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ÉDITION/EDITIE N° 01

Buurt Correspondent de quartier | 26.06.2015 ARTIKELS/ARTICLES 02 Nous aurions du tourner à droite 08 Belge comme tous les belges 08 Et après? Tu retournes au point zéro 10 Aller-retour bruxelles-cuba en 2 heures 12 Me quería ir. Ik wilde direct weer vertrekken 13 Yo? Pensaba tenía una vida normal 18 C’est ma mixté sociale de Saint-Gilles qui nous inspire 18 Mes quarante ans au marché des heureux 19 Retroussez vos manches 20 Ici, c’est un carrefour intellectuel 20 Le sport? C’est mon identification 20 C’est mieux que de crever 24 Nous accueillons des familles entières 30 C’est un phénomène de perception 30 Il faut faire quelque chose 30 Voor mij is Brussel een stad die inspireert

SÉRIES DES PHOTO / FOTOREEKS 04 Housenumbers - Samir Abi 16 Ik laat mij graag verrassen - Oda van Neygen 26 Recettes - Ana Rafful 28 Accidental Art - Myrthe Brouwer

VARIA

© ELKE GUTTIEREZ

15 Ave Maria Morena 21 Et tu as changé de mystère 24 L’étoile de la Villa Pouca


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NOUS AURIONS DU TOURNER À DROITE ! SANDRA RIBON & KHUSHBOO BHAGAT

Aujourd’hui, Khushboo (ma partenaire du jour) et moi avons pour mission d’interviewer deux personnes rencontrées à Saint-Gilles. Nous sortons de la BIB et prenons sur notre gauche. Nous avons 1h30 pour relever le défi.

© SANDRA RIBON

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Au cours de notre parcours, nous rencontrons: un homme qui vient de faire ses courses à ‘la Tricoterie’. Il accepte d’être photographié, mais nous ne pourrons qu’imaginer son histoire car il tient les propos d’une personne qui vit dans son propre monde. Nous croisons une Sœur de la Charité qui nous dit ne pas souhaiter nous parler à cause de tous les problèmes auxquelles les sœurs sont confrontées actuellement. Elle me dit “ par contre, tu peux venir nous aider tous les jours à 14h00 pour distribuer les repas, là, tu comprendras. Sinon, tu peux aussi contacter le directeur du CPAS de Saint-Gilles… A bientôt, alors! ”. Elle n’a visiblement pas bien compris le but de notre démarche, mais peu importe, je garde l’horaire de la distribution de repas en tête. Nous nous adressons à un Roumain parlant espagnol qui ne veut pas être photographié, et aussi à un homme sur un banc, qui attend quelqu’un. Nous nous adressons à deux hommes qui ne parlent pas bien français et qui nous indiquent le chemin vers la gare du midi. Nous croisons un homme qui, selon ses propres mots, “n’est pas la bonne personne”… Après 1h20 de marche et de rencontres infructueuses, c’est presqu’en désespoir de cause que nous entrons dans le Night Shop situé à l’angle de la rue Emile Féron et de l’avenue du Roi. Nous poussons la porte et saluons les deux personnes présentes. Tout naturellement, c’est dans une langue Indienne que commence la conversation entre Khushboo et les gérants du magasin. Je ne comprends pas ce qui se dit, mais je sens que le couple qui tient cette boutique est ouvert. Ils acceptent de nous parler. Khushboo explique le motif de notre présence. Pendant qu’elle interroge la femme, je la prends en photo. Quel est votre nom? Je m’appelle Kiran Walia. Quel est votre pays d'origine? Mon mari et moi venons d’Inde. Depuis quand vivez-vous en Belgique et quand avez-vous ouvert cette boutique? Nous sommes en Belgique depuis 2005… et nous avons acheté la boutique il y a 4 ans. Est-ce que vous aimez la Belgique? Oui, oui… Qu’est-ce qui vous a amené à Saint-Gilles? La femme raconte calmement : Des amis qui vivaient déjà en Belgique nous ont proposé de les rejoindre. Nous avons pensé que ce serait une bonne opportunité.


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Nous avons donc accepté leur offre. Nous avons acheté une maison près de la gare du Midi, mais je n’aime pas cette zone. Les rues sont sales et ce n’est pas un quartier sûr. Notre maison a déjà été cambriolée deux fois. Notre magasin aussi a été volé. Des hommes armés sont entrés et ils ont pris l’argent et des produits. Nous sommes allés nous plaindre à la police. Mais, ils n’ont rien voulu faire. Pourtant nous avons montré l’enregistrement. Nous avons une caméra, on voyait bien les voleurs. Mais la police n’a pas voulu nous aider. Ils nous ont dit que nous étions assurés et qu’il fallait qu’on s’adresse à notre assureur…

tu donnes l’argent, hein, la dernière fois, toi pas payé !

© SANDRA RIBON

Après ce récit un peu amer, Khushboo change de sujet… Avez-vous des enfants? Nous avons deux enfants. A ce moment-là, le mari jusque-là très attentif au récit de sa femme, sort de la pièce. Il en revient avec une de ses filles et s’assoit avec elle, sur un petit banc, pour lui donner son biberon. Ils sont cachés par l’étalage. Je ne les vois pas. Quel est votre rêve pour vos enfants? Il faut qu’ils étudient. Nous voulons qu’ils aient une bonne vie, pas qu’ils fassent des ménages ou qu’ils tiennent une boutique… Pendant tout le temps de l’échange, je prends des photos de Kiran, sous tous les angles. Elle est naturelle, très belle, malgré son regard triste… A un moment, un peu gênée, elle me dit, dans un français incertain, en souriant et en me montrant ses vêtements : “ moi, pas belle ”. Je lui réponds sincèrement “ ne dis pas ça, tu es très belle ” et je lui montre les photos… Le temps passe très vite, il ne nous reste que quelques minutes. Nous devons partir. Nous choisissons quelques chocolats

que nous tenons à payer, bien que Kiran insiste pour nous les offrir. Pendant que Khushboo paie ses chocolats, je découvre avec émotion la scène du papa qui donne le biberon à sa fille. Je ne veux pas les déranger, mais je demande par geste si je peux prendre une photo, il hoche la tête. Je ne prends que quelques clichés que je lui montre. Il ne réalise pas ce que je ressens à ce moment-là. J’ai eu la chance de pouvoir immortaliser un moment de tendresse magnifique entre cet homme et sa fille, tantôt très intriguée par l’appareil, tantôt captivée par le regard de son papa... Une scène très touchante, et baignée d’une lumière, presque divine. Mon cœur bat la chamade. Enfin, avant de sortir, un homme entre dans le magasin, il tend quelques piécettes à Kiran Walia et lui dit qu’il prend une bière. Kiran fait mine de compter l’argent.

En français, elle feint la colère : “ tu donnes l’argent, hein, la dernière fois, toi pas payé ! ”. Je comprends que c’est un habitué, qu’il n’a pas toujours suffisamment d’argent… Je comprends aussi que les gérants se contentent de ce qu’il leur donne quand il vient à la boutique. Ils savent la misère dans laquelle il vit. Ils savent… En conclusion, en sortant de la BIB, nous aurions dû tourner à droite, nous serions immédiatement tombées sur le Night Shop de Kiran Walia et sa famille. Inoubliable rencontre, un cadeau! //

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Very large Zeer groot Big results require big ambitions House: Rue de l’filature

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Tot ziens Pack up Let’s fly, fly away. House: Jean Volderslaan

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Round and Round Rond en Rond I’m in good shape. That shape is round. House: Overwinningsstraat

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Too rusty Ook rustiek Let’s grow OLD together House: Rue Vanderschrick straat

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Tint. When weather treats Gold to Green. House: Overwinningsstraat

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Drift wood DRIJFHOUT It’s better to burn out, than to fade away House: Jean Volderslaan

HOUSENUMBERS PICTURES TAKEN BY SAMRUDDHI PALAYE

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Clean and clear Schoon en helder Happiness: clean sheets and a clear conscience House: Jean Volderslaan

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Big eyes Grote ogen Your Big eyes are my blue skies House: Munthofstraat

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Leaning on you Leunen op jou Lean on each other’s strengths. Forgive each other’s weaknesses House: Overwinningsstraat

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70% Cocoa Bricks Cacao Bakstenen A house is made of bricks & beams A home is built with love and dreams House: Munthofstraat

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Flowerbasket Bloemenmand FLOWERS bloom so does hope. House: Munthofstraat

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Shadows Schaduwen Most of the shadows of this life are caused by standing in one’s own sunshine House: Rue Vanderschrick Straat

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BELGE COMME TOUS LES BELGES ELISE VAN BRUYSSEL

© ODA VAN NEYGEN

Zondag is dag van de uitverkoop in Poissonnerie La Méditerannée. De viswinkel in de Verhaegenstraat - blauwe luifel, witte letters - toont een halflege toonbank. Drie mannen staan achterin de winkel. De jongste (we schatten hem 16 jaar) maakt enkele visjes schoon aan een lavabo. De twee andere slaan een praatje achter de toonbank. We doen een gok en gaan ervan uit dat we vader, zoon en grootvader aantreffen. Niet helemaal correct, blijkt al snel.

