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Baptiste Noble-Werner

E - Medias

L’L’information à l’heure des réseaux sociaux

DOSSIER

INTERVIEW

DOSSIER

Diffusion et consommation de l’information sur les réseaux sociaux

Johan Hufnagel (Loopsider)

YouTube, terre d’expression des journalistes d’un nouveau genre

« Repartir d’une page blanche »


EDITO Baptiste NOBLE-WERNER étudiant à l’ISCPA Lyon Filière journalisme En quoi les réseaux sociaux ont-ils révolutionné le journalisme ? ISCPA Lyon 47 rue du sergent Michel Berthet 69009 Lyon Tél. 04.72.85.71.72 Responsables de la publication : Isabelle Dumas et Patrick Girard Tuteur de mémoire : Thomas Piguel Rédaction et maquette : Baptiste Noble-Werner Photo de couverture : Baptiste Noble-Werner

L’info sur le pouce

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éverrouiller son smartphone, c’est un peu comme ouvrir une boîte de Pandore. Grâce à Facebook ou Twitter, je peux maintenant savoir ce qu’il se passe à l’autre bout du monde, en direct, sans avoir à attendre... attendre que mon quotidien favori parle d’un évènement dans son édition du lendemain, attendre que les journaux télévisés ou radiophoniques diffusent leurs reportages. Attendre qu’un journaliste web termine d’écrire son article. D’ailleurs, est-ce bien utile que je me serve encore de ces acteurs de l’information alors que je suis informé en 280 caractères sur Twitter et grâce à une vidéo de 45 secondes sur Facebook ? Est-ce bien utile que j’achète encore des journaux ou une télévision alors qu’avec les réseaux sociaux tout me paraît gratuit ? Je me fais là l’avocat du diable, mais la présence massive des médias sur les réseaux sociaux a bouleversé notre rapport à l’information, au journalisme. Aujourd’hui, toute l’actualité est à portée de main. Ou de pouce devrais-je dire. Alors, frénétiquement, nous «scrollons», un mot barbare qui signifie «faire défiler» en anglais. Passant d’un fil d’actualité à un autre, d’un tweet à un autre, d’une publication à une autre en oubliant la majeure partie de leur contenu au bout de quelques minutes. Car, noyés sous un flot d’informations, nous sommes perdus, incapables de nous rappeler la source de l’information, parfois d’en vérifier sa véracité. Mais les réseaux sociaux font partie intégrante de la société moderne. C’est en cela qu’ils sont devenus incontournables pour le monde du journalisme.

Attestation de non plagiat

Je soussigné Baptiste NOBLE-WERNER, étudiant dans le programme Journalisme de l’ISCPA Institut des Médias, atteste sur l’honneur que le présent dossier a été écrit de ma main, que ce travail est personnel et que toutes les sources d’informations externes et les citations d’auteurs ont été mentionnées conformément aux usages en vigueur (nom de l’auteur, nom de l’article, éditeur, lieu d’édition, année, page). Je certifie par ailleurs que je n’ai ni contrefait, ni falsifié, ni copié l’oeuvre d’autrui afin de la faire passer pour mienne. J’ai été informé des sanctions prévues au règlement pédagogique de l’ISCPA en cas de plagiat. Fait à Nancy le 25/04/2018


SOMMAIRE P. 4 Dossier - les réseaux sociaux, un bouleversement dans la consommation et la diffusion de l’information

P. 16 Les médias « traditionnels » à l’heure des réseaux sociaux

P. 5 La consommation de l’information sur les réseaux sociaux

P. 22 Interview - Manu Lonjon, la référence du journalisme football sur Twitter

P. 7 Live Facebook, une recette gagnante

P. 24 Les réseaux sociaux, une nuisance à la qualité d’information ?

P. 8 Interview - La place des réseaux sociaux dans nos sociétés - Samuel Nowakowski

P. 26 Dossier - YouTube, Vers un nouveau journalisme ?

P. 10 Ces médias uniquement présents sur les réseux sociaux

P. 29 Interview - Aude Favre, journaliste youtubeuse et libre

P. 13 Interview - « On a fait preuve de pragmatisme en se lançant sur ces plateformes » Johan Hufnagel, Loopsider

P. 30 Snapchat, quand l’information devient du divertissement

P. 15 Les médias sociaux, un modèle décrié

P. 31 Instagram, l’esthétisme au service de l’information


DOSSIER Les réseaux sociaux, un bouleversement dans la consommation et la diffusion de l’information

Les réseaux sociaux sont devenus des éléments incontournables de nos sociétés et de notre existence numérique. Mais qu’est-ce qu’un réseau social ? Les spécialistes s’accordent à dire qu’un réseau social est un site internet permettant d’entrer en relation avec une communauté d’individus et qui offre aux utilisateurs des interfaces d’interactions et de communications. Dans son ouvrage « L’explosion du Journalisme », le journaliste et sémiologue espagnol Ignacio Ramonet écrit : « l’ensemble de l’écosystème médiatique est dynamité par les impacts successifs de la révolution numérique et du prodigieux développement des réseaux sociaux. » Avec le temps, ces réseaux ont bouleversé notre rapport à l’information. Aussi bien l’accès à l’actualité du public, que la diffusion de l’information par les journalistes.

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La consommation de l’information sur les réseaux sociaux

Facebook et Twitter sont devenus de véritables plateformes d’accès à l’information - Baptiste Nobble-Werner

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u’il semble loin le temps où le public s’informait par la télévision, la radio ou les journaux. Ces façons de consommer l’information ne semblent plus au goût du jour. Quelques années après l’arrivée du web dans nos vies, les réseaux sociaux se sont immiscés dans les moindres interstices de notre existence digitale. Samuel Nowakowski, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Lorraine, va même jusqu’à qualifier ces réseaux de «mini-sociétés» (voir interview p.6). Un bouleversement qui n’a pas épargné le monde du journalisme. De la diffusion de l’information à sa consommation. Symboles de cette révolution majeure dans l’univers de l’information, les études sont légions dans bon nombre de pays.

Facebook, passerelle entre le lecteur et les rédactions

Le Pew Research Center, un centre de recherche américain basé à Washington, s’est intéressé à la question. Son étude hebdomadaire, menée sur 2000 américains, révèle que les réseaux sociaux sont devenus de véritables passerelles entre les rédactions et le public. Ce

sondage rapporte que 35% des interrogés ont accédé à un site d’information grâce à une publication sur Facebook. Parallèlement, 36% des sondés sont allés directement sur le site internet d’une rédaction. Un écart infime. Dans leur ouvrage «# information, commenter et partager l’actualité sur Facebook et Twitter» (éd. La Maison des sciences de l’Homme), Nathalie Pignard-Cheynel et Arnaud Mercier expliquent que les réseaux sociaux servent de promotion pour les sites d’actualités : « les réseaux socionumériques sont à l’origine de la hausse inexorable du trafic des sites d’information. » En France, l’Observatoire du Webjournalisme a commencé à se pencher sur le sujet en 2014. Arnaud Mercier, Nathalie Pignard-Cheynel et Alan Ouakrat ont souhaité savoir de quelle façon les 18-24 ans, la fameuse « Génération Z », accédent à l’information (un article publié sur Slate en mars 2017). Menée durant trois ans, l’étude révèle que 73% d’entre eux passent par les réseaux sociaux. « Plus de mille d’entre eux y suivent l’actualités plusieurs fois par jour » détaillent Arnaud Mercier et ses collègues. Un chiffre vertigineux. Viennent ensuite les applications mobiles. Un indicateur de plus de l’importance des smartphones

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dans nos vies numériques. Une étude semblable a été réalisée par Harris Interactive. Publiée en 2017, elle a classé, par générations, les plateformes les plus utilisées pour s’informer. Les réseaux sociaux (28%) sont le deuxième médium de la Génération Z, juste derrière la télévision (29%). Plus on avance dans les tranches d’âges, plus l’utilisation informationnelle

du Webjournalisme révèle que 70% des interrogés sont abonnés à au moins un compte de média d’information. D’un seul « like », retweet ou partage, un individu va pouvoir diffuser l’information d’un média à ses proches sur les réseaux. Des proches qui ne suivent pas forcement ce dit média. Grâce aux réseaux sociaux, les médias peuvent désormais atteindre un lectorat qui

55% des 18-24 ans jugent Facebook comme « un moyen important » de suivre l’actualité Etude menée par l’Observatoire du Webjournalisme

des réseaux sociaux recule. Ils ne sont que le troisième choix de la Génération Y (15%), derrière internet (40%) et la télévision (27%). Un pourcentage qui tombe respectivement à 5 et 2% pour la Génération X et les Babyboomers. La consultation de l’information sur les réseaux sociaux semble donc être une pratique générationnelle.

aurait pu ignorer leurs productions dans un kiosque ou à la télévision. On parle ici d’exposition accidentelle à l’information. Avant, le public devait faire la démarche de s’informer. Que ce soit en allumant son poste de télévision, ou de radio, en allant acheter la presse ou en se rendant sur un site d’actualités. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. En « scrollant » à travers son Une nouvelle forme d’ex- fil d’actualité, l’utilisateur sait ce qu’il se passe dans le monde, entre position à l’information L’étude menée par l’Observatoire deux photos de ses proches. « L’in-

formation vient à l’individu » explique Loïc Ballarini, Responsable du Master Journalisme et médias numériques de Metz.

De nouvelles journalistiques

On ne consomme pas l’information sur les réseaux sociaux de la même manière qu’ailleurs. Ces plateformes ont démocratisé des pratiques inédites. Les formats de diffusion des médias dits traditionnels sont révolus. Smartphone oblige, l’information se consomme à la verticale. Vincent Glad, journaliste, évoque le terme de «journalisme vertical». Une hérésie pour certains journalistes reporters d’images… Exit, ou presque, les vidéos à l’horizontal. Sur Facebook, Twitter et Instagram, les usages veulent que les vidéos soient carrées. Depuis peu Konbini, et d’autres rédactions estampillées « jeunes », proposent des interviews vidéo prenant l’intégralité de l’écran de votre smartphone. Le tout face caméra, une autre spécificité. Une petite surprise pour Johan Hufnagel, directeur de la rédaction de Loopsider : « l’écriture ‘réseaux sociaux’ est vraiment particulière. Nous progressons chaque jour depuis le lancement de Loopsider » (interview p.10).

