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LE MOULIN DU ROC . SCÈNE NATIONALE . NIORT

CINEMA

JUILLET . AOÛT . 2013 . N°257


12 ANS D’ÂGE /

Frédéric Proust France - 2013 Réalisation, scénario : Frédéric Proust Photographie : Denis Gaubert Montage : Louise Decelle Musique : Laurent Petitgand avec : François Berléand Patrick Chesnais Anne Consigny Florence Thomassin Elise Lhomeau Aymen Saïdi Durée : 1h25

Charles et Pierrot sont inséparables. Le jour où Charles part en pré-retraite, c’est le bonheur ! Ils vont pouvoir passer encore plus de temps ensemble. Leur devise est claire : “profiter de la vie et rire de tout”. Leur imagination débordante va remplir leurs journées sous le regard tendre et parfois inquiet des femmes de leur vie… ENTRETIEN AVEC FRANÇOIS BERLÉAND On ne vous a pas souvent vu dans des rôles aussi émouvants. C’est vrai. Quand on n’a pas l’habitude, ce n’est pas simple de trouver l’émotion. Dans 12 ans d’âge, la scène où je pleure est une scène très pudique. C’est drôle, parce que la première fois où j’ai tenu une femme dans mes bras dans une scène d’amour au cinéma, c’était dans La Femme coupée en deux de Claude Chabrol. J’avais plus de 50 ans ! Et je ne savais pas comment m’y prendre, j’étais très mal à l’aise. Là, c’était pareil ou presque. Ce n’était pas difficile de trouver l’émotion, mais c’était assez nouveau pour moi qui suis rarement dans ce registre sur scène ou au cinéma. Comment définiriez-vous le regard de Frédéric Proust ? Il a un regard très bienveillant et très exigeant. Il ne laissait

rien passer. Il ne passait jamais au plan suivant tant qu’il n’obtenait pas ce qu’il voulait. Patrick bougonnait dans sa barbe “il a raison, il a raison” ! Ecrire de la comédie, c’est écrire de la musique. Il faut trouver le rythme, ce qui suppose un regard soutenu, et Frédéric a cela. ENTRETIEN AVEC PATRICK CHESNAIS Etes-vous sensible à la part d’enfance rémanente de ces personnages ? Ces types ont toujours 12 ans d’âge. C’est ce qui fait qu’ils sont à la fois drôles et pathétiques. Ils ont gardé la forme et ils décident de passer à l’acte ! Quand j’avais 15 ans, on avait décidé avec un copain de faire un hold-up. On avait échafaudé un plan et je m’étais fait à cette idée ! C’était un jeu et une forme de transgression de l’ordre établi. On ne l’a jamais fait, mais si l’on avait été moins cadré, on serait peut-être passé à l’acte. Là, c’est un peu pareil. Ces types arrivent à un âge où tout est possible et notamment de flirter avec leur jeunesse perdue, de la rattraper un peu. Ces personnages ne veulent pas vieillir et préfèrent faire les cons. Vous faites tous deux preuve d’autodérision… Il y en a beaucoup dans le film, oui. Mais ça nous caractérise l’un et l’autre. Notre regard sur le monde passe par le prisme de l’humour. Cela

ne nous empêche pas d’être sérieux, mais en tout cas, nous ne sommes jamais graves, je crois. Ce film est aussi traversé par une mélancolie souterraine… Ces personnages sont des rebelles, ils sont dans le désordre, le chaos, mais cela ne les empêche pas d’être sensibles. D’où une mélancolie, une tristesse sous-jacente. C’est aussi pour cela que ces personnages m’évoquent ceux de la comédie italienne. Les sentiments affleurent dans ce film, mais avec beaucoup de pudeur. Je suis issu d’une génération qui a beaucoup fréquenté les ciné-clubs. Comme beaucoup, je suis un inconditionnel des comédies italiennes. Je crois que je les ai toutes revues pour ce film : Le Fanfaron, Les Monstres, etc. Ce qui m’intéresse dans ces filmslà, c’est qu’il y a une gaieté permanente, contrebalancée en permanence par une grande mélancolie. C’est quelque chose qui me touche beaucoup. Les premiers films d’Almodovar jouent aussi avec cette alternance entre l’émotion et les pirouettes drolatiques. Et j’aime énormément le cinéma de Claude Sautet. Frédéric Proust

