté et nous espérons que les mesures pourront s’assouplir progressivement afin de retrouver une nouvelle ‘normalité’ au plus vite. La filière bois a subi les conséquences de cette crise, essentiellement pendant le premier confinement. Les mesures du second semestre 2020 ont nettement moins impacté l’activité économique du secteur même si les quarantaines imposées pour le personnel des entreprises a causé de grosses difficultés d’organisation. La bonne nouvelle est que la demande en bois est importante, notamment grâce au développement du ‘Do It Yourself’ mais aussi à la forte demande américaine. Il est d’ailleurs même devenu difficile de s’approvisionner pour certains types de produits… Par contre, la valorisation des sous-produits reste compliquée.

Les enjeux de la régénération des forêts

Cet hiver pluvieux et la vague de froid de début février permettent d’espérer une amélioration de la situation sanitaire des forêts, même s’il est évidemment difficile de prévoir l’évolution de la situation et l’impact à moyen terme des sécheresses des dernières années. La régénération des forêts fait débat et les craintes du secteur vis-à-vis de l’approvisionnement à moyen et long termes sont légitimes. Tous les indicateurs annoncent un développement encore plus important du matériau bois dans le futur. Pourtant, alors que les visions politiques semblent promouvoir le développement d’une économie circulaire et des circuits courts, une question s’impose : disposera-t-on encore de la ressource nécessaire pour répondre à la demande croissante en bois ? La Confédération Belge du Bois a voulu faire le point sur la régénération future des forêts via un dossier (voir p. 6 à 13) présentant notamment la base de la production forestière, à savoir la sélection des graines, leur récolte et leur commercialisation, indispensable au développement de la forêt du futur. Malheureusement, on se rend compte, malgré les avertissements du secteur depuis de nombreuses années, que le sousinvestissement en matière de recherche génétique risque lui aussi de causer des problèmes en termes de disponibilité du matériel forestier de reproduction.

ouvelles règles pour la procédure N d’audit liée au marquage CE des bois de structure

Nous avons appris, fin 2020, que Wood.be modifiait la procédure d’audit des entreprises dans le cadre du marquage CE des bois de structure. La formation et le certificat (examen) ne sont en effet plus nécessaires pour les classeurs bois dont les compétences en termes de classement des bois seront auditées lors des contrôles (audits) réalisés par Wood.be. Si les compétences sont jugées insuffisantes lors de l’audit, Wood.be notifiera une non-conformité majeure et l’entreprise aura 3 mois pour se mettre en ordre via la formation de son (ses) classeur(s) bois. La Confédération Belge du Bois et Hout Info Bois travaillent dès lors en collaboration avec les opérateurs de formation (Woodwize, Wallonie Bois, VDAB) afin d’adapter les programmes de formation à cette nouvelle situation imposée par l’auditeur sans la moindre concertation avec le secteur. La formation pourra toutefois probablement être adaptée afin de mieux correspondre aux besoins du secteur. Dans la même thématique, ne ratez pas l’article en p. 5 sur l’état des lieux des contrôles du SPF Economie.

www.confederationbois.be

Bois Entreprise est le magazine professionnel trimestriel de la filière belge du bois.

Bonne lecture !

Veerle Ramael Secrétaire Générale adjointe de la Confédération Belge du Bois

Editeur responsable : François De Meersman, Confédération Belge du Bois, Rue Royale 163, 1210 Bruxelles, 02/219.27.43, contact@confederationbois.be, www.confederationbois.be Comité de rédaction : Veerle Ramael, François De Meersman, Andries Saerens, Lucie Ghijsens, Pascal Mageren Conception & réalisation : Bold & pepper, info@boldandpepper.be, www.boldandpepper.be Abonnements & publicité : contact@confederationbois.be Sous réserve des exceptions explicitement prévues par la loi, aucun élément de cette publication ne peut être copié, enregistré dans une base de données automatisée ou publié, d’une manière quelconque, sans l’autorisation écrite préalable de l’éditeur.

François De Meersman Secrétaire Général de la Confédération Belge du Bois

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ACTUALITÉ

Webinaire sur la valorisation des sous-produits via la plateforme symbiose Le mercredi 10 février, la Confédération Belge du Bois, en collaboration avec l’OVAM, organisait un webinaire de présentation du fonctionnement de la plateforme symbiose. L’objectif de cette dernière est de proposer de nouveaux types de débouchés de haute qualité pour l’offre excédentaire de sous-produits tels que les plaquettes de bois, la sciure, le bois de chauffage... au travers de différents secteurs. Bien que cette plateforme a du potentiel, elle ne s’est malheureusement pas suffisamment développée pour fonctionner de manière optimale. Les participants ont en effet émis des doutes sur les possibilités d’une coopération intersectorielle, notamment pour ce qui est de la faisabilité économique et logistique. Certaines entreprises qui ont participé au webinaire ont toutefois manifesté un certain intérêt pour expérimenter la plateforme. A suivre donc ! Plus d’infos : www.smartsymbiose.com

Agenda 19 mars

Evénement de clôture du portefeuille de projets européens Feel Wood

Webinar (de 9h30 à 12h) de présentation des résultats des actions des projets ProFilWood, Forêt Pro Bos et Formawood. Plus d’infos sur le programme et inscriptions sur www.feel-wood.eu

7 mai

Rencontres Filière Bois (en ligne)

Le réchauffement climatique n’est pas une fatalité. Un développement de la production et de l’utilisation du bois pourrait notamment contribuer efficacement à son contrôle. Mais ce fait n’est ni assez connu, ni, contre toute logique, toujours admis. Deux manquements fort regrettables, qui ne sont pas sans danger. Sommesnous en position de gaspiller nos chances ? La 15e édition des Rencontres Filière Bois sera dès lors une forme d’alerte. « Nous aurons tous besoin du bois ! » Un cri de ralliement… Un appel à la mobilisation… Infos et inscriptions : www.rfbois.be

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La minute bois Comment la forêt belge est-elle organisée et gérée ? Pourquoi construire sa maison en bois ? Comment bien mettre en œuvre son parquet ou son bardage ? Pour répondre aux interrogations courantes à propos du bois et de la forêt, Hout Info Bois a réalisé 10 capsules vidéo sur différents thèmes. C’est ici l’occasion de couper court aux idées reçues et de montrer tout le potentiel qu’a le bois, matériau d’avenir par excellence. Les capsules seront diffusées sur La Une (RTBF) à 19h25 du 22 février au 05 mars 2021 et rediffusées du 15 au 26 mars 2021, mais aussi sur tous les réseaux sociaux de Hout Info Bois (Facebook, Twitter et Linkedin) ainsi que sur www.bois.be au fur et à mesure des diffusions en TV. N’hésitez pas à relayer ces vidéos sur vos réseaux sociaux !

Les lauréats bientôt dévoilés Avec plus de cent projets en bois participants, le succès de cette première édition du prix national d’architecture en bois (BTCA) organisé par Hout Info Bois souligne clairement l’engouement pour le matériau bois. L’originalité et la qualité générale des projets illustrent toutes les spécificités de l’architecture et de la construction en bois en Belgique. La proclamation prendra la forme de différentes vidéos qui seront diffusées sur www.timberawards.be le vendredi 26 mars 2021 à 16h00 précise. Les projets nominés et le grand gagnant de chacune des 5 catégories seront mis à l’honneur. Les projets retenus lors de la première sélection seront également consultables sur le site.