Une consommation similaire à celle des médias « traditionnels » ? « On a constaté que ce qui fonctionne à l’antenne fonctionne aussi sur nos chaînes YouTube. Et inversement. L’an dernier, l’émission Actuality (présentée par Thomas Thouroude) n’a pas été un succès d’audience. Un échec qui s’est répercuté sur le nombre de vues sur la chaîne YouTube de l’émission » Cyrille-Vincent Pelossier, Responsable digital média YouTube pour France TV

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pratiques


Le live Facebook, une recette gagnante Terminés les duplex nécessitant un camion satellite ou des émetteurs 4G puissants. Aujourd’hui, n’importe qui peut diffuser une vidéo en direct depuis son smarthpone. Et ça, les journalistes l’ont bien compris.

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u’elles soient uniquement présentes sur les réseaux sociaux ou issues des médias «traditionnels», la plupart des rédactions se sont converties à la diffusion en live sur Facebook ou Twitter. Le média Brut, qui n’est présent que sur les réseaux sociaux, a son journaliste spécialisé dans le direct : Rémy Buisine. Ce journaliste parisien s’est fait connaître lors des mobilisations « Nuits Debouts » Place de la République à Paris. A l’époque, il diffuse sur Periscope, une plateforme de diffusion de vidéo en live, depuis rachetée par Twitter. Celui qui est alors community manager pour une radio parisienne cartonne chaque soir. De quoi lui ouvrir les portes de Brut en novembre. Dès qu’un évènement majeur a lieu à Paris, le journaliste est dépéché sur place pour diffuser, le plus simplement possible, ses images sur Facebook. A la verticale et sans micro.

Facebook. On a commencé lors de nos déplacements, pour interagir avec notre communauté avant les matches. Puis on a lancé de vraies émissions depuis la rédaction. Aujourd’hui il y en a presque tous les jours. » L’idée d’Eurosport est d’apporter de la plus-value à l’information, tout en « racontant l’histoire autrement ». « Ça nous permet aussi de faire de la VOD ou des ‘best of ’ pour nos éditions web sur le site internet » ajoute Martin

apprécient car cela crée une proximité entre nous. Et les patrons sont contents, ça ne coûte pas grandchose à produire » sourit le journaliste d’Eurosport.

Des lives qui peuvent rapporter gros

Depuis 2016, Facebook rétribue la production vidéo de certains médias français. Il est question de contrats de 100.000 à 200.000€ par mois, sur des périodes renouvelables de six mois. Nicolas Becquet, de l’Observatoire Européen du Journalisme, révèle sur Médiapart (01/12/17): « Le Figaro, Le Parisien, ou encore le journal Le Monde font partie des éditeurs qui touchent de l’argent pour produire du contenu vidéo pour Facebook. » Le tout sous certaines conditions comme l’explique le journaliste : « Un grand groupe de télévision français doit produire 14 heures de direct par mois, chaque live devant faire entre 6 et 20 minutes ». Un partenariat qui ne concerne que certaines rédactions. Du côté d’Eurosport, Martin Mosnier assure que la chaîne ne touche aucune subvention de la part de Facebook.

200.000€ par mois pour diffuser du contenu en direct sur Facebook

Mosnier. Un pari gagnant puisque le public est au rendez-vous. «Notre audience varie entre 40000 et 130000 spectateurs. Notre record d’audience tourne autour du million de vues lors d’un live avec Kylian Mbappé. Mais les chiffres sont compliqués à interpréter. On « 80% de notre diffusion se ne sait pas si le spectateur reste cinq secondes ou cinq minutes par fait depuis un portable » Eurosport a fait le pari du live mais exemple » tempère Martin Mosdans une version plus travaillée. nier. Ludique et simple à diffuser, Martin Mosnier, journaliste à Eu- les lives ont la cote auprès des mérosport, nous explique : « ça fait dias. « 80% de nos diffusions se deux ans que la rédaction s’est font depuis un téléphone. De petits pleinement lancée dans les lives moyens suffisent. Les internautes

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« L’Homme est avant tout un animal social » Samuel Nowakowski Pour comprendre la présence massive des médias sur les réseaux sociaux, il faut s’intéresser aux usages de ces plateformes par le grand public. Samuel Nowakowski, enseignantchercheur en sciences de l’information à l’Université de Lorraine, nous éclaire ...

Existe-t-il une différence entre les réseaux sociaux et les médias sociaux ? Je pense qu’il y a un amalgame aujourd’hui. Il y a peu de médias sociaux, au sens strict du terme. Le seul qui existe véritablement est YouTube. A partir du moment où on a un outil où l’on peut partager, commenter des vidéos ou des photos tout devient média social. Twitter et Facebook le sont devenus, il n’y a donc pas de véritable différence entre les deux termes.

Comment sont utilisés les réseaux sociaux par la population ? Sur cent usagers, cinq publient, quinze partagent et les autres regardent. Les réseaux sociaux fonctionnent dans une communauté déjà identifiée comme la famille ou les amis. Ou alors, l’utilisateur entre dans un groupe pour une raison précise, partager un centre d’intérêt par exemple. On est dans un petit monde, soit professionnel soit personnel. Il est difficile d’avoir une typologie de tous les usages.

Comment explique-t-on le succès des réseaux sociaux auprès des individus ? L’Homme est avant tout un animal social. L’arrivée des smartphones a profondément modifié le rapport aux échanges. Le fait

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Samuel Nowakowski enseigne les «Humanités Numériques», un terme qu’il préfère à la simple dénomination de «réseaux sociaux» Sébastien Di Silvestro

de pouvoir accéder à tout, à tout moment, a profondément changé les choses. Les réseaux sociaux ne sont que des outils qui permettent de satisfaire ce besoin d’interaction. Antonio Casili, dans son livre Les Liaisons Numériques, démontre qu’on s’épanouit au sein des réseaux sociaux car ce sont des univers où l’on va rencontrer nos semblables malgré la distance. Aujourd’hui, je ne pourrais pas imaginer un monde sans ces réseaux.


Arrive-t-on à dater l’avènement Les « médias » aux idéologies extrêmes des réseaux sociaux dans nos vies ? connaissent, en partie, un regain de On date l’arrivée du web participatif en 2001 avec Wikipédia. C’est l’année où le web bascule d’une plateforme de consultation à une plateforme où les utilisateurs créent et partagent. Cinq ans après, arrivent le

notoriété grâce aux réseaux sociaux. Comment expliquer cela ?

L’engagement est devenu distancié. On reste chez soi, devant son ordinateur. Il n’y a plus besoin d’aller à une manifestation. On

« Aujourd’hui, je ne pourrais pas imaginer un monde sans ces réseaux » premier iPhone, puis Facebook. Là, les pourrait faire un parallèle avec le porno. Les réseaux sociaux pénètrent un peu plus dans anciennes générations devaient se déplacer pour acheter des magazines X. Maintenant nos vies via les applications. tout se fait depuis chez soi. Et de façon Peut-on qualifier ces réseaux de « mini- anonyme surtout. Je suis planqué derrière ma machine, à distance, et je fais tout ce sociétés » virtuelles ? que je veux. Pour moi elles sont dématérialisées et non pas virtuelles puisqu’elles existent. Mais oui Comment expliquez-vous la présence des médias sur les réseaux sociaux ? ce sont des mini sociétés. L’utilisateur est-il noyé sous les « Les gens sont là, il faut qu’on y soit » voilà informations venant des réseaux sociaux ? ce qui explique leur présence. Mais ce n’est pas parce qu’ils sont présents sur les réseaux Je pense que oui, il y a trop d’informations. que les utilisateurs feront la démarche de Après, charge à chacun de les traiter. consulter les pages de ces médias. Chacun doit choisir ses sources, construire son propre système d’approvisionnement en le maîtrisant. Je dis toujours que les usagers sont les principaux responsables du système qu’ils utilisent. A nous de faire les bons choix pour ne pas être submergés.

Entretien réalisé en mars 2018

Nombres d’utilisteurs actifs par mois (source : Le Blog du Modérateur, 28/12/2017)

Facebook

YouTube

Instagram

Twitter

Snapchat

2,072 milliards

1,5 millards

800 millions

330 millions

178 millions

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Les réseaux sociaux comme seul support

Brut est le numéro 1 français de l’information sur les réseaux sociaux. - Baptiste Noble-Werner

Plateformes de diffusion de l’information, les réseaux sociaux sont aussi devenus des hébergeurs de contenus journalistiques. De plus en plus de médias laisse le bon vieux site internet au placard pour n’être présent que sur les réseaux. Un modèle nait aux Etats-Unis qui n’a pas manqué de traverser l’Atlantique.

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d’accueil, même le mot sonne vieux. Aujourd’hui les informations vivent là où vous vivez ». En dessous, le visiteur trouvait un rappel des réseaux investis par NowThis. Aujourd’hui, NowThis compte plus de 13 millions d’abonnés sur sa page Facebook, près de 2 millions sur Twitter et environ 850000 sur Instagram. Les vidéos de ce média cumulent 20 millions de vues par jour. Un chiffre vertigineux. Par mois, ces vidéos, toutes plateformes confondues, réunissent 2.5 milliards de vues, selon Le Tube (émission du 9 décembre 2017). Il y a trois ans, ce chiffre s’élevait à 1 million. Symbole du changement de consommation de l’information. Au Tube, Sarah Frank, la directrice de rédaction, expliquait : « nous n’aurions jamais pu construire notre marque en si peu de temps sans les réseaux so« Page d’accueil, même le mot sonne ciaux ». Un exemple qui a inspiré les grands groupes vieux » Sur la page internet du site, encore active, on pouvait de médias puisque Al Jazeera a lancé AJ+ en juin 2014. lire : « Homepage, even the word sounds old. Today Présent sur Facebook, Twitter, Instagram, YouTube et the news lives where you live », littéralement « page sur application mobile, AJ+ diffuse aussi du contenu owThis, AJ+ ou encore Brut sont devenus des poids lourds de l’information dans le monde numérique. Ils ont tous la particularité de diffuser leur contenu uniquement via les canaux des réseaux sociaux et d’avoir la même cible, les 18-34 ans. Le précurseur de ces médias est l’Américain NowThis. Lancé en septembre 2012, NowThis est initialement un pure player (un site d’information uniquement présent sur le web). En 2014, ce pionnier des médias numériques décide de clôturer son site internet pour diffuser uniquement sur les réseaux sociaux. Du jamais vu dans le monde des médias aux allures de révolution.

