Après la révolution - N°1 - Santé publique / After the Revolution - N.1 - Public Health

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APRÈS LA RÉVOLUTION JOURNAL D’APPLICATION DE LA PENSÉE ARCHITECTURALE À D’AUTRES OBJETS QUE LA PRODUCTION DE BÂTI NUMÉRO 1 – LES INFRASTRUCTURES DE LA SANTÉ PUBLIQUE – DÉCEMBRE 2019 – 30 EUROS

SANTÉ PUBLIQUE ÉDITO

LUPUS Adrien Durrmeyer & Amélie Tripoz pour le comité de rédaction Au début des années 70, Ivan Illich constatait une inquiétante évolution quant aux objectifs de la pratique médicale ; cette dernière s’employait désormais à soigner des maladies qu’elle avait ellemême participé à créer. Il écrit : « Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il est devenu patent que la médecine moderne a de dangereux effets secondaires. Mais il a fallu du temps aux médecins pour identifier la nouvelle menace représentée par les microbes rendus résistants à la chimiothérapie, et reconnaître un nouveau genre d’épidémie dans les désordres génétiques dus à l’emploi des rayons X pendant la grossesse. Trente ans plus tôt, Bernard Shaw se plaignait déjà : les médecins cessent de guérir, disait-il, pour prendre en main la vie de leurs patients. Il a fallu attendre les années cinquante pour que cette remarque prenne forme d’évidence : en produisant de nouveaux types de maladie, la médecine franchissait un second seuil de mutation. » […] PAGE 12

DOCUMENTS

INTERVENTIONS

Au cours de cette époque révolue, et pourtant récente, que nous appelons aujourd’hui fordisme, l’industrie de l’automobile synthétise et définit un mode spécifique de production et de consommation, une temporalisation tayloriste de la vie, esthétique polychrome et lisse de l’objet inanimé, une façon de penser l’espace intérieur et d’habiter la ville, un agencement conflictuel du corps et de la machine, un flux discontinu de désir et de résistance. Dans les années qui suivent la crise énergétique et le déclin des chaînes de montage, on cherchera à identifier les nouveaux secteurs porteurs de transformations de l’économie globale. On parlera ainsi des industries biochimiques, électroniques, informatiques, ou de la communication, comme de nouveaux supports industriels du capitalisme… Mais ces discours ne suffiront pas à expliquer la production de valeur ajoutée et la mutation de la vie dans la société actuelle. Il est pourtant possible d’esquisser une nouvelle chronologie des transformations de la production industrielle du siècle dernier, en prenant pour axe la gestion politique et technique du corps, du sexe et de l’identité. En d’autres termes, il est philosophiquement pertinent d’entreprendre aujourd’hui une analyse sexopolitique de l’économie mondiale.[…] PAGE 22

L’Union européenne, pour ne parler que d’elle, est en guerre contre les personnes migrantes. Elle dispose d’une véritable armada et a fortement militarisé ses frontières pour lutter contre cette population hétérogène : FRONTEX son bras armé, doté d’un budget de 320 millions d’euros en 2018, une externalisation des frontières au Tchad et au Niger, l’équipement des gardes côtes libyens, des frontières terrestres bunkérisées comme à Mellila, etc. Cette guerre compte de nombreuses victimes. […] PAGE 90

BIOPOLITIQUE À L’ÈRE DU CAPITALISME PHARMACOPORNOGRAPHIQUE Paul B. Preciado

SINDIANE, UN PROGRAMME D’AUTO-SUPPORT ET D’EMPOWERMENT DES EXILÉ·E·S Olga Loris

EPISTÉMOLOGIE

COMMENT NOUS SOMMES ARRIVÉS AU NID DE PIE ET CE QUE NOUS OBSERVONS DE LÀ-HAUT. Sup Galeano Lors de la réunion, on observait la poutre centrale de la chaumière. Peut-être en imaginant qu’elle garderait toute sa stabilité et qu’elle resterait entière ; peutêtre en pensant : « Et si c’était pas le cas ? » Il serait, alors, plus judicieux de se rapprocher de la porte, prêts à sortir. « Si la poutre grince, c’est peut-être qu’elle va se briser », avait dit celui qui avait la parole à ce moment-là. Plus tôt, il nous avait conduits à imaginer :

« Figurez-vous que le système est comme cette construction. Elle est faite pour qu’on y vive. Mais, sur le toit, a été construite une pièce très grande et très lourde où des hommes et des femmes fêtent leur richesse. » Il n’avait pas besoin de le dire, mais il a quand même mis en garde contre le poids qui était trop important pour la poutre centrale. La maison n’avait pas été conçue pour supporter tant de choses en haut, et cet étage, où toutes et tous se disputaient la chaise principale, était lourd, très lourd, trop lourd. De fait, on s’imaginait bien que la poutre allait protester. […] PAGE 116

PÉDAGOGIE

RECONQUÉRIR LE POUVOIR SUR NOS CORPS Lea Clémaron, Isadora Lamaudière, Clement Grosjean Dans le présent travail nous avons essayé de comprendre les valeurs qui fondent éthiquement la médecine et la pratique des médecins. Fil rouge de ce travail, nous avons retenu un extrait du serment d’Hippocrate à partir duquel nous avons construit notre propos : « Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion […]. Je passerai ma vie et j’exercerai mon art dans l’innocence et la pureté. » (Hippocrate, Serment d’Hippocrate, IVe siècle av. J.-C.). Ce travail est basé sur

l’étude de 4 ouvrages écrits issus de contextes et de périodes historiques différentes. Ces livres nous ont permis de couvrir un large spectre des problématiques liées à l’éthique en médecine. […] PAGE 130

CRITIQUE

LA GRANDE SANTÉ VS LA SANTÉ ÉTERNELLE Pierre Caye I. Avec les biotechnologies qui sous-tendent le projet post-humain se joue la constitution d’une nouvelle synthèse anthropologique, la synthèse de l’humain, de l’animal et de la machine. Dans le terme même de bio/technologie, on voit bien que l’homme est pris entre le bios, le grand fleuve de la vie selon la formule de Konrad Lorenz, et la technique, comme si son humanité consistait essentiellement à gérer la relation et la médiation entre la vie et la technique, à être un simple opérateur d’intensification de la vie par la technique et d’immersion de la technique dans le fleuve de la vie. La thèse que je défends ici est très simple : le transhumain, le post-humain, cette volonté à la fois d’intensifier nos facultés par les moyens de la biologie et de la technique, et par cette intensification, de prétendre à une santé éternelle, est de l’ordre du refoulement, d’un déni, du déni de notre sentiment d’impuissance à l’égard de l’extériorité, déni paranoïaque qui engendre nécessairement une extrême violence, l’ultime violence contre nous-même. […] PAGE 156



APRÈS LA RÉVOLUTION JOURNAL FOR THE APPLICATION OF ARCHITECTURAL THINKING TO OTHER OBJECTS THAN THE PRODUCTION OF BUILDINGS – ISSUE #1 – PUBLIC HEALTH INFRASTRUCTURES – DECEMBER, 2019 – 30 EUROS

PUBLIC HEALTH EDITORIAL

LUPUS Adrien Durrmeyer & Amélie Tripoz on behalf of the editorial comittee In the early 1970s, Ivan Illich noted a worrying shift in the objectives of medical practice, which was now working to treat diseases that it had itself helped to create. He writes: “In the aftermath of the Second World War, it became clear that modern medicine had dangerous side effects. But it took doctors time to identify the new threat posed by microbes made resistant to chemotherapy, and to recognize a new kind of epidemic in genetic disorders due to the use of x-rays during pregnancy. Thirty years earlier, Bernard Shaw was already complaining: doctors stop healing, he said, to take control of their patients’ lives. It was not until the 1950s that this remark became obvious: by producing new types of diseases, medicine crossed a second threshold of mutation.” According to Illich, the consequences of this transformation are twofold. […] He underlines the inexorable extension of the field of intervention of medicine; the latter having become responsible for the evolution of biology […] PAGE 14

DOCUMENTS

INTERVENTIONS

During this past, and yet recent, era that we now call Fordism, the automobile industry synthesized and defined a specific mode of production and consumption, a Taylorist temporalization of life, a polychrome and smooth aesthetic of the inanimate object, a way of thinking about the inner space and living in the city, a conflictive arrangement of the body and the machine, a discontinuous flow of desire and resistance. During the years following the energy crisis and the decline of assembly lines, efforts will be made to identify new sectors that would bring transformations in the global economy. We will thus speak about biochemical, electronic, computer or communication industries as new industrial supports of capitalism… But these discourses will not be enough to explain the production of added value and the mutation of life in today’s society. However, it is possible to sketch a new chronology regarding the transformations of industrial production in the last century, focusing on the political and technical management of the body, gender and identity. In other words, it is philosophically relevant to undertake a “genderpolitical” analysis of the global economy today. From an economic perspective, the transition to a third form of capitalism […] PAGE 26

The European Union, to speak only of the EU, is at war with migrant people. It has a real armada and has strongly militarised its borders to fight this heterogeneous population: FRONTEX, its weaponized arm, whose budget was 320 million euros in 2018, an outsourcing of borders to Chad and Niger, the equipment of the Libyan coast guard, bunkered land borders like in Mellila, etc. This war has many victims. In addition to the thousands of deaths in the Mediterranean, there are also deaths in the Niger desert and on the Balkan route. […] PAGE 92

BIOPOLITICS IN THE ERA OF PHARMACOPORNOGRAPHIC CAPITALISM Paul B. Preciado

SINDIANE. A SELF-SUPPORT AND EMPOWERMENT PROGRAM FOR EXILED PEOPLE Olga Loris

EPISTEMOLOGY

ON HOW WE ARRIVED AT THE WATCHTOWER AND WHAT WE SAW FROM THERE Sup Galeano

Those of us in the meeting were staring up at the central beam of the shelter. Perhaps we were appreciating the fact that the beam was still up there, sturdy and in one piece; or perhaps we were thinking “maybe it’s not”, and so maybe it’s better to take a seat closer to the door, on the ready to make an exit. “If the beam creaks, that means that it might break”, the person who had the floor at

the moment had said. Earlier, that person had asked us to use our imagination: “Imagine that the system is like this shelter. It is meant to be lived in. But a large and heavy room has been built on the roof of the house, and inside of that room men and women celebrate their wealth.” It didn’t need to be said, but the person speaking warned us anyway that the weight was too much for the central beam. The house wasn’t built to support a lot of things on top of it, and the stage where all of those men and women fought each other over the throne was heavy, very heavy, too heavy. So it was to be expected that the beam would groan in protest. […] PAGE 118

PEDAGOGY

REGAIN THE POWER OF OUR BODIES Lea Clémaron, Isadora Lamaudière, Clement Grosjean We tried to define the values of medicine and doctors. Indeed, we chose an extract of the Hippocratic oath. It is from this quote and definition that we support our words. “I will guide the diet of sick people to their advantage, according to my strength and my judgement, and I will abstain from all evil and all injustice. I will never give to anyone poison, if you ask me, nor take the initiative of such a suggestion […] I will spend my life and exercise my art in innocence and purity.” (Hippocrate, Serment d’Hippocrate, IVe century B.C.). We have been exposed to 4 books written in four different context and time. They cover a

large spectrum of our problematic. The first book is The old medicine by Hippocrate. He explains the importance of diet to have a good balance between substances in our bodies and to be healthy. […] PAGE 135

CRITIQUE

GREAT HEALTH VS ETERNAL HEALTH Pierre Caye I. With the biotechnologies that underlie the post-human project, the constitution of a new anthropological synthesis, the synthesis of the human, the animal and the machine, is at stake. In the very term of bio/technology, we can see that man is caught between the bios, the great river of life according to Konrad Lorenz’s formula, and technology, as if his humanity consisted essentially in managing the relationship and mediation between life and technology, in being a simple operator of intensification of life through technology and immersion of technology in the river of life. The thesis I defend here is very simple: the transhuman, the post-human, this willingness both to intensify our faculties by means of biology and technology, and by this intensification, to claim eternal health, is of the order of repression, denial, denial of our feeling of powerlessness towards the outside, paranoid denial that necessarily generates extreme violence, the ultimate violence against ourselves. Indeed, […] we want to make ourselves the subject of our technical power […] PAGE 158


ADRESSE AUX LECTEUR·RICE·S Voici donc le premier numéro d’Après la révolution ! C’est un début et nous prions les personnes qui liront ces pages de bien vouloir faire preuve d’indulgence à l’égard de ce travail de pensée collective encore naissant. Il faudra un peu de temps à ce journal pour trouver sa forme et comprendre la meilleure manière d’atteindre le but qu’il s’est assigné : participer de la reconstruction d’un monde débarrassé des rapports d’exploitation et d’oppression. Il faudra aussi à son comité de rédaction un peu de temps pour arriver à maîtriser la production d’un tel objet. Nous travaillons notamment à améliorer notre méthode de traduction, leur qualité dans le présent numéro est inégale et dans l’ensemble insuffisante. Composé de 40 contributions, ce numéro 1 voué à la Santé Publique présente une pluralité de points de vue. Les positions prises ne reflètent pas nécessairement le point de vue du comité de rédaction, mais elles sont considérées par ce dernier comme devant être publiées et diffusées. Nous remercions vivement l’Institut Français, le Bureau de la recherche Architecturale et Paysagère, Pierre Caye et le Centre Jean Pepin, le laboratoire Sophiapol, le groupe local stéphanois de Réseau Salariat, Archeworks, le France Chicago Center de l’Université de Chicago, l’Experimental Station, Monk Parakeet et enfin l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Saint-Étienne pour leur soutien à l’organisation des rencontres sur la Santé Publique ayant eu lieu à Saint-Étienne en octobre 2018. Nous les remercions aussi pour leur soutien à la retranscription et à la traduction de certaines des interventions de ces rencontres ici publiées. Nous remercions la Bourse du travail de Saint-Étienne, les Ateliers Morse, la Cinémathèque de Saint-Étienne, l’Amicale Laïque Michelet, L’École Nationale Supérieure de la Sécurité Sociale, Ursa Minor, Le Méliès Saint-François et l’ENSASE pour avoir accueilli ces rencontres et pour leur soutien dans leur organisation. Nous remercions Guillaume Désanges et Workmethod, Paraguay Press, l’agence d’architecture MWAH pour leurs bienveillance et leurs retours critiques sur ce projet de journal. Nous remercions enfin notre éditeur Riot Éditions pour nous accompagner et nous soutenir dans ce projet. Avec l’espoir que la lecture de ces pages participera d’une libération des esprits face aux structures de domination et de répression. Avec l’espoir enfin que ce journal sera une aide à la pensée d’autres architectures du monde. Manuel Bello-Marcano et Xavier Wrona pour le comité de rédaction

Editeur

Comité de rédaction

Coordinateur scientifique

Périodicité

Riot Éditions

Manuel Bello-Marcano Lynda Devanneaux Adrien Durrmeyer Anaïs Enjalbert Sara El Alaoui Émilien Épale Paul Guillibert Marianna Kontos Claire Thouvenot Amélie Tripoz Emma Vernet Xavier Wrona

Manuel Bello-Marcano

Après la révolution est une publication bi-annuelle (un numéro thématique et un hors-série)

Directeur de publication Xavier Wrona

4 INTRODUCTION

Graphisme Anaïs Enjalbert

Peintures David Silly

Relecture Comité de rédaction

Adresse postale Association Après la révolution Amicale Laïque Michelet 41 rue des Passementiers 42100 Saint-Étienne

ISSN ISSN 2678-3991

Ce numéro d’Après la révolution a été imprimé avec du matériel RISO sur du papier Soporset Premium Offset 70 gr en 320 exemplaires. Après la révolution est imprimé à Saint-Étienne par l’association Après la révolution. Ce numéro est disponible en commande sur internet à l’adresse suivante : souscription@apreslarevolution.org


NOTE TO THE READER Here goes the first issue of After the Revolution! This is a beginning and, as such, we kindly ask readers to be indulgent towards this still emerging form of collective thinking. It may take us a little time to find the right format, as well as to understand how best to achieve the goal this journal has set for itself: to participate in the construction of a world free from the burdens of exploitation and oppression. It will also take its editorial committee a little time to master the production of such an object. We are working in particular to improve our translation methods, their quality in this issue is uneven and overall insufficient. Composed of 40 contributions, this issue dedicated to Public Health presents a plurality of points of view. The positions expressed do not necessarily reflect the views of the editorial committee, but are considered by the latter as being of importance for publication and dissemination. We would like to thank the Institut Français, the Bureau de la Recherche Architecturale et Paysagère, Pierre Caye and the Centre Jean Pepin, the Sophiapol research laboratory, the Saint-Étienne local group of Réseau Salariat, Archeworks, the France Chicago Center at the University of Chicago, the Experimental Station, Monk Parakeet and finally the SaintÉtienne École Nationale Supérieure d’Architecture for their support in organising the public health meetings which took place in Saint-Étienne in October 2018. We also thank them for their support in transcribing and translating some of the interventions of these meetings that are published here. We would like to thank the Bourse du Travail de Saint-Étienne, the Ateliers Morse, the Cinémathèque de Saint-Étienne, the Amicale Laïque Michelet, the École Nationale Supérieure de la Sécurité Sociale, Ursa Minor, Le Méliès Saint-François and the ENSASE for hosting these meetings and for their support in their organizations. We would like to thank Guillaume Désanges and Workmethod, Paraguay Press, the architectural firm MWAH for their kindness and critical feedback regarding the project of this journal. Finally, we would like to thank our publisher Riot Éditions for their support and assistance in this endeavour. We hope that the reading of these pages will contribute to the liberation of minds from the existing structures of domination and repression. We also hope that this journal will be useful for the thinking of other potential architectures for this world. Manuel Bello-Marcano and Xavier Wrona for the editorial committee

Publisher

Editorial Committee

Scientific Coordinator

Periodicity

Riot Éditions

Manuel Bello-Marcano Lynda Devanneaux Adrien Durrmeyer Anaïs Enjalbert Sara El Alaoui Émilien Épale Paul Guillibert Marianna Kontos Claire Thouvenot Amélie Tripoz Emma Vernet Xavier Wrona

Manuel Bello-Marcano

Après la révolution is a bi-annual publication (a thematic issue and a special edition)

Publishing Director Xavier Wrona

Graphic Design Anaïs Enjalbert

Paintings David Silly

Proofreading Editorial Committee

Mailing Address Association Après la révolution Amicale Laïque Michelet 41 rue des Passementiers 42100 Saint-Étienne

This issue of Après la révolution’s was printed with RISO material on 70 gr Soporset Premium Offset paper in 320 copies. Après la révolution is printed in Saint-Étienne by the association Après la révolution. This issue is available for order on the Internet at the following address: souscription@apreslarevolution.org

ISSN ISSN 2678-3991

INTRODUCTION

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Journal imprimé sur les solutions d’impression écologiques et polyvalentes RISO


SOMMAIRE ÉDITO 10 12

POUR QUOI ? APRÈS LA RÉVOLUTION, UNE INTRODUCTION – Manuel Bello-Marcano & Xavier Wrona pour le comité de rédaction LUPUS. UNE INTRODUCTION À LA LUTTE DES CORPS – Adrien Durrmeyer & Amélie Tripoz pour le comité de rédaction

DOCUMENTS 18 22 30 40 44

NOURRIR L’ARCHITECTURE. INTRODUCTION AUX DOCUMENTS – Manuel Bello-Marcano BIOPOLITIQUE À L’ÈRE DU CAPITALISME PHARMACOPORNOGRAPHIQUE – Paul B. Preciado DES ÉTABLISSEMENTS DES ALIÉNÉS EN FRANCE, ET DES MOYENS D’AMÉLIORER LE SORT DE CES INFORTUNÉS. – Jean-Étienne Esquirol LA CONVIVIALITÉ. DEUX SEUILS DE MUTATION (CHAPITRE 1) – Ivan Illich LES HÔTES – Jérôme Poret

INTERVENTIONS 52 56 68 70 76 78 82 86 90 94 98

À SAINT-ÉTIENNE, L’HÔPITAL SE FOUT DE LA CHARITÉ ET LE MAIRE DE SES CITOYEN·NE·S – Manon Besson, Ulysse Hammache, Romain Venet ARCHIVE DE LUTTE – « La Psy Cause », collectif en lutte des services de psychiatrie des hôpitaux Stéphanois IMPRIMÉS DE LA SANTÉ PUBLIQUE – Roman Seban CONTRE L’OBAMA LIBRARY – W. J. T. Mitchell MA TRÈS CHÈRE VILLE DE CHICAGO – Lavon N. Pettis RECENSEMENT PROVISOIRE DES BLESSÉ·E·S DES MANIFESTATIONS DE GILETS JAUNES – Désarmons-les STREET MEDICS. HOMMAGE VISUEL – JohanPx DISPENSAIRES AUTOGÉRÉS – Collectif Solidarité France-Grèce pour la Santé SINDIANE. UN PROGRAMME D’AUTO-SUPPORT ET D’EMPOWERMENT DES EXILÉ·E·S – Olga Loris CONTRE LES FÉMINICIDES. ARCHIVE DE LUTTE – Collectif « Collages Féminicides Rennes » POUR UNE SÉCURITÉ SOCIALE DE L’ALIMENTATION – Ingénieurs sans frontières AgriSTA

ÉPISTÉMOLOGIE 112 116 120

PROLÉGOMÈNES À TOUTE ARCHITECTURE QUI POURRA SE PRÉSENTER COMME SCIENCE DES TOTALITÉS – Xavier Wrona EN GUISE DE PROLOGUE. COMMENT NOUS SOMMES ARRIVÉS AU NID DE PIE ET CE QUE NOUS OBSERVONS DE LÀ-HAUT – Sup Galeano NOTES SUR LA SANTÉ PUBLIQUE – Architectural Notes

PÉDAGOGIE 126 128 130 136 140 144 150

INTRODUCTION À UNE PÉDAGOGIE ARCHITECTURALE VISANT À TRAVAILLER L’ORDRE DU MONDE – Manuel Bello-Marcano, Xavier Wrona DE L’ENDOCTRINEMENT – Adrien Durrmeyer, Amélie Tripoz RECONQUÉRIR LE POUVOIR SUR NOS CORPS – Léa Clémaron, Clément Grosjean, Isadora Lamaudière RÉTRIBUER LA RECHERCHE – Ugo Costa, Maciej Moszant LA CARTE DE LA CLÉMENCE – Sylvain Chaduc, Justien Maes ET SI NOUS PERDIONS CE COMBAT ? – Maxime Labrosse, Amélie Tripoz REFLETS MODERNES ET CONFLITS RÉELS – Jessica Paci, Mathieu Rossi

CRITIQUE 156 160 166 172 176 182 186 190 194 200 204 208 214

LA GRANDE SANTÉ VS LA SANTÉ ÉTERNELLE – Pierre Caye L’ART D’ÉDIFIER D’ALBERTI, OU L’ARCHITECTURE COMME APPAREIL DE PRODUCTION D’UNE SANTÉ PUBLIQUE – Xavier Wrona L’AVENIR DU SOCIALISME : QUEL GENRE DE MALADIE EST LE CAPITALISME ? – Chris Cutrone TOXIC CAPITAL : ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE – Paul Guillibert EXPERIMENTAL STATION : UNE EXPÉRIENCE DE SANTÉ PUBLIQUE – Dan Peterman DE LA DÉFAITE PROGRAMMÉE DES PROTECTIONS COLLECTIVES À L’ÉMERGENCE DU SUJET RESPONSABLE ET CONNECTÉ – Olivier Chadoin AFROFUTURISM DANCE THERAPY – Ytasha L. Womack LES OBJETS-MILIEUX OU L’ORGANISATION DU MONDE PAR LA SANTÉ – Manuel Bello-Marcano TEMPS, FOLIE ET DÉMOCRATIE. NOTES SUR LE PRÉSENT – W. J. T. Mitchell LA SANTÉ ZAPATISTE. UN SYSTÈME AUTONOME ORIGINAL AU SUD-EST DU MEXIQUE – Cybèle David LE SYSTÈME DE SANTÉ DE L’AACM – Alexandre Pierrepont LA PRODUCTION DE SOINS DANS LES ANNÉES 60. UN MODÈLE À ACTUALISER – Bernard Friot À PROPOS DE QUEER SPACE. UNE CONVERSATION AVEC AARON BETSKY ALORS QUE NOUS TRAVAILLONS À SA PREMIÈRE PUBLICATION EN FRANÇAIS – Manuel Bello-Marcano & Xavier Wrona pour le comité de rédaction & Riot Éditions

INTRODUCTION

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This journal is printed on RISO’s environmentally friendly and multi-purpose printing solutions


CONTENTS EDITORIAL  11 14

WHAT FOR? APRÈS LA RÉVOLUTION, AN INTRODUCTION – Manuel Bello-Marcano & Xavier Wrona on behalf of the editorial committee LUPUS. AN INTRODUCTION TO BODY STRUGGLE – Adrien Durrmeyer & Amélie Tripoz on behalf of the editorial committee

DOCUMENTS 20 26 35 42 47

FEEDING ARCHITECTURE. AN INTRODUCTION TO DOCUMENTS – Manuel Bello-Marcano BIOPOLITICS IN THE ERA OF PHARMACOPORNOGRAPHIC CAPITALISM – Paul B. Preciado ESTABLISHMENTS OF THE INSANE IN FRANCE, AND WAYS TO IMPROVE THE FATE OF THESE UNFORTUNATE PEOPLE. – Jean-Étienne Esquirol TOOLS FOR CONVIVIALITY. TWO WATERSHEDS (CHAPTER 1) – Ivan Illich THE HOSTS – Jérôme Poret

INTERVENTIONS 54 58 69 74 77 78 82 88 92 94 103

IN SAINT-ÉTIENNE, THE HOSPITAL DOESN’T CARE ABOUT LA CHARITÉ, SO DOES THE MAYOR ABOUT ITS CITIZENS – Manon Besson, Ulysse Hammache, Romain Venet ARCHIVE OF STRUGGLE – “La Psy Cause”, collective in struggle of the psychiatric services of the Saint-Étienne hospitals THE FORMS OF PUBLIC HEALTH – Roman Seban AGAINST THE OBAMA LIBRARY – W. J. T. Mitchell MY DEAREST ONE THE CITY OF CHICAGO – Lavon N. Pettis PROVISIONAL CENSUS OF THE PEOPLE INJURED DURING THE YELLOW VEST DEMONSTRATIONS (FR) – Désarmons-les A VISUAL TRIBUTE TO THE STREET MEDICS – JohanPx SELF-MANAGED DISPENSARIES – Collectif Solidarité France-Grèce pour la Santé SINDIANE. A SELF-SUPPORT AND EMPOWERMENT PROGRAM FOR EXILED PEOPLE – Olga Loris AGAINST FEMICIDES. A STRUGGLE ARCHIVE (FR) – Collectif « Collages Féminicides Rennes » FOR A FOOD SOCIAL SECURITY SYSTEM – Ingénieurs sans frontières AgriSTA

EPISTEMOLOGY 114 118 122

PROLEGOMENA TO ANY FUTURE ARCHITECTURE THAT WILL BE ABLE TO PRESENT ITSELF AS A SCIENCE OF TOTALITY – Xavier Wrona BY WAY OF PROLOGUE: ON HOW WE ARRIVED AT THE WATCHTOWER AND WHAT WE SAW FROM THERE – Sup Galeano NOTES ON PUBLIC HEALTH – Architectural Notes

PEDAGOGY 127 129 135 139 143 149 153

INTRODUCTION TO AN ARCHITECTURAL PEDAGOGY AIMED AT WORKING ON WORLD ORDER – Manuel Bello-Marcano, Xavier Wrona OF INDOCTRINATION – Adrien Durrmeyer, Amélie Tripoz REGAIN THE POWER OF OUR BODIES – Léa Clémaron, Clément Grosjean, Isadora Lamaudière REWARDING RESEARCH – Ugo Costa, Maciej Moszant MAP OF LENIENCY – Sylvain Chaduc, Justien Maes WHAT IF WE LOOSE THIS FIGHT? – Maxime Labrosse, Amélie Tripoz MODERN REFLECTS AND ACTUAL CONFLICT – Jessica Paci, Mathieu Rossi

CRITIQUE 158 GREAT HEALTH VS ETERNAL HEALTH – Pierre Caye 163 ALBERTI’S ART OF EDIFICATION, OR ARCHITECTURE AS A MEANS OF PRODUCTION OF A PUBLIC HEALTH – Xavier Wrona 169 THE FUTURE OF SOCIALISM: WHAT KIND OF ILLNESS IS CAPITALISM? – Chris Cutrone 174 TOXIC CAPITAL: ENVIRONMENT AND PUBLIC HEALTH – Paul Guillibert 180 THE EXPERIMENTAL STATION AS A PUBLIC HEALTH EXPERIMENT – Dan Peterman 184 FROM THE PLANNED DEFEAT OF COLLECTIVE PROTECTIONS TO THE EMERGENCE OF THE RESPONSIBLE AND CONNECTED SUBJECT – Olivier Chadoin 188 AFROFUTURISM DANCE THERAPY – Ytasha L. Womack 192 OBJECTS-MILIEUX OR THE ORGANIZATION OF THE WORLD BY HEALTH – Manuel Bello-Marcano 197 TIME, MADNESS AND DEMOCRACY. NOTES ON THE PRESENT – W. J. T. Mitchell 202 ZAPATISTA HEALTH. AN ORIGINAL AUTONOMOUS SYSTEM IN SOUTH-EAST MEXICO – Cybèle David 206 THE AACM HEALTHCARE SYSTEM – Alexandre Pierrepont 211 THE CARE PRODUCTION IN THE 60S. A MODEL TO UPDATE – Bernard Friot 216 REGARDING QUEER SPACE. A CONVERSATION WITH AARON BETSKY WHILE WORKING ON PUBLISHING THIS TEXT IN FRENCH FOR THE FIRST TIME – Manuel Bello-Marcano & Xavier Wrona on behalf of the editorial committee & Riot Éditions

INTRODUCTION

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POUR QUOI ? APRÈS LA RÉVOLUTION, UNE INTRODUCTION

Manuel Bello-Marcano & Xavier Wrona pour le comité de rédaction Rédacteur·rice·s d’Après la révolution, nous vous adressons ici le premier numéro de cette nuée de pensées et de projets employés à la transformation de l’ordre du monde. Après la révolution est une publication d’architecture née des chutes de la révolution néolibérale. Cette révolution a transformé le monde dans des proportions que Marx appelait de ses vœux, à cette différence notable qu’elle ne fut pas la révolution du prolétariat mais celle du capital. Ceci a au moins le mérite de rappeler que les révolutions sont bien possibles. Après la révolution se veut le journal de ce qu’il faudra construire après, suscitant un horizon désirable alors qu’il s’agit de combattre les rapports d’exploitation et d’oppression, qui rendent ce monde actuellement vivable pour un petit nombre seulement. Après la révolution est une publication d’architecture car elle traite des mises en ordre, des agencements qui travaillent le réel, de notre monde, dans sa totalité, et propose d’autres mises en ordre. Elle est pour, c’est-à-dire pour un autre tout. L’unique question qui rend le présent effort collectif nécessaire est de savoir pour quoi ?

LE POTENTIEL OUBLIÉ DE LA PENSÉE ARCHITECTURALE La puissance de proposition d’Après la révolution pointe son nez à chaque grand effondrement afin de préparer la naissance des ordres d’après. Cycliquement

10 INTRODUCTION

étouffée par la masse et la stabilité des grandes totalités occupées à la structuration de la pensée et à la construction matérielle du monde, revoici donc l’architecture. Sortie de son asservissement à la perpétuation de l’état des choses, elle retrouve sa raison d’être : proposer d’autres agencements possibles pour la réalité. Il s’agira d’une part de comprendre à nouveau la pensée architecturale elle-même, mais surtout de s’employer à défaire puis refaire l’architecture des formes organisatrices de la réalité : le capitalisme, la guerre, le travail ou… la santé publique. Car l’architecture est quelque chose qui entoure et nourrit la mise en ordre du monde humain. Il s’agit donc de faire la cartographie, de relier les champs disciplinaires, de trouver les points de jonction des problèmes apparaissant comme séparés, et que le Capital s’applique à disjoindre, afin de refondre ces totalités.

LES CHEMINS CROISÉS D’UNE SCIENCE DES TOTALITÉS Après la révolution mène sa propre science. Celle d’une pensée architecturale hétérologique, c’està-dire une science de l’entrelacement des champs disciplinaires, des modalités d’expérience, d’expression et de production de savoirs, car il s’agit de penser après les certitudes que fournissaient les cloisonnements disciplinaires. Penser au risque de leur superposition avec tous les frottements et les décalages de grilles d’analyses, de critères d’évaluations de

perception et d’affects que cela implique. L’objectif d’Après la révolution est de voir un jour les modes de production de savoirs cesser d’accumuler vainement des connaissances nettes et catégoriques sur des champs circonscrits du réel et de les articuler autrement, au service d’autre chose. Cette recherche n’est pas tant une science que la tentative d’en être une. Après la révolution propose de repenser la scientificité en d’autres termes que ceux trop étroitement liés à la consolidation de l’ordre actuel du monde. Contre une recherche que l’on pourrait dire appliquée au capital, notre recherche se construit sur une instabilité systémique travaillant à faire se rejoindre l’exigence critique de réflexivité, la révocabilité des hypothèses et la boue de la création. La tâche est difficile. Ainsi, cette revue est un travail expérimental qui ne voit pas dans les objets et projets qu’elle expose des résultats mais des hypothèses. Nécessaire à l’émancipation des peuples, cette recherche se présentera ici avec la même autorité que le font les sciences dites dures, autorité largement usurpée puisque depuis trop longtemps incontestée.

SAINT-ÉTIENNE, CHICAGO, ATHÈNES… APRÈS LA RÉVOLUTION La recherche est ici une démarche tant épistémologique qu’affective. Prenant pied sur la rencontre de divers mondes, ce savoir architectural se construit depuis 2014 sur un dialogue entre des populations de lieux ayant traversé de grandes

révolutions : Chicago, forme canonique de la révolution perpétuelle du contemporain depuis trois siècles ; Saint-Étienne, forme urbaine créée ex nihilo d’une révolution industrielle et de ses suites ; Athènes, poste avancé de la révolution néolibérale en Europe. Cette pensée collective s’élargira au lent rythme de la constitution des rencontres et des débats, à d’autres territoires marqués par de grandes révolutions : Medellin, New-Orleans, Nairobi, Ahmedabad, Phnom Penh, Caracas, etc. Car on ne pense pas partout de la même manière. On ne pense pas non plus de la même manière seul·e·s ou face à ses ami·e·s, ou ses ennemi·e·s. Et on ne pense pas de la même manière après la révolution. Il s’agira toujours ici de co-penser en cumulant les problèmes, les divergences et en articulant dans le même espace journalisme, philosophie, pratique de l’infirmerie, pensée économique, pratique de la musique, enseignement des sciences dures, activisme politique, et autres modalités de production du savoir.

TRAVAIL ARCHITECTURAL DE TOTALITÉS Après la révolution publiera chaque année un travail sur une forme qui organise notre rapport au monde (travail, santé publique, pédagogie…). Ce travail comporte la publication de documents difficilement accessibles ou jugés pertinents pour aborder la totalité travaillée (section Documents), des prises de paroles (section Interventions), des travaux réflexifs et critiques sur la définition de

l’architecture portée par ce journal (section Épistémologie), des projets d’étudiant·e·s menés en école d’architecture pour transformer cette totalité (section Pédagogie), les actes des rencontres annuelles d’Après la révolution (section Critique). Après la révolution s’adresse à tout le monde. Ce journal souhaite aussi être un outil à l’attention des écoles d’architectures, de leurs étudiant·e·s et de leurs enseignant·e·s pour développer à nouveau un espace de travail sur les liens entre l’architecture et la construction politique de la réalité. Après la révolution travaille à construire un modèle économique autonome pouvant faire appel à des subventions mais ne dépendant pas d’elles. Ceci est rendu possible à la fois par la réappropriation des moyens de production de la revue (l’impression et la reliure sont réalisées par Après la révolution), ainsi que par les souscriptions des lecteur·rice·s qui seul·e·s permettent à ce journal une autonomie éditoriale, scientifique et politique.


WHAT FOR? APRÈS LA RÉVOLUTION, AN INTRODUCTION

Manuel Bello-Marcano & Xavier Wrona on behalf of the editorial committee Editors of Après la révolution, we present you the number 1 issue of this journal dedicated to the transformation of the world order. Après la révolution is an architectural publication born of the neoliberal revolution. This revolution has transformed the world in the proportions that Karl Marx called for, with the notable difference that it was not the revolution of the proletariat but that of capital. This has at least the merit of reminding us that revolutions are possible. After the revolution is intended to be the journal of what we will have to build after, when the time will come to set up a world free of the relations of exploitation and oppression, relationships which nowadays make it liveable for only a handful of people. Après la révolution is an architectural publication because it deals with ordering, arrangements, which operate in reality, in the world as a totality, and suggests other types of order. It is for, that is, for another everything. The only question that makes this collective effort necessary is for what?

THE FORGOTTEN POTENTIAL OF ARCHITECTURAL THOUGHT The power of proposition of Après la révolution appears at each major collapse in order to prepare for the birth of the orders to come. Cyclically suffocated by the mass

and stability of the great totalities involved in the structuring of thoughts and the material construction of the world, Architecture is once more being revived. Out of its subjection to the perpetuation of the state of things, it finds its purpose again: proposing other possible arrangements for reality.

scientific task of Après la révolution is to put an end to the current functioning of knowledge production methods, i.e. the futile accumulation of clear and categorical knowledge in confined fields of the real. The challenge now is to work to bring them together, to sum them up and to build tenable and desirable realities.

It will be a question of understanding architectural thought itself once again, but above all of striving to dismantle and then redesign the architecture of the organizational forms of reality: capitalism, war, labour or… public health. Because architecture is something that surrounds and nourishes the ordering of the human world. It is therefore a question of mapping, of linking the disciplines, of finding the junction points of the problems appearing to be separate, and that Capital applies itself to disjoin, in order to recast these totalities.

This research is not so much a science as it is an attempt to be one. Après la révolution proposes to rethink scientificity in terms other than those too closely linked to the consolidation of the current world order. Against a type of research that could be said to be applied to capital, our research is built on a systemic instability working to bring together the critical requirement of reflexivity, the revocability of hypotheses and the mud of creation. This is a difficult task. Thus, this review is an experimental work that does not see in the objects and projects it presents results but hypotheses.

WHAT HERE THINKS: A SCIENCE OF TOTALITIES Après la révolution leads its own science. That of an heterologous architectural thinking, i.e. a science of the intertwining of disciplinary fields, of the modalities of experience, expression and production of knowledge. It is a question of thinking after the certainties provided by disciplinary divisions. Thinking while accepting the risk of their overlapping and all the frictions and discrepancies in analysis grids, perception evaluation criteria and affects that this implies. The

Necessary for the emancipation of the peoples, this research will present itself here with the same authority as the so-called hard sciences, an authority that has been largely usurped as it has been uncontested for too long.

SAINT-ÉTIENNE, CHICAGO, ATHENS… AFTER THE REVOLUTION Research is here both an epistemological and an emotional process. Drawing on the encounter of various worlds, this architectural knowledge has been building since 2014 on a dialogue

with populations from places that have undergone great revolutions: Chicago, the canonical form of the perpetual revolution of the contemporary for the past three centuries; Saint-Étienne, an urban form created ex nihilo by an industrial revolution and the consequences of its vanishing; Athens, the outpost of the neoliberal revolution in Europe. This collective thinking will expand at the slow pace of the constitution of meetings and debates, to other cities marked by massive transformations: Medellin, New Orleans, Nairobi, Ahmedabad, Phnom Penh, Caracas, etc. Because we do not think the same way everywhere. Nor do we think in the same way alone or in the face of our friends or enemies. And, most of all, we don’t think the same way after the revolution. It will always be a question here of co-considering by combining problems, divergences and articulating in the same space journalism, philosophy, nursing practice, economic thinking, music practice, science education, political activism, and other modalities of production of knowledge.

ARCHITECTURAL WORKING OF TOTALITIES

statements (Interventions section), reflective and critical work on the definition of architecture carried by this journal (Epistemology section), students’ projects conducted in architecture schools to transform this totality (Education section), the proceedings of annual meetings of Après la révolution (Critique section). Since 2014, Après la révolution has carried out experimentation work in these various forms and on a variety of totalities that order the real. Après la révolution is for everyone. This journal also aims to be a tool for schools of architecture, their students and teachers to develop a new working space on the relationships between architecture and the political construction of reality. Après la révolution is working to build an autonomous economic model by being able to call on subsidies but not dependent on them. This is made possible both by the reappropriation of the journal’s means of production (printing and binding are carried out by Après la révolution), as well as by readers’ subscriptions which allow this journal’s editorial, scientific and political autonomy.

Each year Après la révolution will publish a work on a form that organizes our relationship to the world (work, public health, pedagogy…). This work includes the publication of documents that are difficult to access or deemed relevant to address the totality worked on (Documents section),

INTRODUCTION 11


LUPUS UNE INTRODUCTION À LA LUTTE DES CORPS Adrien Durrmeyer & Amélie Tripoz pour le comité de rédaction Au début des années 70, Ivan Illich constatait une inquiétante évolution quant aux objectifs de la pratique médicale ; cette dernière s’employait désormais à soigner des maladies qu’elle avait ellemême participé à créer. Il écrit : « Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il est devenu patent que la médecine moderne a de dangereux effets secondaires. Mais il a fallu du temps aux médecins pour identifier la nouvelle menace représentée par les microbes rendus résistants à la chimiothérapie, et reconnaître un nouveau genre d’épidémie dans les désordres génétiques dus à l’emploi des rayons X pendant la grossesse. Trente ans plus tôt, Bernard Shaw se plaignait déjà : les médecins cessent de guérir, disait-il, pour prendre en main la vie de leurs patients. Il a fallu attendre les années cinquante pour que cette remarque prenne forme d’évidence : en produisant de nouveaux types de maladie, la méde-

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cine franchissait un second seuil de mutation1. » Selon Illich, les conséquences de cette transformation sont doubles. D’une part, il souligne l’inexorable extension du champ d’intervention de la médecine ; cette dernière étant devenue responsable de l’évolution du biologique, elle n’a, dès lors, plus pour finalité de guérir, mais de permettre de vivre. D’autre part, ce nouveau dessein limite mécaniquement le nombre des individus dûment habilités à prodiguer des soins ; face à des problèmes médicaux de plus en plus spécialisés, on trouve nécessairement de moins en moins de spécialistes. Nous faisons donc face à une discipline dont la pratique a participé à la profonde détérioration de nos conditions de vie, tout en arrogeant l’exclusivité des moyens de sa sauvegarde à une élite toujours plus restreinte.

LE MONDE EST AINSI Il n’est pas difficile, aujourd’hui, d’établir un parallèle direct entre ce constat et celui que l’on pourrait faire à propos d’autres disciplines tout aussi, sinon plus hégémoniques encore ; à commencer par l’économie. La crise financière de 2008 constitue un des exemples les plus frappants de cette absurdité criminelle. Les banques d’investissement, leurs compagnies d’assurances et les agences de notation ont en effet bâti, seules, les conditions de la fantastique instabilité des marchés, à travers un jeu spéculatif sur les produits dérivés (CDO, CDS, etc.) Le caractère systémique de cette crise n’est plus à démontrer : c’est l’organisation même de l’économie qui est cause de son propre effondrement2. Avec les conséquences que l’on sait pour la grande majorité de la société qui eut à essuyer, par le biais des finances publiques, les pertes abyssales de ces ac-

teur·rice·s privé·e·s. On aurait pu légitimement espérer, si ce n’est la mise en examen des responsables de la banqueroute, du moins le solide arraisonnement du système financier à une stricte régulation et l’encadrement attentif de son pouvoir de nuisance. Pourtant, dix ans plus tard, force est de reconnaître que le champ d’intervention de l’économie, loin d’avoir été restreint suite au désastre, en a été considérablement élargi ; et que face à l’inextricable foutoir que représentent les réglementations financières mondiales, se réduit d’autant plus le nombre de celles et ceux que les gouvernements désignent capables d’en comprendre les méandres et d’en limiter les dégâts. On n’est pas loin du crime parfait. Non seulement on laisse la garde du coffre-fort aux malfrats qui l’ont dévalisé, mais on les investit, en sus, des pleins pouvoirs quant à la gestion de son contenu ; tout en les dédouanant par avance de

toute responsabilité lorsque le prochain cambriolage aura lieu. Il y a là un mécanisme particulièrement pervers face auquel nous semblons, malheureusement, avoir perdu toute capacité de révolte. Et pour cause, ce mécanisme constitue le cœur même de la gouvernance néolibérale à laquelle se soumet chaque jour une parcelle supplémentaire du sensus communis et de notre humanité. Pêle-mêle, se sont ainsi retrouvés légitimées les constantes régressions dans les protections accordées par le droit du travail3, évanouies les responsabilités écologiques des entreprises quant à la gestion de leurs déchets4, ou encore motivés les traitements obscènes infligés aux migrant·e·s et demandeur·euse·s d’asile – et, par conséquent, à toute personne dont la couleur de peau laisserait suspecter une appartenance extra-occidentale. L’actuelle destruction du système de soins public, au motif d’une gestion finan-


cière rentable des CHU, ne déroge pas à cette règle. Cela dure depuis 40 ans, et on ne voit vraiment pas pourquoi on arrêterait. À chaque tentative, aussi timorée soit-elle, de formulation d’un éventuel changement de cap, la réponse du Capital reste invariable : « le monde est ainsi. » Il y a dans cette sentence tous les ingrédients du sophisme : la substitution des causes et des conséquences, et l’abandon de la raison au nom de la raison. On nous explique, en effet, d’une part, que ce n’est pas le système qui fait le monde, mais le monde qui fait le système ; de l’autre, on nous enjoint de renoncer à toute expérience de pensée alternative au prétexte que les précédentes expériences auraient échouées. C’est face à ces deux affirmations fallacieuses, qui foulent aux pieds les bases de toute démarche scientifique, que nous nous opposons ; et ce combat doit commencer par s’appuyer sur un diagnostic sans appel : nous sommes tou·te·s malades.

LE CAPITAL NE PORTE PAS DE MASQUE Il ne s’agit pas de n’importe quelle maladie. Tous les symptômes désignent de fait une forme particulière d’affection que l’on qualifie médicalement d’« auto-immune ». Le Larousse définit ainsi toute « maladie caractérisée par une agression de l’organisme par son propre système immunitaire ». Or, comment détermine-t-on autrement une société au sein de laquelle chacun de ses individus se trouve ainsi oppressé par les institutions théoriquement garantes de sa conservation ? L’institution pharmaceutique nous empoisonne ; l’institution démocratique nous déleste de tout pouvoir politique ; l’institution judiciaire nous prive de droits élémentaires ; l’institution financière nous appauvrit ; l’institution culturelle nous interdit de réfléchir ; l’institution policière nous terrorise ; l’institution commerciale nous asservit par l’obsolescence programmée ; l’institution journalistique nous désinforme. On pourrait étendre sur plusieurs lignes la liste de ces phénomènes paradoxaux. La variété de ces formes d’agressions intellectuelles et physiques nous engage dès lors à aiguiser le précédent postulat ; il faut se rendre à l’évidence, nos sociétés sont atteintes de lupus. Le lupus possède, en effet, deux traits caractéristiques : une grande diversité de symptômes et la condition chronique de sa manifestation. Ces attributs participent à rendre son diagnostic particulièrement ardu ; ça peut être un tas d’autres maladies, et ça n’est observable que par intermittence. Il est pourtant un indice généralement spécifique du mal, lors

des crises aigües, auquel on peut d’ordinaire se fier : les profondes lésions cutanées qu’il provoque, la plupart du temps au visage. C’est d’ailleurs, probablement, à l’irruption de ces stigmates, que l’on décrit comme semblables à des morsures de loup, au XIIIe siècle, que la maladie doit l’origine de son appellation. Il existe également une autre hypothèse étymologique : la disposition de ces lésions qui s’inscrivent sur le visage en suivant le pourtour des yeux, dessinant en négatif le contour d’un masque de carnaval que l’on nomme « loup ». Le lupus est donc par essence une maladie qui défigure et qui dissimule. Elle meurtrit la chair du sujet, tout en lui imposant de porter ironiquement les signes d’un joyeux travestissement. Elle déguise la souffrance en sa parodie. Elle nie les stigmates dont elle est la cause en les enveloppant dans leur propre apparence. Elle réussit le tour de force de camoufler le réel derrière le réel. À quiconque la questionne, elle répond : « la réalité est autre, ceci n’est qu’un masque. » On peinerait à définir plus justement les rouages singuliers de la propagande visant à l’acceptation massive du capitalisme contemporain : l’autojustification par l’auto-dissimulation. Il faut pourtant s’y résoudre, il n’y a pas de masque. Ou plutôt, la réalité, c’est le masque même. Il n’y a pas d’un côté la maladie et de l’autre le symptôme ; il n’y a plus distinctement de causes et d’effets. Il y a un tout qui gangrène tout. Si nous voulons tout sauver, il faut tout questionner. L’heure n’est pas à la gestion, il est temps de faire de la politique. Avant d’envisager tout espoir de rémission, on devra d’abord admettre ceci : ce dont les sociétés ont besoin, c’est en premier lieu d’un projet de santé publique global ; c’est-à-dire appliqué à l’ensemble des corps qui les constituent ; les corps mutilés de ses citoyen·ne·s, comme les corps abrutis de ses institutions. Participer à formaliser les cadres potentiels de ce projet sera, cette année, la tâche de ce journal.

LES SOUFFRANTS ET LES MALADES Car il ne faudrait pas croire que la maladie épargne qui que ce soit. Certes, un nombre restreint de privilégié·e·s semble pour l’instant à l’abri de l’affection ou bien parfaitement immunisé ; il n’en est rien. Le lupus est lui-même atteint de lupus. Comment expliquer sinon que l’oligarchie dirigeante choisisse pour représenter ses intérêts, le prototype même de celui qui la conduira inexorablement à la destruction ? On imagine mal, en effet, comment l’application d’un programme qui incarne la quintessence de l’idéologie néo-

libérale personnifiée aujourd’hui par Emmanuel Macron, saurait susciter autre chose que le dégoût, la révolte, la fatigue, et finalement, la ruine. Dans cette scène pathétique où les malades auscultent les malades, chaque constat d’échec dans la cure engendre immanquablement le même traitement ; on augmente simplement le dosage. De plus en plus de privatisation, plus de dérégulation, plus de profit, plus d’autoritarisme, plus de croissance, plus d’inégalité, plus de violence, etc. Un tel acharnement thérapeutique en vient à épuiser ceux·elles-là mêmes qui administrent le poison. Après 1 morte, 5 mains arrachées, 24 yeux crevés, 2500 blessé·e·s, plus de 10000 gardes à vue, 2000 condamnations et 390 incarcérations au long des 7 mois de mobilisation des « gilets jaunes », on pourrait croire que le Ministère de l’Intérieur appellerait dorénavant les forces de l’ordre à un minimum de retenue5. Au contraire, l’incitation à la répression est devenue si sauvage qu’elle en vient à affecter physiquement les agents qui la dispensent, quelle qu’en soit désormais l’occasion ; suite à l’utilisation de 5 litres de gaz lacrymogènes sur des manifestants écologistes en moins de 30 minutes, pont de Sully, le 28 juin 2019, le commandant des CRS chargés de les asperger en est venu à perdre lui-même connaissance6. On choisira d’en rire, tant le tableau est pitoyable. C’est que le ressort sinistre de la tragédie ne manque généralement pas d’humour ; là encore, le masque bouffon du lupus transforme la grimace en rictus.

MÉCANIQUE DE L’ENTREPRISE Les raisons de ces ricanements sont désespérément triviales. Le comique, comme le définit Henri Bergson, c’est du « mécanique plaqué sur du vivant7 ». Or, c’est exactement ce que fait, par essence, l’entreprise : plaquer du mécanique sur du vivant. On comprend dès lors sans peine le fond de sombre hilarité que suscite la gouvernance néolibérale, dont l’ambition est précisément de calquer son régime sur le modèle de l’entreprise, en tout lieu et à tout instant. En empruntant au management sa lexicologie ridicule, la simple information fait naître désormais un sourire de désespoir ; par exemple : « Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, annonce la mise en place par le gouvernement français du plan “Ma Santé 2022”. » TOUT pose problème dans le précédent énoncé : le nom du ministère, qui fait de la santé publique une affaire de solidarité, c’està-dire de morale individuelle ; le pluriel de « solidarité », qui

renforce le caractère divers, subjectif, optionnel et donc atrophié de cette morale ; la démagogie de l’annonce d’un « plan », panacée miraculeuse qui n’est finalement qu’un arrangement plus ou moins complexe de chiffres sur du papier ; le naming du plan, qui substitue le contenant au contenu, plaçant les objectifs de l’action politique au même niveau que ceux du packaging pour yaourt ; le choix du déterminant possessif pour caractériser la santé, renvoyant ainsi chacun·e à la préservation égoïste de son bien-être ; la désignation arbitraire d’une date, enfin, qui ne fixe que l’échéance à partir de laquelle on nous proposera un nouveau plan. D’ici-là, on pourra tranquillement continuer à se suicider dans les hôpitaux.

VERS UN CORPS RESPONSABLE Le plus terrible, c’est qu’outre l’ineptie de sa forme, le fond du projet gouvernemental s’annonce pourtant sans fard : après la privatisation de l’environnement, du travail, des relations, de l’espace et du temps, on prévoit désormais de privatiser le corps humain. Non pas sous la forme archaïque de l’esclavage, ce serait même le contraire ; ce qu’ambitionne le programme néolibéral, c’est de faire de chacun le propriétaire de son propre corps. Vertigineux dessein ; car par définition, le corps est justement ce dont on a l’usage et non la propriété. On ne dispose pas de ses poumons comme on dispose d’une clef à mollette : même si ma·mon voisin·e en a grand besoin, il me sera difficile de les lui prêter. Que l’on ne se méprenne pas. L’aspiration néolibérale n’est pas de faire du corps une marchandise, mais d’établir entre un corps et son usager une relation de l’ordre de la relation marchande : rendre son corps utile, que son usage soit motivé par l’intérêt, en somme. Il ne s’agit pas de céder (abusus) ni tirer directement profit (fructus) de ses organes, mais de faire de la gestion de son organisme la gestion d’un bien ; car la·le propriétaire d’un bien est aussi (et peut-être avant tout) celui·elle qui en est responsable. Ainsi, ce qui intéresse avant tout le pouvoir, c’est le renversement du principe de responsabilité, que l’on voit affleurer insidieusement à chaque nouvelle occasion ; se faire fracasser le crâne lors d’une manifestation s’avère aujourd’hui du même ordre que de perdre son placement en bourse : c’est triste, mais cela relève d’une mauvaise décision individuelle. On voit bien où mène ce type de raisonnement, on y est déjà, d’ailleurs ; être blessé·e, être éborgné·e, être amputé·e, être tué·e, c’est un choix. On attend avec impatience la suite logique de la démonstration : être

malade, ça aussi, d’ici 2022, ce sera un choix. On renversera, en fin de compte, la célèbre formule du docteur Knock : dorénavant, les gens malades seront des biens portants qui s’ignorent8.

LA SANTÉ COMME EXPÉRIENCE Voilà le fantasme social du capitalisme néolibéral. Promouvoir la rentabilité comme fondement du rapport au corps, c’est-à-dire rejeter a priori toute possibilité d’expérience. Considérer les corps indépendamment les uns des autres, comme autant de micro-entreprises inlassablement en concurrence sur le marché du bien-être. Abandonner finalement tous ces corps dans l’indistincte mêlée de l’évolution pour que seuls en émergent les plus aptes, mais toujours, chacun pour soi. On peut résumer ce programme en une phrase : remplacer la lutte des classes par la lutte des corps, qui en est, en tout point, son strict opposé. C’est à cela que la pratique de l’architecture doit s’opposer. Car elle n’est rien d’autre que la tentative de formulation d’une hypothèse, fragile et pourtant implacable : un monde, ça n’évolue pas ; un monde, ça se transforme. Non pas une transformation ex nihilo, mais une transformation à laquelle chaque corps participe et continue de participer. Une transformation pour et par les corps, à travers les épreuves toujours renouvelées de leurs agencements, leurs confrontations, leurs unions, leurs éloignements ou leurs fusions. Appliquer le projet architectural à la santé publique, c’est concevoir la santé non comme un état, mais comme une expérience. Et c’est réaliser que nos corps, tous les corps, malades ou sains, sont les instruments à partir desquels cette expérience s’élabore, s’intensifie, et parfois, se réalise. 1 Ivan Illich, La convivialité, Paris, Seuil, coll. Points Essais, 2014. 2 Pour une analyse technique exhaustive, on recommandera Frédéric Lordon, Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières, Paris, Raisons d’Agir, 2008. 3 Alain Supiot, La Gouvernance par les nombres. Cours au Collège de France (20122014), Paris, Fayard, 2015. 4 Grégoire Chamayou, La société ingouvernable. Une généalogie du libéralisme autoritaire, Paris, La fabrique, 2018, p. 191-201. 5 Chiffres Mediapart, 16 juillet 2019. [https://blogs.mediapart.fr/les-invitesde-mediapart/blog /160719/appel-du20-juillet-marchons-pour-adama-et-ripostons-lautoritarisme?utm_content=bufferfbe63&utm_medium=social&utm_ s o u rc e = Fa c e b o ok _ Pa ge & ut m _ c a m paign=CM] 6 [https://www.mediapart.fr/journal/ france/140719/pont-de-sully-l-usage-degaz-lacrymogene-ete-tel-que-le-commandant-des-crs-perdu-connaissance] 7 Henri Bergson, Le rire, Paris, Payot, 2012. 8 Jules Romains, Knock ou le Triomphe de la Médecine, Paris, Gallimard, coll. Folio, 1972, « Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent ».

INTRODUCTION

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LUPUS AN INTRODUCTION TO BODY STRUGGLE Adrien Durrmeyer & Amélie Tripoz on behalf of the editorial committee In the early 1970s, Ivan Illich noted a worrying shift in the objectives of medical practice, which was now working to treat diseases that it had itself helped to create. He writes: “In the aftermath of the Second World War, it became clear that modern medicine had dangerous side effects. But it took doctors time to identify the new threat posed by microbes made resistant to chemotherapy, and to recognize a new kind of epidemic in genetic disorders due to the use of x-rays during pregnancy. Thirty years earlier, Bernard Shaw was already complaining: doctors stop healing, he said, to take control of their patients’ lives. It was not until the 1950s that this remark became obvious: by producing new types of diseases, medicine crossed a second threshold of mutation1.” According to Illich, the consequences of this transformation

14 INTRODUCTION

are twofold. On the one hand, he underlines the inexorable extension of the field of intervention of medicine; the latter having become responsible for the evolution of biology, it no longer has the aim of healing, but of allowing people to live. On the other hand, this new purpose mechanically limits the number of individuals duly empowered to provide care; faced with increasingly specialized medical problems, there are necessarily fewer and fewer specialists. We are therefore facing a discipline whose practice has contributed to the profound deterioration of our living conditions, while at the same time conceding the exclusivity of the means of its protection to an ever smaller elite.

THAT’S THE WAY OF THE WORLD It is not difficult today to draw a direct parallel between this observation and the one we could make about other disciplines just as much, if not more hegemonic still; starting with the economy. The 2008 financial crisis is one of the most striking examples of this criminal absurdity. Investment banks, their insurance companies and rating agencies have in fact built, on their own, the conditions for the fantastic instability of the markets, through the speculative game on derivatives (CDO, CDS, etc.) The systemic nature of this crisis is no longer to be demonstrated: it is the very organisation of the economy that is the cause of its own collapse2. With the consequences that we know for the vast majority of society, which had to suffer, through public fi-

nances, the abyssal losses of these private actors. One could have legitimately hoped, if not for the indictment of those responsible for the bankruptcy, at least for the solid arrest of the financial system under strict regulation and the careful control of its power of nuisance. Yet, ten years later, it must be recognized that the scope of the economy’s intervention, far from having been restricted following the disaster, has been considerably broadened; and that, faced with the inextricable mess represented by global financial regulations, the number of those whom governments designate capable of understanding their intricacies and limiting their damage is being further reduced. We’re not far from a perfect crime. Not only are the safe’s custody left to the thieves who robbed it, but they are also given full powers to manage its contents, while

being cleared of any liability in advance when the next burglary takes place. This is a particularly perverse mechanism in the face of which we seem, unfortunately, to have lost all capacity for revolt. And for good reason, considering that such a mechanism constitutes the very heart of neoliberal governance to which an additional piece of the sensus communis and of our humanity is subjected every day. Pêle-mêle, the constant regression in the protection granted by labour law has thus been legitimised3, the ecological responsibilities of companies with regard to the management of their waste have been evaded4, or the obscene treatment inflicted on migrants and asylum seekers has been justified—and, consequently, on anyone whose skin colour would suggest that they belong outside the West. The current destruction of the public health care


system, on the grounds of cost-effective financial management of university hospitals, is no exception to this rule. It’s been going on for 40 years, and we really don’t see why we should stop. With each attempt, however timid, to formulate a possible change of course, Capital’s response remains invariable: “that is the way of the world.” There are in this sentence all the ingredients of sophistry: the substitution of causes and consequences, and the abandonment of reason in the name of reason. On the one hand, we are told that it is not the system that makes the world, but the world that makes the system; on the other hand, we are told to renounce any alternative thinking experience on the pretext that previous experiences have failed. We strongly confront these two false statements, which trample on the foundations of any scientific approach; and this fight must begin with an irrevocable diagnosis: we are all sick.

THE CAPITAL DOES NOT WEAR A MASK It is not just any disease. All symptoms refer to a particular form of disease that is medically referred to as “autoimmune”. Larousse thus defines any “disease characterized by an attack on the body by its own immune system”. But how else can we determine a society in which each of its individuals is so oppressed by the institutions that theoretically guarantee its preservation? The pharmaceutical institution poisoned us; the democratic institution deprived us of all political power; the judicial institution deprived us of basic rights; the financial institution impoverished us; the cultural institution prohibited us from thinking; the police institution terrorized us; the commercial institution enslaved us by programmed obsolescence; the journalistic institution misinformed us. The list of these paradoxical phenomena could be extended over several lines. The variety of these forms of intellectual and physical aggression therefore requires us to sharpen the previous premise; we must face the facts, our societies are suffering from lupus. Lupus has two characteristics: a wide variety of symptoms and the chronic condition of its manifestation. These attributes contribute to making his diagnosis particularly difficult; it can be a lot of other diseases, and it can only be observed intermittently. However, there is a specific indication of the disease in acute attacks that can usually be relied on: the deep skin lesions it causes, most often on the face. It is probably because of these stigmas, which were described as similar to wolf bites in the 13th century, that the disease

owes its name. There is also another etymological hypothesis: the arrangement of these lesions is inscribed on the face following the perimeter of the eyes, drawing in negative the outline of a carnival mask called a “loup”. Lupus is therefore essentially a disfiguring and concealing disease. It bruises the subject’s flesh, while ironically forcing him to wear the signs of a joyful transvestite. It disguises suffering as a parody. It denies the stigmas it causes by wrapping them in their own appearances. It succeeds in camouflaging the real behind the real. To anyone who asks about it, it answers: “The reality is different, this is only a mask.” It would be difficult to define more precisely the singular mechanisms of propaganda aimed at the massive acceptance of contemporary capitalism: self-justification through self-dissimulation. However, we must resolve ourselves to acknowledge that there are no masks. Or rather, the reality is the mask itself. There is no disease on one side and no symptom on the other; there are no longer any distinct causes and effects. There is a whole that gangrene everything. If we want to save everything, we must question everything. This is not the time for management, it is time for politics. Before considering any hope of remission, we must first admit that what societies need is first and foremost a global public health project; that is, applied to all the bodies that constitute them; the mutilated bodies of its citizens, such as the dumb bodies of its institutions. This year, the task of this journal will be to help formalize the potential frameworks of this project.

THE SUFFERING AND THE SICK Because we shouldn’t believe that the disease is saving anyone. Admittedly, a limited number of privileged people seem for the moment to be protected from the disease or perfectly immune; this is not the case. Lupus itself is affected by lupus. How else can it be explained, that the ruling oligarchy chooses to represent its interests, the very prototype of the one that will inexorably lead it to destruction? It is hard to imagine how the application of a program that embodies the quintessence of neoliberal ideology, personified today by Emmanuel Macron, could arouse anything other than disgust, revolt, fatigue, and ultimately, ruin. In this pathetic scene where the patients auscultate the patients, each observation of failure in the cure inevitably leads to the same treatment; the dosage is simply increased. More privatization, more deregulation, more profit, more

authoritarianism, more growth, more inequality, more violence, etc. Such therapeutic relentlessness exhausts the very people who administer the poison. After one dead, 5 hands ripped out, 24 eyes gouged out, 2500 wounded, more than 10,000 people held in custody, 2,000 convictions and 390 incarcerations during the 7 months of mobilisation of the “gilets jaunes”, one would think that the Ministry of the Interior would now call on the police to exercise a minimum of restraint5. On the contrary, the incitement to repression has become so wild that it physically affects the agents who dispense it, whatever the occasion; following the use of 5 litres of tear gas on environmental protesters in less than 30 minutes, on the pont de Sully, on 28 June 2019, the CRS commander in charge of spraying them has come to lose consciousness6. We will choose to laugh about it, because the picture is so pathetic. The sinister spring of tragedy generally has a sense of humour; here again, the buffoon mask of lupus turns a grimace into a grin.

MECHANICS OF THE COMPANY The reasons for these giggles are desperately trivial. Comedy, as Henri Bergson defines it, is “mechanics applied to living things7”. However, this is exactly what the company does, by essence: apply mechanics to living things. We can therefore easily understand the dark background of hilarity generated by neoliberal governance, whose ambition is precisely to copy its regime on the model of the company, anywhere and at any time. By borrowing from management its ridiculous lexicology, simple information now gives rise to a smile of despair; for example: “Agnès Buzyn, Minister of Solidarities and Health, announces the implementation by the French government of the Ma Santé 2022 plan.” EVERYTHING constitutes a problem in the previous statement: the name of the ministry, which makes public health a matter of solidarity, i. e. individual morality; the plural of “solidarity”, which reinforces the diverse, subjective, optional and therefore atrophied nature of this morality; the demagogy of the announcement of a “plan”, a miraculous panacea which is ultimately only a more or less complex arrangement of figures on paper; the naming of the plan, which substitutes the container for the content, placing the objectives of political action on the same level as those of yoghurt packaging; the choice of the possessive determinant to characterize health, thus referring everyone to the selfish preserva-

tion of their well-being; the arbitrary designation of a date, finally, which only sets the deadline from which we will be proposed a new plan. Until then, we can quietly continue to commit suicide in hospitals.

TOWARDS A RESPONSIBLE BODY The most terrible thing is that, in addition to the ineptitude of its form, the substance of the government’s project nevertheless looks straightforward: after the privatization of the environment, work, relationships, space and time, there are now plans to privatize the human body. Not in the archaic form of slavery, it would even be the opposite; what the neoliberal programme aims to do is to make everyone the owner of their own body. Vertiginous purpose; because by definition, the body is precisely what we use and not what we own. You don’t dispose of your lungs like you do with a wrench: even if my neighbour needs them badly, it will be difficult for me to lend them to him. Make no mistake about it. The neoliberal aspiration is not to make the body a commodity, but to establish between a body and its user a relationship in the form of a commercial relationship: to make its body useful, so that its use is motivated by interest, in short. It is not a question of assigning (abusus) or taking direct advantage (fructus) of its organs, but of making the management of its organization the management of a property; for the owner of a property is also (and perhaps above all) the one who is responsible for it. Thus, what interests power above all is the reversal of the principle of responsibility, which we witness emerging insidiously at every new opportunity; being smashed in the head during a demonstration is now proving to be similar to losing your placement on the stock market: it is sad, but it is a bad individual decision. We can see where this type of reasoning leads, we are already there, moreover; being wounded, being eviscerated, being amputated, being killed, it is a choice. We are eagerly awaiting the logical continuation of the demonstration: being sick, too, by 2022, will be a choice. Ultimately, Dr. Knock’s famous formula will be reversed: from now on, sick people will be healthy people who are simply unaware of it8.

experience. Consider bodies independently of each other, as so many micro-enterprises that are constantly competing in the wellness market. Finally, to abandon all these bodies in the indistinct mingled with evolution so that only the most suitable ones emerge, but always, each for himself. This programme can be summarized in one sentence: to replace class struggle with body struggle, which is, in every respect, its strict opposite. This is what the practice of architecture must be opposed to. For it is nothing more than an attempt to formulate a hypothesis, fragile and yet implacable: a world does not evolve; a world is transformed. Not an ex nihilo transformation, but a transformation in which each body participates and continues to participate. A transformation for and by the bodies, through the ever-renewed trials of their arrangements, their confrontations, their unions, their distances or their mergers. Applying the architectural project to public health means conceiving health not as a state, but as an experience. And it means realizing that our bodies, all bodies, sick or healthy, are the instruments from which this experience is developed, intensified, and sometimes realized. 1 Ivan Illich, La convivialité, Paris, Seuil, coll. Points Essais, 2014. 2 For a technical analysis, we recommend to read Frédéric Lordon, Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières, Paris, Raisons d’Agir, 2008. 3 Alain Supiot, La Gouvernance par les nombres. Cours au Collège de France (20122014), Paris, Fayard, 2015. 4 Grégoire Chamayou, La société ingouvernable. Une généalogie du libéralisme autoritaire, Paris, La fabrique, 2018, p. 191-201. 5 Mediapart, on July 16th 2019. [ h t t p s : // b l o g s . m e d i a p a r t . f r/ l e s - i n vites-de-mediapart/blog /160719/ appel- du-20 -juillet-marchons-pouradama-et-ripostons-lautoritarisme?utm_ content=bufferfbe63&utm_medium=social&utm_source=Facebook_Page&utm_ campaign=CM] 6 [https://www.mediapart.fr/journal/ france/140719/pont-de-sully-l-usage-degaz-lacrymogene-ete-tel-que-le-commandant-des-crs-perdu-connaissance] 7 Henri Bergson, Le rire, Paris, Payot, 2012. 8 Jules Romains, Knock ou le Triomphe de la Médecine, Paris, Gallimard, coll. Folio, 1972, « Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent ».

HEALTH AS AN EXPERIENCE This is the social fantasy of neoliberal capitalism. Promote profitability as the basis of the relationship with the body, i.e. reject a priori any possibility of

INTRODUCTION 15




NOURRIR L’ARCHITECTURE INTRODUCTION AUX DOCUMENTS Manuel Bello-Marcano Celle à qui il fait manger sa merde vomit, il avale ce qu’elle rend. Marquis de Sade

Nous vous présentons dans les pages qui suivent, une sélection de textes réunis sous une rubrique que nous avons nommée Documents. Avec ce titre, nous faisons allusion d’une certaine manière à la revue française Documents, revue iconoclaste et bouillon de culture animée par Georges Bataille, Georges Henri Rivière et Carl Einstein de 1929 à 1931. La sélection des documents présents dans cette rubrique a pour but de proposer des idées et des points de vue divers et variés, ayant subi un temps prudentiel d’infusion. Nous invitons donc les lecteurs à dévorer ces documents comme on dévore des chairs attendries, de se les approprier comme on récupère des objets jetés dans la déchèterie de l’histoire afin de leur donner une deuxième vie. Nous vous proposons de faire donc une écologie des savoirs, en mettant à jour l’ensemble de ces textes comme un seul et même support, en constituant un corpus ouvert à partir de fragments, d’œuvres, ci-

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tations, livres, extraits, passages, morceaux, manuels, etc. qui pourraient être en même temps des témoins historiques et des acteurs opératoires de la réalité contemporaine. L’idée de cette rubrique est non seulement de proposer au lecteur de mener une enquête sur une thématique par le prisme de la pensée architecturale, mais aussi d’ouvrir une contre-enquête sur l’Architecture1 qui se cache furtivement dans ces divers textes sur la santé publique. Ainsi, digérer ces Documents affranchis d’une certaine actualité, libérés des chaînes de la mémoire et des droits (d’auteur, de l’oubli, de la reproduction technique), enfin, assimiler ces textes-excrétions émancipés de l’histoire s’avère une tâche lente, délicate mais néanmoins fascinante. Car, comme lorsqu’on récupère des objets mémoriels pour remplir un nouvel espace et leur donner de nouveaux usages, les textes que nous vous présentons ici sont autant de déchets (dans le plus nobles des sens) que de possibles contributions, nous l’espérons bien, à la (in)conscience

collective des architectes. Il reste à définir la manière dont ces derniers pourront s’approprier autrement les connaissances rassemblées par ces documents, l’enjeu étant de nourrir l’imaginaire architectural afin de pouvoir imaginer d’autres formes de manducation des savoirs. Comme lorsqu’on organise des résidus pour mieux les recycler, il est peut-être difficile de lier et d’organiser les textes que nous vous présentons ici. C’est pourquoi l’objectif est de faire de la pensée architecturale une « colle » fiable entre des idées hétérogènes, tout en faisant de ces documents hétéroclites des éléments « liables » et opératoires pour la pensée architecturale. S’approprier ces documents comme des sources d’excitation perdurables pour l’architecture peut être alors une tâche logique qui occupe autant l’architecte que d’autres disciplines. À cet égard, c’est donc en pensant à une forme fondamentale d’organisation de ces documents que nous empruntons à Georges Bataille la notion d’hétérologique pour qualifier la dé-

marche de la rubrique Documents. Hétérologie d’abord dans le sens d’assimilation d’un corps étranger, car un corps étranger est soit assimilé (mangé, approprié physiologiquement, juridiquement ou intellectuellement) soit rejeté avec la plus grande brutalité, c’està-dire excrété2. Mais aussi dans le sens de consommation sacrificielle qui incorpore des éléments irréductiblement hétérogènes au lecteur, et où de tels éléments risquent de provoquer un accroissement de force3. Laissé inachevé par Bataille, le chantier de cette « science » hétérologique est celui d’une science de ce qui est tout autre. En effet, pour Bataille, n’est pensé que ce qui pense à l’intégration de ce qui est étrange, c’est-à-dire de ce qui est en même temps fascinant et répulsif. C’est pourquoi, pour nommer cette nouvelle science, il hésite à utiliser le mot d’agiologie, mot qui étymologiquement voudrait dire une science du sacré dans le sens de sacer4, c’est-àdire de souillé ou de saint. Il hésite aussi avec le mot scatologie, pour parler de cette science ou logique

des excréments, autrement dit d’une « science de l’ordure ». En tout cas, ce qu’il nous propose, l’hétérologie, est une possible science globale de l’organisation : une science de la variété et de la multiplicité d’éléments s’opposant donc à n’importe quelle représentation homogène du monde. Cette nouvelle science se soulève alors contre toute conformité esthétique du monde, contre toute continuité poétique, contre toute uniformité religieuse. Toujours inquiète, l’hétérologie serait alors pour nous, penseur·euse·s architectes, l’abolition de l’homogénéisation de l’architecture sous un seul et transcendantal système, comme par exemple, le système capitaliste. Autrement dit, l’hétérologie s’oppose à n’importe quel système philosophique car elle ne cherche pas la cohérence d’une pensée, mais, au contraire, l’inhérence et la participation de tout élément possible. L’hétérologie devient alors une accumulation dans le but d’une saturation fertile. Elle ne cherche pas à expliquer mais à impliquer, tout en soulignant le besoin d’intégrer dans la pensée une détermination


propre de l’homme, celle imposée par deux impulsions humaines polarisées : l’excrétion et l’appropriation. Ainsi, pour Bataille, intégrer l’excrément dans l’acte de consommation est essentiel, car le processus d’appropriation se trouve, d’une façon naturelle, à l’intérieur même du processus d’excrétion5. Un regard hétérologique sur l’architecture peut alors nous permettre d’établir un rythme alternatif de pensée. Derechef, il ne s’agit plus de chercher la cohérence mais l’inhérence des références. Ainsi, la publication des textes variés qui nourrissent cette rubrique peut être comprise comme une lutte contre la suppression, sûrement hypocrite, de la digestion et de l’appropriation du caractère excrémentiel de la connaissance par la discipline architecturale. Le but n’étant pas de dégrader l’architecture en tant que discipline de tout et n’importe quoi mais de lui redonner ses lettres de noblesse en tant que « science de l’appropriation ». Pourtant, il ne s’agit pas d’une appropriation ayant pour but d’uniformiser

toute une pensée. Au contraire, il s’agit de rendre cette pensée architecturale multiple et riche en étrangeté, par le moyen d’une hétérogénéité. Ainsi, à l’homogénéité de la pensée qui construit une seule et unique identité, cette rubrique nous invite plutôt à nous identifier, à travers un échange, à tout ce qui nous entoure. Néanmoins, ce processus d’identification ne cherche pas l’épuisement de ce qui est étrange. En fait, Bataille nous alerte sur ce danger quand il nous dit que « l’identification de tous les éléments dont le monde est composé a été poursuivi avec une obstination constante, en sorte que les conceptions scientifiques aussi bien que les conceptions vulgaires du monde paraissent avoir abouti volontairement à une représentation aussi différente de ce qui pouvait être imaginé a priori que la place publique d’une capitale l’est d’un paysage de haute montagne6 ». De là, se dégage notre horizon : la lecture de ces documents (et le journal lui-même) comme un immense Atlas ouvert de connaissances qui cherche à réveiller des savoirs.

Il faut considérer que l’état de stagnation culturelle dans laquelle la discipline architecturale semble être aujourd’hui ne serait, dans ce sens, qu’une phase d’épuisement et d’appropriation du (d’un) monde, et que les mouvements historiques, actuels comme passés, montrent bien que l’état de stagnation précède alors toute révolution, ce que Bataille qualifie de « phase d’excrétion7 ». Car il faut bien dire que la dégradante séparation qui existe actuellement dans la discipline architecturale entre des actions dans le réel et une pensée logique, s’avère aujourd’hui presque inenvisageable, au regard de l’urgence d’assimiler et de comprendre (cumprendere – « prendre ensemble » nous rappelle le sociologue Michel Maffesoli) l’immense quantité de données, d’excrétions et de production, quasiment impossibles à digérer, qui peuplent le monde contemporain. Les documents-aliments que nous vous proposons ici sont en définitive composites. Ils ne sont pas présentés sous un aspect d’homogénéité frappante, repo-

sant sur des strictes convictions ou sur un jugement moral ou idéologique. En effet, comme les aliments, les savoirs ont des goûts et des parfums divers et variés. Il s’agira donc, tout simplement, de voir ces textes comme des ingrédients, parfois secrets (comme le texte de Paul B. Preciado Biopolitique à l’ère du capitalisme pharmacopornographique) ou sensuels (comme le texte d’Aaron Betsky Architecture and Same Sex Desire) ou bien gras (comme le texte du docteur Esquirol Des établissements des aliénés en France, et des moyens d’améliorer le sort de ces infortunés). Aliment de l’esprit critique, il faudrait cependant se poser la question : ce numéro d’Après la révolution sera-t-il un jour lui aussi, et nous l’espérons, une savoureuse ordure que des générations futures auront le plaisir de manger et de s’approprier. À nouveau, et pour reprendre les propos de Bataille, il faudrait donc considérer ces documents comme une communion de savoirs, dont la consommation peut être « sacramentelle (sacrificielle) ou non, suivant qu’on accuse ou qu’on détruit conventionnelle-

ment le caractère hétérogène des aliments8 ». 1 Pour une définition de ce que nous comprenons ici par Architecture, cf. le texte « Pour quoi ? » dans l’éditorial du présent numéro d’Après la révolution. 2 Georges Bataille, De la valeur d’usage de D.A.F. de Sade (lettre ouverte à mes camarades actuels) dans Œuvres complètes II Écrits posthumes 1922-1940, Paris, Gallimard, p. 72. 3 Ibid. p. 60. 4 Georges Bataille fait allusion à la racine du mot agios dans le sens de sacer « sacré ». Pour mémoire, l’homo sacer « l’homme sacré » désigne dans le droit romain une personne qui est exclue et qui peut être tuée par n’importe qui, mais qui, en revanche, ne peut pas faire l’objet d’un sacrifice humain car elle est « souillée ». Giorgio Agamben utilise l’expression « homo sacer » pour qualifier le réfugié politique ou le déporté. Cf. Bataille op. cit. p. 62 (note en bas de page) ; Cf. Giorgio Agamben, Homo sacer : le pouvoir souverain et la vie nue, Paris, Le Seuil, 1998. 5 G. Bataille, op. cit., p. 59. 6 Ibid., p. 60. 7 Ibid., p. 66. 8 Ibid., p. 59.

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FEEDING ARCHITECTURE AN INTRODUCTION TO DOCUMENTS Manuel Bello-Marcano The one who eats his shit vomits; he devours her puke. Marquis de Sade

be historical witnesses as well as operating actors of our contemporary reality.

architectural imagination in order to be able to imagine other forms of knowledge manducations.

In the following pages, we present a selection of texts gathered under a section that we have entitled Documents. With this title, we are referring in some way to the French journal Documents, an iconoclastic and cultural journal run by Georges Bataille, Georges Henri Rivière and Carl Einstein from 1929 to 1931. The purpose of the selected documents within this section is to propose diverse and varied ideas and points of view, having undergone a prudential brewing period. We therefore invite readers to devour these documents as one devours tenderized flesh, to appropriate them as one recovers objects thrown into the wasteland of history in order to give them a second life. We therefore propose that you make an ecology of knowledge, by updating all these texts as a single entity, by constituting an open corpus based on fragments, works, quotations, books, extracts, passages, pieces, manuals, etc. which could simultaneously

The idea of this section is not only to propose to the reader to conduct an investigation on a theme through the prism of architectural thinking, but also to open a counter-investigation on Architecture1 one which is hidden furtively in these various texts on public health; to digest these documents freed from a certain topicality, freed from the chains of memory and rights (of authors, of oblivion, of technical reproduction), finally, to assimilate these excreta-texts emancipated from history is a slow, delicate but nevertheless fascinating task. Because, just as when memorabilia is collected to fill a new space and give it new uses, the texts we present here are as much waste (in the noblest of senses) as possible contributions, it is hoped, to the collective (un)consciousness of architects. It remains to be defined how the latter can otherwise appropriate the knowledge gathered by these documents, the challenge being to nourish the

As when organizing waste to better recycle them, it may be difficult to link and organize the texts we present here. This is why the objective is to make architectural thought a reliable “binder” between heterogeneous ideas, while making these heterogeneous documents “linkable” and operative elements for architectural thinking. Appropriating these documents as enduring sources of excitement for architects can then be a logical task that concerns architecture as much as any other discipline. In this respect, it is therefore by thinking of a fundamental form of organization of these documents that we borrow from Georges Bataille the notion of the “heterological” to qualify the approach of this Documents section. Heterology, first of all, in the sense of assimilation of a foreign body, because a foreign body is either assimilated (eaten, physiologically appropriated, legally or intellectually appropriated) or rejected

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with the greatest brutality, that is, excreted2. But also in the sense of the sacrificial consumption which incorporates irreducibly heterogeneous elements into the reader, as such elements risk causing an increase in force3. Left incomplete by Bataille, the construction of this heterologous “science” is that of a science of what is totally other. Indeed, for Bataille, only that which thinks of the integration of what is strange, that is to say, what is at the same time fascinating and repulsive. That is why, to name this new science, he hesitates to use the word agiology, a word that etymologically would mean a science of the sacred in the sense of sacer4, that is, of the soiled or the saint. He also hesitates with the word scatology, to talk about this science or logic of excreta, in other words, about a “science of filth”. In any case, what he proposes to us, heterology, is a possible global science of organization: a science of variety and multiplicity of elements thus opposing any homogeneous representation of the world.

This new science then rises up against any aesthetic conformity of the world, against any poetic continuity, against any religious uniformity. Ever worried, heterology would then be for us, thinkers architects, the abolition of the homogenization of architecture under a single and transcendental system, such as, for example, the capitalist system. In other words, heterology is opposed to any philosophical system because it does not seek the coherence of a thought, but, on the contrary, the inherent and participatory nature of any possible element. Heterology then becomes an accumulation with the aim of fertile saturation. It does not seek to explain but to involve, while emphasizing the need to integrate into thought a human being’s own determination, that imposed by two polarized human impulses: excretion and appropriation. Thus, for Bataille, integrating excrement into the act of consumption is essential, because the appropriation process is, in a natural way, within the excretion process itself5.


A heterological look at architecture can then allow us to establish an alternative rhythm of thought. Furthermore, it is no longer a question of seeking the coherence but rather the inherence of references. Thus, the publication of the various texts that feed this section can be understood as a struggle against the suppression, surely hypocritical, of digestion and the appropriation of the excremental character of knowledge by the architectural discipline. The aim is not to weaken architecture as a discipline of everything and anything, but to restore it to its former glory as a “science of appropriation”. However, this appropriation is not intended to standardize an entire thought. On the contrary, it is a question of making this architectural thought multiple and rich in strangeness, by means of heterogeneity. Thus, in response to the homogeneity of thought that builds a single identity, this section invites us to identify ourselves, by means of an exchange, with everything that surrounds us. Nevertheless, this identification process does not seek the exhaustion of what

is strange. In fact, Bataille alerts us of this danger when he tells us that “the identification of all the elements of which the world is composed has been pursued with constant obstinacy, so that both scientific and vulgar conceptions of the world seem to have voluntarily led to a representation as different from what could be imagined a priori as the public square of a capital is from a high mountain landscape”6. Beyond that, let our horizon be that we can read these documents (and the journal itself) as an immense open Atlas of knowledge that seeks to revive knowledge. This is why it should be recalled that the state of cultural stagnation in which architectural discipline seems to be today, in this sense, would only be a phase of exhaustion and appropriation of the world (of a world), and that historical movements, current and past, clearly show that the state of stagnation is then preceding any revolution, what Bataille calls an “excretion phase”7. Because it must be said that the

degrading separation that currently exists in the architectural discipline between actions in reality and logical thought is now almost unthinkable, in view of the urgency to assimilate and understand (cumprendere—“to take together” reminds us the sociologist Michel Maffesoli) the immense quantity of data, excreta and production, almost impossible to digest, that inhabit the contemporary world. The documents-aliments we propose here are ultimately composite. They are not presented in a stark homogeneous aspect, based on strict convictions or moral or ideological judgment. Indeed, like food, knowledge has different and varied tastes and flavours. It will therefore simply be a matter of seeing these texts as ingredients, sometimes secret (like the text of Paul B. Preciado Biopolitics in the Era of Pharmacopornographic Capitalism) or sensual (like the text of Aaron Betsky Architecture and Same Sex Desire) or bold (like the text of Jean-Étienne Esquirol Establishments of Insane in France and Ways to Improve the

Fate of these Unfortunate People). Fuelled by critical thinking, however, the question should be asked whether this issue of Après la révolution will one day also be, as we hope, a tasty scumbag that future generations will have the pleasure of eating and taking over. Again, and to quote Bataille’s words, these documents should therefore be considered as a communion of knowledge, the consumption of which may be “sacramental (sacrificial) or not depending on whether the heterogeneous character of food is heightened or conven­tionally destroyed”8.

refugee or deportee. See Bataille op. cit. p. 62 (footnote); see Giorgio Agamben, Homo sacer : le pouvoir souverain et la vie nue. Paris, Le Seuil, 1998. 5 G. Bataille, op. cit., p. 59. 6 Ibid., p. 60. 7 Ibid., p. 66. 8 Ibid., p. 59.

1 For a definition of what we understand here by Architecture, see the text “What For?” in the editorial of this issue of Après la révolution. 2 George Bataille, De la valeur d’usage de D.A.F. de Sade (lettre ouverte à mes camarades actuels) in Œuvres complètes II Écrits posthumes 1922-1940, Paris, Gallimard, p.72. 3 Idem. p. 60. 4 Georges Bataille alludes to the root of the word agios in the sense of sacer “sacred”. For the record, in Roman law, the homo sacer “the sacred man” refers to a person who is excluded and who can be killed by anyone, but who, on the other hand, cannot be the object of a human sacrifice because he is “defiled”. Giorgio Agamben uses the expression “homo sacer” to describe the political

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BIOPOLITIQUE À L’ÈRE DU CAPITALISME PHARMACOPORNOGRAPHIQUE Paul B. Preciado Au cours de cette époque révolue, et pourtant récente, que nous appelons aujourd’hui fordisme, l’industrie de l’automobile synthétise et définit un mode spécifique de production et de consommation, une temporalisation tayloriste de la vie, esthétique polychrome et lisse de l’objet inanimé, une façon de penser l’espace intérieur et d’habiter la ville, un agencement conflictuel du corps et de la machine, un flux discontinu de désir et de résistance. Dans les années qui suivent la crise énergétique et

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le déclin des chaînes de montage, on cherchera à identifier les nouveaux secteurs porteurs de transformations de l’économie globale. On parlera ainsi des industries biochimiques, électroniques, informatiques, ou de la communication, comme de nouveaux supports industriels du capitalisme… Mais ces discours ne suffiront pas à expliquer la production de valeur ajoutée et la mutation de la vie dans la société actuelle. Il est pourtant possible d’esquisser une nouvelle chronologie des trans-

formations de la production industrielle du siècle dernier, en prenant pour axe la gestion politique et technique du corps, du sexe et de l’identité. En d’autres termes, il est philosophiquement pertinent d’entreprendre aujourd’hui une analyse sexopolitique de l’économie mondiale. Dans une perspective économique, la transition vers une troisième forme de capitalisme, après les régimes esclavagiste et industriel, est généralement si-

tuée autour des années 70, mais l’établissement d’un nouveau type de « gouvernement des vivant1 » émerge d’ores et déjà des ruines urbaines, corporelles, psychiques et écologiques de la Seconde Guerre mondiale – et, dans le cas de l’Espagne, de la guerre civile. Comment le sexe et la sexualité deviennent l’enjeu principal de l’activité politique et économique ? Suivez-moi : la mutation du capitalisme à laquelle nous assistons se caractérise non seulement par la transformation du

sexe en objet de gestion politique de la vie (comme Foucault en avait eu l’intuition dans sa description biopolitique des nouveaux systèmes de contrôle social), mais aussi par le fait que cette gestion s’effectue à travers les nouvelles dynamiques du techno-capitalisme avancé. Pendant la guerre froide, les États-Unis investissent plus d’argent dans la recherche scientifique sur le sexe et la sexualité qu’aucun pays ne l’avait fait tout au long de l’histoire. Pensons simplement que la période qui va


de la fin de la Première Guerre mondiale à la guerre froide constitue un moment sans précédent de visibilité des femmes dans l’espace public, et d’émergence de formes visibles et politisées de l’homosexualité dans des contextes aussi insoupçonnés que, par exemple, l’armée américaine2. Le maccarthysme américain des années 50 ajoute à la persécution patriotique du communisme la lutte contre l’homosexualité, considérée forme d’antinationalisme, en même temps qu’il exalte les valeurs traditionalistes de la masculinité laborieuse et de la maternité domestique3. On ouvre à cette époque, dans le cadre d’un programme de santé publique, des dizaines de centres de recherche sur la sexualité en Occident. Les docteurs George Henry et Robert L. Dickinson réalisent la première étude démographique de la « déviation sexuelle », connue sous le nom de « Sex Variant4 », à laquelle succéderont le Rapport Kinsey sur la sexualité et les protocoles de Stoller sur la féminité et la masculinité. Au même moment, les architectes Ray et Charles Eames collaborent avec l’armée américaine pour fabriquer des attelles pour les mutilés de guerre avec des plaques de contreplaqué plywood. Quelques années plus tard, ils utiliseront le même matériau pour construire les meubles caractérisant le design léger et l’architecture jetable américaine5. Harry Benjamin initie et systématise l’utilisation clinique d’hormones sexuelles, on commercialise les premières molécules de progestérone et d’œstrogène, d’abord obtenues naturellement à partir de sérum de jument (Prémarine), puis produites synthétiquement (Noréthindrone) peu de temps après. Entre 1946 et 1951 est mise au point la première pilule contraceptive (antibaby) à base d’œstrogènes synthétiques. L’œstrogène deviendra la molécule pharmaceutique la plus utilisée et la plus rentable de l’histoire de l’humanité6. En 1947, les laboratoires Eli Lilly (Indiana, États-Unis) commercialisent un opiacé simple, la molécule de méthadone, comme analgésique. Elle deviendra dans les années 70 le traitement de substitution le plus répandu dans les cures de désintoxication à l’héroïne7. La même année, le pédopsychiatre américain John Money invente le terme de « genre », qu’il différencie de la dénomination traditionnelle de « sexe », pour désigner l’appartenance de l’individu à un groupe culturellement reconnu comme « masculin » ou « féminin ». Il affirme qu’il est possible de « modifier le genre de n’importe quel bébé jusqu’à 18 mois8 ». On assiste en même temps à une croissance exponentielle de la production d’éléments transuraniens (produits artificiels de l’expérimentation radioactive), parmi lesquels le plutonium, combustible nucléaire employé à des fins militaires pendant la Seconde Guerre mondiale, et qui devient désormais un matériau du secteur civil. Le lifting facial, ainsi que diverses interventions de chirurgie esthétique, deviennent des techniques de consommation de masse. Andy Warhol se fait photographier pendant une opération de lifting, transformant son propre corps en objet pop. Au même moment, l’usage du plastique dans la fabrication des objets de la vie quotidienne se généralise. Visqueux et semi-rigide, imperméable, isolant électrique et thermique, le plastique, produit par la multiplication artificielle d’atomes de

carbone en longues chaînes moléculaires de composés organiques dérivés du pétrole, émet quand il brûle une pollution considérable. Sa production en masse définira les conditions matérielles d’une transformation écologique à grande échelle : destruction des ressources énergétiques primitives de la planète, consommation rapide et pollution élevée. En 1953, le soldat américain George W. Jorgensen se transforme en Christine et devient la première femme transsexuelle médiatisée. Hugh Hefner crée Playboy, la première revue porno américaine diffusée en kiosque, avec la photo de Marilyn Monroe nue en couverture du numéro 1. Dans l’Espagne franquiste, la Ley de Vagos y Maleantes (Loi sur le Vagabondage et la Délinquance) de 1954 inclut pour la première fois les homosexuels et les déviants sexuels. Le commandant Antonio Vallejo-Nájera, chef des services médicaux militaires, et le docteur Juan José Lopez Ibor mènent des recherches visant à définir les racines psychophysiques du marxisme (pour découvrir le fameux « gène rouge »), de l’homosexualité et de l’intersexualité. Les institutions médicales industrialisées – tant dans l’Espagne franquiste qu’en Occident démocratique – préconisent lobotomie, thérapies de modifications du comportement, traitement par électrochocs et castration thérapeutique à des fins eugénistes9. En 1958, la première phalloplastie – construction d’un pénis à partir d’une auto-greffe – est réalisée, en Russie, dans le cadre d’un processus de changement de sexe du féminin vers le masculin. En 1960, les laboratoires Eli Lilly commercialisent le Secobarbital, un barbiturique aux propriétés anesthésiques, sédatives et hypnotiques conçu pour le traitement de l’épilepsie, de l’insomnie, ou comme anesthésique dans des opérations brèves. Le Secobarbital, connu sous le nom de « pilule rouge » ou « doll », devient une des drogues de la culture rock underground des années 60. À cette même époque, Manfred E. Clynes et Nathan S. Kline inventent le terme de « cyborg » pour désigner un organisme techniquement supplémenté qui pourrait vivre dans un milieu extraterrestre et opérer comme « un système homéostatique intégré inconscient10 ». Il s’agit dans les faits d’un rat de laboratoire auquel a été implantée une prothèse osmotique qu’il traîne derrière lui, comme une queue cybernétique. En 1966, les premiers antidépresseurs sont inventés, ils interviennent directement dans la synthèse du neurotransmetteur sérotonine, et conduiront en 1987 à la conception de la molécule de Fluoxétine, commercialisée par la suite sous des noms divers, selon les laboratoires, dont le plus célèbre sera le Prozac, fabriqué par Eli Lilly. En 1971, le Royaume-Uni promulgue la Loi sur l’Abus des Drogues régulant la consommation et le trafic des psychotropes. La gravité des peines pour usage et trafic varie de la catégorie A (cocaïne, méthadone, morphine…) à la catégorie C (cannabis, kétamine…). L’alcool et le tabac restent en dehors de cette classification. Et LSD was better than Jesus. En 1972, Gerard Damiano réalise, avec l’argent de la mafia californienne, le film Deep Throat (Gorge Profonde), un des premiers pornos commercialisés publiquement aux ÉtatsUnis. Deep Throat deviendra l’un des films les plus vus de tous les

temps et générera un bénéfice dépassant les 600 millions de dollars. L’industrie du cinéma pornographique explose, passant de trente films clandestins en 1950 à deux mille cinq cents en 1970. En 1973, l’homosexualité sort de la liste des maladies recensées par le DSM (Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux). En 1974, comme traitement au défaut d’érection, le Soviétique Victor Konstantinovich Kalnberz brevette le premier implant pénien, construit autour d’une structure faite de baleines en polyéthylène, créant un pénis naturel en érection permanente. Ces implants seront abandonnés au bénéfice de leurs variantes chimiques car ils seront jugés « physiquement incommodes et émotionnellement déconcertants ». Bill Gates et Paul Allen fondent Microsoft alors que Foucault respirait l’air de nitrite d’amyle dans les backrooms de San Francisco. En 1977, l’État de l’Oklahoma pratique la première injection létale, composée de barbituriques similaires à la « pilule rouge », au cours d’une exécution capitale. Une méthode analogue avait été appliquée dans le programme Action T4 d’hygiène raciale de l’Allemagne nazie, où furent euthanasiées entre soixante-quinze et cent mille personnes atteintes de déficiences physiques ou psychiques. Par la suite, ce procédé fut abandonné, en raison de son coût pharmaceutique élevé, et remplacé par la chambre à gaz, ou la mort par inanition. En 1983, le transsexualisme est inclus dans le DSM en tant que trouble mental de « dysphorie de genre ». Au début du nouveau millénaire, quatre millions d’enfants sont traités à la Ritaline pour hyperactivité et pour le syndrome nommé « déficit d’attention », et plus de deux millions d’enfants consomment des psychotropes destinés à contrôler la dépression infantile.

Nous sommes face à un nouveau type de capitalisme chaud, psychotropique et punk. Ces récentes transformations imposent l’agencement de nouveaux dispositifs microprosthétiques de contrôle de la subjectivité avec des plateformes techniques biomoléculaires et médiatiques. Cette dépend « économie-monde11 » de la production et de la circulation de centaines de tonnes de stéroïdes synthétiques, de la diffusion globale de flux d’images pornographiques, de l’élaboration et dissémination de nouvelles variétés de psychotropes synthétiques légaux et illégaux (Lexomil, Spécial K, Viagra, speed, crystal, Prozac, ecstasy, poppers, héroïne, Oméprazole…), du flux des signes et de circuits de transmission numérique d’information, de l’extension à la totalité de la planète d’une forme d’architecture urbaine diffuse dans laquelle des mégacités bidonvilles12 côtoient des nœuds de haute concentration de sexe-capital. Ce ne sont que quelques-uns des indices de l’apparition d’un régime postindustriel, global et médiatique, dont la pilule et Playboy sont paradigmatiques, et que

je nommerai dorénavant pharmaco-pornographique, prenant pour référence les processus de gouvernement de la subjectivité sexuelle, dans ses modes moléculaires (pharmaco) et sémiotechniques (-porno). Si ses lignes de force puisent leurs racines dans la société scientifique et coloniale du XIXe siècle, ses vecteurs économiques ne deviennent visibles qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. D’abord dissimulés sous les apparences de l’économie fordiste, ils sont révélés dans les années 70 par l’effondrement progressif de cette dernière. Au cours du XXe siècle, la psychologie, la sexologie et l’endocrinologie ont établi leur autorité matérielle, transformant les concepts de psychisme, libido, conscience, féminité et masculinité, hétérosexualité et homosexualité en réalités tangibles, substances chimiques, molécules commercialisables, corps, biotypes humains, valeurs marchandes gérables par les multinationales pharmacopornographiques. L’hégémonie de la science, en tant que discours et pratique technique, découle de ce que Ian Hacking13, Steve Woolgar et Bruno Latour14 appellent son « autorité matérielle », c’est-à-dire sa capacité à inventer et produire des artefacts vivants. Si la science est la nouvelle religion de la modernité, c’est par sa puissance performative : elle a la capacité de créer, et pas simplement de décrire, la réalité. La grande réussite de la techno-science contemporaine est de transformer notre dépression en Prozac, notre masculinité en testostérone, notre érection en Viagra, notre fertilité/ stérilité en Pilule, notre sida en trithérapie. Sans qu’il soit possible de démêler ce qui vient en premier, de la dépression ou du Prozac, du Viagra ou de l’érection, de la testostérone ou de la masculinité, de la pilule ou de la maternité, de la trithérapie ou du sida. Cette production en autofeed-back est le propre du pouvoir pharmacopornographique. La production pharmacopornographique caractérise aujourd’hui une ère nouvelle de l’économie politique mondiale, non par sa prépondérance quantitative, mais parce que le contrôle, la production et l’intensification des affects narcotico-sexuels sont devenus le modèle de toute autre forme de production. Le contrôle pharmacopornographique infiltre et domine ainsi tous les flux du capital, de la biotechnologie agraire à l’industrie high-tech de la communication. À l’ère pharmacoporniste, l’industrie du gouvernement sexopolitique du corps synthétise et définit un mode spécifique de production et de consommation, une temporalisation masturbatoire de la vie, une esthétique virtuelle et hallucinogène de l’objet vivant, une architecture qui transforme l’espace intérieur en extérieur et la ville en intériorité et « junkspace15 » via des dispositifs d’autosurveillance et de diffusion ultra-rapides de l’information, un mode continu de désirer et de résister, de consommer et de détruire, d’évoluer et de s’autodétruire. Ce capitalisme pharmacopornographique fonctionne en réalité grâce à la gestion biomédiatique de la subjectivité, au travers de son contrôle moléculaire et de la production de connexions virtuelles audiovisuelles. L’industrie pharmaceutique et l’industrie audiovisuelle du sexe sont les deux piliers sur lesquels s’appuie le biocapitalisme contemporain, les deux tentacules d’un circuit intégré gigantesque et visqueux. Voici le pharmacoporno-pro-

gramme de la seconde moitié du XXe siècle : contrôler la sexualité des corps codifiés comme femmes et faire éjaculer les corps codifiés comme hommes. La pilule, le Prozac et le Viagra sont à l’industrie pharmaceutique ce que la pornographie, avec sa grammaire de pipes, pénétrations et cum-shot, est à l’industrie culturelle : le jackpot du biocapitalisme postindustriel.