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ET APRÈS? TU RETOURNES AU POINT ZÉRO IBRAHIMA CAMARA, KHUSHBOO BHAGAT, PHILIP MEERSMAN, ODA VAN NEYGEN, BÉRENGÈRE GUCCIONE & DIRK ELST

Het is Mouhssile, de gérant van de winkel, die graag ingaat op ons verzoek om een kort interview af te nemen. De jongeman is niet zijn zoon, maar zijn neef. De oudere man is zijn schoonvader. Beide mannen verdwijnen al snel naar de privé-ruimte wanneer we ons notitieboekje boven halen. Alleen wanneer één van de weinige zondagse klanten de bel doet rinkelen, verschijnt één van de heren weer in de winkel. Terwijl ze klanten bedienen, visjes schoonmaken en de vloer boenen, vertelt Mouhssile in twintig minuten een korte geschiedenis van zijn leven. Een verhaal over staalarbeiders in Molenbeek, timide Vlamingen in Vilvoorde en superdivers cliënteel in Sint-Gillis. En over België, natuurlijk. Want, bien sûr, Mouhsille is Belg. Belge comme tous les Belges. Mouhssiles vader was één van de vele Marokkaanse gastarbeiders die in de jaren 60 naar België trokken. Hij kwam terecht in de metaalindustrie in Molenbeek, waar hij als lasser werkte. In 1971 opende hij er een eerste viswinkel. Na een eerste kwam er al gauw een

“I can’t find his exact words”, says Khushboo. “It’s an old and very wise man who said it. I think they used it in a film. He’s an actor. Anyway”, she adds while tapping nervously on the keyboard. “No no, that’s not him.” “Another old man then? Which movie? Let me try”, I say. Khushboo looks up and addresses the group of people that are gathered around the two laptops on the table. “We travel from life to life” she says in earnest. “My parents live in India. I grew up there. Then I moved to Europe. I’m curious about the countries my children will migrate to. It’s all about transition.” I look at Philip, the poet, who writes ‘old man & the sea’ in my notebook. “That could be a title”,

he says. We both look at Ibrahima. “Where does he come from?” asks Khushboo. She then looks at Ibrahima who smiles and says “ Bamako oui oui, les pêcheurs de Bozo sont les maîtres du fleuve. Tu sais : ils n’habitent nulle part, juste au bord du fleuve. Ce sont les premiers sortis quand il se passe quelque chose. Au bord du fleuve on ne peut rien faire sans les Bozo, tu vois ? Ils ont joué un rôle très important pendant l’indépendance du Mali. ” “ Pourquoi ? ” I ask. “ Parce qu’ils sont les maîtres du fleuve et ils n’habitent nulle part. Si tu possèdes le fleuve tu…” “Er zitten hele strakke lijnen in de foto’s. Abstract haast”, says Oda, who stands behind the chairs on which we are sitting. She points


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tweede en een derde bij. “Mon père était grossiste. Hij kende iedereen in de quartier en iedereen kende hem.” Mouhssile ging eerst aan de slag in één van de winkels van zijn vader in Vilvoorde. Daar leerde hij dat Vlamingen een andere mentaliteit hebben dan Brusselaars. “In Vilvoorde zijn de mensen kalmer. Meer gesloten ook. En je moet er Nederlands praten.”

Ik heb klanten in alle kleuren, talen en leeftijden. Dat vind ik interessant. Ze leren mij van alles.

© IBRAHIMA CAMARA

Dat gedoe met die talen, dat vindt hij in Brussel toch een stuk gemakkelijker. “Met mijn klanten praat ik Frans, Arabisch, Spaans, Portugees, Nederlands,... al naargelang het uitkomt. Hier is het normaal dat er verschillende talen door elkaar worden gesproken.” Na z’n werk in de Vilvoordse winkel, trok Mouhssile terug naar Brussel. Hij ging

at the pictures on the computer screen. “ Oui, avec les trois photos là, tu peux composer un triptyque ”, Bérengère adds. “ Oui c’est curieux Ibrahima ”, I say, “ tu te balades dans la rue et tu prends des photos des poissons, et même quelques-unes des

aan de slag in deze poissonnerie op de Rue Verhaegen. Sinds 2009 is hij ook officieel de gérant. Hij baat de winkel uit samen met zijn vrouw. “Elle est belge. Elle est blanche et elle a des yeux bleus comme vous.” Samen hebben ze twee dochters. “Ze worden opgevoed in twee culturen: de Belgische en de Marokkaanse. Mijn meisjes spreken Frans, Arabisch en Nederlands”. Om het taalniveau van zijn familieleden te bewijzen, roept hij zijn neef terug in de winkel. “Mohamed, praat eens wat Nederlands tegen die vrouwen hier”. Na een beleefdheidsgesprekje over zijn school, wordt de jongeman verlost door een klant die de winkel binnenkomt. “Je ziet”, besluit Mouhssile niet zonder trots, “hij spreekt perfect Nederlands”. Net zoals de inwoners van de wijk, is ook het cliënteel van Mouhssiles viswinkel heel divers. “Ik heb klanten in alle kleuren, talen en leeftijden. Dat vind ik interessant. Ze leren mij van alles.” “Dat Afrikanen hun vis bijvoorbeeld graag in de oven of op de barbecue klaarmaken.” Mouhsille geeft, op zijn beurt, zijn klanten ook graag iets mee. “De meeste Nederlandstaligen”, zo zegt hij, “weten niet hoe ze vis moeten klaarmaken. Gewoon wat boter in de pan, vis erin en wat peper en zout...

bouteilles de l’eau. ” “ Oui, il y avait de l’eau dans la rue ”, he laughs. “ L’eau, c’est la vie, tu vois. ” “I think I found the quotation of the wise man. Here it is”, Khushboo points at the screen of the other laptop on the table. Philip, the poet, is still taking notes in my notebook. “He’s the one I’ve told you about. You see?” We all stare at the picture of an old man with a long grey beard. He holds a walking stick in his right hand, which looks like a branch from a tree. He gently smiles in the camera lens. Underneath his picture I read: We are all visitors of this time, of this place. We are just passing through. Ibrahima touches my arm and says: “ tu sais, la vie se compose de trois périodes. D’abord de 0 à 10 ans. Tu apprends des choses. De 10 à 30 ans, tu

Terwijl je zo veel creatiever kan zijn!” Wat volgt is een uitgebreide beschrijving van verschillende manieren om vis te bereiden. Helaas schiet ons geheugen en onze kennis van het Frans te kort om deze terug voor de geest te halen. Maar u weet het, voor tips moet u bij de viswinkel met de blauwe luifel zijn. Nog voor we vertrekken, moeten we onze beperkte kennis van het Arabisch demonstreren. Wahed, djzoez, thalatha,… Mouhssile vult aan. Tot tien tellen lukt alweer. Voor even. Tot we het over enkele weken weer vergeten zijn en een andere toevallige ontmoeting ons geheugen zal moeten opfrissen. //

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apprends aussi… mais tu cherches plutôt. Et de 30 à 50 tu profites. ” “ Et après? ” I ask him. “ Qu’est-ce qui se passe après ? ” “ Tu retournes au point zéro ” says Ibrahima, while he taps his knee and laughs. The poet is still writing in my notebook. //


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© MICHELA DI DONATO

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ALLER-RETOUR BRUXELLES-CUBA EN 2 HEURES SANDRA RIBON

Avec ses yeux de biche, son sourire éclatant et son accent cubain chantant, avec son air jovial, et sa peau couleur café, la charismatique Karelia de Cuba nous invite à bras ouverts, à partager son univers. Assises à la table d’un resto-bar de SaintGilles, Michela et moi partons en voyage. Karelia nous guide dans les quartiers de la Havane, la ville où elle a grandi dans une fratrie de quatre enfants. Elle est seule à avoir fait le voyage, tous les autres sont restés au pays. Elle nous raconte des souvenirs sur les nombreux pays qu’elle a visités et surtout sur les Iles Canaries et l’Andalousie où elle se sent comme chez elle parce que les gens parlent comme les cubains, utilisent des mots similaires et ont le même accent…

Elle nous ramène à Bruxelles où elle habite depuis 1998. Après avoir terminé ses études d’économie, de danse et de production artistique à Cuba, elle a d’abord dansé au sein de différentes compagnies professionnelles à la Havane, avant d’arriver en Belgique. Elle aime Bruxelles, multiculturelle et accueillante. Cependant, tous les ans, elle retourne se ressourcer dans son île natale. Elle n’attache pas d’importance à la météo belge, elle n’a pas le temps de s’en préoccuper. Pourquoi se plaindre d’une chose sur laquelle on n’a pas de prise ? Mieux vaut ne pas y penser et rester « Siempre positiva » (toujours positive). Pour conclure sur ce sujet elle nous dit avec un large sourire « El sol lo llevo por dentro » (Le soleil je le porte en moi). Elle enchaîne sur la communauté cubaine de Bruxelles : elle nous dit que les Cubains


