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Jeffrey Hessing

En Couleurs

SupplĂŠment culturel des Petites Affiches des Alpes Maritimes

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BALLET NICE Licence d’entrepreneur de spectacles 1-1015185 / 2-1015183 / 3-1015184 - Photos Dominique Jaussein - Images iStockPhoto/DigitalVision

MÉDITERRANÉE ERIC VU-AN

DIRECTION ARTISTIQUE

Don

Quichotte

OPÉRA NICE CÔTE D’AZUR VENDREDI 24 DÉCEMBRE 2010 18h00 DIMANCHE 26 DÉCEMBRE 2010 15h00 MARDI 28, MERCREDI 29 et JEUDI 30 DÉCEMBRE 2010 20h00

04 92 17 40 79

Réservations en ligne : www.opera-nice.org

Chorégraphie ERIC VU-AN d'après Petipa et Gorsky Musique LUDWIG MINKUS avec l’Orchestre Philharmonique de Nice Direction : Enrique CARRÉON-ROBLEDO Avec la participation de MAURO MURRI (Opéra de Rome) des élèves de l'Académie de Danse Princesse Grace à Monaco des élèves du CNRR de Nice


Place du Palais 17 rue Alexandre Mari 06300 NICE Ont collaboré à ce supplément culturel : Rédacteurs Frédéric Altmann Alain Amiel France Delville Alina Gavril Olivier Marro Directeur de la publication & Direction Artistique François- Xavier Ciais Conception graphique Maïa Beyrouti Graphiste Maïa Beyrouti Caroline Germain

NOËL AU BALCON Et Pâques en prison

Photographe Hugues Lagarde Guest : Merci à l’artiste Shérif Elhage pour son reportage Photos sur L. Jenkell.

Drôle de cadeau

À cause de la récession

Je croyais que tu voulais un ours en peluche

J’ai plus un rond

En attendant demain

Quand je pense à tout l’argent

Et si on libérait les nains

Que j’ai perdu avec la Société Générale

Qui courent sur la bûche ?

Couverture Détail de la peinture de Jeffrey Hessing - “A Man in the street” - 130 x 89 cm (c) Courtesy J. Hessing

Si je l’avais encore maintenant

Pour les cadeaux de minuit

Je pourrai m’en payer des actions L’Oréal

Il y a un souci

Parce que nous ne sommes que des vauriens

Le Père Noël fait la grève

On récolte que ce que l’on a semé

Ou alors peut-être

Ça tombe bien c’est la saison du sapin

Qu’il a battu en retraite

Dans le salon ou en dernier costume ajusté

Faire une trêve

Chérie, les enfants, j’ai plus d’oseille

sans iPhone

Pour les cadeaux de minuit

sans iPod

Il y a un souci

sans iMac

Si on restait là assis

le cul bien posé sur la grève

À regarder un coucher de soleil

À respirer le parfum des fleurs

Simplement

En oubliant l’heure

Faire une trêve

Et tous ces dingues

sans iPhone

Quoi un costume de clodo ?

sans iPod

Ce sont mes fringues

sans iMac

Pas un cadeau.

Rédactrice en chef Valérie Noriega Tél : 04 93 80 72 72 Fax : 04 93 80 73 00 valerie@artcotedazur.fr www.artcotedazur.fr Responsable Publicité Anne Agulles Tél : 04 93 80 72 72 anne@petitesaffiches.fr Abonnement Téléchargez le bulletin d'abonnement sur : www.artcotedazur.fr ou par tél : 04 93 80 72 72 Art Côte d’Azur est imprimé par les Ets Ciais Imprimeurs/ Créateurs « ImprimeurVert », sur un papier répondant aux normes FSC, PEFC et 100% recyclé. La rédaction décline toute responsabilité quant aux opinions formulées dans les articles, cellesci n’engagent que leur auteur. Tous droits de reproduction et de traductions réservés pour tous supports et tous pays.

le cul bien posé sur la grève Quoi un costume de Zorro ?

Arnaud Duterque

© J-Ch. Dusanter

© J-Ch. Dusanter

Art Côte d’Azur Supplément culturel des Petites Affiches des Alpes Maritimes Numéro 3530 Du 19 au 25 Novembre 2010 Bimestriel ISSN 1962- 3569


En Ville 6

Hors Les Murs

Venise : Biennale D’architecture

8 Hors Les Murs 12 Nice Focus Departement 14

© Alain Amiel

Avignon : Miquel Barceló

Salon De L’auto(Portrait)

© Alain Amiel

Musique ! Le Volume / Moods Altitude 500 / Forum Jacques Prevert

Saint Paul de Vence 18 Focus Gourmand 20 Carmelo Arden Quin

Merci pour le chocolat !

© Courtesy Espace à Vendre

© JL Pelé


La Vie des Arts 24 Jean-Luc Verna 26 Stephanie Marin 28 Arman 32 Laurence Jenkell 34 Claude Gilli 38 Didier Artiste Perfomer

© H lagarde

Design

Figure De L’art

© Frédéric Altmann

Design

Figure De L’art

Litterature

Van Cauwelaert

© Shérif Elhage

40 Jeffrey Hessing Peinture

© Hugues Lagarde


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HOrS LES MurS

veniSe

“People meet in architecture” : entre éthique et esthétique

La 12e Biennale Internationale d’Architecture de Venise a été placée sous le signe de la rencontre individuelle de l’homme avec l’architecture qui organise son mode de vie et sur lequel il n’a généralement que peu de prise. une rencontre qui fait naître d’innombrables questions qui interpellent chaque visiteur.

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e nos jours, plus rien n’est stable, le développement durable contraint les architectures à être peu coûteuses en énergie. L’homme est inquiet dans sa ville et encore plus devant son avenir. Entre désir et nécessité, comment négocier la coexistence avec un changement radical de stade ? Si les anciens comme ruskin, Haussmann ou Viollet le Duc n’ont pas hésité à détruire et faire table rase, les postmodernes au service du présent plus que de l’avenir, ont la nécessité de conserver. Face à la défaite de l’architecture sociale d’après guerre, aux problèmes très actuels qu’elle a créés et qui demeurent insolubles, est né le besoin d’un nouveau système de médiation entre préservation et modernisation.

À l’instar de la Biennale d’Art Contemporain, les Giardini, l’Arsenale et de nombreux lieux ont été investis dans la ville. Aux Giardini, au fil des pavillons, face aux

défis contemporains, les questions se succèdent : Comment rétablir le dialogue nature/architecture ? (Canada), Comment créer des unités d’habitation saines, écologiques, peu coûteuses sur le plan énergétique ? (Espagne), Comment créer une nouvelle ville dans l’ancienne ? Comment redesigner le patrimoine ? (Italie), Comment rendre une cité vivable, être bien dans la ville ? Comment intégrer le développement durable, la mixité sociale, créer des lieux de rencontre ? (Danemark), Doit-on construire avec des matières naturelles et renouvelables ? (Tchécoslovaquie), Et comment concevoir des nouveaux lieux de bien-être ? (Finlande, Suède, Norvège). Pour répondre à la question de l’organisation des métropoles, Dominique Perrault, pour la France, a mis en place un environnement saturé d’images projetées du sol au plafond de façon à créer une expérience sensorielle qui nous plonge dans la subs Bahrein (Prix de la Biennale). Le premier niveau de l’architecture

tance métropolitaine : photographies du réel et visuels de projets (images de richard Copans qui a réalisé la série Architectures sur Arte), cartes rendant compte de la nature du vide, son ampleur (ville historique : 30% de vide - métropole : 90% de vide). Quatre métropoles : Marseille, Nantes/ Saint-Nazaire, Bordeaux, Lyon ont été analysées permettant à Dominique Perrault de proposer des solutions originales pour la gestion des espaces vides : « Je cherche à produire des installations, des liens dialectiques entre présence et absence, vide et plein. L’architecture idéale, c’est celle qui produit des installations au lieu de bâti-


veniSe

HOrS LES MurS

de gauche à droite :  Argentine : l’architecture « catalyseur social », créatrice de lieux de rencontre.  Hongrie, installation de crayons  France  Tetsuo kondo, Japon  russie  Italie  Opéra de Taichung

ments, celle qui a la capacité à faire disparaître ce qu’elle a fait apparaître ». Pour lui, les espaces vides laissent place à des possibles, à des projets d’action. Même type de questionnement (Japon) sur les espaces publics, ou sur l’occupation des bâtiments dans le temps (Hollande). Des questions plus spécifiques sont posées par d’autres pays : Comment reconstruire après un tsunami ou un tremblement de terre ? (Chili). Comment reconstruire à (ou après) ? (Tchernobyl). À l’Arsenale, de nombreuses installations sont destinées à nous faire sentir les interactions du corps dans la cité : espaces, arrivées de lumière, énergie, matière-antimatière, infiniment petit, etc.

 la Salle des interviews

Dans la magnifique Corderie, on est accueilli par un film en 3D de wim wenders « If buildings could talk... » : une promenade aérienne dans l'École Polytechnique de Lausanne. une vision futuriste où intérieur et extérieur semblent gommés au profit d’espaces démesurés. La très belle installation du japonais Tetsuo kondo nous fait pénétrer dans une salle saturée d’humidité. On y circule comme dans un nuage sur des passerelles courbes qui se croisent. La roumanie nous propose d’entrer dans une caisse toute blanche illuminée par des puits de lumière blanche, nous causant une perte de repères. La Grèce nous rappelle que les odeurs sont une composante importante de notre environnement en exposant dans une structure de bois : graines, feuilles odorantes, fruits, etc. Le degré premier de la construction : des abris de pêches construits en matériaux de récupération est mis en regard des buildings, conséquence de la privatisation des côtes (Bahrein). Des suggestions de reconversion d’usines ou d’espaces industriels en lieux d’habitation nous sont présentées par la russie ou le Brésil (architectures humbles), ou encore la proposition de colorer toute une ville

(Tirana, Albanie). Plusieurs plans et dessins ainsi qu’une grande maquette nous présentent la réalisation remarquable de Toyo Ito : l’Opéra de Taichung en cours de construction à Taiwan. Des bioformes issues de la cellule et de ses divisions organisent un espace tout en courbe. un très intéressant retour sur l’histoire récente de la création des kibboutzs en Israël et des architectures sans précédent nées de l’utopie égalitaire, du renversement des règles du marché (« À chacun selon ses besoins » et non « selon ses moyens »). une utopie qui n’a plus cours… Face à cette avalanche de questions, une « Salle des Interviews », où tous les participants de la Biennale répondent aux mêmes interrogations. reconversion et intégration semblent être les maîtres mots des préoccupations de notre futur proche. Face aux défis contemporains, le besoin d’une nouvelle génération d’architectes, ayant le courage de chercher des solutions originales en même temps que de nouveaux outils, est exprimé pleinement dans cette Biennale multiforme qui se déroule dans une Venise elle-même à la recherche d’un futur. AA Toutes photos © Alain AMIEL

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HORS LES M URS

Miquel Barceló à Avignon La magistrale performance (une des plus belles de tous les temps) donné par Barceló au Festival d’Avignon dans l’été 2006 ne pouvait pas ne pas connaître de suite. Dans cette performance, l’artiste et son ami chorégraphe Josef Nadj sont aux prises avec un mur et un sol de 230 kg d’argile humide. Une surface lisse à laquelle ils s’attaquent avec force, souffrance et jubilation. Avec leurs mains, leurs pieds puis avec tout leur corps et l’aide de quelques outils, ils maltraitent la matière, constituant progressivement un tableau dont ils sont partie prenante. Une œuvre en constante transformation où matière et corps transfigurent l’espace où ils finissent par s’engouffrer (par une trappe). L’artiste réalisant là son désir de traverser la toile…


Avignon

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Page de gauche :  Dessin à l’eau de Javel En bas :   Têtes réalisées à partir de briques crues, 2009 Ci-contre :  Voiture-crâne, céramique (à l’entrée du Petit Palais) En bas, de gauche à droite :  Tête, céramique, 2009  Performance « Paso doble », 2006 © Toutes photos Alain Amiel

L’

exposition « Terramare » organisée cette année présente toutes les facettes de cet artiste protéiforme. Elle se déroule en trois lieux : le Palais des Papes, le Musée d’Avignon et la collection Lambert de l’Hôtel de Caumont. Des références à la Préhistoire, au Gothique, au Baroque, émergent de toutes les œuvres présentées. Plutôt qu’une rétrospective, Barceló a préféré créer un dispositif particulier intégrant d’anciens travaux : la totalité de ses plâtres, des bronzes, des dessins à l’eau de javel sur papier noir, des peintures, des céramiques, etc., à ceux créés spécialement pour Avignon. Marqué par l’exposition Picasso de 1970 (qu’il n’a pas vue, mais

connaît parfaitement), il a voulu utiliser les mêmes points d’accroche pour ses propres œuvres. Il décrit lui-même son installation au Palais des Papes comme un dispositif particulier, celui d’un terrain de football. Dans la chapelle, face à l’autel, il a installé un deuxième « but », les « joueurs » sont ses sculptures en plâtre. Aux murs, des têtes réalisées à partir de briques représentent les spectateurs et les paravents de céramique agissent comme les publicités qui entourent le terrain. Dans les pièces attenantes, les « salles de massage » : des tombeaux redécorés et des gisants à tête de poisson : « Un dispositif


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De haut en bas :  Peintures Dogons  Chimère, plâtre  Cochon, plâtre

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À droite :  Place du Palais, l’éléphant funambule, bronze © Toutes photos Alain Amiel

qui ressemble à une blague, mais qui fonctionne parfaitement ». Au Petit Palais, Barceló a tenu à commémorer la visite à Avignon des rois de Majorque au XIVe siècle en obtenant du Musée de sa ville natale le prêt de ses collections d’art gothique datant de l’âge d’or de l’île. À ces œuvres historiques, l’artiste a mêlé plusieurs de ses sculptures ou peintures contemporaines, comme par exemple le travail des termites sur ses papiers stockés au Mali. La collection Lambert qui assure le commissariat général présen-

te sur les murs du magnifique Hôtel de Caumont un panorama complet de ses travaux : peintures africaines, natures mortes, bibliothèques, déserts, céramiques, bronzes, terres cuites ou non, etc., des œuvres jamais montrées, ou spécialement réalisées pour cette exposition. À l’entrée, sur la place du Palais des Papes, le gigantesque bronze d’un éléphant funambule en équilibre sur sa trompe. AA


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Nice

Et moi, et moi et moi ! Le Salon de l’Auto débarque à Nice. Mais ne comptez pas y acheter un de ces derniers cabriolets car il s’agit du Salon de l’autoportrait. Un miroir tendu aux artistes et à notre époque à l’initiative de la Galerie Espace à Vendre en partenariat avec le FRAC PACA.

