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Bucarest : le palimpseste d’une densification urbaine ANASTASIA PROCOUDINE-GORSKY

MEMOIRE DE RECHERCHE//VAT//LE PAYSAGE MONDIAL DES VILLES// J.ATTALI//2011

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SOMMAIRE

MOTIVATIONS PROBLEMATIQUE SITUATION ET HISTOIRE D’UNE VILLE EN CONSTRUCTION CAPITALE ET TERRITOIRE ROUMAIN BUCAREST, L’HISTOIRE D’UN DEVELOPPEMENT URBAIN COMME OUTIL DES POUVOIRS UNE ECONOMIE NATIONALE TROUBLEE PAR SON PASSE

L’URBANISATION TARDIVE D’UN TERRITOIRE AU VISAGE RURAL POLYCENTRIQUE POLYCENTRALITE

Undéveloppementduterritoiredit«Oriental» Désirpolitiqued’uneorganisationplus«Occidentale»

TERRITOIRE

Télescopage entre rural et urbain Le rural comme façon de vivre

QUAND L’HERITAGE COMMUNISTE ET L’ECONOMIE LIBERALE REPRIME LA VILLE Des habitants victimes d’une accession à la propriété massive et d’un processus de rétrocession trop lent. Des politiciens qui se dédouanent Architectes et urbanistes sous le joug des nouveaux acteurs du pouvoir: les investisseurs privés.

BUCAREST COMME OUTIL DE LA REALISATION DE FANTASMES UNE HISTOIRE DE LA MONUMENTALITE

PATRIMOINE LES ASSOCIATIONS COMME SAUVEGARDE DE LA VILLE

UNE HISTOIRE QUI SE REECRIT POUR UNE VILLE DONT ON REVE QU’ELLE SE MONDIALISE MNAC, UNE HISTOIRE DES SYMBOLES TRANSFORMATIONS D’ESPACES IDENTITAIRES, EN NOUVELLE IDENTITE ASEPTISEE LA LUTTE SILENCIEUSE DE CEUX QUI REHABILITE LES NOUVEAUX SYMBOLES DE LA VILLE

L’ETERNEL OUTIL DE L’EXPRESSION DU POUVOIR, CONCLUSION BIBLIOGRAPPHIE

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Motivations // Bucarest est une ville qui, à la fin du vingtième siècle, a connu une réelle transformation due à sa politique. A la chute de Ceaucescu, en 1989, la capitale roumaine s’est trouvée bouleversée par son entrée dans le monde capitaliste. Elle a du alors se trouver un nouveau statut, une image neuve pour devenir aussi compétitive que ses voisines. D'autant plus que depuis 2007 elle est entrée dans l'union européenne. J'ai décidé de me pencher sur cette ville, après y avoir réalisé mon stage licence cet été. Elle reste toujours mystérieuse à mes yeux et je n'ai pas encore trouvé les clés pour la déchiffrer. Son visage d'éternel chantier, de ruines et d'inachevé lui confère des caractères fortement contrastés. Plusieurs passés s'y mélangent, ainsi que les conséquences des transformations vécues. Le quotidien de ses habitants s’est trouvé bouleversé à plusieurs reprises, par les différentes et successives structures mises en place. Structure à la fois sociale, économique, culturelle mais aussi urbaine et architecturale créant des paysages distincts dans la ville. Un certains nombre de ruines la composent, soulignant plus encore qu'ailleurs les traces du passé et de fait, la notion de mémoire. Sa figure est à la fois délabrée par le temps qui passe, mais également par les actes de destruction et de reconstruction qu'on lui a fait, et que l’on continue de lui faire subir à l’heure actuelle. J'aimerais tenter de comprendre ce que le caractère d'inachevé de Bucarest provoque dans son dessin urbain, ce que les vides et les lieux en transition dessinent. Ce que cela provoque comme potentiel de modification, quel élan positif ou non se crée.

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PROBLEMATIQUE // Secouée par une histoire complexe, Bucarest a subi de la fin du XIXe à aujourd'hui des modifications très importantes, chaque pouvoir mis en place a tenté de redessiner sa forme, sa figure, son dessin, en détruisant les réalisations antérieures, en essayant de nier son histoire, en se voulant a chaque fois neuf : une ville nouvelle pour des hommes nouveaux. Secouée par une histoire complexe, Bucarest a subi de la fin du XIXe à aujourd'hui des modifications très importantes, chaque pouvoir mis en place a tenté de redessiner sa forme, sa figure, son dessin, en détruisant les réalisations antérieures, en essayant de nier son histoire, en se voulant a chaque fois neuf : une ville nouvelle pour des hommes nouveaux. En observant l’histoire de la capitale roumaine, on découvre que malgré les oppositions politiques d’une période à une autre, le refus de la prise en considération du passé, la destruction du patrimoine, et la fascination pour la notion de monumentalité, ce sont des éléments récurrents qui animent ceux qui la transforment. En effet ce qui finit par qualifier cette ville, ce sont les désirs "mégalomanes" de ses dirigeants, qui utilisent architecture et urbanisme au service de la politique, à travers les décennies et les différentes prises de positions politiques. Les modèles urbains sont toujours les mêmes, réinterprétés, dans le but d’être aussi compétitifs que les autres villes européennes et de pouvoir afficher la puissance de la nation. Bucarest s’est lancée dans une course à l’image, en sabotant son histoire, et en dénaturant son caractère depuis un siècle et demi. Aujourd’hui, Bucarest est l’héritière de ses bouleversements architecturaux, son paysage urbain est complexe. Pendant qu’elle subit une nouvelle extension urbaine avec la création de nouveaux quartiers pour riches, la destruction de son patrimoine pour la création de grands axes en son cœur, la construction d’immense buildings de verre, il reste de très grandes zones en friches, des grands ensembles insalubres, des petits maisons sans aucun confort, des conditions de vie plus que médiocres pour un peuple plongé avec force dans la course au capitalisme. Qu’est ce qui implique la destruction du patrimoine de cette ville, le refus de travail de mémoire, la récurrence et l’importance de la notion de monumentalité, pour la capitale roumaine de demain ? en identifaint ces différents aspects que pouvons-nous imaginer de ce que sera certainement son nouveau visage ? 8

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SITUATION ET HISTOIRE D’UNE VILLE EN CONSTRUCTION

La Roumanie dans le territoire Européen

CAPITALE ET TERRITOIRE ROUMAIN Au confins de l'Europe la Roumanie n'a pas de voisinage avec l'occident et n'a pas eu de contact direct avec le rideau de fer, cependant elle est ouverte sur la mer noire et partage de très vastes frontières avec les pays balkaniques et avec la Hongrie. Elle a alors une double propriété de confins et d'interface qui marque continuellement le devenir de l'espace et la structure de son territoire. Depuis 1989, les recompositions de l'Europe sont multiples, la Roumanie vit une forme de retour vers l'Ouest, moins rapide que les pays d'Europe Centrale, mais tout aussi importante. Elle devient membre de l'OTAN en 2004, et membre de l'Union Européenne en 2007, elle fait également partie de la Zone de coopération économique de la mer Noire et de l'Association de libre-échange de l'Europe centrale, et participe à l'Initiative de coopération du Sud-Est européen. Possédant des frontières communes avec la Serbie, elle a subi indirectement les conséquences du blocage de la circulation du Danube, les ruptures d'échanges économiques et de grosses pertes financières. Elle n'est donc pas complètement dans l'Europe Centrale, ni dans l'Europe Balkanique, sa position est celle d'un confins et d'une transition. Sans oublier que le roumain est une langue latine, son territoire est donc seul, entouré de langues slave et hongroise, les influences culturelles sont donc nombreuses et complexes. Créant un territoire aux multiples influences. L’apparition d’un territoire Roumain moderne, est assez récente elle correspond au mouvement d’émancipation politique des peuples européens au cours du XIXe siècle. Lors de cette période, se jouent des guerres de pouvoir, entre le royaume et les minorités, changeant ainsi les tracés du pays durant 1 siècle. Sa forme