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écrit via le site Medium. AJ+ réunit un peu moins de 11 millions de fans sur Facebook.

Un modèle exporté en France

Il n’aura fallu que très peu de temps pour qu’un nouveau média français se lance dans cette aventure. Le précurseur français se nomme Brut. Comme ses cousins d’Amérique, Brut a choisi la vidéo, au format souvent court, et sous-titrée pour informer son public. Lancé en novembre 2016, ce média a connu une croissance fulgurante. Après trois mois, Brut comptait 150000 abonnés sur Facebook, 21000 sur twitter et 60 millions de vues cumulées. Aujourd’hui, ce nombre de vues a grimpé à 200 millions par jour et Brut compte plus de 1.1 millions d’abonnés. Face à ce succès, d’autres lui ont emboité le pas. Comme Monkey, créé mi-novembre 2017. Ce média a choisi de se différencier de ses concurrents en ne produisant qu’une seule vidéo par jour, incarnée par un journaliste face caméra. Le projet de Monkey est de décrypter l’actualité grâce à un format avoisinant les trois minutes. En France, le dernier venu a été lancé le 10 janvier 2018

Une cible jeune implique une liberté de ton différente des autres médias. Brut l’a bien compris - Capture d’écran/Brut.

et s’appelle Loopsider (voir inter- sa page « Brut Sport » qui compte view p. 10). près de 150000 fans ou d’écologie sur ses pages « Nature » en Français ou en Anglais. En décembre derDes déclinaisons à foison Que ce soit NowThis, AJ+ ou Brut, nier, le géant français s’est exporté tous ont choisi la déclinaison plu- à l’étranger en ouvrant un bureau à tôt que le rubriquage de leurs vi- New-York. La page « US » de Brut déos. Ainsi, NowThis a ouvert une réunie près de 900000 personnes, dizaine de pages Facebook diffé- contre 18000 pour sa page spéciale rentes comme «NowThis Report», Royaume-Uni. « Her », « Politics », « Nerd » ou encore « Weed ». AJ+, lui, diffuse L’audiovisuel comme point en plusieurs langues. On trouve commun par exemple « AJ+ Français » ou En regardant avec attention les « AJ+ Espagnol » chacun produi- organigrammes de chacun de ces sant un contenu différent. Comme médias « 100% réseaux sociaux », ses ainés, Brut a créé de nouvelles on se rend compte d’une chose : pages spécifiques. Le média fran- tous, à l’exception de NowThis, ont çais traite de l’actualité sportive sur été créés par des acteurs du monde de la télévision. AJ+ a été fondé par le géant Al Jazeera. Monkey est le fruit d’Emmanuel Chain, journaliste, producteur à la tête d’Eléphant. Loopsider a été fondé par Johan Hufnagel (Libération) mais aussi par Guiseppe Di Martino (ex-Directeur général de Dailymotion) et Arnaud Maillard (ex responsable internet et nouveaux médias chez Eurosport). Enfin, Brut a été fondé par des anciens de Canal+, notamment Renaud Le Van Kim, producteur du Grand Journal. Loopsider construit ses vidéos image par image en suivant un véritable chemin de fer - Loopsider

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« Je voulais partir d’une feuille blanche » Johan Hufnagel Johan Hufnagel a connu les médias dits «traditionnels» comme 20 Minutes ou Libération. Avec Loopsider, il s’est lancé dans un format encore peu repandu en France, celui d’un média uniquement présent sur les réseaux sociaux. Comment est née l’idée de créer Loopsider ? Je songeais à faire de la vidéo informative en ligne depuis déjà longtemps. J’ai commencé à en parler entre 2012 et 2013 avec Guiseppe De Martino (ancien directeur général de Dailymotion) lorsque j’étais encore à Slate. L’idée m’a accompagnée lors de mon retour à Libération lorsque nous étudiions la question de faire une sorte de chaîne télé en ligne. Pour ce qui est de l’idée même de Loopsider, nous avons commencé à en parler réellement en 2016 avec Daphné Denis, la rédactrice en chef de Loopsider, et Guiseppe De Martino.

A quoi ressemble les journées de travail d’un nouveau média ? Il n’y a pas vraiment de différence par rapport à ce que j’ai vécu à Slate ou Libération. Chaque journée débute par une conférence de rédaction, puis chacun planche sur ses sujets ou fait de la veille. Nous ne travaillons pas le weekend, sauf évènement important, donc il faut aussi préparer en avance les publications pour ces jours-là. On a opté pour une information plutôt magazine pour nos sujets dont la parution est prévue le samedi et le dimanche. En semaine, on cherche à traiter de l’actualité chaude. En termes d’effectifs, on est pour l’instant une petite équipe de dix à douze personnes par jour, à temps plein.

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Johan Hufnagel, créateur et directeur de la rédaction de Loopsider - SIPA

Quel est le Loopsider ?

projet

éditorial

de

On vise les gens qui ne s’informent plus que par leur communauté. C’est-à-dire les réseaux sociaux. On les a surnommés les « thumbennials », ceux et celles qui lisent grâce à leur pouce et qui « scroll » sans cesse sur leurs smartphones. On a choisi la vidéo comme moyen de transmettre l’information car c’est le média qui les intéresse le plus. Notre but est de faire preuve de pédagogie, on souhaite que notre audience apprenne quelque chose grâce à nous. On a fait le choix d’exclure certains domaines d’information. On a jugé que la culture était déjà très


présente dans le paysage médiatique. On a aussi décidé de ne pas traiter de politique, selon moi ça n’intéresse plus personne.

faut se poser c’est : « peut-on produire de l’info gratuite de qualité ? » C’est ce qu’on essaye de faire à Loopsider.

Pourquoi avoir choisi de lancer un Quel est votre modèle économique ? média uniquement présent sur les Pour l’instant, nos vidéos sur Facebook réseaux sociaux ?

sont sans publicité. Pour le lancement de Parce que c’est la réalité du moment. On a Loopsider, nous ne voulions pas que notre constaté que les réseaux sociaux prenaient contenu soit accompagné de pub. Nous une place grandissante dans nos vies, surtout avons réussi une assez grande levée de Facebook. On a fait preuve de pragmatisme fonds (environ un million d’euros) pour en se lançant sur ces plateformes. Il fallait avoir le temps de réfléchir à la place de la que nous, journalistes, soyons aussi présents publicité dans notre contenu. On est plus

« On a fait preuve de pragmatisme en se lançant sur ces plateformes » sur ce carrefour de communication. Et puis, on ne va pas se mentir, c’est aussi plus facile et plus directe pour toucher une audience que de créer un pure player ou un journal. De moins en moins de gens vont au kiosque ou font l’effort de consulter un site internet d’information. Et ne parlons même pas des abonnements numériques.

sur une approche partenariale avec les annonceurs. Ils viennent sponsoriser notre contenu. Ceci nous permet de garder la main mise sur nos productions (l’entreprise Veolia a par exemple sponsorisé une vidéo sur le recyclage des déchets, ndlr).

Pourquoi avez-vous choisi de vous lancer dans l’aventure Loopsider ?

La présence des médias sur les réseaux J’étais animé par une véritable envie sociaux pose aussi la question de la d’innover. C’était déjà le cas lors de mon retour à Libération mais là, avec Loopsider, gratuité de l’info … je voulais partir d’une feuille blanche, créer La gratuité est, pour moi, un débat un peu quelque chose à 100%. J’avais besoin d’un «pourri». L’information gratuite de qualité nouveau défi en quelque sorte. existe. Le plus grand exemple est France info. L’information présente sur le service public est en quelque sorte gratuite, tout le monde ne payant pas la redevance. Et ce n’est qu’un exemple. Aujourd’hui, pour beaucoup de lecteurs, la gratuité de l’information n’est même plus une question. Entretien réalisé par téléphone en mars 2018 Ça semble presque naturel. La question qu’il

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Un modèle décrié Et si les réseaux sociaux étaient l’opium des journalistes ? Facebook, Twitter et les autres semblent être les modes de diffusions de l’information du moment. Mais le journaliste n’est-il pas en train de se mettre le fil à la patte ? C’est le point de vue de certains