ACTUALITE

MARQUAGE CE

Quid des contrôles sur le terrain ?

Au cours des années 2019 et 2020, le SPF Economie a effectué des contrôles auprès de 172 établissements : • 43 fabricants au sens de l’article 11 du règlement (UE) n° 305/2011 (CPR) ; • 3 importateurs au sens de l’article 13 du règlement (UE) n° 305/2011 (CPR) ; • 16 opérateurs devant être considérés comme fabricants au sens de l’article 15 du règlement (UE) n° 305/2011 (CPR) ; • 110 distributeurs au sens de l’article 14 du règlement (UE) n° 305/2011 (CPR) pour tous les matériaux et pour toutes les chaînes de magasins DIY (Do It Yourself) mais également dans des magasins spécialisés. Parmi ces 172 établissements, 108 étaient situés en Wallonie, 55 en Flandre et 9 à Bruxelles. Les problèmes les plus fréquemment rencontrés Après deux ans de campagne, les conclusions du rapport publié par le SPF Economie en date du 1er avril 2020 restent valides, ce rapport étant consultable sur son site. Chez les fabricants et opérateurs considérés comme fabricants, les contrôles ont souvent révélé une absence de marquage CE et de déclaration de performances. Par ailleurs, lorsqu’un marquage CE est apposé, il s’avère souvent incomplet au regard de l’article 9.2 du règlement (UE) n° 305/2011 (CPR) (absence du numéro de référence de la déclaration des performances ou absence du numéro d’identification de l’organisme notifié). La teneur et la portée de l’article 15 CPR précité sont généralement méconnues. Aussi, les opérateurs qui achètent du bois de structure déjà classé puis qui procèdent eux-mêmes à son imprégnation igno-

raient relever du champ d’application de cette disposition. De même, les opérateurs qui rabotent un bois de structure déjà classé au-delà des seuils fixés par les normes harmonisées applicables y sont également soumis. Lorsqu’une déclaration de performances était établie, des non-conformités au regard des articles 6 et 7 du règlement (UE) n° 305/2011 (CPR) ont aussi été constatées.

Rapport des contrôles 2019

© stock.adobe.com

Le SPF Economie a débuté une campagne de contrôle de la mise en œuvre des normes relatives au marquage CE des produits de construction dans le secteur du bois il y a maintenant 2 ans. Catherine Grimonpont (SPF Economie) nous dresse un bilan de cette campagne

Campagne de contrôle dans le secteur du bois utilisé comme produit de construction

Chez les distributeurs, les contrôleurs ont constaté un grand manque d’information. Ils ignoraient l’existence et la portée du règlement (UE) n° 305/2011 (CPR). De ce fait, les distributeurs ne sont pas conscients de leurs responsabilités. Un cas concret rencontré à maintes reprises lors des contrôles concerne un distributeur qui achète du bois auprès de son fournisseur (importateur ou fabricant), ce dernier ne souhaitant pas commercialiser des bois couverts par la norme harmonisée EN 14081-1. Ces bois - et pour autant qu’aucun autre usage ne soit pas couvert par une norme harmonisée (bardages, parquets) - ne sont pas soumis aux exigences du règlement (UE) n° 305/2011 (CPR) et sont donc hors marquage CE. Le problème est que le distributeur ne maîtrisant pas ces dispositions règlementaires vend ce bois à des utilisateurs tels que des charpentiers alors qu’il ne peut pas être destiné à un usage structurel. Aussi est-il apparu indispensable que chaque opérateur de la chaîne d’approvisionnement informe correctement l’acheteur du fait qu’il s’agit d’un bois pour usage non structurel. Par ailleurs, les opérateurs économiques de la chaîne de commercialisation qui font ce choix doivent alors être cohérents avec ce qu’ils mettent en vente (comme ne pas promouvoir du bois de charpente sur internet). Sur requête, les distributeurs doivent présenter la copie de la déclaration des performances. Dans de nombreux cas,

ils éprouvent de grandes difficultés à la fournir, l’opération nécessitant l’échange de plusieurs e-mails. Parfois, ils n’y parviennent pas. Signalons qu’à ce jour, aucun procès-verbal n’a été dressé pour non-régularisation suite à l’avertissement. Et en 2021 ? Pour le secteur du bois, la campagne administrative pour les mêmes produits-types va se poursuivre en 2021 auprès de l’ensemble de la chaîne de production, d’importation et de distribution. Le plan annuel de contrôle est disponible sur le site internet du SPF Economie à l’adresse suivante

Plus d’infos Vous avez des questions en la matière, contactez Hout Info Bois via info@bois.be Retrouvez l’interview intégrale de Catherine Grimonpont sur www.houtinfobois.be (rubrique ‘news’)

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DOSSIER

La régénération des forêts L’avenir des forêts fait l’objet de nombreux débats à travers l'Europe. Mais qu’en est-il en Belgique ? Quelle est la place de la production dans la vision politique ? Quid de l’équilibre feuillu/résineux ? Quelle sera la place future de l’épicéa et d’autres essences plus productives ? Et comment tendre vers une forêt plus résiliente ? Ce dossier de huit pages aborde la question sous différents angles : la vision de la Confédération Belge du bois sur la régénération des forêts, les aides financières disponibles, un reportage au Comptoir Forestier (p8-9), une interview de l’ANB (p10) ainsi que les témoignages d’acteurs de terrain aux profils très variés (p11-13).

La vision de la Confédération Belge du Bois Quelle forêt pour demain ? Certains voulant tout axer sur la biodiversité, la Confédération Belge du Bois propose une gestion durable et multifonctionnelle, tenant compte bien évidemment : • de la biodiversité : la forêt est d’ailleurs la partie de notre territoire la plus riche en biodiversité ; • des aspects récréatifs ; • des aspects socio-économiques ; • mais en n’oubliant pas les autres aspects environnementaux dont leur rôle vis-à-vis du climat, comme le rôle de puit de carbone des forêts et le rôle environnemental du bois dans la construction ; • ainsi que la production d’un matériau naturel, écologique et renouvelable. La forêt a certes souffert ces dernières années des conditions climatiques sèches et chaudes. Nous en avons déjà parlé dans de précédents numéros de Bois Entreprise, ces conditions ont notamment fragilisé certains épicéas qui ont été attaqués par les scolytes (qui ont trouvé les conditions idéales à leur prolifération). Mais il ne faut pas oublier que l’épicéa n’a pas été la seule essence à souffrir de ces conditions météorologiques extrêmes et qu’elle n’est pas la seule à subir des problèmes sanitaires. Nous pensons notamment aux dépérissements du hêtre et du chêne, à la chalarose sur le frêne, à d’autres problèmes sanitaires sur l’érable, le douglas, le pin, le mélèze… La forêt souffre, c’est une certitude. Mais la situa-

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tion est-elle si dramatique que certains veulent le faire croire ? Difficile en effet de répondre à cette question lorsqu’on parle d’une production qui se réalise sur des décennies. Faut-il modifier les pratiques sylvicoles pour anticiper les changements climatiques ? Oui, probablement. Mais attention à ne pas tomber dans un autre extrême. Veillons à respecter l’équilibre feuillus-résineux, garant d’une certaine diversification, et à maintenir une production forestière suffisante pour répondre aux objectifs climatiques et de développement socio-économiques. Faut-il rappeler que ces derniers sont complémentaires au maintien voire au développement de la biodiversité forestière ? Ce sont les fondements mêmes de la gestion durable de la forêt ! Il est plus que probable que les propriétaires forestiers diversifieront leurs régénérations forestières pour diminuer les risques sanitaires. Toutefois, la diversification n’empêche pas de maintenir une production forestière. La diversification ne veut pas dire non plus le remplacement du résineux par du feuillu. Souvenons-nous que l’équilibre feuillus/résineux est d’ailleurs prôné dans le Code forestier wallon. Enfin, la diversification ne signifie pas qu’il faille oublier toutes les expériences du passé et les bases scientifiques telles que le fichier écologique des essences !