HISTOIRE DE LA TECHNOSEXUALITÉ Discontinuité de l’histoire, du corps, du pouvoir : Foucault décrit le passage, de la fin du XVIIIe siècle, d’une « société souveraine » à une « société disciplinaire », comme le déplacement d’une forme de pouvoir, qui décide et ritualise la mort, vers une nouvelle forme de pouvoir, qui calcule techniquement la vie en termes de population, de santé et d’intérêt national. Biopouvoir est le nom de cette nouvelle forme de pouvoir producteur, diffus et tentaculaire : débordant du domaine juridique et du cadre punitif, il devient une force qui pénètre et constitue le corps de l’individu moderne. Ce pouvoir ne se comporte plus comme une loi coercitive, un ordre négatif, mais plus versatile et accueillant, acquiert la forme d’une technologie politique générale, se métamorphosant en architectures disciplinaires (prison, caserne, école, hôpital…), textes scientifiques, tableaux statistiques, calculs démographiques, modes d’emploi, recommandations d’usage, calendriers de régulation de la vie et projets d’hygiène publique. Un art moderne de gouverner la vie se constitue ainsi, où le sexe et la sexualité occupent, selon Foucault, une place centrale : processus d’hystérisation du corps féminin, pédagogie sexuelle des enfants, régulation des conduites de procréation et psychiatrisation des plaisirs pervers constituent, selon lui, les axes de ce projet qu’il caractérise, non sans ironie, comme un processus de modernisation de la sexualité16. Suivant les intuitions de Michel Foucault, Monique Wittig et Judith Butler, j’appelle sexopolitique17 une des formes dominantes de cette action biopolitique qui émerge avec le capitalisme disciplinaire. Le sexe, sa vérité, sa visibilité, ses formes d’extériorisation, la sexualité, les voies normales et pathologiques du plaisir, et la race, sa pureté ou sa dégénérescence, sont trois puissantes fictions somatiques qui obsèdent le monde occidental à partir du XIXe siècle, jusqu’à constituer l’horizon de toute action théorique, scientifique et politique contemporaine. Ce sont des fictions somatiques, non parce qu’elles sont dépourvues de réalité matérielle, mais parce que leur existence dépend de ce que Judith Butler appelle la « répétition performative18 » de processus de construction politique. Nous pourrions appeler « empire sexuel » (sexualisant la chaste expression de Hardt et Negri19) ce système de construction biopolitique qui prend pour centre somatique d’invention et de contrôle de la subjectivité le « sexe » de l’individu moderne. La sexopolitique disciplinaire occidentale de la fin du XIXe siècle et d’une bonne partie du XXe ne se réduit pas à une régulation des conditions de reproduction de la vie, ni aux processus biologiques qui « concernent la population ». Le DOCUMENTS

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corps hétérosexuel devient l’artefact qui remportera le plus de succès gouvernemental dans la sexopolitique du XIXe siècle. La « pensée straight » – pour reprendre l’expression élaborée par Monique Wittig dans les années 80 pour désigner l’hétérosexualité, non comme pratique sexuelle, mais comme régime politique20 – garantit la relation structurelle entre la production de l’identité de genre et la production de certains organes (au détriment d’autres) comme organes sexuels et reproductifs. Une tâche importante de ce travail disciplinaire consistera à exclure l’anus des circuits de production du plaisir. Deleuze et Guattari : l’anus est le premier organe privatisé, banni du champ social, celui qui a servi de modèle à toutes privatisations postérieures, en même temps que l’argent exprimait le nouvel état d’abstraction des flux21. L’anus, comme centre de production de plaisir (et, en ce sens, proche de la bouche ou de la main, organes eux aussi fortement contrôlés au XIXe siècle par la régulation sexopolitique antimasturbation et antihomosexualité) n’a pas de genre. Ni masculin ni féminin, il produit un court-circuit dans la division sexuelle. Centre de passivité primordiale, lieu abject par excellence, proche du détritus et de la merde, c’est un trou noir universel dans lequel s’engouffrent les genres, les sexes, les identités, le capital. L’Occident dessine un tube pourvu de deux orifices : une bouche, émettrice de signes publics, et un anus impénétrable, autour desquels il enroule une subjectivité masculine et hétérosexuelle, qui acquiert le statut de corps social privilégié. Jusqu’au XVIIe siècle, l’épistémologie sexuelle du régime souverain est dominée par ce que l’historien Thomas Laqueur appelle « un système de ressemblances » : l’anatomie sexuelle féminine est constituée comme une variation faible, intériorisée et dégénérée, du seul sexe possédant une existence ontologique, le sexe masculin22. Les ovaires sont considérés comme des testicules intériorisés et le vagin comme un pénis inversé qui sert de réceptacle au sexe masculin. L’avortement et l’infanticide, pratiques courantes, ne sont pas régulées par l’appareil juridique de l’État, mais par les différents micropouvoirs économico-politiques auxquels le corps en gestation se trouve rattaché (tribu, maison féodale, pater familias…). Deux expressions sociales et politiques hiérarchiquement différenciées se répartissent la surface d’un modèle « mono-sexuel » : « l’homme », canon de l’humain, et « la femme », réceptacle reproducteur. L’assignation du sexe dépend non seulement de la morphologie externe des organes sexuels, mais avant tout de la capacité reproductrice et du rôle social. Une femme à barbe capable de gestation, de mettre au monde et d’allaiter son enfant, indépendamment de la forme et de la taille de sa vulve, sera considérée comme femme. Dans cette configuration somatopolitique, le sexe et la sexualité (pensons que le terme de « sexualité » ne sera pas inventé avant 1880) ne constituent pas encore des catégories de savoir ni des techniques de subjectivation susceptibles de surpasser la segmentation politique séparant l’esclave de l’homme libre, le citoyen du métèque, le seigneur du serf. Demeurent des différences entre masculinité et féminité, et entre plusieurs modes de production du plaisir sexuel, mais qui ne déterminent pas en-

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core les cristallisations de la subjectivité politique. Projet d’une nouvelle science générale des corps sexués, théorie des signes analysant les désirs : ainsi s’est constituée à partir du XVIIIe siècle une nouvelle épistémologie visuelle sexopolitique qui ne repose plus sur des « ressemblances » mais sur un « système d’oppositions ». Se dessine alors une nouvelle anatomie sexuelle, dans laquelle le sexe féminin cesse d’être inversion ou intériorisation du sexe masculin, pour devenir un sexe entièrement différent, dont les formes et les fonctions répondent à une logique propre. Pour Laqueur, l’invention d’une esthétique de la différence sexuelle est nécessaire à l’établissement d’une hiérarchie anatomico-politique entre les sexes (masculin, féminin) et les

Searle en 1951, sous la forme de la molécule de norethindrone, variante synthétique et assimilable par voie orale de la molécule active de progestérone. L’examen des réseaux économiques et techniques qui ont abouti à la production de la pilule nous font découvrir qu’elle est mise au point dans le cadre d’une recherche expérimentale pour l’aide à la procréation de familles blanches catholiques stériles. Les processus de recherche et d’évaluation de son efficacité technique révèlent ses racines coloniales : l’action de la première pilule contraceptive sera étudiée dans l’île de Puerto Rico, sur des corps de femmes de la population noire locale. Elle est testée simultanément sur divers groupes de patients psychiatriques du Worcester State Hospital et sur les pensionnaires de la prison d’État de l’Oregon entre 1956 et 1957 : cette recherche vise à contrôler la natalité chez les femmes, et diminuer la libido et les « tendances homosexuelles » chez les hommes. L’analyse transversale des espaces géopolitiques et institutionnels, ainsi que des implications raciales, sexuelles et de genre dans l’utilisation des

races (Blancs, non-Blancs) face au soulèvement des mouvements révolutionnaires et de libération qui demandent l’élargissement de l’horizon de la sphère publique aux femmes et aux étrangers. La vérité anatomique opère ici comme légitimation d’une nouvelle organisation politique du social. La mutation qui donnera lieu au régime disciplinaire commence avec l’avènement de la différence sexuelle, la répression technique de la masturbation et l’invention du sujet sexuel23. Le point culminant de ces technologies rigides et lourdes de production d’identités sexuelles sera atteint en 1868, avec la pathologisation de l’homosexualité et la normalisation bourgeoise de l’hétérosexualité. L’avortement et l’infanticide post-partum seront désormais surveillés et sévèrement punis par la loi. Le corps et ses produits appartiennent au pater familias et,

par extension, à l’État et à Dieu. S’il est vrai que jusqu’ici l’analyse de Foucault, quoique chronologiquement inexacte, semble d’une grande acuité critique, il n’est pas moins vrai que sa perspicacité perd en intensité au fur et à mesure que son analyse se rapproche de la société contemporaine.

« société de contrôle24 ». Je préfère la nommer : société pharmacopornographique, faisant dialoguer Burroughs et Bukowski. Voilà les deux devises de ce nouveau contrôle sexo-micro-informatique : shoot et éjaculation politiquement programmés.

Foucault néglige l’émergence d’un ensemble de transformations profondes des technologies de production de corps et de subjectivité qui se succèdent à partir de la Seconde Guerre mondiale, et qui nous obligent à conceptualiser un troisième régime de subjectivation, un troisième système de savoir-pouvoir, ni souverain ni disciplinaire, ni pré-moderne ni moderne. Deleuze et Guattari, s’inspirant de William Burroughs, appellent ce « nouveau monstre » de l’organisation du social dérivant de ce contrôle biopolitique

LE PANOPTIQUE COMESTIBLE

premières molécules d’œstrogène et de progestérone synthétiques, permet de définir la pilule non seulement comme une méthode de gestion des naissances, mais aussi et surtout comme une méthode de production et de purification de la race, une technique eugéniste de contrôle de reproduction de l’espèce25. En ce sens, la pilule fonctionne comme une pièce sémiotico-matérielle clé (à la fois machine et discours) dans la grammaire hétéro-coloniale de la culture occidentale, obsédée par la contamination des lignées, la pureté de la race, la séparation des sexes et le contrôle des genres26.

deuxième pilule est donc mise au point, dont l’efficacité est égale, à cette seule différence près : elle est capable de reproduire techniquement le rythme des cycles menstruels naturels.

et la consommation de la pilule montrent que les hormones sont des fictions sexopolitiques, des métaphores technovivantes qui, susceptibles d’être avalées, digérées, assimilées, incorporées, sont des artefacts pharmacopornographiques capables de créer des formations corporelles s’intégrant à des organismes politiques plus vastes, comme les institutions médico-légales, les États-Nations ou les réseaux globaux de circulation du capital. L’administration massive et à hautes doses d’œstrogènes et de progestérone aux corps de biofemmes occidentales de l’après-guerre permet de produire et reproduire la féminité à l’état pur. Cette nouvelle féminité microprosthétique est une technique pharmacopornographique brevetée, commercialisable, transférable et implantable dans n’importe quel corps vivant. Les œstrogènes et la progestérone administrées à haute dose pendant cette époque se révèlent peu à peu cancérigènes et responsables de diverses altérations cardiovasculaires, sans que la consommation de la pilule diminue pour autant (au contraire : sa consommation a augmenté de façon exponen-

Il est particulièrement frappant, ici, que la pilule opère depuis le début comme une technique, non seulement de gestion de la reproduction, mais aussi de contrôle et de production de genre. La première pilule inventée, quoiqu’ efficace comme contraceptif, est refusée par l’Institut Américain de la Santé (AHI) parce qu’elle supprime totalement les règles et remet donc en question, selon le comité scientifique américain, la féminité des Américaines. Une

S’il est possible d’évoquer, avec Judith Butler, une « production performative du genre », il faut préciser que ce qui est codifié, imité, et répété coercitivement, ici, ce n’est pas seulement une représentation théâtrale ou un code sémiotique, mais bien la totalité biologique du vivant. Je nommerai « biodrag » ce processus, en référence aux pratiques et cultures drag – drag queens (homme biologiquement défini qui pratique une forme visible de féminité) et drag kings (femme biologiquement définie qui pratique une forme visible de masculinité) : production pharmacopornographique de fictions somatiques de féminité et de masculinité. Ce qui est représenté et imité techniquement par la pilule n’est déjà plus un code vestimentaire ou un style corporel, mais un processus biologique : le cycle menstruel. Les processus de féminisation liés à la production, la distribution

Au moment où commencent à circuler dans les sociétés occidentales la notion de genre, la bombe H, les implants mammaires en silicone, les prothèses électriques, l’ordinateur et les meubles en formica, est fabriquée une nanotechnique pionnière de modification hormonale domestique, portable et comestible : la première pilule contraceptive est inventée presque par erreur par Gregory Pincus et les laboratoires


tielle depuis les années 70), sans non plus que soient modifiées les consignes de l’Organisation Mondiale de la Santé. La quantité d’œstrogène et de progestérone contenue dans un traitement mensuel est passée de 150 microgrammes d’œstrogène et jusqu’à 200 milligrammes de progestérone dans les années 70, à 10 microgrammes de l’un et 15 milligrammes de différentes variantes de l’autre dans les contraceptifs actuels. Afin d’améliorer la sécurité, l’actuelle micropilule (méthode la plus prescrite pendant les périodes d’allaitement) administre un dosage moins important pendant un plus grand nombre de jours, diminuant les jours de pilule placebo, pendant lesquels se produisent ce que nous pourrions appeler les techno-règles, c’est-à-dire un saignement techniquement induit

féminine. De l’autre côté, nous assistons à l’infiltration progressive des techniques de contrôle social propres au système disciplinaire à l’intérieur du corps individuel. La question n’est plus seulement de punir les infractions sexuelles des individus, ni de surveiller et corriger leurs déviations via un code de lois externes ou de disciplines intériorisées, mais de modifier leurs corps, en tant que plateformes vivantes d’organes, de flux, de neurotransmetteurs, de possibilités de connexion et d’agencements, pour en faire à la fois l’instrument, le support et l’effet d’un programme politique. Nous sommes certes toujours face à une forme de contrôle social, mais il s’agit ici d’un contrôle pop, un contrôle en mousse, multicolore, aux oreilles de Mickey et décolleté de Brigitte Bardot, par opposition au contrôle froid et disciplinaire du panoptique dépeint par Foucault. La plaquette mensuelle de pilules, avec l’impératif d’administration quotidienne, la possibilité d’oubli ou de gestion incorrecte, sa temporalité rituelle, son design pop multicolore proche des boîtes Campbell immortalisées en 1960

qui produit l’illusion du cycle naturel. Il s’agit de méthodes techniques biodrag dont l’objectif est la « mimesis du cycle physiologique normal27 ». De la deuxième pilule de Pincus jusqu’à l’actuelle micropilule, ces techniques d’invention hormonale fonctionnent selon un principe de biocamouflage : premièrement ils interrompent le cycle hormonal naturel, puis ils provoquent techniquement un cycle artificiel restituant l’illusion de la nature. La première de ces actions est contraceptive, la seconde est corollaire d’une intention de production pharmacopornographique du genre : faire en sorte que le corps des techno-femmes du XXe siècle perpétue l’illusion d’être l’effet de lois naturelles immuables, transhistoriques et transculturelles. Une étude récente, menée par l’université de Boston, met en évidence la relation entre la consommation de

la pilule contraceptive, la baisse des niveaux de biodisponibilité de la testostérone (réduite de 40 à 60 %) et la chute de la libido chez les femmes. L’étude prévient que la prise d’œstrogène synthétique peut modifier la production hormonale globale, et propose l’administration de gel de testostérone à microdoses pour augmenter « la fonction sexuelle des femmes consommatrices de la pilule28 ».

par Andy Warhol, évoque un calendrier chimique où chaque jour est signalé par l’indispensable présence d’une pastille. Sa présentation sous forme circulaire invite à suivre le mouvement du temps sur un cadran, comme sur une horloge, l’alarme qui annonce l’heure de l’ingestion opère comme un dispositif d’autosurveillance domestique de la sexualité féminine30. Version moléculaire, endocrinologique et high-tech d’un mandala, du livre des heures ou de l’examen de conscience quotidien des Exercices de Loyola, cette microprothèse hormonale permet, en plus de réguler l’ovulation, de produire l’âme du sujet hétérosexuel « femme moderne ». L’âme chimiquement régulée de la petite pute hétérosexuelle assujettie aux désirs sexuels du biomacho occidental. Hors ce microfascisme pop, moléculaire et ultra-individualisé, il est difficile d’expliquer comment la pilule a pu être privilégiée médicalement et juridiquement comme contraceptif devant d’autres méthodes moins toxiques, présentant moins d’effets secondaires et exigeant une attention quotidienne bien moindre, comme la vasectomie

(stérilisation masculine), le RU486, la pilule du lendemain, ou l’avortement par aspiration utérine au stade précoce de la gestation. Mais la pilule dépend d’une décision individuelle d’administration et de calcul temporel de la prise, elle induit inexorablement l’accident, elle compte sur l’accident, elle le programme, elle pense l’accident comme possibilité sine qua non de la sexualité féminine. La logique hétérosexiste qui domine la pilule répond à cette double exigence contradictoire : toute femme doit être à la fois fertile (et l’être via l’insémination hétérosexuelle) et capable de réduire la possibilité de sa fertilité de manière asymptotiquement proche de zéro, sans pour autant l’annuler complètement (auquel cas la possibilité d’une relation hétérosexuelle, avec son équation sexe = reproduction, semblerait manquer d’intérêt), de manière à ce que la conception accidentelle reste possible.

Mais l’administration de testostérone aux femmes reste aujourd’hui encore un tabou hormonal à caractère politique. La production de la féminité dans le régime pharmacopornographique opère selon une logique paradoxale : d’une part on administre la pilule aux biofemmes de manière généralisée, et de l’autre on cherche un moyen pharmacologique de pallier la dépression et la frigidité29. La biofemme du XXIIe

Un seul problème : la gestion individuelle et autonome par la femme introduit une possibilité d’agencement politique. À partir des années 50, la construction de

siècle résulte de ce court-circuit somato-politique ; sa subjectivité se module dans l’étroite marge d’agencement créée par ces champs de force divergents. La formation de la société pharmacopornographique se caractérise par l’apparition, au milieu du XXe siècle, de deux nouveaux vecteurs de production de la subjectivité sexuelle. D’un côté, comme nous l’avons vu, l’introduction de la notion de « genre » comme dispositif technique, visuel et performatif de sexuation du corps, la réorganisation du système médico-juridique, éducatif et médiatique qui jusque-là articulait les notions de normalité et de perversion autour du binôme hétérosexualité/ homosexualité et qui, à partir de ce moment, contemplera la possibilité de modifier techniquement le corps de l’individu pour « fabriquer une âme » masculine ou

Medicina, 1984. 10 Manfred E. Clynes, Nathan S. Kline, « Cyborgs and Space », in Journal of Astronautics, New-York, American Rocket Society, septembre 1960, p. 27-31 et 74-75. 11 J’utilise ici l’expression bien connue d’Immanuel Wallerstein, Capitalisme et économie-monde, 1450-1640, Paris, Flammarion, 1980. 12 Mike Davis, Planète Bidonvilles, Paris, Ed. Ab irato, 2005. 13 Ian Hacking, Representing and Intervening. Introductory Topics in the Philosophy of Natural Science, Cambridge, Cambridge University Press, 1986. 14 Bruno Latour et Steve Woolgar, La Vie de laboratoire. La construction des faits scientifiques, Paris, La Découverte, 1988. 15 Sur l’élaboration de cette notion, voir Rem Koolhaas, « Junkspace », October, 100 Spring, 2002, p. 175-190. 16 Michel Foucault, Histoire de la sexualité. La volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976, p. 136-139. 17 Paul B. Preciado, « Multitudes Queer », in Multitudes 12, Paris, 2002, p. 17-25. 18 Voir la notion de répétition performative chez Judith Butler, Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion, Paris, La Découverte, 2005, p. 256-266. 19 Toni Negri et Michael Hardt, Empire, Paris, Exils Editeur, Paris, 2000. 20 Monique Wittig, La Pensée straight, Paris, Balland, 2001, p. 65-76. 21 Gilles Deleuze et Félix Guattari, L’Anti-Œdipe, Capitalisme et schizophrénie, Paris, Éditions de Minuit, 1972, chapitre 3. 22 Thomas Laqueur, La Fabrique du sexe. Essai sur le corps et le genre en Occident, Paris, Gallimard, 1992. 23 Thomas Laqueur, New-York, Solitary sex: A cultural History of Masturbation, New York, Zone Books, 2003. 24 Gilles Deleuze, Pourparlers, Paris, Éditions de Minuit, 1990, p. 240-247. 25 Sur la pilule et la purification raciale, voir : Dorothy Roberts, Killing the Black Body, Race, reproduction and the Meaning of Liberty, New-York, Vintage, 1997. 26 Sur la « vie pure » comme objectif du technobiopouvoir, voir Donna J. Haraway, op. cit., 1997, p. 60-62. 27 « Mimicking the normal physiological cycle », in Anna Glasier, « contraception – past and future », Lothian Primary Care NHS Trust and University of Edinburgh Department of Reproduction and Development, Edinburgh, EH41NL, Scotland, octobre 2002. 28 Katrina Woznicki, « Birth Control Pills May Produce Protracted Effects on Testosterone Levels », MedPage Today Staff Writer, Janvier 03, 2006 ; Panzer et al, « Impact of Oral Contraceptives on Sex Hormone-Binding Globulin and Androgen Levels: A Retrospective Study in Women with Sexual Dysfunction », The Journal of Sexual Medicine, janvier 2006, 3, p. 104-113. 29 Cette logique est comparable à la relation entre répression de la masturbation et production de la crise hystérique par des moyens mécaniques dans le régime sexodisciplinaire du XIXe siècle. Voir l’analyse de cette production paradoxale dans Paul B. Preciado, Manifeste contrasexuel, Paris, Balland, 2000, p. 73-88. 30 Les premières plaquettes de pilule, designées dans les années 60, étaient équipées d’une alarme intégrée.

la bioféminité est devenue processus de travestissement somatopolitique (bio-drag) : surcodification moléculaire et de transformation de la structure de la vie. Référence : Paul B. Preciado, « Biopolitique à l’ère du capitalisme pharmacopornographique », Chimères, vol. 74, no 3, 2010, pp. 241-257. 1 Michel Foucault, Du gouvernement des vivants (1979-1980), Leçons du Collège de France, 1879-1980, in Dits et Écrits, tome IV, Paris, Gallimard, 1974, p. 641-642. 2 Alan Berube, Coming Out Under Fire: The History of Gay Men and Women in World War Two, New York, The Free Press, 1990. 3 John d’Emilio, Sexual politics, Sexual Communities: The Making of a Homosexual Minority in the United States, 1940-1970, Chicago, Chicago University Press, 1983. 4 Jennifer Terry, An American Obsession: Science, Medicine and Homosexuality in Modern Society, Chicago, Chicago University Press, 1999, p. 178-218. 5 Beatriz Colomina,, Domesticity at War, Cambridge, MA, MIT Press, 2007. 6 Andrea Tone, Devices and Desires. À History of Contraceptives in America, Hill and Wang, New York, 2001. 7 Tom Carnwath et Ian Smith, Heroin Century, Londres et New York, Routledge, 2002. 8 John Money, John Hamson et Joan Hamson, « Imprinting the Establishment of the Gender Role », Archives of Neurology and Psychiatry, 77, Chicago, 1957. Cf. aussi John Money, Sexual Signatures: On Being Man or Woman, Boston, Little Brown, 1980. 9 Voir par exemple Antonio Vallejo-Nájera, La Sexualización de los psicópatas, Madrid,

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BIOPOLITICS IN THE ERA OF PHARMACOPORNOGRAPHIC CAPITALISM Paul B. Preciado During this past, and yet recent, era that we now call Fordism, the automobile industry synthesized and defined a specific mode of production and consumption, a Taylorist temporalization of life, a polychrome and smooth aesthetic of the inanimate object, a way of thinking about the inner space and living in the city, a conflictive arrangement of the body and the machine, a discontinuous flow of desire and resistance. During the years following the energy crisis and the decline of assembly lines,

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efforts will be made to identify new sectors that would bring transformations in the global economy. We will thus speak about biochemical, electronic, computer or communication industries as new industrial supports of capitalism… But these discourses will not be enough to explain the production of added value and the mutation of life in today’s society. However, it is possible to sketch a new chronology regarding the transformations of industrial production in the last century, focu-

sing on the political and technical management of the body, gender and identity. In other words, it is philosophically relevant to undertake a “genderpolitical” analysis of the global economy today. From an economic perspective, the transition to a third form of capitalism, after the slave and industrial regimes, is generally placed around the 1970s, but the establishment of a new type of “government of the living1” is already emerging from the ur-

ban, physical, psychological and ecological ruins of the Second World War—and, in the case of Spain, from the civil war. How do sex and sexuality become the main issue in political and economic activity? Follow me: the transformation of capitalism that we are witnessing is characterized not only by the transformation of sex into an object of political management of life (as Foucault had intuited in his biopolitical description of the new systems of social control), but also by the fact

that this management is carried out through the new dynamics of advanced techno-capitalism. During the Cold War, the United States invested more money in scientific research on sex and sexuality than any country in history had ever done. Let us simply think that the period from the end of the First World War to the Cold War is an unprecedented moment of women’s visibility in the public arena, and the emergence of visible and politicized forms of homosexuality in contexts as un-


suspected as, for example, the US military2. American McCarthyism in the 1950s added to the patriotic persecution of communism the fight against homosexuality, considered as a form of anti-nationalism, while at the same time exalting the traditionalist values of working masculinity and domestic motherhood3. At that time, as part of a public health program, dozens of sexuality research centres were opened in the West. George Henry and Robert L. Dickinson conducted the first demographic study of “sexual deviation”, known as “Sex Variant4”, which will be followed by the Kinsey Report on Sexuality and the Stoller Protocols on Femininity and Masculinity. At the same time, architects Ray and Charles Eames were working with the American army to manufacture splints for war cripples using plywood plates. A few years later, they used the same material to build the furniture that characterized the lightweight design and American disposable architecture5. Harry Benjamin initiated and systematised the clinical use of sex hormones, the first progesterone and estrogen molecules were marketed, first obtained naturally from mare serum (Premarin) and then synthetically produced (Norethindrone) shortly afterwards. Between 1946 and 1951, was developed the first contraceptive pill (antibaby) based on synthetic estrogens. Estrogen will become the most widely used and profitable pharmaceutical molecule in human history6. In 1947, Eli Lilly Laboratories (Indiana, United States) marketed a single opiate, the methadone molecule, as an analgesic. In the 1970s, it became the most widespread substitution treatment in heroin detoxification therapy7. That same year, American child psychiatrist John Money coined the term “gender”, which he differentiated from the traditional term “sex”, to designate the individual’s membership in a group culturally recognized as “male” or “female”. He said it is possible to “change the gender of any baby up to 18 months of age8”. At the same time, there is an exponential growth in the production of transuranium elements (artificial products of radioactive experimentation), including plutonium, a nuclear fuel used for military purposes during the Second World War, which is now becoming a material in the civilian sector. Facial lifting, as well as various plastic surgery procedures, are becoming mass consumption techniques. Andy Warhol is photographed during a facelift operation, transforming his own body into a pop object. At the same time, the use of plastic in the manufacture of everyday objects is becoming more widespread. Viscous and semi-rigid, impermeable, electrically and thermally insulating, plastic, produced by the artificial multiplication of carbon atoms into long molecular chains of organic compounds derived from petroleum, emits when it burns considerable pollution. Its mass production will define the material conditions for large-scale ecological transformation: destruction of the planet’s primitive energy resources, rapid consumption and high pollution. In 1953, American soldier George W. Jorgensen became Christine and became the first transsexual woman to receive media coverage. Hugh Hefner created Playboy, the first American porn magazine to be distributed on newsstands, with a picture of Marilyn Mon-

roe naked on the cover of issue 1. In Francoist Spain, the 1954 Ley de Vagos y Maleantes (Law on Vagabonding and Delinquency) included homosexuals and sexual deviants for the first time. Commander Antonio Vallejo-Nájera, Chief of Military Medical Services, and Dr. Juan José Lopez Ibor were conducting research to define the psychophysical roots of Marxism (to discover the famous “red gene”), homosexuality and intersex. Industrialized medical institutions—both in Franco’s Spain and in the democratic West—promoted lobotomy, behaviour modification therapies, electroshock treatment and therapeutic castration for eugenic purposes9. In 1958, the first phalloplasty—the construction of a penis from an auto-transplant— was performed in Russia as part of a process of sex change from female to male. In 1960, Eli Lilly Laboratories marketed Secobarbital, a barbiturate with anesthetic, sedative and hypnotic properties designed for the treatment of epilepsy, insomnia, or as an anesthetic in brief operations. Secobarbital, known as the “red pill” or “doll”, became one of the drugs of the underground rock culture of the 1960s. At the same time, Manfred E. Clynes and Nathan S. Kline coined the term “cyborg” to refer to a technically supplemented organism that could live in an extra-terrestrial environment and operate as an “unconscious integrated homeostatic system”10. In fact, it was a laboratory rat that has had an osmotic prosthesis implanted and draged it behind itself, like a cybernetic tail. In 1966, the first antidepressants were invented, they were directly involved in the synthesis of the neurotransmitter serotonin, and in 1987 led to the design of the Fluoxetine molecule, which was subsequently marketed under various names, according to laboratories, the most famous of which was Prozac, manufactured by Eli Lilly. In 1971, the United Kingdom enacted the Drug Abuse Act regulating the consumption and trafficking of psychotropic drugs. The severity of penalties for use and trafficking varies from category A (cocaine, methadone, morphine…) to category C (cannabis, ketamine…). Alcohol and tobacco remain outside this classification. And LSD was better than Jesus. In 1972, Gerard Damiano directed, with the money of the Californian mafia, the film Deep Throat, one of the first porno movies publicly released in the United States. Deep Throat will become one of the most popular films of all time and will generate a profit in excess of $600 million. The pornographic film industry exploded from thirty clandestine films in 1950 to two thousand and five hundred in 1970. In 1973, homosexuality was removed from the list of diseases identified by the DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders). In 1974, as a treatment for erectile dysfunction, the Soviet Victor Konstantinovich Kalnberz patented the first penile implant, built around a structure made of polyethylene whales, creating a natural penis in permanent erection. These implants will be abandoned in favour of their chemical variants because they will be considered “physically inconvenient and emotionally disconcerting”. Bill Gates and Paul Allen founded Microsoft while Foucault breathed amyl nitrite air in the San Francisco backrooms. In 1977, the

State of Oklahoma performed the first lethal injection, consisting of barbiturates similar to the “red pill”, during a capital execution. A similar method had been applied in the Action T4 racial hygiene programme in Nazi Germany, where between 75 and 100,000 people with physical or mental disabilities were euthanized. Later, this process was abandoned, due to its high pharmaceutical cost, and replaced by the gas chamber, or death by starvation. In 1983, transsexualism was included in the DSM as a mental disorder of “gender dysphoria”. At the beginning of the new millennium, four million children were treated with Ritalin for hyperactivity and for the syndrome called “Attention Deficit Disorder”, and more than two million children were taking psychotropic drugs to control childhood depression. We are facing a new type of warm, psychotropic and punk capitalism. These recent transformations require the combination of new microprosthetic devices for subjectivity control via biomolecular and media technical platforms. This “global economy”11 depends on the production and circulation of hundreds of tons of synthetic steroids, the global dissemination of pornographic image streams, the development and dissemination of new varieties of legal and illegal synthetic psychotropic drugs (Lexomil, Special K, Viagra, speed, crystal, Prozac, ecstasy, poppers, heroin, omeprazole…), the flow of signs and digital information transmission circuits, the extension upon the entire planet of a diffused form of urban architecture in which slum megacities12 coexist with nodes of high concentration of sex-capital.

These are just some of the indications of the emergence of a post-industrial, global and media-based regime, of which pill and Playboy are paradigmatic, and which I will now refer to as pharmacopornographic, taking as a reference the processes of governance of sexual subjectivity, in its molecular (pharmaco) and semiotechnical (-porno) modes. While its lines of force have their roots in 19th century scientific and colonial society, its economic vectors only became visible at the end of the Second World War. First hidden under the appearances of the Fordist economy, they were revealed in the 1970s by the gradual collapse of the latter. During the 20th century, psychology, sexology and endocrinology established their material authority, transforming the concepts of psyche, libido, consciousness, femininity and masculinity, heterosexuality and homosexuality into tangible realities, chemical substances, marketable molecules, bodies, human biotypes, market values manageable by multinational pharmacopornographic companies. The hegemony of science, as a discourse and technical practice, derives from what Ian Hacking13, Steve Woolgar and Bruno Latour14

call its “material authority”, i.e. its ability to invent and produce living artefacts. If science is the new religion of modernity, it is because of its performative power: it has the capacity to create, and not simply to describe, reality. The great success of contemporary techno-science is to transform our depression into Prozac, our masculinity into testosterone, our erection into Viagra, our fertility/ sterility into Pill, our AIDS into triple therapy. Without, however, the possibility to disentangle what comes first, depression or Prozac, Viagra or erection, testosterone or masculinity, pill or maternity, triple therapy or AIDS. This autofeed-back production is the hallmark of pharmacopornographic power. Pharmacopornographic production now characterizes a new era in the global political economy, not because of its quantitative preponderance, but because the control, production and intensification of narcotic-sexual affects have become the model for any other form of production. Pharmacopornographic control infiltrates and thus dominates all flows of capital, from agrarian biotechnology to the high-tech communication industry. In the pharmacopornist era, the sexopolitical government industry of the body synthesizes and defines a specific mode of production and consumption, a masturbatory temporalization of life, a virtual and hallucinogenic aesthetic of the living object, an architecture that transforms interior space into exterior space and the city into interiority and “junkspace”15 through ultra-fast self-monitoring and information dissemination devices, a continuous mode of desire and resistance, consumption and destruction, evolution and self-destruction. This pharmacopornographic capitalism actually works, thanks to the biomediatic management of subjectivity, through its molecular control and the production of virtual audiovisual connections. The pharmaceutical industry and the audiovisual sex industry are the two pillars on which contemporary biocapitalism is based, the two tentacles of a gigantic and viscous integrated circuit. This is the pharmacoporno-program of the second half of the 20th century: to control the sexuality of bodies codified as women and to make ejaculate bodies codified as men. The pill, Prozac and Viagra are to the pharmaceutical industry what pornography, with its grammar of blowjobs, penetrations and cumshot, is to the cultural industry: the post-industrial biocapitalism jackpot.

HISTORY OF TECHNOSEXUALITY Discontinuity of history, body and power: Foucault describes the transition from a “sovereign society” to a “disciplinary society” at the end of the 18th century as the shift from a form of power, which decided and ritualized death, to a new form of power, which technically calculates life in terms of population, health and national interest. Biopower is the name of this new form of productive, diffuse and sprawling power: going beyond the legal and punitive framework, it becomes a force that penetrates and constitutes the body of the modern individual. This power no longer acts as a coercive law, a negative order, but in a more versatile and welcoming way, it acquires the form of a general political technology,

metamorphosing into disciplinary architectures (prison, barracks, school, hospital…), scientific texts, statistical tables, demographic calculations, instructions for use, recommendations for use, timetables for regulating life and public health projects. A modern art of governing life is thus constituted, where sex and sexuality occupy, according to Foucault, a central place: the process of hysterization of the female body, the sexual pedagogy of children, the regulation of procreation behaviours and the psychiatrization of perverse pleasures constitute, according to him, the axes of this project which he characterizes, not without irony, as a process of modernizing sexuality16. Following the intuitions of Michel Foucault, Monique Wittig and Judith Butler, I call sexopolitics17 one of the dominant forms of this biopolitical action that emerged with disciplinary capitalism. Sex, its truth, its visibility, its forms of exteriorization, sexuality, the normal and pathological ways of pleasure, and race, purity or degeneration, are three powerful somatic fictions that have obsessed the Western world since the 19th century, until they constitute the horizon for all contemporary theoretical, scientific and political action. They are somatic fictions, not because they lack material reality, but because their existence depends on what Judith Butler calls the “performative repetition”18 of political construction processes. We could call “sexual empire” (sexualizing the chaste expression of Hardt and Negri19) this biopolitical construction system that takes the “sex” of the modern individual as its somatic centre of invention and its control of subjectivity. The Western disciplinary sexopolitics of the late 19th century and much of the 20th century were not reduced to regulating the reproductive conditions of life, nor to the biological processes that “concern the population”. The heterosexual body became the most successful artefact of government in 19th century sex politics. “Straight thinking”— using the expression developed by Monique Wittig in the 1980s to refer to heterosexuality, not as a sexual practice, but as a political regime20—ensures the structural relationship between the production of gender identity and the production of certain organs (at the expense of others) as sexual and reproductive organs. An important task of this disciplinary work will be to exclude the anus from the pleasure production circuits. Deleuze and Guattari: the anus is the first privatized organ, banished from the social field, the one that served as a model for all subsequent privatizations, at the same time as money expressed the new state of abstraction of flows21. The anus, as a centre of pleasure production (and, in this sense, close to the mouth or hand, organs also strongly controlled in the 19th century by sexopolitical regulation against masturbation and anti-homosexuality) has no gender. Neither male nor female, it produces a short circuit in the sexual division. A centre of primordial passivity, an abject place par excellence, close to rubbish and shit, it is a universal black hole which genders, sexes, identities and capital plunge into. The West draws a tube with two orifices: a mouth, which emits public signs, and an impenetrable anus, DOCUMENTS

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around which it wraps a male and heterosexual subjectivity, which acquires the status of a privileged social body. Until the 17th century, the sexual epistemology of the sovereign regime was dominated by what the historian Thomas Laqueur called “a system of similarities”: female sexual anatomy was constituted as a weak, internalized and degenerate variation of the only sex with an ontological existence, the male sex22. The ovaries are considered as internalized testicles and the vagina as an inverted penis that serves as a receptacle for the male sex. Abortion and infanticide, common practices, are not regulated by the State’s legal system, but by the various economic and political micropowers to which the body in gestation is attached (tribe, feudal house, pater familias…). Two hierarchically differentiated social and political expressions divide the surface of a “mono-sexual” model: “the man”, the canon of the human being, and “the woman”, the reproductive receptacle. The assignment of sex depends not only on the external morphology of the sexual organs, but above all on reproductive capacity and social role. A woman with a beard capable of gestation, childbirth and breastfeeding, regardless of the shape and size of her vulva, will be considered a woman. In this somatopolitical configuration, sex and sexuality (let us remember that the term “sexuality” will not be invented until 1880) do not yet constitute categories of knowledge or techniques of subjectification that can overcome the political segmentation separating the slave from the free man, the citizen from the métèque, the lord from the serf. There are still differences between masculinity and femininity, and between several modes of production of sexual pleasure, but these do not yet determine the crystallizations of political subjectivity.

ducts belong to the pater familias and, by extension, to the State and God. While it is true that Foucault’s analysis, although chronologically inaccurate, seems to be very critical so far, it is no less true that his insight loses intensity as his analysis approaches contemporary society. Foucault neglects the emergence of a set of profound transformations of body production and subjectivity technologies that have followed one another since the Second World War, and that force us to conceptualize a third regime of subjectivation, a third system of savoir-pouvoir, neither sovereign nor disciplinary, neither pre-modern nor modern. Deleuze and Guattari, inspired by William Burroughs, call this “new monster” of the social organization derived from this biopolitical control, a “control society”24. I prefer to call

it: a pharmacopornographic society, with Burroughs and Bukowski in dialogue. These are the two mottos of this new sexo-micro-informatics control: politically programmed shoot and ejaculation.

THE EDIBLE PANOPTIC At a time when the notion of gender is beginning to circulate in Western societies, the H-bomb, silicone breast implants, electric prostheses, computers and formica furniture, a pioneering nanotechnology for domestic, portable and edible hormonal modification is being manufactured: the first contraceptive pill was invented almost by mistake by Gregory Pincus and Searle laboratories in 1951, in the form of the norethindrone molecule, a synthetic and orally assimilable variant of the active progesterone molecule. An examination of the economic and

technical networks that led to the production of the pill reveals that it was being developed as part of experimental research to assist in the procreation of sterile white Catholic families. The processes of research and evaluation of its technical effectiveness reveal its colonial roots: the action of the first contraceptive pill will be studied on the island of Puerto Rico, on the bodies of women from the local black population. It was being tested simultaneously on various groups of psychiatric patients at Worcester State Hospital and residents of the Oregon State Prison between 1956 and 1957: this research aims to control birth rates among women, and reduce libido and “homosexual tendencies” among men. The transversal analysis of geopolitical and institutional spaces, as well as racial, sexual and gender implications in the use of the first synthetic

estrogen and progesterone molecules, makes it possible to define the pill not only as a birth management method, but also and above all as a method of production and purification of the race, a eugenicist technique for controlling the reproduction of the species25. In this sense, the pill functions as a key semiotic-material piece (both machine and discourse) in the heterocolonial grammar of Western culture, obsessed with lineage contamination, racial purity, gender separation and gender control26. It is particularly striking here that the pill has operated from the beginning as a technique, not only for reproductive management, but also for gender control and production. The first pill invented, although effective as a contraceptive, was rejected by the American Institute of Health (AHI) be-

Project of a new general science of sexual bodies, sign theory analysing desires: thus, from the 18th century onwards, a new visual sexopolitical epistemology was created which was no longer based on “similarities” but on a “system of oppositions”. A new sexual anatomy then emerges, in which the female sex ceases to be an inversion or internalization of the male sex, becoming an entirely different sex, whose forms and functions respond to a specific logic. For Laqueur, the invention of an aesthetic of sexual difference is necessary to establish an anatomical-political hierarchy between the sexes (male, female) and races (Whites, non-Whites) in the face of the uprising of revolutionary and liberation movements that demand the expansion of the horizon of the public sphere to women and foreigners. Anatomical truth operates here as a legitimization of a new political organization of the social. The mutation that will give rise to the disciplinary regime begins with the advent of sexual difference, the technical repression of masturbation and the invention of the sexual subject23. The culmination of these rigid and cumbersome technologies for the production of sexual identities was reached in 1868, with the pathologization of homosexuality and the bourgeois normalization of heterosexuality. Abortion and postpartum infanticide will now be monitored and severely punished by law. The body and its pro-

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cause it completely abolished the menstruation and therefore, according to the American Scientific Committee, called into question the femininity of American women. A second pill is therefore developed, whose efficacy is equal, with only one difference: it is capable of technically reproducing the rhythm of natural menstrual cycles. If it is possible to evoke, with Judith Butler, a “performative production of gender”, it should be pointed out that what is codified, imitated, and repeated coercively, here, is not only a theatrical representation or a semiotic code, but the biological totality of living things. I will refer to this process as “biodrag”, with reference to the practices and cultures of drag— drag queens (biologically defined man who practices a visible form of femininity) and drag kings (biologically defined woman who practices a visible form of masculinity)—: pharmacopornographic production of somatic fictions of femininity and masculinity. What is technically represented and imitated by the pill is no longer a dress code or body style, but a

biological process: the menstrual cycle. The feminization processes linked to the production, distribution and consumption of the pill show that hormones are sexopolitical fictions, techno-living metaphors that, likely to be swallowed, digested, assimilated, incorporated, are pharmacopornographic artefacts capable of creating bodily formations that can integrate a broader political organizations, such as forensic institutions, Nation-States or global capital circulation networks. The massive and high-dose administration of estrogens and progesterone to the bodies of post-war Western bio-women makes it possible to produce and reproduce pure femininity. This new microprosthetic femininity is a patented pharmacopornographic technique that can be marketed, transferred and implanted in any living body. Estrogens and progesterone administered in high doses during this period are gradually proving to be carcinogenic and responsible for various cardiovascular alterations, without reducing the consumption of the pill (on the contrary: its consumption has increased exponentially since the

1970s), nor changing the World Health Organization’s guidelines. The amount of estrogen and progesterone contained in a monthly treatment has increased from 150 micrograms of estrogen and up to 200 milligrams of progesterone in the 1970s, to 10 micrograms of one and 15 milligrams of different variations of the other in current contraceptives. In order to improve safety, the current micropill (the most prescribed method during breastfeeding periods) gives a lower dosage for a greater number of days, reducing the number of days of placebo pills, during which what we could call techno-periods occur, i.e. a technically induced bleeding that produces the illusion of the natural cycle. These are biodrag technical methods whose objective is the “mimesis of the normal physiological cycle”27. From the second Pincus pill to the current micropill, these hormonal invention techniques operate according to a principle of biocamouflage: first they interrupt the natural hormonal cycle, then they technically provoke an artificial cycle restoring the illusion of

nature. The first of these actions is contraceptive, the second is a corollary of a pharmacopornographic production intention of the kind: to ensure that the bodies of 20th century techno-women perpetuate the illusion of resulting from immutable, transhistorical and transcultural natural laws. A recent study, conducted by Boston University, highlights the relationship between contraceptive pill use, decreased testosterone bioavailability levels (reduced from 40% to 60%) and decreased libido in women. The study warns that taking synthetic estrogen can alter overall hormone production, and proposes the administration of microdosed testosterone gel to increase “the sexual function of women who take the pill”28. But the administration of testosterone to women remains a political hormonal taboo today. The production of femininity in the pharmacopornographic regime operates according to a paradoxical logic: on the one hand, the pill is administered to biofemales in a generalized way, and on the other hand, a pharmacological way is sought to compensate for


depression and frigidity29. The bio-woman of the 22nd century results from this somato-political short-circuit; her subjectivity modulates within the narrow margin of arrangement created by these divergent force fields. The formation of the pharmacopornographic society is characterized by the emergence, in the middle of the 20th century, of two new vectors for the production of sexual subjectivity. On the one hand, as we have seen, the introduction of the notion of “gender” as a technical, visual and performative device of sexuation of the body, the reorganization of the medico-legal, educational and media system which until then articulated the notions of normality and perversion around the heterosexuality/homosexuality binomial and which, from this moment, will contemplate the

Reference: Paul B. Preciado, “Biopolitique à l’ère du capitalisme pharmacopornographique”, Chimères, vol. 74, no. 3, 2010, pp. 241-257. 1 Michel Foucault, Du gouvernement des vivants (1979-1980), Leçons du Collège de France, 1879-1980, in Dits et Écrits, tome IV, Paris, Gallimard, 1974, p. 641-642. 2 Alan Berube, Coming Out Under Fire: The History of Gay Men and Women in World War Two, New York, The Free Press, 1990. 3 John d’Emilio, Sexual politics, Sexual Communities: The Making of a Homosexual Minority in the United States, 1940-1970, Chicago, Chicago University Press, 1983. 4 Jennifer Terry, An American Obsession: Science, Medicine and Homosexuality in Modern Society, Chicago, Chicago University Press, 1999, p. 178-218. 5 Beatriz Colomina, Domesticity at War, Cambridge, MA, MIT Press, 2007. 6 Andrea Tone, Devices and Desires. A History of Contraceptives in America, Hill and Wang, New York, 2001. 7 Tom Carnwath et Ian Smith, Heroin Century, Londres et New York, Routledge, 2002. 8 John Money, John Hamson and Joan Hamson, “Imprinting the Establishment of the Gender Role”, Archives of Neurology and Psychiatry, 77, Chicago, 1957. cf. also John Money, Sexual Signatures: On Being Man or Woman, Boston, Little Brown, 1980. 9 See for example Antonio Vallejo-Nájera, La Sexualización de los psicópatas, Madrid, Medicina, 1984. 10 Manfred E. Clynes, Nathan S. Kline, “Cyborgs and Space”, in Journal of Astronautics, New-York, American Rocket Society, septembre 1960, p. 27-31 et 74-75. 11 I here use the well-known expression from Immanuel Wallerstein in Capitalisme et économie-monde, 1450-1640, Paris, Flammarion, 1980.

possibility of technically modifying the individual’s body to “build a male or female” soul. On the other hand, we are witnessing the gradual infiltration of social control techniques specific to the disciplinary system into the individual body. The issue is no longer only to punish individuals’ sexual offences, nor to monitor and correct their deviations through a code of external laws or internalized disciplines, but to modify their bodies as living platforms of organs, flows, neurotransmitters, connection possibilities and arrangements, to make them both the instrument, the support and the effect of a political program. We are certainly still facing a form of social control, but this is a pop control, a foamy, multicoloured control, with Mickey’s ears and Brigitte Bardot’s neckline, as opposed to the cold and disciplinary control of

12 Mike Davis, Planète Bidonvilles, Paris, Ed. Ab irato, 2005. 13 Ian Hacking, Representing and Intervening. Introductory Topics in the Philosophy of Natural Science, Cambridge, Cambridge University Press, 1986. 14 Bruno Latour et S. Woolgar, La Vie de laboratoire. La construction des faits scientifiques, Paris, La Découverte, 1988. 15 On the development of this concept cf. Rem Koolhaas, “Junkspace”, October, 100 Spring, 2002, p. 175-190. 16 Michel Foucault, Histoire de la sexualité. La volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976, p. 136-139. 17 Paul B. Preciado, “Multitudes Queer”, in Multitudes 12, Paris, 2002, p. 17-25. 18 See the notion of “performative repetition” in Judith Butler, Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion, Paris, La Découverte, 2005, p. 256-266. 19 Toni Negri et Michael Hardt, Empire, Paris, Exils Editeur, Paris, 2000. 20 Monique Wittig, La Pensée straight, Paris, Balland, 2001, p. 65-76. 21 Gilles Deleuze et Félix Guattari, L’Anti-Œdipe, Capitalisme et schizophrénie, Paris, Éditions de Minuit, 1972, chapitre 3. 22 Thomas Laqueur, La Fabrique du sexe. Essai sur le corps et le genre en Occident, Paris, Gallimard, 1992. 23 Thomas Laqueur, New-York, Solitary sex: A cultural History of Masturbation, New York, Zone Books, 2003. 24 Gilles Deleuze, Pourparlers, Paris, Éditions de Minuit, 1990, p. 240-247. 25 On the pill and racial cleansing, see: Dorothy Roberts, Killing the Black Body, Race, reproduction and the Meaning of Liberty, New-York, Vintage, 1997. 26 On “pure life” as the objective of technobiopower, see Donna J. Haraway, op. cit., 1997, p. 60-62. 27 “Mimicking the normal physiological cy-

the panoptic depicted by Foucault. The monthly pill pack, with the imperative of daily administration, the possibility of forgetting or incorrect management, its ritual temporality, its multicoloured pop design close to the Campbell boxes immortalized in 1960 by Andy Warhol, evokes a chemical calendar where each day is signalled by the essential presence of a lozenge. Its circular presentation invites us to follow the movement of time on a dial, like on a clock, the alarm that announces the time of ingestion operates as a domestic self-monitoring device for female sexuality30. As a molecular, endocrinological and high-tech version of a mandala, the book of hours or the daily examination of consciousness of the Loyola Exercises, this hormonal microprothesis makes it possible, in addition to regu-

lating ovulation, to produce the soul of the heterosexual subject “modern woman”. The chemically regulated soul of the little heterosexual whore subjected to the sexual desires of the Western biomacho. Apart from this pop, molecular and ultra-individualized microfascism, it is difficult to explain how the pill could have been medically and legally preferred as a contraceptive over other less toxic methods, with fewer side effects and requiring much less daily attention, such as vasectomy (male sterilization), RU-486, the morning-after pill, or abortion by uterine aspiration in the early stages of pregnancy. But the pill depends on an individual decision of administration and temporal calculation of the taking, it inexorably induces the accident, it relies on the accident, it programs it, it thinks the accident as a sine qua non possibility of female sexua-

lity. The heterosexist logic that dominates the pill responds to this contradictory double requirement: every woman must be both fertile (and be fertile via heterosexual insemination) and capable of reducing the possibility of her fertility asymptotically close to zero, without completely cancelling it (in which case the possibility of a heterosexual relationship, with her equation sex = reproduction, would seem to be irrelevant), so that accidental conception remains possible. A single problem, though: the individual and autonomous management by women introduces the possibility of a political organization. From the 1950s onwards, the construction of biofemininity became a process of somatopolitical disguise (bio-drag): molecular overcoding and transformation of the structure of life.

cle”, in: Anna Glasier, “contraception—past and future”, Lothian Primary Care NHS Trust and University of Edinburgh Department of Reproduction and Development, Edinburgh, EH41NL, Scotland, october 2002. 28 Katrina Woznicki, “Birth Control Pills May Produce Protracted Effects on Testosterone Levels”, MedPage Today Staff Writer, January 03, 2006; Panzer et al, “Impact of Oral Contraceptives on Sex Hormone-Binding Globulin and Androgen Levels: A Retrospective Study in Women with Sexual Dysfunction”, The Journal of Sexual Medicine, janvier 2006, 3, p. 104-113. 29 This logic is comparable to the relationship between the repression of masturbation and the production of the hysterical crisis by mechanical means in the sexodisciplinary regime of the nineteenth century. See the analysis of this paradoxical production in Paul B. Preciado, Manifeste contrasexuel, Paris, Balland, 2000, p. 73-88. 30 The first pill packs, designed in the 1960s, were equipped with an integrated alarm.

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DES ÉTABLISSEMENTS DES ALIÉNÉS EN FRANCE, ET DES MOYENS D’AMÉLIORER LE SORT DE CES INFORTUNÉS. Jean-Étienne Esquirol MÉMOIRE PRÉSENTÉ À SON EXCELLENCE LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, EN SEPTEMBRE 1818 ; PAR LE DOCTEUR ESQUIROL, MÉDECIN DE LA SALPÊTRIÈRE.1 Howard se proposa d’adoucir le sort de misérables qui s’étaient déclarés les ennemis de leurs semblables et de l’ordre social ; plus heureux que lui dans l’objet de mes recherches, j’ai pénétré dans l’asile du malheur où gémit souvent la vertu. J’ai parcouru toutes les villes de France pour visiter les établissements où sont enfermés les aliénés. Chacun peut s’assurer qu’il n’attirera pas sur lui la vindicte des lois : quel est celui qui peut se promettre qu’il ne sera point frappé d’une maladie qui marque ses victimes dans tous les usages de la vie, dans tous les rangs, dans toutes les conditions ? Ceux pour qui je réclame sont les membres les plus intéressants de la société, presque toujours

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victimes des préjugés, de l’injustice et de l’ingratitude de leurs semblables. Ce sont des pères de famille, des épouses fidèles, des négociants intègres, des artistes habiles, des guerriers chers à la patrie, des savants distingués ; ce sont des âmes ardentes, fières et sensibles ; et cependant ces mêmes individus qui devraient attirer sur eux un intérêt particulier, ces infortunés qui éprouvent la plus redoutable des misères humaines, sont plus maltraités que des criminels, et réduits à une condition pire que celle des animaux. Je les ai vus nus, couverts de haillons, n’ayant que la paille pour se garantir de la froide humidité du pavé sur lequel ils sont étendus. Je les ai vus grossièrement nourris, privés d’air pour respirer, d’eau pour étancher leur soif, et des premiers besoins de la vie. Je les ai vus livrés à des véritable geôliers, abandonnés à leurs brutale surveillance. Je les ai vus dans des réduits étroits, sales, infects, sans air, sans lumière, enchaînés dans des antres où l’on craindrait de renfermer les bêtes féroces que le luxe des gouvernements entre-

tient à grands frais dans les capitales. Voilà ce que j’ai vu presque partout en France, voilà comment sont traités les aliénés presque partout en Europe. « Ces infortunés, comme des criminels d’État, sont jetés dans des culs de basse-fosse, dans des cachots où ne pénètre jamais l’œil de l’humanité : nous les y laissons se consumer dans leurs propres ordures, sous le poids des chaînes qui déchirent leurs membres. Leur physionomie est pâle et décharnée, ils n’attendent que le moment qui doit mettre fin à leur misère et couvrir notre honte. On les donne en spectacle à la curiosité publique, et d’avides gardiens les font voir comme des bêtes rares. Ces malheureux sont entassés pêle-mêle ; on ne connaît que la terreur pour maintenir l’ordre parmi eux. Les fouets, les chaînes, les cachots sont les seuls moyens de persuasion mis en usage par des employés aussi barbare que ignorants. » Voilà ce qu’écrivait Riel, en 1803, sur l’état des aliénés en Allemagne. « Ceux qui ont visité les maisons d’aliénés en Allemagne. dit Joseph

Franck, se rappellent avec effroi ce qu’ils ont vu. On est saisi d’horreur en entrant dans ces asiles du malheur et de l’affliction ; on n’y entend que les cris du désespoir, et c’est là qu’habite l’homme distingué par ses talents et par ses vertus. C’est une chose effroyable de se voir assailli par des malheureux couverts de haillons et dégoûtants de malpropreté, tandis qu’il n’y a que les chaînes, les liens et la brutalité des gardiens qui empêchent les autres de s’approcher. » Maximilien André dit la même chose, en 1810, des aliénés et des établissements qui leur sont consacrés en Allemagne. Chiarruggi, d’Acquin avaient dit de même de ceux d’Italie et de Savoie. Si jamais établissement public a couvert de honte l’Angleterre, c’est l’hôpital de Bedlam, s’écrie sir Bennet dans la chambre des communes (en 1815) ; et cependant des rapports mensongers en imposèrent, non seulement à l’Angleterre, mais à l’Europe entière, en proposant cet hospice pour modèle à toutes les nations du monde. S’il nous était permis d’entrer ici

dans les détails, nous verrions partout la plus mauvaise distribution dans les bâtiments qui sont abandonnés à ces malades ; la plus grande ignorance des soins qui leur conviennent ; la plus coupable négligence, le plus affreux abandon, la plus révoltante barbarie ; je dis barbarie car partout, excepté dans les établissements des capitales, auxquels Paris a donné l’exemple, les aliénés sont couverts de chaînes. Désirant apprécier l’influence qu’avaient eue sur le reste de la France les améliorations introduites à Paris, dans les établissements publics destinés aux aliénés, j’ai parcouru toutes les maisons où ces malades sont reçus ; j’ai rédigé avec soin ce que j’ai observé maison par maison, hospice par hospice, prison par prison ; j’ai fait lever et graver le plan de plusieurs de ces établissements ; j’ai comparé ce qui se fait chez nous avec ce qui se passe chez les autres nations de l’Europe, particulièrement chez les Anglais. Ces données ont servi de base au présent mémoire, qui lui-même n’est qu’un résumé d’un grand tra-


vail sur cet objet, que je publierai au printemps. Les aliénés, en France, sont placés presque tous dans des établissements publics : tantôt dans des maisons spéciales, tantôt dans les hôpitaux et dans les hospices, tantôt dans les dépôts de mendicité, tantôt dans les maisons de force ou de correction. Les aliénés, au nombre de 5153, sont répartis dans cinquante-neuf maisons ; de ce nombre 5153 individus, plus de 2000 appartiennent aux trois grands établissements de Paris. La proportion des femmes est généralement plus forte que celle des hommes ; mais il est remarquable que le nombre des hommes aliénés est plus considérable que celui des femmes dans les provinces méridionales de la France, tandis que, dans le nord, le nombre des femmes aliénées y est beaucoup élevé, comparé à celui des hommes. D’après des renseignements sur les établissements d’Espagne, il résulte que le nombre des hommes aliénés y est plus fort que celui des femmes. Il n’y a en France que huit Établissements spéciaux, où l’on reçoive les aliénés, et dont plusieurs ont pris le nom de Maison royale de Santé, savoir : Armentières, pour les hommes seulement (département du Nord). Avignon (département de Vaucluse). Bordeaux (département de la Gironde). Charenton (département de la Seine). Lille, pour les femmes seulement (département du Nord). Marseille (département des Bouches-du-Rhône). Marville, près de Nancy (département de la Meurthe). Rennes, Saint-Mein (département d’Ille-et-Vilaine). Ces maisons ne reçoivent généralement que des aliénés ; je dis généralement, car à Charenton il y a un quartier qui sert d’hôpital pour les pauvres malades du canton ; à Marville, il y a des vieillards et des enfants. Dans ces huit maisons, on reçoit des épileptiques confondus avec les aliénés, et quelquefois des mauvais sujets, des libertins mis en correction. Dans ces maisons, on admet les aliénés incurables, et l’on y garde à vie ceux qui ne guérissent point ; aussi est-il vrai de dire que nous n’avons point en France d’établissement spécial exclusivement consacré au traitement de l’aliénation mentale. Peut-être conviendrait-il de faire un petit nombre d’établissements dans chacun desquels on pourrait réunir 150 à 200 aliénés mis en traitement, et qui serviraient de modèle, d’école d’instruction et d’objet d’émulation pour les autres maisons du même genre. On ne serait admis dans ces établissements qu’à des conditions particulières, comme cela se pratique à Bedlam (Londres). 1°. L’aliéné ne devrait point avoir été traité ailleurs. 2°. Sa maladie ne devrait dater que depuis un an au plus. 3°. Nul aliéné ne devrait avoir de maladie contagieuse ou syphilitique. 4°. Aussitôt qu’il serait reconnu incurable, il devrait être renvoyé. 5°. Il ne pourrait rester plus de deux ans dans cet asile. Je dis deux ans, l’expérience m’ayant prouvé qu’il guérit presque autant d’aliénés dans le cours de la seconde année depuis l’invasion de la maladie, que dans la première. Il n’est point de mon objet de faire connaître les défauts, les vices même que présentent ces huit établissements spéciaux, tant dans

leurs constructions, leur distribution, que leur régime intérieur. Tels qu’ils sont, ils sont préférables aux autres maisons dont nous allons parler. Je ne peux me défendre d’éveiller la surveillance de l’Administration sur les habitations destinées aux aliénés furieux. Ils sont logés dans des souterrains à Marville et à Armentières. Dans tous les hospices ou hôpitaux, on a abandonné aux aliénés des bâtiments vieux, délabrés, humides, mal distribués, et nullement construits pour leur destination, excepté quelques loges, quelques cachots qui ont été bâtis exprès pour les aliénés furieux. Dans quelques hôpitaux généraux, les furieux seulement habitent des quartiers séparés ; les aliénés tranquilles, les imbéciles sont confondus avec les indigents, les pauvres dits incurables. Dans un petit nombre d’hospices, ils sont pêle-mêle avec les prisonniers dans le quartier appelé quartier de force. Ces infortunés sont soumis au régime général des indigents. Les aliénés sont admis dans les hospices dits hôpitaux généraux dans lesquels on reçoit les vieillards, les infirmes, les galeux, les vénériens, les enfants, et même les femmes de mauvaise vie et les criminels, dans les trente-trois villes suivantes : Aix. Alby Angers Arles Blois. Cambray. Clermont. Dijon. Le Havre. Le Mans. Lille. Limoges. Lyon. Macon. Martigue. Montpellier. Moulins. Nantes. Nismes. Orleans. Paris. Pau. Poitiers. Reims. Rouen. Saintes. Saumur. Sedan. Strasbourg Saint-Servan. St-Nicolas près Nancy. Toulouse. Tours. A la Salpêtrière et à Bicêtre, le quartier des aliénés est en quelque sorte indépendant du reste de la maison. Les aliénés y ont un régime particulier avec des serviteurs et un médecin spécial. Ce sont des hôpitaux dans des hospices. Dans les villes où l’on avait établi des dépôts de mendicité, on se proposait de bâtir, et l’on a même bâti un quartier pour les aliénés dans l’intérieur de ces dépôts ; ces quartiers ne devaient recevoir que des aliénés furieux, et ils avaient déjà pris dans quelques dépôts le nom de quartier de force. Les aliénés sont dans les dépôts de mendicité à : Auxerre. Alençon. Amiens. Besançon. Châlons. Charité-sur-Loire. Laon. Montpellier. Mousson. Dole.

Troyes. Tournus. Dans ces dépôts de mendicité, les aliénés furieux sont laissés continuellement dans leurs cellules ; les autres, confondus avec les mendiants et les vagabonds, sont privés des soins particuliers que leur état exige. Enfin on n’a pas rougi de mettre des aliénés dans des prisons : Au fort du Ha à Bordeaux. A la maison de force à Rennes. Au quartier de force à l’hôpital général de Toulouse. Au Bicêtre de Poitiers, de Caen, d’Amiens, etc. A la maison d’arrêt pour la garde nationale. A la maison des Baudets, maison

de force à Arras. A Saint-Venant (petite place forte), les aliénés sont dans des bâtiments qui servent de prison et d’hôpital militaire. Au reste, il est peu de prisons où l’on ne rencontre des aliénés furieux ; ces infortunés sont enchaînés dans les cachots à côté des criminels. Quelle monstrueuse association ! Les aliénés tranquilles sont plus maltraités que les malfaiteurs ; ceux-ci peuvent travailler, et du produit de leur travail ils améliorent la nourriture que leur accorde la maison. Les aliénés sont privés de cette ressource ! A combien d’injures, de mauvais traitements, de privations, ne sont point exposés ces aliénés de

la part des malfaiteurs qui se font un jeu de leur état ? Quelle humiliation pour l’homme malade, s’il a quelques instants lucides, de se voir confondu avec des criminels ? Et s’il était possible qu’un aliéné pût guérir malgré tant d’abandon, tant de privations, tant d’injurieux traitements, quel sentiment affreux n’éprouverait-il point au réveil de sa raison, et dans ce sentiment quel obstacle invincible à une guérison durable ! Les aliénés, ainsi confondus dans un même établissement avec les indigents, les infirmes, les vagabonds et surtout les prisonniers, sont mal sous tous les rapports. C’est ce que vont nous prouver les détails suivants : 1°. Les maisons ou les portions de maisons qui leur sont destinées ne sont pas distribuées ni disposées pour leur usage. Presque partout excepté à la Salpêtrière et à Bicêtre, les aliénés occupent les bâtiments les plus retirés, les plus vieux, les plus humides, les plus malsains. Dans les dépôts de mendicité et dans quelques hospices, les constructions nouvellement faites sont très mal entendues, et dans quelques unes, par exemple, la cour qui sépare les loges du mur de clôture n’a pas une toise de largeur. 2°. Les habitations particulières, les cellules appelées loges, cachots, cages, cachetots, etc., sont partout épouvantables, sans air, sans lumière, humides, étroites, pavées à la manière des rues, souvent plus basses que le sol, et quelquefois dans des souterrains. Ordinairement ces habitations n’ont pour ouverture que la porte et un petit trou carré établi contre la porte ; quelques fois il n’y a d’autre ouverture que la porte. L’air ne s’y renouvelle point, et en y entrant on est suffoqué par l’odeur infecte qui s’en exhale. Il y a des cellules qui ressemblent à des cages ; d’autres sont en bois,

exposées à toutes les intempéries. Dans mon travail sur les maisons d’aliénés, je veux donner la description de toutes ces habitations, qui semblent toutes avoir été construites pour avilir l’homme et le priver des premiers éléments nécessaires pour la conservation de la vie. 3°. Les lits manquent souvent ; ainsi des malheureux tourmentés par l’insomnie n’ont quelquefois que le pavé pour reposer leurs membres, et de la paille pour matelas, pour oreiller et pour couverture. 4° Presque partout les aliénés indigents, et souvent ceux qui payent pension, sont nus ou couverts de haillons ; on leur abandonne les débris des vêtements des pauvres, des infirmes, de prisonniers qui habitent avec eux dans le même établissement. C’est toujours, diton, assez bon pour des fous. Un grand nombre d’entre eux n’ont que de la paille pour se garantir de l’humidité du sol et de la froideur de l’air ; quelquefois ils en sont privés ; la paille n’est jamais renouvelée assez souvent. J’ai vu un malheureux imbécile, tout nu et sans paille, couché sur le pavé. Exprimant mon étonnement d’un pareil abandon, le concierge me répondit que l’Administration ne lui passait, pour chaque individu, qu’une botte de paille tous les quinze jours. Je fis remarquer à ce barbare que le chien qui veillait à la porte des aliénés était logé plus sainement, et qu’il avait de la paille fraîche et en abondance ; cette remarque me valut un sourire de pitié. Et j’étais dans une des grandes villes de France ! 5°. Le régime, les aliments, loin d’être appropriés à l’état de ces maladies, leurs sont contraires ; lorsqu’on leur donne autre chose que du pain noir, les aliments qu’on leur sert ne leur conviennent pas. On leur distribue généralement des légumes secs, mal cuits, et du

fromage ; c’est un régal pour les aliénés de Tours lorsque la religieuse qui les dirige peut se procurer, une fois la semaine, les intestins des animaux qui ont servi à faire la soupe et le bouillon des indigents de l’hôpital. Dans les quartiers de force, dans les prisons, les aliénés n’ont que du pain et de l’eau lorsqu’il plaît au concierge et au guichetier de leur en donner. Comment se fait cette distribution ? Ordinairement on la fait une fois par jour. Dans une ville, l’on donne tous les deux jours aux aliénés comme aux prisonniers, un pain de trois livres avec un pot d’eau. Quel régime pour des malades qu’une chaleur interne dessèche, que la soif dévore, que la constipation tourmente ! 6°. Dans aucune maison il n’y a assez d’espace pour que les aliénés puissent se livrer à l’exercice qui leur est si nécessaire ; ils n’ont souvent pour se promener que des escaliers ou des corridors étroits et obscurs ; souvent il n’y a qu’une cour pour tous les aliénés du même sexe ; les furieux sont toujours renfermés ; on rencontre quelquefois des chaînes suspendues aux murailles qui forment la cour ; on y enchaîne les aliénés sur une pierre, c’est ce qu’on appelle leur faire prendre l’air. Lorsqu’il y a des salles de réunion, des chauffoirs, ces salles sont basses, étroites, noires, et plus propres à inspirer la tristesse que la distraction. 7°. Les aliénés ne sont pas servis, ou le sont très mal ; ils n’ont de serviteurs presque nulle part ; lorsqu’ils en ont, leur nombre est insuffisant ; souvent ils sont livrés à des geôliers, à des guichetiers durs, barbares et ignorants. Cet abandon est d’autant plus déplorable que ces infortunés n’ont pas l’intelligence nécessaire pour réclamer les soins que l’humanité accorde partout à l’homme malade. Sont-ils soignés ? Quel service, grand Dieu ! Que peut-on exiger d’un geôlier, d’un concierge qui a trente, cinquante, soixante individus à diriger ? Quel sentiment de bienveillance peuvent avoir ces hommes grossiers, qui ne voient dans les aliénés que des êtres malfaisants, dangereux et nuisibles ? Ils ne connaissent pour les conduire, pour les contenir, pour les ramener au calme, que les injures, les menaces, la terreur, les coups et les chaînes. 8°. Les chaînes sont mises en usage partout, i) parce que les bâtiments sont mal distribués ; ii) parce que les serviteurs ne sont pas assez nombreux ; iii) parce qu’on ne connaît point d’autre moyens ; iv) parce que l’usage du gilet de force est plus dispendieux. J’ai envoyé des gilets pour servir de modèle dans plusieurs villes ; on ne s’en sert point par économie, il est certain que les chaînes coûtent moins d’entretien : c’est ce qui faisait dire au docteur Monro qu’elles étaient préférables pour les pauvres. L’abus des chaînes est révoltant. On met des colliers de fer, des ceintures de fer, des fers aux pieds et aux mains. Dans une des grandes villes que je craindrais de nommer, les furieux sont contenus avec un collier de fer attaché à une chaîne d’un pied et demi, laquelle est scellée au milieu du plancher inférieur, et l’on m’a assuré que ce moyen était le plus sûr pour calmer la fureur. A Toulouse, dans une salle d’environ vingt lits qui est sous les toits, on a suspendu aux murailles et au-dessus de chaque lit une chaîne qui porte une ceinture de fer ; les aliénés, en montant dans leur lit, secouent ces chaînes qui vont les accabler pendant la nuit. Dans DOCUMENTS

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quelques maisons on distribue des nerfs de bœuf aux garçons de service ; le trousseau de clefs est un instrument de correction. Une bonne direction ferait supprimer les chaînes partout, comme elles le sont depuis longtemps dans les établissements de Paris. Et la France donne au monde civilisé l’exemple de plus de deux mille aliénés de tout âge, de tout sexe, de tout état, de tout caractère, dirigés, contenus et traités sans coups et sans chaîne. 9°. Les médecins ont fait de vaines réclamations dans toutes les villes ; mais privés des premiers moyens de traitement, ils sont découragés, et ne visitent les aliénés que lorsqu’il survient des maladies graves. Rarement les visitet-on en vue de les guérir de leur folie, et il est quelques maisons où les serviteurs ordonnent les bains de surprise, la réclusion, etc. A Toulouse, de temps immémorial, les médecins de l’Hôtel-Dieu visitaient tous les mois les indigents de l’Hôpital général ; jamais ils n’allaient dans le quartier de force où les fous étaient enchaînés. 10°. Les administrateurs, trompés par les préjugés si funestes au bien-être des insensés, effrayés par leur agitation, par leur cris, et surtout par les craintes que les serviteurs intéressés ont soin d’inspirer, ne visitent presque jamais les aliénés ; la plupart regardent les fous comme atteints d’une maladie incurable, comme des êtres abandonnés pour qui ils croient avoir tout fait lorsqu’ils les ont mis hors d’état de nuire et qu’ils leur ont fait distribuer du pain et de l’eau pour les empêcher de mourir de faim. Tant que les aliénés seront logés, soignés et traités comme ils le sont aujourd’hui dans les hospices, dans les dépôts de mendicité, dans les prisons, on ne peut espérer pour eux, ni un meilleur régime, ni plus de soins, ni plus d’égards, ni une plus utile assistance de la part de médecins et des administrateurs. Comment restituer à ces infortunés la part des soins qui leur sont dus par la charité publique ? Comment satisfaire aux administrations locales qui réclament partout contre l’état d’abandon dans lequel gémissent les aliénés, et qui sollicitent les moyens d’améliorer leur sort ? Comment répondre aux vœux du gouvernement ? Tout le monde est convaincu de l’inconvenance du séjour des aliénés dans les prisons et dans les maisons de force, et de la nécessité de les retirer de ces demeures du crime et de l’immoralité. Mais les opinions sont incertaines entre les deux projets suivants : laissera-t-on les aliénés dans les hospices, dans les dépôts de mendicité, en agrandissant, en améliorant les bâtiments qui leur sont consacrés ? Ou bien construira-t-on des Hôpitaux spéciaux pour eux ? Ce qui précède me laisse peu de choses à dire contre le premier projet. En conservant les aliénés dans les hospices, dans les dépôts, on espère se servir de ce qui est déjà fait, et utiliser d’anciens bâtiments qu’on veut accommoder à leur usage : ce qui est déjà fait est mauvais, et les anciens bâtiments nuiront à ceux qu’on projette ; les uns et les autres manqueront de symétrie, de subdivisions nécessaires. Ils seront mal distribués, parce qu’il faudra les coordonner avec le reste de l’établissement. Les aliénés seront soumis au régime de l’hospice ou du dépôt de mendicité ; si on leur assigne un régime, un service particulier, il n’y aura plus d’ensemble ni d’unité dans l’établissement ; l’un

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et l’autre service en souffriront. On n’aura pour les aliénés que de mauvais infirmiers ; car les meilleurs sujets préféreront le service plus facile, moins pénible, moins dangereux du reste de l’hospice ou du dépôt. Le service de santé sera fait avec moins de zèle ; car le médecin de l’hospice ou du dépôt aura trop à faire : il négligera les aliénés dont le traitement offre moins de chances de guérison que celui des individus atteints de maladies aiguës. La portion de l’établissement destinée aux aliénés deviendra un épouvantail ;

elle servira de prison, elle sera un lieu de punition pour les habitants du reste de la maison, ce qui exercerait une influence funeste à la guérison des aliénés qui en seraient susceptibles. Les familles qui peuvent payer une pension placeront leurs parents avec plus de répugnance dans ces maisons, ce qui les privera d’une ressource importante. Les directeurs, les administrateurs, repoussés par les dégoûts et les dangers, porteront à ces infortunés moins d’intérêt qu’aux autres habitants de la maison. La division des aliénés n’atti-

rera qu’une portion de la surveillance, n’obtiendra qu’une portion de zèle ; tandis qu’il faut, pour être à la tête d’une maison d’aliénés, la surveillance et le zèle tout entiers d’un homme très actif. Donc, en consacrant ainsi pour les aliénés des sections particulières dans les établissements de charité, il en résultera des inconvénients si graves que les vues bienfaisantes des administrations locales et du Gouvernement en faveur des aliénés ne seront point remplies. D’où il résulte la nécessité de créer

des hôpitaux spéciaux. Et comment la France n’aurait-elle point des hôpitaux spéciaux pour l’aliénation mentale, elle qui possède dans les grandes villes des hôpitaux spéciaux pour les maladies des enfants, pour la gale, pour la maladie vénérienne, etc. ? La nécessité des hôpitaux spéciaux étant bien démontrée, nous avons une autre question à résoudre. Établira-t-on un hôpital dans chaque département, ou bien n’y aura-t-il qu’un hôpital pour plusieurs départements ? L’établissement d’un hôpital dans chaque département peut offrir quelques avantages ; mais ces avantages ne peuvent tenir, mis en comparaison avec ceux que présente la formation d’un petit nombre d’hôpitaux. 1°. La dépense sera énorme si l’on crée un hôpital par département ; il faudra de grands frais pour acquérir le terrain, pour construire un aussi grand nombre d’édifices. Et qu’on n’espère point faire usage d’anciens bâtiments pour les adapter au service des aliénés ; on manquerait le but qu’on se propose ; c’est pour avoir voulu utiliser les constructions qui existaient à Charenton du temps des Frères de la charité, que, malgré beaucoup de dépenses, on n’a fait de Charenton qu’un mauvais établissement, dont on ne pourra jamais rien faire de bon ; la même chose est arrivé à Saint-Mein, à Marville, etc. En créant un hôpital par département, chaque hôpital devra être bâti pour un petit nombre d’aliénés, par exemple, pour trente, quarante, soixante, comme on veut le faire à Poitiers, comme le projette pour Albi le Préfet du Tarn. Or, comment établir les divisions nécessaires pour un hôpital de trente ou soixante aliénés ? Il faut un quartier pour les hommes

et un quartier pour les femmes ; chaque quartier est un véritable hôpital destiné à quinze ou trente individus ; dans chaque quartier, il faudra des subdivisions pour les furieux en traitement, pour les furieux incurables, pour les mélancoliques calmes, pour les mélancoliques agités, pour les démences, pour les convalescents, pour ceux qui salissent ; il faudra des promenoirs couverts, des ateliers, des réfectoires, une infirmerie, une salle de bains, etc. Ces subdivisions, indispensables aujourd’hui pour tout hospice d’aliénés bien ordonné, ne pourront se faire dans un asile destiné à un petit nombre d’individus ; car il y aurait presque autant de subdivisions que d’habitants. Il faudra pour chacune de ces subdivisions au moins un serviteur ; il y aura donc presque autant de serviteurs que de malades. Si l’on n’adopte pas la subdivision des bâtiments, on retombera dans le système actuel ; on se contentera de séparer les furieux, et d’entasser pêle-mêle les autres aliénés, système contre lequel réclame hautement l’expérience de tous les pays où les aliénés ont excité quelques sentiments d’intérêt et de pitié. 2°. En laissant les aliénés dans leur département, ils resteront toujours victimes des préjugés qui, dans beaucoup de provinces, font regarder ces malades comme incurables. Il existe presque partout l’opinion, malheureusement fondée, que ces malades sont très mal traités ; il existe dans la plupart des maisons où sont reçus les aliénés, des dénominations humiliantes, de vieilles habitudes, d’anciens usages qui leur sont funestes ; la routine et les préventions les perpétueront. Il importe de les soustraire à ces influences locales. Je voudrais qu’on donnât à ces établissements un nom spé-

cifique qui n’offrît à l’esprit aucune idée pénible ; je voudrais qu’on les nommât asiles. Les habitations particulières ne s’appelleraient plus des loges, des cages, des cachots, mais bien des cellules, etc. Ceux qui savent combien les mots ont d’influence sur l’esprit des hommes, ne seront point étonnés que j’attache de l’importance à ces petites choses. 3°. En multipliant les asiles, on les privera de cet intérêt qui s’attache aux établissements d’une grande étendue ; en leur donnant un caractère de grandeur, on en fera des monuments pour les départements ; ils inspireront plus de confiance, ils attireront un plus grand nombre de pensionnaires. 4°. Espère-t-on trouver dans chaque département des hommes assez instruits et en même temps assez dévoués pour se sacrifier aux soins, à la surveillance qu’exige un pareil établissement ? Qu’on ne s’y trompe point, il est peu d’hommes capables qui veuillent vivre avec des aliénés ; il en est peu qui consentent à passer leur vie dans un pareil asile, à moins que, par son importance, il n’offre un aliment à l’amour propre et à l’instruction. 5°. Les médecins recommandables sous tous les rapports ne manquent point à notre patrie ; mais tous peuvent-ils être à la tête des asiles ? Il faut une trempe d’esprit particulière pour cultiver avec fruit cette branche de l’art de guérir ; il faut avoir beaucoup de temps à sa disposition, et avoir fait, en quelque sorte, l’abnégation de soi-même. Un médecin qui jouit d’une grande réputation, qui par conséquent a une pratique nombreuse, se chargera-t-il d’un petit hôpital qui prendra tout son temps, qui lui fera courir des dangers, et qui lui offrira peu de chances de succès ? En effet, celui

qui veut être utile aux aliénés doit les visiter plusieurs fois le jour, et même pendant la nuit ; il ne doit pas se contenter d’une visite faite le matin, comme cela se pratique dans les hôpitaux ordinaires, encore moins d’une visite faite deux fois la semaine, et quelquefois aux flambeaux. Quelles espérances de guérison soutiendront son courage ? Chargé d’un hôpital de trente à soixante aliénés, dix à peine offriront quelques chances de guérison ; sur ces dix, il y en aura cinq de guéris, en supposant même que le médecin soit heureux. Au reste, cette réduction ne doit point effrayer lorsqu’on songe que, dans les asiles départementaux, la masse ne sera formée que d’individus incurables, et que le médecin ne devra compter que sur les cas éventuels. Si l’on multiplie les asiles, ils seront dédaignés par les serviteurs, par les malades, par leurs parents, par les médecins, par les hommes capables de les administrer. En formant de grands établissements, en les plaçant et les distribuant convenablement, on obtiendra des résultats utiles pour ceux qui seront reçus ; économiques pour l’administration. Les gens riches seront d’abord soustraits aux regards de leurs concitoyens, et envoyés au loin ; mais les personnes d’une fortune médiocre, les incurables riches seront envoyés dans ces asiles dont le prix de leur pension couvrira bientôt les dépenses : c’est ce qui arrivait autrefois, particulièrement dans le nord de la France, aux maisons d’aliénés d’Armentières, de SaintVincent, de Lille, de Marville, de Saint-Maurice, etc. C’est ce qui arrive aujourd’hui à Avignon, à Saint-Mein, et surtout à Charenton et à la maison des fous de Bordeaux. Ces établissements se suffisent à eux mêmes. Cette circonscription des asiles ne sera point une nouveauté : avant la paix, Marville recevait les aliénés de vingt-trois départements ; Armentières et Lille reçoivent les aliénés des départements de la Somme, Pas-de-Calais et du Nord. Les trois établissements de Paris reçoivent des aliénés de tous les points de la France ; Bordeaux, Lyon et Avignon admettent ceux de plusieurs départements circonvoisins. Les administrateurs et les parents des aliénés se louent des soins donnés à leurs malades dans ces hôpitaux spéciaux et éloignés, bien plus que de la manière d’être de ces mêmes malades dans les dépôts de leur département. En effet, les établissements de Paris, de Lille, de Nancy, Avignon, etc., qui reçoivent des aliénés de plusieurs départements, ne sont-ils pas mieux tenus que les portions d’hospices, que les maisons de force, que les prisons de Caen, de Toulouse, de Nantes, de Limoges, de Dijon, d’Orléans de Rouen, etc. ? L’intérêt du département où sont les hôpitaux spéciaux doit porter l’administration à les mieux soigner, afin d’attirer la confiance. De tout ce qui précède, on doit conclure qu’il faut des asiles spéciaux, et qu’il est préférable d’en avoir un petit nombre que d’en établir un dans chaque département. Le plan d’un hospice d’aliénés n’est point une chose indifférente et qu’on doive abandonner aux seuls architectes ; le but d’un hôpital ordinaire est de rendre plus faciles et plus économiques les soins donnés aux indigents malades. Un hôpital d’aliénés est un instrument de guérison. Depuis plus de dix ans, je réfléchis sur cet objet ; j’ai visité tous les hôpitaux


de France ; je me suis procuré les plans de plusieurs hôpitaux étrangers ; j’ai fait des observations pratiques dans mon propre établissement et dans l’hospice de la Salpêtrière : j’ai lieu de croire que les avantages et les inconvénients des établissements d’aliénés n’ont point échappé à mon attention. Voici le résultat de mes réflexions à cet égard. Les asiles doivent être bâtis hors des villes ; il y aura économie et pour les frais des premiers établissements et pour leur entretien, les objets de consommation n’ayant pas d’octroi à payer. On fera choix d’un grand terrain exposé au levant, un peu élevé, dont le sol soit à l’abri de l’humidité, et néanmoins pourvu d’eau vive et abondante. Les constructions présenteront un bâtiment central pour les services généraux, pour le logement des officiers ; ce bâtiment aura un premier étage. Sur les deux côtés de ce bâtiment central, et perpendiculairement à ses lignes, seront construites des masses isolées pour loger les aliénés, les hommes à droite, les femmes à gauche ; ces masses isolées seront assez nombreuses pour classer tous les aliénés ; elles seront entourées d’une galerie sur laquelle s’ouvriront les portes et les croisées. Dans nos climats tempérés, la galerie sur laquelle s’ouvriront les portes sera à jour, et liera toutes ces petites masses entre elles, et avec le bâtiment central ; la galerie dans laquelle s’ouvriront les croisées sera fermée ; à l’une de ses extrémités, on ménagera une petite pièce pour un poêle, lequel, à l’aide de tuyaux de chaleur, échauffera la galerie et en même temps les cellules. A la cheminée du poêle, on adossera la cheminée des lieux d’aisances, qui, par ce moyen, seront délivrés de toute mauvaise odeur. Au centre de tous ces bâtiments disposés parallèlement entre eux, s’élèveront des bâtiments isolés aussi ; ces derniers serviront d’ateliers, de salles de réunion, de réfectoires, d’infirmerie, etc. L’ensemble de ces bâtiments doit présenter des logements séparés pour les aliénés furieux, pour les maniaques qui ne sont point méchants, pour les mélancoliques tranquilles, pour les monomaniaques qui sont ordinairement bruyants, pour les aliénés en démence, pour ceux qui sont habituellement sales, pour les fous épileptiques, pour ceux qui ont des maladies incidentes ; enfin, pour les convalescents : l’habitation de ceux-ci devra être composée de manière qu’ils ne puissent pas voir et entendre ceux qui sont malades, tandis qu’eux-mêmes seront à portée du bâtiment central. M. Lebas, architecte, a fait un plan d’après les données que je lui ai fournies. Ce plan est gravé, et je le publierai. Ce système de construction a été adopté en Danemark pour l’asile qu’on y construit, et dont j’ai fait aussi graver le plan. Les habitations particulières ne devront pas être faites toutes de la même manière, et l’uniformité est un des principaux vices de tous les asiles actuellement existants en France et ailleurs. Les habitations destinées aux furieux doivent être plus solidement bâties, et offrir des moyens de sûreté inutiles et même nuisibles dans le reste de l’établissement. Il est des aliénés qui salissent ; les planchers des cellules qu’ils doivent habiter seront dallés en pierre, et inclinés vers la porte. Cette disposition est inutile dans tous les autres logements, qui devront être planchéiés. Le quartier des

convalescents ne doit différer en rien des maisons ordinaires. Les constructions destinées aux aliénés seront toutes au rez-dechaussée ; cette disposition me paraît être de la plus grande importance, elle n’est point arbitraire : je dois avouer qu’elle est contraire à presque tout ce qui est établi jusqu’ici. Partout, à la vérité, les furieux sont au rez-de-chaussée, même dans des souterrains, particulièrement en Angleterre, à Armentières, à Marville, et dans les villes de France où il existe des cachots souterrains ; les autres aliénés habitent des étages supérieurs. En opposition avec tout ce qui a été fait jusqu’ici, je dois rendre compte de mes motifs et répondre aux objections qui m’ont été adressées. Les établissements dans lesquels les aliénés sont logés au premier, au second, au troisième étage, offrent de nombreux et de graves inconvénients : 1°. Il faut griller les croisées de tous les quartiers pour prévenir les évasions et les suicides ; il faut entourer de grilles les escaliers, comme on a été contraint de le faire dans le bâtiment neuf de Bicêtre, les marches de l’escalier n’étant point fixées aux deux murs de soutènement. Le premier étage du bâtiment neuf d’Avignon est éclairé par une galerie à jour : on a été forcé de fermer la galerie avec une forte grille en fer. 2° Le lavage nécessaire et fréquent des cellules, des galeries, abîme les planchers ; la crainte de les pourrir empêche d’avoir des fontaines dans les étages, et à portée de chaque malade. Les lieux d’aisances sont une occasion de malpropreté ; leur odeur infecte les corridors, ou il faut de grands frais pour s’en préserver. 3°. Les aliénés sont renfermés dans leurs cellules, ou tout au moins dans leur galerie, parce qu’on craint qu’ils ne se précipitent, ou qu’ils se laissent tomber dans les escaliers. Veulent-ils sortir des galeries, il faut en obtenir la permission, qui dépend du caprice des gardiens. Cette dépendance répugne à beaucoup d’aliénés, qui préfèrent rester dans leurs cellules, et même dans leur lit. 4°. Le service est plus pénible, la surveillance presque nulle, celle des serviteurs plus minutieuse, plus arbitraire, plus tyrannique ; celle des chefs impossible. Les asiles dont les bâtiments sont construits au rez-de-chaussée présentent des avantages sans nombre. 1°. Il n’est pas nécessaire de barres de fer aux croisées, aux galleries, aux escaliers ; les galeries peuvent rester ouvertes ; les aliénés sont moins casaniers, pouvant sortir à volonté, étant sollicités par l’exemple de leurs compagnons qui vont, qui viennent, qui jouent sous leurs croisées. L’un d’eux estil pris d’un paroxysme il sort de sa cellule, va au grand air, s’abandonne à tout son agitation ; il est bientôt calme ; il serait devenu furieux s’il n’avait pu quitter sa cellule ou son corridor, parce qu’il y eût trouvé les causes de son agitation fortifiée par la contrariété. Les croisées étant basses, les gens de service pouvant les atteindre facilement, les ouvrent et les ferment lorsqu’il convient. Les croisées percées en face des portes favorisent le renouvellement de l’air ; si un furieux se barricade, en feignant d’entrer par la croisée, on attire son attention vers ce point, et l’on arrive à lui par la porte, sans dangers pour lui et pour les serviteurs. 2°. Le service est infiniment plus facile, parce qu’il ne faut pas

sans cesse monter et descendre des escaliers. Survient-il un accident, une querelle, les infirmiers peuvent se réunir promptement pour opérer un appareil de force considérable qui prévient presque toujours son emploi. Infirmier d’un corridor est-il attaqué, il n’est pas obligé de se défendre corps à corps. Si un aliéné ne veut point se promener, s’il veut rester dans sa cellule, sur son lit, s’il ne veut pas aller au bain, etc., il ne faut pas le tirailler, le porter dans des escaliers, au risque de le rendre furieux ou de le blesser. Les infirmiers se surveillent les uns les autres, n’étant pas enfermés dans les galeries, dans les corridors, où l’on n’arrive qu’en faisant beaucoup de bruit pour ouvrir les portes. 3°. Le médecin peut faire sa visite plus commodément : il a, pour ainsi dire, sous la main tout son monde. La surveillance des chefs est plus utile, parce qu’elle est plus facile. Peut-on exiger qu’un directeur monte et descende les escaliers plusieurs fois par jour ? Ses forces physiques se refuseraient à son zèle. Dans un bâtiment au rezde-chaussée, il peut à tout instant et sans bruit arriver auprès des malades et des serviteurs. Ceuxci, par la crainte d’être surpris, sont plus assidus, plus exacts et plus complaisants. 4°. Enfin, les asiles bâtis au rezde-chaussée, composés de plusieurs bâtiments isolés, distribués sur une plus grande superficie, ressemblent à un village dont les rues, les places, les promenades offrent aux aliénés des espaces plus variés, plus étendus pour se livrer à l’exercice si nécessaire à leur état. On objecte à tant de motifs celui de l’économie. Un grand établissement à plusieurs étages est sans doute moins dispendieux ; mais la véritable économie consiste dans l’emploi judicieux des fonds destinés à un établissement. L’économie ne consiste point à priver un établissement des conditions indispensables pour qu’il remplisse sa destination ; l’économie, d’ailleurs, n’est pas si grande qu’on affecte de le dire : en effet, dans la dépense que doit causer la construction d’un asile, l’achat de quelques arpents de terre de plus ou de moins peut-il compter ; surtout si l’asile est bâti hors des villes ? Le terrain acheté ne serait point sans produit ; car le tiers du sol sur lequel on bâtira l’asile sera planté d’arbres, pour l’assainissement de l’air, pour l’agrément des malades, et pour l’augmentation des revenus. La construction des bâtiments sera moins chère, les fondations moins profondes, moins épaisses ; il ne faudra point d’escaliers avec tous les accessoires ; il n’y aura point de lieux d’aisances dont les conduits rampent dans les divers étages. Il suffira que le quartier des furieux soit bâti en pierre, les autres subdivisions pourront être construites plus légèrement. L’asile étant divisé en plusieurs bâtiments isolés, on peut se contenter d’abord et de ces constructions légères et des masses de bâtiments indispensables, ajournant les constructions successives au fur et à mesure de l’accroissement de la population. D’après le nombre des aliénés admis dans les établissements publics spéciaux ou autres, on peut croire que vingt asiles sont suffisants pour tout le royaume : je voudrais les établir auprès des Cours royales. Les villes où siègent ces Cours sont considérables, et ordinairement centrales ; elles attirent dans leur sein beaucoup

d’individus appartenant aux départements qui ressortent de leur juridiction. Des motifs trop longs à déduire et dans l’intérêt civil des aliénés justifient cette disposition. Chaque asile ainsi établi auprès de chaque Cour royale, recevra les aliénés des départements qui ressortiront de ces Cours ; il sera construit pour quatre ou cinq cents individus, ce qui permettra de recevoir dans dix-huit asiles sept mille deux cents aliénés, qui, avec les deux mille dans les établissements de Paris, me paraissent être l’extrême du nombre des aliénés qui peuvent réclamer des asiles. Ce nombre est bien supérieur à celui des aliénés qui aujourd’hui sont dans les maisons spéciales, les hospices, prisons, etc. ; mais ce qui existe est au-dessous des besoins, et l’Administration doit s’attendre qu’aussitôt qu’elle aura ouvert des asiles bien dirigés, leur population s’accroîtra rapidement. L’économie veut que l’on conserve les huit asiles spéciaux qui existent déjà, quoiqu’ils soient loin d’offrir les meilleures conditions possibles. Ces asiles seront débarrassés de tout individu qui n’est point aliéné ; ils seront soumis aux règlements généraux communs à tous les asiles de France ; il sera arrêté pour chacun un plan d’amélioration ou d’agrandissement, d’après les principes adoptés pour les nouveaux asiles, et il sera défendu d’y bâtir à moins de se conformer rigoureusement à ce plan. Les trois établissements de Paris suffisent au département de la Seine et au département de Seine et Oise. Il ne restera plus qu’à bâtir huit asiles, et à distribuer dans les contrées où il n’en existe point. La première dépense de chacun de ces asiles peut s’élever à 500,000 francs. Ils peuvent être ouverts d’ici à trois ans, et même beaucoup plus tôt ; les fonds nécessaires pour les construire peuvent avoir plusieurs sources. 1°. L’Administration générale peut faire un appel aux citoyens qui voudront fonder un ou plusieurs lits dans l’asile ; les souscripteurs auront droit de nomination pour autant d’aliénés qu’ils auront fondé de lits : ils seront membres nés de l’Administration générale des asiles. 2°. Tous les fonds actuellement consacrés à ces malades seront répartis aux asiles. 3° Chacun des départements pour lesquels l’asile sera destiné, fournira des fonds pour son établissement. Je suppose que chacun d’eux doit donner 80,000 francs ; cette dépense étant supportée dans le cours de trois années qu’on mettra à construire, il n’en coûtera que 25,000 à 30,000 francs à chaque département. 4°. Le Gouvernement, à titre d’encouragement, ne pourrait-il pas accorder une première avance, qui activerait l’exécution de ces projets, et qui lui permettrait de les diriger plus facilement ? Il sera formé pour chaque asile un Conseil d’administration, composé des Préfets des départements, qui concourront à leur érection des souscripteurs, du directeur et du médecin de l’asile, du procureur général, etc. Il sera nommé un Comité d’administration, dont le directeur et le médecin de l’asile seront membres avec voix consultative seulement. Chaque asile aura un directeur, un médecin, nommés par le Ministre, sur la présentation du Conseil général. Il aura un économe, un aumônier, un pharmacien, un surveillant et une surveillante, nommés par le Conseil général, sur la

présentation du Comité d’administration. Il sera formé, auprès du Ministre de l’intérieur, un Comité central avec lequel correspondront les directeurs et les médecins de tous les asiles, placés sous la surveillance immédiate et spéciale du Ministre de l’intérieur. Tous les ans, ce Comité rendra un compte général administratif et médical, qui sera envoyé aux administrateurs, aux directeurs, aux médecins des asiles. Il sera fait un règlement général pour toutes les parties du service, dans lequel on prescrira un mode uniforme d’admission pour tous les asiles ; en les modifiant, quant aux conditions administratives, d’après la connaissance plus positive de chaque localité. Enfin, on donnera une instruction pour la direction des aliénés dans chaque asile. RÉSUMÉ. L’état actuel des aliénés réclame hautement une réforme générale. Il ne convient nullement à leur bien-être, ni aux égard qui leur sont dus, d’être réunis avec d’autres malades, avec des indigents, encore moins avec des prisonniers. De grands asiles sont préférables, sous tous les rapports, à quatrevingt-trois hôpitaux départementaux. En conservent et en améliorant les asiles actuels, il n’en resterait que dix nouveaux à bâtir. Dix asiles, à 500,000 francs chacun, coûteront cinq millions, tandis que soixante-douze hôpitaux spéciaux, qu’il faut bâtir pour qu’il y en ait un par département, estimés seulement à 150,000 francs chacun, coûteront dix millions cinq cent mille francs. Je ne saurais prévoir si les résultats des recherches et des réflexions consignées dans ce mémoire atteindront le but que je me suis proposé ; peut-être n’aurai-je écrit que pour moi. Si je n’ai fait qu’un beau rêve, ce rêve du moins m’a laissé l’espérance. Nul doute qu’il suffit de faire connaître l’état déplorable dans lequel gémissent la plupart des aliénés, pour faire restituer à ces infortunés cette portion de soins et d’intérêt que la charité publique dispense, particulièrement en France, avec tant de magnificence et de sollicitude, dans tous les établissements ouverts aux malades et aux indigens. 1 Version actualisée et corrigée du texte de 1818, imprimé à Paris par l’imprimerie de Madame Huzard (née Vailat-La-Chapelle), Rue de l’Éperon Saint-Adrès-des-Arcs, n° 7. Mars 1819.

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Plan d’hôpital idéal, gravé par Mr. Lebas, architecte, d’après la description faite par Jean-Étienne Esquirol. Gravure offerte à W.C. Ellis, médecin en chef de l’asile d’Hanwell, et publié dans son ouvrage Traité de l’aliénation mentale ou de la nature, des causes, des symptômes et du traitement de la Folie, Paris, Librairie des Sciences Médicales de Juste Rouvier, 1840, p. 656.

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ESTABLISHMENTS OF THE INSANE IN FRANCE, AND WAYS TO IMPROVE THE FATE OF THESE UNFORTUNATE PEOPLE. Jean-Étienne Esquirol BRIEF PRESENTED TO HIS EXCELLENCY THE MINISTER OF THE INTERIOR, IN SEPTEMBER 1818; BY DOCTOR ESQUIROL, DOCTOR OF THE SALPÊTRIÈRE.1 Howard intended to alleviate the fate of the miserable who had declared themselves enemies of their fellow men and of the social order. Happier than he was in the object of my research, I entered the asylum of unhappiness to the often moaning virtue. I have travelled all over France to visit the establishments where the insane are locked up. One can rest assured that he will not attract the vindictiveness of the laws: who can promise himself that he will not be struck by a disease that marks its victims in all uses of life, in all ranks, in all conditions? Those for whom I am claiming are the most interesting members of society, almost always victims

of the prejudices, injustice and ingratitude of their fellow human beings. They are fathers of families, faithful wives, honest merchants, skilful artists, warriors dear to the fatherland, distinguished scientists; they are ardent, proud and sensitive souls; and yet these same individuals who should attract particular interest, those unfortunate people who experience the most terrible of human miseries, are more illtreated than criminals, and reduced to a condition worse than that of animals. I saw them naked, covered with rags, having only the straw to guarantee themselves from the cold humidity of the pavement on which they are spread. I saw them grossly fed, deprived of air to breathe, water to satisfy their thirst, and the first needs of life. I saw them handed over to real jailers, abandoned to their brutal surveillance. I have seen them in narrow, dirty, vile, airless, lightless, chained in caves where one would be afraid to enclose the ferocious beasts that the luxury of governments maintains at great expense in the capitals.

This is what I have seen almost everywhere in France, this is how the insane are treated almost everywhere in Europe. “These unfortunates, like state criminals, are thrown into the bottomless pit, into dungeons where the eye of humanity never penetrates: we let them burn in their own garbage, under the weight of the chains that tear their limbs apart. Their faces are pale and emaciated, they are only waiting for the moment that must put an end to their misery and cover our shame. They are put on show to the public’s curiosity, and avid guardians show them off as rare animals. These unfortunates are piled up in a jumble; we know only terror to maintain order among them. Whips, chains, dungeons are the only means of persuasion used by employees who are as barbaric as they are ignorant.” This is what Riel wrote in 1803 about the state of the insane in Germany. “It is those who visited the homes of the insane in Germany, says Joseph Franck, that remember with horror what they saw. One is horrified when entering these

asylums of misfortune and affliction; only hearing the cries of despair, and it is there that dwells the man distinguished by his talents and virtues. It is a terrible thing to be attacked by unfortunate people covered in rags and disgusting with uncleanliness, while only the chains, ties and brutality of the guards prevent others from approaching.” Maximilien André said the same thing, in 1810, about the insane and the institutions dedicated to them in Germany. Chiarruggi, from Acquit had said the same of those from Italy and Savoy. If there ever was a public institution that shamefully covered England, it is Bedlam Hospital, Sir Bennet wrote in the House of Commons (1815), and yet false reports imposed it, not only on England, but on the whole of Europe, by proposing this hospice as a model for all the nations of the world. If we were allowed to go into detail here, we would see everywhere the worst distribution in the buildings that are abandoned to these patients; the greatest ignorance of

the care that suits them; the most culpable negligence, the most horrible abandonment, the most revolting barbarism; I say barbarism because everywhere, except in the establishments of the capitals, to which Paris has given the example, the insane are covered in chains. Wishing to assess the influence that the improvements introduced in the public institutions for the insane in Paris, had on the rest of France, I visited all the houses where these patients were received; I carefully wrote what I observed, house by house, hospice by hospice, prison by prison; I had the plans of several of these institutions lifted and engraved; I compared what is happening in our country with what is happening in other European nations, especially in England. This data served as the basis for this brief, which in itself is only a summary of a major work on this subject, which I will publish in the spring. In France, almost all the insane people are placed in public institutions: sometimes in special homes, sometimes in hospitals DOCUMENTS

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and hospices, sometimes in begging warehouses, sometimes in houses of force or correction. The 5153 insane people are spread over 59 houses; of these 5153 individuals, more than 2000 belong to the three major institutions in Paris. The proportion of women is generally higher than that of men; but it is remarkable that the number of alienated men and more considerable than that of women in the southern provinces of France, while in the north, the number of alienated women is much higher than that of men. According to information on institutions in Spain, the number of alienated men is higher than that of women. There are only eight special establishments in France, where the insane are received, and several of which have taken the name of the Royal House of Health, namely: Armentières, for men only (northern departments). Avignon (Vaucluse department). Bordeaux (Gironde department). Charenton (Seine department) Lille, for women only (Northern Departments). Marseille (Bouches-du-Rhône department). Marville, near Nancy (Meurthe department). Rennes, Saint-Mein (Ille-et-Vilaine department). These houses generally receive only the insane; I said generally, because in Charenton there is a district that serves as a hospital for the poor sick people of the canton; in Marville, there are old people and children. In these eight houses, we receive epileptics confused with the insane, and sometimes bad subjects, libertines put in correction. In these houses, the incurably insane are admitted, and those who do not heal are kept there for life; it is therefore true to say that we do not have a special establishment in France exclusively devoted to the treatment of insanity. Perhaps it would be appropriate to make a small number of establishments in which 150 to 200 insane people could be brought together for treatment, and which would serve as a model, a school of instruction and an object of emulation for other houses of the same kind. Admission to these institutions would be subject to special conditions, as is the case in Bedlam (London). 1°. The insane person should not have been treated elsewhere. 2°. His illness should not be more than a year old at most. 3°. No alienated person should have a contagious or syphilitic disease. 4°. As soon as he was found incurable, he should be dismissed. 5°. He could not stay more than two years in this asylum. I say two years, experience having shown me that he cures almost as many insane people in the second year since the invasion of the disease, as in the first. It is not my purpose to make known the defects, the very defects that these eight special establishments present, both in their construction, their distribution, and their internal regime. As they are, there are proferable the other houses we are going to talk about. I cannot defend myself from awakening the Administration’s surveillance on the dwellings intended for the furious alienated. They are housed in underground facilities in Marville and Armentières.