«T

witter est le crack des addicts de l’information» («Twitter is like crack for media addict» en version originale) écrivait George Packer, journaliste américain, dans les colonnes du New Yorker. Une petite phrase laissant à réfléchir. Quel journaliste n’a jamais fait défiler son fil d’actualité Twitter au réveil pour savoir ce qu’il s’était passé dans la nuit ? Nicolas Becquet, de l’Observatoire Européen du Journalisme, écrivait sur Médiapart le 1er décembre 2017 : « Facebook a gagné. Les médias français sont bel et bien devenus dépendants. » Plus loin, il explique que la publication sur Explicite est devenu un pure player mais le média continue de se servir de Facebook ces réseaux est devenue « un outil vital » pour pour promouvoir son contenu - Baptiste Noble-Werner les médias. Nous l’avons vu, ces plateformes pas le cas avec Facebook : « du jour au lendemain, un leur permettent d’élargir leur public pour un inves- changement d’algorithme peut intervenir et votre intissement très réduit, de diffuser leurs informations, formation n’est plus diffusée. » et aussi d’engranger des revenus publicitaires supplé- L’algorithme de Facebook est devenu le cauchemar mentaires. Pourtant, certains médias prennent leurs des médias. En début d’année, Facebook annonçait distances avec les réseaux sociaux un changement d’algorithme (ce qui régit l’affichage

de votre fil d’actu) qui allait mettre davantage en avant le contenu de vos amis plutôt que celui des pages proAu lendemain de la vague de départs à I-Télé, d’anciens fessionnelles. La visibilité des publications des méjournalistes de la chaîne ont fondé Explicite. Explicite dias a donc baissé. «On est otage de l’algorithme de se voulait être un nouveau média diffusé sur, et grâce, Facebook. Notre audience a beaucoup baissé en 2018, aux réseaux sociaux. Mais après un an d’expérimen- on ne la maitrise pas sur Facebook» explique Martin tation, les têtes pensantes d’Explicite ont entamé un Mosnier, journaliste digital et animateur des émisvirage à 90 degrés. Explicite est maintenant un pure sions live d’Eurosport sur la plateforme. player, accessible sur abonnement (11.99€/mois). Bien loin du modèle gratuit sur les réseaux. Le jour du lancement de cette nouvelle formule (le 5 avril), Olivier Ravanello, un des fondateurs, expliquait: «Explicite Une marche arrière pour NowThis ? a fait le choix d’écarter les réseaux sociaux pour rester maître de sa diffusion et éviter l’infobésité.» Tout cela lors d’un live diffusé … sur Facebook. Au micro Passé d’un pure player à un média social, d’Europe 1, le même jour, Olivier Ravanello étayait ses NowThis a fermé son site internet en 2014. Avant propos : « L’info gratuite n’existe pas. A moins de faire d’ouvrir NowThis News en 2018. Un site qui du ‘Brand Content’, c’est-à-dire de la com’ déguisée ». reprend une partie des vidéos diffusées sur les Un modèle économique utilisé par Brut ou Loopsider. réseaux sociaux tout en se voulant plus qualitatif Selon Olivier Ravanello, un média doit maîtriser plei- que ses avatars sur les réseaux sociaux. nement ses canaux de diffusion. Or, selon lui, ce n’est

Explicite, des réseaux à un pure player

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5 questions à Loïc Ballarini Responsable du Master «Journalisme et médias numériques » à Metz

Loïc Ballarini est maître de conférence à l’Université de Lorraine. En tant qu’enseignant et ancien journaliste, il porte un regard critique sur la présence des médias sur les réseaux sociaux

1. Les réseaux sociaux sont-ils une 4. D’après Johan Hufnagel (Loopsider) révolution dans l’accès à l’information le public se trouve, aujourd’hui, sur pour le public ? les réseaux sociaux. Partagez-vous cet avis ? Il y a eu deux changements majeurs impulsés par le numérique : le premier, les moteurs de recherche, le second les réseaux sociaux. Avec le moteur de recherche, l’individu faisait l’effort d’aller chercher l’information. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, l’information vient à l’individu. A lui d’y prêter attention ou non.

Selon moi, c’est clairement un risque d’être présent uniquement sur les réseaux sociaux. Des médias comme Loopsider, ou Brut, font un choix éditorial, celui de surfer sur l’éphémère. On a beaucoup critiqué les chaînes d’information en continu qui, pendant des heures, diffusent une actualité chaude sans rien avoir à dire. Brut, et les 2. Est-ce devenu obligatoire pour un autres, risquent de faire la même chose, média d’être présent sur les réseaux surfer sur une actu chaude, originale, pour faire des vues. Pour moi, les réseaux sociaux sociaux ? font partie du présent, c’est en cela qu’ils Je vois difficilement comment un média sont incontournables pour les médias. Rien pourrait s’en passer. Même des titres de de plus. presse très spécialisés comme La Revue Dessinée (revue trimestrielle traitant de 5. Donc, pour vous, l’info sur les l’actualité sous forme de bande dessinée) réseaux sociaux n’est pas de qualité ? sont présents sur les réseaux sociaux. Cela permet d’animer sa communauté tout en Disons qu’il est plus facile de créer une forme essayant, en permanence, de conquérir une virale de sensationnalisme que de livrer de nouvelle audience. la qualité. Les réseaux sociaux sont des nids à « trolls », le clash est permanent et cela 3. C’est aussi le risque d’être noyé au fonctionne auprès du public. L’autre aspect négatif est l’info éphémère produite par ces milieu de la concurrence ? médias. C’est déjà compliqué de retrouver Oui. Sur un fil d’actualité, tout se une archive sur le site du Monde, alors pour ressemble. Les articles partagés ont la Brut ou Loopsider il faut faire défiler leurs même présentation, qu’importe le média fils Facebook ou Twitter. Bon courage ! qui publie. Tout est nivelé. C’est un vrai problème pour eux de ne plus voir leur Entretien réalisé par téléphone en mars 2018 identité propre exister.

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Comment les médias traditionnels utilisent-ils les réseaux sociaux ?

Les médias « traditionnels » ont dû s’adapter aux nouvelles possibilités offertes par les réseaux sociaux - Capture d’écran

Les habitudes de consommation de l’information du public ont changé. C’est indéniable. Face à cette modification des comportements, les médias dits « traditionnels » ont dû s’adapter. Eux qui régnaient autrefois sur les ondes, à l’antenne, sur le papier et même sur le web, ont vu arriver les réseaux sociaux dans le paysage du journalisme. La radio, la presse écrite et la télévision ont été obligées de trouver de nouvelles manières de transmettre l’information. Devant faire des réseaux sociaux un nouveau canal de transmission. Chacun d’entre eux utilise les réseaux sociaux de manières différentes. Ils expérimentent, essayent de trouver une solution à la fuite du public vers d’autres médias. Car radio, presse écrite ou télévision partagent les mêmes enjeux. Conquérir une cible nouvelle, les jeunes, tout en conservant leur base d’auditeurs. Tour d’horizon ...

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La radio

L

’information radiophonique et l’information sur les réseaux sociaux sont-elles plus proches qu’on le pense ? Rapprocher un média uniquement audio à un média où la vidéo est le format majeur peut surprendre. Bien avant l’arrivée de Facebook ou Twitter, la radio était « le » média d’interaction directe entre le public, l’information et le journaliste. Chaque radio dispose d’une tranche horaire quotidienne dédiée à l’intervention des auditeurs sur un fait d’actualité. Le quidam est invité à donner son avis, à commenter une information, comme il pourrait le faire en réponse à une publication Facebook ou sous un tweet. Certes, la télévision utilise le microtrottoir, et la presse le « courrier des lecteurs » mais l’interaction n’est pas immédiate comme à la radio ou sur les réseaux sociaux.

«Les auditeurs parole» 2.0

ont

De la radio à la vidéo à la demande

La radio filmée n’a rien de nouveau me diriezvous. Effectivement, il est possible de suivre les programmes de la plupart des radios nationales en direct et en vidéo sur internet. Mais grâce à YouTube il est maintenant possible de regarder une émission de radio en différé. RTL et Europe 1 ont fait le choix de publier massivement en postant plusieurs

la

Certaines radios ont transposé cette intervention de l’auditeur sur leurs « Y’a pas péno » est l’un des programmes d’Europe 1 qui fonctionne le mieux sur YouTube - Capture réseaux sociaux. Europe 1 a mis d’écran en place un programme nommé « Social Room ». Après son passage à l’antenne, séquences d’émissions tout au long de la journée. Le l’intervenant est invité à interagir avec les auditeurs journal d’Amandine Bégot dans la matinale d’Yves via les réseaux sociaux. Grâce à un hashtag, l’auditeur Calvi est posté quotidiennement séparément de la pose ses questions, ensuite transmises à l’invité, qui rubrique du journaliste Cyprien Cini. D’ailleurs, RTL y répond en direct sur Twitter ou Facebook. Pour a même un slogan spécifique diffusé avant chaque bien marquer la différence avec la radio, cette seconde vidéo «Vous regardez RTL». Europe 1 propose des interview se fait dans un studio différent. Grâce à émissions en intégralité comme « Y’a pas péno » et l’utilisation du hashtag, ou mot dièse, la chaîne génère diffuse l’intégralité de ses programmes en direct sur de l’engagement sur ses différents comptes. Car le but la plateforme. A Radio France, Sibyle Veil, directrice est aussi de faire vivre la « marque » Europe 1, RTL présidente, songe à la création d’une chaîne YouTube ou FranceInfo. Comme nous l’avons vu plus tôt, les « de connaissances » pour les étudiants. Le Mouv’, réseaux sociaux permettent de toucher des utilisateurs chaîne du groupe, innove déjà. Avec « Je sais pasi si qui ne sont pas toujours abonnés à leurs contenus. t’as vu ? », la radio propose un retour quotidien en Des réseaux comme Twitter ou Facebook servent à vidéo sur l’actualité de la journée. Le tout présenté par partager le contenu des sites des rédactions. Aussi bien l’animateur Ngiraan Fall sur Facebook, à la verticale, des articles écrits par leurs services web d’informations et avec un ton décontracté. Plus que jamais, les générales, que les podcasts des émissions diffusées à réseaux sociaux font tendre la radio vers un véritable l’antenne. Mais ces réseaux permettent aussi de faire crossmedia. du « teasing » en diffusant des bandes annonces des émissions à venir.

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5 questions à Erwan Alix Journaliste web à Ouest France Erwan Alix est journaliste web à Ouest France. Pendant quatre ans, il a tenu le poste de community manager éditorial. Un métier à mi-chemin entre le journalisme et la communication

1. Vous avez exercé le métier de 3. Selon vous, la présence des médias «community manager éditorial», en sur les réseaux sociaux est devenue quoi cela consiste ? obligatoire ? Cela recouvre plusieurs missions. D’abord, définir la stratégie de la présence d’OuestFrance sur les réseaux sociaux, en lien avec un social media manager au profil plus marketing digital : type de présence, créations de pages locales, de comptes… Il faut aussi animer les comptes Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat, etc. Ensuite, superviser les échanges avec les communautés et la modération des commentaires. Gérer les éventuelles crises et former en interne pour faire monter nos 500 journalistes en compétence.

Oui. Totalement.

4. Dans le cadre de votre activité personnelle, quel usage faites-vous des réseaux sociaux ?

De plus en plus modéré. J’ai toujours eu un usage de Facebook personnel, et non professionnel. J’y passe de moins en moins de temps, et poste désormais très peu de chose. Un mélange de lassitude et de méfiance. J’utilise Twitter pour effectuer mes veilles infos et technos. Mais je supporte de 2. Quand on pense au métier de moins en moins l’ambiance moraliste et community manager, on a tendance à les militants de tout poil qui préemptent le l’assimiler à la communication. Selon support. Du coup, je ne l’ouvre quasiment vous, les « CM » d’un média doivent-ils plus en dehors de mon temps de travail !

