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L ES ARBRES

VÉNÉRABLES


Conception et mise en pages : Yves Setton. Photos © Jérôme Hutin. Les gravures proviennent d'une collection privée. © Editions Jean-Claude Lattès,2003.


Jérôme Hutin

L ES ARBRES

VÉNÉR ABLES Le tour du monde des géants millénaires


A ma tendre maman,

A Lai Wen Yan, mon âme sœur,

A tous les enfants de la Terre qui ont l’avenir de la Planète dans leur cœur et dans leurs mains,

A tous les arbres vénérables.


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INTRODUCTION

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endant des milliers d'années,de part et d'autre de la planète,l'homme a vécu au milieu des arbres,les respectant,les sacralisant parfois. L'arbre,qu'il ombrage depuis des générations une place de village,commémorant une date historique ou une personne,qu'il figure sur l'armorial d'une famille ou qu'il se situe aux confins des forêts multimillénaires,nous a apporté oxygène,nourriture,combustible,habitat,confort,fraîcheur,joie,tristesse,espoir,volonté de vivre

en harmonie. Mais qu'en est-il aujourd'hui ? Ma passion pour les arbres,mon travail de photographe,m'ont conduit à travers le monde,à la recherche d'arbres vénérables. J'ai pu,lors de mes voyages,en voir de magnifiques,souvent très anciens,difficiles d'accès pour certains,comme les Thujas plicatas de la Colombie britannique,bimillénaires des forêt pluviales ori-

ginelles dont quelques-uns mesurent plus de dix-huit mètres de tour et quatre-vint-cinq mètres de haut. J'ai été émerveillé par les Séquoias d'Amérique ou les Eucalyptus de Tasmanie,mesurant plus de cent mètres de haut. Et j'ai pris conscience, avec admiration, que ces arbres gigantesques étaient nés d'une graine minuscule contenant toute l'énergie vitale nécessaire à leur croissance hors du commun. J'ai malheureusement compris également que de nos jours l'arbre a été banalisé,démystifié et n'est souvent devenu qu'un élément de la seule économie. C'est ainsi que l'homme n'hésite pas à raser de la carte des forêts pluviales comme celles où vivaient des Sapins de Douglas vieux de plus de treize cents ans. En effet, bien souvent,ces forêts originelles ne sont pas protégées,comme en Tasmanie par exem ple. Elles sont alors massacrées,abattues et,pour ce qu'il en reste,brûlées au napalm. Depuis près de dix ans,je photographie les vieux arbres et j'ai pu constater au fil des années,que,seul,l'arbre n'a pas grand sens,ne donne qu'une image de peu d'intérêt. J'ai appris qu'il faisait partie d'un tout et vivait en harmonie avec son environnement,des myriades de vies animales,végétales,minérales qui dépendent de

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lui,comme lui dépend des saisons. En détruisant sans discernement des forêts entières,on détruit en même temps un important écosystème remontant parfois à des millions d'années. Que nous le voulions ou non, nous sommes liés à l'arbre,aussi,arrêtons l'hécatombe ! En 1989, j'ai débuté ma carrière de reporter-photographe des arbres par les spécimens historiques de France,de Dordogne pour commencer. C'est l'association Mathusalem qui m'a,en quelque sorte,mis le pied à l'étrier. Après avoir photographié pour elle des arbres de la Liberté,comme l'orme de Salignac,j'ai poursuivi mes recherches sur la France entière,m'attardant plus particulièrement sur le symbolisme de l'arbre ancien. Cela m'a permis de rencontrer d'éminents botanistes,historiens ou écrivains. Dans un deuxième temps,l'idée d'un tour du monde des arbres vénérables a peu à peu mûri,ainsi que celle d'une exposition, en grandeur réelle,destinée à sensibiliser les peuples du monde entier au devenir de l'arbre et des Hommes. Une force interne m'a poussé,m'a dirigé pour faire aboutir mon projet et ma volonté de faire réagir le public aux questions de l'environnement et aux problèmes écologiques,tout cela à travers l'âme des Vieux Arbres. Aux quatre coins du monde,j'ai rencontré de nouveaux amis,j'ai découvert des lieux extraordinaires, des arbres vénérables qui ont vu passer des générations d'êtres vivants,qui ont résisté à mille fléaux,mille batailles. Pourront-ils cependant survivre encore longtemps à la pollution quotidienne,qu'elle soit aérienne, terrrestre ou souterraine ? Déjà quatre-vingt dix pour cent des forêts originelles mondiales ont disparu ainsi que leurs écosystèmes. Et sur les pauvres dix pour cent qui restent,la moitié à peine est plus ou moins protégée, le reste étant à la merci des compagnies forestières et des gouvernements. Dix pour cent des espèces d'arbres connues sont en péril ou en voie d'extinction. Un quart des forêts européennes sont malades ou meurent, sous l'effet des pollutions produites par les industries, les véhicules motorisés, les pluies acides. Dans le nord-est des Etats-Unis et au Canada,un grand nombre de lacs sont morts et les Sapins rouges agonisent sous l'effet des silicates d'aluminium,résidus des métaux lourds. Le métal ronge les racines et les arbres ne peuvent plus absorber et transporter les éléments nutritifs dont ils ont besoin,tels le phosphate, le calcium et le magnésium,fertilisants essentiels. Alors affaiblis,ces arbres résistent de moins en moins aux attaques de toute sorte et meurent. Et,réaction en chaîne,les forêts de la planète qui périssent s'accompagnent de l'extinction massive d'espèces vivantes. On estime entre trente et cinquante mille,les espèces de plantes et d'animaux qui disparaissent chaque année et les experts affirment que la cause princi pale en est la destruction des forêts mondiales. La couche d'ozone arctique est vingt-cinq pour cent plus fine qu'en 1980,le niveau de dioxyde de carbone a doublé en à peine plus de cinquante ans ! Les Nations unies constatent que plus de cent espèces meurent chaque jour et qu'il serait nécessaire,au cours des trente prochaines années de nettoyer les eaux souterraines contaminées... N'est-il pas alors primordial de s'occuper sérieusement de notre environnement ! Comment les arbres vénérables, qui ont vécu longtem ps sans connaître les dangers de la pollution atmosphérique ou souterraine,résisteront-ils à tant d'agressions ? Même si des lois sont édictées pour les protéger,suffiront-elles si on ne s'occupe pas de la planète entière et si l'on ne fait rien pour stopper

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les pollutions. Que ce soit nos Chênes sacrés chers aux druides de Brocéliande, ces Châtaigniers aux fruits généreux, ces Noyers au bois précieux, ou bien encore les Cèdres rouges de l'Ouest canadien, les Séquoias géants de Californie,les Baobabs d'Afrique,les Banians de l'Inde,tous ces arbres et bien d'autres forment notre patrimoine et doivent être protégés et préservés des agressions humaines. Nous ne sommes que passagers sur cette terre et il nous revient d'épargner notre héritage. L'Arbre,source de vie,dont les branches pourraient être l'emblème - et le sont parfois - d'une province,d'un pays doit être défendu par des lois strictes. C’est pourquoi,je désire plus que tout que différents vieux arbres soient inscrits au Patrimoine végétal et culturel mondial et j’espère y arriver avec le soutien de l’Unesco et de l’IUCN. Arbre de vie,c'est le nom que l'on donne aussi à l'Arbre de Liberté,symbole de la liberté,mais ausi de la nature et de la vie. Emblème des acquis de la Révolution française,il a persisté bien au-delà de cette période pour se répandre à travers le monde que ce soit en Italie,en Inde,au Sénégal et même en Chine. Il a fasciné les peuples du monde entier : il est un symbole de fécondité,de renaissance,parfois un monument religieux substitué à la croix. Dans le monde rural,il est devenu un symbole des temps nouveaux. Que ce symbole d'Arbre de vie soit notre signe de ralliement dans ce voyage à travers les arbres vénérables de nos cinq continents !

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epuis des millénaires des arbres ont poussé partout sur la terre,formant de vastes forêts mais s'accrochant aussi à des parois rocheuses abruptes, se

nichant dans des vallées obscures,traversant des grottes. Leur quête de nourriture leur a demandé parfois mille détours et une infinie patience mais ils ont réussi à survivre. Certains sont devenus des arbres majestueux,respectables et, dans nos terroirs de France, leurs frondaisons ayant pris de l'âge ont suscité des cultes,des mythes, des histoires locales. D'autres ont poursuivi leur long chemin de vie dans un certain anonymat. Pourtant s'ils étaient doués de la parole,ils pourraient nous raconter les exploits de Roland ou du roi Arthur,nous livrer les secrets de la magie de Merlin l'enchanteur. Ils pourraient nous évoquer saint Louis rendant la justice,ou Colbert recommandant de planter des ormes en bordure des routes. Ne sont-elles pas ces vieilles frondaisons les seuls témoins vivants de notre histoire ancestrale.

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FRANCE

ET ALENTOURS

France / Sicile / Suisse et Belgique / Allemagne 15


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'est il y a une dizaine d'années que je commençai ce que l'on peut appeler ma « croisade des arbres ». Je voulais percer leurs secrets,les faire connaître,aider à les préserver. Dans nombre de nos communes, en effet,

les

arbres,même les plus vénérables sont souvent,pour peu que certaines de leurs branches soient malades,

considérés comme « dangereux » et au nom de la « sécurité publique » trop souvent abattus. C'est tellement plus facile que de les entretenir !

L'Orme (Ulmus campestris) de Salignac (Dordogne) Depuis le Moyen Age,l'Orme a été l'un des plus beaux joyaux de nos régions françaises. Il a servi de limite ou de point géodésique, il a été marié à d'autres végétaux, comme à la vigne dans quelques bourgades du Gers ; mais,surtout,il a orné les places de nos villages. L'Orme de nos grand-places est généralement âgé et peut atteindre plus de trois cents ans,trônant alors dans toute sa majesté. Nos Ormes les plus célèbres sont ceux de

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Salignac Eyvigues en Dordogne, de Biscarosse dans les Landes,du Caylar dans l'Hérault,ou de Gorbio dans les Alpes-Maritimes planté en 1713,sans oublier celui de l'église Saint-Gervais à Paris, renommé au XVIIe siècle pour ses propriétés thérapeutiques ; son écorce,disait-on, était efficace contre l'hydropisie et les rhumatismes. Celui d'Argelès,en Gascogne,tombé en 1833 et remplacé par une fontaine,servait de cachette comme d'autres,à la campagne, pouvaient servir d'ermitage, d'échoppe aux artisans. L'Orme était considéré comme sacré et, traditionnellement, on ne le coupait pas,le laissant mourir de sa belle mort. Cependant,jadis,on pensait à en replanter d'autres pour « assurer la succession ». Baptisé « Messidor » par l'association Mathusalem Dordogne, l'Orme de Salignac est immémorial ; les enfants du village,leurs parents,leurs grands-parents,leurs aïeux l'ont connu. Agé de plus de trois cents ans,cet arbre, unique en son genre, est parmi les derniers ormes de France. S'il paraît à première vue toujours aussi gros,aussi beau, aussi vénérable, il n'en est pas moins vulnérable malgré la puissance de ses racines qui s'étendent fort loin. Démuni de ses branches charpentières depuis plus de trente ans, il avait réussi à reformer une ramure d'une taille impressionnante jusqu'à ce qu'il perde, en juillet 1994,une grosse branche. Le maire,alerté,demanda à un arboriste,William Moore,de l'expertiser. Un bilan phytosanitaire fut établi. Le tronc creux,dont la paroi à certains endroits ne dépassait pas les cinq centimètres,donnait à l'arbre une assise fragile. On décida donc d'une taille douce, raisonnée, et d'un haubanage. Cette taille avait pour but d'améliorer la surface foliaire, celle-ci devant être très dense pour nourrir et générer du bois jeune et sain aux endroits affaiblis afin de les consolider. Il fallait bien sûr tenir compte également de la position urbaine de l'arbre et de son mauvais état structural.

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L’OrmedeSalignac. Des générations successives l’ont vu grandir et s’étoffer. Il avait résisté à bien des orages, mais celui demai 1999 lui fut fatal.


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Tailler délicatement l'Orme de Salignac devait augmenter sa santé, sa pérennité, tout en réduisant la prise au vent de la couronne. On supprima donc bois mort et branches dépérissantes,on allégea la couronne,on éclaircit les rameaux péri phériques,on délesta les branches les plus lourdes. Mais cela ne suffit pas,des risques de rupture étaient encore possibles. C'est pourquoi un haubanage fut spécialement réalisé : un mât en acier de quinze mètres de haut fut installé verticalement à l'intérieur du tronc creux d'où partaient seize haubans munis du système Cobra. Aucun étranglement n'était possible, et aucune perforation ne fut réalisée. Les trois charpentières furent reliées entre elles et si,par malheur,une de ces branches venait à se rompre,elle resterait pendue au câble. Cependant à l'été 1998,une attaque de galeruque entraîna une perte à soixante-dix pour cent de la surface foliaire, ce qui nécessita, à ma demande, un traitement phytosanitaire. Malheureusement, à peine un an plus tard, une autre branche charpentière ne résista pas à la violence d'un orage nocturne. Pensant que le tronc et les assises des charpentières avaient été endommagées,le maire décida un élagage com plet de la ramure du vieil orme sans réfléchir à une autre solution - qui se pratique en France comme à l'étranger - le support par en dessous des autres branches charpentières. J'étais alors en Australie et ne pus faire bénéficier de mes conseils la munici palité de Salignac. Espérons que d'autres erreurs ne seront plus commises et que l'arbre sera encore mieux respecté,pour qu'il demeure pour bien des années encore le rendez-vous des commères,des écoliers,des habitants de Salignac. Il serait bon aussi que la munici palité pense à faire pousser de jeunes ormes provenant de boutures de celui-ci qui est, sans contexte,un arbre exceptionnel.

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Dans la mythologie,l’Ormeétait l’arbre d’Oneiros,fils de la nuit et des songes. L’OrmedeSalignac est un vénérable, âgé detrois cents ans.


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Biscarosse,l'Orme (Ulmus campestris) qui se souvient (Landes) Symbole de la ville de Biscarosse,dans les Landes,c'est un ancien Orme de Justice,de huit mètres cinquante de haut,et qui aurait plus de six cents ans. Il serait le doyen de tous les ormes cham pêtres de France depuis que celui de Cassignas (Lot et Garonne) a été brûlé. Il a également une particularité qui lui est propre : chaque année,alors que le feuillage nouveau déploie un vert éclatant, une couronne de feuilles blanches apparaît : « l'Orme se souvient ». On raconte,en effet,qu'à la fin de la guerre de Cent Ans,une jeune fille fut accusée à tort

L’OrmedeBiscarosseest ledoyen des ormes champêtres deFrance. Il aurait plus desix cents ans.

d'avoir trahi son promis et dû subir le châtiment alors en cours : être exposée nue au pied de l'Arbre de Justice. Elle fut donc enchaînée au clou du vieil orme. Désespérée, en larmes, elle appuya sa tête sur la face rugueuse du tronc des réprouvés et sa douleur était si grande qu'elle en mourut. Depuis, là où la jeune fille avait posé sa tête, l'arbre fit éclore une couronne de feuilles blanches, blanches comme la pureté de cette jeune innocente. Bien sûr,ce phénomène peut être le fait d'une mauvaise alimentation en sève ou en chlorophylle, mais cette exception végétale se répète régulièrement et toujours à la même époque. Alors ! Souhaitons à l'Orme de Biscarosse que sa légende lui prête vie encore longtemps ! Ma quête des vieux arbres a favorisé de nombreuses rencontres. C'est ainsi, grâce à l'ancien président de Mathusalem Dordogne,Jean René Bousquet,que je fis la connaissance de Cyrille Albert, qui recensait les vieux arbres des deux Charente. C'est avec lui que j'ai parcouru des kilomètres à la recherche du plus vieux chêne de France,peut-être même du monde,dont l'âge reste encore incertain. Fort longtemps oublié car délabré et foudroyé dans les années 40, il avait été déclaré mort par des

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Pagededroite: L’OrmedeGorbio (Alpes-Maritimes).


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scientifiques qui n'avaient pas même pris la peine de venir l'examiner. Cyrille ne voulut pas les croire et s'attacha à son histoire.

Le Chêne de Montravail (Charente-Maritime) C'est au temps de l'indépendance gauloise,dans un bois perdu près de la cité de Santonnes (Saintes) qu'un chêne issu d'une merveilleuse lignée allait connaître un destin exceptionnel. Déjà fort âgé lors de la naissance du Christ,il vit défiler les invasions barbares et chasser les premiers rois de France. Mais, les siècles passant, les flancs de l'arbre se creusèrent et s'ouvrirent,présentant une cavité si profonde qu'elle aurait servi de repaire à une bande de brigands. Lorque les seigneurs Pitard de Montravail bâtirent leur logis,l'arbre se retrouva dans la cour intérieure et ses abords furent aménagés. Si la mare n'est plus aussi grande,elle existe bien toujours. Sa cavité interne fut agrandie et on y installa un salon de trois à

LeChênedeMontravail,au début du XXe siècle. Découvert en 1832,il aurait,dit-on,près dedeux milleans.

quatre mètres de diamètre sur trois mètres trente de haut auquel on accédait par une porte vitrée ; une petite fenêtre laissait passer la lumière. On pouvait,dit-on,y placer une table ronde permettant un repas de douze couverts. Découvert en 1832 par un naturaliste de La Rochelle, Charles d'Orbigny, il resta ignoré jusqu'en 1843. Un large échantillon en avait cependant été prélevé dans le haut de l'entrée ce qui permit de connaître son âge : près de deux mille ans. Son tronc mesurait vingt-six mètres de tour au sol, il portait des branches de un à deux mètres de diamètre allant jusqu'à quarante mètre de long. L'heure de gloire du Chêne gaulois allait sonner ! Hélas ! elle ne dura pas plus de cinquante ans. En 1883, le Logis Pitard de Montravail changea de propriétaire et notre vieux chêne faillit être transformé en bois de

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Pagededroite: LeChênedeMontravail, ledoyen denos région françaises.


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chauffage. Heureusement le maire de l'époque et un professeur de botanique de l'école navale de Rochefort le sauvèrent de justesse. Cependant,dès 1884,des branches furent abattues et en 1900 il ne restait plus qu'un tronc fantomatique,rongé par les capricornes et l'humidité exsudée par la mare ; il ne possédait plus qu'une branche et n'avait plus de porte. En dépit de ses avatars,le Chêne,dit gaulois,suscita encore une querelle,en 1906 et 1907,entre un professeur allemand qui allégua que c'était là le plus vieux et le plus gros chêne du monde et deux érudits locaux qui, après vérifications sur place, condamnèrent l'arbre qui ne pouvait avoir tout au plus que mille cent cinquante ans,peut-être même seulement sept cent cinquante. Mais les dimensions inscrites sur leur rapport sont inexactes par rapport à la réalité ! En août 1941, la foudre s'abattit sur le vieil arbre et fracassa la dernière branche qui, en tombant, aurait embarqué au passage une partie du tronc. De quoi annoncer officiellement la mort de l'ancêtre, ce que s'empressa de faire le journal local... sans vérifier sans doute ses informations. En effet,quand Cyrille Albert décida de s'occuper de ce chêne, il trouva la branche incriminée toujours présente. Depuis 1990,il s'est rendu plusieurs fois sur le terrain,entreprenant des soins divers pour se débarraser des voraces capricornes et des infiltrations d'eau. Le plus gros resterait pourtant à faire : il faudrait qu'un mécène,avec l'approbation écrite des propriétaires, finance complètement la restauration de l'arbre vénérable, sous l'égide peut-être d'une fondation. Mais il pousse encore d'une façon remarquable et donne toujours quelques glands. Son âge ? Lui seul le connaît,il aurait cependant,selon toute vraisemblance plus de deux mille ans et,suivant des calculs dendrochronologiques,près de deux mille cinq cents ans.

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Le Chêne d'Allouville-Bellefosse (Seine-Maritime) A la fin du XIXe siècle,un naturaliste de grand renom, Henri Gadeau de Kerville, auteur de livres sur les insectes et président de la Société des amis des sciences naturelles de Rouen,entreprit une sorte de croisade photographique des vieux arbres de Normandie. Sa collection de plaques photographiques est conservée au Centre de documentation sur le milieu naturel de Rouen. Parmi ces spécimens,le Chêne d'Allouville est le plus spectaculaire de Normandie. Voici la description qu'en donne Henri Gadeau de Kerville,le 2 mai 1890 : « Ce chêne de réputation européenne est vigoureux et son tronc com plètement creux. Le tronc est recouvert, en beaucoup de parties,avec du bardeau de chêne,pour empêcher l'eau de pénétrer à l'intérieur. La portion terminale du tronc se compose d'un toit conique,également en bardeau de chêne et surmonté d'une croix en fer. Des tiges de métal relient entre elles les princi pales branches. Une balustrade de chêne entoure la base de l'arbre,et un escalier de chêne contourne une partie du tronc et mène à la chapelle supérieure. Au sommet de l'escalier,avant d'arriver à la porte,existe une galerie de chêne avec un banc de même bois. Ce chêne contient deux chapelles superposées : une chapelle inférieure, dédiée à Notre-Dame de la Paix, et une chapelle supérieure,nommée Chapelle du Calvaire. Au-dessus de la porte en chêne de la chapelle inférieure est fixé un écriteau en bois sur lequel on lit : « A NotreDame de la Paix, érigée par M. l'abbé du Détroit, curé d'Allouville,en 1696 ». L'intérieur de cette chapelle est garni de lambris en chêne et a la forme d'un octogone régulier. Sa longueur du milieu du côté au milieu du côté opposé est de un mètre cinquante-cinq,et sa hauteur de deux mètres qua-

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L’entréedela chapelleinférieureet l’escalier qui mèneà l’oratoiresupérieur.


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rante-quatre. L'autel où l'on dit la messe est orné d'une belle statue de la Vierge et de l'Enfant Jésus. La chapelle supérieure,également garnie de lambris,a la forme d'un polygone irrégulier de neuf côtés. Sa longueur, du milieu du fond au milieu de la porte,est de un mètre quatre-vingts, sa largeur maximum, d'une encoignure à l'autre de un mètre trente-cinq et sa hauteur de deux mètres vingt-cinq. Dans cette chapelle supérieure,il n'y a pas d'autel mais seulement un crucifix et un tronc. » Cent ans après, en 1990, ce Chêne vénérable, estimé à mille trois cents ans,était en état de décrépitude avancé. Après étude phytosanitaire,des travaux de restauration estimés à environ trois cent mille euros ont été réalisés. Les chapelles ont été démontées, les parties mortes du tronc ont été éliminées,une structure métallique interne a remplacé la charpente ancienne. Les chapelles ont ensuite été remises en place. Un chef d'œuvre. Ce sont ses chapelles, classées par les monuments historiques, qui ont sauvé ce Chêne plus que millénaire. Sans elles,il aurait sans doute disparu. Et s'il est un véritable « monument

L’If-chapelledela HayedeRoutot (Seine-Maritime), un haut lieu depèlerinage.

historique », cet arbre vénérable n' a pas renoncé pour autant à toute vie ; au début de notre troisième millénaire, une ou même deux branches s'enorgueillissent encore de feuilles.

Les Ifs (Taxus baccata) de la Haye-de-Routot (Eure) Ces Ifs,comme beaucoup d'autres en Normandie,se trouvent dans le cimetière du village. Vieux de plus de quinze cents ans, ils seraient les plus anciens de leur espèce en France. Cette essence ayant une réputation d'immortalité était fréquemment plantée pour commémorer les morts. C'est à nouveau Henri Gadeau de Kerville qui,le 11 août 1890, décrit ces ifs remarquables dont l'un

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Pagededroite: La statuedela Viergeérigéedans un des deux Ifs dela HayedeRoutot. Tous deux auraient plus demillecinq cents ans.


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possède une chapelle bénie par Mgr Decouvoux,évêque d'Evreux,le 9 avril 1866. « On voit encore,à l'extérieur des plaques de zinc et une gouttière destinées à empêcher l'eau d'entrer dans l'intérieur de l'arbre,et des tiges de fer qui relient les grosses branches. Cet If-chapelle est entouré d'une balustrade en bois. On accède par une marche à l'intérieur de la chapelle,dont la porte en bois avec des parties vitrées est surmontée d'une croix. L'intérieur est rond ; sa largeur est de un mètre soixante-quinze et la distance du fond jusqu'au bord externe de la marche, soit la longueur de la chapelle, la porte ouverte,est de deux mètres six. L'intérieur possède une coupole en zinc peint en bleu ; la hauteur du plancher au sommet de cette coupole est de trois mètres huit. On y remarque un petit autel où l'on dit la messe,orné d'un groupe en bois sculpté représentant sainte Anne-des-Ifs et la Vierge. Il paraît qu'avant sa transformation en chapelle, le tronc de cet if a pu contenir quarante personnes et que huit musiciens y ont joué ensemble. » Si le tronc creux du deuxième If n'était pas encore transformé en chapelle à l'époque d'Henri Gadeau de Kerville,il n'en fut pas de même par la suite. On y installa en 1897 un autel et une statue de Notre-Dame de Lourdes. L'endroit est alors devenu un haut lieu de pèlerinage. A l'heure actuelle,ces arbres ont gardé leur vitalité,mais ils auraient bien besoin d'un entretien phytosanitaire, d'haubanage et de taille raisonnée ce qui,malheureusement, n'est pas dans les moyens de la munici palité. Cap vers le Sud où,en dépit de l'urbanisation,souvent à outrance,et de l'afflux des touristes,des arbres anciens ont survécu,devenant même des entités locales et régionales.

L'Olivier (Olea oleaster) de Roquebrune-Cap-Martin

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L’Olivier deRoquebrune-Cap-Martin (AlpesMaritimes) serait leplus ancien deFranceavec plus dedeux milleans.


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(Alpes-Maritimes). Fort résistant,repartant par des rejets,l'olivier dépasse en longévité le chêne, voire l'if. Depuis des tem ps immémoriaux, il est symbole de paix, notamment dans les traditions juives et chrétiennes,de fécondité,de victoire pour les Japonais. Quant à l'Islam,il le considère comme l'« Axus Mundi » et c'est son huile qui alimente les lampes des mosquées. D'un point de vue médicinal, ses feuilles, dépuratives et astringentes, dilateraient les artères et diminueraient les taux d'urée sanguine. Bi-millénaire,d'une vingtaine de mètres de circonférence, l'Olivier de Roquebrune était au XIXe siècle la propriété des frères Vial,surnommés les dragons,des bûcherons, rebouteux et braconniers. Résolus à l'abattre, ils commencèrent par s'installer sous sa ramure pour s'offrir un bon gueuleton. C'est alors qu'intervint Gabriel Hanotaux,(1853-1944),homme politique et historien. De passage par hasard,il fut émerveillé par cet arbre vénérable ; aussi quand il apprit sa condamnation et son exécution prochaine,décida-t-il séance tenante de le racheter aux frères Vial. A quel prix,nul ne le sait. Toujours estil qu'il appartient encore à ses descendants mais c'est aujourd'hui la munici palité qui en prend soin et plus particulièrement l'ancien adjoint au maire, le sculpteur du village,M. Mehmed qui semble l'affectionner tout partculièrement. Aussi vieux sans doute que celui de Roquebrune, l'Olivier de Beausoleil, certainement millénaire mesure

L’Olivier deBeausoleil (Alpes-Maritimes),certainement millénaire,mesureonzemètres de tour.

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onze mètres de tour. Il ne possède qu'un seul fût et n'a sans doute jamais été taillé,mais il produit toujours de bonnes olives. Dans les Alpes-Maritimes, on trouve d'autres arbres anciens, préservés dans leur milieu sauvage, comme le Chêne vert (Quercus ilex) du parc des Courmettes, à Tourettes-sur-Loup,remontant à plus de neuf cents ans. Il pousse sur un rocher,déployant ses branches vers le sol pour mieux résister aux intempéries. Le Chêne blanc (Quercus ilex) du Baou de la Gaude,à Saint-Jeannet (Var) est un des plus beaux de cette espèce qu'on rencontre dans la région. Si son pied est bien ancré dans le Baou (rocher en provençal),sa cime domine le paysage du cap d'Antibes et de la plaine du Var. L'INRA et différents botanistes lui attribuent huit cents ans d'âge ; mais il est probable qu'il en ait plus ; entouré de murs,son tronc se dérobe longtemps à la vue ; pourtant,il ne mesure pas moins de huit mètres de circonférence. Mais il pousse dans ce qui aurait été une bergerie, ce qui explique qu'il soit entouré de quatre murs. A l'est une petite pierre polie a été déposée là : pierre à sel, pierre d'autel, ou pierre du sacrifice ? A l'ouest,en revanche,un grand terrain nu entouré de murs sert de lieu de rassemblement. Etant donné son implantation géographique et géobiologique,il est probable que

LeChênevert,emblèmeet fierté du parc des Courmettes (Alpes-Maritimes) remonteà environ neuf cents ans.

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ce chêne ait été un arbre sacré. Il est d'ailleurs encore un point de rencontre et, notamment durant la nuit des étoiles, des initiés viennent s'y réunir. Son orientation est-ouest corroborerait ce caractère sacré. Un peu plus au nord, en contrebas de la vallée de Conségudes,le Chêne (Quercus alba) de Pascaline étend ses branches depuis peut-être quatre cents ans. On peut se demander pourquoi cet arbre a été préservé,alors que

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LeChênedePascalineétend ses branches au soleil dela Côted’Azur depuis à peu près quatrecents ans.


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cet endroit était exploité il y encore quelques années pour faire du bois de chauffe et du charbon et servait aussi de pâture pour les moutons. Vraisemblablement l'ombrage qu'il offrait aux villageois et villageoises lui évitèrent une coupe rase ! Le Platane (Platanus orientalis) de Lamanon (Bouches-du-Rhône) Toujours dans le Sud-Est, mais dans les Bouches-duRhône cette fois,j'ai photographié un gigantesque platane dont les branches s'étalaient au sol. Certaines mesuraient près de deux mètres de diamètre alors que le tronc en faisait huit pour une longueur de ramure de cinquante-trois mètres. Sans doute,l'un des plus longs de France. Au début du XXe siècle,ce platane appartenait au maire du village qui organisait à l'ombre de sa ramure fêtes et bals. Est-ce pour cela que j'eus envie de rassembler sous son ombrage les habitants de ce petit village ? Cinq cents personnes furent présentes,enfants,adolescents, parents,grands-parents et même arrière-grands-

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LePlatanedeLamanon (Bouches-du-Rhône).Sa frondaison mesureplus decinquantemètres.


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parents ; ce fut un instant très joyeux dont je remercie le maire,M. Darrouzès,qui m'aida à réunir ses ouailles. Cet arbre se trouve dans une propriété privée et,malheureusement, il est interdit d'y pénétrer sans autorisation. J’y ai, pour ma part, été très bien accueilli et j’en remercie les propriétaires. Le Tilleul de Féternes (Haute Savoie) C'est sur la place de la Chapelle de Châteauvieux, à Féternes que se dresse un vieux Tilleul de dix mètres de tour et de plus de quatre cents ans d'âge. Cet arbre, dédié aux morts, avait sans doute été planté dans l'ancien cimetière qui jouxtait une chapelle du XIIe siècle. La présence d'une Vierge noire,taillée en bois d'époque, valorise encore le lieu.

Les Faux (Fagus sylvatica tortuosa) de Verzy (Marne) Les Hêtres actuels (Fagus) descendent d'une très, très vieille famille d'arbres qui a essaimé un peu partout sur la planète. En France,c'est dans la Montagne de Reims

Dans le folklore cévenol, il était de tradition de manger des châtaignes rôties en buvant quelques bons coups de vin : c'était « faire la biroulade ». Bien des croyances s'y rattachaient : si une jeune fille faisant sauter les châtaignes, dans la grande poêle percée de trous réservée à cet usage, les cuisait à point, elle était assurée d'être heureuse en ménage ; mais, gare, si elle les laissait brûler, mieux valait alors ne pas se marier car le malheur ne pouvait que s'acharner sur elle. Quant au garçon à marier, l'usage voulait qu'il lance par deux fois toutes les châtaignes de la poêle pour les rattraper du même coup : s'il laisse une seule s'échapper du récipient, il perdra sa femme l'année même de son mariage, et s'il est particulièrement maladroit et les éparpille chaque fois, c'est au contraire lui qui mourra le premier. (Paul Sébillot, La Flore, éditions Imago)

que nous trouvons des hêtres millénaires. Les Faux (ou fous) de Verzy,également nommés à juste titre tortillards étaient déjà mentionnés dans le cartuaire de l'abbaye de Saint-Basle. Ils poussent au ras du sol et ne dépassent guère un ou deux mètres de haut,nul ne sachant pourquoi. On évoque le passage d'une comète radioactive,la nature du terrain,une mutation génétique ... Quoi qu'il en soit, ces anomalies arborescentes sont d'une beauté fascinante, prenant des formes extraordinaires, parfois fantastiques. L'automne avec ses tonalités jaunes,orange,marron, ors ou rouges les rendent encore plus fantasmagoriques et si l'on a la chance de les voir sous la neige,le spectacle n'en est que plus merveilleux. Plusieurs d'entre eux sont millénaires et certains sont personnifiés : le Faux à la tête de bœuf,la Dame,la Lyre,

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LeTilleul deFéternes (HauteSavoie),dix mètres detour et quatrecents ans d’âge. Un des Hêtres tortillards ou Faux deVerzy, dans la montagne deReims.


etc. L'Office national des forêts en prend grand soin, des barrières de protection ont été mises en place et leurs semences sont récupérées pour essayer de faire pousser de nouveaux hêtres tortillards.