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In all hospices or hospitals, old, dilapidated, damp, and poorly distributed buildings have been abandoned to the insane, and in no way built for their purpose, except for a few boxes and dungeons that have been built especially for the furious insanes. In some general hospitals, only the furious live in separate quarters; the quiet insanes, the fools are confused

with the poor, the so-called incurable poor. In a small number of hospices, they are mixed up with prisoners in the neighbourhood called the force district. These unfortunate people are subject to the general regime of the indigents. The insane are admitted to the socalled general hospitals in which elderly people, disabled, scabies,

venereals, children, and even women of bad life and criminals are received in the following thirty-three cities:

Clermont. Dijon. Le havre. Le Mans. Lille. Limoges. Lyon. Macon. Martigue. Montpellier. Moulins. Nantes. Nismes. Orleans. Paris. Pau. Poitiers. Reims. Rouen. Saintes. Saumur. Sedan. Strasbourg Saint-Servan. St-Nicolas près Nancy. Toulouse. Tours. In La Salpêtrière and Bicêtre, the district of the insane is in a way independent from the rest of the house. The insane have a special diet with servants and a special doctor. These are hospitals in hospices. In the cities where begging depots had been established, it was proposed to build, and a district for the insane had even been built within these depots; these districts were to receive only furious insane people, and they had already taken in some depots the name of force district. The insanes are in the begging depots in: Auxerre, Alençon, Amiens, Besançon, Châlons, Charité-sur-Loire,

Laon, Montpellier, Mousson, Dole, Troyes, Tournus. In these begging depots, the furious insanes are left continuously in their cells; the others, confused with beggars and vagrants, are deprived of the special care their condition requires. I mean, we didn’tshy away from putting insane people in prisons: At the fort of Le Ha in Bordeaux. At the house of force in Rennes. At the force headquarters at Toulouse General Hospital. At the Bicêtre de Poitiers, Caen, Amiens, etc. At the prison for the National Guard. At the Baudets’ house, a fortified house in Arras. In Saint-Venant (a small stronghold), the insanes are in buildings that serve as a prison and military hospital. Moreover, there are few prisons where one does not meet furious madmen; these unfortunate ones are chained in dungeons next to the criminals. What a monstrous association! The quietly insanes are more ill-treated than the criminals; the latter can work, and from the product of their work they improve the food given to them by the house. The insane are deprived of this resource! How many insults, ill-treatments, deprivations, are these insane people not exposed to from criminals who play games with their condition? What a humiliation for the sick man, if he has a few lucid moments, to be confused with criminals? And if it was possible that an insane person could heal despite so much abandonment,

so many deprivations, so many insulting treatments, what a horrible feeling he would not experience when his reason woke up, and in that feeling what an invincible obstacle to lasting healing! The insane, thus confused in the same establishment with the indigent, the infirm, the vagrants and especially the prisoners, are bad in all respects. This is what the following details will prove to us:

Aix. Alby Angers Arles Blois. Cambray.

1°. Houses or portions of houses intended for them are not distributed or arranged for their use. Almost everywhere except in La Salpêtrière and Bicêtre, the insane occupy the most secluded, oldest, wettest, most unhealthy buildings. In begging depots and in some hospices, newly built buildings are very poorly heard, and in some, for example, the courtyard separating the lodges from the fence wall is not as wide as it should be. 2°. Private dwellings, cells called lodges, dungeons, cages, small dungeons, etc…are appalling in every way, without air, without light, damp, small, paved like streets, often lower than the ground, and sometimes in underground areas. Usually these dwellings have only the door as an opening, a small square hole established against the door; sometimes there is no other opening than the door. The air is not renewed, and when you enter it you are suffocated by the infamous smell that comes out of it. Some cells look like cages; others are made of wood, exposed to all kinds of weather. In my work on

the houses of the insane, I want to describe all these houses, which seem to have been built to degrade man and deprive him of the first elements necessary for the preservation of life. 3°. Beds are often missing; thus unfortunate persons, tormented by insomnia, sometimes, have only the pavement to rest their limbs, and straw for mattresses, pillows, and blankets. 4° Almost everywhere the indigent insane, and often those who pay board, are naked or covered with rags; they are left with the debris of the clothes of the poor, the infirm, the prisoners who live with them in the same establishment. It is always, it is said, good enough for crazy people. Many of them have only straw to protect themselves against soil moisture and the cold air; sometimes they are deprived of it; straw is never renewed often enough. I saw an unfortunate fool, naked and straw-less, lying on the pavement. Expressing my astonishment at such an abandonment, the concierge replied that the Administration only gave him one bale of straw every two weeks for each individual. I pointed out to this barbarian that the dog who was watching over the door of the insane was housed more healthily, and that he had fresh and abundant straw; this remark was rewarded with a pitiful smile. And I was in one of the big cities in France! 5°. The diet, the food, far from being appropriate to the state of these diseases, are contrary to them; when they are given something other than black bread, the food they are served does not suit them. They are generally given dried, undercooked vegetables and cheese; it is a treat for the insane people of Tours when the nun who leads them can obtain, once a week, the intestines of the animals that were used to make the soup and broth of the hospital’s people in poverty. In the power districts, in the prisons, the insanes only have bread and water when the janitor and the teller like to give them some. How is this distribution done? Usually we it is done once a day. In a city, every two days a three-pound loaf of bread with a pot of water is given to the insane and prisoners alike. What a diet for patients that an internal heat dries up, that thirst devours, that constipation torments! 6°. In no home is there enough space for the insane to exercise as necessary; they often only have narrow and dark stairs or corridors to walk on; often there is only one courtyard for all the insanes of the same sex; the furious ones are always enclosed; sometimes we find chains hanging from the walls that form the courtyard; the insanes are chained on a stone, this is what is called making them take a breath of fresh air. When there are meeting rooms, cookers, these rooms are low, narrow, black, and more likely to inspire sadness than distraction. 7°. The insanes are not served, or are served very badly; they have no servants almost nowhere; when they do, their numbers are insufficient; often they are delivered to hard, barbaric and ignorant jailers, counter workers. This abandonment is all the more deplorable because these unfortunate people do not have the necessary intelligence to claim the care that humanity gives everywhere to the sick man. Are they being treated? What a service, my goodness! What can we expect from a jailer,


a janitor who has thirty, fifty, sixty individuals to lead? What kind of benevolence can these rude men have, who see in the insanes only evil, dangerous and harmful beings? They know only insults, threats, terror, blows and chains to lead them, to contain them, to bring them to calm. 8°. Chains are used everywhere, i) because buildings are poorly distributed; ii) because there are not enough servants; iii) because no other means are known; iv) because the use of the vest is more expensive. I sent vests to serve as a model in several cities; they are not used for economic reasons, it is certain that chains cost less to maintain: this is what made Dr. Monro say that they were preferable for the poor. The abuse of channels is appalling. Iron necklaces, iron belts ands irons are put on feet and hands. In one of the big cities I would be afraid to name, the angry one are contained with an iron necklace attached to a one-and-a-half foot chain, which is sealed in the middle of the lower floor, and I was assured that this was the safest way to calm the fury. In Toulouse, in a room with about twenty beds under the ceilings, a chain has been hung from the walls and above each bed, carrying an iron belt; the insane people, when they get into their beds, shake these chains, which will overwhelm them at night. In some houses blackjacks are distributed to the boys on duty; the key ring is an instrument of correction. Good management would eliminate chains everywhere, as they have long been in Paris establishments. And France sets an example for the civilized world of more than two thousand insane people of all ages, sexes, states and characters, who are directed, contained and treated without any blows or chains. 9°. Doctors have made vain claims in all cities; but without the first means of treatment, they are discouraged, and only visit the insanes when serious illnesses occur. Rarely do they visit in order to heal them from their madness, and there are a few houses where servants order surprise baths, confinement, etc. In Toulouse, time immemorial, the doctors of the Hôtel-Dieu visited the indigents of the General Hospital every month; they never went to the force district where the madmen were chained. 10°. The administrators, deceived by the prejudices so fatal to the well-being of the fools, frightened by their agitation, by their cries, and especially by the fears that the servants concerned are careful to inspire, almost never visit the madmen; most regard the madmen as suffering from an incurable disease, as abandoned beings for whom they believe they have done everything when they are put out of order and that they have made them distribute bread and water to prevent them from dying of hunger. As long as the insanes are housed, cared for and treated as they are today in hospices, begging depots and prisons, neither a better regime, nor more care, nor more consideration, nor more useful assistance from doctors and administrators can be expected for them. How can we return to these unfortunate people the part of the care due to them by public charity? How can we satisfy local administrations that are everywhere demanding against the state of abandonment in which the insanes

groan, and that are asking for the means to improve their lot? How to respond to the government’s wishes? Everyone is convinced of the inappropriateness of the stay of the insanes in prisons and forced houses, and of the need to remove them from these homes of crime and immorality. But opinions are uncertain between the following two projects: will they be left in hospices, in begging depots, by expanding and improving the buildings dedicated to them? Or will special hospitals be built for them? The above leaves me with little to say against the first project. By keeping the insanes in hospices, in depots, we hope to use what has already been done, and to use old buildings that we want to accommodate for their use: what has already been done is bad, and the old buildings will harm the ones we plan; both will lack the necessary symmetry and subdivisions. They will be poorly distributed because they will have to be coordinated with the rest of the institution. The insane will be subject to the regime of hospice or begging depot; if they are assigned a particular regime, a particular service, there will no longer be a whole or unit in the establishment; both will suffer. For the insanes, only bad nurses will be available; for the best subjects will prefer the easier, less painful, less dangerous service of the rest of the hospice or depot. The health service will be done with less enthusiasm; because the doctor of the hospice or depot will have too much to do: he will neglect the insane whose treatment offers less chance of cure than that of individuals with acute diseases.The portion of the facility intended for the insane will become a scarecrow; it will serve as a prison, a place of punishment for the inhabitants of the rest of the house, which would have a fatal influence on the healing of the insane who might be susceptible to it. Families who can afford a pension will place their parents more reluctantly in these homes, depriving them of an important resource. The directors, the administrators, repelled by disgust and danger, will take less interest in these unfortunate people than in the other inhabitants of the house. The division of the insane will attract only a portion of the surveillance, will obtain only a portion of zeal; whereas to be at the head of a house of the insane, it requires the full surveillance and dedication of a very active man.

1°. The expense will be enormous if you create one hospital per department; it will take a lot of money to acquire the land, to build so many buildings. And that we do not hope to use old buildings to adapt them to the service of the insane; we would miss the purpose we propose; it is because we wanted to use the buildings that existed in Charenton during the time of the Frères de la charité, that, despite much expenditure, Charenton was only made a bad establishment, of which we can never do anything good; the same happened in Saint-Mein, in Marville, etc. By creating one hospital per department, each hospital will have to be built for a small number of the insane, for example, for thirty, forty, sixty, as we want to do in Poitiers, as planned for Albi by the Prefect of Tarn. But how do we establish the necessary divisions for a hospital of thirty or sixty insane people? We need a district for men and a district for women; each district is a real hospital for fifteen or thirty individuals; in each district, we will need subdivisions for the furious in treatment, for the incurable furious, for the calm melancholic, for the agitated melancholic, for dementia, for the convalescent, for those who dirty; we will need covered promenades, workshops, refectories, an infirmary, a bathroom, etc. These subdivisions, which are essential today for any well-ordered hospice for the insane, cannot be made in an asylum intended for a small number of individuals; because there would be almost as many subdivisions as there are inhabitants. Each of these subdivisions will require at least one servant, so there will be almost as many servants as there are patients. If we do not adopt the subdivision of buildings, we will fall back into the current system; we will simply separate the furious, and pile up the other insane people, a system against which the experience of all countries where the insane have aroused some feelings of interest and pity is highly required. 2°. By leaving the insane in their department, they will always remain victims of the prejudices that, in many provinces, make these patients seem incurable. There is almost everywhere the unfortunate and well-founded opinion that these patients are being treated very badly; in most

of the houses where the insane are received, there are humiliating denominations, old habits, old uses that are harmful to them; routine and prevention will perpetuate them. It is important to remove them from these local influences. I would like these establishments to be given a specific name that does not offer the mind any painful ideas; I would like them to be called asiles (asylums). Private dwellings would no longer be called lodges, cages, dungeons, but cells, etc. Those who know how much words influence the minds of men, will not be surprised that I attach importance to these little things. 3°. By multiplying the asylums, they will be deprived of the interest that attaches to large establishments; by giving them a character of grandeur, they will become monuments for the departments; they will inspire more confidence, they will attract a greater number of residents. 4°. Are we hoping to find in each department men who are sufficiently educated and at the same time devoted enough to sacrifice themselves to the care and supervision that such an establishment requires? Make no mistake about it, there are few capable men who want to live with the insane; there are few who consent to spend their lives in such an asylum, unless, by its importance, it offers food for self-esteem and education. 5°. Our country does not lack doctors who are recommendable in all respects; but can all of them be at the head of the asylums? It takes a particular temper of mind to successfully cultivate this branch of the art of healing; you need to have a lot of time at your disposal, and to have done, in a way, self-sacrifice. Will a doctor who has a high reputation, who therefore has a large practice, take care of a small hospital that will take up all his time, put him in danger, and offer him little chance of success? Indeed, anyone who wants to be useful to the insane must visit them several times during the day, and even at night; he must not be satisfied with a visit made in the morning, as is practiced in ordinary hospitals, still less a visit made twice a week, and sometimes with a candle light. What hopes for healing will support his courage? In charge of a hospital of thirty to sixty insane people, barely ten will offer some chances of recovery; of

these ten, there will be five healed, even assuming that the doctor is happy. Moreover, this reduction should not be frightening when one considers that, in departmental asylums, the mass will only consist of incurable individuals, and that the doctor will have to rely only on possible cases. If the asylums are multiplied, they will be despised by the servants, by the patients, by their parents, by the doctors, by the men capable of administering them. By training large institutions, placing them and distributing them properly, useful results will be obtained for those who are received; economic for the administration. The rich people will first be hidden from the eyes of their fellow citizens, and sent away; but the people of mediocre wealth, the incurable rich will be sent to these asylums whose pension prices will soon cover their expenses: this is what happened in the past, particularly in the north of France, to the houses of the insane in Armentières, Saint-Vincent, Lille, Marville, Saint-Maurice, etc. This is what is happening today in Avignon, Saint-Mein, and especially in Charenton and at the Maison des fous de Bordeaux. These institutions are self-sufficient. This constituency of asylums will not be a new one: before peace, Marville received the insane from twenty-three departments; Armentières and Lille receive the insane from the departments of Somme, Pas-de-Calais and Nord. The three Paris establishments receive aliens from all over France; Bordeaux, Lyon and Avignon admit those from several neighbouring departments. The administrators and relatives of the insane rent themselves the care given to their patients in these special and remote hospitals, much more than the way these same patients are cared for in the depots of their department. Indeed, are not the establishments in Paris, Lille, Nancy, Avignon, etc., which receive insane people from several departments, better maintained than the portions of hospices, than the prisons of Caen, Toulouse, Nantes, Limoges, Dijon, Orléans de Rouen, etc.? The interest of the department where the special hospitals are located must lead the administration to provide better care for them, in order to attract trust. From all the aforementioned, it

Therefore, by dedicating special sections to the insane in charitable institutions, such serious disadvantages will result that the beneficial views of local governments and the Government in support of the insane will not be fulfilled. As a result, it is necessary to create special hospitals. And how can France not have special hospitals for mental insanity, which has special hospitals in large cities for children’s illnesses, scabies, venereal disease, etc.? With the need for special hospitals well demonstrated, we have another issue to resolve. Will there be one hospital in each department, or will there be only one hospital for several departments? The establishment of a hospital in each department may offer some advantages; but these advantages cannot hold up, compared to those of forming a small number of hospitals. DOCUMENTS

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must be concluded that special asylums are needed, and that it is better to have a small number than to establish one in each department. The plan of a hospice for the insane is not an indifferent thing and must not be abandoned to architects alone; the purpose of an ordinary hospital is to make it easier and more economical to care for the sick indigent. A hospital for the insane is an instrument of healing. For more than ten years, I have been reflecting on this object; I have visited all the hospitals in France; I have obtained the plans of several foreign hospitals; I have made practical observations in my own establishment and in the Salpêtrière hospice: I have reason to believe that the advantages and disadvantages of the insane establishments have not escaped my attention. Here is the result of my reflections in this regard. Asylums must be built outside the cities; there will be savings and for the expenses of the first establishments and for their maintenance, consumer objects not having a grant to pay. We will choose a large plot of land exposed to the sunrise, a little high, whose soil is protected from humidity, and nevertheless provided with abundant living water. The buildings will have a central building for general services, for officers’ accommodation; this building will have a first floor. On both sides of this central building, and perpendicular to its lines, isolated masses will be built to house the insane, the men on the right, the women on the left; these isolated masses will be numerous enough to classify all the insane; they will be surrounded by a gallery on which the doors and crossings will be opened. In our temperate climates, the gallery on which the doors will open will be updated, and will link all these small masses together, and with the central building; the gallery in which the crusaders will open will be closed; at one end, a small room will be provided for a stove, which, using heat pipes, will heat the gallery and at the same time the cells. On the stove’s chimney, the chimney of the toilet facilities will be leaned against, which, in this way, will be free from any bad smell. In the centre of all these buildings, which are arranged parallel to each other, will also be isolated buildings; the latter will serve as workshops, meeting rooms, refectories, infirmaries, etc. All these buildings must have separate accommodation for the furiously insane, for maniacs who are not evil, for quiet melancholy, for monomaniacs who are usually noisy, for insane people in madness, for those who are usually dirty, for epileptics, for those who have incidental diseases; finally, for convalescents: their homes should be designed in such a way that they cannot see and hear those who are ill, while they themselves will be within reach of the central building. Mr. Lebas, an architect, made a plan based on the data I provided him. This plan is engraved, and I will publish it. This construction system was adopted in Denmark for the asylum they built there, and I also had the plan engraved. Not all private dwellings will have to be made in the same way, and uniformity is one of the main defects of all the asylums currently existing in France and elsewhere. Dwellings for the furious must be more securely built, and provide unnecessary and even harmful security in the rest of the facility.

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There are insane people who get dirty; the floors of the cells they are to inhabit will be paved in stone, and inclined towards the door. This provision is not necessary in all other dwellings, which will have to be planked. The convalescent quarter must be no different from ordinary houses. The buildings intended for the insane will all be on the ground floor; this provision seems to me to be of the greatest importance, it is not arbitrary: I must admit that it is contrary to almost everything that has been established so far. Everywhere, in truth, the furious are on the ground floor, even in underground spaces, especially in England, Armentières, Marville, and in the cities of France where there are underground cells; the other insane people live on upper floors. In contrast to everything that has been done so far, I must account for my reasons and respond to the objections that have been raised with me. The establishments in which the insane are housed on the first, second and third floors have many serious disadvantages: 1°. The crossings of all the districts must be roasted to prevent escapes and suicides; the stairs must be surrounded by grids, as was forced to be done in the new Bicêtre building, the steps of the stairs not being fixed to the two retaining walls. The first floor of the new Avignon building is lit by an updated gallery: we were forced to close the gallery with a strong iron gate. 2°. The necessary and frequent washing of the cells, galleries, damages the floors; the fear of rotting them prevents having fountains in the floors, and within reach of each patient. Toilet facilities are an opportunity for uncleanliness; their smell infects corridors, where it takes a lot of expenses to keep it clean. 3°. The insane are confined in their cells, or at least in their gallery, because it is feared that they will rush, or that they will fall down the stairs. If they want to get out of the galleries, they have to get permission, which depends on the whim of the guards. This addiction is repugnant to many insane people, who prefer to stay in their cells, and even in their beds. 4°. The service is more painful, the supervision almost nonexistent, that of the servants more meticulous, more arbitrary, more tyrannical; that of the leaders impossible. The asylums whose buildings are located on the ground floor have many advantages. 1°. There is no need for iron bars at crossings, galleries, stairs; galleries can remain open; the insane are less homely, being able to leave at will, being solicited by the example of their companions who go, who come, who play under their crossings. Is one of them taken by a paroxysm? He leaves his cell, goes out into the open air, gives in to all his agitation; he is soon calm; he would have become furious if he had not been able to leave his cell or corridor, because he would have found the causes of his agitation fortified by annoyance. The crosses being low, service people can easily reach them, open them and close them when appropriate. The crossings pierced in front of the doors encourage the renewal of the air; if a furious person barricades himself, pretending to enter through the crossroads, his attention is drawn to this point, and he is reached through the door, without danger to him and to the

servants. 2°. The service is infinitely easier, because you don’t have to keep going up and down stairs. If an accident or a dispute occurs, nurses can meet quickly to operate a device of considerable strength that almost always prevents its use. If a nurse is attacked in a corridor, he is not obliged to defend himself, hand to hand. If an insane person does not want to walk, if he wants to stay in his cell, on his bed, if he does not want to go to the bath, etc., do not pull him, carry him down stairs, at the risk of making him angry or injuring him. The nurses watch each other, not being locked in the galleries, in the corridors, where you can only get there by making a lot of noise to open the doors. 3°. The doctor can make his visit more convenient: he has, so to speak, all his people at hand. Monitoring leaders is more useful because it is easier. Can a manager be required to go up and down the stairs several times a day? His physical strength would be denied to his zeal. In a building on the ground floor, he can arrive at any time and without noise near the sick and servants. They, for fear of being surprised, are more diligent, accurate and complacent. 4°. Finally, the asylums set up on the ground floor, composed of several isolated buildings, distributed over a larger area, resemble a village whose streets, squares and promenades offer the insane more varied and extensive spaces for exercise, if necessary in their condition. There are so many reasons for objecting the economic motive. A large, multi-storey facility may be less expensive; but the real economy is the judicious use of funds for a facility. The economy does not consist in depriving an establishment of the essential conditions for it to fulfil its destination; the economy, moreover, is not as large as we would like to say: indeed, in the expense that must be caused by the construction of an asylum, the purchase of a few acres of land more or less can count; especially if the asylum is built outside the cities? The land purchased would not be without a product; because a third of the land on which the asylum will be built will be planted with trees, for air purification, for the enjoyment of the sick, and for increasing incomes. The construction of buildings will be less expensive, the foundations shallower, thinner; there will be no need for stairs with all the accessories; there will be no toilet facilities with pipes crawling through the various floors. It will be sufficient that the district of the furious be built in stone, the other subdivisions can be built more lightly. As the asylum is divided into several isolated buildings, we can be satisfied first with these light constructions and masses of essential buildings, postponing the successive constructions as the population increases. From the number of insane persons admitted to special or other public institutions, it can be assumed that twenty asylums are sufficient for the whole kingdom: I would like to establish them before the Royal Courts. The cities where these Courts sit are considerable, and usually central; they attract many individuals from the departments under their jurisdiction. Reasons that are too long to deduce and in the civil interest of the insane justify this provision. Each asylum thus established at each Royal Court shall receive

the insane persons of the departments which shall emerge from these Courts; it shall be built for four or five hundred individuals, which shall make it possible to receive in eighteen asylums seven thousand two hundred insane persons, who, with the two thousand in the establishments of Paris, seem to me to be the extreme number of insane persons who may claim asylums. This number is much higher than the number of insane people who today are in special homes, hospices, prisons, etc.; but what exists is below the needs, and the Administration must expect that as soon as it has opened well-run asylums, their population will grow rapidly. The savings wants us to keep the eight special asylums that already exist, although they are far from offering the best possible conditions. These asylums shall be free of any individual who is not alienated; they shall be subject to the general regulations common to all asylums in France; a plan for improvement or enlargement shall be drawn up for each of them, in accordance with the principles adopted for the new asylums, and it shall be prohibited to build on them unless they comply strictly with that plan. The three Paris establishments are enough for the Seine department and the Seine et Oise department. All that remains is to build eight asylums, and to distribute them in areas where they do not exist. The first expense of each of these asylums can amount to 500,000 francs. They can be opened within three years, and even much earlier; the funds needed to build them can come from several sources. 1°. The General Administration may make an appeal to citizens who wish to establish one or more beds in the asylum; subscribers will be entitled to appointment for as many insane persons as they have established beds: they will be members born of the General Administration of Asylums. 2°. All the funds currently spent on these patients will be distributed to the asylums. 3° Each of the departments for which asylum will be intended will provide funds for its establishment. I suppose that each of them must give 80,000 francs; this expense being supported in the course of three years that we will have to build, it will only cost 25,000 to 30,000 francs to each department. 4°. Couldn’t the Government, as an incentive, grant a first advance, which would activate the execution of these projects, and enable it to manage them more easily? For each asylum, a Board of Directors will be formed, composed of the Prefects of the departments, who will contribute to their establishment of the subscribers, the director and doctor of the asylum, the public prosecutor, etc. An Administrative Committee will be appointed, of which the Director and the Asylum Doctor will be members in an advisory capacity only. Each asylum will have a director, a doctor, appointed by the Minister, on the presentation of the General Council. He will have a treasurer, a chaplain, a pharmacist, a male supervisor and a female supervisor, appointed by the General Council, on the presentation of the Administration Committee. A Central Committee will be set up under the Minister of the Interior, with whom the directors and doctors of all asylums will correspond, under the immediate

and special supervision of the Minister of the Interior. Every year, this Committee will report on an administrative and medical general account, which will be sent to the administrators, directors and doctors of the asylums. A general regulation will be made for all parts of the service, in which a uniform mode of admission will be prescribed for all asylums; modifying them, as regards administrative conditions, according to the more positive knowledge of each locality. Finally, instructions will be given for the direction of the insane in each asylum. Summary The current state of the insane requires a general reform. It is not appropriate for their well-being, or for their due respect, to be reunited with other sick people, with the destitute, let alone with prisoners. Large asylums are preferable, in all respects, to eighty-three departmental hospitals. By maintaining and improving the existing asylums, only ten new ones remain to be built. Ten asylums, at 500,000 francs each, will cost five million, while seventy-two special hospitals, which must be built so that there is one per department, estimated at only 150,000 francs each, will cost ten million five hundred thousand francs. I cannot predict whether the results of the research and reflections in this brief will achieve the goal I have set for myself; perhaps I will have written only for myself. If I had only one beautiful dream, that dream left me with hope. There is no doubt that it is enough to make known the deplorable state in which most of the insane groan, to restore to these unfortunate people that portion of care and interest that public charity provides, particularly in France, with such magnificence and solicitude, in all establishments open to the sick and the indigent. 1 Updated and corrected version of the 1818 text, printed in Paris by the printing house of Madame Huzard (née Vailat-La-Chapelle), Rue de l’Éperon Saint-Adrès-desArcs, n° 7. March 1819.


Ideal hospital plan, engraved by Mr. Lebas, architect, according to the description made by Jean-Étienne Esquirol. Engraving offered to W. C. Ellis, chief doctor of Hanwell’s asylum, and published in his book Traité de l’aliénation mentale ou de la nature, des causes, des symptômes et du traitement de la Folie, Paris, Librairie des Sciences Médicales de Juste Rouvier, 1840, p. 656.

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LA CONVIVIALITÉ DEUX SEUILS DE MUTATION (CHAPITRE 1) Ivan Illich « Si les outils ne sont pas dès maintenant soumis à un contrôle politique, la coopération des bureaucrates du bien-être et des bureaucrates de l’idéologie nous fera crever de “bonheur”. La liberté et la dignité de l’être humain continueront à se dégrader, ainsi s’établira un asservissement sans précédent de l’homme à son outil. » Dans ce texte phare, Ivan Illich amplifie et radicalise sa critique de la société industrielle. Dénonçant la servitude née du productivisme, le gigantisme des outils, le culte de la croissance et de la réussite matérielle, il oppose à la « menace d’une apocalypse technocratique » la « vision d’une société conviviale ». Ce n’est que par la redécouverte de l’espace du bienvivre, qu’Illich appelait la convivialité, que les sociétés s’humaniseront. Le texte présenté en exergue retranscrit le quatrième de couverture de La convivialité, – ouvrage d’Ivan Illich publié en 1973 – édité au format livre de poche par le Seuil au sein de sa collection Points Essais. Cet ouvrage fait également parti des œuvres complètes de l’auteur, éditées par la maison Fayard. Après avoir pris contact auprès de ces deux éditeurs pour nous enquérir des droits de reproduction du premier chapitre de La convivialité au sein de notre journal, il s’avère que « l’humanisation des sociétés » a un coût : environ 400 euros. Afin de nous conformer plus adéquatement aux propos de son auteur, nous avons choisi de publier une version entièrement libre de droit de ce texte, et invitons nos lecteur·trice·s à le partager sans modération et dans la plus grande convivialité.

L’année 1913 marque un tournant dans l’histoire de la. médecine moderne. À peu près à partir de cette date, le patient a plus d’une chance Sur deux qu’un médecin diplômé lui fournisse un

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traitement efficace — à condition, bien sûr, que son mal soit répertorié par la science médicale de l’époque. Familiers du milieu naturel, les chamans et les guérisseurs n’avaient pas attendu jusque-là pour prétendre à de pareils résultats dans un monde qui vivait dans un état de santé conçu différemment. Depuis lors, la médecine a affiné la définition des maux et l’efficacité des traitements. La population en Occident a appris à se sentir malade et à se faire soigner en accord avec les catégories à la mode dans le milieu médical. L’obsession de la quantification en est venue à dominer la clinique, ce qui a permis aux médecins de mesurer l’étendue de leurs succès avec des critères qu’ils avaient eux-mêmes forgés. Ainsi, la santé est devenue une marchandise dans une économie de croissance. Cette transformation de la santé en produit de consommation sociale est reflétée dans l’importance donnée aux statistiques médicales. Mais les résultats statistiques sur lesquels se fonde de plus en plus le prestige de la profession médicale ne sont pas pour l’essentiel le fruit de ses activités, La réduction souvent spectaculaire de la morbidité et de la mortalité est due

surtout aux transformations de l’habitat et du régime alimentaire, et à l’adoption de certaines règles d’hygiène toutes simples. Les égouts, le traitement au chlore de l’eau, l’attrape-mouche, l’autopsie et les certificats de non-contamination exigés du voyageur où des prostituées ont eu une influence bénéfique bien plus forte que l’ensemble des « méthodes » de traitement spécialisées très complexes. L’avance de la médecine s’est traduite d’avantage dans le contrôle des taux d’incidence que dans l’accroissement de la vitalité des individus. Dans un certain sens, c’est l’industrialisation, plus que l’homme, qui a profité des progrès de la médecine : les gens sont devenus capables de travailler plus régulièrement dans des conditions plus déshumanisantes. Pour cacher le caractère profondément destructeur du nouvel outillage, du travail à la chaîne et du règne de la voiture, on a monté en épingle des traitements spectaculaires appliqués aux victimes de l’agression industrielle sous toutes ses formes : vitesse, tension nerveuse, empoisonnement du milieu. Et le médecin s’est transformé en mage ayant seul le pouvoir de faire des miracles qui exorcisent la peur

engendrée par la survie dans un monde devenu menaçant. En même temps, les moyens de domestiquer certains besoins de traitement et l’instrument thérapeutique correspondant se sont simplifiés. Ainsi, chacun allait pouvoir déterminer, pour soi, les cas de grossesse ou d’infection, de même que chacun pourrait pratiquer un avortement ou traiter bon nombre d’infections. Le paradoxe est que plus l’outil devient simple, plus la profession medicale insiste pour en conserver le monopole. Plus l’imitation du thérapeute voit s’étendre sa durée, plus la population dépends de lui dans l’application des soins les plus élémentaires. L’hygiène, dans l’antiquité une vertu, devient le rituel qu’un corps de spécialistes célèbre sur l’autel de la science. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il es devenu patent que la médecine moderne a de dangereux effets secondaires. Mais il a fallu du temps aux médecins pour identifier la nouvelle menace représentée par les microbes rendus résistants à la chimiothérapie, et reconnaître un nouveau genre d’épidémie dans les désordres génétiques dus à l’emploi de rayons X pendant la grossesse. Trente ans plus tôt,

Bernard Shaw se plaignait déjà : les médecins cessent de guérir, disait-il, pour prendre en main la vie de leur patients. Il a fallu attendre les années cinquante pour que cette remarque prenne forme d’évidence en produisant de nouveaux types de maladie, la médecine franchissait un second seuil de mutation. Au premier plan des désordres induits par la profession, il faut placer sa prétention à fabriquer une «meilleure » santé. Les premières victimes de ce mal iatrogénique (c’est-à-dire engendré par 1es médecins) furent les planificateurs et les médecins. Bientôt l’aberration se répandit dans le corps social tout entier. Au cours des quinze années qui suivirent, la médecine spécialisée devint un danger menaçant la santé. On employa des sommes colossales pour éponger les dégâts incommensurables produits par les traitements médicaux. Ce n’est pas tant la guérison qui coûte cher que la prolongation de la maladie : des mourants peuvent végéter longtemps emprisonnés dans un poumon d’acier, dépendants d’un tube de perfusion ou suspendus au fonctionnement d’un rein artificiel. Survivre dans des villes insalubres et malgré des conditions de


travail débilitantes coûte de plus en plus cher. Le monopole médical étend son action à un nombre grandissant de situations de la vie quotidienne. Non seulement le traitement médical, mais encore la recherche biologique ont contribué à cette prolifération des maladies. L’invention de chaque mode de vie et de mort a entraîné la définition parallèle d’une nouvelle norme avec, en correspondance, dans chaque cas, la définition d’une nouvelle déviance, d’une neuve malignité. Enfin, on a rendu impossible à la grandmère, à la tante ou à la voisine de prendre en charge la femme enceinte, le blessé, le malade, l’infirme ou le mourant, ce qui a créé une danse impossible à satisfaire. Au fur et à mesure que monte le prix du service, le soin personnel devient plus difficile et souvent impossible. En même temps, de plus en plus de en plus de situations courantes deviennent justifiables d’un justifiables d’un traitement, dès que se multiplient des spécialités et des paraprofessions dont la seule fin est de maintenir l’outillage thérapeutique sous le contrôle de la corporation. Arrivé au second seuil c’est la vie qui semble malade dans un environnement délétère - la protection d’une population soumise et dépendante devient le principal souci, et la grosse affaire, de la profession médicale. Les soins coûteux de prévention ou de cure deviennent un privilège : seuls les gros consommateurs de services médicaux y ont droit. Les gens qui peuvent rencontrer un spécialiste, être admis dans un grand hôpital, bénéficier de l’outillage de traitement de la vie, sont les malades dont on trouve le cas intéressant où les habitants des grandes villes, où le coût de la prévention médical, de la purification de l’eau et du contrôle de la pollution est exceptionnellement élevé. Paradoxalement, les soins par habitant deviennent d’autant plus cher que le coût de la prévention est déjà plus élevé. Il faut avoir consommé de la prévention et du traitement pour avoir droit à des soins exceptionnels. L’hôpital, comme l’école, repose sur le principe qu’on ne prête qu’aux riches. Ainsi, pour l’éducation, les gros consommateurs d’enseignement auront des bourses de recherche, tandis que les laissés pour-compte auront l’unique droit d’apprendre leur échec. Pour la médecine, plus de soins aboutiront à plus de souffrances : le riche se fera soigner toujours plus pour les maux engendrés par la médecine, tandis que le pauvre se contentera d’en souffrir. Passé le second seuil, les sous-produits de l’industrie médicale affectent des populations entières. Dans les pays riches la population vieillit. Dès qu’on entre sur le marché du travail on se met à épargner pour contracter des assurances qui vous garantiront, pour une durée de plus en plus longue, les moyens de consommer les services d’une gériatrie coûteuse. Aux États-Unis, 27% des dépenses médicales se font en faveur des vieillards, qui représentent 9% de la population. Fait significatif, le premier terrain terrain de collaboration scientifique choisi par Nixon et Brejnev concerne les recherches sur les maladies des riches vieillissants. De toute la terre les capitalistes accourent dans les hôpitaux de Boston, de Houston et de Denver pour recevoir les soins les plus rares et les plus coûteux, tandis qu’aux ÉtatsUnis mêmes, dans les classes les

plus pauvres, la mortalité infantile reste comparable à ce qu’elle est dans certains pays tropicaux d’Afrique ou d’Asie. Aux ÉtatsUnis, il faut être très riche pour se payer le luxe que tout le monde s’offre en pays pauvre : être assisté sur son lit de mort. En deux jours d’hôpital, un américain dépense le revenu annuel moyen de la population mondiale. Par la médecine moderne, plus d’enfants atteignent l’adolescence, et davantage de femmes à des grossesses plus nombreuses. La population augmente, elle dépasse la capacité d’accueil de l’environnement naturel, elle rompt les digues et les structures de la culture traditionnelle: Les médecins occidentaux gavent de médicaments des gens qui, par le passé, avaient appris à vivre avec leurs maladies. Le mal produit est bien pire que le mal guéri, car on engendre de nouveaux genres de maladie dont ni la technique moderne, ni l’immunité naturelle, ni la culture traditionnelle ne peuvent venir à bout. À l’échelle mondiale, et tout particulièrement aux États-Unis, la médecine fabrique une race d’individus vitalement dépendante d’un milieu toujours plus coûteux, toujours plus artificiel, toujours plus hygiéniquement programmé. Au congrès de l’American Medical Association en 1970, le président, sans soulever aucune opposition, a exhorté ses collègues pédiatres à considérer tout nouveau-né comme un patient jusqu’à ce qu’il soit certifié en bonne santé. Les enfants nés à l’hôpital, nourris sur ordonnance, bourrés d’antibiotiques, deviennent des adultes qui respirent un air vicié, mangent une nourriture empoisonnée et vivent une existence d’ombres dans la grande ville moderne. Il leur en coûtera encore plus cher pour élever leurs enfants qui, à leur tour, seront encore plus dépendants du monopole médical. Le monde entier devient un hôpital peuplé de gens qui doivent, à longueur de vie, se plier aux règles d’hygiène et aux prescriptions médicales. Cette médecine bureaucratisée gagne la planète entière. En 1968, le Collège de médecine de Shanghai a dû se rendre à l’évidence : «Nous produisons de soi-disant médecins de première classe [.…] qui ignorent l’existence de cinq cents millions de paysans et servent seulement les minorités urbaines [.…]. Ils engagent de grands frais de laboratoire pour des examens de routine [...], prescrivent sans nécessité d’énormes quantités d’antibiotiques [..] et, en l’absence d’hôpitaux et de laboratoires, se trouvent réduits à expliquer les mécanismes de la maladie à des gens pour qui ils ne peuvent rien et à qui cette explication n’apporte rien.» Cette prise de conscience, en Chine, à conduit à une inversion de l’institution. En 1971, rapporte le même collège, un million de travailleurs de la santé ont atteint un niveau acceptable de compétence. Ces travailleurs sont des paysans. Pendant la Saison creuse, ils suivent des cours accélérés, ils apprennent la dissection sur un cochon, réalisent les analyses de laboratoire les plus courantes, acquièrent des connaissances élémentaires de bactériologie, de pathologie, de médecine clinique, d’hygiène et d’acupuncture. Puis ils font leur apprentissage avec des médecins ou des travailleurs de la santé déjà exercés. Après cette première formation, ces «médecins aux pieds nus» conservent leur travail antérieur mais s’en absentent si nécessaire pour s’occuper de leurs camarades. Voici ce dont ils

sont responsables : l’hygiène du milieu de vie et de travail, l’éducation sanitaire, les vaccinations, les premiers soins, la surveillance des convalescents, les accouchements, le contrôle des naissances et les méthodes d’avortement. Dix ans après que la médecine occidentale eut franchi le second seuil, la Chine a entrepris de former un travailleur de santé compétent pour chaque centaine de citoyens. Son exemple prouve qu’il est possible d’inverser d’un coup le fonctionnement d’une institution dominante. Reste à voir jusqu’à quel point cette déprofessionnalisation peut tenir malgré le triomphe de l’idéologie de la croissance illimitée, et malgré la pression des médecins classiques soucieux d’incorporer leurs homonymes aux pieds nus dans la hiérarchie médicale, d’en faire une infanterie de Sans-grade, travaillant à temps partiel. Mais partout on monte en épingle les symptômes de la maladie de la médecine, sans prendre en considération le désordre profond du système qui les engendre. Les avocats des pauvres accusent l’American Medical Association d’être un bastion de préjugés capitalistes, et ses membres de se remplir les poches. Les porte-parole des minorités critiquent l’absence de contrôle social sur l’administration de la santé et l’organisation des systèmes de soins. Veulent-ils nous faire croire qu’en participant aux conseils d’administration des hôpitaux ils pourront contrôler les agissements du corps médical ? Les porte-parole de la communauté noire trouvent scandaleux que les fonds de la recherche soient concentrés sur les maladies qui frappent les Blancs vieillissants et surnourris. Ils exigent que des recherches soient engagées sur une forme particulière d’anémie qui atteint seulement les noirs. L’électeur espère qu’avec la fin de la guerre du Viêt-nam on affectera plus de fonds à la croissance de la production médicale. Toutes ces accusations et toutes ces critiques portent sur les symptômes d’une médecine qui prolifère comme une tumeur maligne et produit la hausse des coûts et de la demande, avec un moinsêtre général. La crise de la médecine a des racines beaucoup plus profondes qu’on pourrait le croire à la seule vue de ses symptômes. Elle fait partie intégrante de la crise de toutes les institutions industrielles. Une organisation complexe de spécialistes s’est développée: Financée et encouragée par la collectivité, elle s’est efforcée de produire une meilleure santé. Les clients n’ont pas manqué, volontaires pour toutes les expériences. Le résultat est qu’on a maintenant perdu le droit de se dire soi-même malade : il faut produire un certificat médical. Bien plus, c’est au médecin comme représentant de la société qu’il revient à présent de choisir l’heure de la mort du patient. Comme le condamné à mort, le malade est scrupuleusement surveillé pour éviter qu’il ne trouve la mort quand elle le saisit. Les dates de 1913 et 1955, que nous avons choisies comme indicatrices des deux seuils de mutation, ne sont pas contraignantes. L’important est de comprendre ceci : au début du siècle la pratique médicale s’est engagée dans la vérification scientifique de ses résultats empiriques. L’application de la mesure a marqué pour la médecine moderne le franchissement de son premier seuil. Le second seuil fut atteint lorsque l’utilité marginale du plus-de-spé-

cialisation se mit à décroitre, pour autant qu’elle soit quantifiable en termes de bien-être du plus grand nombre. Ce dernier seuil a été dépassé lorsque la désutilité marginale s’est mise à croître à mesure que la croissance de l’institution médicale en venait à signifier davantage de souffrances pour les gens. C’est alors que l’institution médicale redoubla d’ardeur pour chanter victoire. Les virtuoses de nouvelles spécialités mirent soudain en vedette quelques individus atteints de maladies rares. La pratique médicale se centra sur des opérations spectaculaires effectuées par des équipes hospitalières. La foi dans l’opération miracle aveugla le bon sens et ruina l’antique sagesse en matière de santé et de guérison. Les médecins répandirent l’usage immodéré des drogues chimiques dans le grand public. À présent le coût social de la médecine n’est plus mesurable en termes classiques. Comment mesurer les faux espoirs, le poids du contrôle social, la prolongation de la souffrance, la solitude, la dégradation du patrimoine génétique et le sentiment de frustration engendrés par l’institution médicale ? D’autres institutions industrielles ont franchi ces deux seuils. C’est le cas, en particulier, des grandes industries tertiaires et des activités productives organisées scientifiquement depuis le milieu du XIXe siècle. L’éducation, les postes, l’assistance sociale, les transports et même les travaux publics ont suivi cette évolution. Dans un premier temps, on applique un nouveau savoir à la solution d’un problème clairement défini et des critères scientifiques permettent de mesurer le gain d’efficience obtenu. Mais, dans un deuxième temps, le progrès réalisé devient un moyen d’exploiter l’ensemble du corps social, de le mettre au service des valeurs qu’une élite spécialisée, garante de sa propre valeur, détermine et révise sans cesse. Dans le cas des transports, il a fallu un siècle pour passer de la libération par les véhicules à moteur à l’esclavage de la voiture. Les transports à vapeur ont commencé d’être utilisés pendant la guerre de Sécession. Ce nouveau système a donné à beaucoup de gens la possibilité de voyager en chemin de fer à la vitesse d’un carrosse royal, et dans un confort dont nul roi n’avait osé rêver. Peu à peu on se mit à confondre bonne circulation et grande vitesse. Depuis que l’industrie des transports à franchi son second seuil de mutation, les véhicules créent plus de distances qu’ils n’en suppriment. L’ensemble de la société consacre de plus en plus de temps à la circulation qui est supposée lui en faire gagner. L’Américain type consacre, pour sa part, plus de 1 500 heures par an à sa voiture : il y est assis, en marche ou à l’arrêt, il travaille pour la payer, pour acquitter l’essence, les pneus, les péages, l’assurance, les contraventions et les impôts. Il consacre donc quatre heures par jour à sa voiture, qu’il s’en serve, s’en occupe ou travaille pour elle. Et encore, ici ne sont pas prises en compte toutes ses activités orientées par le transport : le temps passé à l’hôpital, au tribunal ou au garage, le temps passé à regarder à la télévision la publicité automobile, le temps passé à gagner de l’argent pour voyager pendant les vacances, Etc. À cet Américain il faut donc 1 500 heures pour faire 10000 kilomètres de route ; environ 6 kilomètres lui prennent une heure.

La vision que l’on a de la crise sociale actuelle est illuminée par la compréhension des deux seuils de mutation décrits ci-dessus. En une décennie plusieurs institutions dominantes ont ensemble, sauté gaillardement le second seuil. L’école n’est plus un bon outil d’éducation, ni la voiture un bon outil de transport, ni la chaîne de montage un mode acceptable de production. L’école produit des cancres et la vitesse dévore le temps. La réaction caractéristique des années soixante devant la montée de l’insatisfaction a été l’escalade de la technique et de la bureaucratie. L’escalade du pouvoir de s’autodétruire devient le rite sacrificiel des sociétés hautement industrialisées. La guerre du Viêt-nam a été, à cet égard, l’occasion d’un dévoilement et d’une occultation. Elle a dévoilé à la planète entière le rituel en exercice sur un petit champ de bataille. Mais, ce faisant, elle a détourné notre attention des secteurs prétendument paisibles où le même rite est répété plus discrètement. L’histoire de la guerre démontre qu’une armée conviviale de cyclistes et de piétons peut retourner à son profit le déferlement de puissance anonyme de l’ennemi. Pourtant, maintenant que la guerre est « finie », nombreux sont les Américains qui pensent qu’avec l’argent dépensé annuellement à se faire vaincre par les Vietnamiens il serait possible de vaincre plutôt là pauvreté domestique. D’autres veulent affecter les vingt milliards de dollars du budget de guerre au renforcement de la coopération internationale, ce qui en multiplierait par dix les ressources actuelles. Ni les uns ni les autres ne comprennent que la même structure institutionnelle sous-tend la guerre pacifique contre la pauvreté et la guerre sanglante contre la dissidence. Tous haussent encore d’un degré l’escalade qu’ils entendent éliminer.

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TOOLS FOR CONVIVIALITY TWO WATERSHEDS (CHAPTER 1) Ivan Illich “If the tools are not now subject to political control, the cooperation of welfare bureaucrats and ideological bureaucrats will make us die of ‘happiness’. The freedom and dignity of the human being will continue to deteriorate, thus establishing an unprecedented subjugation of man to his tool.” In this flagship text, Ivan Illich amplifies and radicalizes his criticism of industrial society. Denouncing the servitude born of productivism, the gigantism of tools, the cult of growth and material success, he opposes the “threat of a technocratic apocalypse” to the “vision of a friendly society”. It is only through the rediscovery of the space of good living, which Illich called conviviality, that societies will become more humane. The text presented in the foreground transcribes the back cover of Tools for Conviviality, a book by Ivan Illich in 1973, published in paperback format by Le Seuil as part of its Points Essais collection. This book is also part of the author’s complete works, published by Fayard. After contacting these two publishers, asking about the reproduction rights to the first chapter of Tools for Conviviality within our journal, it turns out that “more humane societies” have a cost: about 400 euros. In order to comply more adequately with the author’s comments, we have chosen to publish a completely royalty-free version of this text, and invite our readers to share it without moderation and with the greatest “conviviality”.

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The year 1913 marks a watershed in the history of modern medicine. Around that year a patient began to have more than a fifty− fifty chance that a graduate of a medical school would provide him with a specifically effective treatment (if, of course, he was suffering from one of the standard diseases recognized by the medical science of the time). Many shamans and herb doctors familiar with local diseases and remedies and trusted by their clients had always had equal or better results. Since then medicine has gone on to define what constitutes disease and its treatment. The Westernized public learned to demand effective medical practice as defined by the progress of medical science. For the first time in history doctors could measure their efficiency against scales which they themselves had devised. This progress was due to a new perspective of the origins of some ancient scourges; water could be purified and infant mortality lowered; rat

control could disarm the plague; treponemas could be made visible under the microscope and Salvarsan could eliminate them with statistically defined risks of poisoning the patient; syphilis could be avoided, or recognized and cured by rather simple procedures; diabetes could be diagnosed and self−treatment with insulin could prolong the life of the patient. Paradoxically, the simpler the tools became, the more the medical profession insisted on a monopoly of their application, the longer became the training demanded before a medicine man was initiated into the legitimate use of the simplest tool, and the more the entire population felt dependent on the doctor. Hygiene turned from being a virtue into a professionally organized ritual at the altar of a science. Infant mortality was lowered, common forms of infection were prevented or treated, some forms of crisis intervention became quite effective. The spectacular

decline in mortality and morbidity was due to changes in sanitation, agriculture, marketing, and general attitudes toward life. But though these changes were sometimes influenced by the attention that engineers paid to new facts discovered by medical science, they could only occasionally be ascribed to the intervention of doctors. Indirectly, industrialization profited from the new effectiveness attributed to medicine; work attendance was raised, and with it the claim to efficiency on the job. The destructiveness of new tools was hidden from public view by new techniques of providing spectacular treatments for those who fell victims to industrial violence such as the speed of cars, tension on the job, and poisons in the environment. The sickening side effects of modern medicine became obvious after World War II, but doctors needed time to diagnose drug resistant microbes or genetic da-

mage caused by prenatal X−rays as new epidemics. The claim made by George Bernard Shaw a generation earlier, that doctors had ceased to be healers and were assuming control over the patient’s entire life, could still be regarded as a caricature. Only in the mid−fifties did it become evident that medicine had passed a second watershed and had itself created new kinds of disease. Foremost among iatrogenic (doctor−induced) diseases was the pretense of doctors that they provided their clients with superior health. First, social planners and doctors became its victims. Soon this epidemic aberration spread to society at large. Then, during the last fifteen years, professional medicine became a major threat to health. Huge amounts of money were spent to stem immeasurable damage caused by medical treatments. The cost of healing was dwarfed by the cost of extending sick life; more people survived longer months with their


lives hanging on a plastic tube, imprisoned in iron lungs, or hooked onto kidney machines. New sickness was defined and institutionalized; the cost of enabling people to survive in unhealthy cities and in sickening jobs skyrocketed. The monopoly of the medical profession was extended over an increasing range of everyday occurrences in every man’s life. The exclusion of mothers, aunts, and other nonprofessionals from the care of their pregnant, abnormal, hurt, sick, or dying relatives and friends resulted in new demands for medical services at a much faster rate than the medical establishment could deliver. As the value of services rose, it became almost impossible for people to care. Simultaneously, more conditions were defined as needing treatment by creating new specializations or paraprofessions to keep the tools under the control of the guild. At the time of the second watershed, preservation of the sick life of medically dependent people in an unhealthy environment became the principal business of the medical profession. Costly prevention and costly treatment became increasingly the privilege of those individuals who through previous consumption of medical services had established a claim to more of it. Access to specialists, prestige hospitals, and life−machines goes preferentially to those people who live in large cities, where the cost of basic disease prevention, as of water treatment and pollution control, is already exceptionally high. The higher the per capita cost of prevention, the higher, paradoxically, became the per capita cost of treatment. The prior consumption of costly prevention and treatment establishes a claim for even more extraordinary care. Like the modern school system, hospital−based health care fits the principle that those who have will receive even more and those who have not will be taken for the little that they have. In schooling this means that high consumers of education will get postdoctoral grants, while dropouts learn that they have failed. In medicine the same principle assures that suffering will increase with increased medical care; the rich will be given more treatment for iatrogenic diseases and the poor will just suffer from them. After this second turning point, the unwanted hygienic by−products of medicine began to affect entire populations rather than just individual men. In rich countries medicine began to sustain the middle−aged until they became decrepit and needed more doctors and increasingly complex medical tools. In poor countries, thanks to modern medicine, a larger percentage of children began to survive into adolescence and more women survived more pregnancies. Populations increased beyond the capacities of their environments and the restraints and efficiencies of their cultures to nurture them. Western doctors abused drugs for the treatment of diseases with which native populations had learned to live. As a result they bred new strains of disease with which modern treatment, natural immunity, and traditional culture could not cope. On a world−wide scale, but particularly in the U.S.A., medical care concentrated on breeding a human stock that was fit only for domesticated life within an increasingly more costly, man− made, scientifically controlled en-

vironment. One of the main speakers at the 1970 AMA convention exhorted her pediatric colleagues to consider each newborn baby as a patient until the child could be certified as healthy. Hospital−born, formula−fed, antibiotic−stuffed children thus grow into adults who can breathe the air, eat the food, and survive the lifelessness of a modern city, who will breed and raise at almost any cost a generation even more dependent on medicine. Bureaucratic medicine spread over the entire world. In 1968, after twenty years of Mao’s regime, the Medical College of Shanghai had to conclude that it was engaged in the training of «so−called first−rate doctors ... who ignore five million peasants and serve only minorities in cities. They create large expenses for routine laboratory examinations . . . Describe huge amounts of antibiotics unnecessarily . . . and in the absence of hospital or laboratory facilities have to limit themselves to explaining the mechanisms of the disease to people for whom they cannot do anything, and to whom this explanation is irrelevant.» In China this recognition led to a major institutional inversion. Today, the same college reports that one million health workers have reached acceptable levels of competence. These health workers are laymen who in periods of low agricultural manpower needs have attended short courses, starting with the dissection of pigs, gone on to the performance of routine lab tests, the study of the elements of bacteriology, pathology, clinical medicine, hygiene, and acupuncture, and continued in apprenticeship with doctors or previously trained colleagues. These «barefoot doctors» remain at their work places but are excused occasionally when fellow workers require their assistance. They have responsibility for environmental sanitation, for health education, immunization, first aid, primary medical care, post illness follow−up, as well as for gynecological assistance, birth control, and abortion education. Ten years after the second watershed of Western medicine had been acknowledged, China intends to have one fully competent health worker for every hundred people. China has proved that a sudden inversion of a major institution is possible. It remains to be seen if this deprofessionalization can be sustained against the overweening ideology of unlimited progress and pressures from classical doctors to incorporate their barefoot homonym as part−time professionals on the bottom rung of a medical hierarchy. In the West during the sixties dissatisfaction with medicine grew in proportion to its cost, reaching the greatest intensity in the U.S.A. Rich foreigners flocked to the medical centers of Boston, Houston, and Denver to seek exotic repair jobs, while the infant mortality of the U.S. poor remained comparable to that in some tropical countries of Africa and Asia. Only the very rich in the United States can now afford what all people in poor countries have: personal attention around the deathbed. An American can now spend in two days of private nursing the median yearly cash income of the world’s population. Instead of exposing the systemic disorder, however, only the symptoms of «sick» medicine are now publicly indicted in the United States. Spokesmen for the

poor object to the capitalist prejudices of the AMA and the income of doctors. Community leaders object to the lack of community control over the delivery systems of professional health maintenance or of sick care, believing that laymen on hospital boards can harness professional medics. Black spokesmen object to the concentration of research grants on the types of disease which tend to strike the white, elderly, overfed foundation official who approves them. They ask for research on sickle−cell anemia, which strikes only the black. The general voter hopes that the end of the war in Vietnam will make more funds available for an increase of medical production. This general concern with symptoms, however, distracts attention from the malignant expansion of institutional health care which is at the root of the rising costs and demands and the decline in wellbeing. The crisis of medicine lies on a much deeper level than its symptoms reveal and is consistent with the present crisis of all industrial institutions. It results from the development of a professional complex supported and exhorted by society to provide increasingly «better» health, and from the willingness of clients to serve as guinea pigs in this vain experiment. People have lost the right to declare themselves sick; society now accepts their claims to sickness only after certification by medical bureaucrats. It is not strictly necessary to this argument to accept 1913 and 1955 as the two watershed years in order to understand that early in the century medical practice emerged into an era of scientific verification of its results. And later medical science itself became an alibi for the obvious damage caused by the medical professional. At the first watershed the desirable effects of new scientific discoveries were easily measured and verified. Germ−free water reduced infant mortality related to diarrhea, aspirin reduced the pain of rheumatism, and malaria could be controlled by quinine. Some traditional cures were recognized as quackery, but, more importantly, the use of some simple habits and tools spread widely. People began to understand the relationship between health and a balanced diet, fresh air, calisthenics, pore water and soap. New devices ranging from toothbrushes to Band−Aids and condoms became widely available. The positive contribution of modern medicine to individual health during the early part of the twentieth century can hardly be questioned. But then medicine began to approach the second watershed. Every year medical science reported a new breakthrough. Practitioners of new specialties rehabilitated some individuals suffering from rare diseases. The practice of medicine became centered on the performance of hospital−based staffs. Trust in miracle cures obliterated good sense and traditional wisdom on healing and health care. The irresponsible use of drugs spread from doctors to the general public. The second watershed was approached when the marginal utility of further professionalization declined, at least insofar as it can be expressed in terms of the physical well−being of the largest number of people. The second watershed was superseded when the marginal disutility increased as further monopoly by the medical establishment became an

indicator of more suffering for larger numbers of people. After the passage of this second watershed, medicine still claimed continued progress, as measured by the new landmarks doctors set for them− selves and then reached: both predictable discoveries and costs. For instance, a few patients survived longer with transplants of various organs. On the other hand, the total social cost exacted by medicine ceased to be measurable in conventional terms. Society can have no quantitative standards by which to add up the negative value of illusion, social control, prolonged suffering, loneliness, genetic deterioration, and frustration produced by medical treatment. Other industrial institutions have passed through the same two watersheds. This is certainly true for the major social agencies that have been reorganized according to scientific criteria during the last 150 years. Education, the mails, social work, transportation, and even civil engineering have followed this evolution. At first, new knowledge is applied to the solution of a clearly stated problem and scientific measuring sticks are applied to account for the new efficiency. But at a second point, the progress demonstrated in a previous achievement is used as a rationale for the exploitation of society as a whole in the service of a value which is determined and constantly revised by an element of society, by one of its self−certifying professional élites. In the case of transportation it has taken almost a century to pass from an era served by motorized vehicles to the era in which society has been reduced to virtual enslavement to the car. During the American Civil War steam power on wheels became effective. The new economy in transportation enabled many people to travel by rail at the speed of a royal coach, and to do so with a comfort kings had not dared dream of. Gradually, desirable locomotion was associated and finally identified with high vehicular speeds. But when transportation had passed through its second watershed, vehicles had created more distances than they helped to bridge; more time was used by the entire society for the sake of traffic than was «saved.» It is sufficient to recognize the existence of these two watersheds in order to gain a fresh perspective on our present social crisis. In one decade several major institutions have moved jointly over their second watershed. Schools are losing their claim to be effective tools to provide education; cars have ceased to be effective tools for mass transportation; the assembly line has ceased to be an acceptable mode of production. The characteristic reaction of the sixties to the growing frustration was further technological and bureaucratic escalation. Self−defeating escalation of power became the core−ritual practiced in highly industrialized nations. In this context the Vietnam war is both revealing and concealing. It makes this ritual visible for the entire world in a narrow theatre of war, yet it also distracts attention from the same ritual being played out in many so−called peaceful arenas. The conduct of the war proves that a convivial army limited to bicycle speeds is served by the opponent’s escalation of anonymous power. And yet many Americans argue that the resources squandered on the war in the Far East could be used effectively to overwhelm po-

verty at home. Others are anxious to use the $20 billion the war now costs for increasing international development assistance from its present low of $2 billion. They fail to grasp the underlying institutional structure common to a peaceful war on poverty and a bloody war on dissidence. Both escalate what they are meant to eliminate. While evidence shows that more of the same leads to utter defeat, nothing less than more and more seems worthwhile in a society infected by the growth mania. The desperate plea is not only for more bombs and more police, more medical examinations and more teachers, but also for more information and research. The editor− in−chief of the Bulletin of Atomic Scientists claims that most of our present problems are the result of recently acquired knowledge badly applied, and concludes that the only remedy for the mess created by this information is more of it. It has become fashionable to say that where science and technology have created problems, it is only more scientific understanding and better technology that can carry us past them. The cure for bad management is more management. The cure for specialized research is more costly interdisciplinary research, just as the cure for polluted rivers is more costly nonpolluting detergents. The pooling of stores of information, the building up of a knowledge stock, the attempt to overwhelm present problems by the introduction of more science is the ultimate attempt to solve a crisis by escalation.

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LES HÔTES Jérôme Poret Nous publions ici deux textes relatifs à l’exposition de Jérôme Poret qui a lieu du 20 septembre au 15 décembre 2019 à La Maréchalerie, centre d’art contemporain à Versailles.

FÉE DU LOGIS ET FOLLE DU LOGIS En 1884, convaincue qu’une malédiction s’abat sur sa famille en raison de l’invention par son beau-père de la première carabine à répétition, Sarah Winchester débute la construction d’une maison qui ne s’achèvera que 38 ans plus tard. Chaque nuit, elle communique avec les esprits des victimes présumées de la carabine, qui lui fournissent les plans d’une maison en chantier permanent, comprenant à la mort de sa propriétaire en 1922 près de 160 pièces. « […] la maison de Sarah Winchester est d’une certaine manière une anomalie. Signifiante pour comprendre la façon dont la conception spiritualiste de la maison hantée a travaillé l’Amérique à partir de la seconde moitié du XXe siècle. C’est une maison construite sur la Côte Ouest mais par une femme qui a vécu toute sa vie sur la Côte Est. Les Esprits qui sont censés y être piégés ne sont pas des Esprits autochtones : au contraire, ils font un grand voyage depuis l’endroit où ils ont été tués par un coup de carabine Winchester pour pouvoir se venger et eux aussi viennent de l’Est. La maison est présentée comme une greffe improbable d’un produit importé de la Côte Est : elle est la synthèse des deux extrémités du pays. La dichotomie Est-Ouest, liée à l’histoire de la conquête du territoire américain et au mythe de la Frontière, est donc constamment réactivée dans les récits de maisons hantées. La maison de Sarah Winchester fait une synthèse entre plusieurs formes de hantise : c’est d’abord la maison d’une veuve et d’une mère en deuil, hantée par son chagrin et frappée par le malheur (la maison hantée tragique des ghost staries) ; c’est ensuite une maison démesurée, disproportionnée, œuvre d’une excentrique un peu folle et millionnaire comme dans la littérature gothique ; c’est enfin une maison spiritualiste. L’aspect architectural de la maison en fait une originalité et une bizarrerie un peu gothique, mais surtout éclectique. La demeure frappe l’imagination et les sens. Elle est une illusion et une attraction (elle doit d’ailleurs attirer les Esprits) assez

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pittoresque. Cette maison et d’autres sont considérées comme un élément fort du patrimoine américain dès les années 1920. Elles deviennent aussi des attractions qui attirent des curieux en recherche de sensationnel, ce qui a pour effet inattendu de créer un marché de la hantise à la fois commercial et ludique.1 »

La maison devient ainsi un espace où le refoulé donne un sens au bâti : contemporaine du spiritisme et des grandes inventions technologiques de l’époque, Sarah Winchester transforme sa demeure en un catalyseur de l’inconscient. La phonographie, l’histoire du paranormal et de l’hypnose, relativement contemporaines les unes avec les autres, se retrouvent dans une forme de révélation de l’inconscient ou d’une apparition de l’absence. Bien qu’elle soit remplie de « bizarreries » : des escaliers menant nulle part, des fenêtres donnant sur un mur, des portes s’ouvrant sur le vide ou des placards sans fond, la maison Winchester était à l’époque très avancée technologiquement, avec plusieurs ascenseurs fonctionnels, le gaz automatique, le chauffage central ainsi que l’éclairage électrique. Aujourd’hui, la Maison Winchester est quasiment restée en l’état, malgré ses 160 pièces, ses 47 foyers de cheminées et ses deux salles de bal. Dressée au cœur de la Silicon Valley, la demeure est devenue une attraction touristique incontournable. Avoir sa demeure – être domicilié, habiter, loger, résider, rester, vivre. soutenu ou vieux – gîter. familier – crécher, nicher, percher. vieux – se payser. Se tenir – être, rester, se tenir. Continuer d’exister – durer, perdurer, persister, résister, rester, se chroniciser, se conserver, se maintenir, se perpétuer, subsister, survivre. vieux – persévérer. Qui souffre d’un retard mental – arriéré, attardé, retardé, simple d’esprit. Au travers l’histoire d’un trauma d’une veuve millionnaire américaine qui va canaliser dans son

espace domestique une psychose qui hantera l’Amérique, l’exposition « Les Hôtes » de Jérôme Poret à La Maréchalerie, interroge la notion de hantise comme source de construction et d’habitation où l’impensé côtoie le familier. Censée abriter les âmes errantes des victimes des fusils Winchester, la maison est dessinée par la veuve elle-même, les plans lui étant soufflés par les esprits chaque nuit. À partir de cette histoire, Jérôme Poret produit pour l’exposition à La Maréchalerie une narration faite d’un ensemble d’objets conçus dans un rapport à l’intersection de l’architecture et du spiritisme. L’espace du centre d’art se transforme ainsi en une demeure, habitée par des présences et hantée par des apparitions. Ces présences à la fois matérielles et immatérielles sont « les hôtes » qui fabriquent l’exposition. Pendant toute sa durée elle sera occupée successivement par des prises de paroles, des sons, des objets comme une extension de l’exposition. Se développant au travers de médiums tels que l’installation, la phonogravure, la vidéo ou encore la performance, le travail de Jérôme Poret questionne des problématiques liées au son, aux cultures de marge en interaction avec les lieux et les architectures investis. Les différents débats invoquent la maison hantée comme lieu réinvesti qui s’approprie à la fois des notions d’architecture et de métapsychique. L’espace et la psyché ne font qu’un. La maison se fait labyrinthe, devient un cerveau avec ses propres règles intérieures. La domestication est au paroxysme de l’espace intérieur, sans fin et sans issue, comme prolongement contre nature où la mort est différée. Lieu comme structure et personnification de la demeure fantasmatique, de la spécialisation et de la domestication. Le « Home, sweet home » de l’inquiétante étrangeté de son chez soi. Bizarrerie – anormalité, bizarrerie, chinoiserie, cocasserie, curiosité, drôlerie, étrangeté, excentricité, extravagance, fantaisie, fantasmagorie, folie, loufoquerie,

Vue de l’exposition. © Poret Jérôme

monstruosité, non-conformisme, originalité, singularité. Exception – accident, anormalité, contre-exemple, contre-indication, dérogation, exception, exclusion, particularité, réserve, restriction, singularité. Dysfonction – affection, altération, défaillance, déficience, dérangement, dysfonction, dysfonctionnement, embarras, faiblesse, gêne, indisposition, insuffisance, mal, malaise, trouble. didactique – dysphorie. médecine – lipothymie. soutenu – mésaise. vieux – incommodité, malêtre. Défaut physiologique – défaut, déficience. PLUS SPÉCIFIQUE Absence – achélie (lèvres), agénésie (organe), aglossie (langue), agnathie (mâchoire), amélie (membres), anencéphalie (cerveau), aniridie (iris), anodontie (dents), anonychie (ongles), ano-

phtalmie (yeux), anorchidie (testicules), apneumie (poumons), apodie(pieds), astomie (bouche), atrichie (poils), exencéphalie (crâne). Insuffisance – achylie, adiaphorèse (sueur), agalactie (lait), aménorrhée (règles), anurie (urine), asialie (salive), aspermie (sperme), athyroïdie, azoospermie (spermatozoïdes), décalcification, déglobulisation, thrombopénie (plaquettes sanguines). Excès – diaphorèse (sueur), hyperménorrhée (menstruation), lymphocytémie, polyurie (urine), porphyrie. Production anormale – protéinurie. Erreurs génétiques – phénylcétonurie, thalassémie, translocation, trisomie. Vue – amétropie (focalisation), cécité, daltonisme (couleurs), diplopie, scotome (champ visuel), strabisme (louchage). Odorat – dysosmie. Autres sens – baranesthésie


Scale in Feet

Kitchen

Pantry

Pantry

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Maid

Maid

Kitchen

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Kitchen Maid Maid

Pantry Foyer

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Maid Servants Hall

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Kitchen Chamber

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UPPER FLOOR

Drawing Room

Chamber

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Maid Kitchen

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of

Dining Room

APARTMENT “C ”

Maid

Pantry

Service

Foyer

Maid

Stores

Library

Chamber

Drawing Room

Library

Plan de la Winchester House. © Matthieu Molet

(poids), dysacousie (ouïe), dysgueusie (goût), surdité. Mouvement – abasie (marche), ataxie, dysbasie (marche), myatonie (tonus), paralysie, paralysie cérébrale. Taille – gigantisme, maigreur, nanisme, obésité. Fonctions du corps – dyspepsie (digestion), impuissance (érection), incontinence, stérilité. Fonctions cérébrales – aboulie (volonté), amnésie (mémoire), amusie (musique), anaphrodisie (libido), anorexie (appétit), aphasie (langage), astéréognosie (toucher), dyspraxie (espace), psychose maniaque dépressive. Sang – anémie, bilirubinémie, cétonémie, hémophilie. Cellules – pycnose. Cœur – arythmie, dextrocardie (position). Autres parties du corps – achondroplasie (os), bec-de-lièvre, bosse, difformité (externe), dyschromie (couleur de la peau), dystrophie (organe), exstrophie, gigantisme, goitre, macromélie, mongolisme, nanisme, phimosis (prépuce), pied bot, rachitisme, sacralisation (sacrum), spina-bifida, trisomie. 1 Sam Hoffman : « Winchester ou le luxe de l’enfermement », The New Yorker, 1931 (extrait de la citation donnée dans Fictions/ Samedi Noir, émission de France Culture du 14/10/2017, La Maison Winchester de Pierre Senges [https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-samedi-noir/la-maison-dewinchester-de-pierre-senges]

REPÈRES BIOGRAPHIQUES, CONTEXTE HISTORIQUE ET HISTOIRE DU SPIRITISME Prologue 1830. Naissance de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, dont les membres sont couramment appelés mormons, à Fayette dans l’État de New York. La loi de colonisation mexicaine interdit l’immigration au Texas. Le gouverneur des territoires du Michigan, Lewis Cass, publie un article dans la North American Review qui justifie le déplacement des Indiens. Le président Andrew Jackson fait voter une loi déportant les Indiens vivant à l’Est du Mississippi à l’Ouest de ce fleuve pour que les colons puissent occuper leurs terres. Il fait adopter par le Congrès l’Indian Removal Act, par lequel les tribus des « Cinq Nations civilisés » sont progressivement expulsées des États américains de l’Atlantique Nord et « du golfe » au-delà du Mississippi ; seuls résistent les Séminoles. Soixante-dix mille Indiens seront contraint de se déplacer vers l’ouest entre 1830 et 1840. Sioux, Fox et Sauks abandonnent leurs territoires de l’Iowa, du Minnesota et du Missouri. 1834 L’État d’Oklahoma est désigné par le Congrès comme Territoire indien pour les Indiens des « Cinq Nations ». L’État de Géorgie met en place des lois répressives et met en vente les terres indiennes. Les indigènes n’ont pas le droit de témoigner en justice.

1838 -1839 Déportation de la nation Cherokee, cet épisode est connu sous le nom de « Piste des larmes », tuant plus d’un quart de la population. Les quatre autres nations Séminoles, Creeks, Choctaws et Chicachas furent déportées de la même manière. 1839 Sarah Lockwood Pardee naît en 1839 à New Haven, dans le Connecticut. 1840 La croyance en un droit quasi divin du peuple américain de s’approprier les terres de l’Ouest, malgré les Amérindiens ou les autres nations, prend le nom de « Destinée manifeste ». 1843 Samuel Morse fait construire la première ligne télégraphique entre Baltimore et Washington 1847 La guerre entre les États-Unis et le Mexique se règle définitivement. 1848 Durant la nuit du 31 mars, dans une petite ferme à Hydesville, près de la ville de Rochester dans l’État de New York, Margaret et Kate, filles du pasteur David Fox, établissent un contact par conversations par coups frappés avec un supposé « esprit » nommé Mr Splitfoot. 1849 La Californie devient le théâtre d’une ruée vers l’or provocant l’un des premiers génocide des Indiens de Californie. De nombreux livres

ont été écrits sur le sujet. The United States and the California Indian Catastrophe, par Benjamin Madley (1846-1873) convainc le gouverneur de la Californie de reconnaitre publiquement le génocide de la population indienne américaine organisé par l’État. À Rochester se tient autour des jeunes soeurs, la première séance de ce qu’on appela du « spiritualisme », discipline qui connaîtra un immense succès jusqu’en Europe, sous le nom de « spiritisme ». Ce phénomène provoque très vite un véritable engouement. Un comité d’études est fondé afin d’examiner ces manifestations insolites. D’autres personnes parviennent à reproduire la méthode des sœurs Fox pour communiquer avec l’au-delà. 1850 Les États-Unis se divisent sur la question de l’esclavage, et la question se pose de sa propagation ou son interdiction dans les territoires de l’Ouest destinés à devenir des États. 1852 Harriet Beecher Stowe écrit La Case de l’oncle Tom, le livre le plus vendu après la bible. Le « spiritisme » franchit l’Atlantique et se propagera en Allemagne puis en France. 1853 Derniers territoires cédés par le Mexique. 1855 Pour les seuls États-Unis, dix mille médiums desservent déjà trois millions d’adeptes.

1857 Oliver Fisher Winchester investit son argent dans la société Volcanic Repeating Arms Company de New Haven, spécialisée dans les armes à feu. Il accède à la présidence en devenant le principal actionnaire. Il demande que les nouvelles armes soient légères (moins de trois kilogrammes) et ne soient plus à un coup. Il mise également sur la sécurité avec des cartouches métalliques plus fiables que celles en papier. Il introduit également le cran d’arrêt pour éviter les balles perdues. Alan Kardec crée en France la doctrine spirite fondé sur la communication médiumnique. 1850-1859 Andrew Jackson Davis, sans aucune éducation scientifique, parvient à produire des ouvrages très complexes pour son époque. Il dicte ses textes alors qu’il se trouve en état de transe et acquiert aux États-Unis une réputation de médium et de magnétiseur. 1860 Édouard-Léon Scott de Martinville met au point le « phonautographe » avec lequel il réalise le premier enregistrement d’une voix humaine. 1861 Déclenchement de la guerre de Sécession . Winchester embauche un armurier, Benjamin Tyler Henry, qui met au point le chargement par la culasse, en intégrant un magasin de 15 cartouches. Il crée ainsi le premier fusil à répétition sans barillet, arme qui portera son nom, le célèbre fusil Henry. Le succès est immédiat auprès des DOCUMENTS

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cow-boys et des chercheurs d’or. 1862 Naissance du Homestead Act, selon lequel toute personne peut individuellement devenir propriétaire d’un terrain du domaine fédéral après cinq ans d’occupation de fait de ce terrain. 1865 Sarah Lockwood Pardee épouse William Wirt Winchester, fils unique d’Oliver Winchester, le propriétaire de la Winchester Repeating Arms Company. La guerre de Sécession est finie. Les armes sont encore imprécises et mutilent les soldats dans d’atroces souffrances. La carabine à répétition va modifier la guerre et sa technologie pour passer du tir isolé au massacre de masse. 1864 En novembre, le massacre de Sand Creek est un évènement des guerres indiennes aux États-Unis qui s’est produit lorsque la milice du territoire du Colorado a attaqué un village de Cheyennes et d’Arapahos installé sur les plaines orientales à l’est des montagnes. Une source cheyenne rapporte qu’environ 53 hommes et 110 femmes et enfants ont été tués. Bon nombre des cadavres sont mutilés, et pour la plupart ce sont des femmes, des enfants et des vieillards. Chivington et ses hommes coiffent leurs armes, leurs chapeaux et leur équipement de différents morceaux humains, y compris des organes génitaux, avant d’aller afficher publiquement ces trophées de bataille à l’Apollo Theater et au saloon de Denver. L’indignation publique est intense face à la brutalité des massacres et la mutilation des cadavres, et aurait peut-être incité le Congrès à rejeter l’idée d’une guerre généralisée contre les Indiens du Midwest. 1866 Après la guerre, Oliver Winchester prend le contrôle total et nomme la société Winchester Repeating Arms Company. Il fait évoluer le fusil Henry (ou Henry rifle) pour en faire la première carabine Winchester, le célèbre modèle Winchester 1866 surnommé Yellow Boy. Immense succès avec plus de 118 000 pièces vendues entre 1866 et 1873. Annie Pardee Winchester voit le jour le 15 juin mais meurt quelques semaines plus tard d’un marasme nutritionnel infantile. Les muscles et la graisse ne tiennent pas. La peau et les cheveux se détachent du corps. Sarah Winchester tombe dans une profonde dépression après la mort de sa fille dans ses bras. Le couple n’aura plus d’enfant. 1867 Édouard-Léon Scott de Martinville présente un prototype de télégraphe automatique. 1869 Édouard Manet peint Le Balcon et la première ligne de chemin de fer transcontinentale traverse l’Ouest américain. 1871 L’Acte du 3 mars dénie toute autonomie aux nations et tribus indiennes. 1873 Les Winchester Modèle 66 et 73 seront toutes deux connues sous le terme The Gun That Won the West (le fusil qui a gagné l’Ouest). L’entreprise de New Haven accède

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Les travailleurs de la Winchester House. (Source : https://frightfind.com/winchester-mystery-house/)

au rang de groupe d’ampleur nationale avec un chiffre d’affaires de 1 812 500 dollars et plus de 600 ouvriers.

John Moses Browning vend ses brevets à la société et aide à la conception des modèles 1885 à un coup, 1886 et 1892 à répétition.

1875 Thomas Edison rencontre Henry Olcott et Helena Blavatsky, fondateurs de la Société théosophique, à New York, une association internationale dont un des buts est d’« étudier les lois inexpliquées de la nature et les pouvoirs latents dans l’homme » tout en prônant que « l’âme de l’homme est immortelle ».

1884 Sarah Winchester voyage de New Haven (est des États-Unis) à San José en Californie, soit d’un extrême à l’autre des US, achète une ferme de huit pièces. Le travail y sera continu, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an pendant 38 ans. Les plans sont dessinés par Sarah qui, chaque nuit, se retire dans un salon privé (une unique pièce vide qu’elle seule pouvait fréquenter), faisant ainsi appel aux esprits lui indiquant sur plan les travaux à effectuer chaque jour. Le lendemain matin, elle remet à son maître d’œuvre les plans en question.

1877 L’Académie des Sciences de Paris enregistre son rapport intitulé « Procédé d’enregistrement et de reproduction des phénomènes perçus par l’ouie ». Les Pueblos du Nouveau-Mexique sont considérés comme citoyens américains par un arrêt de la Cour suprême, ce qui les exclut de la législation protégeant les territoires indiens. Conséquence : les territoires qu’ils occupent sont progressivement envahis par les Blancs. 1878 Edison adhère aux idées théosophiques en raison de son intérêt personnel pour les forces occultes et son désir de les détecter. L’inventeur américain, intéressé très tôt dans sa vie par les questions de spiritisme, a eu le projet de créer un appareil qui était censé permettre de rentrer en communication avec les morts, en enregistrant leur voix et leurs sons, dénommé nécrophone ou appareil nécrophonique, spirit phone en anglais. 1880-1881 Oliver Winchester meurt en 1880, rapidement suivi en 1881 par son fils William, des suites d’une tuberculose. Sarah hérite donc de la moitié des parts de la Winchester Repeating Arms Company. 1884 Sarah, richissime mais dévastée, maintenant seule, circule dans l’entre-deux monde des vivants et des morts. Elle vit les trois années qui suivent totalement reclue. Elle fait appel à un médium de Boston qui lui conseille de construire une maison pour elle et tous les esprits des personnes tuées par la carabine Winchester. Le médium termine ainsi « vous êtes responsable de nous ; il vous faudra construire une demeure pour nous accueillir. »

1887 Le General Allotment Act, ou Dawes Severalty Act, attribue 160 acres à chaque famille indienne dans les territoires de l’Est et confère la nationalité américaine à ceux qui abandonnent leurs tribus et « adopteront les us et les coutumes de la vie civilisée ». Mais l’effet produit est l’inverse de celui qui est visé : les territoires des tribus indiennes passent à des propriétaires blancs pour près de la moitié de leur surface durant la cinquantaine d’années qui suit. 1888 Margaret Fox avoue dans un ouvrage que toute l’affaire a été orchestrée par leur grande sœur. Elle affirme dans la foulée que le spiritisme n’a été qu’un jeu qui a merveilleusement réussi. 1889 Le Territoire indien est ouvert à la colonisation blanche et devient l’État d’Oklahoma en 1907. 1890 Présentés comme une « bataille », les événements du 29 décembre à Wounded Knee apparaissent vite pour ce qu’ils sont : l’extermination de 350 Sioux, femmes et enfants Lakota par l’armée américaine. Elle sera la date de la reddition ultime après un ultime massacre. 1899 Le premier recensement du Bureau of American Ethnology dénombre 254 000 Indiens. Cette population indienne était estimée à plus d’un million d’individus au XVIIIe siècle.

1904 À Hydesville, on découvre d’autres ossements humains sous le mur de la cave, avec à proximité une boîte de colporteur en fer blanc. Bien qu’aucun Charles B. Rosma n’ait été déclaré disparu (« Mr Splitfoot »), cette découverte est considérée par les adeptes comme la preuve d’une véritable communication au-delà de la mort. 1911 Les Hopi décident de ne plus danser la Danse du Serpent devant des étrangers. 1913 Les territoires des Pueblos deviennent territoires indiens et toute transaction de terre est interdite. 1916 La maison des sœurs Fox est achetée puis entièrement démontée pour être reconstruite dans le village de Lily Dale dans l’État de New York, haut centre du spiritisme que certains considèrent comme une sorte de Disneyworld des médiums. 1920 Dans The American Magazine, Thomas Edison se déclare convaincu que les scientifiques sont plus aptes et capables de parvenir à communiquer avec le monde des esprits. « Il existe deux ou trois types d’appareils qui devraient rendre la communication plus simple. Je suis actuellement engagé dans la construction de l’un de ces appareils. » 1922 Les travaux se terminent avec le décès de Sarah Winchester. La maison compte plus de 160 pièces, dont 40 chambres, 10 000 carreaux de fenêtres, 47 foyers, 17 cheminées et quelques curiosités uniques comme des portes qui donnent sur le vide, des escaliers qui mènent au plafond, des placards sans fond ou des fenêtres sur le sol. De plus, elle possède des innovations très modernes à l’époque de construction. On y trouve ainsi un chauffage central, des toilettes d’intérieur, une plomberie sophistiquée, trois ascenseurs, des interrupteurs et même une douche d’eau chaude. Elle est rachetée par des investisseurs pour en faire une attraction touristique.

1924 Impressionné par leur engagement dans la première guerre mondiale, le Congrès confère la citoyenneté américaine à titre individuel à tous les Indiens vivant aux États-Unis. 1934 The Indien Reorganization Act prévoit que les terres appartiennent collectivement aux tribus, qu’elles ne peuvent être divisées en propriétés individuelles et que redeviendrait propriété collective indienne tout allotissement individuel qui ne serait plus exploité individuellement. Epilogue Pierre Janet (1859-1947) étudie les formes les plus élémentaires et rudimentaires de l’activité humaine. Ces activités sont caractérisées par des mouvements du corps spontanés, réguliers et non déterminés par le libre arbitre. Pour Janet, les conditions de prestation du « médium spirite » induisent une « fragmentation de la conscience », une partie de celleci devient inconsciente et perçue comme étrangère à lui-même. Cette « désagrégation psychologique » expliquerait pourquoi le spirite ignore son mouvement et la pensée qui dirige ce mouvement, lors d’une communication par « écriture automatique » par exemple. Il y aurait, chez le « spirite expérimentateur », la formation d’une seconde série de pensées inconscientes. Il éprouve alors l’impression qu’une intelligence extérieure guide les mouvements pour communiquer des idées. Cependant, ces idées sont bien les siennes, bien qu’elles soient dissociées de sa conscience et de sa perception corporelle. Nous trouvons, avec Janet, l’idée d’une « dissociation » mentale qui permettrait à des idées interdépendantes de se séparer du système de la conscience normale. Cette dissociation est également postulée par Jean-Martin Charcot (1825-1893) pour qui « un état hypnoïde » est caractérisé par un état de conscience différent, où les idées exprimées demeurent isolées de celles exprimées par la conscience. Breuer puis Freud vont développer des concepts similaires à ceux de Charcot et Janet. Pour la psychanalyse classique, il ne fait aucun doute que toute « manifestation spirite » est le fait de « l’inconscient ».


THE HOSTS Jerôme Poret We publish here two texts relating to Jérôme Poret’s exhibition taking place from 20 September to 15 December 2019 at La Maréchalerie, a contemporary art centre in Versailles.

lism, which has the unexpected effect of creating a haunting market that is both commercial and playful.1”

HOUSE FAIRY AND HOUSE MAD

The house thus becomes a space where the repressed gives meaning to the building: contemporary with spiritualism and the great technological inventions of the time, Sarah Winchester transforms her home into a catalyser of the subconscious. Phonography, the history of the paranormal and hypnosis, relatively contemporary with each other, are found in a form of revelation of the unconscious or an appearance of absence.

In 1884, convinced that a curse had fallen on her family because of her father-in-law’s invention of the first repeating rifle, Sarah Winchester began building a house that would not be completed until 38 years later. Every night, she communicates with the minds of the presumed victims of the rifle, who provide her with plans for a house under permanent construction, including nearly 160 rooms upon the death of its owner in 1922. “[…] Sarah Winchester’s house is in a way an anomaly, but a significant one to understand how the spiritualist conception of the haunted house has operated in America. It is a house built on the West Coast but by a woman who has lived her entire life on the East Coast. The spirits who are supposed to be trapped there are not indigenous spirits: on the contrary, they are compelled to make a great journey from the place where they were killed by a Winchester rifle blow in order to be able to take revenge, they too come from the East. The house is therefore well presented as an improbable graft of a product imported from the East Coast: it is the synthesis of the two ends of the country. The East-West dichotomy, linked to the history of the conquest of the American territory and the myth of the Frontier, is therefore constantly reactivated in the stories of haunted houses. Sarah Winchester’s house is a synthesis of several forms of haunting: first, it is the house of a widow and a grieving mother, haunted by her grief and struck by misfortune (the tragic haunted house of the ghost stories); second, it is an oversized, disproportionate house, the work of a slightly mad eccentric and millionaire as in Gothic literature; third, it is a spiritualist house. The architectural aspect of the house makes it unconventionnal and slightly Gothic, but above all eclectic. The home strikes the imagination and the senses. It is an illusion and an attraction (it must attract spirits) quite picturesque. This house and others were considered a strong part of the American heritage in the 1920s. They also become attractions that draw curious people in search of sensationa-

Although it is filled with «strange things»: stairs leading to nowhere, windows overlooking a wall, doors opening onto a void or bottomless cupboards, Winchester House was at the time a very technologically advanced place, with several functional elevators, natural gas, a central heating system and electric lighting. Today, the Winchester House has remained almost unchanged, despite its 160 rooms, 47 fireplaces and two ballrooms. Located in the heart of Silicon Valley, the residence has become a major tourist attraction. To have a home—to be domiciled, to inhabit, to lodge, to reside, to stay, to live. old fashioned—cottaging familiar—to crash, nest, perch. old—to landscape. Stand—to be, stay, stand. Continue to exist—last, perdure, persist, persist, resist, remain, chronicize oneself, conserve oneself, maintain oneself, perpetuate oneself, subsist, survive. old—to persevere. Who suffers from mental retardation—backward, retarded, slow, simple-minded. Through the story of the trauma of an American millionaire widow who will channel into her domestic space a psychosis that will haunt America, Jérôme Poret’s exhibition “Les Hôtes” at La Maréchalerie, questions the notion of haunting as a source of construction and of dwelling where the unthought meets the familiar. Supposed to shelter the wandering souls of the victims of the Winchester rifles, the house

Vue de l’exposition. © Nicolas Brasseur

is designed by the widow herself, the plans being whispered to her by the spirits every night. Based on this story, Jérôme Poret produces for the exhibition at La Maréchalerie a narrative made of a set of objects conceived in a relationship at the intersection of architecture and spiritism. The space of the art centre is thus transformed into a residence, inhabited by presences and haunted by apparitions. These both material and immaterial presences are the “hosts” who construct the exhibition. Throughout its duration it will be occupied successively by speeches, sounds, objects as an extension of the exhibition. Developing through mediums such as installation, phono-engraving, video and performance, Jérôme Poret’s work questions issues related to sound and marginal cultures in interaction with the places and architectures that are being occupied. The various debates invoke the haunted house as a re-invested place that appropriates both notions of architecture and metapsychology. Space and psyche are one. The house becomes a labyrinth and turns into a brain with its own inner rules. Domestication at the ultimate level of spatial interiority presented as being both endless and offering no way

out, as an unnatural extension where death is postponed. Place as structure and personification of the phantasmatic dwelling, of specialization and domestication. The “Home, sweet home” of the uncanniness of one’s home. Bizardry—abnormality, oddity, Chinoisery, comicry, curiosity, oddity, strangeness, eccentricity, extravagance, fantasy, phantasmagoria, madness, zany, monstrosity, non-conformism, originality, singularity. Exception—accident, abnormality, counter-example, counter-indication, derogation, exception, exclusion, particularity, reservation, restriction, singularity. Dysfunction—affection, alteration, failure, deficiency, derangement, dysfunction, malfunction, embarrassment, weakness, discomfort, indisposition, insufficiency, malaise, trouble. didactic—dysphoria. medicine—lipothymia. sustained—malaise. old—discomfort, uneasiness. Physiological defect—defect, deficiency. MORE SPECIFIC Absence—achelia (lips), agenesis (organ), aglossia (tongue), agnathia (“jaw”), amelia (limbs), anencephaly (brain), aniridia (iris), anodontia (teeth), anonychia (nails), anophthalmia (eyes),

anorchidia (testicles), apneumia (lungs), apody (feet), astomy (mouth), atrichia (hair), exencephaly (skull). Insufficiency—achyly, adiaphoresis (sweat), agalactia (milk), amenorrhea (menstruation), anuria (urine), saliva (saliva), aspermia (semen), athyroidism, azoospermia (sperm), decalcification, deglobulization, thrombocytopenia (blood platelets). Excess—diaphoresis (sweat), hypermenorrhea (menstruation), lymphocytemia, polyuria (urine), porphyria. Abnormal production—proteinuria. Genetic errors—phenylketonuria, thalassemia, translocation, trisomy. Sight—ametropia (focus), blindness, color blindness, diplopia, scotoma (visual field), strabismus (squint). Smell—dysosmia. Other senses—baranesthesia (weight), dysacusia (hearing), dysgeusia (taste), deafness. Movement—abasia (walking), ataxia, dysbasia (walking), myatonia (tonus), paralysis, cerebral palsy. Size—gigantism, thinness, dwarfism, obesity. Body functions—dyspepsia (digestion), impotence (erection), incontinence, sterility. Brain function—aboulia (will), amnesia (memory), amusia DOCUMENTS

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Le plan de la Winchester House. © Matthieu Molet

(music), anaphrodisia (libido), anorexia (appetite), aphasia (language), asterognosia (touch), dyspraxia (space), depressive manic psychosis. Blood—anemia, bilirubinemia, ketosis, hemophilia. Cells—pycnosis. Heart—arrhythmia, dextrocardia (position). Other parts of the body—achondroplasia (bone), cleft lip, hump, deformity (external), dyschromia (skin colour), dystrophy (organ), exstrophy, gigantism, goitre, macromelia, mongolism, dwarfism, phimosis (foreskin), clubfoot, rickets, sacralization (sacrum), spina bifida, trisomy. 1 https://www.franceculture.fr/emissions/ fic t ion s - s a me d i - noi r/ l a- ma i s on - de winchester-de-pierre-senges

BIOGRAPHICAL CHRONOLOGY, HISTORICAL CONTEXT AND HISTORY OF SPIRITUALISM Foreword 1830. Birth of the Church of Jesus Christ of Latter-day Saints, whose members are commonly known as Mormons, in Fayette, New York. Mexican colonization law prohibits immigration to Texas. The Governor of the Michigan Territories, Lewis Cass, publishes an article in the North American Review that justifies the displacement of Native Americans. President Andrew Jackson passes a law deporting Indians living east of the Mississippi to the west of this river so the settlers can occupy their lands. He passes the Indian Removal Act through Congress, by which the tribes of the “Five Civilized Nations” are gradually expelled from the American states of the North Atlantic and the “Gulf ” beyond the Mississippi; only the Seminoles resist. Seventy thousand Indians are forced to move westward between 1830 and 1840. Sioux, Fox and Sauks surrender their territories of Iowa, Minnesota and Missouri. 1834 The State of Oklahoma is designated by Congress as an Indian Territory for the Indians of the “Five Nations”. The State of Georgia introduces repressive laws and offers Indian lands for sale. Indigenous people are not allowed to testify in court.

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1838 -1839 Deportation of the Cherokee nation, this episode is known as the “Trail of Tears”, killing more than a quarter of the population. The other four Nations, Seminole, Creeks, Choctaws and Chicachas are deported in the same way. 1839 Sarah Lockwood Pardee was born in New Haven, Connecticut. 1840 The belief in an almost divine right of the American people to appropriate the lands of the West, despite the Amerindians or other nations, is called “Manifest Destiny”. 1843 Samuel Morse has the first telegraph line built between Baltimore and Washington. 1847 The war between the United States and Mexico is finally settled. 1848 During the night of March 31, in a small farm in Hydesville, near the city of Rochester, New York, Margaret and Kate, daughters of Pastor David Fox, establishe contact through knocking conversations with a supposed “spirit” named Mr. Splitfoot. 1849 California becomes the scene of a gold rush causing one of the first genocides of the California Native Americans. Many books have been written on the subject American Genocide. The United

States and the California Indian Catastrophe, 1846-1873 by Benjamin Madley convinces the Governor of California to publicly acknowledge the genocide of the Native American population organized by the State. In Rochester, the first session of what iscalled “spiritualism” is held around the young sisters, a discipline that will be very successful even in Europe, under the name of “spiritism”. This phenomenon quickly becomes a real craze. A study committee is set up to examine these unusual manifestations. Other people were able to reproduce the Fox sisters’ method of communicating with the afterlife. 1850 The United States is divided on the issue of slavery, and the question arises of whether it should be propagated or banned in the western territories intended to become states. 1852 Harriet Beecher Stowe writes “Uncle Tom’s Cabin” the best-selling book after the Bible. “Spiritism” crosses the Atlantic and spreads to Germany and then to France.

his money in the Volcanic Repeating Arms Company of New Haven, a company specializing in firearms. He takes over the presidency by becoming the main shareholder. He asks that the new weapons be lightweight (less than three kilograms) and no longer at one shot. He also relies on safety with metal cartridges that are more reliable than paper ones. He also introduces a locking device to avoid stray bullets. Alan Kardec creates in France the spiritist doctrine based on mediumnic communication. 1850-1859 Andrew Jackson Davis, without any scientific education, is able to produce very complex works for his time. He dictates his texts while in a state of trance and acquires a reputation in the United States as a medium and a magnetizer. 1860 Édouard-Léon Scott de Martinville develops the “phonautograph” with which he makes the first recording of a human voice.

1855 For the United States alone, ten thousand mediums already serve three million followers.

1861 The American Civil War breaks out. Winchester hires a gunsmith, Benjamin Tyler Henry, who develops the breech-loading system, integrating a 15-cartridge magazine. He thus creates the first repeating rifle without a barrel, a weapon that will bear his name, the famous Henry rifle. The success is immediate with cowboys and gold diggers.

1857 Oliver Fisher Winchester invests

1862 Birth of the Homestead Act, ac-

1853 Last territories handed over by Mexico.


cording to which any person may individually become the owner of federal land after five years of de facto occupation of the land. 1865 Sarah Lockwood Pardee marries William Wirt Winchester, the only son of Oliver Winchester, the owner of the Volcanic Repeating Arms Company. The American Civil War is over. The weapons are still inaccurate and mutilate the soldiers in excruciating suffering. The repeating rifle will change the war and its technology from single shot to mass slaughter. 1864 In November The Sand Creek massacre is an event of the American Indian Wars that occurred when the Colorado territory militia attacked a village of Cheyenne and Arapahos located on the eastern plains east of the mountains. A Cheyenne source reports that about 53 men and 110 women and children were killed. Many of the bodies are mutilated, and most of them are women, children and the elderly. Chivington and his men style their weapons, hats and equipment with various human parts, including genitalia, before publicly displaying these battle trophies at the Apollo Theater and the Denver saloon. Public outrage is intense over the brutality of the massacres and the mutilation of the bodies, and may have prompted Congress to reject the idea of a generalized war against the Indians of the Midwest. 1866 After the war, Oliver Winchester takes full control and names the company Winchester Repeating Arms Company. He transforms the Henry rifle into the first Winchester rifle, the famous Winchester 1866 model nicknamed Yellow Boy, a huge success with more than 118,000 units sold between 1866 and 1873. Annie Pardee Winchester, was born on June 15 but dies a few weeks later from an infant nutritional depression. The muscles and fat do not hold. The skin and hair detach from her body. Sarah Winchester falls into a deep depression after the death of her daughter in her arms. The couple will no longer have children. 1867 Édouard-Léon Scott de Martinville presents a prototype of automatic telegraph. 1869 Édouard Manet paints Le Balcon and the first transcontinental railway line crosses the American West. 1871 The Act of March 3 denies any autonomy to Indian nations and tribes. 1873 The Winchester Models 66 and 73 will both be known as The Gun That Won the West. The New-Haven-based company has grown to become a nationwide group with a turnover of $1,812,500 and more than 600 workers. 1875 Thomas Edison meets Henry Olcott and Helena Blavatsky, founders of the Theosophical Society in New York, an international association whose aims include “the investigation of the unexplained laws of nature and the psychic powers latent in man”

Les travailleurs de la Winchester House. (Source : https://frightfind.com/winchester-mystery-house/)

while advocating that “man’s soul is immortal”. 1877 The Paris Academy of Sciences registers its report entitled “Method of recording and reproducing phenomena perceived by the hearing”. The Pueblos of New Mexico are considered American citizens by a Supreme Court decision, which excludes them from the legislation protecting Indian territories. As a result, the territories they occupy were gradually invaded by White people. 1878 Edison subscribes to theosophical ideas because of his personal interest in the occult forces and his desire to detect them. The American inventor who was interested in spiritualist issues very early in his life had the project of creating a device which was supposed to allow communication with the dead, recording their voices and sounds, called a necrophone, a Necrophonic device or Spirit Phone. 1880-1881 Oliver Winchester died in 1880, quickly followed in 1881 by his son William, of the sequel of tuberculosis. As a result, Sarah inherits half of the shares of the Winchester Repeating Arms Company. 1884 Sarah, extremely rich but devastated, is now alone in the inter-world of the living and the dead. She is living the three following years totally recluse. She calls on a medium from Boston who advises her to build a house for herself and all the spirits of the people killed by the Winchester rifle. The medium ends with “you are responsible for us; you will have to build a house to welcome us.” John Moses Browning sells his patents to the company and assisted in the design of the 1885 one-shot, 1886 and 1892 repeating models. Sarah Winchester travels from New Haven (Eastern United States) to San Jose, California, from one extreme to the other in the United States, buys an eightroom farm. She starts to build the house the medium talked her about, to welcome the spirits. The work is constant, 24 hours a day, 7 days a week, 365 days a year for 38 years. The plans were drawn by Sarah who, each night, is in a pri-

vate room (a single empty room that only she could occupy), thus calling on the spirits to tell her on plans what work to do each day. The next morning, she submitted these plans to her prime contractor. 1887 General Allotment Act, or Dawes Severalty Act, which allocates 160 acres to each Native American family in the eastern territories and confers American citizenship on those who abandon their tribes and “adopt the habits and customs of civilized life”. But the effect is the opposite of what is intended: the territories of the Indian tribes change to White owners for almost half of their surface area over the next fifty years. 1888 Margaret admits in a book that the whole thing has been orchestrated by their older sister. She goes on to say that spiritism was just a game that has worked wonders. 1889 The Indian Territory is open to White colonization and becomes the State of Oklahoma in 1907. 1890 Presented as a “battle”, the events of 29 December in Wounded Knee quickly appeared for what they are: the extermination of 350 Sioux, Lakota women and children by the American army. It will be the date of the ultimate surrender after a final massacre. 1899 The first census of the US Bureau of American Ethnology counted 254,000 Indians as the population. This Indian population was estimated at more than one million individuals in the 18th century. 1904 In Hydesville, human bones were discovered under the cellar wall, with a tin can nearby. Although no Charles B. Rosma was not declared missing, this discovery was considered by the practitioners as proof of true communication beyond death. 1911 The Hopi decided not to dance the Snake Dance anymore in front of foreigners. 1913 The territories of the Pueblos become Indian territories and any

land transactions are prohibited. 1916 The Fox sisters’house is bought and then completely dismantled to be rebuilt in the village of Lily Dale in the state of New York, a high center of spiritism that some consider to be a kind of Disneyworld of mediums. 1920 In The American Magazine, Thomas Edison states that he is convinced that scientists are more able and capable of communicating with the spirit world. “There are two or three types of devices that should make communication easier. I am currently involved in the construction of one of these devices.” 1922 The work stops with the death of Sarah Winchester. The Winchester House counts more than 160 rooms, including 40 bedrooms, 10,000 window panes, 47 fireplaces, 17 chimneys and a few unique sights such as doors opening onto the void, stairs leading to the ceiling, bottomless closets or windows on the floor. In addition, it is equipped with very modern innovations for this construction period. It features centralised heating, indoor toilets, sophisticated plumbing, three elevators, light switches and even a hot water shower, it was bought by investors to make it a tourist attraction.

tion of consciousness”, a part of it becomes unconscious and is perceived as foreign to itself. This “psychological disintegration” would explain why the spiritualist ignores his movement and the thought that drives this movement, during a communication by “automatic writing” for example. There would be, in the “experimental spiritualist”, the formation of a second series of unconscious thoughts. He then experiences the impression that an external intelligence guides movements to communicate ideas. However, these ideas are well his own, although they are dissociated from his consciousness and body perception. Janet proposes the idea of a mental “dissociation” that would allow interdependent ideas to separate from the system of normal consciousness. This dissociation was also proposed by Jean-Martin Charcot (1825-1893) for whom “a hypnoid state” was characterized by a different state of consciousness, where the ideas expressed remained isolated from those expressed by consciousness. Breuer and then Freud will develop concepts similar to those of Charcot and Janet. For classical psychoanalysis, there was no doubt that any “spiritual manifestation” was the result of the “unconscious”.

1924 Impressed by their involvement in the First World War, Congress grants individual American citizenship to all Native Americans living in the United States 1934 The Indian Reorganization Act states that the lands belong collectively to the tribes, that they cannot be divided into individual properties and that any individual allotment that is no longer individually exploited would revert to Indian collective ownership. Epilogue Pierre Janet (1859-1947) studies the most elementary and rudimentary forms of human activity. These activities are characterized by spontaneous, regular body movements not determined by free will. For Janet, the conditions of performance of the “spiritual medium” induce a “fragmentaDOCUMENTS

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INTERV INTERV


ENTIONS ENTIONS


À SAINT-ÉTIENNE, L’HÔPITAL SE FOUT DE LA CHARITÉ ET LE MAIRE DE SES CITOYEN·NE·S Manon Besson Ulysse Hammache Romain Venet Appelé à muter après le départ imminent du CHU, le devenir du site dit de « La Charité » fait l’objet d’un traitement opaque de la part de la municipalité en place, alors que les enjeux y sont multiples et complexes.

DÈS SON ORIGINE, LA PRISE EN CHARGE D’UN ENJEU DE SANTÉ PUBLIQUE La Charité est, à son origine, un hospice. Contrairement à l’hôpital, destiné à soigner les malades, son rôle est de prendre en charge celles et ceux qui n’y ont pas accès, faute de moyens. Elle voit le

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jour en 1682, suite au dramatique hiver de 1679-1680, grâce à plusieurs dons privés, dont celui du curé Guy Colombet, aujourd’hui considéré comme son fondateur. D’abord installée dans une simple maison de ville, elle déménage huit ans plus tard sur le site actuel, alors constitué de champs jouxtant un couvent, afin de répondre à l’augmentation constante de sa fréquentation. Derrière une ambition philanthropique affichée, l’objectif est cependant nettement moins reluisant. En plus du caractère intéressé de ce qui pourrait être interprété comme une « œuvre de bienfaisance » (la désignation initiale de

l’établissement est une « maison de charité et d’aumône »), il s’agit surtout d’éradiquer la mendicité des rues de la ville. Ainsi, la lettre patente de Louis XIV datée de 1685, adoptant les statuts de La Charité, précise sa vocation originelle : « faire travailler les faynéans, chasser les vagabonds et les personnes sans aveu, faire cesser la mendicité ». En effet, les personnes internées doivent s’y soumettre aux travaux du quotidien, nettoyage, entretien, etc. Seules les personnes mourantes, contagieuses ou en état réellement grave en sont dispensées. Le rôle clairement autoritaire de La Charité – comme tout autre hospice – permet paradoxalement l’ap-

parition des prémices d’une politique de santé publique. En effet, elle diminue ou éradique le risque d’épidémie tout comme celui de troubles sociaux qui pourraient résulter d’une famine. Enfin, elle évacue du territoire bourgeois les nécessiteux et autres « indésirables ». Là où l’hôpital soigne les corps individuels, l’hospice prend soin du corps social, en ce qu’il participe à la préservation de l’ordre. Cependant, moins de vingt ans plus tard, La Charité tombe déjà dans le giron de l’hôpital (alors Hôtel-Dieu), dont la destination évoluera progressivement vers la notion de bien public, d’abord

en passant du domaine clérical à celui public et municipal après la Révolution de 1789, puis avec le développement de l’hygiénisme et ses hôpitaux pavillonnaires, jusqu’à la création des CHU en 1970. Contrairement aux deux autres sites des hôpitaux stéphanois, chacun représentatif d’un modèle précis, le site de La Charité cristallise dans sa structure spatiale l’évolution des différentes conceptions qu’a connu la médecine dans nos sociétés européennes au cours des siècles précédents.


