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LE MAGAZINE CULTUREL HIP HOP

juin-juillet 2008 #3

GRATUIT

ORBEAT L’ÉMISSION : ORBEAT FAIT SON SHOW

LES INTERVIEWS : Harry Roselmack / Teddy Riner


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Hep Papi !!! Jeu de jambes !... L e rap français se remet à frémir… Booba l’avait enterré puis relevé mais, tandis que le hip hop continue de s’enraciner pour accoucher de plus en plus de peintres, graffeurs, photographes, danseurs totalement hors normes - eh bien oui messieurs dames - pendant ce temps là, le rap français se remet à piquer du nez. Alors qui se lance dans une tentative de big buzz salvateur ? NTM et I AM !!! À 40 ans de moyenne d’âge, les deux formations battent le pavé de l’actualité. NTM se reforme. I AM fête ses 20 ans le temps d’un concert au pied des pyramides. Qui dit mieux ? Dans un dossier précédant titré ‘‘Militons pour les grosses basses’’, nous affirmions le besoin d’un retour aux sources pour le rap français. La revendication sonnerait presque comme une prophétie : les pionniers n’ont pas résisté à la tentation de reprendre le manche. Les paillettes de Canal + pour le retour de NTM ne sont pas les signes les plus rassurants d’un retour à l’authenticité… Mais qui oserait contester le droit à cette génération bénite de tenter de rendre force et vigueur à notre rap hexagonal ? Un rap bien orphelin d’Assassin, des Sages Po et autre Idéal J. Un retour aux sources ? Question inévitable lorsque surgissent en cœur I AM et « Pour réagir : mbz.orbeat@yahoo.fr »

NTM dans l’actualité morose. Reste la question de l’âge… Longtemps les médias se sont demandés comment un rappeur pouvait devenir un ‘‘vieux rappeur’’ ? Le constat est pourtant simple. Après vingt ans de présence artistique, I AM a ravi les spectateurs de sa récente tournée, et NTM remplit Bercy en quelques heures. Soyons sérieux. Le rap n’as pas d’âge. Qui doute des performances de Snoop, de Busta ou de la légitimité de Common, tous de la même génération que celle de nos pères fondateurs ? On finit par ne plus se demander ‘‘pourquoi encore I AM et NTM ?’’. Là où le bât blesse, c’est quand vient la question ‘‘après NTM et I AM, il se passe quoi ?’’. L’avenir nous le dira. Heureusement ce ne sont que de petites angoisses franco-françaises. Outre-Atlantique la frénésie créatrice propose une telle variété d’artistes que la question du renouvellement est forcement subsidiaire. Orbeat a fait son choix parmi ceux là. À l’honneur ce mois-ci, rap-soul-jazz avec Common et les Soulquarians. Et on n’en est pas peu fier. Enfin, pour ceux qui n’auraient pas suivi, petite dédicace : vive Orbeat l’Emission, Le Bocal, Orbeat et TV Tours ! (voir p. 43) mBz Photos : D.R / mBz


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COURRIER DES LECTEURS

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 SOMMAIRE 

Cette rubrique vous est réservée. Remplissez la de vos coups de gueules, de vos inspirations... Vous souhaitez réagir à une chronique ? Alors écrivez nous, par courrier à – Courrier des lecteurs/Orbeat éditions, 5 rue de la Psalette, 37000 Tours, ou par mail à l’adresse redaction.orbeat@yahoo.fr.

DU RIFIFI DANS LA CULTURE G

Salut Orbeat, j’ai trouvé votre magazine dans un magasin de fringues à Toulouse. J’ai été contente de voir qu’un nouveau fanzine venait s’occuper de notre petite ‘‘culture G’’. Casting sympa pour un début, le Che, Snoop, Nas, Cachin, Jordan, Hollande... Il ne reste qu’à publier ma lettre et vous serez au top ! Sinon, ça manque juste un peu de danse…

Lise, 22 ans, Perpignan. Merci Lise pour tes encouragements. Pardon pour la danse, nous y viendrons, c’est promis. On se lance doucement avec le spectacle «Pas de quartier pour la France» mBz

Heureux de constater que tu nous suis depuis le début. Pour la couverture consacrée à Bruno, alias Doc Gynéco, c’est parfaitement assumé. Nous l’avons publiée avant qu’il ne se lance dans un engrenage parfois mal contrôlé. Dans tous les cas, cela ne change rien à la pierre que l’artiste a apportée au rap français, et encore moins à cette couv’, que nous avions intitulé « Gynéco, une stratégie à part »!!! Pour ce qui est des sons lourds, nous ferons notre possible pour vous conseiller des albums qui valent le coup. Au cas où tu aurais raté les premiers conseils, voici un rappel :

Du lourd, du lourd ! J’étais tombé sur le premier numéro d’Orbeat avec Doc Gynéco en couverture, passons la polémique (mais qu’est-ce qui vous a pris quand même ?!?). Dans le dernier vous faîtes un appel à la manifestation pour les sons lourds, dans l’article ‘‘ Militons pour les grosses basses ’’. Eh bien allez-y, faites nous rêver parce que mon poste est en panne de rap français, et j’ai du mal à être complètement satisfait de mes derniers achats US, alors que la galette, elle, continue d’être super salée… À bon entendeur ! Gargouille, Paris

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NEWS P.6

Sefyu, l’interview Socrate I 20 Syl, La playlist FRANCE P.8

Dry Cassidy US P.11

Scott Storch, Soldat de fortune SOYEZ JAZZ P.13

Rencontre avec Mina Agossi SOYEZ ROOTS P.15

Groundation

COUVERTURE P.16

TALENT DÈS DEMAIN P.21

Common et les Soulquarians Dajla I Sidi’O

Rap Français : compile ‘‘Têtes d’affiches’’, 2000 / l’Emeute, ‘‘Ghettos tentations’’, 2005

Rap US : Dem Franchize Boyz, ‘‘On top of our game », 2006 / 213, ‘‘The Hard Way’’, 2005 / Tha Dogg Pound, ‘‘Call iz active’’, 2006 / Rick Ross, “Port of Miami”, 2006 / Infamous Mobb, “Special Edition”, 2000 / Jay-Z, “Reasonnable Doubt”, 1996 / Outkast, “Atliens”, 1996.

ORBEAVIEW P.26

HISTOIRE P.28

SPORT P.30

ORBEAT

DU LOURD PLEASE !

Autres : Gil Scott-Heron, “Free Will”, 1972 / Miles Davis, “Kind of blue”, 1959 / John Coltrane, “Coltrane’s Sound”, 1960 / Fela, “The Anthology of Fela”.

mBz

CULTURE HIP HOP P.22

Photo : John Jost, Numeric shooter Danse : Pas de quartier pour la France Harry Roselmack

Special gangster, les histoires de Las Vegas et du vrai Rick Ross Teddy Riner, champion du monde de judo, ‘‘ En mode j’men fou ’’ MODE P.33 I CONCERT P.34 I AGENDA P.35 I CRITIQUE ORBEAT P.36 ORBEAT L’ÉMISSION P.42

orbeateditions@yahoo.fr Fondateurs : Michaël Ben Zakoun – Lutthrodt Amoah Responsable de publicité : (contact) orbeateditions@yahoo.fr Directeur de publication : Michaël Ben Zakoun Rédacteur en chef adjoint : Augustin Legrand Journalistes : Baptiste Auroux, Alexandre Bol, Sarah Binet, Adeline Bruzat, Lisa Delahais, Manon Bougault, Nicolas Legendre, Augustin Legrand Secrétaire de rédaction : Nicolas Legendre Graphiste : Cyrille Dumont Dotsou Remerciements : Damien dit Huit dit Rust, Arthur, Bordeaux is a big town !!! Daviiiid, l’orange me va à ravir ! Nrj, T Miss, Arnaud, les animateurs des locales, System Buzz, le team Barclay, Polydor, ULM, Florent, les fringues qui y croient, Papis, Com8, Claude le h’nen, Miguel (fidèle même dans la tempête), Wrung, le team du Bocal (pas toujours facile…), Faiç, Tony, I Need, Oliv from Nash, la team 42ème Rue, les tourangeaux qui font circuler l’info, les nationaux qui petit à petit font décoller le morceau, Alexandre et la FFBB, nos distributeurs, les habituels Francis, Trésor, Teddy (toujours au bon moment), Edith, Jacques, Jerôme, Coco, Rems, Seb, Didieur, Christophe, LL, Damien, Justine, tout le Kat’1, Mah, TV Tours, les tek (Damien, Ben, Virg, Hervé), ceux qu’on oublie… Imprimerie : SAS Maulde & Renou Sambre, 75019 PARIS France Editions/distribution : SCS Orbeat Editions®, 5 rue de le Psalette, 37 000 Tours. RCS : B 480 496 736 ; code APE : 221 A. 2008 Orbeat Editions®. Tous droits de reproduction pour tous pays. Aucun éléments de ce magazine ne peut être reproduis ni transmis d’aucune manière que ce soit, ni par quelque moyen que ce soit, y compris mécanique et électronique, on line ou off line sans l’autorisation écrite de Orbeat Editions®. orbeateditions@yahoo.fr


NEWS

I NT ERVIEW

Akon dans une prison en cartoon

Le chanteur de Locked Up a toujours revendiqué son côté bad boy, sa dizaine d’arrestations et 4 ans de prison. Seulement, une enquête a récemment révélé qu’Akon n’aurait en réalité écopé que de 9 mois de prison, et qu’il n’aurait été pris la main dans le sac que 2 fois (pour possession d’arme et vol de voiture). Le nouveau Pinocchio du hip hop aurait donc menti sur son passé carcéral à des fins promotionnelles. Le tribunal de commerce a semble-t-il tranché, ce sera 1O millions d’albums vendus !

Gyneco l’ami des Sarko

Neuilly S/ seine est dans une bonne vibe à en croire les atomes crochus entre le fils du président de la République, Pierre Sarkozy et l’imprévisible Doc Gynéco. Le chanteur prophète de ‘‘Liaisons dangereuses’’ aurait fait appel pour la production de son prochain album à celui qui se fait appeler ‘‘Mosey’’ dans le milieu. Le fils de Nicolas Sarkozy, 23 ans, est bel et bien producteur hip hop. À son actif, des productions sur le DVD ‘‘100% Debbouze’’, sur l’album de M.Pokora et prochainement sur la B.O du film d’Eric et Ramzy. Sortie de l’album courant octobre pour le Doc. Après le père, il demande le fils. Bonne pioche ?

g L’été sera électro pour Common g

Moins d’un an après la sortie de l’excellent ‘‘Finding forever’’, Common a déjà bouclé son prochain album. Et il semblerait que le MC de Chicago ait abandonné le roots hip hop qu’on lui connaît, pour se tourner vers des sons teintés d’électro. Les Neptunes et le producteur des Outkast, Mr DJ, ont participé à ce changement d’orientation artistique voulu par Common. ‘‘J’ai créé cette musique pour l’été, pour se détendre’’. Ca tombe bien, l’album s’intitulera ‘‘Invincible summer’’ et devrait sortir en juillet. Tong et Dancefloor en perspective !

Kery caracole avec son album

Le dernier album de Kery James, ‘‘A l’ombre du showbusiness’’ sorti le 31 mars, a fait une entrée remarquée dans le classement du Top Album à la 3ème place avec près de 25 000 exemplaires vendus en une semaine, juste derrière Grand Corps Malade et son album ‘‘Enfant de la ville’’. Une bonne nouvelle pour le rap français qui peine à s’imposer dans l’industrie musicale ces dernier temps. Mais Kery ne s’arrête pas là. Ca y est, c’est officiel : en deux mois il décroche une nouvelle fois un disque d’or.

 NTM part en lune de miel 

Et aussi…..

NTM s’est reformé pour le plus grand plaisir des…… plus rapides. Plus de places disponibles quelques heures après l’ouverture des guichets pour les concerts de Paris Bercy en septembre prochain. 10 ans que les amoureux des NTM attendaient leur retour, alors pour satisfaire le plus grand nombre (et un peu pour la mémoire de I NEED MONEY ;-$), le duo de Saint-Denis passera par la province en octobre : Marseille, Strasbourg, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Lyon, Lille et Nantes. Sur la droite, sur la gauche, et jusqu’au fond derrière, tout le monde fait : YEAH YEAH YEAH !!!

- Nouveau projet pour RZA qui va former un groupe baptisé ‘‘Achozen’’, avec Shavo Odadjian (bassiste de System Of a Down) et Kinetic 9. - Le prochain album de Q-Tip intitulé ‘‘The Renaissance’’ devrait abriter un des featurings des plus surprenants : le possible candidat démocrate aux présidentielles américaines, Barack Obama. - À la manière des Américains, Sinik, le rappeur des Ulis a déclaré qu’il pourrait se retirer après un ultime album. - Steve O, le trublion de Jackass va sortir son 1er album de comedy gangsta rap. Le coup des fesses, ça rappelle un truc… - Beyonce et Jay-Z se seraient secrètement mariés lors d’une cérémonie privée dans l’appartement du rappeur, à New-York.

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Juin / Juillet 2008 www.orbeatmag.com

CQFD

Connais tes limites !

Domaine de l’impossible, de l’insupportable, de l’inaccessible, faisons un petit tour entre vos limites et vos rêves… C’est le tour de Sefyu qui sort son album ‘‘Suis-je le gardien de mon frère ?’’.

