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Followed #28

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« JE VOULAIS UNE ŒUVRE ÉPHÉMÈRE, RÉALISÉE AVEC DES PEINTURES NATURELLES ET BIODÉGRADABLES » Guillaume, AKA Saype, assis sur son œuvre. Une bonne idée de sa démesure.

La majorité des artistes doivent composer avec les galeries, pas moi. Je pouvais choisir, je pouvais même refuser : un luxe dans l’art. » Du coup, Saype fait un peu ce qu’il veut. Mais en 2011, le printemps arabe éclôt de l’autre côté de la Méditerranée, et ça va marquer Guillaume. « Il s’est passé tellement de choses là-bas à cette période. Moi, j’ai 22 ans, je suis confronté à la souffrance tous les jours, mais c’est différent. Tout ça me bouleverse et je commence à m’intéresser au déterminisme. En fait, rien n’arrive par hasard, chaque action finit toujours par avoir une conséquence. Et si tu veux changer des choses, il faut déjà faire quelque chose. » Un an plus tard, c’est la découverte de la photo par drone : une révélation. « Je me souviens de mon premier drone, un DJI Phantom sous lequel j’avais mis une petite caméra genre GoPro. Tout de suite je m’imagine peindre des trucs énormes et les voir d’en haut. Et ça provoque un truc dans ma tête. Tu vois, la pièce qui tombe au fond en faisant du bruit : pareil. Quand tu regardais un graffiti dans les années 1980 sur le mur d’une banlieue, il se passait un truc. L’artiste pouvait passer un message, s’exprimer, interpeller les passants : plus maintenant, c’est trop vu. Alors là, je me dis que c’est le graffiti des années 1980, tu vois un peu le truc ? » Lui vient alors l’idée de peindre par terre, directement sur le sol. De proposer deux visions, celle qu’on a depuis la terre, et celle vue du ciel. Mais il doit encore développer les techniques pour le faire. Et sans impacter la planète. « C’est très important pour moi, de faire quelque chose d’écologique, de ne pas

polluer le sol plus qu’il ne l’est déjà. Alors j’ai testé des trucs de dingue, des pigments naturels, même de la betterave ­déshydratée pour faire du rouge ou du violet. J’en ai lu, des pages de mon livre de colorimétrie. Je te le dis, mon atelier, c’était devenu n’importe quoi. » Mais qui dit peindre au sol dit peindre des surfaces énormes. Et, très vite, Guillaume voit les limites du concept : elles sont financières. Peindre 15 000 m2, comme il l’a fait à Paris, réclame des centaines de litres de peinture, du matériel adapté, des personnes pour l’assister. « Bon, ça, ça n’a pas été trop compliqué. Lionel et Simon étaient là depuis le début, ils le sont encore, dit Saype en rigolant. Mais pour la peinture, fallait trouver le truc. » Ça sera le noir et blanc. Ça tombe bien, sur le vert d’un gazon, ça rend très bien. Du charbon, plus précisément du noir de vigne (des sarments brûlés) et de la craie, dilués avec de l’eau et de la caséine de lait pour tout fixer et le tour est joué. « J’ai mis plus d’un an à trouver la recette, une recette qu’on peut reproduire partout, avec laquelle nous pouvons réaliser toutes les nuances de gris... Ça fait rêver, non ? Mais franchement, ça a été galère. J’avais même fait des essais avec de la farine et de l’eau, que je cuisais dans des lessiveuses pour en faire une pâte : du grand n’importe quoi. » La médiatisation arrive après les premiers essais : Guillaume et ses copains habitent la montagne, en Suisse pour l’un, en France pour les autres, c’est le terrain d’entraînement parfait. Dès la première œuvre, L’Amour, au col des Aravis, une fresque de 35 x 40 mètres, le succès est au

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