Le Châtaignier (Castanea sativa) du Brûlis à Neuillé (Indre et Loire ) Le Châtaignier fut respecté de tout tem ps pour sa grande utilité : ses fleurs,d'une délicate odeur,donnent un excellent miel,son bois a longtemps servi comme bois de chauffage ou pour la fabrication du charbon de bois ; enfin, débité en planches, on en couvrait les toitures comme savaient le faire les feuillardiers du Limousin. Mais ce sont surtout ses fruits, les châtaignes, qui ont longtemps été la base de la nourriture des paysans. Les plus célèbres de France sont ceux de Neuvecelle et de Lugrin, près d’Evian,celui de Nonneries à Abbaretz ou encore celui de Kerse’och. Le Châtaignier de Neuillé serait millénaire. Il mesure douze mètres trente de tour à hauteur de la taille. Lors de la Seconde Guerre mondiale, un violent orage le foudroya,explosant ses deux branches princi pales,fendant

LeChâtaignier du brûlis à Neuillé (Indreet Loire) a gardé belleallure en dépit deses milleans passés.

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le tronc en deux jusqu'au cœur et provoquant un incendie local. Malgré tout le bois mort ramassé alors,l'arbre était encore d'une telle taille qu'il semblait toujours le

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Pagedegauche: Letronc du Châtaignier deMouliherne(Maine et Loire) est particulièrement imposant,sans douteleplus gros deFrance.

même. De nos jours, en dépit de quelques branches mortes,il a gardé sa belle allure : des contreforts poussent sur les plaies et les crevasses en prenant toutes sortes de formes. Plus imposant encore le Châtaignier de Mouliherne (Maine et Loire) avec plus de seize mètres quatre-vingtdix de tour présente le plus gros tronc de France. C'est au milieu de ronces qui en rendaient l'accès difficile que son propriétaire eut la surprise de découvrir ce géant,sans doute le plus gros châtaignier de nos régions françaises.

Sicile Le Châtaignier (Castanea sativa)des Cent chevaux (Sicile) Dans toute l'Europe, les châtaigniers peuvent prendre des formes et des tailles phénoménales. Repartant de souches,certains sont parfois considérés comme immor-

LeChâtaignier des Cent Chevaux (Sicile) possèdeplusieurs troncs,mais un seul systèmeracinaire. Il poussesur un sol volcanique,propiceà l’éclosion d’unefloreabondante.

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tels tandis que d'autres, à la ramure exceptionnelle, deviennent des légendes vivantes. C'est le cas du Castagno dei cento Cavalli ou Châtaignier des Cent Chevaux qui doit son nom à une reine napolitaine. A l'époque de la Renaissance, Giovanna I d'Angio fut surprise par un violent orage alors qu'elle faisait route vers l'Etna. Elle s'abrita sous la ramure immense de ce châtaignier ainsi que son escorte de cent cavaliers d'où le nom donné depuis à l'arbre. On lui attribue plus de deux mille ans. Au XVIIe siècle, Kircher y vit un troupeau de trois cents moutons à l'abri dans un énorme trou qui se trouvait à son pied ; quelques années plus tard,un autre voyageur y vit une famille habitant dans son intérieur. En 1770, les premières mesures entreprises par Brydonne donnaient une circonférence de soixante-deux mètres et un diamètre de vingt mètres tandis qu'en 1780 le comte Borch indiquait cinquante-sept mètres pour le tour du tronc. Des troncs devrait-on dire car en 1865 il est décrit comme composé de cinq

gros troncs dont trois en

bonne santé,tous unifiés par le même système racinaire. On sait aussi que ses châtaignes étant fort appréciées, une hutte avait été aménagée dans l'arbre,qu'on y avait installé un four pour faire sécher les fruits et que le bois utilisé comme combustible provenait bien évidemment du tronc de l'arbre. Actuellement, il mesure cinquante-cinq mètres de tour, avec quatre troncs divisés. Le cinquième ayant été brûlé volontairement par des voyous,une barrière peu esthétique protège dorénavant cet arbre vénérable qui enorgueillit le petit village de Sant'Alfio,sur les pentes est de l’Etna,à environ 550 mètres d’altitude. Dans ce même village, on peut également voir le Castagno della Nave,le Châtaignier du Navire qui surplombe la mer ionienne ; peut-être a-t-il servi de repère

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LeChâtaignier du Navire(Sicile) dressesa ramuredepuis plus demilleans,à l’ombrede l’Etna. Depetits cyclamens sauvages poussent à son pied. Pages suivantes : Leornado Patti et ses amis parmi les troncs du Châtaignier des Cent Chevaux.


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aux bateaux ! C'est le deuxième plus imposant châtaignier du monde avec ses vingt-cinq mètres de tour. D'un âge plus que vénérable,il aurait,dit-on,plus de mille ans. Il pousse entouré de vignes,à l'ombre de l'Etna. En Sicile toujours, sur le flanc nord-est de l'Etna, poussent des bouleaux (Betula aetnaensis) qui sont les premiers à paraître après une éruption. Le contraste entre la blancheur des troncs et la roche noire est assez fabuleux à voir. Les plus extravagants poussent sur le mont Sartorius où ils défient les lois de la gravité. Le Chêne vert (Quercus ilex)de Milo Il faut le mériter ce Chêne vert de Milo car une bonne heure de marche sur des chemins caillouteux est nécessaire pour découvrir cet arbre de plus de neuf cents ans qui étale ses branches sur le rocher. Il ressemble beaucoup à son cousin des Courmettes qui jouit, comme lui, du

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LeChênevert deMilo (Sicile), et ses neuf cents ans,est cousin decelui des Courmettes en Provence.


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même climat méditerranéen. La lave de l'Etna n'est jamais passée par là,quelle chance ! Au sud de la Sicile vivent depuis des millénaires des oliviers. Certains sont célèbres tels ceux d'Agrigente que les guides touristiques datent de deux mille cinq cents ans ce qui paraît peu vraisemblable. Ils peuvent avoir,étant donné leur état sanitaire,le compactage du sol,le non respect des racines,les troncs creux et les ramures taillées en têtard,tout au plus cinq cents ans et ne sont donc pas contemporains des temples de Junon et de Concordia.

Suisse et Belgique Le Chêne (Quercus robur) des Bosses,Châtillon (Suisse) Le vieux Chêne des Bosses est connu pour être le plus gros chêne pédonculé d'Europe. Dominant la ville de Delémont dans le Jura suisse,il doit son nom à son tronc particulièrement bosselé et tourmenté. Après avoir subi d'inévitables attaques de la foudre,l'arbre fut mis en péril en 1960 par un feu allumé pour éliminer un nid de frelons et qui dégénéra en incendie. En 1992,une confrérie,« le Gros Chêne » fut créée entre plusieurs pays pour former « la chaîne des chênes » qui regroupe des arbres tels que le Chêne d'Allouville Bellefosse,celui des Bosses et celui de Liernu. Fondée dans cette petite ville de la province de Namur, en Belgique, où se trouve aussi un immense chêne, elle procède,entre autres choses,à des échanges de glands qui permettent de nouvelles plantations dans les villages.

Le Chêne (Quercus robur) de Liernu est assez bien conservé ; d'immenses mâts métalliques soutiennent les grosses branches sans blesser l'arbre,une façon de faire de beaucoup plus appréciable que la manie française

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LeChênemillénairedeLiernu (Belgique) est la fierté desa commune. Un bel exempledeprotection et derestauration.


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de ratiboiser les mêmes grosses branches pour se mettre en conformité avec la « sécurité publique »,comme on l'a fait pour l'Orme de Salignac en Dordogne. De petites plaquettes de bois évoquant des ardoises protègent le vieux tronc des intempéries.

Le Tilleul (Tilia platyphyllos) de Saint-Gérard (Belgique) ou Sabot de saint Nicolas. Quand on voit cet arbre qui remonte,dit-on,au XIVe siècle,on se demande comment il a pu se transformer en sculpture monumentale. Il est

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Si j'ai pu voir tous ces arbres magnifiques en Belgique, c'est grâce à Benjamin Stassen, un homme exceptionnel, aimant passionnément les vieux arbres et ayant une grande connaissance des endroits où poussent depuis des générations des tilleuls, des hêtres, des charmes, des aubépines. Il mène une lutte acharnée pour que soient conservés tous ces vétérans,mais malheureusement ne gagne pas tous ses combats.

vrai que ces arbres anciens,au cours des années,perdent des branches,leur bois de cœur se transforme en humus et parfois apparaît une immense cavité,comme pour ce Sabot de saint Nicolas, dans le tronc duquel on peut pénétrer comme dans une caverne magique. Des formes animales sculptées par le temps apparaissent sur le bois de l'arbre,et si la sève continue à passer, on se demande par où. Encore un arbre qui garde son mystère !

Le Tilleul (Tilia platyphyllos) de Maibelle (Belgique,province de Namur). Voici ce qu'en disent les Annales de la Société archéologique de Namur (IV,1855) : « Tilleul plusieurs fois centenaire qui,dans sa force,était l'orgueil du village de Maibelle, dont il ombrageait la place publique. Cet arbre qui depuis longtemp supporte les rigueurs des longs hivers,les ravages de la foudre et les dégradations des hommes,ne présente plus,il est vrai, qu'un squelette,l'ombre de ce qu'il fut autrefois. La sève, qui ne circule plus que dans une partie de sa circonférence, porte encore cependant la vie dans quelques rameaux vigoureux. Mais on le voit,ce patriarche des bois est sur son déclin ; son cadavre échancré et vide,sa tête découronnée,une partie de ses branches desséchées l'annoncent assez.

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LeSabot desaint Nicolas. Cetilleul deSt Gérard en Belgique,avec son tronc déchiqueté paraît bien mystérieux.


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Néanmoins, il nous survivra probablement encore, car les vieillards de l'endroit racontent avoir entendu dire pendant leur enfance par d'autres vieillards que ceux-ci l'avaient toujours vu dans cet état. Qui nous dira son âge ? Quel botaniste pourra constater l'antiquité de ce phénomène du règne végétal ? Quel autre villageois nous racontera les emplois successifs auxquels il servit depuis que,vide à l'intérieur,il offre un abri plus sûr contre les intempéries des saisons ? »

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LeCharmedu princedeCroÿ déploieses branches commeun véritablefeu d’artifice.


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Un siècle et demi plus tard, c'est dans la cavité de cet arbre qui exhalait toute la senteur de ses fruits, que je photographiai une vingtaine d'écoliers du village voisin de Florée.

Le Charme (Carpinus betulus) du prince de Croÿ (Belgique) Un arbre imposant, un feu d'artifice de branches sous la canopée des autres arbres lui confère toute sa majesté,en deux mots,un manant qui a réussi !

Allemagne Grâce à Internet, j'ai rencontré un jeune Allemand, Jürgen Hüfner,aussi amoureux des vieux arbres que moi et qui m'a permis d'admirer quelques spécimens de la région de la Rhön. Il m'a montré là-bas quelques superbes hêtres qui embellissent les forêts, quelques vieux tilleuls ornant les places des églises, etc. Il m'a, entre autres,emmené voir le Chêne (Quercus robur) de Ludwig de Bad Brückenau,un arbre millénaire que vénérait le roi Ludwig. Nous sommes allés également admirer le Chêne millénaire de Reith. A ce propos,on peut remarquer qu’en Allemagne la plupart des arbres vénérables sont classés monuments naturels et par là-même protégés. D'autres rencontres en Allemagne,et bien que je ne parle pas la langue,m'ont permis d'aller à Berlin organiser des diaporamas et de découvrir dans le Mecklembourg des routes bordées de Tilleuls, de Hêtres, de Chênes ou de Frênes,des arbres magnifiques déployant de splendides canopées. Ils sont pourtant appelés à disparaître en raison de l'élargissement des routes bien qu'ils fassent partie du patrimoine historique,culturel et paysagé. L'Orme de Putzar, dans le Mecklembourg, est pour le

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Commed’autres arbres en Allemagne, ceChênemillénairedela région dela Rhön est classé monument naturel.


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moins surprenant et pourrait avoir la palme pour son adaptation au sol et son intelligence. En effet,alors qu'en cet endroit n'existaient plus que les ruines d'un ancien château, l'Orme réussit à germer sur une voûte très fine (cinq centimètres) faite de brique, avec pour seule fondation une ancienne glacière ou puits complétement démoli. Il a tranquillement déployé son système racinaire, lui donnant une forme voûtée s'harmonisant parfaitement avec la voûte minérale. En passant de l'autre côté de la voûte,on peut apercevoir tout le système racinaire aérien,

Ci-contre: L’OrmedePutzar,un formidableexemple d’uneadaptation réussieà un sol peu banal, la voûted’uneancienneglacière. Ci-dessous : LeHêtredeKrakow.

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qui évoque la forêt vierge.Son tronc,s'élançant verticalement vers les cieux,a une hauteur vertigineuse de plus de vingt-cinq mètres et,pendant longtemps encore,l'Orme du haut de sa frondaison protégera le village de Putzar. Le Hêtre de Krakow,dans l'ex-Allemagne de l'Est, étend son immense ramure au bas d'un grand pré, en lisière d'une forêt. Sa circonférence est de huit mètres. Un banc a été installé afin que l'on puisse le contempler et

LeTilleul dePolchow.

Commenombredeses congénères, ceTilleul dominedepuis des siècles un vieux cimetière.

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pourquoi pas méditer face à sa majesté,ou tout simplement s'y donner rendez-vous entre amoureux. Le Tilleul de Polchow Mentionné dans l'inventaire mondial des arbres anciens,ce tilleul pousse depuis des siècles dans un vieux cimetière. Entièrement creux, son tronc ne mesure pas moins de quatorze mètres de circonférence. Le Tilleul est un des arbres sacrés de l'Allemagne, lié sans doute aux croyances celtiques. C'est vraisemblablement pour cette raison que les plus anciens se trouvent souvent dans des cimetières. Le Pommier sauvage de Stubbendorf. Non loin de Rostock,dans le village de Stubbendorf,croît ce pommier qui aurait plus de quatre cents ans. D'après Maren Fritsche - qui me l'a fait connaître ainsi que ces autres trésors botaniques de la région - ce serait le plus gros du Mecklembourg, mais je crois pouvoir affirmer qu'il est même le plus imposant d'Europe. Son tronc tourmenté mesure quatre mètres cinquante de tour et ses branches reposent au sol pour mieux se soutenir. Il produit toujours de belles pommes rouge-jaune. Cet arbre étonnant,sauvage et non greffé m'a donné une idée. J'aimerais que les enfants du voisinage se regroupent et récupèrent les graines des pommes pour les planter et surveiller patiemment leur croisance et l'évolution des jeunes pommiers. Ce serait un moyen de faire perdurer cette espèce.

D'un réseau l'autre j'ai eu de nombreux contacts avec des passionnés des arbres de toute l'Europe et j'ai,entre autres, reçu un petit livre sur les arbres anciens de Tchécoslovaquie et leurs légendes tziganes.

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LePommier deStubbendorf. Sans doute,leplus ancien pommier sauvage d’Europe. Son tronc tourmenté mesureenviron quatremètres cinquante. Pages suivantes : LePommier deStubbendorf dans touteson intégrité.


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u nord au sud et plus particulièrement tout le long de la côte ouest,on rencontre encore dans les Amériques, tant du Nord que du Sud, des vestiges de nos

forêts originelles ; elles renferment quelques magnifiques spécimens,de véritables sentinelles millénaires. Que ce soit dans l’île de Vancouver en Colombie britannique où quelques arbres avoisinent les deux mille ans ou bien en Californie avec ses célèbres Sequoias sempervirens ou les Pins de Bristlecone qui seraient les plus vieux arbres du monde, que ce soit encore l’arbre géant de Tule au Mexique ou les forêts pluviales du Chili avec leurs Alerce, leurs Araucarias et leurs Nothofagus,il faut préserver ce patrimoine mondial. Mais,malheureusment,les compagnies forestières sévissent et si rien ne vient entraver leurs coupes systématiques ces derniers témoins des forêts originelles risquent de disparaître entraînant avec eux la fin de leurs biotopes et de leurs écosystèmes. Il est donc plus que temps de lancer un cri d’alarme et de prendre conscience de la nécessité de leur protection.

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'est la recherche de bouleaux millénaires censés se trouver sur l'île de la Nouvelle Ecosse qui décida de mon voyage à Montréal. Mais à l'arrivée,des botanistes me firent comprendre qu'il s'agissait sans doute d'un canular. Que faire ? Je

n'allais quand même pas repartir bredouille. C'est alors,

par l'intermédiaire de l'Association canadienne des Pâtes et Papiers que j'appris l'existence de vieux Thujas

poussant sur les falaises de Niagara qui,sur environ trois cent cinquante kilomètres,surplombent l'Ontario. Tout le monde connaît les célèbres chutes mais qui,parmi les nombreux touristes débarquant chaque jour, a pris conscience de ces arbres minuscules poussant sur la falaise ? Certains ne mesurent pas plus de trente-cinq centimètres mais peuvent atteindre l'âge plus que respectable de seize cent cinquante-quatre ans ! Grâce à la dendrochronologie,dont Douglas Larson de la Guelph University est un spécialiste, nous pouvons remonter dans le temps. L'arbre,véritable bibliothèque vivante,mémorise et emmagasine tout dans son corps et indique ainsi pour ceux qui savent interpréter les anneaux de croissance les préci pitations,les températures, le vent,la sécheresse,mais aussi les catastrophes naturelles,les incendies,éruptions volcaniques,les pollutions industrielles, etc. C'est ainsi que Doug estimait à plus de mille ans la coupe de genévrier d'à peine cinq centimètres qu'il venait de ramener des falaises abruptes des gorges du Verdon dans le sud de la France. Tenir dans le creux de la main cette minuscule coupe plus que millénaire,d'un bois très dense et doux au toucher,vous laisse pour le moins pantois ! Ce sont là les derniers vestiges de nos forêts originelles qui ont pu survivre en raison de leur accès difficile sur les falaises ce qui a évité

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Thujas occidentalis deNiagara Escarpment (Canada). Depuis des millénaires,ils poussent sur les falaises qui dominent l’Ontario.


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l’exploitation de leur bois.

Les Cèdres blancs de l'Est Les falaises de Niagara supportent la plus importante forêt à croissance lente de l'Amérique du Nord-Est,avec des Cèdres blancs de l'Est (Thuja occidentalis) ; ce sont les plus vieux arbres de l'est des montagnes Rocheuses et cette espèce de cèdre est la deuxième plus ancienne du Canada. Il y a quelque quatre cent cinquante millions d'années, une ancienne mer,appelée le « Bassin de Michigan »,submergeait les falaises de Niagara Escarpment. Les vieux peuplements de Cédres blancs de l'Est font partie de l'écosystème de ces falaises de Niagara Escarpment. Ce sont des arbres à croissance très lente et qui peuvent dépasser plus de seize cents ans avec seulement trente centimètres de diamètre. Ils poussent sur une bande végétale de cinq mètres de large tout le long du sommet de la falaise. Un profond piétinement à ces endroits engendre le compactage du sol, d'où la disparition des semences, l'exposition à l'air des jeunes racines qui se déshydratent et entraînent la mort des jeunes arbres, éléments essentiels à la survie des forêts originelles. C'est pourquoi il faut veiller aux activités de randonnée dans ces zones fragilisées. Une ancienne forêt peut rapidement devenir une collection de vieux arbres sans potentiel de remplacement et mourir. D'un autre côté,historiquement, le manque d'humus sur la falaise a interdit la propagation du feu et ces cèdres de paroi rocheuse sont peu appropriés à l'exploitation forestière ; cela a contribué à leur longévité et leur persévérance pour vivre dans un milieu peu hospitalier.

Les vieux Ormes américains (Ulmus americana)

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Les Cèdres blancs des Montagnes Rocheuses poussent vers lebas pour capter lepeu d’humidité dela falaise.


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John Hansel du Elm Research Institute,à Westmoreland (New Hampshire) est un spécialiste de l'Orme américain. Il a réussi à élaborer une espèce qui résiste à la graphiose, maladie parasitaire de cet arbre et souhaite que l'Amérique soit à nouveau plantée d'ormes comme elle l'était jadis. Mais il se bat également pour préserver les vieux spécimens et c'est lui qui me fit connaître l'Orme Herbie,à Yarmouth dans le Maine ; âgé de près de deux

C'est près de Amherst que mon ami Bart Bourricius, spécialisé dans la construction de platesformes dans la canopée des arbres de forêts tropicales, a installé l'une d'elles, munie d'une passerelle reliant deux arbres à une trentaine de mètres de haut. A déconseiller aux gens sujets au vertige !

cent trente ans, il est l'un de ceux plantés par les pionniers et qui ont résisté à la graphiose; sa forme est typique de celle des ormes et ses branches qui s'étendent sur une trentaine de mètres forment comme une ombrelle. L'Orme de Warren Kinney ou celui d'Amherst dans le Massachusetts sont également renommés pour leur longévité et leur frondaison splendide. Le New Jersey et ses Chênes vénérables

L’Orme"Herbie" deYarmouth (Maine) est âgé deprès dedeux cent trenteans. Sa formeest typiquedecelledes Ormes.

L’Ormed'Amherst (Massachusetts) et sa ramureexceptionnelle.

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C'est une professeur d'art et passionnée des vieux arbres, June Julian, qui m'a fait découvrir, dans la région de Gladstown (New Jersey) où j'avais réussi à la dénicher, quelques beaux spécimens : le Chêne de Warren Kinney, un vieux chêne blanc (Quercus alba) de près de cinq cents ans, le Chêne de Basking Ridge (Quercus alba) dont l'impressionnante ramure veille depuis plus de trois cents ans sur le paisible cimetière de l'église presbytérienne ou celui du Brooklake Country Club,anciennement appelé le Chêne de Braidburn qui,fait assez rare, possède de magnifiques et massives branches qui partent du bas du tronc ; il serait là depuis trois cents ans environ. Dave Johnson,un autre expert et arboriste,partici pe dans le New Jersey à l'inventaire des arbres anciens. Depuis 1940, un registre national a été mis en place pour aider au recensement des vieux arbres et permettre ainsi de les protéger tout en sensibilisant les Américains à leur environnement. Les plus beaux ou les plus anciens sont signalés par un panneau indiquant leur âge, leur taille et précisant leur espèce. Parmi l'ensemble du patrimoine arboré du New Jersey,

LeChênedeBasking Ridge(New Jersey) veille depuis près detrois cents ans sur lecimetière presbytérien.

on peut citer le Chêne de Keller,parmi les plus beaux et les plus imposants de cet Etat, celui de Mount Laurel qui, le 19 juin 1778, pendant la guerre d'Indépendance,

LeChênedeBraidburn. Il est rarepour un arbretrois fois centenairedegarder ses branches les plus basses.

abrita sous son ombre un contingent de l'armée britannique commandé par le général Clinton ; ou bien encore le Chêne de Christophe Colomb ou celui de Salem, particulièrement beau. Ce sont tous des Quercus alba. Dans l'avion qui m'emportait vers la Floride je fis la connaissance de Phili pp Berolzheimer. Parce qu'il aimait lui-même les arbres anciens,il me proposa de l'accompagner dans son île privée, Little Simon's Island. C'est en plein marais,dans un endroit merveilleux,calme où l'on peut voir des hérons,des alligators,toute une vie

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Ci-contre: LeChênedeMont Laurel (New Jersey) tend ses branches vers lehaut,contrairement à la plupart des arbres deson espèce.


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sauvage luxuriante. Cet île est d'ailleurs une réserve de biosphère. J'ai pu voir là dans la propriété même de Phili pp un vieux Chêne de vie (Quercus virginiana) de plus de quatre cents ans et quelques splendides Cèdres à encens.

Les vieux Chênes de vie Les Live Oaks (Quercus virginiana) se retrouvent dans tout le sud-est américain et c'est en Caroline du Sud que j'ai photographié le Chêne Angel de Charleston et le Chêne de Middleton Place. Le Chêne Angel, couramment appelé en raison de sa forme Octopus, aurait, d'après la tradition, mille quatre cents ans. Il mesure neuf mètres de tour et vint-cinq mètres de haut et ses branches s'étalent sur plus de trente mètres. En règle générale,ces arbres ne sont pas particulièrement hauts mais leurs ramures très volumineuses s'étendent parfois très loin,ce qui leur donne une grande majesté. Seuls les plus anciens possèdent des branches massives qui retombent sur le sol pour s'y épanouir et parfois même s'y enraciner. Ils sont revêtus d'une sorte de duvet,appelé mousse espagnole en souvenir des conquistadores (Tillandsia usneoides), de couleur jaunâtre. Appartenant à la famille des ananas, c'est une plante épi phyte,c'est-à-dire qui grandit en symbiose avec une autre plante tout en ayant son propre système racinaire.

LeChênedevie deLittleSaint Simons’Island, un arbred’au moins quatrecents ans.

Propagée par le vent et les oiseaux,elle s'est attachée à ces vieux chênes sans aucunement les endommager. Elle a été utilisée comme liant dans une sorte de torchis américain et est encore employée,de nos jours,comme bourrage pour le mobilier de grande valeur. Ces Chênes de vie doivent leur nom à leur capacité de résistance aux orages intenses des côtes sud des EtatsUnis. Peut-être aussi parce que leurs feuilles vertes et lui-

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LeChênedeMiddleton Place, près deCharleston,vit en parfaitesymbioseavec la "mousseespagnole", uneplanteépi phyte.


santes restent sur les branches toute l'année et ne tombent que lorsque les jeunes pousses apparaissent. Ils restent le symbole du Vieux Sud comme le sont les plantations de coton en Louisiane où l'on trouve d'ailleurs des chênes ancestraux comme celui de Mandeville,près du lac Pontchartrain. Agé de plus de treize cents ans,il déploie ses branches au sol,telles des tentacules de pieuvre géante. Son nom de Seven Sisters lui vient de ses sept troncs accolés qui appartiennent tous au même système racinaire. C'est le plus large chêne des Etat-Unis. Son propriétaire,avec beaucoup de sagesse,assure sa descendance en plantant de ses glands pour faire pousser de jeunes arbres. Ces vieux chênes dont le bois aux XVIIIe et XIXe siècles était apprécié pour la construction des bateaux servaient aussi pour faire sécher les cordes de lin sur leurs longues branches ; mais ils pouvaient également devenir l'endroit idéal pour les duels, pour y signer des traités, écrire des poèmes ou des chansons. Pour les protéger

« Seven Sisters »,leChênedeviedeMandeville(Louisiane) doit son nom à ses sept troncs, tous issus d’un mêmesystèmeracinaire. C’est leplus largeChênedes Etats-Unis.

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et les promouvoir a été créée la Live Oak Society qui compte beaucoup d'adeptes en Louisiane. Les Cyprès chauves Honey Island Swamp est un splendide marais près de Slidell, en Louisiane. Propriété privée, elle appartient à Nature Conservancy,un organisme américain qui achète des terrains pour les préserver. C'est lors d'une randonnée en canoë que j'ai pu voir et photographier les Cyprès chauves (Taxodium distichum),vraisemblablement millénaires avec leurs racines hors de l'eau, nommées pneumatophores et qui permettent aux arbres de respirer. J'y ai vu des ratons laveurs,des grenouilles,des alligators, des poissons et des oiseaux comme les hérons cendrés ou les aigles. Mais le tourisme et ses bateaux à moteur puissants, sources de nuisances sonores et de pollutions, viennent de plus en plus souvent troubler l'écosystème de ce marais. Pour le préserver,il faudrait généraliser l'écotourisme et la randonnée en canoë !

Les forêts pluviales sont extrêmement rares, couvrant seulement 0,2 pour cent des aires paysagères de la terre. Elles se situent là où les températures restent modérées tout au long de l'année et où les préci pitations sont assez importantes,en moyenne 2000 mm /an. On en trouve au Chili, en Tasmanie, Nouvelle-Zélande, Norvège et pour environ une moitié d'entre elles le long de la côte ouest de l'Amérique du Nord,de l'Orégon à l'Alaska. Ces anciennes forêts pluviales tempérées regorgent d'écosystèmes biologiquement divers. Les arbres y sont d'espèces distinctes, d'âges différents et de tailles très diverses. On y trouve également beaucoup d'arbres morts debout (chicots, fragments) et des troncs qui jonchent le sol,le tout jouant un rôle primordial dans l'écologie de la forêt en donnant vie à des mousses épi phytes, des champignons, des fougères, des arbustes, des lichens qui, euxmêmes, favorisent la présence de nombreux insectes, oiseaux ou mammmifères, sans oublier d'innombrables bactéries et organismes microscopiques.

LeCyprès chauvedu marais d’Honey Island (Louisiane),un arbrequi serait fort probablement millénaire.


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Après l'est et le sud du continent nord-américain, remontons à l'ouest vers la Colombie britannique. Les forêts pluviales de l'île de Vancouver (Canada) On trouve encore sur la côte ouest de l'île de Vancouver, en Colombie britannique,des portions substantielles d'anciennes forêts pluviales tem pérées. Y accéder demande un certain effort puisqu'il faut parfois plusieurs jours de marche pour les atteindre. Aussi, pour faciliter ce genre de randonnées, le Western Canada Wilderness Committee et d'autres ONG,avec l'aide d'autochtones, ont-ils balisé et construit des sentiers faits de planches de bois de récupération. On en trouve entre autres dans les îles de Clayoquot. Les anciennes forêts de l'île de Vancouver se sont lentement développées après le passage des dernières glaciations du Quaternaire,il y a environ onze mille ans. La concentration graduelle de matières organiques créa les premiers marécages côtiers, qui remontent à peu près à cinq mille ans. Simultanément les forêts côtières commencèrent à prendre forme, les plus majestueuses prenant racines sur les basses pentes des montagnes côtières et dans les vallées. Mais depuis le milieu du XIXe siècle,ces forêts ont été exploitées. A cette époque, on com ptait encore deux millions trois d'hectares de forêts anciennes pluviales tempérées alors qu'en 1954,après une centaine d'années

Flores Island dans l’îledeVancouver (Canada). Unegrandeimpression decalme.

d'exploitation,il n'en reste qu'un million six. Depuis les coupes se sont multi pliées pour n'en laisser,en 1990,que huit cent vingt-huit mille hectares. Si l'on continue au même rythme,on risque de voir disparaître toute portion de forêt pluviale ancienne dans les prochaines années. Bien que le bois produit soit un des meilleurs de la province, il ne faut pas oublier toutes les fonctions écologiques de la forêt qui est non seulement l'habitat de

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Les sentiers derandonnéedeClayoquot Sound (IledeVancouver) permettent la découvertedes forêts pluviales sans abîmer l’écosystème.


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beaucoup de plantes et d'animaux,mais sert également au recyclage et au nettoyage de l'eau et de l'air,etc. Il est donc tem ps de prendre conscience que nous devons protéger ces forêts qui font partie des poumons de la Terre. Dans ces anciennes forêts pluviales grandissent, entre autres,quatre espèces d'arbres uniques dans cette région du Pacifique et ne se rencontrant nulle part ailleurs dans le monde. Il s'agit de l'Hemlock de l'Ouest (Tsuga hetérophylla),du Cèdre rouge de l'Ouest (Thuja plicata), du Sapin amabilis (Abies amabilis),du Sapin de Douglas (Pseudotsuga menziesii) et de l'Epinette de Sitka (Picea sitchensis). Les arbres dominant atteignent communément trois cents à huit cents ans, sans en négliger quelques-uns qui avoisinent les deux mille ans. Avec leurs quatre-vingt-dix à cent mètres de haut,ils comptent parmi les plus hauts du monde. Ils sont également les plus massifs avec des diamètres de six à huit mètres. Les records de taille des arbres se trouvent sur la côte ouest de l'île de Vancouver, à Carmanah, Clayoquot Sound, Cheewhat Lake. Récemment le Western Canada Wilderness Committee a découvert des Douglas âgés de mille trois cents ans et dépassant tous les records de taille de cette espèce (Stoltmann Wilderness).

Carmanah Valley et Cheewhat Lake, le rêve de tous les planteurs d’arbres Les aires de Carmanah et Walbran recouvrent une grande partie de l'ancienne forêt pluviale du sud de l'île. Le Sierra Club en a identifié vingt mille hectares qui méritent protection ; aussi, dès 1990, le WCWC a-t-il entrepris une campagne de sauvegarde de cette magnifique vallée de Carmanah alors que Mac Millan Bloedel, la plus importante compagnie forestière du Canada,s'y inté-

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A Cheewhat Lakedans l’île deVancouver,on a découvert en 1988 un Thuja plicata deplus dedeux milleans et d’au moins vingt mètres detour.