du 26 juin au 16 juillet


L’INCONNU DU LAC /

Alain Guiraudie

L’été. Un lieu de drague pour hommes, caché au bord d’un lac. Franck tombe amoureux de Michel. Un homme beau, puissant et mortellement dangereux. Franck le sait, mais il veut vivre cette passion. O (...) L’Inconnu du lac est une fuite loin de l’ordinaire : Guiraudie radicalise tout. Le petit monde qu’il décrit prend des proportions inattendues. Comme on ne quitte jamais ce coin-là (lac, plage, bois, parking), on finit par se sentir un peu comme sur une autre planète. La réalité s’est éloignée. Ce qui se joue entre les corps n’est plus seulement du sexe plus ou moins furtif. Il y a comme un rêve d’union solaire dans l’air. Une sorte d’utopie qui plane, pas seulement homosexuelle : le lac et sa surface bleue reflétant le ciel disent un équilibre possible, un partage. Mais, un lac, c’est aussi ce qu’il y a sous la surface : toujours un monstre auquel croire, une menace qui nous occupe. Guiraudie explore ces deux versants de nos vies, l’envie de lumière et la tentation de la noirceur. Il donne de l’ampleur à son film tout en restant dans le concret, il n’hésite pas à aller vers le symbolique, tout en continuant à appeler un chat un chat. Ambitieux, honnête, courageux, L’Inconnu du lac est un film qui se jette à l’eau. Ça fait des éclaboussures (qui pourraient refroidir des spectateurs un peu frileux), et ça fait du bien. Frédéric Strauss Télérama 17 mai 2013

France - 2013 Réalisation, scénario : Alain Guiraudie Photographie : Claire Mathon Montage : Jean-Christophe Hym avec : Pierre Deladonchamps Christophe Paou Patrick D’Assumçao Jérôme Chappatte Mathieu Vervisch Durée : 1h37 Interdit aux moins de 16 ans

Là où j’en suis, et là où le monde en est, l’enjeu du cinéma ne me semble plus de proposer un autre monde mais de faire avec le monde tel qu’il est, l’aborder sous un autre angle et donner à le voir autrement. C’est ce monde-ci qu’il faut emmener ailleurs. Et puis j’avais envie de sortir de la mise à distance, de rentrer dans le vif du sujet… Éprouver l’expérience du désir, la rendre palpable. Une vraie pudeur me réfrénait dans cette quête, la distance, c’est aussi parfois rassurant. Là, j’ai la sensation d’avoir enfin lâché la bride. Alain Guiraudie

O (...) Une fois posé que l’Inconnu du lac est un très grand film, un bloc sidérant de cinéma, de réel et de modernité sans doute promis à un devenir classique, il faut ajouter ce détail qui n’est pas rien : c’est aussi un très rare chef-d’œuvre pédé du cinéma français. Car curieusement, notre cinématographie, féconde en cinéastes homosexuels, ne compte que peu de grands films qui soient aussi des marqueurs profonds de la culture homo, à l’exception du fondateur, sublime et très ancien Chant d’amour, de Jean Genet. De ce point de vue, l’Inconnu du lac rejoint O Fantasma du Portugais Rodrigues ou Scorpio Rising de l’Américain Anger. Il brûle d’un extraordinaire feu que l’on a des scrupules à qualifier de queer-gay-camp, faute de mieux. A rebours de tous les clichés, le peuple homo de Guiraudie palpite de vie et de vérité. On dirait des faunes dans un jardin de nature antique. Vieux, jeunes, ronds, trop bronzés ou pas assez, ils sont tous beaux, même les moches, et ils sont souvent drôles ou cocasses et toujours touchants. On regrette juste que, faute de compétition officielle, Spielberg n’ai pas eu lui aussi la chance de les admirer. Olivier Séguret Libération 17 mai 2013

Prix de la mise en scène, Un Certain Regard, Festival De Cannes 2013 Queer Palm, Festival De Cannes 2013

du 26 juin au 2 juillet et du 17 au 23 juillet


CHAPLIN, KEATON, EN PLEIN FORME Réalisation : Pierre Etaix France - 1971/2010 - 12mn Un jeune homme fuit la grande ville et cherche une place dans un camping. Mais dans quel camp, exactement, est-il tombé ? Et comment en sortir ? CHARLOT FAIT UNE CURE Réalisation : Charles Chaplin Etats-Unis - 1917 - 24mn Charlot fait retraite dans une station thermale. L’eau de source est peut-être recommandée pour la santé, mais Charlot lui préfère d’autres breuvages moins avouables...