Une sélection du matériel forestier de reproduction avec une vision évolutive et adaptative ? La diversification permettra donc aux propriétaires forestiers de limiter les risques. Cependant, elle ne mettra pas fin aux problèmes sanitaires subis par les différentes essences forestières. Au mieux, elle les atténuera. Pour contrer ces problèmes sanitaires et donc développer une forêt résiliente dans son ensemble, misons sur l’adaptation des essences aux stations et aux changements climatiques. Dans ce contexte, il est pour le moins regrettable que les investissements en termes de recherche en génétique forestière aient été réduits au strict minimum ces dernières années. Car c’est en effet la sélection de matériel forestier de reproduction résistant aux changements climatiques et aux risques sanitaires qui permettra de régénérer notre forêt de manière résiliente. On ne parle évidemment pas de modification génétique, mais de sélection avec une vision évolutive et adaptative. Garantir une forêt résiliente passe, d’une part, par l’utilisation de graines issues de peuplements ou d’arbres résistants et adaptés à l’évolution et, d’autre part, par le choix des essences feuillues et résineuses les plus adaptées aux stations !


Quel est l’impact actuel de la crise des scolytes ? La crise des scolytes a certes eu un impact important sur la forêt wallonne, les pessières représentant 34 % de la superficie forestière. L’impact fut moindre sur la forêt flamande, l’épicéa n’y étant que peu représenté car peu adapté. Par contre, certaines forêts allemandes et françaises pour parler des régions limitrophes ont subi des attaques très importantes. D’aucuns profitent aujourd’hui de cette crise pour manifester des positions extrêmes contre l’épicéa. Mais quelle est réellement la situation sur le terrain actuellement ? Entre 2018 et 2020, le volume de bois scolytés en Région wallonne est estimé à un peu plus de 2 millions de m³ (entre 2 et 2,5 millions de m³) pour un volume sur pied estimé à environ 44 millions de m³. Si l’on tient compte des données disponibles en forêt publique, environ 4,71 % des volumes d’épicéas wallons auraient été attaqués par les scolytes, sachant bien évidemment que la récolte d’épicéas scolytés est bien souvent accompagnée de prélèvements d’arbres sains. Toutefois, il ne semblerait pas que les volumes d’épicéas prélevés en 2018, 2019 et 2020 soient supérieurs aux volumes prélevés les années précédentes en forêt publique, ce qui laisse à penser que la ressource globale n’aurait pas spécialement été impactée par la crise des scolytes, les récoltes de bois sains ayant souvent été reportées par les propriétaires forestiers. La proportion d’épicéas scolytés (soit le volume d’épicéas scolytés recensés par rapport au volume d’épicéas sur pied estimé par l’Inventaire Permanent des Ressources Forestières de Wallonie) en forêt publique par Direction du DNF entre 2018 et 2020 est également particulière-

Aides au reboisement En Région wallonne La Région wallonne n’octroie actuellement pas d’aide au reboisement, si ce n’est un complément aux aides provinciales. Le Gouvernement wallon a toutefois approuvé un soutien régional de 3 millions d’euros pour inciter les propriétaires forestiers privés et publics à diversifier leurs plantations. Les conditions d’octroi de cette aide ne sont pas encore connues mais les premiers échos ne semblent pas favorables à la prise en compte des aspects socio-économiques ni des aspects de stockage du CO2. En Région flamande Dans le cadre de la volonté de la Région flamande de reforester 4.000 ha, elle octroie un subside aux propriétaires pour la création de forêts avec des essences indigènes, éventuellement associées au peuplier. Des aides sont également octroyées pour l’achat de terrain à reboiser via le fonds de compensation forestière. Natuur en Bos accorde aussi des subventions pour la création d’une forêt avec des espèces indigènes. Enfin, la Région flamande octroie une subvention pour perte de valeur foncière pour les propriétaires qui boisent leur terrain via le Fonds de compensation forestière. Province de Luxembourg La Province de Luxembourg octroie une prime à la plantation aux propriétaires privés, cette dernière étant abondée pour moitié par la Wallonie. Société Royale Forestière de Belgique La SRFB coordonne un fonds privé d’aide à la plantation pour ses membres, ce fonds étant alimenté par le sponsoring d’entreprises (dons déductibles via la Fondation Roi Baudouin). Retrouvez plus de détails sur les montants de ces primes dans la rubrique ‘News’ de notre site internet www.confederationbois.be

ment intéressante et montre clairement que le sud du pays a été particulièrement impacté par les attaques (Direction d’Arlon), la crise de la PPA n’étant certainement pas étrangère à ces attaques massives. Toutefois, on remarquera dans le tableau ci-dessous que la proportion d’arbres attaqués est nettement plus limitée dans les zones où les épicéas sont en station, c’est-à-dire en Ardenne. Contrairement à ce que certains aiment affirmer sur des bases tout à fait subjectives, l’épicéa ne semble donc pas

Volume d'épicéa (m³) Direction du DNF

condamné en Région wallonne et nous espérons que l’évolution à la baisse des attaques de scolytes en 2020 (sauf dans les Directions d’Arlon et de Malmedy) se confirmera. Développons donc une forêt diversifiée, équilibrée et résiliente, en évitant certaines pratiques extrêmes, mais maintenons une production forestière suffisante pour répondre aux objectifs climatiques et socio-économiques tout à fait compatibles avec le la biodiversité et les aspects récréatifs !

Volume d'épicéa scolytés (m³) 2018

2019

2020

Total

Proportion de scolytés

ARLON

1.975.130

40.047

147.867

188.608

376.522

19,06%

DINANT

946.471

11.291

15.408

9.208

35.907

3,79%

LIEGE

2.623.259

21.904

51.180

24.230

97.314

3,71%

MALMEDY

5.951.719

38.457

54.412

57.185

150.054

2,52%

MARCHE

3.662.667

31.310

50.605

23.119

105.034

2,87%

MONS

181.652

3.282

8.047

3.858

15.187

8,36%

NAMUR

806.616

9.669

23.289

15.610

48.568

6,02%

3.703.939

34.484

44.677

28.072

107.233

2,90%

19.851.453

190.444

395.485

349.890

935.819

4,71%

NEUFCHATEAU TOTAL

Proportion d’épicéas scolytés en 2018, 2019 et 2020 en forêt publique (source DNF, volumes encodés en date du 3 février 2021) par rapport au volume d’épicéa sur pied en forêt publique (source Inventaire Permanent des Ressources Forestières de Wallonie, campagnes de mesures T13 à T17).