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ressait également,pour d'autres raisons ! Pour sauver la forêt du carnage,le WCWC convia des scientifiques de différents pays dans le but de recenser toutes les formes de vie évoluant dans ce biotope ; des stations de recherches furent arrimées dans les plus hautes épinettes ; on décida de dénombrer également les arthropodes qui sont au cœur du processus de décomposition et de recyclage. L'étude scientifique,qui a duré quatre ans,a favorisé la découverte d'espèces inconnues si nombreuses que la création du Carmanah Pacific Park a été décidée. C'est là que culminent les arbres les plus gigantesques de la Colombie britannique et notamment le Géant de Carmanah (Thuja plicata) qui grimpe à cent six mètres.

La biodiversité est la somme globale de tout ce que la nature a appris au cours de sa longue existence de plusieurs milliards d'années. Cette banque de données, répartie dans la moindre fibre végétale et la moindre cellule, est le principe vital qui maintient l'équilibre de tout ce qui pousse, de tout ce qui vit. Ainsi un vieil arbre qui tombe apportera pendant des années, voire des siècles, toutes les substances nécessaires à la croissance des autres arbres. On peut donc les qualifier de nurseries-trees, ou arbres-pépinières.

C'est également un véritable paradis pour les insectes et tous ceux qui y vivent et un lieu de rêve pour les promeneurs en mal d'aventures uniques et inoubliables. Faisant partie du Carmanah Pacific Park,Cheewhat Lake abrite les Cèdres rouges (Thuja plicata) de l'ouest, de tailles phénoménales. L'un d'eux mesure presque vingt mètres de tour. Il est sans doute âgé de plus de deux mille ans mais ne se laisse pas approcher sans effort ; il faut en effet une demi journée de marche sur un sentier mal balisé seulement accessible à des trekkers expérimentés.

Clayoquot Sound Dans la partie centrale de l'île de Vancouver,du détroit de Clayoquot à la péninsule d'Hesquiat, les deux cent soixante-dix mille hectares de Clayoquot Sound embrassent trois grandes îles : Meares, Vargas et Flores. C'est un éventail de criques dans les forêts pluviales montagneuses qui s'étend sur trente kilomètres. Trente-cinq mille hectares seulement sont protégés, tandis que quelque quatre-vint-un mille sont abandonnés à l'exploi-

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« Hanging Garden Cedar »,Meares Island (Ile deVancouver) un Thuya deplus dequinzecents ans,un véritableécosystèmeà lui seul.


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tation forestière. Avec Clayoquot Sound, nous avons la chance de préserver un réseau forestier pluvial intact de bassins versants et d'îles. Il offre des avantages économiques non-forestiers considérables tels que la pêche commerciale,l'écotourisme et les loisirs de plein air. On peut y observer des baleines,des oiseaux, des saumons, avoir un aperçu de la vie sauvage que ce soit en randonnant sur les sentiers organisés par la WCWC, ou bien en kayak ou à la voile. Les forêts jaillissant de l'océan à fleur de rochers sont un spectacle inoubliable. Dans Meares Island plus particulièrement,par une belle piste de bois qui protège le sol fragile,les plantes et les réseaux racinaires,on partira à la recherche du Hanging Garden Cedar (Cèdre-jardin suspendu) qui est estimé à plus de quinze cents ans ans et mesure dix-huit mètres trente de tour. Il partici pe à un véritable écosystème donnant vie à de la mousse épi phyte,à des lichens,à des cham pignons et même à des Hemlocks éphi phytes (Tsuga heterophylla),qui se fixent à son sommet et font descendre leurs racines le long du tronc. Un vieux roi qui veille sur son royaume ! En parcourant les trois kilomètres de cette piste, vous serez fasciné par cette végétation pluviale, vous croiserez ces énormes Cèdres rouges de l'ouest et vous pourrez même traverser les entrailles racinaires de quelques arbres vénérables, des Nurseries-trees de quarante-trois mètres de haut et de trois à quatre mètres de diamètre. Peut-être aurez-vous la chance d'apercevoir un aigle,ou tout au moins son nid,ou de rencontrer un ours ! Par un autre sentier, vous arriverez au pied du Big Mother, un autre Cèdre rouge (Thuja plicata) de cinq mètres cinq de diamètre et cinquante mètres de haut,un des rares témoins vivants de la forêt pluviale canadienne - il aurait deux mille ans. Avec celui de Cheewhat Lake, il serait le plus large de la Colombie britannique.

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Depuis le début du siècle, la Colombie britannique a été ravagée par les coupes à blanc,et ce malgré les actions menées avec acharnement par diverses associations. Là où les espaces ont été dénudés, l'érosion et les glissements de terrain ravinent les versants pentus des montagnes. Devant un tel désastre, les compagnies forestières, ellesmêmes, ont décidé de reforester les coupes rases. Ainsi, en 1996, sur l'île de Vancouver, dans le district de Cameron, près de Port Alberni, trente planteurs sont restés quatre mois,de juin à septembre dans des coupes à blanc de soixante hectares. Chacun d'eux devait planter un quota de cinq cents arbres par jour, comprenant cinq essences différentes : Cèdres rouges de l'ouest,Cèdres jaunes, Sapins de Douglas, Hemlock, Sapins nobilis. Cela fait un total qui peut paraître énorme mais qui est loin de remédier aux dégâts occasionnés. Andrew,un de mes amis,a partici pé à cette cam pagne de régénération. A lui seul, il a planté soixante-dix mille arbres dans ce climat rude et sur ces pentes abruptes. Rien que ses bottes et une pelle pour faire face aux brouillards, pluies et vents qui vous mouillent jusqu'aux os toute la journée. Espérons que ces forêts futures seront respectées par les générations à venir.


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Depuis février 2000,grâce à l'action concertée de plusieurs organisations internationales (le WCWC,le Sierra Club, Greenpeace, mais aussi l'UNESCO et l'IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature) ce lieu magique a été déclaré « Réserve de biosphère ». Cela n'arrêtera pas l'exploitation forestière,mais devra permettre une meilleure gestion de la nature.

Le Stoltmann Wilderness A deux heures de Vancouver,le Stoltmann est un endroit fabuleux de deux cent soixante mille hectares. C'est une mosaïque riche de forêts anciennes,de prairies alpines,de marécages, de rivières et de glaciers. Il englobe quatre im portantes vallées anciennes, Upper Elaho, Sims, Clendenning et Upper Lilloet,un ensemble fluvial reconnu par le ministère de l'Environnement de la Colombie britannique. Il doit son nom à un jeune militant Randy Stoltmann,un chasseur d'arbre (Tree Hunter) qui souhaitait que cet endroit soit protégé rapidement. Il mourut prématurément dans un accident tragique en montagne. En empruntant le sentier tracé par des membres du WCWC en 1995, on peut remonter toute la vallée d'Elaho River et découvrir de très hauts Sapins de Douglas,des forêts d'anciens Cèdres rouges,des prairies fleuries, des rivières regorgeant de poissons, des aigles, des orignaux, des chèvres de montagne, des loups. Qui pourrait penser qu'on se trouve à proximité de Vancouver et de son important complexe urbain ! Le Stoltmann est un centre de préservation de la vie sauvage. Cachés dans les bas fonds des canyons de Lava et Cesna, surnommés les impassables, se dresse l'Elaho Giant (Pseudotsuga menziesii), le troisième plus imposant Douglas du monde. Au cours de l'été 1999,une cen-

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" Big Mother ",un Cèdrerouge, raretémoin vivant dela forêt pluvialecanadienne. " ThethreeCrowners ",Stoltmann Wilderness Trail (Colombie britannique) et la végétation luxuriantequi les entoure,ont été abattus depuis la photo.


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taine de ces Douglas ont été répertoriés et reconnus comme ayant plus de mille trois cents ans. Mais en dépit de ses inestimables valeurs écologiques et de la beauté de sa vie sauvage,le Stoltmann Wilderness est grandement menacé d'exploitation forestière, les forestiers allant jusqu'à commettre des actes de vandalisme et des agressions à l'encontre de ceux qui répertorient les arbres vénérables et militent pacifiquement pour qu'ils soient conservés. Pourtant,certains membres du Parlement canadien désireraient ajouter aux parcs nationaux canadiens cinq cent mille hectares du Stoltmann Wilderness comme Canada Newest National Park,espérons qu'ils auront gain de cause ! Proche de Vancouver également,la Seymour Demonstration Forest livre à notre admiration quelques splendides rescapés de l'exploitation forestière comme le Temple Tree, un Sapin de Douglas de plus de mille ans,impressionnant avec ses quatre mètres de diamètre et ses quatrevingt-dix mètres de haut.

« Pretty Boy »,un Sapin deDouglas (Washington),dequatre-vingt-dix mètres dehaut pour douzemètres detour.

Le Thuja plicata de Quinault Lake C'est avec le spécialiste des gros arbres de l'Etat de Washington que j'ai été à la rencontre du Thuya de Quinault Lake. Bob Van Pelt a parcouru l'Etat de long en large muni de son laser qui lui permet non seulement de mesurer les grands Douglas et les grands Cèdres rouges,mais également d'en reconstituer toute l'architecture, jusqu'à l'orientation et l'implantation de chaque branche de l'arbre. Ce vénérable Thuja plicata de près de deux mille ans,le plus gros du monde,mesure environ vingt mètres de tour de tronc pour une hauteur de soixante mètres. Il est creux et on peut donc l'observer de l'intérieur,ce qui est rare. Au cours de cette marche,j'ai pu constater la déso-

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Un aperçu dela richesseécologiquedela forêt pluviale,à Seymour Demonstration Forest (Vancouver,Canada).


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lation des nombreuses coupes rases de l'Etat de Washington ne laissant que quelques arbres et forêts anciennes pour se recueillir. C'est dans cette région que se dresse encore « Pretty Boy » un Sapin de Douglas de plus de quatre-vingt-dix mètres de haut qui vraisemblablement est millénaire. Plus au sud,dans la région de Portland (Oregon),j’ai eu l’occasion de photographier le Noyer de Sauvie Island (Juglans indsii) le plus gros des Etats-Unis avec ses sept mètres de tour et l'Epinette de Sitka (Picea sitchensis), appelée Octopus en raison de plusieurs troncs partant de sa base. Mon ami Gary Braasch,photographe spécialisé dans l'environnement,m'a également montré un splendide Erable à grandes feuilles (Acer macrophyllum) et surtout The Klootchy Creek, l'Epinette de Sitka sans doute la plus large des Etats-Unis. Afin de protéger ses racines,on l'a entourée d'une passerelle qui empêche de la photographier convenablement. C'est la quatrième plus importante Epinette de Sitka au monde.

La Californie et ses arbres vénérables Les forêts fluviales tempérées, toujours elles, de la côte ouest américaine sont aujourd'hui encore dévastées par les énormes compagnies forestières qui en possèdent de grandes étendues. Les coupes effectuées depuis plus de cent cinquante ans dans ces milieux côtiers ont engendré des glissements de terrain,des érosions et fait disparaître toute vie de la forêt. Devant ce désastre,des amoureux de la nature du nord de l'Etat essaient activement et par tous les moyens de sauver les forêts et notamment

LeNoyer deSauvieIsland (Oregon) est leplus gros des Etats-Unis. « Luna Tree»,un Sequoia millénaire « sauvé » par la bravoureet la persévérancede Julia Butterfly.

leurs gros Séquoias. C'est dans ce but que Julia Hill Butterfly s'était installée en haut d'un superbe Séquoia, appelé Luna et sans doute millénaire, surplombant la vallée où se situe l'exploitation et l'usine de Pacific

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Pagededroite: « Octopus », uneEpinettedeSitka,dans l’Oregon, qui portebien son nom.


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Lumber Company,la plus grande compagnie forestière. Julia est restée dans cet arbre du 10 décembre 1997 jusqu'à la fin de 1999,sans jamais en descendre. Elle a été très courageuse car elle était continuellement assaillie par les hélicoptères des forestiers qui essayaient de l'intimider. Depuis lors le Séquoia de Julia a été sérieusement endommagé sans que l'on sache par qui : une tronçonneuse a été utilisée pour entailler tout le tour du tronc jusqu'à atteindre le cambium. En dépit des soins multi ples qui lui ont été prodigués, il a peu de chances de survivre. D'autres activistes se sont installés eux aussi dans les arbres géants de l'Oregon,mais,comme pour Julia,peu de journalistes surtout en Europe, parlent d’eux. Il faut pourtant savoir que, même pacifistes, ces jeunes gens sont en butte aux bulldozers des compagnies forestières et aux exactions de la police comme l’emploi de produits chimiques aveuglants tels que le « pepper spray ». N’oublions pas que ce sont eux qui essaient de sauver la Planète trop souvent polluée par l’Homme !

Après ma rencontre avec Julia par talkie-walkie interposé, je suis allé à Arcata et avec quelques amis nous avons

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Technique de grimpe

Pour accéder à la cime de ces mastodontes, Steve utilise une arbalète pour ancrer de longues cordes. On emploie ensuite le footlock, des poignées arrimées à une corde d'escalade qui aident à monter avec les bras et les pieds. Ce n'est pas évident, mais petit à petit on s'y fait ; ce qu'il faut c'est surtout ne pas penser que notre vie tient véritablement à un fil puisque nous sommes dans le vide attachés à une corde de un centimètre de diamètre ! J'ai adopté cette technique pour essayer de photographier le Del Norte Titan, un Sequoia sempervirens de vingt et un mètres de tour et haut de quatre-vingt-dixsept mètres. Il vit sans doute depuis plus de mille cinq cents ans dans cette forêt, mais il n'est pas vraiment protégé car son sol est très fragile. Malheureusement le temps était trop pluvieux et je n'ai pu prendre cette photo de haut en bas. Grimper sur un arbre mitoyen est la seule solution pour voir la couronne des Séquoias sans déformation.

parcouru ces forêts pluviales de Sequoias sempervirens. Des arbres y culminent à cent mètres de haut,des troncs brun-rougeâtre de cinq mètres de diamètre et plus s'élancent jusqu'à quarante mètres avant que se déploient les branches. On ne se lasse jamais de ces lieux au sol riche et si moelleux où abondent les fougères, mais comme on s'y sent petit !

« Del Norte Titan » (Californie),le plus large Sequoia sempervirens de la planète,huit mètres de diamètre,quatre-vingt-dix-sept mètres de haut. L’auteur s’initiant à la technique du « footlock ».

Ces arbres anciens de la Californie sont recensés systématiquement. Michaël Taylor effectue ce travail. Comme il peut énoncer la hauteur d'un Séquoia à vue d'œil, il est souvent sollicité par des associations

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Pages suivantes : « Discussions avec des géants. » Jeddediah Forest (Californie).


forestières ou des scientifiques. Pour affiner ses estimations, il se sert de jumelles munies d'un laser,ce qui permet une grande précision. Steve Sellett,lui,est capable de grimper tout en haut d'un de ces géants et dire alors très exactement combien il mesure, comme il l'a fait pour le Mendocino, l'arbre le plus haut connu de la planète avec ses cent onze mètres. C'est pendant ce séjour en Californie que je découvris un Erable à grandes feuilles (Acer macrophyllum) d'environ trois cents ans qui, seul sur la butte d'un pré, contemplait la vallée. Le bois de ces érables est utilisé pour le placage, le mobilier,et les Indiens s'en servaient pour la confection des pagayes. Quand au sirop d'érable provenant de sa sève il est bien connu des gourmands. Au cours de ce même péri ple,je pus photographier également l'Arbousier de Madrone (Arbutus menziesii),un arbre massif,sacré pour les Indiens. Son écorce est rouge et froide au toucher et son feuillage reste vert toute l'année. Mais l'une de ses grosses branches s'est affalée au sol,annulant ainsi son record de taille parmi tous les arbousiers recensés par American Forests Association. Le plus gros Laurier californien (Umbellularia californica) que je connaisse, un superbe spécimen, vit près de Salmon Creek depuis des siècles. Il est recouvert de mousse verte et sa ramure dégage la senteur forte de ses feuilles persistantes,nous rappelant qu'il ne faut surtout pas inhaler directement cette odeur entêtante de la feuille ; lorsqu'on la broie dans la main, cela remonte directement au cerveau !

Les Séquoias sempervirens du nord de la Californie En 1996,j'avais déjà eu l'occasion,grâce à Guy Chételat, de découvrir les gigantesques Séquoias sempervirens du Humbolt National Park. Qu'ils soient encore debout ou

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affalés sur le sol à la suite de tempêtes ou de préci pitations importantes, ils sont des plus impressionnants. Comment des arbres d'une telle hauteur avec une base de sept mètres de diamètre ont-ils résister sans faillir depuis deux mille ans et comment la sève arrive-t-elle

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Pages précédentes : L’Arbousier deMadrone (Californie). Pagededroite: Les Sequoias, les plus célèbres arbres du monde, vestiges d’un très lontain passé.

jusqu'à la moindre épine située tout en haut de la cime ? C'est véritablement stupéfiant mais peut-être l'est-ce plus encore de se retrouver devant l'abre qui était le plus haut de la planète,cent douze mètres,étendu sur le sol,son système racinaire à nu. C'est dans le Séquoia National Park que se dresse depuis

La baseimposante d’un des Sequoias géants du Sequoia National Park, Californie.

Les forêts de Séquoias géants ont plusieurs millions d'années. Leur origine remonterait à l'époque glaciaire lorsqu'ils vivaient en Alaska. Il y avait alors une forêt primaire qui s'étendait à travers l'Asie,l'Europe et l'Amérique du Nord. Actuellement,les quelques Sequoiadendron giganteum et sempervirens de Californie et les quelque enclaves de Cyprès chauves (Taxus distichum) et Metasequoias glyptostroboides de Chine sont les seuls vestiges de ce monde passé. Des fossiles de bois,cônes et pollens ont mis en évidence la présence de Pins et Séquoias coexistant ensemble depuis cent millions d'années. James Basinger de l'université de Saskatchewan (Canada) a découvert sur l'île de la Princesse Margaret le plus remarquable dépôt de plantes fossiles au monde. Très bien conservés ces dépôts qui auraient quarante millions d'années ont permis de reconstituer le paysage de ces forêts ancestrales. Mais dès la fin du XIXe siècle,leur exploitation intensive commença. Des scieries immenses virent le jour,des milliers d'hommes et de femmes se transportèrent vers l'Ouest en quête d'un travail. Toute une infrastructure fut créée pour l'abattage et le transport des grumes et des planches. Des arbres de plus de vingt-cinq mètres de tour et quatre-vingt-dix mètres de haut furent débités. C'est ainsi que le Mark Twain,un arbre de cinq mètres de diamètre sous l'écorce fut abattu en 1891. Cinquante personnes pouvaient se tenir debout sur la souche de ce pauvre Séquoia ! Le Musée américain d'histoire naturelle de New York et le Musée britannique de Londres en possèdent quelques tranches et leurs courbes annuelles gravées à jamais sont là pour témoigner. Après 1940,l'exploitation a été stoppée et les forêts ont été protégées. Aussi peut-on toujours admirer quelques-unes de ces sentinelles millénaires,trônant encore dans leurs forêts d'origine.

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deux mille sept cents ans le Séquoia Sherman (Sequoiadendron giganteum), un géant mondialement connu et qui doit son origine - n'est-ce pas inimaginable ? - à une petite graine cinquante-huit milliards de fois plus petite que lui. C'est dans ce même parc qu'il me fut donné,comble de bonheur,de pouvoir photographier une biche au pied d'un gigantesque Séquoia, un rêve d'au moins vingt ans ! Pour le General Grant, autre Sequoiadendron giganteum, ma rencontre se fit sous la neige et donna lieu à de belles photos. Si la neige ajoute au charme du paysage, elle reste cependant un élément vital pour les Sequoias : leurs racines et leurs aiguilles l'emmagasinent et peuvent ainsi pallier au climat aride de l'été. Si suffisamment de neige ne tombe dans ces montagnes, les Sequoias géants seront en péril. C'est aussi par un jour de neige,que j'allai voir le Grizzly au Yosemite National Park,dans Mari posa Grove. Pour accéder au Grizzly,il faut marcher une bonne heure dans la forêt ; on y est entouré de géants quand soudain surgit le plus majestueux d'entre eux, véritable roi de cet environnement avec ses soixante-quatre mètres de haut et ses vingt-cinq mètres de tour. Il aurait plus de deux mille sept cents ans. LeGrizzly dela YosemiteValley pourrait avoir plus dedeux millesept cents ans.

Les Pins de Bristlecone,

Un des Pins deBristleconedans les White Mountains,faceà la Sierra Nevada.

dans les White Mountains de Californie Ces arbres com ptent parmi les plus anciennes espèces végétales de la planète. Il y a peut-être cent millions d'années,les Pins d'Amérique du Nord poussaient dans des étendues qu'occupe maintenant la mer de Béring. Quand le climat changea,ces communautés de plantes se déplacèrent vers le sud,s'acclimatant géologiquement et climatiquement aux changements rencontrés le long de

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Pagedegauche: Le« General Grant » (King Canyon National Park,Californie) un Sequoia géant particulièrement imposant.


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leur péri ple. Dans ces grandioses et arides montagnes blanches de l'est de la Californie,à une altitude de plus de trois mille mètres et dans une lumière vivifiante,certains ont survécu plus de quarante siècles,dépassant en âge les Séquoias géants. Ces arbres fabuleux se contentent d'un sol très pauvre et rocailleux avec un minimum d'humidité et une courte saison de croissance, et ce sont curieusement ces conditions inhospitalières qui ont permis leur longévité. Comme ils poussent très lentement - leur circonférence ne s'accroît que d'un pouce (environ deux centimètres et demi) par siècle - ils produisent un bois très résineux de haute densité, résistant au pourrissement et aux maladies. Les aiguilles,elles,peuvent vivre de vingt à trente ans,s'ajoutant ainsi au nouveau feuillage. Ces aiguilles de longue vie fournissent une photosynthèse stable qui aide l'arbre à supporter différents stress sévères rencontrés pendant ces longues années. Une autre stratégie pour survivre est le bois mort graduel de l'écorce et la réduction des tissus qui conduisent l'eau (xylème) quand l'arbre est endommagé par le feu,la foudre,la sécheresse ou les tempêtes. La couronne devant alors suppléer avec des éléments nutritifs égalise l'effet des dommages subis. Les parties qui ont survécu restent en bonne santé. La ténacité d'un Bristlecone est remarquable. Les arbres accrochés sur des pentes plus humides poussent plus vite,ont donc un bois moins dense et succombent plus tôt. Depuis les jeunes pousses jusqu'aux arbres vénérables,chaque individu a un caractère propre à son environnement,avec un système racinaire individuel. Les jeunes branches recouvertes d'aiguilles ressemblent à des queues de renard dans le vent et leurs tout petits cônes exhalent toute la fraîcheur juvénile. Pendant tant de siècles les Pins de Bristlecone (Pinus longaeva) ont combattu les éléments naturels pour devenir

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Les Pins de Bristlecone ont leur mart yr : Prometheus .

En 1964, un jeune étudiant de l'Université de Caroline du Nord, Donald R.Currey, préparait son doctorat de géographe en faisant des recherches sur l'âge des glaciers dans le sud-ouest des EtatUnis. Très attirés par le glacier Wheeler Peak, cet étudiant et son associé, ayant approché les Bristlecone, commencèrent à prélever des échantillons dans le bois de cœur, découvrant ainsi que l'un d'eux avait plus de quatre mille ans. Très excités par leur découverte, ils demandèrent et obtinrent l'autorisation du service forestier de couper Prometheus. Ils abattirent ainsi le plus vieil être vivant de la planète ; s'ils comptèrent quatre mille huit cent quatrevingt-quatre courbes annuelles, les dendrochronologistes allèrent jusqu'à donner quatre mille neuf cent cinquante ans à cet arbre. Quel triste record pour une fin si tragique ! Mais à quelque chose malheur est bon. Cet abattage ayant fait grand bruit dans tous les EtatsUnis, le service forestier s'intéressa enfin aux Bristlecone Pine et, en 1986, le Grand Bassin fut déclaré Parc national, récompensant ainsi tous les efforts des associations de protection de la nature.


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ces étonnantes sculptures,vivantes ou mortes,œuvres d'art à l'état brut,déployant leurs formes harmonieuses,qui évoquent parfois de fantastiques silhouettes animales. Quant à ceux dont la mort remonte peut-être à des milliers d'années, le temps leur aura prêté des allures fantomatiques, leurs squelettes restant sur pied,polis par les vents de sable,de neige et de glace,donnant au promeneur l'impression de se déplacer dans un monde étrange,un paysage lunaire. Parmi les plus anciens, vénérables individus de quatre mille ans,on peut citer The Fraternity (le Fraternel) ou Methusela (Mathusalem), découvert en 1957, de quatre mille neuf cent cinquante-quatre ans qui serait l'arbre le plus vieux du monde. C'est à Edmund Schulman,à la fois astronome et spécialiste de la dendrochronologie que nous devons l'étude de ces plus vieux arbres du monde. Travaillant à l'origine sur les Pins de Douglas,il apprit en 1953 l'existence dans les White Mountains,de ces pins vénérables. Il découvrit làhaut de multi ples souches de Bristlecone Pine dont une de dix mètres quatre-vingt-dix de circonférence,baptisée le Patriarche par les Rangers locaux. Il put la dater de mille cinq cents ans grâce aux courbes de croissance. Des recherches plus approfondies furent alors entreprises qui permirent la découverte des arbres les plus anciens entre trois mille quarante-huit et trois mille trois cent cinquante-quatre mètres d'altitude. Le premier ainsi trouvé fut baptisé Pine Alpha,il dénombrait plus de quatre mille courbes annuelles. S'il approche les un mètre vingt de diamètre,il ne compte que vingt-cinq centimètres d'écorce vivante pour le supporter. On comprend la surprise de Schulman devant la capacité de ces vieux arbres à vivre si longtemps avec si peu d'eau. Depuis 1958, l'US Forest Service a protégé vingt-huit mille acres canadiens de cette forêt,nommant une aire

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LeGenévrier deBennett (Californie) est estimé à quatremilleans.


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spécifique Schulman Memorial Grove, honorant par là l'inventeur de ces arbres vénérables.

Le Genévrier de Bennett (Juni perus occidentalis), à Sonora (Californie) C'est en avion que je me rendis à Sonora. Nous sommes passés à proximité de Yosemite Park et c'est une curieuse impression de voir les Séquoias géants de haut ; nous avons également survolé Mono Lake et je suis tombé sous le charme de cette splendide étendue d'eau vert turquoise. Après quelques jours à Sonora,à la recherche de contacts pouvant m'aider à trouver le Genévrier Bennett,je fus pris en charge par Ernie Marino,un arboriste, et ses amis, les frères Burns. Une sacrée journée commença. Mes amis avaient loué des motos neige, meilleur moyen de se rendre à Sonora Pass. Nous avons emprunté de délicieux petits chemins enneigés, gravissant de splendides crêtes tout en admirant les beautés de la montagne. Nous eûmes même à franchir d'un saut de notre engin un petit ruisseau. Enfin,après deux bonnes

Les branches du Genévrier deBennett sortent commedevéritables flammes des fibres del’arbre.

heures, nous atteignîmes le fief du Genévrier, un spécimen d’environ quatre mille ans. Un moment inoubliable ! Jamais je n'avais vu un tel spécimen et j'avais peine à imaginer toutes ces années qu'il avait vécues, tout ce qu'il avait déployé comme énergie pour propulser sa propre sève au plus haut de sa cime ! Quelle majesté ! On comprend Georges Dubbins, un vieux monsieur de plus de quatre-vingts ans qui,chaque année,aux beaux jours,vient se recueillir sous ce genévrier,estimé à quatre mille ans, pour en raconter l'histoire au passant. Qu'il soit félicité pour ce beau geste ! Avant de quitter l’Amérique du Nord,le fils du directeur photographique du musée Ghetty me fit découvrir à Joshua National Park un Arbre de Josué (Yucca brevifolia) millénai-

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Pagedegauche: Les enfants del’école deSanta Maria del Tule(Mexique) au pied del’impressionnant Cyprès qui possèdeletronc leplus largedu monde.


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La légende de l'arbre de Tule.

Mexique et Chili Arbol del Tule,l'arbre légende du Mexique L'arbre géant de Tule,dans la région d'Oaxaca,est l'un des plus imposants du monde. C'est un immense Cyprès, faisant partie de la famille des Montezuma (Taxodium mucronatum),proche cousin des Cyprès chauves si communs dans les marécages et terrains humides du sud-est des Etat-Unis. Cet arbre était déjà exceptionnel en 1556, quand les conquistadores espagnols investirent le Mexique. Bien qu'il ait été,un siècle auparavant,fracassé en plein cœur par la foudre qui laissa un grand trou et détruisit trois pièces maîtresses de son tronc fragmenté, il survécut à cette catastrophe et continua à prospérer à travers les siècles. La cavité fut protégée et la grande frondaison restaurée. Au cours des ans, différentes mesures ont été prises,mais son tronc cannelé les rendent com plexes. A l'heure actuelle,on estime à plus de quarante mètres sa circonférence à hauteur de poitrine. A neuf mètres de haut,le tronc se divise en multi ples et gigantesques branches déployant une frondaison de quarante-cinq mètres de diamètre. Cette vaste couronne n'est pas très haute,culminant à quarante-trois mètres. Quant à son âge,il est donné,à son pied,comme étant de deux mille ans,mais différentes recherches scientifiques lui attribueraient beaucoup plus. Quoi qu'il en soit, il reste un des plus anciens de la planète avec le tronc le

En ces temps lointains, les animaux vivaient en paix à l’ombre d’un arbre gigantesque. Mais un jour ils prirent conscience de la méchanceté de l’homme et allèrent demander conseil à Pitao, leur dieu protecteur. Celui-ci leur dit : « L'homme est fort et son intelligence lui permet de vous capturer et de vous tuer. Et vous, vous ne savez comment défendre votre liberté. Rentrez chez vous car il est tard et retenez bien ceci : Utilisez votre propre force pour vous défendre, votre instinct vous guidera... » A quelque temps de là, les animaux f lânaient au clair de lune, quand des chasseurs jaillirent soudain de toutes parts. Les animaux, effrayés, coururent en tous sens jusqu’au moment où l’arbre les invita à se réfugier dans ses branches. Cela ne fit pas l’affaire de Xoco, le dieu des chasseurs qui, en fureur, paralysa les animaux qui se figèrent sur leurs branches protectrices. Les choses ne s’arrêtèrent pas là ; en représailles Pitao ordonna au soleil de chauffer de plus en plus et une grande sécheresse sévit dans toute la région.

Après de longs pourparlers entre le dieu des animaux et celui des chasseurs, ce dernier accepta de rendre à l’homme les animaux dont il avait besoin.

C’est pourquoi, depuis ce jour, l’arbre porte le nom de Tule : Tu Uniras Los Enemigos. Inutile de parler espagnol pour comprendre ! Librement adapté de Ximena Diaz-Cid.

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plus large du monde. Malheureusement, depuis 1940, son espace vital a considérablement changé. Le manque d'eau souterraine dû à la réduction de la nappe phréatique,l'urbanisation ainsi que d'autres facteurs sérieux compromettent le futur. C'est pourquoi, l'organisation Mi Amigo el Arbol a été mise en place pour veiller à sa protection. Elle a proposé au gouvernement mexicain de déclarer cette zone protégée et souhaiterait que ce Cyprès,

Ci-dessus : La frondaison d’un Araucaria. Leplus imposant Araucaria araucana du Conguillo National Park au Chili.

Ci-contre: La forêt d’Araucaria araucana et levolcan Villarica à la frontièredu Chili et de l’Argentine.

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unique, soit classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.

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Pagededroite:Un AlerceCostero (Chili) de deux milleans au moins.

Les forêts pluviales du Chili Ce qu'il reste des forêts pluviales du sud du Chili sert d'habitat aux Alerce (Fitzroya cupressoides), aux Araucarias très anciens,aux Nothofagus et autres espèces endémiques. C'est dans la région de Puerto Montt que se trouvent les plus beaux spécimens. Douglas Tompkins, ancien fondateur de North Face, y acheta, en 1991,260 000 hectares de forêts pluviales qui devinrent le parc national de Pumalin. C'est avec un jeune forestier travaillant pour l'Institut de sylviculture de Valdivia (un peu au nord de Puerto Montt) que j'allai examiner le plus gros Alerce du Chili, Alerce Costero, onze mètres quarante de tour et sans doute deux mille ans d'âge. En dépit de la protection qui entoure ces arbres,quelques forestiers ont encore, illicitement,des permis d'abattage. C'est paradoxalement grâce à l'un d'eux que je pus découvrir,à la suite d'une longue marche, un autre Alerce, plus splendide encore que le Costero,avec un fût magnifique et une cime entière. Si ces forêts regorgent d'Alerce,d'autres espèces les côtoient telles que Nothofagus nitida,Nothofagus betuloides, ou Pilgerodendron uviferum. De nombreuses plantes vivent dans le même écosystème. La dévastation de ces forêts de Fitzroya cupressoides - un carottage dans l’un d’eux a permis de com pter trois mille six cent vingtcinq années - a été particulièrement rapide du fait des terrains plats,des accès faciles et de la proximité du port de Puerto Montt.