ETAIX ET SES PAIRS Un programme de 5 courts métrages burlesques Durée totale : 1h20 à partir de 7 ans

Ciné-Goûter

Samedi 6 juillet 14h30

Pour ce dernier rendez-vous de l’année scolaire, l’occasion est donnée à vos enfants, de faire connaissance avec trois grands réalisateurs du burlesque. (Tarif unique : 4%)

RUPTURE Réalisation : Pierre Étaix, Jean Claude Carrière France - 1961 - 11mn Un jeune homme reçoit, par courrier, une photo déchirée : la sienne. C’est bel et bien un signe de rupture. Piqué au vif, il décide de répondre immédiatement. Et c’est alors que les choses s’en mêlent. LA MAISON DÉMONTABLE Réalisation : Buster Keaton, Eddie Cline Etats-Unis - 1920 - 22mn Un jeune couple se fait offrir une maison en kit. Il ne reste plus qu’à la monter. Ce serait facile si un rival n’avait pas inversé les numéros des caisses. HEUREUX ANNIVERSAIRE Réalisation et Scénario : Pierre Étaix, Jean-Claude Carrière France - 1962 - 12mn Elle dresse la table, elle l’attend. C’est leur anniversaire de mariage. De son côté, il achète des fleurs, un cadeau, il se hâte. Mais la ville tout entière, ce jour-là, semble avoir comploté contre ce jour de fête.

du 26 juin au 2 juillet et le 6 juillet


GRIGRIS /

Mahamat-Saleh Haroun

Alors que sa jambe paralysée devrait l’exclure de tout, Grigris, 25 ans, se rêve en danseur. Un défi. Mais son rêve se brise lorsque son oncle tombe gravement malade. Pour le sauver, il décide de travailler pour des trafiquants d’essence… O (...) Haroun livre un nouveau conte cruel de la jeunesse africaine, prise dans les rets des difficultés économiques, de la corruption et de la violence. Haroun est un filmeur topographe hors pair, constamment inspiré pour filmer les ruelles des villes, les cases de village, la savane, les embrasures de portes, les ouvertures de rideaux, les visages et corps de ses comédiens. Il est tout aussi habile dans l’ordonnancement des tempos, l’alternance de dialogues et de silences, la gestion des temps forts et faibles. Il est simplement dommage que sa direction

d’acteurs soit parfois en deçà de sa maîtrise de l’espacetemps et de ses talents de conteur et de plasticien. Mais comme tout bon cinéaste, il sait inventer des plans inoubliables, comme les deux regards-caméra de ses deux acteurs principaux, ou cette bouleversante séquence vers la fin du film : les femmes du village ont tabassé à mort le caïd local (hors champ) avec tout ce que leur village contenait d’outils contondants, façon coda du Boulevard de la mort de Tarantino ; mais Haroun est africain, pas américain, et le gynécée villageois ne triomphe ni ne jouit du châtiment infligé. Au contraire, ces femmes arborent un visage grave et se figent dans le silence, soudain conscientes qu’elles viennent de lyncher un homme. Tuer, même un salopard, c’est toujours une défaite : telle est la morale de ce beau film. Serge Kaganski Les Inrockuptibles 22 mai 2013

Je préfère la marge au centre parce que le centre se situe déjà dans l’opulence et le bonheur, et qu’il s’agit d’une position de privilégiés et de gens “installés” qui ne m’intéresse pas. Quand on est au centre, on est tranquille et on est dans un conservatisme esthétique et idéologique. À l’inverse, la marge, c’est l’aventure, c’est le lieu du mouvement, et donc de la vie, qui va vers le centre : c’est la marge qui peut irriguer et contaminer le centre. Comme le mouvement des ruisseaux et des rivières qui vont vers la mer, pas l’inverse.