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l a ouvert ses portes les 25, 26 et 27 novembre et réserve bien des surprises jusqu’à la fin janvier. Ce premier salon d’un genre inédit en France a été imaginé par Bertrand Baraudou qui, entre la fermeture de sa galerie Espace à vendre et la réouverture d’un nouveau lieu avec Ben a décidé de créer l’événement hors les murs autour d’un constat : « D’une part notre société brille grâce à la numérisation et à la prolifération des réseaux (Internet, portables) par sa faculté à offrir des débouchés au narcissisme. D’autre part, l’art contemporain, de Duchamp à Warhol, a montré lui ses dispositions à produire des exercices d’auto-représentations sur tous les modes, à toutes les sauces. On était parti pour une expo mais face à l’ampleur de la tâche, on s’est dit que cela valait bien un salon », avoue celui qui semble avoir trouvé une niche en initiant ce salon au concept élastique, car « il y a aussi tous ces artistes qui s’utilisent comme sujets pour des raisons pratiques ou économiques ». Les trois jours de vernissage ont donné le coup d’envoi d’une formidable invasion d’égo dans tout Nice, avec au Musée Chagall une « performance conférence » de Thierry Lagalla suivie d’une table ronde qui dévoila, autour de son Conservateur Maurice Fréchuret ainsi que d’invités prestigieux, les mille et une facettes du sujet.

les cimaises ne suffisent plus et qui montent sur scène avec des guitares ». Une autre façon de se mettre en scène depuis que le Velvet Underground et Warhol ont allumé la mèche. Alors est née l’idée de rajouter une pièce musicale à ce grand jeu de l’égo : le FMAC (Festival de Musique des Artistes Contemporains) convoque à l’Auditorium du MAMAC et à l’Atelier Soardi quelques formations hybrides comme celle « I Apologize » menée par l’emblématique Jean-Luc Verna, Jonathan Cejudo, Arnaud Maguet et son label « les disque en rotins réunis », ou encore Thierry Lagalla qui s’exprime aussi par la performance musicale. L’Atelier Soardi sous le commissariat de Cynthia Lemesle et Jean-Philippe Roubaud et Le Dojo sont les navires amiraux d’un programme d’expositions qui fédère sur une dizaine de lieux niçois (dont une majorité affiliés à l’association Botox) une quarantaine d’artistes et autant de pièces issues de collections privées, galeries et du FRAC PACA. Le principal partenaire du Salon de l’Auto a fait un prêt d’une vingtaine de pièces comme l’intriguant « Objet à se voir regarder » de Philippe Ramette. « On a essayé de gratter en surface, de ne pas présenter des autoportraits purs. Il n’y en a quasi pas ou alors comme un pied de nez. Ce qui nous intéresse c’est de surprendre, de témoigner de l’évolution de l’auto-représentation ». En effet « Regardezmoi cela suffit ! » disait Ben en 1962, mais un demi-siècle plus tard cela ne suffit plus. « L’auto-narcissisation » a repoussé les limites au point qu’il faut que l’on nous voit en train d’être vus selon le principe qui a fait le succès de Facebook.

Le tout à l’égo Le Salon de l’Auto s’est donc ouvert à tous les champs artistiques, la vidéo, la peinture, la photo, installations et même à la musique car, commente Bertrand « Il y a énormément d’artistes à qui

Le MAMAC, La Station, et les autres Dans ce parcours du moi se mirant en eaux troubles on remarquera une très belle exposition à l’Espace Halogène autour de la figure superstar de Maurizio Cattelan, considéré avec Jeff Koons


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© H Lagarde

À gauche :  Cécile Mainardi poétesse et commissaire d’exposition à l’Hôtel Windsor

Ci-dessus de gauche à droite :  « La tendance c’est d’être vu en train de se regarder » Bertrand Baraudou, papa du salon de l’auto  Thierry Lagalla n’est jamais vraiment seul : « jamais solet dau buòn »

© H Lagarde

Page de gauche :  Les deux visages de Jean-Luc Verna dans Body Double 22, 2007 1 film, 37mm, «Eyes Wide Shut» (Stanley Kubrick) Ci-contre de gauche à droite :  Les deux visages de Jean-Luc Verna dans Body Double 22, 2007 1 film, 37mm, «Eyes Wide Shut» (Stanley Kubrick)  L’auto satisfaction vue par Joël Hubaut (SERIE9-26X16) © Sauf mention autrement Courtesy Espace à Vendre

et Damien Hirst comme un des artistes les plus cotés de sa génération. À la galerie Sandrine Mons, John Coplans livre des études crues de son corps vieillissant qu’il a photographié en le découpant des pieds jusqu’aux mains. Treize ans de travail, de 1984 à 1997 pour faire la coupe d’une entité corporelle dont chacune des parties relate le vécu de l’artiste. L’écrivaine Cécile Mainardi qui s’est vue confier elle un commissariat à l’Hôtel Windsor a revu avec dérision le lieu sous le signe « du dernier des Moïques ». Elle s’en explique : « C’est un mot du jargon psychanalytique pour l’instance du moi qui définit la capacité psychique à se représenter soi-même comme sujet ». Proses hyper autobiographiques et poèmes dialoguent avec des œuvres signées Noël Dolla, Tilo, Lagalla, Ben, Anna Biskof, Karim Ghelousi, Julien Bouillon et Zora Cahuzac. La Station présente elle « Auto-Station », un autoportrait de l’association qui accueille dans ses ateliers au sein des anciens Abattoirs une dizaine de plasticiens et deux musiciens. « Alors que nous participons habituellement à la monstration d’artistes extérieurs, exceptionnellement, le collectif se dévoile au cœur des 350m2 dans une exposition en mouvement permanent, les artistes se réservant le droit de la faire évoluer jusqu’à son terme » explique Cédric Teisseire. À l’Auditorium du MAMAC et au

Dojo, c’est Jean-Luc Verna qui s’invite dans deux films de la série Body double signée Brice Dellsperger : « Le deuxième film est une version de « Eyes wide shut » où Jean-Luc joue les rôles de Tom Cruise et de Nicole Kidman. Il joue également dans Body double X qui détourne lui le métrage de Zulawski : L’important c’est d’aimer », commente Bertrand. Deux OVNI entre Septième art et vidéo plasticienne à découvrir. Des œuvres de Claude Closky, Pierrick Sorin, Absalon, Paul Mc Carthy, Mike Kelley, le « Faux mariage » de Sophie Calle ou encore « un miroir très réfléchissant » d’Arnaud Label-Rojoux où l’on peut lire dessus « Toi-même » sont au menu de cette foire de l’égocentrisme qui espère bien faire parler d’elle et prospérer. Ce premier millésime est d’ailleurs pour Bertrand une préfiguration : « On est parti sur une voilure basse pour le lancement. La prochaine édition ne se fera pas forcément à Nice. J’ai déjà des propositions pour le FMAC sur Avignon en 2011 et Marseille où le nouveau FRAC PACA doit ouvrir en 2012 son plus grand espace national ». Nice, une ville qui n’a jamais manqué d’égos et toujours en quête d’un grand événement culturel laissera-t-elle passer le coche ? À suivre ! OM


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LA

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CÔTE

DU

Département

LIVE

Tous en

scene !

Si la musique classique a toujours été bien représentée en Riviera, les autres musiques ont toujours eu plus de mal à se frayer un chemin si ce n’est ponctuellement lors des festivals d’été. Sous la poussée d’un nouveau public, des clubs privés et scènes municipales sont apparus depuis peu. De Grasse à Monaco via Nice, où en est la Côte du live ? Nice

Le Volume La bataille fut rude pour l’équipe de La Source qui accoucha du bébé en 2004. Car si Le Volume est devenu la scène musicale régionale à plus haut débit, c’est que La Source essuya les plâtres… C’est grâce à son engagement relayé par plus de soixante-dix autres associations que Le Volume (8 000 adhérents) qui s’autofinance à 90% est devenu l’ambassade live des musiques actuelles. Un projet porté par Yann Le Clanche désireux de créer une scène locale alternative accessible à tous (Entrée 5 euros, adhésion 2 euros/an). En s’inspirant du Festival « Musique dans l’air » qu’il initia en 2000, ce passionné réussit à fédérer tous les publics autour d’affiches mixant rock, garage, pop, blues, new punk, électro, groove et même jazz, certains soirs de jam cession. Le Volume chaque week-end (de 21h à 01h30) propose ainsi un groupe

Les Playboys © Courtesy Le Volume

Monte Carlo

Moods En 2007 la Principauté accueillait son temple moderne de la Live Music : Le © Monte-Carlo SBM Moods Music Bar. Un coup de jeune Orchestra Aragon sur le rocher qui fort de cet espace ultramoderne à la manière d’un loft new yorkais visait à séduire un nouveau public. Trois ans et quelques 600 concerts plus tard, mission accomplie pour le Moods. Après une relâche estivale il a enregistré des pics de fréquentation cet automne en invitant Charlie Watts le batteur des Rollings Stones en version booggie (accompagné de deux pianistes et d’un contrebassiste), en relayant le come back du groupe punk « Eddy and the hot rods » ou encore avec la star du Nu soul, Raul Midón. À raison de cinq soirées par semaine et 40 semaines par an, le Moods s’est taillé une belle réputation venant ainsi enrichir l’offre de la Société des Bains de Mer plus connue pour ses nuits blanches du Jimmy’s ou pour les concerts Pop rock à grande échelle du Summer Festival du Monte-Carlo Sporting. « Le Moods a vu le jour sur un double constat », explique Jean-René Palacio, Directeur artistique du Groupe SBM. « Il manquait à la principauté une scène à taille humaine d’une capacité de 300 personnes. Un lieu combinant

© Monte-Carlo SBM

Le Moods côté bar

amateur régional en première partie de soirée (Les Quadricolor y firent leur début) et des formations confirmées venues de France et d’ailleurs. S’y sont déjà produites des figures emblématiques : les punks parisiens de « Métal Urbain », les australiens de « The Saints » ou les non moins remarquables « Fleshtones » venus des States jamer avec nos incontournables « Play boys ». Au menu de fin d’année : Tav Falco et les Magnetix, un duo de Pau à la façon des « White stripe ». Une programmation

Equipe du Volume © H Lagarde


Département

© Monte-Carlo SBM

Tree Gees

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© Monte-Carlo SBM

Intérieur du Moods

la magie de la nuit monégasque, fusionnant live music et l’atmosphère décontractée d’un Lounge bar à la manière de clubs comme le Marquee à Londres ou le New Morning ». C’est dans cette niche boudée en Riviera que la Principauté s’est engouffrée. Confié à l’architecte Jean-Louis Berthet l’espace intègre dans un décor de factory revue à la mode trendy un podium visible de tous côtés et de haut en bas grâce à un second niveau parcouru d’une mezzanine. Equipé des dernières technologies (vidéo, daylight, sonorisation multi-diffusion etc.), il se rend également disponible pour l’accueil d’émissions de Radio, de TV et pour l’enregistre-

ment d’albums live. Avec ses prestations côté bar il © Monte-Carlo SBM laisse à chacun le choix de vivre sa nuit drainant une foule bigarrée : fans, puristes, happy fews et noctambules. Sa programmation participe à ce bain bouillonnant en jouant sur la palette des stars d’hier et d’aujourd’hui, du revival aux musiques actuelles avec des rendez-vous jazzy dont une participation au Off du Monte-Carlo Jazz Festival. Jean-René Palacio veille à entretenir ce climat « melting pot » qui a attiré ici des artistes aussi différents que Louis Bertignac, Bill Wyman, John Mayall, Suzanne Vega, Trust, Wishbone Ash, Pretty Things, Dr Feelgood, Richard Bona, Lenny White etc., mais aussi des nouveaux talents grâce notamment aux cartes blanches données à Marc Toesca et aux artistes de son label Monte Carlo Records mixant découvertes régionales et internationales. © Monte-Carlo SBM

« taillée en pointe » grâce aux offres faites par les collectifs, labels ou les tourneurs sensibilisés par ce spot niçois dont la réputation dépasse les frontières régionales. L’équipe, une douzaine de permanents entre l’association Source et Le Volume peut se réjouir. L’arbre n’a pas plié et commence à porter ses fruits. « Après une longue traversée du tunnel nous pouvons nous structurer et planifier », commente Yann. 2010 fut une année charnière, de stabilisation qui vit entre autre Le Volume recevoir (enfin) une subvention de la Ville de Nice à la hauteur de son engagement, tandis que depuis 5 ans l’association est soutenue par la Région qui investit à hauteur de 150 000 euros et le Département (15 000 euros). Une embellie qui permet au Volume de développer d’autres activités prévues dès l’origine. Elsa Comiot, chargée de développement confirme : « Frédéric Luzignant, professeur diplômé de musiques actuelles avait donné ses premiers cours ici avant de rejoindre le C.R.R. Nos efforts portent aujourd’hui sur ces ate-

Heavy Virtuous Noise © Courtesy Le Volume

liers musicaux destinés à tous ceux qui souhaitent se perfectionner à l’instrument et à la scène avec des intervenants professionnels comme Cédric Lauer, musicien et directeur artistique du projet. Les résidences de différents types (enregistrement, répétitions etc.) restent ouvertes à tous les artistes qui font intervenir la musique ». Ainsi « Mademoiselle A » qui mêle la mode au Rock bénéficie actuellement d’un accompagnement (juridique, administratif, logistique), afin de créer cet été un festival au Maroc (Mademoiselle A in Fez). Le Volume soutient également le film « Rock ‘n roll of Corse » présenté en sélection officielle à Cannes en 2010. Un documentaire de 90 minutes sur Henri Padovani, musicien fondateur de « Police ». « Le niçois Stéphane Bébert, Lionel Guedj et leur production basée à Nice (Mister Trouble) ont tourné dans l’urgence avec peu de moyens. Ils ont besoin aujourd’hui de nos compétences notamment pour les droits de diffusion, leur film n’étant pas encore distribué en salles », explique Yann qui a ouvert Le Volume également au Septième art et aux plasticiens via son café culturel. Et pour faire connaître toutes ces activités une newsletter est envoyée chaque mois aux 8000 adhérents. Dans quelques mois ils pourront y découvrir une bonne nouvelle. Après 6 ans d’existence - soit 2 200 concerts (1 100 groupes reçus) Le Volume va se produire hors les murs. « Nous venons d’avoir l’aval de la Ville afin d’organiser trois soirées de concerts les 26, 27 et 28 mai 2011 au Théâtre de Verdure. L’opportunité de donner une grande scène à tous ces jeunes talents qui ont joué chez nous » !