Alerce Andino (Fitzroya cupressoides) C'est un trekking de plusieurs jours en solitaire qui m'amené à ce célèbre Alerce. La première journée me fut

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Un Alercedeplus demilleans à Puerto Montt (Chili). C’est dans leparc AlerceAndino,à Puerto Montt quej’ai découvert cettemagnifiquecascade, cachéedans la verdure.


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nécessaire pour contourner le lac Sargazo. Le sentier de planches, entretenu tant bien que mal par la CONAF (Société forestière chilienne), traverse des forêts mixtes où l'on peut se familiariser avec diverses espèces comme les Nothofagus nitida, Saxegothaea, Laureliopsis et Eucryphia sans oublier les tunnels de verdure formés par le bambou Chusquea Quild. En dépit des aléas de la marche,montées,descentes,traversées de rivières,escalades de bois mort, ce fut un régal de randonner au milieu de cette végétation luxuriante,de pouvoir observer des perruches multicolores ou de petits daims,nommés PuduPudu. Je bivouaquai le soir auprès du lac. Le lendemain j'entrepris l'ascension de la montagne car ces majestueux Alerce millénaires ne se rencontrent qu'à huit cents mètres d'altitude environ. Je découvris au cours de mon escalade une superbe cascade dont l'eau pure et limpide alimentait un mur végétal. Puis ce furent les Alerce. A partir de quatre cent soixante mètres,la forêt est couverte à soixante-dix-sept pour cent de cette espèce. Certains mesurent jusqu'à deux mètres soixante-douze de diamètre, leur tranche d'âge a été située entre six cent quarante-deux et mille deux cent cinquante-trois ans. On trouve également d'autres espèces très âgées,comme les Podocarpus nubinega qui peuvent avoir quatre cent quatre-vingt-sept ans ou les Saxegothaea conspisua, quatre cent soixante-quinze ans ou enfin les Laureliopsis phili ppiana,six cent cinquantesept ans. Quelle récompense après ces heures de marche !

Les souches de Puerto Montt A quelques kilomètres de Puerto Montt,on peut voir à marée basse une quantité de souches enfouies dans les sédiments. Il s'agit d'une ancienne forêt originelle

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Des souches d’Alerceancestrales retrouvées dans les sédiments dela plagedePuerto Montt (Chili). Un Alerceet toutesa biomasse: mousses,lichens,fougères.


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d'Alerce. Le Dr Carlos Klohn,de l'Université australe du Chili, a étudié minutieusement l'histoire géologique de ces lieux. Il en a déduit que pendant l'ère glaciaire, le niveau de la mer étant plus bas, les glaciers avaient formé un gigantesque lac d'eau fraîche (le golfe de Reloncavi) dont les moraines forment les îles actuelles Puluqui,Quellin et Nao. Quand la température devint plus modérée,les Fitzroyas cupressoides colonisèrent les terres humides au nord du lac. Des glaciers plus récents créèrent de petits lacs autour du golfe,l'un d'eux inonda notre forêt ; avec le temps il se remplit de sédiments d'une épaisseur de plusieurs mètres enterrant les troncs d'arbres. Puis l'océan envahit le lac et inonda complètement les arbres sédimentés. En 1960, un sévère séisme releva cet endroit de plusieurs mètres et,finalement,l'action

Demagnifiques fougères dela forêt pluvialedeLenca (Chili). « Ceux qui nesont jamais allés dans la forêt pluvialedu Chili neconnaissent pas leChili. » Pablo Neruda

La plagedePuerto Montt découvreà maréebassedes souches d’Alercedequarante-cinq milleans.

Pages suivantes : Fitzroy Crossing et ses Baobabs (Nord del'Australie).

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'est pour aller à la découverte des arbres les plus vieux de la planète,les Pins Huon (Lagarostrobos franklinii) et quelques rares Pins Wollemi (Wollemi mirabilis),

que j'entrepris mon voyage en Australie. Ce continent immense qui a fait rêver plus d'un avec ses déserts à

perte de vue,ses rochers sacrés comme Hayer's Rocks,ses gorges,ses canyons,ses kangourous,ses koalas... recèle sans doute encore des trésors végétaux ignorés. A l’origine,en effet,l’Australie faisait partie de cet immense continent, le Gondwana où prospéraient en toute quiétude animaux et forêts splendides. Certaines espèces subsistent encore tant bien que mal,résistant avec peine aux pollutions et aux massacres de leur plus grand prédateur, l’Homme. Je ne restai que quelques jours à Sidney avant de rejoindre la Tasmanie,cette île au sud-est du continent où je devais retrouver à Hobart,sa capitale,des membres de la Wilderness Society Tasmania. Ceux-ci m'avaient organisé tout un programme pour aller dans les vieilles forêts pluviales à la rencontre de l'Eucalyptus regnans,ou Frêne de montagne. Là où nous sommes allés, les touristes ne peuvent accéder : panneaux et barricades interdisent de pénétrer dans ces lieux,les exploitations forestières qui y sont pratiquées pouvant être fatales.

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TASMANIE, AUSTR ALIE et NOUVELLE ZÉLANDE

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Ta s m a n i e e t A u s t r a l i e

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plus

célèbre

vallée

trouver

l'Eucalyptus regnans est celle de St yx qui

porte le nom de la rivière qui la traverse.

On y côtoie des arbres de plus de quinze

mètres de tour pouvant parfois dépasser les cent mètres de haut. Ces magnifiques forêts

ressemblent à celles du Chili ou de

l'Amérique de l'Ouest, voire même de l’Afrique du Sud et

du Kenya : arbres immenses, troncs allongés sur le sol et

recouverts de mousses alternant avec de jeunes arbres

pleins de vigueur, fougères arborescentes, champignons de

toutes couleurs et de toutes formes, oiseaux et mammifères

comme le Diable de Tasmanie, un marsupial de petite taille,

carnivore, souvent effrayé et mal aimé de l'homme ou l'or-

nithorynque, cet étrange animal, très timide, qui sillonne ruisseaux et rivières ; c'était jadis aussi le territoire du tigre

de Tasmanie, tête de loup, corps de hyène et pelage tigré, dis-

paru depuis 1936, mais que des études en cours tentent de

faire revivre à partir de son ADN.

Les Eucalyptus regnans sont souvent couverts de mousses

ou présentent une écorce panachée de plusieurs couleurs et

qui se détache, comme s'ils voulaient se fondre dans le paysage et échapper à la vue ainsi que des caméléons.

Malheureusement ces splendides forêts pluviales de St yx Valley, dès qu'elles ne sont plus dans les limites des parcs

nationaux, ne sont pas protégées. Depuis 1900 on y pra-

tique des coupes sans grand souci de sélection ou de gestion

durable. Des forêts entières sont la proie des Timberjack, des engins infernaux qui broient tout sur leur passage sans

aucun égard pour l'écosystème. Les arbres sont abattus, déchiquetés avec toute leur biomasse, mis en pulpe, en sciu-

re (woodshipping). Les animaux ne peuvent survivre à ces

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C’est dans la valléedeStyx,en Tasmanieque poussent les plus gros et les plus hauts Eucalyptus regnans. C’est unedes forêts pluviales les plus riches écologiquement.


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hécatombes, les rivières, les ruisseaux, les cascades sont

détruits. Pour parachever leur travail, les forestiers et leurs hélicoptères incendient au napalm leurs gigantesques

coupes rases. L'humus brûle pendant plusieurs semaines et

l'on marche sur des souches noircies de cinq mètres de

diamètre. Quelle barbarie !

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A Mount Field j'ai pu photographier des Eucalyptus pau-

cif lora qui résistent au froid et à la neige. Ils poussent très

lentement et possèdent de splendides écorces toutes diffé-

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Un Eucalyptus des neiges, des arbres qui résistent au froid et dont l’écorce revêt unemultitudedecouleurs. Mount Field,Tasmanie.

rentes les unes des autres. Leurs branches sont tour-

mentées et les troncs s'insinuent parfois dans de fines anfractuosités rocheuses. Le halo de brouillard qui certains jours

entoure ces Eucalyptus des neiges leur confère une beauté mystérieuse. Geeveston C’est en moto, avec mon ami Birth, que nous sommes allés explorer la région de Geeveston. Ce moyen de locomotion

nous a permis de nous éloigner des routes forestières et de

leurs barrières dissuasives, qui interdisent la circulation aux

touristes et randonneurs et ne laissent le passage qu’aux engins des forestiers. Roulant et grimpant sur des routes

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Pagedegauche: Quelledésolation queces splendides forêts pluviales soient livrées aux coupes rases d’exploitants sans scrupules. Amanda Sully écoutela plainted’un des rescapés decettefoliemeurtrière.


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chaotiques, nous avons atteint l’aire des anciennes forêts plu-

viales maintenant anéanties, rasées, broyées, sans aucun respect pour toutes ces vies animales et végétales dont elles

étaient l’habitat. Nous avons ainsi atteint, en haut des mon-

tagnes, Warra Creek. Là où s'étendait une paisible forêt,

avec sans doute des Eucalyptus dépassant les quatre-vingt mètres de haut, il n'y a plus à perte de vue que des hectares

de souches noircies par les incendies au napalm ! Comment

les Australiens peuvent-ils laisser leur patrimoine culturel et naturel partir ainsi en fumée !

Avec un des plus anciens membres de la Wilderness

Societ y, Peter Sims, nous nous sommes rendus à

l’Evercreech Forest Reserve où vit un sompt ueux Eucalyptus Whitenight (Eucalyptus viminalis) englobé dans

cette réserve, petit ilôt protégé au milieu, là encore, de forêts

rasées ne laissant plus voir que des souches noircies. Trois

heures de marche nous ont été nécessaires pour faire le tour

de cette horrible coupe rase. Cradle Mountains

Les sentiers de randonnée de Cradle Mountains, dans le

La déforestation gigantesquedecequi fut sans douteunesplendideforêt pluvialedans ledistrict deGeeveston,Tasmanie. Arrêtons lemassacre! CradleMountains (Tasmanie) et theWalls of Jerusalem,desplendides falaises. On y trouvedes Hêtres prostrés.

nord-ouest de la Tasmanie, sont réputés. L'Overland track qui joint Cradle Valley au lac Saint-Clair demande une hui-

taine de jours de marche. A l'automne, on est ébloui par la

symphonie des couleurs des Hêtres décidueux (Nothofagus

gunnii) de petits arbres dont les feuilles d'à peine deux cen-

timètres se parent de tonalités magiques, du jaune au rouge vif en passant par l'orange, le marron et le doré. Superbe !

A la recherche d'un beau Hêtre bien tortueux, nous avons,

Peter Sims et moi arpenté les f lancs des montagnes le long

du lac Dove. Un matin, à l'aube, dans Ballroom Forest, toujours à la recherche de mon arbre, j'ai pu admirer un

Myrte (Nothofagus cunninghamii) ainsi qu'un Eucalyptus

paucif lora et un Sassafra (Atherosperma moschatum)

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Pagededroite: C’est dans la forêt d’Evercreech,petit îlot protégé au nord-est dela Tasmaniequepoussent les somptueux Whitenight, unevariété d’Eucalyptus.


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parmi lesquels pousse le Pin Huon. Nous étions à mille

mètres environ d'altitude, là où les arbres ne croissent pas

vite. Les sentiers étaient encore givrés, une fine couche de

neige recouvrait les sommets. Les baies rouges (Cyathodes

parvifolia) ou orange (Coprosma nitide) étaient mûres à

souhait et les bords du lac regorgeaient d'Astelia alpina.

Une vraie féerie !

En observant cette végétation luxuriante je vis, au bord d'un

petit torrent, trois minuscules taches bleutées et brillantes

qui m'intriguèrent. J'étais comme en présence de trois yeux

bleux qui m'observaient, en fait de petits champignons d'un centimètre de diamètre, les Mycena interrupta. Cette décou-

verte m'a bouleversé, ils étaient si semblables à des yeux

bleus ! Je les photographiai bien sûr et je me promis de les

prendre comme logo si j'arrivais à créer cette fondation internationale (Société internationale des amoureux des arbres)

pour la protection des arbres millénaires et des forêts origi-

nelles dont je rêve.

Toujours dans la même région, au lac Wilks vivent les plus beaux Nothofagus gunnii, tandis que sur les f lancs des

montagnes on rencontre différentes espèces végétales, les

Pandanis (Richea pandanifolia), les King Billy Pine (Athrotaxis selagnoides), les Celery To Pine (Phyllocladus aspleniifolius), les Pencil Pine (Athrotaxis cupressoides) qui

plus on monte, plus ils deviennent petits, sans pour autant être moins vieux, au contraire.

C'est par là aussi, que l'on trouve le Dwarf Pine (Diselma

archeri), un petit conifère d'une quinzaine de centimètres de

haut, dont certains sont centenaires, sinon millénaires. Les

Pins Huon de Tasmanie

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Les Mycena interrupta deCradleMountains (Tasmanie). Des petits champignons qui font penser à des yeux bleus qui nous rappelleraient qu’il est urgent depréserver notrepatrimoinevégétal. Les Diselma archeri, plusieurs fois centenaires en dépit deleur petite taille,vivent sur les hauts plateaux de CradleMountains.


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Le Pin Huon (Lagarostrobos franklinii)est endémique à la

Tasmanie, on ne le trouve donc nulle part ailleurs. Pollen et

graines prennent place dans de très petits cônes, mâles et

femelles sur des arbres différents. Son habitat se situe dans

des lieux restreints de l'ouest et du sud-ouest de l'île, le long

de rivières ou de petits ruisseaux, comme ceux du vallon de Mount Read qui poussent directement dans les cours d'eau

; ils forment un enchevêtrement de branches et de racines et l'on a du mal à savoir quelles sont celles d'origine. On en

trouve également loin des rivières, dans des lieux humides bien précis, comme pour ce Pin Huon de Mount Read.

Récemment, une équipe de chercheurs australiens et améri-

cains a détecté des Pins Huon âgés de plus de dix mille ans

à Mount Read, près du lac Johnson. En réalité, c'est leur système racinaire qui remonte si loin dans le temps, les

troncs eux-mêmes n'auraient que mille deux cents ans, ce qui est déjà pas mal ! En effet depuis des milliers d'années

Ces anciens Pins Huons deTasmanie ont brûlé il y a quelques années, cequi a permis defairedes prélèvements et d’ainsi dater leurs racines qui auraient plus dedix milleans.

le Pin Huon se reproduit en majeure partie grâce à ses branches et ses racines qui se relient entre elles. Les termi-

naisons foliaires retombent au sol et dans l'eau des ruis-

seaux ou des rivières, pour y germer et créer de nouvelles racines qui donnent de nouveaux arbres. A Mount Read,

l'ensemble des Pins Huon proviendrait, dit-on, d'un même individu et recouvrirait à l'heure actuelle plusieurs

hectares !

Dans son habitat naturel cet arbre atteint vingt à trente

mètres de haut pouvant même aller jusqu'à quarante mètres

en bordure des rivières. Il est communément associé à

d'autres espèces de la forêt pluviale telles que celles ren-

cont rées à Ballroom Forest, auxquelles s'ajoutent l'Eucryphia lucida (Leatherwood) ou l'Accacia malanoxylon

(Blackwood).

Seules quelques centaines d'hectares ont été protégées dans les réserves de South West and Wild Rivers National Park,

Olegas Truchanas, Gilbert Leitch Memorial Huon Pine

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Pages suivantes : Les Pins Huons ont leplus ancien systèmeracinairedu monde(plus dedix millecinq cents ans),mais leurs troncs sont bien moins âgés.


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Reserves ou bien encore le long de la Gordon River. A Devenport, où s'achevait mon séjour en Tasmanie, j'ai

contemplé, horrifié, d'immenses montagnes de sciure en

partance pour le Japon, triste sort qui attend le reste des forêts pluviales si rien n'est fait pour arrêter les coupes

sombres.

Retour sur le continent australien. Première étape : Dunkeld. Grâce à la Société internationale d'ar-

boriculture (ISA) qui met en contact les arboristes de tous

pays, je fis, entre autres, la connaissance de Philip Kenyon,

un conférencier et arboriculteur de l'université de Burnley à

Melbourne. Il me proposa d'aller voir dans ce village de

l'Etat de Victoria un immense Eucalyptus camaldulensis

que mon ami a surnommé « l'Immortel ». Bien que cet arbre

se soit affaissé au sol, toutes ses branches ont continué à

pousser, déployant une fabuleuse voilure verdoyante sur qua-

rante-trois mètres de long. Ses branches partent dans tous

les sens, se soudent entre elles, s'enracinent parfois et repar-

tent. On peut, si l'on veut, s'amuser à passer de branche en

branche sans jamais quit ter le sol. Avec le propriétaire

de cet arbre extraordinaire et l'instituteur du village, nous

décidâmes de photographier tous les enfants de l'école, cent vingt garçons et filles, assis dans les branches. En souve-

nir de ce jour, on remit à chaque enfant un petit Eucalyptus camaldulensis accompagné d'un certificat de l’université

leur demandant de prendre soin de leur arbre, de le res-

pecter et l’entretenir.

L'Eucalyptus camaldulensis est l'Eucalyptus le plus répandu

en Australie. Il vit au bord des cours d'eau, son feuillage

lancéolé est gris-vert, son écorce est brune, grise et rouge. Son pollen donne un miel de premier choix. Mais gare ! si

vous plantez votre tente dessous, ses branches tombent sans

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Les cent-vingt enfants del’écoledeDunkeld (Australie) réunis sous la ramureet sur les branches del’« Eucalyptus immortel » commelenommemon ami Phil Kenyon. Les branches del’Eucalyptus deDunkeld partent dans tous les sens et s’enracinent même dans lesol.


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prévenir ! J'en ai photographié, à Trawool (Victoria) un spé-

cimen au port élancé, aux branches immenses et dont le

tronc faisait plus de sept mètres de tour. Il était là, au bord

du chemin, à quelques pas de la rivière.

L'Eucalyptus paucif lora, dit aussi Eucalyptus des neiges,

peut être vu dans le Baw Baw National Park, près de Maffra. Ce sont souvent des arbres tortueux, aux écorces de couleurs chatoyantes qui attirent l'œil. Pourtant je n'étais jamais

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Page de droite : Un Eucalyptus des neiges dans le Baw Baw National Park (Australie). Ces arbres peuvent prendre des formes tortueuses et surprenantes qui stimulent l’imagination. Ci-dessous : L’Eucalyptus de Trawool (Australie), un arbre séculaire qui déploie sa ramure au bord du chemin et représente à merveille cette région du Victoria où abonde cette espèce.


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satisfait par ceux que je trouvais, pas assez originaux ni gra-

phiques à mon goût. Finalement, peu avant le coucher du

soleil, ce fut le coup de cœur : un arbre vraiment particu-

lier puisque, en le regardant à l'envers, il dessinait une

femme nue, la tête dans la terre !

Au retour, nous avons traversé une forêt d'Eucalyptus

nitens ou Eucalyptus argentés qui invitaient à grimper dans leurs branches.

La déforestation dans l'Ouest australien Avant de me rendre dans la région de Northcliffe où de

jeunes activistes se sont organisés pour essayer de protéger les

vieilles forêts, j'ai eu l'occasion de photographier, près de

Perth, une entreprise de transplantation d'arbres adultes,

chênes, cèdres, ormes de deux cents voire trois cents ans d'âge. Impressionnant !

C'est en fin de journée que j'arrivai dans le campement des activistes. Très bien organisés, ils possèdent des bases dans

diverses forêts non protégées et pratiquent le troc (LETS) pour vivre au quotidien. Passer des soirées en leur compa-

gnie permet de mieux les connaître.

Le matin aux aurores, nous nous sommes tous retrouvés sur

une route forestière : activistes, forestiers et policiers. Une

fille était sur une plate-forme, attachée entre un arbre et un

Timberjack, engin destructeur dont j'ai déjà parlé. Impossible

de couper le câble qui tenait la plate-forme car la fille aurait

été tuée. Mais quand un autre engin commença à faire de la place pour permettre l'arrivée d'une grue, l'émotion grandit.

Tout le monde était sur les nerfs, cependant les policiers ne

Les Eucalyptus argentés du Baw Baw National Park (Australie). Les Karris dela forêt deFreemantle, dans l’ouest del’Australie. Là aussi sévit la déforestation.

pouvaient arrêter personne. Soudain, sans doute parce que je

photographiais, je fus interpellé. Je résistai. Résultat : les

ligaments de mon genou droit se sont déchirés, je ne pou-

vais plus poser le pied par terre et de ce fait fus obligé de res-

ter pendant une semaine dans le camp des activistes. Cela

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Pagededroite: Forêt deKarris. Freemantle(Australie).


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m’a prouvé combien était grande la solidarité et généreux l’accueil de ces groupes.

Seuls quelques grands Karris, Jarrah et autres géants de

l'Ouest australien sont protégés tandis que la majeure partie

des surfaces forestières sont à la merci des forestiers ou peu

réglementées.

Les Baobabs de Kimberley Il est difficile de connaître l'origine des Baobabs de

Kimberley (Adansonia gregorii). Une première théorie

explique qu'avant la dérive des continents, à l'époque du

Gondwana il y a des millions d'années, une espèce de baobab était déjà établie au Nord-Ouest australien. Une secon-

de théorie, elle, soutient que des graines auraient f lotté dans

leur coque hermétique de Madagascar à l'Australie.

D'autres plantes ayant migré de la sorte, l'hypothèse semble tout à fait valable.

Il existe dans le monde huit espèces de Baobabs portant

toutes le nom de Adansonia, en souvenir de leur

Un Baobab deFitzroy Crossing,au nord de l’Australie. Sans doutem’est-il destiné car j’y ai découvert mes initiales !

découvreur Michel Adanson qui vit le premier un baobab lors

d'un voyage au Sénégal en 1749. On en trouve sept espèces à Madagascar (Adansonia fony, Adansonia perrieri, Adansonia

suarezensis, Adansonia madagascariensis, Adansonia grandidieri, Adansonia za et Andosonia digitata qui n’est pas endé-

mique à Madagascar), une au-dessous du Sahara (Adansonia

digitata) et une en Australie (Adansonia gregorii). Il est intéres-

sant de remarquer que les plateaux de Kimberley formés de récifs dévoniens sont similaires aux tsingy de l'ouest et du nord-ouest de Madagascar.

Le nom de Baobab viendrait de l'arabe et serait dû à un herboriste vénitien, Prospero Albino, qui aurait trouvé le fruit

de l'Adansonia digitata dans une épicerie du Caire, en 1592, sous le nom local de « hobab ». Le botaniste G.E. Wickens

entendit, lui, le nom de « bu hibab » ce qui signifie le fruit

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Pagededroite: Les Baobabs au crépusculedressent leurs silhouettes commedevraies sentinelles. UnefamilledeBaobabs a trouvé sa place au pied des falaises deFitzroy Crossing.


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avec beaucoup de graines. Et c'est au milieu du XIXe siècle

que le botaniste Ferdinand Mueller, accompagné

d’Augustin Charles Gregorii, lors d'une expédition dans le Nord australien, baptisa l'Adansonia gregorii après l'avoir

identifié comme faisant partie du même génus que ceux d'Afrique.

Il est très difficile de dater les Baobabs car ce sont des arbres

tropicaux qui n'ont pas le même système de courbes de croissance. Pourtant David Livingstone, comptant les cernes

d'un Baobab africain l'avait estimé à plus de quatre mille

ans, il n'est donc pas impossible de penser que ceux d'Australie puissent être millénaires.

Pour survivre aux fortes chaleurs d'avril à décembre, le

Baobab de Kimberley fait, à l'époque des pluies, une réserve d'eau dans ses tissus fibreux. Il perd aussi son

feuillage et suspend son activité ; de plus, pour subvenir à un échange chlorophyllien suffisant, il fabrique une fine

couche photosynthétique chlorophylienne couvrant l'écorce. Ce qui explique pourquoi l'on glisse lorsque l'on essaie d'y grimper.

Le Baobab (Adansonia gregorii) est un arbre aux res-

sources multiples. Les Aborigènes mangent telle quelle la

pulpe blanche qui protège les graines ; son goût est un peu

acide mais elle contient de la vitamine C et, écrasée et addi-

tionnée d'eau, donne une boisson rafraîchissante ; on peut

également y ajouter du miel d'abeilles du lieu pour obtenir

un sirop un peu épais. Mélangée à de l'eau sucrée puis

bouillie, la pulpe, encore elle, donne une gelée aux pro-

priétés antiscorbutiques. Cette préparation évita aux

membres de l'expédition du commandant August us

Charles Gregory, à laquelle participait Ferdinand Mueller, de

tomber malades. Enfin, les bushmen l'utilisent comme levu-

re. Quant aux noix, encore vertes, elles peuvent être cuites

dans les braises, il faut compter une demi-heure pour

qu'elles soient à point. Les graines peuvent, elles aussi, être

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Certains Baobabs perdent leurs feuilles pour mieux résister aux saisons chaudes.


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cuisinées, soit simplement grillées, soit pilées pour en

confectionner une pâte. Elles contiennent des protéines et

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Pagededroite: Baobabs deFitzroy Crossing au crépuscule.

de l'huile. Les feuilles enfin sont très nutritives mais il faut les cueillir très jeunes. Elles servent aussi de nourriture d'urgence pour le bétail. Autrefois, les Aborigènes nourrissaient

leurs familles avec les petites racines du Baobab dont la tex-

ture rappelle la carotte. Pour en terminer avec les multiples

ressources de cet arbre, précisons que les fibres des racines

permettaient la fabrication de cordes et de ficelles très solides.

A l'heure actuelle, dans le Kimberley, certains Baobabs ser-

vent encore de lieux de rendez-vous, de bornes géodésiques, de repères dans le paysage. Certains sont très

célèbres comme le Derby qui était un lieu de campement

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CeBaobab,lui,a gardé toutes ses feuilles en dépit dela chaleur.


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pour les prisonniers qu'on menait au tribunal. Cette expé-

dition nécessitait une longue et pénible marche et ce baobab faisait office d'étape de nuit, les prisonniers attachés tout autour de l'arbre étaient protégés par son ombrage. Quant

au Baobab de Wyndham, son tronc étant creux, il était

employé comme cellule temporaire !

Le Baobab de Mermed se trouve dans la baie de Careening,

sur la côte de Kimberley ; le capitaine Philip Parker King y

grava en 1820 le nom de son navire. Sur la route de Broome

à Derby, un énorme Baobab a été aménagé avec deux tables

et des bancs à l'ombre de sa ramure pour servir d'aire de repos aux automobilistes effectuant un long trajet.

J'aurais aimé traverser la région de Kimberley par la Gibb

River Road qui relie Derby à Wyndham, mais seuls les

camions et les 4x4 bien organisés pour un tel voyage peuvent l'emprunter. Comme je voyageais alors en stop, je n'ai pu trouver d'équipier pour réaliser ce désir.

Cependant entre Broome et Derby, un ancien chanteur de

rock australien, Ross Corney, avec qui je voyageais, fit un cro-

chet en brousse et je pus photographier un immense Baobab. Par tout aux alentours de ces arbres, d'immenses ter-

mitières jaillissant du sol témoignent du travail laborieux

et titanesque qu'entreprennent ces tout petits insectes que sont les termites.

Certains Baobabs poussent dans des endroits impossibles, directement sur les rochers, dans les canyons ou sur les

falaises comme ceux que j'ai pu voir aux environs de Fitzroy Crossing.

Les Paper Bark (Melaleuca quinquenervia) Ces arbres possèdent une écorce se détachant en fines feuilles qui ressemblent à du papier dont des Aborigènes

font encore usage. On peut en voir dans la région de Darwin. Comme les Séquoias américains, ce Melaleuca est

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LeMelaleuca ou « Paperbark » doit son nom à son écorcequi formedefines feuilles comme du papier. On letrouvedans les environs de Darwin.


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ignifuge ce qui le protége des incendies et des feux de brous-

se et il est courant de voir de tels arbres noircis mais encore

vivants.

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Pages suivantes : Déforestation massiveen Tasmanie. Lorsque les coupes rases sont terminées,du napalm est répandu par hélicoptèrepour parachever letravail.

Avant de quitter l'Australie, j'aurais aimé photographier les Pins de Wollemi. Une centaine de ces arbres ont été décou-

verts au fond d’un canyon près des Blue Mountains. Ils

remontent à l’époque du Gondwana et seuls des fossiles ont permis de les identifier. Seuls des chercheurs impor-

tants peuvent y avoir accès et les responsables des parcs

nationaux ne m’en donnèrent pas l’autorisation.

La Nouvelle-Zélande

En dépit de grosses difficultés matérielles, je réussis à gagner

la Nouvelle-Zélande où je rencontrai Derald et Pamela

Pour éviter deplus grands incendies,des feux debroussemaîtrisés sont allumés à la saison sèchedans la région deDarwin.


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Petherbridge, des passionnés de la Dordogne, qui me furent

d'une grande aide.

Les Pohutukawas (Metrosideros excelsa) C'est près de Coromandel, à l'est de l'île Nord, que je vis

mes premiers spécimens de Kauris (Agathis australis) et sur-

tout d'admirables Pohutukawas (Metrosideros excelsa). Ces arbres poussent généralement en bordure de mer bien

qu'on en trouve aussi à l'intérieur des terres. Les racines, à la recherche du meilleur chemin pour soutenir tout le poids

d'un arbre adulte, peuvent longer les rochers et prendre des

formes très tourmentées. Les branches s'étendent parfois

sur des dizaines de mètres et, en décembre et janvier, quand de magnifiques f leurs forment un manteau rouge vif, ces arbres sont resplendissants. Arbre symbole pour les Maoris,

arbre fétiche pour tous les Néo-Zélandais, c'est aussi l'arbre de Noël par excellence.

Les coupes effectuées pour créer des pâturages jointes à une

épidémie qui atteignit beaucoup d'entre eux ont raréfié

cette espèce. Pour lutter contre cette disparition, le projet Crimson s'est donné pour but la plantation, avec l'aide des

enfants, de milliers d'arbres. C'est un projet de grande

envergure et qui mérite l'estime de tous ceux qui se font les défenseurs des forêts.

Deux des plus vieux Pohutukawas se trouvent à Mayor Island au nord-est de l'île Nord. Ce sont certainement les

plus gros connus et ils restent des arbres sacrés pour les

Maoris. Dans les environs de Mangonui, petit village où nous fîmes étape, je pus admirer, à Butler Point, sur Bay

Island, des spécimens étonnants qui vivent là depuis plus de cinq cents ans. L'un d'eux possède un tronc de plus de dix

mètres de circonférence et ses branches se déploient sur une

vingtaine de mètres, suivant les vents océaniques. Sa ramu-

re repose au sol et il est aisé de grimper dans sa canopée.

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Depuis des siècles,cePohutukawa vit près dela Roseraied’Oakland (Nouvelle-Zélande). Cet autrePohutukawa est là, à Mangonui (Nouvelle-Zélande) depuis plus decinq cents ans.


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C’est une splendeur ! C'est toujours à l'est de l'île Nord, dans la baie de Plent y, à

Te Araroa, au cap Est, que je partis photographier un autre très vieux Pohutukawa. On y accède par une route sinueuse

qui longe toute la baie dominée par la forêt de Raukumura

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LePohutukawa leplus célèbredela Nouvelle-Zélande. Cet arbregigantesquedeButler Point aurait plus decinq cents ans.


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et passe sous des tunnels de Pohutukawas ; peu avant d'ar-

river à Te Araroa, on a une vue panoramique sur tout le paysage.

Le Waha o Rerekohu Tree, sentinelle sans doute millénaire,

exhale son parfum et affirme sa puissance sur tout le vil-

lage. Il mesure vingt et un mètres de haut et quarante de

large et serait ainsi le plus large de son espèce au monde. On

peut imaginer sous sa magnifique ramure dont les branches

reposent au sol quelque explorateur, pourquoi pas James Cook, venant y méditer !

Le Kauri (Agathis australis) Lorsque les premiers Polynésiens arrivèrent en Nouvelle-

Zélande, il y a environ mille deux cents ans, ils découvrirent

LePohutukawa deTeAraroa. Arbresacré pour les Maoris, il mesurevingt mètres dehaut et quarantedelargeet serait leplus important deson espèceau monde.

Pohutukawa deTeAraroa (IleNord,NouvelleZélande). On peut voir commedes racines externes entourant l’arbre.


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un pays presque entièrement recouvert de forêts originelles.

Si les ancêtres du Kauri apparurent il y a quelque deux cent cinquante millions d'années, à l'époque du Gondwana, c'est au milieu du Crétacé que le vrai caractère de la forêt de la

Nouvelle-Zélande s'est formé. On y trouvait alors non seulement les ancêtres primitifs des Kauris, mais également le

Kahikatea, le Rimu, le Totara, le Hêtre argenté (Nothofagus menziesii) ou le Phyllocladus de la famille des Podocarpes, sortes de conifères.