être journalistes ? Le métier de community manager a tendance à se diviser en plusieurs branches spécialisées, un peu comme le métier de webmaster au début d’Internet. À mon sens, des journalistes doivent en tout cas être impliqués dans la création de contenus pour les réseaux sociaux ou dans la réception des messages, qui sont autant de contacts directs avec des lecteurs et des sources, surtout en presse locale. Le métier est large maintenant, et la bonne formule est de le partager avec des profils plus marketing en divisant les tâches.

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5. Relevez-vous des effets négatifs des réseaux sociaux pour les journalistes ? Mal utilisés, ils maintiennent une sorte d’entre-soi. Tout le monde parle d’un sujet parce que les autres en parlent, tout le monde s’indigne pendant une journée. Et c’est le règne de la petite phrase des politiques qui continue. On accorde trop d’attention à des gens inutiles et bruyants. Entretien réalisé en mars 2018


La presse écrite Déjà en pleine transition avec le développement du numérique, la presse écrite, qu’elle soit papier ou web, a dû faire face au développement des réseaux sociaux comme nouveau canal de diffusion. Tout comme la radio ou la télévision, la presse écrite exploite les réseaux sociaux pour diffuser son information mais aussi pour promouvoir son contenu

que la présence sur Facebook était indispensable. En 2016, le journal décide d’utiliser le programme «Instant Articles» (articles instantanés) de Facebook. Ce programme permet, entre autres, un chargement beaucoup plus rapide de l’article sur les mobiles qu’une redirection vers le site du journal. Le site américain Digiday révélait, fin 2017, que les « instant articles » représentaient 55% des revenus publicitaires mobiles Les réseaux sociaux, «un point de contact» de Libération. Est-ce là une éclaircie dans la crise du papier ? L’avenir nous le dira. Enfin, selon Erwan Alix, avec le lecteur Erwan Alix est journaliste à Ouest France. Selon lui, l’activité sur Twitter n’est pas à négliger : « Twitter sert la présence des médias sur les réseaux sociaux est aussi à montrer notre savoir-faire, et diffuser auprès impérative. Et cela pour plusieurs raisons. « D’abord, des confrères. Ce n’est pas une source d’audience nos lecteurs et potentiels lecteurs s’y trouvent, directe très importante, mais l’activité sur Twitter est impossible de ne pas y être ». Même son de cloche déterminante pour des remontées dans les agrégateurs du côté de L’Est Républicain : « en tant que titre de comme Apple News, Google News… » presse quotidienne régionale, on se doit d’être présent, dans un souci de proximité avec nos lecteurs. » Selon Erwan Alix, ces réseaux sont « un des points de contact privilégiés pour transmettre l’information. » Ainsi, Ouest France a développé une véritable stratégie de présence sur Facebook et consorts. « Notre rédaction de Vannes a réalisé une cartographie de son réseau de ‘correspondants Facebook’. Ce sont des habitués de leur page qui résident dans différents quartiers et servent parfois d’informateurs. » Plus facilement qu’avant, le lecteur peut faire remonter une information au journaliste. Jean-Christophe Dupuis-Rémond, chef du service web de France 3 Lorraine nous expliquait: « maintenant, grâce aux réseaux sociaux, tous les journalistes peuvent interagir directement avec le public, qu’importe leur média. » Ces réseaux permettent donc une interactivité entre les lecteurs et le titre de presse. Interactivité utile dans un soucis de fidélisation du lectorat.

Les «Instant Articles» de Facebook

A l’instar des autres médias, le monde de la presse écrite utilise les réseaux sociaux pour élargir sa base de lecteurs. « C’est un moyen de toucher des gens qui ne nous lisent pas d’habitude, et de collecter de nouveaux ‘prospects’ » explique Erwan Alix. Ainsi, les réseaux sociaux sont générateurs de trafic sur les sites des rédactions. « C’est une source d’audience importante. Les réseaux sociaux nous apportent, en moyenne, 20% de notre trafic mensuel » confie le journaliste. Le quotidien national Libération a bien compris

Les Instant Articles de Facebook permettent de réagir directement sous l’article et de passer rapidement à un autre article - Capture d’écran

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La télévision

C

omme les autres médias traditionnels, la télévision n’a pas échappé à cette révolution numérique. Cependant, la télévision n’utilise pas tous les réseaux sociaux de la même manière. Il faut bien distinguer l’usage de Twitter et Facebook de celui de YouTube.

lieu de contenus de créateurs indépendants ou de clips musicaux. TF1 a, par exemple, décliné son émission emblématique Téléfoot sur YouTube (voir interview). Cirylle-Vincent Pelossier, responsable digital Média YouTube à France Télévision, a participé au virage de France TV sur cette plateforme. « Le groupe a décidé d’asseoir sa présence sur YouTube en 2013 avec une Des téléspectateurs ou des « twiléspecta- stratégie différente de celle de M6 ou TF1. On a ouvert des chaînes pour chacun des programmes. L’idée était teurs » ? Les médias TV ont trouvé plusieurs applications aux de se servir de YouTube comme une plateforme de réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter. Avant tout, celle de communiquer avec son public. Virginie Spies, Sémiologue, maître de conférences à l’Université d’Avignon, explique sur Ina-Global que la télévision est «un média de sociabilité» car il crée des discussions. Avec l’avènement des réseaux sociaux, ces discussions autrefois limitées au cadre personnel, s’installent sur ces plateformes. Et cela, les médias l’ont bien compris. Aujourd’hui, chaque émission, d’information ou non, dispose de son propre hashtag ou mot dièse. Arnaud Mercier avance le terme de «twiléspecateur». Cette pratique est entrée dans la norme. Les Jean-Christophe Drouet, Marine Marck et Thomas Mekhiche, les animateurs de La Quotidienne de Téléfoot sur YouTube - Thomas Mekhiche, Twitter intérêts pour les chaînes de télévision sont multiples. Cette présence sur Twitter replay, de protéger notre contenu du piratage car des et Facebook fait vivre la marque du média en ques- chaînes non officielles existaient déjà, et de générer tion ou celle du programme. Ensuite, Virginie Spies des revenus en monétisant les vidéos. Enfin, le derexplique que cela permet « d’interagir » avec le pu- nier point était de conquérir une nouvelle audience» blic. On parle alors de « social TV ». Virginie Spies nous confie-t-il. Car d’un public télévisé «assez âgé», différencie les fonctions de Twitter et Facebook. France TV est passé à une audience jeune sur YouSelon elle, un compte Twitter d’un programme Tube. « Pour On n’est pas couché, le téléspectateur fonctionne « comme un fil d’actualité », là où Face- moyen est une femme de 63 ans. Sur YouTube, c’est un book « fige des éléments sur le mur de l’émission ». homme de 33 ans » explique Cirylle-Vincent Pelossier. « La consommation est différente aussi. Celui qui regarde une interview du rappeur Nekfeu ne regarYouTube, deuxième télévision ? Dans la page tendance de YouTube, il n’est plus rare dera pas forcément le reste de l’émission. On touche de voir apparaître une émission de télévision au mi- des gens qui ne nous regarde pas à la télévision. »

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5 questions à Thomas Mekhiche Animateur de La Quotidienne sur YouTube Thomas Mekhiche anime La Quotidienne sur YouTube, une extension web de l’émission mythique de TF1 Téléfoot. Un programme qui a pour but de toucher une nouvelle cible 1. Comment Téléfoot a-t-il été transposé 4. A quoi ressemble une journée type sur YouTube ? de travail La réflexion de créer un rendez-vous quotidien « Téléfoot » a débuté il y a un an et demi. C’est l’idée du producteur de l’émission. Il y avait déjà l’émission hebdomadaire à la télévision et la chaîne avait la volonté de produire du contenu tous les jours sur les réseaux sociaux. D’être plus présent sur ces plateformes. Après la création de « l’After » (une séquence de Téléfoot diffusée uniquement sur le web après l’émission), c’est ainsi que La Quotidienne a vu le jour.

Comme l’émission se compose à 90% d’actu chaude, la préparation se fait majoritairement au jour le jour. Il m’arrive parfois de préparer des sujets à l’avance, comme des interviews, mais c’est rare. J’arrive à la rédaction le matin vers 8 h. Je recherche des informations jusque midi. Ensuite, je mets en place mon conducteur, je rédige mes lancements et enfin on enregistre l’émission. Faire une émission pour YouTube n’a rien avoir avec ce que l’on peut faire pour Téléfoot. A la TV, les sujets sont plus longs, demandent plus 2. Est-ce aussi une façon de toucher de préparation et sont tournés parfois une nouvelle cible ? plusieurs semaines en avance. Oui. Le public du dimanche matin n’est pas forcément le même que celui qui suit La Quotidienne sur YouTube. Et inversement. C’est une cible plus jeune. On a donc dû adapter le ton qu’on utilise. Celui utilisé sur YouTube n’est bien évidemment pas le même que pour l’émission TV.

5. Quel usage faites-vous des réseaux sociaux dans un cadre professionnel ?

Je me sers des réseaux sociaux pour faire de la veille majoritairement. Tous les jours pour préparer La Quotidienne par exemple. Je dirais qu’environ 30% du contenu de l’émission proviennent des 3. En commençant votre carrière à la réseaux sociaux. Je pense qu’ils sont TV, vous aviez imaginé présenter une devenus un outil capital quand on fait émission sur YouTube ? de l’actu chaude. En revanche, il serait absurde de ne se fier qu’à eux. Je recoupe Quand j’ai commencé à faire de la toujours les informations que j’y trouve. télévision, sur l’Equipe 21, je n’y pensais pas. Mais je n’étais pas surpris non plus lorsque l’on m’a proposé ce projet. C’est l’évolution des choses dans notre Entretien réalisé par téléphone en mars 2018 profession.