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A. Fleurent Didier AFD © M Mcmullen

Carros

Forum Jacques Prévert La programmation du Forum Jacques Prévert est née sous le signe d’un grand poète populaire en 1985, en invitant Mouloudji et toute une famille de chanteurs à textes de Léo Ferret à Cora Vaucaire via Dick Annegarn.

Cirque Mirages

Ibrahim Maalouf Saison 2009-2010

© T Gazzera

De jeunes talents qui se font rares à la Télé mais pas à la salle Juliette Gréco grâce à l’engagement de Sylvie Guigo (en haut à droite) et de son équipe.

© G Bercquet

La deuxième vague, vers 1995, a vu cette même scène carrosoise s’ouvrir à la nouvelle génération autour du chanteur Thomas Fersen : « Des artistes que l’on ne voit pas trop à la télé même s’ils ont leurs fans. Notre public est très friand de cette frange d’artistes comme des spectacles de rue. Les « Siacreries » qui fêteront leurs 15 ans en juin sous un nouveau nom l’ont démontré avec 3 000 spectateurs en 2009. Il se passe quelque chose avec cette culture proche du public », commente Sylvie Guigo, Directrice programmatrice du Forum depuis 15 ans. Puis avec le temps ce dernier a élargi son

Grasse

Altitude 500 Plus jeune dans la carrière, l’Espace Culturel Altitude 500 est né de la volonté de la municipalité grassoise d’offrir à tous ses publics, un lieu pluridisciplinaire ouvert aux arts vivants. « Notre première mission est la diffusion de musiques autour de talents confirmés internationaux, de groupes régionaux et d’offrir un outil à tous, qu’ils soient artistes amateurs ou en voie de professionnalisation. La Ville a ainsi mis à disposition deux studios d’enregistrement labellisés Espaces Régionaux de Répétition du Conseil Régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Deux salles ultramodernes, très accessibles financièrement (entre 4 et 9 € / heure). Cette prestation s’intègre à notre deuxième objectif : favoriser la pratique amateur dans différentes disciplines, musique, danse, théâtre… », explique Katy Ferrand, Directrice du lieu. Une offre manquante comblée depuis 2002, pour le bonheur des grassois qui disposent désormais grâce à la rénovation d’une ancienne MJC d’une salle de spectacle à géométrie variable abritant 200 places assises (ou en configuration Hall, 350 personnes). À raison de deux ou trois soirées par semaine, l’Espace Altitude 500 accueille une vingtaine de concerts par an et des compagnies de danse par-

Sylvie Guigo © H Lagarde

fois en matinée le dimanche. Rock, pop, chanson française, musique world, etc., la programmation brasse large à l’image de la population du bassin grassois. L’accueil de vedettes confirmées attire également une clientèle venue du littoral et du moyen pays. Sont déjà passés par ici Raoul Paz, Daniel Lavoie, Raoul Petite, Axel


Département

champ d’action à tous les arts vivants. « Notre objectif étant d’ouvrir la culture au plus grand nombre, nous n’avons cessé de tisser un lien entre la pratique amateur et celle professionnelle. Le Forum Prévert est un centre culturel très actif drainant 700 personnes dans ses ateliers dont près de 400 pour la danse. L’idée n’est pas forcément de faire de tous des professionnels mais au moins des spectateurs avertis. Un travail de sensibilisation qui passe par des rencontres avec les artistes, des répétitions ouvertes, des ateliers encadrés. Dans une ville où plus de la moitié de la population a moins de 25 ans, le jeune public en profite largement ! Un spectacle par mois leur est proposé avec des interventions scolaires. La salle Juliette Gréco accueille des visites accompagnées par des techniciens car, explique Sylvie, « seul 15 % de français vont régulièrement voir un spectacle vivant. La pratique n’est pas ouverte à toutes les populations. Apprendre à écouter, comprendre les codes d’un théâtre, c’est mieux pour apprécier à sa juste valeur le spectacle vivant ». Pour autant c’est un public intergénérationnel qui fréquente assidûment le lieu. L’an dernier 4 000 personnes (taux de remplissage à 80%) venues de Carros, des vallées mais aussi de tout le littoral ont investi la salle Juliette Gréco (300 places) qui déroule une programmation éclectique alternant Musique, Théâtre et Danse.

Fo c u s

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« Nous essayons de programmer chaque saison des compagnies de la région ». Ainsi en novembre la Cie Arketal y travailla en résidence intervenant sur le terrain afin d’enseigner l’art et la manipulation des marionnettes. La Cie Hervé Koubi prendra la suite avec le renfort de danseurs africains qui se produiront sur scène le 18 mars (Un rendez-vous en Afrique) et animeront la cité sur le principe « les artistes dans la ville ». Le mois de mars sera celui de la danse avec deux autres compagnies dont celle de Ben Mahi mêlant danse africaine, contemporaine, classique et danse jazz Hip hop (Beautiful Djazaïr). Le 25 mars ce sera au tour de Pierre Blain et sa Cie La Berlue. « Ce n’est pas une résidence mais leur pièce « Anatole F » avec son approche moderne du clown nous a séduit ». Côté musique, c’est le changement dans la continuité autour de la poésie du texte avec le 10 décembre l’inénarrable Brigitte Fontaine et le 4 février Arnaud Fleurent Didier qui représente la jeune relève de cette chanson française qui défriche de nouvelles pistes via l’électro à la suite de pionniers tel Bertrand Burgalat. Autre coup de cœur le duo « Le Cirque des Mirages » dans la filiation de Barbara avec ses chansons réalistes nimbées de fantastique. La salle accueille également toute l’année des associations comme CinéAlma qui travaille autour du Septième art en Méditerranée. Grace au travail de l’équipe du Forum Jacques Prévert et la politique de la Ville (le ticket spectacle est à 15 euros en moyenne) la culture a changé l’image d’une ville qui fut à l’origine une cité dortoir coupée du monde !

« Altitude, Attitudes ! » JP Nataf, Nilda Fernandez et Pauline Croze sont passés par la cité des fleurs qui vous réserve de belles surprises pour la nouvelle année ! © Toutes photos Courtesy Ville de Grasse

Bauer, Yves Duteuil, Pauline Croze et plus récemment le chanteur Nilda Fernandez. Le 11 décembre Jean-Philippe Nataf dévoilera son dernier album pop teinté de folk après avoir occupé le devant de la scène pop française des années 90 avec les Innocents. L’Espace Culturel de la Ville de Grasse est aussi prestataire de services auprès des associations, groupements, entreprises. « Nous sommes si sollicités que le planning ne permet pratiquement plus d’accueillir des manifestations spontanées. Il est nécessaire de réserver au minimum un an à l’avance ». Côté pédagogique, l’Espace Altitude 500 est aussi un précieux outil de sensibilisation. Ainsi le 15 janvier, La caravane « Trop Puissant » fait halte à Grasse avec deux séances animées par le groupe « No More Babylon », afin de sensibiliser le jeune public aux risques auditifs liés à l’écoute et à la pratique des musiques amplifiées. OM

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SAint pAul de vence

hommage à Carmelo arden quin L’UNE DES GRANDES FIGURES DE LA GALERIE ALEXANDRE DE LA SALLE Carmelo Arden Quin, l’un des géants de l’art géométrique, nous a quittés à l’âge de 97 ans, entrant définitivement dans l’Histoire de l’Art du XXe siècle.

S

i sa vie, sa mort, son œuvre nous intéressent particulièrement, c’est aussi qu’il est passé par Nice dans les années 70, et qu’Alexandre de la Salle, l’ayant entrevu dans la galerie parisienne de son père uudo Einsild au début des années 50, allait l’exposer régulièrement, ainsi qu’à la FIAC en 1979, et le présenter à Claude Fournet qui lui ferait une rétrospective à Nice aux Ponchettes en 1985. Quelques jours avant sa disparition, Carmelo avait confié à Catherine Topall, sa dernière galeriste parisienne, qu’il était « reconnaissant à Alexandre de l’avoir découvert ». En fait Alexandre de la Salle a réactivé un Mouvement (MADI) qui, dès sa fondation à l’Institut Français d’Études Supérieures de Buenos Aires en août 1946 par Arden Quin lui-même, rhod rothfuss, Martin Blazsko et Gyula kosice, avait connu un succès immédiat, car il proposait une révolution dans tous les champs de la création à partir de la sortie du rectangle, de la polygonalité. En 1991, dans une lettre à l’historien romualdo Brughetti, Martin Blaszko a témoigné du rôle d’Arden Quin dans cette révolution en disant qu’il avait connu sa peinture chez Grete Stern lors d’une exposition (1945), qu’il avait été désireux de connaître le peintre, qu’on lui avait désigné Gyula kosice comme étant celui qui pourrait le renseigner, et que celui-ci avait déclaré : « Je vais te le présenter, c’est notre maître et notre théoricien ».

tes « Madi maintenant/Madi adesso » chez lui, et à Turin, Côme, Brescia, puis à Paris à l’Espace Donguy. Au printemps 1989, Edda Maillet présentait la Collection Alexandre de la Salle au Musée de Pontoise, dont « Naor » (1947, Buenos Aires), presque emblématique de la « conscience polygonale ». Aujourd’hui Arden Quin est célèbre, le mouvement MADI international, et Alexandre de la Salle toujours aussi impliqué dans sa passion de l’un et de l’autre, avec des projets d’expositions, et la réalisation récente du Catalogue raisonné des œuvres entre 1935 et 1958, où est reproduit son texte du catalogue pour son exposition de février 1983, jumelle de celle de l’Espace Latino-américain :

« L’immense contribution d’Arden Quin à l’histoire de l’abstraction est évidente : c’est celle d’un infatigable Pionnier. Je crois pouvoir affirmer, en pesant mes mots, qu’il y a un Avant et un Après Arden Quin. Longue vie au peintre, et au poète, dont je n’ai rien dit, mais qui est de la même trempe, celle des grands Poètes ». fd

Mais le rêve d’Arden Quin était d’aller en Europe où s’était réalisée la révolution abstraite des Mondrian, Seuphor, Van Doesburg etc. (révolution rapportée un soir de conférence à Montevideo par Joaquin Torrès-Garcia, et qui l’avait bouleversé au point qu’il rentre chez lui créer « Diagonale et carrés », premier tableau à forme découpée de l’histoire des Arts Plastiques), et en 1948 Arden Quin était venu à Paris où il avait recréé MADI avec de nouveaux adeptes, Volf roitman, roger Neyrat entre autres, exposant régulièrement au Salon des réalités Nouvelles, chez Denise rené, Colette Allendy etc. Alexandre de la Salle allait multiplier les expositions Arden Quin et MADI dans sa galerie de Saint-Paul et dans des expositions itinéran Arden Quin, Alexandre de la Salle et Salvador Presta au vernissage de l’exposition « Madi adesso à Côme


S A INT P A UL DE VENCE

De gauche à droite et de haut en bas  Naor, 1947, Buenos Aires  Catalogue Raisonné des œuvres  Contemmora, Froment, Alexandre de la Salle, Arden Quin, Edith Aromando et Quin7 pour Côte : Carmelo Arden Quin et Carmelo Arden Quin à Turin  Rétrospective Arden Quin à la Galerie de la salle en 1974  Carmelo Arden Quin lisant le Manifeste fondateur du Mouvement MADI à l’Institut français de Buenos Aires en 1946  Carmelo Arden Quin dans les années 70  Diagonale et Carrés », Montevideo, 1935, premier tableau non-orthogonal de l’Histoire de la Peinture

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m iOcne A/c O n lA turBie / cAnneS

FoCus gourManD

MerCi Pour le ChoColat ! Si notre culture latine fait que nous soyons venus sur le tard au chocolat, la Côte d’Azur découvre aujourd’hui ses chantres de l’or noir autour de quelques talentueux stylistes pâtissiers.