UNE DIVERSITÉ BÂTIE POUR UNE DIVERSITÉ DE CONCEPTIONS DE LA MÉDECINE, UNE MULTIPLICITÉ DE PROJETS POSSIBLES POUR UNE PLURALITÉ D’ENJEUX Le site du couvent des Minimes, un carré tronqué sur l’un de ses côtés, devient alors le théâtre d’aménagements architecturaux qui ne cesseront pas jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle, donnant à voir aujourd’hui, à partir de bâtis très hétérogènes, un ensemble-palimpseste cohérent. Le site se développe depuis son centre, où se situe la chapelle, inscrite aux monuments historiques, datant du XVIIe siècle comme deux autres bâtiments. Au début du XXe siècle, alors que la ville peine à trouver un nouveau site pour y construire un nouvel hôpital hygiéniste, le site de la Charité se densifie encore avec l’érection de bâtiments en limite Sud et Est, réalisations de l’architecte stéphanois Léon Lamaizière1. La réalisation du nouvel hôpital hygiéniste pavillonnaire, quelques années plus tard sur le site de Bellevue – vers lequel les derniers services présents aujourd’hui à La Charité sont amenés à déménager – ne marque cependant pas encore la fin de La Charité, le front de la rue Michelet à l’Ouest étant urbanisé au cours des années 1930. Enfin, un dernier pavillon est édifié sans intelligence dans les années 1970, barrant la perspective créée par Lamaizière, et une partie du site est transformée en maison de retraite municipale dans les années 1990. Le départ des hôpitaux de SaintÉtienne du site de La Charité n’est donc pas une surprise, cette volonté datant de la fin du XIXe siècle. On pourrait d’ailleurs plutôt s’étonner que ce départ d’un site enclavé en pleine ville arrive si tard, plus d’un siècle après la construction d’un nouvel hôpital hygiéniste – sur le modèle pavillonnaire – en limite Sud de la ville et près d’un demi-siècle après la construction d’un second, techniciste, sur le modèle des tours sur socles, cette fois-ci au Nord, sur la commune de Saint-Priesten-Jarez. C’est à la fin des années 1990 que s’entérine comme stratégie territoriale de l’hôpital ce qui semblait être une logique jusqu’alors latente : l’ensemble des services est regroupé en une gigantesque cité médicale sur le site Nord, tandis que celui de Bellevue, au Sud accueille un gigantesque « gérontopôle », le plus grand de la région Auvergne-Rhône-Alpes, les services de gérontologie étant jusqu’alors hébergés à La Charité. Celle-ci serait alors vendue, permettant de financer en partie les importants chantiers nécessaires à cette restructuration. Aujourd’hui, l’extension permanente du site Nord a atteint un rythme de croisière, les livraisons de bâtiments neufs et réhabilités s’enchaînent à Bellevue, laissant entrevoir un départ de l’hôpital de La Charité pour 2021. Cependant, les problématiques de santé publique – qui, ainsi que nous l’avons soutenu plus tôt, dépassent la seule médecine – ne quittent pas le site avec le CHU : le milieu urbain particulièrement contraint, agressif et paupérisé dans lequel l’enclave hospitalière s’insère, amène ces enjeux à dé-

passer ses seuls murs, faisant de cette poche arborée de deux hectares une nécessité pour l’ensemble du quartier et les nombreux problèmes qu’il rencontre : pollution automobile et sonore, hausse des températures urbaines, alimentation, habitat, etc. La Charité est en effet voisine, si elle n’est pas partie intégrante, du quartier Saint-Roch2, déterminé comme secteur prioritaire géré par l’EPASE3. Celui-ci ne compte aucun « espace vert » pour un coefficient d’emprise au sol proche de 100 %. Très densément bâti, ne proposant aucune aménité, il se paupérise et montre des signes de fragilité : homogénéité tant commerciale que dans la constitution des ménages (une écrasante majorité de personnes seules), locataires ou propriétaires occupants pauvres dont les ressources ne permettent pas un entretien suffisant du bâti, prolifération des marchands de sommeil, etc. De fait, il héberge une population plus fragile que dans d’autres quartiers stéphanois, parmi laquelle se trouvent de nombreuses personnes sans-papiers. À un peu plus d’une centaine de mètres, la Bourse du travail a été sous le feu des projecteurs ce printemps, en devenant, suite à un fort élan de solidarité de la population, le refuge pour plusieurs dizaines de migrant·e·s expulsé·e·s au lendemain de la trêve hivernale par la mairie, alors que la ville regorge de logements vacants. À ces problématiques d’habitat s’ajoutent celles propres à l’espace public, particulièrement agressif. La rue Antoine Durafour qui traverse le quartier et prend son origine devant La Charité est un axe automobile rectiligne et privilégié pour rejoindre l’autoroute périphérique depuis le centre-ville. Dans cette rue de huit mètres de large où habite une population parfois très jeune, ce sont environ sept mille véhicules – autant que pour l’un des deux sens à deux voies du cours Fauriel, avenue arborée d’environ trente mètres de large – qui passent chaque jour, dont une bonne partie en excès de vitesse. Enfin, le quartier Saint-Roch, historiquement occupé par les brocanteurs et ébénistes, voit ses activités artisanales disparaître faute de locaux adaptés. Ce point n’est pas déconnecté des problématiques de santé publique. Les points précédents ont montré comment, dans une économie de marché, la déprise socio-démographique d’un quartier est liée à la santé économique de ses habitant·e·s et structures. La semaine de la Santé Publique organisée par le studio de l’ENSASE After the Revolution en septembre 2018 à Saint-Étienne a également montré, notamment via le Toxic Tour mené par Paul Guillibert et la discussion qui en a suivi, le lien entre moyens de production et santé publique. Lieu historiquement marqué par de nombreuses petites entreprises artisanales traditionnelles, le quartier SaintRoch pourrait ainsi être le lieu du renouveau d’un artisanat local, sain et équitable. La diversité bâtie de La Charité évoquée plus tôt, par la multiplicité des situations qu’elle amène, constitue à coup sûr une chance inouïe en ce qu’elle permet une grande diversité d’usages. Avec plusieurs corps de bâtiment sains en limite de parcelle, d’autres à dé-

molir pour créer un parc urbain, le site semble adapté pour répondre à la fois au problème du mal logement, (ou à l’absence totale de logement), à la végétalisation du quartier – amenant baisse des températures en été, biodiversité et captation du CO2 – à la baisse du trafic automobile en permettant la croisée de plusieurs chemins piétons et cyclistes, ou encore au soutien d’une vie économique et culturelle dans le quartier. Nous pouvons donc arguer que le départ de l’hôpital constitue en réalité une chance pour le quartier et ses habitant·e·s, en ce qu’il ouvre un champ de possibles illimité et sort les questions de santé publique des murs de l’hôpital pour les replacer au cœur de la cité, comme partie intégrante du droit à la ville.

À TRAVERS LE CAS DE LA CHARITÉ, LA QUESTION DU DROIT À LA VILLE ET LA SANTÉ DU DÉBAT PUBLIC L’ensemble de ces orientations et programmes, cumulables (et c’est bien dans leur mélange que réside sûrement le plus grand intérêt) n’est cependant porté que par des logiques de bien commun et les envies des habitant·e·s, en dehors des lois du marché et de toute problématique de rentabilité économique. Pourtant, il est bien évident que ce sont ces mécanismes spéculatifs qui, en dépit d’un pouvoir public courageux, devraient parler le plus fort. Il est donc à craindre que La Charité soit simplement vendue au promoteur le plus offrant. Ce point est d’autant plus contestable concernant La Charité, qu’il s’agit d’un bien immobilier du CHU de Saint-Étienne. Or, la création des Centres Hospitaliers Régionaux et Universitaires, entre 1970 et 1972, s’est faite en refondant les moyens municipaux existant alors, cédés aux nouvelles structures pour la somme d’un seul franc symbolique. La vente de la parcelle par le CHU ne constituerait ni plus ni moins qu’un vol de la collectivité publique, d’autant plus si celui-ci revendait à la ville, au meilleur prix évidemment, ce dont il avait hérité gratuitement il y a un demi-siècle. Heureusement, la situation immobilière singulière de SaintÉtienne, ville où l’immobilier est le moins cher de France, vient compliquer ces lois savantes. Après des rumeurs faisant état d’un marché privé pour l’urbanisation de l’ensemble de l’îlot, puis d’une vente en lots séparés auprès de promoteurs privés pour la réalisation de cent cinquante logements, la situation semble être au point mort, tant les investisseurs refusent à se mouiller dans l’eau trop froide du Furan. Cela à tel point que la municipalité de Gaël Perdriau (divers droite), pourtant prompte à privatiser et brader le bien public à tour de bras, du crématorium au parc des expositions

en passant par les futures halles gastronomiques, a été forcée de faire ce qu’elle n’avait jamais fait en cinq ans : concerter. Nous arrivons ici au cœur du problème que La Charité permet d’illustrer peut-être plus que tout autre secteur à Saint-Étienne : aucune des actions menées par la municipalité de M. Perdriau n’ont fait l’objet d’une diffusion transparente auprès de la population, qu’il s’agisse de la production de programmes immobiliers ou de décisions relevant de tout autre domaine. Les Stéphanois·e·s ont pris l’habitude de découvrir les projets conduits par la municipalité au moment où les pelleteuses entraient sur le chantier, et ce à grand renfort de slogans et hashtags dans la propagande officielle ou sur les réseaux sociaux. Dès lors, il est normal de craindre tout mouvement mené en souscape. Là où l’un des adjoints au commerce nous assurait lors de la première séance de concertation sur table en mars dernier, le souhait de la ville de racheter la parcelle au CHU, nous ne pouvons que nous montrer prudent. En effet, sur les cinq grands équipements vacants disséminés dans le périmètre sujet à la concertation – nommé « Cœur d’Histoire » – deux au moins faisaient alors déjà l’objet de concours ou consultation, et pour l’un des deux, le résultat venait d’être rendu le jour-même (sans être dévoilé au public) ! Surtout, nous apprenions en off que ce périmètre Cœur d’Histoire n’était rien d’autre qu’un nouveau secteur EPASE destiné à devenir une ZAC, et sur lequel planchaient, au même moment que les habitant·e·s, sans que ces dernie·re·s en aient connaissance, quatre ou cinq équipes d’architectes, urbanistes ou paysagistes renommées. Dès lors, quelle valeur ont ces bribes de propositions rédigées par des habitant·e·s – appartenant, en outre, très majoritairement à une même classe sociale – quand les projets sont déjà empaquetés dans l’arrière-boutique ? Il n’est pas question ici de disserter sur les diverses méthodes de participation ou de co-conception en matière d’architecture et d’urbanisme. Mais il est certain que cette méthode va à l’encontre de ce que nous revendiquons pour La Charité et pour le reste de la ville : le droit à la ville, tel que Henri Lefèbvre a pu le définir en 1968. Pour Henri Lefèbvre, « le droit à la ville ne peut se concevoir comme un simple droit de visite ou de retour vers les villes traditionnelles. Il ne peut se formuler que comme droit à la vie urbaine, transformée, renouvelée. Que le tissu urbain enserre la campagne et ce qui survit de vie paysanne, peu importe, pourvu que l’‘‘urbain’’, lieu de rencontre, priorité de la valeur d’usage, inscription dans l’espace d’un temps promu au rang de bien suprême parmi les biens, trouve sa base morphologique, sa réalisation pratico-sensible. Ce qui suppose une théorie intégrale de la ville et de la société urbaine, utilisant les ressources de la science

et de l’art. Seule la classe ouvrière peut devenir l’agent, porteur ou support social de cette réalisation.4 » À travers cette définition, Lefèbvre démontre combien ce droit à la ville ne peut s’inscrire dans le temps court d’un atelier de concertation, mais concerne au contraire le temps long de la vie. En assimilant l’espace vécu à ce temps qu’il définit comme « bien suprême parmi les biens », il l’affranchit des logiques capitalistes et des lois mercantiles. Le droit à la ville est de l’ordre de l’expérience tant sociale que spatiale (mais les deux vont de paire pour Lefèbvre), et relève même d’une dimension esthétique nécessaire. Il est certain pour nous que le droit à un environnement sain relève, parmi d’innombrables autres problématiques, du droit à la ville, et La Charité pourrait constituer un cas d’école à Saint-Étienne dans une gestion collective du site, ainsi que cela a déjà pu être fait en d’autres lieux en France, comme à l’Hôtel Pasteur de Rennes, sous l’impulsion de Patrick Bouchain et Sophie Ricard, ou bien sur l’ensemble des Grands Voisins dans le XIVe arrondissement de Paris. Cependant, plutôt que de tomber dans les travers de l’« urbanisme transitoire » qui, comme dans ce dernier exemple, donne lieu à de vastes opérations immobilières après que des années d’occupation par des collectifs ont redonné de la valeur au foncier, il s’agirait plutôt de pérenniser la gestion collective du lieu en une gestion commune, sur la base des théories d’Elinor Ostrom sur ce qui constitue un commun : l’existence d’une ressource, la mise en place de régimes de propriétés particuliers ne concentrant pas l’ensemble des droits (au contraire de la propriété privée) et interdépendants, et enfin, la mise en place de structures de gouvernance adaptées. 1 Léon Lamaizière (1855-1941) est surtout connu pour être l’architecte de la plupart des Nouvelles Galeries édifiées en France dans les deux premières décennies du XXe siècle. 2 Le quartier Saint-Roch est aujourd’hui un secteur EPASE, qui n’a toutefois pas le statut de ZAC, sa vocation étant vue par les décideurs politiques comme étant exclusivement habitante, sans besoin d’équipement. La maîtrise d’œuvre en est assurée par un collectif pluridisciplinaire monté sur mesure pour l’occasion et rassemblant architectes, paysagiste, anthropologue, designers, graphistes et spécialistes de la redynamisation des rez-de-chaussée vacants, tou·te·s stéphanois·e·s. 3 Créé en 2007 par l’État à la demande du maire Michel Thiollière, l’Établissement Public d’Aménagement de Saint-Étienne est, comme tout EPA, une structure dédiée à l’aménagement dépendant du ministère des finances. Son rôle est d’accélérer la reprise économique de la ville alors que celle-ci était au bord de la faillite au début des années 2000. L’EPASE porte plusieurs secteurs diversifiés, du quartier tertiaire de Châteaucreux jusqu’aux quartiers résidentiels de Jacquard et Saint-Roch, qui ne sont éligibles à aucun autre dispositif de l’État (ANRU, etc.). 4 Henri Lefèbvre, Le droit à la ville, Paris, Economica, coll. Anthropos. 2009 (1re éd. 1967). 135 p.

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IN SAINT-ÉTIENNE, THE HOSPITAL DOESN’T CARE ABOUT LA CHARITÉ, SO DOES THE MAYOR ABOUT ITS CITIZENS Manon Besson Ulysse Hammache Romain Venet The future of the “La Charité” site, which is due to change after the imminent departure of the CHU (Centre Hospitalier Universitaire), is subject to opaque treatment by the current municipality, while the stakes are multiple and complex.

FROM THE OUTSET, THE MANAGEMENT OF A PUBLIC HEALTH ISSUE La Charité is, at its origin, a hospice. Unlike a hospital, which is designed to treat patients, its role is to take care of those who do not have access to it because of a lack of resources. It was founded in 1682, following the dramatic winter of 1679-1680, with the help of several private donations,

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including that of the priest Guy Colombet, who is now considered to be its founder. First settled in a simple town house, it moved eight years later to the current site, then composed of fields adjoining a convent, in order to respond to the constant increase in its number of visitors. Underneath a stated philanthropic ambition, however, the objective is much less glowing. In addition to the self-interested nature of what could be interpreted as a “charity” (the initial designation of the establishment is a “charity and alms house”), the main objective is to eradicate begging from the city’s streets. Thus, Louis XIV’s patent letter dated 1685, adopting the statutes of La Cha-

rité, specifies its original purpose: “to make the loafers work, to drive away vagrants and people without confession, to put an end to begging”. Indeed, internees must submit to daily tasks, cleaning, maintenance, etc. Only people who are dying, contagious or in really serious condition are exempt from it. The clearly authoritarian role of La Charité—like any other hospice—paradoxically allows the emergence of the first steps of a public health policy. Indeed, it reduces or eradicates the risk of epidemics as well as the risk of social unrest that could result from famine. Finally, it evacuates the needy and other “undesirables” from bourgeois territory. Where the hospital treats individual bodies, the hospice takes care of the

social body, by contributing to the preservation of order. However, less than twenty years later, La Charité already fell under the control of the hospital (then Hôtel-Dieu), whose destination gradually evolved towards the notion of public property, initially by moving from the clerical domain to the public, as well as to the municipal one, after the 1789 Revolution, then with the development of hygienism and its residential hospitals, until the creation of the CHU (Centre Hospitalier Universitaire) in 1970. Unlike the other two sites of the hospitals in Saint-Etienne, each one representing a specific model, the site of La Charité crystallizes in its spatial structure the evolution of the

different conceptions of medicine that have been experienced in our European societies over the past centuries.

A DIVERSITY BUILT FOR A DIVERSITY OF CONCEPTIONS OF MEDICINE, A MULTIPLICITY OF POSSIBLE PROJECTS FOR A PLURALITY OF ISSUES The site of the Couvent des Minimes, a square truncated on one of its sides, then became the scene of architectural developments that would not cease until the second half of the 20th century,


showing today, from very heterogeneous buildings, a coherent palimpsest ensemble. The site develops from its centre outwards, where the chapel, listed as a historical monument, dates back from the 17th century, as two other edifices do. At the beginning of the 20th century, when the city was struggling to find a new site to build a new hygienist hospital, the La Charité site became even denser with the construction of buildings on the southern and eastern fringes, projected by the architect Léon Lamaizière1 from SaintEtienne. The construction of the new pavilion hygienist hospital, a few years later on the Bellevue site—to which the last services present today at La Charité were to be moved—did not, however, mark the end of La Charité, as the front of rue Michelet located to the West was redeveloped during the 1930s. Finally, a last pavilion was built with no intelligence in the 1970s, blocking the perspective created by Lamaizière, while part of the site was transformed into a municipal retirement home in the 1990s. The departure of the hospitals of Saint-Étienne from the site of La Charité is therefore no surprise, as this intention dates back from the end of the 19th century. One might rather be surprised that this departure from a landlocked site in the middle of the city comes so late, more than a century after the construction of a new hygienist hospital—built on the pavilion model—on the southern edge of the city and almost half a century after the construction of a second one, technicist, based on the plinth tower type, located this time up to the north, in the municipality of Saint-Priest-en-Jarez. Inthe late 1990s was confirmed what seemed to be a latent logic of the hospital’s territorial strategy: all the services were grouped together in a gigantic medical city on the northern site, while Bellevue, in the south, hosted a gigantic “gerontopolis”, the largest in the Rhône-Alpes-Auvergne region, the gerontology services having been until then housed in La Charité. This would then be sold, making it possible to partially finance the major projects required for this restructuring. Today, the northern site, although in permanent expansion, has reached a cruising speed, deliveries of new and renovated buildings are being made to Bellevue, suggesting that the hospital in La Charité will leave for 2021. However, public health issues— which, as we argued earlier, go beyond medicine alone—do not leave the site with the CHU: the particularly constrained, aggressive and impoverished urban environment in which the hospital enclave is located, is prompting these issues to go beyond its walls alone, making this two hectare forested pocket a necessity for the entire district and the many problems it faces: automobile and noise pollution, rising urban temperatures, food, housing, etc. La Charité is indeed a neighbour, if not an integral part of the SaintRoch district2, identified as a priority sector managed by EPASE3. The latter has no “green space” with a footprint coefficient of nearly 100%. Very densely built, offering no amenities, it is impoverished and shows signs of fragility: homogeneity both in commercial terms and in the constitution of

households (an overwhelming majority of single people), poor tenants or owner-occupiers whose resources do not allow sufficient maintenance of the building, proliferation of slum landlords, etc. Indeed, it hosts a more vulnerable population than in other districts of Saint-Etienne, including many undocumented migrants. Just over a hundred metres away, the Bourse du travail was the focus of public attention this spring, as it became, following a strong surge of solidarity from the population, the refuge for several dozen migrants expelled after the winter truce by the town hall, while the city is jam-packed with vacant apartments. In addition to these housing problems, there are also problems specific to public spaces, which are particularly harsh. The rue Antoine Durafour, which crosses the district and originates in front of La Charité, is a straight and privileged automobile axis to reach the ring road from the city centre. In this eight-metre wide street where a sometimes very young population resides, about seven thousand vehicles pass by every day, many of them over-speeding. This is as much as for one of the two-lane roads of the Fauriel course, a treelined avenue about thirty metres wide. Finally, the Saint-Roch district, historically occupied by second-hand dealers and cabinet makers, has seen its craft activities vanish for lack of suitable premises. This issue is not disconnected from public health issues. The previous paragraphs have shown how, in a market economy, the socio-demographic decline of a neighbourhood is linked to the economic health of its inhabitants and structures. The Public Health Week organised by the ENSASE Après la révolution studio in September 2018, in Saint-Étienne also showed, notably via the Toxic Tour led by Paul Guillibert and the discussion that followed, the connection between the means of production and public health. Historically marked by many small traditional craft businesses, the Saint-Roch district could thus be the place where local, healthy and equitable craftsmanship could be revived. The diversity of the built environment of La Charité mentioned earlier, by virtue of the multiplicity of situations it provides, certainly constitutes an incredible opportunity for it allows a great diversity of uses. With several healthy buildings on the edge of the plot, others to be demolished to create an urban park, the site seems adapted to respond to the problem of bad housing (or total homelessness), to the greening of the district—bringing lower temperatures in summer, biodiversity and the collection of CO2—to the decrease in car traffic through the intermingling of several foot and cycle paths, or to support an economic and cultural life in the district. We can therefore argue that displacing the hospital is actually an opportunity for the neighbourhood and its inhabitants, in that it opens up an unlimited field of possibilities and takes public health issues out of the hospital walls to put them back in the heart of the city, a part of the right to live in the city.

THROUGH THE CASE OF LA CHARITÉ, THE QUESTION OF THE RIGHT TO THE CITY AND THE HEALTH OF PUBLIC DEBATE All these orientations and programmes, which could be combined (and it is certainly in their mixture that the greatest interest surely resides), are nevertheless only carried by the logic of the common good and the desires of the inhabitants, outside the laws of the market and any problems of economic profitability. However, it is quite clear that it is these speculative mechanisms that, in the absence of a courageous public power, should speak louder than any other. It is therefore to be feared that La Charité will simply be sold to the highest bidder. This point is all the more objectionable concerning La Charité, since it is a property of the CHU de Saint-Étienne. Yet, the creation of the Regional and University Hospitals, between 1970 and 1972, was done by rebuilding the existing municipal resources, which were then transferred to the new structures for the symbolic price of a single franc.The sale of the plot by the CHU would thus constitute a robbery of the public authority, all the more so if it sold it to the city, at the best price of course, as it had inherited it freeof-charge half a century ago. Fortunately, the singular real estate situation of Saint-Étienne, a city with the lowest real estate prices in France, complicates these sophisticated laws. After hearsay reports of a private-sector market for the urbanization of the entire block, then of a sale in separate plots to private developers for the construction of 150 housing units, the situation seems to be at a standstill, as investors refuse to get potentially drown in the cold water of the Furan (the local river running underground the city). Up to a point that the municipality of Mr Gaël Perdriau (right-wing), which was quick to privatize and sell off public properties, from the crematorium to the exhibition centre and the future gastronomic market halls, was forced to do what he hadn’t done in five years: to consult with the public. We come here to the heart of the problem that La Charité illustrates perhaps more than any other sector in Saint-Étienne: none of the actions carried out by Mr Perdriau’s municipality have been transparently publicized, whether it is the production of real estate programs or decisions in any other field. The people of Saint-Étienne have become accustomed to discovering the projects led by the municipality as the excavators entered the site, reinforced by slogans and hashtags in official propaganda or on social networks. Therefore, it is only normal to fear for any shadowy move-

ments. While one of the trade assistants assured us at the first public consultation session held last March that the city wanted to buy the plot from the University Hospital (CHU), we can only be prudent. Indeed, of the five large vacant equipments scattered throughout the area subject to consultation—called “Cœur d’Histoire”—at least two were already the subject of competitions or consultations, and for one of them the result had just been returned the same day (without being revealed to the public)! Above all, we learned unofficially that this Cœur d’Histoire perimeter was nothing more than a new EPASE sector destined to become a ZAC, and on which four or five teams of renowned architects, urban planners or landscape architects were working, at the same time as the inhabitants, without the latter being aware of it. So what is the value of these fragments of proposals written by inhabitants – who, moreover, belong, in the vast majority, to the same social class – when the projects are already packaged in the back shop? It is not a question here of discussing the various methods of participation or co-design in architecture and urban planning. But it is certain that this method goes against what we claim for La Charité and the rest of the city: the right to the city, as Henri Lefèbvre defined it in 1968. For Henri Lefèbvre, “The right to the city cannot be conceived as a simple visiting right or as a return to traditional cities. It can only be formulated as a transformed and renewed right to urban life. It does not matter whether the urban fabric encloses the countryside and what survives of peasant life, as long as the “urban”, place of encounter, priority of use value, inscription in space of a time promoted to the rank of a supreme resource among all resources, finds its morphological base and its practico-material realization. Which presumes an integrated theory of the city and urban society, using the resources of science and art. Only the working class can become the agent, the social carrier or support of this realization.”4

in France, such as at the Hôtel Pasteur in Rennes, under the leadership of Patrick Bouchain and Sophie Ricard, or on all the Grands Voisins in the 14th arrondissement of Paris. However, rather than falling into the trap of “transitory urban planning” which, as in the latter example, gives rise to vast real estate transactions after years of occupation by collectives have restored the value of land, it would rather be a question of perpetuating the collective management of the place in a common management, on the basis of Elinor Ostrom’s theories on what constitutes a common: the existence of a resource, the establishment of specific property regimes that do not concentrate all rights (unlike private property) and are interdependent, and finally, the establishment of appropriate governance structures. 1 Léon Lamaizière (1855-1941) is best known as the architect of most of the Nouvelles Galeries built in France in the first two decades of the 20th century. 2 The Saint-Roch district is now an EPASE (Etablissement Public d’Aménagement de Saint-Etienne) sector, which does not however have the status of a ZAC (Zone d’Aménagement Concerté), its vocation being seen by political decision-makers as being exclusively inhabited, without the need for equipment. The project management is ensured by a multidisciplinary collective set up to measure for the occasion and bringing together architects, landscape architects, anthropologists, designers, graphic designers and specialists in the revitalization of the vacant ground floors, all of which are located in Saint-Étienne. 3 Created in 2007 by the State at the request of Mayor Michel Thiollière, the Établissement Public d’Aménagement de Saint-Étienne (EPASE) is, like any EPA (Etablissement Public d’Aménagement), a structure dedicated to development under the Ministry of Finance. Its role is to accelerate the city’s economic recovery from the brink of bankruptcy in the early 2000s. EPASE covers several diversified sectors, from the tertiary district of Châteaucreux to the residential districts of Jacquard and Saint-Roch, which are not eligible for any other State scheme (ANRU etc.). 4 Henri Lefebvre, Writings on the City, Selected, Translated and introduced by Eleonor Kofman and Elisabeth Lebas, Blackwell Publishers, P 158.

Through this definition, Lefèbvre demonstrates how much this right to the city cannot be embedded in the short time of a consultation workshop, but concerns on the contrary the long time of life. By assimilating the space lived at that time, which he defines as “supreme resource among all resources”, he liberates it from capitalist logic and mercantile laws. The right to the city is a social and spatial experience (but the two go hand in hand for Lefèbvre), and even has a necessary aesthetic dimension. It is certain for us that the right to a healthy environment is, among countless other issues, part of the right to the city, and La Charité could be a learning experience in Saint-Étienne for the collective management of the site, as it has already been done in other places INTERVENTIONS/INTERVENTIONS

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ARCHIVE DE LUTTE « La Psy Cause », collectif en lutte des services de psychiatrie des hôpitaux Stéphanois Alors que nous travaillions en 2017 à une semaine sur la santé publique, nous avons rencontré le collectif en lutte des services psychiatriques stéphanois « La Psy Cause ». Nous publions ici des traces de leurs lutte qu’iels nous ont fait parvenir.

la qualité de la prise en soins des patients.

POUR UNE PSYCHIATRIE HUMANISTE

Sans remonter trop loin dans le temps, il nous paraît important de pointer le fait que, 6 mois avant le contrôle des CGLPL, 17 lits d’hospitalisation complète adulte ont été fermés (30 entre juin 2015 et juin 2017).

Texte lu par le collectif Paris - 22/01/2019

Je voudrais tout d’abord, au nom de notre collectif, remercier toutes celles et ceux qui ont rendu cette journée possible. Le collectif « La Psy Cause » s’est formé suite au passage des CGLPL en janvier 2018 sur le CHU de Saint-Étienne. Notre but commun est d’œuvrer pour une psychiatrie Humaniste en opposition aux politiques budgétaires qui réduisent nos métiers à des lignes comptables et autres tableurs Excel. Face à ces politiques qui nient le sens de nos métiers nous cherchons à nous réapproprier nos pratiques. Depuis de nombreuses années, malgré nos alertes, le nombre de personnel diminue. La précarisation des soignants, le turn over des agents, la désertification des postes de psychiatres, la qualité de la formation initiale, altèrent

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Cela se traduit par des personnes laissées seules à l’abandon par notre système sanitaire et social.

A partir de là, les lits surnuméraires (activés en temps de crise) étaient constamment activés mais cela ne trompait personne, et les Contrôleurs Généraux de Lieux de Privation de Liberté ont constaté l’horreur normée, protocolisée ; « Conditions d’accueil indignes », « Traitement inhumain ou dégradant »… Depuis, la stratégie semble consister à cacher la misère plutôt que de se questionner sur comment et pourquoi nous en sommes arrivés là… Oui, parce que sinon, cela revient à faire un constat d’échec des politiques de santé de ces dernières décennies. Pire ! Il faudrait mettre, ou plutôt remettre, des moyens Humains là où le soin s’appuie en premier lieu sur la relation à l’autre. Là où le soin doit se penser de manière pluridisciplinaire et en

fonction de la singularité de la personne souffrante. Et ça, ça coûte de l’argent… Trop ? Un pognon de dingue ? Alors très bien, parlons coût. Expliquez-nous à nous qui sommes de piètres gestionnaires : – Qu’est-ce que ça coûte l’hospitalisation dans un bureau au lieu d’une chambre ? – Qu’est-ce que ça coûte le sous-effectif ? – Qu’est-ce que ça coûte de laisser des usagers et leurs familles seuls face à la souffrance ? – Qu’est-ce que ça coûte la pression au travail ? – Qu’est-ce que ça coûte les chambres sur-occupées ? – Qu’est-ce que ça coûte la restriction des espaces de pensée ? – Qu’est-ce que ça coûte d’attendre des heures aux urgences ? – Qu’est-ce que ça coûte le mépris de la souffrance ? – Qu’est-ce que ça coûte de traiter l’hôpital comme une entreprise ? – Qu’est-ce que ça coûte de travailler à l’encontre de ses valeurs soignantes ? – Qu’est-ce que ça coûte les conditions d’accueil déplorables ? – Qu’est-ce que ça coûte le manque de temps auprès de ses patients ? – Qu’est-ce que ça coûte de rester dans ses urines pendant des heures ? – Qu’est-ce que ça coûte d’avoir honte de son métier ?

– Qu’est-ce que ça coûte de laisser une personne des jours contenue sur un brancard ?

« Ils ont voulu nous enterrer, ils ne savaient pas que nous étions des graines. »

Tous les jours ça coûte aux patients, leurs familles et aux soignants ; L’isolement, la peur, la douleur, l’insécurité.

Ces graines ont germé en 2018 au travers de multiples luttes dans bon nombre d’hôpitaux psy (et pas que), faisant fleurir l’espoir.

Ça coûte la relation, le soin, notre métier. Ça coûte le respect de la vie Humaine. Si nous sommes ici aujourd’hui c’est pour affirmer que nous ne nous résignons pas aux économies et à l’austérité. Nous n’accepterons jamais de faire payer à nos patients les politiques de santé qui mènent à la déshumanisation de l’hôpital. Nous dénonçons la politique irresponsable et criminelle du gouvernement et de la ministre de la santé qui mettent en danger les usagers et les hospitaliers. Nos revendications sont justes et légitimes. Pour une psychiatrie, et même, tout un service sanitaire et social, Humaniste !

LE PRINTEMPS DE LA PSYCHIATRIE Texte d’appel à la mobilisation pour « Le Printemps de la Psychiatrie » Paris, mars 2019

L’espoir qui a semé le doute sur « l’ordre établi » qui voulait nous faire croire que l’humain se résume à des lignes comptables strictes, que le soin en psychiatrie est quantifiable et qualifiable grâce à des courbes de graphiques froides et des cases de tableur Excel bien trop étroites pour y faire rentrer toute la complexité ainsi que la beauté de la relation humaine. La récolte 2018 fût bonne mais pas assez pour changer vraiment le mode de culture. Pour cela, relevons encore un peu plus nos manches, patients, familles d’usagers, soignants, tous ensembles pour décider quel type de psychiatrie nous voulons cultiver. Reprenons cette psychiatrie Humaniste restée en jachère trop longtemps. Nous voulons du bio (de l’Humain) et du local (le secteur). Alors le 21, tous à Paris pour une psychiatrie Humaniste !!!


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ARCHIVE OF A STRUGGLE “La Psy Cause”, collective in struggle of the psychiatric services of the Saint-Étienne hospitals While we were working in 2017 for the construction of a week of events on the question of Public Health, we met with the collective of the psychiatric services of Saint-Étienne named “La Psy Cause”. We publish here traces of their struggle that they sent us.

FOR A HUMANIST PSYCHIATRY Text read by the collective Paris - 22/01/2019

First of all, on behalf of our collective, I would like to thank all those who made this event possible. The LA PSY CAUSE collective was created following the passage of the CGLPL in January 2018 on the Saint-Etienne University Hospital. Our common goal is to work for a Humanist psychiatry in opposition to budgetary policies that restrict our professions to accounting lines and other Excel spreadsheets. Faced with such policies that negate the meaning of our professions, we are trying to re-appropriate our practices. For many years, despite our warnings, the amount of personnel has been decreasing. The precariousness of nurses, the turnover of workers, the desertification of psychiatrists’ positions, the lack of adequate initial training, all affect the quality of the patient’s care.

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This results in people being abandoned by our health and social system. Although we will not go back too far in time, it is important to point out that 6 months before the control of the LPGCs, 17 adult complete hospital beds were closed (30 between June 2015 and June 2017). From then on, the surplus beds (activated in times of crisis) were constantly activated but this did not deceive anyone, and the General Controllers of Places of Deprivation of Liberty noted the normalized, protocolized horror; “Unworthy reception conditions”, “Inhuman or degrading treatment”… Since then, the strategy seems more to conceal poverty than to question how and why we came to this point… Indeed, otherwise it amounts to an acknowledgement of the failure of health policies in recent decades. Even worse! It would be necessary to put, or rather to put back, Human resources where care is based in the first place on the relationship with others. In places where care must be thought of in a multidisciplinary way and according to the singularity of the suffering person. And that costs money… Too much?

Crazy money? (Here quoting a famous formula of the President Macron regarding social welfare). All right, then, let’s talk about money. Explain to us who are poor managers: – What is the cost of hospitalization in an office instead of a room? – What is the cost of understaffing? – What is the cost of leaving users and their families alone in the face of suffering? – What is the cost of working under pressure? – What is the cost of overcrowded rooms? – What is the cost of restricting spaces of thought? – What is the cost of waiting hours in the emergency room? – What is the cost of disregarding suffering? – What is the cost of treating the hospital like a business? – What is the cost of working against one’ s health care values? – What is the cost of deplorable reception conditions? – What is the cost of not having enough time with one’ s patients? – What is the cost of staying in your urine for hours? – What is the cost of being ashamed of one’ s job? – What is the cost of leaving a person on a stretcher for days? Every day it costs patients, their

families and caregivers; Isolation, fear, pain, insecurity. It costs the relationships, the care, our job. It costs respect for human life. We are here today to proclaim that we are not resigned to cutbacks and austerity. We will never agree to have patients pay for the health policies that lead to the dehumanization of the hospital. We denounce the irresponsible and criminal policy of the government and the Minister of Health that puts users and hospital workers at risk. Our claims are fair and legitimate. For a humanist psychiatry, and even a whole health and social service humanist!

THE SPRING OF PSYCHIATRY Text of a call for mobilization to “The Spring of Psychiatry” Paris, March 2019

“They tried to bury us, they didn’t know we were seeds.” These seeds grew in 2018 through multiple struggles in many psychiatric hospitals (and not only), bringing hope. The hope that has cast doubt on the “established order” which

wanted us to believe that human beings can be reduced to strict accounting guidelines, that psychiatric care is quantifiable and qualifiable thanks to cold graph curves and Excel spreadsheet that are far too narrow to accommodate all the complexity and beauty of human relationships. The 2018 harvest was good but not enough to really change the way the crop was grown. To do this, let’s roll up our sleeves a little more, patients, patient’s families, caregivers, all together to decide what type of psychiatry we want to foster. Let us take up this Humanist psychiatry that has remained fallow for too long. We want organic (human) and local (the sector). So on the 21st, everyone in Paris for a Humanist psychiatry!!!


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HISTORIQUE

HISTORIQUE mma re

page 2

Préambule

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Juin 201 : ermeture de lit contre création d'équipes mobiles Janvier 2018 : Passage des

LPL

H

traordinaire

évrier 2018 : création du collectif page 4

ars 2018 : lettre ouverte au différentes instances dirigeantes et la population vril 2018 : Pétitions

Des moyens Humains pour une psychiatrie Humanistes

ai 2018 : page 5

rève et mobilisation

Juin 2018 : Début de grève illimité Juillet 2018 : la rencontre des politiques o t 2018 : Pas de vacances pour La Psy ause

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eptembre 2018 : Les ostos en grève s'invitent

la foire

ctobre 2018 : t la dignité des personnes gées dépendantes dans tout a

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ovembre 2018 :La mobilisation continue

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onclusion

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nne es

https://fr-fr.facebook.com/lapsycause/ Historique LA PSY CAUSE / Novembre 2018 https://twitter.com/cause_psy/ avec le soutien des syndicats CGT et FO du CHU de Saint-Étienne la.psy.cause@gmx.fr

https://fr-fr.facebook.com/lapsycause/ Historique LA PSY CAUSE / Novembre 2018 https://twitter.com/cause_psy/ avec le soutien des syndicats CGT et FO du CHU de Saint-Étienne la.psy.cause@gmx.fr

HISTORIQUE

HISTORIQUE Juin 201 : ermeture de lit contre création d'équipes mobiles Sans remonter trop loin dans le temps avant le passage des CGLPL, il nous para t important de pointer le fait que, 6 mois avant le contrôle des CGLPL, 17 lits d'hospitalisation complète adulte ont été fermés (ce qui les porte à une trentaine entre juin 201 et juin 2017). Cf. Annexes 1 et 1bis

Préambule

Le collectif soignant (par soignant nous englobons tous les professionnels travaillant en psychiatrie) LA PSY CAUSE s'est formé suite au passage des CGLPL en janvier 2018 sur le CHU de Saint-Étienne. Nous faisons donc ici un rappel historique des différentes actions et prises de positions par le personnel dont le but commun est d’ uvrer pour une psychiatrie Humaniste en opposition aux politiques budgétaires qui réduisent nos métiers à des lignes comptables et autres tableurs Excel. Depuis de nombreuses années, malgré nos alertes, le nombre de personnel diminue. La précarisation des soignants, le turn over des agents, la désertification des postes de psychiatres, la qualité de la formation initiale, altèrent la qualité de la prise en soins des patients. Cf. Annexe 0

Janvier 2018 : Passage des

LPL

H

traordinaire

Passage des CGLPL du 8 au 1 janvier avec recommandations en urgences qui seront publiées au JO le 1er mars. Ce qui a été pointé (« conditions d'accueil indignes », « traitement inhumain ou dégradant », 7 patients attachés sur des brancards dont un depuis 7jours!) a eu des répercussions sur les professionnels de ce pôle ce qui a conduit les représentants FO et CGT à déposer un Danger Grave et mminent afin que des informations fiables ainsi que le positionnement de l'institution soit connu de toutes et tous. Cela à conduit à un CHSCT extraordinaire à la suite duquel une assemblée générale a été décidée. Cette dernière s'est déroulée fin janvier en présence d'environ 1 0 agents du pole psychiatrique et en présence du Directeur Général. Cela a été l’occasion d'exposer les constats des CGLPL (les mêmes dénoncés par le personnel depuis de nombreuses années comme par exemple l'absence de projet médicale de pole réclamé à plusieurs reprises en CHSCT), et la direction a pu exposer son plan d'action. Pour autant, les remarques des agents ont été accueillis de fa on méprisante et arrogante (parfois même mena ante) par notre direction.

évrier 2018 : création du collectif Le personnel n'étant pas entendu, le plan d'action de la direction (presque exclusivement architectural) ne répondant ni aux attentes des patients ni des soignants, les syndicats CGT et FO on initiés une AG du personnel de psychiatrie afin d'échanger sur comment et pourquoi en sommesnous arrivés là, quelle vision du soin en psychiatrie et quelles solutions. Le collectif était né, avec comme fil conducteur la nécessité de se réapproprier nos pratiques pour une psychiatrie Humaniste et non économique.

Historique https://fr-fr.facebook.com/lapsycause/ https://twitter.com/cause_psy/ LA PSY CAUSE / Novembre 2018 avec le soutien des syndicats CGT et FO du CHU de Saint-Étienne la.psy.cause@gmx.fr

HISTORIQUE ars 2018 : lettre ouverte au différentes instances dirigeantes et population

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HISTORIQUE la

Malgré les injonctions de ne pas communiquer, et pour faire suite aux réflexions survenues lors des AG du personnel, une soixantaine de personnes ont participé à la rédaction d'une lettre ouverte avec demande de rendez-vous avec le DG de l'ARS AURA. Cf. Annexe 2 En parallèle, plusieurs agents ont décidés de communiquer auprès des médias ne supportant plus que la dégradation des soins soit passée sous silence.

vril 2018 : Pétitions En réaction au positionnement de la direction, élaboration d’une pétition « Non à la contention abusive de la paroles » à laquelle s'ajoute une lettre pétition des cadres et cadres sup, ayant re u plus de 700 signatures sur le CHU. Cf. Annexe 3 et 3 bis Pas de réponse de l’ARS concernant notre demande de rendez-vous. Assemblée générale La Psy Cause le 26

Juin 2018 : Début de grève illimité 14 Juin Les graines du Rouvray font germer l'espoir : Mobilisation en hommage aux grévistes du Rouvray qui viennent enfin, (18 jours de gréve de la faim!), d'obtenir sur le papier des moyens pour une psychiatrie digne et Humaine. Nous nous sentons concernés tant les difficultés sont les mêmes d'un établissement à un autre (lutte au Havre, Saint Jean de dieu...). Photo hommage et lecture du communiqué de presse. Une soixantaine de soignants présents et beaucoup d'assignés. Cf.Annexes 6 et 7 25 juin Pour une psychiatrie Humaniste nous enterrons la psy budgétaire: Marche funèbre Toujours pas de nouvelle de l’ARS malgré nos différentes sollicitations (lettre ouverte en mars et mail de relance le 13 juin). Ce silence méprisant nous amène donc à continuer la mobilisation. Au niveau du CHU il n’y a pas grand-chose à attendre sauf l’idée de remplacer les infirmières par des aides-soignantes. Toujours plus avec toujours moins, et l’Humain n’est plus au centre du soin... Nous avons donc enterré cette psychiatrie au rabais dans laquelle plus personne ne se retrouve. Ni les patients, ni les soignants. Cortège depuis l’ARS de Saint-Étienne jusqu’à la direction du CHU sur le site de Bellevue. Prise de parole et remise du cercueil au DRH du CHU. Cf. Annexes 8 et 9 Bizarrement l'ARS qui devait venir ce jour en mission d'inspection a annulé quelques jours plus tôt ! Participation à une discussion avec la population organisé par « Le Couac » ( journal d’enquête

ai 2018 :

rève et mobilisation

critique, local, collectif et participatif). Résumé

Suite aux demandes faites en assemblée générale, notre collectif a commencé à tisser des liens avec différents collectifs (notamment le « collectif inter hosto » de Lyon et le collectif «Hôpitaux en lutte » qui est à l’initiative de la manifestation soignante sur Paris le 17 mai). Participation de quelques membres du collectif à la « marée blanche » organisée sur Paris le 1 Mai à Paris. De là, rencontre avec le collectif « Blouses Noires » de Saint-Étienne du Rouvray. Grève le 17 mai avec mobilisation du personnel de la psychiatrie du CHU sur la place d’hôtel de ville afin d’alerter la population sur les conditions d’accueil de prise en soins et de travail sur notre spécialité. Tract distribué et action « Die-in » Cf. Annexe Assemblée générale le 31 Cf. Annexe

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https://fr-fr.facebook.com/lapsycause/ Historique LA PSY CAUSE / Novembre 2018 https://twitter.com/cause_psy/ avec le soutien des syndicats CGT et FO du CHU de Saint-Étienne la.psy.cause@gmx.fr


HISTORIQUE Juillet 2018 : la rencontre des politiques Cela fait plus de mois que nous nous mobilisons . Malgré tous les liens que nous avons pu tisser avec la population, les médias, entre collègues et établissements, le silence de notre ARS et de notre ministre est toujours de mise. Nous décidons donc de solliciter différents représentants du peuple afin de porter à leur connaissance notre situation intenable dans le but d’être informé de leur positionnement. (Sénateur) le 20 juillet. Nous avons donc été re u par Messieurs J (Député) et ls étaient déjà au courant de notre situation et ont pu recevoir notre parole pour avoir des précisions sur la situation de la psychiatrie du CHU de Saint-Étienne. ls ont attestés de nos difficultés et de nos manques de moyens notamment Humain. Des chiffres seraient souhaitables pour étayer nos propos. Nous avons par la suite tenté de les récupérer via la direction de notre établissement. l faudra attendre septembre pour en avoir quelque-uns mais difficilement exploitables... Par exemple, concernant les postes de psychiatres, le CHU nous donnes des chiffres exprimés en Équivalent Temps Plein Rémunéré (ETPR). Sachant que certains psychiatres ne travaillent plus au CHU mais sont tout de même rémunérés par ce dernier car ils sont en compte épargne temps (heures sup récupérées avant la retraite officielle) ou encore en arrêt maladie... Messieurs J et s'engagent à poser la question de notre devenir dans leur assemblée respectives.

o t 2018 : Pas de vacances pour La Psy ause Courriers adressé à notre direction concernant la pénurie de psychiatres sur le secteur St-Étienne Cf. Annexes 10, 10 bis, 11, 11bis et 12 Courriers adressé à notre direction concernant la pénurie de psychiatres sur le secteur de l'Ondaine et arrivé des premiers psychiatres intérimaires sur le CHU. Cf. Annexe 13 Nous profitons de l'été pour récupérer des infos dans les services de psychiatrie ainsi qu'auprès de notre direction.

HISTORIQUE eptembre 2018 : Les ostos en grève s'invitent

la foire

ortie de la chanson Les ostos gr ce à l'implication des agents du CHU provenant de différents services et de différentes professions. La volonté est bien de dénoncer, de manière satirique, le manque de moyens Humains à tous les « étages » pour les hôpitaux publics. Ce clip à pour but de provoquer une réaction tant chez les usagers que chez les soignants toutes spécialités confondues Très bons retours de la part de ces derniers. « Face au manque de personnels, de place, bref, de moyens pour accueillir la souffrance des gens, quelques irréductibles soignants tentent d'obtenir des soins plus humains. Merci aux usagers d’être si patients, Merci aux soignants de continuer à faire de votre mieux, Merci à toutes celles et ceux du CHU de Saint-Étienne qui ont participé.e.s à cette vidéo (…) Merci à toutes celles et ceux qui ne laissent pas leurs convictions soignantes et Humanistes se faire piétiner par des gestionnaires à la langue de bois bien trop pendue »

rève reprise depuis le 1 septembre 9 mois après le passage des CGLPL la situation de la psychiatre du CHU (et pas que...) s'est encore globalement détériorée. Nous arrivons à un point de rupture. Le cercle vicieux des départs des personnels à cause de la dégradation des conditions de travail et de soin entra ne une charge de travail supplémentaire pour celles et ceux qui restent et les amènent à partir à leur tour... A cela s'ajoute le non respect de la parole donnée, le mutisme de notre ARS qui laisse le CHU seul face à ces difficultés, le mépris de notre ministre pour les hôpitaux actuellement en lutte (cf Pinel en lutte)... obilisation devant la oire de aint tienne : appel l'ensemble du H revendiquant des moyens pour des soins Humains : Bonne mobilisation (près 1 0 personnels et usagers du CHU), bilan positif, portée médiatique de nos revendications. 11 de grévistes sur le CHU 60 de grévistes sur la psychiatrie 68 de grévistes sur le personnel soignant Cf. Annexe 1

Préparation les actions de la rentrée de septembre. Au grès des discutions avec des collègues hors psychiatrie nous avons la confirmation que le manque de moyens n'est malheureusement pas qu'en psychiatrie.

Joli coup de l' R qui nous a donné rendez-vous aux syndicats dans leurs locaux de Lyon le même jour et à la même heure que la mobilisation sur la foire de Saint-Étienne ! Mieux, l'invitation est parvenue moins d'une semaine à l'avance.

Préparation d'une chanson et de son clip en écho à celle de la CGT de Toulouse.

La Psy Cause 'était pas invitée, nous ne savions pas qui serait notre interlocuteur et l'objet de cette rencontre était très vague (« dossier de suivi de la psychiatrie » alors que ni les syndicats ni notre collectif n'a jamais eu de discutions avec l'agence sur ce sujet).

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HISTORIQUE

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La réunion s'est donc faite sans les personnels ni leurs représentants. Cela a permis au DG de l'ARS d'envoyer un courrier à la CGT et à FO faisant état de son « regret » face à notre absence et de sa « attachement » au dialogue sociale. Oui c'est tout...Après 7 mois de relances, de mise en avant de la dégradation des conditions de prise en soin des usagers, de l'urgence de cette situation, il ne répond rien. Ne propose rien. Encore du mépris et de l’arrogance pour celles et ceux qui luttent pour défendre les droits des patients, des soignants, bref, pour des soins Humains. Cf. Annexe 1 ourriers : En plus de la lettre ouverte à l’ARS faite par le collectif en mars, le courrier du secteur Saint-Étienne cet été, les internes de psy, les praticiens hospitaliers du pôle psychiatre ainsi que l’UNAFAM ont également rédigé un courrier alertant sur la situation catastrophique de la psychiatrie. Cf. Annexes 16, 17 et 17 bis outien et présence de membres de la Psy Cause à l’action des collègues du collectif nter-Hosto de Lyon le 29/09 place de la République Presse, nous continuons de répondre aux sollicitations car les non dits n'ont que trop impactés notre spécialité ( France bleue, le quotidien du médecin, le canard encha né )

ctobre 2018 : t la dignité des personnes gées dépendantes dans tout a Participation au café citoyen le 1er octobre pour expliquer nos actions et nos revendications ssemblée générale Cf.annexe 18 et 18 bis nauguration

officieuse

du b timent de l

LD

Nous avons décidés de nous mobiliser ce jour là pour plusieurs raisons. Tout d'abord, les conditions de prise en soin dans ce nouveau b timent qui doit accueillir des personnes gées dépendantes, sont indignes. Si les CGLPL pouvaient aussi contrôler la gériatrie, de nouveaux scandales éclateraient. De plus, la présence du directeur générale de l'ARS accompagné du Maire était annoncée. L’occasion pour nous de pouvoir nous entretenir avec eux était trop belle. Nous avons donc annoncé la présence du collectif en soutien aux personnels de gériatrie l'avant veille pour éviter que l'inauguration soit mise en danger. Malgré tout, la direction annula l’inauguration officielle... Tentative de culpabilisation de cette dernière nous pointant du doigt comme ceux qui auraient g ché la fête du personnel de gériatrie. Alors que ces mêmes soignants nous ont confirmé leurs craintes quant aux conditions de travail dans le nouveau b timent qui risquent de se détériorer encore plus. La plupart d’entre eux soutiennent massivement nos revendications et nos actions. u'a cela ne tienne, nous avons maintenu l'inauguration de manière officieuse mais néanmoins festive. Nous en avons profité pour lire une nouvelle lettre ouverte à l'attention du DG ARS ainsi qu'à la population. Cette dernière sera envoyée début novembre Cf. Annexe 19 ntervention au colloque « après l’antipsychiatrie » organisée le 18 octobre par l’école d’architecture de Saint-Étienne. Psy'convergence : Manifestation du 9 octobre. Un cortège « Hôpital en Sous France » décidé avec d'autres collectifs santé a défilé à Saint-Étienne, Amiens , Rouen, le Havre, Paris, Allonnes, Niort et Caen.

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HISTORIQUE

HISTORIQUE

ovembre 2018 : La mobilisation continue ffets d'annonce ou comment faire croire que tout est réglé Bizarre cet article dans le journal local qui annonce l'arrivée effective et/ou à venir d'un total de 23 psychiatres sur notre établissement (Cf . Annexe 20). Encore plus surprenant quand on sait que la cheffe de pole, qui est citée, dit avoir uniquement donnée des informations sur les nouveau b timents de psy ! Notre direction se désolidarise de cet article avec un « ce n'est pas nous » à peine ayons nous abordé le sujet. D’o viennent donc ces « Fake news » Là n'est plus la question, le mal étant déjà fait quand l'article mensonger fait page alors que la « rectification » dans l'édition suivante se résume à un encart de 3 lignes noyé dans la masse...

L

D'autres actions sont en préparation ous ne laisserons pas tomber les usagers leurs familles et nos collègues os revendications sont justes et légitimes

suivre

noter qu'au fil de l'eau et la demande des personnes présentes au de La Psy ause nous avons tissés des liens avec les collègues d'autres collectifs de santé psychiatrique mais pas que au niveau national ela nous a permis de nous conforter dans nos revendications :

Des moyens Humains pour une psychiatrie Humanistes

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INTERVENTIONS/INTERVENTIONS

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COORDINATION REGIONAL PSY CGT C.R. CHU ST ETIENNE Février 2014 Ici comme ailleurs tout les prétextes sont bon pour réorganiser, fusionner et par conséquent, fermer des structures et supprimer des postes alors que le personnel manque déjà. Les agents sont malmenés par des dossiers passés en force par une direction qui n'a que peu de considération pour la parole du personnel et qui fait fait mine de ne pas voire que les soins vont en pâtir.

Fonctionnement :

Compte rendu du CHSCT du 0 0 2017 et du CTE du 1 0 concernant le projet de réorganisation de la psychiatrie du secteur Saint-Etienne

Pénurie de psychiatre/Le CHU n'est plus attractif!

HISTORIQUE

Suite à une réunion entre le personnel médical et non médical du pole de psy il s'est avéré que , en plus de la baisse de la démographie de psychiatre en France, la politique de notre établissement ne donne aucune envie au médecin de rester sur le CHU : -Plusieurs postes PH vacants alors que les jeunes psychiatres doivent attendre plusieurs années pour se voire titularisés -Départs et mutations de psychiatres -Démission du pédopsychiatre de son siège au pole de psychiatrie Pas de bras, pas de chocolat

nne es Annexe 0 : Février 201 déjà des problèmes (pénurie médicale, urgences psy, restructuration) Annexe 1 : Compte rendu CHSCT mars 2017 CGT-FO Annexe 1bis : Expression équipe mobile au CHSCT mars 2017 Annexe 2 : Lettre Ouverte aux différentes instances dirigeantes et à la population Annexe 3 : Pétition « Non à la contention abusive de la paroles !!! » Annexe 3 bis : Pétition des cadres Annexe : Texte/Tract lu lors du « Die- n » le 17 mai place d’hôtel de ville à St-Étienne Annexe : Compte rendu AG 31-0 -2018 Annexe 6 : Appel Hommage aux grévistes de la faim du Rouvray Annexe 7 : Texte Hommage aux grévistes de la faim du Rouvray Annexe 8 : Marche funèbre tract appel Annexe 9 : Marche funèbre photo et prise de parole Annexe 10: Secteur St Étienne à la direction Annexe 10 bis : Réponse de la direction au Secteur St Étienne Annexe 11 : Équipe Mobile Psy'chez à la direction Annexe 11 bis : Réponse de la direction à l'équipe Mobile Psy'chez Annexe 12 : Réponse de La Psy Cause à la direction Annexe 13 : Secteur Ondaine à la direction Annexe 1 : Reportage France 3 sur la mobilisation à la Foire de Saint-Étienne Annexe 1 : Lettre du DG ARS aux syndicats Annexe 16 : Courrier des internes (AS PSY) Annexe 17 : Courrier Unafam à la CDU situation alarmante CHU Saint-Étienne Annexe 17 bis : courrier Unafam à l'ARS situation alarmante CHU Saint-Étienne Annexe 18 : Appel AG La Psy Cause Annexe 18 bis : Compte rendu AG 0 -10-2018 Annexe 19 : Lettre ouverte « ous défendez l'indéfendable et vous le savez bien » Annexe 20 : Article La tribune le Progrès Novembre 2018 Annexe 21 : Revendications/préavis de grève

Les Urgences font salle comble Fermetures de structures externes, délaissement des soins externes assurés par le pavillon 52 (avec une baisse de 25% de l'effectif infirmier!!!)... Comme l'avait dénoncé la CGT, tout ceci se répercute sur le suivi des patients à domicile. Du coup, ces malades se retrouvent aux urgences qui se trouvent en difficulté. Pour désengorger les urgences somatiques l'idée serait d'ouvrir une salle au urgence psy qui accueillerais jusqu'à 5 patients sur des brancards de 45 cm. Quel confort ! Le problème sera t il résolu ??? NON Que fera t on quand la « salle des brancards » sera pleine ???

Alors oui il est difficile de soigner en psychiatrie sans le personnel adéquat et en nombre suffisant! Plutôt que de mettre en place une politique de recrutement à la hauteur de notre activité et conséquente au soins nécessaire la direction préfère fermer ou bien « cacher ». Ceci est intolérable pour les patients et irrespectueux pour les soignants qui sont de plus en plus mal au travail. Nous réclamons immédiatement les moyens d’exercer nos professions dans des conditions NORMALES !

- Suivi du projet Bilans faits à 3, 6 et 12 mois dans le cadre du CHSCT B. Fiches synthèses communiquées par l'équipe projet selon différents indicateurs (fiches d'alerte, événements indésirables, charte, protocoles )

Conséquences collatérales : - Augmentation des files actives des psychiatres du CMP pour tous les nouveaux patients suivis par l'équipe mobile.

Moyens humains :

Dernièrement le secteur du Gier en a fait les frais suite au départ d'un psychiatre à mi-temps : -Fermeture de 2 CMP -Fermeture de 2 CATTP -Perte de 10 place d’hôpital de jour Les patients du Pélussinois devront faire près d'une heure de route pour voire un psychiatre sur St Chamond. La direction envisage même de les envoyer sur Vienne (secteur de l'isère) ! Merci la continuité des soins... Malgré leur mobilisation, que nous tenons à saluer, les malades et les agents n'ont pas été entendus.

- quipe pas totalement pourvue à ce jour -P RI médicale, 1 ,5 TP infirmiers devront fonctionner avec ,6 de temps médical. (alors que l'exemple ausannois compte etp de psychiatre) - Il n'existe actuellement pas de charte de fonctionnement médical paramédical ui interviendra en situation de crise ui validera les ré-intégrations ui formera les internes - Chaque patient aura un psychiatre référent de secteur. n sait que les psychiatres du CMP ont déjà des délais d'attente et deux médecins vont quitter le service sous peu. n peut noter que l'APP et les formations spécifiques à ce nouveau fonctionnement ont été validées en bureau de p le.

- Diminution de la sécurité pour les agents de nuit du pavillon 52 qui seront 2 en moins. - Réorganisation des différents services du secteur Saint-Étienne afin de pouvoir travailler en collaboration avec l'équipe mobile.

Les effets « bénéfiques » de cette restructuration restent bien hypothétiques... En attendant, il s'agit de : -moins de lits pour les patients, -de files actives à rallonge pour les psychiatres restants, -ainsi que plus d'insécurité pour les paramédicaux.

Avis du CHSCT B : contre Avis du CTE : contre Mise en place progressive du projet à partir du début du mois d'avril pour une application au 2 juin 2017

Moyens matériels : - Travaux et inventaire du matériel disponible sont en cours. - éhicules 6 voitures (dont 2 en location livrées le 2 mai) et 1 minibus mutualisés pour toutes les unités du 52. (au départ il n'y avait que véhicules de prévus )

C SC

A S

De nombreuses réserves - nadéquation entre les objectifs et les moyens - ps médical Activité actuelle des médecins du . ls vont avoir en plus à gérer service consultations les patients de l’équipe mobile (et probablement plus dans l’avenir)

Historique https://fr-fr.facebook.com/lapsycause/ LA PSY CAUSE / Novembre 2018 https://twitter.com/cause_psy/ avec le soutien des syndicats CGT et FO du CHU de Saint-Étienne la.psy.cause@gmx.fr

Au delà du projet médical, il s'agit surtout de répondre à une demande de l'ARS qui vise à R -développer les soins ambulatoires mais sans apport de moyens supplémentaires. Cela implique donc la fermeture d'une unité d'hospitalisation ( pour rappel, perte de 3 lits sur le p le psy entre juin 2 15 et juin 2 1 )

- Planning Il s'agit d'une seule équipe mobile divisée en 3 sous équipes. Horaires modulables et capacité d'auto-remplacement entre sous équipes.

- Dans les présentations que nous avons pu avoir concernant d’autres équipes de ce type en France pour gérer les situations de crise l’interne pouvait faire la AD avec l’ D . ais qui va former l’interne à ça si les seniors ne peuvent pas se déplacer à domicile - ui va poser les indications éévaluer en cours de pec Comment gérer les situations de crise le ee end, alors qu’il n’y aura pas de psychiatre , ni d’interne. ui va suivre les patients gérés suite à une crise mais qui n’ont pas de psychiatre (délai d’attente plusieurs mois au C )

La securité des IDE ne doit pas seulement concerner le physique mais il s’agit aussi de les protéger vis-à-vis de leur responsabilité.

FO-CGT Mars 2017

Le 18 juillet 2018, A Saint Etienne

Madame, monsieur,

Sur le Gier possibilité d’hospitaliser directement sur le secteur. Autres exemples en France où ils ont gardé des lits de crise, ou fait une fermeture progressive

Nous avons appris récemment que plusieurs candidatures pour des postes de psychiatre sur le secteur Saint Etienne n’ont pas été acceptées, faute de postes à pourvoir. Les internes sortants souhaitant rester n’ont plus de possibilité d’accéder à un poste de praticien hospitalier sur le secteur Saint Etienne.

-C’est une bonne chose qu’il n’y ait pas eu de perte de moyens mais notons que le Gier a crée son équipe mobile sans fermeture de lits, à partir d’une structure qui était déjà extra hospitaliere.

Aujourd’hui, il n’y a plus de poste à pourvoir sur ce secteur pour les postulants.

Or, comme nous l’avons expliqué à plusieurs reprises, la situation est extrêmement difficile. A la suite de leur visite du 8 au 15 janvier 2018, le rapport du CGLPL indiquait que l’effectif médical cible sur le secteur Saint Etienne était de 13 ETP pour 9.05 présents.

ue sont de enus les postes de praticiens que le secteur Saint tienne p. du rapport

demandait de recruter rapidement sur le

Lors des dernières réunions, il a été reproché aux secteurs de psychiatrie leur manque d’attractivité et de cohérence. Nous devions « endurer » nos difficultés puisque personne ne voulait venir. Aujourd’hui, des praticiens souhaitent postuler et les postes vacants ont disparus.

-Difficulté pour l’équipe de monter ce projet qui implique une toute nouvelle façon de travailler (prise en compte de l’écosysteme) sans avoir eu de formation, juste des documents à lire

Nous vous rappelons que sur Saint Etienne, 400 patients sont en attente de RDV avec un psychiatre. Chiffre qui ne va cesser d’augmenter puisque le CMP ne peut plus suivre de nouveaux patients. Le travail important entrepris par les infirmières du CMP autour des entretiens de première intention a dû s’arrêter, faute de possibilité de relais médical, de même le travail en réseau avec les médecins généralistes est mis en péril. Toutes ces personnes sans suivi voient leur situation s’aggraver jusqu’à arriver massivement aux urgences. En hospitalisation complète, le manque de psychiatres est tout aussi catastrophique. Ce manque impacte également le fonctionnement de toutes les structures ambulatoires. Tous les soignants ont dû innover et se réinventer pour tenter de tenir, certains ont accepté les réorganisations dans l’espoir que ces nouveaux projets permettraient l’arrivée de nouveaux psychiatres. Comme vous le savez, le rapport du CGLPL et son traitement médiatique ont été extrêmement traumatisant pour la majorité des soignants de psychiatrie. Par la suite, le secteur Saint Etienne et ses usagers ont été particulièrement stigmatisés.

-Si difficulté avec le patient urgences ais urgences embolisées. Si refus du patient quels moyens

Il a été renvoyé une image de soignants passifs, incapables de défendre les intérêts des usagers. Sachez donc, que nous serons vigilants aux décisions et aux orientations prises par la direction, jusqu’aux conditions d’embauche des praticiens. Ce rapport nous a appris que tout cela nous concerne, puisque ça impacte directement les usagers de psychiatrie, souvent trop vulnérables pour défendre leurs droits. À la suite des conclusions du CGLPL, une des premières promesses de la direction concernait une attitude proactive pour l’embauche des psychiatres. La Psy Cause / Juillet 2018

Madame Monsieur, le cadre de santé, Nous avons conscience des difficultés économiques actuelles, mais vu vu les enjeux pour la dignité des usagers et la pérennité de l’offre l’offre de soin en psychiatrie, psychiatrie, nous sommes prêts à agir. Nous prendrons nos responsabilités.

e

ao t 2

crise au domicile. Il a pu nous accompagner dans la construction du projet tout en préparant l’élargissement de nos missions à travers des rencontres avec entre autre l’unafam et les

Madame la directrice des soins infirmiers,

services de secours d’urgence (police, pompiers). Madame la directrice du pôle psychiatrie, .

Soyez sûr que nous nous engagerons dans des actions concrètes pour que les promesses soient tenues.

Madame la cheffe du pôle psychiatrie,

La première concerne un effectif cible de 13 ETP pour le secteur Saint Etienne à pourvoir rapidement.

Mr le chef de secteur aint Etienne,

Soyez convaincus de la cohésion entre les secteurs, nous ne pouvons accepter que les autres secteurs soient pénalisés pour que nous gardions notre effectif cible.

semble pas d’actualité.

Monsieur le directeur général,

A ce jour, vus les délais d’intervention courts, l’équipe infirmière est amenée à prendre des

Malheureusement, la perspective de voir un nouveau médecin PH arriver sur notre service ne

Nous vous prions d’agréer, madame, monsieur, nos salutations les plus respectueuses.

décisions, sur certaines situations, plus particulièrement sur les interventions de crise, qui s’avèrent difficiles à gérer et dont la présence médicale est indispensable. bjet inquiétude sur le bon fonctionnement et l’avenir de l’équipe mobile « Psy’chez »

Secteur Saint Etienne

Nous nous questionnons sur l’aspect légal de certaines de nos interventions et jusqu’où notre responsabilité pourra être engagée en cas de problème (violence, suicide pour des personnes Nous nous permettons de rédiger ce courrier afin de vous alerter sur la situation de l’équipe mobile « Psy’chez » du secteur aint Etienne mise en place depuis juin 2

.

En effet, l’équipe fonctionne sans la présence d’un médecin PH depuis fin juin 2

. Nous

profitons, pour l’instant, de la présence d’une interne

demi journées par semaine. Nous

attendions l’arrivée du r Pulcini, mais nous venons d’apprendre qu’il n’aura pas l’opportunité de prendre ses fonctions en tant que PH sur notre équipe comme prévu ce

non hospitalisées). Malgré tous les efforts fournis pour apporter des soins de qualité, l’équipe reste très inquiète du devenir de « psy chez » sans la présence d’un PH. Au regard du fort investissement du pôle et de la direction dans la création de ce projet, nous comprenons difficilement ces choix qui pourraient empêcher le fonctionnement de cette structure.

aout, pour des raisons administratives d’harmonisation des contrats de travail. Nous vous prions d’agréer, madame, monsieur, l’expression de nos salutations respectueuses. r, lors du CH C du

mars 2

, invités à transmettre nos observations concernant la

création des équipes mobiles, nous avions témoigné de nos inquiétudes notamment sur nos conditions de travail (cf écrit ci joint) Nous avions surtout souligné les risques liés aux

Equipe mobile Psy Chez

glissements de t ches et l’engagement de notre responsabilité lors des situations de crise au domicile, sans encadrement médical. Nous nous interrogions également sur la capacité des psychiatres et internes à nous soutenir sans formation à l’accompagnement de la crise au domicile. Nos remarques avaient été considérées comme très pertinentes par Mr Chapuis et Me Borgne, alors directrice des soins. En présence des membres du CH C et des syndicats, ils s’étaient donc engagés à nous protéger face à ce risque important. Nous pensions avoir été entendus et que l’engagement avait été respecté. En effet la prise de poste du r Pulcini avait été anticipée dans ce sens, en organisant son passage comme interne dans l’équipe durant mois ainsi que sa participation aux formations à la prise en charge de la La Psy Cause / Juillet 2018

Ce type de comportement, que vous avez eu à plusieurs reprises et nos manques de moyens auquel vous restez sourds, remettent en question la confiance que nous pouvons avoir en notre administration. Ce qui dissuade les quelques internes qui souhaitaient rester sur notre site à nous rejoindre, et pousse aujourd’hui de nombreux psychiatres à démissionner.

A l’attention de Monsieur GALY Directeur Général Pavillon 31 HOPITAL BELLEVUE

Comme vous le dites si bien : « les internes constituent une perspective qualitative de recrutement à terme puisque formés par les seniors du pôle ». Vu la situation, il conviendrait donc de prendre les mesures qui nous permettraient de recruter les internes qui souhaitent rester au CHU de Saint Etienne et ainsi améliorer la prise en charge des patients. Car nous savons que malheureusement, vu le manque de psychiatres au niveau national, il est bien plus pertinent de favoriser le recrutement des internes formés dans notre CHU. bjet : Réponse au courrier du Saint Etienne, le adame,

aout

Nous avons bien re u votre réponse à la pétition et au courrier des et juillet . Nous tenons à vous rappeler que les revendications concernant le manque de psychiatres sont celles des soignants de tout un secteur et non d’un seul homme. Les difficultés liées au manque de psychiatres impactent avant tout les patients, qui sont accompagnés dans leurs difficultés par de nombreux agents infirmiers, assistants sociaux, ASH, secrétaires, psychiatres, psychologues . ous ces agents constatent les effets désastreux du manque de psychiatres sur cet accompagnement. e plus, vous n’ignorez pas que les difficultés du secteur Saint Etienne liées au manque de psychiatres impactent les autres secteurs. Pour preuve, la pétition du juillet a réuni plus de signatures provenant de divers secteurs et services transversaux et ce en quelques jours, malgré la période estivale. Cette pétition vous rappelle si vous en doutiez la cohésion et la capacité de mobilisation dont les agents de psychiatrie peuvent faire preuve. Vous justifiez la diminution de l’effectif cible de psychiatres de à par une erreur de calcul du CGLPL. Nous vous rappelons que le CGLPL est une autorité administrative indépendante et rigoureuse, dont le rapport peut difficilement être remis en cause. En ayant une lecture attentive du rapport, vous constaterez qu’il est spécifié « Les effectifs médicaux théoriques sont de E P dans le secteur de Saint Etienne pour . réellement dans le secteur » l est ensuite effectivement noté qu’il y a , postes de psychiatres à pourvoir. Nous nous permettons de vous rappeler que lors de leur passage le CGLPL a pris en compte que psychiatres étaient en arrêt de travail, et donc non comptés dans l’effectif « réellement dans le secteur ». Peut être n’aviez vous pas connaissance de ces informations. l ne s’agit donc nullement d’une erreur de calcul du CGLPL. L’effectif médical cible du secteur Saint Etienne était bien de E P lors de la rédaction du rapport. Le reste de votre courrier réponse est basé sur les mêmes « approximations ». Nous ne prendrons pas la peine de relever votre remarque concernant les « projets de prise en charge innovants et en cohérence avec les priorités nationales et régionales de santé publique ». Nous reviendrons seulement sur la situation du r Pulcini qui a été formé par les seniors du pôle et qui était très motivé pour intégrer le secteur Saint Etienne. l ne l’a pas rejoint le aout comme prévu, dans la mesure o vous avez changé la nature de son contrat jours avant sa prise de fonction, malgré les engagements que vous aviez pris, laissant un service et des dizaines de patients sans suivi médical.

66 INTERVENTIONS/INTERVENTIONS

A Firminy, le 8 Juin 2018

de la direction de l’établissement

aout

onsieur,

Nous nous interrogeons face à une gestion qui refuse de recruter les internes sur des postes de psychiatres par économie, pour ensuite faire appel à des « chasseurs de tête » et recruter des psychiatres intérimaires dont le coût est bien plus élevé. Les soignants qui restent, et les usagers de psychiatrie, doivent endurer les terribles conséquences de vos choix. Constatant la légèreté avec laquelle vous répondez à notre désarroi, nous transmettons nos courriers et votre réponse au CGLPL, à l’ARS et au ministère de la santé.

La Psy cause

Monsieur le Directeur, Par ce courrier nous attirons votre attention sur les conditions d’accès aux soins de la population du territoire de l’Ondaine (Saint Genest Lerpt, Roche la Molière, Saint Bonnet le Château, Marlhes, Saint Genest Malifaux, Planfoy, la Ricamarie, Firminy, le Chambon Feugerolles, Fraisses, Unieux…..) qui ne cessent de se dégrader. Nous assistons à une dégradation de la pénurie médicale amplifiée par la politique institutionnelle et nationale actuelle. Sur le secteur de l’Ondaine, nous constatons depuis plusieurs années des démissions et des départs en retraite de psychiatres qui n’ont pas été remplacés. Les conditions d’embauche annoncées par la direction (titularisation au bout de 1 an, compensation financière pour tous) ayant permis le recrutement récent (novembre 2017) de 2 nouveaux psychiatres n’ont pas été tenues et amènent l’un d’entre eux à renoncer prématurément à son contrat et à quitter l’institution publique. Le deuxième est en réflexion et donnera sa réponse à la fin du mois. Cette situation est généralisée à l’ensemble de la psychiatrie, ce qui entrave les conditions de travail des soignants et met en péril l’alternative à l’hospitalisation, augmentant le risque d’embolisation des urgences et des services. La perspective d’une éventuelle fermeture met en danger la prise en charge des patients fragiles et dépendants et l’accès aux soins pour tous.

L’équipe du CMP et HDJ de l’Ondaine

Hôpital Bellevue Pavillon 52


La situation vécue aujourd'hui est de nature à amplifier le problème car Saint-Etienne sera de moins en moins attractif pour les internes qui souhaiteraient rester au CHU.

Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques

CHU DE SAINT-ETIENNE Direction des usagers et Monsieur Galy Directeur Général 42055 Saint-Etienne cedex 2

Recommandé AR

Objet : Situation alarmante CMP et Pôle psychiatrie CHU Saint-Etienne

L'Unafam de la Loire souhaite que cette question soit évoquée en CDU. Elle souhaite également échanger avec ses membres à la prochaine commission, afin d'évoquer ensemble la situation alarmante que rencontre la psychiatrie à Saint-Etienne.

Messieurs, La délégation de l'Unafam Loire tient à faire part de sa vive inquiétude et de ses interrogations sur le fonctionnement de la psychiatrie au CHU de st Etienne.

Si les personnes en souffrance ne peuvent plus être accueillies et soignées, il et à craindre que la santé des malades ne se dégrade. Devrons-nous attendre que des faits très graves se produisent pour qu'une prise en charge des personnes souffrant de troubles psychiques soit assurée ?

Association reconnue d’utilité publique

Recommandé AR

Ce courrier a également été adressé à l'ARS, délégation départementale de la Loire.

Saint-Etienne, le 21 septembre 2018

Nous vous prions de recevoir, Messieurs, l'expression de nos cordiales salutations.

Objet : Situation alarmante CMP et Pôle psychiatrie CHU Saint-Etienne

Annie Corbel, Jacques Faverjon et Bernadette Royet co-présidents de l'Unafam Loire Christian Fuvel, bénévole Unafam et président de la CDSP Jean-Claude Mazzini, bénévole et ex-président de l'Unafam Loire Roger Peyret, bénévole et titulaire au conseil Territorial de Santé

Monsieur,

ARS Délégation départementale Loire Monsieur Legendart Directeur 4 rue des Trois-Meules – BP 219 42013 Saint-Etienne Cedex

Un délai trop long, voire impossible, d'accès au CMP centre-ville de Saint-Etienne pour les personnes malades et/ou en crise qui ont besoin de soins rapides et d'un suivi médical. Depuis le mois de juin le CMP ne prend plus de nouveaux rendez-vous et inscrit les personnes sur des listes d'attente sans pouvoir donner aucun délai de prise en charge. En effet, les entretiens de première intention assurés jusqu'à présent par le personnel infirmier ne peuvent plus avoir lieu étant donné le manque de médecins pour prendre le relais. Le CMP centre-ville a une liste d'attente de 300 personnes et avec le départ de trois psychiatres d'ici à la fin de l'année, celle-ci sera de près de 400 personnes si aucun médecin n'arrive d'ici là.

Les difficultés pour les patients en cours de suivi. Nombreux sont ceux qui sont reçus par des internes ou qui ont des changements fréquents de médecins ou d'internes. Ces situations sont très mal vécues par les usagers très déstabilisés et par les familles qui les accompagnent. Cela est très préjudiciable au bon rétablissement des personnes malades.

Les difficultés pour les patients en cours de suivi. Nombreux sont ceux qui sont reçus par des internes ou qui ont des changements fréquents de médecins ou d'internes. Ces situations sont très mal vécues par les usagers très déstabilisés et par les familles qui les accompagnent. Cela est très préjudiciable au bon rétablissement des personnes malades.

Une souffrance importante et anormale chez les équipes soignantes qui viennent de se mettre en grève illimitée pour "une psychiatrie humaniste et non pas économique".

Une souffrance importante et anormale chez les équipes soignantes qui viennent de se mettre en grève illimitée pour "une psychiatrie humaniste et non pas économique".

L'Unafam de la Loire se demande donc si l'effectif des psychiatres sur le centre-ville est réellement suffisant ?

2/2

Une ville comme Saint-Etienne ne peut pas se satisfaire de ces moyens en constante régression. Vers qui vont se tourner toutes les personnes qui ont un besoin urgent de soins et qui ne pourront être pris en charge ? Vers les urgences du CHU, qui sont déjà saturées ? (voir le rapport de la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté). Vers la psychiatrie libérale où les cabinets refusent déjà des patients ?

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42@unafam.org – unafam42.free.fr

T R N

42@unafam.org – unafam42.free.fr

.Invitation à une table ronde jeudi 18 octobre de 14h à 17h à la cinémathèque de St Étienne pour évoquer le thème « après l’antipsychiatrie » organisée par l’école d’architecture dans le cadre du projet : après la révolution.

1 agent du C de Saint tienne qui nous signale qu’après études statistiques des chiffres, une ermeture pourrait tre envisagée

En plus de la lettre ouverte à l’ARS faite par le collectif en mars, le courrier du secteur Saint Étienne cet été, les internes de psy, les praticiens hospitaliers du p le psychiatre ainsi que l’ NA A ont également rédigé un courrier alertant sur la situation catastrophi ue de la psychiatrie

Pour s'organiser et décider de l'orientation que nous allons prendre pour défendre notre métier et nos patients nous vous donnons rendez-vous le

Action de la sy Cause le 21 septembre à la oire :

A.G. JEUDI 04 OCTOBRE A 15H

Rédaction d'un tract en cours pour sensibiliser la population sur les conditions d'accueil des patients, de travail pour les soignants. Pour se faire nous avons besoin de vos retours d'expérience (une situation résumée en une ou deux phrases). Envoyez à la.psy.cause@gmx.fr

Reconduction du mouvement de grève sur le CHUSE votée à l’unanimité sur l’ensemble des revendications et surtout sur les moyens !!!!

HOPITAL NORD La grogne monte dans différents hôpitaux aux 4 coins de la France! On ne compte plus les établissements qui rentrent en lutte les uns après les autres en 2018. De plus en plus d'irréductibles soignant.e.s tentent d'obtenir des soins plus humains.

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de grévistes sur la psychiatrie

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de grévistes sur le personnel soignant

Échanges via réseaux sociaux massifs pour faire converger nos actions, carte des luttes qui fleurissent chaque jour.

Soutien de membres de la Psy Cause à l’action des collègues du collectif Inter Hosto de Lyon le 2 /0 place de la République

Préavis de grève illimité déposé, vous pouvez donc faire 1h, 2h...

.Articles dans la presse ( France bleue, le quotidien du médecin, le canard encha né )

ujourd’hui vous deviez vous rendre sur le CH de Saint- tienne et nous voulions profiter de votre présence afin de discuter des missions de service public que nous ne pouvons plus assurer. Mais encore une fois

Organiser un temps de self gratuit ?

Intervention à la fête du livre ( à voir en fin d’action du 12/10)

Vous défendez l’indéfendable et vous le savez bien ! Quand on sait que je serai la seule infirmi re pour patients dans ce nouveau b timent que vous alliez inaugurer.

Merci à la PPU pour la carte

Participation au café citoyen le 1er octobre pour expliquer nos actions et nos revendications

https://fr-fr.facebook.com/lapsycause/ https://twitter.com/cause_psy/ LA PSY CAUSE / Septembre 2018 la.psy.cause@gmx.fr avec le soutien des syndicats CGT et FO du CHU de Saint-Étienne

ous dénon ons ces pratiques au sein des ser ices et des instances depuis des années sans réponse e icace de l ad inistration hospitali re.

Personnel Du Pole de Psychiatrie de Saint Etienne sychologue d inistrati s

ars

.

inistre santé aire de aint tienne éputé irection et ureau pole psychiatrie che s de ser ices de psy et pedopsy autres poles ore et oanne syndicats a ri une représentants des usagers ser ices.

Lors des jours couverts par la grève il n’y a aucune obligation de se déclarer gréviste à l’avance, c’est l’administration qui doit s’assurer que la continuité des soins se fera en organisant des assignations qui doivent être signées au préalable par les personnels !!!!!

Dans l'attente d'un rendez-vous, nous vous prions de recevoir, Monsieur le directeur général, nos salutations Humanistes.

La Psy Cause

Rappel concernant le droit de grève !

Pourtant cette défense des politiques économiques conduit chaque jour des personnes à vivre dans la peur, la douleur, l’insécurité. Nous parlons bien des usagers mais aussi des soignant.e.s.

Monsieur,

Soyons nombreux !

de grévistes sur le CHU

Actions et liens avec les autres collecti s et l’extérieur:

Texte lu lors de l'inauguration « officieuse » du nouveau bâtiment pour personnes âgées dépendantes de Bellevue – CHU de Saint-Étienne le 12 Oct. 2018

Idées d’actions à approfondir pour le futur : refus d’encadrer les étudiants dans les conditions actuelles et voir si on peut s’associer aux revendications des formateurs d’IFSI qui n'ont plus d'intervenant en psychiatrie pour dispenser les cours...

Appel et consignes seront donnés dans les jours qui viennent.

Vous défendez l’indéfendable et vous le savez bien ! Parce que vous me demandez sans cesse de faire plus avec moins. Vous défendez l’indéfendable et vous le savez bien ! Sinon vous seriez capable de venir en discuter avec nous...

Objet Lettre ouverte à l’attention Monsieur le Directeur énéral de l’ gence égionale de Santé uvergne- h ne- lpes , ainsi qu'à la population. Le but étant d'obtenir des moyens Humains pour des soins Humains.

Rassemblement à 14h30 devant le nouveau bâtiment.

Beaucoup d’échanges, d’idées qui seront utiles pour nos prochaines actions !!

https://fr-fr.facebook.com/lapsycause/ https://twitter.com/cause_psy/ LA PSY CAUSE / Septembre 2018 la.psy.cause@gmx.fr avec le soutien des syndicats CGT et FO du CHU de Saint-Étienne

ACTION prévue le 12/10 lors de l’inauguration du nouveau bâtiment de l’USLD à Bellevue en présence du DG, du directeur de l’ARS et du maire. !!!

octobre

Vous défendez l’indéfendable et vous le savez bien ! Pour preuve, votre silence depuis mois alors que nous vous avons écrit à plusieurs reprises afin de discuter des probl mes rencontrés par la psychiatrie. Pour preuve encore, l’annulation de votre venue ce jour. Votre absence nous incite à penser que vous n’ tes donc pas à l’aise avec les politiques économiques que vous nous imposez.

Grosse mobilisation de l’ensemble du personnel, bilan positif, portée médiatique de nos revendications.

SALLE DE REUNION DES LOCAUX SYNDICAUX

ait à Saint- tienne le

Grève inter pro et nationale le 9/10 rdv 10h30 à la Bourse du travail, un cortège de La Psy Cause est prévu. Amenez vos banderoles sifflet, etc...(CGT invite à une AG à 14h30 pour tous les agents du CHU dans les locaux syndicaux de Nord)

42@unafam.org – unafam42.free.fr

Vous défendez l’indéfendable et vous le savez bien ! Quand le lendemain de mon opération on me propose de faire ma « toilette » devant un simple lavabo.

Actions à venir : •

UNAFAM – Délégation de la Loire

39 Rue M ichelet – 4 2000 SAINT ET IENNE – T él : 04 77 32 77 05

Vous défendez l’indéfendable et vous le savez bien ! Parce que je ne rentre pas dans la case d’un tableur Excel.

Collectif soignant La Psy cause

AG

04/10/1

Néanmoins les lignes n'ont pas bougé pour autant ! Le plan santé traite de la psychiatrie que sur une demie page et c'est une coquille vide... Notre direction se satisfait de nos moyens humains... Pire, la revalorisation du budget de la santé sera portée à 2,5% quand on sait qu'elle devrait être au minimum de 4% pour maintenir les moyens actuels. Traduction : il va falloir faire 1 milliard d'économies supplémentaires !!

Vous défendez l’indéfendable et vous le savez bien ! Quand la souffrance psychique ne peut plus tre accueillie faute de moyens humains. Que ma famille et moi-m me allons nous retrouver encore plus isolés. Vous défendez l’indéfendable et vous le savez bien ! Parce que je vais rester attaché à mon fauteuil une bonne partie de la journée faute de moyens Humains.

https://fr-fr.facebook.com/lapsycause/ https://twitter.com/cause_psy/ LA PSY CAUSE / Octobre 2018 la.psy.cause@gmx.fr avec le soutien des syndicats CGT et FO du CHU de Saint-Étienne

https://fr-fr.facebook.com/lapsycause/ https://twitter.com/cause_psy/ LA PSY CAUSE / Octobre 2018 la.psy.cause@gmx.fr avec le soutien des syndicats CGT et FO du CHU de Saint-Étienne

Nous nous mobilisons aujourd’hui pour sauver notre système de santé, nous ne nous résignons pas aux économies et à l’austérité. Nous ne pouvons pas accepter de faire payer à nos patients les politiques de santé qui mènent à la déshumanisation de l’hôpital.

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https://fr-fr.facebook.com/lapsycause/ https://twitter.com/cause_psy/ LA PSY CAUSE / Septembre 2018 la.psy.cause@gmx.fr avec le soutien des syndicats CGT et FO du CHU de Saint-Étienne

patients plusieurs années dans des unités de soins qui ne sont plus adaptés à ce type de prise en charge.

ous so es tr s préoccupés inquiets ré oltés par la pratique généralisée de la contention et de l isole ent celle ci étant égale ent liée à une dégradation des oyens hu ains en psychiatrie. ous récla ons du personnel or é à cette pratique de soin de ani re ci lée adaptée à la situation et en con or ité a ec la loi. epuis de no reuses années algré nos alertes le no re de personnel di inue. a qualité de la or ation initiale in ir i re la précarisation des personnels le turn o er des agents la déserti ication des postes de sychiatre alt re la qualité de la prise en charge des patients. u ain n est plus au centre du soin. ctuelle ent la seule réponse de la part de la direction est une réponse architecturale sans dotation de personnel supplé entaire. i cela a outi nous n aurons plus d espace pour proposer des édiations thérapeutiques et des solutions alternati es à l isole ent. ous oulons tre acteur à l éla oration d un pro et cohérent de la psychiatrie stéphanoise.

et ettre ou erte a ec rappel des alertes réalisées par les pro essionnels du p le de psychiatrie du de t tienne .

Droit de réponse ar ce courrier nous oulons aire entendre notre parole soignante et re ettre la qualité des soins au centre de la discussion.

e ant la gra ité de la situation l ense psychiatrie e igent

es soignants du p le de psychiatrie sont satis aits du passage des contr leurs et sont en accord a ec le rapport de ceu ci. a psychiatrie est une spécialité qui nécessite des oyens hu ains qui sont des re parts à la pratique de l isole ent et de la contention. l e iste un lien entre les conditions d accueil indignes et la ise en place protocolisée des contentions et de l isole ent au urgences. ous trou ons pertinents l idée de la ise en place de or ations sur les pratiques alternati es à la contention et l isole ent. les or ations é oqués par la direction n ont pas été ises en place à ce our lors de la rédaction de ce courier

le des personnels du p le de

es oyens hu ains et inanciers supplé entaires a in d assurer des soins en accord a ec nos aleurs hu anistes aupr s des patients et dans la dignité.

a réou erture du ser ice er é en uin et de sa dotation en personnel édicale et para édicale correspondante plut t qu un ricolage dans les unités e istantes.

a stagiairisation i édiate des agents contractuels a in de conser er leur sa oir aire acquis au sein des ser ices.

e réta lisse ent du udget de or ation qui di inue depuis plusieurs années a in d aug enter notre e pertise soignante.

ou erture de places en structure d accueil lieu de ie pour patients atteints de trou les psychiatriques. l nous parait délét re de garder des

n dépit d une de ande i périeuse de la direction du respect du droit de réser e l ense le du personnel de psychiatrie s autorise un droit de réponse.

Collectif La Psy cause Si nous, personnel de psychiatrie, sommes présents aujourd’hui dans la rue et en grève, c’est pour dénoncer ce qui tue le soin, ce qui tue la relation, ce qui tue notre métier, ce qui tue l’hôpital : ce qui nous tue tous, soignants, usagers & proches :

Non à la contention abusive de la parole !!! N

Attendre des heures aux urgences, A TU L’austérité, A TU Les fermetures de lits, de services, d’hôpitaux, A TU La restriction des espaces de pensée, A TU Passer des jours sur un brancard, A TU La pression au travail, A TU La tarification à l’activité, A TU L’insécurité au travail et dans les soins, A TU Le lean-management, A TU tre en sous-effectif, A TU La contention de gens sur un brancard, A TU Les économies du gouvernement sur le dos de la santé, A TU L’hospitalisation dans un bureau au lieu d’une chambre, A TU Rester dans son urine pendant des heures, A TU Le manque de temps auprès des patients, A TU Avoir honte de son métier, A TU Les conditions d’accueil déplorables, A TU Ne pas pouvoir répondre à vos besoins, A TU Ne plus pouvoir travailler avec humanité, A TU La maltraitance institutionnelle, A TU Ne pas pouvoir soigner dans la dignité, A TU Le mépris, le manque de reconnaissance des professionnels de santé, A TU La précarité des soins, A TU Les chambres doubles triplées, A TU Le mépris de la souffrance, A TU Le mépris de nos revendications, A TU Le suicide de nos collègues, A TU Les restrictions budgétaires de la santé, A TU Le manque de lits d’hospitalisation, A TU Se faire agresser et tre en manque de personnel, A TU Travailler contre ses valeurs de soignant.e.s, A TU Traiter l’hôpital comme une entreprise, A TU Traiter les patients comme des marchandises, A TU L’augmentation d’activité sans augmentation de personnels, A TU Parce que l’hôpital est malade et que A TU

Nous, personnel hospitalier de psychiatrie, sommes indignés du traitement réservé aux agents osant s’exprimer auprès de la direction sur les dysfonctionnements institutionnels. La réponse de la direction à ces prises de parole est démesurée, injustifiée, injuste, abusive et donc, vous l’aurez compris INACCEPTABLE. Nous nous solidarisons donc avec nos collègues cadres de santé (voilà pourquoi les agents contractuels signeront de manière anonyme). GRADE ET SERVICE

UNAFAM – Délégation de la Loire

39 Rue M ichelet – 4 2000 SAINT ET IENNE – T él : 04 77 32 77 05

L'organisation recherche des usagers qui souhaiteraient participer à ces échanges ( plus d'info à la.psy.cause@gmx.fr),

POUR UNE PSYCHIATRIE HUMANISTE

CO

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UNAFAM – Délégation de la Loire

39 Rue M ichelet – 4 2000 SAINT ET IENNE – T él : 04 77 32 77 05

42@unafam.org – unafam42.free.fr

Tout d'abord, bravo à toutes et à tous pour la mobilisation du vendredi 21 septembre sur la foire qui a démontré notre détermination (et attiré l'attention de nombreux médias qui nous contactent). 11% de grévistes sur le CHU et plus de 60% sur la psy !

Annie Corbel, Jacques Faverjon et Bernadette Royet co-présidents de l'Unafam Loire Christian Fuvel, bénévole Unafam et président de la CDSP Jean-Claude Mazzini, bénévole et ex-président de l'Unafam Loire Roger Peyret, bénévole et titulaire au conseil Territorial de Santé

De nombreuses familles qui accompagnent les personnes malades psychiques constatent et regrettent :

UNAFAM – Délégation de la Loire

NOM

Nous vous prions de recevoir, Monsieur, l'expression de nos cordiales salutations.

Un délai trop long, voire impossible, d'accès au CMP centre-ville de Saint-Etienne pour les personnes malades et/ou en crise qui ont besoin de soins rapides et d'un suivi médical. Depuis le mois de juin le CMP ne prend plus de nouveaux rendez-vous et inscrit les personnes sur des listes d'attente sans pouvoir donner aucun délai de prise en charge. En effet, les entretiens de première intention assurés jusqu'à présent par le personnel infirmier ne peuvent plus avoir lieu étant donné le manque de médecins pour prendre le relais. Le CMP centre-ville a une liste d'attente de 300 personnes et avec le départ de trois psychiatres d'ici à la fin de l'année, celle-ci sera de près de 400 personnes si aucun médecin n'arrive d'ici là.

39 Rue M ichelet – 4 2000 SAINT ET IENNE – T él : 04 77 32 77 05

ait à aint tienne le

Un courrier et une demande identique sont également adressés à la CDU du CHU de Saint-Etienne.

Saint-Etienne, le 21 septembre 2018

L'Unafam de la Loire se demande donc si l'effectif des psychiatres sur le centre-ville est réellement suffisant ? Une ville comme Saint-Etienne ne peut pas se satisfaire de ces moyens en constante régression. Vers qui vont se tourner toutes les personnes qui ont un besoin urgent de soins et qui ne pourront être pris en charge ? Vers les urgences du CHU, qui sont déjà saturées ? (voir le rapport de la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté). Vers la psychiatrie libérale où les cabinets refusent déjà des patients ?

ara édicau

L'Unafam de la Loire vous demande donc un rendez-vous rapide afin de pouvoir évoquer ensemble la situation alarmante que rencontre la psychiatrie à Saint-Etienne.

La délégation de l'Unafam Loire tient à faire part de sa vive inquiétude et de ses interrogations sur le fonctionnement de la psychiatrie au CHU de st Etienne.

De nombreuses familles qui accompagnent les personnes malades psychiques constatent et regrettent :

édicau

La situation vécue aujourd'hui est de nature à amplifier le problème car Saint-Etienne sera de moins en moins attractif pour les internes qui souhaiteraient rester au CHU.

Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques

Si les personnes en souffrance ne peuvent plus être accueillies et soignées, il et à craindre que la santé des malades ne se dégrade. Devrons-nous attendre que des faits très graves se produisent pour qu'une prise en charge des personnes souffrant de troubles psychiques soit assurée ?

Association reconnue d’utilité publique

SIGNATURE

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Nous dénonçons la politique irresponsable et criminelle du gouvernement et de la ministre de la Santé, qui met en danger les hospitaliers et les usagers. Les paroles et les hommages de notre président ne nous intéressent pas. Nous voulons : — Des moyens humains suffisants afin d’assurer des soins en accord avec nos valeurs humanistes auprès des patients et dans la dignité. — La réouverture des lits fermés en juin 2017 et leur dotation en personnel médical et paramédical correspondante plutôt qu’un bricolage dans les unités existantes. — La titularisation immédiate des agents contractuels afin de conserver leur savoirfaire, acquis au sein des services. — Repenser la formation initiale des personnes qui souhaitent travailler en psychiatrie. Avec un programme adapté aux réalités du terrain et un apprentissage théorique et pratique à la hauteur des besoins. — Lancer un appel à la création de lieux de vie pour les patients atteints de troubles psychiatriques. Il nous parait délétère de garder des patients plusieurs années dans des unités de soin qui ne sont plus adaptées à ces personnes. — Retrouver nos espaces de pensée : Approcher la maladie mentale demande du temps, et la complexité de ces pathologies nécessite un travail d’équipe : une cohésion pour assembler, accorder et donner du sens à ce travail spécifique.

Nous appelons tous les usagers & leurs proches, présents ou futurs, à nous soutenir pour refuser la casse de notre système de santé. La situation n’est plus tenable. Il est temps d’agir, ensemble, pour se faire entendre.

La Psy Cause

Compte rendu suite à la dernière AG du collectif du CHU de Saint-Étienne en date du 31 mai 2018

********************************************** Action du 17 mai place Hôtel de Ville Nous étions une soixantaine de personnel de psy du CHU, auxquels se sont ajoutés divers soutiens (Syndicats, retraités, Udaf, GEM...) Action réussie donc, puisque la parole a circulé avec la population ! Quelques belles rencontres avec les usagers. Nous avons fait un « Die in » avec lecture d'un texte dénonçant ce qui tue à l’hôpital et qui s'est terminé sur nos revendications et notre détermination à pouvoir soigner correctement. Bon retour de la part des spectateurs comme des participants d’où sa mise en forme en forma « tract » avec l'aide d'un usager et distribution de ce dernier lors de la manif du 26 mai dernier. Concernant nos revendications, un simulacre de séance de négociation a eu lieu le 16 avec des représentants CGT/FO. Rien n'est proposé pour satisfaire tout ou en partie nos revendications ! La direction campe sur ses positions et renvoie la balle sur l'ARS qui ne nous a toujours pas donnée de rendez-vous !!!! (depuis Mars) Nous avons dénoncé l'effet d'annonce concernant la prime pour attirer les psychiatres : 5 PECH Vs 13 psy éligibles > la direction propose donc aux chefs de services de se battre entre eux ?? Sinon, comme on dit « c'est déjà ca... » : 17 Stagiairisations ide à venir cet été en psy.

Les Collectifs Suite à la demande lors de l'AG de Mars de tisser des liens avec d'autres établissements nous avons rencontré différents collectifs de santé ; -Hôpitaux en lutte France, collectif national qui a organisé la Marée blanche sur Paris le 15 mai -Collectif inter hosto Lyon regroupant Vinatier, E. Herriot, … Nous décidons de travailler avec eux au niveau régional. Il y aura une AG le 20 juin sur E. Herriot. Des membres de la Psy Cause vont donc s'y rendre (si vous êtes intéressés faites nous signe via la CGT ou FO -Infos données sur la lutte des grévistes de la faim au CH du Rouvray et de notre rencontre avec le collectif « Blouses Noires » du même établissement : https://www.facebook.com/GREVE-de-la-FAIM-au-Rouvray-389132238239225/ https://www.facebook.com/blouses.noires.3

la.psy.cause@gmx.fr Avec le soutien des syndicats CGT et FO du CHU de Saint-Étienne

IPNS

CGLPL (suite) Le rapport final n'étant pas terminé les contrôleurs reçoivent avec « beaucoup d'interet » les informations concernant la prise en charge des patients au CHU depuis leur visite. Ces informations « seront intégrées au rapport définitif qui sera prochainement adressé à la ministre des solidarités et de la santé. »

Nom du collectif

Décisions

La Psy Cause

Validé à l'unanimité

Création d'une mailing list pour une meilleur circulation de l'information

envoyer un mail à la.psy.cause@gmx.fr Validé à l'unanimité

Création d'une page Facebook là aussi pour une meilleur circulation de l'information mais aussi pour plus d'échanges possibles et d'interactivité hors AG.

https://www.faceboo k.com/La-PsyValidé à l'unanimité Cause347364009121925/

Futur/Actions Action : Il est décidé de faire une mobilisation d'ici la fin du moi de Juin. En cours de réflexion (ou ? Quand ? Public visé ?)

Nous continuons à revendiquer : — Des moyens humains suffisants afin d’assurer des soins en accord avec nos valeurs humanistes auprès des patients et dans la dignité. — La réouverture des lits fermés en juin 2017 et leur dotation en personnel médical et paramédical correspondante plutôt qu’un bricolage dans les unités existantes. — La titularisation immédiate des agents contractuels afin de conserver leur savoir faire, acquis au sein des services. — Repenser la formation initiale des personnes qui souhaitent travailler en psychiatrie. Avec un programme adapté aux réalités du terrain et un apprentissage théorique et pratique à la hauteur des besoins. — Lancer un appel à la création de lieux de vie pour les patients atteints de troubles psychiatriques. Il nous parait délétère de garder des patients plusieurs années dans desunités de soin qui ne sont plus adaptées à ces personnes. — Retrouver nos espaces de pensée : Approcher la maladie mentale demande du temps, et la complexité de ces pathologies nécessite un travail d’équipe : une cohésion pour assembler, accorder et donner du sens à ce travail spécifique.