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arrondie n'est acquise qu'en 1918 due à la défaite des empires centraux. Mais ses contours actuels n'apparaissent qu'après la seconde guerre mondiale reconnaissant les droits aux minorités. Il existe alors une grande diversité de religions et de nationalités, les grandes familles religieuses sont plus importantes que les familles ethniques, l'orthodoxie arrivant au premier rang avec 86% de la population. Le pays est essentiellement rural malgré la période socialiste qui, par la collectivisation et l'urbanisation a voulu la fin du monde paysan. En 2006 il existe plus de 10 millions de ruraux et plus de 3,3 millions d'actifs agricoles. Le village est une caractéristique forte de la culture roumaine, il existe 13 000 unités, la moitié de la population rurale vit dans 2 685 villages-centre et le reste dans les 11 000 autres villages. Il existe à ce jour un réel problème de réseaux entre les villages, et entre les villages et les villes. Qui devient un problème omniprésent au sein du monde paysan L'agriculture est à la fois un élément incontournable de la société et de l'économie du pays. Cependant ses performances techniques sont limitées, puisque souvent archaïques car très peu soutenu par l'Etat, ce dernier ne verse ni financement à la formation professionnel, ni financement pour la restauration des milieux naturels abîmés par la collectivisation socialiste. Le statut de paysan n'est donc pas facile et plonge le monde rural dans une certaine précarité. Même si il permet une qualité de vie bien différente de celle de la ville. Puisque les espaces habités sont plus grands et disposent d'espaces verts plus larges, quasi inexistants en ville. L’urbain est également important en Roumanie puisqu’en 2004 on recense 11,9 millions de citadins. Il existe une forme de hiérarchie urbaine: les villes et les villesmunicipes, le second statut permettant plus d’avantages budgétaires, puisque comme dans beaucoup d’autres pays, la ville est restée une affaire de décision législative. La politique joue donc un grand rôle dans la distribution des statuts des villes. Actuellement la situation est fortement marqué par l’ère socialiste «qui s’était donné comme priorité de régulariser l’encadrement urbain du territoire en augmentant le nombre de villes et en favorisant les villes moyennes au dépens des grandes cités régionales». Depuis 1990 l’émigration et la péri urbanisation provoquant la diminution des citadins affecte la quasitotalité des cités. Des villes au paysage urbain monotone puisque, toutes, couvertes par les fameux «blocs communistes », blocs non entretenus puisque après 89 une vague générale de privatisation a soufflé sur le pays aggravant la situation sociale qui était déjà médiocre: manque d’entretien des partie communes, difficultés de paiements des chauffages etc... Accélérant la dégradation des conditions de vie, poussant les foyers à fuir les villes pour chercher mieux ailleurs. La prédominance de l’habitat en immeuble caractérisant les villes qui ont une forte croissance démographique sous l’impulsion industrielle. Impulsion industrielle, qui proposait en majorité une offre d’emplois au sein des villes, mais qui avec la révolution de 89 fait perdre en 15 ans 2 millions d’emplois industriels dans les espaces urbains du territoire.Selon une étude menée en 2006 la démographie de la Roumanie devrait passer en 10 ans, de 20 millions d’habitants à 16 millions d’habitants. Sous Ceausescu et avec sa politique nataliste, les femmes étaient incitées à faire au moins 4 enfants. 14

Paysage rural. Eté 2007

Village de Transilvanie. Eté 2007 Gare de Sinaia, village à 120km de BucarestEté 2010

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Développement radio concentrique de la ville

Organisation en étoile des axes routiers et ferroviaires

La forte représentation des industries dans l’espace Bucarestois

Téléscopage entre urbain et rural

Cependant à notre époque les mentalités ont changé, et avec l’émancipation de la femme, les aspirations féminines se sont transformées. Laissant petit à petit de côté l’image de la femme mère. Bucarest atteint 2 millions d’habitants dont les autres cités bimillionaires les plus proches sont Istanbul, Athènes, Budapest,Kiev. Cette taille démographique est un atout affaibli par un tissu urbain, une structure architecturale et des équipements médiocres qui ralentissent ses fonctions de commandement. Très abîmée par l’ère communiste et particulièrement par l’époque de Ceausescu, la ville digère petite a petit ses traumatismes. Elle s’est développée selon un schéma radioconcentrique, souligné par des axes routiers et ferroviaires, la succession des voies de ceinture et la division en 6 secteurs administratifs partant chacun du centre vers la périphérie. Avec son industrialisation socialiste, des plates-formes industrielles se sont multipliées avec des quartiers entiers de «blocs». La recomposition socio-économique se fait de part et d’autre d’un axe oblique, à l’avantage de la partie nord avec ses «beaux quartiers»: prix fonciers les plus élevés, et diminution de population la plus faible exprimant l’embourgeoisement. Et il ne fait pas bon vivre dans d’autres quartiers, très endommagés. Les infrastructures sont vétustes, certaines 16

L’emprise de la ville reste assez limité elle se confronte rapidement à l’espace agricole.

améliorations ont lieu durant ces dernières années mais elles nerecouvrent pas l’entièreté du territoire Bucarestois. A l’échelle de sa région, Bucarest absorbe 50% des capitaux étrangers investis dans le pays et concentre les bonnes affaires et de grosses fortunes, lésant la plaine méridionale qui a, à son contact le plus bas développement culturel. Ainsi la capitale doit faire un effort pour mobiliser son dynamisme économique au profit de la région, pour l’insérer dans son territoire national, puisque aujourd’hui sa position reste bien trop périphérique. La région compte 6 millions d’habitants, elle est pleine de potentiel puisqu’elle a une forte densité avec beaucoup de bourgades et de villes, des bases industrielle diversifiées, des plaines agricoles fertiles, mais elle enregistre le contraste de richesses le plus élevé du pays. La puissance de Bucarest marque fortement l’opposition entre le Nord et ses collines très urbanisées et industrialisées et la zone méridionale très agricole et au niveau socioculturel le plus bas du pays. Bucarest semble perdue au centre d’une région peu développée. Mais également à l’échelle du pays, en effet les autres grandes villes développés se trouvent au milieu des montagnes, Brasov, Cluj Napoca, Timisaora, et le réseau ferroviaire en étoile autour de Bucarest est trop périphérique pour dominer le territoire. Il existe très peu d’autoroutes,ou alors, elles sont en construction mais restent peu nombreuses. 17


BUCAREST, L’HISTOIRE D’UN DEVELOPPEMENT URBAIN COMME OUTIL DES POUVOIRS La ville de Bucarest s'est développée au XIVe siècle au cœur de la Valachie, l'une des trois principautés médiévales à l'origine de la Roumanie. Cette région se situe au nord du Danube et au sud des Alpes de Transylvanie. Elle fut érigée par Mircea 1er de Valachie, l'un des plus grands princes de Valachie quand il vaincu les Turcs pendant les guerres Ottomanes. Le centre historique de Bucarest est surnommé Lipscani, qui devint le centre commercial le plus important de la Valachie. Il est aujourd'hui situé près de la plus grande place de la ville et du Palais du Peuple. C'est une ville qui fut détruite, pillée et occupée à de nombreuses reprises au cours de son histoire. Sur les cartes on peut constater que la ville s'est développée autour de la rivière Dâmboviţa, de l'axe Ouest Est Regina Elisabeta/ Carol I à l'axe Nord Sud Gheorghe Magheru aux croisements desquels se trouve le centre universitaire de la ville. C'est dans la triangulation de ces trois lignes urbaines que se trouve le cœur de la ville Lipscani. Non loin de là, Ceausescu implantera la maison du peuple sur les ruines de la ville ancienne, et dessinera l'axe Unirii qui est l'axe le plus large de la ville et le plus imposant, anciennement appelé «l'Avenue de la Victoire du Socialisme». Jusqu’au XIXe siècle, Bucarest est une ville aux styles variés, sans rigueur, ni symétrie, il n’y existe aucune unité de traitement, elle est considérée comme inesthétique, ne pouvant ainsi concurrencer les capitales voisines. En effet sa composition est typique des vieilles villes européennes, ses ruelles de formation moyenâgeuse contournent les palais, très souvent voisins de petites maisons paysannes. Les maisons sont éparpillées et noyées dans la verdure, implantée aux hasards des acquisitions foncières. Cependant, une petite partie commerciale plus dense, d’influence saxonne et française caractérise le centre. C’est au milieu du XIXe qu’est formulé le désir de la transformer en ville européenne, avec l’affirmation et l’unification des deux principautés de la Valachie et de la Moldavie. Les moyens manquant ce n’est que quelques années plus tard que les changements commencent à se faire sentir avec l’apparition de deux grands axes: nord/sud et est/ouest. Ceci lui donne une nouvelle lisibilité correspondant aux modèles des capitales occidentales: grands axes, îlots fermés etc… C’est entre 1920 et 1948 que l’on dit que Bucarest a vécu les plus grands changements modernes de son histoire. C’est à cette époque que la ville est assainie prenant pour modèle la capitale française. En effet, les rues sont agrandies et élargies, on ajoute à certaines zones de grandes maisons bourgeoises, la ville est alors requalifiée, de nombreuses architectes français viennent «se faire la main» dans la capitale roumaine et c’est pour cela que l’on retrouve des percées de types Haussmannienne en son cœur. De nouvelles infrastructures sont mises en places, la ville cherche à s’esthétiser, cherchant un nouveau visage, plus prestigieux et rayonnant, ainsi lui est créé un nouveau tissu urbain, avec de nouveaux boulevards et de nouveaux quartiers, parfois chics et parfois ouvriers, le nord est particulièrement touché par cet étalement urbain. On ajoute dans les années 30 deux anneaux concentriques qui marquent la zone centrale et péri centrale. 18

Bucarest au XIXe

Place du marché

Bucarest en 1852. Palais et maisons.

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En 1939, on impose la mitoyenneté et la continuité des façades pour toute la

Place Unirii dans les années 30, la colline de l’Eglise Patriarcale dominait la place.