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onnu depuis les aztèques le chocolat a fait le tour des siècles et du monde. Et pourtant ce n’est que depuis une quinzaine d’années que l’on a redécouvert les vertus de l’or noir. Comme les huîtres ou le foie gras, le chocolat s’est démocratisé sans perdre de sa magie en offrant d’autres perspectives gustatives. Les chefs pâtissiers et les maîtres chocolatiers qui ont suivi l’évolution des chefs en cuisine ont revu leur ouvrage en invitant de nouvelles techniques, formes et rites de consommation. Ainsi entrer aujourd’hui chez certains d’entre eux, c’est ouvrir une boite de pandore d’où surgissent des saveurs jusqu’alors inconnues.

o ch l co ! at


n i c e / l A t u r B i e / mcOAnnAnceO S

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nice

Christophe Canet Son père et son grand-père étaient établis en Normandie. Depuis 1927 les Canet ont les mains dans le chocolat. Christophe est la troisième génération d’une famille de chefs pâtissiers…

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près un apprentissage à Gap, des débuts à Monaco et au Vista Palace, Christophe Canet œuvre à Nice depuis 7 ans dans l’ex-pâtisserie « Chéreau ». « Depuis les années 80 c’était la référence au niveau régional et national », explique le chef pâtissier de 37 ans, qui avec son épouse, a fait prendre un nouveau virage à cette adresse gourmande à deux pas des halles de la Buffa. Et si Christophe travaille tout l’univers du sucre, il s’est fait connaître en revisitant le grignotage. Le Mac Amour est un macaron en version snacking inspiré de la Pomme d’amour et préparé à base de produits nobles. un nouveau délice pour petits et grands que ce macaron à la pomme verte planté sur un bâton et trempé dans du sucre rouge, dont le croustillant du caramel contraste avec le fondant du fruit défendu. Sur cette lancée, il s’est amusé à revisiter les chocolats en version sucette « une boule croquante fourrée avec trois parfums, passion coco, caramel fondant, ganache au thé ». Pour ce chercheur de saveurs « le macaron permet tout ce que l’on ne peut pas faire avec un gâteau ». Ainsi sa collection se décline en quinze parfums naturels, ou à base d’huiles essentielles de fleurs (jasmin, lavande, violette, rose, etc.). Dans le même esprit ses bouchées au chocolat sont réalisées à partir des couvertures Barry. Pour cette vénérable maison dont il est ambassadeur il présentait au dernier Salon du chocolat à Paris une étonnante robe en dentelles de chocolat réalisée avec une styliste anglaise sur le thème du bio. Afin de sélectionner ses grands crus, Christophe n'hésite pas à visiter les plantations : « C’est important car je pars toujours d’un cru pour imaginer mes mariages de saveurs ». une exigence que l’on retrouve dans ses 35 variétés de bonbons dont cinq ou six nouvelles telle une ganache à la fève de Tonka « qui rappelle la savane ». Ses must : les palais d’or, le Mogador au pain d’épice, le caramel au beurre salé, le praliné à la coriandre. N’ayant de cesse de s’adresser à nos cinq sens, l’artiste œuvre sur les textures, le goût, le visuel, comme sur le rite de dégustation. À son actif : des pipettes de coulis à verser sur le gâteau, un entremet ludique vendu avec des baudruches remplies d’air parfumé à la mandarine, et des accessoires féminins en chocolat tels ces talons aiguilles à croquer. Son rêve : réserver un coin galerie pour resserrer le lien entre l’art pâtissier et les arts plastiques car le jeune homme quand il quitte l’atelier du sucre prend les pinceaux. un espace qui devrait voir le jour début 2011 car la Maison Canet fera peau neuve sur le thème de l’histoire du chocolat : « Malgré ses lointaines origines très peu de personnes savent ce qu’est vraiment le chocolat. C’est important, plus on comprend plus on aime ».

 Escarpins, macarons en Pomme d’amour : les métamorphoses du sucre et du cacao entre les mains expertes de Christophe Canet

Toutes photos © H. Lagarde

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richard Vacher Natif de Nîmes, richard Vacher arrive sur la Côte à 11 ans puis gagne la Capitale où il fait son CAP. De retour à Nice Jacques Fourmont un Meilleur Ouvrier de France (MOF) en pâtisserie lui met le pied à l’étrier.

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out en œuvrant dans les cuisines des palaces dont deux ans aux côtés de Joël Garault à l’Hermitage, richard commence à être reconnu par ses pairs. Il obtient la médaille d’argent au Concours mondial culinaire à Bâle, fut champion de France en pièce artistique en 1995, et deux fois demi finaliste du concours de MOF. C’est en s’installant à son compte à La Turbie qu’il lâche la bride à son talent. En 2008 il y crée son atelier et sa boutique pour se consacrer au monde de la douceur : Pâtisserie, chocolaterie, confiserie, glacerie. À 45 ans richard s’inscrit dans la nouvelle vague pâtissière initiée dans les années 90 par Pierre Hermé : « Nous avons tous suivi son parcours depuis Fauchon. Avant on ne parlait que du chef de cuisine. Aujourd’hui comme eux nous avons su réinventer le métier, prendre de la distance avec l’héritage ». Chez « richard Création » le chocolat occupe un bon tiers de l’activité. « Nous travaillons à partir de différents crus de chocolat, il y en a pour tous les goûts, des plus acides au plus fruités c’est comme le vin avec les cépages ». Comme le peintre avec sa palette, richard puise dans les crus Valrhona pour créer ses 25 variétés de bouchées. Cet hiver il a craqué pour un chocolat café avec une ganache à la pâte de spéculos. Pas question de faire entrer un arôme artificiel dans l’atelier. « Pour le rubis j’ai voulu que l’on sente le goût de la framboise naturelle. Les guimauves, les pâtes de fruits, les infusions aux thés ou aux épices, tout est fait maison ». La tendance ? « Après une période où l’on a vu des chocolats au tabac on revient vers des saveurs plus classiques. Pour moi le meilleur dessert au chocolat c’est un éclair avec une bonne pâte à choux fourrée d’une crème pâtissière avec du bon chocolat. Notre pâte à choux est faite avec une pâte sablée et du sucre cassonade qui donne du croustillant ». Pour autant le pâtissier aime faire du hors-piste. Après avoir intégré l’APrECA (Association des Pâtissiers de la restauration en Côte d’Azur) il a rejoint les chefs de l’association « les Toques brulées » qui se produisent en public. « un jour je me suis amusé à faire une mousse Tagada avec de l’azote. En boutique ce genre d’exercice est impossible ».

Mais cela ne l’empêche pas de faire des créations originales comme le Diabolo : « un biscuit brownie avec un crémeux à la noisette et une mousse de chocolat blanc glacé ». Et s’il se reconnaît quelques maîtres, Chibois, Ducasse ou roger Verger qui l’éveilla au produit, les Beaux-arts entrent aussi dans la démarche de celui qui présenta au Show’Colat de NICETOILE d’étonnants décors en chocolat inspirés de l’univers de Lewis Carroll : « J’ai pas mal de livres d’art chez moi. Quand je vais à Paris je passe par le Musée d’Orsay. Tous ces artistes que l’on a connus sur la Côte nous ont été d’une grande inspiration. Sans Arman et ses violons découpés je n’aurais pas fait l’an dernier à Pâques un œuf éclaté », commente celui qui a ouvert une seconde boutique à Nice et rêve de s’installer dans son berceau à Monaco.

 Champion de France en pièce artistique, richard Vacher rend les gourmands esthètes en explorant le chocolat sur son versant graphique.

gou a m r nd !


n iA cn e t/i BleAS t/u c rA Bn i en / em ScO/AnnnAnicc eO e S

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Cannes

Jean-luc Pelé Jean-Luc Pelé n’est pas un pâtissier chocolatier comme les autres. Après avoir semé le grain à Paris, ce quarantenaire de goût et de défi a décidé d’installer à Cannes son atelier gourmand.

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é en 1964 en Normandie, Jean-Luc Pelé est initié aux fourneaux par sa grand-mère. À 14 ans son goût pour les madeleines et les gâteaux de Suzanne prend le dessus. « Le sucré instaure une relation particulière. Les gens ont toujours le sourire en dégustant du chocolat ». Et ce plaisir, c’est le credo de ce professionnel qui après son bac passe les CAP de boulanger et pâtissier puis intègre, la Maison Lenôtre où pendant sept ans il opère à tous les postes se forgeant de solides bases pour appréhender le métier ». une carrière qu’il embrasse en 1992 en créant sa boutique à Meudon. À 26 ans c’est la première d’une longue série : « J’ai créé huit boutiques pour les revendre ». Anticipant la mode, Jean-Luc se fera sa place avec les pains de tradition à l’ancienne. Dès lors, plus aucune matière première n’entrera par hasard dans ses ateliers. Ce parcours de vingt ans durant lequel il est boulanger, pâtissier et chocolatier lui permet de maîtriser techniques et produits. Mais lassé de ce rythme Jean-Luc Pelé quitte la grisaille pour le soleil avec son épouse, ses enfants et son frère, pour s’installer rue Meynadier en 2007. « À Cannes, j’ai rencontré une clientèle de connaisseurs qui prend le temps d’apprécier la nouveauté ». une exigence à la hauteur de la qualité qu’il soutient. « En se concentrant sur les macarons et le chocolat. Le pâtissier peut tout oser et privilégier le 100 % « fait maison » à partir de produits sélectionnés chez les petits producteurs locaux. Les œufs viennent de Vence, les fleurs et herbes de Grasse, les agrumes de Menton ». Le cacao n’étant pas une spécialité régionale, Jean-Luc part sélectionner ses 18 crus de cacao préférés en Amérique du Sud, Caraïbes ou à Madagascar. Celui qui fut aussi cham-

pion de France de karaté en 1986 a hérité d’une hygiène alimentaire qu’il aime faire partager. « un maximum de goût pour un minimum de graisse et de sucre ! J’ai passé trois ans afin de purger les macarons et mes ganaches de beurre de 35 % de leur apport en sucre ». Cette ganache fraîche c’est sa passion : « Sur une trentaine de bouchées, un tiers sont des ganaches à partir de crus de chocolat purs ou parfumés avec des infusions ». L’épure est aussi de mise côté boutique où les créations miroitent comme des bijoux dans leurs écrins pendant qu’œuvrent les artisans derrière une paroi vitrée. Au rayon nouveauté, un macaron foie gras et figues, un autre au yozu (agrume japonais), un autre à l’huile d’olive, vanille et chocolat blanc. Et pour les jeunes de plus en plus nombreux à fréquenter les lieux : un macaron au citron vert et vodka… « mais ils achètent aussi un macaron au chocolat à 80 % de cacao, il y a vingt ans on n’aurait pas vu ça ! ». Afin de diriger son équipe de 25 employés, Jean-Luc a convoqué ses fidèles lieutenants et son jeune frère Patrice formé chez Lenôtre. Et quand on lui parle Beaux-arts le créateur se livre : « On travaille afin de créer un événement en 2011 en associant les artistes de la région et la sculpture en chocolat. Nous avons le même langage et le même amour de la matière ». Le chocolat une matière qui sera à l’honneur dans sa nouvelle boutique rue d’Antibes où trônera bientôt un mur ruisselant de chocolat de 2,50 mètres de haut. Du bonheur comme s’il en pleuvait ! Om

 Jean-Luc Pelé, ex champion d’art martiaux est intraitable avec le chocolat et ses macarons, ils doivent être forts en goût mais faibles en calories…

Toutes photos © H. Lagarde

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la vie des a r ts

A RTI S TE PERF O RMER

Né à Nice en 1966 Jean-Luc Verna aime à dire que sa première école d’art fut la rue avant d’intégrer la Villa Thiole puis la Villa Arson où il professe depuis 15 ans.  Marie-Madeleine Thomas - 2009 © Marc Domage - courtesy Air de Paris, Paris

 "Oreste réfugié à l'autel de Pallas", 1839, SIMART. Final “Drug train”, 90's, LUX INTERIOR (THE CRAMPS), après une roulade aux pieds du batteur, Live. Irving Plaza New-York. 2005 © courtesy Air de Paris, Paris

Jean-Luc Verna “Le

M

ais ne vous fiez pas à ce corps de tank fardé aux sulfites du dandysme et du cyberpunk, l’artiste qui se met en scène des pieds à la tête a fait une carrière qui lui vaut d’être dans les plus grandes collections : Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, Centre Beaubourg à Paris et Metz, MOMA à New York etc. Alors qu’il continue à danser d’Oslo à Séoul avec Gisèle Vienne, qu’il vient de réaliser au Mac Val « un grand mural sur bois » et qu’il sera cet été sur grand écran pour les métrages de Brice Dellsperger où il incarne tous les personnages de ces remakes dont « L'important c'est d'aimer », nous avons rencontré l’étrange Verna… La première chose qui frappe dans ton travail c’est toi ! Ce travail sur mon corps découle de tous les autres : le dessin mais aussi la photo, la vidéo, la danse, la musique. Je gère mon corps comme une image, je le corrige, le rehausse. C’est un autoportrait en mouvement comme le souligne les expos successives « Vous n’êtes pas un peu beaucoup maquillé ? - Non ». Un projet artistique parfois mal perçu. C’est pour cette raison que j’habite à Paris maintenant. Ici quand ne me prend pas pour un skin, on voit que suis un PD. De toute façon j’ai tord ! J’ai perdu quatre dents à cause de ça. Je n’ai jamais eu peur d’en découdre mais à 45 ans je préfère consacrer mon énergie à ce travail et à mon corps qui est un chantier permanent qui ne cesse de se dérober à moi.

corps

Peux-tu préciser car Orlan travaille elle aussi sur ce thème ? Je ne conçois pas mon corps comme une œuvre d’art. Je me rends possible pour les différentes activités de performer. D’un point de vue éthique je me refuse d’ailleurs à développer le physique imposé par une idéologie gay qui est devenu aussi rigide que celle des gens qui les ostracisaient. Je ne suis pas un vrai sportif, je m’entretiens mais ne cherche pas à faire plus jeune. J’ai un peu de gras, des vergetures, j’en joue. J’ai déjà fait des photos nu, avec 10 kg de trop, je m’en servais parce que j’avais un corps gynoïde qui me permettait des postures plus maternelles. Je mets un point d’honneur à dessiner autant d’hommes que de femmes, de bébés que de vieux, de gros que de maigres, de beaux que d’étranges, d’handicapés que de chimères. Je me situe au milieu de la société. Je ne fais partie d’aucune nomenclature.

Pourquoi avoir choisi le dessin ? J’ai toujours dessiné et j’y suis resté parce que c’est là où j’ai le plus de liberté finalement. Au début je dessinais de façon stakhanoviste alors que ce n’était pas la tendance. Maintenant pour une question de temps je ne produis qu’une vingtaine de dessins par an, car je refuse de déléguer ou de faire des séries pour répondre au marché. En dix huit ans je n’ai travaillé que par désir. Du coup j’ai perdu du temps mais c’est mon luxe et ma fierté. Plus récemment je me suis mis à la sculpture,

j’ai fait une baguette magique de huit mètres en acier vert pour « le Vent des forêts » un centre d’art à ciel ouvert dans la Meuse et prépare deux sculptures avec la Manufacture de Sèvres. Je crée aussi des objets comme les seize cockring en verre exposés à la Conciergerie. Tous ces objets sont l’extension en 3D de mes dessins tout comme moi. Tes autres activités convoquent l’image Je me suis dit qu’à force de triturer les corps sur le papier je pouvais utiliser le mien. Les vidéos « Body double » de Brice Dellsperger ont fait le tour du monde depuis qu’elles ont été montrées pour la première fois au cinéma de JeanPierre Mocky. À la dernière « Nuit blanche » nous avons accueilli 6 000 spectateurs. Je suis danseur dans la Cie de Gisèle Vienne depuis huit ans. La danse, ça a commencé il y a huit ans au Festival d’Avignon mais ado j’avais pris des cours en cachette de mes parents. J’étais alors au lycée Estienne d’Orves en pleine vague Post Punk. C’est aussi à ce moment là que je me suis mis à la musique. Le lien de tout ça, c’est ton univers. Comment le définirais-tu ? C’est un axe entre hautes et basses cultures, entre l’art des musées, le XIXème siècle, les grands maîtres, la Renaissance, les décadentistes, une certaine littérature, la nouvelle vague et le cinémas bis, et là d’ou je viens le rock et le sexe.


