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SOMMAIRE Préface

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Première partie : Ressources pédagogiques du projet Présentation Description

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Préparation de l’expédition

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Après l’expédition

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Les trois projets en détail

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Utilisation des TICE

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Deuxième partie : Mission Nouragues Prologue

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I – Préparation du projet

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II – Sur le fleuve Approuague

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III – La station Pararé

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IV – Marche en forêt

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V – Premier jour sur la station Inselberg

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VI – Une seconde journée intense

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VII – Au dessus de la canopée

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Epilogue

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L’expédition en un mot…

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Préface De la classe au terrain : à la découverte de l’aventure scientifique Trop souvent, à notre époque, la recherche scientifique est vue comme une activité difficile et austère, voire ennuyeuse. Certains même se posent des questions sur son utilité. Quelquefois les programmes pédagogiques en donnent une vision technique et quelque peu ardue. La dimension culturelle est peu développée. L’histoire des sciences est peu enseignée. Au bout du compte, la vision de métiers peu attractifs, d’accès compliqué, ne motive pas les jeunes. Il y a un peu de vrai dans tout cela, mais il est de notre responsabilité, nous scientifiques, de dire une autre vérité et de montrer que la recherche est aussi une véritable aventure, excitante et prenante, où l’imagination peut se développer, où l’on peut prendre beaucoup de plaisir. La science a permis de grands progrès. Cette aventure peut aussi bien se vivre au laboratoire que sur le terrain. La science explore des terra incognita, un pluriel qui reste toujours singulier, donc des terres inconnues du monde réel et de celui des idées. Le scientifique est un aventurier et ses chemins ne sont pas des autoroutes, souvent ils n’existent pas, il faut tailler dans la brousse des données et des observations. Bien sûr ce n’est pas facile, mais que de satisfactions quand on découvre, au tournant du sentier, une nouvelle idée, un nouvel objet, un nouveau résultat ; encore mieux si l’on peut ébaucher un modèle, une sorte de « carte » de la terra incognita. Le savoir, outre son utilité matérielle, pour fabriquer, pour construire, pour diagnostiquer et pour soigner, est aussi le moyen essentiel pour lever nos angoisses. La simple compréhension de la marche du monde, permet de mieux en identifier les dangers, de les hiérarchiser et de s’en protéger. On peut alors s’y déplacer en connaissance de cause. Enfant de la campagne, je passais mes moments de liberté dans des bois de ma Normandie natale. Mais la forêt tropicale, c’est autre chose. Un territoire immense et fermé, des animaux tous plus effrayants les uns que les autres, c’est du moins ce qu’on entend. Mais quand un professeur, un chercheur, un « savant » vous a dit, et que vous le voyez de vos propres yeux, tout change. Vous comprenez et vous n’avez plus peur. C’est sans doute le cadeau le plus précieux de la science à l’humanité. La visite aux Nouragues organisée par le rectorat, le CNES et le CNRS, pour six élèves de classes de seconde de Cayenne, avait pour but de leur faire découvrir la grande forêt tropicale, d’en faire voir les grands traits, et de créer ce lien improbable entre écologie et astronomie, entre écosystème et le ciel étoilé : un grand espace terrestre, un univers immense. 3


C’est cela que les élèves ont vécu : pénétrer la forêt en pirogue, et malgré les sauts, atteindre la station en son point d’entrée fluvial : Saut-Pararé, sur l’Aratay, petit village de carbets construits et aménagés pour les chercheurs. Puis ce fût la découverte des pylônes du système COPAS, d’observation permanente de la canopée, qui, avec le système racinaire dans les sols, est l’endroit où des processus essentiel pour la vie de la forêt se déroulent. 45 m au dessus du sol et une vue magnifique au dessus des arbres. Rien qu’à voir, on comprend l’importance de cette canopée. Après une marche assez fatigante, le groupe découvre enfin le site Inselberg, le premier équipé et encore le plus vaste. Chemin faisant, on apprend la forêt. Intégrés à la station, les élèves vivent avec les chercheurs. Ils s’aperçoivent que ces derniers ne sont pas toujours d’accord : la forêt est-elle un système « auto-organisé », donc bien déterminé, ou doit-elle sa structure au hasard ? Mais pas n’importe quel hasard, un hasard produit par la forêt elle-même, par des processus biologiques et écologiques. Hasard, qui, mélangeant les arbres d’espèces différentes, est une sorte d’assurance pour la vie. Hasard, à l’origine de la biodiversité et qui la maintient. De belles discussions en perspective. Les scientifiques ne sont pas avares de paroles, ils aiment partager leur passion. Au petit matin, on lancera un ballon, un ballon équipé pour mesurer divers paramètres stratosphériques. Le lancer est délicat, les turbulences atmosphériques dues au réchauffement de l’atmosphère par le soleil pourraient détourner le ballon vers les hautes branches des arbres et stopper là l’expérience. Observation des turbulences grâce au mouvement des feuilles des arbres qu’elles déclenchent, détection, à l’œil, de leur fréquence approximative d’arrivée. Compte à rebours et lancer, le ballon s’élève dans le ciel bleu. Les informations, température, pression et ensoleillement, sont transmises par radio jusqu’à l’éclatement du ballon à 22 km d’altitude. Opération parfaitement réussie ! La soirée est consacrée à observer le ciel avec un télescope, de l’aire d’atterrissage des hélicoptères. Il n’y a pas de nuages, en cette saison sèche, mais la pleine lune gène les observations des astres lointains. Qu’importe, notre compagne astronomique, sous les feux du soleil qu’elle reçoit, nous dévoile ses charmes. Après un court sommeil qui sied aux astronomes noctambules, c’est le retour à Cayenne. L’hélicoptère, l’un des deux moyens de transports utilisés pour aller à la station, permettra une vue et des sensations aériennes au dessus de cette magnifique forêt. Ce projet était l’occasion de montrer aux élèves qu’une science de haut niveau se fait dans la forêt. Un peu plus d’une année après voyageurs des fleuves, c’est aussi l’amorce d’une coopération durable entre le rectorat, le CNES et le CNRS, au bénéfice des élèves et tous ceux qui auront à connaître ces expériences. Alain Pavé

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Présentation Pour que ce livret ne soit pas seulement l’histoire de l’expédition, nous avons voulu mettre à disposition les documents pédagogiques réalisés et utilisés tout au long du projet Nouragues, de sa préparation à sa finalisation. Fiches de travaux pratiques ou de méthodes utilisées avec les élèves, documents réalisés par des inspecteurs, projets pédagogiques, exploitations des données relevées pendant la mission. Que ce soit dans sa totalité, ou seulement une partie (comme un projet ballon, astronomie ou Calipsh’Air), tous ces documents sont à disposition afin de permettre aux enseignants, ou autres personnes motivées, de monter ce genre de projet. Enfin, ces documents ne sont là qu’à titre informatif, afin de guider, de conseiller. Il serait impensable d’imaginer pouvoir réaliser un projet similaire sans les adapter à sa situation personnelle. L’ensemble des documents sont donc disponibles sur le DVD fourni avec ce livret. Il vous suffit d’insérer ce DVD dans votre ordinateur pour que la fenêtre d’accueil s’ouvre. Si ce n’était pas le cas, aller dans Poste de Travail, puis cliquer sur l’icône représentant votre lecteur de DVD, puis lancer le fichier index.html en double-cliquant dessus.

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Description Préparation de l’expédition Projets pédagogiques : -- Evolution du projet pédagogique, son lien avec le Plan Education Guyane du Rectorat -- Consignes de l’Inspection Hygiène et Sécurité -- Affichages au lycée

Présentation des trois projets : Diaporama des projets présentés par les élèves aux autres classes

Mission d’inspection de février 2009 : Programme et comptes-rendus de cette mission d’inspection, qui avait pour objectif de vérifier la faisabilité du projet (transport, trajets pédestres, accueil d’élèves sur les stations du CNRS).

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Préparation sportive : -- Prévision des efforts à fournir lors de l’expédition -- Programme d’entrainement proposé par des enseignants d’Education Physique et Sportive

Droit image : -- Divers documents pour les autorisations de prendre des photos ou de filmer les élèves -- Document de cession de droits pour le livret

Documents présentés aux parents : -- Présentation du projet -- Documents demandés (carte d’identité, carnet de vaccination…) -- Matériel personnel à fournir par les parents pour l’expédition

Après l’expédition Presse et médias : -- Article dans la presse -- Reportages télévisés (l’utilisation du logiciel VLC est conseillée pour la lecture des vidéos) -- Panneau final servant pour les exposés et affiché dans les salles de cours concernées

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Journée bilan du 15 décembre 2009 : -- Diaporamas utilisés par les élèves lors de la journée de bilan « à chaud »

Film du Service Optique/Vidéo du CNES/CSG : -- Film réalisé par Marie-Françoise Balhoul (Service Communication du CNES/CSG) pendant tout le projet.

Les trois projets en détails Retrouvez dans chacun des trois dossiers tous les documents utilisés par les enseignants et les élèves. Vous trouverez également les exploitations faites avec eux, à partir des données récoltées pendant toute la mission Nouragues.

Astronomie : -- Se repérer dans le ciel et prévoir le ciel à venir -- Guide du logiciel Stellarium -- Astrophotographie -- Utiliser une lunette astronomique -- ...…

Un Ballon Pour l’Ecole : -- Sujets de travaux pratiques d’étude, de réalisation et d’étalonnage des capteurs -- Fichiers tableur des étalonnages réalisés par les élèves -- Chronologie des opérations et plan de placement le jour du lâcher -- Le fichier de télémesure du vol et ses exploitations -- … 8


Calisph’Air : -- Principe de fonctionnement d’un photomètre -- Fiches de méthodes (angle d’élévation solaire, mesures météo) -- Utilisation du site meteodesecoles.org -- Exploitation des données de l’ORA -- Exploitation des données des satellites Calipso et Parasol -- …

Utilisation des TICE L’outil TICE (Technologie de l’Information et de la Communication dans l’Enseignement) était présent dans tout ce projet. Une rubrique spéciale a été créée sur le site du Lycée LG Damas : http://webtice.ac-guyane.fr/lgdamas/spip. php?rubrique37 Des articles ont ainsi pu être rédigés, informant sur le déroulement du projet, et présentant les comptesrendus. Enfin, pendant toute l’expédition, les parents, partenaires et autres personnes pouvaient suivre, en quasi-direct, l’évolution du groupe sur une carte interactive, et profiter des premiers commentaires et photos, envoyés par différents moyens (téléphone et Internet par connexion satellite, sms, téléphone portable), du terrain vers le site Internet !

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Prologue 1er décembre 2009 - 10H50 La pirogue blanche, longue de huit mètres, file à vive allure sur le fleuve Approuague, en Guyane. A son bord, une partie de l’équipe de l’expédition, composée de six élèves de classe de Seconde et de leurs enseignants. Une seconde pirogue, identique à la précédente, les suit de près : l’équipe qui les encadre sont des représentants du C.N.R.S (Centre National de la Recherche Scientifique), du C.N.E.S (Centre National d’Etudes Spatiales) et une équipe photo et vidéo. Le ciel, avec ses nuages clairsemés jusqu’à présent, commence à s’assombrir. Chacun sait qu’il va falloir s’équiper afin d’éviter au maximum d’être mouillé pendant cette prochaine averse. Une fois humide, avec le vent il devient très facile d’avoir froid. Pourtant, nous ne sommes qu’à un peu plus de quatre degrés de latitude nord, soit moins de 600 kilomètres au dessus de l’équateur. En référence, Paris est à environ 9500 kilomètres de cette ligne imaginaire qui sépare la Terre en deux demi-sphères. Le climat est équatorial en Guyane. L’année se divise en quatre périodes de durée différente. La saison des pluies - d’avril à juillet -, la saison sèche - d’août à novembre -, la petite saison des pluies - de décembre à février - et le petit été de mars. La Z.I.C. (Zone Intertropicale de Convergence) est une bande de nuages qui oscille autour de l’équateur tout au long de l’année. Elle joue un rôle primordial sur le climat guyanais. Elle doit son existence au conflit entre l'anticyclone de SainteHélène qui se situe dans l'Atlantique Sud et l'anticyclone des Açores dans l'Atlantique Nord. Nous sommes le premier décembre 2009 en fin de saison sèche. Depuis quelques jours déjà, des averses annoncent le changement météorologique. La température moyenne restera tout de même aux alentours de 28°C. Impensable, avoir froid en Guyane… Pourtant… Chacun s’est équipé d’habits imperméables, essentiellement des ponchos, qui protègent tout le corps de la pluie battante, et qui sont aisés à mettre ou à enlever au gré des averses. Le matériel électronique est rangé dans les touques, des boites cylindriques fermées hermétiquement par un couvercle vissé, dans des sacs eux-mêmes à couvert sous les ponchos. Gabrielle est la seule à avoir du matériel technique en main. Elle assure avec Maxime les mesures Calisph’Air et météorologiques de l’expédition. Pendant tout le