France, Tchad - 2013 Réalisation, scénario : Mahamat-Saleh Haroun Photographie : Antoine Heberle Montage : Marie-Hélène Dozo Musique : Wasis Diop avec : Souleymane Démé Anaïs Monory Cyril Guei Marius Yelolo Durée : 1h41 Sélection Officielle, Festival de Cannes 2013

Mahamat-Saleh Haroun du 10 au 23 juillet


PLEIN SOLEIL /

René Clément

Le jeune Tom Ripley est chargé par un milliardaire américain, M. Greenleaf, de ramener son fils à San Francisco. Tom s’immisce alors dans la vie de Philippe, parti pour de longues vacances en Italie, et de sa fiancée, Marge. Une complicité malsaine naît entre les deux hommes. Tom développe une admiration croissante à l’égard de Philippe, lequel le traite comme son homme à tout faire, ne ratant jamais une occasion de lui rappeler son infériorité sociale. (...)

France, Italie - 1960 Réalisation, scénario : René Clément d’après le roman Monsieur Ripley de Patricia Highsmith Photographie : Henri Decaë Montage : Françoise Javet Musique : Nino Rota avec : Alain Delon Marie Laforêt Maurice Ronet Durée : 1h53 Version restaurée inédite Cannes Classic Festival de Cannes 2013

OAdapté du célèbre roman Monsieur Ripley écrit par Patricia Highsmith, Plein Soleil est un film sur les faux semblants, porté par une mise en scène résolument moderne et poétique. René Clément (Jeux interdits, Paris brûle-t-il ?) signe là son chefd’oeuvre, enlevé par une bande son grandiose signée Nino Rota. À travers le personnage de Tom Ripley, le cinéaste entend mettre à nu la contradiction inhérente à chacun entre apparence et réalité, et la fatalité qui en découle. La grande puissance de ce film repose également sur l’interprétation magistrale de ses trois comédiens : l’actrice et chanteuse Marie Laforêt, ici dans son premier rôle au cinéma, l’acteur Maurice Ronet, acclamé deux ans auparavant dans Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle, et enfin le tout jeune comédien Alain Delon, dont la carrière décollera véritablement à la suite de ce film. Près de cinquante ans plus tard, Plein Soleil sort à nouveau au cinéma dans une version restaurée en numérique 4K, redonnant aux couleurs d’origine toute leur splendeur !

du 17 au 23 juillet

O(...) Delon est évidemment fait pour le polar et l’ambiguïté. Mais dans Plein Soleil, il n’est pas encore un cliché ; il est l’incarnation d’une sorte de vertige. Un point de convergence entre l’envie et la défiance. Un gouffre, où l’on aimerait se jeter… Alain Delon n’a alors que 23 ans. Il est complètement inconnu mais déjà d’un tempérament pugnace. Aux producteurs qui lui proposaient le rôle de Philip, il eut le cran de dire non et de se battre pour décrocher le rôle du voyou. Il eut cent mille fois raison. Dans la peau de Tom Ripley, il est tout bonnement prodigieux. Marie-Elisabeth Rouchy CinéObs 25 mai 2013

La restauration de Plein Soleil Plein Soleil a fait l’objet d’une numérisation en résolution 4K d’après un interpositif en bon état, tiré entre 1959 et 1960 à partir du négatif original Eastmancolor. Un travail de nettoyage sur palette graphique a permis d’enlever les poussières, et les quelques rayures physiques de l’élément, ainsi que le pompage de certaines scènes provoqué par le vieillissement de l’émulsion. Cette restauration a essentiellement consisté en la restitution, la plus fidèle qui soit, de la lumière et des couleurs d’origine. Elle a été réalisée par Studiocanal avec le concours de la Cinémathèque française et le soutien du Fonds Culturel Franco Américain.