L’INTERVIEW SOCRATE :

La petite playlist de 20syl (Hocus Pocus) 1. Soul ID - ‘‘Whatcha Lookin For’’ http://www.myspace.com/soulidmusic

2. Ben Westbeech - ‘‘So good today’’ (the dap kings remix) 3. T Love - ‘‘On My Mind’’ 4. Oddisee - ‘‘A song for that’’ Photos : D.R

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‘‘ Connais-toi toi-même ’’,

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Sefyu, que choisis-tu entre pouvoir voler et lire l’avenir ? Selon moi voler, c’est vouloir se mettre au dessus des autres. Moi, je fais partie du peuple et j’aime être avec lui. Mais en aucun cas je ne voudrais savoir de quoi demain sera fait. S’il faut choisir, je dirais pouvoir voler. Quelle est la destination de tes rêves ? Le paradis. Quel album aurais-tu rêvé de composer ? L’album « Enigma » de Keith Murray. Je l’ai saigné celui-là. J’aime beaucoup cet artiste… Quel artiste tu n’arrives pas à écouter plus de 2 minutes ? Je dirais tout ce qui se rapproche de près ou de loin à la Tecktonik. Ton plus mauvais souvenir dans une salle de ciné ? Ma dernière déception en date, c’est Rocky 6. J’avais vraiment des attentes de gosse, et au final, c’était naze. Quelle matière était ton calvaire à l’école ? Les maths. Comme beaucoup je crois… Si tu étais élu président de la République Française, quelle serait ta première mesure ? J’enlèverais toutes les mesures d’immigration choisie, ou cette histoire de discrimination positive qui pour moi est un non-sens. Et si tu étais le président du monde ? Mes premières mesures iraient pour l’Afrique. J’accentuerais le contrôle des richesses pour un meilleur partage. Jusqu’à quel âge te sens-tu capable de rapper ? Je serai capable d’aller jusqu’à 40 piges. Après j’aurai sûrement envie de passer à autre chose. J’aimerais m’investir dans la réalisation ou dans des projets associatifs. Le duo de tes rêves ? Michael Jackson. Il est légendaire ! Combien de Kebabs (ou burgers) tu peux enchaîner en une semaine ? Avant je m’enfilais un kebab par jour. Aujourd’hui, je me réduis à deux par semaine. La dernière fois que tu as dépassé tes limites ? Sur scène, à Périgueux. J’étais crevé. J’avais enchainé deux nuits blanches. J’ai donné le maximum, comme si de rien était. Je n’en pouvais plus. Pour qu’elle cause serais-tu prêt à mourir ? Pour la famille, les amis et la famille.

5. Uptown Funk Empire & Juan Rozoff - ‘‘N.O.W’’ 6. Fabe - ‘‘Quand je serai grand...’’ 7. Frank McComb - ‘‘Golden Lady’’ 8. Onra - ‘‘The Anthem’’ 9. D’angelo - ‘‘Africa’’ 10. Enz - ‘‘Classe moi’’ (live) Photo : A.L

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RAP FRANÇAIS

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DRY ‘‘ De la pure pour les durs ’’ 

CASSIDY ‘‘ Menilcity ’’ 

ry et Cassidy. Voici deux noms que les accrocs du ‘‘ter ter’’ aimeraient voir plus souvent sur le devant de la scène. Malheureusement pour nos zoreilles le duo médias / maisons de disque a clairement relayé les deux MCs au rôle de second couteau. Il paraît que c’est internet qui décide du succès des artistes désormais. Faites monter le buzz, vous les reverrez sûrement d’ici peu.

À trouver des excuses sur la discrétion des 2 rappeurs, on dira sûrement que Cassidy a pâti du premier album des X, légèrement en deçà des espérances du public ; que la séparation d’avec son label Timebombe a été difficile ; que les radios sont une nouvelle fois passées à côté d’un artiste authentique. Pour Dry, on dira sûrement qu’il a du mal à se démarquer face à la personnalité ‘‘excentrique’’ de son acolyte Demon One (l’autre moitié du groupe Intouchable) ; qu’il est

difficile de faire son trou parmi la horde de rappeurs de la Mafia K’1 Fry ; ou encore qu’il est trop street pour les médias… Et si on cherche à remuer les artistes, on dira peut être que Cassidy comme Dry n’ont pas fourni tous les efforts nécessaires pour livrer depuis le temps un album qui mette tout le monde d’accord.

Ils ont tous deux choisi ce premier semestre pour répondre en musique. On attendait D.R.Y depuis longtemps de l’autre côté du poste et la première sensation est peu mitigé sur le choix du format. ‘‘De la Pure pour les dures’’ est un projet qui réunit pour l’essentiel une compilation des différentes apparitions de Dry en featuring avec la crème du rap français. Forcément il y a de la matière (36 titres), et de la qualité. Mais on aurait sans doute préféré plus de nouveaux morceaux. Si vous souhaitez être rassasié en nouveauté, vous aurez peut être assez – même si ce n’est pas le

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seul - du morceau Tout le monde à Terre. Trop de flow, trop de variations, trop de style. Du côté de Cassidy, de nombreux nostalgiques avant l’âge prient chaque soir pour le retour des X-men (rebaptisés les ‘‘X’’). N’ayons pas peur des mots. Ils représentent ce que Paris a donné de plus authentique dans l’embrassage de l’esprit hip hop, du rap game et de son remix à la française. Ouf, les X ne sont pas morts à leur apogée. Ils ont juste raté le coche du succès. Mais temps qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Cassidy vient confirmer qu’il reste un ambassadeur du 20ème arrondissement de Paris avec son album ‘‘Menilcity’’. Un regret peut être. Celui de ne pas assez entendre Cassidy sur des productions cool and bass, sur lesquelles sa voix grave et résonnante trouve toute sa dimension groove.

Dry’s style, le drive by du 94.

Dry c’est le mec discret, humble, souriant. Son rap, c’est la même. Une écriture simple, efficace, toujours au service de son flow : rapide, fluide et ultra précis. En somme, Dry c’est le mec stylé parce qu’il n’en fait pas trop, et quand ça rappe, ça rappe ! Certains trouveront les textes stéréotypés, ils n’auront pas compris la street attitude. Ils n’auront également sans doute pas compris que la qualité d’un texte s’évalue autant par le fond que par sa mise en bouche. Et pour la mise en bouche, Dry, c’est du lourd. Les gentlemen sont ravis par l’attitude et la technique, proche de la perfection. Les voyous sont en blood devant tant de pression, dans le flow comme dans l’écriture.

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Photos : D.R

Cassidy’s style, grosse caisse/basse de l’est de, Paris.

Difficile de parler de Cass sans évoquer son rôle dans les Xmen. Ill, son acolyte, c’est la caisse claire. Consonnes qui résonnent, voyelles qui traînent. Cassidy, c’est la basse. Grosse voix, consonnes qui cognent, qui crr crr, qui glissent et qui sonnent. Si Dry est le rappeur d’autoroute qui file impertubable, Cassidy c’est le rappeur des rues parisiennes, toujours prêts à faire une queue de poisson avec une voix de garage.


US

SCOTT STORCH 

SOLDAT DE FORTUNE

À grand renfort de hits, le canadien Scott Storch s’est imposé comme le producteur référence du hip hop US. The Game, 50 cent, Snoop, Puff Daddy, Beyoncé, Christina Aguilera… tous se l’arrachent, le temps d’un album ou d’une collaboration. Pourtant, aujourd’hui encore, des lauriers, Scott Storch n’en reçoit guère. Pas facile d’être l’ex-homme à tout faire d’un certain motherfucker Dre.

S

cott Storch, vous ne le connaissez pas ? Pas si étonnant. Le mec est plutôt discret. Il a surtout compris que son taf consistait uniquement à faire briller les artistes pour lesquels il fait saigner les tables de mixage de son studio doré. De plus, contrairement aux autres gros bonnets de la prod que sont Dre, Kanye West, Pharell, Timbaland ou encore Puff Daddy, Scott Storch n’a jamais officié en tant qu’interprète. De fait, son visage peut ne pas vous être familier. Mais à regarder de plus près les livrets de vos sceuds préférés, c’est simple : Scott Storch est une marque déposée. Une fois n’est pas coutume, Storch a enfin droit aux présentations.

l’homme de l’ombre, est de toutes les batailles. Et qu’il s’agisse du Playa Only de R Kelly ou du Put Ya Lighters Up de la queen b***** Lil’ Kim, nous connaissons tous, sans même le savoir, au moins un des tubes du serial hitmaker.

 Un mentor écrasant 

Au sein d’Aftermath, Scott, longtemps n°2 du label a souffert du charisme écrasant de son mentor. Distillant pourtant son travail sur tous les albums (ou presque) de l’impressionnante armada, le grand chef est toujours le seul à recevoir les lauriers. Certaines rumeurs persistantes disent même que le tube qui a révélé Fifty, In Da Club, serait en réalité l’œuvre de Scott Storch. Outre l’assimilation perpétuelle de son travail à celui du grand chef, l’autre ombrelle à son succès reste son incapacité à convaincre la critique. Il est curieusement écarté des nominations aux Grammy Awards, tantôt au profit d’un autre talent de l’ombre, Rodney Jerkins (producteur des ex Destiny’s Child), ou de Kanye West.

 Dre Side 

D’abord, un secret plus qu’éventé : le grand architecte du rap game n’est autre que Dr Dre. Et pour un rappeur, évoluer au sein d’Aftermath, dans le sillon du ‘‘grand Pope’’ de la prod est forcément synonyme de succès. Eminem, Snoop, Xzibit, The Game, Fifty ou le légendaire Tupac Shakur, en savent quelque chose. Tous sont sortis de l’ombre, profitant de la patte experte du mythique Nigga With Attitude. Un album ou une simple production marquée du sceau de Dr Dre, et c’est toute la scène internationale du hip hop qui exulte. Still Dre, Familly Affair, The Next Episod, Bad Intentions… Les clubs et les radios se changent en un immense auditoire entièrement acquis à la cause Dre Side !

 Le parfait régisseur 

Dans l’effervescence et l’euphorie générale, le public a tendance à oublier que l’écurie Aftermath regorge de têtes pensantes. La maison mère compte aujourd’hui trois filiales : ShadyRecords d’Eminem, G-Unit de 50 Cent et Flipmode Records de Busta Rhymes. Pour alimenter la grande famille en productions riches et variées, Dr Dre trouve très rapidement le parfait régisseur, en la personne de Scott Storch.

Sorti de nulle part Scott Storch ? Pas vraiment. Au départ, il est le producteur privilégié de The Roots, fleuron du hip-hop instrumental, et collabore régulièrement avec les Soulquarians. Alors forcement, le hip-hop/soul n’a pas de secret pour lui. En parallèle, on retrouve sa patte sur des albums de Mobb Deep, de Truth Hurts ou de Eve. En 2003, il contribue au succès solo de Beyoncé, pour laquelle il produit Naugthy Girl ou encore Baby Boy (feat Sean Paul). Il devient également le producteur attitré de Christina Aguilera. Ensemble, ils détrônent Britney Spears des sommets de la pop. Qu’il s’agisse de hip-hop, de R&B, de soul ou de pop, Scott Storch,

Des récompenses qui s’envolent, un visage que l’on connaît peu, Scott Storch n’en est pas moins l’un des nouveaux hommes riches du rap game (10e rang des fortunes du rap US). C’est donc en toute discrétion qu’à seulement 35 ans, il peut collectionner voitures de luxe, manoirs et villas de rêve. Rester dans l’ombre n’a donc pas que des inconvénients. Et comme dans toute tribu, il ne peut y avoir qu’un seul grand chef, Storch décide finalement, en 2006, de créer son propre label, Storchaveli. Fort de ce qu’il considère comme une expérience trop éparpillée, il se consacre depuis à la production, plus personnalisée, d’artistes encore méconnus. Brooke Hogan (la fille du catcheur Hulk Hogan) fut sa première signature. Et ça marche ! Outre-Atlantique, la demoiselle a déjà fait couler beaucoup d’encre. Conclusion : si à l’heure actuelle, Dr Dre, Diddy et Jay-Z forment le triumvirat de l’industrie du rap, il est temps,pour Scott Storch de se servir directement sur le gâteau ! À suivre…

Augustin Legrand

Photos : Peter Yang, Rolling Stone Magazine

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e r t n o Renc a Agossi n i M c e v a

SOYEZ JAZZ

a Agossi. in M le a in la sublim un nom en osant e d te r e v u it éco allés à la ddéconcertante s’est fa s e m m o s s ou ité musical… entureux, n z à l’humil L’esprit abvre chanteuse de janz paysage culturel et Cette célè les frontières de so dépasser

« Je n’ai pas été bercée par un apprentissage J’ai tout appris à l’arrache. » Orbeat : Mina, quel a été ton parcours musical ? Mina Agossi : Je chante du jazz depuis quinze ans. J’ai commencé à 20 ans, à Paris, dans les bars et les PMU. J’avais zéro background musical. Personne dans la famille ne faisait de musique. Je n’ai pas été bercée par un apprentissage, comme la plupart des jazzmen. J’ai tout appris à l’arrache. Aujourd’hui, je ne sais toujours pas lire la musique. Cela ne m’empêche pas de composer. Mes instruments sont ma voix et les rythmes que j’ai dans la tête. J’ai fait six albums. Mon premier, dans le cadre des sélections de la FNAC, ‘‘ jeunes talents autoproduits ’’.

« Si Miles Davis était là, il ferait peut-être de la techno » Orbeat : Peux-tu nous décrire ta musique ? M.A : Dans mon groupe, il n’y a pas d’instrument harmonique. Je suis très drums & bass. Du coup, la mouvance puritaine ne comprend pas qu’une chanteuse de jazz n’ait pas un piano, une robe à paillette… des trucs hyper clichés. J’écoute de tout. De la musique indienne traditionnelle, au ragga, en passant par le rap. Je n’ai pas de limite. Je pense que si Miles Davis était là, il ferait peut-être de la techno (rires). Archie Shepp, avec qui j’adore travailler, a fêté ses soixantedix ans. Pourtant il a participé au concert de Chuck D au Zénith.. C’est comme ça que je fais du jazz. Je m’imprègne de tout ce qui passe. Ca vient sans doute du fait de ne pas avoir fait d’école. Je suis plus à même d’envisager ma musique d’une manière moins rigide.

Ca donne des sonorités super aliens parfois. C’est ce que j’aime, être décalée. J’aime aussi reprendre des standards, du Ella Fitzgerald, du Hendrix… Orbeat : Certaines sonorités sont aussi très africaines. C’est presque tribal… M.A : Ah ouais… Tribal… Ouais, très organique. J’adore ce terme. C’est vrai que parfois je crie, je fais des trucs bizarres avec ma voix. J’imite la guitare, j’utilise les larsens… Tout ce qui normalement ne se fait pas en jazz. C’est tribal… Très bon ça ! (rires). Orbeat : En rap, parler de soi, de ses exploits, c’est de l’égo trip. Y a-t-il un équivalent en jazz ? M.A : De l’égo trip, en jazz, tu en as partout. C’est le plus souvent sous forme d’impro. Tu lâches tout ce que tu ressens et les autres se taisent. Mais le rap a commencé par le jazz. Avec Louis Jordan, dans les années 30. Ensuite, tu as eu des paliers extraordinaires, avec les scats1 de Cab Calloway. Tout ça s’est intégré dans la musique afro-américaine au moment des ‘‘ Nixon’s cuts ’’. A l’époque, la guerre du Vietnam a entraîné des réductions budgétaires. Les ‘‘cuts’’ de Nixon, c’est ça, les ‘‘coupes’’ des budgets culturels. Le groove, la révolte de la communauté afro-américaine et la rareté des instruments de musique ont contribué à la naissance du rap. Avec les moyens du bord, les centres culturels enseignaient le chant ou les instruments aux gamins. Tout ça, mêlé à des discours conscients. C’est pour ça que j’aime The Roots. Ils sont capables de faire énormément de choses avec des instruments, et en plus, ils ont le discours.