IPNS / Ne pas jeter sur la voie publique

IPNS / Ne pas jeter sur la voie publique

La Psy C Cause

La Psy C Cause

La Psy C Cause

Communiqué mm de presse pour la journée d’action du 14 juin 2018 / site hôpital nord

Communiqué mm de presse pour la journée d’action du 14 juin 2018 / site hôpital nord

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Si nous, personnels de la psychiatrie de St Étienne sommes présents aujourd'hui, c'est pour rendre hommage à nos collègues du CH du R VRA qui, après une lutte acharnée, ont enfin obtenu gain de cause. Déplorons le fait qu'ils aient d mettre leurs vies en danger pour pouvoir être entendus. De plus, nous sommes en grève au niveau local pour réaffirmer notre volonté de voir des négociations s'ouvrir sur les revendications du collectif soignant la psy cause. Par soignant nous entendons tout le personnel du pôle psychiatrique qui uvre pour les soins des usagers, que ce soit de manière directe ou indirecte. Pour rappel, depuis le passage des Contrôleurs énéraux des Lieux de Privation de Liberté, nous avons mené plusieurs actions Rédaction d'une lettre ouverte par le personnel en date du mars adressée notamment à l'ARS et à notre ministre de la santé restée sans réponse. Mobilisation du personnel avec information à la population le 1 mai dernier (sur une journée de grève). Depuis de nombreuses années malgré nos alertes, le nombre de personnel diminue. La qualité de la formation initiale infirmière, la précarisation des personnels, le turn over des agents, la désertification des postes de Psychiatre, altèrent la qualité de la prise en charge des patients. L Humain n est plus au centre du soin. Actuellement la seule réponse de la part de la direction est une réponse architecturale sans dotation de personnel supplémentaire. Si cela abouti nous n aurons plus d espace pour proposer des médiations thérapeutiques et des solutions alternatives à l isolement. ous voulons être acteur à l élaboration d un projet cohérent de la psychiatrie stéphanoise. Devant la gravité de la situation, l ensemble des personnels du pôle de psychiatrie exigent Des moyens humains suffisants afin d assurer des soins en accord avec nos valeurs humanistes auprès des patients et dans la dignité. La réouverture des lits fermés en juin 01 et leur dotation en personnel médical et paramédical correspondante plutôt qu un bricolage dans les unités existantes. La titularisation immédiate des agents contractuels afin de conserver leur savoir-faire, acquis au sein des services. Repenser la formation initiale des personnes qui souhaitent travailler en psychiatrie. Avec un programme adapté aux réalités du terrain et un apprentissage théorique et pratique à la hauteur des besoins. Lancer un appel à la création de lieux de vie pour les patients atteints de troubles psychiatriques. l nous parait délétère de garder des patients plusieurs années dans desunités de soin qui ne sont plus adaptées à ces personnes. Retrouver nos espaces de pensée Approcher la maladie mentale demande du temps, et la complexité de ces pathologies nécessite un travail d équipe une cohésion pour assembler, accorder et donner du sens à ce travail spécifique. ous regrettons - que les dernières négociations avec la direction de CH infructueuses

la.psy.cause@gmx.fr Facebook : La-Psy-Cause Twitter @cause_psy

-de ne pas avoir de réponse de la part de l' ARS à notre demande de rendez-vous datant du mois de mars (cf lettre ouverte). - le silence de notre ministre de la Santé (cf lettre ouverte). Mais nous ne sommes pas dupes, le manque de moyens auquel nous faisons face concerne non seulement le secteur de la santé mais aussi l'ensemble du service public. Par exemple, les hôpitaux Pierre Janet au Havre, Saint-Jean-de-Dieu à Lyon, l'hôpital Marchant à Toulouse.... tous réclament des moyens pour travailler correctement dans le respect de la dignité des patients. Les urgences de l'hôpital Sainte Musse à Toulon en sont à plus de 100 jours de lutte. La blanchisserie des Hospices Civils de Lyon vient d'arrêter sa production face à une suppression de personnel. Plusieurs sites de l'énergie sont bloqués notamment à Saint-Étienne et à Vénissieux. Les cheminots en lutte depuis plusieurs mois. Etc... De partout nous voyons nos collègues, nos amis, démissionner, s'arrêter pour burn out, par épuisement. Mais les lignes peuvent bouger ! La preuve vient d'en être faite par nos courageux collègues du CH du Rouvray. Ces collègues qui ont fait germer l'idée qu'il n'y a pas de fatalité économique. Ces soignants qui ont fait germer l'idée qu'il est encore possible d'aller vers une psychiatrie Humaniste. Ces personnes qui ont fait preuve d'un altruisme inouï face à un gouvernement qui cherche à diviser. Vous êtes de belles graines le Rouvray, des graines qui font fleurir les luttes et nous donnent de l'espoir!

Marche funebre 25 juin 2018 LPC

MARCHE FUNEBRE LUNDI 25 JUIN à 17H00 M **************************************************************************** Depuis notre dernière action en date du 14 juin, nous n’avons toujours pas de nouvelle de l’ARS malgré nos différentes sollicitations (lettre ouverte en mars et mail de relance le 13 juin). Ce silence méprisant nous amène donc à continuer la mobilisation ! Au niveau du CHU il n’y a pas grand-chose à attendre sauf l’idée de remplacer les infirmières par des aides-soignantes.

Toujours plus avec toujours moins Depuis de nombreuses années, malgré nos alertes, le nombre de personnel diminue. La précarisation des soignants, le turn over des agents, la désertification des postes de psychiatres, la qualité de la formation initiale, altèrent la qualité de la prise en charge des patients. L’Humain n’est plus au centre du soin Nous allons donc enterrer cette psychiatrie au rabais dans laquelle plus personne ne se retrouve. Ni les patients, ni les soignants.

Reprise pourquoi on est la -collectif + lettre du 8 mars. Relance ARS le 13 juin-----> pas de nouvelles -Positionnement de notre direction Info/Avenir -ARS au chu mardi et mercredi---->Annulé -Prise de rdv avec Messieurs Juanico et Tissot le 20 juillet à 11h30 Mobilisations à venir -28 juin greve interpro et intersyndicale 10h30 bourse travail /r la succession de mesures contre le monde du travail, contre les étudiants, les retraités, les privés d’emploi à travers des réformes régressives qui se succèdent. (cheminots / energie / étudiants parcours sup qui organise un tri social) On nous parle de cout du travail, de la santé... Quid du cout du capital : Pour rappel une étude faite par OXFAM dit que, depuis 2009 les 40 plus grosses entreprises de France ont réalisé 97 milliards de profits dont 67 % sont redirigés directement aux actionnaires. Cest ça que je qualifierai de pognon de dingue ! Conclusion Les luttes sont nombreuses et nous saluons le courage et la détermination de nos camarades cheminots, en grève depuis le 3 avril pour défendre le service public ferroviaire mais aussi les salariés de l’énergie, de SNF qui se battent pour des augmentations de salaires. Nous saluons également la détermination de tous ceux qui se sont mobilisés pour le maintien de la maternité de Saint-Chamond qui, c’est officiel, est sauvée ainsi que les grevistes de l'HP du Rouvray qui ont obtenu 30 postes sup. Ces luttes démontrent qu'on peut se mobiliser et qu’il faut nous mobiliser et ne jamais baisser les bras.

Nous partirons en cortège depuis l’ARS de Saint-Etienne (4 rue des 3 meules derrière Centre 2) jusqu’à la direction du CHU sur le site de Bellevue.

Info de dernière minute : Une mission d’inspection de l’ARS sera sur le CHU les 26 et 27 juin. Faisons en sorte qu’ils entendent parler de nous !

Nous avons reconduit le préavis de grève jusqu’au 1er juillet. Vous pouvez donc faire grève 1h, 2h, …

Saint-Étienne aient été

LA PSY CAUSE /Juin 2018 avec le soutien des syndicats CGT et FO du CHU de St Etienne

la.psy.cause@gmx.fr Facebook : La-Psy-Cause Twitter @cause_psy

LA PSY CAUSE /Juin 2018 avec le soutien des syndicats CGT et FO du CHU de St Etienne

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LA PSY CAUSE /Juin 2018 avec le soutien des syndicats CGT et FO du CHU de St Étienne

INTERVENTIONS/INTERVENTIONS

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IMPRIMÉS DE LA SANTÉ PUBLIQUE Roman Seban |U|n|

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CONTRE L’OBAMA LIBRARY W. J. T. Mitchell Je n’ai rien contre les conceptions totalisantes en matière de construction, contre la volonté de tout prendre en compte : non seulement le bâtiment, mais le site. S’il est une leçon à tirer de la pratique contemporaine pour les architectes, c’est qu’une partie de leur travail consiste à prendre en considération le site, son histoire, sa relation à d’autres sites et à tout ce qui se passe alentours. On ne construit jamais un bâtiment autonome, qui se dresserait seul au milieu d’un espace. L’architecture du paysage a de longue date placé cette conception au centre de sa pratique. Je pense en particulier à Frederick Law Olmsted, qui a conçu le plan de ce qu’on appelait à l’époque le South Park. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, le nom ayant été accaparé par la série télévisée. Le South Park accueille l’université de Chicago et se compose du Jackson Park et du Washington Park, reliés par une allée verte : le

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Midway. [Fig. 1] Cet agencement est globalement fidèle au projet d’Olmsted, invité en 1870 par la ville de Chicago à imaginer ce que pouvaient devenir ces vastes espaces du South Side que l’on souhaitait alors aménager. Chicago était en pleine expansion. Une génération de pionniers a fait preuve d’une manière visionnaire de penser la ville dans sa totalité. C’est pourquoi le paysage urbain de Chicago est si méticuleusement modelé, en particulier dans sa relation aux espaces verts et au lac Michigan. Des villes comme Toronto ou Cleveland ont au contraire laissé leurs rives s’industrialiser. Ces espaces, qui auraient pu devenir de superbes lieux publics, ont été privatisés, industrialisés. Les berges de Cleveland sont hideuses, aujourd’hui encore, et le même phénomène s’est produit à Toronto. Pour toutes ces villes ouvertes sur un lac ou une rivière, élaborer un plan de la cité constitue un geste

historique crucial. Comme vous le savez, Chicago traverse actuellement une crise politique majeure dont l’enjeu est précisément de décider ce qu’il conviendrait de faire pour « améliorer », rénover ou transformer l’aménagement de ses parcs. Olmsted a conçu son plan initial en 1871, peu de temps après la Guerre civile. Ce terrain essentiellement marécageux, ponctué de marais et de petits ruisseaux, rendait l’intervention d’un architecte-paysagiste particulièrement ardue. Comme son collègue Calvert Vaux, Olmsted estimait qu’il fallait « tirer parti de ce paysage marécageux, aqueux. On doit le retrouver partout dans le parc, mais sous contrôle. Nous le transformerons en étangs. » Ils nous ont laissé en héritage un paysage d’apparence éminemment naturel, et pourtant totalement artificiel. À l’état naturel, on ne pourrait le traverser à pied – ni même sans doute en bateau. Il a été transfor-

mé en un espace partiellement dévolu aux barques et aux gondoles, doté de champs verdoyants où l’on peut s’adonner au sport en équipe, d’une piste de course aménagée sur le Midway et d’autres étangs encore lorsqu’on s’éloigne du lac pour pénétrer dans Washington Park. Sur les plans d’Olmsted, ce dernier marque la frontière occidentale du projet grandiose qu’il avait imaginé pour South Park. Olmstead avait le projet plus ambitieux encore de réaliser une ceinture verte tout autour de Chicago. Il estimait que les villes avaient besoin d’espaces verts dans la mesure où l’expansion urbaine tendait à s’intensifier. Pour y résister, il fallait offrir aux citadins un refuge qui ressemble aux campagnes. En ce sens, il exprimait les idéaux politiques de l’Ère progressiste. Dans ses écrits, on trouve toute une théorie sur la raison pour laquelle il est si important que les citoyens puissent échapper à la congestion urbaine

et profiter occasionnellement de promenades solitaires. Lorsqu’on entend dire, comme c’est le cas ces temps-ci, que le parc est sous-exploité, qu’on n’y rencontre pas assez de promeneurs, qu’il faudrait y attirer les foules et les masses, on est en parfaite contradiction avec la vision d’Olmstead. À ses yeux, un parc avait pour objet d’être un espace ouvert à tous, un espace où l’on circule aisément et librement, une propriété publique – et non privée – qui n’exclut personne. Au fondement de la politique progressiste, on trouve l’idée qu’il convient de façonner la psychologie du citoyen démocratique, en lui donnant la possibilité de s’isoler momentanément et de contempler la nature. Olmstead considérait que « quel que soit le plan que l’on dessine pour un parc urbain, il faut le penser de manière globale. On ne peut le concevoir par fragments et dire : “Je veux ça ici, ça là…” Il est très important de réaliser un plan


exhaustif et cohérent. » Jackson Park, ce parc public, est un espace aujourd’hui menacé. L’Obama Foundation ambitionne d’y installer la future Obama Presidential Library – qui n’est plus seulement destinée à être une bibliothèque mais un centre communautaire – en s’appropriant plus de huit hectares de terrain, avec le projet de construire un bâtiment imposant et de réaliser toutes sortes d’aménagements artificiels au sein de ce paysage. Une autre strate, relativement invisible, caractérise cet espace urbain ; ce sont les frontières produites par la ségrégation raciale. Sur les cartes, ce qu’on appelle la « Ceinture noire » de Chicago prend naissance à la frontière ouest de cet ensemble d’espaces verts, au niveau de Washington Park, dont Martin Luther King Boulevard vient délimiter l’orée Est. Cette ceinture a été strictement encadrée par des ordonnances relatives au logement appelées « clauses contraignantes », de manière à ce qu’une personne noire ne puisse acquérir une propriété dans certains quartiers, tel que celui de Hyde Park. Les agents immobiliers, la ville et – je suis peiné de le dire – l’université de Chicago ont activement participé au maintien d’un accès ségrégé au logement, entraînant la création d’une importante congestion urbaine et d’un bidonville au niveau de la Ceinture noire, où la présence policière est particulièrement réduite. Bien entendu, le problème persiste et représente encore un défi pour l’université de Chicago : « Pourquoi voudrions-nous nous étendre à l’ouest de Washington Park ? C’est un quartier dangereux, un bidonville où les terrains vagues sont légion. On a peur de s’y rendre quand on est blanc. » Sur la carte ci-contre, un insert offre une nouvelle perspective du quartier. Je ne suis pas sûr de ce que représente la partie plus claire mais curieusement, il s’agit d’un autre site proposé pour l’emplacement de l’Obama Presidential Center et qui faisait partie des finalistes. Il ne se situe pas dans Washington Park même, mais à sa bordure. Une photographie aérienne prise en 1938 en donne une autre perspective. On retrouve le Midway, Washington Park au sommet, Jackson Park et l’université de Chicago, juste en-deçà du Midway. L’étendue d’eau située au centre de Jackson Park et baptisée Wooded Island est un jardin japonais qui existait déjà du temps de l’Exposition universelle de 1893, lorsque le site s’est couvert de pavillons venus du monde entier. Après l’Exposition universelle, un incendie a ravagé tous ces bâtiments, à l’exception du Museum of Science and Industry, situé à la pointe nord de Jackson Park. L’image ci-après représente une vue aérienne centrée sur Cornell Drive, une artère traversant Jackson Park qui faisait déjà partie du plan original d’Olmsted. J’ai découvert hier qu’il l’avait imaginée large d’une douzaine de mètres, de manière à ce que deux attelages puissent s’y croiser ; on ne se déplaçait pas encore en automobile. Elle est aujourd’hui dotée de six voies et fait entre dix-huit et vingt mètres de large. On distingue également Stony Island Boulevard et le Midway. Le projet d’Obama consiste sommairement à s’approprier cette partie du parc en fermant Cornell Drive à la circulation – cette autoroute à six voies qui constitue le principal accès au

centre-ville depuis le South Side. Sa fermeture nécessitera l’élargissement de Stony Island Avenue et de Lake Shore Drive. L’Obama Foundation renâcle à aborder la question du coût de ces travaux. « Rien que pour Lake Shore Drive, on parle de cent millions de dollars au bas mot », a fini par me révéler un ingénieur du Département des transports que j’ai dû harceler. Cet argent ne sera pas déboursé par l’Obama Foundation, mais par la ville de Chicago – c’est-à-dire par ses habitants. L’idée que la ville dispose de cent millions de dollars à investir dans ces travaux destinés à résoudre les problèmes de trafic engendrés par la fermeture de Cornell Drive est grotesque. Ajoutons que si la facture totale s’élevait à deux cents millions de dollars, au bas mot, cette dépense n’améliorerait pas le trafic. L’objectif consisterait seulement à ne pas empirer la situation actuelle. Avec un peu de chance, on parviendrait donc à maintenir le statu quo en matière de circulation en injectant deux cents millions de dollars. C’est une conception très étrange de ce que signifie investir dans une collectivité. Les entreprises de génie civil se feraient beaucoup d’argent, mais il ne s’agit pas exactement d’un investissement à long-terme dans une collectivité. Une proposition de plan pour la tour en pierres monolithes et dépourvue de fenêtres, qui devrait être érigée quelque part à l’intersection du Midway et de Jackson Park, la représente surplombant Wooded Island, avec le Museum of Science and Industry à l’horizon. L’esthétique ainsi obtenue est celle d’une plaza ou d’un domaine palatial sur le modèle européen, tel que le château de Versailles. Il s’agit d’un espace relativement formel, fortement urbanisé, avec un monument architectural qui domine la scène tout entière. En réponse à la communauté, qui a fait savoir que « cette tour à l’aspect très brutal » ne lui plaisait pas, l’Obama Foundation a admis que la critique avait quelque mérite. Elle a promis de construire une tour « moins large, plus haute » et, je suis heureux de le dire, d’abandonner le projet d’aménager un parking au niveau du Midway ; un projet qui nécessitait l’appropriation de deux hectares de terrain public supplémentaires. Rappelons que tous ces terrains deviendront une propriété privée, celle de l’Obama Foundation. Le statut juridique de ce parc urbain, public, connaîtra une transformation radicale. La rhétorique autour du projet invoque les notions d’accès public, d’implication de la communauté. Je suis sûr que l’intention est bonne et sincère. Or le fait est que, sur un plan juridique, il s’agit de privatiser un espace public. Deux vues plongeantes montrent à quoi ressemblerait le site une fois l’Obama Center construit et Cornell Drive transformée en simple voie piétonne. Cette proposition éminemment problématique est un véritable rouleau compresseur. Elle sera réalisée. Tous mes amis, qui sont des gens matures, me disent que je me bats contre des moulins à vent. Avec l’aide d’un collègue, j’ai rédigé une lettre à l’attention de l’Obama Foundation que nous avons fait circuler parmi nos confrères car, partout dans le South Side, des communautés locales se sont opposées au projet. Elles ont soulevé de nombreuses questions, mais l’université de

Chicago est restée officiellement neutre, choisissant de ne pas s’exprimer sur le projet. Avec un brin de paranoïa, on soupçonne donc la direction de l’université d’en être pleinement satisfaite. Cela donne une idée de la solidarité qui règne sur le campus. Je pourrais vous réciter les arguments émis en faveur de ces travaux, mais les communautés locales se sont montrées très sceptiques à leur égard. En réponse aux promesses de bénéfices financiers – le grand boom économique qu’entrainerait ce projet, censé améliorer la vie des personnes qui résident dans les communautés de Jackson Park et de South Shore –, l’une d’entre elles a proposé l’élaboration d’un Community Benefits Agreement (un accord sur les avantages pour la collectivité), dans lequel ces promesses seraient consignées par écrit. Jusqu’à présent, l’Obama Foundation a énergiquement résisté à cette proposition. Dans un discours, Barack Obama a déclaré : « Nous refusons de signer un Community Benefits Agreement, car nous ferons mieux que tout ce que ce document pourrait promettre. » Les promesses sont faciles à faire. Ce serait autre chose de dire : « Très bien, mettons cette promesse par écrit. » L’Obama Foundation s’y refuse. Quelle en est la raison ? Quels sont les arguments invoqués ? L’université de Caroline du Sud, à Los Angeles, et Columbia University ont signé avec les quartiers environnants des CBA qui assurent le respect des droits des minorités et promettent de résister à la gentrification. Bon nombre des locataires alentours pourraient en effet se voir expulser, car la valeur immobilière grimpe dans les quartiers avoisinant ce type de projets. Signer un CBA – c’est-à-dire conclure une entente sur les bénéfices, mettre ses promesses par écrit – n’est pas un cas sans précédents. Il me semble en partie que l’Obama Foundation ne veut pas signer un contrat qui dirait : « Si vous ne tenez pas vos promesses et que nous pouvons le prouver, il y aura des sanctions. » Seule la pression de l’opinion publique pourrait l’y contraindre. Beaucoup de personnes doutent de voir un jour ces bénéfices financiers leur revenir et il y a une raison à cela. La plupart des bénéfices iront aux entrepreneurs qui ont décroché les contrats, c’est-àdire à des gens qui possèdent de grandes firmes. Puis l’argent arrivera au compte-goutte jusqu’aux ouvriers qui construisent l’Obama Center et jusqu’au personnel qui en assurera l’entretien une fois qu’il sera ouvert, mais ce ne sont là que des bénéfices relativement mineurs. On signe usuellement des Community Benefits Agreements lorsqu’on développe un projet dans un espace mal desservi, un quartier en difficulté économique, dans lequel il déclenchera un investissement : l’installation de nouveaux commerces, cafés et restaurants. Or le quartier qui jouxtera l’Obama Center n’est pas une zone commerçante. On n’y trouve ni magasins ni restaurants. Les façades ne sont pas même aménagées pour les recevoir. Ce n’est qu’à 1,5 kilomètres plus au sud d’Hyde Park Academy High School, la Lab School de l’université de Chicago qui fait face à l’emplacement choisi le long de Stony Island Avenue, que l’on commence à voir apparaître des enseignes. Il est donc fantaisiste

de penser qu’un développement économique se produira par effet de voisinage. À mon sens, c’est la raison pour laquelle l’Obama Foundation se montre si réticente à signer un CBA. Ce sera très dur d’avoir une incidence économique sur les environs immédiats. Au lieu de se déplacer dans une zone sous-développée, comme on l’aurait espéré, ils ont choisi de s’installer dans une zone sur-développée ou déjà développée, dotée d’une grande importance historique. Une décision fatale a donc été prise il y a un an et demi, au moment de choisir le site. La ville de Chicago a cédé à la proposition du couple Obama, bien qu’une alternative ait été proposée par une équipe d’architectes locale. Les politiques internes de l’architecture portent le poids d’une longue histoire dans ce pays. Comme vous le savez, les grands noms de l’architecture résident à New York et sur la côte Est. Pour les conseillers, les Obama ont fait appel au critique d’architecture du New York Times, Paul Goldberger. Je pense que les architectes de Chicago ont compris très tôt que l’affaire était déjà pliée. La firme locale John Ronan s’est toutefois manifestée en proposant un site alternatif, situé dans la partie ouest de Washington Park, à l’endroit précis où on l’on voit cette partie plus claire sur la carte. On y trouve aujourd’hui des terrains vacants, une station-essence et, plus important encore, une ligne de métro aérienne qui rejoint le centre-ville en vingt minutes. Pas besoin de parking ; en sortant des rames, on est déjà sur site. Garfield Boulevard se déploie perpendiculairement depuis l’orée est de Washington Park, à peu près au même niveau que la 55e Rue qui traverse le quartier de Hyde Park de l’autre côté. Pour répondre à la volonté des Obama, qui souhaitaient installer l’Obama Center au sein d’un espace vert, ouvert et adjacent au parc, le plan de la firme Ronan se contente de modifier légèrement cet espace en le transformant en terrain de jeu et en y aménageant ce qu’elle appelle un lieu de convivialité, destiné à accueillir des concerts de petite taille, des événements moins formels. Ce projet modifie à peine le plan qu’Olmsted avait conçu pour Washington Park. L’espace est également directement adjacent. Le zonage du secteur autour de Garfield prévoit un développement commercial. On y trouve une station-essence et quelques boutiques, parmi lesquelles des magasins de spiritueux et bien d’autres, plus diversifiés, en attente de réouverture. À l’intersection de Prairie et de Garfield, deux superbes bâtiments de la Rebuild Foundation – un projet lancé par notre collègue universitaire et artiste local Theaster Gates –, abritent la galerie Arts Incubator et le Currency Exchange Café. Allez y faire un tour si vous vous baladez du côté de South Side. Les tacos sont délicieux et on peut y déjeuner pour moins de dix dollars. Son développement communautaire, son essor commercial ne poseront donc aucun problème. Ils émaneront naturellement d’un aménagement comme celui-ci. En outre, il n’y aurait pas besoin de modifier la circulation, ce qui permettrait d’économiser beaucoup d’argent. La ligne de métro aérienne qui relie ce quartier au centre-ville répondrait à la plu-

part des besoins en matière de transport, tandis que l’autoroute, qui se trouve à moins de deux kilomètres, ne serait pas modifiée et permettrait d’accéder au site en voiture. Le quartier de Garfield marque également la limite de la Ceinture noire. En d’autres termes, le projet serait érigé sur la ligne de front de la bataille contre la ségrégation ; une bataille qu’il remporterait complètement, à mon sens. John Ronan Architects est à l’origine de cette proposition, qui a été rejetée sans jamais avoir été réellement débattue en public. Aucune assemblée municipale n’a été organisée pour sonder les communautés sur ces deux projets concurrents. La rhétorique constante qui a accompagné l’avancement du projet l’explique peut-être en partie : « Nous n’en sommes encore qu’au stade de la planification. Ne vous inquiétez pas, rien n’est gravé dans le marbre ». Or le choix du site s’est révélé fatal. Il est à l’origine d’un terrible dilemme, qui a éveillé des résistances de part et d’autre du South Side. À mes yeux, le paradoxe le plus triste réside dans le fait que Barack Obama a commencé sa carrière dans ce quartier de Chicago en tant qu’organisateur communautaire, avec pour mission de tendre la main aux communautés défavorisées. Ce projet répond parfaitement à la mission historique qu’il s’est donnée ; celle d’un homme qui va là où on a besoin de lui, là où il peut changer la donne. À Jackson Park, les seuls changements occasionnés par l’Obama Center se résumeraient à un trafic routier cauchemardesque, des dépenses faramineuses et la destruction d’un parc historique. Je ne sais pas pourquoi la proposition de Ronan a été rejetée ni pour quelle raison elle n’a pas été publiquement débattue. Il me semble qu’il est temps de rouvrir ce débat et j’espère pouvoir y parvenir au printemps, à l’aide du séminaire que je coordonne à l’université de Chicago. Les étudiants travaillent sur ce cas et nous souhaitons inviter tous les experts en architecture, en paysagisme et en aménagement urbain que compte ce pays. C’est un choix fondamental. Pourquoi les Obama ont-ils fait ce choix ? À quoi pensaient-ils ? C’est un mystère que je ne suis pas encore parvenu à résoudre. Je peux comprendre l’attrait du lac. Si l’on vous demandait : « Préférez-vous construire votre maison au sein de Jackson Park, ce si bel espace, ou bien là, près de la station-essence ? », le choix paraîtrait évident… Jusqu’à ce que vous réfléchissiez à ses conséquences. Et les conséquences sont là. L’arrivée de ce projet transformerait profondément une communauté défavorisée. Mais du côté de Jackson Park, le quartier se trouvera transformé de manière relativement négative par la destruction d’un site d’une importance historique. Quoi qu’il en soit, je vous invite à rejoindre cette cause perdue. Nous aurons tenté d’empêcher la destruction calamiteuse de Jackson Park avant qu’elle n’advienne, en poussant le couple Obama à se remettre au travail, à se pencher à nouveau sur leur planche à dessin, à reconsidérer leur décision et à se tourner vers un meilleur choix. Des questions ?

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[Fig. 1]

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AGAINST THE OBAMA LIBRARY W. J. T. Mitchell I have nothing against thinking of totalizing, and insisting on taking everything into account. Not just the building, but the site. That’s one lesson for architects that’s coming out of contemporary practice, it is that it’s part of the architect’s job to consider the site, the history of the site, its relation to other sites, to all the things that go on around it. You’re not just building this autonomous thing that stands by itself. This point of view that has been central to landscape architecture for a long time, and I’m thinking particularly of Frederick Law Olmsted, who designed what was called the South Park. We don’t call it the South Park anymore, the TV show took over that title. There it is, looking from where we are, right about here. The University of Chicago is in here. This is Jackson Park. This is Washing-

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ton Park. Connected by a green bridge. [Fig. 1] This was a lot of Olmsted’s vision. In 1870, he was invited by the city of Chicago to figure out what to do with these vast spaces on the South Side that were going to be developed. It was clear Chicago was growing very fast. You may know, there was a generation of Chicago founders who had a very visionary idea of thinking the totality of the city, which is why Chicago’s urban landscape is so highly designed, especially in relation to green space and Lake Michigan. By contrast, cities such as Toronto and Cleveland allowed industrialization of their lakefronts. What would have been great public space was privatized, industrialized, and to this day, Cleveland’s waterfront is horrible. Same thing happened, actually, to Toronto. So all of these lakefront and river-

front cities, it’s a crucial historical position how they would produce a city plan. As you know, Chicago is now going through a major political battle on precisely what should be done to “improve” or renovate or transform this fundamental park structure.

either. It was transformed into a space for boats and gondolas, or green fields for team sports and a rac track on the Midway. More ponds over here, as we move away from the lake, into Washington Park, the western frontier of Olmsted’s grand South Park plan.

Olmsted’s original plan was laid out in 1871 not long after the Civil War. , he looked at this terrain, and saw that it was all swamp.-marshland, rivulets, very difficult for a landscape architect to come in. So Olmsted, and his colleague, Calvert Vaux, also, said “What we have to do is take advantage of the marshy, watery landscape. It has to be everywhere in the park, but we will control it. We’ll turn it into ponds.” So this is a very natural-looking landscape, but it’s totally artificial. In its natural state, you couldn’t walk through it. You probably couldn’t boat through it,

Olmsted’s had an even bigger master plan to make a green belt all the way around Chicago. His theory was that cities need green space because urban sprawl tends to get more and more intense, so you need to resist that and provide some refuge that is like the country for city dwellers. This was an expression of the political ideals of the Progressive Era. In Olmsted’s writing there’s a whole theory about why it is so important for citizens to be able to escape from urban congestion, why you need occasionally to go off by yourself. When you hear people

say, as they are today, that this park is under-utilized, not enough people in it, we should bring crowds and masses into it, directly violates Olmsted’s notion of the purpose of a free-flowing park space that is open to everyone, public property, not private. You can’t keep anybody out. The fundamental idea of Progressive politics, this is the way the Democratic citizen, their psychology is to be produced, by being able to go off by themselves and look at nature. This park, the park right here, is now endangered real estate. Today, this road comes down to here, like this. This is Cornell Drive. This is Stony Island, just a couple blocks from here. Olmsted said, “If you do anything with a park like this with an urban landscape, you must think comprehensively. You can’t do it piecemeal


and say you want this here, that there, and so forth. Very important to have unified comprehensive planning.” Well, as you know, the Obama Foundation wants to put the Obama Presidential Library, no longer a library, now a community center, right about here, and to appropriate over 20 acres of park space, and build a rather tall building, and create all kinds of artificial features in that landscape. I’m gonna show you that in just a second. This is another map, though, I want to put next to this, because another layer of the urban landscape is one that’s relatively invisible. These are the boundaries produced by racial segregation. This is a map of what’s called the “Black Belt” in Chicago, and if you compare it with the map I just showed you, the eastern edge of that is Martin Luther King Boulevard. It is this boulevard right here. So Washington Park, the western boundary of this park system, the Black Belt began here. It was strictly enforced by housing ordinances that are called “restrictive covenants”, so that a black person could not buy property in certain neighborhoods, like Hyde Park. The real estate agents, the city, and I’m sorry to say the University of Chicago, were deeply complicit in supporting segregated housing and producing here in the Black Belt deep congestion, producing a slum, very little police presence, and of course that problem continues today. It’s still often a challenge for the University of Chicago, “Why would we want to go west of Washington Park? That’s a dangerous neighborhood, a slum with lots of vacant lots. White people are afraid to go there.” This inset, by the way, shows you it from another point of view. This little blemish right here, I am not sure what it means, but curiously enough, it is the location of the alternate site, the finalist for the site of the Obama Presidential Center. Not in Washington Park, but adjacent to Washington Park. Now let me show you where we are from another point of view. This is an aerial photograph taken in 1938, and again, there’s the Midway, you can see it. There’s Washington Park at the top. Here’s Jackson Park, and we are right there just below the Midway, to get yourself oriented. That central water feature is Wooded Island, with its Japanese garden. That was something that was even there during the 1893 World’s Fair, when this entire site was covered with pavilions from all over the world. After the World’s Fair, there was a terrible fire. It burned down all of the World’s Fair, except for this one feature, which is now the Museum of Science and Industry, at the top of the north end of Jackson Park. Here’s an aerial view. You can see the central feature here is Cornell Boulevard. This main commuter artery is actually a part of Olmsted’s original plan. It was a carriage way. They didn’t have automobiles. I just found out yesterday that it was 40 feet wide in Olmsted’s plan, enough for two carriages to go by each other. Now it’s about 60, 70 feet wide, so a 6-lane highway turns out about twice this size. This is again Stony Island Boulevard. Here’s the Midway. The Obama plan was to basically take this side, shut down Cornell from top to bottom. So Cornell, 6-lane highway providing

the main commuter access from the South Side to downtown, is to be closed down. As a result of that, Stony Island has to be widened, and Lake Shore Drive has to be widened. The Obama Foundation is reluctant to talk about how much that will cost. One Department of Transportation engineer, finally after I just wouldn’t leave him alone, he said, “Okay, okay. Just Lake Shore Drive, $100 million conservatively speaking.” That money is not going to be provided by the Obama Foundation, that would be paid by the city of Chicago. Citizens of the city in other words. Of course, the idea that the city just has $100 million to do this is completely ludicrous. One further point about this, let’s say that the total bill would conservatively be $200 million to take care of the traffic problems created by shutting off Cornell Drive. The result of spending that $200 million would be no improvement to traffic. The objective would be to make it no worse than it is now. So basically you would be maintaining the status quo, hopefully, of traffic circulation by spending $200 million. A very strange notion of what it means to invest in a community. The roadway engineers would make a lot of money. Not exactly a long-term investment in a community. This is the proposed plan for the monolithic stone and windowless tower located roughly at the intersection of the Midway and Jackson Park. It will tower over Wooded Island, you can see the Museum of Science and Industry in the distance, there on your right. It produces the classic look of the plaza, the palatial estate, on the European model, say Versailles. A relatively formal space, heavily urbanized with the architectural monument dominating the entire scene. Yesterday the Obama Foundation announced in response to community criticism, which had said, “This is really a kinda brutal looking tower. We don’t like it.” They actually admitted that that criticism had some merit, and their response to it was, “We’ll make it slimmer and taller.” The other response they had to community criticism, I’m happy to say, was they gave up on the idea of putting the parking lot on the Midway, which would have appropriated five more acres of public land. This, by the way, all becomes private property. It is the property of the Obama Foundation. It’s no longer a city park, public park. Its legal status is utterly transformed. There is a lot of rhetoric about public access, community involvement. I’m sure it’s all well-meaning. I think they all believe it sincerely, but the fact is at the legal ground level of the property issues, it is privatizing public space. This is an elevated view of what happened. This is the Obama Center and the disappearance of Cornell Drive into just a walking path. Another elevation view. It’s a deeply problematic proposal, and it is a juggernaut. It’s gonna happen. Everyone who I talk to, all of my grown-up adult friends, tell me that I am tilting at windmills to raise these questions. One of my colleagues and I put together a letter to the Obama Foundation and circulated it among our colleagues, because community groups all over the South Side have objected to this. They’ve raised numerous questions, but the University

has officially remained neutral. Won’t say anything. There’s a lot of paranoia and suspicion that maybe the higher level of the University is really quite happy with this. It makes for this kind of unified campus. I can recite for you the arguments in favor of doing all this, but community groups have been very skeptical. One community group has said that all of the promises of financial benefit, that this is what would be a great boom to people who live in the community of Jackson Park and South Shore, that their lives would be much better, they have proposed what’s called a Community Benefits Agreement, in which you put the promises in writing. So far, the Obama Foundation has completely resisted that. Barack Obama gave a speech saying “We don’t want a Community Benefits Agreement, because we will do better than any CBA could promise.” Well, it’s an easy thing to say that it’s a promise, but that would be to say, “Well, okay. Put the promise in writing.” The Obama Foundation does not want to do that. So, what is behind that? What are the arguments? University of Southern California in Los Angeles and Columbia University of New York have signed CBAs with their neighborhoods to assure them that minority rights will be respected, that gentrification will be resisted because a lot of people living in rental housing may find themselves pushed out, because you know the property values will go up in the neighborhoods around this. It’s not unprecedented to have a CBA, that is a benefits agreement, to put your promises in writing. One reason I think the Obama Foundation is reluctant to do it is, of course, no one wants to sign a contract that says “If you don’t live up to your promise, and we can prove it, there are penalties.” Nobody wants to sign that; only public pressure will make it happen. There is a reason why, I think, a lot of people are skeptical that these financial benefits will accrue. Most of the benefits are going to go to contractors. That is, people who already own large businesses. Money will trickle down to workers who build the Obama Center, and it’ll trickle down to the staff who maintain it once it’s open, but those are relatively minor benefits. The major problem is usually when Community Benefits Agreements are signed, it’s because they have something that’s moved into an underserved neighborhood, a place that’s economically depressed, and so it produces investment in that neighborhood. New shops, cafes, restaurants. This whole zone adjacent to the Obama Center is not a commercial zone. There are no shops, there are no restaurants. There’s not even the storefronts where they could be received. There is Hyde Park High School on one side of the street, the University of Chicago’s Lab School. Stony Island does not become a commercial strip until it’s a mile south of here. So the idea of adjacent economic development will occur is a fantasy. I think that’s why they are so reluctant to sign a CBA, because it’s gonna be very hard to have an economic impact on the immediate surroundings. Instead of moving into an underdeveloped area, as you would hope, they are moving into an overdeveloped area. An already-developed area with great

historical significance. So a fatal choice was made about a year and a half ago, when the Obamas decided on this site. The city of Chicago gave into that proposal. Here’s a picture of what it looked like after the fire at the World’s Trade. Okay, so now I need to get out of this and I wanna show you what the alternative would look like. This is an alternative that was actually proposed by a local team of architects. There’s a whole backstory about the internal politics of architecture in this country. As you know, New York, the East Coast, basically that’s where the big-time architects reside. The architecture critic of the New York Times, Paul Goldberger, was brought in by the Obamas to be their advisor. So Chicago architects, I think, knew from the beginning that the fix was in. One firm, John Ronan, came up with a proposal. This is precisely on that little blurry spot at the west side of Washington Park, where there are now vacant lots, a gas station, and most important, an elevated train through downtown, which in less than 20 minutes on the train. You don’t need a parking lot, you step out and you’re in this space. This is Garfield Boulevard here, roughly the same level as 55th Street here in Hyde Park. This is the rest of Washington Park. The Obamas wanted to have an open green space adjacent to the park, or to the Center, so they basically just transformed that green space slightly by making it into a playground and having what they called a gathering place for music concerts. Not a big band show or anything like that, but something much less formal. It scarcely impinges on Olmsted’s plan for Washington Park. It also is directly adjacent. This Garfield is zoned for commercial development. There’s a gas station right here, now there are other shops. There are liquor stores and many more developed stores waiting to be reopened. Right here is approximate in this corner, at Prairie and Garfield, there are two wonderful little entities of the Rebuild Foundation, a group that has been pioneered by our local artist and university colleague, Theaster Gates. It’s called the Arts Incubator and next door to it is the Currency Exchange Café. While you’re here, on the South Side I hope you’ll go check these places out. The Currency Exchange has great tacos. You can get lunch for less than $10. Wonderful little place.

rhoods which of these would be better. Part of the reason for that is there’s been a constant rhetoric of, “Well, this is all still in the planning stages. Don’t worry, nothing’s written in stone”, but the choice itself was fatal. It produced this incredible dilemma which has aroused resistance all over the South Side. To me, the deeply sad paradox about this is Barack Obama started his career on the South Side of Chicago as a community organizer reaching out to underserved communities. This, from that standpoint, perfectly fits his historic mission as someone who goes where he’s needed, where he can make a difference. In Jackson Park, the only difference the Center makes is horrible traffic, huge expenses, and the destruction of a historic park. Why the Ronan proposal was dismissed, I don’t know, and why it was not publicly discussed is somewhat of a mystery to me. In my view, it’s time to reopen that discussion, and I’m hoping to do that sometime this spring, with the help of my seminar over here at the University. The students are all studying this, and we wanna bring in every national expert on architecture, landscape architecture, and urban design. It’s a no-brainer. It’s a fundamental choice. The mystery which I have not been able to solve is, why did the Obamas make this choice? What was in their minds? I think I can understand everybody wants to be close to the lake. Of course, somebody says, “Do you want your house to be in this beautiful Jackson Park, or do you want it to be over here where there’s a gas station?” That answer also looks like a no-brainer, until you actually think about the consequences of the choice, and those consequences are here, something would happen that would actually transform this deeply underserved community, and Jackson Park is transformed in a relatively bad way, destroying a site of historic importance. Anyway, so welcome to a lost cause. We tried to stop this terrible destruction of Jackson Park in its tracks and get the Obamas to go back to the drawing board, reconsider and make a better choice. Any questions?

All this then finally is accepted. So it’s community development, commercial development, is a kind of no-brainer. It’s naturally going to flow from a design like this. It’s also, there is no need for traffic modifications. You save an enormous amount of money on that, and the elevated train to downtown provides most of the transportation you need. There’s also the freeway less than a mile away, you can come by car on a freeway that is not going to change. The Garfield corner is also that boundary of the Black Belt. In other words, this is squarely at the intersection where the whole segregated battle line is drawn, and it totally overcomes that, in my view. John Ronan made this proposal. It was rejected with no real public discussion. There was never a town meeting held in which anybody asked the neighboINTERVENTIONS/INTERVENTIONS

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MA TRÈS CHÈRE VILLE DE CHICAGO Lavon N. Pettis Le 11 avril 2018

Ma très chère ville de Chicago, J’écris cette lettre innocemment, par nécessité et par souci des conditions de vie de notre communauté. Chicago est un foyer de vie active ! Chicago se targue d’être une ville de classe mondiale avec de nombreuses attractions de haute tenue, une vue imprenable sur le lac et une silhouette magnifique. Quiconque a le désir de voyager, de flâner, d’écouter de la musique dans les parcs, de voir une architecture innovante, d’aller au théâtre et de visiter des expositions dans les musées mettra de côté les horribles statistiques sur les violences par balles pour choisir de visiter Chicago. (En 2017, 2 936 personnes ont été tuées et blessées selon https://heyjackass.com/category/2017-stats/). AOL News Online suggère que 2017 a été l’une des années les plus meurtrières pour les Américains en ce qui concerne la violence par les armes à feu, avec plus de 11 000 personnes abattues dans le pays. Les données empiriques indiquent que la violence armée est un problème national de santé publique. C’est une catastrophe qui ne requiert plus de recherches, il nous faut désormais un plan de prévention et d’intervention. Nous avons atteint une masse critique avec ce problème ! Il est temps pour Chicago de mettre en œuvre des stratégies pour réduire la violence par les armes. Sans cela, cette ville abandonne ses fils et ses filles. Les jeunes n’ont pas l’occasion d’explorer l’environnement bâti de Chicago comme le font les touristes ! Les coups de feu sont fréquemment entendus dans la plupart des quartiers. Les taux de chômage élevés, les déserts alimentaires, le dépérissement, la pauvreté et le manque d’éducation sont des réalités. Les voisins survivent et se connaissent à peine. Les communautés n’ont pas le tissu social nécessaire pour renforcer les communautés. La plupart des Chicagoans sont marginalisés. Pourtant, malgré le froid et les conditions de vie difficiles, les Chicagoans sont de véritables créateurs de tendances. Comment pouvons-nous nous engager dans une meilleure santé communautaire ? Comment développer le tissu social et fournir des soins de qualité à nos quartiers ? Comment développer l’équité en matière de santé, autrement que par un effort collectif ? Quelles sont les stratégies que nous pouvons mettre en œuvre pour renforcer le tissu social de nos communautés ? Un plan global de bien-être est nécessaire pour la prévention et l’intervention en matière de violence armée. Nous devons également aborder la question de l’émancipation économique des personnes qui vivent et travaillent à Chicago. Il faut accroître les services sociaux, mentaux et de santé pour s’attaquer au syndrome de stress post-traumatique dû à la violence armée. Nous devons également élaborer un plan pour nous attaquer au fait que les réseaux sociaux créent un fossé entre certaines personnes et contribuent aux violences par les armes. Nous devons ajouter de la valeur à nos vies en réduisant la violence armée. Il est nécessaire d’améliorer le bien-être général de la jeunesse. Les jeunes devraient avoir la possibilité de concevoir des programmes de prévention et d’intervention en matière de violence par les armes à feu pour leur propre santé sociale et mentale. Ce plan à long terme pourrait être axé sur l’éducation et se transformer en un effectif de la santé. Cela pourrait vraiment stimuler leur créativité, renforcer leur résilience et éduquer les jeunes sur la façon de réagir à la violence et aux traumatismes causés par les armes à feu ! Ce type de programme pourrait contribuer à l’ensemble des connaissances sur la façon dont le tissu social renforce la santé publique des communautés ! Musicalement et Artistiquement Vôtre, Lavon Nicole Pettis

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MY DEAREST ONE THE CITY OF CHICAGO Lavon N. Pettis April 11, 2018

My Dearest One the City of Chicago, I am writing this candid letter out of necessity and concern about the conditions of our community. Chicago is a hot bed of activity! Chicago prides itself on being a world class city with state of the art attractions and a breathtaking lakefront and skyline. Anyone with a desire to travel, wanderlust for hanging out, listening to music in the parks, a need to see innovative architecture, a will to go to the theater, and enjoy visiting feature exhibitions at museums will cast aside the horrifying gun violence statistics to choose to visit Chicago. (In 2017 there were a total of 2,936 people shot and wounded according to https://heyjackass.com/category/2017-stats/). AOL News Online suggests 2017 was one of the deadliest years for Americans to die from gun violence with over 11,000 people being shot nationwide. Empirical evidence indicates that gun violence is a national public health issue. It is a crisis that does not require more research there needs to be a plan for prevention and intervention. We are at critical mass with this issue! It is time for Chicago to implement strategies to reduce gun violence. Otherwise the city is neglecting its native sons and daughters. Youth do not have opportunities to explore the built environment of Chicago the way tourists do! Guns shots are frequently heard in most neighborhoods. High unemployment rates, food desserts, blight, poverty, and lack of quality education exist. Neighbors survive and hardly know one another. Communities lack social fabric the social support that strengthens communities. Most Chicagoans are marginalized yet Chicagoans are trendsetters bearing down against the cold and bitter conditions. How do we engage in better community health? How do we develop social fabric and provide quality care for our neighborhoods? How do we develop health equity if it is not a collaborative endeavor? What are the strategies we can implement to strengthen the social fabric of our communities? A holistic wellness plan is needed for gun violence prevention and intervention. We also have to address the issue of economic emancipation for the people living and working in Chicago. There has to be an increase in the social, mental, and health services to address the post-traumatic stress disorder associated with gun violence. We also have to develop a plan to address how social media is creating disconnect for some people and contributes to gun violence. We need to add value to our lives by reducing gun violence. It is necessary to advance the overall well-being of the youth. Young people should have opportunities to design programs for their socio mental health, in the prevention and intervention to gun violence. . This long term plan could be educational driven and develop into a health workforce. It could really spark their creativity, build resilience, and educate young people on how to respond to gun violence and trauma! This type of program can contribute to the body of knowledge on how social fabric strengthens the public health of communities! Musically & Artistically Yours, Lavon Nicole Pettis

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RECENSEMENT PROVISOIRE DES BLESSÉ·E·S DES MANIFESTATIONS DE GILETS JAUNES Désarmons-les Le bilan provisoire des blessé·es des manifestations de gilets jaunes qui suit provient du site internet du collectif « Désarmons-les ». Nous le publions avec leur aimable autorisation. N’ayant pas la possibilité de contacter la totalité des personnes ayant subi ces blessures, il nous a semblé plus juste de flouter leurs visages. Source : https://desarmons.net/index.php /2019/01/04/recensement-provisoire-desblesses-graves-des-manifestations-du-moisde-decembre-2018/

Nous dressons ici un bilan non exhaustif des blessures graves occasionnées depuis le 17 novembre 2018 à l’occasion des manifestations de gilets jaunes et lycéennes. Nous n’avons répertorié que les blessures ayant entraîné des fractures des os, la perte totale ou partielle de membres ou l’incrustation dans les chairs d’éclats de grenade. Nous appelons toutes les personnes concernées à nous apporter des précisions et à rectifier notre article en cas d’erreur ou d’oubli. Par ailleurs, nous invitons toute personne blessée à nous contacter pour s’organiser ensemble sur les suites juridiques, le combat contre les armes et la rencontre entre les personnes blessées. Notre contact : desarmons-les@riseup.net 07 58 67 20 60 N’hésitez pas également à visiter le site LE MUR JAUNE et ALLO PLACE BEAUVAU qui effectue le même travail de veille que Désarmons-les ! Précision : nous recensons en premier lieu les blessé-es graves, mais nous ajoutons à notre liste également des personnes qui nous ont contacté et qui ont demandé expressément à apparaître dans le recensement, quelle que soit la gravité de leur blessure et après vérification de l’information évidemment. 1.

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ZINEB REDOUANE, 80 ans, a été tuée par une grenade lacrymogène reçue en plein visage à Marseille le 1er décembre 2018. MAXIME, a été blessé à la

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joue par un tir de LBD 40 à Quimper le 17 novembre 2018. RICHIE A., 34 ans, a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD 40 à Saint-Paul (La Réunion) le 19 novembre 2018. JEROME H. a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD 40 à Paris le 24 novembre 2018. PATRICK G, 59 ans, a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD 40 ou d’une GLI F4 à Paris le 24 novembre 2018. ANTONIO B, 40 ans, vivant à Pimprez, a été gravement blessé au pied par une grenade GLI F4 à Paris le 24 novembre 2018. GABRIEL P, 21 ans, apprenti chaudronnier vivant dans la Sarthe, a eu la main arrachée par une grenade GLI F4 à Paris le 24 novembre 2018. FLORENT P, 30 ans, est blessé par plusieurs éclats de grenade GLI F4 à Paris le 24 novembre 2018. XAVIER E., 34 ans, vivant à Villefranche sur Saône, a eu une fracture de la mâchoire, du palais, du plancher de l’orbite, de la pommette, plusieurs dents cassées et la lèvre coupée par un tir de LBD 40 à Villefranche sur Saône le 24 novembre 2018. SIEGFRIED C, 33 ans, vivant près d’Epernay, a été gravement blessé à la main par une grenade GLI F4 à Paris le 24 novembre 2018. MAXIME W., a été brûlé à la main et a perdu définitivement l’audition à cause d’une grenade GLI F4 à Paris le 24 novembre 2018. FAB a été blessé au front par une grenade de désencerclement à Paris le 24 novembre 2018. AURELIEN a été blessé à la mâchoire (5 points de suture) par un tir de LBD 40 le 24 novembre 2018 à Tours. CEDRIC P., apprenti carre-

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leur vivant à la Possession (Réunion), a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD 40 à la Possession le 27 novembre 2018. JACKY S, 58 ans, a perdu son œil à cause d’un tir de LBD 40 à Saint Louis de la Réunion le 27 novembre 2018. FRANCK D., 19 ans, a perdu son œil à cause d’un tir de LBD 40 à Paris le 1er décembre 2018. HEDI, 29 ans, a perdu son œil à cause d’une grenade de désencerclement au Puy en Velay le 1er décembre 2018. GUY B., ~60 ans, a eu la mâchoire fracturée par un tir de LBD 40 à Bordeaux le 1er décembre 2018. AYHAN P, 52 ans, technicien Sanofi vivant à Joué-lesTours, a eu la main arrachée par une grenade GLI F4 à Tours le 1er décembre 2018. BENOIT B., 29 ans, a été gravement blessé à la tempe (œdème cérébral) par un tir de LBD 40 à Toulouse le 1er décembre 2018. Il a été placé en coma artificiel. MAJ : il est sorti du coma après 20 jours, le 21 décembre 2018. MEHDI K, 21 ans, a été gravement blessé (fracture du plancher de l’orbite gauche, suture d’une plaie joue gauche, mâchoire déboîtée, trois dents ébréchées, sinus cassés : 20 jours d’ITT) lors d’un passage à tabac à Paris le 1er décembre 2018. ANTHONY, 18 ans, a été blessé à l’œil par un tir de LBD 40 à Paris le 1er décembre 2018. JEAN-PIERRE, a eu la main fracturée par un tir de LBD 40 à Toulouse le 1er décembre 2018. MAXIME I, 40 ans, a eu une double fracture de la mâchoire à cause d’un tir de LBD 40 à Avignon le 1er décembre 2018. FREDERIC R., 35 ans, a eu la main arrachée par une grenade GLI F4 le 1er décembre

2018 à Bordeaux. 26. CHRISTOPHE L. a eu le nez fracturé et le front ouvert par un jet de CANON A EAU le 1er décembre 2018 à Paris. 27. LIONEL J, 33 ans, a été blessé à la tempe (7 points de suture + 1 plan sous-cutané) par un tir de LBD 40 le 1er décembre 2018 à Paris. 28. KEVIN P a été brûlé au second degré profond à la main gauche (15 jours d’ITT) par une capsule de gaz lacrymogène le 1er décembre 2018 à Paris. 29. MATHILDE M, 22 ans, a été blessée à l’oreille (25 points de suture, acouphènes, lésions internes légères avec troubles de l’équilibre) par un tir de LBD 40 à Tours le 1er décembre 2018. 30. ROMEO B, 19 ans, a eu une fracture ouverte du tibia (90 jours d’ITT) par un tir de LBD 40 le 1er décembre 2018 à Toulouse. 31. ELIE B, 27 ans, a eu une fracture de la mâchoire et une dent cassée par un tir de LBD 40 le 1er décembre 2018 à Paris. 32. ETIENNE P, agent SNCF, a eu une fracture du tibia (90 jours d’ITT) à cause d’un tir de LBD 40 le 1er décembre 2018 à Paris. 33. HUGO C, photographe, a été blessé à l’arcade par un tir de LBD 40 le 1er décembre 2018 à Paris. 34. CHARLINE R, 29 ans, a été blessée au pied (opération d’extraction sous anesthésie générale) par un éclat de grenade GLI F4 à Paris le 1er décembre 2018. 35. ALEXANDRE S, 27 ans, a été blessé aux jambes par des éclats multiples de grenade GLI F4 à Paris le 1er décembre 2018. 36. FRANCK O a été blessé au front par un tir de LBD 40 à Paris le 1er décembre 2018. 37. ROMAIN a été blessé par une grenade de désencerclement

à Paris le 1er décembre 2018. 38. BENJAMIN R a été blessé à la mâchoire (menton) par un tir de LBD40 le 1er décembre 2018 à Paris. 39. MEHDI F a été blessé au torse (avec tuméfaction du poumon) par un tir de LBD40 le 1er décembre 2018 à Bordeaux. 40. CHRISTOPHER a eu une triple fracture des os du visage à cause d’un tir de LBD 40 le 1er décembre 2018 à Calais. 41. DORIANA, 16 ans, lycéenne vivant à Grenoble, a eu le menton fracturé et deux dents cassées par un tir de LBD 40 à Grenoble le 3 décembre 2018. 42. ISSAM, 17 ans, lycéen vivant à Garges les Gonesse, a eu la mâchoire fracturée par un tir de LBD 40 à Garges-les-Gonesse le 5 décembre 2018. 43. OUMAR, 16 ans, lycéen vivant à Saint Jean de Braye, a eu le front fracturé par un tir de LBD 40 à Saint-Jean-deBraye le 5 décembre 2018. 44. JEAN-PHILIPPE L, 16 ans, a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD 40 le 6 décembre 2018 à Béziers. 45. RAMY, 15 ans vivant à Vénissieux, a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD 40 ou une grenade de désencerclement à Lyon le 6 décembre 2018. 46. ANTONIN, 15 ans, a eu la mâchoire et la mandibule fracturées par un tir de LBD 40 à Dijon le 8 décembre 2018. 47. THOMAS, 20 ans, étudiant vivant à Nîmes, a eu le sinus fracturé par un tir de LBD 40 à Paris le 8 décembre 2018. 48. DAVID, tailleur de pierre vivant en région parisienne, a eu la maxillaire fracturée et la lèvre arrachée par un tir de LBD 40 à Paris le 8 décembre 2018. 49. FIORINA L., 20 ans, étudiante vivant à Amiens, a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD à Paris le 8 décembre 2018.


50. ANTOINE B., 26 ans, a eu la main arrachée par une grenade GLI F4 à Bordeaux le 8 décembre 2018. 51. JEAN-MARC M. (JIM), 41 ans, horticulteur vivant à Saint-Georges d’Oléron, a perdu son œil droit à cause d’un tir de LBD 40 à Bordeaux le 8 décembre 2018. 52. ANTOINE C., 25 ans, graphiste freelance vivant à Paris, a perdu son œil gauche à cause d’un tir de LBD 40 à Paris le 8 décembre 2018. 53. CONSTANT D., 43 ans, technico-commercial au chômage vivant à Bayeux, a eu une fracture du plancher orbital, une triple fracture du nez et 25 points de suture à cause d’un tir de LBD 40 à Mondeville le 8 décembre 2018. 54. CLEMENT F., 17 ans, a été blessé à la joue par un tir de LBD 40 à Bordeaux le 8 décembre 2018. 55. NICOLAS C., 38 ans, a eu la main gauche fracturée par un tir de LBD 40 à Paris le 8 décembre 2018. 56. YANN, a eu le tibia fracturé par un tir de LBD 40 à Toulouse le 8 décembre 2018. 57. PHILIPPE S., a été gravement blessé aux côtes, avec hémorragie interne et fracture de la rate par un tir de LBD à Nantes le 8 décembre 2018. 58. ALEXANDRE F., 37 ans, a perdu son œil droit à cause d’un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Paris. 59. MARIEN, 27 ans, a eu une double fracture de la main droite à cause d’un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Bordeaux. 60. FABIEN, a eu la pommette fendue et le nez fracturé par un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Paris. 61. EMERIC S., 22 ans, a eu le poignet fracturé avec déplacement du cubitus par un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Paris. 62. HICHEM B. a eu la main gauche fracturée par un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Paris. 63. HANNIBAL V. a été blessé à l’œil par un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Paris. 64. MANON M. a eu le pied (2e métatarse) fracturé par un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Nantes. 65. ALEXANDRA a été blessée à l’arrière de la tête par un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Paris. 66. MARTIN C. a été blessé à proximité de l’œil par un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Marseille. 67. GUILLAUME P., a eu une fracture ouverte de la main avec arrachement des tendons à cause d’un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Nantes. 68. AXELLE M., 28 ans, a eu une double fracture de la mâchoire et des dents cassées par un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Paris. 69. STEVEN L., 20 ans, a eu le tibia fracturé par un tir de LBD 40 et la main fracturée à cause de coups de matraque télescopique (jusqu’à perte de connaissance) le 8 décembre 2018 à Paris. 70. ERIC P. a eu une fracture de la mâchoire, la lèvre fendue et des dents cassées par un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Paris. 71. DAVID D., 31 ans, ouvrier du bâtiment, a eu le nez fracturé, une narine sectionnée et un

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hématome à la lèvre supérieure à cause d’une grenade de désencerclement le 8 décembre 2018 à Bordeaux. PATRICE P., 49 ans, a perdu l’œil droit à cause d’un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Paris. NICOLAS D, a eu la pommette fracturée par un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Paris. NICOLAS, 38 ans, a eu une fracture du métacarpe à cause d’un tir de LBD 40 à Paris le 8 décembre 2018. CHARLES A a été blessé au front par un tir de LBD 40 le 8 décembre 2018 à Rouen. JEAN MICHEL, ~40 ans, a eu la mâchoire fracturée, la lèvre fendue et des dents arrachées par un tir de LBD 40 à Paris le 8 décembre 2018. R. a été blessé à l’arrière de la tête (décollement de la membrane cérébrale, hématome extradural, fracture non-déplacée du crâne = 1 mois d’ITT) par un tir de LBD 40 le 08 décembre 2018 à Paris. VANESSA L., 33 ans, a partiellement perdu l’usage de son œil gauche (perte d’acuité de 3/4) et eu le crâne fracturé par un tir de LBD 40 le 15 décembre 2018 à Paris. ETIENNE K., a eu une triple fracture de la mandibule gauche à cause d’un tir de LBD 40 le 15 décembre 2018 à Paris. FABIEN R, 30 ans, a eu le testicule gauche fracturé (nécessitant son ablation) par un tir de LBD 40 le 15 décembre 2018 à Bordeaux. LOLA V., 18 ans, a eu une triple fracture de la mâchoire, des dents cassées et la joue ouverte le 18 décembre 2018 à Biarritz. RODOLPHE, a été blessé aux jambes par une grenade de désencerclement le 18 décembre 2018 à Sens. BERNARD T a été blessé à la jambe (avec infection) par un tir de LBD40 à Rennes le 19 janvier 2019. JANELLE M., a été blessée au pied par une grenade de désencerclement (à confirmer) le 22 décembre 2018 à Nancy. AURORE C., a eu une fracture de la malléole gauche (6 semaines d’immobilisation, 45 jours d’ITT) à cause d’un tir de LBD 40 le 22 décembre 2018 à Bourg-en-Bresse. AGNES LACAM, a été blessée au dos et à la main (arrachement osseux et des ligaments, 4 jours d’ITT) par 2 tirs de LBD 40 à Toulouse le 22 décembre 2018. AGNES LOUE a été blessée à la cuisse gauche par une grenade de désencerclement à Nantes le 22 décembre 2018. VICTORIA F a été blessée à l’arrière de la tête (18 agrafes) par un tir de LBD 40 à Paris le 22 décembre 2018. GREGORY a été grièvement blessé aux testicules par un tir de LBD 40 à Rouen le 22 décembre 2018. “R.G”, 24 ans, a perdu un œil à cause d’un tir de LBD 40 le 29 décembre 2018 à Toulouse. CORENTIN G., a été blessé à la jambe par un gros éclat de grenade GLI F4 le 29 décembre 2018 à Rouen. STEVE B. a été blessé à la jambe par plusieurs éclats métalliques de grenade GLI F4 le 29 décembre 2018 à Rouen. SABRINA L, 38 ans, a été bles-

sée à la jambe par plusieurs éclats métalliques de grenade GLI F4 le 29 décembre 2018 à Rouen. 94. MICKA T. a été blessé à la jambe et à la tempe par plusieurs éclats métalliques de grenade GLI F4 le 29 décembre 2018 à Rouen. 95. MICKAEL F, 37 ans,a été blessé à la jambe par plusieurs éclats métalliques (12 jours d’ITT) de grenade GLI F4 le 29 décembre 2018 à Rouen. 96. COLINE M. a été blessée au bras par un tir de LBD 40 le 29 décembre 2018 à Rouen. 97. JONATHAN C. a été blessé au bras par un tir de LBD 40 le 29 décembre 2018 à Rouen. 98. ADRIEN M., 22 ans, a été gravement blessé derrière la tête (traumatisme crânien) par un tir de LBD 40 le 29 décembre 2018 à Nantes. 99. YVAN B, a été blessé au nez et à l’œil (8 points de suture) par un tir de LBD 40 le 29 décembre 2018 à Montpellier. 100.FANNY B, 29 ans, a été blessée à la cheville par une grenade de désencerclement le 29 décembre 2018 à Nantes. 101. LAURENT a été blessé au front (11 points de suture) par un tir de LBD 40 le 29 décembre 2018 à Montpellier. 102. GEOFFREY a eu le nez fracturé (29 points de suture) par un tir de LBD 40 à Montpellier le 29 décembre 2018. 103. MANON a eu une fracture de la main avec plaie à l’index et hématomes sur le reste du corps à cause d’un grenade de désencerclement à Montpellier le 29 décembre 2018. 104. GUILLAUME a été blessé à l’arcade (4 points de sutures au front, oedème palpébral) par une grenade de désencerclement le 29 décembre 2019 à Nantes. 105. SYLVERE E. a été blessé au pied (fracture non déplacée des 2e et 3e métatarse) par un tir de LBD 40 à Albi le 1er janvier 2019. 106.ROBIN B. a été blessé à l’arrière de la tête (4 agrafes + hématome) par un tir de LBD 40 le 05 janvier 2019 à La Rochelle. 107. FLORENT M. a eu une fracture ouverte de la zygomatique à cause d’un tir de LBD 40 le 05 janvier 2019 à Paris. 108.OLIVIER H. a été blessé à la tête (traumatisme crânien avec perte de connaissance) par un tir de LBD40 le 05 janvier 2019 à Paris. 109. DANIEL a été blessé au front par un tir de LBD 40 le 05 janvier 2019 à Paris. 110. LIONEL L. a eu une fracture ouverte de la jambe (3 mois d’immobilisation) à cause d’une grenade de désencerclement à Paris le 5 janvier 2019. 111. DAVID S. a eu le nez cassé et 9 points de suture (20 jours d’ITT) à cause d’un tir de LBD 40 le 5 janvier 2019 à Bordeaux. 112. ADRIEN, a été blessé à l’œil par un tir de LBD 40 le 5 janvier 2019 à Saint-Étienne. 113. VITALIA, photographe, a eu le sinus maxillaire droit, du zygomatique droite et du plancher orbitaire à cause d’un tir de LBD 40 à Paris le 5 janvier 2019. 114. LEILA D, a été blessée à l’arcade sourcilière (4 points de suture, 5 jours d’ITT) par un tir de LBD 40 à Paris le 5 janvier 2019. 115. CYRILLE B a eu une triple fracture du pied (métatarsien,

45 jours d’ITT) à cause d’un tir de LBD 40 à Puy-en-Velay le 5 janvier 2019. 116. NINEF R, 35 ans, a perdu un œil à cause d’un tir de LBD 40 le 12 janvier 2019 à Toulon. 117. BENJAMIN V., 23 ans, ouvrier, a perdu un œil et 6 fractures des os de la face et du nez à cause d’un tir de LBD 40 le 12 janvier 2019 à Bordeaux. 118. XAVIER L., 46 ans, photo-journaliste, a eu la rotule fracturée (45 jours d’ITT) par un tir de LBD 40 le 12 janvier 2019 à La Rochelle. 119. LILIAN, 15 ans, a eu la mâchoire fracturée par un tir de LBD 40 le 12 janvier 2019 à Strasbourg. 120. WILLIAM R., 23 ans, a eu une fracture de l’arcade sourcilière avec hématome intracrânien à cause d’un tir de LBD 40 le 12 janvier 2019 à Paris. 121. LUDOVIC B, a été blessé à la joue par une grenade de désencerclement à Paris le 12 janvier 2019. 122. SEBASTIEN M, a eu la mâchoire fracturée et 5 dents cassées par un tir de LBD 40 le 12 janvier 2019 à Paris. 123. MARIE-PIERRE L., 47 ans, a été blessée à la cuisse par une grenade de désencerclement le 12 janvier 2019 à Nantes. 124. SANDRA, 29 ans, a été gravement blessée au pied (10 jours de soins, risque de phlébite) par un tir de LBD 40 le 12 janvier 2019 au Havre. 125. SAMIR a été gravement blessé à la tempe (paralysie faciale) par un tir de LBD 40 le 12 janvier 2019 à SaintÉtienne. 126. OLIVIER, 51 ans, pompier, a été gravement blessé à la tempe (placé en coma artificiel suite à une hémorragie cérébrale) par un tir de LBD 40 le 12 janvier 2019 à Bordeaux 127. NICOLAS, a été blessé à l’œil par un tir de LBD 40 le 12 janvier 2019 à Bar le Duc. 128. ANTHONY B., a été blessé derrière la tête (traumatisme crânien, 10 points de suture sous-cutanés, 10 points de suture de surface) par un tir de LBD 40 le 12 janvier 2019 à Besançon. 129. MAR, 51 ans, a été blessé au front (traumatisme crânien, plaie ouverte de 10 cm de long et jusqu’au crâne, 10 points de suture) par un tir de LBD 40 le 12 janvier 2019 à Nîmes. 130. SEBASTIEN D., a eu la mâchoire fracturée par un tir de LBD 40 le 12 janvier 2019 à Nîmes. 131. CEDRIC a eu une fracture ouverte du premier métacarpe et un tendon sectionné à cause d’un tir de LBD 40 le 12 janvier 2019 à Bourg en Bresse. 132. VINCENT S, 36 ans, technicien informatique, a été gravement blessé à la tête par une balle de LBD40 ayant provoqué un traumatisme crânien occasionnant la perte de la parole (10 jours d’hospitalisation, 40 jours d’ITT reconductibles) à Bourges le 12 janvier 2019. 133. ANONYME, 14 ans, a perdu son œil droit à cause d’un tir de LBD 40 à Saint Etienne le 12 janvier 2019. 134. VIRGILE a eu le nez fracturé, un œdème palpébral à l’œil droit et une plaie de 6 cm à cause d’un tir de LBD 40 le 12 janvier 2019 à Montpellier. 135. GWENDAL L, 27 ans, a perdu un œil à cause d’une grenade de désencerclement le 19 jan-

vier 2019 à Rennes. 136. AXEL, 25 ans, a eu plusieurs fractures du front et de l’arcade, une fracture de l’orbite et un oedème à l’œil à cause d’un tir de LBD 40 le 19 janvier 2019 à Montpellier. 137. JEAN CLAUDE M, a été gravement blessé à l’œil (perte temporaire de la vue) par un tir de LBD 40 le 19 janvier 2019 à Rennes. 138. YANN S, 39 ans, serveur, a eu 11 dents fracturées et expulsées (12 jours d’ITT) par des coups de matraques à Toulouse le 19 janvier 2019. 139. JEROME R., a perdu un œil à cause d’un tir de LBD 40 ou d’une grenade de désencerclement (à déterminer) à Paris le 26 janvier 2019. 140. SYLVAIN a été blessé à l’œil (hématome de 7cm × 5cm, plaie sous l’angle interne mesurant 2 cm, suturée) par un plot de grenade de désencerclement le 02 février 2019 à Toulouse. 141. CHRISTOPHE a été blessé à la mâchoire par un tir de LBD 40 le 02 février 2019 à Paris. 142. JEROME D a été blessé au front (10 points de suture) par un tir tendu de grenade (à déterminer) le 02 février 2019 à Toulouse. 143. LOUIS B a eu une fracture du pied à cause d’un tir de LBD 40 à Paris le 02 février 2019. 144. NICOLAS a été blessé à la mâchoire par un tir de LBD 40 à Paris le 02 février 2019. 145. SEBASTIEN M a eu la main arrachée par une grenade GLI F4 à Paris (devant l’Assemblée Nationale)le 09 février 2019. 146. STEPHANIE F a été blessée au coude (12 points de suture, pose de vis) par un tir de LBD 40 à Lorient le 09 février 2019. 147. YANNICK, 35 ans, a eu plusieurs dents cassées par un tir de LBD 40 à Paris le 16 février 2019. 148. UN HOMME a été grièvement blessé au visage (mâchoire et dents) par un tir de LBD 40 à Paris le 2 mars 2019. 149. THOMAS, 22 ans, animateur, a été grièvement blessé à l’œil gauche (fractures de la mâchoire et de la zygomatique) par un tir tendu de grenade lacrymogène à Lyon le 9 mars 2019 . 150. UN HOMME, syndicaliste CGT, a eu une fracture du péroné (45 jours d’ITT) à cause d’un tir de LBD 40 à Lyon le 9 mars 2019. 151. MELISANDE, 31 ans, a été blessée à la main (fracture du 2e métacarpien + plaie articulaire = 2 broches) à Quimper le 9 mars 2019. 152. DAVID B. a perdu un œil à cause d’un tir de LBD 40 à Paris le 16 mars 2019. 153. LAURENCE R.M. a eu une fracture des sinus et une fracture du plancher orbital à cause d’un tir de LBD 40 à Paris le 16 mars 2019. 154. UN HOMME a eu une partie du pied arraché par une grenade GLI F4 à Paris le 16 mars 2019. 155. OLIVIER F., 49 ans, a perdu son œil à cause d’un tir de LBD 40 ou d’une grenade DMP à Charleville Mézière le 23 mars 2019. 156. XAVIER, 25 ans, a perdu un œil à cause d’un tir de LBD 40 à Paris le 20 avril 2019. 157. DYLAN, 18 ans, a perdu un œil à cause d’une grenade de désencerclement à Montpellier le 1er mai 2019. INTERVENTIONS/INTERVENTIONS

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STREET MEDICS HOMMAGE VISUEL JohanPx

Super medic. © @JohanPx

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Intervention. © @JohanPx

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Même les medics prennent des risques. © @JohanPx

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Medic pompier. © @JohanPx

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DISPENSAIRES AUTOGÉRÉS Collectif Solidarité France-Grèce pour la Santé Ce texte constitue un extrait (pages 34 à 44), de l’ouvrage collectif Les dispensaires autogérés grecs. Résistances et luttes pour le droit à la santé, écrit par Christine Chalier, Bruno Percebois, Danielle Montel, Éliane Mandine et Jean Vignes, membres du collectif Solidarité France-Grèce pour la Santé et paru aux Éditions Syllpese en septembre 2016 suite à de nombreux séjours en Grèce du collectif afin d’apporter aux dispensaires de santé solidaires grecs, médicaments et matériel médical. Cet extrait est publié dans Après la révolution avec l’aimable autorisation des Éditions Syllepse (www.syllepse.net).

PHARMACIES ET DISPENSAIRES SOCIAUX SOLIDAIRES Avant la crise de 2008, les dispensaires sociaux étaient destinés aux personnes en dehors du système, les migrants et les sans-abri. Le premier dispensaire a ainsi été créé à Rethymnon en Crète pour venir en aide à des migrants abandonnés à eux-mêmes après leur naufrage. À partir de 2010, le Mémorandum impose à la Grèce des mesures d’austérité très sévères aux conséquences humanitaires dramatiques. 30 à 40 % de la population grecque est exclue du système de santé, faisant dire à Médecins du monde que pour les plus précaires, il n’est plus question d’austérité mais de survie. À l’initiative de professionnels de santé (médecins, dentistes, infirmiers, pharmaciens, etc.) et de simples citoyens, un nouveau système, basé sur la solidarité, le bénévolat, le don et l’entraide, s’est alors mis en place : les pharmacies et dispensaires sociaux solidaires. Ces structures sont une réponse militante face à la crise économique et font appel à la solidarité pour répartir les moyens inutilisés partout où ils se trouvent. Sans existence juridique, ces structures tentent de fournir consultations et médicaments gratuits à celles et ceux, grecs ou étrangers, qui ont perdu leur couverture médicale ou qui sont en très grande diffi-

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culté financière, soit actuellement environ 50 % de la population. Les dispensaires se sont auto-organisés sur trois principes fondateurs : 1) le travail y est totalement bénévole, personne ne pouvant recevoir d’argent dans le cadre de cette activité ; 2) les soins fournis ne sont pas payés par les patients ; 3) l’indépendance complète en refusant tout sponsoring ou financement provenant de l’État, des organismes privés, d’ONG ou des partis politiques (aucun financement pérenne garantissant des projets à long terme). Les dispensaires font appel à des dons (médicaments, matériels…) et si certains perçoivent des aides financières provenant de l’association Solidarité pour tous, d’autres, comme le dispensaire de Vyronas, les refusent pour rester indépendants de tout parti politique, Syriza contribuant aux ressources de Solidarité pour tous. Depuis 2012, une cinquantaine de ces structures ont vu le jour dans le pays dont 16 en Attique où 700 solidaires volontaires y participent en tant que permanents ou membres de réseaux affiliés, soit en moyenne une cinquantaine de solidaires par centre. Ouverts plusieurs heures par semaine, les dispensaires ont vu leur activité croître de 40 % par an. En 2015, chacun d’entre eux a reçu environ 2 000 patients par mois. Le dispensaire ouvert à Halandri en mars 2015 est situé dans un quartier de « classes moyennes ». Le maire, présent lors de la rencontre, nous explique que « son existence dans ce quartier témoigne de la gravité de la crise économique ». Ce sont désormais ces nouveaux pauvres, les chômeurs de toutes professions, les commerçants et les petits entrepreneurs qui ont


fait faillite et les migrants qui affluent au dispensaire de la rue Iktinou. Toutes les tranches d’âge sont représentées, toutefois l’âge moyen est compris entre 40 et 60 ans, âge où généralement la fréquence des consultations médicales est plutôt basse. Le stress et l’angoisse provoquée par les phénomènes de déclassement, la précarité et la pauvreté sont à l’origine d’une augmentation des états dépressifs et de diverses pathologies (hypertension, infarctus, voire cancers) dans cette population active. Ce qui se traduit par une forte augmentation des demandes de prise en charge des besoins psychiatriques et psychologiques, qui ont connu une augmentation considérable, atteignant 30 % des consultations. Les dispensaires sont installés dans des locaux mis à disposition par les mairies et partagés avec les centres de santé municipaux, par des écoles ou encore par des particuliers solidaires avec le projet. Les locaux sont parfois réquisitionnés par les membres des dispensaires. Les travaux de peinture ou d’électricité nécessaires à l’installation des dispensaires sont souvent réalisés par des solidaires aidés par des patients devenus solidaires temporaires ou permanents. Les tableaux et les sculptures qui décorent parfois les bureaux sont des œuvres réalisées et offertes par des patients. Nous remarquons l’encombrement des pièces, dénotant des locaux trop exigus pour les besoins. Les équipements proviennent tous de dons. Les besoins en soins dentaires étant considérables (30 % des patients souffrent de problèmes bucco-dentaires), pratiquement tous les centres se sont dotés d’un cabinet dentaire, équipés de matériel généralement offert par des dentistes à la retraite. Certains dispensaires ont aménagé un cabinet de gynécologie (Néa-ionia, Nea-smyrni, Halandri) ou une salle pour la petite chirurgie (Néa-ionia). Tous les dispensaires disposent d’une ou deux salles de consultation de médecine générale, de pédiatrie et de salles de psychiatrie. Un cabinet d’ophtalmologie est prévu à Halandri grâce au don de la veuve d’un ophtalmologiste. Lorsqu’ils ne peuvent pas offrir les consultations spécialisées sur place, les dispensaires dirigent les patients vers des praticiens de ville qui offrent des consultations gratuites. De nombreux médecins et professionnels de la santé travaillent en réseau avec les structures solidaires. Des laboratoires acceptent parfois de réaliser des analyses gratuitement. Les premiers soins sont assurés dans les dispensaires et si nécessaire les patients sont adressés à l’hôpital. Les membres des dispensaires exercent parfois une pression pour que les malades soient pris en charge : des hôpitaux ont ainsi été obligés de donner des soins à ceux qu’ils avaient auparavant refusés. Les liens avec les hôpitaux sont nombreux, que ce soit pour la prise en charge d’une pathologie qui dépasse les compétences des dispensaires, ou, à l’inverse, pour dépanner les hôpitaux en médicaments. La crise ne leur permettant pas toujours de disposer d’un budget suffisant pour s’en procurer. Certains dispensaires ne délivrent pas de soins directement

mais coordonnent des réseaux de médecins libéraux qui reçoivent gratuitement les patients qui leur sont envoyés. C’est le cas de celui de Vyronas qui coordonne 105 médecins. Nous gardons un souvenir particulier de ce dispensaire situé au rez-de-chaussée d’une petite maison. Nous y avons été très chaleureusement accueillis par l’équipe de solidaires. Dimitri, un monsieur plus très jeune qui a connu le régime des colonels, nous raconte que vivant avec sa femme dans le quartier, ils ont vu la détresse de la population grandir au fil des ans depuis le début de la crise. Malgré leur âge et leur passé bien rempli, ils ne pouvaient pas rester inactifs. Avec un groupe de médecins et de pharmaciens qu’ils ont réunis, ils ont ouvert ce dispensaire fin 2012. Dimitri nous guide. La pièce à droite en entrant est réservée au secrétariat : trois personnes y travaillent. La pièce attenante est encore en travaux. Le dispensaire a dû déménager d’un appartement voisin pour venir s’installer dans ces nouveaux locaux. Le montant de la location constitue un revenu pour la propriétaire, une dame âgée, et lui permet de subsister. Elle est également solidaire. L’électricité n’est pas encore installée et la peinture est en cours. Dimitri nous explique que ce sont les solidaires qui font les travaux, aidés parfois par des patients qui rendent ainsi ce qu’ils ont reçu. Dans la troisième pièce sont entreposés des médicaments. Pendant que Dimitri nous parle, nous voyons défiler des hommes et des femmes, des jeunes et des moins jeunes, tous avec un sac plus ou moins volumineux qu’ils déposent au secrétariat. Intrigués, nous demandons ce que contiennent ces sacs. Ce sont des médicaments restants après la fin d’un traitement ou non utilisés pour des raisons diverses. Les patients collectent et rapportent au dispensaire tout ce qu’ils trouvent. Après avoir salué les volontaires, un jeune homme, visiblement intimidé par notre présence, se faufile vers le secrétariat. Dimitri le retient et lui demande de nous décrire son existence : Il s’appelle Alexis. Il a 27 ans, en paraît beaucoup plus, et quand il commence à parler, il laisse entrevoir des dents très abîmées. Il souffre d’un handicap et n’a pas de qualification. Il avait un emploi mais après s’être blessé, ne pouvant plus exercer son activité, il a été licencié. Il n’a droit à aucune indemnité et, sans travail, il n’a plus d’assurance-maladie. Il vit seul avec sa mère, elle-même grabataire à cause d’une longue maladie. Sa mère a pu obtenir une pension d’invalidité (340 euros par mois) mais comme elle ne vit pas seule, elle n’a pas droit à une aide à domicile. Ses revenus sont insuffisants pour prétendre aller dans un établissement médicalisé. Alexis est donc de fait en charge de sa mère, ce qui lui laisse peu de disponibilité pour retrouver un emploi et les oblige tous deux à subsister avec la modique pension de la mère. Tous deux ont besoin de médicaments qu’ils ne peuvent pas payer. Alexis vient au dispensaire pour renouveler son ordonnance qui lui permettra d’obtenir gratuitement les médicaments dans une pharmacie solidaire. Il vient parfois simplement pour demander conseil et quand il peut, il rend de menus services.

Dimitri explique à Alexis que nous sommes français, et que nous souhaitons apporter notre aide par un don au dispensaire. Très touché par cette démarche, Alexis nous remercie en des termes à vous faire venir les larmes aux yeux et, pour certains, un brin de culpabilité à ne pas contribuer assez pour modifier cet état de fait. Le rôle de cette structure, poursuit Dimitri, est aussi de défendre les plus démunis face à l’administration, grâce à des avocats et des juristes bénévoles qui les aident à faire valoir leurs droits. Ils interviennent auprès des institutions pour exiger que le droit soit appliqué ou que les situations particulières soient prises en compte. Pour Alexis et sa mère, il a été requis que leur cas soit revu, et qu’une aide à domicile leur soit accordée. L’affaire est en cours. Selon les quartiers, en fonction des besoins, les structures solidaires déploient des activités différentes. À Néa-ionia, un quartier ouvrier si pauvre que la population fait tout pour éviter les naissances, des séminaires sur la contraception sont organisés. À Peristeri, autre quartier populaire avec un fort taux de chômage, en plus des soins médicaux, c’est de la nourriture qui est distribuée une fois par semaine. Dans un des dispensaires, l’un d’entre nous note : « Dans une des salles visitées, des boîtes de remèdes sont empilées sur une étagère ; deux solidaires s’activent : une dame aux cheveux blancs enregistre les prescriptions sur un ordinateur pendant qu’une autre prend les ordonnances et sélectionne les boîtes dans la pharmacie. » Une scène que nous verrons se répéter à plusieurs reprises. Partout, des pièces sont aménagées en pharmacie, avec des étagères pleines de médicaments ou parfois des tables recouvertes de boîtes en vrac. La quasi-totalité des médicaments, déposés dans des sacs en plastique ou même dans des valises devant l’entrée des dispensaires, provient de dons anonymes ou est collectée par des solidaires auprès des pharmacies ou chez des particuliers. Parfois, la famille d’un malade décédé rapporte les médicaments non utilisés : à Korydallos au Pirée, 8 % des médicaments proviennent de patients décédés. Les solidaires trient et rangent les boîtes par classes de molécules et par dates de péremption. Afin que les médicaments soient répartis au mieux entre les dispensaires, ils sont enregistrés sur ordinateur pour constituer une banque d’échange informatique mise en ligne sur internet. Ainsi, lorsqu’un produit est indisponible, il est possible de pallier ce manque en recherchant dans la banque s’il est disponible ailleurs et de le « commander ». Les médicaments sont délivrés sur ordonnance par des pharmaciens solidaires. Au KIFA, quatre pharmaciens se relaient pour fournir gratuitement des médicaments à 500 ou 600 personnes par mois. À Patissia, ce sont trois pharmaciens solidaires qui officient. Toutefois, certains produits font défaut : plus rares, plus onéreux (comme les anticancéreux), destinés à des maladies chroniques (insuline), certains médicaments pédiatriques, les vaccins. Ils

doivent alors être achetés par les dispensaires via les pharmacies. Les solidaires utilisent également les réseaux sociaux pour les demander. À cet effet, le site internet créé par Giorgos Vichas publie chaque jour des messages qui recensent les besoins urgents : un traitement contre le cancer à 5 000 euros par mois ou du lait pour les nourrissons. Les Grecs répondent en masse en envoyant le contenu de leurs armoires à pharmacie. Grâce aux relations existantes, de l’aide est également demandée à Médecins du monde. Des personnes atteintes de cancer peuvent ainsi recevoir gratuitement leurs traitements. Le prix des médicaments ayant flambé avec la crise, il faut parfois débourser 25 % du prix, contre 5 % auparavant, l’apport des médicaments constitue en soi un bel exemple de solidarité. La population entière semble s’être investie pour que les pharmacies improvisées soient suffisamment approvisionnées et répondent aux besoins immédiats des patients. Au cours de nos visites, à Vyronas et dans tous les dispensaires, nous avons été témoins du défilé permanent de gens apportant un petit sac plastique contenant des médicaments et remis au secrétariat des dispensaires. Ce travail incroyable et indispensable de redistribution mérite d’être souligné, d’autant plus que c’est une activité illégale car les dispensaires n’ont pas de licence. Il existe toujours le risque d’une sanction amenant à stopper cette initiative.

LES DISPENSAIRES SOCIAUX SOLIDAIRES SE COORDONNENT Les dispensaires sociaux solidaires sont des structures animées par des collectifs composés de professionnels de santé et de citoyens, souvent habitants du quartier. Ceux-ci ont parfois été des patients et ils œuvrent au fonctionnement, que ce soit en gérant l’administration, en assurant le secrétariat ou en faisant le ménage. Chacun est libre de donner le temps qu’il veut et qu’il peut. Toutes et tous peuvent rejoindre l’équipe indépendamment de leurs croyances religieuses ou philosophiques et de leurs opinions politiques. La relation aux patients n’est ni de la condescendance ni de la charité ni de la philanthropie, mais de la solidarité. La solidarité est l’affaire de tous avec une contribution de tous selon les possibilités de chacun. Ce n’est pas de l’assistance des uns vers les autres : les patients reçoivent de l’aide, des médicaments ou des soins, mais en retour ils peuvent participer à des actions concrètes (collecte de médicaments, entretien des locaux, etc.). Ils sont aussi incités à se mobiliser en participant à l’action collective pour exiger une politique plus sociale et résister au régime d’austérité. Il y a réciprocité des échanges avec une volonté de former une communauté de pratique et de pensée défendant des valeurs autres que la politique néolibérale imposée par l’Europe. Les dispensaires se sont donnés les missions suivantes : • Procurer des soins médicaux gratuits et des traitements à toutes celles et ceux qui sont privés de couverture sociale ou qui ne disposent pas des ressources suffisantes pour se soigner, tout

en combattant au jour le jour le démantèlement du système public de santé. • Militer pour un système de santé public de qualité, accessible à toutes et à tous et pour le respect des droits des patients. Les dispensaires ne doivent pas se substituer au service public. Au contraire, la volonté est qu’à terme ils disparaissent pour laisser place à un système public de santé satisfaisant. Être soigné est un droit et les gens doivent l’exiger de l’État et résister au démantèlement du service public. Pour cela, les solidaires, les patients et des associations citoyennes organisent des interventions auprès des administrations hospitalières pour revendiquer l’accès à la santé pour tous. Ils mènent également des actions (manifestations, occupations de locaux hospitaliers…) pour imposer l’accès gratuit aux soins [Charte de solidarité des cliniques sociales et des pharmacies solidaires, p. 50]. Le fonctionnement des dispensaires est horizontal, sans hiérarchie. Dans les dispensaires autogérés, tous les participants sont égaux, que ce soit les professionnels de santé qui donnent de leur temps, consultent gratuitement et délivrent des traitements ou les citoyens solidaires qui tiennent le secrétariat et entretiennent les locaux. Les prises de décisions et les différentes questions (comme le choix de l’utilisation des dons pour l’achat de médicaments) sont débattues lors d’assemblées générales, lesquelles ont lieu toutes les semaines ou tous les quinze jours. Tous les solidaires et les patients qui le souhaitent, quel que soit leur niveau d’implication, participent à égalité à cette assemblée. Les dispensaires et pharmacies sociaux solidaires se sont également dotés d’une coordination. Celle d’Athènes se réunit en assemblée générale chaque mercredi. Chacun des dispensaires est représenté par rotation par un ou plusieurs membres, selon les sujets abordés, désignés par l’ensemble des solidaires. La position de délégué n’est pas enviée : c’est une charge de travail supplémentaire qui s’ajoute à une charge déjà lourde. D’où l’importance de la rotation. Le rôle de la coordination est de faciliter les échanges d’expériences, de résoudre les difficultés, de redistribuer les dons, d’organiser des actions (soins aux cancéreux, luttes pour réclamer le droit à la santé pour tous), de faire connaître l’activité mise en œuvre et d’assurer la défense de tous (par exemple contre l’Ordre des médecins de la région nordouest qui a déclaré illégale l’action des dispensaires). En se regroupant, l’action a plus de force : « Il n’y a pas d’autre choix. Tout ce que l’on peut faire, c’est s’entraider. » Les dispensaires ont fait prendre conscience à l’échelle nationale et européenne, de la dégradation des services de santé. Cet engagement militant distingue ces structures d’autres structures humanitaires. Référence bibliographique : Christine Chalier, Bruno Percebois, Danielle Montel, Éliane Mandine, Jean Vignes, Les dispensaires autogérés grecs. Résistances et luttes pour le droit à la santé, Paris, Éditions Syllepse, coll. « Arguments et mouvements », 2016, 160 p.

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SELF-MANAGED DISPENSARIES Collectif Solidarité France-Grèce pour la Santé This text is an extract (pages 34 to 44) from the collective book Les dispensaires autogérés grecs. Résistances et luttes pour le droit à la santé, written by Christine Chalier, Bruno Percebois, Danielle Montel, Éliane Mandine and Jean Vignes, members of the Solidarité France-Grèce pour la santé collective and published by Éditions Syllpese in September 2016 following numerous stays in Greece by the collective in order to provide Greek solidarity health clinics with medicines and medical equipment. This extract is published in Après la révolution with the kind permission of Les Editions Syllepse (www.syllepse.net).

PHARMACIES AND SOCIAL SOLIDARITY CLINICS Before the 2008 crisis, social clinics were intended for people outside the system, migrants and the homeless. The first dispensary was thus created in Rethymnon, Crete, to help migrants left on their own after their shipwreck. Since 2010, the Memorandum imposes very severe austerity measures on Greece with dramatic humanitarian consequences. 30 to 40% of the Greek population is excluded from the health system, leading Médecins du Monde to say that for the most vulnerable, it is no longer a question of austerity but of survival. At the initiative of health professionals (doctors, dentists, nurses, pharmacists, etc.) and ordinary citizens, a new system, based on solidarity, volunteering, donation and mutual aid, was then put in place : pharmacies and solidary social dispensaries. These structures are a militant response to the economic crisis and call for solidarity to distribute unused resources wherever they are. Without legal existence, these structures try to provide free consultations and medicines to those, Greeks or foreigners, who have lost their medical coverage or are in very serious financial

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difficulty, which currently about 50% of the population. The dispensaries have self-organized on three founding principles: 1) the work is totally voluntary, no one can receive money for this activity; 2) the care provided is not paid for by patients; 3) complete independence by refusing any sponsorship or funding from the State, private organizations, NGOs or political parties (no permanent funding guarantees longterm projects). The dispensaries call for donations (medicines, equipment, etc.) and while some receive financial assistance from the Solidarity for All association, others, such as the Vyronas dispensary, refuse them to remain independent of any political party, Syriza contributing to Solidarity for All resources. Since 2012, around fifty of these structures have been set up in the country, including 16 in Attica, where 700 voluntary solidarity workers participate as permanent staff or as members of affiliated networks, i. e. an average of some fifty solidarity workers per centre. Open several hours a week, the dispensaries have seen their activity increase by 40% per year. In 2015, each of them received about 2,000 patients per month. The dispensary opened in Halandri in March 2015 is located in a “middle class” district. The mayor, who was present at the meeting, explained that “its existence in this district testifies on the seriousness of the economic crisis”. It is now these new poors, the unemployed of all professions, traders and small entrepreneurs who have gone bankrupt and migrants who flock to the dispensary on Iktinou Street. All age groups are represented, however


the average age is between 40 and 60 years, an age where the frequency of medical consultations is generally rather low. Stress and anxiety caused by the phenomena of downgrading, precariousness and poverty are at the root of an increase in depressive states and various pathologies (hypertension, heart attacks, even cancers) in this working population. This has resulted in a sharp increase in requests for psychiatric and psychological needs, which have increased considerably, reaching 30% of consultations. The dispensaries are located in premices made available by the town halls and shared with the municipal health centres, by schools or by individuals in solidarity with the project. The premises are sometimes requisitioned by members of the dispensaries. The painting or electrical work necessary for the installation of dispensaries is often carried out by people in solidarity with the help of patients who have become temporary or permanent. The paintings and sculptures that sometimes decorate the offices are works made and offered by patients. We notice the overcrowding of the parts, indicating that the premises are too small for the needs. All the equipment comes from donations. With considerable dental care needs (30% of patients have oral health problems), almost all the centres have established a dental office, equipped with equipment generally provided by retired dentists. Some dispensaries have set up a gynaecology practice (Néa-ionia, Nea-smyrni, Halandri) or a room for minor surgery (Néa-ionia). All clinics have one or two general medical, paediatric and psychiatric consultation rooms. An ophthalmology practice is planned in Halandri thanks to the donation of an ophthalmologist’s widow. When they cannot offer specialized consultations on site, clinics refer patients to city practitioners who offer free consultations. Many doctors and health professionals work in a network with solidarity structures. Sometimes laboratories agree to perform analyses free of charge. First aid is provided in the dispensaries and if necessary patients are referred to the hospital. Clinic members sometimes exert pressure to ensure that patients are cared for: hospitals have been forced to provide care to those they had previously refused. There are many links with hospitals, whether it is for the management of a disease that exceeds the competence of the dispensaries, or, conversely, to help hospitals with medicines. The crisis does not always allow them to have a sufficient budget to buy them. Some clinics do not provide direct care but coordinate networks of private doctors who receive patients referred to them free of charge. This is the case of Vyronas, who coordinates 105 doctors. We have a special memory of this dispensary located on the ground floor of a small house. We were very warmly welcomed by the team of solidarity. Dimitri, an old gentleman who knew the colonels’ regime, told us that, living with his wife in the neighbourhood, they have seen the distress of the population grow over the

years since the beginning of the crisis. Despite their age and their busy past, they could not remain inactive. With a group of doctors and pharmacists they brought together, they opened this clinic at the end of 2012. Dimitri guides us. The room on the right when entering is reserved for the secretariat: three people work there. The adjoining room is still under construction. The clinic had to move from a neighbouring apartment to the new premises. The amount of the rental constitutes an income for the owner, an elderly woman, and allows her to survive. It is also supportive. Electricity is not yet installed and painting is in progress. Dimitri explains that it is the solidarity people who do the work, sometimes helped by patients who give back what they have received. In the third room are stored medicines. As Dimitri talks to us, we see men and women, young and old, all with a bag of various sizes that they drop off at the secretariat. Intrigued, we ask what is in these bags. These are drugs that remain after the end of treatment or are not used for various reasons. Patients collect and report everything they find to the clinic. After greeting the volunteers, a young man, obviously intimidated by our presence, slips into the secretariat. Dimitri holds him back and asks him to describe his existence to us: His name is Alexis. He’s 27 years old, looks much older, and when he starts talking, he shows very damaged teeth. He suffers from a disability and has no qualifications. He had a job but after being injured, unable to work, he was dismissed. He is not entitled to any compensation and, without work, he no longer has health insurance. He lives alone with his mother, who is herself bedridden because of a long illness. His mother was able to obtain a disability pension (340 euros per month) but as she does not live alone, she is not entitled to home help. His income is insufficient to claim to go to a medical facility. Alexis is therefore in fact in charge of his mother, which leaves him little time to find a job and forces both of them to survive on the mother’s modest pension. Both need drugs they can’t afford. Alexis comes to the dispensary to renew his prescription, which will allow him to get the drugs for free in a solidarity pharmacy. He sometimes just comes to ask for advice and when he can, he does small favours. Dimitri explains to Alexis that we are French, and that we want to help by making a donation to the dispensary. Very touched by this approach, Alexis thanks us in terms of bringing tears to your eyes and, for some, a bit of guilt for not contributing enough to change this state of affairs. The role of this structure, Dimitri continues, is also to defend the most disadvantaged against the administration, thanks to volunteer lawyers and jurists who help them to defend their rights. They intervene with institutions to demand that the law be applied or that particular situations be taken into account. For Alexis and her mother, it was required that their case be reviewed, and that they be given home help. The case is ongoing.

Depending on the neighbourhood, and depending on the needs, solidarity structures carry out different activities. In Néa-ionia, a working-class neighbourhood is so poor that the population does everything possible to avoid births, seminars on contraception are organized. In Peristeri, another working class neighbourhood with a high unemployment rate, in addition to medical care, food is distributed once a week. In one of the dispensaries, one of us notes: “In one of the rooms visited, boxes of remedies are stacked on a shelf; two people are working together: a white-haired lady records prescriptions on a computer while another takes the prescriptions and selects the boxes in the pharmacy.” A scene that we will see repeatedly over and over again. Everywhere, rooms are set up in pharmacies, with shelves full of medicines or sometimes tables covered with bulk boxes. Almost all the medicines, left in plastic bags or even in suitcases in front of the entrance of the dispensaries, come from anonymous donations or are collected by people in solidarity from pharmacies or private individuals. Sometimes the family of a deceased patient brings back unused drugs: in Korydallos in Piraeus, 8% of the drugs come from deceased patients. The solidarity workers sort and arrange the boxes by classes of molecules and expiry dates. In order to ensure that medicines are distributed as efficiently as possible among the dispensaries, they are registered on a computer to create a computerized exchange bank posted on the Internet. Thus, when a product is unavailable, it is possible to fill this gap by searching the bank to see if it is available elsewhere and “order” it. Drugs are prescribed by supportive pharmacists. At KIFA, four pharmacists take turns providing free medicines to 500 or 600 people per month. In Patissia, three supportive pharmacists are in charge. However, some products are lacking: rarer, more expensive (such as anti-cancer drugs), for chronic diseases (insulin), some paediatric drugs, vaccines. They must then be purchased by dispensaries via pharmacies. Solidarity workers also use social networks to request them. To this end, the website created by Giorgos Vichas publishes daily messages that identify urgent needs: cancer treatment at €5,000 per month or milk for infants. The Greeks massively responded by sending the contents of their cabinets to pharmacies. Thanks to existing relationships, help is also sought from Médecins du Monde. People with cancer can receive their treatments free of charge. Because the price of medicines have soared with the crisis, one has to pay 25% of the price, compared to 5% previously, the contribution of medicines is in itself a fine example of solidarity. The entire population seems to have invested in ensuring that improvised pharmacies are sufficiently supplied and meet the immediate needs of patients. During our visits, in Vyronas and in all the dispensaries, we witnessed the constant march of

people bringing a small plastic bag containing medicines and handed over to the dispensary secretariat. This incredible and indispensable work of redistribution deserves to be highlighted, especially since it is an illegal activity because the dispensaries are not licensed. There is always the risk of a sanction leading to the termination of this initiative.

SOCIAL SOLIDARY DISPENSARIES COORDINATE THEMSELVES Solidarity social dispensaries are structures organised by groups composed of health professionals and citizens, often inhabitants of the district. They have sometimes been patients and they work for the functioning, whether it is by managing the administration, providing the secretariat or cleaning up. Everyone is free to give as much time as they want and can. All can join the team regardless of their religious or philosophical beliefs and political opinions. The relationship with patients is neither condescension nor charity nor philanthropy, but solidarity. Solidarity is everyone’s business with a contribution from everyone according to everyone’s possibilities. It is not assistance to each other : patients receive help, medication or care, but in return they can participate in concrete actions (collection of medication, maintenance of premises, etc.). They are also encouraged to mobilize by participating in collective action to demand a more social policy and resist the austerity regime. There is reciprocity in exchanges with a desire to form a community of practice and thought defending values other than the neoliberal policy imposed by Europe.

sues (such as the choice of how donations are used to purchase medicines) are discussed at general meetings, which takes place every week or every two weeks. All those in solidarity and patients who so wish, whatever their level of involvement, participate equally in this meeting. Solidarity dispensaries and social pharmacies have also set up coordination. The Athens General Assembly meets in general assembly every wednesday. Each of the dispensaries is represented by one or more members, according to the subjects discussed, appointed by all the solidarity workers. The position of delegate is not envied: it is an additional workload in addition to an already heavy workload. Hence the importance of rotation. The role of coordination is to facilitate the exchange of experiences, solve difficulties, redistribute donations, organize actions (cancer care, struggles to claim the right to health for all), publicize the activity implemented and ensure the defence of all (for example against the Order of Physicians of the Northwest Region which has declared the action of dispensaries illegal). By coming together, the action has more strength: “There is no other choice. All we can do is help each other.” Clinics have raised awareness at national and European level of the deterioration of health services. This activist engagement distinguishes these structures from other humanitarian structures. Bibliographical reference: Christine Chalier, Bruno Percebois, Danielle Montel, Éliane Mandine, Jean Vignes, Les dispensaires autogérés grecs. Resistances et luttes pour le droit à la santé, Paris, Éditions Syllepse, coll. “Arguments et mouvements”, 2016, 160 p.