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Place Unirii dans les années 30, la colline de l’Eglise Patriarcale dominait la place.

zone centrale et pour tous les tracés des artères importantes, au moins au niveau des rez-de-chaussée. Malgré tout il reste très difficile d'imposer une morphologie uniforme à Bucarest dans son ensemble. Le centre s'agrandit, laissant de côté la périphérie, lésée en termes de transports et d'infrastructures. Focalisant de cette manière tout le confort pour les plus riches. Les efforts sont concentrés sur les espaces visibles, les immeubles qui bordent les nouveaux boulevards sont traités différemment selon qu’ils donnent sur les rues principales ou sur les rues secondaires. On attend d’eux qu’ils donnent une image nouvelle de la capitale roumaine, en fonctionnant comme un décor masquant l’ancien tissu. Cette idée de cacher la ville désorganisée par de grandes façades uniformes sera reprise par le pouvoir communiste. Bucarest acquiert alors une nouvelle apparence, beaucoup plus belle, mais surtout beaucoup plus monumentale, il y fait bon flâner, et profiter de ce visage de Petit Paris, bien plus imposant. Commence alors la course à l’image de la capitale roumaine, désir des hommes d’états qui lui feront subir de nombreuses mutations pour la rendre la plus attractive possible. Cette période de développement à la française connaît ses limites à la fin de la seconde guerre mondiale. Abîmée par les bombardements de l’Alliance, Bucarest doit se reconstruire, seulement, le nouvel état communiste ne se sent pas réellement engagé par la crise du logement et préfère mettre en place des plans de systématisation simple, gardant les finances pour des investissements industriels et économiques. La charte d’Athènes est prise pour modèle, dès 1945. Urbanistiquement les principes sont respectés à la lettre, les voiries sont dissociées et hiérarchisées, les immeubles sont desservis par des cheminements piétonniers, reliés à des dessertes locales débouchant sur les voies rapides. Les équipements scolaires et de loisirs sont implantés au pied des nouveaux immeubles et les zones industrielles sont relativement proches des habitations. Les blocs apparaissent alors variant entre barres et tours d’une hauteur raisonnable, l’appartement standard est réglementé d’une moyenne de 50m². A l’époque l’ensemble bâti reste encore bien orienté, et des espaces verts sont aménagés au pied des habitations. L’ensemble de logement de l’époque prend essentiellement cette figure. Une figure standardisée, sans détails particuliers, l’architecture communiste roumaine se développe prenant en compte les principes du système russe. Cette impulsion de renouveau pousse l’état à détruire un certain nombre d’immeubles ne représentant pas suffisamment les valeurs du parti. En effet, ce dernier cherche à nier, et à supprimer les traces du passé, mettant en avant les principes de cet homme nouveau, égalitaire, travailleur et généreux qui doit apprendre à tirer un trait sur les valeurs bourgeoises anciennement enseignées. Les disparités sociales doivent alors disparaître. Ainsi l’état prend possession de l’esprit de ceux qui apprennent à nier d’où ils viennent. L’habitat collectif devient alors un réel modèle dans la société roumaine. Mettant au même niveau bourgeois et prolétaire. En effet, le but est faire disparaître les disparités sociales des citadins d’avant-guerre, ainsi que de «civiliser» les paysans arrivés en ville. Les derniers descendants de grandes familles et les grands intellectuels, sont obligés de quitter leur maison pour s’installer dans des immeubles périphériques. Dans cette optique, le pouvoir encourage l’installation des ruraux et des gitans dans les grandes maisons uni familiales ceci pour punir les bourgeois. 21


Dans les années 50 le processus de systématisation augmente devenant de

plus en plus imposant. De cette façon, l'état cherche à donner à Bucarest, encore une fois, un nouveau visage, un visage plus moderne, plus compétitif, à l’image de cette nouvelle société communiste. La forte industrialisation pousse de nombreux paysans à venir s'installer dans la capitale, où l'offre est importante. Les usines sont installées aux pieds des blocs, ainsi qu'un certain nombre d'infrastructures, marchés, écoles, les appartements sont de tailles différentes en fonction des revenus des habitants, proposant une certaine diversité au sein même d'un ensemble architectural. Le citoyen est au cœur de la société, ayant à sa disposition ce dont il a besoin. De cette manière l'état a un contrôle total sur la population, en lui faisant croire à une certaine prospérité, et une certaine qualité de vie, relativement illusoire, due a l'épuration et à l'uniformisation réalisées qui permet un essor économique au pays. En 1965 Ceausescu devient le nouveau dirigeant du régime, jusqu’à sa chute en 1989. Dans les années 70 apparaît le nouveau projet du mégalomane, celui de faire disparaître les différences entre la ville et les villages, désirant une standardisation des modes de vies. Son but est de réaménager complètement voire de supprimer au profit d’un espace urbain planifié, 6 000 à 8 000 villages. Le parti pousse alors encore plus loin les limites et c’est ainsi qu’apparaissent à Bucarest de nouvelles zones de grands ensembles de plusieurs hectares possédant des milliers de logements, le but étant d’arriver à installer 3000 habitants à l’hectare empiétant sur les communes environnantes. Des marécages sont transformés en zones habitables, quelques grands parcs sont aménagés mais les espaces verts restent tout de même très réduits. Les zones construites choisies sont en général sur des terrains au prix du foncier bas, et de peu de qualité. Ces zones habitables se développent en même temps que l’accroissement de l’industrie et rapidement les espaces libres entre les blocs se voient remplis par de nouvelles constructions. Le bâti devient alors médiocre et de faible qualité. Les immeubles ne sont pas entretenus la ville finira par se dégrader rapidement. Dans son ouvrage Architecte de l’âge d’Or Gheorghe Leahu écrit «les blocs sont exécutés d’une façon inégale, certains soignés, d’autres avec des finitions de misère, des façades décrépites, des trottoirs défoncés entourés de végétation sauvage, malpropres, poussiéreux, truffés de boîtes, de torchons, de saletés empilés comme sur les plus dégoûtants terrains vagues, voilà le confort et la civilisation que nous construisons». En même temps que se développe la planification des lieux habitables par la destruction de réalisations précédente, Ceausescu pousse le projet encore plus loin avec la suppression d’une grande partie du centre historique pour y installer le Centre Civique, deuxième plus grand bâtiment au monde. En effet le leader profite du tremblement de terre de 1977 pour raser la zone centrale en justifiant de l’insécurité de ses constructions. Ne pouvant plus supporter ce cœur de ville à l’image bourgeoise, il décide d’en raser une part importante et fait réinstaller ses 40 000 habitants dans des logements collectifs. Un cinquième des constructions historiques de Bucarest ont disparu pour laisser place à ce monstre architectural, 9000 bâtiments datant du XIXe siècle ont été démolis, 400 ha furent rasés. Ce gigantesque bâtiment doit représenter la puissance communiste, il lui faut alors de 22

Grands ensembles dans les années 70.

Infrastructures de loisirs au coeur des grands ensembles.

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l’espace. Ceausescu met alors en place une architecture de façade, de l'aéroport jusqu'au Centre Civique et à ses alentours. A la manière de ces prédécesseurs du début du siècle, il veut donner une image monumentale de sa capitale, cachant la pauvreté et l'insalubrité, d'un certain nombre de zones. En effet le cœur de Bucarest garde toujours une image de petits villages, avec ses maisons et ses églises cachées derrière des blocs de béton. Mégalomane, l'homme d'état, rêve d'une ville monumentale, représentative d'un pouvoir omniprésent. Rien n'est laissé au hasard, il dirige tout, décide de tout, chaque détail des réalisations architecturales est passé au crible, tout est regardé de près puisqu'il devient «l'architecte en chef d'une nation de constructeurs». De cette façon les architectes formés sont à sa merci sans aucune liberté, suivant les préceptes des livres russes. Le remodelage urbain a pour but le développement, la modernisation et l’embellissement de la première ville du pays pour qu’elle puisse être aussi compétitive que les grandes villes européennes, encore une fois.

Entre 1965 et 1989, sont réalisés à Bucarest, l’Aéroport international Otopeni,

l’Hôtel Intercontinental, le Théâtre Nationa I.L Caragiale, le palais des sports et de la culture, plusieurs centres commerciaux, le métro (la première ligne est inaugurée en 1979). A l’échelle nationale des dizaines de milliers de logements sont construits parallèlement aux travaux de construction du Canal Danube-Mer Noire, de la centrale nucléaire de Cernavoda, etc... En contrepartie, on compte dans la capitale, une vingtaine d’églises orthodoxes détruites entre 1977 et 1989 et le déplacement ou la mutilation de 8 autres, sauvegardées grâce à la technique de déplacement sur rails. 9 lieux de cultes d’autres confessions furent détruits. Certains intellectuels roumains s’érigent contre ces démolitions et s’engagent pour la sauvegarde des bâtiments et zones de valeurs historique et patrimoniale et même si la population civile manifeste son désaccord contre les choix du parti, la société roumaine reste impuissante face à la volonté communiste. La monumentalité est au cœur des préoccupations du dictateur, exprimant l’idée d’une ambition visant le grandiose, prouvant la solidité et la spécificité du communisme roumain, ainsi que l’unité et la forme de la nation roumaine.

La place Unirii actuellement. On peut voir à gauche de l’image derrière les blocs le monastère de la photo plus ancienne.

