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Théâtre

Jeudi 29 septembre 2016 No 114 Journal Le Griffonnier

L’eau vive s’infiltre dans les murs du Théâtre CRI tout à coup surgit une voiture dans la cour de la maison privée. Un homme imposant en sort, le corps inerte d’une jeune femme dans les bras, qu’il dépose dans la maison. La longue dégringolade commence. Ninon Jamet Journaliste Pour ses 20 ans, le Théâtre CRI invite le public saguenéen à la maison. C’est en effet dans une demeure vieille de 107 ans du centre de Jonquière que nous sommes conviés à assister à la première des quatre créations qui seront présentées au cours de l’année. Les acteurs de ce premier volet – Éric Chalifour, Vicky Côté et Guylaine Rivard – seront tour à tour metteurs en scène. Andrée-Anne Giguère signe la mise en scène du premier opus : Entre 4 murs : Des craquelures. Connu pour ses nombreuses expérimentations et son travail de recherche sur l’interprétation, le Théâtre CRI a encore une fois poussé les murs en accueillant le public chez lui. Au cours de la saison, chaque metteur en scène disposera d’une partie différente de la maison, et cette première pièce se déroule dans la salle à manger. Celle-ci a été transformée en vraie petite salle de spectacle pour l’occasion, avec des bancs pour les spectateurs, un système d’éclairage efficace et discret, ainsi qu’une régie son et vidéo. Dès le début, les spectateurs sont plongés dans l’ambiance du fait divers sur lequel est basée la pièce. Dès la porte passée, nous apercevons une femme, absente et triste, debout sur la table à manger. Un fond sonore plonge le spectateur dans le mystère et la noirceur de cette histoire. Lorsque la femme s’assoit, elle entame une épaisse pile de feuilles rouges et blanches, sur lesquelles elle tente d’écrire : en vain. Entre deux feuilles, deux échecs, elle avale goulument une pilule à l’aide d’un verre d’eau disproportionné. Le spectateur qui observe ce lent processus est alors surpris quand

Tandis que le public s’interroge sur les différentes identités présentes « sur scène », l’homme entreprend la construction, sous nos yeux impuissants, d’un faux mur pour enfermer et condamner la jeune femme. Plus l’entreprise de l’homme avance, plus le quatrième mur entre les comédiens et le public se désagrège. Le fait de se trouver dans un lieu inhabituel de représentation, soit une maison privée, renforce le sentiment d’assister au quotidien intime et sinistre d’un foyer dévasté. L’histoire est celle d’un père ravagé qui emmure son enfant et le laisse dans cette sombre cachette pendant quatre ans. Ici, la mère semble survivre en parallèle de l’homme : aucune interaction n’a lieu entre eux. Elle se questionne et dresse une douloureuse liste de tout ce qui lui manque, et ce pour quoi elle a décidé de mourir. Si chaque personnage évolue dans son propre monde, ils lâchent parfois quelques bribes de mots issus d’extraits du recueil Prendre le nord d’Anne-Marie Ouellet. La présence du son et de la vidéo contribuent à mettre le spectateur mal à l’aise. La bande sonore oscille entre bruits de véhicules lointains et musique ténébreuse qu’écoute le père. Le faux mur est astucieusement utilisé comme écran pour la projection de ce qui se passe à l’intérieur même. Quant à la jeune femme enfermée, elle grattera et griffonnera le mur jusqu’à faire une percée, unique espace de communication avec le père. Lui s’acharnera à reboucher la faille, coute que coute. Mais c’est trop tard, L’eau vive, cette chanson de Guy Béart fredonnée par la fille et la mère, ultime lien qui subsiste entre elles, s’est infiltrée dans les murs, faisant apparaitre des craquelures.

Photos : Patrick Simard

Une création par saison sera présentée pour Entre 4 murs : Entre 4 murs : Requiem Mise en scène d’Éric Chalifour, présentée du 9 au 13 novembre 2016 Entre 4 murs : Facteur d’isolation Mise en scène de Vicky Côté, présentée du 28 février au 4 mars 2017 Entre 4 murs : Directement du propriétaire Mise en scène de Guylaine Rivard, présentée du 14 au 18 juin 2017 Réservations au (418) 542-1129.

Griffonnier 114 29septembre2016  

Le Griffonnier, le journal des étudiants de l'Université du Québec à Chicoutimi. No 114, Les mythes démystifiés

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