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voyage, ils devront faire ensemble des relevés réguliers de température, de pression atmosphérique, d’humidité relative (c'est-à-dire le pourcentage d’eau contenu dans l’air), d’éclairements divers, et noter également quels nuages sont dans le ciel. Ce n’est pas facile, les gouttes de pluies fouettent leur visage et le matériel, il faut faire vite, mais correctement. Elle note sur son carnet, au crayon de papier afin d’éviter les bavures que ferait un stylo à encre : il fait 31°C, la pression atmosphérique est de 1000  hPa (hectoPascal), l’humidité relative est à 73%, ce résultat nous surprend. En même temps, il a fait beau toute la matinée, l’humidité arrive seulement avec cette première averse. Enfin, l’éclairement est à 35 000 lux. C’est une valeur élevée : malgré les nuages épais, la lumière du soleil arrive en grande quantité jusqu’au sol. Françoise, leur enseignante de S.V.T. (Sciences et Vie de la Terre), discute avec eux des ces résultats. Ils attendront d’avoir d’autres données avant de tirer les premières conclusions. Laurie, à la gauche de Gabrielle, lui indique à l’aide d’un GPS emballé dans une protection plastique sa position précise : « Il est 11h00, nous sommes à 4,186 degrés Nord et 52,353 degrés Ouest. L’altitude est de 25 mètres, mais je ne suis pas sûre de cette indication. » Laurie et Lucas sont chargés de faire un lâcher de ballon stratosphérique embarquant une nacelle expérimentale. Celle-ci fera également des mesures de température, de pression, d’humidité et d’éclairement, mais « verticalement » : du sol jusqu’à une altitude de 25 kilomètres environ. Ces données seront un complément aux mesures « horizontales » de Gabrielle et Maxime tout au long de leur trajet. Je suis leur enseignant de M.P.I (Mesures Physiques et Informatiques), et j’ai proposé à Laurie et Lucas de relever des points GPS associés à des événements : passage d’un saut, relevés météorologiques, prise d’une photo, lieu particulier… Laurie a été la première initiée à l’utilisation de ce GPS particulier, c’est en fait un téléphone mobile, embarquant une puce GPS. Il est convenu de tester ses limites de réception et d’autonomie. Un GPS professionnel sera utilisé pour vérifier les données. C’est quelques minutes après le départ, sur la pirogue, qu’elle a appris à utiliser l’interface tactile, à lancer l’application et à transmettre convenablement les informations. La pluie devient de plus en plus forte. Cette fois, plus aucun matériel n’est sorti. Tout le monde se protège un maximum de cette eau, qui vient aussi des éclaboussures du fleuve, la pirogue filant toujours à vive allure. Nous allons franchir le saut Athanase. Un saut, c’est un dénivelé du fleuve, dû à des rochers, un peu comme des rapides. En saison sèche, il y a très peu d’eau, on aperçoit les rochers. La navigation est difficile et il est possible d’endommager 12


le fond des pirogues. Il est souvent nécessaire dans ce cas de décharger les pirogues, et de franchir à pied ce passage. Les averses de ces dernières semaines ont apporté de l’eau au fleuve. Pas assez pour recouvrir tous les rochers, qui restent visibles, mais une grande partie d’entre eux affleurent. De plus, le courant est très fort. Nous avions passé sans encombre le saut Mapaou il y a un quart d’heure. Le temps était ensoleillé, et nous avions pu observer la salade coumarou. Cette plante, prisée par les laboratoires de cosmétiques, pousse sur les rochers des sauts et doit son nom aux poissons qui viennent manger dedans lorsque l’eau les submerge et qu’elles sont en fleurs. Aujourd’hui elles sont hors de l’eau, asséchées. Le saut Athanase qui se présente devant nous ne semble pas aussi clément. Le ciel obscur n’arrange sans doute rien à la sensation d’être isolés au milieu d’un fleuve gigantesque et agité.

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I - Préparation du projet T

rois mois plus tôt, quelques jours après la rentrée scolaire au Lycée Léon Gontran Damas, nous étions très enthousiastes à l’idée de présenter ce projet d’expédition scientifique et pédagogique à nos élèves : direction la réserve naturelle des Nouragues, sur les stations scientifiques du C.N.R.S. (Centre National de Recherche Scientifique). Depuis quelques années déjà, nous proposons à nos élèves d’appliquer les savoirs et connaissances étudiés en classe, sur le terrain.

Thomas, enseignant de Sciences Physiques et Chimiques, a mis en place avec son collègue Philippe un club d’astronomie : initiation à la lecture du ciel guyanais qui permet de voir les deux hémisphères, reprise de protocoles scientifiques telle l’expérience de Richer, rencontre avec des astronomes, séances d’observations en soirée avec les élèves, et parfois leurs parents venus les accompagner. Des conférences et des séances de découverte tout public ont même été organisées au sein du lycée. L’année 2009 étant l’Année Mondiale de l’Astronomie, leurs activités se sont accélérées. Le matériel du club s’est étoffé, à l’aide de dotations du C.N.E.S./ C.S.G. (Centre National d’Etudes Spatiales / Centre Spatial Guyanais) et d’un concours de projets multimédias : lunette astronomique, télescope, solarscope (pour observer le soleil en toute sécurité), matériel informatique et logiciels dédiés… Il fallait profiter de cette année particulière, et faire des observations dans un lieu particulier, qui ne présenterait que très peu, voir aucune, pollution lumineuse. Cela permettrait de visiter, avec les outils d’observation à disposition, le ciel profond. Aller plus loin avec les élèves. Françoise a été formée, avec d’autres enseignants il y a quelques années, au programme Calisph’Air. Ce programme pédagogique, initié nationalement par le C.N.E.S a pour objectif de faire des mesures de notre atmosphère, de les comparer aux données des satellites qui gravitent autour de notre planète, et de sensibiliser les élèves aux enjeux environnementaux et aux problèmes climatiques. Elle a déjà mené ce projet au lycée, et il fallait aller plus loin : faire des mesures ailleurs. Nous sommes entourés d’une forêt tropicale incroyable, il faudrait pouvoir y aller… Pour ma part, je travaille depuis quelques années sur les projets de ballons stratosphériques, en partenariat avec le C.N.E.S. Chaque année, les élèves étudient et réalisent une nacelle expérimentale qui s’envole jusqu’à une trentaine de kilomètres d’altitude, à l’aide d’un ballon en latex gonflé à l’hélium, un gaz inoffensif, plus léger que l’air. La premiere expérience de ce type, réalisé par des élèves, est parti du terrain de football du lycée Léon Gontran Damas en mars 2007. Depuis, plus d’une quinzaine de ballons

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stratosphériques réalisés par des élèves de différents établissements ont sondé l’atmosphère guyanaise. Des projets menés par différents collègues formés par Planète Sciences, pour devenir, comme moi, aérotechniciens. Chaque vol a apporté des précisions, sur les évolutions de températures ou d’éclairement en fonction de l’altitude par exemple, sur l’utilisation d’un capteur d’humidité pour détecter le passage dans les nuages ou encore sur les erreurs techniques à ne pas renouveler. Après des vols depuis le littoral (Rémire-Montjoly, Cayenne, Matoury et Kourou), depuis les fleuves Maroni et Oyapock, pourrait-on en faire depuis la forêt amazonienne ?

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es élèves, dans la salle de classe, sont d’abord curieux et étonnés de ce projet de nacelle expérimentale suspendue à un ballon gonflé d’hélium. Ils sont novices, et certaines parties du projet leur semblent inaccessibles : je leur parle de télémesure en simplifiant et en illustrant à l’aide d’un diaporama, je leur donne un maximum d’exemples de la vie courante lorsque j’aborde les notions de mesures physiques de notre atmosphère. Je leur explique que ce projet n’est qu’une partie thématique de leur programme de M.P.I de Seconde, mais qu’il servira de lien avec les autres parties du référentiel, afin de concrétiser les connaissances qu’ils vont acquérir tout au long de l’année scolaire. Ils sont enthousiastes et montrent un réel intérêt. Puis je leur explique que cette année, plutôt que de faire

le lâcher de leur ballon stratosphérique sur le terrain de sport de leur lycée, nous irons le faire en plein milieu de la Guyane, en forêt tropicale amazonienne. Je leur montre un plan. Les questions fusent ! « Comment on y va ? » « A quelle date est prévue l’expédition ? » « Comment amènera-t-on le matériel ?  » « Où allons nous dormir ? » « Qu’est-ce-qu’on va manger ? » « Est-ce que tout le groupe y va ? » La question que je redoutais est tombée. 15


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rois projets seront menés lors de cette expédition : un projet Calisph’Air/Météo, mené par Françoise et sa classe de Seconde, un projet astronomie, mené par Thomas et son club « Astro », et enfin un projet ballon (ou plus exactement un projet U.B.P.E. : Un Ballon Pour l’Ecole). Tous les élèves travailleront sur leur projet, pour le préparer, créer et définir des protocoles scientifiques, accéder aux connaissances nécessaires. Tous les élèves feront les exploitations des données recueillies lors de l’expédition, utiliseront l’outil informatique, pour les études initiales ou pour rédiger les comptes-rendus. Mais seulement six élèves, parmi la soixantaine concernée, pourront aller sur le terrain. Six élèves, c'est-à-dire deux pour chaque projet. Un questionnaire de culture générale, de mathématiques, de

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sciences, de français et de connaissances de la Guyane leur est distribué la semaine suivante. Comme une interrogation, une heure pour obtenir le maximum de points. Cette note ne comptera pas dans leur moyenne mais sera leur billet de départ pour l’expédition. Certains élèves avouent ne pas avoir envie de partir malgré leur intérêt pour cette mission : ils appréhendent l’éloignement avec les parents, la peur de la forêt profonde, du fleuve, ou alors juste un problème à dormir en hamac sans tomber ! Peu importe, ils joueront le jeu jusqu’au bout. La compétition est lancée ! Et le scénario sera identique pour les autres groupes participant à la Mission Nouragues 2009. Les résultats sont serrés en tête. Il reste une deuxième partie, à préparer chez eux : quelles sont leurs activités extrascolaires, font-ils du sport, sont-ils capables de


décrire leur implication dans leur projet ? Et enfin, un mail à envoyer à leur professeur. Une lettre de motivation à rédiger sur ordinateur, et à renvoyer avant une date limite. Nous devons absolument vérifier leur aptitude à maîtriser l’outil informatique. On pourrait penser que cette génération est totalement à l’aise avec les T.I.C. (Technologies de l’Information et de la Communication). Ces élèves qui savent discuter en direct avec leurs copains à travers une messagerie instantanée, ne réalisent pas toujours qu’ils le font via une connexion Internet. Ils confondent messages instantanés et e-mails. Certains, alors qu’ils vont remplir sans difficulté chaque heure leur statut sur leur réseau social favori, grâce à leur téléphone mobile et toujours via Internet et une connexion Edge ou 3G, ne savent toujours pas utiliser leur espace personnel sur le réseau interne informatique du lycée. Lors de l’expédition, nous aurons besoin de transmettre des données aux parents, aux partenaires, et à tous ceux qui nous suivront. Il est impératif de savoir envoyer un mail, un SMS et de mettre à jour un site Internet. Deux semaines avant les vacances de la Toussaint, les six élèves sélectionnés sont connus. La déception peut se lire chez certains qui n’ont pas été retenus. Ceux qui sont arrivés seconds sur les épreuves de sélection sont informés que l’on pourrait avoir besoin d’eux en cas de désistement des premiers, ou de maladie… La grippe A est installée en Guyane, et il n’y a pas qu’elle (angines, bronchites…). Un premier rendez-vous est fixé la veille des vacances à Kourou : Gabrielle et Maxime pour Calisph’Air/Météo, Laurie et Lucas pour le Ballon, Alexandre et Joannès pour l’Astronomie. Une rencontre est organisée entre l’équipe qui partira sur le terrain, les partenaires et responsables du Rectorat de Guyane, du C.N.R.S. et du C.N.E.S. et les parents des élèves retenus. Cette journée commencera par un entrainement sportif préparé en vue des efforts qui leurs seront demandés lors de l’expédition.

II - Sur le fleuve Approuague Mardi 1er décembre - 11H00

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es gouttes de pluies tombent de plus en plus fort sur nos ponchos et parkas. Le fond des pirogues est maintenant recouvert d’une large flaque d’eau. Agassi, un des piroguiers habitué à faire ce parcours, montre le chemin. Les moteurs des embarcations tournent à plein régime, s’arrêtent brutalement, et redémarrent en faisant tourner la pirogue afin d’éviter un rocher à peine visible à la surface de l’eau. Un grand bruit de frottement vient de se faire entendre. Le fond de notre pirogue vient de toucher un rocher sous l’eau. Pas de dégât, mais les élèves surpris n’ont pu s’empêcher de crier ! Je me retourne, et je les vois s’accrocher aux bancs. Ce saut Athanase nous donne la mesure de la puissance du fleuve. Dès notre embarquement à Régina, trois heures plus tôt dans la matinée, nous avions rappelé les consignes de sécurité à respecter impérativement pendant toute la navigation : gilets de sauvetage obligatoires solidement fixés avec leurs sangles, comment utiliser le sifflet en cas de problème, pas de jeu sur la pirogue. Aucune négociation n’est possible. 17


Il est 11H10, et après avoir viré à bâbord et tribord, accéléré et ralenti plusieurs fois, nous nous retrouvons sur l’amont du saut, l’eau est plus calme, mais la pluie redouble d’intensité. Nous pouvons apercevoir des gravières : sorte d’îles miniatures composées de sable, qui doivent leur création à une ancienne barge flottante. Celle-ci aspirait le fond du fleuve à la recherche d’or, et après un tamisage, rejetait les déchets. Gilles est Agent Chargé de la Mise en Œuvre (A.C.M.O.) pour le C.N.R.S. Il connait très bien ce trajet pour l’avoir fait des dizaines de fois, pompier volontaire, il nous accompagnera pendant toute la mission, avec Philippe, Directeur Technique des Stations de terrain C.N.R.S. des Nouragues. Gilles est sur notre pirogue, au plus proche des élèves, pour assurer leur sécurité, tandis que Philippe supervise l’équipe sur l’autre pirogue. Le temps se découvre un peu. Il est temps d’essayer d’envoyer un message par téléphone satellite à Greg, notre référent au Rectorat de Guyane.