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DOSSIER

COMPTOIR FORESTIER À MARCHE-EN-FAMENNE

Près de 150 millions de plants forestiers en 25 ans ! Depuis 25 ans, le Comptoir Forestier de Marche-en-Famenne est l’une des principales sources d’approvisionnement en graines des pépiniéristes wallons. Mais comment fonctionne cette institution et quels sont ses principaux défis ? Alain Servais, co-fondateur et responsable du Comptoir, a répondu à nos questions.

L’idée d’un comptoir à graines est loin d’être nouvelle. Il y a un plus d’un siècle, les Etats avaient déjà compris l’importance stratégique de ne pas être tributaire de tiers en termes d’approvisionnement en graines forestières et de pouvoir garantir l’origine et la qualité du matériel de reproduction. La plupart d’entre eux disposaient d’organismes publics chargés de sélectionner, récolter et traiter les graines au profit de la forêt et de la filière bois. En Belgique, le premier « comptoir » d’Etat a vu le jour en 1923 à Groenendaal. Il s’agissait de la sécherie de l’Etat. Son objectif était de permettre un reboisement rapide. L’accent a donc été mis sur le résineux afin de produire plus vite pour répondre aux besoins du marché, notamment pour le bois de mine. Avec la régionalisation de 1990, ce premier centre est devenu propriété de la Flandre et il a fermé ses portes quelques années après. De la poutre à la graine À la suite de la régionalisation du pays, l’idée d’un comptoir à graines a… regermé en Wallonie sous l’impulsion du DNF. Nous avons ouvert le comptoir en 1995, se souvient Alain Servais, co-fondateur du Comptoir et toujours responsable de l’institution. La Région Wallonne souhaitait être maître de sa forêt. À l’époque, la construction en bois ne représentait qu’une très faible part du marché en Wallonie. Les architectes ont donc pensé le Comptoir comme une vitrine de la construction bois en devenir. D’où la formule ‘de la poutre à la graine’, car ils sont partis du bâtiment pour initier le développement de la filière. Pour profiter d’une année de récolte exceptionnelle, le Comptoir a démarré ses activités avant même que le bâtiment ne soit entièrement opérationnel. Des 747 kg de graines vendues en 1995, l’équipe d’Alain est passée à un bilan sur 25 ans

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La construction en bois ne représentait qu’une très faible part du marché en Wallonie en 1995. Les architectes ont donc pensé le Comptoir comme une vitrine de la construction bois en devenir.

de plus de 67 tonnes en 2020 ! Une récolte qui couvre 33 grandes espèces forestières. Selon les estimations, le travail du Comptoir a permis de produire, en 25 ans, quelque 109 millions de plants résineux et 38 millions de plants feuillus, soit un reboisement de l’ordre de 75.000 hectares ! Inutile de préciser que le retour sur investissement global est positif pour la forêt. Les récoltes Les graines proviennent pour trois quarts de vergers à graines et pour le reste de peuplements à graines. Tout peuplement présentant une valeur supérieure à la moyenne dans un des critères de sélection est potentiellement éligible pour une certification. Les graines sont sélectionnées pour des critères de

reproduction, établis par chaque pays (croissance, tardiveté, qualité…). Pour la récolte en forêt, différentes méthodes sont adoptées selon l’espèce : intervention manuelle via des grimpeurs dans les arbres, récolte manuelle directement au sol, sur des bâches ou dans des filets ou récolte à l’aide de nacelles dans les vergers à graines. Les graines récoltées sont traitées mécaniquement au Comptoir Forestier pour extraire les semences et/ ou les séparer des impuretés et obtenir des lots les plus purs possible. Lorsque la conservation est possible, les graines sont ensuite stockées en chambre froide. Ici aussi, la gestion est complexe car il convient de tenir compte de la période de dormance et de son aptitude à la congélation, différente pour chaque essence, avant d’envisager la commercia-


DOSSIER

lisation. La dormance est généralement de six semaines pour les résineux, mais cette période peut atteindre six mois pour les arbustes, voire un an ou plus pour l’aubépine actuellement fortement demandée pour le projet 4.000 km de haies. Cela signifie que la production nécessite l’anticipation à chaque étape du processus. Tous égaux Depuis la première heure, Alain Servais a misé sur le service, la qualité et la proximité. Des atouts que lui reconnaissent de nombreux acteurs de terrain. La gratuité n’a jamais été envisagée car elle est synonyme de gaspillage. Les graines sont vendues à un prix équivalent à celui du marché. Nous vendons via un catalogue annuel et les prix sont identiques pour tout le monde, quelle que soit l’importance des acheteurs. Il n’y a pas non plus de priorité. En cas de demande supérieure à l’offre, nous vendons au prorata sur base des achats des années précédentes. Le système privilégie ainsi l’équité et récompense la fidélité de nos clients. Nous ne nous destinons pas à l’exportation, le but est que le matériel revienne à la forêt wallonne via nos producteurs belges, dit-il. Le Comptoir Forestier veut assurer une régénération de la forêt wallonne avec le meilleur matériel possible mais aussi dans la durée. L’étalement du reboisement dans le temps est dès lors tout aussi important. C’est pourquoi un contingentement est appliqué lorsque

Une partie de la récolte de graines stockées dans la chambre froide.

les ressources deviennent critiques pour certaines graines. Toutes les graines n’ont pas la même durée de conservation. Les essences résineuses peuvent se conserver jusqu’à plusieurs années alors que les graines des essences feuillues telles les chênes indigènes dépassent rarement un an. Si les bonnes années de récolte de graines peuvent permettre d’établir un stock stratégique pour plusieurs années en résineux, cette option n’est malheureusement qu’une utopie pour certains feuillus. Nous sommes donc tributaires d’énormément d’incertitudes dans notre mission, ajoute-t-il. Anticiper la demande du marché La question piège par excellence. Comment anticiper la demande du marché quelques années au préalable ? C’est impossible, nous répond-t-il. Tout dépend des propriétaires voire des mesures incitatives telles que des subsides. Les pépiniéristes ne sont que des intermédiaires. Une économie planifiée nécessite un temps de réaction de 4 à 5 ans. D’où la difficulté à mettre en adéquation l’offre et la demande. Et les nouvelles essences ? Avec la meilleure volonté du monde, Alain Servais affirme ne pas être en mesure d’accroître l’offre ou la diversité des graines comme souhaité actuellement par certains. Dupliquer des collections nécessite des moyens. Je ne dispose tout simplement pas des ressources, financières et humaines, pour produire davantage. D’autres difficultés s’ajoutent. Pour le tilleul, par exemple, nous ne disposons pas de peuplements à graines et les quelques kilos que nous pourrions éventuellement récolter ne seraient de toute façon pas suffisants. Nous essayons de nous tourner vers l’étranger. Au fil des ans, j’ai noué d’excellents contacts avec des confrères étrangers. Cela permet parfois de trouver des solutions mais ce n’est pas toujours facile ou possible car certains pays sont extrêmement protecteurs à l’égard de leurs graines. Cette tendance s’accentue avec les pénuries et les fortes demandes de diversification prévues en Europe qui arrivent toutes en même temps. Nous manquons cruellement d’un service de génétique appliquée capable de mener des recherches dans une optique évolutive et adaptative. On ne parle donc pas ici d’amélioration de la croissance mais bien d’évolution, pour mieux s’adapter à l’évolution de la forêt et du climat. Sur le long terme, le secteur aura besoin de ce type de service pour que la forêt puisse s’adapter aux changements climatiques,