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« Sans Twitter, je n’ai plus rien » Manu Lonjon Manu Lonjon fait partie de ces journalistes sportifs incontournables sur Twitter. Une plateforme qui a fait sa réputation dans l’univers du journalisme français, malgré son parcours peu commun. Une interview bien évidemment réalisé par Twitter Vous dites que votre parcours est atypique, pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Disons que ma trajectoire n’est pas banale et linéaire. Je n’ai pas fait d’école de journalisme ni même d’études secondaires. C’est un désir adolescent qui ne m’a jamais quitté et que j’ai souhaité réaliser.

Vous êtes très présent sur Twitter. Depuis quand êtes-vous actif sur la plateforme ? J’avais un compte que je n’utilisais presque jamais. J’ai développé son activité lors de mon arrivée à Footmercato en décembre 2015. J’étais très conscient que mon développement, et l’intérêt éventuel que je pourrais susciter, passaient par Twitter. J’avais 80 followers. Je n’en connaissais que 20. Les autres me suivaient uniquement parce Mehdi Benatia (joueur de football à la Juventus Turin, ndlr) était un de mes «followers» . Aujourd’hui, ils sont plus de 30000.

Manu Lonjon se sert de Twitter pour diffuser ses informations. Pour la recherche, il opte pour des méthodes plus classiques - DR

Comment utilisez-vous Twitter ? J’utilise la plateforme d’abord pour publier des infos. Ensuite, en fonction des questions que je reçois, je précise mes infos et, éventuellement, je les commente. Je n’y fais pas de recherche d’information.

Pourquoi avez-vous décidé d’être aussi Donc votre travail de recherche est actif sur ce réseau en particulier ? extérieur à Twitter ? Ce qui me plaisait était le côté concis et le lien direct avec les gens qui te lisent. J’avais aussi pris le parti de répondre, je pensais que ça m’aiderait. Ça peut paraître banal mais finalement qui d’autre le fait ? Et je ne parle pas de ne répondre qu’à ceux qui te disent que tu es beau et le meilleur... Sur Twitter le lien est tellement direct qu’il peut parfois devenir violent. Il faut faire avec ...

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Oui. J’ai un carnet d’adresses. Je discute régulièrement, j’échange sur Twitter ou par sms. Quand j’entends parler de quelque chose : j’affine, je recoupe avec des gens susceptibles de savoir.

Beaucoup de journalistes utilisent twitter pour « exister » en dehors de


leurs rédactions. Pour vous, ce réseau reprisent sans être cité presque à chaque est un moyen de promouvoir votre fois pendant deux ans.Il faut partir du principe que les gros médias ne te citeront travail, de vous faire repérer ? C’est ça. Ma particularité est que sans pas, par exemple. Twitter, je n’ai plus rien. On peut dire que

« On peut dire que j’existe via Twitter, ce n’est pas insultant ou réducteur » j’existe via Twitter, ce n’est pas insultant ou réducteur. Je me suis fait ici. Le temps et le crédit aidant, je pourrais éventuellement bosser ailleurs mais Twitter à un rôle central et déterminant dans mon évolution.

Vous comptez plus de 30000 followers, comment êtes-vous parvenu à créer une telle communauté ?

Je suis assez fier de cette communauté car elle est à la fois importante et plutôt Citer ses confrères est devenu de bienveillante. Ceux qui me suivent sont plus en plus rare dans le journalisme, des gens que j’imagine passionnés de foot, j’imagine que sur twitter c’est encore éduqués et respectueux. Je n’ai pas fait de pire. vous êtes vous déjà fait « voler » buzz, de clashs, pour gagner en notoriété. Je pourrais avoir beaucoup plus de followers, des infos ? Certains ne citent pas la source d’une ça me serait utile, mais je veux garder la info parce qu’ils ne savent pas qu’elle qualité. est déjà sortie ou parce qu’ils apportent quelques chose en plus. D’autres le font volontairement. J’ai vu mes informations Entretien réalisé en janvier 2018

Twitter et personnal branding Le personnal branding est le fait de mettre son nom, sa personnalité en avant, à des fins professionnelles. Dans le monde de l’information, les journalistes utilisent Twitter dans ce but. C’est pour cela que les citations « mes tweets n’engagent que moi » fleurissent sur le réseaux. Jean-Christophe Dupuis-Rémond, chef du service web de France 3 Lorraine, nous livre la stratégie de France 3 Région sur Twitter : « On a choisi d’opter pour du personnal branding. L’internaute, dans un souci de proximité, cherche un attachement lié à telle ou telle figure de l’info. Les fans de sports veulent connaître le point de vue du journaliste sportif, les férus de politique celui du journaliste politique, etc. Il valait donc mieux que les journalistes ouvrent un compte personnel. Qu’ils diffusent les infos qu’ils traitent et, seulement ensuite, que le compte général de France 3 reprenne leurs tweets en fonction de l’intérêt pour l’internaute. Ce qui permet de donner une certaine hauteur, une certaine valeur, aux tweets de ses salariés. »

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Un frein à la qualité de l’information ?

Fake News, réseaux sociaux, Twitter, des mots qui comptent triple - Baptiste Noble-Werner

Révolution dans la diffusion de l’information, les réseaux sociaux ne sont pas que bénéfiques pour les rédactions. Leur utilisation est souvent source de désagréments pour l’information, le journalisme mais aussi le lecteur

S

i les acteurs du journalisme sur les réseaux sociaux affirment qu’il est possible de fournir une information de qualité via les réseaux sociaux, tous ne sont pas de cet avis. En tête de liste des détracteurs : les lecteurs eux-mêmes. Plusieurs études ont été menées quant à la crédibilité de l’information sur ces plateformes. Une étude Kantar, nommée «Trust in News», a été réalisée en 2017 sur plus de 8000 personnes en France, au Brésil, au RoyaumeUni et aux Etats-Unis. En France, les chiffres révèlent que seulement 37% des sondés jugent l’information présente sur les réseaux crédible, loin derrière celle figurant dans les magazines (70%) ou à la télévision (65%). L’Observatoire du Webjournalisme a mené une enquête similaire auprès du jeune public. Si 73% des 18-24 ans interrogés entre 2014 et 2017 accèdent à l’information par les réseaux sociaux, seuls 18% d’entre eux la qualifient de fiable. De quoi symboliser une relation paradoxale.

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Facebook met en place un plan anti «fake news»

Avec l’avènement des réseaux sociaux, la rumeur a trouvé un nouveau terrain de jeu. Conscient du problème, Facebook a décidé de lutter contre les fake news diffusées sur sa plateforme. D’abord, le géant américain a déclaré que le volume de « news » présentes dans le fil d’actualité des utilisateurs allait diminuer. Les actualités ne représenteront plus que 4% des publications visibles. Ensuite, Le réseau social de Mark Zuckerberg a annoncé en janvier dernier la mise en place d’un baromètre de crédibilité pour les pages d’actualité. Vincent Glad, journaliste, explique sur son blog « L’An 2000 » que trois choix s’offraient à Facebook. Le premier était que le réseau établisse luimême ce classement de fiabilité. Le deuxième était de demander à une institution ou des experts extérieurs à Facebook de s’en occuper. Mark Zuckerberg a opté pour l’avis des utilisateurs de son réseau. Concrètement, les utilisateurs devront noter les médias qu’ils suivent sur Facebook. De façon aléatoire, le quidam voyant


apparaître un article de presse dans son fil d’actualité sera interrogé sur la qualité dudit article. Une mesure qui a pour vocation de «lutter contre le sensationnalisme,

pour la presse d’être rentable, de faire du clic, l’amène à verser dans ce côté sensationnel. » Nathalie Pignard-Cheynel, professeure de journalisme numérique et

Des vecteurs d’emballement médiatique ?

Les médias ont toujours été critiqués pour leur course perpétuelle au scoop. Les réseaux sociaux les ont poussés encore plus loin, plongeant les rédactions dans l’instantanéité. JeanChristophe Dupuis-Rémond, chef de l’information web à France 3 Lorraine, explique ce changement: « Avant, le web nous servait la désinformation et la membre de l’Observatoire du d’archivage des reportages diffusés. notre politique bipolarisation». webjournalisme, expliquait à Slate Aujourd’hui, que « les usages de Facebook en est que, dès qu’un évènement a lieu, il doit être immédiatement Un attrait pour «les infos font un réceptacle d’actualités décalées, moins sérieuses. Les retranscrit sur le web et donc sur faciles» les réseaux sociaux. On a renversé Mais pourquoi ces informations jeunes utilisateurs ont envie de la temporalité pour alimenter le pullulent-elles autant sur les les partager pour ces raisons ». public. » Samuel Nowakowski réseaux ? Samuel Nowakowski, Cela se traduit bien souvent par illustre cela : « Sur les réseaux, enseignant-chercheur en sciences un partage compulsif, et donc tout est immédiat. Les médias de l’information à l’Université de une rediffusion, d’un article à la se précipitent pour sortir une Lorraine, fait un parallèle avec les simple lecture de son titre. David information, une vidéo, une photo kiosques à journaux : « On passe Lacombled, président de la Villa en exclusivité. On se retrouve devant un bureau de presse. Que Numeris (un think tank sur le parfois avec un flot d’informations. voit-on affiché ? Souvent des revues monde digital, ndlr), abonde dans ce sens au micro de Konbini News: Des petits ruisseaux qui arrivent de toutes parts et qui engendrent une rivière qui ne veut plus rien dire. » On parle alors « d’infobésité » ou de « nuage informationnel ». « Pour que l’information soit comprise, intégrée, il faut prendre de la distance avec elle, et y réfléchir. Une information nécessite du temps pour être assimilée » martèle Plus de 14.000 lectures en l’espace de trois heures pour un article plus sensationnel qu’informatif Samuel Nowakowski. Dans - Capture d’écran une étude Cision publiée en septembre 2017, 87% des racoleuses, avec en couverture : «trop de personnes reconnaissent journalistes interrogés pensent que « X a frôlé la mort, Y se sépare partager des informations sans en les réseaux sociaux encouragent de Z ». Ça appâte le chaland. vérifier l’origine ou l’auteur sur les «à la rapidité au détriment de L’information sensationnelle, réseaux sociaux.» Une étude BVA, l’analyse». sulfureuse, facile, est celle qui parue en avril 2018, révèle que 53% fonctionne le mieux auprès du des sondés ont déjà partagé une public. C’est de l’émotionnel information dont il n’avaient pas basique. Si la presse joue de ça, vérifié la provenance. c’est là qu’elle se fourvoie. Le besoin

Facebook veut « lutter contre le sensationnalisme, la désinformation et la bipolarisation »

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YouTube et ses nouveaux reporters Avec le développement de YouTube, une nouvelle forme de vidéastes est apparue. Qu’on les nomme « vulgarisateurs » ou plus généralement « créateurs » ils sont de véritables passeurs d’information auprès de leur public.

