Janvier 2026 - Cannes Soleil

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ÉVÉNEMENT HUMOUR

(MA)BILLE EN

« Politique et vachard » : voilà comment Bernard Mabille définit son spectacle Loin des cons, qu’il jouera le 24 janvier à l’espace Miramar. Le sociétaire des Grosses Têtes a retenu de ses amis et collègues humoristes Desproges, Le Luron et Coluche qu’il « fallait tout dire sans respect et sans filtre ». Avec un seul but, faire rire : « Je suis un kiné des zygomatiques ! » Scène, radio et télévision ont popularisé sa silhouette ronde qui contraste avec ses textes acérés. Mais toujours humains : loin des cons, mais près du cœur.

S

i Bernard Mabille revendique son côté vachard sur scène, autant dire qu’il transmet tout autre chose dans la vie : affable, rieur, volubile et curieux de son interlocuteur et de son avis, il est la sympathie incarnée. Heureux que nous lui apportions un peu de soleil cannois par téléphone auquel il répond sous la pluie bretonne. Cannes Soleil : Homme de radio, télé, scène... Comment vous définiriez-vous ? Bernard Mabille : Je suis un humoriste multiforme. Mais mon rêve, c’était d’être Philippe Bouvard. Ayant débuté comme VRP de la purée en flocons Maggi ce n’était pas joué (rires). J’étais fasciné par son immense culture, sa facilité à parler de tous les sujets. Grâce à Henri Chapier que je connaissais, j’avais été embauché par Philippe Tesson comme journalistecritique au défunt Quotidien de Paris. Mes petites critiques avaient intéressé Bouvard qui m’a reçu un jour pour me donner ma chance aux Grosses Têtes. Pour me mettre « à l’aise » il avait posé

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sa montre sur le bureau et regardait constamment l’heure… (Rires). Il m’a pris pour une émission d’essai en me précisant bien qu’il n’y en aurait pas deux - et je me suis retrouvé à la grande époque de l’émission, entouré de Jean Yanne, Jacques Martin, Sim et toute la bande. Des années délicieuses ! C.S. : Une émission qui a sans doute accentué votre esprit de répartie. B.M. : La rapidité a toujours été un élément déterminant de mon travail. Lorsque j’ai débuté comme critique de spectacles au Quotidien, j’écrivais mon article en direct, mon carnet sur les genoux et je le dictais aux sténos dès la sortie. De toute façon, je n’ai pas de routine de travail, d’organisation précise, je suis en permanence à l’écoute des infos, je lis, j’écoute les conversations, je note des idées, ou plutôt je les enregistre sur mon iPhone, quel engin merveilleux ! Je suis comme un cueilleur de champignons qui reste en permanence dans sa forêt, c’est sympa pour l’entourage (rires).

C.S. : Outre Philippe Bouvard, d’autres grandes rencontres ont marqué votre vie et votre carrière : Le Luron, Desproges, Coluche… B.M. : J’ai travaillé en étroite collaboration avec Thierry et Pierre, ce fut un immense plaisir. C’étaient des personnes extraordinaires. Aujourd’hui, je pense que Desproges serait devenu un grand écrivain. Et Thierry sans nul doute un homme politique, ça le passionnait, je le vois bien sénateur en Bretagne (rires). J’ai fréquenté un peu, mais moins connu Coluche qui était assez insaisissable. Sa personnalité en avait déjà fait quelqu’un qui avait dépassé le simple cadre de l’humour. Il gênait, c’est sûr. L’humour c’était une arme puissante. On peut faire toutes les analyses politiques que l’on veut sur la défaite de Giscard, mais Le Luron et Coluche, pourtant d’opinions très différentes, en ont pris une bonne part par leurs sketches et déclarations à travers leur immense popularité. C.S. : L’humour n’est plus une arme ? B.M. : Bien sûr que non. Je ne veux pas tomber dans le trop simple « on ne peut plus rien dire », mais il faut bien reconnaître que l’humour ne remet plus grand-chose en cause et que sa partie réflexion est désormais très réduite. Beaucoup de jeunes humoristes sont revenus aux blagues de la tête à Toto. Ou alors ils parlent sexe ! Alors que désormais le moindre mot peu amener un procès, il est vrai qu’on n’a jamais vu des fesses porter plainte (rires). Mais tout n’était pas non plus extraordinaire avant, y compris dans l’humour politique. J’ai fait deux ans chez les chansonniers au


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