En 1989, les conditions de vie des roumains sont plus que dégradées, le peuple est écrasé par les soucis, le contrôle, les humiliations quotidiennes, l’absence totale de liberté. Le système communiste commence à s’ébranler aux delà des frontières, la Pologne gagne les premières élections libres, la constitution Hongroise est modifiée en faveur du pluripartisme, les communistes Bulgares sont remplacés par des démocrates, en Tchécoslovaquie, la grève générale est déclarée puis le parti communiste est supprimé. Et pour finir, le communisme chute en RDA. A la fin de l’année, le peuple espère une démission politique, en vain puisque le tyran réaffirme son statut de leader, le 21 septembre lors d’un discours public, poussé par des agitateurs, la foule hurle «à bas Ceausescu» tentant de s’enfuir en hélicoptère, le pilote dépose le couple dictatorial dans la cour d’une caserne, les faisant prisonniers, le 25, tous deux sont condamnés et exécutés. 24

Perspective sur ce qui reste du projet de lac artificiel Vacaresti prévu par Ceausescu au sud est de la ville.

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En 1990 la démocratie est établie. Le bilan social, économique, urbain est lourd. L’insalubrité dans laquelle vivent les roumains doit être modifiée au plus vite. Le prix du foncier étant au plus bas l’état propose au citoyen de racheter les appartements qu’ils procèdent leur offrant un nouveau souffle de liberté. Les anciens propriétaires des habitats individuels que l’état s’était appropriés sont en droit de réclamer leurs biens, seule une toute petite part, en aura le bénéfice. Le pays est à reconstruire, plongé dans le nouveau monde de la consommation et des libertés, le capitalisme se met en place petit à petit créant des écarts sociaux importants, la pauvreté augmente. L’état doit faire face, mais sans réelle volonté. Le pays est en mutation, la population doit apprendre de nouveaux codes de vie, et si le développement de Bucarest commence à se faire sentir ce n’est pas forcément le cas dans le reste du pays qui reste jusqu’à aujourd’hui, encore très loin de nos modèles européens. Il faudra attendre les années 2000 avec le boom économique de la Roumanie, pour voir apparaître un certain nombre de nouveaux aménagements au sein de la capitale, les réseaux d’adduction d’eau et de gaz ainsi que les réseaux électriques et des transports urbains sont en partie renouvelés. La question d’un nouveau visage pour la ville réapparaît.

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Page de gauche : Paysage Bucarestois aujourd’hui. Les façades de grands ensembles cachant la ville basse.

Page de droite: Cartographie de l’évolution de la ville

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UNE ECONOMIE NATIONALE TROUBLEE PAR SON PASSE Depuis la chute du mur et la fin de la guerre froide, l’Europe redevient le partenaire commercial privilégié pour la Roumaine. Selon différentes études le développement économique du pays à besoin de deux éléments décisifs: la dotation en capital, sans laquelle les énormes besoins de modernisation et de transformation de l’appareil productifs ne peuvent être financés et une infrastructure correcte de la circulation, base de l’accessibilité et d’insertion dans le système des échanges internationaux. En 2007 on faisait le constat que la Roumanie restait pauvre, à la fois financièrement et infra structurellement. D’autant plus que la dernière décennie à servi à rembourser intégralement les dettes des années 60 pour l’achat d’équipement industriels en occident. L’évolution fut lente jusqu’à 2000, depuis l’attrait d’un marché de 21 millions de consommateurs, une main d’œuvre bon marché, et la perspective de l’entrée dans l’Union Européenne dans les années 2000, ont permis la forte progression d’investissements étrangers. L’argent et les grandes entreprises viennent principalement de l’UE (enveloppe de 30 milliards d'euros sur 2007-2013 pour accélérer son développement), mais beaucoup de petites entreprises d’affaires sont originaires du Moyen-Orient, d’Asie et même du pays voisin, la Hongrie. Cependant le pays reste enclavé malgré la desserte aérienne et ferroviaire qui est assurée avec l’Europe. La voie danubienne et le transport routier intercontinental vers l’Asie reste marginalisé. Si l’industrie a été la grande affaire du régime socialiste, elle est devenue la grande plaie de la période de transition. La lenteur de sa restructuration et de sa privatisation a autant tenu aux structures héritées du socialisme qu’aux tensions politiques du présent. La privatisation industrielle a été très lente et a freiné l’arrivé des investisseurs étrangers jusqu’à 2000 mais cette transition industrielle indécise s'achève. Il faudra attendre 2001 pour que la Roumanie retrouve une croissance relativement stable, 5% par an environ, fondée en particulier sur l’exportation, la croissance s’amplifie donc par l’arrivée massive d’investissements et du fort développement de la consommation. Cependant avec l’apparition de la crise mondiale le pays voit apparaître une diminution de ses importations. En 2004 la Roumanie est déclarée économie de marché fonctionnelle par la commission européenne. Le système politique en place depuis 2008 tente de lutter contre la crise malgré un déficit public de 5,4% du PIB laissé par ses prédécesseurs. 4000 sociétés françaises ayant investi en Roumanie sont recensées en 2005 et on annonce un investissement de leur part de plus de 3 milliards. L’Autriche, les Pays-Bas et l’Allemagne ont investi plus encore. La majeure partie des investissements s’est faite dans le secteur de la distribution. On comprend mieux pourquoi Bucarest voit apparaître comme des champignons des dizaines de supers malls. En 2006 le pays possède le centre commercial le plus grand d’Europe centrale et de l’Est, construit en moins de 11 mois avec une valeur d’investissement de 60 millions d’euro. Le groupe Carrefour est partout, voulant passer de 6 à 11 supermarchés en 2007, pour contrer la concurrence bien présente. Renault est également sur le devant de la scène dans l’industrie automobile avec la relance et le succès 28

de Dacia, la sous traitance s’implante partout dans le pays, et Ford s’est également installé. Le secteur des nouvelles technologies trouve également sa place avec l’implantation d’IBM, Amazon, HP, Microsoft. L’agriculture restant a la traîne avec ses exploitations familiales. Cependant les principaux pays bailleurs s’impatientent face à l’absence de progrès dans la lutte contre la corruption beaucoup trop présente et menacent de remettre en cause les fonds structurels. De plus même si de nombreuses entreprises étrangères s’installent dans le pays, et qu’un grand nombre de roumains sont partis pour travailler dans différents pays de l’UE, et que le chômage est très peu présent voir inexistant à Bucarest, ce n’est pas pour autant que la qualité de vie des roumains explose. En 2009 le salaire mensuel net moyen est de 322 euros, la loi garantissant 300 euros pour les diplômés supérieurs, 150 e pour les personnes de faible niveau d’études et la retraite moyenne est d’environ 175 euros. Depuis 1990, la population du pays ne cesse de décroître, on estime une perte de 2 millions d’habitants en 15 ans, au-delà d’une très faible natalité, 1,5 millions de roumains vivent au-delà des frontières, comment ne pas être attiré par des opportunités de travail plus avantageuses à l’étranger? Sans oublier que les conditions de vie des ruraux restent précaires. Le pays se développe de façon inégale. Bucarest reste la ville, où il est le plus facile de trouver un emploi au salaire presque aussi bien rémunéré qu’en Europe, un accès au soin, au transport et au loisir, en comparaison avec le reste du pays, où l’ensemble de ses infrastructures sont peu représentées.

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L’URBANISATION TARDIVE D’UN TERRITOIRE AU VISAGE RURAL POLYCENTRIQUE

POLYCENTRALITE Un développement du territoire dit «Oriental»

Dessin tiré d’une carte de 1879, montrant les différents pôles religieux de la ville.

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Quand on se promène dans Bucarest, l’image d’une ville fragmentaire, polycentrique, nous surprend, elle semble être un collage de plusieurs éléments qui peuvent être parfois de même nature. Son organisation spatiale n’est pas hiérarchisée, elle est l’assemblage de territoires superposés. Des territoires, superposés ou imbriqués sur une étendue vaste, libre, sans réelles limites. En effet, la capitale Roumaine, ne s’est pas développée comme beaucoup de villes occidentales, au cœur de fortifications successives. Elle se construit sur le modèle oriental, à la manière de Constantinople puisque longtemps occupée par les Ottomans. Elle est en fait, l’assemblage de plusieurs petites structures urbaines, définies par des unités paroissiales mises en place à l’époque moyenâgeuse. Elles sont installées sur un terrain ne comportant que de légères dénivellations, notamment le long de la rivière Dâmbovita s’étendant des marais de celle-ci jusqu’aux plaines le long des voies de communications. La ville telle qu’on la connaît aujourd’hui a subi un long processus d’urbanisation, et a vu se développer progressivement un conglomérat de villages, sur une période allant du XVe au XIXe siècle. Même si leur morphologie est similaire, et que leur proximité est proche ils ont su développer une identité propre. Le fait que les phases d’évolution de l’agglomération furent longues ces complexités originelles ont été préservées. Le village devient d’abord quartier commercial puis quartier ethnique, on les appelle des «mahala», ils sont constitutifs de la ville, et toujours actuels. 31