A RTI S TE PERF O RMER

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Le sexe est très présent dans tes travaux Oui, l’identité sexuelle dans l’humain c’est une grosse constituante, l’état du corps de la libido et la non libido. Il y a des gens qui ont des pannes, d’autres que ne ça n’intéresse pas et ceux qui prêchent l’abstinence. Là, je n’y crois pas, ça doit les arranger quelque part ! As-tu des préférences chez les grands maîtres ? Tous m’intéressent même ceux que je n’aime pas, parce qu’il y a toujours quelque chose à apprendre techniquement, c’est ce que j’enseigne. À ce propos pour la rentrée des galeries à Paris sur la soixantaine d’exposants il y en avait six de la Villa Arson dont trois travaillant le dessin. N’en déplaise comme j’ai pu le lire dans « Nice matin » au responsable de la galerie Princesse de Kiev nous sommes toujours une des meilleures écoles de France. Quand l’art est-il devenu une nécessité pour toi ? Quand j’ai commencé à vendre en troisième année à la Villa et en intégrant la galerie Air de Paris qui était alors dans le Vieux Nice. Florence et Edouard sont des amis de longue date. Je les ai tatoués dans la peau, ils ont investi à perte à mes débuts puis quand ils

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qui rêve”

ont gagné la Capitale ils m’ont convié à les rejoindre. Une aventure qui se poursuit vingt ans plus tard. Ton corps calligraphié raconte ce parcours, tes rêves, tes démons un peu comme le personnage de Rod Steigger dans « L’homme tatoué ». Et les étoiles dans tout ça ? C’est mon premier tatouage. Un condiment que j’utilise régulièrement sur moi et dans mes dessins pour des raisons diverses. Celle qui me tient le plus à cœur alors qu’on assiste à un retour en force des religions, c’est l’étoile contre la croix. Je préfère les symboles magiques liés à l’enfance plutôt que de suivre les symboles d’un autre conte de fées qui fait des ravages depuis 2000 ans et réduit le libre arbitre de l’individu.

 L'invention du caducée, Vous ne m'appellerez plus Dorothy - 2008 © Marc Domage - courtesy Air de Paris, Paris

Dans ce sens, Siouxsie a été une muse providentielle Après avoir vu Siouxsie dans l’émission Megahertz dans les années 80 je me suis regardé pendant une demi-heure dans la glace. Je me suis dit : je ne peux plus être comme çà ! Le lendemain, première coupe mohican, premiers maquillages et je partais de chez moi. Je lui ai rendu plusieurs hommages dont une pièce permanente au MAMCO à Genève. J’avais fait un dessin « Rendez-nous Alain Maneval » qu’Agnès B m’a acheté pour remercier Alain que j’ai rencontré plus tard sur Facebook. Et Siouxsie tu l’as rencontré ? Non jamais ! J’ai un peu peur de faire descendre une idole dans le domaine de la réalité, on ne sait jamais ! Je pense que c’est une fille bien. On prépare un documentaire sur moi où elle doit faire une apparition. Elle est invitée, pour la première on sera bien obligé de se rencontrer. Parle nous de ton nouveau groupe « I Apoligize » Avec Gauthier Tassart (programmation) qui est aussi prof à la Villa Arson et Pascal Marius (Guitares) nous revisitons les standards des années 80 avec quelques incartades. J’avais repris le chant en 92 en chantant du Barbara au Piano Zinc à Paris. Je suis juste l’interprète de ce cabaret New wave décadent. C’est pour le fun mais finalement nous sommes invités un peu partout en France, en Allemagne, en Angleterre, des artistes veulent faire des vidéos. Et nous allons signer avec le label autrichien Mego, tout ça c’est cadeau !

 Réenchantement, 2010. Vent des Forêts, Meuse © Sébastien Agnetti - Courtesy Air de Paris, Paris

Des précisions sur le contenu de l’album ? Quatre chansons de Siouxsie, deux de Bauhaus une de T.rex, mon tube (rires) Funky Town et deux reprises zarbi, une de Donna Summer et « Supernature » de Cerrone en version dark. Cela reflète mes gouts éclectiques qui vont de la première vague gothique à Buddy Holly via l’électronique et la musique Drone. Sans oublier un peu de merde comme Lady Gaga car je déteste la posture du puriste, de l’érudit. La musique c’est une soupape ? À mort ! Je retombe dans l’adrénaline de l’adolescence. J’ai commencé avec un groupe « le grand Tunnel mou » qui est resté confidentiel puis œuvré sept ans (deux albums) avec Arnaud Maguet. Quand j’ai arrêté je me suis senti vide. Il n’y a pas de différé avec les arts vivants. La sanction est immédiate contrairement à l’art contemporain où l’évaluation se fait par procuration et pas toujours sur de l’affect. Quand on a gouté aux applaudissements c’est la drogue la plus dure ! Tu restes très lié à Nice ? Je reste à la Villa Arson car elle est toujours au cœur d’un enjeu. J’ai eu la chance d’y avoir été l’élève de Noël Dola. J’ai aimé sa façon d’être artiste, son intégrité. À Nice j’ai adoré exposer avec Bertrand Baraudou à l’Espace à Vendre. Quant à Bruno Pelassy il est toujours présent en moi. Nous avons travaillé ensemble, été les meilleurs amis du monde pendant 15 ans. Son travail tourne encore posthumément. J’espère qu’il trouvera sa place réelle dans la relecture artistique de Nice. C’était quelqu’un de rare, un « freak baroque ». Aujourd’hui j’aime des gens comme Lagalla, Karim Geloussi, Arnaud Maguet, Aicha Hamu et les copains de La Station. Il y a des forces vives ici mais tant que Nice ne franchira pas un cap les étudiants continueront à s’expatrier. La contre culture où est-elle en 2010 ? Aujourd’hui tout est accessible d’un seul clic, il y a des choses mainstream, d’autres moins mais la contre culture de notre génération a disparu. Il y a quelque chose à réinventer. La balle est dans le camp de mes étudiants. Moi je suis désespérément et fièrement un mec du XXe siècle voire pour ceux qui ne m’aiment pas du XIXe siècle. Ce qui n’est pas pour me déplaire ! OM


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Stéphanie l’empreinte l’âge de 17 ans elle traverse Marin de vie Depuis le design comme une aventurière, une découvreuse. Du vêtement au mobilier via le design spatial elle n’en fait qu’à sa tête, une tête bien faite, bien pleine qui trouve souvent dans les étoiles des réponses à notre quotidien.

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i vous la croisez dans les rues de Nice elle ne vous remarquera pas à moins que vous vous mettiez en travers de sa route. Mais ne vous y fiez pas, la belle évaporée à la silhouette gracile est aussi une femme d’action experte dans l’art de faire tomber les murs. Ce n’est pas un hasard si à 37 ans elle fait la Une de la presse et que sa griffe est diffusée dans le monde via plus de 350 points de ventes. Et si coussin rime avec Marin, Stéphanie a d’autres cordes à son arc. Elle vient d’habiller le voilier ultramoderne imaginé par Jean-Pierre Dick et lancera au printemps un carnet de voyage décalé réunissant les dessins d’une quarantaine d’artistes plasticiens régionaux autour d’une relecture du paysage azuréen. Évoluant en électron libre à la croisée du design et de l’art contemporain (Elle a investi la galerie carré de la Villa Arson, partagé les cimaises avec Cédric Teisseire) Stéphanie interroge nos habitudes, nos perceptions, notre capacité à rêver… Une petite chiffonnière inspirée À 17 ans elle crée sa première friperie « éco durable » arpentant le vieux continent pour défricher le récup art. « Si je suis aujourd’hui l’un des rares designer à travailler en Bio et 100% Made in France, c’est que je suis partie de très haut. Il y a 20 ans je ne pouvais même pas le dire cela faisait trop baba cool ». C’est à Nice où elle vit depuis sa petite enfance auprès de ses grands-parents et grands-tantes que la styliste née à Marseille en 1973, ouvre son premier atelier et une boutique en 1990. « Chartée » par l’Institut de la Mode Méditerranée et nommée créateur de l’année, elle lance sa griffe « Habit Magique ». Stéphanie avec son diplôme ACL est une pure autodidacte qui a appris la coupe dans des livres, bercée par le souvenir de ses aïeules couturières. Grâce à une ligne de pulls faits à partir

de couvertures de laines tricotées elle ouvre la brèche. « Ayant bloqué la matière première dans les rares usines de recyclage d’Amiens au Nord de l’Allemagne, j’avais l’exclusivité du concept. J’ai inondé la planète, de Liberty’s à Londres au japon » ! Puis ce sont des draps neufs d’hôpital militaire qu’elle recycle donnant naissance à une ligne de robes et tailleurs. Le charme d’Habit Magique opère pendant dix ans mais le rythme des collections épuise la jeune styliste qui collabore par ailleurs avec le Théâtre National de Nice et « Le Centaure » à Marseille. « Ce fut une extraordinaire formation. Avec la couture j’avais appris la perception du volume, la matière et la façon d’aborder l’objet dans sa distribution ». Ainsi en 2004 nait Smarin de son désir de découvrir l’univers du design. Designe moi un mouton ! En habillant de pure laine vierge des balles de mousse, Stéphanie entre dans le design par la grande porte. Les « Livingstone » sont de doux galets qui, assemblés, forment une plage zen. 40 ans après mai 68 Stéphanie revisite avec succès le slogan « Sous les pavés, la plage ! ». Sa « plage molle » les bobos en sont restés baba ! D’autant qu’en 2005 la gamme s’étoffe de canapés, méridiennes, sofas… une version très colorée, une autre pour l’extérieur. Trois ans plus tard elle présente à New York ses mobiles shadows, des voiles d’horizon en suspension comme des nuages qui filtrent et diffusent la lumière pour laisser le rêve entrer par la fenêtre. « Living Island » des tables basses en couches d’épicéa taillées en archipels sont un nouveau défi à la pesanteur avec leur jeu de sommets renversés. De la même façon le mobilier d’extérieur « Liquid » en forme de gouttes de pluie s’intègre à la nature s’irradiant de clarté au soir. Sa dernière création invitée à la Biennale de Saint Etienne mêle une fois encore la poésie


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De gauche à droite et haut en bas  L’habitacle futuriste du voilier JP 54  Les nénuphars, couleurs et douceur Matières premières  Coussins galets, du plus petit au plus grand

de l’éphémère au fonctionnel. Ces nénuphars, véritables fleurs de canapé sont nées d’une commande de Kvadrat son fournisseur de tissus : « Leur palette est si incroyable que j’ai eu envie d’explorer trois assises gigognes en trois teintes. Avec 64 coloris au choix on peut repeindre son espace. C’est un tableau abstrait dans le salon ». Au-delà de l’esthétique, la collection Smarin exprime une philosophie « l’idée que l’on peut ramener des signifiants du paysage à l’intérieur pour créer des émotions », explique celle qui démarre toujours ses chantiers avec des scenarii ancrés dans le quotidien. « Si je m’occupe d’un lieu je me pose d’abord la question, qu’est ce qu’on va vivre dedans ? ». Ainsi en acceptant l’an dernier de créer l’intérieur d’un voilier de haute plaisance Stéphanie a confirmé son talent à intégrer les contraintes les plus extrêmes à son univers aussi fluide que ludique. « Au début j’ai douté mais lorsque Jean-Pierre m’a dit : il faut que ce soit polyvalent, léger et en mouvement, j’ai relevé le défi car c’est la clé de ma démarche. Le plus dur pour une personne sensitive comme moi fut d’apprendre à travailler sans toucher.

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© Courtesy Smarin

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 Madame rêve ?  Le mangier, un arbre à amuse-bouche pour le chef Mauro Colagreco (Mirazur) sur Livingstone, la table archipel  Des mangiers en construction dans l’atelier

Là, on postait tous les jours des plans en 3D via Skype à l’autre bout de la planète ! ». Une expérience qui a conduit Stéphanie à s’intéresser à d’autres enjeux du design comme rationnaliser le coin multimédia du salon « qui devient plus performant mais reste une verrue dans le paysage domestique », ou encore créer un concept de cantine contemporaine avec le chef étoilé Mauro Colagreco. « Ce qui m’oblige à plancher sur les problématiques de l’alimentation et de l’agriculture ». Redéfinir l’apparence des objets qui nous entourent, mais surtout les comportements qu’ils induisent, c’est le crédo de cette créatrice qui privilégie des partenariats avec les petites entreprises artisanales. « Mon engagement est un acte de sens pour une consommation maitrisée. Je vais à la bibliothèque avec le caddie, fouille dans les brocantes, je touche, je sens. Être designer demande une approche qui combine l’observation et la philosophie afin d’adapter les objets à l’évolution de l’homme, car finalement nous ne fabriquons rien d’autre que l’empreinte de nos vies ». OM


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F IGURE D E L ’ ART

Arman dialogue photographique avec « Barbarella »

Arman, n’était pas seulement un grand créateur, mais aussi un collectionneur, à savoir l’art africain, les armes et armures japonaises, les objets d’Océanie, les couteaux, les stylos, les montres, les pistolets à système, les voitures… J’ai eu la chance de connaître cet artiste aux mille facettes. Co-signataire du Nouveau Réalisme et un des pères fondateurs de l’École de Nice. en compagnie de ses amis : Yves Klein, Martial Raysse…Arman en évoquant l’École de Nice, a dit à Otto Hahn « Si j’ai accepté de parrainer l’École de Nice, c’est pour aider les jeunes artistes. Comme le drapeau Nouveau Réalisme nous a servi, la bannière d’École de Nice pouvait leur donner un coup de pouce… » C’était un véritable humaniste !