Le Kauri, un génus de quelque treize espèces connues également sous le nom d'Agathis, affectionne les lieux tempérés

et humides comme les forêts persistantes du nord de la Nouvelle-Zélande. On en trouve également dans le sud-

ouest du Pacifique : Malaisie, archipel Bismarck, îles Santa

Cruz, Nouvelles Hébrides, îles Fidji, Nouvelle Calédonie ou Queensland en Australie.

Les Agathis et les Araucarias, formant ensemble la famille des

Araucariaceae, seraient les plus anciens conifères de la

planète. Au sud de l'Inde, des fossiles d'Araucarias ont été datés à cent millions d'années.

Au XIXe siècle, comme dans tant d'autres endroits, les

Kauris furent abattus. Les troncs étaient si lourds que seize

bœufs ne suffisaient pas pour les tracter. Des barrages ainsi

que des ponts furent construits pour en favoriser le trans-

port. Avec l'arrivée du chemin de fer, l'exploitation des

arbres connut un essor considérable et l'on peut estimer que

quatre-vingt pour cent de ce patrimoine néo-zélandais fut abattu. On ne trouve plus actuellement que quelques par-

celles de ces forêts primitives sur la côte ouest de l'île Nord

et dans la péninsule de Coromandel à l'est de cette même île. En dehors de l'abattage, les Européens et surtout les Français exploitèrent la résine du Kauri, fort appréciée car,

inf lammable, elle pouvait servir d'allume-feu. Mais soit en grimpant, soit en incisant les troncs, les hommes blessèrent

mortellement les arbres. C'est plus encore la résine durcie,

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Un homme vivait au bord d'une rivière et faisait le métier de passeur. Des voyageurs du monde entier faisaient appel à lui et sans doute un grand nombre lui racontait leur histoire pendant la traversée. Un jour un voyageur à cheval, pourvu d'un chargement important demanda à notre passeur de le mener sur l'autre rive d'où il partit à la découverte du monde. Le temps passa, le passeur restait là, allant d'une rive à l'autre, contemplant l'eau de sa rivière. Puis un jour, bien longtemps après, le même voyageur revint à pied et démuni de tous ses biens. Le passeur, lui, au contraire, avait acquis à l'écoute des autres et de la nature une grande sagesse et beaucoup de philosophie.

Le vénérable Kahikatea n'est-il pas l'emblème même de cette sagesse et de cette philosophie ? Comme les pins de Bristlecone méditant face à la Sierra Nevada, ou ce vieux passeur, il nous incite à vivre libre et en harmonie !


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de couleur jaune clair, proche de l'ambre et qui se récoltait là où étaient tombés les plus anciens Araucarias australis qui suscita toutes les convoitises. Cette résine, dénommée

Avicennia resinifera aurait déjà été découverte par le capitaine James Cook lors de son expédition vers la NouvelleZélande en 1769.

Depuis les années 70, les Kauris de Nouvelle-Zélande sont

protégés et il est formellement interdit d'abattre un de ces

arbres vénérables. D'autre part, depuis quelques années on

retrouve des troncs enfouis depuis quarante trois mille neuf

cents ans sous des sédiments d'anciens marais, comme à Dargaville ou près de Manurewa au nord du pays. Ils sont

très bien conservés, au point qu'on peut encore les exploiter et s'en servir pour fabriquer du mobilier.

Le Kauri a son musée à Matakohe, au nord d'Auckland et

l'on peut apprendre toute son histoire et la composition de son écosystème. Celui-ci est formé de fougères abores-

centes miniatures, comme le Blechnum fraseri au tronc très fin, ou très trapues (Dicksonia lanata) et de mousses géantes

(Dawsonia superba) pouvant mesurer jusqu'à soixante cen-

timètres de haut. Les Kauris vivent en symbiose avec des

arbres importants tels le Taraire (Beilschmiedia tarairi) ou le

Tawa (Beilschmieda tawa) ou d'autres plus petits comme le

Tawhero (Weinmannia sylvicola), le Rewarewa (Knightia

excelsa), le Rimu (Dacrydium cupressinum) et le Tanekaha (Phyllocladus trichomanoides).

Le Kauri a besoin de beaucoup de lumière pour prospérer et

sans les autres espèces d’arbres et de plantes qui composent son écosystème il ne saurait se développer.

Tane Mahuta est le plus large Kauri découvert, suivi de Te Matua Ngahere, le Père de la Forêt, vieux de plus de deux

mille ans. Tous deux dans le même sanctuaire de la forêt de

Waipoua.

Dans la péninsule de Coromandel, la forêt du Manaia Forest

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« TaneMahuta »,ceKauri (IleNord,Nouvelle-Zélande) est la mémoiredes anciennes forêts deKauris.


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Sanctuary n'aurait jamais été exploitée. D'une surface de quatre

cent quatre-vingt-deux hectares, elle renferme le groupe le

plus important de Kauris anciens. Malheureusement le mauvais temps et le manque d'autorisation m'empêchèrent d'y accéder.

Parmi les espèces rencont rées dans l'île Nord, j'ai éga-

lement photographié un Puriri (Vitex lucens) estimé à plus

de deux mille ans et qui pousse dans le domaine d'Hukutaia.

Son nom maori est Taketakerau et il avait sa place dans les

rites funéraires des tribus whakatohea et upokorehe : les os

des défunts les plus importants de ces tribus étaient

déterrés quelques années après leur mort avec un rituel très

important, qui comportait même des sacrifices d'esclaves ;

on peignait ensuite ces os avec du dioxyde de fer avant de les

transporter dans un arbre creux ou une grotte où les enne-

mis ne pouvaient les retrouver. L'arbre et son périmètre étaient hautement sacrés (tapu) et sa profanation était suivie

de mort assurée. La photo que j'en ai faite alors qu'il faisait

déjà nuit confère à cet arbre une magie et un mysticisme supplémentaires.

Le Totara Pouakani (Podocarpus totara) est un des derniers

vestiges de ce que furent les forêts originelles ; mais, dépour-

« Taketakerau »,un Puriri d’Opotiki (IleNord, Nouvelle-Zélande). Il aurait plus dedeux milleans et servit sans doutede sépultureà un Maori commeen témoigne la béancedans son tronc.

vu de son écosystème, il est en train de dépérir bien qu'un

grillage peu esthétique le protège. Cette espèce d'arbre était utilisée pour construire les longs canoës de guerre des

Maoris. C'est vraisemblablement parce qu'il était trop loin

des côtes que ce spécimen a survécu ; on lui attribue plus de

mille huit cents ans.

Les Kahikateas (Dacrycarpus dacrydioides) du Parc forestier de Pureora sont parmi les plus hauts arbres de la Nouvelle-

Zélande, certains dépassant les soixante mètres de haut. Ces

arbres vivent les pieds dans l'eau et sont donc parfaitement à leur aise dans ce lagon de Waihora.

Le Rata (Metrosideros robusta). Dans la région de

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Pagededroite: CeTotara du Pureroa National Park,dit «Pouakani» est un vestigedes anciennes forêts originelles ; il aurait plus demillehuit cents ans.


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Tauranga, j'avais été attiré de la route par la couronne

immense d'un arbre; on ne pouvait en voir le tronc qui était caché par d'autres petits arbres et des fougères : c'était un

Rata. Cette espèce a un mode de croissance pour le moins

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Pagededroite: LeRata,ici au Pureroa National Park,est uneimmenseliane plutôt qu’un arbre. Il prend viesur un Rimu qu’il enlaceet fait mourir avant deprendreen quelquesortesa place.

inhabituel. Cela commence, comme pour toute végétation,

par une petite graine déposée par un animal au sommet

d'un autre arbre, qui deviendra le support du jeune Rata.

Celui-ci va faire descendre des racines aériennes jusqu'à terre tout en étranglant petit à petit son arbre support. Ses

racines arrivées au sol, le Rata va s'étoffer tranquillement, devenir un arbre immense. En même temps l'arbre sup-

port mourra, sera putréfié et formera une cavité dans le

Rata. Celui que j'ai photographié était suffisamment

grand pour que dix personnes puissent séjourner dans son tronc.

Tongariro National Park Au centre de l'île Nord, la ville de Ohakune se trouve au

pied de l'ancien volcan de Ruapehu Mount (2797 m). C'est

là que j'ai rencontré Nigel Hollands, un officier respon-

sable du département de conservation de la nature. Il m'a

fait connaître Tongariro National Park, le plus ancien parc

Unedes seules forêts protégées où les habitants deWellington peuvent sepromener et admirer la natureoriginelle.

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national de la Nouvelle-Zélande, classé patrimoine mondial

par l'Unesco. Il offre une étendue très diversifiée avec des

forêts pluviales, des terrains désertiques, des lacs, des

rivières, des torrents, des cascades sans oublier des volcans en éruption entourés de neige et de glaciers.

Notre premier objectif : Ragantana Lava Flow où je voulais

photographier des Hêtres rouges (Nothofagus fusca) dont

certains approcheraient les mille ans. Ces arbres de toute

beauté étalent un système racinaire à contreforts tout autour

de leur tronc. Ils croissent sur les basses pentes du volcan Ruapehu. Tout au long de la montée on peut également observer des petits Hêtres, jaillissant tranquillement sinon péniblement des anfractuosités des rochers volcaniques. Sur les pentes ouest du volcan, on remarque d'autres Hêtres

qui ne dépassent pas un mètre cinquante de haut. Leur peti-

tesse est due au fait qu'ils poussent en altitude (environ

1600 mètres) et que les vents les frappent de plein fouet. On

peut penser qu'ils sont très âgés comme ceux de Cradle Mountains en Tasmanie.

Dans l'île Sud on trouve encore de beaux et vénérables

Hêtres que les activistes essaient de protéger de l'exploitation

forestière. Il reste fort heureusement quelques forêts

reliques dans les archipels sud de la Nouvelle-Zélande. Leur

difficulté d’accès est leur sauvegarde. Le Kahikatea de Wellington

Les diverses rencontres que je fis à Wellington, à l'ex-

trémité méridionale de l'île Nord m'ont prouvé une fois de plus combien était grande la solidarité et chaleureux l'accueil

dans les pays anglo-saxons. C'est avec Geoff Park, écrivain et

historien de cette espèce d'arbres, que j'allai à la rencontre de son Kahikatea préféré. Nous partîmes vers l'est de

Wellington, dans les hauteurs longeant la baie. Une heure de

Ces Hêtres poussent à seizecents mètres d’altitude sur les pentes du volcan Ruapehu. Depuis des siècles,ils combattent lefroid, la neigeet les vents. La forêt deRangatana Lava Flow (Tongariro National Park) allieHêtres rouges et fougères arborescentes. Pagededroite: Au pied du volcan Ruapehu,un splendideHêtrerougequi montre,à la basedu tronc,des contreforts similaires à ceux des forêts tropicales.

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marche par un sentier boueux mais généreux en orchidées

sauvages pour atteindre cet arbre séculaire. Ce Kahikatea (Dacrycarpus dacrydioides) étale ses racines sur plus de

quarante mètres le long d'un ruisseau et ses contreforts racinaires sont aussi ceux du cours d'eau. Une des racines

maîtresses traverse même le ruisseau, servant de passerelle

et créant une minicascade. Les racines s'étendent tellement que la photographie ne peut traduire ce paysage fantasma-

gorique.

Un très vieux Kahikatea (environs deWellington) déploieses racines depuis des siècles et des siècles au bord du ruisseau dont il modèleainsi les rives.

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illonner le monde ne vous prépare pas vraiment

à la vie des pays asiatiques que ce soit l'Inde, ori-

gine de nos civilisations occidentales aux dires de certains et escale de bon nombre de voyageurs en

quête d'eux-mêmes, le Japon, pays du zen mais aussi des geishas et du matin calme, ou la Chine qui ne dévoile ses

secrets que petit à petit mais possède un grand nombre d’arbres vénérables.

Ces trois pays ont un grand respect pour leurs arbres les

plus vieux et l’on pourrait donner comme emblème à l’Inde

le Banian, au Japon le Cerisier en f leur ou le Jomon-sugi et

à la Chine le Théier sauvage ou le Ginkgo biloba.

Cependant, dans les mêmes pays, la nature est souvent saccagée au nom du progrès : barrage de Bhaghirathi en Inde,

abattage des arbres pour l’industrie f lorissante du papier au Japon et, en Chine, à nouveau un barrage, vrai désastre écologique, celui des Trois Gorges.

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LE

CONTINENT ASIATIQUE

Inde / Japon / Chine 145


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'Inde serait, dit-on, le berceau de nos civilisations occidentales. Depuis des lustres, non seulement elle a sacralisé des monuments, mais aussi des arbres : Ficus, Manguier, Jujubier, Teck, Hibiscus et autres, associés à différentes divinités. Souvent, des temples ont été élevés autour de ces arbres, mais à l'heure actuelle bien des lieux sacrés tombent à l'abandon, tandis que d'autres sont rasés ou inondés délibérément.

C'est lors d'une escale à Singapour, que j'ai découvert, au jardin botanique, ce Samanea saman. On l'appelle communément l'Arbre à pluie parce que, en fin de journée, il se met à t ranspirer et il pleut sous sa ramure. On en rencont re souvent bordant les routes en Inde car leur frondaison particulièrement étendue apporte de l'ombre aux voyageurs et leur permette ainsi de se reposer agréablement.

Les enfants d’un bidonvilledeNew Delhi près deleur arbrepréféré, un Ficus benghalensis. Lejardin botaniquedeSingapour et son « arbredela pluie», à l’envergurephénoménale.


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Avant de commencer réellement mon exploration, je restai quelques jours à Delhi où je fus particulièrement bien accueilli par l'Alliance française et son directeur M. Touchard. Au cours de la visite d'un bidonville, j'eus d'excellents contacts avec les enfants qui y habitaient. Je leur demandai s'ils avaient un arbre sacré, ou tout au moins favori, et ils me désignèrent un Ficus, sans doute pas millénaire, mais qu'ils aimaient et respectaient. Je partis ensuite pour le sud du sous-continent à la recherche des immenses Ficus benghalensis. Non loin de Bangalore, à l'écart de la grande circulation se trouve le Banian de Kingiri (Ficus benghalensis). Il forme à lui seul une vraie forêt qui s'étend sur des dizaines et des dizaines de mètres et où s'ébattent quantité de singes espiègles. Si le Ficus benghalensis peut acquérir une telle envergure c'est parce que ses racines aériennes lui permettent de supporter le poids de son imposante ramure. Certaines branches du Banian de Kingiri passent au-dessus des allées, d'autres serpentent dans toutes les directions. Il est très difficile de savoir où se trouve exactement le tronc-mère. C'est un lieu très apprécié des enfants qui utilisent les racines comme cordes et s'y balancent avec joie. Si le petit temple qui avait été construit à cette place n'existe plus, l'arbre est cependant sacralisé et fréquenté tel un havre de paix et de ressourcement. Aussi y trouve-t-on de nombreuses signatures. Le Ficus benghalensis est dans la religion hindoue associé à la triade : les racines sont Brahma, le tronc Vishnu et les branches Shiva.

Le Banian de Kadiri, lui aussi un Ficus benghalensis, se trouve au nord de Bangalore, dans le district d'Anantapur, loin de tout village et proche de petites montagnes rocheuses. Comme souvent en Inde, on y rencontre beaucoup d'enfants. Pour le protéger on l'a entouré de grilles afin d'éviter les piétinements mais j'ai eu l'autorisation de pénétrer sous le houpier gigantesque de cet arbre vieux de plus de quatre cents ans. Ses branches s'étalent au sol, rampent, remontent, des racines aériennes viennent s'enfoncer dans le sol pour créer de nouveaux troncs-piliers. Tout l'ensemble forme une mini-forêt de plus d'un hectare. Les Banians sont en effet des arbres indéracinables qui résistent à pratiquement toutes les intempéries. Un temple a été construit à l'emplacement du tronc origi-

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Dans les écrits historiques (Jacques Deloche, de l’Instit ut français de Pondichéry), on trouve mention d'un immense Banian appelé Kabir bar qui se trouvait sur l'île de la Narmada, en amont de Baruch au nord de Bombay. Il avait en 1780 plus de trois mille pieds racinaires et six cents mètres de circonférence. On raconte qu'une armée de sept mille hommes aurait séjourné sous sa ramure. Un autre récit parle d'un Banian vivant près de Pune qui s'étalait sur plus d'un hectare et possédait galeries et chapelles comme une véritable cathédrale.

Suivant les régions et les dialectes les noms différent : si en hindi et en bengali, le Banian se nomme Bar, en gujurati il devient Vad, mais Vada en marathi, etc.

LeFicus benghalensis deKingeri (Inde). L’ensembledeses troncs piliers mesure unecentainedemètres delong.


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nel, des divinités tutélaires y ont été peintes et les vieilles portes ont été dorées. Comme souvent au cours de mes pérégrinations, j'ai pris plaisir à photographier les enfants souriants et joyeux en dépit de leur pauvreté. Les Ficus de Kempapura (Ficus religiosa)

Ce sont deux très hauts arbres, sans doute mâle et femelle, poussant sur un parvis de pierre ; trois stèles disposées les unes à côté des autres forment une sorte d'autel ; l'une d'elles représente deux serpents cosmiques sans doute symboles de Shiva et de Parvati. Certains mythes racontent que si Vishnu était né sous un Pipal, (Ficus religiosa), c'est également sous un Pipal que Vishnu et Parvati parlaient et jouaient ensemble tandis que les autres dieux les espionnaient. Un jour Parvati se mit en colère et lança une malédiction ; c'est ainsi que Brahma devint le Palasa, Rudra, le Ficus indica et Vishnu le Pipal.

C'est sous un Ficus religiosa que Bouddha reçut l'illumination d'où son nom d'arbre de la Bodhi (de l'éveil). Une bouture de l'arbre original fut emportée et plantée au Sri Lanka par Mahinda, fils de l'empereur Ashoka, protecteur du bouddhisme régnant avant Jésus-Christ. C'est bien sûr un des arbres les plus sacrés de l'Inde. On trouve des Ficus religiosa aussi bien auprès des temples et monastères hindous que bouddhistes.

Avant de quitter Bangalore, j'y découvris au jardin botanique un Ceiba pentandra, un arbre originaire d'Afrique, mais très courant en Inde, qui posséde d'importants contreforts racinaires.

A Madras, dans le jardin de la Theosophycal Societ y, que le grand humaniste et spiritualiste indien Krishnamurti avait acquis pour en faire un lieu ouvert à toutes les religions, se dresse un grand Banian sacré que le temps défavorable ne me permit pas de photographier. A Richivally, alors que nous faisions route vers Pondichéry je pris le temps de réunir et de photographier les enfants d'une petite école sur laquelle un immense Ficus étendait son ombre. Plus tard dans la journée, je pus photographier près de Tindivanam un autre Banian dont le système raci-

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Les deux Ficus religiosa sacrés deKempapura, Bangalore. LeCeiba pentandra du jardin botaniquede Bangalore. Un arbreaux immenses contreforts racinaires,originaired’Afrique.


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naire illuminé par le soleil couchant m'avait attiré. Le Banian de Calcutta

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Les habitants du petit villagedeWeelajabad (Tamil Nadu,Inde) profitent dela fraîcheur queprocurela ramuredeceFicus benghalensis.


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C'est à Calcutta, dans le jardin botanique, que vit le plus large Ficus benghalensis du monde et le plus célèbre. Il possède plus d'une trentaine de piliers, son immense frondaison recouvre plus d'un hectare six et un chemin de quatre cents mètres en fait le tour, bordé par une barrière pour éviter le compactage du sol. Mais l'arbre ne s'arrête pas de pousser et déjà des piliers s'enracinent au-delà de la barrière. La tradition raconte qu'une graine fut larguée par un oiseau dans un palmier dattier en 1782. Le Banian en grandissant étrangla le dattier qui disparut. En suivant le sentier, j'ai photographié l'arbre tous les mètres pour pouvoir en faire un hologramme. Son diamètre est de cent mètres et sa hauteur de trente-cinq mètres. J'ai découvert dans ce Ficus une splendide toile d'araignée d'environ quarante centimètres d'envergure et dont la forme rappelle celle d'un chapiteau de cirque. De fins fils très résistants accrochés aux branches la maintiennent. Elle forme une cloche dans laquelle s'installe l'araignée qui attend là patiemment que les insectes viennent s'y emprisonner. Quelle perfection et quelle subtilité dans cette architecture ! Depuis combien de temps et comment cette araignée a-t-elle édifié pareil chef d'œuvre ? Le Manguier (Mangifera indica) de Kancheepuram

S'il faut en croire le mythe, le pilier sacré par lequel le chemin va au ciel serait représenté par l'arbre du temple Sthala de Kancheepuram, le Manguier. Certains botanistes prétendent que ce Mangifera indica aurait trois mille cinq cents ans, mais peut-on admettre cette datation alors que le Manguier ne produit pas vraiment de courbes de croissance. On affirme cependant qu'il est cultivé en Inde depuis quatre mille ans et qu'il aurait été découvert par l'armée d'Alexandre le Grand quand celle-ci atteignit la vallée de l'Indus.

Les quatre branches du Manguier de Kancheepuram correspondraient aux quatre Véda, livres sacrés des Hindous, faisant partie de ce que l'on appelle la littérature védique ; ses racines évoqueraient la forme de Maya tandis que ses fruits auraient tous un goût différent. La légende précise que le seigneur Ekambaranathar aurait résidé sous cet arbre avec la déese Kamakshi. Ce lieu sacré

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LeBanian du jardin botaniquedeCalcutta,un immenseFicus benghalensis dont l’enverguredépasseles cent mètres. Quelleperfection quecettetoiled’araignéetendue entreles branches decet énormeFicus et qui évoqueun chapiteau decirque!


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attire beaucoup de monde et des mariages y sont célébrés. Le Manguier, pour les Hindous, est en effet dédié à l'amour.

C'est au nord-est de Delhi, dans les montagnes préhimalayennes, dans la région de Rishikesh, que croît le Manguier de Talbna. Immobile, splendide, majestueux, il domine la vallée avec ses magnifiques branches et son tronc altier. Les fruits de ce Mangifera indica sont succulents, les meilleurs du monde pour les Indiens, mais malheureusement pour moi, ce n'était pas la saison de la fructification. Beaucoup de routes en Inde sont bordées de splendides allées d'arbres, Tamarinier (Tamarindus indica), Manguier (Mangifera indica), Banian (Ficus indica) ou Pipal (Ficus religiosa). Tous ces arbres sont recensés et numérotés ; s'ils ont été plantés au long des routes c'est non seulement pour les ombrager mais aussi en raison de leurs vertus alimentaires et médicinales. Les arbres fossiles

Ces arbres fossiles sont âgés d'environ cent millions

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Un magnifiqueManguier près deRishikesh,au nord deDelhi.


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d'années. On peut en voir un dans le village d'Ariyalur, au site archéologique de Sattanur. Ce tronc de pierre appartiendrait à la famille des conifères et remonterait à cent millions d'années, ce serait donc l'arbre le plus ancien de l'Inde s'il n'était minéral !

Le site de Thiruvakkarai est, lui, plus riche en troncs d'arbres fossilisés. Ils n'auraient que vingt millions d'années, certains mesurant plus de trente mètres et seraient d'après Survey des Mesembrioxylon schmidianum. Mais, le genus des bois fossilisés de l’Inde n’étant pas complétement répertorié, il ne serait pas imposssible que ces fossiles remontent à environ deux cent millions d’années. Sunderlal Bahuguna, le mouvement CHIPKO et le barrage de Baghirathi

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Il y cent vingt millions d'années, à l'époque du Crétacé, l'océan arrivait jusqu'à dix kilomètres plus au nord d'Ariyalur. Comme maintenant il abondait d'animaux marins qui, morts, s'échouaient sur les rivages, étaient ensevelis par les sables et l'argile, puis transportés en aval par les rivières. Des arbres jalonnaient les rivières et les côtes et, lors d'inondations importantes, ils furent emportés et pétrifiés il y a environ cent millions d'années.

Troncs d’arbres fossilisés sur lesitearchéologiquedeThiruvakkarai,dans lesud del’Inde.

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J'avais entrepris ce voyage difficile vers les contreforts de l'Himalaya pour rencontrer Sunderlal Bahuguna, le leader du mouvement CHIPKO. Ce mouvement, bien connu dans toute l'Inde et qui signifie « Aimez les arbres » s'est donné pour tâche de protéger les forêts du nord du pays. Il prit naissance dans le Rajasthan, dans le village de Khejare où Amrita Devi et des centaines de villageois donnèrent leur vie en protégeant les forêts. C'est pourquoi Khejare devint le Premier Mémorial National de l'Environnement de l'Inde. Okhimat et Gopeshwar, proches de Tehri, furent des hauts lieux du mouvement. Les femmes de ces villages combattirent énergiquement, notamment en entourant les arbres pour éviter leur abattage. Leur ténacité finit par avoir gain de cause. En 1987, CHIPKO reçut le Right Livehood, une récompense pour son dévouement à la conservation, à la restauration et à l'usage écologique et réf léchi des ressources naturelles de l'Inde.

Je savais que Sunderlal habitait Tehri. J'y arrivai en bus à travers des vallées gigantesques où se côtoient cultures en terrasses, nomades faisant paître leurs animaux et où régnent silence et paix. Jugez donc de ma stupeur horrifiée en apprenant à mon arrivée que ces vallées seraient bientôt anéanties par la construction d'un important barrage. Elles auraient pourtant été dignes d'être classées patrimoine mondial à l'UNESCO par leurs aspects historiques, écologiques, culturels et humains.

Depuis des dizaines d'années, Sunderlal Bahuguna se bat contre ce projet dont il était déjà question en 1972. Il a connu la prison, fait plusieurs grèves de la faim... Mais rien n'y fit. Une centaine de villages vont être détruits et ce trésor architectural ne sera pas sauvé même si l'on peut admirer encore quelques temples plusieurs fois centenaires et des fermes et maisons d'habitation, plus haut dans les montagnes où a été construit un nouveau Tehri.

Ce barrage de Bhaghirathi mesurera trois cent cinquante mètres de haut sur un kilomètre de large. Mais les f lancs des montagnes qui le soutiendront sont jeunes et friables et par là fragiles. D'autre part ces vallées sont sujettes à des séismes d'assez forte magnitude. Le barrage pourra supporter un séisme de force 7 sur l'échelle de Richter mais qu'en serait-il si survenait un tremblement de terre de force supérieure ? La dévastation serait inimaginable ; le lac serait vidé

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Sunderlal Bahuguna sebat depuis des années contrelebarragedeBaghirathi et les destructions désastreuses qu’il entraîne. Sa maison a déjà été engloutie.


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en vingt-deux minutes et dans les douze heures qui suivraient plusieurs villages seraient engloutis.

Les bénéficiaires de ce barrage seront les grandes villes de l'ouest de l'Uttar Pradesh ainsi que Delhi.

Pour les gens de l'Inde, le site de Baghirathi a une signification spirituelle particulière. C'est un lieu de pèlerinage pour des milliers de personnes et tout cela va être inondé sans aucun respect pour l'aspect sacré de ces terres.

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Pages suivantes : LeFicus benghalensis d’Asena,dans la valléedeTehri Garhwal ; les branches decet arbreséculaire ont formé unevéritablevoûteau-dessus dela routeet les enfants aiment s’y retrouver.

Même le Banian d'Asena (Ficus bengalhensis) est appelé à disparaître sous les eaux. Ses branches forment une longue tonnelle de verdure au-desssus de la route. Le bétail vient y paître et les enfants aiment s'installer au pied de cet arbre qui domine toute la vallée d'Asena et de Tehri. La tradition raconte que si cet arbre est abattu, des milliers de serpents vont en sortir et tuer tout le monde. Est-ce pour cela que depuis des centaines d'années l'arbre a été respecté, sacralisé ? Mais jusqu'à quand cette ramure tutélaire pourra-t-elle protéger la vallée, ses habitants et leurs cultures ? Le Mûrier (Morus Serrata) de Joshimath

Badrinath, pratiquement à la frontière du Tibet, est situé à plus de trois mille mètres d'altitude et l'on peut voir en arrière-plan le pic Neelkanth (6597 mètres) ; c'est l'un des plus hauts sites hindouistes et l'un des plus pieux. Peu avant Badrinath, on passe par Joshimath où se trouve, haut perché, le plus ancien Mûrier (Morus serrata). Sacré et interdit d'abattage, il aurait plus de mille deux cents ans. Selon la légende, Shankaracharya serait venu d'un village du Kerala pour méditer sous cet arbre il y a huit cents ans. Il y aurait vu la « lumière de la connaissance ». Est-ce pour cela que Joshimath porte ce nom dérivé de Jyotirmath, Jyotir signifiant lumière ?

Le retour à Delhi ne fut pas sans péripéties ; comme souvent dans ces régions du nord-est les intempéries provoquent des éboulements. C'est ainsi qu'après Karnaprayag, la route étant coupée, je dus marcher quelques kilomètres pour rejoindre un prochain carrefour où attendaient bus et Ces superbes vallées deTehri Garhwal vont disparaître d’ici peu par la construction du barrage.

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LeMûrier deJoshimath,pratiquement à la frontièredu Tibet,est un arbresacré et interdit d’abattage. Il aurait plus demilledeux cents ans.


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jeeps Armada, ces taxis collectifs où l'on s'entasse pour des heures de voyage rocambolesques. La présentation d'un diaporama à l'université de Botanique de Nainital fut un de mes derniers exploits en Inde.

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Pagededroite: LeShiia sieboldii du templede Syômô. Ses racines énormes rampent en tous sens au-dessus dela terreet seraient la réincarnation dedieux séculaires.

Le Japon Si le Japon est bien connu pour sa vénération de la nature, sacralisant arbres, forêts, rochers, montagnes, ruisseaux et rivières, il est, d'autre part, un des pays les plus consommateurs de papier, et qui dit papier dit arbre abattu. C'est à Sendai, comté de Myogi, que grâce à l'Alliance française, je pus prendre mes premiers contacts. Le Ginkgo biloba de Nigatake, ou « Arbre aux seins » (environs de Sendai). Selon la légende, cet arbre, appelé en japonais Itcho, aurait été planté conformément au testament de la nourrice de l'empereur Syômu, à l'époque de Tempyô (729-749). Son tronc se développa et sur ses branches apparurent des excroissances qui, selon la croyance, ressembleraient à des gouttes de lait. C'est pourquoi les femmes désireuses d'avoir plus de lait maternel viennent se recueillir devant l'autel qui a été contruit là. Shiia sieboldii du temple Syômyô.

Le temple du Mont Asahi Syômyôji, au sud de Sendai, a été fondé il y a environ cinq cents ans ; il possède des bouddhas de bonne augure tel que Amidanyori de l'époque du premier Jamakura. L'arbre qui nous intéresse se trouve dans l'enceinte du temple. Il fait partie d'une espèce à feuilles persistantes. Ses racines énormes rampent en tous sens au-dessus de la terre et seraient l'incarnation de dieux résidant là depuis sept cents ans. A une hauteur de deux mètres environ, le tronc principal se sépare en sept ou huit troncs énormes. Les branches s'étalent en tournoyant et leurs feuilles sont très touffues. Quant à l'écorce, elle est formée d'excroissances. Sa noix et le gland se mangent et ont un goût de riz automnal.

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LeGinkgo biloba deNigatake(Japon) ou « Arbreaux seins » est ainsi dénommé parcequeles femmes venaient y prier pour avoir du lait pour nourrir leur bébé.


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Le Cryptomeria japonica d'Atsumi-machi-Nishitagawa gun, près d'Iragawa, dans le Yagamata. La première impression que j'eus de ce doyen de la forêt japonaise fut à l'issue d'un long périple sous la neige, après avoir gravi les escaliers qui y mènent et passé sous la porte sacrée. Magnifique, puissant, droit, tels sont les mots qui me vinrent à l'esprit face à ce vieil arbre, le seul ayant été épargné lors des coupes importantes qui servirent à la construction des temples. Il s'élève à trente-trois mètres avec une circonférence d'une dizaine de mètres et domine le village.

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Pagededroite: LeCryptomeria japonica d’Atsumi machiNishitagawa gun s’élèveà trentemètres ; c’est unevéritablesplendeur !

Iragawa est un tout petit village au bord de la mer du Japon. Je pus y faire un diaporama pour les enfants d'une école, puis six d'entre eux, en dépit de la neige et du blizzard, m'accompagnèrent pour prendre des photos de l'arbre avec eux. J'ai apprécié là toute la serviabilité des Japonais et j'ai partagé avec tous ceux qui m'ont aidé ce jour-là des moments inoubliables.

Le Cr yptomeria japonica est un peu l’emblème des Japonais, dont il retrace en quelque sorte l’histoire. La plupart des temples ont été construits avec son bois. Celui-ci est imputrescible comme celui des Cèdres des autres continents. Mais, malheureusement, la plupart des forêts de Cryptomeria japonica ont été remplacées par des plantations de Cyprès. Seules quelques forêts comme celle de l’île de Yakushima, au sud du pays, sont protégées.