JEUNE ET JOLIE / L’adolescence est une période de friche où tout est possible. C’est ça qui est aussi exaltant, et que l’on ressent dans le poème de Rimbaud. On n’est pas sérieux quand on a 17 ans. Il y a une ouverture au monde, sans considérations morales. En se prostituant, Isabelle fait une expérience, un voyage, qui n’est pas pour autant une perversion. François Ozon

François Ozon

O Isabelle, comme son prénom le comprend, est vraiment très belle (normal puisque c’est la mannequin Marine Wacth qui interprète et s’impose au passage comédienne). Belle de jour ? Oui, car comme la Séverine de Bunuel (Belle de jour, 1967), Isabelle cale des passes en fin de journée (jamais la nuit), juste après le lycée (elle a 17 ans) et juste avant de retrouver sa famille, bourgeoise, cool et recomposée. Que se passe-t-il dans la tête d’Isabelle ? Quel désir la fait passer en une année du premier rapport sexuel (exécuté sommairement avec beau gosse sur une plage) à la prostitution solitaire, en recrutant ses clients sur internet ? François Ozon tourne autour de la réponse et choisit de la laisser en suspens. Isabelle ne jouit pas, le moment de la passe est souvent un peu ingrat, et pourtant un désir insistant

d’y retourner s’empare d’elle sitôt rentrée chez elle. La réussite du film consiste à nous rendre le personnage très proche, intime, sans pour autant chercher à en lever l’énigme. Ozon filme d’étranges dissociations entre une existence bourgeoise plus que confortable et le désir irrépressible d’amasser des billets de 100 euros pour ne rien en faire sinon les cacher sous une pile de tee-shirt, entre une absence manifeste de plaisir sexuel et une compulsion à être l’objet sexuel de parfaits inconnus. (...) Très élégant dans sa mise en scène, astucieux dans ses rebondissements, dosant brillamment la douceur et la toxicité, Jeune et jolie est un des films les plus réussis de François Ozon.

France - 2013 Réalisation, scénario : François Ozon Photographie : Pascal Marti Montage : Laure Gardette Musique : Philippe Rombi avec : Marine Vacth Géraldine Pailhas Frédéric Pierrot Fantin Ravat Johan Leysen Charlotte Rampling Durée : 1h34 Sélection Officielle, Festival de Cannes 2013 Interdit aux moins de 12 ans

Jean-Marc Lalanne Les Inrockuptibles 17 mai 2013 du 21 août au 10 septembre


MICHAEL KOHLHAAS / Au XVIème siècle dans les Cévennes, le marchand de chevaux Michael Kohlhaas mène une vie familiale prospère et heureuse. Victime de l’injustice d’un seigneur, cet homme pieux et intègre lève une armée et met le pays à feu et à sang pour rétablir son droit. O (...) Tournant dans les Cévennes, des Pallières et sa chef-op Jeanne Lapoirie ont remarquablement capté les paysages grandioses et montagneux, faisant un usage extensif des plans larges et de toutes les conditions météo possibles. Le ciel, les nuages, le vent, les bruits de la nature et des bêtes sont des personnages à part entière (bravo aussi au preneur de son JeanPierre Duret) et transforme le film en puissante machine sensorielle. La beauté frémissante des chevaux et le visage seigneurial de Mikkelsen contribuent à l’élaboration d’une sorte de western médiéval, objet formel qui marque les sens et les esprits. (...) Serge Kaganski Les Inrockuptibles 24 mai 2013 Ce moment incroyable où Kohlhaas, à deux doigts de renverser le pays, dissout son armée et rentre chez lui. Acceptant de redevenir un homme ordinaire, parce qu’il a soudain obtenu ce qu’il demandait depuis le début : le droit de voir sa plainte examinée par un tribunal. Cette rigueur, qui est la marque de Kohlhaas, m’a bouleversé et me bouleverse toujours. Qu’un homme gagne, par son courage et sa détermination, la possibilité de prendre le pouvoir mais y renonce par droiture morale, est à mes yeux une des plus belles histoires politiques qu’on puisse raconter. Arnaud des Pallières