Orbeat : Dans ta bio, tu cites parmi tes plus beaux souvenirs, deux Master Class. L’un avec Sheila Jordan et l’autre avec Jeanne Lee. Pour nous, auditeurs de hip-hop, qu’est-ce qu’un Master Class ? M.A : Un Master Class, c’est le fait de pouvoir se frotter, dans un stage, à une personnalité que tu admires. C’est simplement ça, pouvoir apprendre avec un grand nom du jazz. Orbeat : Tu t’es fais de nouveaux meilleurs souvenirs depuis ? M.A : Depuis, il y a eu ma rencontre avec Ahmad Jamal, une légende du jazz, avec qui je viens de signer aux USA. Il y a eu aussi ma rencontre avec Archie Shepp, qui est l’un des inventeurs du free jazz, avec lequel j’adore travailler. Augustin Legrand

En attendant le prochain album de Mina Agossi à paraître, écoutez donc ‘‘Who wants love ?’’. Un album capturé en live -là où elle est la meilleuredans l’antre de cette bonne vielle ville de New York. Véritable femme de scène, Mina vous ensorcelle de son chant libre et assurément fou. Inquiétant parfois, déroutant souvent. Erotique, tout le temps ! 1. Technique de chant sur une série d’onomatopées

Photos : A.L

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GROUNDATION

smooth and musicality

SOYEZ ROOTS

Ils sont blancs, californiens, et à n’y rien comprendre ont un ‘‘ raggae feeling ’’ venu de l’au-delà. Au printemps 2008, Groundation sortira son 6e album. Dix ans déjà que le groupe d’Harrison Stafford balance son spiritual roots.

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lors qu’à Kingston la bataille fait rage entre les magmas du dancehall, le big band californien rappelle à l’île que le reggae n’est pas mort. Dix ans déjà que Harrison Stafford et ses deux camarades de l’université de Sonoma (Californie) ont marqué d’une croix l’avènement d’un nouveau reggae, le ‘‘roots-spiritual’’. Savant mélange de reggae roots à l’ancienne et de sonorités jazzy ‘‘super smooth’’, la musique de Groundation est certainement ce qui se fait de plus élaboré en matière de composition reggae. Dialogues de cuivres, duels de claviers, quelques dubs magnétiques et derrière tout ça Harrison Stafford, génial inspirateur du groupe. Le chanteur-guitariste à la voix nasillarde a réussi là où beaucoup n’avaient pas convaincu : amener la mu-

sique jamaïcaine vers le jazz. La démonstration est plus que convaincante à en croire les sollicitations des vétérans de Kingston qui n’ont pas hésité à apporter leurs contributions vocales sur les différents opus des californiens : Ras Michael, Don Carlos, The Scientist, Apple Gabriel, Ijahman Levi, Pablo Moses… Cinq albums réjouissants et une qualité régulière d’écriture harmonique. Il faut dire que les Californiens ne font pas comme les autres ; ils ne conçoivent la création qu’à partir d’improvisations. D’où leurs compositions débridées, faisant la part belle aux solos et autres envolées instrumentales. Avec Marc Urani au clavier et Ryan Newman à la basse, tous deux virtuoses de leur instrument, Harrison Stafford est bien entouré. D’ailleurs les 3 créateurs de Groundation ont

appris à s’étoffer avec l’âge. Neuf membres aujourd’hui complètent la formation, tous réunis autour d’une approche respectueuse des bases du reggae, mais pas seulement puisqu’ils laissent une large part à la philosophie pour appréhender leur blues made in raggae. Des références bibliques, une approche intéressante du rastafarisme, des réflexions spirituelles… Harrison Stafford se pose en grand prêcheur de joie, de respect mais aussi de révolte et de combat. ‘‘À des temps où tant de choses semblent être figées, où aller dans une direction qui pourrait bien ne pas être bénéfique à l’homme semble inévitable, Groundation est une force contre cela’’. Alex Bol

QUI ES TU H.S ?

Harrison Stafford est un personnage mystérieux et charismatique. Il a voyagé très jeune au Zimbabwe et en Jamaïque notamment aux côtés de Mortimer Planno, une figure de proue de la communauté Rasta en Jamaïque. Fils d’un pianiste de jazz ‘‘Cohanim’’ et d’une mère ‘‘Levy’’, Harrison Stafford est emprunt de cet héritage israélite et de son histoire. La famille d’Harisson a fuit l’oppression de l’empire russe, puis le fascisme en Allemagne. Le leader des Groundation découvre le reggae à l’âge de neuf ans et se passionne pour le rastafarisme. Il compose le premier album de Groundation ‘‘Young Tree’’ à l’âge de 16 ans, ‘‘Each One Teach One’’ à 19 ans et ‘‘Hebron Gate’’ à 20 ans.

Photos : DR

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EN COUV 2007 fut une année chargée pour Common. À l’affiche du truculent American Gangster, aux côtés de Denzel Washington, le digne représentant du conscient rap s‘est aussi distingué par son grand retour dans les bacs. Comme pour ‘‘Be’’ en 2005, il a fait appel au phénomène Kanye West. Une association plus que payante. Pour la première fois de sa carrière, Common squatte pendant plusieurs mois la première place des charts US. Retour sur une saga musicale des plus classieuses, dont le dernier épisode n’est autre que ‘‘Finding Forever’’.

COMMON

Mister hip hop smart 

V

u de France, Common, Lonnie Rashied Lynn de Ce ne sera pourtant en rien comparable au succès de public. Kayne West a pris en main la production. Les son vrai nom, c’est la branche bobo du rap cain- son album suivant, ‘‘Like water for chocolate’’ (2000). deux hommes ne se quittent plus. Mais ‘‘Be’’ n’est ri. ‘‘Le gavroche de travers qui va bien, le petit qu’une première phase de reconquête. Avec ‘‘Finding style urbain sans trop en faire. Le goût des beaux insForever’’, sorti en novembre dernier, Common remet La consécration truments, en live si possible, ET du texte, s’il vous plaît, ‘‘Like water for chocolate’’ est une étape décisive au goût du jour ce rap d’art et d’essais. L’héritage de du texte ! ’’ . Voilà ce qu’on dirait de Common, non sans dans la carrière de l’artiste. Jamais un album rap Curtis Mayfield transpire dans les lyrics. Des sonorités une pointe d’ironie s’il faisait partie des rappeurs que n’avait recueilli une telle unanimité auprès d’audi- directement inspirées par les seventies s’échappent les radios ont élu pour harceler leurs auditeurs. Il n’en teurs de tous bords. Les rappeurs reconnaissent à chaque track. Comme cette trouvaille acoustique, n’est rien. Impossible d’être saoulé par le bonhomme l’habileté du flow et les jazzmen celle la musicalité. pétillante et old school : Misunderstood. Sampler Nina et son image de gendre idéal tant la success story qu’il C’est sans doute le titre “6th Sense’’ mais aussi Simone n’a rien de très original, mais ça ne coûte rien conduit depuis 16 ans reste discrète. Common soutien “The light’’ qui contribuent le plus à assoir la noto- d’apprécier quand c’est réussi… Obama devant les caméras du monde, mais ce n’est riété du rappeur. Certains pensaient que sa période faste était derpas un bobo. Il s’engage, dans sa cité, dans ses rière lui. Que nenni. Common est à son apogée textes et à coup sûr dans sa musique… et une rumeur se met à courir : il arrêterait le Like water for chocolate Dans la guerre qui oppose ‘‘le rap conscient’’ « Impossible d’envisager une sélection “jazz-rap & rap pour se consacrer au métier d’acteur. Une au ‘‘gangsta rap’’, Common Sense (son pseudo qu’on aurait tort de vouloir totalement parole noire’’ sans y faire figurer ce petit bijou d’in- rumeur de départ) tire rapidement son épingle du jeu. Il démentir. Common sera en effet en 2008 l’une tervention décomplexé. Lonnie Rashied Lynn alias des principales vedettes de Wanted. L’histoire débute sa carrière en 1992, mais c’est surtout Common a signé avec ce disque une époustouflante d’un tueur à gage adaptée d’une bande dessison deuxième album ‘‘Resurrection’’ (1994) qui traversée moderne des musiques noires créatives. » née. Après avoir impressionné Hollywood par lui assure le respect de ses pairs. La même (Jazz Magazine n°573) ses prestations dans Smokin Aces aux côtés année, il est contraint de changer de nom. Un groupe de ska en était déjà propriétaire. Comd’Alicia Keys, et American Gangster de Ridley mon Sense devient Common. En 1997, à l’occasion Le seul épisode chaotique de l’épopée Common Scott, Common a le vent en poupe. Rassurez-vous, de son troisième album baptisé ‘‘One Day It’ll All Make restera sans doute ‘‘Electric Circus’’ (2002). Bien la rumeur est un feu de paille. Common a annoncé Sense’’, il fait de nouvelles rencontres : Lauryn Hill, qu’étant un projet réussi, ce disque déçoit les fans par récemment sur son Myspace la sortie d’un huitième Pete Rock, Mos Def & Talib Kweli et surtout Erykah son éventail de sonorités expérimentales et parfois, album, fin 2008, ‘‘The Believer’’. On ne change pas Badu, dont il partagera la vie pendant plusieurs an- reconnaissons-le, illisibles. une équipe qui gagne : c’est aux côtés du producteur nées. Au fil des rencontres, Common décide de quitKanye West que Common s’empresse de remettre le ter son Chicago natal pour rejoindre la fourmillante couvert. La reconquête Augustin Legrand New York City. Le MC semble au sommet de sa gloire. En 2005, l’album ‘‘Be’’ réconcilie Common avec son Photos : Grégory Scaffidi

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EN COUV

LES SOULQUARIANS Le rap alternatif et la soul distinguée

The Roots Mos Def

Vous l’avez compris Common a le vent en poupe. Autour de lui fourmille la famille ‘‘ Soulquarians ’’. Ils sont prolifiques, brillants et novateurs. Ils sont loin, très loin des succès tapageurs et insolents des vagues successives de gangsters rappeurs ou autres sempiternels clones du RnB. Ils proposent depuis plus de dix ans une alternative aux productions radiophoniques formatées, voire aseptisées. Les radios françaises les ont semble-t-il oubliés. Les radios US en font trop souvent de même. Qu’importe, puisqu’ils ont su se faire un nom grâce à leur talent, plus qu’au matraquage. Un nom… pardon des noms. De Common, à D’Angelo en passant par Erykah Badu, Mos Def ou The Roots, les Soulquarians ont donné du sens au meilleur du hip-hop et de la soul contemporaine. Et alors ? Alors, si Orbeat se doit de tout écouter et de ne retenir que le meilleur, il ne peut se passer de ce collectif de chanteurs, musiciens, lyricistes et producteurs hors pairs.

E



n 1994, The Roots avec l’album “Do You Want Mais tous sont, et resteront, des électrons libres. tager avec son Common de mari. Rapidement, Bilal More?!!!??!” offraient les premiers accords L’appellation “Soulquarians“ est officialisée en 2000, devient membre de la formation. Son album, ‘‘1st d’un hip-hop à tonalité soul-jazz. Difficile de se avec les albums ‘‘Voodoo’’ de D’Angelo et ‘‘Like Water born second’’, première contribution labellisée Soulfrayer un chemin parmi les centaines de flows agres- for Chocolate’’ de Common. Fin 1998, dans les stu- quarians est une sorte de chaudron, dans lequel tous sifs du gangsta rap. Et pourtant ! Dévoilant l’étendue dios Electric Lady (fondés par Jimi Hendrix), les con- ont déversé le meilleur de leurs histoires musicales. des possibilités instrumentales de la discipline, cette fections de ces deux albums se télescopent. Alors que Bilal possède une voix capable d’affronter toutes les première livraison contient les semences de tout ce ‘‘Voodoo’’ touche à sa fin, l’opus de Common démarre sonorités, qu’elles soient rap, soul ou même reggae. que le collectif fera par la suite. Beats et scratches dans le studio voisin. Raphaël Saadiq, James Poyser Le projet suscite l’intérêt de producteurs parmi lessont remplacés par des claviers, des basses et des et Questlove finissent alors d’exhausser D’Angelo, quels Dr Dre, qui produira le titre Fast Lane. Dr Dre percussions, le tout dans un enchevêtrement d’ac- tandis que Jay Dee, Mos Def et Q-Tip s’apprêtent à sera d’ailleurs l’un des seuls producteurs (avec Scott cords jazzys et de soul lézardée. épauler Common. Tout ce beau monde se retrouve et Storch, DJ Premier et Kanye West) extérieurs à la forPeu après, en guise de véritable prélude à l’avè- passe ses nuits au rythme d’improvisations et de com- mation présent sur l’ensemble des livraisons Soulquanement de la nu soul, arrive la touche aphrodisiaque positions collectives. Le disque de Common est riche rians. Car, n’est pas Soulquarians qui veut. Lauryn Hill de D’Angelo (Brown Sugar, 1995) et celle tout aussi de toutes les idées nées durant ces séances d’impro- elle-même, pourtant artiste de la même veine, a longenvoûtante d’Erykah Badu (Baduizm, 1997). Avec ces visations. Les Soulquarians sont nés ! temps fait les frais de cet élitisme musical. Seul bédeux albums, Erykah Badu et D’Angelo devienmol, donc, à leur esprit d’équipe, cette volonté nent les précurseurs de la nouvelle vague soul de cultiver une forme d’ostracisme. Du moins, « L’appellation “Soulquarians“ est officialisée en (néo soul ou nu soul), qui n’a désormais plus rien en ce qui concerne leurs propres projets. Car 2000, avec les albums Voodoo de D’Angelo et Like à envier à celle de la grande période Motown. malgré cette volonté de se préserver, l’esprit Water for Chocolate de Common » Si le potentiel vocal de D’Angelo rivalise avec et le travail des Soulquarians s’étendent à une celui d’un Al Green, Erikah Badu, quant à elle, très grande communauté de talents. En clair, ne laisse pas échapper la moindre fausse note. La Voodoo et Like Water For Chocolate sont les symbo- à tous les artistes de l’alternative hip-hop, tels que chanteuse détient d’ailleurs depuis dix ans le statut les d’une alchimie musicale parfaite. Un renouement Outkast, De La Soul, Guru ou encore Busta Rhymes. très envié de “reine de la nu soul“. avec les musiques noires, insufflant la volonté d’un Sans oublier l’ensemble des artistes de la communauŒuvrant en parallèle avec ‘A Tribe Called Quest’, Jay renouvellement du vocabulaire et de la technicité hip- té nu soul, de Jill Scott à Angie Stone en passant par Dee quant à lui, jeune prodige originaire de Detroit, hop. Eh oui, les rappeurs ne parlent pas forcément de Jaguar Wright, Anthony Hamilton ou India Arie. poursuit un but peu banal pour un producteur : “ne pas drogue, de bling, de sexe ou de grosses bagnoles. avoir de son reconnaissable’’. Une ambition qu’il honoLes Soulquarians prouvent ainsi que le hip-hop peut rera tout au long de sa carrière, aux commandes d’alDans le même temps, les productions d’un jeune être empreint de spiritualité. Qu’il peut être pudique et bums divers, de Busta Rhymes, à son propre groupe prodige du nom de Bilal atterrissent dans les mains dépourvu de vulgarité. Un rap intello ? Et pourquoi pas ? Slum Village. Tous collaborent les uns avec les autres. d’Erykah Badu. Cette dernière s’empresse de les par- Un rap à contre-courant, usant de tout ce dont il dispose