Y

Bornéo pour médiatiser le scandale de l’huile de palme. Un véritable journaliste de terrain, sans l’appellation.

Mamytwink historique

réinvente

le

reportage

Mamytwink, ou Florian Henn dans la vie de tous les jours, est le Stéphane Bern du reportage historique. En un peu moins propret. Florian n’hésite pas à

ouTube va-t-il remplacer, à terme, la télévision ? Nul ne le sait véritablement. Mais la plateforme a vu éclore des vidéastes dont les reportages n’ont rien à envier aux programmes de télévision conventionnels. Pourtant, la plupart d’entre eux ne sont pas journalistes.

Le Grand JD, reportage et collaboration avec la RTS

Julien Donzé, alias Le Grand JD, est Suisse. Il est présent sur YouTube depuis 2009. Nous allons nous intéresser à ses dernières vidéos, laissant de côté son contenu humoristique. En novembre 2016, Julien Donzé lançait un nouveau Julien Donzé, alias Le Grand JD, dans les rues de Mossouul, lors de son reportage en IrakCapture d’écran programme, « Animalis », sur sa chaîne. «une émission où on observe les animaux» explique-t-il dans sa première vidéo. Avec Fabien ramper à travers les vestiges de bunkers de la Seconde Wohlschlag, photographe animalier et vidéaste, Julien Guerre Mondiale ou les catacombes. « Je visite des Donzé parcourt la Suisse à la découverte des animaux lieux historiques abandonnés depuis toujours. J’avais de sa région. Il réalisera dix reportages animaliers, envie de transmettre ma passion » nous expliquaitd’environ six minutes chacun, produits par la Radio il en 2017 lors d’un reportage pour le journal La Télévision Suisse (RTS). Mais le Grand JD ne s’est pas Semaine. Florian ne se contente pas de visiter un lieu arrêté là. En mars 2017, il part à Fukushima, au Japon, abandonné en vidéo : « Notre volonté est d’apprendre pour visiter les villes fantômes dévastées par l’accident quelque chose à notre communauté. On ne veut pas nucléaire de 2011. Toujours avec son compère Fabien visiter un lieu abandonné sans histoire. Cela ne nous Wolschlag, et accompagné de Bernard Genier, intéresse pas. » Une volonté de transmission qui l’a reporter suisse, ils partent à Mossoul, en Irak, en 2017. mené dans une base désaffectée de l’OTAN ou encore Dans une vidéo de 26 minutes, il suit le quotidien de dans un fort italien de la Seconde Guerre Mondiale. Free Burma Rangers, un groupe humanitaire armé. Si Julien Donzé ou Florian Henn ne sont pas Caméra au poing, il livre un véritable reportage que journalistes, leurs vidéos sont de véritables l’on pourrait comparer à Only The Dead du journaliste reportages. Avec une autre écriture, un autre australien Michael Ware sur la guerre en Irak de 2003. format, un autre ton que ceux connus jusqu’alors. Plus récemment Julien Donzé a réalisé des reportages Des reporters 2.0 passeurs d’information au même titre sur le réchauffement climatique au Canada, est parti qu’un journaliste, un reporter, au sens strict du terme. en Somalie couvrir la famine qui touche le pays, au Bangladesh sur les traces des Rohingyas ou encore à

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« YouTube remplace déjà la TV pour moi » Jean-Baptiste Toussaint Inconditionnel de cinéma, JeanBaptiste Toussaint est le créateur de la chaîne YouTube Tales From The Click. Une chaîne qui a pour volonté d’informer sur le cinéma différemment de la presse classique Jean-Baptiste lors de son reportage dans les studios de la Warner - Capture d’écran

Comment t’est venue l’idée de créer Tales From The Click ? J’ai toujours été dans l’image. Que ce soit dans la photo ou la vidéo. De 2010 à 2015 j’ai travaillé pour un magazine New Yorkais en tant que photographe. Puis Dailymotion m’a proposé de réaliser des vidéos dans ses studios. C’est parti de là. Pourquoi avoir choisi YouTube et la vidéo comme moyens d’expression ? Aujourd’hui YouTube c’est un CV grandeur nature. Pas besoin d’en remplir un ou d’écrire une lettre de motivation. Tout ce que je sais faire est dessus. Au lancement de ce projet, pensais-tu que ton travail allait prendre autant d’ampleur ? L’idée c’était que ça fonctionne. J’ai lancé la chaîne à 33 ans. J’ai pris les choses très au sérieux. Quand je m’engage dans un projet, j’y met beaucoup de volonté et de rigueur. Tes vidéos ont une vraie valeur informative, c’est ta volonté principale ? L’idée c’est de transmettre. De la culture à travers le prisme du ciné. Ou bien de l’humour, juste pour faire passer un bon moment aux gens. Si je donne envie, ne serait-ce qu’à une personne, de s’intéresser plus en profondeur au cinéma, c’est gagné.

Il y a peu, tu réalisais un reportage dans les studios de la Warner. C’est un format vers lequel tu aimerais te diriger ? L’envie d’évolution est impérative. Une chaîne YouTube c’est comme un requin, ça doit toujours être en mouvement. Ça doit avancer. Sinon ça meurt. Tu participes au Récap’ Ciné (une émission sur l’actualité cinéma) en direct sur Twitch. Selon toi, des plateformes comme YouTube ou Twitch sont l’avenir des médias ? En ce qui concerne Twitch je ne le souhaite pas, du moins dans la configuration actuelle. 80% c’est du live jeux vidéos. Puis je tiens à rappeler que les médias restent des gens sérieux, qui ont fait des études de journalisme. Peu de personnes peuvent s’improviser journalistes compétents sur twitch. C’est un métier. En ce qui concerne YouTube ça remplace déjà la tv pour moi. Je consomme beaucoup plus sur cette plateforme. La TV, je ne la regarde que pour le sport. Comment collectes-tu les infos pour tes vidéos ? C’est beaucoup de travail de recherche. De vieux interviews, de vieilles brochures, des heures passées sur Google et sur des sites spécialisés. Les vidéos c’est 5-15mn à l’écran, mais beaucoup de travail derrière.

Entretien réalisé en avril 2018

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Journalistes et youtubeurs Les « vulgarisateurs » scientifiques ou historiques sont maintenant légion sur YouTube. A même titre que ces vidéastes, des journalistes se sont lancés dans une aventure vidéo sur le réseau social propriété de Google. Tous ont la même vocation, rendre accessible l’information

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écryptage » un mot qui revient de plus en plus début de l’année pour me consacrer à mon boulot de dans le vocabulaire du journaliste. Comme correspondant en Irlande (…) Sur YouTube, le gâteau si l’information était plus opaque que par le passé. à se partager est très attrayant, mais il est parfois Pour la comprendre, certains journalistes ont décidé compliqué pour certains d’avoir une part. Pour moi, de transmettre l’information autrement que par les médias « traditionnels ». Face caméra, les journalistes-youtubeurs s’appliquent à disséquer l’actualité. Le plus connu d’entre eux est Hugo Travers. Etudiant à Science-Po Paris, il a lancé sa chaîne Hugo Décrypte fin 2015. Comme le nom de sa chaîne l’indique, il a fait du décryptage sa spécialité. Avec ses vidéos courtes, entre cinq et dix minutes, il a remporté un véritable succès sur la toile, comptant plus de 200000 abonnés à l’heure actuelle. Une notoriété qui lui a ouvert les portes de la politique puisqu’en 2017 il interviewe Benoît Hamon, Bruno Lemaire ou Julien Marsault durant sa vidéo «Guérir du cancer grâce au thé vert ?! Vraiment ?!» encore Nathalie Kosciusko-Morizet. Capture d’écran

« Il y a beaucoup à apprendre des Internet est un écosystème magnifique, notamment pour l’info, le journalisme. Après, c’est comme tout : vulgarisateurs » Comme Hugo Travers, Julien Marsaut, journaliste en Irlande, s’est lui aussi laissé tenter par une expérimentation sur YouTube. « J’étais au chômage, avec l’envie d’innover, de changer de l’actu locale, d’essayer des trucs ! Les vidéos sur YouTube me semblaient un point de départ intéressant » nous explique-t-il. Lors de ses premiers pas sur la plateforme, Julien Marsault prend exemple sur les grands vulgarisateurs français. «J’avais la conviction, et je l’ai toujours, qu’il y avait beaucoup à tirer de leurs essais, de leur manière de diffuser de l’information. On me posait beaucoup de questions sur le métier de journaliste. Je me suis dit qu’il fallait le rendre accessible au grand public.» En 2017, il lance La Truffe et réalise une douzaine de vidéos. Mais il ne connait pas le même succès que la chaîne Hugo Décrypte. « Beaucoup de curseurs étaient, à mon avis, mal placés pour arriver à un meilleur rendu. J’ai décidé de mettre la chaîne en pause au

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on peut soit le mettre en valeur, soit s’en servir de la mauvaise manière » confie-t-il. Thomas Piguel est lui aussi journaliste. Sa passion pour le football l’a poussé à ouvrir la chaîne « Thomas parle foot » où il débriefe, à chaud, des matches de Ligue 1. « Juste après le match, j’enregistre ma vidéo avec mon smartphone. Je reviens sur la rencontre et j’essaye d’apporter une plus-value journalistique à la vidéo. J’aime l’interaction avec mes abonnés que me permet YouTube. C’est pour cela que j’essaye de faire des vidéos les plus simples possibles. Sans ‘cut’, sans montage ». Thomas Piguel anime aussi une émission hebdomadaire, Le Grand Décrassage, le lundi, après chaque journée de Ligue 1. En interaction avec le tchat et son invité, Thomas revient sur l’actualité footballistique. YouTube, l’avenir du journalisme ? Encore difficile à dire...