Démonstration de traitement mécanique des graines par Alain Servais.

poursuit Alain Servais, qui a travaillé dix ans dans la recherche génétique avant de se focaliser sur le Comptoir forestier. Imaginez le nombre de milliers de mètres cubes que la filière peut gagner par an si la recherche génétique autorise ne fut-ce que 1% de gain en production. Nous aurions pu avoir 10 ou 15 ans d’avance en matière de sélection mais sommes aujourd’hui dépendants de l’étranger par manque d’investissement. Il est possible voire nécessaire de combiner production de bois et biodiversité pour répondre au défi des besoins en bois croissants de la société. Pour ce qui est de la régénération naturelle, Alain Servais n’y est évidemment pas opposé, mais il rappelle que cette dernière n’est pas nécessairement moins chère finalement car elle demande plus de temps, de compétences et des interventions sylvicoles plus régulières avec une main-d’œuvre plus qualifiée. Elle n’est pas toujours la plus adaptée en fonction du site, du contexte climatique et de diversification. L’important reste de régénérer la forêt sans dogmatisme en prenant en compte son rôle d’écosystème mais sans oublier la production de bois nécessaire à l’économie wallonne.

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DOSSIER

Et en Flandre ? Gudrun Van Langenhove, de l’Agentschap voor Natuur en Bos (ANB), l’administration forestière flamande, a répondu à nos questions. Le matériel forestier de reproduction commercialisé doit, entre autres, respecter les conditions de la directive européenne 99/105/CE. Cette directive offre notamment des garanties quant au matériel de reproduction génétiquement adapté aux différentes conditions locales mais aussi de haute qualité. Elle contribue à la conservation et à l'amélioration de la diversité biologique de nos forêts, en ce compris la diversité génétique des arbres, dans le cadre d’une gestion durable des forêts. 47 espèces d'arbres européennes importantes sur le plan commercial (y compris les espèces de peuplier et leurs variétés) y sont repris. Cette directive a été transposée dans la législation flamande en 2003. La Flandre a également opté pour cette réglementation pour la reconnaissance du matériel de base et le contrôle de la qualité du matériel de reproduction, éventuellement applicable aux espèces d'arbustes et d'arbres indigènes les plus importantes en Flandre. Le matériel de reproduction est contrôlé par le service qualité du Département de l’Agriculture et de la Pêche pendant tout le processus, c’est-à-dire de la récolte des graines jusqu’à la livraison chez l'utilisateur final en passant par la culture en pépinière. Comment se passe la sélection des peuplements de reproduction en Flandre ? L’Arrêté du Gouvernement flamand du 3/10/2003* régit notamment les peuplements de reproduction, c’est-à-dire les sites où il est officiellement permis de récolter les semences qui seront ensuite commercialisées. L’organisme chargé de la gestion de cette matière en Flandre est l’Inbo (Instituut voor Natuur- en Bosonderzoek). Différents types de peuplements de reproduction peuvent être agréés. Le matériel de reproduction en Flandre est principalement commercialisé comme matériel de reproduction de catégories ‘origines identifiées’ et ‘sélectionnées’. Les semences pour la multiplication de ces catégories de matériel de reproduction proviennent d’arbres ou de peuplements à graines.

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En Flandre, par exemple, de nombreuses populations d'arbustes et d'arbres indigènes sont reconnues comme sources de semences. Ces populations ont donc été regroupées par espèces dans des vergers à graines pour optimiser la récolte de graines. En plus des emplacements autochtones sur site et des vergers à graines, il y a aussi de nombreux peuplements à graines reconnus pour les principales essences d'arbres sélectionnés notamment sur base de la croissance, de la rectitude et éventuellement de la qualité du bois. Tous les peuplements de reproduction agréés doivent être repris dans un registre qui est publié sur le site internet de l’Inbo, ce dernier publiant également une liste des origines recommandables afin d’aider les gestionnaires forestiers à faire les bons choix d’origine. L’Inbo est responsable de la rédaction des dossiers de reconnaissance mais aussi de l’actualisation des registres, en vérifiant par exemple que les peuplements de reproduction existent toujours ou que la taille des peuplements reste suffisante pour garantir de bonnes récoltes. La prospection de nouveaux peuplements de reproduction est continue pour assurer une quantité suffisante de matière première. Tout propriétaire forestier peut à tout moment demander une reconnaissance d’un peuplement intéressant à l’Inbo qui vérifiera s’il remplit les conditions définies par la législation. A titre d’exemple, en 2020, 22 nouveaux peuplements ont été agréés. La plupart des sites de récolte reconnus sont gérés par Natuur en Bos. Quelles sont les essences récoltées ? Toutes les essences qui présentent un intérêt commercial pour les pépiniéristes et qui sont couvertes par la réglementation. Qui se charge de la récolte ? Toute personne autorisée par le propriétaire peut récolter les graines mais pour pouvoir échanger des semences ou pour pouvoir cultiver des plants dans le

Gudrun Van Langenhove

circuit commercial, il faut être reconnu comme négociant en semences ou pépiniériste forestier par le Département de l’Agriculture et de la Pêche qui contrôle la récolte et livre les documents de base. ANB (Natuurinvest) vend chaque année des ‘droits de récolte’ aux producteurs de plants forestiers et négociants en graines agréés. Ils sont généralement 3 ou 4 à réagir. Sur le terrain, la récolte est organisée par les détenteurs des droits. Pour pouvoir récolter, les détenteurs des droits doivent prévenir l’ANB ainsi que le Service Qualité du département Agriculture et Pêche (en charge du contrôle qualité). Les inspecteurs qualité se rendent sur place, pèsent la récolte et établissent un certificat de base reprenant notamment l’origine et la quantité récoltée. Ces informations sont consignées dans un registre par le Service Qualité, pour que tout puisse être tracé depuis la graine jusqu’à la vente du plant. Lors de la vente des plants par le pépiniériste, un document de fourniture (certificat d’origine) doit être établi par le vendeur si les plants sont destinés à une utilisation forestière. Ce document mentionne notamment l’origine du matériel ainsi qu’une série d’informations de base comme l’âge, la méthode de reproduction et la quantité livrée. Utilisez-vous également des graines provenant d’autres pays, notamment pour utiliser des origines plus adaptées aux changements climatiques ? Depuis de nombreuses années, la liste des provenances recommandables comprend également des origines de Bruxelles, de Wallonie, des Pays-Bas et de France. Ce sont des origines qui ont des conditions de croissance similaires et qui sont inscrites sur la liste pour tenir compte des pénuries de matériel de reproduction. Depuis plusieurs années, les pays voisins mènent de nombreuses recherches sur l'utilisation d’origines issues de régions plus méridionales et continentales qui répondraient aux changements climatiques attendus. L’Inbo, qui est responsable de l'établissement de la liste des


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provenances recommandables, est actuellement très réticent à recommander de telles origines, estimant qu’il n’existe actuellement aucune preuve dans la littérature scientifique qui pourrait conclure sans ambiguïté à une extension ciblée des origines à recommander. La prudence reste de mise bien que, à la demande de Natuur en Bos, des origines du sud de la France sont déjà inscrites dans la liste pour le chêne sessile et le chêne pédonculé. Quoi qu’il en soit, nous continuerons à suivre cette thématique de près afin d’éventuellement prévoir des extensions tant en termes d’origines que d’espèces. L’ANB dispose-t-elle de pépinières publiques ? Plus maintenant. Historiquement, nous exploitions deux pépinières publiques mais cette activité a été abandonnée. Nous nous concentrons désormais pleinement sur les pépinières privées.