Raphael Saadiq

Questlove

Erikah Badu

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Common

D’Angelo

(instruments, voix, samples et matière grise) pour éviter écueils et clichés. Un rap intrigant, que l’on apprend à apprécier plus lentement. Comme le bon vin, au fur et à mesure que grandit notre connaissance du produit. De même, une soul enivrante, qui prouve encore l’étendue des perspectives de ce genre. Une soul qui nous réconforte enfin des départs précipités d’Otis Redding, de Sam Cooke ou de Marvin Gaye. C’est ça le cocktail Soulquarians. Une musique aux confins du hip-hop et de la soul moderne, avec juste ce qu’il faut d’inspirations africaines. Pas de hits formatés pour les radios. Encore moins pour le dancefloor. Simplement pour les oreilles. Une belle rénovation des grimoires soul et funk dans le but de nourrir le hip-hop. Une succession de “disques concepts“. Singuliers. Parfois mal compris. A l’image du ‘‘Electric Circus’’ de Common en 2002. Que voulez-vous, on ne peut pas faire mouche à tous les coups ! Surtout quand on se veut le symbole du rap anti-commercial. Quoi qu’il en soit, ces multi activistes de la musique tous azimuts sont les dignes héritiers d’un pluralisme hip-hop que l’on pense, trop souvent à tort, perdu à jamais. Eteignez donc vos radios l’espace d’un instant pour découvrir ou redécouvrir ces sonorités du “autrement“. Un pont naturel entre ces musiques nobles que sont le jazz ou la soul et un hip-hop qui, du même coup, le devient tout autant. Et alors ? Alors on se prend à rêver d’un album du collectif au grand complet, d’un concert réunificateur ou même d’une tournée. Pourquoi pas ! Rêvons ! Nous le pouvons ! Car la vrai dream team, c’est bien eux. Augustin Legrand

LA FAMILLE

Sans la disparition en 2006 de Jay Dee, la photo de famille des Soulquarians pourrait compter 15 membres affiliés. Questlove, Jay Dee, D’Angelo, James Poyser, Common, Q-Tip, Bilal, Erykah Badu, Dead Prez (Stic Man/M-1), Mos Def, Talib Kweli, Ali Shaheed et Raphael Saadiq.

La crème du SoulQuarians      The Roots, Things Fall Apart, Polydor, Universal, 1999

Certainement le meilleur album de The Roots, avec de nombreuses perles, telles que 100% Dundee, dont l’instru est basée sur un beatbox de Rahzel. You Got Me (feat. Erykah Badu) est sans doute l’une des chansons les plus marquantes de cette décennie. Jazz, rap, soul, tout y est. Common, Like Water For Chocolate, Barclay, Universal, 2000 Bien avant le très convaincant Finding Forvever, c’est ici l’un des albums les plus encensés de l’histoire du rap. Méticuleux, généreux, aventureux, appliqué, Like Water For Chocolate est un concentré de tout ce qui fait du rap une musique à prendre au sérieux. Mos Def, Black On Both Sides, Barclay, Universal, 1999 Un album éclectique pour un artiste qui l’est tout autant. Acteur, rappeur, musicien accompli, Mos Def sait tout faire. Sonorités modernes ou rétro, il puise dans ce que la musique a de meilleur. Mos Def, c’est un peu le Gil-Scott Heron d’aujourd’hui : une musique complexe qui sait se faire apprécier.

Erikah Badu, Baduizm, Barclay, Uni-

versal, 1997 Baduizm est un de ces albums à la texture si particulière. Voluptueuse, suave, envoûtante ; la voix d’Erykah Badu est digne des plus grandes. Musicalement, Baduizm est sans doute la référence en matière de nu soul. Une bonne manière de parfaire votre connaissance du genre. D’Angelo, Voodoo, Emi Records, 2000 D’Angelo n’est pas l’artiste le plus prolifique qui existe (seulement deux albums et un live). Néanmoins, il est sans doute l’un des plus méticuleux. La preuve, il est sans conteste le meilleur dans son domaine. Avec Voodoo, on atteint le summum de la musique aux accents sexual healing. Bilal, 1st born second, Interscope Records, 2001 1st born second de Bilal est un peu le concentré du meilleur des inspirations Soulquarians. Album totalement hétérogène. A la fois nu soul, rap, reggae, jazz, il peut convenir aux adeptes de tous bords. Le résultat, une soul session des plus parfaites.

Photos : Grégory Scaffidi + DR

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Talib Kweli

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TALENT DÈS DEMAIN

DAJLA ‘‘ Soul Poetry ’’ Elle se définit comme une chanteuse, une conteuse ou une messagère. À 33 ans, Dajla est avant tout une voix prometteuse, qui trace avec assurance sa route dans les eaux sinueuses de la soul française. Logique, pour celle qui porte le nom arabe d’un fleuve, le Tigre. On commence à entendre pas mal de sons issus de ton premier album Soul Poetry. Depuis quand chantes-tu ? Je fais du son depuis l’âge de 7 ans. Mon premier instrument est le piano. J’ai appris le classique, le jazz et le solfège au conservatoire. J’ai aussi appris la basse, mon instrument sur scène. Tout a vraiment commencé quand j’ai rencontré Benji Bouton, en 2003. Il est à la fois producteur, batteur, beatmaker, guitariste... Tu chantes en anglais. Est-ce parce que l’anglais est la langue historique de la soul ? J’ai toujours écouté du son anglo-saxon. Quand j’étais ado, je traduisais les paroles des Fishbone ou de Public Enemy avec des potes ! Et le français demande plus de mots que l’anglais pour exprimer la même idée. So… La France est loin derrière les pays anglo-saxons en matière de soul. Penses-tu que le retard soit rattrapable ? Rien n’est jamais trop tard. Mais les Français ont un problème. Ils ont peur

d’être eux-mêmes. Ils courent derrière les Américains. Je leur ai aussi couru après, mais aujourd’hui je m’accepte avec tous mes mélanges et j’essaie de créer ma musique. Quels sont les thèmes qui inspirent tes textes ? La vie et par extension, l’amour, la foi, les erreurs du passé, le mal que font les hommes… Pour les sons plus ‘‘ vénères ’’, j’allume la télé dix minutes et j’ai la haine pendant deux jours ! Quels sont tes projets en cours ? Je vais collaborer avec le danseur chorégraphe hip-hop Herwann Asseh. J’ai écrit la musique de son spectacle sur le thème du métissage. Sur scène je suis à la basse et au chant, et lui danse en solo. On donne des représentations depuis le mois de mars. J’ai aussi des projets avec le chanteur ragga Bubal, le rappeur Roda et le compositeur Yvon Kassa, à Libreville au Gabon. C’est une ville incroyable, les artistes y sont très doués... Et puis mon père étant tunisien et kabyle, l’Afrique, c’est aussi mon retour aux sources. Lisa Delahais

SIDI’O ‘‘ Extraits d’amertume ’’ Né dans le 18ème, plutôt Chapelle ou Stalingrad ? Entre les deux. Je marche vite, je parle vite, un vrai parigot. Je traîne avec les collègues de Paris Nord. Il commence à y avoir une vraie scène. Petit bilan d’« Extraits d’amertume », ton premier album ? J’ai été le chercher... Mais que de bons retours. Ca fait plaisir un peu de reconnaissance, depuis le temps que je suis dans le milieu… Un vieux de la vieille, même à 28 ans ? Ca fait 15 ans que je rappe. J’ai eu un parcours chaotique, j’ai commencé au collège. Entre temps pas mal de mix tapes, notamment avec ‘‘ Néochrome ’’. Ca fait 2 ans que je travaille sur l’album réellement. Tu peux nous parler du morceau Extrait d’amertume ? Extrait d’amertume, c’est le morceau qui a donné l’impulsion de l’album. Je l’ai écrit un soir d’été à Paris. Tout le monde était en vacances. J’étais énervé, personne ne croyait en moi, j’en voulais à la terre entière. Mais sur cet album je parle de tout. De moi. Des choses légères ou plus sérieuses. C’est le concept ‘‘ Capitale sale ’’ ? C’est mon délire, j’ai voulu développer un univers particulier de A à Z. Humour

grinçant et sombre. Je décris des personnages qui sont sur ma planète. Mon style je le cultive depuis des années. Un argot typique du 18ème. À une époque, on te connaissait plus pour ton ‘‘ punchline et freestyle ’’ ? J’ai conceptualisé mon rap. Ce que j’ai réussi à faire sur mon album, j’en suis fier. Mon style est conscient, street, hardcore et sincère. 21 tracks et des invitations soignées ? Pas mal de gens m’ont dit d’épurer, mais je voulais montrer une large palette de ce que je savais faire. Chez moi on dit « Celui qui mange seul, s’étrangle seul ». Quelles sont tes influences ? Le rap des années 90 ! La cliqua, Afro Jazz, les Sages Po. Côté ricain, c’est plus Dmx, Black Moon. Je suis resté scotché à ces années. Mais mes influences ne sont pas que musicales, toute la cité m’inspire. Ceux qui marchent sur un boulevard, même la caissière du Franprix elle m’inspire…

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Alex Bol

Photos : DR 21


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JOHNJOST JOHN JOST

CULTURE HIP HOP

http://myspace.com/unikdesign

http://www.unikdesign.fr/

À 28 ans, il a déjà photographié Lords of Underground, Smif N Wessun et Jeru the Damaja. Il a réalisé le premier clip époustouflant d’un rappeur en devenir, Little Freddy, et vient d’apporter sa pierre à l’édifice hip hop avec une expo photo bien street au Cithéa Nova, à Paris. Orbeat ne pouvait pas passer à côté de Jonathan Jost, aka Unikdesign… qui attend toujours que Busta Rhymes passe devant son objectif.

NUMERIC SHOOTER Orbeat : Ton parcours John ? Jonathan Jost : J’ai 12 ans de graphisme derrière moi. Depuis adolescent je travaille comme maquettiste, je craquais les premiers Photoshop, je me faisais mes visuels persos. Et mes parents sont journalistes pour des magazines photos, ça m’a aidé... Orbeat : Quand on en discute avec toi, ton rapport au visuel est quasi passionnel… J.J : C’est vrai. Je ne me suis jamais posé la question. J’ai toujours suivi mon instinct. Finalement mon parcours s’inscrit dans une certaine fluidité. J’ai commencé à travailler dès ma majorité : packaging, marketing, pub…. Depuis 3 ans je me suis lancé en freelance, j’ai participé à la conception graphique de pas mal de marques : OCB, Club Med, vodka…. Orbeat : Le freelance t’a permis de te consacrer à d’autres passions ? J.J : Complètement. J’avais besoin de me retrouver, sans contrainte. Je me suis lancé dans la photographie et voilà le résultat. Orbeat : Une expo photo hip hop … ça t’a pris combien de temps pour réunir tous ces clichés ? J.J : J’ai commencé mon travail avec Little Freddy, il y a deux ans maintenant. La dernière photo date de 4

mois. Mais tout est parti d’un délire, l’exposition, je n’y ai pensé que très récemment.

« Je suis un mec de la génération numérique »

artificielle dont je ne suis pas propriétaire ». C’est mon expérience en pub qui me fait concevoir les photos. Tout est pensé avant d’être réalisé. Il y a un peu de freestyle aussi.

Orbeat : Ton expo n’a pas de nom. Si je te demandais de lui en donner un…. J.J : ‘‘ Portraits dans l’ombre ’’. Ce qui m’intéresse ce sont les personnes qui ont une petite notoriété, comme Little Freddy par exemple. Dépeindre les acteurs de l’underground, les artistes de la rue tout en gardant l’univers street et hip hop.

Orbeat : Quelle a été ton ambition dans cette expo ? J.J : Montrer que la France a du talent. Et donner ma petite touche au mouvement street par la photo. Il faut qu’on arrête de faire comme les cainris. C’est à nous de donner une nouvelle image au hip hop, une nouvelle énergie.

Orbeat : Visuellement tes photos sont impressionnantes, on sent l’inspiration du numérique. J.J : Complètement. Je suis un mec de la génération numérique, je n’ai jamais touché à l’argentique. Je traite de manière numérique pour révéler le graphisme. Mon travail est fait de développements, de révélations et j’ai ma botte secrète…. Mais les photos les plus évidentes ne sont pas retouchées.

Orbeat : J’ai vu ton clip Murda dem, super original, tu nous en parles ? J.J : Tout est parti d’un délire avec Little Freddy. J’ai eu l’idée de réaliser son clip en photos. J’en avais marre des clips au ralenti, des mecs qui se shakent… Après 20 000 photos et trois jours de tournage, le résultat est étonnant. Il y a du brut et du saccadé. Je voulais que le spectateur s’arrache les rétines. Il va passer sur MTV et Trace. À la fin du clip, j’ai réuni des danseurs et je suis très content de cette séquence. Je voulais retrouver l’énergie que tu as en France au niveau du break. Je trouve que les danseurs français ne sont pas assez représentés.

Orbeat : Pour la prise de vue, tu as aussi ta botte secrète ? J.J : Le décor, l’ambiance, c’est primordial. Mes photos sont réalisées sans moyens techniques. Je ne rajoute même pas de lumière, c’est de la « lumière

Alex Bol

Photos : John Jost aka Unikdesign

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C ULTURE HIP HOP

POUR LA FRANCE

27 oct. TRITH SAINT LEGER 28 oct. TRITH SAINT LEGER 29 oct. TRITH SAINT LEGER 22 nov. TRITH SAINT LEGER 9 déc. VILLENEUVE SUR LOT

Marre de la ghettoïsation du mouvement hip hop ? Ras le bol des clichés sur le breakdance ? Courrez donc voir Pas de quartier, spectacle dansant sur l’histoire de France à l’inspiration juvénile et urbaine.