Arnaud des Pallières

O (...) Dans un silence poisseux interrompu par le chuintement des carreaux d’arbalète et des gémissements des blessés, la violence barbare se déchaîne sans que rien, ou presque, ne soit visible. Tout se devine, s’aperçoit, en clair-obscur et en sons étouffés, avec une limpidité lumineuse. Faisant probablement de nécessité vertu, des Pallières choisit également de filmer son héros sans que rien, ou presque, n’entre dans le cadre. Kohlhaas est un homme seul, en dépit des centaines d’hommes qui l’entourent et dont ne voit jamais la masse. Cette solitude fanatique n’est pas seulement rendue par la maîtrise du cinéaste. Mads Mikkelsen, granitique et autoritaire, a construit au moins autant ce personnage, et donc ce film. (...) Pourtant, le plus séduisant dans cette fresque reste sa dimension politique qui, bien entendu, ne convoque pas la servitude et l’injustice

au XVIe siècle sans faire penser à des maux bien actuels. Car ce n’est pas seulement la colère aveugle qui fait basculer ce héros tragique dans une barbarie meurtrière que rien ne peut infléchir. C’est aussi l’absolue conviction que son droit, même accordé du bout des gants de velours par des nobles aux pouvoirs illimités, doit être scrupuleusement observé. Michael Kohlhaas n’est pas seulement un rebelle, il est la création monstrueuse que l’abus de pouvoir, l’incapacité aveugle des puissants à respecter le plus élémentaire équilibre, a produit sans même s’en rendre compte. L’écho contemporain de cette idée, évidente et pourtant si fragile, est difficile à ranger exclusivement au rayon de la fiction divertissante. Bruno Icher Libération 24 mai 2013

France, Allemagne 2012 Réalisation : Arnaud des Pallières Scénario : Arnaud des Pallières Christelle Berthevas D’après Michael Kohlhaass de Heinrich von Kleist Photographie : Jeanne Lapoirie Montage : Sandie Bompar Arnaud des Pallières Musique : Martin Wheeler avec Mads Mikkelsen Delphine Chuillot Mélusine Mayance David Kross Bruno Ganz Durée : 2h02 Sélection officielle, Festival de Cannes 2013 du 21 août au 3 septembre


ALABAMA MONROE / Un mélodrame poignant et étonnant, qui mêle à la fatalité de la mort et de la séparation, la joie de la musique et la douceur d’un jeune réalisateur qui signe ici son film le plus ambitieux. O Récit compliqué qui se tricote perpétuellement d’allers et retours dans le temps, Alabama Monroe feuillette l’histoire d’un couple qu’une belle passion amoureuse va consumer. Didier joue de la country music avec ses amis. Entouré de champs, de poules et de chevaux, il vit dans une caravane plantée dans son espèce de ranch dont il faudra bien retaper

Felix van Groeningen

le bâtiment principal. Un vrai cowboy que les mythes de l’Amérique largement ouverte à l’horizon nourrissent de ses libertés. Elise, elle, tatoue à tout va, son corps parsemé de dessins, et celui des autres. Leur rencontre est un joli coup de foudre, une belle passion amoureuse libre et sauvage, pleine de corps, de courses et de musique, bien sûr. Et puis un enfant arrive, qui grandit, qui tombe malade, qu’il faut soigner. Le cancer et c’est un autre monde, celui des hôpitaux, des espoirs, des rémissions, des rechutes... Et le tragique s’envenime. Cette chronologie bouleversée imprime peu à peu au film le rythme de la fatalité.

Alabama Monroe semble parfois y perdre sa solidité narrative, comme s’il flottait toujours un peu à côté de luimême d’être ainsi toujours en équilibre sur cette temporalité morcelée. Pourtant, portée par l’omniprésence de la musique, cette évanescence en vient peu à peu à lui conférer justement une sorte d’irréalité, presque de légèreté, qui permet au film d’atteindre la consistance des contes sans basculer totalement dans le réalisme tire-larme et obscène. (...) Anne Feuillère Cinergie.be Octobre 2012

Belgique - 2012 Réalisation : Felix van Groeningen Scénario : Carl Joos Felix van Groeningen Photographie : Ruben Impens Montage : Nico Leunen Musique : The Broken Circle Breakdown Band, dirigés par Bjorn Eriksson avec : Veerle Baetens Johan Heldenbergh Nell Cattrysse Geert Ven Rampelberg Durée : 1h52 Prix du Public, Label Cinémas Europa, Festival de Berlin 2013 du 28 août au 10 septembre