Toujours dans le Yagamata, j'ai pu admiré près d'Higashine l'Orme Zelkova, Keyaki en japonais, qui est l'un des plus imposants du Japon. Il serait âgé d'environ mille cinq cents ans. C'est un Zelkova serrata, une espèce très robuste dont on utilise la souche mère pour planter en Europe des ormes dits résistants. Il mesure plus de douze mètres soixante de circonférence pour une hauteur de vingt-huit à trente mètres. Classé monument naturel national en 1926, il trône dans la cour d'une école. Comme souvent au Japon, une grosse corde sacrée l'entoure. Dans la ville, on retrouve son effigie dans des motifs en fer forgé attachés aux lampadaires, ou bien sculptée sur les plaques d'égout ou encore sur les étiquettes des bouteilles de saké. C'est le cas de dire : on fait feu de tout bois ! John Gathright m'a aidé à réaliser, moi aussi, un de mes rêves : aller photographier les vieux Cryptomeria japonica de l'île de Yaku-shima. Cette île, patrimoine mondial de

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L’OrmeZelkova d’Higashineaurait plus de millecinq cents ans. Il est sans douteleplus imposant du Japon.


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l'Unesco, abrite encore une forêt pluviale tempérée. Pendant des siècles, montagnes et forêts de l'île étaient sacrées. Les arbres n'étaient pas abatt us et cette sacralisation a permis la survivance de riches écosystèmes. Cependant, la demande en bois se faisant grandissante, ne serait-ce que pour construire des temples, on se mit à exploiter, comme d'autres forêts sacrées japonaises, celle de Yaku-shima.

Sur cette île, la végétation est fort différente de celle du Japon intérieur : près du littoral, elle est subtropicale, pour devenir plus tempérée et enfin subalpine au fur et à mesure que l'on monte en altitude. La forêt pluviale tempérée est caractérisée par les Abies firma, les Tsuga sieboldii et le Cryptomeria japonica (Cèdre rouge du Japon), le plus célèbre. Autrefois de grandes étendues du sud du Japon étaient recouvertes de ces forêts tempérées, maintenant détruites en grande partie ; d'où la valeur prise par celle de Yaku-shima aux yeux des Japonais.

C'est une longue randonnée qui permet d'atteindre le « Jomon sugi », le Cryptomeria japonica le plus ancien du monde et le plus vénéré par de nombreux touristes. On lui prête un âge plus que vénérable ce qui, pour ma part, me paraît quelque peu invraisemblable. Pour faciliter l'ascension, mais aussi pour protéger les racines, des escaliers faits de bois ou de grosses pierres ont été construits, un travail titanesque ayant nécessité une grande patience.

Le Cr yptomeria japonica, qui pousse entre six cents et mille huit cents mètres d'altit ude, a une grande importance pour les gens de l'île où il est appelé « Sugi » autrement dit Cèdre. Quand ces arbres dépassent les mille ans, ils deviennent « Ko-sugi », tandis que les « Yaku-sugi » auraient, eux, plus de trois mille ans, comme Dayo-sugi le roi des Cèdres. Le plus célèbre cependant, celui qui attire les foules, reste, bien sûr, le « Jomon-sugi » qui aurait entre trois mille et sept mille deux cents ans, ce qui me laisse assez perplexe. En étudiant, sur certaines souches ou troncs morts, les courbes annuelles de croissance, j'ai estimé que ces arbres grandissaient de un millimètre par an, ce qui indique que leur croissance est lente. Si l'on se réfère à cette estimation et si l'on considère que le « Jomon-sugi » a un rayon approximatif de deux mille sept cents millimètres, il est facile de se rendre compte qu'on est loin des sept mille ans. De plus, on sait qu'il y a environ six mille ans une gran-

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John Gathright, sa maison dans les arbres et l'école de grimpe

Dès son plus jeune âge John avait un rêve multiple : vivre au Japon, fonder une famille, construire une maison originale et créer une école de grimpe. Ce rêve il l'a concrétisé. Il habite à Jyokoji, près de Nagoya, vers le centre du pays. Il s'est construit une maison à partir d'anciennes barriques de soupe Mysso et consacre une bonne partie de son temps à aider les handicapés à grimper dans les arbres. Je l'ai rencontré pour la première fois à Sendai où il faisait une conférence sur son histoire, sa famille, son travail avec les enfants et les adultes.

La forêt pluvialedel’îledeYaku-shima. Un camaïeu deCamélias subaki sur un fond dedécor verdoyant.


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de éruption volcanique aurait décimé la nature en un rien de temps. Est-il pensable que notre arbre vénérable et vénéré puisse être un survivant de ce cataclysme ?

Une autre particularité de cette petite île est la diversité de sa f lore et de sa faune. Certaines espèces de plantes (quatrevingt quatorze) concentrées sur les hautes montagnes centrales sont endémiques et l'une des caractéristiques de cette végétation est l'exubérance des épiphytes, particulièrement en haute altitude. Parmi les espèces animales, le macaque (Macaca fuscata yakui) et le daim « sika » (Cervus nippon yakushimae) sont endémiques à l'île et remonteraient à trois mille ans. Quatre espèces d'oiseaux présents sur l'île dont le merle ryukyu (Erithacus komadori komadori) et le pigeon des bois (Columba janthina janthina) sont désignés comme monuments naturels. C'est dire toute l'importance de cet écosystème.

Le chemin est long et dur pour accéder au pied des arbres mythiques. Nous y avons rencontré des macaques absolument pas effarouchés, qui nous observaient en sautant de branche en branche et que j'ai pris plaisir à photographier. Tout au long du sentier des souches d'arbres abatt us rappellent l'existence de la forêt pluviale ; l'une d'elles, énorme, abrite une source qui passe à l'intérieur et un petit autel.

A l'approche du sommet, la taille des arbres devient impressionnante, car peu ont souffert de l'exploitation. Cependant nous n'étions pas au bout de nos peines, il y avait encore de nombreuses marches à monter, c'était un véritable pèlerinage. Enfin, nous avons atteint notre but et j'ai vu, pour la première fois au clair de lune, le « Jomon-sugi ». Après avoir passé la nuit dans une hutte toute proche, le lendemain, au lever du soleil, j'ouvris la porte ; deux daims, sans doute mère et enfant, que nous avions déjà vus la veille au soir, étaient là comme des gardiens fidèles. Arrivé au pied du vieux cèdre, plus de daims. Je pris cependant une série de photographies avec l'espoir que ces animaux reviendraient. Et la forêt a exaucé mon souhait.

Si de la mousse se voit sur le côté du tronc, si le sol est abîmé par le compactage, des actions sont engagées pour sauver cet arbre vénérable, le maître incontesté de la forêt pluviale de Yaku-shima. On prétend que l'on peut voir un visage sur son tronc, eh bien, je l'ai vu : les deux yeux, le nez, la bouche. Aussi, je l'appelle le « Mori sansei », le Maître de

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« Jomonsugi»,leplus ancien Cryptomeria japonica du mondeaurait entretrois milleet sept milledeux cents ans,cequi paraît peu vraisemblable.

Pagededroite: Un petit autel a été érigé dans cetteimmensesouchesacréedela forêt pluviale del’îledeYaku-shima.


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la forêt.

C'est dans cette même forêt que nous avons rencontré le « Meoto-sugi », le plus beau mariage d'un couple-cèdre. Un mâle et une femelle de Cryptomeria japonica sont liés par une gigantesque branche sur laquelle, en regardant attentivement, on peut voir un bébé arbre qui pousse là. Comment la nature peut-elle créer une telle chose ? C'est réellement magique !

A Kamou, près de Kagoshima, toujours au sud du Japon, se trouve le plus gros Camphrier du pays ou kusu. Il mesure vingt-quatre mètres vingt de circonférence et trente mètres de haut. Il aurait quinze cents ans, ce qui semble tout à fait possible. Son tronc est creux; pendant des années il fut possible de rentrer dedans, alors que maintenant l'accès en est fermé par une porte. Il a bien sûr dû subir quantité de t yphons, d'orages, d'intempéries diverses ; s’en doutentils ces milliers de touristes qui passent devant lui en coup de vent ? Depuis peu, pour préserver le système racinaire, vraisemblablement abîmé par le compactage du sol, une belle estrade en bois a été réalisée. On remarquera des centaines et des centaines de morceaux d'écorce qui ont été rassemblés pour reconstituer certaines parties du tronc : une restauration qui dénote un immense respect de l'arbre. J'ai pu rassembler cent vingt enfants de l'école de Kamou pour les photographier sous le Camphrier ; une fois de plus j'ai apprécié l'efficacité et la gentillesse des Japonais.

Le Camphrier de Takeo

En remontant au nord de Kagoshima, près de la ville de Saga, on arrive à Takeo et son Camphrier sacré, fort spectaculaire avec ses vingt et un mètres de tour. Il vit là depuis plus d'un millier d'années. Pour l'atteindre, il faut entrer par le temple, puis suivre un chemin en haut duquel on découvre cet arbre magnifique, dégageant de par sa forme, son tronc déchiqueté et entrouvert tout un rayonnement énergétique, tel un maître à son sommet. Un petit autel a été installé dans son tronc qui est entouré d'une corde sacrée. Pour éviter qu'on endommage ses racines, le sol étant particulièrement meuble et fragile, il est interdit de venir jusqu'à

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Les biches deYaku-shima,endémiques à l’îlene sont pas du tout craintives. « Meotosugi »,lemâleet la femelleCryptomeria sont unis pour la vie. Ils ont mêmedonné naissanceà un bébé-arbrequi poussesur la branchequi réunit ses parents.

Pagededroite: LeCamphrier deKamou, leplus gros deson espècea été très intelligemment restauré. La portequel’on voit au premier plan interdit aux visiteurs depénétrer dans letronc creux et dedégrader ainsi l’arbre.


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son pied.

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LeCamphrier deTakeo est un arbresacré ; on a installé un petit autel dans son tronc creux.

Le Camphrier "Kungaisho" d'Osaka

C'est un arbre millénaire, gigantesque qui, lui aussi, dégage énormément d'énergie. C'est évidemment un arbre sacré et comme souvent en Asie un temple est construit tout autour. Une des excroissances au bas du tronc évoque un mammifère marin tandis qu'une des grosses branches rappelle un pénis humain, faut-il alors croire à la réincarnation et aux légendes ; toujours est-il qu'on peut sans se tromper dire que c'est là l'emplacement le plus énergétique d'Osaka ! Près de Toyama, à Himi, une toute petite île à une cinquantaine de mètres de la plage et de la voie de chemin de fer, un petit arbre pousse sur son rocher comme un ascè-

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te. Je souhaitais le photographier au lever du soleil et, à mon grand étonnement, je n'étais pas le seul, j'y ai retrouvé sept Japonais avec tout leur attirail photographique. Moi qui avais passé la nuit sur la plage pour être seul avec ce petit arbre ! Mais on ne peut quitter le Japon sans parler des cerisiers en f leur.

Le Cerisier Usuzumi (Prunus spachiana f. ascendans) de Neo village, dans la région de Gifu. C'est sous la neige que j'ai rencontré pour la première fois ce gigantesque cerisier. Mais, heureusement, j'ai eu la possibilité d'y revenir alors que tous les cerisiers étaient en f leur. Quel fabuleux spectacle ! Le nom de Usuzumi dérive de la couleur pâle de ses pétales. Le Cerisier Usuzumi aurait près de mille cinq cents ans. Son tronc mesure neuf mètres quatre-vingt-onze de tour et ses branches ont une envergure de vingt-sept mètres. Depuis le 12 octobre 1922, sa taille gigantesque et sa valeur historique lui confèrent le titre de Trésor naturel.

En 1910, une violente tempête de neige cassa d'abord le tronc puis d'autres endroits de l'arbre. Différentes solutions furent trouvées pour le maintenir en état, mais en 1948 il était de nouveau en sursis. C'est alors que fut créée la Société pour la préservation du Cerisier Usuzumi qui demanda au docteur T. Maeda, botaniste spécialiste des vieux arbres de l'examiner pour savoir pourquoi il était si mal en point. Estimant qu'il fallait revitaliser les racines, il effectua des greffes avec de jeunes racines provenant d'autres arbres, trois cent vingt-huit en tout. Après cette délicate opération, l'arbre retrouva toute sa splendeur. Mais ses malheurs n'étaient pas terminés : en 1959, il fut sévèrement touché par un t yphon. Depuis 1967, une barrière de protection a été installée et des poteaux de soutènement renforcent les branches et le tronc. Depuis il est l'objet de soins attentifs,

Pages suivantes : leCerisier d’Usuzumi,en pleinefloraison et son étrangedéploiement depoteaux desoutènement qui ressemblent à des mâts denavire.

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Non loin de Kagoshima, à Ibusuki, le groupe Jomon mori recense les arbres anciens de leur province pour mieux les protéger. Entre autres choses, ils placent près des arbres remarquables des panneaux historiques et détaillés. Ils essaient de sensibiliser les gens à leur projet ambitieux : replanter des millions d'arbres afin de rétablir l'écosystème qui existait avant cette terrible éruption volcanique d'il y a six mille ans, dont j'ai déjà parlé. « C'est un travail d'un siècle », m'a précisé le président de l'association, Nagata Kazuko.

LeCamphrier « Kun Gai Sho » est un formidablepotentiel d’énergiequemes amis Maki et Hitoshi essaient decapter.


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auxquels participent financièrement Neo, mais aussi le gouvernement de la province de Gifu et des donations privées. Longue vie encore au cerisier d'Usuzumi !

L a Chine Un des buts de mon voyage en Chine, vaste pays encore mystérieux était de découvrir les plus anciens Théiers sauvages (Camellia sinensis) au fin fond du Xishuangbanna. Je souhaitais également y rencontrer les minorités Aini ou Dai.

Mais je ne voulais pas manquer les Metasequoia glyptostroboides, arbres vénérables s’il en est qui poussent dans la région de Hubei et je désirais encore photographier le très ancien Ginkgo biloba de la province de Shandong ou la glycine millénaire de la Cité Interdite de Pékin.

Aussi mes choix n’étaient-ils pas faciles à faire d’autant que ces quatre espèces n’étaient rien au regard de la diversité de la botanique du pays.

Dans le train qui me conduisait de Guangzhou à Kunming (plus de vingt-quatre heures), je rencontrai fort à propos une jeune Chinoise, Gao Yan, qui m’aida à me faire comprendre. Elle m’invita dans sa ville natale, Yuan Jiang, dans le Yunnan. J’y ai passé un superbe séjour et j’ai découvert ainsi les rizières et la vie quotidienne des gens de la région. D’autres femmes chinoises m’ont particulièrement soutenu durant ce voyage et je veux leur rendre hommage. Plus particulièrement encore à Sara, une excellente guide de trekking qui vit à Jinghong, au Xishuangbanna. Elle est devenue l’élue de mon cœur, mon âme sœur et j’en remercie la Nature qui m’a fait cadeau de cette merveilleuse rencontre. Les Théiers sauvages (Camellia sinensis)

Jinghong est la porte d’entrée qui mène aux anciens théiers sauvages et aux plantations anciennes. Je partis de là vers le tout petit village de Bada où vit une minorité Aini et où pousse depuis mille sept cents ans le plus ancien Théier sau-

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La légende raconte qu'il aurait été planté par le vingt-sixième empereur Ketai, fils du vingt-troisième empereur Kenso. Impliqué dans une querelle de succession, il s'était réfugié, pour échapper à ses détracteurs, très haut dans les montagnes, aux alentours de Mino, à Neo village. Il vécut là, difficilement, pendant des années jusqu'au jour où un messager impérial vint le chercher pour le ramener à la ville impériale où il fut nommé empereur pour ses vingt-neuf ans. Avant de quitter Neo il planta ce cerisier pour commémorer son accession au trône et remercier les gens qui l'avait accueilli si gentiment.

Champignons dela forêt deBada (Yunnan).


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vage. Au village même, j’ai admiré les vieilles maisons en bois qui évoquent nos chalets de montagne mais en beaucoup plus vétustes. Ensuite en compagnie d’un jeune villageois et après une bonne heure de marche dans la forêt, sous une pluie battante et les pieds dans la boue, j’arrivai au pied de cet arbre vénérable. Il pousse entouré d’une végétation luxuriante et notamment de bambous qui contribuent à la nourriture des villageois. Il mesure plus de vingt mètres de haut et plus d’un mètre de diamètre. Ce qui est imposant si on le met en parallèle avec les théiers cultivés en contrebas dont le tronc est taillé très bas.

Certains journalistes prétendent que dans la région de Lincang un théier aurait deux mille cinq cents ans alors qu’on ne lui en donne que huit cents dans un livre recensant les vieux arbres du Yunnan. Pour en avoir le cœur net j’ai interrogé les botanistes de l’Institut de Kunming qui me confirmèrent que journalistes et guides locaux se trompaient. Histoire des théiers " Puerh " du Yunnnan

La Chine a été le premier pays a utilisé le thé comme boisson et cela depuis quatre mille ans. Les experts considèrent que le Xishuangbanna et Simao dans le bassin de la rivière Lancang, au Yunnan, sont le berceau des théiers. Ceux qui poussent dans les « Six anciennes montagnes à thé » sont nommés thés « Puerh ». Dès la dynastie Han (206 av. J.C.-8 après J.-C.), le thé était commercialisé et sous les Tang, il était à l’ordre du jour. Sous la dynastie Yuan, ou mongol (1276-1368), ils servirent de monnaie d’échange tandis que sous les Ming (1368-1644) il devint une marque « labellisée » dans tout le pays.

Quand le thé « Puerh » atteignit son apogée il était recherché par les marchands d’Inde, de Birmanie, de Ceylan, du Siam, du Cambodge, du Vietnam. Les pays du Sud-Est et du Sud de l’Asie venaient le chercher au Xishuangbanna et des caravanes de plus de cinquante mille chevaux et mules traversaient montagnes et rivières pour s’en procurer.

Utilisé comme boisson traditionnelle, ce thé calme la soif et rafraîchit le cœur et les idées. Mais il a aussi d’importantes propriétés médicinales et des extraits en sont utilisés pour stopper différentes maladies.

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LeThéier sauvagedeBada est composé dequatretroncs. Unemaison traditionnelledela minorité Aini dans levillagedeBada.


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A mon retour à Jinghong, je fis la connaissance de Sara, une spécialiste du trek. Le courant passait entre nous, j’avais apprécié au cours de conversations combien elle aimait la nature ; aussi décidai-je de partir avec elle à la découverte des différentes minorités Dai et Aini. Main dans la main, nous avons marché pendant des heures et, en dépit de l’orage et de la pluie déferlante, Sara me faisait observer les merveilles de la nature que recelait cette région. Nous avons fini par atteindre le village de Padan, un village Dai d’environ six cents ans. Nous y sommes restés trois jours et avons fait alors plus ample connaissance. C’est ainsi que Sara a décidé de me suivre dans toutes mes pérégrinations chinoises et de me servir de guide et de traductrice. Voilà comment elle est devenue mon âme-sœur. Le Metasequoia glyptostroboides de Modaoxi, comté de Lichuan, province de Hubei

Quelle expédition pour arriver au village de Modaoxi, ber-

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La viequotidiennedes minorités Dai, près du villagedePadan dans leYunnan.

La forêt semi-tropicaleet les maisons des minorités Dai dans les environs dePadan (Yunnan) à proximité du Mékong.


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ceau du plus ancien Metasequoia du monde. D’abord le train jusqu’à Chongqing, puis le bateau qui, sur le Yang-tsê kiang, nous a conduits jusqu’à Wanxian. Et enfin, un bus local pour arriver à Modaoxi et son Metasequoia. Quelques belles maisons traditionnelles subsistent dans ce village, où dominent les rizières et les champs de tournesols et de maïs.

Seul témoin millénaire de ce que furent les forêts de Metasequoias, cet arbre vénérable pousse quasiment seul, entouré de quelques jeunes spécimens de son espèce, sans doute plantés par des botanistes chinois et américains.

Bien des explorateurs avaient dû passer à proximité de l'endroit où croissaient ces arbres sans les découvrir. Mais en 1943, Z.Wang collecta des graines à Shui-sa-pa (Plantation de Sapin d'eau) et à l'automne 1947, C.T. Hwa découvrit à proximité de ce même lieu un ensemble nat urel d'arbres mat ures de Metasequoias glyptost roboides. Ils poussent, à environ soixante kilomètres au sud-est du Yangtsê, dans le district de Lichuan, dans une vallée encaissée entre les montagnes Chi-yao (Pierre à chaux permien), d'une altitude de quinze cent s mèt res et cel les de Fupao-shan (grès jurassique) d'une élévation de mille quatre cents mètres. Grâce à ces hautes montagnes, l'écosystème des Metasequoias glyptostroboides se trouve isolé. Les terres proches de Shui-sa-pa étaient utilisées pour la culture du riz et les versants des montagnes étaient couverts par une végétation semi-naturelle. Les hivers sont secs et les étés très humides, les précipitations s'étalant de juin à août.

Entre 1946 et 1948, des botanistes chinois, Hu et Cheng, envoyèrent dans différents arboretums de la planète des graines de cet arbre, un arbre rare qu'ils voulaient sans doute protéger. Différentes expéditions sont alors parties à sa recherche et ont découvert que cette espèce poussait à l'état naturel dans les provinces de Hubei et du Sichuan, au centre de la Chine et sur les pentes du Hu-nan de l'Ouest. L'étude de la f lore des Metasequoias glyptostroboides a montré combien elle était riche ; on y dénombre de très nombreuses espèces, Rosaceae, Fagaceae, Ericaceae, etc. Les Quercus sont fort bien représentés avec treize espèces ainsi que les Prunus, Acer, Rhododendron, Salix et bien d'autres. On trouve cinquante-six pour cent de plantes à feuilles caduques pour quarante-quatre pour cent de plantes à feuilles persistantes. Mais ce qui paraît le plus intéressant

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Unedes rares maisons traditionnelles chinoises dela région deHubei. LevillagedeModaoxi dans la région deHubei.


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c'est la présence de plantes inhabituelles qui ne poussent qu'en Chine.

Cette f lore est très ancienne ; tous les gymnospermes qui occupent naturellement cet écosystème ont été retrouvés sur des fossiles de l'ère Tertiaire et pour quelques-uns de l'ère du Mésozoïque, appartenant à l'ère Secondaire. Il en est de

La valléedeShui-Sa-Pa,dans la région deHubei,est leberceau des Metasequoias glyptostroboides. On peut y voir aussi du maïs et des tournesols.

Pagedegauche: Leplus vieux et leplus gros Metasequoia glyptostroboides du mondedans levillagedeModaoxi, région deHubei.

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même pour beaucoup de lignées d'angiospermes qui remonteraient à l'ère Tertiaire. Comment expliquer cette survivance durant des millions d'années ? Géographiquement, les Metasequoias sont situés dans la partie méridionale du Yang-tsê, à mi-altitude. Pendant la période glaciaire, cet endroit a reçu moins de précipitations que d'autres lieux montagneux. D'autre part, les montagnes « Tsinling Rang » au nord, nord-ouest et ouest formaient une immense muraille naturelle abritant cette f lore unique du froid intense. Par ailleurs, l'orient ation sud-ouest/nord-est des montagnes surplombant les Metasequoias permettait à l'air chaud méridional de circuler. Tout cela explique comment la f lore des Metasequoias glyptostroboides fut mieux conservée que la f lore d'Europe et d'Amérique du Nord.

Après deux jours à Modaoxi, nous sommes retournés à Wanxian et par le bateau nous sommes allés jusqu’à

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Les montagnes deChi-Yao et deFu-Pao-Shan,dans la région deHubei, protègent depuis des millions d’années les Metasequoias glyptostroboides.


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Ychang. Nous y avons retrouvé des amis qui nous ont conduits au barrage des Trois Gorges. Phénoménale et titanesque construction, c’est aussi un gigantesque désastre écologique. Mais que faire pour sauver les arbres qui vont être engloutis ? Le Ginkgo biloba du temple de Dinglin, Fulaishan, Juxian

Après des heures et des heures de train et de bus, c’est en moto-taxi que nous sommes arrivés au temple de Dinglin, au centre duquel, depuis trois mille ans, vit un Ginkgo biloba femelle, toujour féconde après toutes ces années. Il mesure environ seize mètres de tour, mais du béton a été injecté à certains endroits du tronc et des branches. Curieusement ce Ginkgo possède deux formes de feuilles : celles de la base sont échancrées alors que sur les branches elles ont l’aspect d’éventail que nous connaissons. Pour quelle raison ? Je n’ai pas la réponse.

Un autre Ginkgo pousse dans le temple nord mais il est plus jeune.

Le nom de Ginkgo signifie pour les Chinois l'Abricot d'argent (Ginkyo) alors qu'en France il est communément appelé « l'arbre aux quarante écus » à cause de son prix élevé au XVIIIe siècle, époque à laquelle il fut importé. Au Japon il est connu sous le nom de Icho et en Chine après avoir porté le nom de Ya chio durant la dynastie Sung (960-1279), il a pris de nos jours la dénomination de Yin Hsing en chinois littéraire.

Le Ginkgo biloba est le seul représentant de l'ordre des Ginkgoales, un groupe de gymnospermes composés de la famille Ginkgoaceae qui remonterait à la période permienne, soit deux cent soixante millions d'années. Les dinosaures auraient donc bien connu cet arbre. Les feuilles et les organes végétatifs fossilisés ont prouvé qu'il existait au moins deux espèces de Ginkgo à cette époque, alors que cent quarante-quatre millions d'années auparavant onze espèces pouvaient être recensées en Europe, Asie et Amérique du Nord. Seul le Ginkgo adiantoides a sur vécu aux grands cataclysmes géologiques et on peut penser que la disparition des dinosaures et de certains grands reptiles a pu

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LeGinkgo biloba du templedeDinglin,dans la région deShandong,est leplus vieux du monde, il aurait plus detrois milleans.


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inf luencer ce déclin puisque avec eux s’évanouissaient des disperseurs des graines. Les Ginkgos auraient été éradiqués de l'Amérique du Nord il y a sept millions d'années et d'Europe il y a deux millions et demi d'années.

Les scientifiques ont un moment pensé que le ginkgo avait complétement abandonné la surface du globe quand, en 1691, Engelbert Kaempfer en répertoria au Japon ; il en exporta en Europe au XVIIIe siècle. En 1814, à partir d'un plan femelle découvert près de Genève, on put effectuer une greffe sur un arbre mâle du jardin botanique de Montpellier. Curieusement, si l'on observe une feuille actuelle par rapport à une feuille fossilisée du Permien, aucune différence n'est décelée.

Mais retournons en Chine où des Ginkgos ont été trouvés principalement dans les monastère montagnards, les jardins de palais ou de temples où les moines bouddhistes le cultivaient pour leurs nombreuses qualités. Il protège contre le feu car son écorce et ses feuilles sécrètent une sève qui retarde la combustion. Son bois léger possédant une excellente fibre est employé pour des sculptures ou des ustensiles pour la cérémonie du thé ; on l'utilise aussi pour des armoires ou des boîtes de rangement, notamment des boîtes laquées pour le thé, car il résiste aux insectes. Les bouddhistes en façonnent des échiquiers, particulièrement pour le jeu de Go. La médecine traditionnelle tant chinoise que japonaise lui reconnaît de grandes propriétés thérapeutiques : astringent pour le cœur, les poumons (asthme, bronchite, rhumes), c'est également un régulateur urinaire, un anti-diarrhéique et il peut encore soulager maux de dents, fièvres, maladies de peau.

Les graines torréfiées stabiliseraient la production en sperme et les graines crues seraient anticancéreuses. Leur goût est sucré, entre la pomme de terre et la châtaigne cuite. Mais attention à la chair puante et visqueuse qui protège la graine car elle contient des huiles qui peuvent causer des démangeaisons. Mais si vous prenez la précaution d'enfiler des gants de caoutchouc, vous pouvez ouvrir et casser les graines et manger leur intérieur comme des pistaches ou en agrémenter le riz pilaf, le porridge, les soupes, les légumes, le tofu, les champignons !

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Actuellement et après maintes recherches, le Ginkgo est utilisé pour fabriquer des médicaments ; aussi, d'immenses champs sont plantés et exploités. Le Ginkgo biloba, comme les conifères et les Cycades ne peut se reproduire que si un mâle est relativement proche de la femelle. Le pollen est alors transporté par le vent, les oiseaux, les insectes, les rongeurs, etc. Mais se pose la question de savoir pourquoi la femelle fabrique des fruits si le mâle est à plus de cent mètres et que se passe-t-il alors ? Encore un mystère de dame Nature ! Pour en finir avec le Ginkgo biloba, l'esthétique de ses feuilles, de ses formes, de ses couleurs chatoyantes en automne a inspiré bon nombre d'artistes, poètes, écrivains, peintres, photographes. Pour terminer en beauté ce grand périple à travers la Chine des vieux arbres, nous sommes allés, Sara et moi, à Pékin et de là dans la région de Hebei pour y admirer la grande Muraille dans un lieu pas trop touristique. Nous y avons dormi à la belle étoile sur une des tours et c’est là un souvenir inoubliable.

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Un jeuneChinois déposeun tissu rouge et un messagedans letronc du Ginkgo du templedeDinglin pour quecela lui portebonheur.


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n Afrique,l'arbre du village,baobab ou autre espèce, est un peu considéré comme un sage. Il est honoré et la population passe des heures entières sous son ombrage. C'est

l'arbre à palabres où se racontent la plupart des histoires transmises de génération en génération par les griots. Mais si le Baobab ou Adansonia n'est pas le seul,il reste pourtant le plus important de la flore africaine. On raconte que Livingstone en aurait découvert un de plus de quatre mille ans au Zimbabwe,d'où peut-être l'origine de ce nom.

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CONTINENT AFRICAIN

Sénégal / Kenya / Afrique du Sud / Madagascar 183


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Le Sénégal Le Baobab de Diass Diass, communauté rurale du Sénégal, possède un Baobab très ancien autour duquel a été initiée en janvier 2000 une importante cérémonie réunissant diverses associations et pays ; elle avait pour but de sensibiliser le monde à la préservation et au respect des arbres vénérables de la planète et d'inciter l'UNESCO à inscrire quelques-uns de ces arbres millénaires au patrimoine mondial. C'est l'association ENDA SYSPRO dirigée en Afrique par Jacques Bugnicourt et Moussa Seck qui s'était chargée de toute l'organisation. ENDA SYSPRO a des ramifications non seulement en Afrique, mais en Inde et en Amérique latine ; elle s'est spécialisée dans le développement de l'agriculture durable et forme les gens du tiers monde à mieux valoriser leurs terres. La présidente de cette communauté rurale de Diass dont font aussi partie Ponpenguine et Koubit est Wolimata Thiao, également responsable de la réserve naturelle. Comme beaucoup de femmes sénégalaises, elle a une place importante dans la société ; elle milite aussi dans un mouvement de femmes qui s'intéressent de façon très active à l'environnement. Le Baobab, dit la légende, serait un arbre raté planté à l'envers par un dieu peu malin ou original. Comme on l'a vu à propos des Baobabs de Kimberley,pour un arbre

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Plus de quatre cents personnes, dont cent-vingt enfants, assistèrent à la cérémonie autour du Baobab de Diass. Parmi les personnalités, on remarquait le ministre sénégalais de l'Environnement, le président des Amis de la Nature et, bien sûr, Moussa Seck ; chacun prononça une allocution. Puis, un griot raconta ce qui s'était passé sous l'arbre, notamment comment un traité y avait été signé. Vinrent ensuite des danses de plus en plus effrénées au son du tam-tam. Deux jeunes filles de l'école voisine de Ponpenguine lirent l'ode que voici : Les habitants de la planète, à l'occasion du passage au prochain millénaire, rendent hommage au Baoabab de Diass et, à travers lui, à tous les arbres millénaires du monde. Le respect de l'environnement comme la protection des espèces vivantes sont pour le nouveau millénaire un témoignage de l'harmonie entre les êtres humains et leur planète. Meilleurs vœux et longue vie à tous les arbres qui ont vu passer sous leur ombrage tant de génération humaines.

raté c'est un arbre qui a bien des vertus ! Celui de Diass (Adansonia digitata) possède de gigantesques branches dont une touche le sol tandis que son tronc,creux,sert d'habitacle à un essaim de guêpes. Un champ de manioc l'entoure et le protège. Les Sénégalais appellent cet arbre Jombite N'Dol, autrement dit l'arbre qui possède des fruits succulents,que l'on réserve aux hôtes de marque.

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Pages précédentes : LeBaobab deDiass,Sénégal.