À

l’époque où l’immigration semble se choisir, le spectacle Pas de quartier rectifie le tir en 4 actes. Quatre actes faisant de la mixité une ultime solution à tous nos petits problèmes de ‘‘vivre ensemble’’. La mixité des performeurs du hip hop, la mixité de ces artistes bien involontairement estampillés black-blanc-beur. La France, c’est ça messieurs dames : un tirailleur sénégalais qui break en portant ardemment le drapeau tricolore, des battles sur fond de barres HLM en ruines, des mariages mixtes au son d’human beat box (boîte à rythmes humaine), des histoires de regroupement familial, des immigrés recrutés en masse dans les années 1960 … Pas de quartier c’est une tranche de l’histoire contemporaine de l’immigration française revisitée par la culture urbaine. Toutes les disciplines du

hip hop y sont rassemblées à leur plus haut niveau dans une dramaturgie construite : le graff, la musique avec du human beat box ou des textes scandés, la danse autour du breakdance comme du smurf. Le but est clair : dévoiler une autre image de la danse urbaine que celle diffusée par les clichés, comme l’affirme Abibou Kébé, chorégraphe ‘‘Quand on parle de hip hop, des images et des pensées toutes faites viennent à l’esprit. On associe trop souvent ce mouvement artistique à une banlieue appauvrie, à une jeunesse désœuvrée, voire délinquante.’’. Pas de quartier est bien la preuve que la culture urbaine influe sur toutes les couches de la société, et inversement. L’image banlieusarde du hip hop se mue en un renouveau artistique contemporain. Il développe des fusions dans tous les domaines de la vie cou-

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rante et dans toutes les disciplines artistiques. Créé en 2006, Pas de quartier a déjà vadrouillé à travers la France et le monde : Grand Palais à Paris lors de l’événement RUE, au pied des Pyramides à Abu Simbel en Egypte, lors du Festival Off d’Avignon en 2007… Le succès est artistique mais aussi culturel, comme l’explique Éric Checco, instigateur et metteur en scène : ‘‘Le spectacle relate des attaches profondes qui nous lient à l’Afrique noire et aux ghettos américains, point de départ culturel du hip hop. Une greffe, à l’origine étrangère, qui porte de nouveaux fruits à l’arbre de la culture française ’’. Pas de quartier est bien le cri d’une jeunesse qui cherche à imposer son adoption par son art.

Photos : S.Favardin / A.Meyer

Alex Bol


L’ORBEAVIEW rien à cet élan nécessaire, selon moi. Il faut adapter la réalité du fonctionnement sociétal, qui est en grande partie discriminatoire. C’est sans doute dans la nature humaine. De tout temps, il a fallu mettre en place des éléments, au départ, contraignants. C’est comme ça que petit à petit, les mentalités ont commencé à changer, et qu’elles changeront encore.

Harry Roselmack « Je ne suis pas un symbole » L’évènement fut de taille ! A l’été 2006, un Noir, devenait le joker de PPDA. Depuis, un 20h par-ci, un Sept à Huit par là : le plaisir de l’info en continu. Une intégration parfaitement réussie pour l’ami Harry qui, en plus de faire ses preuves n’en finit plus de séduire. Pour nous, le mec “le plus sexy du PAF“ s’est prêté au jeu des questions/réponses.

Orbeat : Harry, tu es un symbole de l’intégration et par extension, de la discrimination positive. Tu n’as jamais eu peur de la récupération politique ? Harry Roselmack : Je ne suis pas un symbole. En revanche, le fait d’occuper cette place peut être perçu davantage, c’est ce que je souhaite, comme un signal. Les luttes qui ont été entreprises par les différents col-1 lectifs, comme le Collectif Egalité ou le Club Averroès commencent à payer. J’espère que cela va continuer. Voilà pourquoi je préfère me considérer comme un signal, ce qui sous-entend une suite. Le symbole peut, au contraire, cacher un désert et une absence totale de suite. S’agissant de la récupération politique, je n’en ai pas peur mais je l’ai effectivement constatée. Il y a eu d’abord une part d’interprétation de certains confrères. Les rapprochements entre mon accession à TF1 et une réunion tenue quelques semaines auparavant entre Nicolas Sarkozy et le Club Averroès sont clairement abusifs. Je connais la réalité des faits, et ce n’est pas ça. Mais ces allusions n’ayant pas été démenties du côté politique, peuvent effectivement 26

faire penser à de la récupération politique. Orbeat : L’intervention de Nicolas Sarkozy en faveur de ta nomination, c’est donc de l’intox ? H.R : D’après ce que j’en sais, c’est clairement de l’intox ! Nicolas Sarkozy savait que les responsables de la chaîne cherchaient un journaliste noir, homme ou femme, pour les journaux de l’été. Nicolas Sarkozy était au courant, car c’est un ami de Martin Bouygues, l’actionnaire majoritaire de TF1. Pour ma part, je n’avais jamais rencontré Nicolas Sarkozy. Donc, ma nomination, plutôt que celle d’un autre ou d’une autre, n’a été soumise à aucun diktat. Nicolas Sarkozy est pour la discrimination positive, que je soutiens également. C’est sans doute ce qui a contribué à faire cet amalgame facile et, encore une fois, abusif. Orbeat : Quelle est ta vision de la discrimination positive ? H.R : Tu as raison d’insister sur cette question, car il faut être clair. Moi, je suis pour la discrimination poJuin / Juillet 2008 www.orbeatmag.com

sitive mais il faut savoir ce que l’on met derrière ce terme. Tantôt diabolisé, tantôt mis en avant comme la réponse ultime aux problèmes des minorités. La discrimination positive, selon moi, c’est simplement la prise en compte, par les responsables d’entreprises, du paramètre de la diversité. Les entreprises ont une clientèle diverse. Elles ne peuvent plus se permettre d’avoir des équipes uniquement blanches, sans prendre en compte la diversité raciale et culturelle des gens qui achètent leurs produits ou leurs services. Et donc, si à compétence égale, une personne est préférée pour ce critère indispensable qu’est la diversité, cela ne me choque pas. Ensuite, le terme de discrimination positive en lui-même est une erreur, mais il ne faut pas trop s’attacher à la sémantique. Si l’on avait voulu traduire de l’anglais ‘‘ Affirmative action ’’ d’une manière plus correcte, on aurait dit Action positive, ou encore plus adéquat, nous avions trouvé avec des amis l’appellation ‘‘ Correctif républicain d’équité ’’. On peut trouver beaucoup de termes mais cela n’enlève

Orbeat : TF1, c’est trois institutions télévisuelles journalistiques : le 20h de Chazal, le 20h de PPDA et le 13H de Pernault. Comment vit-on “humainement“ l’insertion dans cette sphère ? Est-ce qu’on se dit : ça y est, je suis moi-même une institution ? H.R : Absolument pas ! D’ailleurs, j’arrive à un moment où la multiplication des canaux de diffusion et des chaînes d’information a fait que l’ère du 20h, considéré comme la grand-messe que personne ne rate, est de toute façon révolue. Le 20h reste un rendezvous essentiel pour l’information des Français, mais c’est un rendez-vous de moins en moins indispensable. De la même façon, les personnalités qui incarnent cette ère du JT incontournable, PPDA, Claire Chazal ou Jean-Pierre Pernault, n’ont pas été renouvelées et ne le seront pas. Car elles sont les icônes d’une cer-

Orbeat : Tu es aujourd’hui un modèle, pour beaucoup de jeunes et, en particulier, de jeunes issus de l’immigration. Mais pour toi, quels étaient tes modèles ? H.R : Cela me touche que des jeunes me prennent pour un modèle. Même si, au départ, je n’ai pas accepté ce boulot pour en être un. C’était simplement par passion pour mon travail. Le faire sur TF1, c’était quelque chose de très fort et de très surprenant. Quand on aime la vie, on aime ce genre de surprise. Aujourd’hui, si je peux donner la vocation à des jeunes, issus ou non de l’immigration, je trouve cela très bien. Maintenant, concernant mes propres modèles, plusieurs personnes m’ont servi de référence. Peut-être, justement, parce que je ne me reconnaissais pas dans les visages que je voyais, mes modèles sont plus en radio qu’à la télévision. J’ai d’ailleurs débuté en faisant de la radio pendant dix ans. Mes parents écoutaient pas mal RTL, du coup, j’ai moi-même beaucoup écouté Jacques Esnou, ou Alain Duhamel. Orbeat : Comment apprécies-tu ta “peopolisation“ ? H.R : Je pense franchement y échapper en grande partie. Je fais d’ailleurs tout pour. J’évite tant que pos-

Harry Roselmack crédit photo: DR

taine époque, où l’offre était bien moins importante. Les présentateurs du JT qui sont arrivés par la suite ne pourront pas avoir le même poids. Les habitudes des Français changent. Ils zappent plus et sont moins enclins à s’attacher à telle ou telle personnalité. Ce serait une grosse erreur que de me prendre pour une institution !

Orbeat : La télévision a pris conscience de sa faible représentativité. Penses-tu qu’aujourd’hui l’objectif soit atteint ? H.R : Non, bien sûr que non ! Mais je tiens aussi à préciser que je ne suis pas la seule réponse. Audrey Pulvar est arrivée à France 3 avant que je n’arrive à TF1, Christine Kelly est arrivée à LCI encore bien avant. Michelle Reinette, elle, a présenté les journaux à France 3 dans les années 80. C’est la première fois que c’est aussi médiatisé du fait que c’est TF1, du 20h et du contexte. Avec la crise des banlieues, les gens ont fait un amalgame, et vu ma nomination comme LA réponse. Mais je ne suis absolument pas le seul et, surtout, je ne suis pas le premier. Mais bien sûr que pour atteindre un objectif de parfaite représentativité, il en faudra toujours plus.

sible de me retrouver dans des endroits où je vais être systématiquement pris en photo. La fonction fait qu’on n’échappe pas à quelques articles et à quelques photos, mais je pense que j’ai limité les dégâts. Les seuls clichés privés qui ont été pris, alors que j’étais en vacances avec mon épouse, ont fait l’objet de poursuites judicaires. Cela a clairement marqué notre intention, à mon épouse et moi-même, de garder privé ce qui doit l’être. Ensuite, concrètement, cette fameuse peopolisation ouvre évidement des portes, encore faut-il avoir envie de les ouvrir. On reçoit plein d’invitations, on est abordé dans la rue, etc. Pour le moment, cela n’a jamais été trop intrusif. Ca n’a pas changé grandchose, si ce n’est que les gens prêtent peut-être un peu plus d’attention à mes projets et à mes envies. Orbeat : Et être élu le mec “le plus sexy du PAF“ ? H.R : Ca fait plaisir, forcement. Mais ça ne change rien. Le physique est une dimension inévitable de la télé. Je pense que je ne dois pas en jouer plus que ça. Je ne fais pas plus attention à mon apparence qu’avant. Bien sûr, je préfère ça que le contraire. Et tant que ça ne domine pas les commentaires que l’on peut faire sur mes prestations, ça me va.

Orbeat : Sans transition, musicalement, tu préfères quoi ? H.R : Je suis très soul et nu soul. J’aime aussi le zouk, par tropisme tropical (rires). J’écoute un peu de reggae et de dancehall. Il m’arrive d’écouter du classique et de l’électro, même si je ne suis pas un fondu. En priorité, c’est la soul. Je suis un fan de Curtis Mayfield, j’aime beaucoup Marvin Gaye, j’adore Raphael Saadiq ou Dwele. Orbeat : Penses-tu, comme certains journalistes, que la musique qui s’adresse le plus aux jeunes, le rap, participe à leur victimisation comme à celle des banlieues ? H.R : Il faudrait que je prenne le temps de réfléchir pour bien te répondre. Je ne suis pas un grand fan de rap, si ce n’est d’un rap conscient et constructif. Je trouve que le rap, depuis quelques années, a pris une tournure plutôt malsaine. Il a longtemps été une musique de revendications justes. Aujourd’hui, c’est devenu le miroir aux alouettes. Les valeurs prônées, de l’argent ou même vis-à-vis des femmes, ne sont pas très glorieuses. Le rap ne participe pas à la victimisation des jeunes et des banlieues. Du moins, je

Harry Roselmack a récemment publié son premier roman, Novilu, sous le pseudo de H.J Boungo. (Editions de Courcelles) ne le pense pas. Le rap pour partie participe surtout à la promotion de valeurs purement matérialistes. En revanche, je suis assez fier de quelques artistes de rap français, comme Abd Al Malik, que j’ai eu le plaisir de rencontrer. Orbeat : Tu es encore très jeune. Tu as l’avenir devant toi. L’avenir, tu y penses beaucoup? H.R : J’y pense oui. Je ne prévois pas de grande révolution dans les années à venir, mais, j’ai un idéal de vie, des projets personnels que je garderai pour moi. Le principal, c’est que je sois bien dans ce que je fais et avec les gens avec qui je le fais. Mais je ne m’interdis rien. Je ne me sens pas prisonnier, même de cette étiquette de présentateur joker du 20h. J’ai gardé une grande affection pour la radio, il n’est pas improbable que j’y retourne. Orbeat : Que peut-on encore te souhaiter ? H.R : D’être heureux, je le suis déjà. Donc de le rester. Augustin Legrand 1. Le Club Averroès se consacre à la promotion des minorités dans les médias.

Photo : A.L

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SPECIAL GANGSTER

. SPECIAL GANGSTER . SPECIAL GANGSTER . SPECIAL GANGSTER . SPECIAL GANGSTER . SPECIAL GANGSTER . SPECIAL GANGSTER . HISTOIRE

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PARANOS, MAFIOSI ET CASINOS

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LA PETITE HISTOIRE DE LAS VEGAS

E Ricky Ross, Los Angeles OLD TIMER  Ou comment le crack s’est répandu dans les ghettos américains 

Las Vegas, Nevada. Surnom : Sin City (la ville du péché). Plus de 40 millions de visiteurs par an.