GRAND CENTRAL / O (...) Il y a, au centre du film, un va-et-vient entre l’intérieur de la centrale, où la tension imposée par les contraintes de temps et les fissures qui lézardent la communauté deviennent peu à peu insupportables, et les coins de campagne où Gary et Karole se cachent pour s’aimer. L’enfer nucléaire et le paradis amoureux ne sont, ni l’un ni l’autre, tout à fait ce que l’on croit, et Rebecca Zlotowski infléchit intelligemment (mais toujours vigoureusement) cette opposition. Le garçon éperdu cherche refuge à l’intérieur de la centrale, au plus près du danger, pour échapper à un désir qui le met au ban de la petite société dans laquelle il avait cru trouver sa place. On peut rêver ou réfléchir à l’infini sur la charge politique ou poétique du film. Sur l’ignorance bienheureuse que l’on entretient autour de l’existence de cette petite tribu d’intouchables (certains risquent de le devenir, au sens strict du terme) ou sur les correspondances entre les ravages de la passion sur les âmes et ceux des radiations sur les corps. Mais sur le moment, c’est à la vie de ces personnages que l’on s’attache, filmée dans toute sa force, sa violence et sa banalité. La distribution des rôles est exemplaire : autour du couple Léa Seydoux-Tahar Rahim (dissonant et harmonieux), Denis Ménochet (récemment vu dans Dans la maison, de François Ozon) se distingue par une variation assez inédite et tout à fait touchante sur le thème du mari trompé. D’autres personnages passent au premier plan pour une ou deux séquences, une ouvrière forcée de raser ses cheveux irradiés, la responsable du personnel temporaire, impitoyable et compréhensive. Cette petite foule trop humaine et la mise en scène produisent une énergie inédite dans le cinéma français, qu’on espère renouvelable. Thomas Sotinel Le Monde 20 mai 2013

Rebecca Zlotowski

De petits boulots en petits boulots, Gary est embauché dans une centrale nucléaire. Là, au plus près des réacteurs, où les doses radioactives sont les plus fortes, il trouve enfin ce qu’il cherchait : de l’argent, une équipe, une famille. Mais l’équipe, c’est aussi Karole, la femme de Toni, dont il tombe amoureux. L’amour interdit et les radiations contaminent lentement Gary. Chaque jour devient une menace.


France - 2013 Réalisation : Rebecca Zlotowski Scénario : Gaëlle Macé Rebecca Zlotowski Photographie : George Lechaptois Montage : Julien Lacheray Musique : Rob avec : Tahar Rahim Léa Seydoux Olivier Gourmet Denis Ménochet Johan Libéreau Durée : 1h34 Un Certain Regard, Festival de Cannes 2013 du 28 août au 17 septembre

La saison 2012/2013 s’achève bientôt. La fréquentation de cette année serat-elle supérieure à celle de l’exercice précédent ? A l’heure où l’on écrit ces lignes, on peut le penser : merci pour cette belle fidélité. Vous le constaterez à la lecture du tableau horaire : le mois de juillet verra l’activité cinéma légèrement se réduire. Le bâtiment du Moulin du Roc vieillit et des travaux assez importants sont nécessaires. Le dispositif du “grand secours” (qui permet de maîtriser un éventuel incendie) a besoin d’être revu. Les gradateurs (éléments indispensables pour faire la lumière d’un spectacle), encore analogiques et qui menacent de tomber en panne d’un moment à l’autre, seront numérisés. Ces indispensables travaux entraîneront la fermeture du cinéma les lundi 8 et mardi 9/07 et feront diminuer, de façon très relative, le nombre de séances proposées, jusqu’à la fermeture estivale. A la rentrée, le projet de Paul-Jacques Hulot, le directeur du Moulin du Roc, va se mettre en place. Il va générer quelques changements, certains que vous remarquerez à réception du programme de septembre : un format différent, une nouvelle charte graphique, une autre mise en page et un logo flambant neuf : après 257 (!) numéros similaires à celui que vous tenez actuellement, il était bien légitime de vouloir évoluer. En attendant, passez de belles vacances, évidemment ensoleillées ... J.M.