Bon à savoir Dans le cadre du plan de développement de la superficie forestière en Flandre (4.000 ha pour la législature en cours), l’ANB a conclu des contrats cadre pour l’approvisionnement en plants. Les plants seront disponibles à partir de la saison de plantation 2022-2023 et ce jusqu’à la saison 2024-2025. L’objectif est de disposer de 3 millions de plants de 7 essences. Une partie de ces plants sera réservée à l’ANB mais le reste pourra être acheté par tous les partenaires des projets de boisement (dont les propriétaires privés via les Bosgroepen par exemple). Interrogée sur les conseils de Natuur en Bos en termes de reboisement en cette période de réchauffement climatique, Gudrun recommande de mélanger autant que possible les espèces et les origines adaptées pour augmenter la diversité génétique, pour limiter les risques mais aussi de planter suffisamment tôt dans la saison pour maximiser les chances de reprise vu les printemps secs des dernières années. * Arrêté du Gouvernement Flamand du 03/10/2003 concernant la procédure de reconnaissance du matériel forestier de base et de mise sur le marché du matériel forestier de reproduction.

Plus d’infos INBO: https://www.inbo.be/inbo/ bosbouwkundig-teeltmateriaal/

Parole aux acteurs de terrain 1

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Frédéric Petit, Président de NTF (association des Propriétaires ruraux de Wallonie)

Jurgen Tack, Directeur Général de Landelijk Vlaanderen (association des Propriétaires ruraux de Flandre)

Beaucoup de propriétaires forestiers sont bien entendu ouverts et favorables aux aides à la régénération mais les résultats dépendront principalement des conditions d’obtention. Espérons donc que les conditions de la future aide publique à la régénération des forêts ne seront pas trop contraignantes car de nombreux propriétaires ont été forts impactés par la crise des scolytes et une partie d’entre eux ne compte plus replanter. J’ai le sentiment que le découragement affecte surtout les petits propriétaires, mais parfois aussi d’autres qui ont des surfaces plus importantes. Les propriétaires se posent énormément de questions sur les essences à privilégier. La problématique est complexe. J’observe une diversification des plantations depuis deux bonnes années afin de limiter les risques. La situation est aussi contrastée en fonction des régions. En basse et moyenne Belgique (jusqu’à environ 300 m d’altitude), les propriétaires tendent à abandonner les résineux. Au-delà, le résineux reste une tradition. Je pense que la filière a raison de s’inquiéter quant à l’approvisionnement en épicéa à moyen terme mais nous assisterons à une substitution par d’autres essences telles que le douglas. Il s’agit peut-être d’une opportunité pour la filière car cette essence est plus productive et devrait donc générer un volume plus important de résineux. Quant au peuplier, je regrette qu’il soit tant dénigré par une certaine mouvance écologique alors que cette essence mérite d’être promue dans les stations qui s’y prêtent parfaitement. Continuons à planter du peuplier car je crains que l’offre ne sera pas à la hauteur de la demande.

Nous sommes satisfaits des mesures d’aides actuelles en Région flamande, mais nous craignons que les primes ne suffisent pas pour réaliser les objectifs visés d’ici la fin de la législature (créer 4.000 ha de forêt). Il y a une trop grande différence entre la prime pour la perte de valeur des terrains et la réelle valeur commerciale des terrains adaptés et disponibles, ce qui indique un déséquilibre. Si nous voulons convaincre un grand nombre de propriétaires d’adhérer au système, il faudra augmenter le montant de la prime. La pression sur le sol est également très élevée. Une partie des terrains qui pourraient théoriquement être éligibles ne sont pas disponibles actuellement en raison de contrats de bail à long terme. Par ailleurs, d’autres grands projets doivent encore être compensés pour la nature (400 ha pour la liaison Oosterweel et 100 ha pour le ring de Bruxelles). Ces superficies s’ajoutent aux autres compensations du passé qui doivent encore être réalisées pour la nature. Ce sera donc une période difficile. C’est un fait que le secteur, qui fonctionne selon une vision à long terme de plusieurs générations, réagit plus lentement que ce que souhaiteraient les décideurs politiques dans la perspective des élections. C’est pourquoi il convient de s’attaquer de manière systématique à tous les obstacles possibles. Au-delà d’une prime unique, les propriétaires ont aussi besoin de perspectives d’avenir. Dans le cadre du changement climatique, les propriétaires privés sont demandeurs que l’on autorise le mélange d’essences non indigènes. Il est nécessaire de garantir l’approvisionnement dans la durée. Nous avons donc besoin d’une vision plus large et tolérante si nous voulons disposer de forêts

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DOSSIER

robustes dans 100 ans. Attendre encore 10 ou 20 ans ne fera qu’aggraver les problèmes. En ce qui concerne le peuplier, je trouve que la Flandre commet une erreur en bannissant cette essence. Des études démontrent que le peuplier offre une plus-value pour préparer certains sols (agricoles) à accueillir d’autres essences à terme. Il peut donc aider à développer la superficie forestière tout en soutenant des activités économiques (à valeur patrimoniale).

3 Jonathan Rigaux, président de l’Union Ardennaise des Pépiniéristes (UAP) Les premiers échos du projet de la ministre Tellier ont mis du baume au cœur. Toutefois, je déplore l’annonce abrupte et crains que la prime ne soit pas suffisamment encadrée et budgétisée. Comment allons-nous trouver les plants ? Nous sommes déjà confrontés à un manque de graines et de plants et le projet des « 4.000 km de haies » va consommer une partie des plants prévus initialement pour la forêt. Ce très beau projet aurait été parfait s’il était parti de la graine et pas du plant. L’idéal aurait été d’investir d’abord dans la récolte des graines via le Comptoir Forestier qui ne dispose malheureusement pas des moyens suffisants pour récolter suffisamment de graines de qualité. Il faut d’abord investir dans le matériel de reproduction avant que nous puissions fournir les plants demandés 2-3 ans après. Actuellement, le Comptoir ne dispose pas des ressources humaines et financières pour faire face à une charge de travail supplémentaire, notamment pour récolter les graines nécessaires. Notre secteur n’a pas été gâté ces dernières années avec la PPA, les scolytes et les sécheresses. Malheureusement, les aides publiques n’ont pas été à la hauteur de nos attentes, mais aussi de nos besoins. Malgré les annonces, la filière n’a pas été soutenue suffisamment et on peut s’interroger sur la manière dont les différentes crises ont été gérées. La multitude d’intervenants n’aide pas non plus. N’est-il pas ironique que nos scieries ont été inondées de bois allemands parce que l’Allemagne a lancé une prime à la récolte des bois scolytés alors que pendant ce temps on laissait nos forêts se dégrader sur pied ? Beaucoup de petits pépiniéristes ont déjà jeté l’éponge face à la concurrence étrangère ces dernières années. Parallèlement, de plus en plus de propriétaires s’interrogent sur l’avenir de la forêt. Il faudrait centraliser les organismes de soutien aux petits propriétaires pour leur faciliter la tâche et accroître nos chances qu’ils ne fuient pas la forêt. Un gros travail de communication et d’information est nécessaire. Je serais partisan d’un groupe de travail qui regroupe les récolteurs-négociants de graines, les pépiniéristes, les propriétaires forestiers (petits et grands) et toute la filière forêt-bois pour parler d’une seule voix au politique. Montrons qu’on peut encore croire dans la forêt. N’oublions pas que la forêt de demain se prépare aujourd’hui !