« Sur YouTube, j’ai un espace de liberté total » Aude Favre Aude Favre est journaliste. Il y a un an, elle postait sa première vidéo sur YouTube. Depuis elle est devenue spécialiste du décryptage de fake news sur le réseau

Aude Favre compte plus de 26000 abonnés sur sa chaîne YouTube «AudeWTFake - Capture d’écran

Comment avez-vous eu l’idée de lancer votre chaîne YouTube ? Je voyais les théories du complot pulluler sur internet. Pendant deux ans, je me suis demandée comment éveiller les gens à ce problème. J’ai lu un livre de Gérald Bromer, La Démocratie des crédules, sur ce sujet. Il raconte comment internet vient renforcer ces croyances. J’ai eu envie de vulgariser ce livre et puis j’ai continué sur d’autres thèmes.

journalistes. Ils ont un réel besoin de comprendre comment nous, les journalistes, nous travaillons.

Est-ce qu’on travaille sur YouTube comme dans une rédaction classique ? Absolument pas. J’ai un espace de liberté totale, même si je travaille en partenariat avec France TV. Je viens de la télévision et, là-bas, tout doit correspondre à une charte bien établie dont on ne peut pas sortir. Sur YouTube, le format impose d’être un peu plus punchy Pourquoi avoir choisi YouTube et la vidéo qu’à la télévision. On doit aussi faire passer les messages par l’humour, sans non plus devenir clownesque. pour vous exprimer ? Je me suis demandée comment toucher le plus C’est vraiment ce qu’il me plaît sur Youtube. de monde possible. J’avais fait des interventions dans des collèges et des lycées auparavant et je me suis rendue compte que c’est ce que les jeunes regardent. J’ai un peu hésité au début, car je n’aime pas trop être filmée, et puis je me suis lancée.

Vous avez instauré une vraie proximité avec votre public, c’était une attente de votre audience ? J’ai participé à un stage organisé par YouTube. On m’a expliqué que l’interaction avec le public était importante. J’ai mis en place un nouveau format de vidéo qui s’appelle « WTFaq » où je réponds aux questions de mes abonnés. Ca m’a permis de donner un nouveau sens à la chaîne. Je pense qu’il y a un gros malentendu entre les gens et les

La miniature de la dernière vidéo «WTFaq» d’Aude Favre. Mélange d’info sérieuse et de présentation légère - Capture d’écran

Entretien réalisé par téléphone en avril 2018

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Snapchat : « C’est plutôt du divertissement » L’histoire entre les médias et Snapchat débute le 27 janvier 2015. A cette date, Snapchat Inc. lance Discover, une nouvelle rubrique où des formats spéciaux côtoient les « stories » de vos amis

décision des informations à traiter était prise la veille pour le lendemain. En moins de 24 heures, il fallait créer le contenu rédactionnel ou vidéo et ensuite passer à la phase graphique » explique Charlotte Onfroy. Car Snapchat se veut très visuel. « Des graphistes à Toronto ou Bogota travaillaient sur l’habillage graphique des nitialement, ils ne sont que onze médias, tous sujets. Le décalage horaire permet que tout soit prêt américains, à pouvoir y diffuser leurs productions. à la publication le lendemain matin en France. » Et uniquement de grandes rédactions, parmi lesquelles figurent Buzzfeed, CNN ou encore Vice. Ce n’est qu’un Informer différement an plus tard que Discover s’ouvre aux médias français. Pour éditer ces stories qui se déclinent sous forme Des « monuments » de l’information comme L’Equipe de plusieurs vignettes, les journalistes utilisent des ou Le Monde se lancent alors dans l’aventure. Leur chemins de fer. « C’est un peu comme pour un magazine, stratégie ? «Viser un public beaucoup plus jeune» on fonctionne page par page. La mise en ligne passe comme l’explique Charlotte Onfroy, journaliste, ensuite par un back office, comme un site internet, qui a participé au lancement du Discover L’Equipe. spécifique à Snapchat» détaille Charlotte Onfroy. Compte tenu de leur très jeune cible, les médias doivent s’adapter. «Il faut sans cesse réexpliquer les Investir massivement la plateforme Pour conquérir un nouveau lectorat, certaines choses» explique Jean-Guillaume Santi, journaliste au rédactions ont mis en œuvre de gros moyens. Le pure player Melty a par exemple affecté 10% de son effectif à la création de contenu sur Snapchat. Sur son blog L’An 2000, Vincent Glad explique que Le Monde a dédié sept journalistes à ce service. Un investissement qui a pour but de pérenniser le lectorat du Monde. Du côté de L’Equipe, le quotidien Pour séduire une cible jeune, L’Equipe a fait le choix de sujets plus légers que dans son édition papier - L’Equipe sportif a fait le choix de passer par une boîte de production pour créer son Monde, à Vincent Glad. «Il faut réécrire des articles, contenu. Charlotte Onfroy y a travaillé pendant cinq les raccourcir. Ou on va juste publier l’info principale mois. « L’Equipe voulait investir la plateforme sans avec une vidéo ou une infographie. Pour un match de mettre trop de moyens, au cas où cela ne fonctionnerait football, par exemple, on ne va jamais faire un compte pas. C’est pour cela que le journal est passé par rendu comme dans l’édition papier. Par contre on une boîte de production. » Pour séduire ce public va préférer parler de la coupe de cheveux d’Antoine majoritairement jeune, voire très jeune, les rédactions Griezmann. C’est vraiment particulier, tout est très produisent énormément de contenu. Le Monde et léger. C’est plus du divertissement que de l’info.» déplore L’Equipe mettent en ligne, en moyenne, une dizaine de Charlotte Onfroy qui a, depuis, rejoint la télévision. « snaps » par jour. Un rythme de travail soutenu : « la

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Instagram : Informer sur le réseau social de l’esthétisme A l’inverse de Snapchat, réseau de la photo éphémère, Instagram s’inscrit dans une véritable temporalité. La photo ou la vidéo reste accessible aussi longtemps que l’utilisateur le souhaite. Et contrairement à Twitter ou Facebook, l’image ne se trouve pas noyée sous un flot de publications

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Des graphiques agrémentés d’illustrations. Comme une traine de robe de mariée servant à illustrer l’augmentation des mariages interraciaux aux EtatsUnis. Récemment, Mona Chalabi a de nouveau innové en lançant ce qu’elle appelle « audiocharts », des vidéos accessibles pour les malvoyants. La data journaliste conserve ses graphiques illustrés tout en y ajoutant des éléments sonores pour les déficients visuels.

’usage d’Instagram est différent de ses lointains Dans l’hexagone cousins Snapchat, Twitter ou Facebook. D’ailleurs, En comparaison des rédactions étrangères, on ne s’y rend pas véritablement pour consommer de notamment américaines, les médias français l’information. Stéphane Arnaud, responsable photo à semblent en retard. ESPN, le géant de l’information l’AFP, déclarait à Antonin Padovani, journaliste : «les sportive, compte près de 10 millions d’abonnés. gens ne vont pas sur Instagram pour de l’actualité mais Contre 720.000 pour L’Equipe, le premier compte plus pour de la photo.» NowThis se lance sur la plateforme en 2013. A l’époque, le média 100% réseaux sociaux poste de brèves vidéos de quinze secondes, la durée maximum possible à ce moment sur Instagram. Un an plus tard, la BBC ouvre le compte BBCNews. Pendant plus d’un an, le média anglais va publier des vidéos informatives au format Un exemple des graphiques de Mona Chalabi - Capture d’écran/Instagram Mona Chalabi court. The Guardian laissera, lui, la place instagram français. Un fossé qui peut s’expliquer par à la photographie. Lorsque ses journalistes et ses les différences d’audiences d’Instagram. Aux Etatscorrespondants sont sur le terrain, ils utilisent les Unis, Instagram a dépassé Twitter. Ce qui n’est pas mots dièses #GuardianCam et #GuardianCities pour le cas en France. Autre comparaison, la variété des compiler leurs photos. publications. ESPN poste autant de vidéos que de photos là où l’Equipe publie uniquement de la photo. Mona Chalabi, informer autrement Là où L’Equipe innove c’est dans ses « stories ». Toutes Mona Chalabi est journaliste au Guardian. Elle a contiennent un lien menant à un article sur le site trouvé comment utiliser Instagram pour faire passer du journal. Sans possibilité de monétisation pour l’information à la perfection. Elle, qui se décrit les médias, Instagram reste avant tout un moyen sur son site internet comme une amoureuse des de faire vivre la marque des médias sur ce réseau. chiffres, décline des faits d’actualité et de société en graphiques. Pas des graphiques austères comme ceux que l’on peut retrouver dans des journaux classiques.

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Remerciements Je tiens à remercier toutes les personnes qui sont intervenues de près ou de loin dans ce mémoire. Tout d’abord, un grand merci à Thomas Piguel qui fut un tuteur à l’écoute. Merci pour tes conseils, ton expertise et ta disponibilité. Je souhaite remercier aussi tous les journalistes et professionnels ayant répondu à mes questions. Merci à Mmes Aude Favre et Charlotte Onfroy. Merci à MM. Johan Hufnagel, Samuel Nowakowski, Manu Lonjon, Erwan Alix, Loïc Ballarini, Thomas Mekhiche, Julien Marsaut, Jean-Baptiste Toussaint et Cyrille-Vincent Pelossier. Merci à mes amis et collègues Antoine Decléty et Guillaume Drevet pour leurs précieux conseils techniques en matière de maquette. Merci à mes parents pour leur bienveillance et leur soutien. Et merci à mon ami Thomas Crolotte de s’être prêté au jeu d’une séance photo pour ma couverture de magazine !

E-Medias, l'Information à l'heure des réseaux sociaux  

Ce magazine de 32 pages est mon mémoire de fin d'études à l'ISCPA Lyon, école de journalisme. Pour cette production, je me suis intéressé à...

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