© SANDRA RIBON

© SANDRA RIBON

© MICHELA DI DONATO

© MICHELA DI DONATO

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ne sont pas nombreux, qu’elle connaît 90 % d’entre eux. Elle nous dit que par le passé, la grande majorité des Cubains arrivaient en Belgique avec le statut de réfugiés politiques, mais que c'est moins le cas désormais. Elle nous présente son cheval de bataille : faire connaître et découvrir la culture afrocubaine. Elle énumère le nom des peuples qui composent la population de Cuba : Congos, Yorubas, Ararás… Elle nous explique que son association socio-culturelle « La Casa Cuba » organise de nombreux stages, festivals, masterclasses, soirées d’entreprise, animations où se retrouvent des personnes de tous horizons et de toutes les générations. Grâce à ses activités internationales, elle souhaite promouvoir la danse, le chant, la musique de son pays. Elle regrette que le phénomène de mode qui en-

toure la Salsa fasse perdre de l’authenticité à sa culture, alors que chaque chant, chaque pas a une histoire à transmettre, une histoire profonde. Le casino (salsa cubaine), la Rueda de casino, le mambo, le cha-cha-chá, le son, la rumba, les danses des Orishas, le boléro, la conga (Comparsa du carnaval)… chacun de ces rythmes évoque quelque chose de différent. Elle nous confie une anecdote de sa mère qui raconte qu’elle dansait déjà à deux ans sur le rythme du bruit de la cocotte-minute. Elle nous explique que son père, était contre le fait qu’elle fasse de la danse son métier... Mais le sujet qui lui tient à cœur à Karelia c’est sa culture cubaine en général. Finalement, alors que le DJ péruvien augmente le volume de la musique, elle invite le petit groupe qui s’est agrandi au

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fil de la conversation à se lever et à entrer dans la ronde. Après quelques pas de danse et le sentiment d’avoir passé un peu de temps aux Caraïbes, nous quittons Karelia, convaincues par une de ses affirmations « sin música, no se puede vivir » (on ne peut pas vivre sans musique)... //


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ME QUERÍA IR. IK WILDE DIRECT WEER VERTREKKEN ELISE VAN BRUYSSEL

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© VINCENT HENIN

Wie regelmatig van de metrohalte Munthof richting Voorplein wandelt, passeerde misschien al eens in ‘La Auracana’, het Chileens restaurant in de Munthofstraat. In dit eethuis kan je terecht voor enkele typische Zuid-Amerikaanse gerechten zoals empanadas, pastel de choclo of gegrild rundsvlees op Argentijnse wijze. Wie bovendien tijd maakt voor een gesprek met de uitbaatster, krijgt er een les ‘Chileense geschiedenis voor dummies’ gratis en voor niets bij. We hebben een afspraak met Roxane, de huidige uitbaatster van La Auracana en dochter van Adela, die het restaurant twee decennia geleden opende. Onze gastvrouw laat zich niet graag fotograferen. “Oh non, pas de photos. Je suis moche sans maquillage.” Gelukkig zit ze al snel in haar verhaal, waardoor ze onze fotograaf vergeet.

MET EEN VRACHTWAGEN DE WOESTIJN IN

Roxane was 25 jaar toen ze in 1983 in België aankwam. Haar moeder Adela was drie jaar eerder al naar België overgekomen als politiek vluchteling. “Mijn moeder was politiek actief. Omdat ze ‘verdachte politieke praktijken’ uitvoerde, werd ze veroordeeld tot dwangarbeid in de kampen in het noorden.” Roxane’s vader bleef achter in de stad terwijl haar moeder met de vijf kinderen naar de mijn van Chuquicamata werd gestuurd. Over die tijd vertelt Roxane: “Al onze meubels werden in een vrachtwagen geladen richting Chuquicamata. Weet je waar dat ligt? Dat is een dorp in de Atacamawoestijn, vlakbij de grote kopermijn. Er is niets, alleen maar stenen en hitte. We konden terecht

in een verlaten schooltje. We hadden een plek om te slapen, en dat was het dan. Mijn moeder deed allerlei klusjes om haar gezin te kunnen onderhouden. Ikzelf ben er naar school gegaan. Ik heb er mijn ‘lycée’ afgemaakt. Toen werd ik zwanger.” Ik wil weten of Roxane na haar lycée nog andere studies heeft gedaan. “Eh ben, non, natuurlijk niet. J’ai pris mes responsabilités. Ik was alleenstaande moeder. Dan beslis je om te werken om je kind te geven wat het nodig heeft.”

GRIJS BELGIË

Terug naar België. Roxane’s zoon was 5 jaar toen ze in België arriveerden. Ik vraag naar het beeld dat ze zich van België gevormd had op basis van de verhalen van haar moeder. “On savait rien. Ik had er geen flauw


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idee van hoe het er hier zou kunnen uitzien. We zijn ‘s nachts toegekomen. De straten

Ik sprak de taal niet. Mijn zoon ging naar school en ik kon hem niet helpen met zijn devoirs. Die eerste maanden is hij vaak met 0 op 10 thuis gekomen.

waren verlicht! Dat had ik in Chili nooit gezien. Wat me ook opviel, was dat de huizen hier zo weinig kleur hadden. Alle huizen waren grijs. Net zoals de lucht. De eerste maanden kon ik maar niet wennen aan die grijze hemel. En de regen natuurlijk. Het leek wel of het in België altijd regende.” En wat dacht je dan toen je die eerste avond toekwam? “Me quería ir. Ik wilde direct weer vertrekken.” Een korte stilte. Dan herneemt Roxane weer vol energie: “Maar ik ben gebleven. Pas 11 jaar later, in 1994, ben ik voor het eerst teruggegaan naar Chili. En nu wil ik niet meer terug. Ik zou nooit meer in Chili willen wonen.”

PLOETERMOEDER

Voor Roxane doorboomt over wat ze noemt ‘de huidige Chileense mentaliteit’, wil ik meer weten over die eerste jaren in België. Dat ze moeilijk waren, spreekt voor zich. Als alleenstaande moeder draaide voor Roxane alles rond de zorg voor haar zoon. “Ik sprak de taal niet. Mijn zoon ging naar school en ik kon hem niet helpen met zijn devoirs. Die eerste maanden is hij vaak met 0 op 10 thuis gekomen. Logisch natuurlijk, il comprenait rien. Maar uiteindelijk heeft hij zijn primaire afgemaakt met 92%.”

Het warme en energieke gezicht van Roxane krijgt zo mogelijk nog meer gloed wanneer ze over haar zoon praat. Zijn ‘bêtises’ als puber (“een oorring kreeg hij van mij niet”), zijn werklust als student (“in heel Brussel heeft hij bijgeklust, van de Carrefour tot de Bozar), zijn zin naar avontuur (“op een dag zei hij: ‘ik vertrek’ en anderhalf jaar hebben we hem niet gezien”) en tot slot zijn carrière als advocaat (“Hij is goed. Misschien niet de beste, maar wel goed”).

GESCHIEDENIS AAN DE MUUR

Op de muur van het restaurant vertellen oude krantenartikels in verschillende talen het verhaal van Adela, Roxane’s moeder. Politica, moeder, ter dood veroordeelde, politiek vluchteling, restaurantuitbaatster. Een vrouw met meer dan één leven, lijkt wel. Ik waag me aan een laatste vraag. “Lijkt u op uw moeder?” “Claro. Natuurlijk.” “Hoezo?” Een korte stilte, een serieuze blik en dan weer die spontane lach: “Omdat we de enige zijn in Sint-Gillis die zo’n goed Chileens restaurant draaiende kunnen houden.” Wanneer ik thuis kom, zoek ik Chuquicamata op via Google Earth. Een klein stadje in de Atacamawoestijn, naast wat een gigantische open mijn moet zijn. Wikipedia geeft mij gelijk: Chuquicamata is de grootste open kopermijn ter wereld en - als grootste koperproducent van Chili - decennialang één van de belangrijkste economische pijlers van het land geweest. Ten tijde van de dictatuur (1973-1990) werden er ‘campos de detención’ (detentiekampen) opgericht voor politieke gevangenen. Vandaag de dag wordt de mijn nog steeds geëxploiteerd.//

YO? PENSABA QUE TENÍA UNA VIDA NORMAL SANDRA RIBON

Después de 35 años en Bélgica, se acaba el capítulo belga de la vida de Ofelia y de su hermana Ruby. Ofelia y Ruby viven juntas en una casa que compraron en Saint-Gilles. Ambas sienten que ya ha llegado el momento de regresar a su país natal (Colombia). Me reí mucho durante nuestra entrevista. Me emocioné aún más. Las hermanas han tenido un recorrido muy complicado, duro, a veces muy triste, pero ellas me lo cuentan con sonrisas, en forma de anécdotas. Después de tanto tiempo, se ríen de todos los acontecimientos difíciles. Les voy a contar a grandes rasgos su historia.