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Cinq autres Baobabs sont proches et sont, eux aussi, dénommés de façon évocatrice : Salkanac ou deux branches, Nepnamoune autrement dit qui a des fruits agréables dans le couscous. Il y a encore N'Dielem, Bissine Falle du nom d'une femme ancienne et Koulirang. Inexorablement les Baobabs millénaires se dessèchent et disparaissent peu à peu : ainsi,celui de M'Bour (au nord de Dakar) dont le tronc mesurait vingt-trois mètres ; la forêt de Bandia elle-même, très visitée par les touristes, meurt petit à petit sous les effets conjugués de la désertification, de la pollution et de la poussière rejetée par une carrière voisine. Il est donc important que les Baobabs d'Afrique soient protégés car ils sont l'image,le reflet de ce pays. Au cours de ce trop court séjour au Sénégal,j'eus l'occasion de m'initier au rituel du thé,un thé fort et excellent,très mousseux,dont on vous sert successivement trois verres : le premier pour les adultes,le deuxième pour les adolescents et le troisième pour les bébés ! On dit aussi au Sénégal : le premier verre,doux comme la vie,le deuxième sucré comme l'amour et le troisième amer comme la mort ! Dans un village près de Diass, j'ai pu voir des femmes pilant les céréales et une guérisseuse qui se servait d'eau « miraculeuse » pour soigner les enfants et les femmes stériles. Comme on l'a vu précédemment,on trouve une espèce de Baobab en Australie,une dans toute l'Afrique et sept à Madagascar. C'est un arbre qui accumule l'eau dans son tronc,comme la plupart des « arbres bouteilles »,ce qui incite les éléphants d'Afrique en période de sécheresse à le creuser soit au niveau des racines,soit dans le tronc. Nous avons déjà parlé des multi ples propriétés du Baobab, mais il faut encore spécifié qu'il peut être dépouillé de son écorce sans pour autant en mourir,elle

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Danseafricaineau cours dela cérémonieorganisée en janvier 2000pour célébrer leBaobab deDiass.


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se régénérera au bout de cinq à dix ans. La pulpe du bois est utilisée en Afrique pour fabriquer des papiers très solides, mais aussi des flotteurs et des plateaux. Les graines,riches en vitamine C et ayant une haute teneur en protéines et huiles,peuvent être broyées pour former une pâte proche du beurre de cacahuètes. Nous retrouverons les Baobabs en Afrique du Sud et surtout à Madagascar où l’on peut en compter sept espèces différentes.

Le Kenya Le Kenya si connu pour ses parcs naturels et ses animaux sauvages ne possède plus que 1,7 pour cent de forêts à canopée fermée. Sur ce faible pourcentage peu

Les contreforts racinaires du Camphrier de CastleForest au Mont Kenya soutiennent son imposantestature.

d’entre elles sont réellement protégées ; elles sont menacées par la corruption politique et plus encore peut-être par la pauvreté. C’est elle qui pousse beaucoup de tribus kenyanes, comme celles de la forêt de Kakamega à abattre les arbres sans autorisation pour en faire du charbon ou du bois de chauffe. Et les forestiers qui connaissent bien ces problèmes sont le plus souvent corrompus. C’est par des survols réguliers en avion et une cartographie très précise que les surfaces forestières sont recensées. Le travail rigoureux entrepris par Christian Lambrechts de l’UNEP s’il a permis que certains lieux comme le Kilimandjaro ou le Mont Kenya soient sauvegardés a également souligné la nette diminution des forêts originelles. C’est au mont Kenya que j’ai découvert un surperbe

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Camphrier d’environ neuf mètres de tour et qui aurait plus de neuf cents ans. Il est le témoin des anciennes forêts pluviales de montagnes et le fief des éléphants de Castle Forest. Une baignoire naturelle s’est formée dans la base de son tronc et il est « habité » par une quantité de plantes épi phytes. C’est au cours d’une expédition avec Christian Lambrechts qui nous menait vers le mont Elgon (à la frontière de l’Ouganda) et la forêt de Kakamega que sur la route de la Rift Valley,nous avons été interpellés par un splendide Ficus natalensis ou « Mugumo » qui,sans doute,voulait nous faire comprendre qu’il était un arbre à palabres tout-puissant et qu’il présidait encore à diverses cérémonies,circoncisions,réunions diverses,arbitrages des rixes. Nous avons donc interrogé les femmes du village le plus proche qui ont confirmé nos suppositions.

LeCamphrier deCastleForest et tout son écosystème.

Mais si l’arbre à palabres était jadis présent dans tous les villages africains - la place qu’il tient dans de nombreux contes

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,la christianisation et la modernisation les voient peu à peu disparaître. Le mont Elgon, lui, est connu pour ses superbes Podocarpus dont certains mesurent douze mètres de tour pour une hauteur d’environ quarante mètres. Ces forêts de montagne ont été largement exploitées et on ne peut que déplorer la dégradation de leur écosystème. Aux alentours,toutes les forêts ont été mises en coupe et il n’en reste plus que de petits morceaux. Le Kigelia africana ou « arbre à saucisson » est ainsi dénommé parce que ses fruits ressemblent à des saucissons. Leur taille peut atteindre un mètre de long et leur poids dix kilogrammes ; mieux vaut ne pas être sous l’arbre quand ses fruits s’en détachent ! Ces fruits étranges ont des propriétés médicinales : séchés et mis en poudre ils soignent les abcès,les ulcères,les maladies vénériennes.

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Pagededroite: « Mugumo », un Ficus natalensis,arbreà palabre possédant uneaura puissante.


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Quand ils sont encore verts,on en fait une pommade qui guérit les rhumatismes tandis qu’en décoction ils soulagent les maux de dents. Quant à ses graines,grillées,elles sont comestibles ce qui les rend particulièrement appréciables en période de famine. Elles peuvent également servir de ferment pour fabriquer la bière locale qui est très forte. On peut noter qu’au Kenya comme dans d’autres pays d’Afrique ou à Madagascar, les ethnobotanistes s’informent sur les propriétés médicinales des arbres et des plantes et qu’il n’est pas rare de voir sur les marchés locaux les Anciens vendant des échantillons de bois,de feuilles,de racines réputés pour leur pouvoir curatif. C’est à Naivasha, dans le ranch de son père où se côtoient vaches,chevaux,mais aussi girafes,antilopes,hi ppopotames ou impalas,que mon ami Guy Erskine,également photographe,m’a montré les fameux arbres de la savane kenyane, les Acacias xanthophoea ou « Fiever trees » réputés pour soigner la malaria,d’où leur nom ; ils ne vivent pas très longtem ps,environ cent ans,et s’affalent ensuite,sur le sol. Pour terminer mon séjour au Kenya,j’avais proposé de réaliser un diaporama,comme je le fais souvent au cours de mes voyages,au musée national de Nairobi. La projection fut une réussite mais le lendemain mon ordinateur portable,mon appareil photo numérique et différentes diapositives de vieux arbres me furent volés dans la voiture du musée. Je suis alors resté tout un mois à Nairobi,arpentant les rues,visitant les bidonvilles,avec le soutien de Total Kenya,de détectives et de la police et avec l’espoir de retrouver ce qui avait disparu,mais en vain.

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On sesent vraiment petit devant letronc decePodocarpus du Mont Elgon, au Kenya.


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L’Afrique du Sud L’Afrique du Sud m’attirait parce qu’on y rencontre les plus gros Baobabs (Adansonia digitata) du monde. Grâce à plusieurs contacts efficaces, j’ai pu séjourner dans la région de Limpopo au nord du Transvaal. Le Baobab de Sagole C’est une charmante forestière, Sarah Winter, qui m’a conduit au pied du plus gros Baobab du monde, un Adansonia digitata qui mesure trente-huit mètres de tour de tronc et dont la branche la plus basse repose sur

LeBaobab deSagole,dans la province deLimpopo (Afriquedu Sud) est un magnifiqueterrain dejeux pour les enfants qui aiment escalader ces branches immenses.

le sol. Il pousse entre Sagole et Tsi pise où vit la tribu Venda. Les enfants du village grim pent dans ses branches pour y récolter les fruits et les vendre aux voyageurs de passage. Ils en plantent également quelques-uns pour préserver l’espèce. Comme en Australie ou à Madagascar les tribus Venda mangent les fruits des Baobabs,les utilisent à des fins médicinales ou pour en faire des paniers ou des cordes.

Leplus gros Baobab du monde, celui deSagole,mesuretrente-huit mètres de tour,cen’est pas rien !


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Chaque soir des milliers d’oiseaux appelés « Sunny Birds » s’envolent de l’immense cavité du tronc où ils dorment en compagnie des guêpes. C’est un merveilleux spectacle de contempler,quand vient la nuit,à la lueur de la pleine lune cet arbre gigantesque dont on ne voit plus alors que la silhouette massive. Et cela laisse songeur de se dire qu’il est là,immuable,depuis plus de trois mille ans. Le Baobab de Glencoe Farm

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Page de droite : Le Baobab de Glencoe. Quel magnifique endroit pour méditer ! Le Baobab de Glencoe. Autoportrait dans la caverne magique. Le Baobab de Glencoe et son ancienne propriétaire, qui nous montre comment cette partie de l’arbre évoque un éléphant.

A proximité du parc Krüger,à Hoedspruit,dans la région de Limpopo pousse,dans une propriété privée,un autre Adansonia digitata, lui aussi plusieurs fois centenaire. Depuis plus d’un siècle sans doute,son immense tronc s’est affalé sur le sol en se partageant en plusieurs parties ce qui le rend difficile à mesurer. Mais cela ne l’a pas empêché de continuer à vivre sa vie. Il mesurerait plus

Baobab deGlencoe,provincedeLimpopo. Mêmes’il s’est affalé depuis des siècles, cela nel’a pas empêché depoursuivresa vie, mais il est difficiledetrouver letronc- mère.


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de quinze mètres de diamètre et l’envergure de sa ramure ferait trente-sept mètres de diamètre. En y grimpant, on peut décrypter de nombreuses inscri ptions gravées dans l’écorce ou observer des formes animales. C’est en compagnie de son ancienne propriétaire que nous l’avons admiré et elle était ravie de nous conter ses trente ans de vie commune avec cet arbre vénérable. Le Baobab de Duiwelskloof (Adansonia digitata) On comprendra pourquoi tant de touristes sont attirés par ce Baobab de la ferme de Platland quand on saura que l’intérieur du tronc renferme, eh oui ! un pub et qu’un barbecue les attend juste sous la ramure ! Mais il n’est plus question que son environnement s’étende puisque une dalle de béton a été coulée sur ses racines. Et là,où il y a encore quelques années s’étendait la savane, on trouve maintenant une ferme,des bungalows… et une piscine. Son double tronc mesure environ trente-sept mètres de

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Un pub a été aménagé à l’intérieur du Baobab dePlatland. La datation au carbone14,faiteà l’intérieur,lui attribuerait plus de4000ans. Cela laisserêveur.


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circonférence et d’après des études effectuées au carbone 14 il aurait plus de quatre mille ans, ce qui me semble difficile à prouver. Pour préserver ce Baobab vénérable,il serait bon que le propriétaire remplace le béton par un caillebottis de bois ce qui favoriserait un environnement plus naturel. Isak Van der Merwe,du DWAF (Department of Water Affairs and Forestry) m’a mené sous le « Wonderboom » (Ficus salicifolia) de Pretoria. D’après la datation au carbone 14,il aurait plus de mille ans. Il est constitué de trois cercles concentriques,formés par soixante-quatorze troncs. Sa ramure a une surperficie de deux mille deux cent trente-trois mètres carrés.

Les Podocarpes Les Podocarpus font partie des conifères les plus anciens de la planète, déjà présents à l’époque du Gondwana. Après la séparation des continents,ils ont poursuivi leur croissance et leur évolution sur nos continents actuels. L’Afrique du Sud possède ainsi encore quelques vestiges de forêts pluviales composées de Podocarpus falcatus et latifolius. Quelque deux cent cinquante millions d’années séparent les forêts actuelles des forêts originelles du Gondwana et pourtant elles sont presque identiques. N’est-ce pas stupéfiant ? Pour les paléobotanistes, comme le docteur John Anderson, l’étude de ces vestiges du passé permet de mieux comprendre le futur. Il

« Edouard VII » leplus célèbrePodocarpus falcatus d’Afriquedu Sud avec ses trente-neuf mètres dehaut. Un des quelques anciens Podocarpus falcatus dela forêt pluvialedeTsitsikamma, provincedu Cap.

est donc important de préserver ces vestiges,témoins de milliers d’années d’évolution. Edouard VII,avec ses deux mètres vingt de diamètre,une hauteur de trente-neuf mètres et entre six cents et mille ans d’âge serait le plus célèbre Podocarpus falcatus de la forêt de Knysna,sur la côte de la province du Cap.

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Pagedegauche: LeBaobab dePlatland serait avec ses trente-sept mètres detour ledeuxièmeplus gros Baobab du monde,mais il est composé dedeux troncs !


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Un autre Podocarpus falcatus, le Big Tree, au nom évocateur, dresse ses trente-sept mètres de haut pour deux mètres soixante-dix de diamètre dans la forêt de Tsitsikamma (Province du Cap). Près de Tzaneen, dans le Drakensberg nord, subsistent encore quelques petites forêts pluviales,accrochées tout en haut des vallées. Dans l’une d’elles,à Letaba,on peut voir un Podocarpus falcatus de trente-six mètres de haut pour une circonférence de cinq mètres soixante et vraisemblablement âgé de plus de neuf cents ans. Il est moins connu des touristes car la traversée des montagnes du Drakensberg nord demande une bonne demijournée. D’autres Podocarpus poussent dans la forêt de Hogsback,près de Grahamstown (province du Cap) qui, selon la rumeur,aurait inspiré Tolkien pour son célèbre roman fantastique,Le Seigneur des Anneaux.

Le Post Office de Mossel Bay Mais l’arbre historiquement le plus célèbre de l’Afrique du Sud est certainement le Sideroxylon inerme de Mossel Bay, dénommé le Post Office. Déclaré monument historique en 1938,il pousse au bord de la mer là où les premiers navigateurs portugais ont débarqué au XVe siècle pour s’approvisionner en eau fraîche. Il était donc déjà présent au temps de Bartholomeu Dias quand ce dernier sillonna les côtes du Cap et découvrit le cap de Bonne Espérance,en 1488. On raconte que c’est attachée aux branches de cet arbre

Un Podocarpus falcatus d’environ huit cents ans dans la forêt pluviale de Hogsback (province du Cap), qui aurait inspiré l’écrivain Tolkien. Le " Post Office " de Mossel Bay a servi de boîte aux lettres pour les navigateurs et explorateurs des XVe et XVIe siècles.

que Joa de Nova trouva le 7 juillet 1501 une vieille chaussure contenant un message. Celui-ci provenait de l’équi page d’un précédent voilier et aurait conté les aventures et expéditions de Pedro Alvarez Cabral et signalé la triste disparition de Dias et de son bateau.

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Page de droite : Le Podocarpe de Letaba, dans le Drakensberg nord est d’un accès assez difficile. Son écosystème forestier est très petit et sauvage, un paradis pour les panthères.


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D’où le nom de Post Office donné à cet arbre ou bois de fer. Avant de quitter l’Afrique du Sud,j’obtins un rendez-vous avec le Dr John Anderson,un éminent paléobotaniste de l’Institut botanique de Pretoria. Nous avons eu une conversation très positive pour tenter de mettre au point une exposition photographique en taille réelle reliant le vieil arbre,l’enfant et les mamans de la planète. Nous voulions ainsi,au moment du sommet de Johannesburg sensibiliser le grand public à la protection de leur planète.

Madagascar Madagascar était encore sous le coup de ses dernières élections et de deux présidents rivaux quand j’y suis allé. Je n’ai donc pas pu sillonner l’île à la découverte de ses vieux arbres les plus intéressants comme je l’aurais souhaité. Après quelques jours à Antananarivo où j’eus l’occasion de photographier le Ficus d’Ambohimanga j’ai pris,avec

L’alléedeBaobabs deMorondava (Madagascar). La plus célèbrealléevégétaledu monde.

le soutien de la fondation Ratsimamanga, un camionbrousse en direction de Morondava, là où poussent depuis des millions d’années les plus célèbres Baobabs, les Adansonia grandidieri,za ou fony. Le trajet qui demande plus de vingt-quatre heures emprunte des routes chaotiques et traverse d’admirables paysages. Et l’on a peine à imaginer que là où se succèdent pâturages et rizières s’étendaient autrefois d’imposantes forêts. Avant d’arriver à Morondava, je me suis arrêté à la presqu’île de Betania, lieu historique où étaient rassemblés les esclaves. Grâce à Pascal Boissard,j’eus le privilège d’assister à une cérémonie de mise au tombeau qui commence au coucher du soleil pour se terminer à l’aube au cimetière qui,bien souvent,se trouve loin des habita-

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Pagededroite: CeBaobab deMorondava (Adansonia grandidieri) tend ses bras vers leciel et lesoleil commeunefemmequi implore la protection des esprits supérieurs.


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tions au cœur de la forêt. J’ai également photographié à Betania un superbe Manguier au pied duquel j’ai rassemblé,comme souvent au cours de mes voyages,les enfants de l’école.

L’allée des Baobabs de Morondava Morondava est réputée pour son allée de Baobabs

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Deux Adansonia fony,tendrement enlacés méritent leur apellation deBaobabs amoureux.


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(Adansonia grandidieri). Elle attire nombre de voyageurs de tous pays qui viennent admirer ces arbres au lever et au coucher du soleil. Curieusement,alors que les Baobabs aiment les biotopes secs ou rocailleux, ceux-ci sont entourés de rizières et de marécages,sans oublier les moustiques… L’Adansonia grandidieri a un port très élancé et un tronc bien droit et sans branches. Celles-ci,massives et courtes, sont rassemblées au sommet. D’après un spécialiste allemand qui vient chaque année les mesurer,la croissance de ces arbres est très minime,de un à trois millimètres par an. Les Baobabs amoureux Non loin de l’allée des Baobabs vivent depuis des siècles des Adansonia fony,appelés ici les Baobabs amoureux ; la présence de nombreux graffiti prouve que leur nom n’est pas usurpé et qu’ils sont le point de rencontre de bien des jeunes couples. Tous ces arbres que l’on admire sont très âgés, allant d’une centaine à plusieurs milliers d’années ; mais il est beaucoup plus difficile de se trouver en présence de jeunes spécimens. En effet, les jeunes pousses servent pour la plupart de nourriture aux zébus, comme à d’autres herbivores et populations locales. Sans oublier les feux de brousse qui en détruisent un grand nombre. Aussi si aucun projet de plantation n’est entrepris à grande échelle, ce symbole malgache du Ménabé disparaîtra-t-il.

Le Baobab de Tsarafotra Comme en Afrique, les Baobabs sont sacrés. A Tsarafotra,un Adansonia grandidieri en est un bon exem ple. A quelques mètres de son tronc qui mesure

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LeBaobab deTsarafotra, entouré demarécages, resteun lieu secret et sacré.


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treize mètres soixante de tour sont alignées un série de chaises de tailles différentes. L’on peut imaginer que la plus haute est réservée au dignitaire le plus important du village. Au pied de l’arbre sont disposées des offrandes et rien ne vous interdit,bien au contraire,d’y déposer une petite bouteille de rhum du cru par respect pour les Anciens. Des chiffons sont souvent attachés sur le tronc ou sur les branches des arbres voisins ; est-ce que ce sont des sortes d’ex-votos ou au contraire une manière de formuler une demande à l’arbre sacré ? L’écorce étant utilisée à des fins médicinales ou pour la fabrication de cordes ou de flotteurs de pirogue,le tronc du Baobab de Tsarafotra exhibe une large plaie qui peu à peu se régénérera puisque c’est là un des privilèges de cette espèce d’arbre.

Le Baobab de Mahabo mesure douze mètres soixante et les enfants sont heureux de grimper sur son tronc.

Les petits Malgaches aiment grimper sur letronc des Baobabs pour aller récolter les fruits.

Le Tamarinier de Lovobé C’est aussi sur la presqu’île de Bétania que poussent les Tamariniers,entre autres celui de Lovobé où je suis allé à cheval avec des employés de Pascal Boissard. Après avoir longé une plage de sable fin où nous ne vîmes que des pêcheurs locaux,nous avons traversé un village dont les maisons, suivant la tradition, sont construites avec des feuilles de palmiers-cocotiers et des bois locaux. Les habitants y vivent de la pêche artisanale,pour combien de temps encore ! Bien que le Tamarinier soit souvent un arbre sacré,le sol qui l’entoure n’est pas endommagé par le piétinement et il n’est pas facile de le distinguer des arbustes et des plantes qui l’entourent. Il arrive même qu’il soit inter-

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Pagededroite: LeBaobab deMahabo, Ménabé,Madagascar,arbre-cultedu village.


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dit de pénétrer sous son ombrage pour ne pas déranger les esprits. Parfois aussi,cependant,les Malgaches s’installent sous les Tamariniers de leur village. On extrait de ses gousses, un nectar qui donne un délicieux sirop.

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L’Adansonia za d’Ampanihy est leseul à des kilomètres à la ronde,cequi lemet en péril après quelques milliers d’années devie prospère.


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Poursuivant mon voyage, je suis parti en direction de Tuléar. Plusieurs possibilités se présentaient pour gagner cette région. Nous aurions pu passer par Morombé et admirer au passage les arbres-bouteilles (Adansonia fony) d’Andranopasy. Mais un ouragan récent avait laissé la route im praticable. Nous aurions pu prendre une pirogue et longer la côte au risque et péril de chacun ! Alors j’ai opté pour le camion-brousse,via Antsirabe et Fianarantsoa. Le Baobab d’Ampanihy A Ampanihy,aux environs de Tuléar,j’ai eu la chance de contempler le plus gros Baobab,un Adansonia za cette fois,un arbre de vingt-trois mètres de circonférence,alors que la pancarte officielle indique,elle,vingt-sept mètres. Sans doute les Baobabs rétrécissent-ils sous l’effet de la sécheresse, mais quand même ! Le chef du village, l’Hazomanga,en prend soin et c’est avec lui que je suis rentré à l’intérieur. Il y séjourne non seulement un boa endormi, mais des centaines sinon des milliers de chauves-souris et pas mal de cafards. Je ne vous dis pas l’odeur qui s’en dégage ! Parmi toutes les histoires qui circulent à propos de cet arbre, on raconte qu’au XIIe siècle le clan Zanakanga (de za : baobab et nakanga : pintade) se serait caché à l’intérieur de l’arbre pour échapper à ses ennemis, les Fahavalo. Si les graffiti sont nombreux, comme à Morondava, on ne voit aucun jeune Adansonia za à proximité. Allez savoir pourquoi on préfère des cactus non indigènes alors qu’il vaudrait mieux songer à perpétuer l’espèce !

En dépit de nombreuses déforestations,on peut toujours admirer au-dessus de la rivière Mangoky de vraies forêts de Baobabs à canopée fermée. C’est certainement un spec-

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Letronc du Baobab d’Ampanihy est entièrement gravé denoms, dedates et demessages malgaches.


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tacle impressionnant ; malheureusement je n’ai pu y aller, pas plus qu’à Andavadoaka où vit une colonie d’Adansonia fony,ou arbres-bouteilles. La faute à l’ouragan !

Le Ficus de Miary Est-ce parce que beaucoup d’Indiens vivent dans la région que le Ficus de Miary (à quelques kilomètres de Tuléar) est sacré,comme en Asie ? Branches et racines en font une petite forêt,lieu d’invocations et de prières,accompagnées d’offrandes qui sont déposées dans le cœur du tronc fendu. La légende prétend que l’arbre aurait poussé sur la sépulture d’une jeune fille qui, il y a bien longtem ps, aurait été sacrifiée pour dévier les eaux en crue du Fiherenana voisin. On dit aussi qu’un boa est lové à l’intérieur de la racine originelle. Non loin de là, une forêt d’arbres-pieuvres, c’est-à-dire de Palétuviers sert de cadre à un tombeau royal.

Les Ficus d’Ambohimanga Les Figuiers sacrés sont nommés « Amontana » dans les Hautes Terres,non loin d’Antananarivo ; ils sont symbole de noblesse,de force et de connaissance,et par là emblématiques des souverains

Les Ficus d’Ambohimanga,sur la Colline bleue,sont des arbres sacrés. Les Malgaches vivent à leur ombre,utilisant leurs racines commebancs.

malgaches. Là où ils poussent,le lieu est sacré et les déraciner est un sacrilège. Ambohimanga, ou colline bleue, est une des douze collines sacrées du tem ps de la royauté ; elle était la ville sainte du royaume Merina, depuis Andrianampoinimerina au XVIIIe siècle jusqu’en 1897 sous le règne de Ranavolana III ; elle était alors interdite aux étrangers. Sur cette colline sacrée,classée au patrimoine mondial de l’Unesco, pousse un superbe Ficus où furent inhumés rois et reines malgaches avant que l’administration coloniale (en 1897) transfère les dépouilles royales à Antananarivo pour briser la résistance morale liée à ces symboles. C’est là que prit fin mon péri ple dans cette grande île,quatrième du monde par sa superficie,qu’est Madagascar. Pagededroite: A l’imagedes Ficus indiens,celui deMiary est un lieu deprières et derecueillement. 208


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CONCLUSION

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eaucoup d’autres arbres, jeunes ou plus anciens, mériteraient d’apparaître dans ce livre, comme les

arbres sacralisés par les chamans de Sibérie, les arbres à palabres du Sahel et d’Ethiopie ; les Aloe d’Angola, les Dracaena cinnabari de l’île de Socotra, dans l’océan Indien, où poussent aussi les

arbres concombres et l’Adenium socotranum ; ou bien encore les acacias qui ont la particularité de

sécréter une substance qui éloigne les animaux ce qui leur évite d’être dévorés par les herbivores, ou

ceux qui, au contraire, ont besoin des animaux pour germer… même après des millions d’années. En effet, des

scientifiques ont découvert dans les glaces, en Sibérie, il y a quelques années, un mammouth congelé, en excel-

lente condition. Dans son estomac, ils ont trouvé des graines, ont décidé de les faire germer et, miracle ! un arbre

a poussé. Il serait au zoo de San Diego, en Californie. Et je n’oublierai pas d’évoquer les grandioses Dragonniers de l’île de Ténérife et les Platanes ou les Cèdres de Turquie, sans oublier des Genévriers thurifères du Maroc qui

auraient plus de trois mille ans.

J’aurais aimé parler aussi des forêts tropicales d’Amérique centrale et du Sud, d’Afrique, de Malaisie et d’Indonésie, comme de la plupart des arbres vénérables d’Europe et de Sibérie.

Plus je voyage autour de la Planète, plus je prends conscience de la beauté de la Nature. Que de découvertes sont encore à faire alors que trop souvent l’être humain, aveuglé et contraint par la civilisation industrielle, s’éloigne de ce qui est la source même de notre vie.

Tous ces arbres vénérables sont un véritable trésor et il faut tout faire pour les préserver ainsi que tout l’envi-

ronnement qu’ils génèrent.

C’est pourquoi, je formule le vœu que le plus grand nombre d’entre eux puisse être classé au Patrimoine mondial.

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REMERCIEMENTS

Certaines de ces images ont été réalisées grâce à un Hasselblad 38mm SW-C,prêté par Mme Françoise Ménage, ancienne présidente du Fonds français pour la nature et l’environnement. Les autres images l’ont été avec une Linhof Folding (volée en Afrique du Sud) et un Contax dont je remercie cette société pour leur patience et leur action commerciale. J’ai également utilisé un appareil numérique (volé au Kenya ainsi qu’un ordinateur portable COMPAQ Presario 17XL571 Réf : 5Y16FP5QE348). Ce livre n’aurait jamais pu être réalisé sans l’aide de quelques personnes de ma famille,de tous mes amis et des donateurs privés rencontrés lors de mon tour du monde des Vieux Arbres, qui m’ont souvent chaleureusement accueillis tant par leur nature que par leur amour de la planète. Je tiens vivement à les citer et je m’excuse auprès de tous ceux que j’ai pu oublier! Pour connaître l’em placement des arbres, l’aide d’arboristes, de botanistes, de chercheurs et de scientifiques, d’organisations environnementales ou, tout sim plement des habitants, m’a été d’un grand secours et des listes préparatoires ne furent pas toujours mon seul outil de travail. Aller sur le terrain fut de temps à autres très cocasse. Il fallait s’armer de patience, de ténacité, être curieux de nature, et ne pas hésiter à susciter des relations publiques. La chance a toujours été avec moi. Je remercie tout particulièrement TotalFinaElf qui,au titre de son engagement dans le développement durable et de l’attention qu’il porte à l’arbre,symbole de longévité et de lutte contre l’effet de serre,a soutenu mon entreprise de façon continue. Un immense merci également et une grande reconnaissance envers mes autres sponsors,lesquels ont fait preuve d’une extrême patience :

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Merci à tous mes donateurs privés : Benjamin Stassen,Jürgen Hüfner mon Web Master,Steve Brye,Mme Angela Martin,Mme Gabrielle Goedkoop, M. Jean-Claude Gallienne,la commune de Réaumont,Geo Brunel propriétaire de « la Corbinière des Landes », Elio d’Aldisio, le maire de Bad Brückenau, la Saline Royale d’Arc-et-Senans, Enda Dakar, John Gathright et sa famille, l’Alliance française de Sendai au Japon,Zoey Abbott,Yamasaki Saburou,Kazuhiko Hasegawa et le « Sagano Scenic Railway » de Kyoto,Kiyomi et Sethuko Yamada,Odile Furusawa,Fumio Mori,Barbara Uemura,Honen In Temple de Kyoto dont Mme Masako Kajita,Café Indépendant de Kyoto,Kyoto Journal,Ken Rodgers,John Einarsen,Norio Sasaki, Nakata Takaaki et Aïda Junichi,Gwion Flegeo de « Sant Zekez »,M. Edouard Goldsmith,Warren Wu et sa femme Crystal Li,Gao yan,Yuemei Zhang,Lai Wen yan (Sara),Joe Hendrickson (Tree Care),Charles Ellenbrock. Avant de partir pour ce voyage initiatique,un grand nombre de journalistes ont cru à mon projet et y croient encore,qu’ils en soient remerciés : Sud Ouest (Franck Delage et Isabelle Sarran),Le Journal du Bois,Le Journal du Périgord,Ouest France (Jean Théfaine),L’Essor sarladais,Le Parisien,le JDD,Science & Vie,VSD,GEO,SIPAPRESS,TF1 (Robert Werner),France 2 (Nicolas Winckler),France 3,Aqui TV. ainsi que les journalistes des différents pays qui m’ont soutenu : David Wysocki de l’Associated Press New York, The Keen Sentinel, Terry Richard de Oregonian newspaper, Guy Keeler du Fresno Bee,les journalistes de Ultima Hora au Mexique,Marta Zuniga Gatica de El Llanquihue au Chili, Eve Lamb du Mercury en Tasmanie, The Examiner de Tasmanie, The Age de Melbourne, Phil Hamilton de The Evening Post à Wellington (NZ),Stacey Bodger de The Herald d’Auckland (NZ),Maitreyee Handique de Business Standard,à Delhi, Poonam Goel de The Hindustan Times, à Delhi, Smeeta Mishra Pandey de Indian Express à Delhi,Florina Soren de The Statesman,Le Matin (Pascale Bieri) et la Tribune de Genève (Xavier Farinelli) ainsi que mon cousin et ami Jérôme Koechlin, Hervé Queillé du Télégramme–Côte d’Armor, Jean François Boscher du Le Penthièvre, Christine Rinaudo de Nice Matin, The Japan Times, le Kyoto Shimbun, le Minamini ppon Shimbun Kagoshima,KTN Kenya,Nation,SABC News-Morning Live,Kunming News.