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epuis notre départ en bus ce matin à 7h30 aux abords de Cayenne, nous lui avons envoyé des informations sur l’avancée de notre expédition. Le premier envoi a pu se faire par Internet, via une connexion 3G : photo du groupe prêt à partir, commentaires, première position GPS. Nous avons passé le barrage de gendarmerie de Bélizon, et avons continué notre chemin vers Régina. Le long du trajet, l’ambiance était détendue. Chacun a fait un peu connaissance avec les personnes qu’il n’avait pas encore rencontrées. Les discussions avaient pour thématique l’astronomie, notamment « l’infini » et la théorie du Cake expliquée par Joannès qui nous laissera perplexes ; Internet, Françoise découvrait alors ce qu’était le « tweeting  » ; quelques plaisanteries étaient aussi de mise. Entre deux journaux d’information, Phil Collins nous a joué un petit morceau, dans les haut-parleurs du bus. Nous sommes arrivés vers 9H00 au débarcadère de Régina. Agassi et son équipe nous y attendaient depuis 8H00. Heureusement, malgré le retard, tout le monde était au rendez-vous. Chacun s’est mis à l’œuvre pour charger les deux pirogues de notre aventure. L’une est essentiellement scolaire : nos six jeunes aventuriers Gabrielle, Laurie, Alexandre, Joannès, Lucas, Maxime, Gilles du C.N.R.S. et

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les trois enseignants, Françoise, Thomas et moi. Dans la seconde pirogue, l’équipe optique et vidéo du C.S.G., Erwan le cadreur, Laurent le preneur de son et Philippe le photographe. Ils sont accompagnés de Marie-Françoise, réalisatrice du film, et de Mathilde, responsable du projet pour le C.N.E.S. Enfin, pour le C.N.R.S, Gaëlle, responsable également de ce projet, et Philippe, le directeur technique des stations. Sur chacune des embarcations, un piroguier à l’arrière manoeuvre le moteur, un autre à l’avant, avec une pagaïe, aura également le rôle d’éclaireur lors des passages difficiles. L’expédition commence vraiment, pas de connexion Internet à Régina, mais les téléphones mobiles passent. Au fur et à mesure que l’on s’éloigne du débarcadère, l’intensité du réseau diminue. Il faut faire vite, aller à l’essentiel. Premières mesures météo, première transmission d’informations scientifiques via un SMS. Il est 9H44, les pirogues filent à vive allure. Aussitôt après, un deuxième SMS avec les données météo recueillies par Gabrielle et Maxime : 28°C, 77% d’humidité, un éclairement de 20 900 lux, une pression atmosphérique de 1000 hPa, et un ciel recouvert à 99% de nuages. Trop tard. Le temps de taper ces données sur le mobile, nous avions perdu le réseau. Je tente alors, naïvement, de lever le bras le plus haut possible, au cas où... ça a marché : le SMS est parti ! Ces premières informations seront mises en ligne quelques minutes plus tard par Greg, au centre informatique du Rectorat. C’était un challenge supplémentaire : donner notre position le plus souvent possible, afin que Greg les pointe sur une carte interactive (via un processus Google Map), et que les personnes qui nous suivent puissent savoir le plus souvent possible où nous sommes, simplement en consultant le site Internet créé pour l’occasion. 19


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près cet impressionnant saut Athanase, je souhaite profiter de l’éclaircie offerte par le ciel afin de contacter notre référent au Rectorat, lui donner notre position actuelle et lui confirmer que tout se passe pour le mieux. Nous avons un code du protocole de transmission des données lors de l’utilisation du téléphone satellite, je dois commencer ma phrase par « Tout va bien » ou « On a un problème ». J’ouvre le caisson hermétique qui renferme le téléphone satellite. Philippe m’avait prévenu de son ancienneté et de sa faible autonomie. J’interpelle Gilles qui est devant moi, il se retourne et me remontre comment le mettre sous tension et composer un numéro. Avant tout, l’état des batteries  : le témoin de charge nous indique qu’il s’est déchargé. Après discussion, nous prenons la seule décision possible : le garder en cas de problème, et ne pas transmettre notre position toutes les heures comme prévu initialement. Les parents savent que tant que nous ne sommes pas arrivés à notre première étape, la station du saut Pararé, les connexions avec Cayenne peuvent être aléatoires. Hors de question de décharger complètement les batteries de ce téléphone satellite, seul moyen rapide d’avoir des secours si besoin. Nous continuons notre route et dépassons le Camp Cisame, bien connu de ceux qui y ont déjà séjourné en décontraction totale, sous carbet en pleine forêt. La pluie reprend 20

rapidement et nous suivons sur le GPS « mobile » notre position. Avant de partir, nous y avons téléchargé des cartes et les images satellites (Google et Bing) afin de nous repérer, la seule notion du temps étant trop aléatoire. Nous situons sur la carte le croisement avec une crique dont l’eau couleur marron se déverse en se diluant dans le fleuve Approuague. La réalité du terrain rejoint les images satellites, et les élèves prennent conscience de l’impact sur la nature, leur nature, de cet orpaillage clandestin, dont ils entendent si souvent parler « en ville ». Lorsque nous passons le saut Sakopaï, les piroguiers manient avec toujours autant de dynamisme et de dextérité les deux embarcations. Il ne pleut presque plus, et le soleil revient timidement. Cependant, nos jeunes scientifiques ont froid, très très froid même, avouera Laurie. Nous enlevons nos imperméables afin de sécher et nous réchauffer au plus vite. C’est le moment de prendre quelques photos. Pas de chance, le soleil réchauffe aussi l’humidité emmagasinée dans mon appareil photo, et je crois ne pas être le seul dans ce cas ! Un joli rond de buée s’est déposé sur l’objectif… à l’intérieur… Il me faut alors patienter plus de trente minutes avant de pouvoir l’utiliser à nouveau. Les piroguiers nous indiquent qu’une pause sera faite à l’entrée de la crique Arataï, d’ici une demi-heure, une heure. Nous entrerons alors dans la réserve naturelle protégée des Nouragues !


Nous en profitons pour faire le point sur les nombreux animaux volants que nous avons rencontré, certains nous ont même accompagné en virevoltant près des pirogues : hirondelles à ventre blanc, chauves souris - dont une majorité nous regardaient passer, tranquillement accrochées à une branche d’arbre mort sur le fleuve-, martins pécheurs à ventre roux, papillons morphos, milans à queues fourchues, vautours Pape, grands urubus... Thomas nous épate avec ses connaissances sur les oiseaux ! En effet, Thomas fait partie du GEPOG : Groupe d’Etude et de Protection des Oiseaux en Guyane. Cette association a pour activités d’éduquer et de sensibiliser à l’environnement, d’améliorer la connaissance sur les oiseaux de Guyane et de contribuer à leur protection. Françoise nous aide à faire le point sur la flore rencontrée : toulouri palmier, wapa et ses graines en forme de croissant de lune… Nous notons tout cela dans nos carnets, dont les feuilles commencent à montrer quelques faiblesses à force d’être mouillées. Françoise est secrétaire pour l’association SEPANGUY : Société d’Etude, de Protection et d’Aménagement de la Nature en Guyane. Parmi leurs objectifs figurent l’étude de la faune, de la flore en Guyane, la préservation de l’environnement et du cadre de vie, ainsi que la diffusion et la vulgarisation de l’information relative à l’association. Françoise participe aussi aux travaux de l’A.P.B.G. : Association des Professeurs de Biologie et Géologie, en partie axée sur la pédagogie des Sciences et Vie de la Terre dans les établissements scolaires.

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’est finalement une heure trente plus tard que nous bifurquons. Les deux pirogues quittent le fleuve Approuague, et remontent le long de la crique Arataï. Il est 13h32, la température est de 28°C, et les averses précédentes ont fait monter 21


le taux d’humidité à 90%. L’entrée dans la réserve naturelle des Nouragues nous est indiquée par un panneau suspendu au dessus de la rivière. « Espace protégé, accès réglementé, pas de chasse ni de cueillette autorisés ». Il nous reste encore près de deux heures de pirogue.

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Nous marquons une pause pendant laquelle l’équipe se détend. Le soleil est enfin de retour sans interruption, on sèche et on se réchauffe. Une heure plus tard, la température est maintenant montée à 31°C. Après les ponchos, c’est maintenant la crème solaire qui nous protégera du ciel. Alors que nous passons le saut Japini la navigation devient vraiment agréable. Nos yeux sont éblouis par cette lumière : parfois reflétée dans l’eau de la rivière en faisant des milliers d’étincelles à sa surface, parfois filtrant à travers ces arbres et palmiers de dizaines de mètres de haut. Nous frôlons une fourmilière pendante et recroisons une autre crique orpaillée. Les


élèves n’en reviennent pas : de l’orpaillage clandestin en pleine réserve naturelle ! Nous comparons la position GPS avec la carte : cette crique n’était pas encore occupée au moment de la prise de vue satellite. Petit moment de répit alors que les pirogues se rejoignent. En effet, depuis maintenant plus de cinq heures, chaque équipe opérait à ses occupations : prises de vues, de son et de photos pour l’une, ou alors relevés météorologiques, GPS, notes et photos également pour l’autre. Nous échangeons nos points de vue, nos stupéfactions… Certains, ou plutôt certaines se font charrier sur leurs énormes lunettes de soleil. Je ne saurais plus dire qui l’a vu en premier, mais il est certain que sans cette pause improvisée, on serait passé à coté sans le voir !

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’est en février 2009, après une première étape « papier » du projet Nouragues 2009 validée par le Rectorat de Guyane, qu’une mission de reconnaissance était en route selon le même trajet qu’aujourd’hui. L’équipe étant composée d’un IA-IPR (Inspecteur Académique - Inspecteur Pédagogique Régionale), d’un I.H.S. (Inspecteur Hygiène et Sécurité) du Rectorat et des trois membres responsables du projet : Gaëlle pour le C.N.R.S., Mathilde pour le C.N.E.S. et moi-même pour le Lycée Léon Gontran Damas. Cette mission d’inspection avait plusieurs objectifs : vérifier la possibilité de faire une telle expédition avec un public scolaire, prendre des repères, vérifier les infrastructures des stations et proposer des modifications pour pouvoir accueillir dans les meilleures conditions possibles un groupe de lycéens. Sur un peu plus de deux jours, l’équipe avait rencontré les personnes des stations et avait écouté les conseils à prodiguer aux jeunes lors de leur préparation physique, ainsi qu’à leurs parents. Nous avions également pris conscience du potentiel exceptionnel d’appréhender les nombreuses notions de la biodiversité de la forêt guyanaise. Et au delà des aspects scientifiques et pédagogiques prévus et nécessaires aux programmes, nous avions vu tant de lieux 23


et d’animaux exceptionnels qu’il nous empressait de revivre cette expérience, mais « en vrai » : avec nos élèves, sur plus de temps, et en profitant des explications des responsables de ces lieux.