PRIMERA LLEGADA A BÉLGICA

Ofelia aterrizó casi sin nada, con sólo 100 dólares en su bolsillo y con deudas, ya que había pedido un préstamo para pagar los billetes de avión. Al llegar tuvo que encontrar trabajo para devolver el dinero del billete, vivir y ayudar a su familia de 11 hermanos en Colombia. Lo más impactante para ella cuando llegó a Boisfort fue “el silencio (la falta de comunicación) y los colores oscuros” (de la ropa que llevaba la gente aunque fuera primavera). SILENCIO: Ruby cuenta una anécdota: su vecino, del que era amiga, falleció cuando ella estaba de vacaciones. Los vecinos lo descubrieron 5 días después, muerto de una crisis de diabetes. Eso nunca hubiera ocurrido en Colombia. Fue una experiencia muy dura para ella. La culpabilidad, el hecho de darse cuenta de que el vecino había muerto solo, por todas aquellas razones, Ruby se fue del apartamento. El novio de Ofelia le había dicho que era fácil combinar estudios y trabajo en Bélgica. Sin embargo, al llegar, Ofelia se dio cuenta rápidamente de que en Bélgica, al contrario de lo que pasaba en Colombia, resultaba muy difícil estudiar en la universidad y trabajar al mismo tiempo. Tuvo que limpiar casas, cuidar niños. Vivía en aquella época con un permiso turístico. PERMISO TURÍSTICO: Ofelia cuenta que tenía que ir cada 3 meses a Alemania y entrar de nuevo en Bélgica para obtener el sello de la aduana. >>>>>> p. 14 Ofelia empezó a cuidar a los niños de una familia española que trabajaba en la embajada española y obtuvo su permiso

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©SANDRA RIBON

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de residencia durante el período del contrato de los diplomáticos. La señora, muy buena persona, le pagó la mutualidad durante su embarazo. Ruby también vivió de forma ilegal en Bruselas y la policía descubrió que ella no disponía de papeles. Permaneció 24 horas en la cárcel. Le concedieron 5 días para salir de Bélgica y un pasaporte con una cruz negra que indicaba, en caso de control, que Ruby no disponía de una residencia legal.

Ofelia le contaba a Eva, la niña que cuidaba, que muchos niños de Colombia vivían en la calle. Para Eva, eso no podía ser. Cuando tenía 15 años, le dijo a Ofelia que un día iba a actuar para ayudar a aquellos niños en esa situación. Además, de adulta, Eva hizo un viaje humanitario a Kampala (Uganda) y vio la difícil situación de los niños de Kampala con sus propios ojos.

VUELTA A COLOMBIA

En 1985 Ofelia volvió a Colombia. Era la época en la que Pablo

“ Después de verificar el pasaporte, el

agente aduanero le preguntó si alguien la esperaba. Le contestó en francés que sí.

PASAPORTE NUEVO: Ruby cuenta que se fue a Roma con su novio y perdió su pasaporte. Acudieron a la policía para denunciar un robo y allí, la policía italiana le dio un papel para hacer un nuevo pasaporte.

Escobar, el enemigo público número uno, estaba en busca y captura por Interpol. La situación y la seguridad del país se habían degradado mucho y pronto se dio cuenta de que tenía que salir del país si quería

darle una buena educación a su hijo. Dadas las difíciles circunstancias, Ofelia decidió volverse a Bruselas, pero tuvo que convencer al padre de su hijo, ya que no quería que Ofelia se llevara al niño. Después de 3 años, el padre cambió de idea y les dejó irse. Ofelia preparó sus maletas y solicitó una visa para estudiar. Pero la embajada no quiso concedérsela. ¡Cuánta desilusión para el niño que ya se veía comiendo en el avión! Como todo estaba listo para el viaje, Ofelia decidió marcharse sin visa. Al llegar al aeropuerto de Bruselas, se puso en la fila de “europeos”. Después de verificar el pasaporte, el agente aduanero le preguntó si alguien la esperaba. Le contestó en francés que sí. MIEDO: Ofelia cuenta que podía oír el ruido de sus dientes. Temblaba de miedo al imaginar que el agente les

podía denegar la entrada.

SEGUNDA LLEGADA A BÉLGICA

De nuevo, Ofelia tuvo que buscar trabajo. Cuando quiso inscribir a su hijo de 9 años en la escuela, el director le explicó que no podía aceptar a un niño sin papeles. (Ahora la ley ha cambiado y todo niño tiene derecho a la educación). Ofelia empezó a tener dolores de estómago. No entendía por qué. En la consulta el médico le preguntó si estaba estresada. Ella le contestó sinceramente que no, pues pensaba que llevaba una vida normal. Cuando el doctor oyó los detalles de su vida, le explicó que SIEMPRE había tenido un nivel de estrés muy importante y que el hecho de no poder escolarizar a su hijo había sido la gota que rebasa el vaso, el acontecimiento que provocó sus dolores. Ofelia llamó a su amiga


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Pero me dicen “al fin y al cabo somos colombianas”.

diplomática, que había vuelto a España. Esta se puso en contacto con gente en la embajada de Bruselas y Ofelia empezó a trabajar. Tuvo sus papeles, el niño pudo ir a la escuela después de 6 meses no haciendo nada más que jugar y mirar la tele todo el día, esperando la vuelta de su mamá que trabajaba todos los días...

LA VUELTA DEFINITIVA A COLOMBI

Durante 25 años, Ofelia tuvo diferentes trabajos (limpieza, cuidado de niños, recepcionista, secretaria, asistente administrativa en una ONG de desarrollo sostenible…). Además, durante muchos años ella siguió formaciones (después del trabajo) y estudió francés, inglés, italiano y administración. Ofelia siempre ha considerado el hecho de estudiar algo primordial. EVA: Ofelia cuenta que en 2002, Eva, la niña a la que cuidó Ofelia durante su primera estancia en Bélgica, decidió crear la “Maison des enfants du Monde” para educar a los niños de Kampala y darles medios para salir de la calle. Ofelia colabora junto a Eva en este proyecto. Además Eva convenció a Ofelia para que intentara aprobar una oposición y así conseguir un contrato. Hoy, Ofelia y Eva trabajan juntas en una agencia de la Comisión Europea. Después de tanto tiempo, Ofelia y Ruby nunca habían

pensado retornar, pero como de hecho ya acabaron de pagar la casa y sus hijos (que hicieron buenos estudios) ya no viven con ellas, dentro de algunos meses van a regresar a sus raíces. El hijo de Ofelia, que antes afirmaba que no valía la pena volverse a Colombia, ahora le dice que la situación en Europa no es tan estable como lo era antes, que ya es tiempo de volver y emprender un negocio en Colombia. Lo que no saben todavía es qué van a hacer en concreto. Seguramente se van a orientar hacia un negocio turístico. Saben que la adaptación va a ser difícil. Van a echar de menos muchas cosas de Europa. De hecho, tienen dos culturas (son belgas desde hace muchos años) y han vivido más tiempo en Bélgica que en Colombia. Su hermano, que ya volvió a Colombia, les asegura que tendrán que ser pacientes. Hacen falta dos o tres años para acostumbrarse de nuevo a la mentalidad. Por ejemplo, allí para la gente la apariencia física es muy importante. Los horarios no existen… Pero me dicen “al fin y al cabo somos colombianas”. Se acabó lo de luchar para salir adelante. Ahora, a Ofelia y Rubí, lo que les importa es conocer a gente, compartir buenos momentos con la familia, cocinar platos ricos, viajar, vivir simplemente…//

AVE MARIA MORENA Bele bele bele bele be Coro: A, a a Bele bele bele bele be Coro: A, a a E, la la la, etc. Coro: A e Coro: A na na na na na, etc.

Que bueno, que bueno a e Que bueno, que bueno a e

Ae

Ave Maria Morena Bangó, bangó, bangó Que me muero en guerra Hoy sí que me muero en guerra Hoy sí que me muero en guerra Muchos que tenían estrellas Muchos que tenían estrellas No supieron gobernar Raúl, Fidel y Almeida Han puesto el mundo a temblar Coro: A na na na na na, etc.

Que bueno, que bueno a e Que bueno, que bueno a e

Ae

Morena, morena que se acaba el rabo Coro: Ave María morena (rumba yambu, Ave Maria Morena, Conjunto florico Nacional, Cuba)

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IK LAAT MIJ GRAAG VERRASSEN

ODA VAN NEYGEN

(1) Parvis de Saint-Gilles

(3) Schietbaanstraat

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4

(4) Wipstraat

(2) Fortstraat (10) Théodore Verhaegenstraat


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(9) Smidsestraat

(8) Place Marie Janson

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(6) Parmastraat

7

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(7) Moricharplein

(5) Lombardijestraat


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C’EST LA MIXITÉ SOCIALE DE SAINT GILLES QUI NOUS INSPIRE

VINCENT HENIN

Il vient vers nous, accueillant. La chemise délavée déborde sur un jean’s sans accroc. Le col laisse entrevoir un t-shirt rouge assorti à ses cheveux roux. En ce dimanche, l’homme à la trentaine, débrayé et relax, rayonne. Jérémy Vanneste nous accueille d’emblée chaleureusement. “ Bonjour et bienvenue à la Tricoterie ”. Il prend au passage une caisse remplie de verres sur la table à côté de lui et s’excuse avec un sourire franc. “ Je suis à vous dans un instant ”. Il revient peu de temps après, non loin du comptoir de la cafétéria où nous nous trouvons à présent. “ Désolé, le dimanche est toujours très... ‘busy’ ”, nous confie-t-il, un peu essoufflé. “ Je suis l’un des deux managers du lieu. Comme vous voyez, chacun met la main à la pâte ”. Il rabaisse les manches de sa chemise pour les remonter aussitôt. “ Nous sommes 13 au total : 2 managers, 2 che coqs et 9 étudiants. Il faut bien ça pour gérer les 1200 m2, un vrai challenge ! ” dit-il en s’exclamant. Il passe une main dans ses cheveux fous comme pour les coiffer. En vain, ceux-ci ont décidé de rester rebelles. Un peu comme lui peut-être. Qu’à cela ne tienne ! Jérémy se dévoile volubile. “ Au départ, c’est la mixité sociale et le paysage cul-