4 Jan Coussement, ir. gestion forestière - pépinières Sylva bvba La pénurie de plants forestiers touche toute l’Europe. Outre les difficultés d’approvisionnement en graines pour certaines

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essences, nous sommes aussi confrontés à un changement climatique largement sous-estimé. Ces trois dernières années, le printemps a été extrêmement sec et venteux, ce qui a freiné la germination et asséché de nombreux semis. Tous ces facteurs creusent encore l’écart entre l’offre et la demande. Nous essayons bien entendu d’adapter nos techniques de production en conséquence mais cela nécessite du temps et des moyens. Autre facteur limitant : la disponibilité de la main-d’œuvre. Vu le décalage de quelques années entre l’ensemencement et la mise à disposition des plants, il est crucial d’améliorer autant que possible la communication entre le politique et les acteurs de terrain. Cela bénéficiera à l’ensemble de la filière. En ce qui concerne les provenances recommandées, je peux comprendre les réticences des autorités compétentes à autoriser un élargissement des listes actuelles mais il va bien falloir un jour regarder la réalité en face. Le manque de graines est le pire des scénarios pour toute la filière. Un élargissement raisonné relève du bon sens. D’un point de vue génétique aussi, une plus grande mixité me semble être une bonne voie à suivre.

5 Nicolas Berrewaerts, président de l’Union des

entrepreneurs de travaux forestiers de Wallonie (UETFW) La demande de plantations a fortement augmenté. L’épicéa recule naturellement mais on plante davantage de feuillus et de résineux moins habituels comme le tsuga, le cèdre ou le pin noir. J’observe une réelle volonté de replanter aussi bien chez les propriétaires privés que publics. Les primes imminentes auront assurément un effet bénéfique mais le mauvais timing de leur annonce a malheureusement entraîné le report de nombreux travaux à l’automne car les propriétaires préfèrent attendre ces primes. Je ne peux que déplorer l’absence totale de concertation des entrepreneurs forestiers alors que nous serons en première ligne pour reboiser la forêt wallonne. Le secteur s’attend à une hausse de l’activité de travaux forestiers mais les défis ne manquent pas. On peut en effet espérer que la courbe s’inverse grâce aux projets de reboisement mais on a l’impression que la charge de travail baisse depuis plusieurs années en forêt publique. Outre la question sensible de la juste rémunération de notre travail, nous devons aussi faire face à la concurrence d’une main-d’œuvre peu qualifiée. Il devient également difficile de garantir une reprise des plantations sur les périodes de sécheresse de plus en plus régulières, du moins sur les sols dont les apports en eau sont limités. La régénération naturelle mise en avant actuellement peut être une opportunité pour nous car elle nécessitera un travail futur plus technique qui ne pourra être réalisé que par des entrepreneurs forestiers qualifiés. Mais il faut être conscient qu’une régénération naturelle ne donnera des résultats futurs que si les peuplements sont suivis et donc entretenus régulièrement. Certains gestionnaires privés et publics y renoncent donc soit pour des questions financières soit faute de personnel qualifié. Nous sommes malheureusement trop peu sollicités pour ce genre de travaux alors que la demande devrait augmenter.


DOSSIER

6 Francis Pirothon, Ebrafor, exploitant forestier J’entends bien que l’on souhaite conserver les aspects environnementaux, récréatifs et paysagers de la forêt mais n’oublions pas son caractère socio-économique pour lequel le résineux a une place importante. Si la part du résineux diminue, nos entreprises n’auront d’autre choix que d’importer davantage. Au niveau des propriétaires privés, je suis persuadé qu’ils continueront à planter majoritairement du résineux. Soyons clairs, feuillus et résineux ont tout autant souffert de la sécheresse. Les problèmes ne viennent pas des insectes mais du climat. Un arbre sain n’est pas attaqué. Le problème est que les gouvernants souhaiteraient que la nature évolue au rythme des cycles politiques. Veillons à conserver un bon équilibre en forêt. Je ne vois pas l’épicéa disparaître d’ici dix ans mais il ne faudra certainement pas répéter les erreurs du passé, comme la monoculture. Peut-être que de nouvelles essences peuvent aussi apporter une plus-value sur certaines stations. Le thuya offre par exemple de beaux sciages. A voir en termes de débouchés en fonction des utilisations.

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forêts belges. Cette part est relativement stable. Nous aimerions l’augmenter. C’est notamment pour cela que nous avons récemment investi 5 millions d’euros dans une nouvelle installation. L’objectif est de pouvoir traiter des sources de bois alternatives (comme des résineux et des feuillus qui peinent à trouver des débouchés). Nous espérons ainsi éviter des problèmes d’approvisionnement à terme et anticiper les changements climatiques. Nous devons modifier notre approche de la forêt et investir davantage dans la régénération et l’entretien. Ces deux activités sont cruciales pour notre avenir. Malheureusement, la gestion des propriétaires forestiers dépend souvent de la vision des pouvoirs publics, qui sont très directifs en Flandre et qui jouent surtout la carte du récréatif et de la biodiversité. En tant qu’industrie, nous le déplorons, car nous stockons énormément de CO2 et payons pour cela. Il est parfaitement possible de combiner récréatif, biodiversité et production. Mais cela doit être un choix politique, soutenu par un plan d’exécution et les moyens financiers nécessaires. Pour l’heure, ce soutien provient presque exclusivement de l’UE et est lié aux objectifs environnementaux. Les espaces sont très limités en Flandre, ce qui signifie que de nombreuses superficies forestières sont rasées au profit d’autres types d’espaces naturels, sans compensation forestière. De par ses achats de matières premières, Norbord alimente chaque année la forêt flamande à hauteur de 9 millions d’euros, et nous avons l'impression que ce financement ne profite pas réellement à la forêt.

Manfred Pauls, administrateur de la scierie Holzindustrie Pauls – Barthel Pauls SA

La diminution de la ressource résineuse est une catastrophe pour notre secteur. Le bois est de plus en plus prisé dans la construction mais jusqu’à preuve du contraire ce n’est pas avec du bouleau qu’on construit des maisons. C’est principalement le résineux qui fait vivre la filière. L’évolution actuelle met en péril la filière de sciage et de construction bois pour les prochaines générations. La crise des scolytes prouve qu’il n’était pas judicieux de planter de l’épicia partout et à tout prix. Dans les régions moins propices à cette essence, j’encouragerais les propriétaires à rester sur du résineux en adoptant le douglas. Cette essence a le vent en poupe, son prix de vente ne cesse d’augmenter et elle est plus productive que l’épicéa. Les nouvelles essences telles que le tsuga, le cèdre ou le thuya m’inspirent davantage de méfiance car nous n’avons pas beaucoup d’expérience sur la qualité des bois sciés que nous pourrons sortir. N’oublions pas non plus que le marché est de plus en plus international. Je ne suis pas convaincu que celui qui veut de l’épiciéa se contentera d’alternatives, il achètera ailleurs. Autre question à ne pas perdre de vue, l’évolution vers des futaies mélangées rendra l’exploitation encore plus compliquée et risque d’accentuer les problèmes d’approvisionnement des unités de sciage, qui sont de plus en plus grandes et ont dès lors besoin de volumes pour rester compétitives. Je crains que la politique actuelle ne sacrifie notre secteur et de nombreux emplois au profit d’entreprises étrangères.