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à, un anaconda ! » Pendant que nous bavardions, les deux pirogues accolées l’une à l’autre, sa digestion s’effectuait « paisiblement. Il était à seulement deux mètres de nous, à droite, sur le rivage. Bizarrement, tout le monde s’est mis d’accord pour sortir en même temps leur appareil photo ! Il est très gros, on ne voit pas bien sa tête enfouie sous quelques branchages. Mais ce qui choque le plus, c’est que son corps, à un endroit donné, double de diamètre ! Ce serpent, non venimeux de la famille des boas, digère sa proie. Cela pourra durer plusieurs jours selon la grosseur de son repas. Nous tentons de l’approcher pour l’observer de plus près, et c’est avec une rapidité incroyable pour le gabarit de l’animal qu’il filera en ondulant vers l’intérieur de la forêt. Sa vitesse aura surprit tout le monde ! Nous apercevons enfin la station du saut Pararé. Je suis soulagé, la partie que je redoutais le plus dans cette expédition est dernière nous. Six heures de navigation en pirogue, des sauts impressionnants, mais à aucun moment nous ne nous 24


sommes trouvés en danger. Constamment en alerte (la seule fois où nous nous sommes relâchés, nous avons failli ne pas voir ce grand anaconda), chacun a appliqué à la lettre les consignes, chacun a rempli son objectif scientifique, chacun a profité de tous ces moments très différents tout au long de cette longue matinée. A peine descendu de la pirogue, Mathias, le responsable de cette station de terrain, me conduit au téléphone satellite. Je compose le numéro de Greg, au Rectorat. Il décroche. « Tout va bien ». Puis suivent les données GPS et un rapide descriptif de cette demi-journée, notamment la cause de cet unique appel. Après avoir raccroché, il a pu se connecter à notre site Internet, et pointer sur la carte interactive notre nouvelle position avec son commentaire : GPS : 4,038 Nord - 52,673 Ouest - ARRIVEE SAUT PARARE à 15H45 - TOUT VA BIEN 25


III - La station Pararé 1er décembre - 16H00 - Station Pararé

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hacun découvre la station, et s’installe dans l’un des carbets. L’équipe optique et vidéo se met dans un carbet à part. Ils devront se lever très tôt le lendemain pour faire des images au lever du soleil et ne souhaitent pas déranger le repos de nos jeunes scientifiques. Les habitués qui ont déjà accroché leurs hamacs aident ceux qui se perdent un peu dans les nœuds et les ficelles. Tout le monde se retrouve ensuite au carbet repas et nous nous régalons en dégustant les pâtes à la bolognaise préparées par Mathias. Pendant cette pause, les élèves font part de leurs premières impressions entre eux. On nous explique également l’utilisation des poubelles avec leur tri sélectif, et des sanitaires. Un dernier rafraichissement, et il faut déjà repartir. Afin de profiter un maximum du peu de temps que nous passerons sur les stations scientifiques du C.N.R.S - nous ne resterons qu’une journée en bordure de rivière-, il est prévu une promenade de découverte : première approche de la biodiversité de la réserve des Nouragues. Les élèves et enseignants, équipés de bottes et guidés par Philippe Gaucher, s’immergent pour la première fois en forêt profonde. Quelques pas, quelques dizaines de mètres, et le gazon fraîchement tondu de la station Pararé laisse place à la forêt tropicale profonde. Nous empruntons un layon d’une soixantaine de centimètres de largeur. Des arbres gigantesques nous entourent de toute part, il fait plus sombre, plus humide, nous marchons l’un derrière l’autre quelques minutes, passons devant une tour COPAS (Canopy Operating Permanent Access System), et arrivons sur une première zone d’étude. Récemment, ce sont des étudiants autrichiens qui occupaient la station, afin d’étudier une grenouille très particulière : le dendrobate. Sa peau est très souvent toxique, à différents degrés, et ses couleurs vives sont là pour le signaler à ses éventuels prédateurs. Celui qui n’est pas toxique possède aussi cette caractéristique colorée, en espérant que ce seul message suffise à décourager les assaillants !

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Philippe nous explique que ces étudiants autrichiens, en enregistrant le chant d’un dendrobate femelle et en le repassant à l’aide de haut-parleurs, ont réussi à attirer


des dendrobates mâles de la même famille. Le dessin du ventre de ces grenouilles est une sorte de carte d’identité, et permet d’en déduire sa famille. Nous apercevons également leurs têtards en bassine. Un peu plus loin, nous nous arrêtons devant des feuilles tombées au sol. Chaque centimètre carré de cette forêt a une histoire, une anecdote, un savoir à transmettre ! Encore faut-il être initié ou bien encadré pour savoir où regarder! Ces feuilles, de la famille des broméliacées, sont les restes d’un ananas sauvage, qui a été mangé par un singe, à la manière d’un artichaut ! Dernière découverte de cette promenade, des pièges à insectes. C’est une grande plaque de plexiglas qui stoppe le vol des insectes. Ceux-ci tombent alors dans un récipient rempli d’un mélange de détergent et d’eau salée, qui a pour effet de les fixer. Les chercheurs peuvent ensuite les récupérer pour les étudier. Sur le retour, nous repassons devant une des trois tours COPAS du C.N.R.S. Ces trois pylônes de 45 mètres de hauteur forment un triangle de 180 mètres de coté. Ils permettent aux scientifiques de monter au dessus de la canopée. Quelques minutes suffisent, en étant équipé d’un

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baudrier d’escalade et assuré par une corde et des mousquetons, pour arriver au sommet d’une de ces tours, où est établie une plateforme d’observation. Il y a eu des tests réalisés à l’aide d’un ballon d’hélium auquel pouvaient s’accrocher les scientifiques. Cette énorme bulle était reliée à des cordes tendues entre les trois pylônes, et permettait de flotter au dessus de la canopée. Les études de ce prototype ont montré la nécessité d’un certain nombre d’aménagements afin de travailler en toute sécurité. Une autre étude est en cours, celle d’installer un gigantesque filet entre ces trois tours. Mais cela prend du temps à installer : il faut faire venir du matériel imposant sur place, par pirogues ou hélicoptères, l’installer en pleine forêt, parfois à l’aide d’hélicoptères et de leurs pilotes chevronnés. Composer avec les averses et les particularités de cette forêt très dense, cela demande énormément de temps, et nécessite des efforts considérables. Nous sommes en pleine forêt, loin de tout, il faut s’organiser autrement… Rien n’est jamais simple…

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e dîner approche, mais avant, premier débriefing. L’équipe optique et vidéo explique qu’il faut se comporter comme s’ils n’étaient pas là. Pourtant ils tournent autour de nous, les élèves ne sont pas encore à l’aise avec ces personnes qu’ils ne connaissent pas encore suffisamment. Laissons-leur un peu de temps. Ils savent qu’ils devront être moins timides au débriefing de demain soir : ils rencontreront des scientifiques, et devront s’exprimer en anglais ! Nous dynamisons un peu la séance afin qu’elle ne traîne pas en longueur. Quelles sont leurs impressions de cette journée passée ? Que pensent-ils de cette station ? Ils sont très contents d’être ici, immergés en pleine nature, ça change de leur vie quotidienne, et ça leur fait un peu « bizarre ». Nombreux sont ceux qui n’ont pas l’habitude de vivre et dormir en carbet. Ils commencent à se confier : ils ont eu froid sur la pirogue pendant et après la pluie. Ils ont aussi été étonnés de voir autant de choses différentes pendant les sept heures de remontée du fleuve Approuague, puis de la rivière Arataï. Des anacondas, des urubus, des morphos, ils en ont déjà vu au zoo de Montsinnery ou à l’association du Planeur Bleu de Cacao, devant chez eux aussi, parfois. Pourtant, le fait de pouvoir observer tous ces animaux en pleine nature, c’est différent. Habitués aux carbets en Guyane, ils se rendent compte que cette station est aussi rudimentaire qu’un carbet de week-end passé au bord d’un fleuve. A quelques détails majeurs près : une alimentation électrique avec des panneaux solaires, des livres et du matériel scientifique. Sept carbets composent cette station. Ils s’imaginaient cet endroit plus petit. 28


Pas facile de penser que des chercheurs de renommée mondiale viennent jusqu’ici pour travailler et vivre comme eux vont le faire pendant quelques jours. Pas de paillasses de laboratoire aseptisées. Implication maximum pour un impact écologique minimal. Nous faisons le point sur la préparation du lâcher de ballon stratosphérique qui aura lieu dans deux jours. Présentation et déchiffrage de la chronologie des événements de préparation au lâcher, répartition des rôles sur le terrain. Enfin, nous proposons à nos adolescents de travailler en binômes afin de rédiger chaque soir un court compte-rendu de journée, à chaud. Finalement, tous y participeront un peu chaque soir ; ils commencent à s’organiser, à acquérir une certaine autonomie de terrain. Au cours du dîner, détente, bonne humeur, mais aussi fatigue. Nous devons nous coucher tôt, car le lendemain, il faudra rejoindre à pied la station Inselberg. Mais tout le monde veut profiter encore un peu de cette unique soirée sur la station Pararé avant de rejoindre les hamacs. La lune et la planète Jupiter peuvent être aperçues, pendant quelques secondes seulement, entre deux énormes nuages. Ce soir, le ciel n’est pas propice à l’observation astronomique, Alexandre et Joannès doivent encore patienter. Nous prenons nos lampes frontales et suivons Philippe. Tout près des carbets, dans cette zone de gazon tondu que les poux d’agouti adorent, un troupeau de Cabiais se laisse approcher à quelques mètres avant de rejoindre la forêt marécageuse. Un crapaud buffle se laisse manipuler, avant d’être remis en liberté. Nous sommes invités à suivre Philippe en forêt. Une première excursion au cœur d’une forêt tropical humide en pleine nuit n’est jamais quelque chose de banal. Ici l’obscurité est absolue, juste ponctuée par la lumière vive des lucioles. Ici et dès le coucher du soleil le bruit ambiant a été multiplié par 10. Plus que jamais nous sentons presque physiquement la vie grouiller autour de nous. C’est le moment où toutes les légendes amazoniennes ressortent dans l’inconscient des élèves. Le groupe se ressert… C’est aussi le moment propice pour tuer au cœur un des 29


mythes les plus vivaces : celui de la dangerosité de la forêt amazonienne. Pour cela nous suivons Philippe à la recherche des grenouilles nocturnes arboricoles des bois de Saut Pararé. Le temps est propice à la sortie des grenouilles. Occupant diverses strates de la forêt, tant au sol que dans les arbres, leur diversité est grande ici. Une espèce nouvelle y a même été découverte il y a un an, il s’agit de Rhinella lescuri. Nous avons rendez-vous avec une espèce particulière. A l’approche de son territoire, Philippe imite son chant, elle répond immédiatement à cette intrusion par un chant caractéristique de défense. Les uns après les autres, nous grimpons à une échelle pour aller l’observer : il s’agit de Phrynohyas resinifictrix, une jolie rainette brune aux membres ornés de bandes transversales, et dont l’iris est barré d’une croix. Cette grenouille ne descend jamais à terre même pour sa reproduction. Elle va utiliser des retenues d’eau dans les arbres qui serviront à la ponte et à l’élevage des têtards. Difficile pour les scientifiques dans ces conditions d’étudier l’écologie de cette grenouille. Philippe a été le premier à les étudier in vivo en utilisant du matériel de spéléologie pour grimper jusqu’à la canopée. Une contradiction apparente dans l’utilisation de ce matériel qui montre surtout qu’un scientifique doit savoir rester polyvalent, ingénieux et créatif

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s’il veut rester au « top niveau ». Pour aller plus loin dans son étude, il leur a installé deux retenues d’eau sur un des mâts du COPAS ce qui nous permet de faire maintenant parti du groupe restreint des guyanais ayant pu observer cette espèce dans son milieu. A quelques mètres de là, le terrier magnifiquement ouvragé de l’araignée squelette nous attend. Le nom quelque peu sinistre de cette mygale, l’Ephebopus murinus, vient du fait qu’elle possède des bandes blanches longitudinales sur chacune de ses pattes lui dessinant comme un costume de squelette. Elle a une cousine qui habite dans la région des grandes savanes du littoral. Un peu timide, elle se réfugie au fond de son nid pour ne plus ensuite se montrer. Nous rentrons alors au camp car la journée du lendemain s’annonce rude physiquement. Les ficelles des hamacs se tendent, les moustiquaires se ferment, les lumières des lampes frontales s’éteignent…


IV - Marche en forêt Mardi 2 décembre - 6H30

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e Jacana est un oiseau aquatique. Il peut courir sur de la végétation flottante grâce à ses longs doigts, mais ce matin, alors que le camp se réveille progressivement, c’est du haut de sa quarantaine de centimètre qu’il parcourt la station à la recherche de nourriture. Les plus matinaux pourront observer ce bel oiseau roux, que l’on trouve également sur les Marais de Kaw. Il est maintenant 7H00, et tout le monde est à table pour le petit déjeuner. Chocolat chaud, café, thé, pain et confiture : tout le monde sait qu’il faut emmagasiner un maximum d’énergie pour cette longue journée, sans doute la plus physique de l’expédition. Il faut ensuite rapidement ranger les hamacs et ses affaires personnelles, s’équiper pour la journée. Le départ est prévu à 8h30.