The dispensaries have given themselves the following missions: • Provide free medical care and treatment to all those who are deprived of social security coverage or who do not have sufficient resources to treat themselves, while fighting on a daily basis the dismantling of the public health system. • Advocate for a quality public health system accessible to all and for the respect of patients’ rights. Clinics should not replace the public service. On the contrary, the intention is that in the long run they will disappear and give way to a satisfactory public health system. Being cared for is a right and people must demand it from the State and resist the dismantling of the public service. To this end, solidarity groups, patients and citizen associations organize interventions with hospital administrations to demand access to health for all. They also carry out actions (demonstrations, occupation of hospital premises, etc.) to impose free access to healthcare [Solidarity Charter of Social Clinics and Solidarity Pharmacies, p. 50]. The functioning of the dispensaries is horizontal, without hierarchy. In self-managed clinics, all participants are equal, whether it is health professionals who give their time, consult free of charge and provide treatment or supportive citizens who run the secretariat and maintain the premises. Decision-making and various isINTERVENTIONS/INTERVENTIONS

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SINDIANE UN PROGRAMME D’AUTO-SUPPORT ET D’EMPOWERMENT DES EXILÉ·E·S Olga Loris L’Union européenne, pour ne parler que d’elle, est en guerre contre les personnes migrantes. Elle dispose d’une véritable armada et a fortement militarisé ses frontières pour lutter contre cette population hétérogène : FRONTEX son bras armé, doté d’un budget de 320 millions d’euros en 2018, une externalisation des frontières au Tchad et au Niger, l’équipement des gardes-côtes libyens, des frontières terrestres bunkérisées comme à Mellila, etc. Cette guerre compte de nombreuses victimes. Aux milliers de mort·e·s en Méditerranée, s’ajoutent, entre autre, les mort·es dans le désert nigérien et sur la route des Balkans. Les migrant·e·s en transit en Libye vivent dans des conditions inhumaines et dégra-

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dantes : à l’esclavagisme s’ajoutent les tortures, les viols dans des camps-prisons surpeuplés où les détenu·e·s ne sont pas toujours nourri·e·s. Malgré cela, le droit de la mer est violé constamment, les personnes migrantes ne sont plus secourues et renvoyées chez leurs tortionnaires sponsorisés par nos États. L’arrivée dans l’Union européenne se fait dans des camps : en Grèce, en Italie, où sévissent les violences. Au camp de Moria, surpeuplé, il faut faire 30 minutes de queue pour accéder aux toilettes, plusieurs heures sont nécessaires pour manger, il n’y a pas de médecin et les journées sont faites, littéralement, d’attente. À l’automne, plusieurs tentatives de suicides d’enfants de moins de 10 ans y ont

été recensées et la prévalence des violences, notamment sexuelles, est très élevée. C’est le cadre de la politique d’asile européenne et française, c’est le contexte dans lequel s’inscrit notre action. En 2018, il y a eu 123 625 demandes d’asile en France1. Ce chiffre est à mettre en perspectives avec les millions de déplacé·e·s qu’accueillent la Turquie (3,5M), la Jordanie (2,9M), le Liban (1,4M), l’Ouganda (1,4M) ou le Pakistan (1,4M), cinq premiers pays d’accueil au monde2. Cette population de personnes en exil est particulièrement vulnérable bien qu’extrêmement résiliente. On note notamment une grande

souffrance psychologique des personnes en exil liée aux violences vécues dans le pays d’origine, mais aussi, et de plus en plus, les violences rencontrées sur leurs parcours d’exil et dans leur pays d’accueil. La souffrance et les troubles psychiques des exilé·e·s, quand il y en a, ont tendance à s’aggraver dans les pays d’accueil. Cela s’explique en partie par les conditions d’accueil et les politiques publiques, empreintes de xénophobie, de racisme, de l’histoire et l’héritage coloniaux et racistes français et européens. Ces politiques sont en deux mots très répressives : – Système de camps : en Grèce, en Allemagne, en France notamment à Calais et Paris ; – Violences policières institutionnalisées à l’égard des personnes

migrantes et criminalisation de leurs soutiens ; – Politiques xénophobes et précarisantes : peu de logements (44 000 places ad hoc), interdiction de travailler durant les 9 premiers mois de la demande d’asile, pas de cours de français, pas d’aide juridique pris en charge par les pouvoirs publics ; – Peu de moyen et de dispositifs adéquats, notamment en ce qui concerne la santé mentale. Or, la santé mentale des exilé·es est une urgence de santé publique pour reprendre les mots du centre Primo Lévi et de Médecins du Monde. Cette souffrance psychique à plusieurs visages et une forte prévalence : – Syndrome post-traumatique 60 % ;


– Syndromes dépressifs 22 % ; – Troubles anxieux 8 % ; – Traumas complexes 8 %. Elle a de multiples facteurs. En effet, des violences multiples sont à l’origine des départs (62 % en témoignent, d’après le comité de santé des exilés) : discriminations, humiliations, traitements inhumains et dégradants ; le fait d’avoir été témoin d’actes de violence ; le fait d’avoir connu la violence, la torture, le viol ; les persécutions, menaces, pressions, les situations d’insécurité, de mise en danger de sa propre vie ; les nombreuses pertes (famille, travail, biens, maison, pays), le deuil culturel ; mais aussi les difficultés liées à la migration, la détention, et à l’installation dans un autre pays, ainsi qu’à l’incertitude sur l’avenir. On voit des troubles s’aggraver voire apparaître en raison des conditions de vie indignes dans les pays d’accueil, et notamment des : – Difficultés d’accès à la procédure administrative ; – Complexité organisée ; – Arbitraire ; – Incertitude ; – Suspicion systématique ; –Impasses administratives.

d’autres personnes en demande d’asile. Nous en profitons aussi pour conseiller et guider juridiquement ces personnes. Les besoins auxquels répond cette action sont donc de plusieurs ordres : sanitaires, juridiques, sociaux et existentiels. Depuis 2017, notre équipe composée alors de deux travailleuses paires syriennes réfugiées politiques et d’une juriste française spécialisée en droit d’asile offre : – Des conseils juridiques et administratifs ; – Des ateliers d’art-thérapie ; – Des activités socio-culturelles. Notre action a une très forte dimension communautaire et repose principalement sur l’investissement des travailleuses paires et des bénéficiaires. Ainsi, partageant une expérience, une langue, un référentiel commun avec nos bénéficiaires, le travail est plus aisé. Notre langue de travail principale est l’arabe. En 2019, notre projet s’est consolidé. Nous disposons désormais d’un local partagé dans le centreville de Marseille ouvert plusieurs

jours par semaine. Aux activités précitées s’ajoutent des ateliers d’art-thérapie théâtrale, des ateliers de création de court-métrages en partenariat avec le festival AFLAM, des cours de français. Les bénéficiaires commencent à animer leurs propres ateliers : coiffure, couture, arabe pour les enfants, cuisine, musique, etc. Nous nous sommes formées à une thérapie de prévention et de prise en charge du stress post-traumatique, la NET. La NET est une thérapie brève qui a été créé pour les personnes en exil, c’est-à-dire pour des personnes ayant bien souvent subis plusieurs traumatismes et qui vivent dans des conditions précaires à même de renforcer ces traumatismes. Cette thérapie a été conçue pour être menée par des paires, des travailleur·euse·s sociaux·ales. Elle a pour avantage de permettre aux personnes de revenir dans un cadre thérapeutique, dans leur langue, sur des événements traumatisants de leurs vies. Les séances donnent lieu à la rédaction d’un récit qui peut servir pendant les démarches d’asile.

Cette thérapie n’a pas encore été mise en place en France mais est utilisée avec succès au Liban, en Ouganda, en Allemagne, etc. Nous espérons que le lieu que nous offrons, les activités que nous proposons contribuent au bien-être ou au mieux-être de notre file active composée principalement de femmes et de personnes LGBT en exil qui continuent à rencontrer de nombreuses discriminations et violences sur leur terre d’accueil. Ces activités et leurs effets bénéfiques pour les bénéficiaires, mais aussi la nécessité de l’approche communautaire, ce sont les deux travailleuses paires de Sindiane qui sont le plus à même d’en parler.

INTERVIEW DES TRAVAILLEUSES PAIRES Pouvez-vous vous présenter ? Lyana : Je m’appelle Lyana, je suis membre de l’équipe de Sindiane. Je suis une artiste syrienne. J’ai travaillé comme art-thérapeute auprès d’enfants et de femmes et comme assistante sociale en Tur-

Ces souffrances ont des conséquences très concrètes sur la vie quotidienne des personnes en exil mais aussi sur leurs droits. En effet, comment présenter un récit cohérent, linéaire, chronologique lorsque le rapport au temps et à l’espace est altéré ? Ou lorsque l’on souffre de pertes de mémoires traumatiques ? Or, c’est ce que demande l’OFPRA pour reconnaître le statut de réfugié·e. Dans ces conditions apprendre une langue, travailler, mener des démarches administratives devient quasi impossible.

Pourtant, revenir sur sa vie d’avant l’exil, les évènements qui ont poussé le·a demandeur·euse d’asile à fuir, peut revêtir une fonction cathartique et redonner confiance en eux·elles aux demandeur·euse·s d’asile. C’est ce que nous avons voulu mettre en place. C’est pendant la longue période d’attente que constitue la demande d’asile que nous inscrivons notre action, pour en faire un moment de reconstruction par un travail thérapeutique et artistique, un moment de rencontre avec

Nous avons aussi reçu une formation pour faire la thérapie par exposition à la narration (Narrative Exposure Therapy ou NET). Nous commencerons bientôt à le mettre en œuvre. Nous trouvons que c’est très important parce que c’est basé sur les traumatismes et les événements importants de la vie que les réfugié·e·s ont vécus. Parce que nous avons établi une relation de confiance avec nos bénéficiaires, il·elle·s peuvent nous raconter leur histoire. Et n’importe qui peut animer les NET, vous n’avez pas besoin d’être un médecin pour le faire. Ce qui est également intéressant avec la NET, c’est qu’elle aide non seulement à prévenir le SSPT (syndrôme de stress post-traumatique) et à le guérir, mais aussi à aider dans la procédure d’asile. Mariam : Tout d’abord c’est un travail qui m’intéresse. J’aide les gens à vivre la même expérience que j’ai vécue avant leur arrivée. Et nous sommes devenus une sorte de famille à Marseille. J’ai commencé à les emmener dans des lieux touristiques et à faire des visites guidées dans la ville, puis à les accompagner chez le médecin et aux rendez-vous administratifs. Ils m’ont donné l’impression que les accompagner à leur rendez-vous est plus important parce qu’il·elle·s se sentent seul·e·s et effrayé·e·s et c’est un peu stressant pour eux. Ça me fait du bien de leur donner un coup de main. La plupart des personnes avec lesquelles nous travaillons sont venues dans le cadre du programme de réinstallation du UNHCR, elles ont des maladies et doivent souvent consulter un médecin, mais elles ne savent pas quel médecin, comment les trouver et elles ne peuvent ensuite pas communiquer avec eux.

Ce qu’il faudrait pour faire face à cet enjeu de santé publique, selon le centre Primo Lévi contre la torture et Médecins du Monde, c’est une prise en charge pluridisciplinaire, des interprètes professionnels, une réponse adaptée aux troubles psycho-traumatiques. Ces aspects sont partie intégrante de notre initiative Sindiane. L’idée du projet est partie d’un constat simple : les personnes en demande d’asile doivent toutes écrire leur récit et le présenter à l’OFPRA. Elles doivent revenir sur leurs récits de façon très normée et ethnocentrique, d’une façon qui paraîtra cohérente et convaincante à l’OFPRA. De cet exercice difficile dépend l’octroi d’une protection internationale (le statut de réfugié·e ou une protection subsidiaire). Ce passage obligé de la demande d’asile peut raviver des traumatismes, des moments difficiles et oblige les demandeur·euse·s à dévoiler leur intimité devant une administration souvent vécue comme déshumanisante.

et d’appréhender notre nouvelle communauté et notre nouvelle vie avec plus de confiance.

quie pendant deux ans, après mon départ de Syrie. J’ai déménagé en France en mai 2017, où j’ai entamé ma procédure d’asile. J’ai ensuite commencé à travailler sur Sindiane avec Olga et Mariam et notre but principal était de nous rassembler en tant que communauté de réfugié·e·s et de personnes en exil. Au début, il est très difficile pour nous de commencer, alors nous avons besoin de l’aide de gens qui ont traversé cette situation merdique pour être plus conscients, pour avoir du soutien et de l’aide. Parce que nous avons toujours peur des choses que nous ne savons pas et quand nous arrivons, nous avons peur. Avec notre projet, nous voulons augmenter l’auto-support, rendre les gens moins effrayés. C’est particulièrement important pour les femmes et la communauté LGBT. À cause de la violence à laquelle elles sont confrontées en Syrie, puis en Turquie et maintenant en France. Ce fut un grand choc pour nous de rencontrer des discriminations et de la violence ici. Ce qui est plus difficile pour ces deux communautés, c’est de gérer la langue, la procédure d’asile,

tout. C’est plus lourd que pour les autres communautés, parce que la vie était dure pour elles en Syrie et l’exil ajoute un double fardeau, celui des femmes/communauté LGBT et celui des réfugié·e·s. En tant que réfugiée, je comprends ce qui est difficile, ce qui est difficile dans tous les problèmes que j’ai rencontrés en France auparavant et que nos bénéficiaires rencontrent maintenant. Mariam : Je m’appelle Mariam, je vivais en Syrie. Je suis venu en France en 2015 pour demander l’asile avec ma famille. Les deux premières années après mon arrivée ont été difficiles. Je me demandais toujours ce que je pouvais faire en France ? Quel genre de travail puis-je faire ? Je ne voulais plus travailler comme pharmacienne. J’ai rencontré des gens sympathiques qui m’ont proposé de faire partie de leur projet, Sindiane. J’ai proposé d’aider les gens à connaître la ville, l’administration, mais aussi les belles choses comme le musée, la plage, parce que j’avais beaucoup de mal avec ça quand je suis arrivée.

Qu’est-ce que Sindiane ? Lyana : Notre projet a commencé avec notre volonté d’aider les personnes qui ont traversé les mêmes problèmes que nous et de créer un lieu où les gens peuvent se rencontrer, se connecter et briser leur isolement. Mon rôle était de faire un projet d’art-thérapie de façon psychologique, chaque semaine, pour offrir un atelier où les bénéficiaires peuvent exprimer leurs peurs, leurs rêves, leurs espoirs par le dessin. Et parler ensemble de chaque dessin et de sa signification pour nous. Je me suis également impliquée dans le projet de cinéma : le but était de savoir comment raconter nos histoires en tant que réfugié·e·s, une histoire différente du point de vue des médias en faisant un autoportrait. Les médias présentent les histoires des réfugié·e·s de manière stéréotypée. C’était aussi une sorte de thérapie et nous avons aussi appris à tourner un film de A à Z.

Elles ont également été sélectionnées par l’UNHCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) pour être prises en charge, mais personne ne les aide ici dans les organisations qui sont censées les aider. Lyana : quand nous parlons avec les bénéficiaires, elles vantent toutes les sorties que tu organises Mariam, disant qu’elles rencontrent des gens, qu’elles vont dans de nouveaux endroits et qu’elles aiment ça, elles ne parlent pas tellement des rendez-vous ! À la rentrée 2019, l’équipe de Sindiane s’agrandira et accueillera une troisième travailleuse paire pour poursuivre et étoffer ses activités. 1 Chiffre de l’OFPRA [https://www.ofpra. gouv.fr/sites/default/files/atoms/files/ ofpra_ra_2018_web_pages_hd.pdf] 2 Chiffres d’Amnesty International [https:// kawa-news.com/quels-sont-les-pays-quiaccueillent-le-plus-de-refugies/]

J’anime maintenant l’atelier sur le théâtre : il s’agit d’établir une confiance entre les bénéficiaires INTERVENTIONS/INTERVENTIONS

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SINDIANE A SELF-SUPPORT AND EMPOWERMENT PROGRAM FOR EXILED PEOPLE Olga Loris The European Union, to speak only of the EU, is at war with migrant people. It has a real armada and has strongly militarised its borders to fight this heterogeneous population: FRONTEX, its weaponized arm, whose budget was 320 million euros in 2018, an outsourcing of borders to Chad and Niger, the equipment of the Libyan coast guard, bunkered land borders like in Mellila, etc.

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This war has many victims. In addition to the thousands of deaths in the Mediterranean, there are also deaths in the Niger desert and on the Balkan route. Migrants in transit in Libya live in inhuman and degrading conditions: in addition to slavery, there is torture and rape in overcrowded prison camps where detainees are not always fed. Despite this, the law of the sea is constantly violated, migrants are no longer rescued and

returned to their torturers sponsored by our States. The arrival in the European Union takes place in camps: in Greece, in Italy, where violence is rampant. At Moria camp, overcrowded, it takes 30 minutes in line to access the toilets, several hours to eat, there is no doctor and the days are literally made of waiting. In the fall, several suicide attempts by children under 10 years of age

were recorded and the prevalence of violence, particularly sexual violence, is very high. This is the framework of European and French asylum policy, it is the context in which our action is carried out.

people hosted by Turkey (3.5M), Jordan (2.9M), Lebanon (1.4M), Uganda (1.4M) or Pakistan (1.4M), the five leading host countries in the world2. This population of people in exile is particularly vulnerable, although extremely resilient.

In 2018, there were 123,625 asylum applications in France1. This figure should be put into perspective with the millions of displaced

In particular, there is a great psychological suffering of people in exile linked to the violence experienced in their country of


origin, but also, and increasingly, the violence encountered during their exile and in their host country. The suffering and mental disorders of people in exile, when they exist, tend to worsen in host countries. This is partly due to the reception conditions and public policies, which are marked by xenophobia, racism, colonial and racist history and heritage in France and Europe. These policies are, in short, very repressive: • Camp system: in Greece, Germany, France, especially in Calais and Paris; • Institutionalized police violence against migrants and criminalization of their supporters; • Xenophobic and precarious policies: few housing units (44,000 ad hoc places), prohibition to work during the first 9 months of the asylum application, no French language courses, no legal aid paid for by the public authorities; • Few adequate means and mechanisms, especially with regard to mental health. The mental health of the exiled is a public health emergency, to use the words of the Primo Lévi Centre and Médecins du Monde. This psychological suffering has many faces and a high prevalence: • Post-traumatic syndrome 60% • Depressive syndromes 22% • Anxiety disorders 8% • Complex traumas 8%

asylum seekers must write their story and present it to OFPRA. They must review their stories in a very standardized and eurocentric way, in a way that will seem coherent and convincing to OFPRA. The granting of international protection (refugee status or subsidiary protection) depends on this difficult exercise. This forced passage of the asylum application can rekindle traumas, difficult moments and force claimants to reveal their intimacy in front of an administration often experienced as dehumanizing. However, revisiting their life before exile, the events that led the asylum seeker to flee, can have a cathartic function and restore self-confidence to asylum seekers. That is what we wanted to put in place. It is during the long waiting period that the asylum application constitutes that we inscribe our action, to make it a moment of reconstruction through therapeutic and artistic work, a moment of meeting other people seeking asylum. We also take the opportunity to provide them with legal advice

and guidance. The needs to which this action responds are therefore of several kinds: sanitary, legal, social and existential. Since 2017, our team, which then consisted of two Syrian women who were political refugees and a French lawyer specialising in asylum law, has been offering: • Legal and administrative advice • Art therapy workshops • Socio-cultural activities Our action has a very strong community dimension and is mainly based on the investment of peer workers and beneficiaries. Thus, sharing an experience, a language, a common reference frame with our beneficiaries, the work is easier. Our main working language is Arabic. In 2019, our project was consolidated. We now have a shared office in the centre of Marseille that is open several days a week. In addition to the above activities, there are theatre workshops, workshops for the creation of short films in partnership with

the AFLAM festival, and French language courses. The beneficiaries are starting to run their own workshops: hairdressing, sewing, Arabic for children, cooking, music, etc. We have been trained in a therapy for the prevention and management of post-traumatic stress, NET. NET is a short therapy that has been created for people in exile, that is, for people who have often suffered several traumas and who live in precarious conditions that can reinforce these traumas. This therapy was designed to be conducted by peers, social workers. Its advantage is that it allows people to return to traumatic events in their lives in a therapeutic setting, in their own language. The sessions result in the writing of a story that can be used during the asylum process. This therapy has not yet been implemented in France but is successfully used in Lebanon, Uganda, Germany, etc. We hope that the place we offer, the activities we propose contribute to the well-being or better being of our group composed mainly of women and LGBT

These sufferings have very concrete consequences on the daily lives of people in exile but also on their rights. Indeed, how can a coherent, linear, chronological narrative be presented when the relationship to time and space is altered? Or when you suffer from traumatic memory loss? However, this is what OFPRA is asking for in order to recognize refugee status. Under these conditions, learning a language, working and administrative procedures become almost impossible. According to the Primo Lévi Centre against Torture and Médecins du Monde, what is needed to address this public health challenge is multidisciplinary care, professional interpreters and an appropriate response to psycho-traumatic disorders. These aspects are an integral part of our Sindiane initiative. The idea for the project started from a simple observation: All

I’m now facilitating the theatre workshop: this one is about building trust between the beneficiaries and facing the new community and new life with more confidence. We also got train to do NET (Narrative Exposure Therapy). We will start implementing it soon. We find it really important because it’s based on the trauma and important life events that refugees have been through. Because we built a trust relationship with our beneficiaries, they can tell us about their story. And anyone can facilitate NET, you don’t need to be a doctor to do that. What is also interesting with NET is that not only it help prevent PTSD and to cure it, but also help in the asylum procedure. Mariam: First of all it’s a work that interests me. I’m helping people to get through the same experience I lived before they arrived. And we became kind of a family in Marseille. I started to take them to touristic places and on tours in the city and then to accompany them to doctor and administrative appointments. They made me feel like accompanying them to their appointment is more important because they feel alone and afraid and it’s a bit stressful for them. It makes me feel good to give them a hand.

It has multiple factors. Indeed, multiple acts of violence are at the origin of departures (62% testify to this, Exiles’ Health Committee): discrimination, humiliation, inhuman and degrading treatment; witnessing acts of violence; experiencing violence, torture, rape; persecution, threats, pressures, situations of insecurity, endangering one’s own life; numerous losses (family, work, property, home, country), cultural bereavement; but also difficulties related to migration, detention, and settlement in another country, as well as uncertainty about the future. Unrest is worsening or even appearing due to the unworthy living conditions in host countries, and in particular the: • Difficulties of access to the administrative procedure • Organized complexity • Arbitrariness • Uncertainty • Systematic suspicion • Administrative deadlocks

way. This was also a kind of therapy and we also learn how to shoot a movie from A to Z.

Most of the people with whom we work came through the UNHCR reinstalation program and they have illnesses and need to go to the doctor often but they don’t know to which doctor, how to find them and then they can’t communicate with them. They were also selected by the UNHCR to be taken care of but no one helps them here in the organisations that are supposed to help them.

people in exile who continue to face many discriminations and violence in their host country. These activities and their beneficial effects for the beneficiaries, but also the need for the community approach, are most appropriately discussed by Sindiane’s two peer workers.

INTERVIEW OF THE PEER WORKERS Can you introduce yourselves? Lyana: My name is Lyana, I’m a team member of Sindiane. I’m an artist from Syria. I worked as an art therapist with children and women and as a social worker in Turkey for two years, after I left Syria. I moved to France in may 2017, where I started my asylum procedure. I then started to work on Sindiane with Olga and Mariam and our main goal was to gather as a community of refugees and people in exile. In the beginning it’s really hard for us to start so we need help from people who got through this shit to be more aware, to have support and help. Because we are always afraid of

things we don’t know and when we arrive we are afraid. With our project we want to increase self-support, make people less afraid. This is especially important with women and LGBT community. Because of the violence they face in Syria, then in Turkey and now in France. It was a big shock for us to encounter discriminations and violence here.

anymore as a pharmacist. I met nice people who offered me to be part of their project, Sindiane. I offered to help people to get to know the city, the administration, but also the nice things like museum, beach, because I was struggling with that a lot when I arrived. What is Sindiane?

What is more difficult for these two communities is to deal with the language, the asylum procedure, everything. It’s heavier than for other communities, because life was hard for them in Syria and the exile add a double burden, the one of women/LGBT community and the one of refugees. As a refugee I understand what is difficult, what is hard in all the problems I faced in France before and that our beneficiaries are facing now. Mariam: My name is Mariam, I was living in Syria. I came in France in 2015 to seek asylum with my family. The first two years after I arrived were difficult. I was always thinking about what can I do in France? What kind of work can I do? I didn’t want to work

Lyana: Our project started with our willingness to help people who have been through the same issues than us and to create a place where people can meet and connect and break isolation.

Lyana: When we talk with the beneficiaries they all praised the outings you organise Mariam, saying that they meet people, go to new places and how they enjoy it, they don’t talk so much about the appointments! In September 2019, Sindiane’s team will expand and welcome a third peer worker to continue and expand its activities. 1 Figures from the OFPRA [https://www. ofpra.gouv.fr/sites/default/files/atoms/files/ ofpra_ra_2018_web_pages_hd.pdf] 2 Figures from Amnesty International [https://kawa-news.com/quels-sont-lespays-qui-accueillent-le-plus-de-refugies/]

My role was to do art therapy project in a psychological way, every week to give a workshop where beneficiaries can express their fears, their dreams, their hopes through drawings. And talk together about each drawings and its meaning for us. I also got involved in the cinema project: the aim was to know how to tell our stories as refugees, a story different from the media perspective by doing self portrait. The media are showing the refugee stories in a stereotypical INTERVENTIONS/INTERVENTIONS

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CONTRE LES FÉMINICIDES ARCHIVE DE LUTTE

Collectif « Collages Féminicides Rennes »

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POUR UNE SÉCURITÉ SOCIALE DE L’ALIMENTATION Ingénieurs sans frontières AgriSTA En France, la sécurité sociale offre aux citoyen·nes l’accès à des soins médicaux, quels que soient leurs revenus. Pourquoi ? Parce que la santé est un bien commun et l’accès aux soins, un droit. Si l’alimentation, notre première médecine, représente une part majeure des questions de santé, un bien commun et même un droit, une part encore trop importante de la population n’est pas en mesure de l’exercer. L’accès digne à une alimentation choisie, tout comme l’accès aux soins, ne devrait-il pas faire l’objet d’une politique sociale ? Créer une sécurité sociale de l’alimentation (SSA), est-ce possible ? À quelles conditions ? Comment une sécurité sociale de l’alimentation pourrait-elle offrir à toutes et tous l’accès à une alimentation choisie, de qualité, respectant l’environnement et les travailleurs·euses ? Comment cet outil pourrait-il garantir le droit à l’alimentation et, dans le même temps, être la base d’une souveraineté alimentaire des peuples ?

LE CAPITALISME MONDIALISÉ EST À LA SOURCE DES DÉSÉQUILIBRES AGRICOLES ET ALIMENTAIRES Une agriculture au service du profit plutôt que de l’alimentation De tout temps, l’alimentation a été un moyen pour les classes sociales dominantes d’asseoir

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leur pouvoir sur les populations. Symboliquement, d’abord, les privations alimentaires et la mise en scène de repas opulents représentent une forme de domination sur le reste de la société1. Matériellement, ensuite, la faim a été (et est toujours !) une arme politique puissante, comme en témoigne le combat des sociétés paysannes au cours des siècles pour pouvoir se nourrir. Les avancées techniques (mécanisation, motorisation) et les connaissances agronomiques développées au cours du XXe siècle ont été accaparées par l’agro-industrie, au profit d’une économie libérale capitaliste et mondialisée. Les systèmes agricoles auxquels elle a donné naissance sont à l’origine de famines, de déplacements des populations et d’une dégradation de l’environnement et de la santé sans précédent. Cette agriculture capitaliste se révèle non seulement incapable de nourrir le monde, mais détruit au fur et à mesure les agricultures paysannes, celles-là mêmes qui produisent 80 % de l’alimentation des pays non-industrialisés2. En France, les paysan·nes voient leur situation économique se dégrader : un tiers des agriculteurs·trices touchait moins de 350 euros par mois en 2016. Cela s’explique notamment par la mainmise de l’agro-industrie sur l’ensemble de la chaîne agroalimentaire : les paysan·nes ne touchent que 8 %3 du budget alimentaire payé à la distribution ! Les conditions du travail agricole ne sont plus attractives et le renouvellement des générations

d’agriculteur·trices n’est plus assuré4. Des alternatives réservées à une partie de la population et des paysan·nes Les résistances au système agro-industriel sont nombreuses et se traduisent par des actions concrètes : luttes contre le libreéchange, développement de circuits alternatifs de distribution comme le commerce équitable, les AMAP, les boutiques ou marchés de producteurs, qui remettent l’alimentation au service des populations et des territoires. Si les initiatives ne manquent pas, l’enjeu consiste désormais à les développer, les globaliser sans qu’elles soient récupérées au service du capital5. Avec les alternatives à l’agro-industrie se développe un système alimentaire à deux vitesses. D’un côté, une alimentation de qualité issue de modes de production, transformation et distribution alternatifs, accessible à ceux·lles qui en ont les moyens. De l’autre, des produits de mauvaise qualité dont les conséquences négatives sur l’environnement et la santé sont de plus en plus démontrées6, accessibles et consommés principalement par les populations défavorisées, parfois de façon contrainte, lorsqu’apportés par charité. Cela dit, si l’accès économique à une alimentation de qualité et choisie est primordial, il ne suffit pas : d’autres déterminants socioculturels entrent en jeu et participent au développement des malnutritions. L’existence de modèles alimen-

taires alternatifs à l’agro-industrie représente un pas en avant, mais reste insuffisant. On ne peut se satisfaire des alternatives si elles s’accompagnent d’une situation « d’apartheid alimentaire » et ne transforment pas significativement le monde agricole. L’alimentation, variable d’ajustement dans le budget des Français pour répondre à l’augmentation du coût de la vie En France, les populations en situation de précarité alimentaire sont en forte augmentation : le recours à l’aide alimentaire est passé de 2,8 millions de bénéficiaires en 2008 à 4,8 millions en 20157. Plus qu’un enjeu de santé, le pouvoir de choisir son alimentation, sans simplement recevoir ce dont les autres ne veulent pas, est une question de dignité. En France, grâce à la charité, plus personne ou presque ne meurt de faim. Mais si le droit à l’alimentation existe8, il ne se résume pas au droit de recevoir des aliments. En effet, la possibilité de choisir son alimentation et de sentir qu’elle est un des vecteurs de lien social est essentielle. Un lien social mis à mal lorsqu’on est contraint de consommer en juin les chocolats de Pâques invendus, dont plus personne ne veut. Par ailleurs, le problème ne concerne pas uniquement la quantité d’aliments/ calories disponibles, mais aussi leur qualité9. S’ils ne recourent pas tous à l’aide alimentaire, de nombreux ménages aux budgets alimentaires limités ne peuvent réellement choisir leur alimentation : ils dé-

pendent d’une nourriture de mauvaise qualité issue de l’agro-industrie. D’après l’étude INCA 3 portant sur des données de 2014-2015, 22 % des ménages avec enfants sont en situation d’insuffisance alimentaire10. Au cours des 50 dernières années, la diminution constante de la part de l’alimentation et la part croissante des dépenses contraintes dans le budget des ménages français11 démontrent bien leur impossibilité à libérer une part plus importante de leur budget pour l’alimentation. En effet, malgré l’établissement de monstres agroalimentaires, l’agriculture ne présentant pas assez de possibilités de profits12, le système capitaliste oriente la consommation vers des secteurs où les profits peuvent être plus importants (logement, énergie, loisirs, etc.). La nourriture devant être de moins en moins chère, cela engendre une diminution constante du prix payé aux producteur·rices ainsi qu’une diminution de la qualité des produits. Face aux dépenses contraintes (logement, transport…), les personnes en situation de précarité n’ont d’autres le choix que de supprimer ou d’appauvrir leurs repas, parfois dès la moitié du mois, pour s’en sortir13. Assurer les besoins vitaux, hors de toute marchandisation, est ainsi indispensable pour notre société. Des circuits de consommation alternatifs insuffisants pour transformer la production agricole Après une quinzaine d’années de fort développement, les circuits courts14 sont aujourd’hui


Source : Rapport d’information du Sénat de 2018 sur le financement de l’aide alimentaire

globalement de moins en moins rémunérateurs et de plus en plus chronophages pour les paysan·nes15. Dans certains endroits ces secteurs de marchés sont bouchés, même si dans d’autres ils restent encore à développer. Cela est lié à un rééquilibrage global de l’offre et de la demande (augmentation de l’offre avec la demande qui stagne). De plus, les filières bios ne sont plus aussi rémunératrices qu’avant pour les paysan·nes16. D’autres solutions sont à envisager pour rémunérer décemment les paysan·nes qui s’engagent à produire autrement. Des politiques qui accompagnent et renforcent ces dynamiques Des politiques agricoles qui soutiennent l’industrialisation de l’agriculture ainsi que la précarisation et l’élimination des paysan·nes La Politique agricole commune de l’Union Européenne (PAC) avait un objectif alimentaire à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, mais oublié depuis longtemps... Elle soutient aujourd’hui massivement les plus grosses fermes fournissant des produits de basse qualité, peu d’emploi et ayant peu d’égards pour l’environnement. Les aides de la PAC sont distribuées sans justification sociale et environnementale. L’agriculture européenne est mise en compétition sur le marché mondial. Tous les mécanismes permettant aux paysan·nes de se protéger et d’avoir un revenu ont été abandonnés. Les prix sont bas et très instables. La PAC n’est donc plus une politique publique d’intérêt général, elle est devenue insoutenable. Des politiques alimentaires inadaptées aux enjeux Certains programmes d’éducation alimentaire et de promotion d’une manière de manger plus saine n’ont pas apporté les résultats espérés. En effet, l’adoption d’un propos paternaliste envers les populations défavorisées dans l’espoir qu’elles adoptent des habitudes alimentaires plus saines s’est souvent résumée par un échec. De plus, ces programmes ont renforcé une stigmatisation de ces personnes alors que la plupart connaissent déjà les principes nutritionnels pour une alimentation équilibrée. Par exemple, la mise en scène d’une épidémie de l’obésité qu’il serait urgent d’éradiquer par des programmes engageant ces personnes à changer leur comportement alimentaire par eux-mêmes n’ont fait qu’empirer la situation17. En effet, il est vain de penser

qu’une approche tournée uniquement vers la diététique se suffit pour prendre en charge l’obésité dont les déterminants touchent à plusieurs domaines (psychologique, social, nutritionnel…). Par ailleurs, il n’existe pas de politique d’accès à une alimentation de qualité à un niveau national. Des initiatives sont parfois mises en œuvre à des échelles locales, induisant une inégalité entre les territoires. La politique phare en matière d’alimentation portée au niveau national par le ministère de l’Agriculture est la labellisation de projets alimentaires territoriaux (PAT) menés par des intercommunalités. Elle n’ouvre pas de possibilité directe de financement pour ces initiatives locales, mais une valorisation des initiatives par de la communication et leur mise en réseau. Réseau aujourd’hui aux mains des Chambres d’agriculture, organismes qui ne défendent que les intérêts du syndicalisme agricole majoritaire. La labellisation ouvre la possibilité de répondre à un appel à projets national dont la dotation est largement en deçà des besoins. Malgré certaines belles initiatives au niveau local, les politiques alimentaires ne pensent pas leur généralisation, et encore moins l’égalité territoriale, et reste dans une dynamique incitative tout en ne donnant pas les moyens aux territoires qui le souhaite de mettre en place des projets ambitieux. Et tant pis pour les habitant·es de territoires moins dynamiques. La question de l’accessibilité de l’alimentation est très peu abordée dans les différents PAT existants, et reste largement marquée par toutes les problématiques que nous soulevons sur l’aide alimentaire. Le don alimentaire au renfort du système agro-industriel En France, 95 % de l’aide alimentaire provient de l’agro-industrie18. Le mécanisme du don alimentaire renforce le fonctionnement du système industriel qui, pour maximiser son profit, est en surproduction constante. Les déductions fiscales liées aux dons alimentaires permettent de diminuer le coût de cette surproduction, c’est ainsi 44 319 millions d’euros par an qui sont défiscalisés (cf. graphique). Ce chiffre reste faible au regard de la valeur ajoutée produite par la filière20, mais non négligeable. Ce mécanisme qui fait passer le système agro-industriel pour philanthrope et indispensable pour les populations les plus défavorisées est une vraie mascarade. Le don alimentaire participe à la renta-

bilité (c’est une assurance contre la perte via la défiscalisation des dons) et à la légitimité du système agro-industriel. Le tout produit des dispositifs d’accès à l’alimentation dont les produits distribués sont de mauvaise qualité et dont la production engendre elle-même de la précarité. Le système de don alimentaire est souvent présenté comme une opportunité pour la lutte contre le gaspillage alimentaire21. Les bénéficiaires de l’aide alimentaires sont ainsi des « poubelles éthiques » permettant de faire du social washing ! Sortir d’une logique de dons alimentaires et lutter contre le gaspillage alimentaire ne sont pas incompatible, au contraire. Cette sortie du don alimentaire est une urgence pour la mise en place d’un droit à l’alimentation et d’une réelle souveraineté alimentaire.

UNE SÉCURITÉ SOCIALE DE L’ALIMENTATION : UNE IDÉE SIMPLE BASÉE SUR DES PRINCIPES DE FONCTIONNEMENT DÉJÀ EXPÉRIMENTÉS Si ces questions se posent sur toute la surface du globe, nous souhaitons proposer une solution à l’échelle française pour l’instant. En effet, la préexistence d’un système similaire rend ce choix réaliste et pertinent. L’idée d’une sécurité sociale de l’alimentation est d’étendre ce principe à l’accès à une alimentation de qualité pour toutes et tous. Inspirons-nous de la sécurité sociale en France en apprenant de ses erreurs La France bénéficie, depuis 1946, d’une sécurité sociale généralisée à tou·te·s : un mécanisme qui permet d’assurer à chacun·e l’accès aux soins dont il·elle a besoin. Le modèle de la sécurité sociale est inspirant : basé à l’origine sur l’établissement d’une caisse unique accessible à tou·te·s (celles et ceux qui ont créé des caisses à part l’ont fait de leur propre chef), il repose sur la solidarité par cotisation (selon ses moyens, sans intervention de l’état ou des banques) et la démocratie (à l’origine, les caisses étaient gérées par les bénéficiaires eux·ellesmêmes). Cela a permis à l’ensemble de la population d’avoir accès à des soins dès la sortie de la guerre, mais également de mettre en place la production de soins dans les années 60 selon le principe de libre choix de professionnel·les conventionné·es travaillant sur des équipements hospitaliers

subventionnés par l’assurance maladie. Mais ce système est perfectible et il semble important de souligner deux erreurs majeures dans sa mise en place et son développement à ne pas reproduire : – Premièrement, la perte de la gestion démocratique de ces caisses qui ôte aux bénéficiaires le pouvoir de décision sur les produits/ actes remboursables. – Secondement, l’absence de conventionnement pour la production des médicaments. Si les professionnel·les de santé sont conventionné·es et exempts de logiques capitalistes22, l’absence de conventionnement sur les médicaments et les outils des professionnels a vu le libéralisme bannir l’herboristerie et faire place à des fortunes industrielles construites sur fonds publics23. Les savoirs médicaux populaires ont pratiquement disparu en France24, laissant le choix entre une industrie pharmaceutique plus intéressée par les bénéfices que la santé et tout un tas de recommandations dont les bénéfices sanitaires restent à prouver. Il nous semble ainsi important d’assurer le caractère démocratique de ces caisses, de se baser sur le principe de la cotisation pour aller directement du cotisant au bénéficiaire sans aucune spéculation, d’assurer un contrôle sur les moyens de production des produits qui seront conventionnés pour garder un contrôle sur l’organisation économique de la production. Ajoutons un budget alimentaire à la carte vitale... Imaginons que 150 euros de budget alimentaire soient distribués chaque mois à l’ensemble des individus (ou à leurs parents pour les mineur·es). Cet argent serait par exemple disponible sur la carte de sécurité sociale, chaque professionnel·le conventionné·e ayant reçu une machine pour encaisser les achats réalisés. Cela représenterait un budget annuel d’environ 118 milliards d’euros25, à augmenter des frais de fonctionnement26. Les 150 euros ne couvrent pas l’intégralité des dépenses alimentaires de l’ensemble des habitant·es, mais représentent un budget supérieur au budget moyen des personnes en situation de précarité, permettant d’envisager une bien meilleure alimentation pour celles-ci, tout en leur laissant la liberté de se procurer des aliments non conventionnés. Ce budget pourrait être augmenté par la suite27. La question de pondérer ce montant selon le lieu de vie devrait être posée tant le prix de l’alimentation varie géographiquement.

Évocation d’une carte vitale alimentaire, ISF Agrista

Financé par une cotisation spécifique... Il faut un budget global de 118 milliards d’euros pour verser 150 euros par mois et par personne aux 65,5 millions de français·es28. Pour comparaison, la part de la consommation de soins et de bien médicaux remboursés par la sécurité sociale est de 136,3 milliards d’euros. Par ailleurs, le panier alimentaire moyen en France étant de 235 euros par mois par habitant·e, le budget alimentaire total

en France est de 184,9 milliards d’euros. Ainsi le mécanisme imaginé de SSA couvrirait 64 % des consommations alimentaires des Français·es (à modèle de consommation et prix constants), là où la sécurité sociale prend en charge 73 % de la consommation de soins et de bien médicaux. Attention cependant à garder en tête la forte hétérogénéité de la dépense alimentaire par personne selon le niveau de revenu. Les 150 euros par mois représentent pour de nombreuses personnes bien plus que leur dépense réelle. À ce budget devra s’ajouter un budget de fonctionnement pour faire vivre la SSA en tant qu’institution. Aujourd’hui le coût de gestion du système de santé en France hors CMU est de 14,7 milliards d’euros. Ce coût de gestion dépasse la seule distribution des remboursements des frais de santé, intégrant par exemple la gestion de la prévention. Néanmoins, les témoignages des travailleur·euses des Caisses d’assurance maladie laissent penser que leur budget actuel ne permet pas un fonctionnement dans des conditions décentes de travail. De plus les mécanismes démocratiques de gestion des caisses de sécurité sociale de l’alimentation que nous appelons de nos vœux seront certainement plus coûteux que le fonctionnement actuel de l’assurance maladie, très centralisé et descendant. Ainsi le budget de fonctionnement des caisses de sécurité sociale de l’alimentation sera certainement plus élevé que 14,7 milliards d’euros. L’analogie avec la sécurité sociale nous a menés sur l’idée historique29 d’une cotisation. Cette option est cohérente avec notre volonté d’avoir des caisses de sécurité sociale gérées de manière démocratique et participative, là où un financement par l’impôt risquerait d’induire une gestion centralisatrice par l’État. Une première option serait une cotisation supplémentaire qui serait prélevée sur le salaire ou revenu brut. Ceci impliquerait une baisse du salaire ou revenu net, plus ou moins compensée par le versement de 150 euros par mois à dépenser uniquement pour une alimentation conventionnée. À revenus mixtes30 et salaires constants, ces 150 euros représenteraient en moyenne31 12,6 % des revenus mixtes et salaires, là où la consommation de soins et de bien médicaux remboursés par la sécurité sociale représente 16,1 % des revenus mixtes et salaires. Juste et solidaire... Pour que cette cotisation ne soit pas excluante, il nous semble que chaque citoyen·ne devrait cotiser. Dans la mesure où les salaires n’évolueraient pas massivement à la hausse, la conséquence serait qu’une telle cotisation ne pourrait pas avoir un taux identique pour tou·te·s. Ce dernier devrait donc être progressif, contrairement aux cotisations sociales pour l’assurance maladie. Un taux unique impliquerait de bloquer une part trop insupportable pour le budget de ceux·lles qui sont déjà les exclu·es alimentaires de notre société et irait à l’opposé de ce que nous cherchons à faire. Si les calculs restent à réaliser, la progressivité devrait être pensée pour qu’en dessous d’un certain seuil de revenu, la cotisation soit équivalente ou inférieure à la dépense alimentaire moyenne observée pour une personne ayant ce revenu. De plus, une cotisation sociale alimentaire progressive aurait l’avantage d’être redistributive dans une société où les inéINTERVENTIONS/INTERVENTIONS

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galités se creusent. Enfin, ce taux progressif nous paraît préférable à l’idée d’exonérer de cotisation les moins aisé·es et les bas salaires. De telles exonérations pratiquées sur les cotisations sociales ces derniers temps ouvrent la voie au démantèlement du modèle social dit « à la française » faisant reposer de plus en plus le financement de la sécurité sociale sur l’impôt. Une autre piste à explorer serait la modulation du taux de cotisation, non pas selon le niveau de revenu de chacun·e, mais selon que les entreprises consacrent une part plus ou moins importante de leur chiffre d’affaires à rémunérer leurs employé·es. Dans la mesure où la rémunération du capital a cru bien plus que la rémunération du travail dans les dernières décennies32, il paraît juste de penser ajouter l’équivalent d’une « part patronale » à la cotisation sociale alimentaire des salarié·es33. C’est-à-dire d’augmenter le salaire superbrut34. L’assiette des cotisations sociales en France étant le salaire brut. Cela reviendrait à faire supporter aux employeurs tout ou partie des 150 euros versés par mois aux salarié·es35 en pesant moins, voire pas du tout, sur le salaire net. Au-delà d’un mécanisme de financement propre nécessité par la somme très importante que représente le budget de la SSA, il est possible d’imaginer de compléter ce financement par le public, c’est à dire par l’impôt, ou par transfert d’autres branches de la sécurité sociale, c’est à dire des cotisations déjà existantes. D’un côté, la liste des impôts légitimes supprimés ou dont une grande partie des plus riches se retrouve exonérée s’est allongée ces dernières années. La transformation de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) en impôt sur la fortune immobilière (IFI) représente un manque à gagner de 32 milliards d’euros pour le budget de l’État en 2018 et la mise en œuvre du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), un manque à gagner de 21 milliards d’euros en 2018. Et l’évasion fiscale représente selon les estimations entre 50 et 200 milliards d’euros par an36. S’ils étaient récupérés, ils donneraient une bonne marge de manœuvre à l’État pour mettre en œuvre des politiques sociales et environnementales, dont la SSA. De l’autre, la mise en œuvre de la SSA devrait s’accompagner d’une meilleure santé et faire baisser les frais de l’assurance maladie. Permettant d’acheter des produits conventionnés... Cet argent pourrait être dépensé uniquement auprès de professionnel·les de l’agriculture et de l’alimentation conventionné·es, y compris en restauration hors domicile, par des caisses de sécurité sociale de l’alimentation (SSA), présentes à l’échelle des communautés de communes au plus large pour être proche du contexte agricole et alimentaire local. Plusieurs critères nous semblent indispensables à imposer dans le cadre national : – Les prix seront décidés avec les caisses, au regard du coût de revient des produits. – Les entreprises capitalistes (présence de capital extérieur à l’entreprise rémunéré par l’activité au-delà de l’inflation) seront exclues37. Pour être conventionné·es, les professionnel·les devront se fournir auprès d’entreprises ellesmêmes conventionnées (achats de l’ensemble des intrants, semences) à des prix qui permettent aux fournisseurs de vivre correc-

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tement (contractualisation sur le long terme, prix rémunérateur). – Les critères de production liés à des enjeux nationaux ou supranationaux (par exemple le climat ou la biodiversité) seront à négocier au niveau national entre une fédération des caisses et l’État. C’est aussi le cas pour les produits conventionnés qui seront importés (par exemple les agrumes), et dont les cahiers des charges d’importation pourraient généraliser les exigences du commerce équitable. Ainsi, l’ensemble de la production et de la transformation serait exempt du profit capitaliste, ce qui nous paraît légitime pour de l’argent socialisé pour l’alimentation de tou·te·s. C’est une différence majeure avec le modèle actuel de la sécurité sociale qui souffre de son rapport à l’industrie pharmaceutique, laquelle s’enrichit démesurément sur la santé, et une proximité avec l’interdiction d’apport de capital extérieur qui régit le travail de l’ensemble du corps médical libéral, duquel pourra se rapprocher l’ensemble du monde paysan. Deux types de conventionnement sont envisageables : – Lorsque les producteurs·trices sont maîtres des filières (vente directe, coopérative de transformation, magasins de producteurs), à condition de respecter les règles de production qui seront établies, ces producteurs·trices pourront être conventionné·es pour l’ensemble de leur production. – Dans le cas de produits revendus par des tiers, les produits conventionnés devront respecter les critères précédents ainsi qu’un engagement pluriannuel des commerçant·es sur les volumes (le prix étant déjà assuré par le conventionnement avec la caisse), sur le principe du commerce équitable. Si ce dernier n’est pas parfait, il démontre qu’il est possible de mettre en œuvre une traçabilité sociale et environnementale dans les filières agroalimentaires. Un tel projet serait compatible avec le projet d’évolution de la Politique Agricole Commune en Politique Alimentaire et Agricole Commune pour 2030 portée par la Plateforme Pour une Autre PAC. D’ailleurs les caisses de SSA pourraient être en relation, voire fusionnées, avec les instances participatives et décentralisées d’orientation agricole prônées par la Plateforme dans son rapport « Osons une autre PAC »38. Le conventionnement des acteur·rices intermédiaires des filières serait en premier lieu un engagement de traçabilité absolue de l’origine des produits (comme dans l’agriculture biologique et/ ou le commerce équitable labellisé par « tierce partie »). Il devrait ensuite évoluer vers des critères plus exigeants. … Régies par un fonctionnement démocratique Avoir le choix de son alimentation, ce n’est pas seulement choisir dans le rayon, mais aussi pouvoir choisir les conditions de production à remplir pour que les produits se trouvent dans les rayons. Ces caisses veilleront à établir un fonctionnement démocratique inclusif39 permettant aux habitant·es des territoires de décider des conditions à respecter pour être éligible (critères locaux et généraux nationaux). Les caisses devront veiller à ce que l’ensemble des produits conventionnés répondent aux besoins de minorités ou d’individus aux préférences alimentaires spécifiques

(sans porc, végétarien, allergies, etc.). Avec ce mécanisme, on concilie ainsi marché (libre choix du producteur·trice par l’usager) et maîtrise de la production par les travailleurs·euses et les mangeurs·euses via les caisses de sécurité sociale de l’alimentation. Ces produits seraient disponibles à travers les mêmes circuits de distribution que ceux non conventionnés et pourraient d’ailleurs être achetés sans la carte de sécurité sociale, en euros (au même prix hors SSA à qualité équivalente). La question du conventionnement des cantines scolaires sera primordiale pour l’éducation, le développement des goûts et la santé des jeunes générations.

UNE RÉPONSE POSSIBLE AUX ENJEUX AGRICOLES ET ALIMENTAIRES ACTUELS Le choix : indissociable du droit à l’alimentation Dans l’idée de sécurité sociale de l’alimentation, les personnes en situation de précarité alimentaire sont reconnues dans leurs besoins fondamentaux. Elles ont accès à une alimentation désirée qu’elles peuvent choisir, elles peuvent faire corps avec le reste de la société. En effet, à l’échelle individuelle, ces personnes ont le choix des différent·es professionnel·les auprès desquels elles peuvent se fournir pour choisir leur alimentation, et le choix des produits. Mais elles sont également pleinement reconnues comme citoyen·nes à même de décider quels seront ces lieux et quelles conditions ils doivent remplir ; elles pourront ainsi, comme tous les autres, décider du fonctionnement des systèmes alimentaires qui les nourrissent et qui dessinent les paysages qui les entourent, et ce, de la même façon que pour l’ensemble de la société. Assurer qu’un budget minimal par Français·e soit dévolu à la consommation alimentaire est une façon de lutter contre la dynamique dans laquelle l’alimentation est la variable d’ajustement dans le budget et de supprimer tous les effets sociaux et environnementaux néfastes qui en découlent. La fin d’un libéralisme qui offre un choix restreint et illusoire aux mangeurs·euses Le libéralisme nous offre l’impression d’un choix, mais ce choix ne s’opère qu’entre ce qui est proposé à la vente, donc déjà produit. Le fonctionnement de caisses de sécurité sociale de l’alimentation nous permettrait, par les critères qui peuvent inclure des démarches progressives de changement, d’orienter la production agricole et la transformation, voire même la distribution et la restauration. Cela permettrait d’exercer ainsi réellement une démocratie alimentaire, un fonctionnement démocratique sur le secteur économique de l’agriculture et de l’alimentation. Rapprocher agriculture et alimentation, dire que l’agriculture doit répondre à une demande sociale, c’est s’attaquer au cœur du libéralisme qui souhaite que l’on produise simplement pour maximiser le profit sans aucune contrainte. C’est refaire de l’économie agricole un facteur de lien social. C’est une réelle politique de la demande au service de la société.

Une disparition progressive du système agro-industriel au profit d’une alimentation de qualité et d’une agriculture paysanne En fournissant à l’ensemble de la société la possibilité de choisir une alimentation de qualité, les débouchés du système agro-industriel devraient être fortement diminués. En effet, le cadrage national du processus de conventionnement permettra d’éviter que ces produits industriels ne se retrouvent conventionnés. De plus, les délibérations démocratiques de la population sur le choix des professionnel·les conventionné·es sera forcément l’occasion d’échanges ; il y a fort à penser qu’ils entraîneront une remise en cause plus forte de la consommation de produits du système agroalimentaire. Enfin, le don alimentaire serait réduit aux situations d’urgences, pour lesquels la collecte de produits de qualité serait tout à fait envisageable40 ; ce serait un débouché non négligeable du système agro-industriel qui s’effriterait. Une rémunération plus juste des paysan·nes Réaugmenter la population solvable pour des produits de qualité, c’est se donner les moyens de sortir des impasses dans lesquelles le monde économique enferme les initiatives d’alimentation de qualité. C’est également se donner la possibilité de sortir ces initiatives de niches économiques, de les globaliser et de mieux rémunérer plus de paysan·nes. Les produits conventionnés seront peut-être plus chers, mais tout le monde aura les moyens de se les payer ! Imposer dans les règles de conventionnement l’établissement de contrats équitables entre les paysan·nes et les industriel·les (prix rémunérateurs, engagement sur le long terme) assure aux paysan·nes, même en circuits longs, d’avoir une reconnaissance financière et sociale de leur travail.

UNE MULTITUDE DE QUESTIONS RESTENT À CREUSER Comment déterminer le montant du budget par personne ? 150 euros par mois est un montant qui permet, à partir de l’achat de produits bruts de qualité, de correctement se nourrir. Ce montant a vocation à être augmenté à l’avenir, afin d’atteindre la dépense moyenne des Français·es dédiée à l’alimentation (pour mémoire, 235 euros). Cependant, un montant trop élevé dès le départ nous semble difficile à maîtriser pour penser la transition du système de production agricole et alimentaire. Afin de faciliter cette transition, il est également possible d’envisager que ces caisses demandent une cotisation supplémentaire pour, par exemple, financer des moyens de production ou de transformation nécessaires pour la relocalisation de productions sur le territoire. L’ensemble des moyens de production actuels du système agro-industriel doivent trouver une autre voie de production, tout comme ses travailleur·euses. On peut imaginer que si les 150 euros ne sont pas dépensés par tout le monde, cet argent pourra aussi être réinvesti pour le financement de ces transitions, avec une propriété commune des moyens de production. Cela peut être un levier pour des ouvrier·es qui souhaitent quitter leur entreprise et monter une

Scop41 à plus petite échelle pour fournir le territoire, mais qui n’ont pas le capital nécessaire pour lancer la production. Comment prévoir une éducation populaire alimentaire individuelle et collective ? La sécurité sociale de l’alimentation est une mesure dont l’objet est d’atténuer fortement le frein économique à une bonne alimentation. En effet, le prix est très fréquemment cité dans les enquêtes comme la principale barrière à l’achat de certains aliments, comme les fruits et légumes, ou encore les produits bios et équitables. Néanmoins, la sécurité sociale de l’alimentation, bien que nécessaire, ne pourra répondre seule à l’ensemble des problèmes sanitaires, sociaux et écologiques liés à l’alimentation, tant les déterminants alimentaires sont multiples42. Ainsi, pour transformer collectivement notre rapport à l’alimentation, il sera nécessaire de poursuivre et d’investir de l’argent public43 dans des programmes d’éducation, de promotion et de facilitation à une bonne alimentation sans se limiter à la question nutritionnelle, mais en regardant les modes de production, les impacts des produits transformés et raffinés sur notre organisme. Ces programmes devront être adaptés aux spécificités des populations cibles pour une meilleure pertinence. Une plus grosse attention devra être portée aux populations identifiées comme à risques comme les enfants, femmes enceintes et personnes âgées ainsi que pour les personnes atteintes de maladies nutritionnelles et/ou d’obésité en permettant l’accès à des programmes de prise en charge spécifique. Les programmes adoptant une approche multidisciplinaire non stigmatisante et prenant en compte à la fois les aspects nutritionnels, d’activité physique, psychologiques, comportementaux et sociaux44 nous apparaissent comme les mieux adaptés pour l’accompagnement vers des comportements alimentaires davantage sources de bien-être. La possibilité de réglementer voire d’interdire la publicité sur les produits alimentaires devra être posée. Il s’agit de ne pas se retrouver en concurrence avec la puissance d’un marketing allant contre l’intérêt général. L’idée d’emballages neutres pourrait également être envisagée comme cela a été fait pour une autre question de santé publique comme le tabac. De plus des actions collectives d’éducation populaire nécessaires à une meilleure maîtrise par la population des enjeux agricoles et alimentaires seront également nécessaires. Il pourrait s’agir par exemple de proposer des temps de formation sur les sujets qui font débat au sein des caisses de sécurité sociale de l’alimentation, pour s’informer sur les méthodes de production qui sont reconnues néfastes pour l’environnement ou la santé. On peut aussi imaginer une augmentation de ces cotisations afin de financer l’accès libre à un réseau de professionnel·les spécialisé·es dans l’accompagnement à l’alimentation (nutritionnistes, diététicien·nes, psychologues, préparateur·rices physiques, assitant·es sociales, etc.) pour permettre aux gens de mieux prendre en main leur alimentation sans toutefois stigmatiser certaines populations. Des moyens matériels seront nécessaires afin de proposer des


espaces collectifs accessibles à tou·te·s et équipés pour cuisiner. Tous ces programmes et actions devront être régulièrement évalués afin d’en améliorer le contenu. Néanmoins, l’influence des systèmes alimentaires actuels sur les comportements alimentaires des individus est si importante qu’il est probable que les modifications espérées prennent du temps. D’autant que certains freins, comme la discrimination envers les personnes en situation d’obésité, ne seront levés que par un changement plus profond de la société et des pratiques médicales. Enfin, malgré toute politique d’accès à une alimentation de qualité et toute éducation populaire pour se l’approprier, nous avons conscience qu’une égalité alimentaire ne pourra être effective que dans le cadre d’une société beaucoup plus égalitaire45. Comment anticiper les réorganisations importantes dans un secteur économique majeur ? La mise en place d’une sécurité sociale de l’alimentation induira une réorganisation en profondeur des filières avec des résistances qui seront fortes et des conséquences multiples. Par exemple, cela provoquera un aménagement du territoire très différent avec une réallocation des surfaces aujourd’hui dévolues à la distribution, la logistique et la transformation. Des mesures progressives de transition sont peut-être à envisager. La mise en œuvre des critères de conventionnement pourrait être progressive et la structuration des filières soutenue publiquement. Cette transition sera attentive à proposer de nouveaux postes en cas de licenciement pour baisse d’activité dans certaines industries alimentaires. Il nous semble préférable de partir tout de suite sur un montant correct de 150 euros en faisant des compromis temporaires sur les critères pour les produits à introduire, que de partir avec un montant plus faible qui couvrirait l’ensemble de la production conventionnée respectant l’ensemble des critères, mais ne suffirait pas à se nourrir correctement. L’appropriation sociale du mécanisme, la réponse à l’urgence et la confiance dans le processus collectif pour penser une transition du système agro-industriel nous font privilégier cette option. Comment prendre en compte l’impact environnemental des produits alimentaires ? Couper un des piliers de la rentabilité du système agro-industriel apporte des garanties en matière de diminution de l’impact environnemental de notre système de production. Il est cependant tout à fait possible d’aller plus loin, en imposant des critères environnementaux forts dans les caisses de sécurité sociale de l’alimentation : absence d’OGM (cultures et consommations intermédiaires), interdiction du glyphosate et de CMR46, d’engrais de synthèse... De la même façon que les caisses de solidarité sociale alimentaire ne pourront conventionner avec des entreprises capitalistes qui captent la valeur. Il est dans tous les cas primordial que les critères tendent vers cela, mais important aussi d’accompagner la transition du monde agricole en fonction des contextes et des enjeux environnementaux locaux.

UN PROJET À ARTICULER AVEC LES LUTTES ET MOUVEMENTS SOCIAUX ACTUELS Pourquoi ISF Agrista s’intéresse-t-il à une sécurité sociale alimentaire ? Le groupe thématique Agricultures et Souveraineté Alimentaire d’Ingénieur·es sans frontières (ISF) regroupe des citoyen·nes et des professionnel·les œuvrant pour la réalisation de la souveraineté alimentaire et des modèles agricoles respectueux des équilibres socioterritoriaux et écologiques. Il se place dans une perspective de transformation sociale47. Nous sommes convaincu·es que seul un projet de souveraineté alimentaire répond aux enjeux de la faim dans le monde, qui sont avant tout des enjeux politiques d’accès des populations à l’alimentation produite – nous produisons suffisamment pour nourrir 12 milliards d’humains, et actuellement 1 milliard de personnes sont en situation de sous-nutrition dans le monde, dont 700 millions de paysan·nes, alors que nous ne sommes que 7 milliards. À cet enjeu d’accès à l’alimentation s’ajoutent également la question des conditions de production agricole, déterminantes pour l’accès à une nourriture diversifiée, de qualité, dans le respect des travailleur·euses et de l’environnement. Celles-ci sont toutes déterminées par l’accès des producteur·trices aux moyens de production alimentaire et à des marchés rémunérateurs. Enfin, l’alimentation est un puissant marqueur social et culturel.

Il convient de viser le respect des identités multiples et de la dignité de chacun·e à travers le choix de son modèle alimentaire. La question qui nous préoccupe est donc : comment permettre à tou·te·s d’avoir accès à une alimentation choisie, de qualité, respectant l’environnement et ses travailleur·euses ? Afin d’alimenter un débat déjà riche au sein du monde militant sur ces questions, nous souhaitons présenter le projet d’une sécurité sociale alimentaire, en établissant un parallèle avec ce qui existe déjà en France pour l’accès de tou·te·s à la santé. Pourquoi ne pas simplement tabler sur une augmentation des minimas sociaux ou du SMIC pour permettre l’accès de tou·te·s à une alimentation de qualité ? Même si ces augmentations nous semblent indispensables, ce type de proposition ne nous semble pas du tout prendre en compte la mesure des enjeux alimentaires : – Premièrement, la société de consommation et le développement du système industriel ont cherché depuis des années à réduire la part de l’alimentation dans le budget des Français·ses pour leur permettre de consommer d’autres produits. L’alimentation est toujours une dépense « d’ajustement » pour les personnes en situation de précarité. Avec plus de pouvoir d’achat, mais des inégalités persistantes et un comportement agressif de la consommation (hausse des loyers, obsolescence programmée et course à la technologie…), il y a fort à parier que les comportements alimentaires ne puissent évoluer, ce qui ne répondrait pas aux enjeux sanitaires

et écologiques. Surtout si d’un autre côté les loyers augmentent ou si de nouveaux « besoins » de consommation sont imposés et que l’alimentation reste la variable d’ajustement pour gérer le budget, cette hausse du SMIC sonnerait comme un cadeau pour le capitalisme. Démonétariser, sanctuariser un budget alimentaire pour l’ensemble de la population est le seul moyen pour assurer que la population soit correctement nourrie. – Deuxièmement, ce type de solution reviendrait à se baser uniquement sur l’échelle individuelle pour réaliser la transition alimentaire nécessaire. Or, l’alimentation a une fonction sociale certaine. Les discussions collectives que nous proposons dans le projet de SSA nous semblent indispensables pour que chacun·e s’approprie les enjeux de souveraineté alimentaire et que les besoins de la population soient définis collectivement. En effet, la libre concurrence ne donne que très peu de place à la production d’alimentation de qualité dont la production coûte plus cher et où les travailleur·euses sont payés correctement. La SSA répond à ce besoin de développement de ce type de productions en lui ouvrant un marché par des mangeur·euses qui auront les moyens de se procurer leurs produits. Augmenter simplement les revenus, c’est oublier les producteur·trices en espérant que les gens soient aujourd’hui capables de comprendre l’incidence de leurs choix pour leur permettre des conditions de vie décentes. Elle participe à faire de l’alimentation un Commun.

Pourquoi ne pas simplement proposer que l’alimentation soit gratuite ? Le projet de sécurité sociale de l’alimentation vise l’absence de prix à payer par les consommateur·trices pour l’accès à une alimentation de qualité, sans frugalité ni excès. En cela, elle se rapproche idéologiquement de l’idée d’une alimentation gratuite aujourd’hui défendue par le politologue Paul Ariès48. Mais si nous préférons parler d’alimentation « socialisée », c’est parce que l’exemple de la sécurité sociale, dans le contrôle démocratique de la production du soin qu’il a produit dans les années 60, nous semble particulièrement pertinent pour penser le projet de souveraineté alimentaire et l’émancipation des travailleur·euses paysan·nes des impératifs d’un marché au service du profit plutôt que de l’alimentation. En revanche, un projet de simple gratuité, comme l’accès à l’école et bien que son coût soit socialisé par l’impôt, ne pose pas la question du contrôle démocratique de la production, ne pose pas la question de la rémunération du travail des paysan·nes. Une situation dans laquelle des agriculteur·trices ne peuvent conventionner qu’avec un seul acheteur (l’État) est beaucoup plus précaire et moins résiliente que la possibilité de conventionner avec différentes caisses de sécurité sociale de l’alimentation. Enfin, l’alimentation n’est pas un bien d’abondance, contrairement au savoir, ce qui limite pour des raisons de gaspillage et de non-accaparement/surconsommation par certain·nes, l’intérêt de la rendre gratuite.

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Ce projet de SSA est-il révolutionnaire ou réformiste ? Le but recherché via la mise en place d’une sécurité sociale de l’alimentation est de sortir l’alimentation, un champ d’activité humaine aujourd’hui libéralisé et marchandisé, le plus possible du capitalisme. Il est certain qu’un tel projet irait à l’encontre d’un certain nombre d’acteur·trices, en premier lieu la grande distribution et l’agro-industrie qui verraient leur taux de profit fondre dans le secteur alimentaire. Ne pas croire que ces acteur·rices se jetteraient avec férocité dans une bataille contre notre projet s’il venait à

devenir crédible dans la société serait faire preuve d’une grande naïveté. On pourrait alors objecter que, quitte à mener une telle bataille, autant envisager une révolution qui résoudrait tout autant la question alimentaire comme tant d’autres. L’idée n’est pas pour nous de penser que l’alimentation est une priorité absolue sur toute autre thématique sociopolitique. Assurément le logement, l’énergie, la mobilité et tant d’autres thématiques sont tout aussi importantes à traiter. Cette proposition est un appui à repenser collectivement la gestion des communs, en

commençant ici par la dimension agroalimentaire. Et nous invitons tout le monde à s’en emparer. Néanmoins, l’idée de proposer un système alimentaire alternatif nous paraît avoir plusieurs vertus. Là où une perspective révolutionnaire, souhaitable et souhaitée paraît assez théorique et toujours lointaine, il s’agit de se donner une vision concrète et positive, ancrée dans notre réalité quotidienne, pour lutter contre le « There Is No Alternative »49 de Margaret Tatcher qui finit toujours par nous rattraper. Penser, proposer et se projeter dans un système plus juste, et

non plus seulement analyser les errances de notre monde nous paraît utile pour réenchanter nos luttes. C’est le choix aussi pris par nombre de mouvements sociaux qui ont choisi de promouvoir des « initiatives » positives. Cette option s’est révélée encourageante et utile pour mobiliser un certain nombre de gens éloignés des formes d’action classique de la gauche radicale. Mais cette promotion des « initiatives » et des « transitions » a tendance à tout mettre sur le même plan et à ne pas proposer de projet de transformation sociale comme débouché aux microrésistances, par ailleurs nécessaires. Notre proposition est de partir de ces initiatives (agriculture biologique, commerce équitable, économie sociale et solidaire, slow food, Amap, etc.) en les considérant comme autant de fondations concrètes anticapitalistes pour bâtir un monde plus juste et plus soutenable. Ce qu’elles deviennent en s’inscrivant dans un projet de transformation global de la société. Il s’agit d’offrir un débouché subversif à ces initiatives, plutôt que d’attendre sagement qu’elles soient récupérées au service du capitalisme. Cette idée nous paraît fédératrice dans une perspective de convergence et d’unité. Le débat que nous souhaitons soulever permettrait dans un premier temps de confronter et mettre en lumière l’hypocrisie des acteurs dominants de l’alimentation qui rivalisent de communication pour nous expliquer comment ils vont combattre la vie chère et sauver la planète. Ce qui n’est qu’enfumage, mais encore faut-il se donner la peine de dissiper la fumée. Il peut aussi être le support pour une réforme sociale et écologique radicale en cas d’opportunité politique qui adviendrait. Même s’il ne s’agissait pas d’une révolution intégrale ce serait l’occasion d’améliorer la vie de millions de gens. Si nous ne nous reconnaissons pas dans la politique des petits pas qui a servi de cache-sexe à la gauche au pou-

voir en France pour casser les acquis de la solidarité sociale, nous pensons que la sécurité sociale a été en son temps une grande conquête. Un petit matin assez lumineux pour qu’il ne s’oppose pas au grand soir. Nous souhaitons construire ce projet de façon à rendre sa mise en place la plus concrète possible, pour convaincre que des changements radicaux sont possibles... de suite !

pourcentage en dessous de l’inflation de l’évolution du coût de la vie dans les secteurs où la transition est impossible rapidement) au fur et à mesure que la transition sera effectuée… Autant de chantiers à ouvrir pour que cette proposition réponde de suite à une urgence, et permette d’évoluer rapidement vers un mécanisme plus ambitieux ! Mais après des États généraux de l’alimentation de 2018 aux conclusions très décevantes, n’est-il pas temps d’envisager un projet politique ambitieux pour sortir la société d’une industrie agroalimentaire et d’un système de distribution qui ont vu les pires scandales éclater (vache folle, poulet à la dioxine, lasagne de cheval, etc.) et des fortunes françaises se bâtir ?

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EN CONCLUSION : UNE UTOPIE CONCRÈTE Cette belle idée de sécurité sociale de l’alimentation peut sembler idéaliste… Mais il nous semble que s’il y a bien un domaine sur lequel des conquêtes sociales importantes pour une production hors du capitalisme et des avancées sociales sont possibles, c’est l’alimentation. En effet, ce secteur a deux avantages notoires : l’existence actuelle de productions non capitalistes extrêmement importantes50 qu’il nous faut développer, ainsi qu’une plus grosse difficulté de la population à fermer les yeux sur les conséquences désastreuses du libéralisme et du système industriel dans ce secteur à cause des conséquences directes de l’alimentation sur la santé. Les citoyen·nes sont souvent touché·es et intéressé·es par ce sujet. Nous avons souhaité imaginer un projet qui soit envisageable à mettre en place dès aujourd’hui… Qu’en dites-vous ? Pour que la société se réapproprie à terme l’ensemble des moyens de production de son alimentation, de nombreuses pistes restent encore à explorer. Il faut définir la progressivité dans le temps du montant distribué, le financement des coûts de transition (process, infrastructures, filières, etc.) – à articuler avec les mesures de transition de Pour une autre PAC –, le critère d’exclusion capitaliste à mettre progressivement en œuvre (par exemple avec des règles de progrès fixant une possibilité dégressive de lucrativité vers un

1 Histoire politique de l’alimentation, Paul Ariès. 2 Lire « L’agribusiness survivra-t-il à la fin des paysans ? » [http://www.agrobiosciences.org/IMG/pdf/Agribusiness_T-Martin.pdf] 3 OFPM, Rapport au parlement, Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, 2016. 4 L’accès aux moyens de production, en particulier au foncier, reste très difficile, si bien qu’un quart des emplois agricoles ont été détruits entre 2000 et 2015, remettant en cause la sécurité et la souveraineté alimentaire du pays. 5 De La ruche qui dit oui à la campagne « Act for food » de carrefour, de nombreuses initiatives se mettent en place pour récupérer les nouveaux comportements alimentaires au service de sociétés capitalistes. Lire aussi : Boltanski et Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Gallimard, Paris, 1999. 6 Santé publique France recommande également d’acheter, « si possible » des aliments bio, et d’aller vers des « fruits et légumes de saison », issus de productions locales. Recommandations relatives à l’alimentation, à l’activité physique et à la sédentarité pour les adultes, Santé publique France, 2019. 7 Avis n° 72 du CNA « Aide alimentaire et accès à l’alimentation des populations démunies en France », p. 21 et Conseil National des politiques de Lutte contre la pauvreté et l’Exclusion sociale, 2016, « Les chiffres clés de la pauvreté et de l’exclusion sociale », p. 13. 8 Article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 (ONU) ; Article 11 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966. 9 Par exemple la déclaration de Rome sur la sécurité alimentaire mondiale 1996 introduit la notion de choix. 10 Agence nationale de sécurité sanitaire de

l’alimentation, de l’environnement et du travail, 2017, « Étude individuelle nationale des consommations alimentaires 3 », p. 85-86. L’insuffisance alimentaire « quantitative » correspond aux réponses : « j’ai/nous avons eu parfois pas suffisamment à manger » et « j’ai/nous avons eu souvent pas suffisamment à manger » durant les 12 derniers mois. L’insuffisance alimentaire « qualitative » correspond à la réponse : « j’ai/nous avons eu suffisamment, mais pas toujours de tous les aliments que je/nous souhaitais/ ions manger » durant les 12 derniers mois. 11 Consoles G., Fesseau M., Passeron V., 2010, Consommation des ménages depuis 50 ans, INSEE, consulté le 3 mars 2016 [http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/ CONSO09c.PDF] 12 Toutes les agricultures des pays dits développés sont adossées à des systèmes d’aides publiques depuis très longtemps. En France, l’état a soutenu le Crédit Agricole pendant toute la phase de modernisation agricole jusqu’à ce que la PAC prenne le relais. Aux USA, cette modernisation est même passée directement par une banque d’état. 13 Se nourrir lorsqu’on est pauvre, ATD Quart Monde, revue et documents, n° 25, 2014. 14 Mode de commercialisation des produits agricoles qui s’exerce soit par la vente directe du producteur au consommateur, soit par la vente indirecte, à condition qu’il n’y ait qu’un seul intermédiaire entre l’exploitant et le consommateur. 15 Campagnes solidaires, n° 343, octobre 2018, « Circuits mi-longs : une solution complémentaire aux circuits courts » : « Ici, le maraîchage diversifié en vente directe a le vent en poupe. Les brevets professionnels sont remplis. Mais la réalité, c’est que ni l’agglomération de Lyon ni les communes de l’Ouest lyonnais ne veulent créer de nouveaux marchés. Les porteuses et porteurs de projets qui s’installent sont un peu coincés et le prix des places de marché explosent quand un producteur prend sa retraite. » 16 Communiqué de presse du Synabio du 21/01/2019, « le SYNABIO appelle les enseignes à éviter la guerre des prix » : la grande distribution met ses fournisseurs bio sous forte pression. 17 Et ont servi les intérêts de certains lobbys et scientifiques, voir le livre de Jean-Pierre Poulain, Sociologie de l’obésité, PUF, 2009. 18 EAPN France, 2018, Vers un droit à l’alimentation en France. 19 Rapport du Sénat 2019/2019, n° 34. 20 La valeur ajoutée des secteurs Agriculture, sylviculture et pêche plus Fabrication de denrées alimentaires, de boissons et de produits à base de tabac est de 79 millards d’euros. 21 Par exemple, une des deux mesures principales de La loi n° 2016-138 du 11/02/2016 relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire : « l’obligation, pour les magasins alimentaires de plus de 400 m2, de proposer une convention de don à des associations pour la reprise de leurs invendus alimentaires encore consommables ». [https:// www.ecologique-solidaire.gouv.fr/gaspillage-alimentaire-0] 22 Interdiction de propriété capitaliste des sociétés d’exercice libéral, jusqu’à son abrogation par la loi Macron de 2015. 23 Fakir, n° 82. « Les vandales de la santé », p. 10-15 ou encore Némésis médicale d’Ivan Illitch. 24 Lire Némésis Médicale d’Ivan Illitch. 25 Pour comparaison, la part de la consommation de soins et de bien médicaux remboursés par la sécurité sociale est de 136,3 milliards d’euros. 26 Aujourd’hui le coût de gestion du système de santé en France hors CMU est de 14,7 milliards d’euros. Ce coût de gestion dépasse la seule distribution des remboursements des frais de santé, intégrant par exemple la gestion de la prévention. Néanmoins, les témoignages des travailleur·euse·s des caisses d’Assurance maladie laissent penser que leur budget actuel ne permet pas un fonctionnement dans des conditions décentes de travail. De plus les mécanismes démocratiques de gestion des caisses de sécurité sociale de l’alimentation que nous appelons de nos vœux seront certainement plus coûteux que le fonctionnement actuel de l’assurance maladie, très centralisé et descendant. Ainsi le budget de fonctionnement des caisses de sécurité sociale de l’alimentation sera certainement plus élevé que 14,7 milliards d’euros. 27 Pour comparaison, le « panier alimentaire » mensuel moyen par français est de 235 €, celui des foyers les plus défavorisés de moins de 100 €. Le budget de 150 € permet d’initier le mécanisme. [https:// fr.statista.com/statistiques/539021/budget-alimentation-montant-moyen-selon-revenu-menages-france/] 28 65 564 756 habitants en 2013 selon l’INSEE. Nous faisons l’approximation de 150 € par mois par personne, quel que soit l’âge. Pour une cohérence dans les chiffres présentés, nous nous basons pour la suite des calculs sur une référence 2013 de données fournies par l’INSEE et la DRESS. 29 En effet, depuis de nombreuses années la sécurité sociale repose de plus en plus sur l’impôt via la Contribution sociale généralisée (CSG) en complément des cotisations. 30 Les revenus mixtes sont les revenus issus de la production des entrepreneur·euse·s individuel·le·s qui ne sont pas des salarié·e·s 31 Cette notion de moyenne est importante puisque nous envisageons plus loin que ce taux soit modulable. 32 « Ces dernières décennies, la part du tra-

vail, c’est-à-dire la part de la rémunération du travail (traitements et salaires, avantages accessoires au salaire) dans le revenu national total, a diminué dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE. Sa valeur médiane est passée de 66,1 % au début des années 90 à 61,7 % à la fin des années 2000, et dans certains pays ce fléchissement s’était amorcé plus de 30 ans plus tôt. » (OCDE, 2012). Quand la part du travail baisse, c’est qu’en face la rémunération du capital, c’est-à-dire la rémunération de l’investissement, augmente. Dans une perspective marxiste, le travail produisant seul de la valeur économique, contrairement au capital, il n’y a pas lieu de rémunérer le capital du tout. 33 Pour leur part les indépendant·e·s ou entrepreneur·euse·s individuel·le·s étant « leur propre patron·ne » n’ont pas de distinction entre cotisation salariale et patronale. 34 Le salaire superbrut est l’addition : du salaire net et des cotisations salariales et patronales ; là où le salaire brut est l’addition du salaire net et des seules cotisations salariales. 35 Cela n’a aucune incidence pour les indépendants, voire note 7. 36 [https://blogs.alternatives-economiques. fr/gadrey/2017/06/28/fraude-et-evasionfiscale-en-france-200-milliards-par-an] 37 Pour le capital immobilier, le statut du fermage apporte un garde fou, peut-être à renforcer. Pour les capitaux financiers, l’instauration de caisses d’investissement peut apporter des solutions. Pour les capitaux mobiliers (agrofourniture : semences, tracteurs, etc.), des solutions sont à créer. La question de la transition et de sa progressivité sera à approfondir. 38 [https://drive.google.com/ file/d/1ZqtkBoUCtnw4ajBSxCIlHs0ttbi4o61-/view] 39 C’est-à-dire respectant aussi les préférences alimentaires des minorités. La démocratie n’est pas la dictature de la majorité. 40 Paturel D., 2018, « Vous avez dit démocratie alimentaire ? », revue Sésame, n° 4, p. 6-7 ; ou encore : [https://www.chaireunesco-adm.com/NICOLAS-BRICAS-Pourquoi-faudrait-il-lutter-contre-le-gaspillage-alimentaire] 41 Société coopérative ouvrière de production. 42 [https://www.uni-konstanz.de/DONE/ view-interactive-data/] 43 En reprenant par exemple les budgets alloués au plan national nutrition santé (PNNS). 44 Voir par exemple les activités du RéPPOP de prise en charge de l’obésité pédiatrique par l’éducation thérapeutique. 45 Priya Fielding-Singh : « La nourriture permet d’atténuer les privations matérielles », Libération, par Laure Andrillon, recueilli le 16 février 2018. 46 Produits cancérogènes, mutagènes ou toxiques. 47 Voir notre projet associatif : www.isffrance.org/agrista 48 Paul Ariès, « Eloge de la gratuité », Le Monde diplomatique, novembre 2018 [ ht t p s : //w w w. monde - d i plomat iq ue . fr/2018/11/ARIES/59231] 49 « Il n’y a pas d’alternative », sous-entendu au capitalisme. 50 Que ce soit par le soutien à l’agriculture par la PAC, à l’alimentation par la défiscalisation des dons alimentaires ou les initiatives de productions, transformations et distribution alternatives.


FOR A FOOD SOCIAL SECURITY SYSTEM Ingénieurs sans frontières AgriSTA In France, social security offers to citizens’ access to medical care, regardless of their income. Why? Because health is a common good and access to care is a right. While food, our first medicine, represents a major part of health issues, a common good and even a right, a still too large part of the population is not in a position to exercise it. Shouldn’t dignify access to a chosen diet, like access to healthcare, be the subject of a social policy? Is it possible to create a food social security system (SFSS)? Under what conditions? How could a food social security system offer everyone access to a chosen, quality food that respects the environment and workers? How could this tool guarantees the right to food and, at the same time, be the basis for peoples’ food sovereignty?

GLOBALIZED CAPITALISM IS AT THE ROOT OF AGRICULTURAL AND FOOD IMBALANCES Agriculture in the service of profit rather than food Throughout history, food has been a tool for the ruling social classes to establish their power over the population. Symbolically, first, food deprivation and the staging of opulent meals represents a form of domination over the rest of society1. Materially, then, hunger has been (and still is!) a powerful political weapon, as evidenced by the struggle of peasant societies over the centuries to be able to feed themselves. Technical advances (mechanization, motorization) and agronomic knowledge developed during the 20th century have been monopolized by agribusiness, to the benefit of a liberal capitalist and globalized economy. The agricultural systems it has created have led to famine, population displacement and unprecedented environmental and health degradation. This capitalist agriculture is not only incapable of feeding the world, but is gradually destroying

peasant agriculture, the very agriculture that produces 80% of the food of non-industrialized countries2. In France, farmers’ economic situation is deteriorating: a third of farmers earned less than 350 euros per month in 2016. This is mainly due to the control of the agribusiness over the entire agrifood chain: farmers only receive 8%3 of the food budget paid to the distribution! Agricultural working conditions are no longer attractive and the renewal of generations of farmers is no longer assured4. Alternatives reserved for a part of the population and farmers Resistance to the agribusiness system is numerous and is reflected in concrete actions: struggles against free trade, development of alternative distribution channels such as fair trade, CSA models, shops or farmers’ markets, which put food back at the service of populations and territories. While there is no shortage of initiatives, the challenge now is to develop them, to globalize them without them being recovered in the service of capital5. With the alternatives to agribusiness, a two-tier food system is developing. On the one hand, quality food from alternative production, processing and distribution methods, accessible to those who can afford it. On the other hand, poor quality products whose negative consequences on the environment and health are increasingly demonstrated6, accessible and consumed mainly by disadvantaged populations, sometimes in a forced way, when brought by charity. However, while economic access to quality and selected food is essential, it is not enough: other sociocultural determinants come in and contribute to the development of malnutrition. The existence of alternative food models to agribusiness is a step forward, but is still insufficient. Alternatives cannot be satisfied if they are combined with a situation of “food apartheid” and do not significantly transform the agricultural world.

Source: 2018 French Senate Information Report on Food Aid Financing

Food, a variable of adjustment in the French budget to meet the increase in the cost of living In France, populations in food insecurity are increasing sharply: the use of food aid increased from 2.8 million beneficiaries in 2008 to 4.8 million in 20157. More than a health issue, the power to choose what to eat, without simply receiving what others do not want, is a matter of dignity. In France, thanks to charity, almost no one dies of hunger. But if the right to food exists8, it is not just the right to receive maintenance. Indeed, the possibility of choosing one’s diet and feeling that it is one of the vectors of social cohesion is essential. A social link damaged when you are forced to consume unsold Easter chocolates in June, which no one wants anymore. In addition, the problem is not only the quantity of food/calories available, but also their quality9. While not all of them rely on food aid, many households with limited food budgets cannot really choose their food: they depend on poor quality food from agribusiness. According to the INCA3 study based on 2014–2015 data, 22% of

households with children are food insecure10. Over the past 50 years, the steady decline in the share of food and the increasing share of constrained expenditure in the budget of French households11 clearly demonstrate their inability to free up a larger share of their budget for food. Indeed, despite the establishment of agribusiness monsters, since agriculture does not offer enough opportunities for profits12, the capitalist system directs consumption towards sectors where profits can be higher (housing, energy, leisure, etc.). As food must be less and less expensive, this leads to a constant decrease in the price paid to producers and a decrease in the quality of the products. Faced with limited expenses (housing, transport, etc.), people in precarious situations have no choice but to cut or reduce their meals, sometimes as early as half a month, to get by13. Ensuring vital needs, without any commodification, is thus essential for our society.

Insufficient alternative consumption channels to transform agricultural production After fifteen years of strong development, short circuits14 are nowadays generally less and less remunerative and more and more time-consuming for farmers15. In some places these market sectors are blocked, although in others they have yet to be developed. This is linked to an overall rebalancing of supply and demand (increase in supply with stagnant demand). Moreover, the organic sectors are no longer as profitable as before for farmers16. Other solutions must be considered to provide decent remuneration for farmers who commit to producing in a different way. Policies that support and strengthen these dynamics Agricultural policies that support the industrialization of agriculture and the precariousness and elimination of peasants The European Union’s Common Agricultural Policy (CAP) had a food objective at the end of the Second World War, but had long INTERVENTIONS/INTERVENTIONS

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since been forgotten… Today, it massively supports the largest farms providing low quality products, few jobs and with little regard for the environment. CAP subsidies are distributed without social and environmental justification. European agriculture is competing in the global market. All mechanisms allowing farmers to protect themselves and have an income have been abandoned. Prices are low and very unstable. The CAP is therefore no longer a public policy of general interest, it has become unsustainable. Food policies not adapted to the challenges Some food education programmes and promotion of a healthier way of eating have not brought the expected results. Indeed, the adoption of a paternalistic approach towards disadvantaged populations in the hope that they will adopt healthier eating habits has often been summed up as a failure. In addition, these programmes have reinforced the stigmatization of these people, while most of them already know the nutritional principles for a balanced diet. For example, the staging of an obesity epidemic that would urgently need to be eradicated through programmes that engage people to change their eating behaviour on their own has only made the situation worse17. Indeed, it is futile to think that an approach based solely on dietetics is sufficient to manage obesity, the determinants of which affect several areas (psychological, social, nutritional, etc.). In addition, there is no policy for access to quality food at a national level. Initiatives are sometimes implemented at local levels, leading to inequality between territories. The Ministry of Agriculture’s flagship food policy at national level is the labelling of projets alimentaires territoriaux (territorial food projects [TFP]) run by intermunicipal authorities. It does not open up a direct funding possibility for these local initiatives, but rather a valorisation of the initiatives through communication and networking. Today, the network is in the hands of the Chambers of Agriculture, organizations that only defend the interests of the majority agricultural trade union movement. Labelling opens up the possibility of responding to a national call for projects whose funding is far below the needs. Despite some fine initiatives at the local level, food policies do not think about their generalisation, and even less about territorial equality, and remain in an incentive dynamic while not giving the means to those territories that wish to do so to set up ambitious projects. And so much the worse for the inhabitants of less dynamic territories. The issue of food accessibility is very rarely addressed in the various existing TFPs, and remains largely marked by all the issues we raise on food aid. Food donation to strengthen the agro-industrial system In France, 95% of food aid comes from agro-industry18. The food donation mechanism reinforces the functioning of the industrial system which, in order to maximize its profit, is in constant overproduction. The tax deductions linked to food donations make it possible to reduce the cost of this overproduction, so that 44,319 million euros per year are tax-free (see graph). This fi-

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gure remains low in relation to the value added produced by the sector20, but not negligible. This mechanism, which makes the agribusiness system seem philanthropic and essential for the most disadvantaged populations, is a real charade. Food donation contributes to profitability (it is an insurance against losses through the tax exemption of donations) and to the legitimacy of the agribusiness system. All this produces food access devices whose distributed products are of poor quality and whose production itself generates precariousness. The food donation system is often presented as an opportunity to combat food waste21. The beneficiaries of food aid are thus “ethical dustbins” for social washing! Moving away from a logic of food donations and fighting food waste are not incompatible, on the contrary. This exit from food donation is an emergency for the establishment of a right to food and real food sovereignty.

A SOCIAL FOOD SECURITY SYSTEM: A SIMPLE IDEA BASED ON OPERATING PRINCIPLES THAT HAVE ALREADY BEEN TESTED If these questions arise all over the world, we would like to propose a solution on a French scale for the time being. Indeed, the pre-existence of a similar system makes this choice realistic and relevant. The idea of a social security system for food is to extend this principle to access to quality food for all. Let us learn from the social security system in France by learning from its mistakes Since 1946, France has enjoyed general social security for all: a mechanism that ensures that everyone has access to the care they need. The social security model is inspiring: initially based on the establishment of a single fund accessible to all (those who created separate funds did so on their own initiative), it is based on solidarity by contributions (within its means, without intervention by the state or banks) and democracy (originally, the funds were managed by the beneficiaries themselves). This allowed the whole population to have access to care from the end of the war, but also to set up the production of care in the 1960s according to the principle of free choice of professionals working on hospital equipment subsidised by health insurance. But this system can be improved and it seems important to highlight two major errors in its implementation and development that should not be repeated: – First, the loss of democratic management of these funds, which deprives the beneficiaries of the power to decide on reimbursable products/acts. – Secondly, the absence of agreements for the production of medicines. While health professionals are registered and free of capitalist logic22, the absence of registration on medicines and professional tools has seen liberalism banish herbal medicine and give way to industrial fortunes built on public funds23. Popular medical knowledge has practically disappeared in France24, leaving the choice between a pharmaceutical industry more interested in benefits than health and a whole host of recommendations whose

health benefits remain to be proven. It therefore seems important to us to ensure the democratic nature of these funds, to base ourselves on the principle of the contribution to go directly from the contributor to the beneficiary without any speculation, to ensure control over the means of production of the products that will be agreed to keep control over the economic organization of production. Let’s add a food budget to the carte vitale… (The carte vitale is the health insurance card of the national health care system in France) Imagine that 150 euros of food budget are distributed each month to all individuals (or to their parents for minors). This money would be available on the social security card, for example, since each professional who has been granted an agreement has received a machine to collect the purchases made. This would represent an annual budget of around 118 billion euros25, to be increased by operating costs26. The 150 euros does not cover all the food expenses of all the inhabitants, but represents a budget higher than the average budget of people in precarious situations, making it possible to envisage a much better diet for them, while leaving them the freedom to obtain non-regulated food. This budget could be increased later27. The question of weighting this amount according to the place of residence should be asked since the price of food varies geographically.

Evocation of a food carte vitale, ISF Agrista

Financed by a specific contribution… A global budget of 118 billion euros is needed to pay 150 euros per month per person to the 65.5 million French people28. For comparison, the share of consumption of health care and medical goods reimbursed by social security is 136.3 billion euros. Moreover, since the average food basket in France is 235 euros per month per inhabitant, the total food budget in France is 184.9 billion euros. Thus, the SFSS mechanism would cover 64% of French people’s food consumption (at constant consumption model and prices), whereas social security covers 73% of the consumption of care and medical goods. Be careful, however, to keep in mind the strong heterogeneity of food expenditure per person according to income levels. For many people, the 150 euros per month represents much more than their actual expenditure. In addition to this budget, an operating budget will be required to support the SFSS as an institution. Today the cost of managing the health system in France excluding the universal health insurance is 14.7 billion euros. This management cost exceeds the distribution of health care reimbursements alone, integrating, for example, prevention management. Nevertheless, the testimonies of the workers of the health insurance funds suggest that their current budget does not allow them to operate under decent working conditions. Moreover, the democratic mechanisms for managing the social security

funds for food that we are calling for will certainly be more costly than the current operation of health insurance, which is highly centralised and top-down. Thus the operating budget of the social security funds for food will certainly be higher than 14.7 billion euros. The analogy with the French social security has led us to the historical idea29 of a contribution. This option is consistent with our desire to have social security funds managed in a democratic and participatory manner, where tax funding could lead to centralising management by the State. A first option would be an additional contribution that would be deducted from salary or gross income. This would imply a decrease in salary or net income, more or less compensated by the payment of 150 euros per month to be spent only on conventional food. At mixed incomes30 and constant wages, these 150 euros would represent on average31 12.6% of mixed incomes and wages, while the consumption of care and medical goods reimbursed by social security represents 16.1% of mixed incomes and wages. Fair and supportive… To ensure that this contribution is not exclusive, we believe that each citizen should contribute. To the extent that wages do not rise massively, the consequence would be that such a contribution could not have the same rate for all. The latter should therefore be progressive, unlike social security contributions for health insurance. A single rate would mean blocking a share that is too unbearable for the budget of those who are already excluded from our society’s food supply and would be the opposite of what we are trying to do. If calculations are still to be made, progressivity should be considered so that below a certain income threshold, the contribution is equivalent to or lower than the average food expenditure observed for a person with that income. In addition, a progressive social food contribution would have the advantage of being redistributive in a society where inequalities are growing. Finally, this progressive rate seems preferable to the idea of exempting the less well-off and low-wage earners from contributions. Such exemptions from social security contributions in recent times pave the way for the dismantling of the so-called “French-style” social model, which increasingly bases the financing of social security on taxation. Another avenue to explore would be to adjust the contribution rate, not according to each individual’s income level, but according to whether companies spend a greater or lesser proportion of their sales to remunerate their employees. Insofar as the return on capital has grown much more than the return on labour in recent decades32, it seems fair to consider adding the equivalent of an “employer’s share” to the food social contribution of employees33. That is, to increase the super gross wage34. The social security contribution base in France is the gross salary. This would mean that employers would have to bear all or part of the 150 euros paid per month to employees35 by weighing less, or even not at all, on the net salary. Beyond an own financing mechanism required by the very large amount represented by the SFSS budget, it is possible to imagine supplementing this financing by

the public, i. e. by taxation, or by transfer from other branches of social security, i. e. already existing contributions. On the one hand, the list of legitimate taxes removed or from which a large proportion of the richest are exempted has grown in recent years. The transformation of the solidarity tax on wealth (impôt de solidarité sur la fortune) into the tax on real estate wealth (impôt sur la fortune immobilière) represents a shortfall of €32 billion for the French State budget in 2018 and the implementation of the Tax credit for competitiveness and employment (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), a shortfall of €21 billion in 2018. And tax evasion is estimated at between 50 and 200 billion euros per year36. If they were recovered, they would give the State a good margin of manoeuvres to implement social and environmental policies, including the SFSS. On the other hand, the implementation of the SFSS should be accompanied by better health and lower health insurance costs. Allowing to buy products under contract… This money could be spent only with professionals in the agricultural and food sectors covered by the agreement, including out-ofhome catering, by the food social security system (SFSS), which are present in communities of municipalities at the widest level to be close to the local agricultural and food context. Several criteria seem essential to us to impose in the national framework: – Prices will be decided with the cash registers, with regard to the cost price of the products. – Capitalist enterprises (presence of capital outside the enterprise remunerated by the activity beyond inflation) will be excluded37. To be covered by the agreement, professionals will have to buy from companies that are themselves covered by the agreement (purchases of all inputs, seeds) at prices that enable suppliers to live properly (long-term contracts, remunerative prices). – Production criteria related to national or supranational issues (e. g. climate or biodiversity) will be negotiated at the national level between a federation of funds and the State. This is also the case for conventional products that will be imported (e.g. citrus fruits), and whose import specifications could generalize the requirements of fair trade. Thus, all production and transformation would be exempt from capitalist profit, which seems legitimate to us for socialized money for the food of all. This is a major difference with the current social security model, which suffers from its relationship with the pharmaceutical industry, which is becoming disproportionately richer in terms of health, and a proximity to the ban on the provision of external capital, which governs the work of the entire liberal medical profession, from which the entire peasant world can be brought closer. Two types of agreements are possible: – When producers are in control of the sectors (direct sales, processing cooperatives, producer shops), provided that they comply with the production rules that will be established, these producers may be covered by agreements for all their production. – In the case of products resold by third parties, the products cove-


red by the agreement must comply with the above criteria and a multi-year commitment by the traders on volumes (the price being already ensured by the agreement with the cash register), on the principle of fair trade. If the latter is not perfect, it demonstrates that it is possible to implement social and environmental traceability in the agri-food sectors. Such a project would be compatible with the project to develop the Common Agricultural Policy into a Common Food and Agricultural Policy for 2030 supported by the Platform for Another CAP. Moreover, the SFSS funds could be in relation, or even merged, with the participatory and decentralized agricultural orientation bodies advocated by the Platform in its report Let’s dare another CAP38. The agreement of intermediate actors in the sectors would, first of all, be a commitment to absolute traceability of the origin of the products (as in organic farming and/or fair trade labelled by “third party”). It should then evolve towards more demanding criteria.

bat the dynamic in which food is the adjustment variable in the budget and to remove all the negative social and environmental effects that result from it. The end of a liberalism that offers limited and illusory choice to eaters Liberalism gives us the impression of a choice, but this choice is only made between what is offered for sale, and therefore already produced. The operation of food social security system would enable us, through criteria that can include progressive approaches to change, to guide agricultural production and processing, and even distribution and catering. This would make it possible to really exercise a food democracy, a democratic functioning on the economic sector of agriculture and food. Bringing agriculture and food closer together, saying

that agriculture must meet social demand, means attacking the heart of liberalism, which wants us to produce simply to maximize profit without any constraints. It means making the agricultural economy a factor of social cohesion. It is a real policy of demand at the service of society. A gradual disappearance of the agribusiness system in favour of quality food and peasant agriculture By providing society as a whole with the opportunity to choose quality food, the opportunities for the agribusiness system should be greatly reduced. Indeed, the national framework of the conventioning process will make it possible to prevent these industrial products from being conventional. Moreover, the democratic deliberations of the population on the choice of the professionals

covered by the agreements will necessarily be an opportunity for exchanges; it is likely that they will lead to a stronger challenge to the consumption of products from the agri-food system. Finally, food donations would be reduced to emergency situations, for which the collection of quality products would be entirely possible40; it would be a significant outlet for the agribusiness system that would be crumbling. Fairer remuneration for farmers Re-augmenting the solvent population for quality products means giving oneself the means to break out of the deadlocks in which the economic world is locking up quality food initiatives. It also means giving ourselves the opportunity to take these initiatives out of economic niches, to globalize them and to pay more farmers better. The products covered by the

agreement may be more expensive, but everyone will be able to afford them! Imposing fair contracts between farmers and industrialists (remunerative prices, long-term commitment) in the rules of convention ensures that farmers, even in long circuits, have financial and social recognition for their work.

A MULTITUDE OF QUESTIONS REMAIN TO BE ANSWERED How to determine the amount of the budget per person? 150 euros per month is an amount that allows, from the purchase of quality raw products, to eat properly. This amount is intended to be increased in the future, in order to reach the average French ex-

… Governed by a democratic process Having a choice of food means not only choosing from the shelf, but also being able to choose the production conditions to be met so that the products are on the shelves. These funds will ensure that they establish an inclusive democratic functioning39 allowing residents of the territories to decide on the conditions to be met to be eligible (local and general national criteria). The boxes will have to ensure that all the products covered by the agreement meet the needs of minorities or individuals with specific food preferences (without pork, vegetarian, allergies, etc.). With this mechanism, we reconcile market (free choice of producers by users) and production control by workers and eaters via the funds of the food social security system. These products would be available through the same distribution channels as those not covered by the agreement and could also be purchased without the social security card, in euros (at the same price excluding SFSS for the same quality). The question of the conventioning of school canteens will be essential for education, the development of tastes and the health of the younger generations.

A POSSIBLE RESPONSE TO CURRENT AGRICULTURAL AND FOOD ISSUES Choice: inseparable from the right to food In the idea of food social security, people in food insecurity are recognized in their basic needs. They have access to a desired food that they can choose, they can be part of the rest of society. Indeed, at the individual level, these people have the choice of professional differences from which they can choose their food, and the choice of products. But they are also fully recognized as citizens who can decide what these places will be and what conditions they must meet; they will thus be able, like all others, to decide how the food systems that feed them and shape the landscapes that surround them work, in the same way as for society as a whole. Ensuring that a minimum budget per capita is allocated to food consumption is one way to com-

penditure dedicated to food (235 euros for the record). However, an amount that is too high from the outset seems difficult to control to think about the transition of the agricultural and food production system. In order to facilitate this transition, it is also possible to consider that these funds could ask for an additional contribution to finance, for example, the means of production or processing necessary for the relocation of production to the territory. All the current means of production of the agribusiness system must find another way of production, as must its workers. We can imagine that if the 150 euros are not spent by everyone, this money can also be reinvested to finance these transitions, with common ownership of the means of production. This can be a lever for workers who want to leave their company and set up a smaller-scale worker cooperative41 to provide the territory, but who do

not have the necessary capital to start production. How to provide for individual and collective popular food education? Food social security system is a measure whose purpose is to greatly reduce the economic barrier to good nutrition. Indeed, price is very frequently cited in surveys as the main barrier to the purchase of certain foods, such as fruits and vegetables, or organic and fair trade products. Nevertheless, food social security system, although necessary, cannot alone address all the health, social and ecological problems related to food, since the determinants of food are so numerous42. Thus, in order to collectively transform our relationship to food, it will be necessary to pursue and invest public money43 in education, promotion and facilitation programs to ensure good diet, not only in terms of nutrition, but also

in terms of production methods and the impacts of processed and refined products on our bodies. These programmes will have to be adapted to the specificities of the target populations for greater relevance. Greater attention should be paid to populations identified as at risk, such as children, pregnant women and the elderly, as well as people suffering from nutritional diseases and/or obesity, by providing access to specific care programmes. Programs that adopt a non-stigmatizing multidisciplinary approach and take into account nutritional, physical activity, psychological, behavioural and social aspects44 seem to us to be the most appropriate for supporting the development of more wellness oriented eating behaviours. The possibility of regulating or even prohibiting advertising on food products should be considered. It is a question of not being in competition with the power

of marketing that goes against the general interest. The idea of neutral packaging could also be considered as it has been done for another public health issue such as tobacco. In addition, collective public education actions necessary for a better control by the population of agricultural and food issues will also be necessary. This could include, for example, providing training time on topics under discussion within the funds of the food social security system, to learn about production methods that are known to be harmful to the environment or health. We can also imagine an increase in these contributions to finance free access to a network of professionals specialized in food support (nutritionists, dieticians, psychologists, physical trainers, social workers, etc.) to enable people to take better control of their food without stigmatizing certain populations. INTERVENTIONS/INTERVENTIONS

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Material resources will be needed to provide collective spaces accessible to all and equipped for cooking. All these programmes and actions will have to be regularly evaluated in order to improve their content. Nevertheless, the influence of current food systems on people’s eating behaviours is so important that it is likely that the expected changes will take time. Especially since some barriers, such as discrimination against people with obesity, will only be removed by a more profound change in society and medical practices. Finally, despite any policy of access to quality food and any popular education to appropriate it, we are aware that food equality can only be effective in a much more egalitarian society45. How to anticipate major reorganizations in a major economic sector? The implementation of food social security system will lead to a profound reorganisation of the sectors with strong resistance and multiple consequences. For example, this will lead to a very different spatial planning with a reallocation of the areas currently devoted to distribution, logistics and processing. Progressive transitional measures may need to be considered. The implementation of the agreement criteria could be progressive and the structuring of the sectors could be publicly supported. This transition will be careful to offer new positions in the event of dismissal for reduced activity in certain food industries. It seems preferable to us to start immediately with a correct amount of 150 euros by making temporary compromises on the criteria for the products to be introduced, than to start with a lower amount that would cover all the agreed production meeting all the criteria, but would not be sufficient to feed itself properly. The social appropriation of the mechanism, the response to the emergency and the confidence in the collective process to think about a transition of the agribusiness system make us favour this option. How to take into account the environmental impact of food products? Cutting one of the pillars of the profitability of the agribusiness system provides guarantees in terms of reducing the environmental impact of our production system. However, it is entirely possible to go further, by imposing strong environmental criteria in food social security funds: absence of GMOs (crops and intermediate consumption), prohibition of glyphosate and carcinogen, mutagenic and reprotoxic46, synthetic fertilizers… In the same way that food social security system funds will not be able to enter into agreements with capitalist companies that capture value. In any case, it is essential that the criteria tend towards this, but it is also important to support the transition of the agricultural world according to local contexts and environmental issues.