Ces entités villageoises s’unifient à la fin du XIXe siècle dans un tissu continu, qui a perduré jusqu’à nos jours en conservant des zones présentant des degrés d’urbanités différentes. Il ne s’agit pas de structures urbaines clairement identifiables mais d’une sorte de collage d’éléments presque similaires. De cette manière, plusieurs centres se sont ainsi constitués, l’absence de fortification a créé plusieurs noyaux protégés. Au palais royal s’ajoutent les monastères, installés sur de petites collines, entourés de parcelles agricoles, ils jouent le rôle de «pôle» pour chacun des «quartiers». Quartiers dont les maisons se développent en tournant le dos aux rues, à la manière orientale. A cela s’ajoute les «cours de protection», ensembles de maisons, ayant des statuts et des morphologies très différentes puisque s’y mélangent, maisons riches et constructions pauvres. Ces noyaux de protections ont été, par la suite, et plus précisément lors du XIXe siècle, remplacés par des noyaux institutionnels, dispersés à travers la ville. Accentuant, le caractère polycentrique du tissu urbain, à l’encontre d’une urbanisation uniforme. A l’époque communiste, ce modèle du village est repris à travers les grands ensembles, mis en place de façon à ne se suffire qu’à eux même, les écoles sont aux centres des barres, organisées elles-mêmes autour de parcs, des marchés sont installés à proximité des lieux d’habitations, pour que le citoyen communiste puisse subvenir à ses besoins facilement. Les zones industrielles font corps avec les grands ensembles, faisant partie à part entière de la ville. Ces différents ensembles créent ainsi une multitude de bouts de ville relativement auto suffisants. La question du centre est alors autre. Ainsi ce polycentrisme, génère, encore aujourd’hui un rapport étrange entre centre et périphérie, Bucarest est considérée par certains comme une «périphérie généralisée» puisqu’en effet, l’actuel «centre» de Bucarest possède des caractères de la périphérie, et les zones périphériques, ont, elles, des poches fortes de centralité. L’espace est donc non hiérarchisé, il n’est pas toujours évident de définir les différentes parties de la ville. On retrouve des groupements et des configurations similaires dans le centre et la périphérie, et les limites dans les variations urbaines sont très peu perceptibles.

Adroite : Cette carte de 1789 nous renseigne sur le paysage fortement rural de Bucarest et nous pouvons remarquer le système de cour protectrice. La trame triangulaire indique les deux voies encore présentent aujourd’hui et constitutivent de la ville. Calea Victoriei et Calea Rahovei. Tout à fait au sud sont représentés deux des plus importants monastères de la ville nichés sur des collines.

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Image d’une ville basse

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Désir politique d’une organisation plus «Occidentale» A ce polycentrisme originel, les urbanistes de la fin du XIXe siècle, cherchent à y installer une forme d’organisation à travers deux percées Haussmannienne, sur le modèle parisien, lui-même inspiré de la capitale Londonienne. Transformée par la révolution industrielle, elle qui fut pourvu de grands parcs et de réseaux d’assainissements. Créant, dans le cas roumain, une centralité faible. Bucarest s’inscrit alors dans une alternance entre ordre et agglomérat. Depuis le ciel, la ville semble être organisée à travers un certain nombre d’axes mis en place depuis un siècle et demi qui organisent la ville à la manière occidentale, mais à l’échelle du piéton, le ressenti est plus complexe, l’organisation semble beaucoup moins claire et linéaire. L’ordre est une notion importé, une tentative des politiques de s’inspirer de modèles européens, dans le but de réorganiser la ville selon une vision hiérarchisée, mettant en lumière des places, des monuments, pour créer une impression d’espace et de puissance. En créant un certain nombre de réseaux de parcs et d’avenues bordées de villas bourgeoises, et en ajoutant aux avenues existantes une structure de bâtiments publics le long des rues. On parle alors d’un processus «d’occidentalisation» sur le modèle de la ville bourgeoise puissante de la fin du XIXe siècle au début du XXe. Notion du grandiose et d’une certaine théâtralité poussée à son paroxysme à la fin du XXe s avec Ceausescu et son duo infernal du palais du peuple et de l’axe qui l’accompagne, à la fois issus des quartiers modernistes, inspirés clairement du modèle de la Charte d’Athènes imposée par les soviétiques, excessivement organisés et hiérarchisés. Cette envie de maîtriser le territoire à travers les décennies, s’oppose alors à la notion d’agglomérat qui est l’essence de la forme urbaine bucarestoise, une façon d’habiter le territoire originel et qui, encore aujourd’hui, résiste. L’espace est non uniforme, provoquant une variation

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parfois graduelle, parfois brusque, de la densité du bâti et du vide. Il n’y a pas de projet commun, l’extension à lieu sous forme de coup par coup répondant à des nécessités ponctuelles. Le parcellaire témoigne de ces organisations anarchiques puisque les parcelles sont organisées de façon disparate aux seins d’îlots sans dessins réguliers. Ne répondant à aucun code urbain. Durant la période pré moderne il n’était pas rare d’observer des alternances entre espaces construits, terrains vagues et terrains agricoles, ce schéma pouvant se retrouver encore dans la ville actuelle. Ainsi les axes, les places et les nœuds s’opposent au tissu diffus. A l’échelle d’un quartier, la rue principale et les bâtiments publics et symboliques qui la longent sont organisés et font face à des ensembles irréguliers de petites maisons accumulées les unes contres les autres, dévoilant ainsi la dimension fractale de Bucarest. Chacun des espaces s’est développé en englobant d’autres espaces n’ayant pas la même nature, créant ainsi des ruptures d’échelles au niveau d’un même «ensemble». A observer la ville en coupe, on découvre alors la complexité du tissu urbain et la violence de la diversité des mesures, les barres de 10 étages qui longent les avenues gigantesques cachent des étendues de petites maisons à cours, de petites églises, de petites rues mal entretenues débouchant sur des axes hors échelle, qui n’ont plus rien a voir avec des dimensions humaines. Au-delà de la diversité des centres constitutifs de la ville à l’échelle urbaine, il existe des formes d’habitats divers qui se percutent et qui créent alors une sorte de renfermement vers l’identité habitée. La manière d’user de la ville, et de vivre n’est pas la même dans les grands ensembles que dans les étendues «villageoises», même si les formes construites sont voisines. Au sein même d’un ensemble bâti se créé alors une diversité polycentrique, de cette façon à la plus petite échelle apparaît une reproduction en miniature des codes de l’agglomération.

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Des grands ensembles pour cacher le tissu urbain diffu et pour rendre la ville monumentale.

Page 26: Cette carte de 1886 nous renseigne, à la fois sur les tracés existant de l’époque toujours actuels et sur le tracé des voies projetées dont on retrouve une partie aujourd’hui. Les voies importantes sont des radiales qui relient Bucarest aux villes voisines et d’ailleurs. La ville se développe essentiellement au Nord-Est.

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Page 27: Cette carte de 1926 témoigne de la réalisation des artères Nord-Sud et Est-Ouest imaginées ainsi que du commencement de l’étalement urbain au delà de la couronne extérieure.

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TERRITOIRE Télescopage entre rural et urbain Une agglomération qui peut par certains aspects, lors de parcours particuliers donner l’impression de n’être qu’une étendue de multiples villages, accentué par le fait qu’il n’existe pas, comme chez nous, de banlieue à proprement parler. Les grands ensembles font partie de la ville, les zones pavillonnaires également. Le tissu de la ville s’arrête par une progression lente de densité, entre la hauteur imposante des grands ensembles, auxquels se confronte un ensemble plus bas de zones industrielles, pour terminer par un large espace investi par des constructions basses anarchiques, sans autorisation, ne s’intégrant pas au plan d’urbanisme officiel. Une périphérie voyant s’installer au long du XXe siècle de nouveaux arrivant qui ont construit sur le modèle originel leurs propres maisons en bois et en torchis dans le style rural, de manière illégal. Les autorités n’ont pas réussi à stopper leur

Sur cette carte des années 60 la ville s’est étendue, à la fois au Nord, à l’Est et au Sud, le long des axes routiers. De nombreux grands ensembles et usines ont été implantés empiétant sur les anciens villages voisins. La ville prend de plus en plus d’ampleur.

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étalement, ni a installer des infrastructures permettant à ces populations de vivre dans des conditions décentes. Puisqu’il reste encore aujourd’hui un grand nombre d’habitations non viables celles-ci faisant face à une étendue naturelle, certes maîtrisée, mais qui reste rurale, alternant entre champs agricoles et friches.

Sur cette carte communiste de 1985, l’échelle est beaucoup plus vaste que les précédentes correspondant aux limites agricoles de la région Ilfov de Bucarest, l’ensembles de communes voisines sont représentées, ainsi que l’espace bâti de la capitale, le nom des grands ensembles sont inscrit (Drumul Taberei/ Berceni/ Titan/ etc) . Les axes routiers en rouge, donnent une impression tentaculaire, d’un étalement urbain maîtrisé, futur, rêvé.