©VINCENT HENIN

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MES QUARANTE ANS AU MARCHÉ DES HEUREUX LAURE BASSAN

©MARIE-LAURE LULÉ

Cheveux auburn, veste chamarrée tendance, écharpe amarante autour du cou, Véronique nous fait signe de la rejoindre juste en bas des escaliers. “ Venez, c’est ici le marché des Heureux ! ” s’exclame-t-elle. Elle s’empresse de régler ses courses au marché couvert bio dans un convivial brouhaha au milieu des fruits et légumes parfumés. “ Je viens d’emménager à St. Gilles.  J’adore y découvrir de nouveaux endroits comme ce marché de la Tricoterie. Un lieu chaleureux sans prétention où les liens se tissent aisément entre les gens ”, dit-elle spontanée. A la recherche d’un espace atypique pour un évènement qu’elle souhaite organiser et qui lui tient particulièrement à cœur, la Tricoterie se revendique fabrique de liens dans un espace où foyer, salle des Arches et marchés bigarrés se côtoient joyeusement. “ J’aime l’esprit de cet endroit où l’on peut organiser des soirées, bruncher à midi, faire son marché bio, y boire des bières artisanales, et par dessus tout y rencontrer des artistes St-Gillois ”, ajoute-t-elle en souriant. En finissant fissa son jus de carottes au gingembre, Véronique révèle son secret.  “ Je souhaite fêter mes 40 ans en compagnie de tous mes amis ici. Du bon amusement en perspective ”, dit-elle en nous quittant dans un éclat de rire communicatif. //


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turel de Saint-Gilles qui m’ont donné l’idée folle de monter ce projet ” commence-t-il. Puis de raconter passionnément: “ la Tricoterie doit son nom à l’ancienne fabrique de fauteuils qui s’y trouvait. C’est un lieu de convivialité. On y vient pour une activité précise ou juste prendre un verre. Cet espace revitalise économiquement et culturellement tout le voisinage direct ”. Il se veut citoyen et innovant et souhaite favoriser l’échange, le “ mé-tissage ” entre les générations, les publics et les disciplines. Tournaisien d’origine, Jérémy est arrivé à Bruxelles il y a 18 ans. “ Saint-Gilles m’a tout de suite attiré à l’époque. Très bizarrement, je ne m’y suis jamais fixé... ”. Il fait une pause et met la main sur son menton, pensif. “ Oui, j’ai toujours tourné autour de Saint-Gilles sans y habiter. J’y venais quotidiennement pour le travail et les sorties.

Désormais, je suis Saint-Gillois d’adoption, de résidence et de cœur ! ” affirme-t-il tout sourire.

“ FABRIQUANT DE LIENS DURABLES ” À ce moment, un enfant passe à toute vitesse, tablier et pinceaux à la main. Jérémy prend les devants : “ dans la grande salle, Madeleine propose un atelier de peinture le dimanche ouvert à tous, à tout âge ”. Il nous indique également le marché bio en soussol. “ C’est en bas des escaliers. Nous privilégions le durable et le commerce équitable en collaborant avec des traiteurs bio et slowfood et des sous-traitants spécialisés dans le nettoyage écologique ou le mobilier recyclé... Le marché des Heureux s’inscrit dans cette démarche ” explique-t-il. Comme pour ponctuer, une étudiante-jo-

biste arrive avec un plateau : “ Carottegingembre... Bio ! ” nous dit-elle avec un clin d’œil en nous tendant de délicieux verres remplis de jus. Jérémy s’excuse pour répondre à Véronique qui souhaiterait louer une salle de la Tricoterie pour un évènement: “ Elles sont disponibles à la location pour l’organisation d’événements tels que des expositions, des anniversaires, des ateliers, des teambuildings, des soirées... et même des drinks d’enterrements ”, nous glisse-t-il en douce avant de nous saluer en nous tendant une main chaleureuse... Il s’en va, accompagnant Véronique pour une visite, puis se retourne une dernière fois : “ J’espère vous revoir bientôt”. //

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RETROUSSEZ VOS MANCHES LAURE BASSAN

Molenbeek, Woluwe, Ixelles, Forest, ils viennent de tous les horizons de Bruxelles pour assister à l’atelier de peinture de Madeleine Tirtiaux, ce dimanche, à la Tricoterie. “ Deux heures pour s’oxygéner la tête ”, nous susurre Chloé. En effet, une quinzaine de participants de tous âges préparent leurs pinceaux, leurs tubes et leurs cansons. « C’est la première fois de ma vie que je peins », avoue Joëlle. Tous les participants s’initient aujourd’hui à une technique de paysage. “ C’est une formidable expérience ”, assure Benoît. Mèches rebelles, tablier bigarré, sur le qui-vive, Madeleine démarre l’atelier tout feu tout flamme. “ Il s’agit d’un atelier ouvert dont le thème est le paysage en couleur.  L’atelier s’adresse à tous de 9 à 109 ans, débutants ou confirmés, timides ou extravertis ”, intervient l’artiste-animatrice du jour. Madeleine Tirtiaux est peintre-illustratrice

à St-Gilles et propose ses ateliers à la Tricoterie depuis quelques mois. “ C’est l’envie de transmettre, de partager, de sensibiliser qui motive ma démarche. Faire connaître le bonheur de créer me rend heureuse. Se découvrir en oeuvrant, c’est une démarche organique qui vient du fond de soi. Les participants s’essaient… C’est courageux et admirable ”, nous explique-t-elle d’une voix douce. A cette occasion, chacun réalise son chef d’œuvre, à sa façon. “ Je me sens totalement libre dans cette activité artistique ”, révèle Tamara. Au programme : apprentissage de techniques et expérimentations diverses, jeu de couleurs, clefs de composition, découverte de la lumière… Arthur, 9 ans et sa maman sont venus en binôme expérimenter l’atelier. “ Je m’éclate ! ”, souffle-t-il. Et sa maman d’enchérir : “ c’est une jolie manière de s’occuper à deux. ” Ce que ne manque pas de confirmer Anna, Paul et Su-

©MARIE-LAURE LULÉ

zie, colocataires dans la vie venus partager ensemble cette activité artistique. Chacun s’amuse à jouer sa partition sous le regard enjoué de Madeleine, cheffe d’orchestre attentive et attentionnée. //


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©AZIZI EL HADIN

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©AZIZI EL HADIN

ICI, C’EST UN CARREFOUR INTELLECTUEL

LE SPORT? C’EST MON IDENTIFICATION

C’EST MIEUX QUE DE CREVER

AZIZI EL HADIN

AZIZI EL HADIN

AZIZI EL HADIN & IBRAHIMA CAMARA

Les prévisions de météo annoncent un temps plus frais le vendredi 1er mai journée mondial du travail. C’est aussi la brocante-braderie du quartier ‘FORTSTRAAT’ à Saint-Gilles. C’est l’occasion pour certains de faire quelques bonnes affaires, pour d’autres de trouver l’objet tant recherché qui complétera leur collection. Année après année, cette journée est devenue une tradition, un rendez-vous incontournable pour les habitants ‘FORTSTRAAT’ et les quartiers à proximité de la place ‘Parvis Saint-Gilles’. Des milliers de visiteurs se sont levés tôt dans une ambiance feutrée et ils viennent chiner différents objets. Ce jour-là, on achète, on vend, il y a environ deux cent vingt exposants de différents nationalités, de différentes couleurs et de différentes cultures. C’est la vraie image de Saint-Gilles. Carrefour intellectuel. La plupart des vendeurs sont des habitants du quartier, ils vendent devant chez eux les articles dont ils n’ont plus besoin dans une atmosphère conviviale. //

Saint-Gilles se caractérise par une population issue d’une ancienne immigration de travailleurs venus des quatre coins du monde : France, Grèce, Espagne, Maroc, Portugal, Pologne et Brésil. Ils se concentrent principalement dans le bas de Saint-Gilles et proviennent de grandes familles. C’est sur cette population que j’ai fait une recherche dans le cadre d’une activité culturelle ‘ le sport et immigration ’. J’ai constaté que chez les jeunes le sport est un encadrement, une hygiène de vie, une identification avec leur quartier et leur commune. “ Le sport, c’est bon pour la santé ”, nous l’avons tous entendu depuis notre plus tendre enfance. Dans l’espace sportif Place Maréchal, des jeunes jouent, chacun à son sport préféré, individuel ou collectif. Ce n’est que le sport qui les unit, dans l’effort, hommes, femmes, petits et grands, quelques soient leur origine, leur niveau social, leur opinion ou leur croyance. C’est par le sport qu’ils transmettent leurs valeurs les plus hautes. C’est un moyen éducatif exceptionnel pour l’intégration sociale, une véritable école de tolérance, de solidarité et de rapprochement humain. Il y a de plus en plus de jeunes issus de l’immigration parmi les sportifs professionnels. //