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 p.28 à droite : Atelier d’Arman à Vence, visite avec Nivèse en 1987 © F.A     Dessous : Atelier Arman à Vence avec «Barbarella» en 2001 © F.A  p.28 & 29 en bas : Les sculptures africaines : © photo Cunillière

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epuis sa disparition en 2005, Arman a laissé un vide dans le milieu artistique international. J’ai eu le privilège de faire sa connaissance, lors du « Premier Festival du Nouveau Réalisme » à Nice qui se déroula du 23 juillet au 13 septembre 1961 à la galerie Muratore, et d’une façon festive à l’Abbaye de Roseland, propriété de Jean Larcade, organisateur avec Pierre Restany de ce festival. J’en conserve un souvenir inoubliable, car c’était mon premier vernissage, j’avais vingt ans…J’ai eu vent de cette manifestation exceptionnelle par mes amis, Jacques Lepage et Ben. Ce fut pour moi une grande interrogation en découvrant pour la première fois des œuvres d’Yves Klein, Arman, Martial Raysse, César, Mimmo Rotella, Niki de Saint Phalle, Raymond Hains, Jacques Villeglé, Daniel Spoerri, Jean Tinguely…et une amitié durable avec la plupart des exposants sans omettre Pierre Restany le théoricien du « Nouveau Réalisme » . L’événement passa totalement inaperçu dans cette

bonne ville de Nice. Le public était stupéfait de voir des « œuvres » aussi peu académique et sans cadre en bois doré…La presse locale fit l’impasse…? Sauf dans une revue d’un très haut niveau à l’époque « Aujourd’hui Art et Architecture » d’octobre 1961, parue un mois après la fin de l’exposition sous la signature de l’incontournable peintre et poète : André Verdet, qui rendit compte de l’esprit rétrograde du public niçois au début des années soixante : « À Nice, beau scandale à la galerie Muratore avec l’exposition du Nouveau Réalisme présentée par Pierre Restany. Le gros public niçois un des plus rétrogrades de France du point de vue littéraire et plastique, qui en est resté, je ne blague point, à Claude Farrère et à Chéret, n’est pas encore remis du coup de poing qui lui a été décoché par ceux qu’il appelle déjà les blousons noirs de la peinture moderne, et qui ont nom, Arman, Klein, Spoerri, Raysse, César, Tinguely, Rotella, Dufrène, Hains, Niki de Saint Phalle, Villeglé. Cette manifestation ne peut laisser indifférent, elle s’inscrit en réaction contre une certaine déliquescence informelle du tableau de chevalet. Elle ressaisit le réel banal pour l’actualiser. Ce Nouveau Réalisme s’inscrit dans la formule d’un nouveau dadaïsme. Il chemine parallèlement à une voie triomphale mais très secrète, ouverte par Picasso au cours de laquelle les matériaux les plus usuels, les plus hétéroclites furent « accumulés » dans un but de reconstruction plastique à la lumière du quotidien le plus humble ». La revue niçoise : Sud Communications n° 113 bis, de novembre 1961, sous la plume de Sacha Sosnovsky, donna le point de vue de Martial Raysse , sur l’état d’esprit en 1961 : « Sosno : Si l’on excepte le groupe restreint de l’École de Nice, existe-il sur la Côte d’Azur, un milieu pictural ? Martial Raysse : Mis à part trois ou quatre peintres d’avant-garde dont l’activité est tournée vers l’extérieur, Nice est une ville qui dérive à 50 ans au large de l’actualité. Évidemment

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De Gauche à droite et haut en bas :  Arman et Corice, en 1982 aux Ponchettes à Nice © F.A  Inauguration de l’Arc de Venet aux jardins Albert 1er en 1988. De g à d : Nivèse, Venet, Arman, Ben et Bernard Nicoletti. © F.A  Arman, Cesar et Villers  «Hommage à César» au Moulin de Mougins en 2000. De G;à D : Folon, Miotte, Arman, Tobiasse, Sosno, Nivèse, Klasen, Roger Vergé. Rotella, Hains. © F.A

on y discerne l’inévitable cloaque de peintres d’anges, qui malheureusement trouvent encore le moyen de démarquer les plus mauvais « figuratifs » parisiens…vous savez toutes les lignes qui se rejoignent…le puzzle…à l’époque de la physique nucléaire, il faut bien se rattraper à quelque chose…J’ai d’ailleurs pour ces cosmonautes beaucoup d’attendrissement, car avec un bel optimisme ils rejettent toutes les perspectives de l’actualité de l’actualité internationale et retournent directement au folklore, ce qui est très attachant car je voudrais que Nice demeure une de ces villes privilégiées où « La peinture à papa », mijotée et appréciée, se fixera en tradition comme celle des pipes du Jura ou de la dentelle du Puy. Sosno : Mais quand même, il existe une critique d’art ? Martial Raysse : Oui, oui…il y a deux ou trois humoristes qui ont raté Corot mais, croyez moi, ne laisseront jamais échapper Renoir ». Dans sa librairie ouverte en 1946, Jacques Matarasso, fut un pionnier en mettant en évidence la création contemporaine. Ainsi en 1957, Jacques accrocha une exposition « Les Minuscules » et parmi d’autres artistes « Les Cachets » d’Arman. Sa librairie, était aussi le rendez-vous des artistes. On pouvait y découvrir des livres Surréalistes et des ouvrages de bibliophilies. Une source d’information non négligeable pour les futurs écoliers de l’École de Nice, de Klein à Martial Raysse, Arman, en passant par Claude Gilli, Bernar Venet et Jean-Claude Farhi. À la même période, Ben avait ouvert son « Laboratoire 32 » au 32, rue Tonduti de l’Escarène, véritable caverne d’Ali Baba : disques d’occasion, brocante, etc, mais surtout lieu d’information et de rencontres artistiques. Ben restera aussi dans l’histoire de

l’École de Nice comme la clé de voûte et un stimulant pour la connaissance et la diffusion de l’avant-garde tant nationale qu’internationale. Il disait : « J’avais pour principe très simple d’exposer tout ce qui me choquait, tout ce qui me paraissait contenir de la nouveauté ». Provocateur, informateur, et animateur Ben a dynamisé la plupart des artistes niçois; Nice doit beaucoup à Ben... Je lui dois aussi ma rencontre avec Arman et Jacques Lepage…ce n’est pas rien! Arman, m’invita à découvrir son atelier, situé à l’époque au 9, Parc de la Californie ( carrefour Magnan) à Nice. J’étais très fébrile en franchissant la porte de son univers… des œuvres en cours d’exécution, des empreintes réalisées avec des archets trempés dans la peinture…? Et parmi des monticules d’objets hétéroclites, des sculptures et masques de différentes ethnies du continent africain…j’étais fasciné et intrigué. Arman m’expliqua les fondements de sa collection : « En 1956, j’allais souvent au marché aux puces, sur le bord du Paillon, qui n’était pas encore couvert. Il y avait de nombreuses boutiques et précisément celle de Bertrand Bottet, lui-même collectionneur. Il était surtout l’acheteur, pour le sud de la France, de Charles Ratton. Il lui indiquait ce qui se passait partout. Un jour, en me promenant aux puces, j’ai vu un masque Dan ( Côte d‘Ivoire), qui me paraissait très beau. Je l’ai acheté.

À l’époque c’était des sommes ridicules. Des petites sommes ». Arman me confia « qu’il avait reçu le choc des « Arts Primitifs » en 1955, avec deux expositions qui devaient le marquer : l’une organisée par Ratton, « Analogies », qui se tenait à la galerie Arnaud à Paris. L’autre, le 6 juillet 1957, à la « Première exposition internationale des arts d’Afrique et d’Océanie » organisée par Hélène et Henri Kamer au Palais Miramar à Cannes, visite qui confirma son intérêt pour l’art africain. « Aujourd’hui, sa collection figure parmi les plus belles du monde. Elle n’est pas encyclopédique, encore moins exotique. Elle est imprégnée d’une identité forte. Elle a une histoire parce qu’elle a été faite avec amour, passion et générosité » a écrit, le grand collectionneur et ami d’Arman, Jacques Kerchache. Arman, poursuit : « Quand j’ai commencé à m’intéresser à l’art africain, j’étais attiré par les objets recouverts de matériaux et investis d’un pouvoir magique. Ces


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« Aujourd’hui, sa collection figure parmi les plus belles du monde. Elle n’est pas encyclopédique, encore moins exotique. Elle est imprégnée d’une identité forte. Elle a une histoire parce qu’elle a été faite avec amour, passion et générosité » a écrit, le grand collectionneur et ami d’Arman, Jacques Kerchache. De haut en bas et gauche à droite :  Arman et Nivese, avec André Verdet  Arman lors d'un vernissage  Arman dans son Atelier © F.A.

fétiches qui témoignaient d’un sens de l’accumulation, me semblaient proches de certaines de mes œuvres par la multiplication des éléments sur toute leur surface et par le pouvoir de suggestion que cela leur donnait. Ma longue relation avec la sculpture africaine en tant que collectionneur m’a permis de mieux comprendre ce que devait être le « bon art ». Arman précise : « Mon dialogue avec l’art africain est en relation avec la conviction que la création artistique relève d’un fonds commun à l’humanité et que dans la découverte de solutions esthétiques l’élaboration de chef-d’œuvres dépasse les régions, les cultures et fait partie des trésors comparables en tous lieux, à toute époque à ce que l’homme a créé ». Nous en concluons avec certitude que l’art africain a fortement influencé l’œuvre d’Arman, car il a souvent intégré des pièces africaines dans son œuvre en « accumulant »… voir le catalogue de l’exposition : « Quelques Impressions d’Afrique » à la galerie Beaubourg, Château Notre Dame des Fleurs, à Vence, de juillet à octobre 1996. Lors d’un voyage en 1977 à New York

en compagnie de Jacques et Madeleine Matarasso, nous avons été accueillis dans le building - atelier d’Arman. Lors de ce séjour, il baptisa Nivèse « Barbarella », en effet avec son casque blond elle ressemblait à l’héroïne de la B.D de Jean-Claude Forest. Notre dernière visite à Arman remonte à l’été 2001. C’est aussi en compagnie de mon fidèle appareil photographique que nous allons franchir la porte du bel atelier d’Arman « Bidonville ». La maison la plus insolite de la région réalisée par l‘architecte de l’École de Nice, Guy Rottier. Des centaines de tambours de machines à laver sont accrochés sur les murs. Des milliers de téléphones mis au rebut suspendus dans une grotte en béton ? « Barbarella », sera notre guide….Arman, expliquant avec une patience d’anges, les différentes ethnies de sa collection « d’Art Premier » à « Barbarella », Nivèse. Arman, repose désormais pour l’éternité au cimetière du Père Lachaise… sur la pierre tombale est inscrit « Enfin seul »… Cher Arman, ton œuvre multiple témoignera encore longtemps de ta vie terrestre… La preuve la très belle rétrospective : Arman, jusqu’au

10 janvier 2011 au Centre Pompidou. Un catalogue de 365 pages mémorise cet événement, sous la houlette de Jean-Michel Bouhours, Commissaire de l’exposition. FA

À LIRE Arman : Mémoires Accumulés. Entretiens avec Otto Hahn, chez Belfond, 1992. Art africain et art contemporain : Quelques Impressions d’Afrique. Galerie Beaubourg. Éditions La Différence, 1996. Arman et l’Art Africain. Catalogue de l’exposition le M.A.A.O.A-Musées de Marseille en 1996. Au-delà de l’œuvre/ L’artiste : Arman, photographies de Vincent Cunilliére. Préface de Frédéric Altmann. Textes de Isabelle Sobrement, Otto Hahn, Philippe Saulle. Éditions Intediprint, Sète. À paraître : La vérité sur… l’École de Nice par Frédéric Altmann aux Éditions Images en Manœuvre .

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A RTI S TE

L aurence Jenkell “Je vous ai apporté des bonbons…” Un bonbon géant de plus de 3 mètres en marbre, c’est dur à avaler, c’est pourtant l’une de ces douceurs hors normes que Laurence Jenkell aime faire partager sans compter. Une artiste atypique par sa détermination, son énergie à produire, à se produire (la liste des lieux où elle a exposé rivalise avec celle d’un tour opérateur) car l’artiste n’a jamais cessé de creuser son sillon dans le sucre ou du moins sa représentation. À ce point on est tenté de convoquer la psychanalyse, mais Jenkell nous coupe l’herbe sous le pied : « Enfant j’en ai été privée. Aujourd’hui je prends ma revanche, j’en fais, j’en mange, j’en use, j’en abuse. C’est un vrai bonheur de travailler ce sujet qui est chargé de symboles, le désir, l’enfance, la séduction, le bonbon c’est ma madeleine de Proust ! ». Et c’est vrai qu’on pourrait frôler l’indigestion dans son vaste atelier show-room de Vallauris tant les sucreries s’y déclinent dans tous les formats (berlingots, ovales, caramels, etc..), coloris ou motifs, et dans toutes les matières avec une prédilection pour l’altuglas. Une obsession qui renvoie aux accumulations du Nouveau Réalisme aux productions sériées du Pop art. Deux courants qui n’ont pas échappé à l’artiste qui eut d’ailleurs son premier émoi face aux inclusions d’Arman quelques années avant d’assouvir artistiquement sa gourmandise et de créer son propre atelier où évolue son équipe d’artisans. Mais les bonbons quand on aime on ne compte pas, le propre de la gourmandise n’est-il pas d’ailleurs dans la démesure ?