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A PROJECT TO BE ARTICULATED WITH CURRENT SOCIAL STRUGGLES AND MOVEMENTS Why is EWB Agrista interested in food social security? The theme group Agriculture and Food Sovereignty of Engineers Without Borders (EWB) brings together citizens and professionals working to achieve food sovereignty and agricultural models that respect socio-territorial and ecological balances. It is part of a perspective of social transformation47. We are convinced that only a food sovereignty project can meet the challenges of hunger in the world, which are above all political issues of people’s access to produced food—we produce enough to feed 12 billion people, and currently 1 billion people are undernourished in the world, including 700 million farmers, while we are only 7 billion. In addition to this issue of access to food, there is also the question of agricultural production conditions, which are crucial for access to diversify, quality food, while respecting workers and the environment. These are all determined by producers’ access to means of food production and remunerative markets. Finally, food is a powerful social and cultural marker. Respect for multiple identities and the dignity of each individual should be sought through the choice of a food model. The question that concerns us is therefore: how can we ensure that everyone has access to a chosen, quality food that respects the environment and its workers? In order to feed an already rich debate within the militant world on these issues, we wish to present the project of a food social security system, by establishing a parallel with what already exists in France for the access of all to health. Why not simply rely on an increase in social minima or the minimum wage to allow everyone to have access to quality food? Even if these increases seem essential to us, this type of proposal does not seem to us to take into account the measurement of food issues at all: – First, consumer society and the development of the industrial system have for years sought to reduce the share of food in the French people’s budget to enable them to consume other products. Food is always an “adjustment” expense for people in precarious situations. With more purchasing power, but persistent inequalities and aggressive consumption behaviour (rising rents, programmed obsolescence and the race for technology…), it is highly likely that food behaviour will not change, which would not meet health and ecological challenges. Especially if, on the other hand, rents increase or new consumption “needs” are imposed and food remains the adjustment variable to manage the budget, this increase in the minimum wage would sound like a gift for capitalism. Demonetarizing, sanctuarizing a food budget for the entire population is the only way to ensure that the population is properly nourished. – Secondly, this type of solution would be based solely on the individual scale to achieve the necessary dietary transition. However,

food has a definite social function. The collective discussions that we are proposing in the SFSS project seem to us essential for everyone to take ownership of food sovereignty issues and for the needs of the population to be defined collectively. Indeed, free competition gives very little space to the production of quality food, whose production costs more and where workers are paid properly. The SFSS responds to this need for the development of this type of production by opening up a market to it by eaters who will be able to afford to buy their products. Simply increasing incomes means forgetting about producers and hoping that people today will be able to understand the impact of their choices to enable them to enjoy decent living conditions. It contributes to making food a common good. Why not simply propose that food be free? The food social security system project aims to ensure that consumers do not pay a price for access to quality food, without frugality or excess. In this respect, it is ideologically similar to the idea of free food now defended by the political scientist Paul Ariès48. But if we prefer to speak of “socialized” food, it is because the example of social security, in the democratic control of the production of care that it produced in the 1960s, seems to us particularly relevant to thinking about the project of food sovereignty and the emancipation of peasant workers from the imperatives of a market in the service of profit rather than food. On the other hand, a project of the simple gratuity, such as access to school and although its cost is socialized by taxation, does not raise the question of democratic control of production, nor does it raise the question of the remuneration of farmers’ labour. A situation in which farmers can only agree with one buyer (the State) is much more precarious and less resilient than the possibility of agreeing with different food social security funds. Finally, food is not a good of abundance, unlike knowledge, which limits, for reasons of waste and non-absorption/overconsumption by some, the interest of making it free. Is this SFSS project revolutionary or reformist? The aim pursued through the establishment of food social security system is to bring food out of capitalism as much as possible, a field of human activity that is now liberalized and commodified. It is certain that such a project would go against a certain number of actors, in the first place the supermarkets and agribusiness, which would see their profit rate in the food sector melt away. Not to believe that these actors-resses would ferociously throw themselves into a battle against our project if it were to become credible in society would be very naive. One could then object that, if we are to fight such a battle, we might as well consider a revolution that would resolve the food issue as much as any other. The idea is not for us to think that food is an absolute priority over any other socio-political issue. Certainly housing, energy, mobility and so many other issues are just as important to deal with. This proposal is a support to collectively rethink the management of the common goods, starting here with the agri-food dimension. And we invite everyone to take it.

Nevertheless, the idea of proposing an alternative food system seems to us to have several virtues. Where a revolutionary, desirable and desired perspective seems rather theoretical and always distant, it is a question of giving ourselves a concrete and positive vision, rooted in our daily reality, to fight against Margaret Thatcher’s “There Is No Alternative”49 which always ends up catching up with us. Thinking, proposing and projecting ourselves into a fairer system, and no longer only analysing the wanderings of our world, seems useful to us to re-enchant our struggles. This is also the choice made by many social movements that have chosen to promote positive “initiatives”. This option has proven to be encouraging and useful in mobilizing a number of people far removed from the classic forms of action of the radical left. But this promotion of “initiatives” and “transitions” tends to put everything on the same level and not to propose a social transformation project as an outlet for the otherwise necessary micro-resistance. Our proposal is to build on these initiatives (organic farming, fair trade, social and solidarity economy, slow food, CSA model, etc.) by considering them as concrete anti-capitalist foundations to build a more just and sustainable world. What they become by being part of a project of global transformation of society. It is a question of offering a subversive outlet for these initiatives, rather than waiting wisely for them to be recovered in the service of capitalism. This idea seems to us to be unifying in a perspective of convergence and unity. The debate we wish to raise would, first of all, allow us to confront and highlight the hypocrisy of the dominant food actors who compete in communication to explain to us how they will fight against the high cost of living and save the planet. This is only smoking, but you still have to take the trouble to clear the smoke. It can also be the support for radical social and ecological reform in the event of a political opportunity. Even if it were not an integral revolution, it would be an opportunity to improve the lives of millions of people. If we do not recognize ourselves in the policy of small steps that has served as a cover for the left in power in France to break the gains of social solidarity, we believe that social security was in its time a great conquest. An early morning bright enough so that he doesn’t object to the big night. We want to build this project in such a way as to make its implementation as concrete as possible, to convince people that radical changes are possible… right now!

IN SUM: A CONCRETE UTOPIA This beautiful idea of the food social security system may seem idealistic… But it seems to us that if there is one area in which important social achievements for production outside capitalism and social progress are possible, it is food. Indeed, this sector has two notable advantages: the current existence of extremely important non-capitalist productions50 that we need to develop, as well as a greater difficulty for the population to turn a blind eye to the disastrous consequences of liberalism and the industrial system in this sector because of the direct consequences of food on

health. Citizens are often affected and interested in this subject. We wanted to imagine a project that could be implemented today… What do you think? For society to reappropriate all the means of production of its food in the long term, many avenues still need to be explored. It is necessary to define the progressiveness over time of the amount distributed, the financing of transition costs (processes, infrastructure, sectors, etc.) and the financing of the transition costs.)—to be linked to the transitional measures of For another CAP—, the capitalist exclusion criterion to be gradually implemented (for example, with progress rules fixing a degressive possibility of lucrativity towards a percentage below inflation of the change in the cost of living in sectors where transition is impossible rapidly) as the transition is made… As many projects to be opened so that this proposal responds to an emergency, and allows to evolve rapidly towards a more ambitious mechanism! But after the very disappointing conclusions of the 2018 États généraux de l’alimentation, is it not time to consider an ambitious political project to get society out of an agri-food industry and distribution system that saw the worst scandals break out (mad cow, dioxin chicken, horse lasagna, etc.) and French fortunes built? 1 Histoire politique de l’alimentation (Political history of food), Paul Ariès. 2 Read « L’agribusiness survivra-t-il à la fin des paysans ? »  (Will agribusiness survive at the end of the farmers?) [http://www. agrobiosciences.org/IMG/pdf/Agribusiness_T-Martin.pdf] 3 OFPM, Report to Parliament, Observatory of Food Pricing and Margin Formation, 2016. 4 Access to means of production, particularly land, remains very difficult, so that a quarter of agricultural jobs were destroyed between 2000 and 2015, jeopardizing the country’s food security and sovereignty. 5 From the hive that says yes to the “Act for food” campaign at the crossroads, many initiatives are being put in place to recover new eating habits at the service of capitalist societies. See also: Boltanski, L., Chiapello (Ève), 2005 [1999], The New Spirit of Capitalism, London-New York, Verso, 2005. 6 Santé publique France (France pulic health) also recommends buying, “if possible” organic food, and moving towards “seasonal fruits and vegetables”, from local production. Recommendations on diet, physical activity and physical inactivity for adults, Santé publique France, 2019. 7 Opinion no 72 of the CNA “Food aid and access to food for poor populations in France”, p. 21 and National Council for Policies to Combat Poverty and Social Exclusion, 2016, “Key figures on poverty and social exclusion”, p. 13. 8 Article 25 of the 1948 Universal Declaration of Human Rights (UN); Article 11 of the 1966 International Covenant on Economic, Social and Cultural Rights. 9 For example, the 1996 Rome Declaration on World Food Security introduced the notion of choice. 10 National Food, Environment and Occupational Health Safety Agency, 2017, “National Individual Food Consumption Study 3”, pp. 85–86. “Quantitative” food insufficiency refers to the answers: “I/we sometimes did not have enough to eat” and “I/we often did not have enough to eat” during the last 12 months. “Qualitative” food insufficiency corresponds to the answer: “I/ we have had enough, but not always of all the foods I/we wanted to eat” during the last 12 months. 11 Consoles G., Fesseau M., Passeron V., 2010, Household consumption for 50 years, INSEE, consulted on 3 March 2016 [http:// www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/CONSO09c.PDF] 12 All agriculture in the so-called developed countries has been supported by public aid systems for a very long time. In France, the government supported Crédit Agricole throughout the agricultural modernisation phase until the CAP took over. In the USA, this modernization even went directly through a state bank. 13 Feeding Yourself When You Are Poor, ATD Quart Monde, Review and Documents, No. 25, 2014. 14 Method of marketing agricultural products which is exercised either by direct sale from the producer to the consumer or by indirect sale, provided that there is only one intermediary between the farmer and the consumer.


INTERVENTIONS/INTERVENTIONS

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ÉPISTÉ EPISTE


MOLOGIE MOLOGY


La section épistémologie a pour objectif de faire le point sur le sens que nous donnons collectivement au mot « architecture ». Il s’agit de penser l’architecture en tant que savoir propre. Si ce type de questionnement peut amener des textes aux formes « normatives » issues de la production de la recherche en sciences humaines et sociales notamment (exposés construits sur de longs développements accompagnés de notes de bas de pages comme c’est les cas pour le texte Prolégomènes), il nous apparaît important que ces formes du discours ne soient ni dominantes ni exclusives sur ces questions. Ainsi, le texte de Sup Galeano peut être compris comme traitant d’épistémologie de l’architecture, puisque considérant le monde comme une maison. C’est aussi le cas des Architectural Notes en cela qu’elle dessinent, en creux, les grandes reconfigurations du sens du mot « architecture », aujourd’hui dans le monde entier.

110 ÉPISTÉMOLOGIE/EPISTEMOLOGY


The purpose of the epistemology section is to explore the meaning we collectively assign to the word “architecture”. The matter is to consider architecture as a specific knowledge. If this type of inquiry can lead to texts with “normative” forms of expression similar to those used in the field of social sciences (arguments built on long developments together with footnotes as in the Prolegomena text), we believe it is important that these forms of discourse are neither dominant nor exclusive on these issues. Sup Galeano’s text can be understood as dealing with the epistemology of architecture, since it considers the world as a house. This is also the case with the Architectural Notes which investigate the major reconfiguration of the meaning of the word “architecture” today throughout the world.

ÉPISTÉMOLOGIE/EPISTEMOLOGY

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PROLÉGOMÈNES À TOUTE ARCHITECTURE QUI POURRA SE PRÉSENTER COMME SCIENCE DES TOTALITÉS Xavier Wrona « Il est aujourd’hui plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme. Et avec ceci l’idée d’une révolution capable de renverser le capitalisme semble avoir disparu »1.

La seconde partie de cette très célèbre sentence de Jameson est plongée dans l’oubli. Cette disparition atteste de la puissance des forces à l’œuvre travaillant à ne pas vouloir voir un jour le capitalisme s’effondrer, ne serait-ce que dans nos imaginaires. Mais cette seconde partie de la maxime de Jameson dispose désormais de son propre champ disciplinaire et de son journal. Après la révolution a pour objectif de préparer ce que pourra être l’ordre du monde une fois que l’inéluctable chute du capitalisme sera advenue. Nous nous emploierons donc ici et dans les numéros à venir à dessiner d’autres modalités d’organisation de la réalité, c’est-à-dire, d’autres architectures. Le présent journal a pour objectif de donner acte à l’actuel travail de construction d’un champ disciplinaire appliqué de pensée des totalités. Ce champ disciplinaire redonnera de l’air à la nécessaire tâche d’imagination de l’ordre du monde. Aussi, par la présente, l’architecture n’est plus affaire de bâti, tout simplement car elle ne l’a jamais été. Art des agencements elle a trouvé la raison de sa persistance renouvelée à travers les âges dans la perpétuelle nécessité de l’humain de penser l’organisation des éléments de son réel entre eux, de quelque nature qu’ils soient. Mais depuis les quelques millénaires que l’architecture désigne la lune, l’architecte n’a fait que regarder le doigt : ce n’est pas le bâtiment qui est travaillé en architecture, mais les modalités de sa mise en ordre, c’est l’ordre qui est architectural et non pas le bâtiment. Et cet ordre, ces ordres, ne sont pas cantonnés au bâtiment,

112 ÉPISTÉMOLOGIE/EPISTEMOLOGY

ils traversent le réel dans sa totalité. Qu’il s’agisse de l’ordre protestant, de l’ordre du capital ou de l’ordre alphabétique, tout ordre est total dans sa structuration interne et tout ordre tend à s’étendre en transformant le réel à son image. L’architecture, elle, est à la fois la science de gestation de ces totalités que sont les ordres, autant qu’elle est la science de leurs applications dans le réel.

PROBLÈMES QUE CECI SOULÈVE La constitution d’un tel champ disciplinaire soulève certains problèmes, nombreux, mais surmontables. Le travail engagé s’inscrit dans le champ de l’épistémologie de l’architecture. Pour résumer l’ensemble de cette entreprise nous pourrions dire que c’est à partir de la critique du concept d’architecture proposée par Georges Bataille dans la revue Documents en 1929, critique faisant du concept d’architecture non pas le champ de la production de bâti mais celui d’une mise en ordre idéologique totale du réel, que ce champ proposé d’Architecture comme science des totalités vise à remettre sur ses pieds le rôle de la discipline architecturale au sein des sociétés contemporaines. Quasi exclusivement associé à la production de bâti au XXe siècle, le concept d’architecture est moins clairement circonscrit dans les deux principaux traités de l’histoire de l’architecture rédigés par Vitruve au Ier siècle avant J.-C. et celui d’Alberti au XVe siècle. À la lumière des récents travaux de Pierre Caye, l’architecture doit même être reconsidérée comme une discipline en capacité de prendre partiellement en charge le mode de production des sociétés. Il écrit : « L’architecture à l’âge humaniste et

classique n’est pas simplement un des beaux-arts […] elle forme un véritable paradigme technique qui rend raison du rapport productif que les hommes entretiennent avec la nature »2.

À un moment identifié de la crise de l’appareil productif autant que de la crise de la relation de l’humain à la nature, la question doit être ainsi posée d’une possible réorientation de la discipline architecturale vers cet objet « du mode de production des sociétés ». Mais comment définir un tel objet ? Et comment définir cette discipline et ce qui en elle serait en capacité de penser et produire un tel objet ? Notre hypothèse appellera donc divers travaux comme la relecture du rôle de l’architecture à travers l’histoire suivant les codifications et assignations proposées par Vitruve (L’architecture comme savoir encyclopédique : De architectura I, 1. L’architecture comme savoir architectonique ie comme savoir global de la technique) et Alberti (L’art d’édifier). Mais il faudra aussi tenter de définir l’objet sur lequel porterait alors l’architecture. Il faudra pour ce faire identifier les liens et construire les distinctions entre un concept d’architecture ainsi considéré et le concept de totalité tel qu’il a été convoqué de multiples manières au XXe siècle, notamment dans la théorie marxiste qui s’était fixée elle aussi l’objectif non pas de commenter la réalité mais de la transformer dans son ensemble. Il nous faudra encore, afin de tenter de comprendre ce qui en architecture serait en capacité de penser un tel objet – c’est-à-dire ce que pourrait être la spécificité historique d’un apport de cette discipline dans le concert des champs disciplinaires existants employés à la tentative de réforme de la réalité –, nous attacher à distinguer les schèmes opératoires chez Vitruve et Alberti et

tenter d’éclaircir les différences entre l’architecture et d’autres domaines appliqués à la pensée des systèmes complexes tels que notamment la cybernétique. Encore il nous faudra défendre notre définition des termes en précisant notamment les distinctions entre le concept d’architecture ici proposé et la « totalité » chez Lukacs, la « totalité » chez Gentile, le « dispositif » chez Foucault, le « fait social total » chez Mauss, l’« économie générale » chez Bataille, la « forme sociale » chez Simmel… Mais outre ces problèmes qui requerront notre attention collective dans les mois et années à venir, trois problèmes importants peuvent dès maintenant être dissipés. Première problème : le ridicule associé à une telle entreprise Dire qu’on travaille à changer l’ordre du monde suscite à minima le sourire, parfois la violence, mais majoritairement la sidération par ce que semble être l’excès de ridicule suscité par une telle hypothèse. Et cette hypothèse est travaillée depuis assez longtemps pour ne pas sous-estimer les entreprises de ridiculisation des tentatives de transformation de la réalité dans sa totalité. Une phrase du penseur Mark Fisher résumera notre position sur ce point : « Les politiques visant à l’émancipation doivent toujours détruire l’apparence d’un “ordre naturel”, doivent révéler ce qui est présenté comme nécessaire et inévitable n’être en fait qu’une vague contingence, ainsi qu’elles doivent rendre envisageable ce qui semblait a priori impossible. »3

Ici, il faut donc, pour reprendre la formule consacrée dans les milieux militants féministes, « que la honte change de camp ». Non, la transformation du monde dans sa totalité n’est pas impos-

sible, elle est nécessaire. Ce sont paradoxalement ceux-là même qui semblent avoir gagné la bataille idéologique sur le concept de révolution, en la décrivant comme angélique, utopique ou dangereuse, qui ont démontré l’efficience d’une transformation décidée et dessinée de l’organisation de la réalité. En effet, la transformation totale du monde opérée depuis la fin des années soixantedix, communément désignée par le terme de néolibéralisme, est à comprendre comme une révolution. Il suffit ici pour sonder la détermination de ses acteurs de citer Milton Friedman, figure majeure de la pensée économique néolibérale et de ses applications dans la réalité, lorsqu’il déclare : « Je ne suis pas un conservateur. Je n’ai jamais été un conservateur. Hayek n’était pas un conservateur. Nous sommes des radicaux, nous voulons aller à la racine des choses. »4

Pour rappel, Hayek, père intellectuel du néolibéralisme et tout aussi déterminé adressait son ouvrage La route de la servitude de 1946 Aux socialistes de tous les partis. Le néolibéralisme est une révolution, il est le dernier visage en date, particulièrement efficace, de la réification du monde par le Capital telle que la décrivait Lukacs en 19235. C’est pourquoi le syntagme de contre-révolution néolibérale communément utilisé sera ici invalidé. Le néolibéralisme n’est pas un mouvement pendulaire de recentrement des acquis de la révolution de 1968 car il engage des transformations massives dans divers pans du réel, allant de la philosophie du droit à la structuration de l’appareil productif global que, malgré ses nombreux apports, la révolution de 1968 n’avait pas même effleurées. Aussi, s’il est bien une chose dont nous devrions ne plus douter face


à l’ampleur des transformations à porter au crédit du grand récit néolibéral, c’est bien que la réalité, dans sa totalité, peut être transformée. Le passage d’un monde fait de « planisme » à un monde forgé suivant le modèle d’un marché déclaré comme « libre et non faussé » est une transformation organisée du monde. Les néolibéraux ont transformé le monde dans sa totalité et si ridicule il y a, il est bien de voir le camp historiquement dit du progressisme considérer l’hypothèse d’une transformation du monde comme impossible et dangereuse. Là est bien le ridicule auquel le présent journal aspire à mettre fin. Le néolibéralisme est une révolution après laquelle nous nous situons aujourd’hui. Celle-ci aura au moins eu le mérite de rappeler la plasticité du monde suivant des intérêts de classe. Deuxième problème : la légitimité d’une telle entreprise Pourquoi les architectes plus que d’autres seraient dépositaires du fardeau, mais aussi du privilège, de redessiner l’ordre du monde ? Ce n’est pas ainsi que le problème doit être posé. Il ne s’agit pas ici de défendre qu’il serait aux architectes de décider du monde à venir. S’il sera défendu ici avec ferveur que l’architecture est l’art appliqué de la pensée des totalités, il sera tout aussi ardemment défendu que l’architecture n’appartient pas aux architectes et que ce dernier est de fait une figure beaucoup plus problématique dans l’histoire de la construction de la réalité que le concept d’architecture. Pour peindre cette question à grands traits nous dirons que si l’architecture est la pensée appliquée des totalités, l’architecte a été au fil de l’histoire la figure de sa confiscation. Si l’architecte a pu rendre des services au fil de la construction de la réalité, il l’a fait en soustrayant la possibilité d’une pensée/fabrication du tout par les masses, quelque soit le nom qu’on décide de leur donner : peuple, populations, collectif, multitudes… Ce n’est donc pas aux architectes de dessiner le monde d’après le capitalisme, ils doivent uniquement, au même titre que le reste des forces en présence, se saisir des modalités d’action et des outils dont ils disposent pour participer du dépassement de cet ordre dominant et suicidaire du Capital afin de lui substituer une autre modalité d’organisation du réel. À l’instar de la mobilisation générale qui eut lieu lors de la seconde guerre mondiale, il est nécessaire de construire une mobilisation totale contre le capitalisme et sa déclinaison récente qu’est le néolibéralisme. Ainsi, est-il nécessaire de ré-orienter les écoles d’architecture et la profession des architectes vers les problèmes en capacité aujourd’hui de détruire notre présence sur terre au même titre qu’il apparait nécessaire que tous les autres champs disciplinaires et modalités de production de savoir fassent de même. La question n’est donc pas pourquoi les architectes plus que d’autres s’attelleraient à la transformation de l’ordre du monde, elle est plutôt de savoir comment faire en sorte que les architectes, au même titre que tous les autres individus, puissent être mobilisés pour détruire le capitalisme et construire une nouvelle organisation du monde, plus juste, plus égalitaire et non destructrice de l’environnement qui la porte. Nous défendrons ici qu’il existe une accointance millénaire de la pensée architecturale avec la gestion des totalités et que cette

familiarité participe d’assigner à la discipline architecturale et ceux qui s’y emploient, une relation spécifique au dessin d’ordres du monde alternatifs. Mais il ne s’agit là en aucun cas d’une exclusivité. Au contraire, il s’agit de mettre fin à la confiscation au grand nombre de la pensée des totalités. Troisième problème : le danger d’une telle entreprise Cette entreprise volontariste de transformation de la réalité dans ce qu’elle a de « totalité » porte en elle quelque chose de Wagnérien qui effraye les mentalités du XXIe siècle. Elle suscite une crainte selon laquelle, pour la résumer très vite, toute pensée des totalités serait totalitaire. L’hypothèse inverse sera défendue dans ce travail : c’est le retrait de la pensée de la question des totalités qui permet l’expansion totalitaire. Le terme de totalitarisme n’étant pas ici jugé comme étant un bon terme, il n’est ici repris qu’au titre où il est convoqué par les détracteurs d’une tentative de pensée des totalités. En d’autres termes c’est « l’affranchissement de » ou « l’interdit porté sur » la nécessité de penser et dessiner la construction de la réalité, qui abandonne le monde à la destruction des ressources et l’accroissement drastique des inégalités. Car il n’est pas trop difficile, pour qui s’en donne la peine, de déceler des liens de cause à effet entre le fait que nous soyons passés en 40 ans d’un rapport entre les hauts et les bas salaires allant de 1 pour 30 à 1 pour 350, et que ce même écart de temps ait été celui de « l’arrivée au pouvoir » du néolibéralisme, anti-planiste et dérégulateur. La révolution a eu lieu, dans des proportions égales à celle que Marx appelait de ses vœux. Cette révolution ne fut pas la révolution du prolétariat mais celle du capital. Soit. Celle-ci n’en a pas moins libéré le concept de révolution de l’enfer dans lequel le Stalinisme l’avait jeté.

OBJECTIFS Le présent journal fera donc état : 1. Des débats épistémologiques, logiques, métaphysiques, politiques, techniques et économiques qui travaillent ce champ disciplinaire en constitution. N’échappant en rien aux logiques internes propres à tout champ disciplinaire, l’Architecture comme science des totalités est traversée par de nombreuses mouvances, contradictions internes et débats. Cette revue sera leur organe de presse. Entendu au sens d’une « revue militaire », cette revue a pour objectif la tentative d’épuisement des enjeux, débats et conflits que ce champ recouvre. Ce champ ne sera considéré fertile et donc nécessaire, que tant qu’il sera traversé par de telles tensions. 2. Des projets proposés de réforme de l’ordre du monde. Journal d’architecture, le présent ensemble a pour vocation non pas de commenter le monde mais de le transformer, ce qui ne saurait être fait sans projet. L’architecture est affaire de projet où elle n’est rien qui n’existe déjà ailleurs qui n’en épuise la raison d’être. Si ce champ disciplinaire s’accompagne de contestations théoriques importantes, il conserve cependant pour vocation première de mettre en débat des propositions d’organisation alternatives de la réalité. Ces projets sont à prendre très au sérieux, comme des hypothèses de plans du monde à venir. Ils ont pour vocations de

s’opposer vivement à cette mouvance cache-sexe de l’architecture contemporaine qui argue de l’Autonomie de l’architecture. Loin de cette retraite supposée du monde, les présents projets naissent de la volonté de coller absolument aux contraintes du réel afin de les résoudre mais en aucun cas de s’en émanciper. 3. Des travaux menés lors des rendez-vous annuels des membres du groupe de travail « Après la révolution ». Chaque année une somme d’individus consent à se retrouver durant un séminaire de travail collectif sous la bannière d’« Après la révolution » pour proposer des modalités d’organisation alternative d’une des totalités du réel : Capitalisme, Guerre, Travail ont été les précédents « objets totaux » qui ont réuni ces personnes. Cet agrégat d’individus articule des étudiants d’architecture et des personnalités au parcours, préoccupations et modalités d’action hétérogènes. Ils s’emploient à articuler diverses modalités de prises de paroles, d’énonciation et de formes de propositions. Part incandescente de ce champ disciplinaire, ces rencontres verront leur contenu systématiquement consigné dans le présent journal.

DÉFINITIONS La confiscation du concept d’architecture depuis cinq siècles par le bâti et ses modalités de production proto-capitalistes puis capitalistes a opéré un travail de sape important dans la culture et les esprits appelant à une clarification de certains termes. Architecture Le concept d’architecture est probablement celui dont le déplacement sémantique requis est le plus court mais dont l’inversion psychologique qu’elle requiert semble être la plus difficile à parcourir. L’architecture est unanimement et premièrement entendue, dictionnaires compris, comme l’« art de bâtir ». Cependant, son usage est « métaphoriquement » accepté dans une acception plus large suivant des images comme l’architecture du corps humain, l’architecture des réseaux, l’architecture d’un système de pensée. Il ne s’agira ici que de renverser ce rapport de force en rappelant que le concept d’architecture en tant qu’art des agencements désigne premièrement les modalités d’organisation d’éléments du réel entre eux, qu’il s’agisse de parties de corps, d’infrastructures techniques ou d’éléments de pensée. À l’inverse, le bâtiment n’est architectural que métaphoriquement (ou même pour être plus précis « synecdotiquement » puisque prenant la partie pour le tout). Science Dans le titre ici proposé en reprise de l’ouvrage d’Emmanuel Kant6, le mot science est présent. En ce moment de codification d’un champ disciplinaire appliqué de pensée des totalités, il nous apparaît nécessaire de ré-ouvrir le terme de science. Ce serait une erreur stratégique majeure d’abandonner la lutte sur ce mot puisque le basculement de paradigme auquel le présent travail aspire ne se fera que par la dénonciation du coup d’état idéologique et sémantique qui a fait de la scientificité une sous catégorie des sciences dures. L’architecture, comme science appliquée des totalités, participe d’un mouvement nécessaire de ré-articulation plus vaste des do-

maines de savoirs, qu’il s’agisse de sciences dites dures, de sciences dites humaines et de modalités de production de savoirs non aisément qualifiables de scientifiques. Abandonner le terme de science reviendrait à abandonner ce terrain au paradigme de l’ingénieur et de la pensée quantifiable dominante sur le panorama de la pensée et de la construction de la réalité. Comme l’écrivait Antoine Picon, le paradigme de l’ingénieur, issu de l’architecture, a eu son importance et a incarné une forme de proto-constructivisme à un moment ou le champ architectural était engagé dans des apories esthétiques assez distantes des préoccupations de l’homme de la rue. Il écrit : « La division entre architectes et ingénieurs se comprend dans un contexte de renforcement des pouvoirs de l’État sur l’aménagement ; elle est inséparable de l’intensification des échanges et d’une perspective de progrès technique. Les conceptions des ingénieurs portent l’empreinte de ce mouvement général, de même que les enseignements du classicisme reflétaient le désir de stabilité de la société d’Ordres d’Ancien Régime. […] Chargés de la construction des routes et des ponts, mais aussi de projets d’architecture, les ingénieurs des Ponts élaborent un discours d’une efficacité incontestable, parce qu’en prise sur les grands problèmes du moment. Utilité, mais aussi bonté et désintéressement de l’ingénieur, volonté générale et politiques d’aménagement, composent de nouvelles figures. […] Les paradoxes sur lesquels se fonde le système des ingénieurs rendent en réalité possible ce passage. [La mathématisation du savoir de l’ingénieur et le passage du monde classique à l’univers de la machine de précision]. Les tensions de leur discours ainsi que le caractère souvent périlleux de leur démarche semblent préfigurer un univers de processus, de flux et de mouvements, quantifiés au moyen du calcul. »7

Cet univers de flux et de mouvements quantifiés au moyens du calcul reste celui de l’ingénieur. Loin du service de l’intérêt général ici décrit, il est désormais trop solidaire de l’ordre néolibéral pour que nous lui abandonnions le terme de science et l’horizon de la véracité qu’il s’est indûment accaparé. C’est à une science plus spéculative, embrassant de nouveau tous les champs exploratoires de la pensée, y compris la métaphysique, que notre champ disciplinaire aspire dans son travail de réappropriation et de diffusion de la pensée des totalités. C’est à cette fin que nous proposons un réveil du mot architecture. Totalités Le terme de totalités a quant à lui été mis aux arrêts. Acteur majeur des cataclysmes ayant décimé les populations du XXe siècle, il a été jugé et reconnu coupable de crimes contre l’humanité. Loin de nous l’idée de mettre en cause ce jugement. Mais aujourd’hui certains indices semblent laisser supposer qu’il est proche d’avoir purgé sa peine et qu’il est en voie de réhabilitation. Nous le convoquerons ici avec précaution, sans lui accorder la confiance, mais conscients que sa disparition du paysage nous expose elle aussi à de grands dangers. Mais il nous faut brièvement rappeler en quoi il y a pertinence à parler de totalités en architecture : rappelons que Palladio a reformé l’art de la guerre à partir des concept vitruviens à un moment où les sociétés vivaient de la guerre. Alberti quant à lui dé-

crit l’architecture non pas comme production de bâti mais comme un savoir aux contours bien plus larges : « Faut-il enfin rappeler qu’en taillant la roche, transperçant les montagnes, comblant les vallées, endiguant la mer et les lacs, drainant les marais, armant les navires, rectifiant le cours des fleuves, repoussant l’ennemi, construisant des ponts et des ports, l’architecte non seulement pourvoit aux besoins quotidiens des hommes, mais leur ouvre aussi l’accès à toutes les provinces du monde ? Ce qui leur a permis de partager, par des échanges mutuels, les fruits de la terre, les épices et les pierres précieuses, ainsi que leurs compétences et leurs connaissances, comme tout ce qui contribue à la santé et à la vie. »8

Dans son ouvrage sur la critique de la destruction créatrice, Pierre Caye écrit ce qui nous apparaît reconstruire le lien entre la discipline architecturale émancipée du bâti et la réforme de l’appareil productif dans sa totalité émancipée du totalitarisme : « Il n’est pas nécessaire de multiplier conjectures et hypothèses pour imaginer et définir ce qu’a pu être dans notre histoire un autre mode de production ; un mode non destructif. De ce mode de production antérieur, il nous reste maintes traces ; davantage, il nous est encore donné d’en faire usage. Avant la machine à vapeur, le moteur à explosion, l’électricité ou le numérique, il y eut en effet l’architecture. »9

Afin de faire le point sur notre recours au concept de « totalité » nous dirons que nous conservons la puissance unitaire du concept dans sa capacité à décrire des phénomènes entiers et globalisants à l’œuvre dans le réel. Cependant nous réfutons la propension de ce terme à penser au singulier. La réalité n’apparaît pas épuisable dans un concept total unique. Par contre celle-ci ne saurait être décrite avec justesse sans adresser la lutte des totalités qui rythme danse du monde. 1 « It is easier, someone once said, to imagine the end of the world than the end of capitalism: and with that the idea of a revolution overthrowing capitalism seems to have vanished. », Frederic Jameson, An American Utopia, Dual Power and the Universal Army, Verso Books, 2016, p. 3. 2 Pierre Caye, Critique de la destruction créatrice, Éditions les Belles Lettres, Collection l’âne d’or, 2015, p. 23. 3 « As any number of radical theorists from Brecht through to Foucault and Badiou have maintained, emancipatory politics must always destroy the appearance of a “natural order”, must reveal what is presented as necessary and inevitable to be a mere contingency, just as it must make what was previously deemed to be impossible seem attainable. » in Mark Fisher, Capitalism and the Real, John Hunt Publishing, 2009, p. 17 (ma traduction). 4 « I’m not a conservative. I never have been a conservative. Hayek was not a conservative. […] We are radicals. We want to get to the root of things. » Milton Friedman interviewé à la télévision le 28 octobre 1994 à l’occasion des 50 ans de la publication de l’ouvrage La route de la servitude de F. A. Hayek. [https://www.c-span.org/ video/?c4553338/conservative] 5 « La réification et la conscience de classe du prolétariat » in Georg Lukacs, Histoire et conscience de classe, Essais de dialectique Marxiste, Éditions de minuit, Paris 1974, p. 110. 6 Emmanuel Kant, Prolégomènes à toute métaphysique future qui pourra se présenter comme science, Vrin, Librairie Philosophique, Paris, 1993. 7 A. Picon, Architectes et ingénieurs au siècle des Lumières. Editions Parenthèses, Marseille, 1988-2004, p. 8-10. 8 Leon Battista Alberti, L’art d’édifier, Editions du Seuil, Paris, 2004, p. 48-49. 9 Pierre Caye, Critique de la destruction créatrice, Éditions les Belles Lettres, Collection l’âne d’or, 2015, p. 23.

ÉPISTÉMOLOGIE/EPISTEMOLOGY

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PROLEGOMENA TO ANY FUTURE ARCHITECTURE THAT WILL BE ABLE TO PRESENT ITSELF AS A SCIENCE OF TOTALITY Xavier Wrona “It is easier, someone once said, to imagine the end of the world than the end of capitalism: and with that the idea of a revolution overthrowing capitalism seems to have vanished”1. The second half of Jameson’s very famous sentence has fallen into oblivion. This disappearance gives us an idea of the strength of the forces working to not see capitalism collapse one day, were it only to be in our minds. But this second half of Jameson’s maxim is now equipped with its own field of research and journal. Après la révolution’s objective is to prepare for the world that is to come, once the inexorable downfall of capitalism will have happened. In this issue and the coming ones, we will strive for the invention and design of alternative means of organisation of reality, in other words, for alternative architectures. This journal is to be the record of the ongoing construction of a field of applied research dedicated to the thinking of totalities. This disciplinary endeavour will re-fuel the necessary task of imagining the world order. Hereby, architecture is no longer a “production of buildings” matter, simply because it never was. Art of the assembling of parts Architecture has found the reason for its renewed persistence throughout times in mankind’s necessity to think the organisation of reality’s parts to one another, whichever kind or nature those parts were made of. But for the couple millennials during which architecture has been pointing at the point moon, the architect has only been looking at the finger: it is not the building which is at work in architecture, but the modalities of its ordering. It is the order which is architectural, not the building. And this order, these orders, are not only

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concerned with the ordering of buildings, they run through the totality of the real. Whether one is referring to the protestant order, the order of capital or the alphabetical order, any order is total in its internal structure, any order tends to spread, transforming reality to its own image. Architecture is both the science of the gestation of these totalities we call orders, and the science of their application to reality.

PROBLEMS THIS RAISES The constitution of such a discipline raises certain problems, numerous problems, which can be overcome. This work belongs to the field of the epistemology of architecture. Trying to brush up a simple image of this enterprise, it starts from the criticism of the word Architecture written by Georges Bataille in the Documents journal in 1929, a critique which does not describe architecture as the production of buildings, rather as the discipline operating the total ideological ordering of the real. It is from this critique that our proposed field of research entitled Architecture as science of totalities wishes to put the architectural discipline upon its feet within contemporary societies. Almost entirely reduced to the production of buildings during the XXth century, the concept of architecture is less clearly circumscribed in both the two major treatises of architectural history written by Vitruvius in the first century BC and Alberti in the XVth century. In light of the recent works of Pierre Caye, architecture ought to even be considered as a discipline able to partially take charge of the means of production of societies. He writes: “Architecture in the humanist and

classical age is not just one of the fine arts […] it forms a true technical paradigm that provides a meaning to the productive relationship that men have with nature”.2

In a moment of identified crisis of both the productive apparatus and the relation of mankind with nature, the question must be formulated as such: is it possible to reorienting the architectural discipline towards the object of “the means of production of societies”? But how shall one define such an object? Our hypothesis will therefore call for various works such as the re-reading of the role of architecture throughout history following the codifications and assignments proposed by Vitruvius (Architecture as encyclopaedic knowledge: De architectura I, 1- Architecture as architectural knowledge ie as global knowledge of technology) and Alberti (The art of building). But it will also be necessary to try to define the object to which the architecture would then relate. To do this, it will be necessary to identify the links and build distinctions between a concept of architecture thus considered and the concept of totality as it was summoned in multiple ways in the twentieth century, particularly in Marxist theory, which also had set itself the objective not to comment on reality but to transform it as a whole. In order to understand what in architecture would be able to think such an object, that is, what the historical specificity of a contribution of this discipline could be in the concert of existing disciplinary fields used in the attempt to reform reality, we will also have to distinguish the operating schemes of Vitruvius and Alberti and try to clarify the differences between architecture and other fields applied to the thinking of complex systems such as cybernetics.

We will also have to defend our definition of terms by specifying the distinctions between the concept of architecture proposed here and the “totality” in Lukacs, the “totality” in Gentile, the “device” in Foucault, the “total social fact” in Mauss, the “general economy” in Bataille, the “social form” in Simmel… But beyond these problems, which will require our collective attention in the months and years to come, three important problems can be dealt with now. Problem number one: The ridicule associated with such an undertaking To say that one is working to change the order of the world provokes at least a smile, sometimes violence, but mostly shock in front of what seems to be the excess of ridicule caused by such a hypothesis. And this hypothesis has been worked on for long enough not to underestimate the efforts to ridicule such attempts to transform reality in its entirety. A sentence from thinker Mark Fisher will summarize our position on this point: “As any number of radical theorists from Brecht through to Foucault and Badiou have maintained, emancipatory politics must always destroy the appearance of a ‘natural order’, must reveal what is presented as necessary and inevitable to be a mere contingency, just as it must make what was previously deemed to be impossible seem attainable”3

Here is the need, therefore, to make ours the formula used in feminist militant circles, “shame needs to change sides”. No, the transformation of the world as a whole is not impossible, it is necessary. Paradoxically, it is the same people who seem to have won the ideological battle over the concept of revolution, describing it as angelic, utopian or dange-

rous, who have demonstrated the efficiency of a decided and drawn transformation of the organization of reality. Indeed, the total transformation of the world since the end of the 1970s, commonly referred to as neoliberalism, is to be understood as a revolution. It is sufficient here to probe the determination of its actors to quote Milton Friedman, a major figure in neoliberal economic thinking and its applications in reality, when he states: “I’m not a conservative. I never have been a conservative. Hayek was not a conservative. […] We are radicals. We want to get to the root of things.”4

As a reminder, Hayek, the intellectual father of neoliberalism and equally committed, addressed his 1946 book The Road to Serfdom to socialists of all parties. Neoliberalism is a revolution, it is the latest and most effective face of the reification of the world by Capital as described by Lukacs in 19235. This is why the commonly used neoliberal counter-revolution formula will be nullified here. Neoliberalism is not a pendulum movement to rebalance the achievements of the 1968 revolution, because it involves massive transformations in various aspects of reality, ranging from the philosophy of law to the structuring of the global productive apparatus, which despite its many benefits, the 1968 revolution had not even touched on. So, if there is one thing we should no longer doubt facing the extent of the transformations to be credited to the great neoliberal narrative, it is that reality, in its entirety, can be transformed. The transition from a world of “planning” to a world forged according to the model of a market declared as “free and unbiased” is an organized and deliberate transformation of the world. Neoliberals have


transformed the world as a whole and if there is anything ridiculous about it, it is to see the historically known side of progressism considering the hypothesis of a transformation of the world as impossible and dangerous. This is the ridiculous thing that this journal seeks to end. Neoliberalism is a revolution after which we stand today. It will at least have had the merit of reminding us of the plasticity of the world according to class interests. Problem 2: The legitimacy of such an undertaking Why should architects, more than others, be the bearers of the burden, but also the privilege, of redesigning the order of the world? This is not the way the problem should be addressed. It is not about defending that it would be up to architects to decide on the world to come. If it will be strongly defended here that architecture is the applied art of the thinking of totalities, it will be just as ardently defended that architecture does not belong to architects and that the latter is in fact a much more problematic figure in the history of the construction of reality than the concept of architecture. To paint this question in broad terms, we will say that if architecture is the applied thought of totalities, the architect has been the figure of its confiscation throughout history. If the architect was able to render services as reality was being constructed, he did so by subtracting the possibility of a thought/ manufacturing of the whole by the masses, whatever the name we decide to give them: people, populations, collectives, multitudes… It is therefore not up to architects to design the world according to capitalism, they must only, like the rest of the forces involved, grasp the modalities of action and tools at their disposal to participate in overcoming this dominant and suicidal order of Capital in order to replace it with another modality of organization of the real. Following the example of the general mobilization that took place during the Second World War, it is necessary to build a total mobilization against capitalism and its recent declination, neoliberalism. Thus, it is necessary to redirect the schools of architecture and the profession of architects towards the problems in capacity today to destroy our presence on earth in the same way that it seems necessary that all other disciplinary fields and modalities of knowledge production do the same. The question is not, therefore, why architects more than others would work to transform the world order, but rather how to ensure that architects, like all other individuals, can be mobilized to destroy capitalism and build a new organization of the world, more just, more egalitarian and not destructive of the environment that supports it. We will defend here that there is an age-old connection between architectural thought and the management of totalities and that this familiarity helps to assign to the architectural discipline and those who work in it a specific relationship to the drawing of alternative world orders. But this is by no means an exclusivity. On the contrary, it is a question of putting an end to the confiscation of the thinking of totalities from the large number of people. Third problem: the danger of such an undertaking This voluntarist enterprise of

transforming reality into what it has of “totality” carries within it something Wagnerian that frightens the mentalities of the 21st century. It raises a fear that, to sum it up very quickly, any thought of the totalities would be totalitarian. The opposite hypothesis will be defended in this work: it is the withdrawal of thought from the question of totalities that allows totalitarian expansion. The term totalitarianism not being considered here as a good term, it is only used here in the sense that it is summoned by critics of an attempt to think of the whole. In other words, “it is the liberation from” or “the ban on” the need to think and design the construction of reality that abandons the world to the destruction of resources and the drastic increase in inequality. For it is not too difficult for anyone to detect cause-and-effect links between the fact that in 40 years we have gone from a ratio between high and low wages ranging from 1 in 30 to 1 in 350 and that the same time gap has been that of the “coming to power” of neoliberalism, antiplanist and deregulatorism. The revolution took place, in equal proportions to the one Marx had called for. This revolution was not the revolution of the proletariat but that of capital. So be it. Nevertheless, it unleashed the concept of a revolution from the hell into which Stalinism had thrown it.

OBJECTIVES This journal will therefore report: 1. Epistemological, logical, metaphysical, political, technical and economic debates that work this disciplinary field in constitution. Not escaping in any way the internal logics specific to any disciplinary field, Architecture as a science of totalities is crossed by many movements, internal contradictions and debates. This review will be their media outlet. Understood as a “military review”, this review aims to attempt to exhaust the issues, debates and conflicts that this field covers. This field will only be considered fertile and therefore necessary as long as it is crossed by such tensions. 2. Proposed projects for the reform of the world order. As an architectural journal, the purpose of this ensemble is not to comment on the world but to transform it, which cannot be done without projects. Architecture is a matter of project or it is nothing that does not already exist elsewhere that does not exhaust its raison d’être. While this disciplinary field is accompanied by significant theoretical challenges, its primary purpose is still to debate alternative proposals for the organization of reality. These projects are to be taken very seriously, as hypotheses of future world plans. Their vocation is to strongly oppose this hidden-sex movement of contemporary architecture that argues for the Autonomy of Architecture. Far from this supposed retreat from the world, the present projects are born from the will to stick absolutely to the constraints of reality in order to solve them and in no case to emancipate themselves from them. 3. Work carried out during the annual meetings of the members of the Après la révolution working group. Each year a sum of individuals agree to meet during a collective

work seminar under the banner of Après la révolution to propose alternative organizational modalities of one of the totalities of reality: Capitalism, War, Labor were the previous “total objects” that brought these persons together. This aggregate of individuals includes architecture students and personalities with heterogeneous backgrounds, concerns and modalities of action. They work to articulate various modalities of speaking, enunciation and forms of proposition. As an incandescent part of this disciplinary field, these meetings will be systematically recorded in this journal.

DEFINITIONS OF THE TERMS The confiscation of the concept of architecture over the past five centuries by the built environment and its proto-capitalist and then capitalist production methods has led to a major undermining of culture and minds, calling for clarification of certain terms. Architecture The concept of architecture is probably the one whose required semantic displacement is the shortest but whose psychological inversion it requires seems to be the most difficult to overcome. Architecture is unanimously and first understood, including in dictionaries, as the “art of building”. Nevertheless, its use is “metaphorically” accepted in a broader sense according to images such as the architecture of the human body, the architecture of networks, the architecture of a system of thought. The aim here is simply to reverse this balance of power by recalling that the concept of architecture as an art of arrangement refers primarily to the ways in which elements of reality are organised between them, whether they are body parts, technical infrastructures or elements of thought. On the other hand, the building is architectural only metaphorically (or even to be more precise “synecdotally” since it replaces the whole with the part). Science In the title here proposed as a reference to Emmanuel Kant’s book6, the word science is present. In this moment of codification of an applied disciplinary field of thinking of the totalities it seems necessary to reconsider the term science. It would be a major strategic mistake to abandon the struggle over this word since the paradigm shift to which this work aspires will only be achieved by denouncing the ideological and semantic coup d’état that has made scientificity a subcategory of the hard sciences. Architecture as an applied science of totalities is part of a necessary movement to re-articulate the fields of knowledge more broadly, whether they are so-called hard sciences, so-called human sciences or modalities for the production of knowledge that cannot easily be qualified as scientific. To abandon the term science would be to abandon this field to the paradigm of the engineer and the quantifiable thinking that dominates the panorama of thought and the construction of reality. As Antoine Picon wrote, the paradigm of the engineer, born of architecture, had its importance and embodied a form of proto-constructivism at a time when the architectural field was engaged in aesthetic aporias that were quite distant from the concerns of the man in the street.

He writes: “The division between architects and engineers is to be understood in a context of strengthening the State’s powers over the development; it is inseparable from the intensification of exchanges and a perspective of technological progress. The designs of engineers bear the imprint of this general movement, just as the teachings of classicism reflected the desire for stability in the society of Ancien Régime Orders. […] Responsible for road and bridge construction, but also for architectural projects, the engineers at Les Ponts develop a speech of undeniable efficiency, because they are in touch with the major problems of the moment. Utility, but also kindness and disinterest of the engineer, general will and planning policies, constitute new figures. […] The paradoxes on which the engineering system is based actually make this passage possible. [The mathematization of the engineer’s knowledge and the transition from the classical world to the world of precision machinery]. The tensions of their discourse as well as the often perilous nature of their approach seem to prefigure a universe of processes, flows and movements, quantified by means of calculation.”7

This universe of flows and movements quantified by means of calculation remains that of the engineer. Far from serving the general interest as described here, it is now too supportive of the neoliberal order for us to abandon the term science and the horizon of truth that it has unduly monopolized. It is to a more speculative science, embracing once again all the exploratory fields of thought, including metaphysics, that our disciplinary field aspires in its work of reappropriation and diffusion of the thinking of totalities. It is to this end that we propose a reawakening of the word architecture. Totalities The entire term has been put under arrest. A major actor in the cataclysms that decimated the populations of the 20th century, it was tried and found guilty of crimes against humanity. We do not wish to question this judgment. But today there are indications that it is close to having served its sentence and is in the process of rehabilitation. We will summon it here with caution, not with confidence, but aware that its disappearance from the landscape also exposes us to great dangers. But we must briefly recall how relevant it is to talk about totalities in architecture: let us recall that Palladio reformed the art of war from the Vitruvian concepts at a time when societies were living from war. Alberti describes architecture not as a production of buildings but as a knowledge with much broader outlines:

ting the link between the architectural discipline emancipated from the production of buildings and the reform of the productive apparatus in its totality emancipated from totalitarianism: “It is not necessary to multiply conjectures and hypotheses to imagine and define what another mode of production has been in our history; a non-destructive mode. We still have many traces of this previous mode of production; even more, we are still able to make use of it. Before the steam engine, the internal combustion engine, electricity or digital technology, there was indeed architecture.”9

In order to assess our use of the concept of “totality” we will say that we retain its unitary power in its ability to describe whole and globalizing phenomena at work in reality. However, we refute the propensity of this term to think in the singular. Reality does not appear to be exhaustible in a single total concept. However, it cannot be accurately described without addressing the struggle of totalities that rhythm the world’s dance. 1 “It is easier, someone once said, to imagine the end of the world than the end of capitalism: and with that the idea of a revolution overthrowing capitalism seems to have vanished.”, Frederic Jameson, An American Utopia, Dual Power and the Universal Army, Verso Books, 2016, p. 3. 2 Pierre Caye, Critique de la destruction créatrice, Editions les Belles Lettres, Collection l’âne d’or, 2015, p.23 (my translation). 3 In Mark Fisher, Capitalism and the Real, John Hunt Publishing, 2009, p. 17. 4 “I’m not a conservative. I never have been a conservative. Hayek was not a conservative. […] We are radicals. We want to get to the root of things.” Milton Friedman interviewed on television on October 28, 1994, to mark the 50th anniversary of the publication of F. A. Hayek’s book The Road to Serfdom [https://www.c-span.org/video/?c4553338/ conservative] 5 “Reification and the Consciousness of the Proletariat” in Georg Lukacs, History and Class Consciousness, Studies in Marxist Dialectics, MIT press, Cambridge Massachusetts, 1971, p. 83. 6 Emmanuel Kant, Prolégomènes à toute métaphysique future qui pourra se présenter comme science, Vrin, Librairie Philosophique, Paris, 1993. 7 A. Picon, Architectes et ingénieurs au siècle des Lumières, Éditions Parenthèses, Marseille, 1988-2004, p. 8-10 (my translation). 8 Leon Battista Alberti, L’art d’édifier, Editions du Seuil, Paris, 2004, p. 48-49 (my translation). 9 Pierre Caye, Critique de la destruction créatrice, Editions les Belles Lettres, Collection l’âne d’or, 2015, p.23 (my translation).

“Finally, do we have to remember that by cutting the rock, piercing the mountains, filling the valleys, damming the sea and lakes, draining the marshes, arming ships, rectifying the course of the rivers, repelling the enemy, building bridges and ports, the architect not only provides for the daily needs of men, but also gives them access to all the provinces of the world? This has allowed them to share, through mutual exchanges, the fruits of the earth, spices and precious stones, as well as their skills and knowledge, as everything that contributes to health and life.”8

In his book on the critique of creative destruction Pierre Caye writes what we see as reconstrucÉPISTÉMOLOGIE/EPISTEMOLOGY

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EN GUISE DE PROLOGUE. COMMENT NOUS SOMMES ARRIVÉS AU NID DE PIE ET CE QUE NOUS OBSERVONS DE LÀ-HAUT Sup Galeano Texte copyleft, tiré de Pistes zapatistes : la pensée critique face à l’hydre capitaliste, Commission Sexta de l’EZLN, coédition Albache, Nada et Union syndicale Solidaires, textes traduits par Karmen Díaz Aranda et Laura Leonetti.

Lors de la réunion, on observait la poutre centrale de la chaumière. Peut-être en imaginant qu’elle garderait toute sa stabilité et qu’elle resterait entière ; peutêtre en pensant : « Et si c’était pas le cas ? » Il serait, alors, plus judicieux de se rapprocher de la porte, prêts à sortir. « Si la poutre grince, c’est peutêtre qu’elle va se briser », avait dit celui qui avait la parole à ce moment-là. Plus tôt, il nous avait conduits à imaginer : « Figurez-vous que le système est comme cette construction. Elle est faite pour qu’on y vive. Mais, sur le toit, a été construite une

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pièce très grande et très lourde où des hommes et des femmes fêtent leur richesse. » Il n’avait pas besoin de le dire, mais il a quand même mis en garde contre le poids qui était trop important pour la poutre centrale. La maison n’avait pas été conçue pour supporter tant de choses en haut, et cet étage, où toutes et tous se disputaient la chaise principale, était lourd, très lourd, trop lourd. De fait, on s’imaginait bien que la poutre allait protester. « Qu’est ce qu’on fait ? » a-t-il demandé, en convoquant la pensée collective. On a alors réfléchi aux différentes options : renforcer la poutre, la consolider ici ou là pourrait, avait-on dit, alléger le poids, mais réduirait l’espace et, de renforcement en renforcement, la maison finirait par n’être qu’un labyrinthe de poutres et de rafistolages, devenant alors inutile pour

y passer la nuit, cuisiner, manger, se protéger de la pluie, du soleil, accueillir l’écoute et la parole, la fête et le repos des corps. La maison ne serait plus une maison. En d’autres termes, au lieu d’être une habitation, elle deviendrait quelque chose dont l’unique finalité serait de soutenir le haut. Une structure supplémentaire. Et ceux qui y vivraient le feraient seulement dans le seul but de maintenir ceux d’en haut. Tour d’abord en travaillant pour réparer et renforcer, puis en transformant leur propre corps en une autre partie de la structure. Un non-sens : une habitation ne servant pas à y habiter. La logique aurait, bien sûr, voulu que ceux qui avaient pensé l’habitation aient perçu la nécessité de renforcer la partie d’en bas avant d’ajouter du poids en haut. Mais, non. Dans La frénésie de immé-

diateté, on a ajouté toujours plus de choses dont la plupart étaient inutiles et ostentatoires. Le moment est alors venu où ceux d’en haut ont oublié qu’ils étaient soutenus par ceux d’en bas. Plus encore, ils ont commencé à soutenir que ceux d’en bas existaient grâce à la miséricorde et à la bonté de ceux d’en haut, et que c’était bien ceux d’en haut qui soutenaient ceux d’en bas. Oui, ceux d’en haut étaient moins nombreux, mais leurs affaires étaient très lourdes. Si on avait un tant soit peu réfléchi, à chaque nouveau poids en haut, on aurait ajouté un renforcement en bas. Non seulement ça n’avait pas été le cas, mais, dans un désir d’accumuler toujours plus de choses en haut, ce qui constituait le soutien principal de la maison était en train d’être démantelé. Et, comme si ce n’était pas suffi-

sant, toutes les poutres, surtout la principale, étaient corrodées. Oui, car ceux qui étaient chargés de gérer l’entretien de la construction s’étaient consacrés à voler des parties de la structure tout en conservant la paye initialement réservée à l’entretien des poutres. Ces personnes qui prétendent gérer la maison méritent une mention spéciale. Le problème principal est le suivant : ils gèrent ce qui existe déjà. Pire encore, ils se consacrent également à piller des parties de la structure du bâtiment. Et il n’en est pas moins tragicomique de voir qu’ils se disputent l’administration du vol entre eux. C’est pour ça que, de temps à autres, ils viennent demander à ceux d’en bas qu’ils parlent un peu d’eux, qu’ils les applaudissent, qu’ils votent pour eux. Avec des flatteries et des cadeaux,


ils cherchent à acheter la volonté de ceux qui vivent en bas. Et même la paye vient de ceux d’en bas. Une fois installés, ceux d’en haut ne font guère plus que réciter des discours, voler des bouts de murs, de meubles et même de sol. Et, en prime, ils ne cessent d’ajouter du poids sur le toit. Pour résumer : leur principal travail consiste à affaiblir le bas et renforcer le haut. Conclusion : il est tout à fait probable que la maison s’effondre, Mauvais pour ceux d’en haut, pire pour ceux d’en bas. Pourquoi entretenir une maison qui n’en n’est plus une ? Oui, la pensée collective était passée de chercher la façon de maintenir la chaumière debout, à questionner sa raison d’être. Ça n’a évidemment pas été immédiat. La transition a commencé au moment où quelqu’un a demandé : « Bon, et ceux qui se trouvent en haut, là, comment ça se fait que c’est en haut, ou pour quelle raison, c’est quoi leur travail? » Quelqu’un d’autre a ajouté : « Et ceux qui prétendent que leur travail c’est d’administrer la construction alors qu’on voit clairement qu’ils ne le font pas, pourquoi est-ce qu’ils sont encore en haut ? » Et le comble : « Bon, et puisqu’on en est à la questionnerie, à quoi sert donc une maison de ce genre ? » « Si, au lieu de réfléchir à comment faire pour que le haut ne s’effondre pas sur le bas, on réfléchissait plutôt à comment construire une autre maison, on pourrait alors imaginer un mode d’organisation, de travail, de vie différent. » À cet instant, la poutre avait grincé. Très discrètement, certes, mais le silence qui s’était fait avait suffi à l’entendre nettement. Alors, sans que ce soit ni à-propos, ni le propos, quelqu’un avait lancé : « Noé, l’arche. » L’histoire, que l’on trouve dans la Bible comme dans le Coran, est simple : Noé reçoit un avertissement divin. Dieu est furieux, car l’humanité n’accomplit pas son devoir et il décide donc de la punir. Le monde entier s’inondera et seuls ceux qui savent naviguer survivront. Noé se lance dans la construction d’un bateau gigantesque, l’arche. Il y fait monter ses proches, un couple de chaque espèce animale et des plantes. Le scepticisme de ses contemporains ne l’arrête pas. Vient alors le Déluge, le monde se noie et tout ce qui se trouve à la surface périt. Ceux qui se trouvent à l’intérieur de l’arche sont les seuls à être sauvés. Après un certain temps, un oiseau apporte une brindille sur l’arche, signe de l’existence d’un lieu sec. C’est à ce moment-là que l’humanité se recrée. Mmh… l’arche de Noé. Imaginons, maintenant, le débat

qui pourrait surgir à propos de cette histoire. Comparution du fondamentaliste religieux : c’est bien là la preuve de l’omnipotence de Dieu ; il a créé le monde et peut le détruire quand il le souhaite ; c’est une preuve de sa miséricorde, seulement quelquesuns seront choisis pour survivre, les élus. Il ne nous reste qu’à louer le Seigneur pour son pouvoir et à prier pour sa miséricorde. Comparution du scientifique : il est impossible qu’une précipitation pluviale présente de telles caractéristiques ; la superficie terrestre ne peut pas intégralement se recouvrir d’eau à cause d’une pluie. Cette histoire n’est rien de plus qu’un bon scénario de film hollywoodien. Comparution du philosophe : il s’agit en réalité d’une allégorie soulignant la fragilité de l’être et la dimension transitoire de son existence. La zapatiste, le zapatiste, écoute, mais son opinion ne satisfait personne. Il se contente de penser, pense de nouveau, conclut : ce que ça veut dire, c’est que, si tu vois des signes qui indiquent que quelque chose de mauvais peut arriver, tu dois te préparer. Donc, aucun rapport avec la religion, la science ou la philosophie : sens commun. Quelqu’un dit alors : « Les communautés, elles, sont déjà au courant, mais il faut prévenir la Sexta. » « Accord il y a », la voix collective s’est fait entendre. Mais une autre voix conseille, avant de confirmer, d’essayer de regarder plus loin, peut-être depuis un point plus élevé pour éviter d’annoncer quelque chose qui, en fait, n’existe pas, qui, en réalité, n’est pas si grave… OU, au contraire, encore plus grave. Alors, pas le choix, il faut grimper au sommet des branches du ceiba, où dans leurs jeux les feuilles et les nuages rivalisent avec le vent. J’ai évidemment trébuché plus d’une fois. Disons que la pipe et le nez ne s’avèrent pas d’une grande aide pour escalader les branches. Une fois au sommet, le froid était plus froid. En haut, les nuages s’étaient enfin rendus et le chemin de Saint-Jacques serpentait d’un côté à l’autre, tel une brèche de lumière persistante dans le sombre mur de la nuit. Et mon premier regard a sondé les lumières les plus lointaines, là-bas, où le télescope orbital Hubble disséquait une supernova en quatre. J’ai sorti ma longue-vue et ai noté dans mon cahier qu’un périscope inversé et, bien sûr, un bon microscope seraient nécessaires. Je suis descendu le plus vite que j’ai pu, en d’autres termes je suis tombé. Encore endolori, j’ai rejoint la chaumière où mes cheffes et chefs continuaient à débattre de la poutre et de sa résistance. J’ai rendu mon rapport. Personne

n’a semblé s’en étonner. « Il est temps, dirent-ils, que le cœur que nous sommes ouvre la parole, qu’il parle et qu’il écoute. Et, parmi toutes les paroles, choisissons la meilleure graine. » C’est comme ça qu’on en est venu à l’idée du semis. Ils ont continué, en réfléchissant. Prévenir de ce qu’on voit ne suffit pas. On doit aussi dire qui on est, nous, ceux qui voyons. Car les changements que l’on voit n’ont pas lieu que là-bas, à l’extérieur. Notre regard vers l’intérieur détecte également des changements et notre propre regard a lui-même changé. Pour expliquer ce qu’on regarde, il faut expliquer notre regard. Avant de répondre à la question sur ce qu’on voit, une autre question se pose : « Qui est-ce qui regarde ? » C’est comme ça qu’on a construit la « méthode » de notre participation au semis. Ne pas se contenter d’alerter à propos de ce que l’on voit à l’horizon, mais aussi essayer de rendre compte du regard que nous sommes. On a alors compris l’importance de l’histoire, en clair, de comment c’était avant ; ce qui demeure ; ce qui change. Autrement dit, la généalogie. Et, pour expliquer la généalogie – aussi bien de ce qu’on est que de ce qu’on voit –, on a besoin de concepts, de théories, de sciences. Et, pour savoir si ces concepts sont utiles, c’est-à-dire, s’ils rendent complètement compte de cette histoire, on a besoin de la pensée critique. Car la réalité zapatiste, au même titre que l’autre réalité, peut s’expliquer de différentes manières. Comme l’intelligentsia « progressiste » se plaît à le dire et à le répéter, on peut par exemple avancer que l’euzédélène1 est une invention du gouvernement. Donc, le regard de la pensée critique pourrait en partie et en totalité expliquer notre mouvement comme étant le produit d’une conspiration gouvernementale. Mais, si ce n’est pas le cas, il faut donc chercher une autre approche ou manière d’expliquer le zapatisme. Par exemple : qu’il s’agit d’un stratagème étranger : que ça fait partie d’une invasion extraterrestre ; que ça montre bien qu’avec de la volonté tout est possible ; que c’est une revendication du système hétéro-patriarcal ; que ce n’est qu’une manipulation des indigènes par les métisses ; que ce n’est qu’une nostalgie du bon sauvage ; que c’est un montage scénographique ; que c’est une récurrence millénaire ; que c’est le produit de la brillante action d’un groupe d’illuminés ; que ce n’est que la conséquence de l’abandon institutionnel de l’État ; etc. J’ai ici repris quelques-unes des principales « explications » répandues dans le spectre idéologique à propos du zapatisme, tant au sein des universités que dans les « analyses » des médias privés ou, encore, au sein des forces politiques, institutionnelles ou non. Si ces explications ou théories ne sont pas capables de rendre compte du zapatisme, alors elles ne sont que des opinions et doivent donc être considérées comme telles. La pensée critique peut cependant aller au-delà. En signalant, par exemple, le manque de concept dans telle ou telle caractérisation. C’est-à-dire le manque de théorie. Si une analyse n’est pas corroborée par une théorie articulée capable de s’extirper d’une confrontation avec la réalité, alors d’où vient cette analyse, à quelles

sources s’abreuve-t-elle ? Qui observe ainsi ? Si, au lieu d’utiliser des concepts, on utilise des qualificatifs, la compréhension sera faible ou nulle. Et on ne pourra faire face à la réalité qu’en la subissant. Ou bien, on peut aussi construire des systèmes philosophiques entiers, ou des « nouvelles sciences », ou des tweets (lesquels présentant cependant, à la différence des deux autres, l’avantage d’être brefs). Cela n’est pas uniquement valable pour rendre compte de notre histoire, de ce qu’on a été, de ce qu’on est, de ce qu’on veut être. Cela sert également à expliquer la réalité qui ne nous est pas plus immédiate en calendrier qu’en géographie. Ce qu’on signale, on essaye de le faire à travers notre regard vers l’intérieur et vers l’extérieur. On comprend alors la nécessité des concepts scientifiques pour nous expliquer à nous-mêmes ce qu’on est et pour expliquer notre regard. Des concepts élémentaires pour comprendre le système capitaliste et la marche constamment chamboulée de l’histoire. Non seulement ces concepts ne sont pas de trop, mais ils sont indispensables : un ou plusieurs télescopes orbitaux, quelques bonnes longues-vues, autant de microscopes que de géographies et de périscopes inversés pour étudier les racines. Face à la réalité, on peut adopter des postures diverses et variées, donner des explications ou des opinions. Notre effort collectif cherche à expliquer, à comprendre, à connaître, à transformer la réalité. * Si on fait un bilan initial, on constate que d’autres regards convergent avec le nôtre sur l’aspect fondamental : une tempête arrive. Conscients que c’est la pensée critique qui doit motiver la réflexion et l’analyse et non l’unanimité aveugle, on a sélectionné des paroles présentées lors du semis. Elles sont nombreuses et importantes et, pour la plupart, provocantes. Et c’était bien de ça dont il était question, que la parole provoque la pensée. Le problème du calendrier et de la géographie a empêché que l’on soit attentif à tout lors de la première écoute. On a donc décidé de faire un livre – ou quelques livres – qui puissent être lus tranquillement, pour, à partir de là, poser davantage de questions. Qui dit quoi ? Pourquoi ? Quand ? D’où ? Dans quel but ? Et ces questions nous semblent importantes, car elles pourraient permettre de faire davantage et de meilleurs semis dans de nombreux endroits. Cette collection comprend trois volumes. Dans le premier, on a regroupé la parole zapatiste telle qu’elle fut élaborée, car c’est ainsi que notre pensée s’est tissée, comme une séquence pouvant aider à reconstruire non pas le puzzle complet, mais au moins une de ses pièces. La double vision – vers l’intérieur et vers l’extérieur –, le signalement des changements qu’on a détectés et subis, l’utilisation des « outils » pour le regard (microscopes, périscopes inversés, longues-vues, télescopes orbitaux…), les avertissements qu’on lance. Vous trouverez ici presque tout ce qu’on a observé depuis le nidde-corbeaux de cette embarcation qui se trouve être la synthèse des calendriers et des géographies. Même si, dans un premier temps,

on a pensé à la nécessité de lancer l’alerte, de faire sonner le caracol ; on s’est ensuite progressivement rendu compte que ce qu’on observait nous menait aussi vers un regard intérieur, comme si le poste de vigie inversait alors sa mission et se voyait contraint d’expliquer, ou d’essayer d’expliquer ce qui lui donne du sens, une raison d’être, un lieu. On s’est alors dit qu’on pourrait sans doute mieux expliquer qu’on voyait dehors si on expliquait ce qu’on voyait dedans. Est-ce qu’on y est parvenu ? Je l’ignore. Disons que cette réponse, ce n’est pas à nous femmes, hommes, zapatistes de la donner, mais aux « escuchas ». On a aussi proposé une méthode et posé une nécessité. La méthode consistant à réfléchir sur sa propre histoire, sur la généalogie. La nécessité de disposer d’éléments théoriques pour y parvenir. Et, pour les deux, pour la méthode ou la nécessité, la pertinence de la pensée critique est requise. Les textes de ce premier volume correspondent à ceux lus ou exposés du 2 au 9 mai 2015. Comme les lecteurs pourront le constater, certains des textes n’ont pas été intégralement exposés et l’un d’eux n’a pas pu être présenté. Vous constaterez également qu’ils ne correspondent pas fidèlement aux enregistrements, Car au moment de la lecture, certains éléments ont pu être enlevés ou ajoutés. On a fait en sorte que notre pensée, ici rassemblée, ne soit ni fainéante ni conformiste, qu’elle ne soit pas paresseuse à l’heure de rendre compte de ce qui a changé et de ce qui demeure. Qu’elle ne soit pas dogmatique, qu’elle n’impose ni son temps ni sa manière. Qu’elle ne triche pas et n’abonde pas en mensonges et demi-vérités. On espère que ces MOTS nourriront le doute, la question, le questionnement. À part ça, la tempête arrive. Il faut se préparer. Une recommandation comme s’ils n’étaient qu’un seul et même texte et non pas comme des interventions isolées et déconnectées. Nos paroles ont été pensées et préparées comme une unité, comme si chaque partie était une pièce d’un puzzle qui, au final, définirait son contour, son intention, sa pensée. Et, comme le veut le mode zapatiste, à la fin on trouvera le début : il faut faire davantage et de meilleurs semis ; laisser de la place à la pratique, mais aussi à la réflexion de cette pratique ; comprendre la nécessité de la théorie et l’urgence d’une pensée critique. On n’est pas en train de créer un parti ou une organisation, on fait une observation. Pour cela, plus que de bonnes intentions, c’est des concepts qu’il nous faut ; de la pratique avec de la théorie et de la théorie avec de la pratique ; on n’a pas besoin de qualificatifs mais d’analyses critiques. Pour regarder dehors, on doit regarder dedans. Les conséquences de ce qu’on verra et de comment on le verra, constitueront une bonne partie de la réponse à la question: « Et après ? » Mai-juin 2014-2015 Sup Galeano 1 Euzèdèlène : il s’agit ici de la prononciation des sigles de l’EZLN (en français : Armée Zapatiste de libération nationale).

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BY WAY OF PROLOGUE: ON HOW WE ARRIVED AT THE WATCHTOWER AND WHAT WE SAW FROM THERE Sup Galeano Source: https://www.counterpunch.org/ 2016/12/02/by-way-of-prologue-on-howwe-arrived-at-the-watchtower-and-whatwe-saw-from-there/

Those of us in the meeting were staring up at the central beam of the shelter. Perhaps we were appreciating the fact that the beam was still up there, sturdy and in one piece; or perhaps we were thinking “maybe it’s not”, and so maybe it’s better to take a seat closer to the door, on the ready to make an exit. “If the beam creaks, that means that it might break”, the person who had the floor at the moment had said. Earlier, that person had asked us to use our imagination: “Imagine that the system is like

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this shelter. It is meant to be lived in. But a large and heavy room has been built on the roof of the house, and inside of that room men and women celebrate their wealth.” It didn’t need to be said, but the person speaking warned us anyway that the weight was too much for the central beam. The house wasn’t built to support a lot of things on top of it, and the stage where all of those men and women fought each other over the throne was heavy, very heavy, too heavy. So it was to be expected that the beam would groan in protest. “What should we do?” the speaker asked, demanding collective

thought. We considered the options. We could reinforce the beam. If we prop it up here and there, it was said, we might alleviate the weight a bit, but it would reduce the available space inside the house. With more and more reinforcements, the house would be converted into a labyrinth of supports and repairs, making it useless for spending the night, cooking, eating, sheltering oneself from the sun and rain, serving as host to the word and the listening ear, for holding parties, or for resting. The house wouldn’t be a house anymore. That is, instead of a place to live, it would become something that’s sole purpose is to

support what’s above. It would just be another structure. Those who lived within it would do so with the sole purpose of keeping those above up there, initially by working to repair and reinforce the structure, and then by converting their own bodies into another part of that structure. This is an absurdity: a house like that cannot be lived in. Of course it would have been logical for those who designed the house to have thought to reinforce the lower part before adding weight to the top. But no, in the frenzy of the moment, they added more and more things on top, the majority of which were useless and ostentatious. Then there

finally came a time when those above forgot that they were being held up by those below. What’s more, they even started to think that those below existed thanks to the mercy and kindness of those above, and that in fact it was those above who sustained those below. It’s true that those above were fewer in number, but their things were much heavier. If they had thought about it a little, with each new weight above, they would have added are inforcement below. Not only did they not do this, but in their eagerness to accumulate more and more above, they were dismantling the primary supports for the building. As if that weren’t enough all of the


beams, especially the principal one, had rotted, because those who had been assigned to maintain the edifice were instead busy stealing parts of the structure and pocketing the money that should have been dedicated to the maintenance of the beams. These people who claim to manage the building deserve special mention. The main problem is this: they only manage what already exists. But not only that, they also dedicate themselves to looting parts of the building’s structure. And as in some tragic comedy, they compete amongst themselves to decide who will be in charge of that theft. That is why they go every so often to ask those below to mention them, to applaud them, to vote for them. They want to buy the will of those below with flattery and gifts. But they get their money by taking it from those very same people below. Then, once they’re settled in to the office, they do nothing but give speeches and steal pieces of the walls, furniture, and even the floor. On top of all that, their very existence is adding more and more weight to the roof. In sum, their essential work is to weaken what is below and strengthen what is above. Conclusion: it is very likely that the house will collapse. This will be bad for those above; it will be worse for those below. But why maintain a house that is no longer a house? That’s right, collective thought moved from seeking a way to keep the structure standing to questioning the very need for its existence. Of course, this shift was not immediate. The move started when someone asked: “Okay, so this part above, how is it that it is up there, or for what? What is its function?” And someone else added: “And those people above who say that their work is to manage the building, which it’s clear they don’t do, why are they up there?” And to round it off, someone asked: “Okay, since we’ve decided to question, what use is a house like this? What if, instead of thinking about what we should do to keep the part above from collapsing on everything below, we think about how to build another house entirely; that would change how we organize ourselves, how we work, how we live.” At that moment the central beam creaked. It was soft, yes, but the silence it created allowed us to hear it clearly. Then, although it didn’t have anything to do with anything, someone ventured… “Noah, the ark.” The story, which can be found in both the Bible and the Koran, is simple: Noah receives a divine warning. God is angry because humanity doesn’t honor the rules

and so has decided to punish them. The entire world will be flooded and the only ones who will survive are those who can pilot a boat. So Noah decides to build a gigantic boat, the ark. In it, he puts his people and a pair of each species of animal, as well as plants. The skepticism of the people around him does not deter him. The deluge comes, the world is flooded and everything on the surface of the earth perishes. Only those who are in the ark are saved. After some time a bird brings a small branch to the ark, signaling that there is a dry place nearby. There, humanity is founded anew. Hmm…Noah’s ark. Now imagine the debate that would arise in response to this story. We have the religious fundamentalist: it’s proof of god’s omnipotence, he created the world and can destroy it whenever he wants; it’s proof of his mercy, he chooses a few to survive, the chosen. The only thing to do is praise the Lord for his power and pray for his mercy. We have the scientist: precipitation with these characteristics is impossible; the surface of the earth cannot be entirely covered with water due to one rainfall. This story is nothing but a good script for a Hollywood movie. We have the philosopher: in reality, it is an allegory emphasizing the fragility of human beings and the transitory nature of their existence. The Zapatista listens, but is not satisfied by any of these positions. They think, then think some more, and they conclude: what it tells us is that if you see signs that something bad might happen, then you should prepare for it. So it has nothing to do with religion, science, or philosophy—just common sense. Someone said then, “It’s a given we’ll share this with the communities, but we also have to let the Sixth1 know.” “Agreed,” said the collective. But another voice cautioned that before confirming, it would be good to try to see further, maybe from higher ground, just in case things are not what they seem, that they really aren’t that serious… or that maybe they are more serious. Either way, that meant climbing up among the branches of the ceiba tree, to the highest part, where the leaves and the clouds compete in their games with the wind. Of course I got tangled up several times on my way up. Let’s just say that the pipe and the nose are no help when you’re moving through the branches. Up there at the top, the cold was even colder. At the top the clouds had finally cleared and the Milky Way snaked from side to side, like a persistent crack of light in the dark wall of the night. I looked questioningly

at the most distant lights, out there where the Hubble space telescope was busy analyzing a supernova. I took out my binoculars. I jotted down in my notebook the need for an inverted periscope and, of course, a good microscope. I descended as quickly as possible, which is to say, I fell. I arrived sore to the tent where my bosses [jefas and jefes] were still discussing the beam and its resistance. I said my part. Nobody looked surprised. “It is time,” they said, “for the heart that we are to open a space for the word, to speak and to listen. And from among these words, let us choose the best seed.” That is how the idea of the seminar/seedbed emerged. They continued to think: It is not enough to tell people what we see. We also have to say who we are that are doing the seeing. Because the changes that we are witnessing are not only out there. Our gaze inward also detects changes, and our gaze itself has changed. So it is clear that to explain what we see, we have to explain our gaze. Thus before the response to the question about what we see, there is another question: “Who is it that is doing the seeing?” That is how we constructed the “method” for our participation in the seedbed/seminar. Not only are we drawing attention to what we see on the horizon, we are also trying to account for the gaze that we are. So we saw that history is important: how things were before, what continues on the same, what has changed; that is, a genealogy. To explain the genealogy, both that of who we are as well as what we see, we need concepts, theories, sciences. And to know whether these concepts are useful, which is to say that they sufficiently account for this history, we need critical thought. Because both Zapatista reality and that other reality can be explained in a number of ways. For example, you could say that the eezeeelen is an invention of the government, as they love to say over and over again among the “progressive” intelligentsia. Through the gaze of critical thought then, our movement could be explained in its various parts and in its totality as the product of a governmental conspiracy. If it cannot be explained as such, then we need to look for a different approach or manner of explaining Zapatismo. For example: it is a scheme created by foreigners; it is part of an alien invasion; it is a vindication of the heteropatriarchal system; it is the cunning manipulation of indigenous peoples; it is just nostalgia for the noble savage; it is a cinematic montage; it is a millennial recurrence; it is the product of brilliant action by a group of enlightened people; it is merely the result of the institutional neglect of the state, etcetera. Here I have given some of the principal “explanations” for Zapatismo that have been spouted from across the ideological spectrum, as much in academia as in the “analysis” of the private media, as well as among political forces, be they institutional or not. If such explanations or theories are not able to account for Zapatismo, then they are no more than opinions and should be taken as such. But critical thought can go further, for example, by drawing attention to the lack of concepts in any given characterization—that is, the lack of theory. If an analysis is not supported by an articulated theory, able

to emerge unscathed from a confrontation with reality, then where does this analysis come from? From what source does it draw? Who is it that sees with such a gaze? If instead of concepts what are deployed are judgments, then little to nothing has been understood. And in that case, there is nothing to be done in the face of this reality, other than suffer it. Or, sure, from this one could also construct entire philosophical systems, or “new sciences,” or tweets (these at least have the advantage of being brief). This critical thought not only helps us give an accounting of our history, what we were, what we are today, and what we want to be, it also allows us to explain reality, that which is most immediate to our calendar and geography. This is what we try to do with our gaze, both when it is oriented inward and when we are looking outward. This is how we come to realize that we need scientific concepts to explain what we are and how we see. We need basic concepts to understand the capitalist system and the turbulent march of history. Not only can we not spare these things, but we find them absolutely essential: one or a few telescopes, some good binoculars, as many microscopes as there are geographies, and just as many inverted periscopes to study the roots of the matter. Faced with reality, one can take many distinct positions; one can provide explanations or opinions. Our collective effort is to explain, to understand, to know, and to transform reality. * An initial assessment tells us that other gazes coincide with ours on something fundamental: a storm is coming. Knowing that critical thought should inspire reflection and analysis and not blind unanimity, we have selected some of the words that were presented in the seedbed/seminar. They are many and they are important and the majority of them are provocative. And that was the idea, for the word to provoke thought. The problem of the calendar and of geography is that they make it difficult, in an initial sitting, for one to take everything in. That is why we decided to make a book, or a couple of books, that people can read calmly and then ask questions: who said what? Why? When? From where? For what? These are important questions because we think that they can help make more and better seedbed/seminars in many other places. This collection consists of three volumes. In this first volume we have included the Zapatista word according to how it was prepared. We did it this way because our word was spun together like a thread, like a sequence that would help to reconstruct not the whole puzzle, but one of its pieces. This first volume includes: a double gaze (inward and outward); an emphasis on the changes we have detected and suffered; “aids” for the gaze (microscopes, inverted periscopes, binoculars, orbital telescopes); and the warnings we now sound. You will find here almost everything that we have observed from the crow’s nest of this vessel that is the synthesis of calendars and geographies. Although we at first set out to sound the alarm, to

blow the conch shell, we soon realized that what we saw also made us look inward, as if the sentinel’s post had inverted its mission and the sentinel is forced to explain, or try to explain, what gives it meaning, purpose, place. We thought then that we could better explain what we saw outside if we first could explain what we see inside. Did we succeed? I don’t know. The answer is not for us, the Zapatistas, to give, but rather for the listener. We also propose a method and lay out a necessity. The method is that of reflecting on history itself, on genealogy. The necessity is gathering the theoretical elements to do so. Finally, in both the method and the necessity we find the relevance of critical thought. The texts in this first volume correspond to those that were read or presented from May 2-9, 2015. As the readers will see, this book also contains some texts that were not presented there in their entirety, and one that was not released at all. Readers will also note that they do not match the audios exactly because as they were being read some things were taken out or added. We have made an effort to assure that our thinking, compiled here, is not lazy or conformist, that it does not fail to account for what has changed and for what remains the same; that it is not dogmatic, that it does not impose its particular time and its particular way; that it is not deceptive, full of lies and half-truths. We hope that these words are food for doubt, inquiry, and questioning. Apart from that, the storm is coming. We must prepare. A recommendation: read these texts as if they were one single piece, not as isolated or unconnected interventions. Our words were thought out and prepared as a single unit, as if each part came out of a puzzle that, in the end, would reveal its shape, its intention, and its thought only in relation to the other pieces. As is the Zapatista way, at the end you will find the beginning: we have to make more and better seedbed/seminars; to make space for practice, but also for reflection on that practice; to understand the need for theory and the urgency of critical thought. We are not creating a political party or an organization, we are creating a place from which to see. For this vision, we need concepts, not good intentions; we need practice with theory and theory with practice; we need critical analyses, not a priori judgments. To look outward, we need to look inward. The consequences of both what we will see and of how we will see it will be a key part of how we respond to the question, “What comes next?” Mexico, May-June 2014-2015 SupGaleano2 1 In Spanish, “Sexta” refers to adherents of the Sixth Declaration of the Lacandón Jungle. The EZLN uses “la Sexta” to refer collectively to these adherents, which we translate as “the Sixth.” 2 In May of 2014, the EZLN announced the “death” of the figure of Subcomandante Insurgente Marcos, at which time, in honor of the recently murdered Zapatista teacher Galeano, the person behind the character known as Marcos took on the name Subcomandante Insurgente Galeano. Due to the fact that a number of the texts presented at the seminar, “Critical Thought in the Face of the Capitalist Hydra”, were written prior to the announced “death” of Marcos, the reader will find that some of the texts written and signed by Subcomandante Insurgente Marcos were presented at the seminar and co-signed by Subcomandante Insurgente Galeano. The latter often signs texts with the abbreviated “SupGaleano.”

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NOTES

SUR LA SANTÉ PUBLIQUE Architectural Notes Des ami·es de la revue Architectural Notes nous ont envoyé ces quelques brèves sur la Santé Publique. 2019.02.02 EN 1997, ON COMPTAIT 2202 BAINS PUBLICS À SÉOUL. MANBOK-TANG, L’UN DES 960 RESTANTS, SERA DÉTRUIT DANS QUELQUES SEMAINES. 2019.02.05 ÉVOQUANT SES ÉTUDES D’ARCHITECTURE, UN ÉTUDIANT FRANÇAIS EN MASTER 2 DÉCLARAIT RÉCEMMENT : « JE VAIS MOURIR PLUS JEUNE, D’UNE CRISE CARDIAQUE PROBABLEMENT. » 2019.02.15 214 PERSONNES VIVENT À WHITTIER EN ALASKA. TOUTES ET TOUS HABITENT DANS LE MÊME IMMEUBLE, UN BÂTIMENT DE 14 ÉTAGES CONSTRUIT ENTRE 1953 ET 1957. L’IMMEUBLE HÉBERGE ÉGALEMENT UNE POSTE, UNE ÉPICERIE, UN HÔPITAL, UN COMMISSARIAT, UNE LAVERIE, UNE SALLE DE CONFÉRENCE, UNE PISCINE COUVERTE, UNE SALLE DE JEU, UNE PETITE ÉGLISE MÉTHODISTE, LE BUREAU DU MAIRE. 2019.03.08 « J’ÉTAIS TROP OCCUPÉE. » POUR ÉCHAPPER À SA VIE SOUS PRESSION, PARK HYE-RI A DÉCIDÉ D’ALLER S’ENFERMER DANS UNE CELLULE DE 5M2 À HONGCHEON. 2019.03.13 RORY HYDE DÉCLARAIT LORS D’UNE CONFÉRENCE DONNÉE LE 25 FÉVRIER À L’ARCHITECTURAL ASSOCIATION QU’AUJOURD’HUI, « EN TANT QU’ARCHITECTES, NOUS SOMMES TOUS DES CHIRURGIENS. NOUS SOMMES EXTRÊMEMENT BIEN FORMÉS ET NOUS CROYONS DANS LE CARACTÈRE DÉCISIF DU GESTE. PUIS, NOUS DISPARAISSONS. EN FAIT, NOUS DEVRIONS ÊTRE DES MÉDECINS GÉNÉRALISTES. CELA DEMANDE DE LA PATIENCE ET UN TRAVAIL COLLABORATIF. » UNE QUESTION DANS LA SALLE : « CONCRÈTEMENT, QUE POUVONS-NOUS FAIRE ? » 2019.03.23 DANS LES RÉGIONS DE L’HARYANA, DE L’ANDHRA PRADESH ET DU GUJARAT, BEAUCOUP DE FILLES NE VONT PAS À L’ÉCOLE PENDANT LEUR PÉRIODE DE MENSTRUATION. L’ABSENCE D’EAU COURANTE ET DE LAVABO DANS LES TOILETTES EN SERAIT LA PRINCIPALE RAISON. 2019.03.27 LA MUNICIPALITÉ DE SÉOUL A TROUVÉ LA SOLUTION POUR RÉDUIRE LES PARTICULES FINES : UNE PEINTURE « SPÉCIALE » APPLIQUÉE SUR LES BÂTIMENTS PUBLICS. 2019.03.29 « C’EST UN BÂTIMENT HISTORIQUE ET TOUT Y A ÉTÉ RECONSTRUIT COMME À L’ORIGINE. » SELON BALRAM 120 ÉPISTÉMOLOGIE/EPISTEMOLOGY


VASWANI, LE CHIEF GANJA OFFICER DU NOUVEAU CENTRE MÉDICAL KAYA, L’ANCIENNE MAISON GEORGIENNE DE FALMOUTH A ÉTÉ RESTAURÉE AVEC SOIN. 2019.04.09 ON SIGNALE LE LANCEMENT D’UN NOUVEAU MAGAZINE : APRÈS LA RÉVOLUTION. CE MAGAZINE A POUR AMBITION DE PENSER LE MONDE QUI VIENDRA APRÈS L’EFFONDREMENT DU CAPITALISME. L’ARCHITECTURE, DÉCRITE COMME SCIENCE DES TOTALITÉS, EST CONVOQUÉE COMME L’OUTIL PRINCIPAL DE LA RECONSTRUCTION. 2019.05.10 LES TOILETTES À FOSSE SIMPLE DE L’ÉCOLE PRIMAIRE DE CHIMUNA SITUÉE DANS LE SECTEUR DE LOGCHINGA À CHHUKHA AU BHOUTAN ONT ÉTÉ REMPLACÉES. POUR 3 200 €, 7 NOUVELLES TOILETTES AINSI QUE L’EAU COURANTE ONT ÉTÉ INSTALLÉES. L’INAUGURATION A EU LIEU LE 11 AVRIL. 2019.05.13 LEUR CONTRAT PRÉVOYAIT LA PRISE EN CHARGE DE LEURS DÉPLACEMENTS, D’UNE ASSURANCE VIE AINSI QUE DE QUELQUES INDEMNITÉS SPÉCIFIQUES. LASSÉS D’ATTENDRE QUE CES CLAUSES SOIENT APPLIQUÉES, 4 000 OUVRIERS ENGAGÉS DANS LA RECONSTRUCTION DES SECTEURS DÉTRUITS LORS DES TREMBLEMENTS DE TERRE DE 2015 AU NÉPAL, ONT FINI PAR DÉMISSIONNER COLLECTIVEMENT. 2019.06.19 CET HIVER LES PATIENTS DE L’HÔPITAL PSYCHIATRIQUE DE MALTE N’ONT PAS EU D’EAU CHAUDE. AU PLAFOND, DES MORCEAUX DE PLÂTRE SONT TOMBÉS DE TEMPS EN TEMPS. AU SOL LE CARRELAGE S’EST DÉTACHÉ PAR ENDROITS. MERCREDI 6 JUIN, PAUL DALLI, LE DIRECTEUR DE OPÉRATIONS DE L’HÔPITAL, A DÛ SE JUSTIFIER AUPRÈS DE LA COMMISSION QUI L’INTERROGEAIT D’AVOIR ENGAGÉ DU PERSONNEL DE MAINTENANCE À LA PLACE DU PERSONNEL ADMINISTRATIF INITIALEMENT PRÉVU. 2019.06.27 L’UNIVERSITÉ DE PUSAN SOUHAITE CONSTRUIRE UNE ÉCOLE D’ART POUR PERSONNES HANDICAPÉES. UN LIEU À DÉJÀ ÉTÉ CHOISI : UNE FORÊT DANS LA MONTAGNE. DES ASSOCIATIONS DE PROTECTION DE L’ENVIRONNEMENT S’Y OPPOSENT. 2019.07.07 JOUR DE REPOS. 2019.08.10 SELON PROPTECH, LA DIMINUTION DE LA PRÉSENCE DE CRACK ET DE COCAÏNE DANS LES ÉGOUTS INDIQUE UNE MODIFICATION DE L’ORGANISATION SOCIALE ET PAR CONSÉQUENT UNE GENTRIFICATION IMMINENTE. 2019.10.13 EN SE PROPAGEANT L’INCENDIE QUI S’EST DÉCLENCHÉ DANS LE CAMP DE MOIRA LE 29 SEPTEMBRE A ATTEINT L’UN DES CONTENEURS DANS LESQUELS S’ENTASSENT LES MILLIERS DE PRISONNIERS DE L’UNION EUROPÉENNE. UNE FEMME ET SON NOUVEAU-NÉ S’Y TROUVAIENT. 2019.10.17 LE MOIS DERNIER, VRUSHALI KASBEKAR, VENUE ACCOUCHER À L’HÔPITAL DE CHHATRAPATI SHIVAJI MAHARAJ À KALWA A DÛ DORMIR PAR TERRE, SUR UNE FEUILLE DE PLASTIQUE TACHÉE. 2019.10.19 LE 3 OCTOBRE, MOHAMMAD ASHRAF GHANI A INAUGURÉ LA NOUVELLE MATERNITÉ DE KABOUL. L’HÔPITAL A ÉTÉ FINANCÉ À HAUTEUR DE 4.5 MILLIONS DE DOLLARS PAR LE GOUVERNEMENT ITALIEN. 2019.10.20 - LE TAUX DE MORTALITÉ EST D’ENVIRON 20 %. - 20 % ? - 20 %, RIEN QUE DANS LA PRISON NATIONALE DE BILIBID. - COMME DISAIT LE SÉNATEUR SOTTO : « NOUS N’AVONS PLUS BESOIN DE LA PEINE DE MORT. » ERNESTO TAMAYO, LE CHEF D’HÔPITAL DE LA PRISON NATIONALE DE BILIBID, EXPLIQUAIT RÉCEMMENT AUX SÉNATEURS QUE CES CHIFFRES ÉTAIENT LIÉS À LA SURPOPULATION CARCÉRALE QUI A NOTAMMENT FAVORISÉ LA PROPAGATION DE LA TUBERCULOSE. 2019.10.21 « POUR CERTAINS ENFANTS, L’AGITATION D’UNE SALLE D’ATTENTE REMPLIE EST TROP IMPORTANTE. CETTE PIÈCE LES AIDERA À SE DÉTENDRE LORSQU’ILS ATTENDENT LEUR TOUR POUR CONSULTER UN MÉDECIN. » LA NOUVELLE SALLE CALME DE L’HÔPITAL D’HINCHINGBROOKE EST DÉSORMAIS OUVERTE. 2019.10.23 LA PETITE SALLE D’OPÉRATION DANS LAQUELLE GANDHI A ÉTÉ OPÉRÉ DE L’APPENDICITE LE 12 JANVIER 1924 À L’HÔPITAL GÉNÉRAL DE SASSOON VIENT D’ÊTRE REPEINTE. LES MEUBLES D’ORIGINE Y ONT ÉTÉ RÉINSTALLÉS. 2019.10.30 POUR APAISER LE PEUPLE, LE PRÉSIDENT DU PARLEMENT IRAKIEN MOHAMMED AL-HALBOUSI A PROMIS DES EMPLOIS, UNE RÉFORME DE LA SANTÉ PUBLIQUE ET LA CONSTRUCTION DE LOGEMENTS. architecturalnotes.org ÉPISTÉMOLOGIE/EPISTEMOLOGY

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NOTES ON PUBLIC HEALTH Architectural Notes Friends of the Architectural Notes magazine sent us these few short stories on Public Health. 2019.02.02 IN 1997, THERE WERE 2202 PUBLIC BATHS IN SEOUL. MANBOK-TANG, ONE OF THE REMAINING 960, WILL BE DEMOLISHED IN A FEW WEEKS. 2019.02.05 WHILE DESCRIBING HIS ARCHITECTURAL STUDIES, A FRENCH MASTER’S STUDENT RECENTLY STATED: “I’M GOING TO DIE YOUNGER, PROBABLY FROM A HEART ATTACK.” 2019.02.15 214 PEOPLE LIVE IN WHITTIER, ALASKA. ALL OF THEM LIVE IN THE SAME BUILDING, A 14-STOREY BUILDING BUILT BETWEEN 1953 AND 1957. THE BUILDING CONTAINS ALSO A POST OFFICE, GENERAL STORE, HOSPITAL, THE WHITTIER POLICE DEPARTMENT, AND THE MAYOR’S OFFICE. THERE IS ALSO A SMALL METHODIST CHURCH, A GROCERY, LAUNDRY, A SMALL HOTEL, CONFERENCE ROOM, AND A PLAY AREA WITH AN INDOOR POOL. 2019.03.08 “I WAS TOO BUSY.” TO ESCAPE FROM HER STRESSFUL LIFE, PARK HYE-RI DECIDED TO GO LOCK HERSELF IN A 54 SQ.FT. CELL IN HONGCHEON. 2019.03.13 ON FEBRUARY 25, RORY HYDE STATED DURING A LECTURE AT THE ARCHITECTURAL ASSOCIATION THAT TODAY, “AS ARCHITECTS WE ARE ALL SURGEONS. […] WE BELIEVE IN THE DECISIVE GESTURE. AND THEN WE WALK AWAY. WHEN, ACTUALLY, WHAT WE NEED TO BE IS GENERAL PRACTITIONERS. THAT REQUIRES PATIENCE AND COLLABORATION WITH PEOPLE.” A QUESTION IN THE AUDIENCE: “WHAT IS THE PRACTICAL DAY TO DAY THING WE COULD DO?” 2019.03.23 IN HARYANA, ANDHRA PRADESH AND GUJARAT, MANY GIRLS DO NOT GO TO SCHOOL DURING THEIR PERIOD. THE LACK OF RUNNING WATER AND HAND WASHING FACILITIES IN THE TOILETS WOULD BE THE MAIN REASON. 2019.03.27 SEOUL CITY COUNCIL HAS FOUND THE SOLUTION TO REDUCE FINE DUST: A “SPECIAL” PAINT APPLIED ON PUBLIC BUILDINGS. 2019.03.29 “IT’S A HISTORIC BUILDING, AND EVERYTHING WAS REDONE TO ITS ORIGINAL CONDITION.” ACCORDING TO BALRAM VASWANI, THE CHIEF GANJA OFFICER OF THE NEW KAYA DISPENSARY, THE FORMER GEORGIAN HOUSE IN FALMOUTH HAS BEEN RESTORED WITH GREAT CARE. 122 ÉPISTÉMOLOGIE/EPISTEMOLOGY


2019.04.09 WE ARE REPORTING THE LAUNCH OF A NEW MAGAZINE: APRÈS LA RÉVOLUTION (AFTER THE REVOLUTION). THIS MAGAZINE AIMS TO THINK ABOUT THE WORLD THAT WILL COME AFTER THE COLLAPSE OF CAPITALISM. ARCHITECTURE, DESCRIBED AS A SCIENCE OF TOTALITIES, IS CALLED UPON AS THE MAIN TOOL FOR RECONSTRUCTION. 2019.05.10 THE TRADITIONAL PIT TOILETS AT CHIMUNA PRIMARY SCHOOL IN THE LOGCHINGA AREA OF CHHUKHA, BHUTAN, HAVE BEEN REPLACED. FOR €3,200, SEVEN NEW TOILETS AND RUNNING WATER WERE INSTALLED. THE INAUGURATION TOOK PLACE ON APRIL 11. 2019.05.13 THEIR CONTRACT GUARANTED TRANSPORTATION AND COMMUNICATION SERVICES, LIFE INSURANCE, AND DEARNESS ALLOWANCE. TIRED OF WAITING FOR THESE CLAUSES TO BE IMPLEMENTED, 4,000 WORKERS ENGAGED IN THE RECONSTRUCTION OF AREAS DESTROYED IN THE 2015 EARTHQUAKES IN NEPAL EVENTUALLY RESIGNED COLLECTIVELY. 2019.06.19 THIS WINTER, THE PATIENTS OF THE MALTA PSYCHIATRIC HOSPITAL DID NOT HAVE HOT WATER. ON THE CEILING, PIECES OF PLASTER FELL FROM TIME TO TIME. ON THE FLOOR, THE TILES HAVE COME OFF IN PLACES. ON WEDNESDAY, JUNE 6, PAUL DALLI, THE HOSPITAL’S DIRECTOR OF OPERATIONS, HAD TO EXPLAIN TO THE COMMISSION THAT QUESTIONED HIM WHY HE HAD HIRED MAINTENANCE STAFF INSTEAD OF THE ADMINISTRATIVE STAFF INITIALLY PLANNED. 2019.06.27 THE UNIVERSITY OF PUSAN WANTS TO BUILD AN ART SCHOOL FOR PEOPLE WITH DISABILITIES. A PLACE HAS ALREADY BEEN CHOSEN: A FOREST IN THE MOUNTAINS. ENVIRONMENTAL PROTECTION ASSOCIATIONS ARE AGAINST IT. 2019.07.07 DAY OFF. 2019.08.10 ACCORDING TO PROPTECH, THE DECREASE OF CRACK-COCAÏNE FOUND IN SEWERS INDICATES A CHANGE OF THE SOCIAL MIX AND THUS IMMINENT GENTRIFICATION. 2019.10.13 AS THE FIRE THAT BROKE OUT IN MOIRA CAMP ON SEPTEMBER 29 SPREAD, IT REACHED ONE OF THE CONTAINERS IN WHICH THOUSANDS OF PRISONERS OF THE EUROPEAN UNION ARE CRAMMED. A WOMAN AND HER NEWBORN BABY WERE THERE. 2019.10.17 LAST MONTH, VRUSHALI KASBEKAR, WHO GAVE BIRTH AT THE CHHATRAPATI SHIVAJI MAHARAJ HOSPITAL IN KALWA, HAD TO SLEEP ON THE FLOOR ON A STAINED PLASTIC SHEET. 2019.10.19 ON OCTOBER 3, MOHAMMAD ASHRAF GHANI OPENED THE NEW MATERNITY HOSPITAL IN KABUL. THE HOSPITAL WAS BUILT WITH THE FINANCIAL AID OF ABOUT $4.5 MILLION OF THE ITALIAN GOVERNMENT. 2019.10.20 - THE MORTALITY RATE IS ABOUT 20%. - 20%? - 20%, IN BILIBID NATIONAL PRISON ALONE. - AS SENATOR SOTTO SAID: “WE NO LONGER NEED THE DEATH PENALTY.” ERNESTO TAMAYO, THE HOSPITAL CHIEF OF THE BILIBID NATIONAL PRISON, RECENTLY EXPLAINED TO THE SENATORS THAT THESE FIGURES WERE LINKED TO PRISON OVERCROWDING, WHICH HAS CONTRIBUTED TO THE SPREAD OF TUBERCULOSIS. 2019.10.21 “FOR SOME CHILDREN, THE HUSTLE AND BUSTLE OF A BUSY OUTPATIENTS WAITING AREA IS TOO MUCH, AND THEREFORE THIS ROOM WILL HELP THEM FEEL COMFORTED AS THEY WAIT FOR THEIR TURN TO SEE A DOCTOR.” THE NEW CALM ROOM AT HINCHINGBROOKE HOSPITAL IS NOW OPEN. 2019.10.23 THE SMALL OPERATING ROOM IN WHICH GANDHI WAS OPERATED ON JANUARY 12, 1924, FROM APPENDICITIS AT THE GENERAL HOSPITAL OF SASSOON, HAS JUST BEEN REPAINTED. THE ORIGINAL FURNITURE HAS BEEN CAREFULLY REINSTALLED. 2019.10.30 TO APPEASE THE PEOPLE, IRAQI SPEAKER OF PARLIAMENT MOHAMMED AL-HALBOUSI PROMISED JOBS, HEALTHCARE REFORMS, AND HOUSING CONSTRUCTION. architecturalnotes.org ÉPISTÉMOLOGIE/EPISTEMOLOGY

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PÉDA PEDA


GOGIE GOGY


INTRODUCTION À UNE PÉDAGOGIE ARCHITECTURALE VISANT À TRAVAILLER L’ORDRE DU MONDE Manuel Bello-Marcano Xavier Wrona Si comme nous le pensons l’architecture est un champ disciplinaire de transformation de l’ordre (des ordres) du monde, alors ce champs disciplinaire doit être travaillé scientifiquement. C’est l’objectif du travail qui est mené depuis 2014 à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Saint-Étienne dans l’atelier de Master 1 intitulé Temps de crises : l’architecture comme pratique politique.

126 PÉDAGOGIE/PEDAGOGY

PARTI L’architecture est une occupation humaine habituellement associée à « la production de bâti ». Cependant, l’accumulation exponentielle de problèmes complexes et massifs dans les sociétés humaines appelle à reconsidérer ce présupposé. Il est relativement récent que la figure de l’architecte a vu l’objet de ses occupations resserré à la seule production de bâti. Vitruve à dédié de nombreuses pages à la construction de machines, Palladio a utilisé la pensée architecturale pour réformer l’art de la guerre et l’agence AMO de Koolhaas a été récemment missionnée pour imaginer un projet d’évolution de l’Union

Européenne à l’horizon de 2050. La présente pédagogie commence à partir du moment où l’architecture est considérée comme une discipline pouvant être appliquée à tout problème complexe dans la construction de la réalité.

PROGRAMME Cet atelier proposé à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Saint-Étienne (ENSASE) est construit en articulation avec Archeworks (Chicago), la Ligue de l’Enseignement et l’Amicale Laïque Michelet de la ville de Saint-Étienne. À titre individuel, dans le cadre d’un colloque international architectes, philosophes, chercheur·euse·s, théori-

cien·ne·s critiques, économistes, travailleur·euse·s et activistes se retrouvent afin de questionner le rôle de l’architecture face aux enjeux contemporains des réalités de notre monde.

NATURE DES PROPOSITIONS PRÉSENTÉES Les projets réalisés par les étudiant·e·s dans le cadre de cet atelier sont issus d’une double intention : – la première est de questionner collectivement, de manière théorique et par l’exercice du projet, la pertinence d’une application de la pensée architecturale à la transformation de l’ordre du monde.

– la seconde est de remettre ces nouvelles générations d’étudiant·e·s en architecture face au politique. Il s’agit pendant un semestre de consacrer leur travail au fait trop peu travaillé dans les écoles d’architecture que toute construction de la réalité est politique. C’est pourquoi les points de vue exprimés dans ces projets ne reflètent pas nécessairement ceux des étudiant·e·s ou des enseignant·e·s. Ils sont des hypothèses de travail visant à ouvrir à nouveau un espace de pensée pour des constructions alternatives de l’ordre du monde.


INTRODUCTION TO AN ARCHITECTURAL PEDAGOGY AIMED AT WORKING ON WORLD ORDER Manuel Bello-Marcano Xavier Wrona If, as we believe, architecture is a disciplinary field of transformation of the world order (orders), this disciplinary field must then be worked on scientifically. This is the objective of the work that has been carried out since 2014 at the École Nationale Supérieure d’Architecture de Saint-Étienne in the Master 1 workshop entitled Time of Crisis: Architecture as a Political Practice.