8 Bert Wierbos, Wood Purchase chez Norbord Je ne m’inquiète pas quant à l’approvisionnement à court terme. Actuellement, 30 à 35% de nos achats proviennent de

9 Eric Meurisse, responsable achats bois chez Burgo Ardennes L’une des spécificités de Burgo Ardennes est que notre approvisionnement est exclusivement feuillu. 95% de nos volumes achetés sont des bois ronds qui proviennent directement des massifs forestiers tandis que le reste se compose de produits connexes de scieries. En termes d’origine de la ressource, la Belgique représente 14% de nos achats. Ce seuil correspond à la disponibilité du marché. Il va de soi que nous serions heureux d’accroître la part belge car cela nous rendrait encore plus compétitifs. Aussi étrange que cela puisse paraître, les importants volumes de résineux actuellement sur le marché en raison des scolytes ont quelque peu réduit la pression sur les approvisionnements en feuillus. Cette situation n’est probablement que temporaire vu les risques de manque de matière première résineuse dans un futur proche. Les défis ne sont pas toujours là où l’on pense. A moyen et long termes, le maillon le plus faible de notre chaîne d’approvisionnement n’est pas tant la disponibilité de la ressource mais bien la disponibilité de bûcherons qualifiés. La profession manque d’attrait et la solution devra probablement passer en partie par une mécanisation accrue. S’agissant des aides publiques, nous sommes bien entendu favorables à toutes les initiatives prises pour reboiser et reconstituer la forêt pour autant que ces politiques soient cohérentes dans la durée et s’inscrivent sur une période de minimum 15 à 20 ans. En-deçà, ces mesures n’auront que peu d’intérêt. Par ailleurs, ces aides doivent aussi avoir une optique industrielle en visant le maintien d’un bon équilibre entre les différentes fonctions de la forêt, à savoir la production, le social et l’environnemental.

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ENTREPRISE

NÉGOCE DE BOIS DE SLAGMOLEN À BILZEN

De la petite scierie au négoce moderne A quelques kilomètres de Maastricht, le négoce de bois De Slagmolen à Bilzen a réussi à grandir tout en conservant l’âme de l’entreprise familiale créée il y a plusieurs générations.

Le négoce de bois De Slagmolen tient son nom d’un moulin à martinet construit entre 1000 et 1300 pour le pressage d’huile et de tourteaux. Peu avant la première guerre mondiale, Pierre Theunissen rachète l’installation puis dote le mécanisme d’une scie pour la découpe de bois en 1922. Son fils Mathieu arrête la production d’huile en 1933 et transforme l’outil de production pour qu’il passe à l’électricité. Son fils Chrétien reprend la scierie avec son épouse dans les années 60 et en font un commerce florissant désormais géré par la génération suivante, à savoir leur deux fils Luc et Raf ainsi que leur beau-frère Guy Vanspauwen. Entretemps, la 5e génération est déjà active dans l’entreprise.

liers provenant d’un rayon de 20 à 30 km autour de l’entreprise. Dans cette région du pays, de nombreux particuliers réalisent eux-mêmes les travaux de rénovation. Un phénomène qui a encore gagné en importance avec le confinement de ces derniers mois. A défaut de vacances, les gens ont investi dans la rénovation de leur habitation. Nous avons connu des files sur le parking comme jamais auparavant. Malgré la crise du corona, nos ventes ont progressé avec la même équipe en 2020. Pour en avoir discuté avec plusieurs collègues, je pense qu’il s’agit d’une tendance assez générale dans le secteur. Reste à voir jusque quand cela durera. Personnellement, je m’attends à un ralentissement de l’activité après les congés du bâtiment, poursuit-il.

Il y a une dizaine d’années, le négoce a déménagé vers un site plus spacieux dans un zoning industriel à Bilzen. La petite scierie principalement active dans le chêne est aujourd’hui devenue un négoce de bois moderne doté d’un important stock. Bois, panneaux, bardages, portes, kits sur mesure, abri de jardin, magasin de bricolage… Notre force réside dans le sur-mesure. Nous disposons d’un parc de machines complet pour préparer pratiquement tous les types de commandes et faciliter la vie de nos clients, commente Raf Theunissen, l’un des trois gérants. La vitesse de livraison et les livraisons à domicile sont d’autres points sur lesquels l’entreprise mise beaucoup.

Selon Raf Theunissen (en couverture de ce magazine), l’activité pourrait encore augmenter si l’entreprise s’adaptait aux clients professionnels, par exemple en leur aménageant un accueil distinct, car ils n’aiment pas attendre. La combinaison de clients particuliers et professionnels n’est pas toujours simple à gérer.

Le confinement a boosté le négoce La clientèle se compose à 50% de particu-

Former le personnel sur place L’entreprise emploie une trentaine de collaborateurs. Nous essayons d’opter pour des profils polyvalents. Il s’agit souvent de menuisiers ou de bacheliers. Personne n’est jamais opérationnel directement. Dans ce contexte, nous formons en interne et sélectionnons principalement sur le critère de la motivation, ajoute le négociant. La majeure partie des bois importés

Message à la Confédération L’une des raisons d’être membre d’une fédération est bien sûr de rester informé des évolutions mais aussi de côtoyer ses collègues. Je serais partisan que la Confédération Belge du Bois organise davantage de moments de contact entre membres. Des visites ou des sessions d’information comme par exemple sur le marquage CE sont toujours intéressants.

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proviennent d’Europe du Nord, ou de France pour le douglas. Le négoce s’approvisionne parfois en direct chez les scieries mais dans la plupart des cas il travaille avec des agents. La qualité de la relation avec les fournisseurs est primordiale dans le secteur. D’autant que les volumes de bois disponibles en Europe sont actuellement sous pression. La forte hausse de la demande sur le marché américain perturbe aujourd’hui les équilibres sur notre continent. Il y a quelques années encore, le négoce était labellisé FSC mais ce n’est plus le cas. La demande était très limitée et les lourdeurs administratives ne facilitaient pas le travail. Ce serait tellement plus simple si tout le bois commercialisé était labellisé, sans passer par un système de certification, lance-t-il. L’évolution du négoce ? Le tout sur-mesure implique une multiplication des articles en stock, ce qui complique la gestion et nécessite de grands espaces de stockage, sans parler du coût. Nous évoluerons très certainement vers un retour à davantage de standardisation dans les mesures par exemple. L’outil actuellement en place est opérationnel et moderne. Nous continuons d’investir dans la modernisation de notre parc de machines (comme la découpe CNC) mais les prochains gros investissements dans l’infrastructure seront sans doute pour la prochaine génération, rit-il.

De Slagmolen Kieleberg 20 3740 Bilzen www.deslagmolen.be info@deslagmolen.be

✆ 089/41.14.24 deslagmolen


Philippe Theunissen est la 5e génération active dans l’entreprise.

L’installation CNC est l’un des derniers investissements réalisés par De Slagmolen.

Le vaste showroom propose un large éventail de produits.

L’offre de kits sur mesure est un atout important de l’entreprise familiale.

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