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n mois et demi plus tôt, c’est à la même heure que le rendez-vous était fixé à Kourou, à l’entrée du sentier de la Montagne des Singes. Pour Gabrielle, Laurie, Alexandre, Joannès, Lucas et Maxime, c’était une première rencontre. Lors de cette journée de préparation sportive, ils ont également pu rencontrer Mathilde, Françoise, Thomas et moi-même. L’objectif de cette journée, au-delà de vérifier leur niveau sportif, était de faire connaissance, et de découvrir les caractères de chacun. Deux enseignants d’E.P.S. (Education Physique et Sportive) du lycée Léon Gontran Damas avaient répondu présents à ma sollicitation. Nous avions besoin de professionnels pour guider l’équipe, pour nous conseiller. Nos deux collègues Dominique et Guillaume nous ont déjà expliqué le comportement à avoir en forêt, le matériel nécessaire à avoir avec soi. Nous avons commencé à faire quelques échauffements, puis un premier petit footing sur un rythme imposé par Guillaume. Très vite, les niveaux d’endurance de chacun se sont révélés. Une fois tout le monde arrivé au premier point, nous avons mesuré notre pulsation cardiaque, puis nous avons dû faire le chemin

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inverse plus rapidement. Une fois arrivés, nous avons une nouvelle fois repris notre pouls. Guillaume et Dominique nous ont expliqué les incidences de ce nombre de battements par minute sur notre façon de nous entraîner. Puis c’est une séance de renforcement musculaire qui nous attendait : jambes, bras, ceinture abdominale. Chaque partie de notre corps a été sollicitée, et des explications nous étaient prodiguées afin que nous puissions ensuite refaire ces exercices chez nous, en autonomie. Le programme se poursuivait par une randonnée « à allure soutenue » sur le sentier de la Montagne des Singes. Avec nous, David : il est guide Saramaca. Il appartient à une des ethnies Noirs-Marrons de Guyane. Tout au long de notre marche, il nous a initiés à la faune et à la flore de la forêt guyanaise, et nous a également fait une démonstration de « grimpé » de liane. Cette dernière est particulière : une graine est déposée sur une branche d’un arbre (par une fiente d’oiseau par exemple), puis après avoir germé, elle pousse, vers le bas. Une fois arrivée au sol, elle y prend racine, et continue de pousser, mais vers le haut cette fois-ci. Elle devient alors très solide, au point de pouvoir s’y accrocher. La marche a été maintenue à une bonne allure, et les jambes de certains ont souffert ! L’effort n’était alors plus seulement physique, mais également mental. Nous avons pu apprécier l’entraide entre nos jeunes, qui avaient bien compris que l’important était d’arriver ensemble au sommet de cette Montagne des Singes ! Une heure trente de marche plus tard, l’objectif était atteint. Après une courte pause, et une descente par un chemin plus court et plus abrupt, nécessitant une vigilance de chaque instant, nous avons rejoint le départ de notre dernier étape. C’est au Camp des Maripas à quelques kilomètres du sentier de la Montagne des Singes, que le rafraîchissement est arrivé. Tous à bord de canoës, nous avons remonté le fleuve Kourou à l’aide de pagaies. C’est par trois dans les embarcations que nos jeunes ont découvert comment se diriger, comment accélérer, comment s’arrêter. Encore une fois la solidarité était présente. Ceux qui avaient déjà fait du Canoë conseillaient à ceux qui découvraient l’exercice. Toujours encadrés par le reste de l’équipe, c’est toute une série d’activités sensées resserrer les liens qui leur ont été proposées : remontée à contre courant, course, navigation. La séance s’est terminée à l’eau, près du ponton d’arrivée… Partie de douche improvisée au tuyau d’arrosage pour les garçons, qui trouvaient que les filles prenaient un peu trop de temps aux douches : il fallait se dépêcher. Nous avions rendez-vous au restaurant pour la rencontre entre les parents d’élèves et les différents responsables du C.N.R.S. - Gaëlle et Philippe notamment -, du C.N.E.S. 32


et du Rectorat. De nombreuses questions et réponses allaient s’échanger au sujet de ce projet d’expédition. Deux jours plus tard, dans leur boite mail, les élèves recevaient un programme sportif d’entraînement, préparé par Guillaume et Dominique. Il ne restait plus que cinq semaines avant de partir, nos jeunes scientifiques devaient poursuivre leur entrainement physique chez eux afin d’être au point pendant l’expédition, et de pouvoir ainsi profiter, sans être affaibli physiquement, de tout ce qu’ils allaient découvrir.

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inq minutes avant de partir sur le layon pour rejoindre la station Inselberg, j’établis un contact avec notre référent du Rectorat, Greg, par téléphone satellite. Je lui indique que nous sommes sur le point de commencer notre marche de quatre heures afin de rejoindre la station où nous séjournerons deux jours. Je lui donne les données météo et Calisph’Air qui viennent d’être mesurées par Gabrielle et Maxime : 26°C, une pression de 993 hPa et une humidité relative qui est déjà de 98%. Le ciel est composé de 70% de nuages, essentiellement des Cirrus et des Cumulus. Il est 8h30, tout le monde est presque prêt. J’explique à Lucas l’utilisation du GPS du téléphone mobile, son interface tactile… C’est lui qui fera aujourd’hui, avec l’aide de Laurie, les relevés GPS de nombreux points : lorsque Philippe nous donnera une information sur un lieu, un animal ou une plante, lorsque l’on prendra une photo... Tous ces points seront ensuite répertoriés sur la carte interactive du site Internet de l’expédition. Nous nous enfonçons dans la forêt. Le début du sentier est déjà connu de l’équipe pour l’avoir parcouru en partie hier après-midi. Premier point GPS pour Lucas. Nous bifurquons rapidement, et une première montée imposante fait tout de suite chauffer les muscles de nos jambes. Au bout d’un quart d’heure, le chemin s’aplatit. A quelle altitude sommes-nous montés ? Je demande à Lucas l’information, mais nous nous apercevons que le module GPS du téléphone mobile arrive à ses limites. Celui-ci est incapable de recevoir les données de positionnement ou d’altitude. Nous nous 33


retournons vers Thomas qui a le GPS professionnel. Celuici fonctionne toujours : cette première montée nous aura fait prendre cent mètres d’altitude, en un quart d’heure ! Lucas récupère le GPS qui fonctionne, et le met de suite en action : Philippe vient de trouver un dendrobate. Une partie de son travail sur la réserve consiste à les référencer : pour cela, lorsqu’il en trouve un, il note la position GPS, et il le prend en photo, notamment son ventre et son dos, carte d’identité de l’espèce. Nous profitons de cette première pause pour nous désaltérer. C’est la consigne : boire un peu, souvent. Un colibri semble curieux de ce rassemblement. Il nous survolera de nombreuses secondes et fera plusieurs fois le tour du groupe ! Nous continuons notre marche sous un ciel encore un peu ensoleillé. La pluie n’est pas encore de la partie, mais le sol est déjà très humide. Il est 10H00, et la pluie s’invite à notre expédition. Elle ne nous quittera plus avant notre arrivée à la station Inselberg. Nos jambes endurent une alternance de montées et de descentes. Nous entendons un hélicoptère passer non loin de nous. C’est celui qui est venu apporter le matériel encombrant à la station Inselberg.

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e week-end avant de partir, Françoise, Thomas et moi avions centralisé tout le matériel nécessaire à nos trois projets pédagogiques. Deux bouteilles d’hélium de 80 kilogrammes chacune, un télescope, une lunette astronomique, la nacelle expérimentale, l’outillage et le matériel scientifique en double en cas de problème technique : il n’était pas envisageable d’emmener avec nous, sur les pirogues, puis à pied, ce matériel lourd et encombrant. Dernière réunion des trois enseignants, ultime mise au point. Chacun précise si tel carton est fragile, et comment le manipuler lors du transport. J’avais rendez-vous la veille du départ au hangar hélicoptère chez Héli-Union : ce matin, deux aller-retour en voiture ont été nécessaires pour amener environ deux cents kilos de matériel. Une fois les consignes de manipulation transmises, je suis retourné préparer les derniers protocoles de transfert 34


de données avec Amandine, par mail. Amandine est une élève du groupe de Laurie et Lucas, elle a voulu s’investir sur les transferts de données. Elle recevra chez elle, à Cayenne, les données météo et Calisph’Air, puis les mettra sur une carte qui reprend le tracé de l’expédition. A plusieurs endroits choisis pour leur diversité (urbain, fleuve, stations, forêt, sommet de l’Inselberg), elle notera au fur et à mesure les informations reçues. Ainsi, tous ceux qui suivront en direct l’expédition, notamment via la campagne Calisph’Air, pourront comparer rapidement les mesures faites. A un jour de l’expédition, la météo était maussade : forts vents, parfois des averses. Au début de la petite saison des pluies, nous devions prendre toutes les précautions pour les jeunes et le matériel par rapport à cette météo. Des questions me revenaient sans cesse : les trois projets pourront-ils être menés malgré les pluies qui s’annoncent fréquentes ? Calisph’Air repose sur une mesure d’épaisseur optique, qui doit être faite sans nuage… Le ciel sera-t-il assez dégagé en soirée, pour les observations astronomiques ? Un lâcher de ballon stratosphérique sous la pluie c’est possible, mais compliqué. Et en cas de report du lâcher, pour cause de grand vent, aurions-nous le temps de tout reprogrammer ? Les hélicoptères pourraient-ils faire les rotations prévues : dépose du matériel, retour de l’équipe ? Point positif lors d’une dernière vérification de la météo de ces quatre prochains jours : des éclaircies semblaient être prévues… Dernière rencontre l’après-midi avec Greg au Rectorat : démonstration de l’utilisation de la carte interactive. Je n’ai pu que le féliciter et le remercier, en restant impressionné par son travail et son investissement dans ce projet.

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’est une bonne nouvelle d’entendre l’hélicoptère. Si nous entendons le bruit de son moteur d’où nous sommes, c’est qu’il vient de déposer notre matériel à la station Inselberg. Il est en train de descendre à la station Pararé pour aller chercher Thomas, que nous retrouverons après notre marche, et notre « petit » matériel personnel. « Petit » pour l’hélicoptère, mais pas pour nos dos si nous avions du le porter. Le premier « bobo » provient de Maxime : il s’est engagé dans cette marche sans mettre de chaussettes dans ses chaussures, il n’en avait plus de sèches au moment de partir. Nous aurions dû vérifier plus en détail leur équipement… Soin rapide, pose d’un pansement deuxième peau, et on lui prête des chaussettes ! La marche peut reprendre. Nous entendons l’hélicoptère repasser.

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Il est maintenant 10H30, et la forêt composée jusqu’à présent d’arbres laisse place à une forêt de palmiers. La différence est fondamentale : les arbres poussent en hauteur et grossissent en diamètre. Les palmiers ne poussent qu’en hauteur. La densité de la flore s’en ressent. La pluie qui tombait depuis une demi-heure vient de cesser. Le soleil revient et ses rayons arrivent à percer cette végétation jusqu’au sol. Malgré cela, il n’y a pas assez de lumière sur le sentier. Le groupe Calisph’Air sort du layon et rejoint un endroit parfaitement ensoleillé. Il tente une mesure Calisph’Air, et fait également les relevés météo. Au même moment, Julie et ses camarades de la classe de Françoise font la même chose, depuis le Lycée. Pendant toute la durée de l’expédition, une campagne nationale Calisph’Air a été lancée. Des mesures similaires seront prises à Camopi, à Cayenne, mais aussi en Métropole, par des élèves et leurs enseignants. L’ensemble des données recueillies seront intégrées au site GLOBE et Météo-Des-Ecoles. Nous poursuivons notre marche, observons avec prudence une fourmilière de fourmis flamandes : ces gros insectes noirs,(de deux centimètres environ) ont la particularité d’avoir un dard dont la piqûre peut rester douloureuse jusqu’à vingt-quatre heures chez l’humain. Nous entrons dans une forêt de lianes. C’est l’endroit le plus riche en espèces d’oiseaux et de fourmis. Nous passons à coté d’un nid de fourmis, un phasme s’est agrippé après Alexandre. Cela fait maintenant près de trois heures que nous marchons. Nous avons pris du retard, car nous ne sommes qu’à la moitié du trajet ! Nous contactons par radio Patrick, responsable de la station Inselberg. Nous lui indiquons la position GPS et l’altitude (184m) que Lucas vient de relever. Patrick transmet aussitôt ces informations à Greg, par téléphone satellite. Comme prévu, la carte interactive est mise à jour, et notre point de mi- parcours s’affiche non loin de notre point de départ de ce matin. La forêt devient mixte, nous accélérons un peu la cadence. Une heure plus tard, le sol devient granitique, et nous recommençons à monter. Nous avons la sensation d’approcher l’Inselberg des Nouragues. La pluie nous rejoint à nouveau. L’équipe est silencieuse. Seuls quelques 36


souffles trahissent des efforts physiques accomplis par chacun. La distance entre le premier et le dernier s’agrandit. Alexandre fait une chute en glissant. Impressionnante sur le moment, mais sans gravité. Il souffre du genou, mais reste en tête du groupe. Il est maintenant 13H00, et encore une fois la forêt change de visage. Nous arrivons à la crique cascade : un merveilleux paysage, composé de sable, d’eau transparente, de rochers et d’arbres, est magnifié par le soleil. Sur les rochers, des polissoirs amérindiens nous rappellent l’origine des ces terres. Philippe et Gilles nous expliquent le fonctionnement du barrage hydraulique de cette crique cascade : c’est grâce à cette installation écologique que la station Inselberg peut être alimentée en électricité ! Nous arrivons ensuite dans un lieu de recherche sur le terrain. La forêt est ici « découpée » en carrés, tous repérés selon un quadrillage. Pratique pour s’y repérer, chaque endroit abrite un domaine d’étude biologique particulier. Nous passons sous le « Caillou Dolmen », arpentons une longue et grande descente, puis une dernière petite ascension… Nous y sommes. Après 5 heures de marche, M. Alain Pavé, Directeur du C.N.R.S. Guyane, et Patrick, responsable de cette station, nous accueillent sur la station des Nouragues ! Objectif numéro deux atteint !