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L’urbain et le rural se confrontent alors. L’étalement urbain est limité aux frontières administratives de la capitale, seuls quelques villages l’entourent créant une légère impression de ville diffuse, mais sur une étendue relativement réduite puisque très vite, le géant agricole apparaît. Ici, la ville s’est construite en rapport avec la Nature, elle ne s’en est pas détournée, comme d’autres villes fortifiées qui se sont construites de manière centrée sur elles-mêmes. Bucarest ne s’est pas édifiée en opposition avec la nature, mais avec elle, puisque longtemps rural, l’individu à alors ancrée en lui cette notion de nature. Dans l’histoire Bucarestoise on observe que les habitants se sont rarement imposés à elle, ils ont appris à vivre avec elle, et à l’utiliser, ayant alors un contrôle faible sur leur territoire, puisque les grands travaux urbains sont arrivés assez tard dans le processus d’urbanisation. A l’image de l’histoire du pays qui est, essentiellement rural, l’urbanisation est à peine visible. Durant la planification du XIXe siècle une ceinture verte fut projetée autour de Bucarest sur le modèle Londonien de l’époque, rentrant dans le réseau des villes jardins dans le but de protéger «les éléments du cadre naturel, de prévenir l’expansion non contrôlée de la ville et la garantie des espaces de loisirs». De nos jours le projet a été repris par la maire de la capitale dans le but de contrôler le territoire, ainsi que de maintenir et protéger la zone rurale, mais nous reviendrons sur ce projet ultérieurement. Cette logique correspond à l’image de Bucarest qui a eu a longtemps le profil d’une ville jardin, de faible densité, où seuls les clochers des églises se détachaient à l’horizon, issus du modèle oriental, privée de fortifications par les Ottomans. La ville du XIXe est l’héritage des quartiers organisés autour des églises qui se distançaient par des vignes, des vergers et des terrains vagues permettant aux populations des les utiliser comme pâturage, champs, ou lieux de foires, à la façon de Constantinople. Cette ville idéale rêvée, reste dans les mémoires des habitants, d’autant plus qu’elle correspond à l’image d’une ville qui sait s’adapter aux fluctuations naturelles car construite avec des matériaux locaux permettant ainsi de se reconstruire, en dépit des multiples destructions dues aux différents phénomènes naturels. Bucarest s’est densifiée au cours du XIXe siècle et surtout lors de la période communiste, en utilisant ces catastrophes naturelles comme brèche pour mettre en place les projets d’urbanisme. Séismes, tremblements de terre, incendies, servant de prétexte pour une reconstruction massive provoquant ainsi de nouveaux rapports entre la ville et le risque, augmentant ainsi le champ des possibles en matière de destructions. Transformant ainsi, une ville faite d’un agglomérat de constructions basses adaptées aux reconstructions rapides, que certains qualifie comme «résiliente», à une ville bimillionaire, dense, monumentale, résistante. Mais qui s’est fragilisée et qui possède aujourd’hui cette image de ville abîmée. Une ville dont l’économie n’a pu lui permettre de se régénérer véritablement et dont l’étalement urbain imposant ne peut être gigantesque, comme certain l’aurait voulu. En effet, l’économie du pays n’a pu permettre, a ceux qui le désiraient de construire plus qu’ils ne le faisaient déjà, même si de nombreuses villes sortirent de terre durant le XXe siècle et que Ceausescu rêvait d'une ville globale. Un urbanisme dévorant l’ensemble du territoire, supprimant des milliers de villages, qui couvrent la quasi intégralité du territoire roumain, au profit de la création de 42

Villes agro-industrielles. Dans le but de maîtriser totalement la moindre parcelle de terre, nous reviendrons sur ce point. Au-delà des désirs politiques, et de la transformation qu’ils ont opéré sur la capitale, ainsi que du développement économique qui n’a pu permettre un étalement urbain dense majeur, n’oublions pas qu’aux habitant issus du rural déjà installés, sont venus s'ajouter en grand nombre, des paysans de tout le pays. Lors de la période communiste, cette nouvelle population a été installée dans les grands ensembles dans le but d’annihiler les disparités sociales, et pour reloger tout ces hommes dont les villages furent rasés. Une population peu habituée aux codes de la ville, ayant des attentes, et des désirs, qu’elle ne pouvait trouver ici, tout en apportant ses codes et ses habitudes de vies. Les politiques successives ont cherché à changer le rapport entre l’homme et la nature, mais ces projections n’ont jamais trouvé un réel aboutissement, les transformations autoritaires n’ont jamais réellement été terminées. Que ce soit les régularisations du XIXe siècle, ou les développements urbains communistes, elles ont du s’adapter aux complexités existantes. Et à une lutte silencieuse des habitants. Même la cicatrice de Ceausescu commence à être absorbée et transformée, les quartiers communistes subissent, aujourd’hui, une mutation lente due aux manières d’habiter traditionnelles qui reprennent le dessus. Les citoyens adaptent et réadaptent leurs lieux de vies sans en modifier fondamentalement leurs structures, mais résistent aux schémas imposés, ceux de la vie en collectivité à outrance, ce système est entrain de muter, puisqu’on peut observer ce refus du collectif, l’espace public urbain est négligé, abandonné, à la recherche d’un confort individuel, développé au sein de la cellule habité. L’urbain planifié, n’est pas l’essence de cette ville, ni ses codes de vie. Contrairement à la France, par exemple qui a su voir se développer à travers le temps un nombre important de grandes villes, en même temps que la construction du fantasme de la maison individuelle en campagne pour la majeure partie de ses occupants, modèle largement développé à travers le pays.

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Télescopage des différents modèles urbains et rupture d’échelle.

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Le rural comme façon de vivre Modèle, qui est également ancré chez les Roumain, puisque la ruralité, couvre, l’essentiel du pays encore aujourd’hui, il n’existe qu’une petite dizaine de pôles «fortement urbanisés», dont le nombre d’habitants s’apparente à celui de Rennes. Il y a alors plus d’un million de ruraux et plus de 3,3 millions d’actifs agricoles dans le pays. Une ruralité, qui n’a pas vécu de réel progrès, et dont les performances agricoles restent assez limitées. C’est essentiellement une agriculture familiale qui est mise en place. Les pesticides à outrance, les grandes firmes agro alimentaires, les propriétaires terriens exploitant plusieurs hectares existent peu, le laboure à la charrue et au cheval reste d’actualité rendant très brutal le télescopage de la campagne et de la ville. Cette manière de vie est généralisée, et revendiquée comme identitaire, même si les habitations mériteraient d’être entretenues ainsi que les infrastructures, les pratiques de vie restent appréciées. Notamment le rapport à l’espace. Provoquant ainsi le désir, de tendre vers un progrès certain pour une amélioration des qualités de vie, mélangé à la ferme envie de trouver des systèmes répondant à leur codes culturels. C’est pourquoi on peut voir à Bucarest le développement continu du modèle de la maison, auquel s’ajoute un certains nombre d’espaces de liberté, d’errance et de paresse, non organisés et ne faisant pas partie des codes urbains mis en place à l’heure actuelle. Ceci permettant de multiples points de vue sur le territoire, pouvant l’observer de loin, que ce soit vers l’horizon naturel ou urbain. Ce vaste territoire permet un recul, et un champ d’observation étonnant sur la machine urbaine qu’il nous manque dans nos villes sur urbanisées. Cette idée de l’errance en marge de l’espace bâti est un élément majeur dans la formation des lieux de vie, un lieu de recul qui permet le vagabondage, mais aussi, fait pour être un espace qui s’adapte aux nécessités, dont on a déjà fait référence précédemment, pouvant accueillir foires, jeux, terrains de parcours etc. Ce système on le retrouve aujourd’hui sur la périphérie de la capitale. Des lieux hors réglementation, non recensés, mais qui culturellement et socialement ont un statut particulier, qui ne pourraient apparaître comme de simple terrains vagues, faisant partie d’un réseau de «non lieux» mais qui ont un sens particulier pour les roumains et qui font la ville, qui permettent une certaine flexibilité dans les pratiques. A notre époque, ces espaces sont parfois investis par des entrepreneurs qui continuent à développer cette image de la maison comme idéal, sur des terrains qui n’ont rien à voir avec du rêve, mitant le territoire. Courant 2000 le nord de la ville a pu voir sortir de terre un ensemble de 1000 maisons à la frontière d’un aéroport. Cette partie de la capitale est considérée comme étant de qualité car proche des lacs et d’un certain nombre de forêts. Ce cadre quasi idyllique est un trompe l’œil puisque l’ensemble des habitations réalisé selon un programme d’accession à la propriété se trouve à 100m de l’aéroport international Baneasa. Les investisseurs profitent de ce fantasme de la ville comme village au dépend, de la qualité de vies des futurs occupants, des espaces agricoles, et des espaces verts, les forêts à proximité du projet ont été défrichées pour installer 10ha de d’espaces commerciaux et de bureaux. Ce genre de réalisation est apparu dans le courant 46

des années 90 avec le premier gated communities, construit par Bouygues, complexe résidentiel de 34 villas et 35 appartements intégrant services de loisirs, de santé, de sport et de gardiennage complètement clôturé, visant la population d’expatriés vivant à Bucarest. Cet étalement urbain correspond aux caractéristiques de la ville, puisqu’il est caractérisé par des constructions basses, un développement plus horizontal que vertical. Se confrontent alors les zones d’auto construction, sans plan d’ensemble ni trames viaires, ni réseaux courants, utilisant les puits pour leurs besoins quotidiens alors que les eaux souterraines sont très polluées, et des terrains sous le joug d’investisseurs publics ou privés ne proposant pas toujours de quoi vivre dans des espaces ayant de vraies qualités. Ce modèle originel qui continue de se développer aujourd’hui trouve un écho majeur dans les enjeux économiques, immobiliers, et sociétaux, pour une population qui a souffert de ne rien pouvoir vraiment posséder pendant 70 ans. L’attachement résidentiel comme stabilité familiale et personnelle et surtout l’acquisition d’un bien comme accomplissement. De plus le parc immobilier Bucarestois, est en désuétude, et souffre d’un manque d’entretien évident. Conférant à certains quartiers une image parfois post apocalyptique.