 Laurence Jenkell © Sherif Elhage

Une drôle de confiserie Depuis 1995 les Bonbons de Jenkell ont fait quasiment le tour du globe. L’artiste est dans 11 galeries et l’une de ses sucreries trône même à Pékin au Sunshine muséum : « Au début on m’a dit ne fait pas ça, c’est un sujet qui n’intéresse personne. J’ai eu raison d’insister car le comestible sucré est un langage universel peu abordé dans l’histoire de l’art si ce n’est par Dorothée Selz et Antoni Miralda via leurs paysages meringues ou gâteaux jardins. Il n’est pas un pays où il ne soit pas présent, n’attire les regards, suscite l’envie. En Asie lors d’une exposition nous avons découvert un magasin aux rayonnages impressionnants. J’en ai tellement acheté en vue d’en faire plus tard des sculptures que j’avais un excédent de bagage ». Mais tout commence pour Jenkell le jour où lassée de réaliser des coulures de caramel sur toiles et des inclusions de friandises (shamalow, réglisses, fraises Tagada) elle s’amuse à passer dans son four des chutes de plexiglas. Le résultat l’enchante. La matière a fondu en se tordant sur elle-même. Celle qui enfant tortillait sans cesse des petits bouts de papiers vient de mettre au point un de ses process de fabrication : le Wrapping qui lui servira à conférer toute sa sensualité à ses sculptures bonbons. Une autre étape lui permettra d’offrir à son travail la lisibilité et le souffle qui lui manquaient. En 2007 elle réalise avec le concours de la Fonderie JLB son premier modèle géant en aluminium. D’autres bonbons XXL sont nés depuis, l’artiste perfectionnant sa technique et son modus operandi. « Comme je suis insomniaque la nuit je dessine. Le lendemain on retravaille le modèle à l’ordinateur. Sa vue en 3D permet d’apprécier son fonctionnement dans l’espace et de corriger les erreurs ». Pour le travail de sculpture Laurence intervient elle-même. Quand il s’agit de polyester ou plexiglas, elle découpe à la scie circulaire, fond, façonne, assemble, peint, laque, vernis etc. Pour d’autres matières elle fait appel à des intervenants extérieurs. « Le dernier en marbre de Carrare a été réalisé en Italie, ceux en métal ou aluminium dans une fonderie ». En plexiglas ses sculptures sont des pièces uniques. En polyester ou alu elles sont tirées de 8 à 86 exemplaires. Les prix de vente varient selon les tailles (de 2 à 5 mètres pour les plus grands) entre 35 000 et 75 000 euros. © Sherif Elhage


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Bonbons drapeaux Les Bonbons de Jenkell naissent au sud mais passent leur temps à voir du pays. Beaucoup d’entre eux quittent leur « confiserie » pour voyager de par le monde où ils sont exposés en galeries, lors de ventes aux enchères comme celui bicolore présenté en décembre prochain à Monaco pour « Fight Aid » et pour des événements prestigieux ou populaires. À Monte Carlo cet été les Bonbons de Jenkell reprenaient l’idée du jeu. Pour la coupe du Monde de rugby, ils enveloppaient un ballon signé par l’équipe d’Argentine. Pour les JO de Pékin ils servaient d’écrin aux mascottes, ils se sont mis au cinéma pour le FIF de Cannes, sur leur trente et un pour les griffes de mode les plus illustres Chanel, Vuitton, Gucci, Cartier. À Dubaï, Jenkell créa un Bonbon hommage à la célèbre chanteuse égyptienne Oum kalsoum. Elle fit de même pour Saint Sébastien, le Saint fétiche des gays, en habit rouge chrome transpercé de flèches. L’artiste créa aussi des Bonbons Dragons en Asie, des Bonbons en dentelles, des Bonbons Coca Cola pour le Musée de la marque à Atlanta, sans oublier une série sur les Drapeaux car on l’aura compris la douceur signée Jenkell brille par son universalité et sa faculté à s’introduire partout comme en témoigne avec malice sa dernière œuvre : un cheval de Troie en résine de synthèse remplit de sucreries. Mais c’est en intégrant l’Opera gallery que l’artiste a franchi une étape de plus vers la reconnaissance de son travail. « Je suis présente dans 11 galeries. Ce qui me permet une visibilité extraordinaire à l’international. Cette année j’ai ainsi pu aller à la rencontre de publics très différents à Paris, Monaco, Genève, Hong kong, Singapour. Je serai le 18 décembre à Londres et bientôt à Pékin où Opera gallery vient d’ouvrir un grand espace à la mesure de la Chine ». Laurence qui est également représentée en Allemagne, au Venezuela, à Istanbul, à Marrakech et qui vient de signer avec une galerie New yorkaise se partage entre son atelier et ses vernissages aux quatre coins de la planète. À peine revenue de l’Espace Cardin, elle est repartie pour Séoul alors que le pavillon Lenôtre exposait son travail durant la FIAC. Elle sera en 2011 à la foire Art Basel et nous réserve une surprise de taille pour l’été prochain. Qui a dit que le bonbon se la coulait douce ? Om

ci-dessus :  Bonbon bleu 2 mètres avec paillettes © Courtesy Jenkell

en haut à gauche :  Bonbons exposés dans la cour du jardin Plazza Athenée en haut à droite :  Bonbon Chanel, vernissage Singapour © Courtesy Jenkell

ci-dessus :  Bonbons dans la confiserie atelier de l'artiste à vallauris

ci-dessus :  Aérographie du drapeau français

© Sherif Elhage

© Courtesy Jenkell

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Chubac, 4 CV, Paris, coulées et escargots… un jeu de cadavres exquis ? Non, quelques-uns des mots clés qui jalonnent le parcours de Claude Gilli, artiste atypique de l’École de Nice… un de plus !

laude Gilli né à Nice le 15 Septembre 1938 dans une famille dont les origines niçoises remontent au XVe siècle est un cas à part dans l’histoire d’une école dont l’étiquette n’a jamais adhéré à aucun de ses participants. Gilli fut à la source même de ce bouillonnement des sixties développant au contact des premiers artistes francs-tireurs niçois son propre langage. Un univers qui le rapproche plus du Pop art que de tout autre mouvement. Mais à l’instar de ses congénères Claude entra dans la légende par la petite porte, celle de l’école buissonnière, des bistrots où l’on refait le monde, celle de la rue, domaine élu du hasard et des rencontres.

Nice-Paris Il le revendique à chaque étape de son évolution mais plus encore à ses débuts, « le hasard fut un précieux allié ». À 16 ans il rentre à l’École des Arts décoratifs de Nice où il partagera le même modèle que Matisse puis rencontrera Nicole Rondoni sa future femme : « Tout en étant passionné d’art, je m’en suis écarté assez rapidement car je sentais que le vent du renouveau venait d’ailleurs. C’est au café Le Provence que j’ai connu Martial Raysse et Chubac qui fut pour moi un guide dans l’univers de l’art contemporain ». Et autour du jeune Gilli le cercle s’élargit. Au trio qu’il forme avec Raysse et Chubac viennent se rajouter Ben, Arman, Venet et les autres. Chacun défendant son territoire « comme un chien qui pisse devant la porte aimait à dire Ben ». Mais le jeune Gilli a un atout. Il est un des rares à posséder une Vespa. Grâce à ce scooter il emmène ses amis en virées. Puis c’est sa 4 CV qui ouvre aux plasticiens « viteloni » les portes d’un nouvel Eldorado : « Nous partions de Nice à 3 heures du matin pour Paris. Pour nous c’était l’Amérique, le jazz, les expos, on y rencontrait une foule de gens incroyables ». C’est au cours d’une de ces virées que Claude découvre l’œuvre de Rothko : « Ces immenses tableaux, ces grandes barres oranges. Ce fut un choc » !

Autodafé et ex voto Désormais plus rien n’est comme avant. Le jeune homme qui voue une admiration à Nicolas de Stael comprend qu’il lui faut trouver son propre langage. « J’ai commencé par dénicher des objets vétustes chez les brocanteurs. Je me suis fait un monde d’ex votos ». Un univers de reliquaires où le mauvais goût qui l’inspire (vieilles statues, cartes postales, images pieuses) se frotte avec les icônes du nouveau monde comme les photos libertines des premières revues érotiques ». Résultat, en 1962 l’artiste brûle ses œuvres d’ado. Dans la nuit de la Saint Sylvestre ses toiles partent en fumée sur une plage de Saint-Laurent du Var. Seuls trois rouleaux oubliés dans sa voiture échappent à l’autodafé. Ils ne seront retrouvés que 30 ans plus tard. Avec la série des


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ex votos, Gilli entre en grâce dans un groupe qui ne jure que par la nouveauté. C’est dans l’antre de son chantre le plus zélé Ben Vautier que Gilli exposera avec Raysse et Chubac inaugurant le laboratoire 32, rue Tonduti de l’Escarène. Ses navettes entre Paris et Nice lui offrent l’opportunité de participer à sa première exposition dans la Capitale à la Galerie Henriette Legendre. Il y fait la connaissance de Robert Malaval : « Un comble c’est à la brasserie La Coupole qu’Arman me le présenta alors que nous étions voisins à Nice » ! Les deux compères qui résident dans le quartier du port créeront ensemble la “Galerie de la plage”, une composition à quatre mains figurant un trompe l’œil d’une vitrine de galerie, en découpage de bois peint envahie par « l’Aliment blanc ».

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Coulées et Pop art En même temps Claude rencontre avec son premier marchand Jacques Matarasso, l’un des premiers ambassadeurs de cette contre culture niçoise qui fait feu de tous bois. Sa librairie-galerie est un mouchoir de poche mais elle ne chôme pas. Et si Gilli commence à avoir la reconnaissance de ses pairs comme Arman qui lui offre une scie électrique et lui proposera des échanges d’œuvres, l’artiste ne sera adoubé en France qu’une vingtaine d’années plus tard, le MAMAC acquérant alors ses premiers travaux : « Mes ex votos ou plus tard mes découpages sur bois aux lettrages empruntés à l’univers de l’enseigne n’ont pas eu un succès immédiat. Je me suis dit si ça ne plait pas c’est bon signe.

Être apprécié rapidement, c’est louche ». Mais Claude, qui décroche en 1966 le Prix Lefranc avec ses coulées de peintures, est invité à Paris pour sa première exposition personnelle chez Yvon Lambert. « Quand j’ai eu recours aux laques de voitures, on m’a dit : Tu es fou, c’est pas de la peinture ! La coulée, c’est la couleur à l’état pur sans nuances, le pot qui dégueule. Le sujet qui sort du cadre ! ». Un an plus tard ces mêmes coulées scandaleuses le conduisent aux cimaises de l’exposition « 12 Supers Réalistes » à Venise chez Del Leone. Claude y partage la vedette avec ces Pop américains, qu’il découvre : Lichtenstein, Warhol et Wesselman. « Martial m’avait montré une fois une revue où un peintre américain travaillait sur une toile à même le sol. Cela nous avait bluffé on ne connaissait pas cette pratique. Et pour cause, nos ateliers faisait 10 m2, eux ils avaient des lofts de 200 m2 ». Un handicap qui n’empêchera pas le petit frenchy de se retrouver quelques années plus tard avec ces géants anglo-saxons dans le grand catalogue de The Mayor Gallery (Londres) à l’origine du Pop art. Et l’artiste sort de sa coquille En1968 alors que la rue gronde, Claude s’engage dans un travail en rupture avec sa période de bois colorés. « La coulée c’était l’anti Matisse. Je voulais aller plus loin. J’ai trouvé la non couleur avec le plexiglas ». Après l’apparition de la colle, ce nouveau matériau bouscule l’art plastique lui permettant de réaliser les premiers sculptures transparentes et tableaux fantômes. Mais Claude découvre en 1967 qu’une artiste américaine l’a précédé. Dépité, il décide de passer à autre chose. C’est en traversant le marché du Cours Saleya qu’il aura la révélation en voyant des gastéropodes se carapater de leur boite. Gilli invente sa peinture anthropomorphique. Klein avait ses femmes pinceaux lui se servira d’escargots qu’il trempe dans la peinture et lâche sur la toile. Ces « agressions d’escargots vivants » font sensation lors d’une exposition parisienne. L’artiste se retrouve aux fameuses actualités de la Gaumont dans les salles obscures puis sur le petit écran chez Philippe Bouvard où il réalise un happening. Toutes les revues internationales se précipitent dans son atelier du quartier latin. « Les télévisions anglaises, italiennes, nippones ont débarqué. J’ai fait le tour du monde. Je suis même passé dans le Journal de Mickey. Mais j’en ai vite eu marre qu’on me prenne pour le peintre aux gastéropodes. Je me suis fâché, les médias déformaient tout, pour faire un scoop destiné à tourner en ridicule l’art contemporain ».