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a pluie nous accompagnera pendant le repas et l’installation dans le camp. Chacun sait maintenant accrocher correctement son hamac et sa moustiquaire. Je suis en relation par téléphone satellite avec notre référent au Rectorat et lui donne les dernières informations concernant notre arrivée : l’heure, la position GPS précise de la station, et son altitude : 105 mètres. Ce matin, nous sommes partis d’une altitude proche de zéro, et sommes passés plusieurs fois par des crêtes à 200 mètres. Je lui confirme aussi que la connexion Internet de la station est fonctionnelle, et que je pourrai maintenant mettre à jour moi-même le site Internet. Il restera aux aguets, car je continuerai de lui transmettre par mail nos coordonnées GPS lors des randonnées. En cas de trop fort couvert nuageux, la connexion Internet 37


peut être rompue, nous reprendrions alors le contact via la connexion satellite. L’équipe se concerte avec Philippe à propos des deux randonnées prévues. L’une aux « terrasses » de l’Inselberg, l’autre à son sommet. Les élèves sont fatigués de leur marche de ce matin, la météo semble proposer une éclaircie et nous nous posons la question de les emmener ou pas au sommet de cette excroissance granitique au milieu de la forêt amazonienne. Philippe et Gilles nous donnent alors le mot d’ordre : il faut profiter de toutes les occasions que nous aurons, le temps étant trop capricieux pour l’anticiper et se poser trop de questions. De plus, repartir d’ici sans avoir fait l’une de ces deux randonnées semble inacceptable pour l’équipe. « On y va ! » La plus belle des destinations, le sommet de l’Inselberg des Nouragues, est la priorité. Tout le monde semble d’accord. Les jeunes semblent désappointés de notre décision, mais nous savons qu’une fois en haut, toute leur fatigue et leurs douleurs musculaires seront vite oubliées face au spectacle qu’ils auront en face d’eux. Il est 15H00, je mets à jour le site Internet en précisant que nous nous préparons pour cette randonnée. Tout le monde part dans un quart d’heure… sauf Alexandre. Son genou lui fait encore mal. Un médecin venu accompagner un chercheur sur son programme lui conseille de renoncer à monter sur l’inselberg !

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V - Premier jour sur la station Inselberg Mercredi 2 décembre - 15H15

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ous tarversons la zone d’atterrissage de l’hélicoptère et empruntons un nouveau chemin. Instantanément nous nous retrouvons dans cette forêt que nous connaissons bien maintenant. Nous enregistrerons cette fois-ci tout le trajet en tracé GPS. Nous sommes correctement équipés, et marchons à bonne allure. Très vite, nous ralentissons, la montée est intense. Sans doute à quarante-cinq degrés, voire plus par endroit. Les arbres servent d’aide à la montée, après avoir bien regardé qu’ils n’étaient pas pourvus d’épines. Le sol est glissant, nous posons correctement nos pieds afin de ne pas glisser. Par moment, nous apercevons le sommet de cet énorme caillou sur notre droite, entre deux arbres. Nous sommes en train de le longer, en gagnant petit à petit en altitude. Et cette vue, aussi belle qu’elle soit, nous informe sur la réalité de la hauteur à atteindre ! Notre avancée est lente et difficile. Nous arrivons sur une zone à peu près plate et percevons de nombreux chants d’oiseaux. Le sentier redevient très vite pentu. Laurie se plaint de sa cuisse, son pied a glissé, et sa jambe s’est retrouvée en étirement forcé. Nous regardons ensemble l’état de sa jambe et discutons avec elle. Elle peut continuer, nous sommes presque arrivés. Elle pourra se reposer au sommet. Après une heure de marche, nous sortons de la forêt pour arriver sur un sol granitique lisse. Le GPS nous indique une progression d’un kilomètre par heure et une altitude de 400 mètres. Ces deux informations nous confirment, s’il en était besoin, l’intensité de l’épreuve physique que nous venons de subir. Nous faisons une pause à un premier point de vue. Le spectacle est fabuleux. Nous apercevons la canopée à perte de vue et attendons le reste de l’équipe. Une fois que tout le monde est là, Philippe et Gilles nous dirigent vers un second point de vue. Tout le monde est béat devant la beauté de ce paysage. C’est magnifique ! Pendant cette montée, entre pluie et soleil, nous avons glissé, sué, eu mal aux jambes… Tout cela semble oublié 39


lorsque l’on voit les regards émerveillés devant cette nature qui, encore une fois, nous surprend par sa diversité et sa beauté. En arrière plan, un immense camaïeu de vert, légèrement ondulé, laisse progressivement la place au ciel bleu et à ses épais nuages blancs. Au premier plan, c’est un dégradé de gris aux lignes pures et sinueuses qui se croisent selon le relief du caillou granitique sur lequel nous sommes. Trois milieux différents, trois teintes. Le soleil est très vif et perce à travers les nuages. Etre en face de lui nous donne encore une autre vision : un peu ébloui, les collines de l’Inselberg semblent se noyer dans la verdure de la forêt Amazonienne. Je prends un peu de recul pour photographier le groupe. Celui-ci est posé au sommet de l’Inselberg et semble minuscule. L’équipe météo/Calisph’Air n’oublie pas son travail et fait ses relevés. Lucas note toujours les points GPS. Nous admirons ce ciel qui, grâce au soleil commençant à s’éclipser derrière l’horizon, nous propose un panel de couleurs orangées qui embellit encore plus le paysage. Le temps semble comme arrêté. Philippe, vigilant, nous sort de notre admiration et nous conseille de partir, le ciel devenant très couvert non loin de notre position. Le soleil continu sa descente, et nous l’imitons dans notre marche. Laurie n’a plus mal à sa cuisse, mais elle sait qu’il va falloir faire très attention lors du retour. Encore une fois, la pluie s’invite à notre marche, nous rentrerons donc tous mouillés !

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l’arrivée sur la DZ, Laurie, Lucas et moi devons faire un lâcher de ballon témoin afin de commencer à préparer l’opération ballon stratosphérique du lendemain. C’est également une sorte de répétition de l’utilisation des bouteilles d’hélium. Si celles-ci font quatre-vingt kilos et qu’elles mesurent un mètre vingt, c’est parce qu’il y a près de dix mille litres d’hélium compressés dans un volume de seulement cinquante litres. Il est hors de question d’envoyer ce gaz sous cette pression (près de deux-cents bars, c'est-à-dire deux-cents fois la pression atmosphérique) dans nos ballons. Laurie installe le détendeur sur le robinet de la bouteille d’hélium : c’est à travers ce dispositif que le gaz va se détendre, pour avoir une pression très proche de la pression atmosphérique. Elle y place en sortie un petit ballon de 40


baudruche. Il servira de ballon témoin. Un premier essai, mais le ballon éclate, nous avons voulu faire trop vite. Nous recommençons en envoyant le gaz plus doucement, Laurie ferme le ballon. Nous chechons rapidement quel endroit sera le plus propice pour le lâcher de ballon de demain. Laurie s’y place, et libère le ballon témoin. Nous suivons tous les trois son ascension, il monte suffisament pour dépasser la cime des arbres, il vire soudainement sur notre gauche. Nous discutons alors du projet ballon : il faudra sans doute raccourcir la chaîne de vol pour éviter que la nacelle sous le ballon ne s’accroche dans les arbres à cause du vent. Nous choisissons un autre lieu de lâcher, plus bas et décalé sur le coté pour avoir plus de marge. Nous consignons tout cela et je libère Laurie et Lucas. Au programme de la soirée nous avons deux exposés par des scientifiques. Mais avant, les douches et les habits propres redonnent un peu d’éclat à nos visages marqués par la fatigue. Le médecin examine et réconforte nos jeunes. Les blessures ne sont pas graves, et le principal remède reste le repos et quelques étirements.

L

e premier exposé nous est proposé par un couple de scientifiques américains de renommée mondiale. Leurs recherches portent sur la manière dont les jeunes feuilles des arbres se défendent de la prédation. Sur un jeu de questions réponses en anglais, nos élèves et le reste de l’équipe s’intéressent à ces travaux hors du commun. Ils sont d’abord étonnés, puis passionnés. Nous sommes réunis autour de cette grande table qui permet à tout le monde de discuter de cette deuxième journée, de la vie dans les stations, des projets en cours. A leur tour, les élèves expliquent aux scientifiques d’où ils viennent, leurs travaux, leur programme sur les jours à venir. Le délicieux poisson sauce « Nouragues » préparé par Patrick fait l’unanimité. Le ciel commence à se découvrir. Alexandre et Joannès, guidés par leur enseignant Thomas, sortent de table et vont installer le matériel d’astronomie pour la première soirée d’observation. Le télescope et la lunette astronomique seront reliés à un ordinateur via une webcam. Cela permettra d’enregistrer les images et de les exploiter par la suite. Un logiciel qui enregistre plusieurs images d’un même astre, arrive en recombinant ces images à en obtenir une de meilleure résolution, et permet d’ajuster finement le contraste et la luminosité. Pendant ce temps, Marc Dubois, physicien théoricien, commence son exposé. Depuis quelques temps déjà, il travaille sur la mesure de l’indice foliaire : la quantité de lumière qui, après avoir traversé les feuilles des arbres, arrive au sol. L’homme est ingénieux, il a conçu lui-même son appareil pour mesurer cet indice à partir d’un judas de porte, d’une photorésistance et d’un multimètre. Cet appareil « fait maison » remplace son homologue industriel beaucoup plus coûteux avec brio. De plus, ce montage semble être compris par nos élèves qui ont déjà étudié ce composant et le multimètre. Après cette séance, nous décidons de garder contact afin de reprendre cette idée pour, peut-être, de futurs projets. Le groupe Calisph’Air retient une information importante issue des données de Marc : moins de un pourcent de la lumière du soleil arrive

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au sol. Ils la comparent aux données d’éclairement qu’ils ont eux même fait en plein soleil et en forêt. Une simple division et leurs mesures donnent un résultat similaire. Première exploitation concluante de cette campagne !

22H00. Il est temps d’aller étudier le ciel. Des observations

seront faites malgré une alternance de nuages qui ne facilite pas le travail du groupe Astronomie. Nous sommes presque sans aucune pollution lumineuse, et de ce fait, nous voyons beaucoup plus d’étoiles que si nous étions sur Cayenne ou ses alentours. Parmi cette multitude d’étoiles, il est alors plus difficile de repérer les constellations : grâce aux connaissances et repérages d’Alexandre, Joannès et Thomas, tout le monde arrivera à voir, à l’œil nu, la constellation d’Orion, de Persée, du Taureau. Les cratères Copernicus et Posidonius de la Lune occuperont les oculaires de la lunette astronomique et du télescope. Il est malheureusement trop tard pour observer Jupiter : la planète est déjà descendue sous la cime des arbres. Il faudra revenir plus tôt demain soir. Nous rangeons le matériel vers minuit. Je finis cette soirée sur l’ordinateur portable relié à Internet. Je tiens à mettre à jour notre site, avec quelques photos et commentaires. Tout ce que nous avons vu et vécu aujourd’hui, je veux le partager. J’apprendrai plus tard que cette première « vraie » page de commentaires et d’illustrations sur notre site aura été appréciée par tout le monde, et surtout les familles de nos jeunes aventuriers. Rassurés de savoir que tout se déroule pour le mieux, et fiers de voir leurs enfants accomplir cette expédition, ils ont pu, eux aussi, être émerveillés grâce aux photos envoyées.

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VI - Une seconde journée intense Jeudi 3 décembre - 6H30

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a majorité du camp dort encore. Les idées claires, c’est au petit déjeuner que je me rends compte de quelques oublis dans notre travail ! Il n’y a pas encore eu de mesures Calisph’Air depuis notre arrivée à la station Inselberg. Nous n’avons ni chargé les onduleurs qui seront peut-être nécessaires au projet ballon en cas d’interférences du réseau électrique, ni soudé le pack de piles servant d’alimentation principale à la nacelle expérimentale. En effet, le réseau électrique provient du barrage de la crique cascade, il est possible que notre récepteur ne réagisse pas bien à ce type d’alimentation électrique et subisse des interférences. Dans ce cas, il faudrait isoler cet émetteur afin d’obtenir un signal « propre » et exploitable par l’ordinateur. Cela se fait à l’aide d’onduleurs, qui doivent être chargés au maximum ! Nous n’avons pas relié le pack de piles servant d’alimentation principale à la nacelle pour éviter toute décharge malencontreuse. Nous avons des piles neuves afin que l’émetteur embarqué dans cette nacelle émette au minimum pendant trois heures, durée approximative du vol du ballon (deux heures de montée et une heure de descente). C’est donc sur place que nous devons faire les dernières connexions et les tests associés. J’informe Laurie et Lucas et nous nous donnons rendez-vous au carbet « Recherche » dès la fin du petit-déjeuner pour effectuer notre travail en retard. L’installation de l’aire de lâcher commencera vers 9h15, dès que l’hélicoptère qui doit amener l’équipe presse, sera reparti.