Ils peuvent être sans-abri ou disposer d’un logement, sans ressources, minimisés, chômeurs ou personnes à petit revenu, jeunes ou âgés... On les rencontre souvent dans les rues à côté des banques et dans les portes de métros, on les reconnaît souvent à leurs visages ternes qui reflètent leur situation. A la rentré de la station du métro ‘parvis de Saint-Gilles’ je suis abordée avec un homme d’une soixantaine d’année et d’une manière très polie, il me demande quelque cents, je me suis approché de lui en lui demandant si je peux faire une interview avec lui. - Pourquoi  cette solution de mendicité ? - Jo  : je n’ai ni chômage,  ni  CPAS, alors  pour moi tendre la main, c’est mieux que  crever de faim.   - Combien  de temps fait tu ça ?                                                                                         - Jo : Maintenant huit ans que je fais la mendicité ici, et je vis  grâce à la générosité des habitants. - Et vous trouvez tendre la main et demander l’aumône et bien pour améliorer votre  solution ? - Jo : Avec un petit sourire, oui c’est la seule solution que j’ai pour le moment. //


ET TU AS CHANGÉ DE MYSTÈRE ANNE BOQUIEN PICTURES TAKEN BY ELKE GUTTIERIEZ


Alors il est rentré. Adélaïde soupire: J’aime bien le parc près du parvis de St Gilles. Tu sais le parc Paulus ? On y voit des jeunes qui fument en cachette, des couples qui s’embrassent, des familles… - Et aussi des vieux ! - C’est vrai que je me demande parfois où ils se cachent à Saint-Gilles. Je les vois rarement dans la rue.

“Eh oui, c’est comme ça la vie”. Ils en ont fait du chemin. De la Belgique à la France en passant par l’Espagne. Sans compter les allers-retours dans leur maison en Italie. Le père de César lui aussi était parti travailler en France avant la guerre.

“Il est midi et elles vont manger là-bas, dans les anciennes écuries au bout du chemin. “Avant, dans le temps, c’était pour les chevaux et maintenant c’est pour les vieux ! On y mange bien. ” “ Est-ce qu’on peut entrer ? ” “Bon, encore une journée de passée. On vient nous chercher à quatre heures, hein.”

“ Il y a des Italiens partout. Même le maire de New-York est Italien ! ”.

- Il y a un endroit pour les personnes âgées Nadat het koppel vertrokken is, horen we uit het niets de woorden “Et tu as changé de mystère” weergalmen door het park. - Tu as entendu cette voix?

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au fond du parc. - C’est là que se trouve la statue d’une grande tête très spéciale.

In een flits verschijnen plots, van achter het standbeeld, twee oudere dames, die met hun pas een weg banen tussen de naar omlaag wijzende struiken. Uit die kleine, bijna onzichtbare, paadjes tussen het weelderige groen ontstaat als vanzelf een afgebakend pad, dat naar een verscholen oase in het dal leidt. Zouden we hen volgen? - La voix… Nous montre-t-elle sa voie ?

- Allons voir . Eens in het park lacht een reusachtig hoofd ons gelaten toe. Het is het hoofd van de poëet Charles Plisnier, die nu waakt over wat ooit zijn tuin was. Sagemment assises sur un banc, deux personnes tiennent compagnie à la statue. C’est un couple d’Italiens, qui après avoir beaucoup voyagé, vient respirer dans le parc. Lui parle de son jardin, où il fait pousser des légumes et des fleurs, comme en Italie. Elle, elle se souvient du restaurant qu’elle tenait il y a quelques années. Elle avait du succès et gérait tout toute seule. Adélaïde et César se sont fiancés à l’âge de 16 ans. César est ensuite parti travailler en Australie. Adélaïde en a eu marre de l’attendre. Quand il lui a proposé de venir le rejoindre, elle lui a répondu par courrier : “Soit tu reviens, soit c’est fini ”.

“Mais moi je ne savais pas qu’il y avait un parc. Moi qui ai habité si longtemps près d’ici. Je ne savais pas que ça existait quand j’étais petit. C’est bêtement que je suis venu.” J’ai dit : “ Tiens … ”. On m’a dit : “ Vous pouvez rentrer, c’est un parc. - Ah c‘est un parc, et bien je ne le savais pas monsieur. ” “ Et oui, c‘est caché par les maisons. Si vous venez d’en haut vous savez le voir. Mais si vous venez d’en bas, là vous ne le voyez pas. ”

In haar aaneenschakeling van verwijzingen komt het park tot leven. Zouden we geleid worden door een bovenzinnelijke aanwezigheid ? Dus jij voelt het ook. Ogen wijd open, geest op scherp. Daar gaan we dan. Als twee jagers volgen we de dames op weg naar een volgende ‘halte’. Arrivées au bord d’un étang, les deux dames se mettent à discuter. “ Ceux-là avec leur tâche marron autour de l’oeil, ce sont des canards d’Egypte. Ils cachent leurs oeufs on ne sait où.”

“ C’est une camionnette qui vient nous chercher à 16h. On a notre chauffeur privé. ” Je vais prendre une eau plate. - Toi tu veux pas quelque chose de spécial ? Comme c’est spécial aujourd’hui. - Oui, du champagne. - Ah bah oui, c’est bien. - Et alors, ça va la vie ? - Savates ? Non. J’ai des souliers.


par la petite porte. ” “ Si vous trouvez la porte je vous invite à un pot! ”

“ Encore dix minutes.” Den duvel oan aa nek! - Ah, ça je comprends ! - Le diable à votre cou, ça veut dire. Je ne sais pas si un bon Flamand le dit mais ça c’est le Bruxellois qui vous parle : ‘Den duvel oan aa nek!’

Onze volgende bestemming roept. We bevinden ons buiten maar er valt geen weg te bespeuren. Het lijkt wel of we aan het eind van de weg staan. Maar een einde herbergt altijd een vervolg, al is dat niet meteen zichtbaar. We kijken even om de hoek van het huis waar we zonet waren en daar achterin, verscholen in de verte, staat een bakstenen huisje in de schaduw van een bloesemende kerselaar. Het lijkt wel een muur, maar als je goed kijkt zie je ook een kleine deur. Eerst de trapjes op en dan kan je naar binnen. Door de glazen dakramen straalt een heftig zonlicht binnen en kleurt zo stroken zandgrond wit. Het wit is zo fel dat het pijn doet

- Dans le temps à l’école, on apprenait le flamand bruxellois. Et ça, j’ai jamais aimé. Mais il y a des mots que je comprends. J’avais une amie au cours de flamand, elle m’aidait avec le flamand et moi je lui apprenais le français. C’était comme ça.

aan de ogen. Jammer dat we onze zonnebril niet mee hebben. Er lopen mensen rond, een heleboel mensen.

- Oui, on avait une heure de cours par jour. “Ah mais c’est ici qu’ils se cachent !” - J’avais une demi-heure moi à l’école. “ Jeanine tu ne bois plus ? Bon, mes demoiselles, on a bien ri, hein ? ” “Ah mais c’est ici qu’ils se cachent !” Een steeds terugkerend geluid vult onze oren en trekt ons naar buiten. Het klinkt als golven van stilte afgewisseld met gelach en vertier. Wat zou er daar aan de gang zijn? “ Ah, ça c’est le boulodrome. Il faut juste suivre le chemin et vous y arrivez. Entrez

Non, allez, me dis pas qu’elle est trop courte ! Tu veux que je tire l’autre ? Elle est méchante aussi celle-ci. Bien joué ! Vous avez salopé mon cochonnet. (Partie 2) Ça y est la partie est terminée. Les joueurs s’embrassent.

- Le bruxellois c’est un patois. - Maintenant on apprend le néerlandais à l’école. Mais dans le temps, c’était le bruxellois.

C’est ta boule là ?

(Partie 1) “ Ah vous voilà. Que puis-je vous offrir ? Vous tombez bien, c’est l’heure de la pause. On boit un coup avant de repartir. Il faut bien faire marcher le commerce ! ” Au coup de sifflet, le jeu redémarre. Les équipes s’installent sur le terrain. “ Allez, on reste concentré. ” Ça c’est un bon tir, c’est pour l’adversaire mais on doit reconnaître que c’est beau.

La prochaine fois, on bouche le trou quand c’est nous qui jouons. T’’aurais pas dû toucher mes boules parce qu’on est dans la même équipe. Ça faisait bien trois semaines que je n’avais pas tiré. Une fois qu’on y a pris goût on ne peut plus s’arrêter. Moi ça ne fait pas longtemps que j’ai appris à jouer. Maintenant je suis en championnat. Pour rester en forme, c’est efficace. Tu sais j’ai perdu 5 kilos. Mon mari joue aussi mais moi je n’ai pas besoin de lui. Chacun son jeu! Il y a des voyages auxquels on ne s’attend pas, qui vous prennent tout près de chez vous. //

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L'ÉTOILE DE LA VILLA POUCA - Les clients boivent de la Jupiler mais Viktoria préfère un espresso -

Viktoria nous accueille dans le café que tient sa mère, dans la rue du fort, à deux pas du parvis de Saint Gilles. Elle nous a vu guetter devant la porte.