Pour bien comprendre comment le crack est devenu la plus grande épidémie des ghettos américains, il faut remonter à la fin des années 70. À 29 ans, le jeune Danilo Blandon fuit le Nicaragua en pleine révolution, emportant avec lui femme et enfants. Ruiné, il s’installe en Californie, non sans un certain sens des affaires. Depuis près de dix ans la cocaïne s’était répandue, virevoltant d’une narine de rock star aux soirées chics de l’époque. Une vague que la ‘‘ jet ’’ devait notamment à George Jung et Pablo Escobar1, établissant ensemble le tout premier réseau de narco trafic de l’histoire US. Les seventies… L’Amérique se libère et se défonce. La cocaïne se vend à prix d’or tandis que seuls les ghettos noirs ne sont pas approvisionnés. Et pour cause, elle coûte alors la bagatelle de 200 dollars le gramme. Blandon n’a alors qu’une idée en tête : corriger cette “ injustice ’’. Pour atteindre son objectif, Blandon a besoin d’un associé au sein même de la

Qui n’a jamais entendu parler de Las Vegas ? De part et d’autre de la planète, ce nom résonne. Entre deux combats de boxe, deux sosies du King et deux bandits manchots. Las Vegas prend à chaque coin de rue des allures de spectacle, de foire et de pèlerinage. Sinatra, Elvis et les autres ont fait sa renommée. Las Vegas : on y joue, on y dort, on y vit. Les moins chanceux, parfois, y meurent. Comment cette immense ville est-elle sortie du désert ? Comment ce gigantesque lapin est-il sorti de son chapeau ?

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lement une autre tournure qu’en 1931. L’Amérique connaît un boom démographique et doit affronter les conséquences du crack de 1929. Dans les grandes villes les conditions de vie sont désastreuses. Le crime s’organise, et des chefs mafieux comme Al Capone ou Johnny Torrio s’enrichissent du racket, de la drogue et de la prostitution. Par « miracle » pour la fourmilière mafieuse, l’Etat du Nevada vient de légaliser les paris et les jeux de hasard. C’est un tournant décisif dans l’expansion de la pègre, et une solution de blanchiment d’argent inespérée.

D Bugsy Siegel : D quand Vegas devint Sin City

Benjamin Siegelbaum dit Bugsy “le cinglé“ Siegel

Entre mormons et baston

Contre toute attente, les premiers habitants de Las Vegas étaient mormons ! Ce sont eux, qui en 1855 fondent la ville à la sueur de leur front. Las Vegas n’est alors qu’une bourgade agricole, et le nom, d’origine espagnole peut se traduire par « les vallées fertiles ». Les mormons abandonnent la ville sur demande de l’armée américaine. La raison est stratégique. La présence abondante de points d’eau fait de Las Vegas une étape incontournable sur la route très empruntée allant de la Californie au Nouveau Mexique. L’histoire de la ville ne prend réel-

Tandis qu’une partie du Syndicat du crime causera sa perte en privilégiant le trafic d’alcool, l’autre va exploser, profitant immédiatement de cette nouvelle manne financière. Parmi ces mafieux, il y a Bugsy Siegel. Un jeune juif chef de gang, originaire de Brooklyn, qui s‘oppose tour à tour à d’autres gangs italiens ou irlandais. Son vrai nom est Benjamin Siegelbaum. “Bugsy“ signifie « le dingue », en référence à son tempérament sanguin. Aussi cruel avec ses ennemis qu’entreprenant avec les femmes. Allant, au gré de son humeur, souvent jusqu’au viol. En 1945, lorsque Bugsy s’intéresse à Las Vegas, la ville n’est encore qu’un village perdu dans le désert. Dans l’Etat du Nevada, les casinos ont déjà bien fleuri. Mais celui qu’il bâtit grâce à l’argent du racket, le Flamingo, marque une étape essentielle dans l’émergence d’une oasis du divertissement. C’est pourtant bien cet hôtel qui causera la perte de Bugsy

La poule aux œufs d’or

Augustin Legrand

Photos : DR

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Siegel. C’est un énorme gouffre financier. Bugsy s’endette à hauteur de six millions de dollars. Sans surprise, le Syndicat décide de son exécution. Le 20 juin 1947, alors que le Flamingo commence enfin à générer des profits, Bugsy est abattu par deux tueurs dans sa villa Hollywoodienne.

Siegel montre la voie à une flopée de gangsters qui contrairement à lui ont le sens de la gestion. Vegas s’agrandit. Vegas s’enrichit. La prostitution y est autorisée, comme dans les comtés voisins. L’alcool coule à flots et les règlements de compte vont bon train. La poule aux œufs d’or s’appelle Frank Sinatra. Ce dernier entretiendrait des relations d’amitié avec certains grands parrains de la pègre (Lucky Luciano, Willie Moretti) et se produit tous les soirs sur la scène de l’hôtel Sands. Vegas fait office de place forte pour le gratin américain, de John Wayne à Marilyn, en passant par Burt Lancaster. Puis vint l’heure du King, de ses déhanchements suggestifs et de la démesure. Durant sa carrière, la légende y donna plus de 500 spectacles. Vegas est au sommet. Mais les débordements et le vice conduisent finalement les autorités à diversifier les activités de la ville pour attirer une clientèle plus consensuelle. En 1989, Las Vegas devient une industrie ‘‘familiale’’. D’énormes complexes hôteliers se multiplient, tels que The Mirage et ses 3 049 chambres… Pour que des millions de joueurs invétérés puissent, en famille, s’adonner au péché. Viva Las Vegas !

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communauté. La rencontre avec Rick Ross, voleur de voitures et petit dealer à ses heures, est déterminante. Ensemble, ils décident de baisser les prix de la came et surtout, à l’initiative de Ross, de la couper (médicaments, farine, lessive…). Le crack est né.

‘‘ J’avais la conviction que j’étais envoyé par Dieu pour vendre de la cocaïne ’’ L’association Ross/Blandon n’a plus grand chose à envier à celle de Jung et Escobar. Ross a lui aussi son cartel : les Crips, qui règnent sur les ghettos de Los Angeles. De son côté, Blandon se perfectionne dans les affaires. Une association plus que florissante. Une dose coupée de cocaïne pure permet de vendre la drogue à un prix dérisoire. A l’apogée de son affaire, Rick Ross aurait eu la modique somme de 3 millions de dollars sous son oreiller. Ricky a alors une tren-

LE TOUT PREMIER RÉSEAU

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Pablo Escobar (1949-93) : Célèbre chef du cartel colombien Medelin, il se laissa convaincre par G.Jung qui lui demande de la coke et un avion. Ensemble, ils inondent le marché américain. Sa mort met fin à toute une vie d’assassinats (plus de 3000 tueurs à sa botte).

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Too late to save

TOOKIE

taine d’employés à sa solde : les ‘‘cuisiniers’’, les gardes du corps et les ‘‘nettoyeurs’’. Très vite le crack se popularise et d’autres réseaux se développent. Plus efficace et plus toxique, cette drogue va surtout faire ses premiers flots de victimes. L’épidémie gagne la communauté noire, devant des autorités impuissantes, voire volontairement passives2 . Les gangs s’enrichissent et pour conserver leurs gains, viennent à s’armer. Face au carnage, l’opinion publique somme finalement les autorités de réagir. Blandon et Ross sont arrêtés en 86 et 87. Ross est condamné à la prison à vie. ‘‘ J’avais la conviction que j’étais envoyé par Dieu pour vendre de la cocaïne. ’’ confira-t-il, dans une interview accordée à Gary Webb3 du Los Angeles Times. Blandon, quant à lui, est libéré au bout de 24 mois. Il se voit même proposer un travail généreusement rémunéré de conseiller anti-drogue à la CIA… Quand le crime paie ! Augustin Legrand

George Jung : Il apparaît dans Blow sous les traits avantageux de Johnny Depp, Il est arrêté en 1994.

Le gang des Crips est fondé à L.A en 1970 par Stanley “Tookie“ Williams. Les Crips sont les ennemis jurés des Bloods. Le simple fait de taguer par-dessus la signature du gang rival est une provocation mortelle. Les Crips inventent leur pas, le C-Walk. Une distinction désormais répandue à l’ensemble de la communauté hip-hop. Les Crips compteront d’ailleurs dans leur rang une myriade de star du rap : Snoop, Ice T, Warren G… Une nuit de 1980, un cambriolage tourne mal. Quatre personnes sont tuées. Parmi les participants, Tookie portera l’essentiel de la responsabilité et sera condamné à la peine de mort tandis qu’il clame son

innocence. Contre toute attente, Tookie se découvre dans l’enfermement une spiritualité qui le conduit à militer contre la violence des gangs. Conscient de sa responsabilité dans leur émergence, il réussit, depuis sa prison, à instaurer une trêve entre Crips et Bloods. Cette rédemption fut honorée par 9 nominations entre le Prix Nobel de la Paix et celui de Littérature. Tookie ne bénéficiera pourtant d’aucune clémence. Il est exécuté en 2005 malgré un soutien de personnalités parmi lesquelles Nelson Mandela ou Snoop. Augustin Legrand

1. Voir encadré «le tout premier réseau» / 2. Une passivité considérée par des analystes tels que Guy Debord comme un moyen de contrôle sur les classes populaires. / 3. Journaliste d’investigation retrouvé mort en 2004 (suicide non avéré). Il fut l’un des premiers à démontrer des complicités entre le gouvernement US et les cartels sud-américains.

Photos : DR

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epuis très jeune c’est un fougueux. C’est pourquoi on conseille à sa mère de canaliser son énergie, sa force. D’où le judo. 18 ans plus tard donc, le voilà avec un titre de champion du monde et un titre de champion d’Europe accrochés à son kimono. Depuis l’âge de 14 ans, âge auquel il intègre l’INSEP, Teddy se frotte à des seniors. Il a toujours été le plus jeune. A l’époque, le garçonnet mesure déjà 1,95m. 14 ans, 1m95, forcément, ça fait réfléchir. A peine entré dans cette institution sportive, on lui donne comme objectif les jeux Olympiques de 2012… La suite on la connaît : Teddy, précoce, n’a pas attendu cette date et se présente finalement aux Jeux Olympiques de 2008 avec déjà deux titres majeurs à son palmarès ! ‘‘C’est ma force’’ nous confie t’il. ‘‘Je suis en mode j’m’en fous !’’. Les jeux représentent pour lui une finition. ‘‘Garnir et finir mon palmarès’’ dit-il… à moins de 20 ans ! Et même si le plus jeune champion du monde de l’histoire (qui s’entraîne aujourd’hui grâce aux infrastructures du Lagardère Paris Racing) échoue à Pékin, ce n’est pas grave. Il a le temps. Le temps de connaître d’autres victoires et d’autres défaites.

« Le plus important c’est d’être prêt le jour J. »

TEDDY RINER D D ‘‘EN MODE J’M’EN FOUS’’

Orbeat a rencontré le nouveau phénomène du judo français. C’est clair, la relève de David Douillet dans la catégorie des poids lourds est assurée. Teddy Riner, moins de 20 ans, est déjà (!) champion du monde et d’Europe. Il ne reste plus qu’un titre olympique pour parfaire la success story. Une broutille en somme…

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Justement. Après son titre mondial Teddy Riner essuie trois échecs dans des compétitions mineures avant le tournoi de Paris. Lors de cette dernière compétition son objectif n’était pas de gagner mais de se frotter aux meilleurs judokas de la planète. La crème de la crème. ‘‘C’était magique ce tournoi de Paris. Le public est présent. Quand tu les taquines ils répondent, ils suivent, et ça, ça fait plaisir’’. Son problème maintenant qu’il est champion du monde, ‘‘c’est de continuer à gagner’’ confie-t-il. ‘‘Le champion du monde ne peut pas perdre. C’est pénible car les gens comprennent difficilement le contraire. Or le plus important c’est d’être prêt le jour J. C’est d’ailleurs l’un des conseils que m’a donné David’’. David Douillet pour qui il a énormément de ‘‘respect’’. ‘‘C’est un grand combattant’’. À son contact Teddy a appris à ‘‘être fort dans sa tête et à rester concentré’’. Il n’y a pas de secret selon Teddy. C’est bien l’entraînement qui fait progresser. ‘‘Moi cela m’a fait gagner 4 ans’’. ‘‘Je m’en suis pris plein la gueule. Et je le demande encore aujourd’hui à mes entraîneurs. Je leur demande de me gueuler dessus car maintenant que j’ai 4 titres il faut que l’on me pousse. David, me l’a confié, il ne faut pas hésiter à leur dire’’.

plein milieu de l’interview Teddy, d’humeur visiblement joyeuse, pose la question suivante à la journaliste : ‘‘savez-vous quelle est la différence entre une moto et une femme ?’’. Non Teddy pas celle là ! Rire dans l’assistance. Riner est hilare et nous aussi à vrai dire. Tellement d’ailleurs que notre champion ne peut aller au bout de sa devinette. ‘‘Ah non je ne peux pas lui dire… C’est trop osé !’’. La journaliste traduit à son caméraman ce que vient de lui demander le judoka tricolore. Scène surréaliste. Bref. Un ange passe, et finalement l’interview reprend son cours. A mon grand désespoir ! Mais lorsque l’équipe asiatique se lève pour céder la place à un journaliste de RTL, Teddy déploie ses deux mètres, pose une main sur l’épaule de la frêle journaliste (nous l’étions tous à côté de lui) et lui chuchote au creux de l’oreille la réponse de la devinette1. Détendu le garçon… Et puis ça parle judo. Lorsqu’on a rencontré Teddy juste après sa victoire au tournoi de Paris, son staff hésitait encore à le présenter aux championnats d’Europe du 11 au 13 Avril à Lisbonne. ‘‘Le Championnat d’Europe est une compétition trop relevée avant les JO’’. Teddy en est pourtant le tenant du titre. Mais il préfère se concentrer sur le tournoi de Hambourg où la présence d’Yasuyuki Muneta est prévue. ‘‘Je veux me confronter au Japonais’’. Teddy à l’air décidé puisqu’il a ajoute que c’est toujours lui qui a le dernier mot dans le choix des tournois qu’il dispute. Résultat des courses : le Français est battu par le Japonais (vice champion du monde en 2005) au 3e tour de la catégorie des plus de 100 kg fin février. Riner, qui voulait voir comment se comporte Yasuyuki Muneta avant les JO est prévenu. Mais Muneta n’est pas le seul judoka étranger à vouloir fouler le même tatami que Riner. Un de ses adversaires les plus coriace n’est autre que le Russe Mikhayline. ‘‘Il pratique un judo dur et c’est un gaucher’’ explique Riner. Pourtant, Teddy bat le champion du monde des lourds 2001 et 2005 en finale lors du tournoi de Paris. Et dire que Mikhayline a dix ans de plus que Teddy… Encore une preuve de l’éventail des capacités d’adaptation à n’importe quel adversaire. Lui, qui à seulement 18 ans peut battre des adversaires à l’usure, au métier, et en pratiquant un judo au frein à main pour ne pas dévoiler ses progrès en vue des Jeux. C’est fort et cela impose le respect de tous, surtout de ses adversaires. ‘‘Il y a des nouveaux trucs que je n’ai pas trop montré