LES NOUVEAUX TARIFS CINÉMA À PARTIR DU 10 JUILLET XTMQV\IZQN"Â KIZ\M45,:"Â - KIZ\M45,:ZuL]Q\"Â 4IVW]^MTTMKIZ\M¹KQVuUIº"Â Les cartes “cinéma 5” et “cinéma 20” en votre possession restent valables jusqu’au 31 décembre 2013. Les soldes créditeurs seront alors convertis aux nouveaux tarifs au 1er janvier 2014.


LES FILMS EN JUILLET ET EN AOÛT 2013 du 26 juin AU 2 JUILLET 12 ans d’âge

Mer. 26

Jeu. 27

16h . 18h 20h

16h . 18h 20h

Ven.28 17h. 19h

Sam. 29

Dim. 30

Lun. 1

Mar. 2

16h . 20h

16h . 18h 20h

16h . 18h

20h

16h

14h30

14h30

18h . 20h

20h

16h . 18h

Lun. 8

Mar. 9

Etaix et ses pairs L’inconnu du lac

20h

du 3 AU 9 JUILLET 12 ans d’âge

16h . 18h 20h

21h

18h

Mer. 3

Jeu. 4

Ven.5

Sam. 6

Dim. 7

20h

16h . 18h 20h

17h . 19h 21h

16h . 18h 20h

16h . 18h 20h

14h30 ciné-goûter

Etaix et ses pairs du 10 au 16 JUILLET

Mer. 10

Jeu. 11

Ven.12

Sam. 13

Dim. 14

Lun. 15

Mar. 16

12 ans d’âge

18H

20h

19h

18h . 20h

16h

18h

20h

Grigris

20h

18h

21h

16h

18h . 20h

20h

18h

Mer. 17

Jeu. 18

Ven.19

Sam. 20

Dim. 21

Lun. 22

Mar. 23

21h

18h

20h

18h . 20h

20h

19h

16h

18h

20h

18h

20h

16h

18h

18h . 20h

du 17 AU 23 JUILLET

L’inconnu du lac

20h

Plein soleil

18h

Grigris

18h

du 21 AU 27 AOÛT

20h

Mer. 21

Jeu. 22

Ven.23

Sam. 24

Dim. 25

Lun. 26

Mar. 27

16h15 . 18h15 20h30

16h15 . 18h15 20h30

17h . 19h15 21h30

16h15 . 18h15 20h30

16h15 . 18h15 20h30

16h . 18h30 20h30

18h30 20h30

Michael Kohlhaas

16h . 18h 20h

16h . 18h 20h

17h . 19h 21h

16h . 18h 20h

16h . 18h 20h

18h 20h15

16h. 18h15 20h15

DU 28 AOÛT AU 3 SEPTEMBRE

Mer. 28

Jeu. 29

Ven.30

Sam. 31

Dim. 1er

Lun. 2

Mar. 3

18h 20h30

18h30

16h

20h

20h

Jeune et Jolie

Jeune et Jolie

18h30

20h30

21h15

16h

Michael Kohlhaas

15h45

18h

16h45

18h

Alabama Monroe

20h30

18h30 20h15

19h

20h15

18h30

16h

18h30 20h30

18h 20h

16h

19h30 21h

18h30 20h30

16h . 20h

18h 20h30

18h

Grand central

Mensuel cinéma du Moulin du Roc, Scène Nationale de Niort. 9 boulevard Main . 79 000 Niort.

Tel : 05 49 77 32 30 O Internet : http://www.moulinduroc.asso.fr O Courriel : moulinduroc@moulinduroc.asso.fr Imprimé sur les presses de l’imprimerie Raynaud, sur papier Magno satin, en 6000 exemplaires. Conception graphique-réalisation : Sylvie Bourdin. Rédaction et choix des textes : Jacques Morel, Marc Lanel. Directeur de la publication : Paul-Jacques Hulot.

La salle de cinéma du Moulin du Roc est adhérente à l’A.C.O.R. (Association des Cinémas de l’Ouest pour la Recherche), à l’A.F.C.A.E. (Association Française des Cinémas d’Art et d’Essai) à l'A.C.I.D. et à l'A.D.R.C.

I.S.S.N.1161 - 7799 . Licences spectacles N°1-1061165/2-1061166/3-1061167

26.06 au 03.09 2013  

Niort • Moulin du Roc