9H20. Laurie lâche un nouveau ballon témoin. Il monte comme hier, nous confirmons alors l’emplacement définitif de l’aire de lâcher du ballon stratosphérique. Tout le monde s’affaire. Certains installent une grande bâche sur la DZ, à l’endroit indiqué par Laurie. La bâche n’est pas assez tendue, il faut trouver quelque chose pour bien la fixer au sol. Alexandre revient avec des boites de conserves qui serviront de poids ! Ils installent ensuite, sur les indications de Laurie, un ruban de sécurité pour indiquer la zone de lâcher, en accès restreint. Pendant ce temps, un autre groupe suit les instructions de Lucas pour installer l’antenne sur le terrain, et son câble coaxial de vingt mètres qui sera relié au récepteur radio placé dans le carbet « Recherche ». Ce 43


récepteur via son antenne devra capter le mieux possible les signaux qui seront envoyés par l’émetteur de la nacelle pendant tout le vol. L’heure prévue (on parle de H0) approche très vite. Lucas finit d’installer la station de télémesure : démultiplexeur, ordinateur. Laurie met sous tension la Nacelle, et Lucas vérifie la bonne réception des données sur le récepteur, puis sur l’ordinateur. Son feu vert est donné pour commencer le gonflage du ballon stratosphérique à l’hélium. La nacelle est mise hors tension pour économiser les batteries. Sur l’aire de lâcher, je donne les consignes pour se placer autour du ballon qui commence déjà à se remplir d’hélium. Joannès, Alexandre et Thomas doivent empêcher le ballon de monter pendant toute la durée du gonflage, l’hélium étant plus léger que l’air. Laurie, également Chef de Vol, est au niveau du manchon : c’est l’endroit où est accroché le tube par où arrive l’hélium. Ne pas le faire vriller. En parallèle, Gabrielle et Maxime, du groupe Calisph’Air, font plusieurs relevés de température, de pression, d’éclairement et d’humidité. Ces mesures nous serviront plus tard en classe lors des exploitations de données envoyées pendant le vol. Le ballon se gonfle progressivement. Je rejoins Lucas au poste de télémesure. Nous faisons un essai sans onduleur : aucune interférence ne vient gêner le système. Les onduleurs restent à coté, au cas où. Il est 10H25. Le ballon est gonflé : plus de cinq mille litres d’hélium ont tendu cette enveloppe de latex jusqu’à ce qu’elle fasse plus de deux mètres de diamètre. Il y a assez d’hélium pour soulever, selon le principe d’Archimède, la nacelle expérimentale et toute sa chaîne de vol : réflecteur radar et parachute. Il faut tenir compte de la masse de l’enveloppe du ballon : un kilo et deux cents grammes. J’ai volontairement surgonflé un peu le ballon : je sais que cela aura pour effet de le faire éclater à une altitude un peu plus basse que les vingt-cinq kilomètres envisagés, mais cet excès d’hélium devrait permettre au ballon et à sa nacelle de monter au dessus de la cime des arbres gigantesques qui nous entourent sans risquer d’y rester accrochés. Cinq minutes avant H0, Lucas nous rejoint sur l’aire de lâcher, la 44


station de télémesure reçoit déjà les signaux de la nacelle, qui vient d’être remise sous tension. Tout le monde a les yeux rivés sur ce ballon qui tire vers le ciel le parachute rouge et blanc, le réflecteur radar argenté, et cette nacelle expérimentale enveloppée d’une couverture de survie, afin de l’isoler thermiquement du froid en altitude. Laurie, qui la tient fermement, empêche l’ensemble de s’envoler.

V

endredi dernier, c’était notre dernière séance avec ma classe de M.P.I. (Mesures Physiques et Informatique), l’ultime séance avant de partir en expédition. Pendant ces trois heures, les élèves devaient finir leur nacelle. Si les circuits électriques des capteurs étaient prêts, certains n’étaient pas encore implantés dans la nacelle. JeanNoël, enseignant de Sciences-Physiques au collège Lise Ophion de Matoury et aérotechnicien, était là pour qualifier cette nacelle. Il devait vérifier que les plans électriques et mécaniques étaient conformes, que la masse et les dimensions de la nacelle répondaient bien aux normes fixées par le cahier des charges de Planète Sciences. Les hypothèses formulées par les élèves pourront être mises en évidence ou infirmées d’après les capteurs utilisés et leurs études préliminaires faites en classe. Un par un, Jean-Noël a validé ces points en cochant des cases sur une fiche dédiée. Le problème venait de la télémesure : comme tous les capteurs n’étaient pas en place, on ne pouvait pas faire le test complet. La fin de séance, 17H30, approchait. Je devais revenir le lendemain pour finir la nacelle. J’ai proposé à mes élèves de revenir demain. Samedi matin. Ils n’ont normalement pas cours. Nous avons fini la séance par un test concluant de télémesure avec les capteurs déjà montés. Le lendemain, très bonne surprise. C’est finalement plus de la moitié du groupe qui a pu se déplacer ce matin, malgré les problèmes actuels de circulation. En effet, depuis quelques jours déjà, le pont du Larivot qui traverse la rivière de Cayenne est fermé pour travaux. Cela a pour conséquence d’allonger la durée du trajet pour venir au lycée. Je savais que certains seraient également venus sans ce problème. Les élèves se sont donc attelés à la finition de leur nacelle. Leur travail a même permis de détecter des pannes : fils mal soudés, composants défectueux. Ils ont donc fait les réparations nécessaires avant un test final, avec toute la station de télémesure installée dans la salle : tous les paramètres se sont révélés optimaux. Nous avons ensuite 45


tout embarqué dans la voiture, pour son transfert jusqu’à l’hélicoptère avec le reste du gros matériel.

Il est l’heure. Le fameux H0. Le vent est quasiment nul.

Cela réduit les risques de voir la nacelle finir dans les arbres. Notre Chef de vol, Laurie, fait le décompte final : 10… 9… 8… 7… Elle est interrompue par Alain Pavet. Il connait par cœur la manière dont évoluent les vents sur cette DZ. Effectivement, un vent soutenu vient souffler sur l’aire de lâcher. La chaîne de vol tangue sous son effet, le ballon se déforme. Alain regarde un arbre au loin. Quand celuici arrêtera de bouger, il faudra faire le lâcher. Je conseille alors à Laurie de reprendre son décompte à partir de « cinq » au lieu de « dix », dès qu’Alain lui donnera le signal. Les yeux sont rivés sur lui. Il tourne la tête en nous disant « Allez ». Laurie reprend rapidement son décompte… 5… 4… 3… 2… 1… ZERO. Comme prévu, le ballon monte à la verticale, puis vire dès qu’il passe la cime des arbres. Le groupe astronomie tente de le suivre en visuel le plus longtemps possible à travers la lunette astronomique. Les précautions prises (raccourcissement de la chaîne de vol, surgonflage du ballon, gestion du vent au moment du lâcher) permettront à la nacelle expérimentale, baptisée « Fly Away » par les élèves, de survoler la canopée pendant près d’une heure et quarante-cinq minutes. Le ballon et « ses passagers électroniques » monteront environ vingt-deux kilomètres en un peu plus d’une heure. A cette altitude, l’enveloppe du ballon est tellement tendue qu’elle éclate toute seule. La nacelle redescend alors, sous parachute pour ralentir sa course. En trente minutes environ elle retombe au sol. Nous ne la retrouverons sans doute jamais : à cause des vents, elle peut retomber dans un périmètre de 300 kilomètres ! Mais grâce à la télémesure qui a parfaitement fonctionnée, surveillée pendant les deux heures de vol par Gabrielle et Laurie, toutes les données envoyées par la nacelle ont été enregistrées sur l’ordinateur. Dès ce soir, Laurie et Lucas pourront faire un premier débriefing de ce vol U.B.P.E. hors du commun.

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A

vant le repas, qui sera l’occasion pour nos adolescents de confier leurs impressions aux équipes presse écrite et télévision venues pour l’occasion, une partie du groupe s’équipe pour aller aux « Terrasses de l’Inselberg ». Cette randonnée nous amènera à mi hauteur entre la station et le sommet. Une sorte de balcon, tout en granite. La montée est courte, mais intense. Alexandre profite au maximum de cette marche et de cette splendide vue à l’arrivée, lui qui avait préféré ne pas monter au sommet pour ne pas prendre de risque vis-à-vis de son genou. Encore une fois, la canopée se dévoile sous nos yeux à perte de vue ! Derrière nous, l’Inselberg des Nouragues est imposant. On aperçoit l’eau ruisseler sur son flanc chargé de végétation. Malheureusement la pluie arrive, et il faut redescendre avant que la roche ne soit trop glissante, et que le trajet ne devienne dangereux.

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Après déjeuner, Alain Pavé fait un exposé du travail du C.N.R.S. en Guyane, depuis maintenant sept ans. Il raconte l’histoire des stations Pararé et Inselberg des Nouragues : pourquoi ce lieu, pour y faire quoi, il passionne l’auditoire, et les questions fusent ! Explications et avis sur la biodiversité, sur les conditions de survie des espèces… Nous resterons sur une de ses dernières phrases : « Le hasard et la biodiversité sont une assurance pour la vie ». Laurie a la lourde tâche d’enchaîner sur un premier compterendu du vol du ballon stratosphérique de ce matin. Il est presque 16H, nos jeunes scientifiques montrent de réels signes de fatigue. Cela fait trois jours qu’ils n’arrêtent pas : physiquement et mentalement, ils ont besoin de repos. C’est leur dernière journée sur le site, et afin que tout le monde puisse profiter au maximum cette dernière soirée qui sera en partie occupée par des observations astronomiques, nous les laissons se reposer. Nous proposons à ceux qui le veulent d’aller voir les coqs de roches. Ils ont également un ultimatum : une partie des comptes-rendus nécessaires aux projets pédagogiques doivent être finis pour ce soir… Un court repos donc… Je profite de ce temps calme pour mettre à jour notre site et envoyer des données à Greg et Amandine.

Jusqu’à présent nous avions eu beaucoup de chance. La

météo a été clémente quand il le fallait pour nous permettre les « visites » prévues et ne pas compromettre les projets pédagogiques… Un soleil couchant a sublimé notre arrivée au sommet de l’Inselberg… Les connexions avec Cayenne ont toutes fonctionné… Des animaux étaient là où nous posions nos yeux… Il nous fallait encore un peu de chance pour apercevoir un coq de roche. La veille, lors de notre montée au sommet de l’Inselberg, une partie de l’équipe avait fait une petite bifurcation pour aller observer ces oiseaux si particuliers. Et ils en ont vu. Malheureusement, aucun d’entre n’aura réussi à faire une image correcte de l’animal. Je suis avec Thomas sur la DZ, nous attendons les

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courageux qui veulent - qui peuvent - encore dépenser leur énergie pour aller sur les leks des coqs de roches. Il me montre un arbre au loin, peut-être à dix kilomètres. Et il me dit qu’il y a un « baboune » : un singe hurleur. Invisible à l’œil nu, invisible à l’appareil photo, même avec le zoom déployé au maximum… Une bonne paire de jumelles me permet enfin de voir une petite tâche rousse dans les arbres. Thomas court sortir le télescope, et vise l’arbre occupé. Nous mettons chacun notre tour notre œil dans le viseur, et voyons enfin l’animal se gratter, à la cime de l’arbre. Ce singe au cri rauque si fort, si particulier, fait penser à celui qui l’entend qu’il est en présence d’un énorme animal. Il ne mesure en fait qu’une soixantaine de centimètres pour une petite dizaine de kilos. Ce cri peut s’entendre jusqu’à trois kilomètres à la ronde et permet ainsi de signaler la présence d’un groupe. Encore une fois la chance est avec nous ! Nous faisons profiter le reste du groupe de cette observation avant de partir à la recherche des coqs de roches avec Philippe. Nous montons rapidement le sentier, tournons à gauche avant de continuer sur le layon qui nous avait mené, la veille, au sommet. Philippe nous fait signe d’être silencieux. On approche d’un endroit où le sentier semble comme nettoyé de ses brindilles et feuilles mortes. Philippe nous explique que ce sont les coqs de Roches mâles qui nettoient l’endroit pour s’en servir d’aire de parade : on appelle cela des leks. Le mâle a un plumage de couleur orange vif, ce qui permet de l’apercevoir assez facilement dans la densité de la forêt. Facilement lorsque qu’on a l’œil et que l’on est au bon endroit au bon moment. Le bon moment, c’est lorsque le soleil perce les feuilles des arbres pour venir éclairer ces leks justement. La chance nous lâche, le soleil est trop discret, les coqs de roche ne sont pas là… Nous patientons… Puis nous finissons par descendre avant que la nuit ne tombe complètement sur le sentier du retour.