« Vous prenez un café?»

SANDRA RIBON

Dans le petit bar tout en longueur, la tapisserie est un peu passée de mode et on entend Dalida à la radio. Viktoria n’est pas de SaintGilles mais elle aime bien. Beaucoup d’artistes, des gens de partout.

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Dans le bar, on retrouve des habitués. Surtout des Belges et aussi quelques Français et des Portugais. La moyenne d’âge est de 50 ans mais c'est la bonne ambiance. Ici, pas de bagarre pas de violence. On écoute de la musique des années 1960 et on fait des soirées. Viktoria vient de Bulgarie et habite en Belgique depuis 5 ans. Elle parle plusieurs langues : le français, le néerlandais, le macédonien, le turque et l’anglais. Elle s’adapte rapidement. Viktoria est contente, elle voit toujours la vie en rose. Peut être parce qu'elle danse tout le temps sur la musique des années 1960. Elle aime ça, même si elle n'a que 25 ans.

ANNE BOQUIEN

NOUS ACCUEILLONS DES FAMILLES ENTIÈRES Je me rends à l’association Hispano Belga sous un soleil printanier radieux, si chaud qu’il me fait penser à l’Espagne, ce pays si cher à mon cœur où j’ai séjourné de nombreuses fois lors de séjours linguistiques, où j’ai vécu le temps d’une année universitaire et où je me rends inlassablement dès que j’en ai l’occasion.

« Même si, je trouve que ça a changé. Je préfère les quartiers plus calmes.»

« On fait aussi des pyjamas party.»

« On me dit souvent que je sais bien prendre l'accent des gens avec qui je parle.»

« On me demande parfois si je suis amoureuse.»

Je pousse la porte un peu lourde et j’entre dans un bureau où une lumière tamisée filtre de la baie vitrée. Je suis accueillie par un homme et une femme qui répondent à mon bonjour chacun leur tour. La dame se dirige vers le bureau de M. Salazar… Je décide de ne pas m'asseoir pour observer et m’imprégner pleinement de l’atmosphère de la petite pièce. M. Salazar termine sa conversation téléphonique et la secrétaire lui annonce que « la fille est là ». Je souris intérieurement, amusée par la façon dont elle m’a présentée. Je mets cette amusante maladresse linguistique sur le compte du français qui n’est sans doute pas sa langue maternelle. L’interview commence, dense, riche en informations intéressantes mais passablement complexes. SR : Comment se compose la population hispanophone de Saint-Gilles ? IS : Malheureusement, je ne dispose pas de données officielles, mais je dirais que 80 % des personnes qui s’adressent à Hispano Belga sont des latinos américains et le reste sont des Espagnols et des personnes qui ont l’espagnol comme deuxième langue (Magrébins, Guinéens, Centrafricains…). Cela étant dit, même si Hispano Belga se situe à Saint-Gilles, nos services s’adressent aux hispanophones de tout Bruxelles. SR : Quelles ont été les différentes vagues d'immigration hispanophone en Belgique ? IS : Après la deuxième guerre mondiale, la Belgique, en manque de main d’œuvre, a d’abord signé une convention avec l’Italie, puis avec l’Espagne pour faire venir des tra-


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vailleurs. Dans les années 50, des espagnols sont donc arrivés légalement en Belgique.

SR : Quelles conditions influencent l'intégration des migrants ?

Entre 1970 et 1990, des migrants sont arrivés d’Amérique latine, comme demandeurs d’asile. Ils étaient accueillis à bras ouverts, comme des héros car ils fuyaient la dictature de leur pays. A cette époque, un travail d’accompagnement et de soutien était effectué pour faciliter leur intégration.

IS : D’abord les raisons pour lesquelles ils quittent leur pays. Comme déjà mentionné, les migrants politiques étaient accueillis comme des héros et la situation socio-économique en Belgique était assez stable. Les migrants économiques des dernières années ont plus de difficulté à s’intégrer que les migrants politiques des années 70. Deux générations sont déjà nées de cette première vague d’immigration. Ces familles constituent une diaspora implantée dans la culture belge de manière durable et qui participe à la vie Saint-Gilloise (lieux de cultes, commerces, activités socio-culturelles).

Dans les années 90 jusque dans les années 2000, des « migrants économiques » sont venus en Belgique pour échapper à la pauvreté. En 1999 par exemple, la faillite en Equateur a poussé de nombreuses personnes à quitter le pays. Après 2000, des hispanophones (souvent diplômés) déjà installés en Europe sont venus s’installer après avoir quitté l’Italie, l’Espagne, le Portugal ou l’Angleterre, par exemple, et également des familles arrivées grâce au regroupement familial, suite à la régularisation de 2000. SR : Qu'est-ce qui différencie, d'un point de vue administratif, les migrants de ces différentes vagues d'immigration ? IS : Les premiers migrants, ceux des années 70, sont arrivés comme demandeurs d’asile et jusqu’au début des années 2000, il était possible d’arriver légalement en Belgique, avec uniquement un passeport. Ensuite, le visa a été rendu obligatoire pour presque tous les migrants d’Amérique latine. C’est aussi en 2000 qu’a eu lieu la première régularisation de sans-papiers latinos. La deuxième a eu lieu en 2009.

SR : Que savez-vous des générations d'enfants hispanophones nés en Belgique ? IS : Certains comme ma fille vivent très bien leur double identité. Ma fille dit souvent qu’elle est colombienne et qu’elle est aussi belge. Elle fait partie de cette génération d’enfants bilingues ou trilingues qui parlent espagnol, français, flamand et qui ont plaisir à vivre en Belgique et à retourner dans le pays d’origine de leurs parents ou grands-parents pour les vacances. Pour d’autres « euro-latinos », la situation est plus compliquée. Ils sont nés en Belgique, mais sont basanés, portent des noms d’origine espagnole et sont donc confrontés à des difficultés pour trouver un emploi par exemple. Pour ces jeunes qui ont une double culture, la réponse à l’exclusion et à la discrimination, c’est le repli communautaire et ses dérives potentielles.

SR : Quelles solutions pourraient remédier à ce problème de communautarisme ? IS : L’éducation doit tenir compte des doubles cultures et un travail sur la diversité, l’intégration, la pluralité doit être fait dans les écoles. M. Salazar regarde sa montre. Je lui demande si je peux prendre une photo de lui avant de le quitter. Il me répond « D’accord, mais je dois prendre mon chapeau. Les gens ont l’habitude de me voir avec mon chapeau »// 25


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RECETTES/RECEPTEN PICTURES TAKEN BY ANA RAFFUL

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"Un nounours au citron!" Kingkong Peruvian Food Chaussée de Charleroi 227, Saint-Gilles, Bruxelles

Frites de mamoc INGRÉDIENTS 1 racine de manioc de l’huile de friture du sel au pili pili, ou de la poudre de bouillon Maggi

(http://undemisieclederecettes.blogs.lalibre.be)

PRÉPARATION Eplucher la carotte de manioc. La couper en tronçons de 5 cm. Détailler ces tronçons en tranches de 1/2 cm d’épaisseur. Détailler ces tranches en frites allumettes. Chauffer l’huile à 180° et y plonger les frites par petites poignées. Quand elles sont bien croustillantes, les égoutter sur du papier absorbant avant de les saupoudrer de sel de votre choix.


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"Steek hieruit 6 cirkels die in de muffinvorm passen" Forcado Pastelaria Portuguesa Charleroisesteenweg 196-198, Sint-Gillis, Brussel

PastĂŠis de nata : Portugese 'taartjes van room'... INGREDIENTEN

BEREIDINGSWIJZE

4 plakjes bladerdeeg, iets ontdooid Klontje boter om in te vetten 2 el bloem 2,5 dl slagroom 80 gr suiker 1 zakje vanillesuiker geraspte schil van 1/2 citroen 3 eidooiers 1 el bloem Snuifje zout

Verwarm de oven voor op 225 grC.

(www.smulweb.nl/recepten)

Serveertips Eventueel nog wat poedersuiker erover, een drankje erbij... Genieten!

Leg de plakjes bladerdeeg op elkaar en rol ze tot een dunne lap uit. Steek hieruit 6 cirkels die in de muffinvorm passen. Vul de ingevette en bebloemde holtes met het deeg, prik ze iets in en zet even koel weg. Verwarm de slagroom met alle suiker, geraspte citroen, eierdooiers, bloem en wat zout en laat dit op laag vuur rustig binden tot een dikke vla, die je dan iets laat afkoelen. Verdeel de vla over de deeg bodems en bak ze in ca 20 minuten in het midden van de oven goudbruin en knapperig. Haal ze eruit en laat iets afkoelen tot ze lauwwarm zijn. En probeer er dan nog maar eens vanaf te blijven:-) Â Snoep smakelijk!!!!