« Je leur demande de me gueuler dessus »

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parce qu’avant de les mettre en pratique en compétition, il faut les passer régulièrement à l’entraînement’’ précise-t-il. Teddy veut garder l’effet de surprise pour les Jeux Olympiques de Pékin. D’autant plus qu’il sait qu’il est très observé et que ses adversaires se présentent à toutes les compétitions pour lesquelles il s’engage…

 Teddy Riner is wanted.  Teddy Riner est traqué, épié, analysé et affronté. D’ailleurs le Japonais Kosei Inoue (champion olympique 2000 et triple champion du monde des – 100 kilos), son adversaire lors des championnats du monde à Rio en 2007 l’avoue ( L’Équipe daté du mardi 12 Février 2008) : ‘‘On l’a beaucoup étudié à la vidéo et on cherche des tactiques pour le battre. On y travaille très sérieusement. Ca n’a pas marché au tournoi de Paris’’. Lorsque l’un des plus gros palmarès du judo mondial le dit, forcément, on comprend l’ampleur du phénomène Riner. Il ajoute, ‘‘ Avec sa force il pourrait adopter un judo moins créatif, plus verrouillé. Mais c’est tout le contraire qu’il propose. Il bouge, il ose, il attaque’’. Les autres judokas attendent donc maintenant de pieds fermes Teddy Riner et c’est un paramètre nouveau qu’il lui faudra désormais prendre en compte. ‘‘Que mes adversaires me scrutent à la vidéo, cela ne me dérange pas. Je ne suis pas inquiet. Ils ne voient pas tout. Je travaille autre chose à coté. Je fais de l’intox’’. La seule chose qui paie pour Teddy c’est l’entraînement. Il a énormément insisté dessus lors de notre interview. Riner s’emploie à élargir sa palette d’attaques et de défense mais ne veut pas que cela se sache chez ses adversaires. Malgré ses deux titres Riner l’avoue, il est perfectible. ‘‘Je dois encore bosser le ippon sur étranglement, le fauchage intérieur et extérieur, la rapidité sur la garde, la vitesse d’exécution sur les attaques et le déplacement’’. Sa soif de travail à l’entraînement et sa résistance en compétition l’aideront sûrement à progresser. Le Français a déjà regardé de nombreuses vidéos de David Douillet, notamment sur sa technique de combat au sol. Teddy n’aime pas les combats trop tactiques. Il préfère quand ça « joue », quand ça attaque et ça bouge. ‘‘Je suis spontané et c’est peut être ça aussi qui fait ma force’’. SUZUKI !

TEDDY RINER

Baptiste Auroux

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Né le 7 Avril 1989 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) 2,04 mètres, 128 kilos Catégorie : + 100 kilos (poids lourds) 2008 : champion de France 2007 : champion du monde, champion d’Europe et vice-champion de France 2006 : champion du monde juniors, champion d’Europe juniors et champion de France juniors

Et sinon, en dehors du judo il fait quoi l’ami Teddy ? Sans hésitation la réponse fuse: ‘‘jet ski et karting’’. Aïe ! Plus de 120 kilos sur un jet ou un karting ça aide pas vraiment Teddy ! Sourire en coin de l’intéressé qui affiche une forme olympique… La preuve, juste avant de m’accorder trente minutes d’entretien à la fin de son entraînement, Teddy Riner répond, totalement détendu, un sac de glace sur la main (deux entorses au doigt) aux questions d’une télévision asiatique. En

1. En la faisant légère c’est une histoire de Suzuky et de suce kiki…

Photos : Baptiste Auroux

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MODE

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C ONCERT

Sly

AGENDA

 e l l i t s a B a l d n e r p 

N O S N JOH S

cène Bastille, Sly Johnson ‘‘aka The Mic Buddha’’ du Saian Supa Crew entre en scène. L’a priori est naturel. L’album est en préparation et Sly n’est pas le plus célèbre des Super Saïans… Dans la salle, cette frilosité est palpable. Soirée « sortie de bureau » plus que concert hip hop, la moitié des 200 spectateurs (boisson et bavardages de rigueurs) ne prête qu’une attention relative à l’arrivée du beat boxer. Beat boxer oui ! Mais pas seulement. Sly nous le fait comprendre dès les premières notes : petits cris aigus, costume velours, orchestration jazzy

(batterie-basse-clavier) et c’est parti pour une interprétation ‘‘ soul ’’ langoureuse. Dans un registre où on ne l’attendait pas, sa performance vocale est surprenante, son jeu de scène est complet. Le public commence à se chauffer et Sly se transforme en Mic the Budha à coups de percus buccales pour l’enflammer définitivement. Origines hip-hop obligent, il rappelle à ceux qui l’auraient oublié qu’il fait partie des meilleurs beat boxers du monde. Il va même chercher son looper (séquenceur) et enregistre en live 6 ou 7 boucles (beat, instrumentation, refrain…). Difficile d’éviter un coup d’œil sur le batteur pour vérifier que Sly ne triche

RÉACTIONS SUR LE CONCERT

Abraham aka Tismé Je suis tout simplement sur le cul. C’est la première fois que je le vois sur scène. C’est incroyable. Bonne surprise aussi de voire China et Sandra aux chœurs. Et puis les musiciens sont époustouflants ! Tismé’s girl friend C’était génial. Je n’ai pas du tout l’habitude de voir ce genre de concert. Mais, la qualité du son est Wouah. Il assurait dans le Saïan, mais c’était loin de ce qu’il montre dorénavant.

Alex Bol

Vicelow (le poto) Ce mec sait tout faire. Chant, rap, beatbox, scat. Ce que peu de personne sont capables de faire, lui te l’enchaîne, comme si c’était super facile. Heureusement je fais mieux l’amour que lui. Sur ce point, je lui mets la pression.

Photos : Augustin Legrand

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pas. Pas de doute, le protagoniste de la soirée est un grand. Textes français, paroles anglaises, slam, soul, funk et human beat, reprises et duos, bref….un univers musical live très riche. Deux heures trente de show continu, qui méritent (tout de même) 2 reproches : des textes qui manquent parfois de profondeur, et des mimics un peu trop prononcées. En attendant (la sortie de son premier album), si vous aimez les costards feutrés, l’ambiance rouge-soul et le beat box, courez voir Sly Johnson ‘‘aka The Mic Buddha’’.

Juin / Juillet 2008 www.orbeatmag.com

Juin

04/06 Médine + Bouchées Doubles (Don’t Panik Tour), Prisme de Seyssins - Grenoble 04/06 Sefyu, l’Omega – Toulon 04/06 Sage Francis, l’Olympic - Nantes 05/06 Saul Williams, l’Aéronef – Lille 05/06 Incognito, Elysée Montmartre – Paris 06/06 Khondo & The Velvet Club, Le Comedy Club – Paris 06 /06 Médine (Don’t Panik Tour), Trabendo – Paris 07/06 Médine, Festival de Maurepas – Rennes 08/06 Grand Corps Malade, Espace Jacques Carlier - Le plessis Trévise (94) 08/06 Saul Williams, La Cigale – Paris 08/06 Habib Kane, Péniche Boer II - Paris 10/06 Rokia Traoré, La Cigale – Paris 12/06 Sandra Nnake, La Salamandre – Strasbourg 13/06 Sefyu, Bataclan – Paris 14/06 Médine (Don’t Panik Tour), Festival Feist 100 Contest - Cergy (95) 14/06 Raekwon & Ghostface, festival Skabazac site de La Roque - Onet le Château (12) 16/06 T-Pain, Bataclan – Paris 17/06 Mc Solaar, Olympia – Paris 17/06 Rick Ross, Elysée Montmartre - Paris 19/06 Tony Cook, New Morning – Paris 20/06 Kamelancien, Nouveau Casino – Paris 23/06 Zaho, Le Trabendo – Paris 28/06 Erykah Badu, Palais des Congrès – Paris

Juillet

02/07 Laure Milan, Olympia – Paris

02/07 Percy Sledge & The New Aces Band, Olympia – Paris 04/07 Kenny Arkana, Site de Malsaucy – Belfort (90) 04/07 Sinik, Parc du Louvre – Bobital (22) 05/07 IAM, Parc du Louvre – Bobital (22) 06/07 Gnarls Barkley, Site de Malsaucy – Belfort (90) 06/07 Sinik, Site de Malsaucy – Belfort (90) 12/07 Alicia Keys, Bercy – Paris 13/07 Omar + Dj Vadim, Le Noumatrouff – Mulhouse 13/07 Hocus Pocus, Festival Terre du Son, Chateau de Candé – Monts (37) 12/07 Psy 4 de la Rime, Théâtre de Verdure – Nice 15/07 Jill Scott, Grand Rex – Paris 16/07 Boosty Collins, Bataclan – Paris 17/07 Wu Tang Clan, Elysée Montmartre – Paris 19/07 Raul Midon, Magic Mirror – Boulogne-sur-Mer 20/07 Hocus Pocus, Arènes et Jardins de Cimiez - Nice 22/07 Jill Scott, Salle des Etoiles – Monaco 23/07 Alicia Keys, Salle des Etoiles – Monaco 24/07 La Fouine + Last Poets, Terrain des Veaux – Belleville-sur-Loire 24/07 Alicia Keys, Salle des Etoiles – Monaco 26/07 Alicia Keys, Arènes de Nîmes 30/07 Hocus Pocus, Transbordeur – Lyon

Aôut

08/08 Didier Super + Beat Assaillant, Lac de Villegusien - Langres (52) 09/08 Alpha Blondy + Asa, Port de St-Nazaire (44) 09/08 Marcéo Parker + Hocus Pocus, Lac de Villegusien - Langres (52) 27/08 George Clinton, Bataclan – Paris 28/08 Keysiah Jones + Wax Taylor, Domaine National de St Cloud (92)

30/08 La Caution, Menez Bre – Perdenec (22) 31/08 Groundation, Dock Océane – Le Havre

 Septembre 

10/09 Birdy Nam Nam, Olympia – Paris 14/09 Snoop Dogg, Zénith de Nantes 18/09 NTM, Bercy – Paris 19/09 NTM, Bercy – Paris 20/09 NTM, Bercy – Paris 22/09 NTM, Bercy – Paris

Octobre

04/10 URBAN PEACE, Stade de France – Saint Denis 10/10 Herbie Hancock, Salle Pleyel - Paris 11/10 Patrice, Zénith – Paris 16/10 Nneka, Elysée Montmartre – Paris 29/10 Kery James, La Cigale – Paris

Festivals - 13 au 15/06, Festival 100 Contest – Cergy (95) - 18 au 21/06 Festival Kosmopolite (Graffiti & Street Art International) – Bagnolet (93) - 13 au 14/06 Festival Skabazac site de La Roque, Onet le Château (12) - 4 au 6/07, Solidays, Hippodrome de Longchamp – Paris - 11 au 13/07 Festival Terre du Son, Château de Candé – Monts (37) orbeateditions@yahoo.fr


C RITIQUE ORB EAT

 Kitchao ‘‘L’underground n’est pas mort ’’, Why Production

L’underground, le vrai, le brut, a rarement droit de citer dans les chroniques de magazines. C’est presque réparé avec Kitchao qui présente ici un projet sincère et ambitieux (premier volet d’une saga en plusieurs volumes). Le premier morceau donne le ton avec un autoportrait servi par un flow simple, mettant en valeur un contenu émouvant. Si les prods et le flow peuvent encore progresser, la démarche du bonhomme mérite d’être saluée : des textes engagés, documentés, parfois un peu démago (mais quel passionné ne l’est pas…). Il est toujours bon de constater que Arkana et quelques autres ne sont pas seuls sur la ‘‘planète contestataire’’.

mBz

Popo Chanel ‘‘Je te mets au parfum ’’, HHP

Marseille… Vous adorez Sopra, on a compris, mais ne jouez pas les étriqués et découvrez si ce n’est pas déjà fait le Hip Hop Parallèle (le collectif de Popo). Oubliez les paillettes et découvrez une armada de Mcs-producteurs au service du projet solo de Popo Chanel. De l’engagement, du rap par amour et des textes bien grattés accompagnés par des productions soignées. Extrait : ‘‘Tu manipules chiffres, causes, effets. Tu calcules les doses, tu t’empiffres à nos frais. Spécule-spécule, mais quand le peuple est l’enjeu, tu manipules, des produits dangereux.’’

 Jazz Liberators, ‘‘Clin d’œil’’, Kif Music

mBz

Erykah Badu ‘‘New Amerykah Part One (4th World War)’’, Barclay

À l’heure de la musique self-service, des beats fast food et des paroles un peu grasses, la dernière livraison de la diva texane arrive comme une réconciliation. Avant qu’elle n’enchaine avec un nouveau projet en cours, elle confirme les concessions électroniques entrevues dans ses derniers opus. Miss Badu a abandonné un temps ses producteurs fétiches étiquetés ‘‘Soulquarians’’ James Poyser et Ahmir Thompson (présent sur un seul titre, Telephone). Pour le choix de la nouvelle scène musicale et indépendante Kariem Riggins (producteur de Slum Village), le collectif Sa-Ra (Jurassis 5, Pharoahe Monch) ou l’iconoclaste Madlib. 2008 sera éclectique pour Erykah badu. A peine a-t-on repéré sur le trottoir une intro aux accents Funkadelic, que l’instant d’après on vibre sur le très expérimental My people. Au milieu de la route on repère Soldier et on s’arrête avec le sample de Curtis Mayfield sur Master Teacher. Le bout du tunnel laisse entrevoir le meilleur : Telephone, à l’accent downtempo soulful… On s’arrête au péage et on paye avec le sourire. Erykah Badu offre sa pointe de mysticisme musical et ne peut que nous faire languir pour la suite : ‘‘New Amerykah, part two’’, prévu cet été. Alex Bol

Nicolas Legendre

Finale & Spier1200, ‘‘Developp’’, Soul Step label

Augustin Legrand

Contactez-nous : augustin.orbeat@yahoo.fr 36

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 Millie Jackson

‘‘Caught Up’’ (1974)

Millie Jackson n’a connu que de courtes heures de gloire. Ce qui à l’écoute de ‘‘Caught Up’’ paraît tout simplement insensé. C’est le rap français qui devrait rendre hommage à Millie Jackson… Akhenaton a déjà payer sa dette en l’invitant sur la BO de Comme un aimant (2000). Artiste soul à apprécier d’urgence, donc. ‘‘Caught Up’’ est construit comme un récit. Celui d’une femme bafouée (par un amant marié), dont la voix rauque et puissante oscille entre toutes les émotions : de la souffrance à la colère, jusqu’à l’apaisement. Un album qui s’écoute et, surtout, qui se vit !