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endant que Joannès et Alexandre installent déjà leur matériel d’astronomie - pas question de rater Jupiter ce soir - Lucas recoupe ses données GPS avec les photos prises la veille pendant la marche entre Pararé et ici. Il choisit les meilleures photos en fonction des lieux repérés, les met en pièces jointes à son mail comprenant les lieux, leur description et leur position GPS. Une fois terminé et vérifié, il envoie le mail à Greg. Dès le lendemain, ces informations seront sur notre carte interactive. C’était un des objectifs : envoyer des informations depuis l’expédition vers Cayenne, et pouvoir nous suivre en temps réel, ou « en léger différé » ! C’est Alexandre qui a préparé notre dernier repas. Un Risotto ! Philippe et lui s’étaient mis en contact quelques semaines avant le départ de l’expédition afin de préparer la liste des courses nécessaires. Tout le monde en reprend, mais il faut finir rapidement, car nous devons profiter de la planète Jupiter avant qu’elle ne se couche derrière l’horizon, ou plutôt derrière les arbres, ce qui réduit encore l’intervalle de temps disponible. Nous rejoignons le groupe astronomie déjà en place sur la DZ. Cela fait déjà quelques minutes qu’ils essaient de voir et de prendre en photo Jupiter avant sa disparition. Les nuages sont joueurs ce soir : s’ils laissent le ciel découvert assez longtemps pour pouvoir observer Jupiter, ils reviennent aussitôt après ne permettant pas de prises de photos correctes. Le groupe nous fait donc profiter directement dans l’oculaire du télescope la vision de cette planète qui nous montre d’abord une vue d’ensemble : un gros point blanc (Jupiter) et quatre autres petits points alignés sur le coté : ce sont ses satellites. Sur Terre nous n’avons qu’un satellite naturel, la Lune. Jupiter en a plus d’une soixantaine ! Nous observons les quatre principaux : Io, Europe, Ganymède et Callisto. On les appelle également les Lunes galiléennes : c’est Galilée qui les observa le premier au début du XVIIème siècle. Pendant ce temps, Thomas essaye de faire des prises de vue malgré les nuages… Joannès et Alexandre modifient les réglages du télescope, avec un autre oculaire, l’image est encore grossie. L’observation se focalise sur Jupiter seulement. Ils font la mise au point, et arrivent à faire apparaitre les bandes de Jupiter : une alternance de régions claires et de régions sombres à la surface de la planète.

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Chacun attend son tour. Nous partageons notre étonnement et notre enthousiasme à propos de ce que nous sommes en train d’observer. Alexandre, Joannès et Thomas nous donnent des informations complémentaires, répondent sans faillir à nos questions, parfois très


simples ou farfelues, parfois complexes ! Une fois Jupiter couché, nous nous intéressons à nouveau à la Lune, à ses cratères, à son relief, toujours impressionnant, puis aux différentes constellations visibles. Personne ne souhaitait voir se terminer cette dernière soirée, pourtant la fatigue prend rapidement le dessus. Surtout qu’il est prévu de revenir vers trois heures du matin : Saturne et Mars seront alors visibles ! Tout le monde est alors rapidement au lit, des images plein les yeux : celles de ce soir bien sûr, mais aussi des jours précédents, qui ont été tellement riches !

VII - Au dessus de la canopée Vendredi 4 décembre - 6H30

Quatrième

et dernier jour de la mission Nouragues 2009. Tout le monde est debout de bonne heure. Le groupe astronomie nous apprend que le ciel était trop couvert cette nuit vers trois heures du matin pour observer Saturne ou Mars. Dernier petit déjeuner ensemble, le groupe est très calme. Malgré la fatigue et le travail à effectuer tout le monde voudrait rester encore un peu sur ce site exceptionnel. Chacun a su prendre son rythme, s’habituer à son hamac, son carbet, cette vie en communauté dans un milieu naturel et scientifique.

Les rotations d’hélicoptères s’organisent. L’ensemble du matériel arrive petit à petit sur la zone d’atterrissage : les affaires personnelles, le matériel scientifique, les sacs de déchets qui ne peuvent rester sur place. Lorsque l’hélicoptère Yankee Lima se pose, tout le monde est prêt. Le souffle des pales lorsqu’il s’approche du sol est violent et nous fait tourner la tête afin de ne pas prendre de poussière dans les yeux. Les pales ralentissent, puis s’arrêtent. Bertrand, le pilote, descend et nous donne ses consignes. Tout le monde s’active : la première rotation amènera quatre personnes, chacune avec ses affaires personnelles, et une partie du matériel scientifique.

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Une fois installés à bord, les casques permettant de communiquer sont posés sur nos oreilles. Ils amoindrissent aussi considérablement le bruit du moteur. Pour certains, c’est le premier vol en hélicoptère : sourire franc ou crispé, c’est un moment que nos six jeunes scientifiques attendaient. Trois mois auparavant, lors de la présentation du projet dans les classes, on leur avait révélé le retour de l’expédition en hélicoptère, un peu comme une récompense pour les efforts fournis pendant les quatre jours d’expédition ! Le moteur se met en route, les pales tournent de plus en plus vite au dessus de nos têtes. Le sol s’éloigne, l’hélicoptère se penche en avant et prend rapidement de la vitesse, et un peu d’altitude. A plus de 200 kilomètres par heure, nous frôlons la cime des arbres, en suivant le relief de la forêt. Quelques sensations de micropesanteur par moment malmènent les estomacs. La canopée défile sous nos yeux, à une vitesse impressionnante. Les fleuves et clairières sont les seules alternatives à cette verdure resplendissante. Une forêt vierge, une forêt primaire. Cette biodiversité dans toute sa splendeur. Après l’avoir parcourue à pied, nous la voyons à cet instant tout autrement, par zones : de palmiers, d’arbres, déboisée… Nous pouvons voir à des kilomètres à la ronde l’étendue de cette végétation. Déjà l’Inselberg des Nouragues, si imposant lorsque nous étions à son pied ou sur son sommet, semble noyé dans cet océan de verdure. D’autres inselbergs se révèlent au fur et à mesure de notre vol. Tout va très vite. En quinze minutes nous avons déjà parcouru les quarante-six kilomètres qui nous séparaient du point de rendez-vous sur le sentier de Bélizon.

T

rois rotations d’hélicoptères aurons été nécessaires pour amener tout le monde sur la zone d’atterrissage où nous attend notre bus. Une quatrième ira directement à Cayenne, avec le matériel scientifique le plus imposant : bouteille d’hélium, télescope… La musique diffusée par la radio du bus nous ramène tout doucement vers la civilisation. Phil Collins qui nous avait 52


accompagnés en musique sur le trajet de l’aller est encore présent pour notre retour, cette fois entre deux chants de Noël version zouk. Certains s’endorment, d’autres prennent des notes sur un calepin aux bords abimés par les dernières pluies, ou discutent de tout ce qui vient de se passer, et de ce que nous allons maintenant en faire. Et si, en plus du film, nous faisions un petit livre… Pour raconter ce que nous avons vécu, proposer aux collègues des pistes pour refaire nos expériences, pas forcement en forêt, et surtout laisser une trace de ce que nos jeunes ont accompli, ensemble…

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Epilogue 15 décembre 2009 - 9H00 C’est au Centre Spatial Guyanais de Kourou que nous avions rendez-vous, avec la soixantaine d’élèves des classes impliquées dans le projet : le groupe qui a réalisé la nacelle expérimentale du ballon stratosphérique, la classe qui a mené la campagne Calisph’Air et les élèves inscrits au club astronomie. Tous sont installés confortablement en Salle Jupiter, cette salle rouge et grise impressionnante, centre de contrôle les jours de lancements Ariane 5. Nos six jeunes aventuriers ont préparé, dans l’urgence avec leurs camarades et leurs enseignants, un premier compte-rendu des projets pédagogiques menés sur le terrain. Ils sont impressionnés par leur position d’orateur face au public présent : leurs camarades bien sûr, mais aussi les représentants du C.N.R.S., du C.N.E.S et du Rectorat. Ils ont en plus un invité de marque à convaincre : l’explorateur Stéphane Lévin. Stéphane est venu en avril 2008 mener une expédition scientifique et pédagogique de 10 jours en forêt amazonienne. Il accompagnait six jeunes toulousains, des élèves de seconde, sur une mission de terrain. A l’époque, six jeunes lycéens de Guyane les avaient rejoints au début de leur périple, pendant trois jours. En totale autonomie, ils avaient gravi la savane Roche Virginie. A l’époque, ils n’avaient pas pu accompagner le reste du groupe jusqu’à la mythique station C.N.R.S. de la réserve des Nouragues. Stéphane est venu présenter le film de cette expédition, primé au festival International du Film Scientifique 2009 de Paris. Il est également venu pour rencontrer ces jeunes guyanais qui ont vécu une expérience similaire. Leur exposé intéresse, surprend, apprend. Amandine et Julie qui ont mené une partie des projets sur Cayenne sont aux cotés de Gabrielle, Laurie, Lucas, Joannès et Alexandre. Ensemble, ils captivent leur auditoire. Nous, accompagnateurs et organisateurs, restons en retrait, nous n’étions là que pour les initier et les guider, ils ont fait le reste. Lorsque nous prenons la parole, c’est pour remercier nos partenaires, qui sont pour la majorité des amis avec qui nous avons l’habitude de travailler depuis quelques mois, ou années pour certains. Ensemble… Marie-Françoise nous présente en exclusivité quelques prises de vue de notre aventure. Les images sont superbes, les sons enregistrés nous replongent dans l’ambiance de notre aventure. Elle sait que son travail de réalisatrice va être compliqué. Le prochain rendez-vous est donné au mois de mai 2010. A notre tour nous présenterons notre film, et ce livre…

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L’expédition en un mot… Joannès : « Hasard » Inspiré par Alain Pavé « La pluie ne tombe jamais par hasard »

Lucas : « Découverte » « Ce mot pour tout ce qu’on a vu, en forêt, en pirogue, les stations, la rencontre avec les scientifiques et leurs lieux de travail. »

Françoise : « Rêve » « Cela fait longtemps que je rêvais de venir ici »

Mathilde : « Accomplissement » « Ces quatre jours sont le terme d’un projet qui date de dix-huit mois avec le C.N.R.S. et le Rectorat. C’est la concrétisation de notre collaboration. L’objectif de l’application concrète des sciences a été atteint. »

Gabrielle : « Waoouu ! » « Tout est différent : la pluie, l’Inselberg, la forêt, le carbet, l’humidité, la beauté de la forêt… »

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Thomas : « Génial » « Quand je fais de la science, je suis encore plus content de la faire dans un lieu aussi exceptionnel, avec des gens sympas. »

Gaëlle : « Réalisation » « Ce n’était pas gagné au départ ; du travail pour y arriver et aujourd’hui, on y est ! »

Laurie : « Watcha ! » « J’ai souffert, mais quand j’ai vu le sommet Inselberg, c’était beau et je n’ai rien regretté ! »

Maxime : « Fantastique » « Ce mot décrit bien tout ce que l’on a vu et entendu : les paysages, les explications, la forêt, les animaux, l’Inselberg. »

Gilles : « Chance » « La météo a beaucoup varié mais elle nous a permis de faire tout ce qui était prévu et de tout découvrir dans un temps très court. Cette réussite, c’est aussi parce qu’on a foncé dès qu’on pouvait ! Et ici, c’est comme ça ! »

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Philippe : « Lourd, mais renouvelable ! » « Tout est dit ! »

Alexandre : « Inoubliable » « C’est un projet qui restera dans nos têtes. »

Marie-Françoise : « Bouillonnement » « Par rapport à la réalisation du film, et à l’analyse de ce qui pourra être retenu dans le film. »

Christophe : « Possible ensemble » « Un projet ambitieux, un vrai travail d’équipe sur toutes les phases de préparation. Le soutien et la participation de nombreuses personnes nous ont conforté et aidé à ne jamais abandonner ce projet, pour atteindre au final tous les objectifs fixés.» 57


Remerciements RECTORAT & LYCEE LEON GONTRAN DAMAS M. Wacheux et Mme Robine, Recteurs de l’académie de la Guyane (respectivement, au moment de l’expédition et actuellement) Marie-Paule Grandin, Chargée de communication, Cabinet du Recteur M. De Lima, IA-IPR M. Langlois, IHS Sonia Da Cruz et Pierre Bouquet, DAREIC au moment du projet Grégory Pascal, Ingénieur Informaticien, CATI, Rectorat de Guyane Charly Augustin-Constantin, Chargé de mission Sciences et Espace M. Atticot, Proviseur du lycée Léon Gontran Damas M. Dallaire Dominique et M. Allo Guillaume, enseignants d’Education Physique et Sportive Françoise Capus, enseignante de Science et Vie de la Terre Thomas Luglia, enseignant de Sciences Physiques et Chimiques

CNRS M. Alain Pavé, Directeur du CNRS-Guyane et directeur du Programme Amazonie du CNRS Gaëlle Fornet, Chargée de communication Philippe Gaucher, Directeur technique des stations Gilles Peroz, ACMO Mathias et Patrick, responsables des stations de terrains

CRDP Gérard GRIG, Responsable Edition 58


CNES M. Barre, Directeur du CSG M. Zébus, Chef du service Communication Mathilde Savreux, Chargée de communication Marie-Françoise Bahloul, Chargée de communication Erwan Prigent, Laurent Pascal et Philippe Baudon, Activité Optique/Vidéo du CSG Air Liquide Spatial Guyane M. Malletroit, Directeur des opérations M. Dhelin, Responsable Activités Services M. Latreille, Responsable Activités Services Adjoint

ET AUSSI Laëtitia J., Stéphane Lévin (Explorateur), David (Guide Saramacca), Bertrand L., nos piroguiers, nos pilotes hélicoptères

ET BIEN SUR Tous les élèves ayant participé au projet : Les classes de Seconde B et C MPI 2009/2010 du lycée Léon Gontran Damas de Rémire-Montjoly Nos six jeunes aventuriers : Gabrielle Gaspard, Laurie Lordelot, Joannès Barbarat, Alexandre Clochard, Lucas Shorten et Maxime Gnocchi et leurs parents.

Photos : Christophe HEYREND & Activité Optique Vidéo du Centre Spatial Guyanais (Philippe Baudon) 59


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Mission Nouragues  

Des lycéens en mission scientifique en forêt guyanaise

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