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Des maisons de zones d’auto construction et des villas de gated communities. C’est l’aéroport de Baneasa que l’on voit à droite de la dernière image. Face au nouveau parc immobilier de Nord de la ville

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QUAND L’HERITAGE COMMUNISTE ET L’ECONOMIE LIBERALE REPRIME LA VILLE Les acteurs de la ville

Des habitants victimes d’une accession à la propriété massive et d’un processus de rétrocession trop lent. La question du sol et ce qu’il engendre est une question au cœur de la complexité Bucarestoise. Durant la période communiste, le sol appartenait à l’état, qui avait tout les droits sur le territoire, l’urbanisme et l’architecture. Après 1989, l’état propose aux locataires des quartiers résidentiels d’acheter à moindre coups leurs habitations. Les Bucarestois sont devenus alors pour la grande majorité (82% recensé en 2002, 97% à l’heure actuelle) propriétaires. L’accession à la propriété est une proposition qui a une symbolique très forte pour une population au sortir du communisme, donnant le sentiment d’une liberté retrouvée, mais qui cache un ensemble de responsabilités et d’investissements que les Bucarestois ne sont, encore, aujourd’hui pas en mesure d’assumer. Cette privatisation a engendré alors un désinvestissement de l’état et des structures publiques. A cette opération s’est ajoutée celle de rétrocession des bâtiments nationalisés par le parti communiste. Ce processus n’étant toujours pas achevé. L’Union Européenne a fait passer une loi sur la restitution des bâtiments confisqués, donnant lieu aujourd’hui à de nombreux litiges et procès. Et laissant vacants ou en très mauvais état les lieux concernés. A l’heure actuelle, on estime que 42 000 dossiers de demande ont été enregistrés par d’anciens propriétaires, mais seulement 3 100 ont pu retrouver l’entièreté de leurs biens, laissant en désuétude un nombre important d’habitations. Ces deux opérations sont en partie responsables de cette image de la ville qui tombe en ruine puisque les propriétaires des grands ensembles ne sont pas en mesure 50

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financièrement les travaux nécessaires à la survie des bâtiments, dont la qualité bâti était déjà médiocre. Les réalisations communistes sont connues pour leurs coûts de constructions à bas prix, l’isolation thermique et phoniques ont été sacrifiées, les finitions négligés. Aujourd’hui les façades, les jardins communs, les cages d’escaliers sont victimes de ce laissé aller. Après avoir vécu des années sous contrôle, l’Etat décidant où chacun devait travailler, et habiter, le courrier vérifié, le téléphone mis régulièrement sur écoute, il n’était possible de visiter, sur demande, que certains pays, lors de voyages organisés par le parti. Chaque moment de la vie était surveillé et jugé acceptable ou non, avec comme idéal «l’homme nouveau» dans une société communautaire. Cette possibilité de propriété, apparaît alors comme un miracle, il est enfin possible d’avoir en sa possession un bien. Il est enfin possible de faire un choix, et de pouvoir utiliser comme on le souhaite la cellule d’habitat, l’argent que les habitants possèdent est investi dans l’amélioration de leur espace personnel et non pas dans celui qui est collectif. De plus l’envolée des prix de l’immobilier et le manque de proposition intéressante à l’heure actuelle provoque une stabilité résidentielle subie. Ne pouvant restaurer leurs biens, en les revalorisant, les plus pauvres qui n’ont pas encore déserté les logements collectifs, et qui sont nombreux, sont dans l’impossibilité de pouvoir changer de résidence voyant alors leur cadre de vie se dégrader petit à petit. Ne pouvant financer les travaux des espaces collectifs et étant confrontés à des copropriétés, ne rassemblant non pas une dizaine de personnalités mais un plus grand nombre, la marge de manœuvres est impossible, pour ces résidents. Plusieurs études témoignent de la petitesse des appartements des grands ensembles, et du nombre très restreint de pièces, allant de 21 à 42m² pour la plupart rendant difficilement supportables les conditions de vies pour des familles très souvent nombreuses. En effet il n’est pas rare de voir plusieurs générations vivre dans un même appartement, faute de moyens, engendrant des effets sociaux néfastes. La transformation économique du pays vers un système libéral a plongé la population déjà modeste, dans des situations financières encore plus précaires, ne pouvant s’adapter au capitalisme de masse.

Le centre est marqué par des logements individuels anciens et d’immeubles de l’Entre-deux-guerres, c’est une zone qui a été délaissée par les communistes et qui c’est rapidement dégradée. Aujourd’hui ce centre est transformé, en parti réhabilité quand il n’est pas détruit. Entre les quartiers centraux et ceux des grands ensembles le bâti est marqué par des lotissements de l’Entre deux guerres ainsi que par des villas et des pavillons populaires. Les artères principales sont ceinturées d’habitat collectif de mauvaise qualité. Les grands ensembles des années 60 et 70 sont des zones urbaines hétérogènes, denses. Faute de moyen les infrastructures n’ont pas toujours été réalisées. Les zones extérieures sont étendues et variées, elles accueillent de nouveaux arrivants depuis plusieurs décennies qui développent des zones d’auto construction vétustes. Les grands ensembles sont en rouge, les zones représentés par du pavillonnaire en majorité sont en bleu et les zones représentés par l’habitat intermédiaire en rose.

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Grands ensembles, zones centrales, et pavillons sont endommagĂŠs.

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Des politiciens qui se dédouanent Mais ces enjeux ne se jouent pas seulement à l’échelle individuelle mais également à celle du politique. La transformation de ces espaces est le fait d’une conscience politique qui devrait trouver des solutions, mais qui s’en dédouane puisque les acteurs du pouvoir pensaient l’avoir trouvée avec la privatisation de 1990. Une privatisation massive des logements mais aussi de l’ensemble des industries, qui s’est faite de façon incohérente et relativement anarchique. De plus l’organisation politique de la ville est morcelée et ne permet pas une gestion cohérente et la possibilité d’un vrai geste politique urbanistique. La capitale est découpée en 6 secteurs et a à sa tête, un maire général, un conseil municipal général, 6 maires de département, 6 conseils municipaux, et un préfet. Se développent alors des conflits politiques internes. Ce dysfonctionnement se répercute donc à la fois sur l’étalement urbain sans qualité complètement anarchique, et sur la non prise en charge de l’espace déjà bâti. Les plans d’urbanisme général (PUG), ont été réalisés durant la fin des années 90 et début 2000 et n’ont pas été réellement revisité, le territoire est donc organisé en zones administratives et fonctionnelles différenciées. Le but de ce document était de réaliser un développement socio-économique équilibré et d’améliorer la compétitivité de la ville pour la rendre bien plus attractive à l’échelle internationale, car relativement mal côtée à cette époque. Il était donc nécessaire d’employer une stratégie particulière en «diversifiant les fonctions métropolitaines et en facilitant l’installation des fonctions internationales, ainsi que par l’offre de terrains attractifs et immédiatement accessibles pour l’implantation de siège des diverses organisations internationales / en développant la ville comme principal centre culturel, de recherche et d’enseignement supérieur, ainsi que centre de manifestations internationales à caractère politique, économique culturel et sportif/ en privilégiant le développement des industries et services / en réhabilitant de l’ambiance et de la qualité de l’image générale de la capitale et en développant le tourisme ». La stratégie de développement utilisée stipule la réalisation d’axes de transports d’après des systèmes européens, l’accentuation des principes de polycentrisme, l’implantation d’une ceinture verte et de parcs régionaux d’activités. Seulement, il est assez compliqué de réaliser ces objectifs puisque le territoire est morcelé administrativement et que les opérations sont réalisées en fonction du plan d’urbanisme zonal (PUZ) par secteurs, ainsi il n’existe dans les faits aucune stratégie cohérente selon un plan d’aménagement réfléchi, en plus de la gérance des budgets, peu élevés dans le domaine de la construction. Les maires cherchent donc à rendre visible le peu de changement qu’ils opèrent à court terme et s’intéressent en majorité aux espaces verts et aux places de parking. Les transformations sont avant tout locales, se réalisant entre contentieux juridiques et spéculation foncière. Depuis peu, une légère prise de conscience des acteurs politiques a permis le lancement d’un programme d’étude de l’état actuel des différentes aires urbaines en désuétude, dans le but de mettre au point une méthodologie à petite échelle de solutions efficaces qui pourraient être développées à grande échelle. Lors de ma dernière visite de Bucarest en Mars 2011, j’ai pu constater que certains quartiers avaient été transfigurés, rejouant une nouvelle fois encore la façade 56

Potemkine, cette façade mise en place pour cacher la misère, «le désordre», aux yeux du visiteur, donnant l’image d’une ville faste. Certaines mairies de secteur se sont lancées dans une solution miracle. Celle d’isoler, par l’extérieur les bâtiments et de les couvrir de vives couleurs. Naïvement je me suis mise a imaginer être à Tirana en Albanie, ville aux milles et une couleurs, issue d’une politique jugé parfois comme étant de la poudre aux yeux mais qui a su donner un nouveau caractère à la ville, une attractivité nouvelle, les façades devenant un espace de créativité pour les habitants. Seulement à Bucarest mes idées se sont avérées être illusoires, puisque les couleurs peintes sur les murs sont celles du parti auquel appartient le secteur c’est pour cela qu’au lieu d’un patchwork de forme colorées une uniformité violente couvre les avenues de vert et saumon, de bleu et de rouge. Ces parcs immobiliers en désuétude, et à l’encontre des désirs de Bucarest d’entrer dans la logique des villes compétitives, dans la dynamique des capitales attractives, ne trouvent hélas aucun moyen réel de changer, pour offrir à ceux qui y vivent un cadre et une réelle qualité de vie. La capitale cherche à développer le tourisme pour redorer son image d’ancienne ville communiste. Avec comme méthode une restructuration urbaine ponctuelle, une restauration, hésitante, de l’espace public. Et non pas en revalorisant le bâti existant, en le requalifiant réellement ou encore en jouant la carte d’un ensemble d’infrastructure qui permettrait un rayonnement de la métropole à l’échelle internationale, stratégie largement utilisée dans nos capitales européennes. Les autorités ne mettent pas en place un geste fort, mais cherchent à créer une vitrine moderne au conglomérat d’anciens villages. En imposant sans finesse leurs couleurs politiques.