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ACCIDENTAL ART PICTURES TAKEN BY MYRTHE BROUWER

01. Gevouwen 02. Getrapt 03. Gevoederd 04. Gevallen 05. Gelaten 06. Gaspillaged 07. (On)gezond 08. Gebroken 09. Gelikt

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C’EST UN PHÉNOMÈNE DE PERCEPTION

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Ne pas être de gauche, c’est un peu comme une adresse postale : partir de soi... la rue où on est, la ville, le pays, les autres pays, de plus en plus loin... On commence par soi et, dans la mesure où l’on est privilégié et qu’on vit dans un pays riche, on se demande : " comment faire pour que la situation dure ? ". On sent bien qu’il y a des dangers, que ça va pas durer, tout ça, que c’est trop dément... mais comment faire pour que ça dure. On se dit : les chinois, ils sont loin mais comment faire pour que l’Europe dure encore, etc. Être de gauche, c’est l’inverse. C’est percevoir... On dit que les japonais ne perçoivent pas comme nous. Il perçoivent d’abord le pourtour. Alors, ils diraient : le monde, l’Europe, la France, la rue de Bizerte, moi. C’est un phénomène de perception. On perçoit d’abord l’horizon. On perçoit à l’horizon. (Gilles Deleuze dans ‘Qu’est-ce qu’être gauche?’)

IL FAUT FAIRE QUELQUE CHOSE MAMADOU LAMARANA & DIRK ELST

In een dorp in Mali vroeg een zoon aan zijn pa wat het woord commentaar betekende. “Ze zeggen ook wel kritiek”, antwoordde de vader. “Wat is dat kritiek?” antwoordde het kind klagerig. “Want mensen trekken boze gezichten wanneer ze in de kritiek zitten”, voegde het eraan toe en hield daarbij het hoofd schuin en wiegde met zijn bovenlijf. “Mensen ‘zitten’ niet in de kritiek, jongen, mensen ‘hebben’ kritiek”, antwoordde de vader. “Kom, we gaan wandelen met de ezel en ik zal je laten zien wat kritiek is.”

VOOR MIJ IS BRUSSEL EEN STAD DIE INSPIREERT BLERI LLESHI

Sinds een aantal jaren woont de helft van de wereldbevolking in steden. In Europa zitten we achter want in andere continenten zoals Zuid-Amerika woont nu al 75% van de mensen in steden. Steden zijn de toekomst. Steeds meer burgers beginnen zich te identificeren met een stad in plaats van een land. Intussen zijn er steden die veel groter zijn dan landen. Kijk maar naar steden zoals Londen, Parijs of Madrid. België heeft geen grote steden, behalve Brussel dat een kleine metropool is. Leven in de stad is een verrijking maar tegelijk een uitdaging waarop we op dit moment veel te weinig op voorbereid zijn. Dit komt omdat het systeem denkt en werkt in termen van landen en weinig of geen rekening houdt met stedelijkheid. De uitdagingen voor Brussel zijn helder duidelijk: ongelijkheid en armoede. Brussel is de derde rijkste regio in Europa. Desondanks leeft één op drie Brusselaars in armoede. Enorme schooluitval, hoge werkloosheid en een tekort aan sociale huisvesting. Problemen die dertig jaar geleden zijn


1060 FACES | BUURT CORRESPONDENT DE QUARTIER

de dorpelingen: “Moet je dat arme beest zien, het zakt bijna door de poten én die twee patsers doen alsof er niks aan de hand is. T’is schandalig!” Vader en zoon stapten af en repten zich uit het dorp, op naar het volgende. Het duurde tenslotte niet lang vooraleer enkele dorpelingen ook daar begonnen foeteren: “Moet je dat zien! Ze lopen naast de ezel. Zijn die achterlijk of wat?”Toen ze het laatste dorp achter zich gelaten hadden, zei de vader tegen zijn zoon: “Je hebt het nu zelf gezien: om het even wat je doet, kritiek is er altijd. Ook als je niets doet. Il faut faire quelque chose.”//

©MAMADOU LAMARANA

Hij tilde zijn zoon op de ezel en leidde ezel en kind naar het naburige dorp. De mensen gaapten hen aan en riepen verontwaardigd: “Heb je dat nu al MEEgemaakt! Dat de oudste te voet moet gaan en dat die kleine zich laat rijden, dat is schandalig! Er is geen respect meer.” De vader nam zijn zoon van de ezel en ging er zelf opzitten. Zo stapten ze naar het volgende dorp. Ook daar gaapten de mensen hen aan en riepen verontwaardigd: “Heb je dat nu al meegemaakt! De kleine moet te voet gaan terwijl de pa met zijn krent op de ezel zit! T’is schandalig!” De vader hees zijn zoon achterop de ezel en met zijn drieën reden ze naar het volgende dorp. Een pak trager dan voordien. Daar was het algauw van hetzelfde laken een broek. Deze keer riepen

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begonnen met de de-industrialisatie van Brussel. Voor de Brusselaars die met deze problemen kampen hebben we nog steeds geen antwoord weten te formuleren. En toch leeft Brussel. Dit dankzij de stromen migraties uit de hele wereld. Expats, Polen, Roemenen, Spanjaarden, Maghrebijnen, Turken, Afrikanen, Brazilianen, Indiërs, Pakistanen… de hele wereld is aanwezig in Brussel. Het is een van de meest diverse steden van Europa. 61% van de Brusselaars heeft een migratieachtergrond. Het zijn vooral deze mensen die zorgen dat de stad blijft draaien en groeien.

Brussel is een grote stad met een dorpssfeer. Dit komt omdat de stad bestaat uit 19 gemeentes. Sint-Gillis is een van die gemeentes. Het is misschien de gemeente die Brussel het meest typeert. Zoals Brussel heeft Sint-Gillis een probleem van ongelijkheid. Een wandeling door de gemeente van laag naar hoog Sint-Gillis laat snel zien dat hoe hoger je komt, hoe meer welstand en sociale mobiliteit. Sint-Gillis was de eerste gemeente in Brussel waarvan de helft van de bevolking een migratieachtergrond had. Vandaag heeft de gemeente een mooie mix uit de hele wereld. Dit samen met de dorpssfeer

die er hangt door de vele markten die ervoor zorgen dat wie Sint-Gillis binnentreedt zich snel thuis voelt. Maar hoe voelen de inwoners van Sint-Gillis zich in hun gemeente? En vooral wie zijn ze? De deelnemers van het project ‘Buurtreporters’ zijn erin geslaagd om een boeiende kijk te bieden op het dagelijkse leven van de Sint-Gillenaren. Van gedreven Cubaanse vrouwen tot ouderen in rusthuizen. Een portret van Sint-Gillis via verhalen. Verhalen die aantonen dat elke inwoner uniek en verrijkend is voor Sint-Gillis, voor Brussel. Voor deze mensen uit de hele

wereld is Sint-Gillis een thuis. De plek waar ze streven voor een beter leven. Van hun strijdbaarheid en gedrevenheid moeten we inspiratie halen om de uitdagingen van Sint-Gillis en Brussel aan te gaan. Voor mij is Brussel een stad die inspireert maar ook motiveert om me te blijven engageren in deze stad. Mijn stad, onze stad.//


‘1060 FACES’ is the result of the project ‘Buurt Correspondent de Quartier’, a collaboration of the Community Center Pianofabriek, the Dutch-speaking public

COLOPHON PARTICIPANTS Ana Rafful Anne Boquien Azizi El Hadi Bérengère Guccione Elba Estrada Elke Guttierez Elise Van Bruyssel Francesca D’Angelo Ibrahima Camara Khushboo Bhagat Lorenzo Orlando Mamadou Lamarana Marie-Laure Lulé Michela Di Donato Myrthe Brouwer Oda Van Neygen Samir Abi Samruddhi Palaye Sandra Ribon Vincent Henin

library of Sint-Gillis and the Lo-

COACHES Elke Van Der Kelen (PHOTOGRAPHY) Dirk Elst

cal Cultural Policy of Sint-Gillis.

GUEST LECTURERS Bleri Lleshi Hugo Boutsen

The participants portrayed the

(WRITING)

COPY EDITORS Aude Lafait Sabela Moreno Pereiro COORDINATORS Philip Meersman Germana De Bock Merel

neighbourhood and it’s inhabi-

Dekleermaeker

tants with a camera and a ball-

SPECIAL THANKS Ingrid Lemaire Tessa Goossens Geert Steen-

point. The street was The Red

GRAPHIC DESIGN Marie Alpuerto dam Bram Bresseleers Kirsten Saenen

Thread on which many protaINFO

voice and language. The came-

www.sint-gillis.bibliotheek.be

ra registered or sketched a cor-

www.pianofabriek.be

responding story, which you can find (in colour) in the envelope that goes with this newspaper.

V.U. / E.R.: Willem Stevens DRUK/IMPRESSION: gemeentelijke drukkerij / imprimerie communale / na-an. 1060@stgilles.irisnet.be

gonists talked boldly, in their

Profile for Bibliotheek Sint-Gillis

1060 Faces color  

‘1060 FACES’ is the result of the project ‘Buurt Correspondent de Quartier’, a collaboration of the Community Center Pianofabriek, the Dutch...

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