LE CLASSIQUE HH 

La sagesse résonne dans la voix de Lizz Wright comme dans l’organe d’une centenaire. À 28 ans, cette princesse noire semble porter tout le poids des malheurs du monde sur ses frêles épaules. Une douleur parfois lumineuse, que traduit l’infinie sensibilité de ses cordes vocales. ‘‘The Orchard’’ regorge de chansons exutoires livrées à la manière d’une diva soul. La production impeccable rehausse une écriture parfois faiblarde et place la voix dans un écrin de pureté du plus bel effet.

Une collaboration américano-asiatique évoquerait-elle forcément The Neptunes ? Plus maintenant. Dans un registre différent - bien plus jazz-rap que leurs homologues - ce duo vient de consacrer définitivement la ville de Detroit comme la nouvelle capitale du hip-hop underground. Finale, le MC, est un pur produit du battle. Une verve qu’il maîtrise parfaitement, y compris dans des textes ambitieux. En revanche, on ne sait pas trop d’où sort le beatmaker Spier1200. Peut-être du chapeau d’un magicien…

LE CLASSIQUE SOUL 

Augustin Legrand

 Lizz Wright, ‘‘The Orchard’’, Universal jazz

Sony-BMG

Bougez les tables et sortez le mangedisque : Jamie Lidell revient avec Jim son troisième album, tout droit sorti des années 70. Sous l’égide du très bon label WRAP, le performer électro, revisite sans blasphème le funk et la soul. Avec beaucoup d’audace et de talent, le petit blanc à la voix noire dépoussière, sans offenser, les Marvin Gaye et autres Otis Redding. Pour cet opus néosoul Jamie Lidell a fait appel à son ami Gonzales, un électro-popper déjanté de la bande de Mocky, Feist ou encore Katerine. De Another day, qui ouvre le bal au Wait for me festif, chaque morceau est un tube en puissance. Lumineux, jubilatoire, Jim est l’album anti-morosité. Sarah Binet

Bonne nouvelle de cette première moitié d’année 2008, le hip-hop revient à de sérieux fondamentaux. A l’écoute, difficile de croire que ce groupe, composé de DJ Damage, Mahdi et de DJ Dusty, puisse sortir de la scène française. Il faut dire qu’à part le titre de l’album, tout est cuisiné à la sauce U.S. Une bonne recette lounge : des lyrics tactiques et des productions smooth. Un superbe cocktail de bonnes vibes, et d’une grosse dose d’inspiration ! Augustin Legrand

 Jame Lidell ‘‘Jim’’,

 Method ‘‘Man Tical 2000 Judgement day’’ Def Jam Music, Polygram, 1998

Un album aux allures de western apocalyptique. Le témoin s’appelle Method Man, dont le flow calme et posé n’enlève rien à l’univers déjanté. Des lyrics qui s’engouffrent dans l’enfer du jeu des mots. Mobb Deep, Inspectah Deck ou encore la regrettée Left Eyes apportent, eux aussi, leur part d’obscurité. RZA n’est jamais très loin et Redman bientôt indispensable. Bref, une belle galette. A consommer de préférence jusqu’au dernier beat. It was the good time !

Augustin Legrand


DVD DE PRINTEMPS

. DVD DE PRINTEMPS . DVD DE PRINTEMPS . DVD DE PRINTEMPS . DVD DE PRINTEMPS . DVD DE PRINTEMPS . DVD DE PRINTEMPS .

CRITIQUE ORBEAT

E

D LA COMMUNE D Made in Jamaïca 



Si vous l’avez manqué sur grand écran, c’est l’heure de la séance de rattrapage sur DVD pour un documentaire référence du reggae.

J

A

près Engrenages, Mafiosa et Reporters1, la série intitulée ‘‘La Commune’’ s’est installée à son tour sur les écrans de Canal. Huit épisodes de western urbain, de tragédie moderne. Le pitch, ‘‘ Libéré après avoir purgé 20 ans de prison pour le meurtre de deux policiers, François Lazare, reconverti à l’Islam, revient dans la cité où il a grandi, la Commune. Mais son ami d’enfance, devenu le caïd local, voit son retour d’un mauvais œil ; tout comme le Maire de la ville qui prévoit de raser l’amas de béton ’’. Voilà pour l’intrigue, mais le sujet, c’est ‘‘l’amas de béton’’ : la cité. La banlieue française mutée en fiction, où les codes sociétaux sont extrapolés, et le droit comme la justice sont résignés. C’est Raouf Dafri qu’il faut remercier. Scénariste et architecte inspiré d’une des meilleures séries de fiction française. Baffe d’anticipation, Dafri a su manier avec subtilité des thématiques sensibles et actuelles. La Commune est une révolution en soit. On nous rabâche la célèbre fracture sociale. Elle vient d’être mise en scène et corrigée à coup d’uppercuts.

Un huis-clos fataliste

Dégager les racailles locales, lutter pour un territoire, la conversion à l’islam, l’addiction aux drogues… des

3 QUESTIONS À

La banlieue fantasmée en super 16

DOUDOU MASTA

Entre les tropéziens bronzés de TF1, les flics perspicaces de France 2 et les brocanteurs de France 3, difficile de résister à l’appel des fictions outres atlantiques. Le constat est évident, les séries US ont la côte auprès des 15-35 ans, plus que nos tristes séries françaises. Normal, les thématiques nous touchent d’avantage, les intrigues sont mieux ficelées et les héros plus sexy que Navarro. Retard à l’allumage ou parti pris, heureusement tout n’est pas si désespéré. Merci qui ? Canal +, qui une fois de plus ne s’est pas privé pas d’une leçon de télévision, engagé dans la série française de qualité. Bienvenue à ‘‘ La Commune ’’… Courrez sur le DVD. DVD La commune / Saison 1 2007 Réalisateur : PHILIPPE TRIBOIT Edition STUDIO CANAL intrigues contemporaines qui résonnent pour toute une génération. Mais pas seulement. ‘‘La Commune’’ c’est un grain d’image inquiétant. Idéal pour servir une mise en scène réaliste, entrecoupée de silences qui parlent, de décors précis. ‘‘La Commune’’ filme des personnages au quotidien noir, sans concession avec leurs pires tentations…. Une série qui a su s’inspirer du meilleur de la cuisine américaine et l’adapter à la sauce frenchy. Les références sont nombreuses. La série Oz semble la plus évidente : lutte des clans, esprit de communauté, meurtre, drogue et narration. La Commune est à la banlieue ce qu’Oz est à l’univers carcéral : un huisclos fataliste. Cela faisait bien longtemps que l’on n’avait pas vu des personnages sans avenir, des jeunes aux jeans déchirés, des médecins alcooliques, des ‘‘gueules’’ inconnues, des rappeurs sachant jouer la comédie (voir Doudou Masta, magistral dans son rôle), des répliques qui font mouche, des coups de feu qui tuent…. Plus que jamais à La Commune, ‘‘le seul jour facile c’était hier…’’. Alex Bol

Tu es donc devenu acteur ? Cela fait un moment que j’essaie d’entrer dans le cinéma. J’ai toute une expérience dans le doublage, chose pour laquelle il faut des notions de comédie. J’ai longtemps été la grosse voix de toutes les pubs de rap ricain. J’ai fais des doublages dans ‘‘ Les lascards ’’, ‘‘ Arthur et les Minimoys ’’ ou la voix de Vin Diesel. Du coup, j’ai naturellement eu envie de tenter l’aventure de cette série. Que penses-tu du résultat ? Je suis super flatté et fier. J’appréhendais un peu le côté stéréotype de la banlieue. Mais les retours que j’ai sont supers positifs. Les mecs de la rue me disent qu’ils se sentent bien représentés. Et le rap c’est fini ? Du tout. Je prends mon temps. Ce type d’expérience m’a donné envie de changer ma direction artistique. Je prépare un album, avec beaucoup de sérieux. Je n’ai pas encore de date précise, mais il devrait surprendre. C’est un nouveau Doudou Masta que les gens découvriront.

1. Les trois séries à thème diffusées en 2007 sur Canal +

Photos : D.R

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érôme Laperrouaz part d’une simple interrogation : 45 ans après l’indépendance jamaïquaine, que reste t-il du reggae, de ses valeurs, de ses figures ? Le réalisateur nous distille la réponse dans un panaché d’artistes jamaïcains. Lady Saw et Bounty Killer (génération dance hall oblige) jouent au ‘‘Booty ass’’ et balancent ‘‘tu le sens mon anaconda’’. Les Third World exaucent leur fameux ‘‘96 degrees’’ devant leur case, et Bunny Wailer nous refait un ‘‘I shot the sheriff’’. Les scènes musicales sont entrecoupées de moments de vie et de confessions intimes. Pari réussit. Les clichés reggaeman et rastafari sont évités, la confidence est touchante : Elephant Man s’émeut du sort de son ami ‘‘Bogle’’ (icône de la danse, assassiné en 2005) et Bunny Wailer se dit orphelin depuis la mort de ses compères Tosh et Marley. La force de Laperrouaz est d’aller chercher le reggae là où il se

trouve. Sur la plage, dans les studios, dans les cases huppées et dans le ghetto. L’instant devient magique lorsque la caméra suit le corbillard de ‘‘Bogle’’ flânant au rythme du récital hommage de Gregory Isaacs. La 35 mm du réalisateur envoie le spectateur au cœur de Kingston et n’oublie personne, le roots, le dancehall, le conscious et la nouvelle génération soucieuse de perpétrer la tradition Marley. Musical et politique, le documentaire relate les difficultés à extirper la violence urbaine des ghettos, et l’on comprend pourquoi le reggae ne mourra jamais en Jamaïque. Toujours dans la rythmique, le film retranscrit l’histoire d’amour entre une musique et un peuple. Le flirt nous emporte. La musique cubaine a eu son Buena vista, la soul son Funk brothers, Made in Jamaica fera date dans l’histoire filmée du reggae. Alex Bol


MÉDIA

T A E B OR

vtours.fr show / www.t n so it fa t a e orb

n o i s s i m l’é libre antenne ission, et de la

Orbeat l’ém

atrice d’ T-Miss, anim

00 à 3h00.

sur NRJ de 0h

O

rbeat l’émission : du hip hop sur une chaîne locale… Balancez vos a priori dans un trou adéquat ! La télévision locale prend des airs de laboratoire d’où émergent idées et talents. Il est loin le temps où Sidney animait ‘‘ H.I.P H.O.P ’’ sur TF1, ou encore lorsque Olivier Cachin animait ‘‘ Rapline ’’ sur M6. De nos jours c’est internet qui prend le relais pour nourrir le grand public de vidéos en tout genre. Mais où sont les rendez-vous fixes à la télévision avec le public autour du hip hop ?

Du rififi sur la province

C’est la télévision locale qui s’en mêle. Télénantes n’a pas hésité à offrir une émission quotidienne à l’équipe du festival ‘‘ Hip Opsession ’’ (vous pouvez retrouver les séquences sur Internet) ; et TV Tours, la toute récente chaîne tourangelle fait confiance à une bande de jeunes à la gueule enfarinée pour squatter l’antenne sur fond de scratch, graff, break,

rap et autres disciplines onomatopéiques. C’est comme ça qu’est né ‘‘ Orbeat l’émission ’’. A coup de confiance et d’audace . Le rendez vous des tourangeaux avec ‘‘ les rappeurs que tout le monde s’arrache ’’. Les artistes viennent en plateau, ils sont accueillis par la tendre et pertinente T-Miss, également animatrice sur NRJ et c’est parti ! 26 minutes d’interviews entrecoupées de reportages et de portraits sur des artistes que Nessbeal appelle volontiers les rois sans couronne… Passi a fait office de parrain pour la première édition, rapidement suivi par Mokobe puis par Sefyu, dernier invité en date. C’est sympa la province ? Ce n’est pas Sefyu qui dira le contraire puisqu’au lieu de reprendre le train vers ‘‘ Paname ’’, il a préféré faire un tour place Plum’ (pour ceux qui connaissent), enchainer avec la fête foraine, aller en boîte, se faire une nuit d’hôtel et une dernière balade avant de rejoindre la capitale… Qu’il fait bon vivre dans nos villes de provinces... - Vive Jean Pierre Pernaut - ! Non pardon. Viva TV Tours, viva hip hop et viva Orbeat l’émición ! mBz

 Fiche Orbeat l’émission Une question à Maguelone Hedon, Co-production : Le Bocal – Orbeat – TV Tours directrice délégué de TV Tours Animatrice : T-Miss Guests déjà apparus : Ol Kainri, Konhdo, Vita, Vicelow, Magic System, Neiman, le skateur pro Samuel Parteix, le graffeur Huit (Rust). A découvrir dans la dernière émission : Sefyu et son album, Vicelow annonce sa ‘‘Blue Tape’’ et la séparation du Saïn Supa Crew, Admiral T en show case, Nessbeal présente ‘‘Les Rois sans couronne’’, Piohlo professeur de capoeira… Voir et revoir Orbeat l’émission : - TV Tours (disponible sur la free Box canal 161 et sur le réseau numéricable, canal mosaïque) - www.tvtours.fr Rubrique émissions, Orbeat. « Pour réagir : mbz.orbeat@yahoo.fr »

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Orbeat : A-t-il été difficile de prendre la décision de diffuser un programme comme Orbeat l’émission ? M.H : Difficile, non. Parce qu’en tant qu’antenne locale on a beaucoup plus de libertés que les chaînes nationales ou câblées. Autant en termes de grille que d’audace dans le choix des programmes. Après, là où c’est plus compliqué, c’est de faire confiance à des producteurs extérieurs, des débutants en télévision... Ca aurait pu être compliqué, mais le choix de travailler avec une jeune structure me donne finalement le sentiment d’une agréable surprise devant le résultat. Photos : D.R


LE MAGAZINE CULTUREL HIP HOP

juin-juillet 2008 #3

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ORBEAT L’ÉMISSION : ORBEAT FAIT SON SHOW

LES INTERVIEWS : Harry Roselmack / Teddy Riner

Orbeat Common  

Orbeat magazine culturel hip-hop

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