Le Ci-contre :  Travail de sept escargots, Aquarelle 91x70 cm, 1977  Femme allongée au cactus, 2005 © Hugues Lagarde

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en haut de gauche à droite :  Trytique de l'amour, Bois peint et collage, 1964  Claude gilli dans sa cuisine, 1962 ci-dessous :  Quatre femmes dans l'ovale, 2005

Pour l’artiste c’est une période intense d’expositions internationales dont celle qui coupe le ruban en 1977 du Centre Beaubourg avec « L’École de Nice ». Alors qu’il sait depuis une dizaine d’années qu’il est touché par la maladie, Claude constate le développement de celleci qui le conduira dans les années 80 à se déplacer en fauteuil roulant. « La maladie s’est déclenchée au moment où j’avais envie de bouffer le monde. Je devais partir à New york avec Arman, comme assistant : c’est Venet qui a pris ma place. Ce fut difficile à accepter mais je me suis dit il y en a d’autres avant moi qui ont travaillé malgré l’infirmité : renoir, Matisse, Hartung. Cela m’a aidé à franchir ce cap ». Depuis qu’il est handicapé Claude n’a jamais autant travaillé adoptant le principe de l’atelier d’artiste comme César. En 1985 il réalise ainsi sa première œuvre monumentale à Acropolis initiant ses premières sculptures métalliques boulonnées, « démontables pour être facilement transportées ». Parmi ses 78 expositions personnelles (dont la majeure partie à l’étranger) celle de 1999, au MAMAC marquera l’enfant du pays : « 100 œuvres y furent présentées. Jean-Louis Prat m’a dit c’est superbe mais il y a juste un tableau en trop. Il avait l’œil ! ». Pierre restany aussi. Dès ses débuts le critique d’art soutiendra l’artiste dans une carrière qui lui vaut d’être représenté à Paris (Galeries Alain Matarrasso et Laurent Strouk), en Angleterre (James Mayor), en Belgique et à Vence (Guy Pieters) ainsi que dans les plus grandes collections privées du monde et dans une dizaine de collections publiques dont Le MAMAC, le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris et celui des Beaux-arts de Bruxelles. « Mon amitié avec Pierre remonte avant son manifeste du Nouveau

réalisme. un courant qu’il tua à Milan en 1977 en notre présence. C’est ce qu’aurait dû faire Alexandre de la Salle avec L’École de Nice qui a connu son âge d’or il y a 50 ans. Cette longue agonie est inutile. Aucun mouvement n’a duré plus de 20 ans. Le monde change et l’art avec lui ». En attendant Claude Gilli qui travaille et vit toujours à Nice avec son épouse Nicole, au cœur de ville, là où il fit ses débuts, continue d’exposer partout en Europe. Om


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LITT é R A TURE

Didier Van Cauwelaert Le romancier habite tout près de Paris mais son cœur n’est jamais vraiment très loin de Nice, la ville qui l’a vu naître. De romans en pièces de théâtres, de spectacles musicaux à la réalisation de films, l’écrivain questionne le monde à travers ses personnages dans la richesse et la diversité de son oeuvre. On le croise, on échange facilement et l’on repart avec un sourire qui en dit long sur sa passion de l’écriture, de l’imaginaire et du partage… Interview réalisée par Rodolphe Cosimi, octobre 2010 Didier van Cauwelaert. Être écrivain comme vous l’êtes, c’est un métier ? une passion ? une vocation ? C’est une vocation qui est devenue un métier, sans cesser d’être une passion. On vous attribue très souvent une réussite rapide et pourtant, vous avez eu à surmonter de bien nombreux obstacles, et cela depuis tout jeune. Comment s’est déroulé ce véritable parcours du combattant ? La grande chance, c’est de savoir très tôt ce pour quoi l’on est fait, ce qu’on est prêt à risquer, à sacrifier… Le reste est une affaire de travail, de circonstances, de rencontres, d’obstination. Il faut trouver son chemin sans se perdre en route. Il faut avouer une certaine dose d’obstination pour avoir gardé le cap toute ces années dans un milieu où les places sont chères. Où avez-vous puisé ce courage à toute épreuve ? En quoi vous êtes-vous

accroché pour parvenir à votre but ? On s’accroche au rêve, aux encouragements, à la fierté de prendre des risques au nom d’une passion… Et puis je n‘avais pas de position de repli, pas de « métier de secours ». Je n’en voulais pas, dans une sorte de prudence paradoxale. Les acrobates, quand ils n’ont pas de filet, savent qu’ils n’ont pas le droit de tomber. Vous êtes installé actuellement près de Paris, dans un coin de campagne, mais vous êtes natif de Nice. La Côte d’Azur ne vous manque t-elle pas ? Montherlant disait : « Un foyer n’est pas un lieu où l’on séjourne, mais un lieu où l’on revient. » Quand la Côte d’Azur, ma famille et mes amis me manquent, je reviens. Mais je travaille mieux dans la forêt, le silence, Didier Van Cauwelaert le froid. Paris, Nice ou ailleurs. Quelles sont les pourquoi mes narrateurs sont souvent des conditions qui vous permettent de trouver gens ordinaires à qui il arrive des choses l’inspiration et vous amène à vous plonger extraordinaires, qui leur permettent de dans de nouveaux projets d’écriture ? repousser leurs limites en découvrant qui Ça ne se dit pas, mais, par rapport à l’inspi- ils sont vraiment. Le facteur déclenchant ration, je suis souvent en état de résistan- peut être l’amour, l’amitié, la manipulation ce. Le travail de l’imaginaire est comme un « révélatrice », les mystères de l’identité… entraînement de sportif : plus j’écris, plus Lorsque j’aborde les phénomènes de choses demaninexpliqués, c’est leur conséquence dent à être écrites. qui m’importe Pour me lancer dans bien plus que leur un nouveau projet, il nature. Et l’hufaut que je ne puisse mour qu’ils génèpas faire autrement. rent par la perturQuand la pression inbation. Un critique térieure est trop forte, a dit que j’étais quand le projet demanun « hyper-réaliste de à « sortir », je cède. du surnaturel ». Le problème n’est pas J’ajouterai : « Et inde trouver l’idée, mais versement. » Mais le temps et l’énergie le plus important nécessaires à sa mise pour moi, c’est le Le Rattachement et Thomas Drimm 2 en forme. style, pas le genre. À travers tous les livres que vous avez Le style, c’est à la fois un regard, une muécrit, le lecteur même novice, peut ressentir sique, et un travail d’artisan où l’on ne doit une «patte» Van Cauwelaert. Selon vous, pas sentir l’effort. serait-ce l’évocation du paranormal que Quelles sont les références littéraires qui l’on retrouve dans la plupart de vos écrits ? vous ont aiguillé et conduit dans votre proOu une stylistique particulière qui en est la pre voie d’écriture ? Les écrivains qui vous raison ? ont marqué durant votre carrière ? J’essaie d’aborder les thèmes les plus com- Tous ceux qui allaient dans le sens de mon plexes de la manière la plus simple. C’est écriture, plus loin et mieux. Marcel Aymé,

© Denis Félix

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Romain Gary, Diderot, Balzac… J’ai commencé à écrire à huit ans, avant d’avoir vraiment lu : leur influence n’a donc été qu’une confirmation, un stimulant. Pas un « modèle » qui risque d’étouffer la personnalité. De nombreux prix littéraires ponctuent votre parcours impressionnant (Prix Del Duca en 1982, prix Roger Nimier, prix Goncourt en1994, Molière en 1997, Grand Prix du théâtre à l’Académie Française, prix Marcel Pagnol, prix Nice Baie des Anges en 2007, etc…). Qu’est-ce que cela change pour un écrivain d’être consacré de la sorte ? Je n’aime pas la consécration : j’aime les cadeaux, et je dis merci. Mais les cadeaux ne m’ont jamais « changé ». Le plaisir, le rayonnement qu’ils apportent n’est qu’un encouragement à rester soi-même tout en allant plus loin. Avec votre précédent roman publié chez Albin Michel, Les témoins de la mariée, le lecteur peut partir à la découverte d’une histoire encore empreinte d’empathie pour l’humain. Un roman sur l’amitié qui part d’une situation, une fois de plus on ne peut plus cocasse… Comment imaginez-vous de telles histoires et comment naissent ces étonnants romans ? Je pars toujours d’une situation inattendue qui perturbe et révèle. Parfois la vie m’apporte ces situations, parfois je les invente de toutes pièces. Mais il m’arrive souvent des choses qui me ressemblent. La matière romanesque, on la produit aussi dans la réalité. Je traite souvent ma vie comme mes romans. Folie, rigueur, prises de risque au service d’une harmonie retrouvée… J’ai besoin de construire et de reconstruire. Une pièce de théâtre également fait partie de votre actualité, Le Rattachement. Une pièce qui raconte le rattachement du Comté de Nice à la France, voulu par Napoléon III. Pourquoi avoir choisi de traiter parti-

photos © H Lagarde

Photos de la pièce Le Rattachement donnée à Nice en juin 2010, Mis en scène par Daniel Benoin, avec Mélanie Doutey, Alexandra Lamy et Samuel Labarthe,

culièrement de ce sujet historique ? Une façon de souligner votre lien étroit et votre affection pour Nice ? La pièce était une commande de la Ville de Nice, que j’ai acceptée lorsque j’ai trouvé mon « angle d’attaque » pour traiter ce moment d’histoire qui me tient à cœur. J’ai imaginé qu’avant de venir au monde, chacun de nous dépose un projet de vie comme un aviateur dépose un plan de vol, et doive justifier ce projet devant une sorte d’examinatrice. Mettre en scène Napoléon III défendant son incroyable destin « à venir » était une rare jubilation. Mis en scène par Daniel Benoin, avec Mélanie Doutey, Alexandra Lamy et Samuel Labarthe, ce spectacle a remporté à Nice un immense succès public et critique, au mois de juin. Le reverra-t-on ? Publiée chez Albin Michel, la pièce a été filmée par France Télévisions, lors des représentations à Nice, et sera diffusée prochainement sur France 2. Un projet de reprise à Paris se profile également. Avec ce projet, pensez-vous que le théâtre apporte une perspective nouvelle à l’écrivain ? J’aime alterner la solitude du romancier et le travail d’équipe au théâtre ou au cinéma. Chaque aventure apporte une nouveauté

dans la continuité. Là, je vis à fond le succès de Thomas Drimm, « la série jeunesse que les adultes s’arrachent », comme dit la critique. Le tome 2 vient à peine de paraître chez Albin Michel que les projets d’adaptation audiovisuelle se bousculent. Quant à votre roman Hors de moi, acheté par le cinéma américain, il vient d’être tourné avec Liam Neeson et Diane Kruger. Pouvez-vous nous en dire plus ? L’adaptation américaine est formidable, mais je n’ai pas encore vu le film qui est en fin de montage. En tout cas, je ne pouvais pas rêver d’un meilleur casting. Après 40 ans d’écriture, songez-vous à ralentir le rythme ou bien au contraire l’amplifier ? Je ne décide rien d’avance. Mais je n’ai pas l’intention de m’économiser avec l’âge, au contraire… C’est un tel bonheur de vivre sa passion, quel que soit le mal qu’on se donne… On vous sent très accessible lorsque l’on vous rencontre, au détour d’un festival ou d’un événement littéraire, une simplicité et une ouverture sur l’autre qui enthousiasme. Pour celui ou celle qui n’a pas eu encore la chance de vous rencontrer, quel conseil donneriez-vous à un jeune auteur aujourd’hui ? « N’écoutez personne, sauf si les conseils confirment vos intuitions, vos questionnements, alimentent votre besoin de progresser dans votre direction ». RC


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Jeffrey Hessing Couleurs des trois continents

© H Lagarde

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Ci dessus, de gauche à droite  Jeffrey Hessings dans son atelier  Détail d'un œuvre  A man in the Street 130x89cm  Hand held Rocket Launcher 130x162cm  Détail de l’atelier  Interiors 81x65 cm  Ruins 200x300cm Page de droite :  Jeffrey Hessing et son atelier.

© H Lagarde

Sauf mention spéciale, photos Courtesy Jeffrey Hessings


Au croisement du réalisme de New York, des souvenirs de Saint Paul de Vence et de l’inspiration niçoise, Jeffrey Hessing est un autodidacte. Peintre par définition, ses œuvres mélangent la guerre, la joie, la famille, les paysages, toujours avec la même prédilection : la couleur dans tous ses états ! Sauvage dans le petit monde d’art local, Jeffrey Hessing raconte sa vie à travers des séries qui ne laissent pas indifférent l’œil social d’une réalité mondiale. Comme sa série « War », une déclaration sévère contre la guerre d’Afghanistan… Rencontre avec un artiste aux origines américaines qui conjugue l’amour de la peinture et la complicité des couleurs.

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À

spectateur à regarder le monde avec des yeux et couleurs différentes. Fluides en aquarelles, elles remémorent celles de Turner à la fin de sa vie ou les paysages de Raoul Dufy. Installé à Vence après son séjour d’un an à la Fondation, Jeffrey Hessing continuera la peinture entre les séjours à New York et Boston, sa ville d’accueil et plus tard l’Asie. Ce dernier emblème de son parcours lui ouvrira les énigmes de la nuit. Toujours en couleurs, parfois chargées de sentiments, les peintures « Shanghaï » et « Night Lights » rappellent les traits d’une enfance passée en plein cœur d’une ville en mouvement.

Un tableau ça évolue, comme la vie ! Ses peintures de paysages et d’intérieurs invitent le

Mes peintures ne racontent pas d’histoire Ce qui bouleverse dans le travail de Jeffrey Hessing c’est la jonction entre la beauté des natures, le comblement des grandes villes et la fureur d’une de ses dernières séries, « War ». L’art de la guerre, selon l’artiste, dérive d’un besoin rebelle de retranscrire sa vision des personnages et des cadres. On retrouve en premier plan les « French Soldiers en Afghanistan » suivis des « Palestinian Gunmen », sous les regards des « Femmes en Bagdad ». Depuis 8 ans déjà, cette série fait le tour de ses vécus, de ses regards de photos publiées dans les journaux mondiaux au temps des guerres actuelles. Car il aime les contrastes, autant dans la vie que dans les peintures. « Je l’ai fait pour toucher les gens, mais je suis contre la guerre, je suis un vieux hippie ». Jeffrey Hessing laisse naître dans cette démarche, des couleurs fortes sur la toile : le rouge, le bleu, le violet, la force rejoint le parcours d’un artiste qui peint ce qu’il ressent. Actuellement en exposition à la Galerie de l’Evêche à Vence et au Pucker Gallery de Boston ! AG

l’âge de l’initiation, Jeffrey Hessing se lance dans l’Art à la vitesse d’un rollercoaster américain. À 20 ans, il est déjà aux côtés de Leonard Baskin, sculpteur et artiste graphique, dans un Private Study qui le condamnera à une vie d’artiste. Il choisit alors de quitter ses études pour accompagner son Maître dans le chemin de la découverte. Au début, il privilégie le dessin à l’encre. Très vite, l’atelier de son Maître chargé de tableaux et de paysages, lui fait découvrir sa vraie illusion, la seule voie du déchaînement joyeux, la peinture. Son goal suprême, donner sa vision et répondre au monde physique « dans une exploration sans fin ». Passion en poche, Jeffrey Hessing est invité en 1980 à séjourner à la Fondation Karolyi à Saint Paul de Vence. Il travaille sur les paysages, inspiré par l’apprentissage à l’ancien de Baskin et la « richesse culturelle de l’Europe ». Voyageur dévoué, son circuit traverse aussi les Alpes de Chamonix, où il rencontre des personnes auxquelles il rend hommage à travers des petites histoires tenues publiques dans son « Journal ». Quelques années plus tard, la Chine lui fait voir d’autres couleurs de la nature, à Hanghzhou ou Dianshan Lake.

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www.oeil-neuf.com • Illustration : S. Neidhardt

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Artcotedazur N°14  

Artcotedazur Arts and Culture on the French Riviera. Theaters, Gallery, Exposition, Entertainment, Photos. The most beautiful aspect of the...

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