PARTI Architecture is a human occupation usually associated with “the production of buildings”. However, the exponential accumulation of complex and massive problems in human societies calls for a reconsideration of this assumption. It is relatively recent that the figure of the architect has seen the object of his occupations restricted to the production of buildings alone. Vitruvius has dedicated many pages to machine building, Palladio has used architectural thinking to reform the art of war and the AMO agency of Koolhaas has recently been commissioned to design a project for the evolution of the European Union up

to the year 2050. This pedagogy begins when architecture is considered as a discipline that can be applied to any problem complex in the construction of reality.

PROGRAM This studio proposed at the École Nationale Supérieure d’Architecture de Saint-Étienne (ENSASE) is built in collaboration with Archeworks (Chicago), the Centre Jean Pepin, the École Normale Supérieure (Paris), the EnspBx (Bordeaux), the University of Chicago (Chicago), the Ligue de l’Enseignement and the Amicale Laïque Michelet de la ville de Saint-Étienne. All these partners meet annually for an international

conference bringing together architects, philosophers, researchers, critical theorists, economists and activists to question the role of architecture in addressing contemporary issues of the realities of today’s world.

NATURE OF THE PRESENTED PROJECTS The projects carried out by the students within the framework of this studio are the result of a double intent: — the first is to collectively ques- tion, both theoretically and through the exercise of the project, the relevance of applying architectural thought to the trans-

formation of the world order; — the second is to bring these younger generations of architecture students face to face with the political. For one semester, the aim is to devote their work exclusively to the fact that too little work is done in architecture schools to understand that any construction of reality is political. This is why the views expressed in these projects do not necessarily reflect those of students or teachers. They are work hypotheses aimed at opening up a new space of thought for alternative constructions of the world order.

PÉDAGOGIE/PEDAGOGY

127


DE L’ENDOCTRINEMENT Adrien Durrmeyer Amélie Tripoz Les projets qui suivent ont été réalisés par des étudiant·e·s de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Saint-Étienne, inscrit·e·s au sein d’un enseignement de Master intitulé « Architecture as a political practice ». Comme son titre le laisse supposer, cette pédagogie procède d’une tentative d’endoctrinement. Cet objectif ne constitue pas une nouveauté, encore moins un scandale ; on peinerait, en effet, à dénicher parmi les démarches éducatives, actuelles ou passées, la moindre expérience qui ne relève de la transmission d’une doctrine. Et pour cause : enseigner quelque chose implique nécessairement l’élaboration d’un point de vue ; et il est permis d’espérer qu’être enseigné l’implique également. Or, un point de vue est justement ce qui convertit une information en doctrine. À celles et ceux parmi les enseignant·e·s (et les autres) chez qui les précédentes lignes susciteraient une noble indignation, on proposera deux pistes de réflexion – et pourquoi pas, d’apaisement. La première, étymologique, les invite à considérer le terme d’« endoctrinement » dans son acceptation originelle, c’est-à-dire, ni plus ni moins, un synonyme d’« enseignement » (c’est précisément la signification du latin doctrina). On conviendra que cette argumentation laisse un arrière-goût de pusillanimité : la pirouette pléonastique, si elle constitue une diversion efficace, ne soulève que modérément l’enthousiasme ; éviter un obstacle n’a pas la même saveur que de le pulvériser. La seconde piste nous engage ainsi résolument dans cette entreprise de démolition : il s’agit d’admettre que l’existence d’un point de vue objectif chez l’enseignant·e relève du même degré de plausibilité que l’existence du père Noël. Car comment imaginer, en effet, la possibilité d’un tel regard absolu, ou pour le décrire en termes

128 PÉDAGOGIE/PEDAGOGY

philosophiques, « géométral » ? Comme l’écrit Frédéric Lordon : « Leibniz nomme “géométral” de toutes les perspectives le point de vue sur tous les points de vue, le point de vue suprême qui cesse d’être un point de vue particulier parce qu’il les synthétise tous. Le géométral, c’est le point de vue de Dieu1. » On conviendra aisément d’une tendance mégalomane chez les architectes, mais tout de même pas au point d’assumer la charge écrasante d’une mission divine. En dernier ressort, on pourra objecter l’ineptie radicale du caractère doctrinal de l’enseignement, en affirmant qu’un·e bon·ne enseignant·e n’a justement pas de point de vue. C’est précisément à ce niveau que se situe l’originalité de la pédagogie ici développée : elle affirme d’une part la nécessité d’une prise de position, et démontre d’autre part, en creux, que refuser de prendre position, revient, de fait, à prendre celle de l’opinion dominante. Enseigner sans point de vue, c’est donc tolérer l’organisation d’un appareil productif du bâti consommant 45 % de l’énergie nationale et responsable de 25 % des émissions de gaz à effet de serre ; c’est promouvoir la suprématie de la sphère économique sur toutes les autres et l’asservissement du projet architectural à la maximisation du profit ; c’est accepter de participer à la ségrégation sociale, raciale et de genre, à l’accroissement des inégalités, à la banalisation de la corruption, au maintien d’un ordre autoritaire et brutal ; bref, c’est assumer une fonction destructrice de l’environnement, de la culture et de la société. La question n’est donc pas de se positionner pour ou contre un enseignement idéologique, mais bien de savoir à quelle idéologie on adhère. C’est au niveau de ce qui se transmet – les conditions, les moyens et les fins de cette transmission – que se situe

le véritable champ de bataille. Nous touchons ici à l’aspect proprement politique de cette démarche : formuler les hypothèses des « comment », « pourquoi » et « avec qui » construire les formes d’organisation alternatives au système capitaliste globalisé. Car de même que refuser toute idéologie revient à embrasser l’idéologie dominante, refuser tout engagement politique c’est faire sienne la politique actuelle. Il faudrait, en effet, être bien naïf·ve pour se joindre au chœur des voix déplorant l’abandon de toute ambition politique au sein des écoles d’architecture. C’est qu’on tendrait à confondre, là encore, l’absence de projet politique et la parfaite adhésion au projet politique imposé par nos gouvernant·e·s. Or, le projet politique néolibéral reflète une ambition aussi dévorante que mortifère, à savoir la soumission pleine et entière des décisions politiques aux conditions de l’économie ; il restreint ainsi le possible à ce qui est déjà présent, le désirable à ce qui est déjà acquis, le pensable à ce qui est déjà pensé. Autrement dit, il définit la politique comme le processus de désintégration des conditions d’exercice de la politique. Ce constat n’est pas neuf. Jacques Rancière, il y a plus de vingt ans, écrivait déjà : « Certains continuent à confondre la politique avec l’art de gouverner alors qu’elle est ce qui ne cesse de le contrarier. La politique est la manière de s’occuper des affaires humaines qui se fonde sur la présupposition folle que n’importe qui est aussi intelligent que n’importe qui et qu’il y a toujours au moins une autre chose à faire que celle qui est faite2. » En ce qui concerne notre sujet, c’est-à-dire le rôle des enseignant·e·s dans les écoles d’architecture, la ligne principale de démarcation entre leurs objectifs pédagogiques ap-

paraît ainsi avec une confondante clarté : d’un côté, celles et ceux pour qui la pratique de l’architecture consiste à s’inscrire dans un ordre existant et le perpétuer ; de l’autre, celles et ceux pour qui la pratique de l’architecture consiste à questionner un ordre existant et le transformer. Les modalités et le cadre de ces interrogations sont larges. Toutes se fondent pourtant sur une méthodologie aussi élémentaire qu’indispensable : appuyer sa réflexion sur un corpus de textes précis, engagés, contradictoires ; bref, tenir que le projet s’édifie sur un savoir, et de là, peut s’articuler comme appareil critique. Il s’agit, par exemple, d’analyser la subordination de la pratique de la médecine à la gouvernance par les nombres, et de proposer les conditions de son émancipation (« Reconquérir le pouvoir sur nos corps ») ; ou encore d’étudier les mécanismes de marchandisation des produits pharmaceutiques et d’y opposer la formulation d’un système alternatif de brevet et d’un financement par l’investissement (« Rétribuer la recherche ») ; on y cartographie les diverses expériences historiques et fictionnelles des formes d’autonomie face à l’exclusion, l’oppression ou la stigmatisation (« La carte de la clémence ») ; certain·e·s décortiquent le fonctionnement de la Sécurité sociale et sa destruction par d’absurdes objectifs de rentabilité, et suggèrent par conséquent la création indépendante d’une organisation de Santé Collective (« Et si nous perdions cette bataille ? ») ; d’autres, enfin, engagent une réflexion sur l’altérité et ses mécanismes de perception à travers les images du malade, du monstre ou du fou, esquissant l’avenir souhaitable de leur banalisation (« Reflets modernes et conflits réels »).

Alors, oui, « Architecture as a political practice » relève d’une doctrine. Une doctrine qui engage le projet d’architecture au-delà de la production de bâti, et ses participant·e·s à penser le travail, la guerre, la politique ou en l’occurrence, la santé publique ; une doctrine qui invite chacun·e à croire en ses propres capacités critiques et à les employer ; une doctrine qui conçoit l’éventualité de l’émancipation face à la fatalité de la servitude ; une doctrine qui affirme que le monde ne se résume pas à ce qu’il est, mais qu’il comprend aussi l’ensemble des opportunités de ce qu’il pourrait être. Il reste à espérer que les projets présentés dans ce numéro sauront susciter à leurs tours critiques, réflexions, enthousiasmes et idées chez ses lectrices et lecteurs. Car c’est, au fond, l’ambition véritable de ce programme pédagogique : fabriquer, au dedans et au dehors des frontières de l’académie, une communauté plus vaste de partage des pensées, des expériences, des pratiques, des doutes, des espoirs, des désirs et des luttes. 1 Frédéric Lordon, « Charlot ministre de la vérité », La pompe à phynance, Blog du Monde Diplomatique, 2017. [https://blog. mondediplo.net/2017-02-22-Charlot-ministre-de-la-verite]. On ne saurait trop conseiller la lecture intégrale de cet article. 2 Jacques Rancière, Chroniques des temps consensuels, Paris, Seuil, 2017. Voir p. 15.


OF INDOCTRINATION Adrien Durrmeyer Amélie Tripoz The following projects were carried out by students from the École Nationale Supérieure d’Architecture de Saint-Étienne, enrolled in a Master’s course entitled “Architecture as a political practice”. As its title suggests, this pedagogy is an attempt at indoctrination. This objective is not a novelty, let alone a scandal; indeed, it would be difficult to find among current or past educational approaches the slightest experience that does not involve the transmission of a doctrine. And for good reason: teaching something necessarily implies the elaboration of a point of view; and it is to be hoped that being taught also implies it. Yet, a point of view is precisely what converts information into doctrine. To those among the teachers (and others) who would be outraged by the previous lines, we will propose two avenues for reflection— and why not, for appeasement. The first, etymological, invites them to consider the term “indoctrination” in its original acceptance, that is, no more and no less, a synonym for “teaching” (this is precisely the meaning of the latin term doctrina). One will agree that this argument leaves an aftertaste of pusillanimity: the pleonastic spin, if it constitutes an effective diversion, only moderately arouses enthusiasm; avoiding an obstacle does not have the same flavour as to pulverize it. The second track thus resolutely engages us in this demolition undertaking: it is a question of admitting that the existence of an objective point of view in the teacher’s life is as plausible as Santa’s existence. Indeed, how can we imagine the possibility of such an absolute view, or to describe it in philosophical terms, “geometrical”? As Frederic Lordon writes: “Leibniz calls ‘geometrical’ from all perspectives the point of view on all points of view, the supreme

point of view that ceases to be a particular point of view because it synthesizes them all. The geometrical is God’s point of view1.” One can easily agree on a megalomaniacal tendency among architects, but not to the point of assuming the crushing burden of a divine mission. As a last resort, one can object to the radical ineptitude of the doctrinal character of teaching, by affirming that a good teacher has precisely no point of view. It is precisely at this level that lies the originality of the pedagogy developed here: on the one hand, it affirms the need for a position to be taken, and on the other hand, it demonstrates, in the background, that refusing to take a position is, in fact, equivalent to taking on the dominant opinion. To teach without a point of view is therefore to tolerate the organization of a productive building apparatus that consumes 45% of national energy and is responsible for 25% of greenhouse gas emissions; it is to promote the supremacy of the economic sphere over all others and the subjection of the architectural project to the maximization of profit; it means accepting to participate in social, racial and gender segregation, in the increase of inequalities, in the trivialisation of corruption, in the maintenance of an authoritarian and brutal order; in short, it means assuming a destructive function of the environment, culture and society. The question is therefore not to position oneself for or against ideological teaching, but to know to which ideology one adheres. It is in what is transmitted—the conditions, the means and the ends of this transmission—that the real battlefield lies. We are dealing here with the strictly political aspect of this approach: formulating the hypothesis of “how”, “why” and “with whom” to build alternative forms of organization

to the globalized capitalist system. For just as refusing any ideology is equivalent to embracing the dominant ideology, refusing any political commitment is to embrace the current policy. Indeed, it would take a very naive mind to join the chorus of voices deploring the abandonment of any political ambition within the schools of architecture. Here again, one would tend to confuse the absence of a political project with the perfect adherence to the political project imposed by our governments. Yet, the neoliberal political project reflects an ambition as devouring as it is deadly, namely the full and complete submission of political decisions to the conditions of the economy; it thus limits the possible to what is already present, the desirable to what is already acquired, the thinkable to what is already thought. In other words, it defines politics as the process of disintegrating the conditions under which politics is exercised. This is not a novel observation. Jacques Rancière, more than twenty years ago, wrote: “Some people continue to confuse politics with the art of governing when it is what keeps upsetting it. Politics is the way of dealing with human affairs based on the crazy assumption that anyone is as intelligent as anyone else and that there is always at least one other thing to do than the one that is done2.” Regarding our subject, that is, the role of teachers in architecture schools, the main line of demarcation between their respective pedagogical objectives thus appears with confounding clarity: on the one hand, those for whom the practice of architecture consists in integrating into an existing order and perpetuating it; on the other hand, those for whom the practice of architecture consists in questioning an existing order and transforming it.

The modalities and framework of these questions are broad. However, all of them are based on a methodology that is as elementary as it is indispensable: to base its reflection on a body of precise, committed and contradictory texts; in short, to hold that the project is built on knowledge, and from there, can be articulated as a critical apparatus. These include, for example, analysing the subordination of the practice of medicine to governance by numbers, and proposing the conditions for its emancipation (“Regain the power of our bodies”); or studying the mechanisms of commodification of pharmaceutical products and opposing it with the formulation of an alternative patent system and investment financing (“Rewarding research”); it maps the various historical and fictional experiences of forms of autonomy in the face of exclusion, oppression or stigmatization (“Map of leniency”); some analyse the functioning of Social Security and its destruction through absurd profitability objectives, and therefore suggest the independent creation of a Collective Health Organization (“What if we lose this fight?”) Others, finally, engage in a reflection on otherness and its mechanisms of perception through images of the patient, the monster or the madman, outlining the desirable future of their trivialisation (“Modern reflections and actual conflicts”).

of servitude; a doctrine that states that the world is not only what it is, but also that it underlies all the opportunities of what it could be. It is to be hoped that the projects presented in this issue will in turn inspire criticism, reflection, enthusiasm and ideas among its readers. For this is, in essence, the real ambition of this educational programme: to build, within and outside the boundaries of the academy, a wider community of sharing thoughts, experiences, practices, doubts, hopes, desires and struggles. 1 Frédéric Lordon, “Charlot ministre de la vérité”, La pompe à phynance, Blog du Monde Diplomatique, 2017. [https://blog. mondediplo.net/2017-02-22-Charlot-ministre-de-la-verite] 2 Jacques Rancière, Chroniques des temps consensuels, Paris, Seuil, 2017. Voir p. 15.

So, yes, “Architecture as a political practice” is a doctrine. A doctrine that engages the architecture project beyond the production of buildings, and its participants in thinking about work, war, politics or, in this case, public health; a doctrine that invites everyone to believe in and use their own critical capacities; a doctrine that conceives the possibility of emancipation in the face of the fatality PÉDAGOGIE/PEDAGOGY

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RECONQUÉRIR LE POUVOIR SUR NOS CORPS Léa Clémaron Clément Grosjean Isadora Lamaudière

130 PÉDAGOGIE/PEDAGOGY


VALEURS DE LA MÉDECINE ET DU MÉDECIN

L’ancienne médecine

L’homme, cet inconnu

Hippocrate

Alexis Carrel

De humani corporis fabrica

Naissance de la clinique

André Vésale

Michel Foucault

Dans le présent travail nous avons essayé de comprendre les valeurs qui fondent éthiquement la médecine et la pratique des médecins. Fil rouge de ce travail, nous avons retenu un extrait du serment d’Hippocrate à partir duquel nous avons construit notre propos :

(~400 av.J-C.)

460 av. J.-C.–377 av. J.-C.

« Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice. Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une pareille suggestion […]. Je passerai ma vie et j’exercerai mon art dans l’innocence et la pureté. » Hippocrate, Serment d’Hippocrate, IVe siècle av. J.-C.

Ce travail est basé sur l’étude de 4 ouvrages écrits issus de contextes et de périodes historiques différentes. Ces livres nous ont permis de couvrir un large spectre des problématiques liées à l’éthique en médecine. [Fig. 1] Le premier livre est L’ancienne médecine d’Hippocrate. Livre dans lequel il explique l’importance du régime alimentaire dans le bon équilibre entre les différentes substances du corps et pour être en bonne santé. L’ouvrage De humani corporis fabrica d’André Vésale nous a exposé à une description des parties internes du corps humain. Vésale y souligne l’importance de la dissection et de la vision anatomique du corps pour la pratique médicale. Le troisième livre que nous avons étudié était L’homme, cet inconnu d’Alexis Carrel. Dans cet ouvrage aux thèses controversées, la médecine doit être comprise comme le résultat de la sélection naturelle de l’être humain. Le dernier livre, intitulé Naissance de la clinique de Michel Foucault, donne une description de la médecine moderne et de l’histoire du regard médical. Michel Foucault y propose en quelque sorte une histoire de l’instrumentalisation de la médecine. Hypothèse : une instrumentalisation de la médecine par la politique apparaît dans le temps.

Y A-T-IL UNE INTENSIFICATION DE L’INTERVENTION POLITIQUE EN MÉDECINE À TRAVERS L’HISTOIRE ? Organisations politiques de la santé dans le temps Nous avons répertorié, depuis l’antiquité, une grande quantité de formes d’organisation de la santé et de lois qui ont été à l’origine de ces organisations en France. Cette analyse historique des structures met en évidence une réelle intensification de la création de ces organisations depuis la fin du XXe siècle. [Fig. 2] Organisations de santé mondiales • Organisation mondiale de la santé (OMS) • Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture

(1935)

1873–1944

(1963)

(1543)

1926–1984

1514–1564

Fig. 1

ANTIQUITÉ

2

XIX

3

4

5

6

XX

7

8 9

13

12 11 10

15 14

16 17 18

XXI

22 23 24 25 26 27 28 29 30 19

20

21

(1) 3000 av. J.-C. 1er texte médical : le papyrus Edwin Smith écrit durant l’Empire égyptien.

(9) 1892 1ère Convention sanitaire internationale portant exclusivement sur le choléra.

(16) 1945 Création de la Food and Agriculture Organisation (FAO). Création de l’Ordre des médecins.

(24) 1997 Agence Nationale d’Accréditation et d’Évaluation en Santé (ANAES).

(2) Règlement de 380-375 av. J.-C. Association de médecins disciples d’Hippocrate d’Asclépiades.

(10) 1893 La loi du 15 juillet 1893 crée l'Assistance médicale gratuite (AMG), permettant aux plus démunis de bénéficier d'un accès gratuit aux soins de santé.

(17) 1948 Création de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

(25) 2002 Autorité européenne de sécurité des aliments.

(18) 1949 Création du Conseil de l’Europe.

(26) 2004 Haut Conseil de la santé publique. Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (CEPCM).

(3) 932 av. J.-C. Les savants du monde musulman créent un examen obligatoire afin d’avoir l’autorisation d’exercer la médecine. (4) 1802 Création du Conseil de Salubrité de Paris. (5) 1848 Comité consultatif d’hygiène publique en France. (6) 1851-1958 14 conférences sanitaires se réunissent afin de se protéger du choléra en Europe. (7) 1880 Instauration d’assurances-maladies obligatoires. (8) 1880 Instauration d’assurances vieillesse et invalidité.

(11) 1898 La loi du 9 avril 1898 crée un régime spécial d'indemnisation des victimes d'accidents du travail.

(19) 1951 Création de règlementations sanitaires internationales.

(12) 1902 Mise en place des premières législations définissant les actions pour les communes et les départements.

(20) 1961 Création de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

(13) 1920 Création du Ministère de la santé et promulgation d’un Code de la santé publique sous le régime de Vichy. Création du Ministère de l’hygiène, de l’assistance et de la prévoyance sociales.

(21) 1975 Création de l’Eurofund (Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail).

(14) 1928-1930 Mise en place des lois relatives aux assurances sociales obligatoires. (15) 1930 Naissance du Ministère de la santé publique.

(22) 1994 Création de l’Agence Européenne pour la Sécurité et la Santé au Travail. (23) 1996 Création de la Conférence Nationale de Santé (CNS).

31

(27) 2005 Révision du Règlement sanitaire international. (28) 2010 Agences régionales de santé (ARS). Conférence régionale de santé et de l'autonomie (CRSA). (29) 2012 Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). (30) 2014 Consumers, Health, Agriculture and Food Executive Agency (CHAFEA). (31) 2016 Agence Nationale de la Santé Publique.

Fig. 2

Organisations de santé européennes • Conseil de l’Europe (COE) • Organisation de Coopération et de Développement Économique (OCDE) • Agence exécutive pour les consommateurs, la santé et l’alimentation (Europa EU) • Eurofound • Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU OSHA) • European Food Safety Authority (EFSA) Organisations de santé nationales • Ministère des Solidarités et de la Santé • Conférence Nationale de Santé • Conseil Supérieur de la Santé Publique (HSCP) • Conseil National de l’Ordre des Médecins • Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) • Agence Nationale de Santé Publique Organisations de santé régionales • Agence Régionale de Santé (ARS) • Conseil Régional de la Santé et de l’Autonomie

IMPACT DU POLITIQUE SUR LA MÉDECINE EN FRANCE, SUR UNE PÉRIODE DE QUINZE ANS (2003-2018) Nous avons recensé ici ce qui nous apparaît comme une liste de

relations éclairantes entre le politique et la santé publique. 1. Règlements autorisant ou interdisant des médicaments L’ANSM est l’organisme chargé des réglementations qui autorisent ou interdisent la mise sur le marché des médicaments. Un bon exemple de l’impact positif du contrôle de la commercialisation des médicaments est la loi sur la codéine. Afin d’éviter un détournement de l’utilisation de la codéine, l’ANSM et le gouvernement ont décidé de retirer les médicaments à base de codéine. (Décret JORF n° 0165 12.07.2017 sur la Codéine)

2. Les organisations qui autorisent ou interdisent des médicaments ne sont pas indépendantes Un impact inquiétant des réglementations est lisible dans l’exemple de la commercialisation des statines. Il semble que ces médicaments aient prouvé leur efficacité dans des conditions d’expérience douteuses, durant l’étude « Jupiter ». Suite à de nombreux facteurs, comme la non-indépendance de l’ANSM à l’égard des laboratoires pharmaceutiques, les statines sont de plus en plus consommées par les patients, parfois sur 50 ans là où leur efficacité

et leur dangerosité sont mise en question. (Étude « Jupiter » sur les statines, 2005 ; Cash Investigation, Santé : La loi du marché, 2015)

3. Réformes menant à la politique du chiffre L’exemple suivant concerne la réforme de la tarification à l’acte dans les hôpitaux qui a débuté en 2004. Cette loi a conduit à des actes non nécessaires et parfois même immoraux. Par exemple, dans certains hôpitaux, les infirmières ont été obligées de retarder de 15 à 30 minutes l’heure de décès d’un patient en soins intensifs afin de facturer une nuit supplémentaire et, ainsi, de réaliser un profit. (Loi T2A 2003-1199 du 18.12.2003 pour le financement de la Sécurité sociale en 2004)

4. La santé est souvent utilisée comme prétexte pour d’autres décisions politiques La santé, considérée comme une priorité évidente, est souvent utilisée comme prétexte pour d’autres décisions politiques. Par exemple, la loi Macron prévoit de passer de 3 vaccins obligatoires à 11 pour les nourrissons, à partir de janvier 2018. Si un parent décide de refuser un des vaccins, il sera alors exposé à une peine pouvant aller jusqu’à 6 mois de prison et à une amende de 3750 € alors que la nécessité de tels vaccins et leurs dangerosités font débat. (Conférence de presse du 05.07.2017 par la ministre Agnès Buzyn, sous la présidence d’Emmanuel Macron et France Inter : https://www.europe1.fr/sante/ peut-on-refuser-les-vaccins-obligatoires-3381113)

5. Les médecins perdent leur « liberté de soigner » La politique, dans le souci de simplifier les procédures médicales, enlève parfois la liberté aux méPÉDAGOGIE/PEDAGOGY

131


decins d’exercer leur profession et leur retire la liberté de choisir un traitement pour leur malade. Par exemple, pour un patient atteint de cancer, le plan cancer 3 prescrit un traitement plutôt qu’un autre. Si le médecin et/ou le patient désirent un autre traitement, ils doivent alors passer devant un juge qui leur donnera ou non l’autorisation. (Plan cancer 3 : 2014 à 2019 sous la présidence de François Hollande) Ces exemples attestent qu’en raison de l’interférence politique en matière de médecine, le serment d’hippocrate est brisé et que le patient n’est plus au cœur des considérations sanitaires.

1. SUPPRIMER LA POLITIQUE DU CHIFFRE DANS LES HÔPITAUX Comment cela fonctionne actuellement ? Aujourd’hui, l’organisation interne des hôpitaux est menée par un directeur. Les autorités nationales, telles que le conseil de surveillance et la commission des établissements médicaux, complètent également le pouvoir du directeur. [Fig. 4] Réformer les hôpitaux Dans notre proposition, les hôpitaux seront indépendants de ces instances politiques et leurs lois sur la santé seront régies par un comité de chefs d’unités de l’hôpital.

Fig. 3

HOW IT WORKS NOW CAPITALISM

STATE

JUSTICE

MINISTRY

LAWS

LABORATORIES

PROJET : RECENTRER LA MÉDECINE SUR LES VALEURS ÉNONCÉES DANS LE SERMENT D’HIPPOCRATE L’idée fondamentale de l’hypothèse que nous proposons de mettre en débat est de recentrer la médecine sur les valeurs énoncées dans le serment d’Hippocrate. En effet, le corps médical actuel n’offre pas toujours un traitement adéquat ou juste aux patients. Le poids de certaines décisions politiques leur laisse, parfois, une marge de manœuvre très limitée. Pour surmonter cela, nous avons développé un projet en deux phases et à deux échelles différentes : 1. Supprimer la politique du chiffre dans les hôpitaux 2. Redonner les choix et le pouvoir aux citoyens/patients

Qu’est-ce que la « politique du chiffre » ? Cela consiste à travailler pour réaliser le maximum de chiffre d’affaires, au détriment de tous les autres objectifs. L’hôpital plutôt que le libéral Nous avons décidé de nous concentrer sur le milieu hospitalier. En premier lieu, il nous semble plus facile d’agir sur ce type d’institutions plutôt que dans l’environnement libéral. En effet, les hôpitaux sont des instituts de référence de la profession médicale : certains médecins en sont dépendants et les étudiants en médecine y feront leur formation pratique. Dans un second temps, ce projet sera étendu au domaine libéral et couvrira l’ensemble du système médical.

132 PÉDAGOGIE/PEDAGOGY

SUPERVISORY BOARD MEDICAL ESTABLISHMENT COMMISSION Néanmoins, pour faire face à une éventuelle concurrence entre les hôpitaux, un système politique de santé, comme un ministère, paiera tout le personnel médical et allouera un budget annuel aux hôpitaux. [Fig. 5] Avec la garantie d’un paiement constant chaque mois, les hôpitaux ne seront pas tentés de faire du profit au détriment des patients et du serment d’Hippocrate. Les patients, et les soins qui doivent leur être fournis, reviendront au centre des préoccupations.

HOSPITALS DOCTORS

REFORM HOSPITALS Fig. 4

PATIENTS CHANGING OF REMUNERATION SYSTEM STATE MINISTRY

BUDGET ALLOWANCE

2. REDONNER LES CHOIX ET LE POUVOIR AUX PATIENTS/CITOYENS Comment ça fonctionne maintenant ? Actuellement, la profession médicale a une forte emprise sur les patients. Nous considérons qu’ils ont la connaissance, c’est pourquoi nous avons tendance à accepter plus facilement les choses provenant d’eux, comme le prouve l’expérience de Milgram.

DIRECTOR

HOSPITALS HEAD OF UNITS

BUILDING MAINTENANCE

PURCHASE OF MEDICAL EQUIPMENT

FIXED SALARY

MEDICAL CORPS

PURCHASE OF DRUGS

Fig. 5

Ce que nous voulons Dans la deuxième étape de notre projet, nous aimerions rendre le pouvoir des corps aux patients et aux citoyens, plutôt qu’au corps médical. Pour cela, nous voulons créer des comités dans chacune des « communautés de communes » et des métropoles françaises. Qu’est-ce qu’une « communauté de communes » ? Une « communauté de communes » est une entité territoriale française. Elle rassemble plusieurs communes voisines au sein d’un espace de solidarité pour établir un projet de développement et d’aménagement du territoire commun. Créer des comités Chaque comité sera composé d’un groupe de citoyens/patients, de personnel médical et de politiciens, tirés au sort pour chaque session. Le débat sera également ouvert à tous les citoyens désirant s’exprimer sur un sujet particulier. Ensemble, ils pourront débattre et discuter autour de thèmes définis pour proposer et voter des lois

Fig. 6


et/ou des réformes. Le groupe de citoyens/patients occupera une place majeure dans les décisions médicales puisqu’ils auront le dernier mot et le droit de vote sur les lois. Les autres intervenants ont un rôle de conseiller. Les sujets discutés dans ces comités seront variés et changeront chaque session. Le domaine médical français est divisé en deux secteurs : le secteur 1 et le secteur 2. Le secteur 2 correspond à des zones géographiques où le nombre de médecins par habitant n’est pas suffisant. On l’appelle souvent « désert médical ».

Fig. 7

Fig. 8

(Déserts médicaux, UFC QueChoisir 2012) Dans les zones métropolitaines et les « communautés de communes » en secteur 1, les comités se tiendront tous les mois. Par ailleurs, ils se tiendront une fois par trimestre dans les « communautés de communes » en secteur 2, afin de ne pas rendre les soins encore moins accessibles qu’ils ne le sont déjà.

HOW IT WORKS NOW Tous les résultats de ces comités seront traités et rassemblés dans l’un des comités afin d’identifier toutes les mesures prises dans les différentes communautés de communes et métropoles. Pour la première session, la centralisation aura lieu à Saint-Étienne car il s’agit de l’unique ville accueillant une école de la Sécurité sociale. Le lieu de la centralisation changera chaque session de sorte que ce système ne puisse pas subir les mêmes pressions que le système actuel. Première session : Saint-Étienne ; deuxième session : Strasbourg ; troisième session : Nice.

CAPITALISM

STATE

JUSTICE

MINISTRY

LAWS

LABORATORIES

STATE MINISTRY

Fig. PROJECT 9 HOW IT WORKS IN THE

EPIDEMIC CRISIS, WAR,…

JUSTICE

COMMITTEES

LAWS

PATIENTS / CITIZENS

ADVISORS

MONEY

SUPERVISORY BOARD MEDICAL ESTABLISHMENT COMMISSION

MEDICAL CORPS LOCAL POLITICIAN

DIRECTOR HEAD OF UNITS

HOSPITALS DOCTORS

HOSPITALS DOCTORS + PATIENTS

PATIENTS Fig. 10

Fig. 11

Fig. 12

Fig. 13 PÉDAGOGIE/PEDAGOGY

133


Comment cela fonctionne actuellement ? Aujourd’hui, tout commence par l’État, qui est influencé par les modes de production capitalistes que sont les laboratoires et leur sphère d’influence sur les organismes publics de santé. Le ministère de la santé crée et définit un certain nombre de lois qui sont ensuite appliquées dans les hôpitaux par un directeur, puis par les médecins et enfin par les patients. Mais l’État a également un rôle de supervision par le biais d’organisations. [Fig. 10] Comment cela fonctionne dans ce projet ? Dans ce projet, vous pouvez voir que tout commence par les comités et donc avec les patients/citoyens. Ce sont eux qui vont créer des lois qui seront appliquées dans les hôpitaux par les chefs d’unité. L’État et le ministère n’ont plus qu’un rôle de financement. Ils peuvent toutefois prendre le contrôle en cas de crise majeure. [Fig. 11] Fig. 14

COMMENT METTRE EN ŒUVRE CE PROJET ? 1. Rendre publics tous les hôpitaux : acheter les hôpitaux privés et les cliniques. 2. Placer a la tête des hôpitaux les chefs d’unités et modifier le système de rémunération. 3. Mettre en place les comités dans les « communautés de communes », qui travailleront en partenariat avec le ministère de la santé.

Fig. 15

Fig. 16

4. Attendre 5 ans pour que le système de comités soit en place et fasse des propositions de lois.

5. Retirer les pouvoirs au ministère de la santé pour que les comités soient autonomes. 6. Appliquer les lois créées par des comités dans les hôpitaux [Fig. 15] 7. Appliquer ce système à la profession libérale [Fig. 16] Tous les individus peuvent devenir de vrais « propriétaires » de leur organisme et libres de leurs choix médicaux. [Fig. 17]

Fig. 17

134 PÉDAGOGIE/PEDAGOGY


REGAIN THE POWER OF OUR BODIES

• Agence Nationale de Santé Publique

Refocus medicine on the values set out in the hippocratic oath

Values of medicine and doctor

Regional health organizations • Agence Régionale de Santé (ARS) • Conseil Régional de la Santé et l’Autonomie

The fundamental idea of our project is to refocus medicine on the values set out in the Hippocratic Oath. Indeed, the current medical corps do not always offer adequate or fair treatment to patients. This is due to political decisions which leaving them sometimes a very limited room for maneuver. To overcome this, we developed a project in two phases and at two different scales: 1. Drastically abolish the “politique du chiffre” in hospitals 2. Give back choices and power to citizens/patients

We tried to define the values of medicine and doctors. Indeed, we chose an extract of the Hippocratic oath. It is from this quote and definition that we support our words. “I will guide the diet of sick people to their advantage, according to my strength and my judgement, and I will abstain from all evil and all injustice. I will never give to anyone poison, if you ask me, nor take the initiative of such a suggestion […] I will spend my life and exercise my art in innocence and purity.” Hippocrate, Serment d’Hippocrate, IVe century B.C.

We have been exposed to 4 books written in four different context and time. They cover a large spectrum of our problematic. [Fig. 1] The first book is The old medicine by Hippocrate. He explains the importance of diet to have a good balance between substances in our bodies and to be healthy. Then, in De humani Corporis Fabrica by André Vésale, we have a description of the internal part of human body. Vésale Highlights the importance of dissection and anatomic view of body. The third book we read was L’homme, cet inconnu by Alexis Carrel. For him, the medicine should be the result of natural selection of human being. And the last book, called The Birth of the Clinic by Michel Foucault, gives a description of the modern medicine and medical gaze history. Michel Foucault demonstrates an instrumentalization of the medicine. Our hypothesis is that there is an instrumentalization of medicine with politics appears over time. Is there an intensification of political intervention in medicine throughout history? We listed since ancient times all forms of creation of health organizations and laws that had been at the origin of different organizations. There has really been an intensification since the end of the 20th century. [Fig. 2] Global health organizations • World Health Organization (WHO) • Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO) European health organizations • Conseil de l’Europe (COE) • Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) • Agence exécutive pour les consommateurs, la santé et l’alimentation (Europa EU) • Eurofound • Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU OSHA) • European Food Safety Authority (EFSA) National health organizations • Ministère des Solidarités et de la Santé • Conférence Nationale de Santé • Haut Conseil de la Santé Publique (HSCP) • Conseil National de l’Ordre des Médecins • Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM)

Impacts of politics on medicine in france, over fifteen years (2003-2018) Disturbing impacts: regulations authorize or prohibit drugs ANSM is the organization in charge of making regulations to authorize or prohibit drugs on the market. One good example of the positive impact of drug marketing control is the law on codeine. In order to avoid misuse of codeine, the ANSM and the government decided to withdraw codeine-based drugs from free sale. (Decree JORF n°0165 12.07.2017 on Codein) Organization which authorize or prohibit drugs are subjected On the other hand, a disturbing impact of the regulations may be the marketing of statins. These drugs have been proven effective under dubious experiment conditions in the Jupiter study. Following many factors like the subjection of the ANSM, statins are more and more consumed by patients on sometimes 50 years. (“Jupiter” Study on statins, 2005; Cash Investigation, Santé : La loi du marché, 2015.) Reforms pushes to the result policy The next example is about the fee-for-service reform in hospitals that began in 2004. This law has led to unnecessary and sometimes immoral acts. For example, in some hospitals, nurses were forced to delay the time of death of an intensive care patient by 15 to 30 minutes to charge an extra night and thus make a profit. (Law T2A 2003-1199 of 18.12.2003 for the financing of social security for 2004) Health is often used as a pretext for other political decisions Health, considered as a selfevident priority, is often used as a pretext for other political decisions. For example, the law Macron plans to go from 3 compulsory vaccines to 11 for infant from January 2018. If a parent decides to refuse a vaccine, he will be sentenced to 6 months in prison and a fine of 3750 €. (Press release of 05.07.2017 by the Minister Agnès Buzyn under the presidency of Emmanuel Macron) Doctors lost their “freedom to care” Politics, in a desire to simplify medical procedures, will sometimes take away the freedom of doctors to practice their profession and withdraw their freedom to choose a treatment for their sick patient. For example, for a patient who’s suffering of cancer, the cancer plan 3 prescribes some treatment over another. If the doctor or the patient wants another treatment, he musts then go before a judge who will give him or not the authorization. (Cancer Plan 3: 2014 to 2019 under the presidency of François Hollande) Because of the political interference on medicine, the hippocratic oath is shattered and the patient is no longer at the center of health considerations.

What is the “politique du chiffre”? It consists on working in order to achieve the most turnover to the detriment of all other objectives. Hospitals rather than liberal We initially decided to focus on hospitals. In the first place, it is easier to act on these types of institutions rather than in the liberal environment. Hospitals are indeed referring institutes of the medical profession, some of whose doctors are dependent and where medical students will do their practical training. The project will then be extended to the liberal field and will cover the entire medical system. 1. Abolish the “politique du chiffre” in hospitals by making them semi-autonomous How it works now? Currently, the internal organization of hospitals is governed by a director. National authorities, such as the supervisory board and the medical establishment commission, also complement the power of the director. [Fig. 4] Reform hospitals In our proposal, the hospitals will be independent of these political instances and their health law would be governed by a committee of head of units of the hospital. Nevertheless, to face possible competition between hospitals a political health system will pay all medical corps and allocated an annual budget for hospitals. [Fig. 5] With the guarantee of constant payment each month, hospitals will not be tempted to make profit to the detriment of the patients and the Hippocratic Oath. The patients and the care that must be provided to them will come back to the center of the concerns. 2. Give back choices and power to patients/citizens How it works now Currently, the medical profession has a strong hold on their patients. We consider that they have the knowledge and that is why we tend to accept more easily things from them as the experience of Milgram proves. What we want In the second step of our project we would like to give back the power of bodies to patients and citizens rather than to the medical corp. For that, we want to create committees in each “communautés de communes” and metropolises.

What is a “communauté de communes”? A “communautés de communes” is a French specialty. It brings together several neighboring municipalities within a solidarity space to develop a common project of development and spatial planning. Create committees Each committee will be composed of a group of citizens/ patients, medical corps and politicians drawn for each session. The debate will also be open to all citizens wishing to speak on a particular subject. Together, they will be able to debate and discuss around defined themes to propose and vote on laws and/or reforms. The group of citizens/patients will occupy a major place in the medical decisions since they will have the last word and the right to vote on the laws. The rest of the speakers will have a role of advisers. The topics discussed at these committees will be varied and will change each session.

3. Set up the committees in “communautés de communes”: they will work in partnership with the ministry. 4. Leave 5 years so that the system of committees is in place and makes proposals for laws. 5. Withdraw the powers of the ministry for committees to be autonomous. 6. Apply laws created by committees in hospitals. [Fig. 15] 7. Apply this system to the liberal profession. [Fig. 16] All individuals can become true owner of their bodies and free of their medical choices. [Fig. 17]

The medical sector in France is divided into two sectors: sector 1 and sector 2. Sector 2 corresponds to geographical areas where the number of doctors per inhabitants is not sufficient. It’s often called “medical deserts”. In metropolitan areas and “communauté de communes” in sector 1, the committees will be held every month. On the other hand, they will be held once every three months in the “communautés de communes” of sector 2 so as not to make the care even less accessible than they already are. All the results of these committees will be treated and gathered in one of the committees in order to identify all the measures that are taken in the different “communauté de communes” and metropolises. For the first session, the centralization will take place in Saint-Étienne because it’s the only city with a social security school. The centralization location will change at each session so that the system cannot experience the same pressures as the current system. First session: Saint-Étienne; second session: Strasbourg; third session: Nice. How it works now Today, everything begins with the state which is influenced by the capitalism and laboratories and some other. The ministry creates and defines some laws which are then applied in the hospitals by a director and then on doctors and finally on patients but the state has also a supervisory role through organizations. [Fig. 10] How it works in the project In our project you can see that all begin with committees and so with patients/citizens. It is they who will create laws which are applied in hospitals thanks to the head of units. The state and the ministry have only a funding role. They can, however, take control in case of crises. [Fig. 11] How do we implement this project? 1. Make all hospitals public: buy private hospitals and clinics. 2. Put head of units to head hospitals + changing of the remuneration system. PÉDAGOGIE/PEDAGOGY

135


RÉTRIBUER LA RECHERCHE Ugo Costa Maciej Moszant COMMENT FAIRE POUR QUE LES MÉDICAMENTS SOIENT PLUS ABORDABLES ?

Causes de mortalité des 0-44 ans dans le monde

La lecture de ces trois textes met en évidence une même cause dans la difficulté d’accès aux soins : le marché.

Notre travail se fonde sur la lecture de trois textes :

Aujourd’hui, 2 milliards de personnes n’ont pas accès aux médicaments, soit près d’un tiers de la population mondiale.

Fig. 1

FriedrichEngels

Friedrich Engels, The Condition Of The Working Class in England, 1845

65 % des décès dans le monde sont liés à des maladies pour lesquelles des traitements médicamenteux existent. Un meilleur accès aux médicaments permettrait de sauver deux tiers des vies concernées. [Fig. 1]

THECONDITIONOF WORKINGCLASS INENGLANDIN1844 (1845)

Nous pensons que la cause principale de cet important nombre de morts qui pourraient être évités est le coût prohibitif des médicaments qui rend l’accès difficile aux soins. Observons le cas d’un pays à revenu élevé tel que les États-Unis. Le cancer y est la deuxième cause de mortalité. [Fig. 2] Le nouveau traitement contre le cancer inventé par le groupe pharmaceutique Novartis coûte 475 000 $. Les données sur la répartition des revenus aux USA publiées par Inequality.org montrent que seul 1 % des Américains ont la capacité financière d’accéder à ce traitement. [Fig. 3]

136 PÉDAGOGIE/PEDAGOGY

Fig. 2

FriedrichEngels Moyenne des revenus annuels aux États-Unis en 2015

FriedrichEngels THECONDITIONOF WORKINGCLASS INENGLANDIN1844

THECONDITIONOF WORKINGCLASS INENGLANDIN1844 (1845)

Peter Gotzsche DEADLYMEDICINFig. ES 3 ANDORGANISEDCRIME: Howbigpharma has corruptedhealth

Peter Gotzsche

Peter Gotzsche, Deadly Medicines And Organised Crime: How Big Pharma Has Corrupted Healthcare, 2013

DEADLYMEDICINES ANDORGANISEDCRIME: Howbigpharma has corruptedhealth (2013)

MathieuBelahsen

Mathieu Bellahsen, La santé mentale : vers un bonheur sous contrôle, 2014

LASANTEMENTALE. VERSUNBONHEUR SOUSCONTROLE (2014)

Chez Engels, le marché est ce par quoi la classe bourgeoise exploite le prolétariat, poussant ceux qui ne possèdent que leur force de travail au-delà de leurs capacités physiques.

Peter Gotzsche

MathieuBelahsen

DEADLYMEDICINES ANDORGANISEDCRIME: Howbigpharma has corruptedhealth (2013)

LASANTEMENTALE. VERSUNBONHEUR SOUSCONTROLE (2014)

Chez Gotzche, c’est par le marché que la grande industrie pharmaceutique peut mettre en place une recherche maximale de profits, au détriment de la santé des patients.

MathieuBelahsen

LASANTEMENTALE. VERSUNBONHEUR SOUSCONTROLE (2014)

Bellahsen approfondit l’analyse des liens entre profits et marché en décrivant le poids de l’industrie pharmaceutique dans les moyens de contrôle des populations au sein l’Union européenne.


Que signifie le terme « big pharma » ?

13 % R&D 6,8 milliards $

22 % MARKETING 11,4 milliards $ Fig. 4

Selon le Cambridge Dictionary, Big pharma désigne « les grandes sociétés pharmaceutiques (compagnies produisant des médicaments) notamment lorsque cellesci sont perçues comme ayant une influence puissante et néfaste. » Il nous apparaît, en explorant les tensions entre la santé et le marché, que le coût et donc l’accès, aux médicaments dépend principalement des marges bénéficiaires réalisées par les grandes entreprises pharmaceutiques dans le processus de production des médicaments. Marges bénéficiaires de Big Pharma En 2014, la marge bénéficiaire moyenne globale dans l’industrie pharmaceutique était de 21 %. En comparaison, la marge bénéficiaire de Luxurious dans le secteur de l’énergie n’est que de 8 %. Ceci n’est rien comparé à Pfizer, l’une des plus grandes entreprises pharmaceutiques, qui a réalisé une marge bénéficiaire de 42 %. Big Pharma justifie ces marges comme étant nécessaires pour financer la recherche et le développement de nouveaux médicaments. Cependant, de ces 42 % Pfizer n’a réinvesti que 13 % de son chiffre d’affaires global dans la recherche contre 22 % dans le marketing et les ventes. [Fig. 4] (« Rapport sur les performances du marché pharmaceutique », Données globales)

COMMENT EXPLIQUER DES MARGES BÉNÉFICIAIRES SI ÉLEVÉES ? Comment la fabrication de médicaments fonctionne-t-elle aujourd’hui ? Aujourd’hui, pour mettre de nouveaux médicaments sur le marché, les sociétés pharmaceutiques doivent passer par plusieurs phases de recherches et de tests avant d’obtenir l’approbation finale et de pouvoir commencer à commercialiser un médicament. Puis, comme c’est le cas dans d’autres industries, un brevet est obtenu pour chaque invention. Cependant, dans l’industrie pharmaceutique, tous les brevets expirent au bout de 20 ans. Pendant cette période, l’entreprise a le monopole de ce médicament et peut imposer des prix élevés. [Fig. 5] Après l’expiration du brevet, beaucoup d’autres entreprises de taille plus modeste peuvent commencer à fabriquer leurs propres copies de médicaments et les vendre à des prix beaucoup plus bas du fait de leur mise en concurrence. Nous pourrions comparer ces médicaments dits « génériques » à des copies pirates, en dehors du fait que ceux-ci sont produits légalement et que la molécule est exactement la même que l’originale. Ces médicaments sont appelés génériques et, selon IMS Health, ils sont statistiquement dix-neuf fois moins chers que les médicaments commercialisés durant la période précédant l’expiration du brevet. [Fig. 6]

Brevets Nous croyons que le rôle le plus déterminant dans le phénomène du prix élevé des médicaments est la mécanique du brevetage des médicaments.

Les connaissances engageant la vie et la mort d’êtres humains devraient-elles être possédées et contrôlées ?

ET SI LES BREVETS ÉTAIENT SUPPRIMÉS ?

Brevet Monopole patent patent patent patent monopoly m monopoly onopoly monopoly

Prix élevé high high high price high price price price

generics Expiration du brevet Médicaments génériques patent generics generics generics patent patent patent patent generics

price Prix basprice lowlow er lower low price erlow er price erprice

entry expiriation entry entry entry expiriation expiriation expiriation expiriation entry

Fig. 5

Fig. 6

Nous avons imaginé trois scénarios. Scénario le moins probable Nous pourrions supposer que malgré cela, les compagnies pharmaceutiques continuent leurs travaux de recherche et le développement de nouveaux médicaments, car elles peuvent encore participer elles aussi à l’industrie des médicaments génériques. La mise en concurrence ferait alors immédiatement baisser les prix. [Fig. 7]

patent expiriation

Scénario plus probable Il apparaît plus probable qu’assez rapidement Big Pharma cesse d’inventer de nouveaux médicaments. Il n’y aurait plus d’innovation à copier par l’industrie des génériques. En conséquence, il n’y aurait plus de nouveaux médicaments en cours de développement. [Fig. 8] La destruction du marché Les grandes sociétés pharmaceutiques perdraient alors très rapidement leurs investisseurs boursiers parce qu’elles ne seraient plus en mesure de générer de tels revenus, perdant la concurrence avec beaucoup de petits fabricants de produits génériques. Ainsi le marché pharmaceutique tel que nous le connaissons aujourd’hui entrerait probablement dans une phase de déconstruction et, de fait, cesserait d’exister. [Fig. 9]

generics Médicaments génériques

Maintenir lapatent recherche

low er price entry

generics expiriation entry

generics Fin des génériques entry

Fin de la patent recherche

expiriation

+

failedcom petition withgenericm anufacturers

loss ofstockexchangeinvestors

Perte d’investisseurs boursiers

lower price Concurrence Baisse du prix Fig. 7

low Finer des price nouveaux médicaments Fig. 8

failedcom petition withgenericm anufacturers m arketdestruction

m petition Échec fa deiled lacoconcurrence avec w fabricants ldes oitss o f st o c k e x c h gfa egénériques vere sto hgenericm aannu cintu rsrs

m arketdestruction Destruction

du marché

Fig. 9

m arketdestruction loss ofstockexchangeinvestors

CETTE HYPOTHÈSE NOUS DONNERAIT LA POSSIBILITÉ DE REPENSER L’ORDRE EXISTANT. RÉTRIBUER LA RECHERCHE

Fig. 10

L’alternative que nous proposons est une stratégie de rétribution de la recherche. [Fig. 10] Cette approche consiste à abolir les brevets en les remplaçant par un système de récompenses attribuées par les gouvernements pour chaque recherche ayant abouti à des résultats probants au lieu d’accorder le monopole d’usage de cette découverte. [Fig 11] Cette proposition pose cependant la question de savoir comment trouver des fonds publics pour financer la recherche. Aujourd’hui, la principale excuse des sociétés pharmaceutiques pour légitimer

Fig. 11 PÉDAGOGIE/PEDAGOGY

137


le système des brevets est qu’elles doivent récupérer les coûts d’investissement en recherche et développement de chaque nouveau médicament. Alors, sans brevet, comment trouver de l’argent public pour financer la recherche ?

IMPACT SUR LA RÉALITÉ Vaincre les inégalités Nous croyons que de cette façon les inégalités financières ne seraient plus une raison de mort face à la maladie et que les vies de millions de personnes pourraient ainsi être sauvées. [Fig. 15] Augmentation de l’espérance de vie Ayant rendu plus simple l’accès à des médicaments plus performants, nous pourrions vivre plus longtemps et plus heureux, être forts et en bonne santé. [Fig. 16]

La recherche et le développement coûtent cher, mais le monopole coûte cher lui aussi. Statistiquement, les génériques sont dix-neuf fois moins chers que les médicaments brevetés en 2015. Le coût du monopole pesant sur les médicaments peut être estimé à 283 milliards de dollars, rien qu’aux États-Unis. Scénario Si les États-Unis avaient adopté le système de récompense proposé et dépensé 100 milliards de dollars cette année-là pour rétribuer les chercheurs et les développeurs de médicaments, cela aurait permis d’économiser 183 milliards de dollars. 100 milliards de dollars de récompense seraient-ils suffisants pour financer la recherche aux États-Unis ? Oui. Ces 100 milliards de dollars représentent près du double des coûts de recherche et développement pour cette année. (cf. https://delinkage.org)

Fig. 12

co-opModèle erativcoopératif e model Fig. 13

com petitivcompétitif e model Modèle Fig. 14

Suivant ce scénario, maintenant chaque gouvernement disposant en quelque sorte d’une grande industrie pharmaceutique pourrait, en défense de l’intérêt général, accepter de mettre en œuvre le système de rétribution de la recherche au lieu de celui des monopoles. Ainsi, ils peuvent établir plusieurs organisations de recherche ouverte sur le mode de l’Open Source comme « Open Source Drug Discovery », déjà existante en Inde bien que n’ayant pas encore réussi à imposer son modèle, mais réalisant ses propres recherches pour de nouveaux médicaments innovants. [Fig. 12] Une fois créées, ces organisations de recherche à faibles profits et financées par des fonds publics pourraient s’organiser entre elles plutôt que d’être mises en concurrence. Elles auraient pour obligation de mutualiser la totalité des résultats de leurs recherches créant ainsi une base de données globale et en accès libre sur les médicaments. [Fig. 13]

Fig. 15

Aujourd’hui, à l’heure du marché des médicaments, les compagnies pharmaceutiques sont en concurrence et sont ainsi amenées à garder les progrès de leurs recherches secrets. De fait, de nombreuses entreprises dépensent énormément de moyens pour travailler sur le même problème. Avec le modèle coopératif, toute la connaissance sur la production de tous les médicaments serait accessible à tou·te·s, évitant ainsi la duplication inutile des efforts et permettant de développer de nouveaux médicaments plus rapidement et moins cher. Ce dispositif occasionnerait la création d’une grande machine de recherche au lieu de nombreux concurrents individuels. [Fig. 14] Fig. 16

138 PÉDAGOGIE/PEDAGOGY


REWARDING RESEARCH Today, 2 billion people lack acces to drugs. That is nearly a third of entire population on the Earth. Among them 65% dies because of diseases which effects we can already easily soften or even stop using modern medicines. This means even 2/3 of lives could be rescued. [Fig. 1] We believe that the most vital problem are too high prices of medicines. Moving to higher-income country, United States: there, cancer is a second reason of all deaths. [Fig. 2] The newly-developed cancer treatment invented by Novartis, big pharmaceutical comapny costs $475 000. According to inequality.org maybe top 1% of richest americans is able to resist cancer today. [Fig. 3] How could drugs be more affordable? Trying to find the possible answer for this issue and to explore the problem we decided to read three following books: Friedrich Engels, The Condition of Working Class in England in 1844, 1845 Peter Gotzsche, Deadly Medicines and Organised Crime: How Big Pharma Has Corrupted Health, 2013 Mathieu Belahsen, La santé mentale. Vers un bonheur sous contrôle, 2014 We found out that the thing that is common for all the 3 books is a market. For Friedrich Engels, it is the market that was driving burgeois to exploit their workers above the farest boundouries of human capabilities, depriving their humanity.

For Peter Gotzsche, it is also the market that is now driving big pharmaceuitical industry to get the highest possible profit, at the expense of patients health or even life. And for Mathieu Belahsen, it is still the market, introduced by the pharmaceutical industry, that pushes doctors to prescribe a maximum amount of drugs to patients. What does the term “Big Pharma” mean? According to the Cambridge Dictionary, Big pharma refers to “large pharmaceutical companies, especially when they are seen as having a powerful and bad influence.” Exploring the tensions between the health and the market, we discovered that drugs affordability particularly depends on big pharma profit margins. Big pharma profit margins In 2014, the average profit margin in pharmacutical industry was 21%. Luxuroius energy industry profit margin went up to “just” 8%. Thats nothing comparing to Pfizer—one of the biggest big pharma companies, coming with 42% profit margin. Some might say that such big profit margins are essential to maintain reaserch and developement of new drugs. Pfizer spent just 13% of its whole revenue for this purposes and even 22% on the marketing and sales. [Fig. 4] (cf. Pharmaceutical Market Benchmark Report, Global Data.) What is the reason of such high profit margins? How does it work today? Today, to bring new medicine into market the pharmaceutical corporations needs to go through several researches and trials before getting the final approval and start selling the drug. Then, similar to other inustries they get a patent for their invention. However, in pharmaceutical industry, all patents expire after 20 years from inventing it. During this time

company have a monopoly fot its medicine and can dictate high price. [Fig. 5]

This state of thing gives us possibility to redesign existing order. Research rewarding

After the patent expires, plenty of other, smaller companies can start manufacturing their own copies of drug and sell it for much smaller price because of the rising competition. We could compare them to the “copying pirates”, apart from the fact, that they act legally and the drug is exactly the same as the orginal one. Such medicines are called generics and according to IMS Health are statisticly even nineteen times cheaper. [Fig. 6]

The alternative is a strategy of research rewarding. [Fig. 10]

Patents We believe that the most vital role in the phenomenon of high drug prices play patents. Should knowledge over life & death be owned and controlled? What if patents were deleted? We imagined three scenarios. Least likely scenario We could assume that despite this, pharmaceutical companies continue their research and development of new drugs, as they can still participate in the generic drug industry. The call for competition would then immediately lower prices. [Fig. 7] More likely scenario What is more likely, very rapidly, big pharma stops inventing new drugs. There is no innovation to be copied by generics industry. As a result there is no more new drugs being developed. [Fig. 8] The destruction of the market Big Pharma companies very rapidly lose its stock exchange investors because it is no more able to generate such revenues, losing competition with plenty of smaller generic manufactures. In effect, pharmaceutical market as we know it today suffers deconstruction and, in fact, stops existing. [Fig. 9]

This approach consists in abolishing patents by replacing them with a system of rewards granted by governments for each research that has produced convincing results instead of granting a monopoly on the use of this discovery. [Fig. 11] However, this proposal raises the question of how to find public funds to finance research. Today, the main excuse for pharmaceutical companies to legitimize the patent system is that they must recover the investment costs in research and development of each new drug. So, without a patent, how can we find public money to finance research?

Having created this low-profit, public funded research organisations, they could coorporate with each other instead of competing, obligatory exchanging all research informations and creating global, open-source medicines database. [Fig. 13] Today, when there is a drug market, pharmacutical companies compete with each other, keeping their research effects in secret. In effect, many companies spend large amount of money working on the same, one issue. With co-operative model, the entire knowledge about producing all medicines would be accesible for everyone, so we could avoid useless duplication of efforts and so develop new drugs more quickly and cheaper, having one big reasearch machine instead of many individually playing competitors. [Fig. 14]

Research and development is expensive, but so are drug monopolies. Statisticly, generics are nineteen times cheaper than patented drugs for 2015. The cost of the monopoly on drugs could be estimated at $283 billion, just in the US.

The impact on reality

Scenario If the US had already switched to the system of rewarding, and spent $100 billion in that year to reward researchers and drug developers, it would have saved $183 billion. Would $100 billion of rewards be enough for the United States? Yes. $100 billion is nearly twice the R&D costs for that year. (cf. https://delinkage.org)

Increasing life expectancy In effect, having more advanced and cheaper medicines, we could live longer and hapier, being strong and healthy. [Fig. 16]

Defeating inequalities We believe that this way financial inequalties would no more be a reason to die facing disease and lives of millions of people could be saved. [Fig. 15]

Now, each goverment of country with big pharmacutical industry, due to the common intrest, could agree to implement the system of rewarding researchers in place of monopolies. Afterwards, they could establish several opensource research organisations like Open Source Drug Discovery, already existing in India, not having succed yet, but still performing its own research for new, innovative drugs. [Fig. 12] PÉDAGOGIE/PEDAGOGY

139


LA CARTE DE LA CLÉMENCE Sylvain Chaduc Justien Maes

THE MOUNTAINS OF ZOMIA

THE UNOWN TERRITORY

THE LAKE OF HESITANCE

MINANKABAU TENDERNESS

LENIENCY COURT OF MIRACLES

INUITS LAKE OF DISTRIBUTION RIVER ENIEN OF L

LIBRARY

SINCIRITY

CY

CARNIVALESQUE SEA OF THE PIRATES POTLATCH NEGLANCE

PALAIS ROYAL

ERVING GOFFMAN

Fig. 2

140 PÉDAGOGIE/PEDAGOGY


Je me réveille et trouve une carte à côté de moi. Je la ramasse et je commence à l’étudier, étant curieux·se et désireux·se de comprendre ce qui est écrit dessus et pourquoi. Je vois sur la carte un dessin d’un homme. Le nom « Erving Goffman » est écrit à côté. Apparemment, il s’agit d’un sociologue américano-canadien ayant beaucoup écrit sur les problèmes de stigmates et de stigmatisation. Me demandant ce qui est si important pour lui à ce sujet, je regarde de plus près et observe qu’il a un point de vue sociologique sur la question. [Fig. 1]

SOCIAL VIRTUAL STATUS

SOCIAL ACTUAL STATUS

categorization

categorization SELF-STIGMA internalizing of public attitudes

role (expectation)

Il voit la stigmatisation comme un processus social qui débute par une interaction construite sur divers statuts. Statuts que quelqu’un d’autre vous donne et statut que l’on se donne à soi-même. Avec un statut vient un rôle et avec ce rôle viennent des attentes. S’il y a une différence, un écart, entre ces attentes que vous vous donnez et celles que quelqu’un d’autre vous donne, alors, il y a stigmatisation pouvant conduire à des attitudes problématiques telles que l’exclusion.

role (expectation)

acceptance

negative beliefs (stereotypes)

stigmatization (attitudes)

endorsement of those negative stereotypes (prejudice)

desire to avoid or exclude persons who hold stigmatized statuses (discrimination)

Fig. 1

Goffman considère cet ensemble de relations comme un processus complexe composé des personnes qui stigmatisent, des personnes stigmatisées et des personnes qui acceptent les stigmatisé·e·s. [Fig. 2] Pour mieux comprendre, je cherche les définitions du stigmate et de la stigmatisation. La stigmatisation est une marque de disgrâce associée à une circonstance, une qualité ou une personne particulière. [Fig. 3] La stigmatisation consiste à marquer par un stigmate une personne menant à une forme de dissociation. [Fig. 4]

NORMALS

STIGMATIZED

bear the stigma: . overt or external deformaties . tribal stigma’s . deviations in personal traits

do not bear the stigma

WISE

are accepted by the stigmatized as «wise» to their condition

À côté de lui figure un dessin de montagnes, avec écrit au-dessus « Les montagnes de Zomia ».

possibility of becoming

Le nom de Zomia est donné à un territoire décrit comme une zone sans État. Rien d’autre n’est écrit. Comment un endroit peut-il être sans État ? Cela peut-il être ? Ne comprenant pas et n’étant pas sûr·e, j’accepte de croire à cette hypothèse et je regarde plus loin. Quel est le lien entre Zomia et le reste de la carte ? J’étudie davantage la carte pour essayer de la comprendre. Dans la bibliothèque sur la carte, je vois des livres qui sont marqués et que je reconnais. AIDS, cultural Analysis/Cultural Activism, écrit par Douglas Crimp en 1987, cet ouvrage traite de la construction sociale et culturelle autour de la maladie du SIDA au temps où elle a été notamment perçue comme une « maladie gay ». [Fig. 5]

possibility of stigmatizing certainty of stigmatizing Fig. 2

Fig. 3

Fig. 4

Un autre livre sur la carte est Les corps vils : Expérimenter sur les êtres humains aux XVIIIe et XIXe siècles, écrit par Grégoire Chamayou en 2008. Il analyse l’histoire de l’expérimentation sur les corps aux XVIIIe et XIXe siècles et décrit comment, au cours de cette période, certains individus défavorisés et dont les corps étaient considérés comme ayant peu de valeur ont été utilisé dans le but d’améliorer la médecine. [Fig. 6]

Fig. 5

Fig. 6 PÉDAGOGIE/PEDAGOGY

141


Le dernier livre marqué sur la carte est La Borde ou le droit à la folie, écrit par Jean-Claude Polack en 1976. Il s’agit d’un livre sur la psychothérapie institutionnelle. Il présente une vision critique de l’asile et raconte comment, par la participation active des patients dans les institutions, il est possible d’humaniser l’existence des personnes atteintes de maladies mentales. [Fig. 7] Mais qu’ont donc en commun ces livres s’ils sont dessinés sur cette même carte ? Si je comprends bien, le stigmate et la stigmatisation sont les principaux thèmes de cette carte. Ou peut-être plus précisément encore : les conséquences de la stigmatisation – c’est-à-dire l’exclusion de certains groupes ou de certaines personnes du fait d’une maladie, d’un problème de santé mentale, ou tout simplement de gens considérés comme différents. Cela me rappelle ce que j’ai appris à l’école, sur les diverses manières dont l’exclusion a pu fonctionner dans le temps… Comme pendant l’Antiquité, lorsque l’incapacité de certaines personnes à contribuer à la vie en société était un facteur important de stigmatisation. [Fig. 8] Au Moyen Âge, où la religion avait un impact sur la stigmatisation et pour laquelle être différent était considéré comme une punition de Dieu. [Fig. 9] Au cours du XXe siècle, durant lequel la stigmatisation était souvent jetée contre les personnes qui ne pouvaient pas produire de capitaux et contribuer au capitalisme. [Fig. 10] Et aujourd’hui ; je crois que la combinaison de différents éléments provoque encore les stigmatisations. Des éléments tels que la hiérarchie, les mécaniques du capitalisme, la rencontre avec la différence génèrent encore des peurs. [Fig. 11] En regardant plus loin sur la carte, je vois qu’à côté de Zomia, également dans les montagnes, il est écrit « Minangkabau ». Il est indiqué qu’il s’agit d’une société dirigée par les femmes. Comment cela peut-il être vrai dans un monde où les Nations Unies n’ont jamais eu de femme secrétaire générale ? Éprouvant de la difficulté à comprendre si ces lieux ou sociétés existent vraiment, je recherche plus loin. [Fig. 12] Je vois écrit « Carnavalesque » et « Pirates » sur la carte. Connaissant l’existence de ceux-ci, le doute me vient à l’esprit : est-ce que chacun des lieux, communautés ou sociétés localisés sur cette carte existe vraiment ? Carnavalesque est, comme je l’ai appris, un moment une fois par an, durant lequel les rôles sont inversés et où la hiérarchie ayant cours est jetée par la fenêtre. [Fig. 13] Les pirates, de ce que j’en sais, vivent en communauté sur des navires. Ces navires deviennent des mondes anarchistes flottants où les gains acquis sont répartis également. [Fig. 14] Tout comme le Palais Royal [Fig. 15] où la police n’était pas autorisée et qui est devenu un lieu de jeu, de boisson et de prostitution. Un contre-lieu de différence dans la société.

142 PÉDAGOGIE/PEDAGOGY

Peut-être que ces sociétés décrites sur la carte ont toutes des éléments de vérité ? Ayant toujours du mal à y croire, je continue d’explorer d’autres communautés sur la carte. Je vois écrit « Inuits » et « Potlatch ». Les Inuits sont décrits sur la carte comme une communauté où le partage est la règle. [Fig. 16] Le potlatch est décrit comme le comportement par lequel une communauté ne fait que donner, même à son ennemi ! Difficile à croire, sachant qu’un pour cent de la population possède la moitié de la richesse mondiale. Étant submergé·e émotionnellement par les choses que je découvre sur la carte, je la pose un moment… [Fig. 17]

Fig. 7

Trop curieux·se d’en savoir plus sur cette carte, je la reprends. Me remémorant tout ce que j’ai vu sur cette carte, j’ai le sentiment de mieux comprendre que le comportement de chacun, y compris le mien, a un impact considérable. Imaginer une différence possible dans l’organisation des sociétés, y attribuer différemment les rôles est possible peut-être si l’on fait attention a combien la stigmatisation a un grand impact sur le bienêtre mental et social de chacun. Et comme l’Organisation mondiale de la santé dit : « La santé est un état de bien-être physique, mental et social complet, pas seulement l’absence de maladie ou d’infirmité. »

Fig. 9

Fig. 8

Fig. 10

Fig. 11

Fig. 12

Fig. 13

Après avoir regardé plus longtemps et mieux, je commence à voir comment la stigmatisation est un problème majeur dans ma société puisqu’il a un impact réel sur la santé. Peut-être que ces exemples de sociétés différentes donnent une réponse à ce problème. Un autre exemple de ces contrelieux est écrit sur la carte : Cour des Miracles. [Fig. 18] La Cour des Miracles est décrite comme une société qui a été créée sur la stigmatisation. Les mendiant·e·s, avec d’autres exclu·e·s, ont utilisé des stigmates, parfois artificiels, pour gagner leur vie et leur indépendance. Voici un exemple étonnant de la façon dont une différence ou un stigmate peuvent être vus comme quelque chose de bon et d’inclusif. Pouvons-nous créer un monde comme ceci ? Ou bien estce qu’une autre façon de penser pourrait mettre fin à la stigmatisation ?

Fig. 14

Fig. 15

Je regarde plus loin et à côté de la Cour des Miracles, je vois écrit un nom dont je n’ai jamais entendu parler auparavant : Clémence. Attachées à la carte, je trouve des cartes postales avec écrit au verso « Clémence », et à côté de chacune d’elles, une phrase. Sur le devant de chaque carte postale se trouve un dessin, chacun montrant un nouveau monde.

Fig. 16

Fig. 17

J’ai lu les cartes postales une par une.

Fig. 18


MAP OF LENIENCY

« Toute leur vie était ordonnée non selon des lois, des statuts ou des règles, mais selon leur bon vouloir et leur libre arbitre. »

« Ils étaient si bien éduqués qu’il n’y avait parmi eux ni homme ni femme qui ne sût lire, écrire, chanter, jouer d’instruments de musique, parler cinq ou six langues et y composer, tant en vers qu’en prose. »

« Ils se levaient quand bon leur semblait, buvaient, mangeaient, travaillaient, et dormaient quand le désir leur en venait. » « Jamais on ne vit de chevaliers si vaillants, si hardis, si adroits au combat à pied ou à cheval, plus vigoureux, plus agiles, maniant mieux les armes que ceux-là ; »

« Parce que les gens libres, bien nés et bien éduqués, vivant en bonne compagnie, ont par nature un instinct, un aiguillon qui les pousse toujours à la vertu et les éloigne du vice, qu’ils appelaient honneur. » « jamais on ne vit de dames si fraîches, si jolies, moins acariâtres, plus doctes aux travaux d’aiguille et à toute activité de femme honnête et bien née que celles-là. »

« Ces gens-là, quand ils sont opprimés et asservis par une honteuse sujétion et par la contrainte, détournent cette noble inclination par laquelle ils tendaient librement à la vertu, vers le rejet et la violation du joug de servitude ; car nous entreprenons toujours ce qui nous est interdit et nous convoitons ce qui nous est refusé. »

Et enfin : « Pour toute règle, il n’y avait que cette clause : fais ce que tu voudras. »

Next to it is a drawing of mountains, with the words “The Mountains of Zomia” written above it. The name Zomia is given to a territory described as a stateless area. Nothing else is written. How can a place be stateless? Can it be? Not understanding, I accept to believe this hypothesis and look further. What is the connection between Zomia and the rest of the map? I study the map further to try to understand it. In the library on the map, I see books that are marked and that I recognize. AIDS, Cultural Analysis / Cultural Activism, written by Douglas Crimp in 1987, this book deals with the social and cultural construction around AIDS disease at a time when it was perceived as a “gay disease”. [Fig. 5] Another book on the map is Les corps vils: Experimenting on human beings in the 18th and 19th centuries, written by Grégoire Chamayou in 2008. It analyses the history of experimentation on bodies in the 18th and 19th centuries and describes how, during this period, some disadvantaged individuals whose bodies were considered of little value were used to improve medicine. [Fig. 6]

« C’est cette liberté même qui les poussa à une louable émulation : faire tout ce qu’ils voyaient faire plaisir à un seul. »

« Si l’un ou l’une d’entre eux disait : “Buvons” ils buvaient tous ; s’il disait : “Jouons”, tous jouaient. »

I wake up and find a map next to me. I pick it up and start studying it, being curious and wanting to understand what is written on it and why. I see on the map a drawing of a man, “Erving Goffman” is written next to it. Apparently an American-Canadian sociologist who wrote a lot on the subject “stigma and stigmatization”. Wondering what is so important to him on this subject, I look more closely and observe that he has a sociological point of view on the issue. [Fig. 1] He sees stigmatization as a social process that begins with an interaction built on various statuses. The status that someone else gives you and the status that you give to yourself. With a status comes a role and with this role comes expectations. If there is a difference, a gap, between these expectations you give yourself and those that someone else gives you, then there is stigmatization that can lead to problematic attitudes such as the exclusion. He sees this set of relationships as a complex process composed of people who stigmatize, people who are stigmatized and people who accept stigmatized people. [Fig. 2] To better understand, I am looking for definitions of stigma and stigmatization. Stigma is a mark of disgrace associated with a particular circumstance, quality or person. [Fig. 3] The stigmatization is to mark with a stigma leading to sanctioning. [Fig. 4]

Références bibliographiques : Jean-Claude Polack, Le droit à la folie, 1976; Douglas Crimp, Cultural Analysis/Cultural Activism, 1987; Grégoire Chamayou, Les corps vils. Expérimenter sur les êtres humains aux XVIIIe et XIXe siècles, 2008 ; Erving Goffman, Stigma: Notes on the Management of Spoiled Identity, 1986; Charles Gardou, La société inclusive, parlons-en ! il n’y a pas de vie minuscule, 2012.

The last book marked on the map is La borde ou le droit à la folie, written by Jean-Claude Polack in 1976. This is a book on institutional psychotherapy. It presents a critical view of asylum and tells how, through the active participation of patients in institutions, it is possible to humanize the lives of people with mental illness.[Fig. 7] But what do these books have in common if they are drawn on the same map? If I understand correctly, stigma and discrimination are the main themes of this map. Or perhaps even more precisely: the

consequences of stigmatization— that is, the exclusion of certain groups or individuals because of an illness, a mental health problem, or simply people considered different. It reminds me of what I learned in school, about the various ways in which exclusion has worked over time… As in ancient times, when the inability of some people to contribute to society was an important factor in stigmatization. [Fig. 8] In the Middle Ages, when religion had an impact on stigma and being different was considered as a punishment from God. [Fig. 9] During the 20th century, during which stigmatization was often thrown against people who could not produce capital and contribute to capitalism. [Fig. 10] And today; I believe that the combination of different elements still causes stigmatization. Elements such as the hierarchy, the mechanics of capitalism, the encounter with difference still generates fears. [Fig. 11] Looking further on the map, I see that next to Zomia, also in the mountains, it says “Minangkabou”. It is indicated that it is a society run by women. How can this be true in a world where the United Nations has never had a female Secretary General? Having difficulty understanding whether these places or societies really exist, I look further. [Fig. 12] I see “Carnival” and “Pirates” written on the map. Knowing the existence of these, doubt comes to my mind: do each of the places, communities or societies located on this map really exist? Carnival is, as I have learned, a time once a year, during which roles are reversed and the current hierarchy is thrown out the window. [Fig. 13] Pirates, as far as I know, live in community on ships. These ships become floating anarchist worlds where the acquired gains are distributed equally. [Fig. 14] Just like the Royal Palace [Fig. 15] where the police were not allowed and which became a place of play, drinking and prostitution. A counter-place of difference in society. Maybe these companies described on the map all have elements of truth? Still having trouble believing it, I continue to explore other communities on the map. I see “Inuit” and “Potlatch” written on it. The Inuit are described on the map as a community where sharing is the rule. [Fig. 16] The potlatch is described as the behaviour by which a community only gives, even to its enemy! Hard to believe, considering that one percent of the population owns half of the world’s wealth. Being emotionally overwhelmed by the things I discover on the map, I put it down for a moment… [Fig. 17] Too curious to know more about this map, I’ll take it back. Recalling everything I have seen on this map, I feel I have a better understanding that everyone’s behaviour, including my own, has a significant impact. Imagining a possible difference in the organization of societies, assigning roles differently to them, is possible perhaps if we pay attention to how much stigma has a great impact on the mental and social wellbeing of everyone. And as the World Health Organization says: “Health is a state of complete physical, mental and social well-

being, not just the absence of disease or infirmity.” After looking longer and better, I am beginning to see how stigma is a major problem in my society because it has a real impact on health. Perhaps these examples of different societies provide an answer to this problem. Another example of these counter-places is written on the map: Court of Miracles. [Fig. 18] The Court of Miracles is described as a society that was created on stigma. Beggars, with others excluded, used stigma, sometimes artificial, to earn a living and independence. Here is an amazing example of how a difference or stigma can be seen as something good and inclusive. Can we create a world like this? Or could another way of thinking put an end to the stigma? I look further and next to the Court of Miracles, I see a name written that I have never heard of before: Clemency. Attached to the card are postcards with the words “Clémence” on the back and a sentence next to each of them. On the front of each postcard is a drawing, each showing a new world. I read the postcards one by one: All their life was spent not in laws, statutes, or rules, but according to their own free will and pleasure. They rose out of their beds when they thought good; they did eat, drink, labour, sleep, when they had a mind to it and were disposed for it. Because men that are free, wellborn, well-bred, and conversant in honest companies, have naturally an instinct and spur that prompted them unto virtuous actions, and withdraws them from vice, which is called honor. They were formerly inclined to virtue, to shake off and break that bond of servitude wherein they are so tyrannously enslaved; for it is agreeable with the nature of man to long after things forbidden and to desire what is denied us. By this liberty they entered into a very laudable emulation to do all of them what they saw did please one. If any of the gallants or ladies should say, let us drink, they would all drink. If any one of them said, let us play, they all played. So nobly were they taught that there was neither he nor she amongst them but could read, write, sing, play upon several musical instruments, speak five or six several languages, and compose in them all very quaintly, both in verse and prose. Never were seen so valiant knights, so noble and worthy, so dexterous and skillful both on foot and a-horse-back, brisker and livelier, more nimble and quick, or better handling all manner of weapons than were there. Never were seen ladies so proper and handsome, so miniard and dainty, less froward, or more ready with their hand and with their needle in every honest and free action belonging to that sex, than were there. And last: In all their rules and strictest ties of their order there was but this one clause to be observed, Do What Thou Wilt. PÉDAGOGIE/PEDAGOGY

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ET SI NOUS PERDIONS CE COMBAT ? Maxime Labrosse Amélie Tripoz

144 PÉDAGOGIE/PEDAGOGY


En France, la Sécurité sociale est un système performant de santé publique. Nous devrions nous battre pour le garder et l’améliorer. Et si nous perdions ce combat ?

Les institutions liées à la santé publique en France sont organisées en différents organes sous le terme de protection sociale. L’un d’eux en constitue un gros ensemble sur lequel nous nous concentrerons ici : le système de la Sécurité sociale. Chaque année, le gouvernement français vote la Loi sur le Financement de la Sécurité sociale. Il planifie les dépenses du système en fonction des revenus et il montre les priorités du gouvernement en matière de santé publique. Les dernières réformes ne cessent d’affaiblir le système de Sécurité sociale en s’attaquant à ses principes fondateurs. Ces attaques ne sont ni nouvelles ni isolées. [Fig. 1]

Fig. 1

À cette époque, le communiste Ambroise Croizat est ministre du Travail et de la Sécurité sociale.

Les fondements du système de Sécurité sociale sont affaiblis depuis de nombreuses années avec une intensité grandissante depuis les années 90.

QUELS SONT LES PRINCIPES FONDATEURS DE LA SÉCURITÉ SOCIALE ?

Fig. 2

En 1945, cet ancien métallurgiste syndicaliste établit le régime général de la Sécurité sociale par ordonnance.

Bernard Friot, Puissances du salariat, 2012. Dans cet ouvrage, Bernard Friot nous offre une relecture de l’histoire de la Sécurité sociale et considère le régime général comme un acte révolutionnaire.

Fig. 3

En 1946, les travailleur·euse·s elleux-mêmes par l’intermédiaire des syndicats, appliquent les mesures révolutionnaires fournies par le gouvernement.

La Sécurité sociale est mise en place par le gouvernement dans une France détruite à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Fig. 4 PÉDAGOGIE/PEDAGOGY

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Ce progrès social n’est pas une invention. Il rassemble des initiatives locales et sectorielles de groupes professionnels concernant la santé publique, la retraite, la famille, le chômage qui lui préexistaient… L’objectif est alors d’unifier la protection sociale sur le territoire national. [Fig. 2] À l’origine, ce système est conçu sur quatre principes. Le but est de créer une démocratie sociale. Mais ces fondamentaux sont attaqués depuis 1945. Dès sa mise en place, le système n’est pas le même pour tout le monde. Le système retarde l’absorption des régimes spéciaux existants, du fonds de chômage et des congés payés. [Fig. 3] Puis, avec le temps, la Sécurité sociale est divisée en 4 branches indépendantes. [Fig. 4] De nos jours, l’organisation de la Sécurité sociale est un organisme complexe et fragmenté. [Fig. 5]

Fig. 5

Son financement est généré par les travailleur·euse·s qui produisent une forme de valeur par leur travail. Cette valeur dite « ajoutée » est ensuite répartie en trois branches : le salaire direct, les cotisations sociales et le profit. [Fig. 6] À l’heure actuelle, les cotisations sociales que nous appelons « salaire indirect » sont de plus en plus affaiblies, remplacées par des impôts. Les impôts, dès lors, justifient l’existence du profit ; ils sont une forme capitaliste de financement de la Sécurité sociale. Les travailleur·euse·s ont pu mener les débats sur le financement des soins de santé par l’intermédiaire des syndicats jusqu’en 1967. Mais depuis lors, la parité apparente permet en fait aux propriétaires d’entreprises d’y avoir le pouvoir : les propriétaires sont unifié·e·s alors que les syndicats sont divisés la plupart du temps. L’expression du Pouvoir devient alors une expression de l’Autorité. [Fig. 7]

LA SÉCURITÉ SOCIALE EST-ELLE ENCORE UN SYSTÈME DE SANTÉ PUBLIQUE ?

Fig. 6

Ce livre a eu une grande influence sur l’évolution de la gestion du secteur public : les outils de gestion des entreprises sont depuis utilisés pour la gestion de l’État. Les citoyen·ne·s deviennent alors les client·e·s d’un État qui fournit des services. La rentabilité est la nouvelle norme. En France, la Loi Organique sur les Lois de Finances a institué la quantification des performances, c’est-à-dire la scission de l’action publique en plusieurs parties indépendantes mesurées par des indicateurs. Fig. 7

146 PÉDAGOGIE/PEDAGOGY


On assiste à la mise en place d’une concurrence entre les secteurs publics et privés avec une manipulation des éléments de langage.

La rentabilité comme nouvelle norme L’hôpital devient une entreprise avec l’État comme gestionnaire. C’est le processus de privatisation en cours des services publics depuis les années 80. Dans ces nouvelles conditions de travail, le personnel de santé hospitalier est soumis à de nouveaux stress et les travailleur·euse·s se plaignent de ne plus pouvoir faire leur travail correctement.

Fig. 8

D’un côté l’État est une grosse machine gérée comme une entreprise. L’image d’un État protecteur des menaces n’existe plus. D’un autre côté, il y a aujourd’hui de moins en moins d’actions civiles, avec de moins en moins d’impact. La société civile désaffectionne le vote, les manifestations, les actions de grève et les syndicats sont très affaiblis.

Notre problème est le suivant : nous ne voulons absolument pas de ce processus, mais il semble impossible d’inverser les tendances actuelles. La destruction des systèmes de santé se produit partout dans le monde. Quelle que soit la qualité des services fournis par la Sécurité sociale en France, celle-ci pourrait vraisemblablement être mise sur le marché et disparaître en tant que service public. Lorsqu’on s’intéresse à la Sécurité sociale, il est difficile d’imaginer que demain sera plus lumineux, aussi, nous devons avoir un plan. Si cette destruction nous mène vers la libéralisation totale de la Sécurité sociale, nous croyons à la possibilité d’une réaction civile à l’échelle locale. [Fig. 8] Dans les services publics actuels, l’eau peut être un exemple. Après trente ans de privatisation des services de gestion de l’eau dans le monde, la re-municipalisation de ces services essentiels est en cours. [Fig. 9] Démocratie sociale Ces nouveaux services collectifs à gouvernance locale attestent de la volonté en divers endroits du monde de construire des démocraties sociales.

Fig. 9

COMMENT PEUT-ON (RE)CRÉER UNE SANTÉ COLLECTIVE ?

Nous croyons à une réaction sous forme de Guérilla : le pouvoir civil a construit la Sécurité sociale par les syndicats, le pouvoir civil peut reconstruire un service de santé essentiel à l’échelle locale. C’est ce que nous appelons une Santé Collective. En France, une Santé Collective peut ré-émerger à Saint-Étienne, où on trouve la seule École Nationale Supérieure de la Sécurité sociale. La ville dispose également d’un Centre Hospitalier Univer-

sitaire de renom, assez puissant pour fédérer les infrastructures médicales et les professionnel·le·s de la santé dans la région de SaintÉtienne. Un petit groupe de personnes engagées crée donc une association autour de la Santé Collective dans le bassin de vie de Saint-Étienne. Ces personnes viennent principalement du corps médical, des associations alternatives et des représentant·e·s élu·e·s. Il·elle·s établissent une charte sur laquelle reposera la Santé Collective. [Fig. 10] La charte propose la socialisation du salaire. Un pourcentage de la valeur ajoutée des entreprises membres est versé à une caisse locale. Cela signifie que tous les salaires et toutes les cotisations patronales et salariales sont socialisés. Ensuite, la Caisse reverse tous les salaires et avantages so-

ciaux : elle fournit des soins de santé pour tout le monde. [Fig. 11] Les personnes et les entreprises engagées dans la démarche participent à un système d’adhésion et l’association établit des contrats avec le patronat. Les premier·e·s membres sont vraisemblablement des militant·e·s, des travailleur·euse·s médicaux·ales, des entreprises locales engagées, des entreprises voulant se donner une image éthique et des organisations municipales issues du processus de municipalisation des services publics. Cette Santé Collective est organisée en deux partie : le Conseil et les Assemblées. [Fig. 11]

fique — par exemple le montant des prestations de santé. Les membres doivent siéger jusqu’à ce que leur proposition soit adoptée par le Conseil qui a le pouvoir de décision. Le Conseil est composé de membres tiré·e·s au sort et de bénévoles, il est renouvelé tous les trois mois. [Fig. 12-13] Des soins de santé sur-mesure On assiste à la création d’une Santé Collective par la mise en place du salaire à vie. En donnant un salaire à tou·te·s, tout le monde a accès aux services de santé. Avec le temps, de plus en plus de travailleur·euse·s et de sociétés rejoignent l’association collégiale. Le bassin de vie stéphanois crée ses soins de santé sur mesure.

Une assemblée est composée de membres tiré·e·s au sort et de membres intéressé·e·s. Chaque Assemblée doit proposer des réponses à une question spéciPÉDAGOGIE/PEDAGOGY

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COMMENT METTONS-NOUS EN ŒUVRE CELA ? Trois scénarios sont possibles. Scénario 1 Le Conseil Municipal choisit de municipaliser la santé publique de la ville par voie institutionnelle. L’URSSAF, le comptable régional de la Sécurité sociale, applique les décisions prises par le gouvernement centralisé. Il devient un ensemble de caisses indépendantes et conclut des ententes avec les municipalités engagées. L’URSSAF devient des Caisses Locales de Santé Collective par la loi mise en place conjointement par le conseil municipal et les citoyens. Scénario 2 Les professionnel·le·s médicaux·ales du bassin de vie se rassemblent pour prendre soin des corps sans aucune pensée mercantile. Il·elle·s utilisent les failles du système de financement pour travailler pour tout le monde. Les citoyen·ne·s voient qu’il est possible et nécessaire d’avoir une Santé Collective et s’organisent pour construire les infrastructures de ce service. Scénario 3 Le troisième scénario est le pire et le plus violent : nous attaquons les caisses de l’URSSAF en piratant le système existant pour distribuer l’argent aux professionnel·le·s de santé et aux structures médicales locales. [Fig. 13] Nous organisons un Health Hackathon, un événement qui rassemble des travailleur·euse·s du numérique tels que les hackers, des développeur·euse·s, des web-designers, avec un objectif commun. [Fig. 14] Cet événement permet le repérage des faiblesses du système informatique de la Protection sociale. Les hacktivistes attaquent les système de l’URSSAF le 5 ou le 20 d’un mois, lorsque les caisses de l’URSAFF sont pleines. Ces jours-là, l’URSAFF reçoit toutes les cotisations sociales et les distribue immédiatement comme prestations sociales. La Santé Collective peut travailler en autonomie pendant un mois dans ce bassin de vie sans subir les pressions de la gestion capitaliste actuelle de l’État. Afin de ne pas rester spectateurs·trices de la destruction programmée de la Sécurité sociale en France, nous avons imaginé ces trois scénarios d’autodéfense face à la libéralisation de ce bien collectif précieux.

Fig. 10

Fig. 11

Fig. 14

Cette relocalisation de la Sécurité sociale est basée sur la volonté de changer les choses. C’est la naissance de l’Association des soins de santé. En attaquant les fondamentaux de la Protection Sociale, les mouvements libéraux ne savent pas qu’ils pourraient finalement jeter les bases d’un fervent engagement civil en matière de santé collective. [Fig. 15]

148 PÉDAGOGIE/PEDAGOGY

Fig. 12

Fig. 13

Fig. 15


WHAT IF WE LOOSE THIS FIGHT? In France, Social Security is a great active system of Public Health. We should fight to keep and improve it. The institutions related to Public Health in France are organized in various organs under the term Social Protection. One of those is a big chunk on which we are focusing: the Social Security System.

a social democracy. Effectively those fundamentals are attacked since 1945. From the start the scheme was not the same for everyone. The system delayed the absorption of the existing special schemes, the unemployment fund, and the paid leaves. [Fig. 3] Overtime the Social Security has even been split in 4 independent branches. [Fig. 4]

Every year the French government votes the Social Security Financing Act. It plans the expenses of the system depending on the incomes and it shows the priorities of the government concerning Public Health. Last reforms are weakening the Social Security System by attacking its founding principles. Those are not isolated or new attacks. [Fig. 1]

Nowadays, the organisation of the social security system is a complex and fragmented body. [Fig. 5]

The foundations of the Social Security System are weakened for many years especially since the nineties.

At the present time, social contributions which we call “indirect wage” have lower and lower importance replaced by taxes. Taxes justify the existence of the profit, they are a capitalist form of financing the Social Security System.

What are the founding principles of Social Security? With his book Puissances du salariat (2012), Bernard Friot offered us a proofreading of the history of Social Security and considered the General Scheme as a revolutionary achievement. The Social Security System was created by the government in a destroyed state after the Second World War. At that time, the communist Ambroise Croizat was the Minister of Labour and Social Security. In 1945 this former unionist steal-worker established the General Scheme of the Social Security System by ordinance. In 1946 the workers themselves through unions applied the revolutionary measures provided by the government. This social progress was not an invention. It gathered some local and sectoral initiatives of professional groups concerning public health, retirement, family, unemployment… The aim was to unify the social protection on the national territory. [Fig. 2] In the beginning the system was intended as a scheme based on 4 principles. The aim was to create

Regarding the financing : the workers produce some added value by working. This added value is then shared out among three branches: the direct wage for them, the social contributions and the profit. [Fig. 6]

The workers could have led the debates of financing Healthcare through unions until 1967. But ever since that, the apparent parity permits the business owners to have power: they are unified whereas unions are split most of the time. The former expression of the Power is now an expression of the Authority. [Fig. 7] Is Social Security still a public health system? The David Osborne’s book Reinventing Government, How The Entrepreneurial Spirit Is Transforming The Public Sector led to the New Public Management: it imported the companies’ management tools into the state. Citizens became clients of a state which provide services. Profitability is the new standard. In France, the Organic Law on Finance Laws instituted the quantification of performances, the split of the public action in many independent parts measured with indicators. It was the establishment of a competition between public and private sectors with a manipulation of the language.

Profitability as a new standard The Hospital was becoming a company with the state as manager. This is the ongoing privatisation process of public services since the eighties. In those working conditions, the hospital health staff is stressed and workers can’t do their work correctly. On one side the state is a big machine managed as a company. The image of a state as protector from threats is over. On the other side there are less and less civil actions with less and less impact nowadays. The civil society is abandoning votes, demonstrations, strike actions, and unions are weaker than ever. The point is: This is absolutely not what we want but it seems impossible to reverse the current trends. The downfall of Healthcare Systems is occurring all around the world. However good is the Social Security in France, it might move to market and disappear as a Public Service. Tomorrow won’t be brighter, we have to have a plan. If it goes bad, in the case of the liberalisation of the Social Security System, we believe in a civil reaction on a local scale. [Fig. 8] In the current public services, water can be an example. After thirty years of privatisation movements of public services in the world a current trend is the remunicipalisation of those essential services. [Fig. 9] Social Democracies Those new Collective Services with local governance show the worldwide will to build Social Democracies. How can we (re)create a Collective Health? We believe in the Guerilla position: civil power have built Social Security through unions, civil power can rebuild an essential health service on a local scale. This is what we call a Collective Health. In France, a Collective Health can emerge in Saint-Étienne, where the only National Social Security School is. The city have also a renowned university-affiliated hospital which is powerful enough to federate medical infrastructures and medical professionals in the Saint-Étienne living area.

A small group of committed people creates a collective association about Collective Health in the Saint-Étienne living area. People are mostly from medical system, alternatives associations and elected representatives. They establish a charter on which the collective health will be based. [Fig. 10] The charter propose the socialization of wage. A percentage of the added value of member companies goes to a local collective fund. It means all the wages with all the employer and employee contributions are socialized. Then the fund remits all wages and social benefits, it means the fund provides healthcare for everyone. People and companies take part with a membership system and the association makes contracts with owners and producers. First members would be some activists, medical workers, local committed companies, corporations wanting an ethical image and municipal organisations coming from the municipalisation process of public services. This Collective Health is organised in two parts : the Council and the Assemblies. [Fig. 11] An Assembly is composed of members selected at random and interested members. Each Assembly has to make propositions on a specific issue like the amount of health benefits. Members have to sit there until their proposition is adopted by the Council which has the power of decision. The Council is composed of members selected at random and volunteers and it’s replaced every 3 months. [Fig. 12-13] Tailor-made healthcare It’s the creation of a Collective Health by the process of establishing the lifelong wage. By giving all people a wage, everyone have access to Healthcare and Health facilities. Overtime more and more workers and companies join the collegial association. The living area creates its tailor-made healthcare. How do we implement this? We think about three bottom up scenarios.

Scenario 1 The municipal council chooses to municipalize Public Health of the city by institutional way. The URSSAF is the regional accounting officer of Social Security and applied to decisions made by the centralised government. It becomes independent funds and makes agreements with committed municipalities. The URSSAF becomes local fund for a Collective Health by law manage by the municipal council and the citizens. Scenario 2 The medical professionals of a living area federate them to take care of the bodies without mercantile thinking. They use flaws of the financing system to work for everyone. Citizens see that it’s possible and necessary to have a Collective Health and organised them to build the infrastructures of this service. Scenario 3 The third scenario is the worst and the most violent one : We defraud the URSSAF funds by hacking the existing system to distribute the money to medical professionals and medical structures. [Fig. 13] We organise a Health Hackathon, an event which bring together some digital workers like hackers, developers, web-designers with one common goal. [Fig. 15] It identifies the weaknesses of the computing system of the social protection. The hacktivists attack the URSSAF system on the 5th— or the 20th—of a month, when the URSSAF accounts are full. On those days the URSSAF receive all social contributions and immediately distributed them as social benefits. Collective Health can work in autonomy during one month in this living area without suffering the pressures of the current capitalist management of the state. This event shows that a Collective Health is possible and that we are not far from that. It generates the will to change things and to act together. It’s the birth of the Healthcare Association. By attacking the fundamentals of the Social Protection, the liberal movements don’t know that they ultimately could lay the foundations of a civil commitment on Collective Health. [Fig. 16] PÉDAGOGIE/PEDAGOGY

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REFLETS MODERNES ET CONFLITS RÉELS Jessica Paci Mathieu Rossi Nous allons essayer d’explorer ce que sont les maladies imaginaires et les imaginaires de la maladie en nous questionnant ainsi : comment nous racontons-nous notre monde ? Comment représentons-nous nos espaces et notre temps et avec quel langage ? Notre objectif premier sera de bien comprendre quelle place est réservée à l’autre et à ses différences. Analyse des livres Aujourd’hui, un nombre grandissant de personnes sont identifiées comme étant « anormales ». Les processus normatifs sont de plus en plus nombreux et définissent

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une « normalité » de plus en plus étroite. Ainsi, la part est toujours plus importante d’individus laissés à la marge d’une collectivité se définissant de façon toujours plus univoque. Nous avons basé la présente réflexion sur la lecture de trois ouvrages depuis lesquels nous allons explorer les manières dont le monde perçoit, mais aussi dont il a perçu, la maladie. Ainsi, trois représentations de la maladie seront présentées. Georges Didi-Huberman, Invention de l’hystérie, 2008.


La Salpêtrière doit être en tout point comprise comme une de ces femmes dites folles que cette institution était censée soigner : la sphère institutionnelle médicale a été le lieu où, travaillant à montrer ce que sont les symptômes d’une maladie, Charcot les mit en scène. La Salpêtrière, à la fin du XIXe siècle, est comme un enfer : l’enfer des femmes folles, avec lesquelles Charcot fit des expériences en utilisant l’hypnose. Nous restent les traces photographiques des troubles de ces femmes et l’impact sur leurs corps mis en scènes. Tout ceci constitue encore aujourd’hui notre imagerie des symptômes de l’hystérie.

Dans ce livre, Thomas Mann décrit l’isolement des tuberculeux·euses et la création d’une nouvelle société au sein du sanatorium. Résultat Ces ouvrages décrivent un va-etvient entre ce qui est de l’ordre de la construction sociale et ce qui est de l’ordre de la construction individuelle ainsi que les processus de stigmatisation qui en découlent. Le problème y apparaît comme étant la façon dont la sphère institutionnelle et médicale « définit » ces personnes. Cette gestion de la différence établit la place de ces personnes parmi nous ou en dehors de nous. Fig. 1

Georges Didi-Huberman met ici en évidence une des modalités d’influence du médecin sur ses patient·e·s. Mais il donne aussi à voir l’influence qu’eut le docteur Charcot sur notre vision de ce qu’on a appelé l’hystérie et plus généralement notre vision de la folie. Attention lorsque vous attaquez les monstres à ne pas devenir un monstre vous-même

Fig. 2 L’habit ne fait pas le monstre

À la lecture de ces trois textes, il ressort que les images, qu’elles soient des images physiques ou des images mentales, jouent un rôle majeur dans la façon dont sont traitées les personnes désignées comme « malades ». En s’attaquant à ceux·elles qui sont considéré·e·s comme des monstres, la société devient ellemême monstrueuse.

Susan Sontag, La maladie comme métaphore, 1978 ; Le SIDA et ses métaphores, 1989. Dans ce second ouvrage La maladie comme métaphore, une seconde échelle de lecture des perceptions des populations dites « malades » s’opère. Cette fois-ci non plus au sein de l’institution mais dans « la sphère publique ». Par ce livre, Susan Sontag éclaire les mécanismes de l’exclusion de ce peuple au sein du corps social. Thomas Mann, La Montagne Magique, 1924. [Fig. 2] Enfin, dans, La montagne magique, c’est la sphère privée qui est abordée, on y parle de la relation entre les personnes appelées « malades » et la société.

Ceci atteste de l’impasse institutionnelle de notre monde, notamment lorsque nous sommes confronté·e·s à ce qu’il reste de liberté aux personnes existant derrière cette somme d’inégalités. Car tout leur est difficile d’accès, qu’il s’agisse de trouver un emploi, avoir des compensations, accéder à des services privés tels que le logement, les crédits ou les loisirs.

QUELS SONT LES OUTILS, LES DISPOSITIFS MIS EN PLACE POUR PROCÉDER ET JUSTIFIER DE CETTE MISE À L’ÉCART ? Le rôle de « la société » : voir les choses en face avec les yeux fermés Pour comprendre ceci, nous allons disséquer l’anatomie des relations humaines et les représentations que celles-ci se donnent. Nous nous attacherons à comprendre ce qui conditionne les croyances et les échanges dans nos sociétés.

Durant ses moments de socialisation, l’individu intègre progressivement ce que le groupe auquel il appartient considère comme étant « normal » ou « anormal ». C’est au sein d’un groupe que s’établit un modèle idéal et dans lequel s’écrivent les normes et critères de la normalité et du pathologique. Ainsi, c’est dans le regard des autres que sont désignées les déviances. Le pouvoir des peurs

Les normes auxquelles nous sommes soumi·se·s entraînent une mise à l’écart des gens appelés « malades ». Mais qui élabore ces normes et sur quelles bases ? En premier chef, il semble que ce soit la sphère institutionnelle médiale (politiques, psychiatres, scientifiques…) qui élabore les normes sur la base de « savoirs ». Ces savoirs constituent une somme de constructions théoriques porteuse de valeurs, de modes de pensées, de pratiques professionnelles et aussi de normes qui façonnent la vie quotidienne des gens dits « malades ». La différence est désignée par les autres I am sorry but you are not adapted to our society you are so primitive

Mais nous voudrions comprendre comment les preuves et la scientificité de ces discours sont créées ainsi que la manière dont ces normes sociales sont intégrées par le corps social.

En d’autres termes, le monstrueux se définirait dans un rapport entre les caractéristiques factuelles d’un objet et la faculté de la pensée à les comprendre dans un contexte social. Dans ces conditions, y a-til une monstruosité en dehors de cette forme d’humanité qui les qualifie ainsi ? Désormais, nous n’en sommes plus très sûr·e·s.

LE RÔLE DES IMAGES

Lire ce qui n’a jamais été écrit Pour nous, les images sont des représentations visuelles de quelque chose. Elle ont toujours servi aux humains dans la circulation des idées. Et une chose est sûre, le geste humain est à l’œuvre dans les images. Les humains ont représenté le monde tel qu’ielle·s le comprenaient. Ielles·s ont créé des images de ce qu’ielles·s pensaient être réel. On peut ainsi dire que les images sont des reflets de différentes réalités qui coexistent. Elles sont des échantillons du monde et l’imagination un andinventaire de isoftheinsti cha is the Results change Results isResults the change of institut images influence our judgments images influence perception andest our perception judgments images influence our perception and our our judgments relations images influence our perception and our judgments relations nosimages expériences visuelles. influence our perception and our judgments

Results

images influence our perception and our judgments

La monstruosité n’est pas un saut L’expérience des images dans quelque chose de radicalement différent, elle est un doux Old image Old image Old image glissement d’un état à un autre, Old image Old image Old image c’est une déviance. Cette monsOld imageOld image Old image Old image Old image Old image Old image Old imageson retruosité renvoie à chacun Old imageOld image Old image OldOld image Oldimage image OldOldimage image gard sur lui-même. L’inquiétude de ne pas faire partie Old deimagela norme Old Old imageimage image entraîne des composantes de la OldOldOld image image Old image Old image image Old image Old problem société à condamner la déviance, Old image à la déshumaniser. problem Old image

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Le monstrueux n’est donc pas une propriété objective de certains êtres, il apparaît plutôt problem comme une réaction d’inquiétude d’un·e spectateur·rice se sentant menacé·e par cette interrogation : « j’aurais pu être un·e monstre ».

Mais qu’est-ce que faire l’expéproblem problem rience problem des images ? Si leur expérience ne nous marque pas nécessairement, les images vues restent cependant archivées dans une sorte de mémoire inconsciente. PÉDAGOGIE/PEDAGOGY

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Old image


À travers une succession d’expériences, elles constituent un savoir par l’image. Les images forment une « culture somatique », orientant nos choix. Elles ont un fort pouvoir de persuasion et, en jouant sur l’identification et les émotions, influencent notre perception et nos jugements. Aussi nous devons reconnaître que nous sommes conditionné·e·s par l’expérience des images, par ce que nous appellerons « la survivance des images ».

On peut scinder l’Histoire de la maladie en deux immenses périodes : la première, où la maladie est une punition divine, envoyée par les dieux·éesses et traitée par la religion. La seconde, qui va naître à la Renaissance, et qui considère la maladie comme une dérégulation biologique résultant d’un mode de vie non sain devant être soigné par des savant·e·s.

illness / impurity unreason / sin

ARCHÉOLOGIE DES IMAGES Une histoire de la perception du corps

La survivan