Un grand respect à : AFRIQUE DU SUD TOTAL Afrique du Sud, Janice Golding (National Botanical Institute), Isak Van der Merwe et Nicky Mitchell (DWAF),Sarah et Casper Winter,M. et Mme Du Plessis,Sarie Momsen,Hari,Gardner Mahlokgo,Madiwa,le chef du village de Sagole, SABC News, Hellen Alexander, Willie Botha et Joy Nel, Neels Esterhuyse, Peter Phili pson et sa femme, Arie Van Rheede, FUJI-TELTRON-ISO PHOTO, Stephanus Rautenbach, Tony Maio, BEITH DIGITAL, Jeunesse Park (Food and Trees for Africa),Jeremy Burnham (World Summit 2002),Solly Moeng (NBI),Ernst Van Jaarsveldt (NBI Captown),Brad Goldblatt,John Anderson et sa femme (NBI Pretoria-Gondwana Alive Society),Esther Njiro (Environmentek),Thobeka Thamage (Environmentek),Women for Peace,Prosperity and Planet in Africa. ALLEMAGNE Jürgen Hüfner,Maren Fritsche ,Mr et Mme Zimmermann ,Bernard Bucker,Greenpeace forêt. AUSTRALIE Wilderness Society,Amanda Sully,Geoff Law,Peter Sims,Wolfgang et Wendy Klein,Phil Kenyon,Garry Harding,Jill Kellow,Volker Depner,Northeilassa,Pate Lowe,Keith Hunt. BELGIQUE

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Benjamin Stassen,prince Olivier de Croÿ. CANADA Christina Craton & Tim Schwab,Cécile Helten et ses enfants,Western Canada Wilderness Committee, M. et Mme Al Carder,Doug Larson,Martin Silverstone. CHILI Carlos Guillero Hakanson,M. Nelson Garcia,M. Martin Coudeu,Hector Mauricio Lobos,Peugeot Chile. CHINE Friends of the Earth (Eric Walker – John C.K. Chan),Chinese Academy of Science,Lai Wen Yan (Sara),Wat Chi-Chuen (Jardin botanique de Hong Kong),Vicky Gao Yan,Bertrand Cerru,Sun Weibang,Kunming Botanical Garden,Geraint Chen, James et Julie Wong (HK), Prof. Pei Sheng Ji (département d’ethnobotanique de Kunming), Warren Wu et Crystal Li,Sunnyside-Up Café de Kunming,Zhang Yan Li,Li Hong Yen,Lixumei,Chen Peng (n° 40) Kunming News, Caiqing Yu,Dash Zhang,Prof.Quin,Jin Chunlei (Ambassade de Chine en France). ETATS-UNIS M. Dick Christiansen,Suzanne Spinks,David L. Johnson,June Julian,M. John Hansel et Yvonne Spalthoff de Elm Research Institute,M. et Mme David Lewin,Bart Bouricious,M. et Mme Phili pp Berolzheimer,Dennis Holmberg, Rob Van Pelt,Steve Sellett,Michael Taylor,EPIC,Paul Watson,Cynthia Elkins,Julia Butterfly,Trees Foundation,Guy et Bonnie Chetelat,Michael Oxman,Michel Garnier,Torrey Young,Hilary,Katherine,Ashton et Gary Kimber,David Trydhal,White Mountains Research Station,Ernie Marino,Peter Cowles,Illan Shamir,Gary Braasch,Peter May,Dennis et Cynthia Wiancko. FRANCE : Geneviève Hutin,Rémi Hutin,Mme Diane Schlumberger,Pauline Lartigue,Michel Develay,François Rychlewski,Bruno Baudry,Bernard Tramier,André Lamy,Jean Pierre Turbil,Pierre Peugeot,Phili ppe Hérissé,Phili ppe Lallier,Cyrille Albert,Serge Antoine,Victor Clapier,M. et Mme Hardy,Mme Gladys Clarke,Bernard Boisson,Eric et Tina,Cédric Pollet,Aurélien Liutkus,M. Edmond Berard,Laëticia Houdebine,Laurence Gaud,les Arbronautes,les Accrobranchés, Isabelle Vergne, le Comité 21, Florent Martin, Jean Louis Alaux, Christine Laurent, M. et Mme Doumic, Jean René Bousquet, William Moore, Richard et Martine, Nadine, Isabelle Cabrol, Henri de Bresson, François Terrasson, Géo Brunel (La Corbinière des Landes),Laurent Laffont,Micheline Jérome,Yves Setton,Bertrand Jacquel,Famille Risler, François Steimer,Pancho,Franck de Rouville. INDE Joël,Françoise et Kalki Kœchlin,Pierre Hubert Touchard et l’Alliance française de Delhi,Mme Guitry de Pondichéry, Elf Atochem de Madras,Sunderlal Bahuguna,mouvement Chi pko,Rankaj et Sameer. JAPON : Jun Nishiwaki,Odile Hoffmann,Mme Gisèle Ono,Buttercups café dont Hiroshi et Mama san,Mia Farnan,Catherine White,Denisa,Maki Fukami,Hitoshi Katagiri,Takeo Ikezawa et sa famille,Aishima Harsuki,Randy Helten et Mike Steppler,Michael Oxman,Murota san,Douglas et Michiko Ogata,Yukiko Takahashi,Nicolas et Corinne Barronnier et leur secrétaire Emiko,Satoko,Jenny Smith,Chie Yoshimune,Noriza Higeta,Shiro Kirihara,Tomomi Matuzaki,Mikiko Shimoyanagi,Nagata Kazuto,Jiro Fukunishi,Asako Murakami,Yasunori Yamauchi,Institut franco-japonais de Kansai de Kyoto,M. Duthion,Kuboshima san,Taiji Ono,Katsami Sato et sa femme,Echiko,Yamazaki Yamairagawa,Motome Suzuki,Hiroyuki Okazaki,Yasuko Suita (direction générale Hanae Mori),Ken Sugiura (BROTHER),Yoshiro Sugiura, Tomoko, Yamaguchi Yasuhiro, Asano Kazuo, Jean-François Simonnet, Kiyoshi Nishida (TBS Vision), Eric Carta,

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Yuzuriha Satoshi,Anzai Naoto,Earthday Tokyo,Nature Citizen Institute de Tokyo,Miyuki Takashima,Sono et Babi. KENYA Joel Navaron et TOTAL Kenya,Guy Erskine et sa famille,Christian Lambrechts,Samuel Mwangi,Nicolas Grannier, East African Wildlife Society,Yasauyuki Morimoto,Marc Langay (WWF),Franklin Juma (TOTAL),Gabriel Muiuki, Emmanuel Juma, Nancy Kaguthi, FUJIFILM Kenya (Pankaj), Toru Seki, Neema Wamai (Nation), Knight Support Investigators,Anthony M. Kariuki (TOTAL),John Gitabi Kimotho,Simon Wahome,M.F.M. Malindi (Ambassade du Kenya en France). MADAGASCAR TOTAL Madagascar, Gilles Gauthier, Fondation Ratsimamanga, Tovo (WWF), Hôtel Beau Rivage de Tulear, Pascal, Bodo et June Boissard (Restaurant Les Piroguiers - Bétania),les habitants de Bétania,les habitants d’Ampanihy. MEXIQUE Alicia et Rojelio Aguero et leur fils. NOUVELLE ZELANDE David Adams, AIR NEW ZEALAND, Derald et Pamela Petherbridge, Barry Daniel, Rob Graham, John Woolford, Alison Kellow,Paul Taylor et sa famille,Glenn Denby,Geoff Park,Café Menton. SENEGAL Wollimata Thia,ENDA Dakar,Jacques Bugnicourt,Moussa Seck. SICILE Oriana Ferlazzo,Leonardo Patti. SUISSE Le Professeur Reto Strasser,Pierre Alain Berret. Je remercie tous les enfants de tous les pays qui m’ont offert leur spontanéité,leur accueil,leurs sourires ; ce fut par instant une leçon d’humilité. Je désire plus que tout que ce livre soit offert à chacun des enfants qui ont été photo-

Un hommage particulier à un grand homme, M. Pierre Peugeot, décédé, et qui ne verra pas mon livre. Nous avons planté ensemble une « graine d'arbre virtuelle » lorsqu'il m'offrit mon billet Tour du Monde. Quinze minutes d'un rendez-vous se sont transformées en cinq années de voyages.

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graphiés lors de mes voyages et qui ont été publiés dans ce livre. Je dédie mon ouvrage à tous ces enfants,qui sont les vrais ambassadeurs de la Nature. « Les enfants de la Planète ont l’avenir de la Planète dans leur cœur et dans leurs mains » . Je remercie particulièrement les enfants des villages suivants : Lamanon (France),Sant’Alfio (Sicile),Maibelle (Belgique),Liernu (Belgique),Santa Maria del Tule (Mexique),Dunkeld (Australie), Kempapura (Inde), Bidonville de South Extention-New Delhi (Inde), Kadiri (Inde), Richivally (Inde), Weelajabad (Inde), Calcutta (Inde), Joshimath (Inde), Asena (Inde), Vallée de Tehri (Inde), Diass (Sénégal), Nigatake (Japon), Atsumi Machi (Japon), Kamou (Japon), Neo village (Japon), Sagole (Afrique du Sud), Bada (Yunnan Chine), Padan (Yunnan Chine),Modaoxi (Hubei Chine). Tous mes remerciements vont aussi à tous les propriétaires des vieux arbres du monde qui m’ont autorisé à les photographier. Sans eux,ce livre n’existerait pas. Enfin et surtout à tous les Arbres Vénérables de la Planète et à tous les jeunes arbres qui,espérons-le,vivront assez longtemps pour devenir vénérables.

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SITES INTERNET

Quelques sites Internet pour aiguiser votre regard,vous apporter beaucoup de connaissances et vous permettre de faire le tour du monde sans bouger de votre chaise :

http://www.rhoenline.de/jerome : Site officiel de Jérôme Hutin (francais / anglais / allemand). http://perso.compaqnet.fr/mycena : Site officiel de Jérôme Hutin. http://www.baumveteranen.de : Site de Jürgen Hüfner (anglais / allemand). http://www.juergen-huefner.de : Site de Jürgen Hüfner (anglais / allemand). http://www.mysterywood.de : Site de Jürgen Hüfner (francais / anglais / allemand). http://www.nyu.edu/projects/julian : Site de June Julian,Amoureuse des arbres. (anglais). http://www.treeclimbing.com : Pour les arboristes et grimpeurs d’arbres (anglais). http://www.treeclimbingjapan.com : Pour les arboristes et grimpeurs d’arbres (anglais). http://www.worldtrees.com : Arbres vénérables du monde (francais / anglais / allemand). http://www.envirotoday.com : Site environnement canadien (anglais). http://www.wilderness.org.au : Site Wilderness Society Australie (anglais). http://www.wilderness.org.au/tasmania : Site Wilderness Society Tasmanie (anglais). http://www.wildernesscommittee.org : Site Western Canada Wilderness Committee (anglais). http://www.forelms.org : Elm Research Institute (anglais). http://www.americanforests.org : American Forests Washington D.C. (anglais). http://www.unesco.org : UNESCO. http://www.circleoflifefoundation.org : Site de Julia Butterfly (anglais). http://www.earthday.org : Earth Day (anglais). http://www.ensnews.com : Nouvelles sur l’environnement (anglais). http://www.planetark.org : Nouvelles REUTER sur l’environnement (anglais). http://www.realgarden.fr : Tout sur les jardins. http://www.conifers.org : Tout sur les conifères (anglais). http://www.kyoboku.com : Site sur les arbres japonais. http://www.angelfire.com/hi4/trees : Peintures d’arbres de John Fitzgerald. http://www.wildcalifornia.org : Site EPIC (Environment Protection Information Center). http://www.treesfoundation.org : ONG trees Foundation. http://www.envirolink.org : Start Up sur l’environnement. http://www.treeclimbingworld.com : Pour les arboristes et grimpeurs d’arbres (anglais). http://www.nantou.com.tw : Arbres de Taiwan (Taiwanais).

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http://web.utk.edu/~grissino/ : Site de dendrologie de l’Universite d’Arizona,Prof. Grissino. http://www.uoguelph.ca/botany/cerg/index.html : Site de dendrologie du Prof. Doug Larson. http://www.juno.dti.ne.jp/~uto/index.html : (Site japonais). http://www.kampo.co.jp/kyoto-journal/ : Kyoto Journal. http://www.cyber-arobas.com : Cyber Café “Arobas”,Nice. http://www.foejapan.org : Friends of the Earth–Japon (Amis de la Terre). http://www.foe.hk.org : Friends of the earth-Hong Kong. http://www.earthday-tokyo.org : Earth Day Tokyo (Jour de la Terre). http://www.californiaoaks.org : California Oak Foundation. http://www.trees.co.za : Food and trees for Africa. http://www.bisca.net/legende.htm : Ville de Biscarosse. http://www.gondwanaalive.org : Gondwana Alive Society. http://www.planetecologie.org : Planete Ecologie–Adome. http://www.artsnature.asso.fr : Site de Cédric Pollet. http://www.nbi.ac.za : National Botanical Garden of South Africa. http://www.championtreeproject.org : Terry Mock et les arbres champions americains. http://www.championtrees.org : Site sur les vieux arbres américains et du monde.

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BIBLIOGR APHIE Quelques livres sur les vieux arbres:

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Arbre, histoire naturelle et symbolique de l'arbre, du bois et du fruit au Moyen Age. (l’) : Les Cahiers du Léopard d'Or, 8 rue du Couëdic, 75014, Paris, 1993. ISBN 2-86-377-112-4

BOURDU Robert & VIARD Michel : Arbres souverains, Editions Du May, 1998.

BOURDU Robert et FETERMAN Georges : Arbres de mémoire, Actes Sud, 1998. ISBN 2-7427-0771-9

BOYER Marie France : Le langage des arbres, Paris, Thames & Hudson Ltd, 1996. ISBN 2-87811-110-9.

BROSSE Jacques : Les arbres de France, histoires et légendes, librairie Plon, 1987, Christian de Bartillat Editeur, 1990. ISBN 2-905563-21-4.

COSSETTA Gianpaolo Giorgio : Les plus beaux arbres centenaires genevois, Genève, Editions Slatkine, 1987. ISBN 205-100856-6. DEN HARTOGH Nicky & SMIT Daan : Arbres, PML Editions, 1995. ISBN 2-87628-982-2.

LEE ROSE Deborah & SÄFLUND Birgitta : Le Peuple qui aimait les arbres, un conte écologique populaire du Rajasthan, Edition française Françoise Def landre, 1992. ISBN 2-84083-004-3.

LESOURD Félicien & LE GR AVEREND Eugène. Révisé par Daniel Lejeune : Les plus gros arbres de France, Editions du Cercle généalogique du Haut Berry Floriades - S.H.C Mairie de Bourges - Service Jardins & espaces verts. ISBN 2905445-17-3.

OBERLINKELS Christine et GUIOT Daniel : Le Silence des sèves, Noir sur Blanc, 3 Descente en Barrat, 34000 Montpellier, 1996. ISBN 2-9510389-0-9.

PAKENHAM Thomas : Rencontres avec des arbres remarquables, Editions J.-C. Lattès,1996. ISBN 2-7096 1818-4.

PETIT Robert : Les Arbres de la Liberté à Poitiers et dans la Vienne, CLEF, 1989 - Fédération des Oeuvres Laïques de Poitiers, 18 rue de la Brouette du Vinaigrier, 86000, Poitiers. ISBN 2-905061-20-0. Route vers les arbres millénaires (la)

Route vers les arbres les plus larges (la)

Route vers les arbres les plus hauts (la) : Fondation Colas EDS Editeur, 49 rue Galilée, 75116 Paris, 1995. ISBN 2-86411-088-1 ; 2-86411-090-3 ; 2-86411-098-X.

SEBILLOT Paul : La Flore, folklore de France, Editions IMAG, 1985. ISBN 2-902702-24-8.

VETVICKA Vaclav : Arbres et arbustes, Gründ & Aventinum, 1984. ISBN 2-7000-1517-7.

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Livre mexicain : JIMÉNEZ Victor : El arbol de el Tule and la historia, Mexico, Editions Codex. ISBN 968-6366-01-6.

Livres américains et canadiens : ANDREWS Ralph W. : Timber! Toil and trouble in the big woods, USA, Editions Bonanza Books Crown Publishers. ISBN 0-517-169843 Ø. BUTTERFLY HILL Julia : One makes the Difference. Inspiring actions that change our world, USA, Harper Collins Publishers. ISBN 0—09—251756-2. BUTTERFLY HILL Julia : The legacy of Luna : The story of a tree, a woman, and the struggle to save the redwoods, USA (San Francisco), Harper Collins Publishers. ISBN 0—06—251658—2. CARDER Al : Forest giants of the world, past and present, Canada, Editions Fitzhenry & Whiteside, 1990. ISBN 1-55041-090-3 Ø. DONAHUE Mike & DORSEY Susan : The Grandpa Tree, USA, Editions Roberts Rinehart, Inc, 1988. ISBN 0-911797-42-4. DRENGSON Alan Rike & MAC DONALD TAYLOR Duncan : Ecoforestry, the art and science of sustainable forest use, Canada, New Societ y Publisher, 1997. ISBN 0-86571-365-0. FLINT Wendell D. : To find the biggest tree (Sequoiadendron giganteum), USA, Sequoia National History Association, Inc, 1987. HARLOW William M. & HARR AR Ellwood S. : Textbook of Dendrology Covering the important forest trees of the United States and Canada, Mc Graw Hill Book Company, American Forestry Series, 1937-1941-1950. JOHNSTON Hank : They felled the redwoods, USA, Stauffer Publishing, 1996. ISBN 87046-003-X. KEATOR Glen & BAZELL Susann : The life of an Oak, an intimate portrait, Copublications avec Berkekey (USA), Heyday Books & California Oak Foundation, 1998. ISBN 0-930588-98-3. LITTLE Charles E. : The Dying of the Trees, the pandemic in America's forests, England, Editions Viking Penguin Books Ltd, 1995. ISBN 0-670-84135-8. MENNINGER Edwin A. : Fantastic Trees, USA, Editions Timber Press. ISBN 0-88192-324-9. (Disponible Maison Rustique, rue Jacob, Paris) MORTON Andrew : Tree Heritage of Britain and Irland, England, Airlife Publishing Limited, 1998. ISBN 1-85310 559 7. PAVLIK Bruce M., MUICK Pamela C., JOHNSON Sharon D., POPPER Marjorie : Oaks of California, USA, Cachuma Press, Inc 1991. ISBN 0-9628505-1-9. ROCHESTER Junius : Little St Simons island on the coast of Georgia, Little St Simons Press, 1994. ISBN 0-913720-90-9. SHAMIR Ilan : Poet Tree, the Wilderness I am. USA, Editions Better World Press, 1999. ISBN 1-030175-00-0. ST.BARBE BAKER Richard : My life my trees, Scotland, Findhorn Publications, 1970. ISBN 0-905-249-40-2. STOLTMANN Randy : Hiking the Ancient Forest of British Columbia and Washington, Canada, Editions Lone Pine Publishing, 1996. ISBN 1-55105-045-5. The people who hugged the trees, USA, Roberts Rinehart Publisher. The simple act of planting a tree, Healing your neighborhood, your cit y, and your world, Tree People with Andy and Katie Lipkis, USA (Los Angeles), Editions Jeremy P.Tarcher inc 1990. ISBN 0-87477-602-3.

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The working Forest of British Columbia, Canada, I.K.> Barber Harbourg Publishing. ISBN 1-55017-116-X. VAN PELT Robert : Champion Trees of Washington State, USA,Universit y of Washington Press, 1996. ISBN 0 295 97563 6. Western Forests : National Audubon Societ y Nature Guides, USA, Publications Alfred A.Knopf,Inc. ISBN 0-394-73127-1. WOODBRIDGE METCALF : Native Trees of the San Francisco bay region, USA, The Regents of the Universit y of California. California Natural History Guides, 1959.

Livres australiens: FUHRER Bruce & ROBINSON Richard : Rainforest Fungi of Tasmania and South East Australia. ISBN 0 643 05311 5. LOWE Pat : The Boab Tree, Editions Thomas C. Lothian Pt y Ltd, 1998. ISBN 085091 912 6. NAUGHTON Peter : Forest trees of Tasmania, Editions Forest Resources, Longreach, Tasmanie. Boral Timber. WIGHTMAN Glenn & MILTON Andrews : Bush Tucker Identikit, Common native food plants of Australia's top end, Conservation Commission of NorthernTerritory, Darwin, Australia. ISBN 0-7245-1927-0.

Livres de Nouvelle ZĂŠlande: ADAMS J.G.Erne : Kauri, a King among Kings, Editions Wilson & Horton Group,1986. ISBN 0-86864-080-8. BERCUSSON Linda : Pohutukawa, tree of Aotearoa, Editions Tandem Press, 1998. ISBN 1-877178-35-7. COCKAYNE L. : New Zealand Plants and their Story, Editions E.J. Godley R.E. Owen, Government Printer Wellington, 1967. ISBN 32682-67A. DAWSON John & LUCAS Rob : New Zealand Coast & Mountain Plants, Editions Victoria Universit y Press, 1996. ISBN 0-86473-310-0. HALKETT John & SALE REED E.V. : The world of the kauri, Methuen Publishers Ltd. ISBN 0 474 001 431 (disponible seulement en occasion). HAWES Martin : Money grows on trees, a decision tree to make investment easy, Nahanni Publishing Limited, 1999. ISBN 0-9583506-5-5. PARK Geoff : NG-A--- Uruora, The groves of life, ecology & history in a New Zealand Landscape, Victoria Universit y of Wellington, 1995. ISBN 0-86473-291-0.

Livres indiens: GANDHI Maneka : Brahmas Hair, on the mythology of Indian Plant, New Delhi, Editions Rupa & Co, 1989. ISBN 81 7167 005 9. SAHNI K. C. Bombay Natural History Societ y : The book of Indian Trees, Editions Oxford Universit y Press, 1998. ISBN 0 19 564589 8. SINGH Chatar, WATTAS Rajnish, SINGH DHILLON Harjit : Trees of Chandigarh, Department of Environment,

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Chandigarh Administration, Editions B.R.Publishing Corporation, Ltd, 1998. ISBN 81-7018-976-4. Livres de Singapour: Bukit Timah Nature Reserve, Guide, Singapore Science Center, 1985. ISBN 9971-88-060-1. The threatened Plants of Singapore, Guide, Singapore Science Center, 1995.ISBN 9971-88-455-0. The wayside Trees of Singapore, Guide, Singapore Science Center, 1989. ISBN 981-00-0904-6. Livres japonais : KAHEI Nagase : Photo Mandala. Livre des vieux arbres du Japon, 1987. ISBN 4-333-01271-6. YOSHIDA Shigeru, NICOL C.W., MIYAZAKI H., NISHIOKA T. : Culture books 91, allons voir les gros arbres, 1994. ISBN 4-06-198095-5. Livres anglais: COOK Roger : The Tree of Life, Image for the Cosmos, Londres, Thames & Hudson, 1974. ISBN 0-500-81007-9 PAKENHAM Thomas : Meetings with remarquable Trees, Londres, Editions Georges Weidenfeld & Nicolson Ltd, 1996. PAKENHAM Thomas : Remarkable Trees of the World, Georges Weidenfeld & Nicolson Ltd. ISBN 0-297-84300-1. VICAT Rex : The artistic Anatomy of Trees, their Structure & Treatment in Painting, New York, Cole Dover Publications, 1915. ISBN 0-486-21475-3. Livres d’Afrique: CALAME-GRIAULE Geneviève : Le Thème de l’arbre dans les contes africains (tomes I & II), Société pour l’étude des langues africaines, avec le concours du CNRS et du CEDEV de l’université de Liège, 1969—1970. ESTERHUYSE Neels, BREITENBACH Jutta von, SÖHNGE Hermien : Remarkable Trees of South Africa, Pretoria, Editions Briza. ISBN 1 87509328 1. HAHN Norbert : Tree List of the Soutpansberg, Publié par le Western Soutpansberg Conservation Working Group. Fantique Publishers. ISBN: 0-620-18357-8. The f lowering Plants of Africa. Vol 50, Part 1, June 1988 : Botanical Research Institute - Department of Agriculture and Water Supply, République d’Afrique du Sud. ISSN 0015-4504. VAN DER MERWE Izak : The Knysna and Tsitsikamma Forest, DWAF (Department of Water Affairs and Forestry). ISBN 0-621-28846-2. VAN WYK Ben-Erik, GERICKE Nigel : People’s Plants. A guide of useful Plants of South Africa, Pretoria, Editions Briza. ISBN 1-875093-19-2. VAN WYK Braam, VAN WYK Piet, VAN WYK Ben-Erik : Photographic Guide to Trees of South Africa, Pretoria, Editions Briza. ISBN 1-875093-24-9. VAN WYK Piet : Southern African Trees, Cape Town, Struik Publishers Ltd, 1993. ISBN 1-86825-307-4

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TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION ...................................................................................................................................... 11 FRANCE ET ALENTOURS ...................................................................................................................... 15 France .............................................................................................................................................. 16 L’Orme de Salignac (Ulmus campestris). Dordogne. 16 Biscarosse,l’Orme qui se souvient (Ulmus campestris). Landes. 20 Le Chêne de Montravail. Charente-Maritime. 22 Le Chêne d’Allouville-Bellefosse.Seine-Maritime. 25 Les Ifs (Taxus baccata) de la Haye-de-Routot. Eure. 26 L’Olivier (Olea oleaster) de Roquebrune-Cap-Martin. Alpes-Maritimes. 28 L’Olivier (Olea oleaster) de Beausoleil. Alpes Maritimes. 30 Le Chêne vert (Quercus ilex) du parc des Courmettes. Alpes-Maritimes. 32 Le Chêne blanc (Quercus ilex) du Baou de la Gaude.Var. 32 Le Chêne (Quercus alba) de Pascaline. Alpes Maritimes. 34 Le Platane (Platanus orientalis) de Lamanon. Bouches-du-Rhône. 35 Le Tilleul de Féternes. Haute Savoie. 36 Les Faux (Fagus sylvatica tortuosa) de Verzy. Marne. 36

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Le Châtaignier (Castanea sativa) du Brûlis à Neuillé. Indre-et-Loire. 38 Le Châtaignier (Castanea sativa) de Mouliherne. Maine et Loire. 41 Sicile ............................................................................................................................................... 41 Le Châtaignier (Castanea sativa) des Cent chevaux,Sant’Alfio. 41 Le Châtaignier (Castanea sativa) du Navire,Sant’Alfio. 42 Le Chêne vert (Quercus ilex) de Milo. 46

Suisse et Belgique ........................................................................................................................... 47 Le Le Le Le Le

Chêne (Quercus robur) des Bosses,Châtillon. Suisse. 47 Chêne (Quercus robur) de Liernu. Belgique. 47 Tilleul (Tilia platyphyllos) de Saint-Gérard. Belgique. 47 Tilleul (Tilia platyphyllos) de Maibelle,province de Namur. Belgique. 48 Charme (Carpinus betulus) du prince de Croÿ. Belgique. 50

Allemagne ....................................................................................................................................... 51 Le Chêne (Quercus robur) de Ludwig,Bad Brückenau,Rhön. 51 Le Chêne millénaire de Reith. Rhön. 51 L’Orme de Putzar. Mecklembourg. 51 Le Hêtre de Krakow. Mecklembourg. 52 Le Tilleul de Polchow. Mecklembourg. 53 Le Pommier sauvage de Stubbendorf,Mecklembourg. 54

LES AMÉRIQUES ...................................................................................................................................... 59 Etats-Unis et Canada ...................................................................................................................... 60 Les Cèdres blancs (Thuja occidentalis) de l’Est. 62 Les vieux Ormes américains (Ulmus americana). 63 L’Orme Herbie (Ulmus americana),Yarmouth. Maine. 63 L’Orme (Ulmus americana) de Warren Kiney. 63

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L’Orme (Ulmus americana) d’Amherst. Massachusetts. 63 Le New Jersey et ses chênes vénérables : le Chêne de Warren Kiney (Quercus alba), 64 le Chêne (Quercus alba) de Basking Ridge, 64 le Chêne (Quercus alba) du Brooklake Country Club, 64 le Chêne (Quercus alba) de Keller, 64 le Chêne (Quercus alba) de Mount Laurel. 64 Little Simon's Island : le vieux Chêne de vie (Quercus virginiana). 66 Les vieux chênes de vie : le Chêne (Quercus virginiana) de Charleston, 66 le Chêne (Quercus virginiana) de Middleton Place, 66 le Chêne (Quercus virginiana) de Mandeville. 68 Les Cyprès chauves (Taxodium distichum) de Louisiane. 70 L’île de Vancouver et ses forêts pluviales. 71 Carmanah Valley et Cheewhat Lake, le rêve de tous les planteurs d’arbres. Colombie britannique. 72 Clayoquot Sound,un archi pel très peu protégé Colombie britannique : Hanging Garden Cedar,Big Mother,Cèdre rouge(Thuja plicata). 74 Le Stoltmann Wilderness,Colombie britannique : l’Elaho Giant (Pseudotsuga menziesii). 75 Le Thuja plicata de Quinault Lake. Etat de Washington. 76 La région de Portland,Oregon : Noyer de Sauvie Island,Epinette de Sitka, the Klootchy Creek. 78 La Californie et ses arbres vénérables : Julia Butterfly et Luna, le Del Norte Titan (Sequoia sempervirens),l’Erable à grandes feuilles, l’Arbousier de Madrone,le Laurier de Salmon Creek. 78-84 Les Sequoias sempervirens du nord de la Californie,le Humbolt National Park, le Sequoia Sherman,le General Grant,le Grizzly. 84 Les Pins de Bristlecone (Pinus longaeva) dans les White Mountains de Californie. 89 Le Genévrier de Bennett,à Sonora. Californie. 91 Mexique et Chili.............................................................................................................................. 93 Arbor del Tule,l’arbre légende du Mexique. 93 Les forêts pluviales du Chili : Alerce Costero,Alerce Andino. 95 Les souches de Puerto Montt. 98 TASMANIE,AUSTRALIE ET NOUVELLE-ZÉLANDE .......................................................................

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103 Tasmanie et Australie.................................................................................................................... 104 Styx Valley et les Eucalyptus regnans. 104 Geeveston. 107 Cradle Mountains. 108 Les Mycena interrupta. 110 Les Pins Huons de Tasmanie. 111 Retour sur le continent : L’Eucalyptus de Dunkeld. 114 L’Eucalyptus pauciflora de Baw-Baw. 118 La déforestation dans l’Ouest australien. 118 Les Baobabs de Kimberley. 120 Les Paper Bark (Melaleuca quinquenervia). 127 La Nouvelle-Zélande .................................................................................................................... 130 Les Pohutukawas (Metrosideros excelsa) : Mayor Island,le Waha o Rerekohu tree. 130 Le Kauri (Agathis australis) : Tane Mahuta,Te Matua Ngahere. 133 D’autres espèces de l’île Nord : le Puriri (Vitex lucens), le Totara Pouakani (Podocarpus totara), les Kahikateas (Dacrycarpus dacrydioides), le Rata (Metrosideros robusta). 136 Tongariro National Park : les Hêtres rouges (Nothofagus fusca). 140 Le Kahikatea de Wellington. 142

LE CONTINENT ASIATIQUE ............................................................................................................... 145 L’Inde ............................................................................................................................................. 146 Les Banians (Ficus benghalensis) de Kingiri et de Kadiri. 147 Les Ficus (Ficus religiosa) de Kempapura. 148 Le Ficus (Ficus religiosa) de Richivally et celui de Tindivanam. 148 Le Banyan de Calcutta. 150 Le Manguier (Mangifera indica) de Kancheepuram. 150

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Les arbres fossiles d’Ariyalur et de Thiruvakkarai. 152 Sunderlal Bahuguna,les mouvement CHIPKO et le barrage de Baghirathi. 153 Le Mûrier de Joshimath. 155 Le Japon ........................................................................................................................................ 158 Le Ginkgo biloba de Nigatake. 158 Shiia sieboldii du temple Syômô. 158 Le Cyptomeria japonica d’Atsumi machi-Nishitagawa gun. 160 L’Orme Zelkova (Zelkova serrata) d’Higashine. 160 L’île de Yaku-shima,sa forêt pluviale sacrée et les Cryptomeria japonica, le « Jomon sugi » et le « Meteo sugi ». 162 Le Camphrier de Takeo. 168 Le Camphrier « Kungaisho » d’Osaka. 169 Himi. 169 Le Cerisier Usuzumi de Neo village. 169 La Chine ....................................................................................................................................... 172 Les Théiers sauvages (Camellia sinensis) de Bada. 173 Le Metasequoia glyptostroboides de Modaoxi. 175 Le Ginkgo biloba du temple de Dinglin. 179

LE CONTINENT AFRICAIN ................................................................................................................. 183 Le Sénégal ..................................................................................................................................... 186 Le Baobab de Diass. 186 Le Kenya ....................................................................................................................................... 188 Le Camphrier de Castle Forest. 188 Le Ficus natalensis ou « Mugumo »,Rift Valley. 190 Les Podocarpes de Mont Elgon. 190 Le Kigelia africana ou « Arbre à saucisson ». 190

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Les Acacias Xanthophoea. 192 L’Afrique du Sud ........................................................................................................................... 192 Le Baobab de Sagole. 193 Le Baobab de Glencoe Farm. 194 Le Baobab de Duiwelskloof. 195 Le « Wonderboom » (Ficus salicifolia) de Pretoria. 195 Les Podocarpes : Edouard VII,Big Tree,le Podocarpus du Drakensberg nord, ceux de la forêt de Hogsback. 197 Le « Post Office » de Mossel Bay. 198

Madagascar .................................................................................................................................... 200 Le Manguier de Betania. 200 L’Allée des Baobabs (Adansonia grandidieri). 200 Les Baobabs amoureux (Adansonia fony). 203 Le Baobab de Tsarafotra (Adansonia grandidieri). 203 Le Baobab de Mahabo (Adansonia grandidieri). 204 Le Tamarinier de Lovobé. 204 Le Baobab d’Ampanihy (Adansonia za). 206 Le Ficus de Miary. 207 Le Ficus d’Ambohimanga. 208

CONCLUSION .................................................................................................................................... 211 REMERCIEMENTS .............................................................................................................................. 213 SITES INTERNET ................................................................................................................................ 219 BIBLIOGRAPHIE ................................................................................................................................ 221 TABLE DES MATIÈRES ...................................................................................................................... 227

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Dépôt légal

Avec la collaboration de Micheline Jérome


AchevĂŠ d'imprimer


Les Arbres Vénérables  

Jérôme Hutin a voyagé dans une quarantaine de pays pour photographier les arbres vénérables. Il a lancé un appel pour demander le classement...

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