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Transformation des artères principales par un système d’isolation et de rénovation de façades aux couleurs politique

Page 57: 6 secteurs pour une gouvernance et un plan d’urbanisme global conflictuel

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Architectes et urbanistes sous le joug des nouveaux acteurs du pouvoir: les investisseurs privés. Si les politiques n’entreprennent pas de geste fort autre qu’un système de cache misère, les architectes et les urbanistes n’apparaissent pas non plus sur le devant de la scène, et semblent continuer à fonctionner sur d’anciens modèles. En effet, n’ayant eu aucune liberté pendant de nombreuses années, puisqu’exécutant simplement les ordres et les désirs du «génie des Carpates» et avant cela s’alignant sur les exigences de Moscou, la profession semble mal entraînée à se positionner et a prendre parti pour des idées définies et fortes à l’exception bien évidemment d’un certain nombre d’agences qui opèrent des réalisations ponctuelles de qualité. Ainsi la profession reste sous le joug du pouvoir, incarné ici par des groupes financiers qui dictent des lois qu’il est peu possible de contourner, et reste asservie à la corruption, non plus communiste mais libérale. Ces investisseurs préfèrent injecter des fonds pour développer des tours de bureau en verre et des quartiers de luxe dans le but de développer une image de capitale moderne et puissante au nord de la ville, rentrant dans la logique établie depuis longtemps de l’extension des quartiers riches par le nord. Mettant de côté les nécessités des habitants et de la ville. L’administration Bucarestoise ne semble pas gênée par ce jeu habile auquel elle joue avec les détenteurs des capitaux. Lors de mon stage licence à Bucarest j’ai pu observer ce système de corruption tout au long de mon séjour. Il est très difficile pour les architectes de se frayer un passage au milieu de ce système de bakchich, l’ensemble des concours sont privés, il faut alors avoir un certain nombre de contacts pour réaliser son métier puisque tout les concours publics sont arrangés et l’ensemble des terrains pour l’implantation de gros ouvrages sont vendus à des firmes privées de mèche avec les politiques. Il devient alors complexe de s’engager et de prendre position à la fois en raison d’une habitude prise lors des politiques communiste de n’être qu’un exécutant, et aujourd’hui d’arriver à s’imposer et de résister face à un système qui continue à ne fonctionner que comme il l’entend. Cependant il apparaît clairement que les changements espérés pour Bucarest doivent passer par une prise de conscience du corps architectural et urbanistique que c’est à eux de se trouver une place en réaffirmant leur statut et leurs capacité a répondre aux besoins de la ville. Pour arrêter de jouer le jeu entrepris depuis longtemps par Ceausescu d’une ville ultra moderne et fonctionnelle, qui avait pour but de créer à l’époque un projet de société. A ce rythme Bucarest finira par ressembler à tant d’autres si l’on continue à mettre dans l’ombre des objets architecturaux à la symbolique forte par des projets impersonnels.

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BUCAREST COMME OUTIL DE LA REALISATION DE FANTASMES

UNE HISTOIRE DE LA MONUMENTALITE Le renouveau de la ville passe par une méthode bien connue des pouvoirs locaux et des habitants puisqu’elle est utilisée depuis le XIXe siècle, celle de donner à la ville un caractère monumental en cherchant à masquer sa réelle identité. Cette façon systématique de nier les richesses du passé, en cherchant à les cacher ou à les supprimer par des ouvrages plus imposants, plus monumentaux apparaît comme symptomatique. En effet après l’étude des différents moments politiques et architecturaux de la fin du XIXe à nos jours de la capitale roumaine, il saute aux yeux qu’un système bien rodé s’est mis en place. Les acteurs des pouvoirs successifs se sont placés en opposition aux politiques précédentes avec force et vigueur, refusant les modèles imposés, tout en recréant les mêmes outils de mise en avant du pouvoir. Que ce soit les différents occupants, ottomans ou russes, imposant leurs images de la ville, puis lors de la proclamation de l’indépendance, à la fin du XIXe avec pour vœux de donner à la capitale roumaine une nouvelle dimension, plus majestueuse et monumentale au service d’une nation réunifié et forte, qui cherche à montrer sa puissance et son rayonnement possible. L’aménagement urbain passe par de nouvelles percées, ainsi que d’une succession de places entourées de monuments de style «à la française». Le nord de la ville est aménagé grâce à une patte d’oie et d’un aménagement paysagé, le parc Carol est créé au sud de la capitale. Conférant à la ville une nouvelle image, plus rigoureuse, praticable et impressionnante. Au XXe siècle pour les chefs communiste la ville sera au service d’une société nouvelle et d’un homme nouveau, exhibant la supériorité de la collectivité sur l’individualisme. 62

Les axes du XIXe superposés sur le tissu pré-moderne.

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Des grands ensembles sont réalisés avec en leur coeur des parcs, les bâtiments sont construit le long des voies routières venant d'au-delà de la ville, mêlés aux industries. Ces axes deviennent alors monumentaux, donnant l'image d'une ville plus gigantesque qu'elle ne l'est réellement. Ceaucescu, lui détruira une grande partie du centre historique pour montrer sa puissance. Pour arriver aujourd’hui à un modèle libéral de consommation et de soi-disant liberté, créant des machines architecturales imposantes à la mesure d’un désir de sur consommation. A travers les décennies, Bucarest est un support pour exprimer des projets sociétaux, à travers une architecture et un urbanisme monumental en cherchant à effacer les projets précédents. La capitale devient alors une vitrine idéale pour exprimer les idéologies successives comme Georges Balandier le souligne «chaque règne aménage, modifie et organise, selon l’exigence des rapports économiques et sociaux dont il est le gardien, mais aussi afin de ne pas être effacé par l’oubli et de créer des conditions de ses commémorations», le pouvoir pour exiger et se légitimer a besoin de se transposer en signe, en image «par la manipulation de symboles et de leur organisation dans un cadre cérémoniel».

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Planification communiste entre 1940 et 1965

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Les grands ensembles de la ville

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A notre époque, il s’agit de rénover le centre historique pour créer un pôle attractif de tourisme au cœur de la ville mais qui s’étend sur un nombre de mètres carrés relativement restreints puisqu’il n’existe que quelques rues sinueuses en passe de devenir le quartier branché de la capitale. De réaliser cette ceinture verte rêvée durant le XIXe siècle, difficilement réalisable car provoquant un grand nombre d’expropriations et se couplant à un projet de réalisation de périphérique que traverserait cette trame en son cœur rentrant ainsi en conflit avec elle, et un certain nombre de grands axes pour désengorger la ville, investie à outrance par les voitures. En plus de l’implantation à excès de super malls, et d’ensembles d’immeubles de luxe qui restent vacants. De cette manière les politiques mettent en lumière certains pôles de la ville, en la rendant plus accessible et plus pratique avec de grosses voies rapides, mais qui la défigurent. Et en tentant de recréer une image romantique de la capitale avec des espaces choisis en s’alignant sur d’anciens modèles européens à l’époque ou l’on restructurait les capitales en les défigurant à travers des nouveaux tracés de voiries et de parcs, et non en utilisant les méthodes actuelles d’implantation ou de réhabilitation de lieux par la programmation culturelle ou sportive. Il n’existe pas de restructuration fondamentale au service d’une population en difficulté mais la répétition du système du cache misère. Les espaces visitables pour le touriste qui découvrira des axes rayonnants, des parcs luxuriants, des avenues couvertes de grosses demeures, et pour ce qui est des avenues communistes monstrueuses et insalubres, on lui offre des couleurs Pop, et un non accès à tous les quartiers faits d’urbanisme informel. Commencent alors à se mettre en place des espaces sans saveur, lisses absorbant des pans de ville, créant une ségrégation spatiale, le centre et le nord restant les zones les plus attractives, au détriment du sud, et de pans entier de la ville laissés à l’abandon, terrains vagues, zones franches, quartiers sensibles en difficultés en voie de ghettoïsation. Auxquels s’ajoutent la crise immobilière, et une pénurie 68

claire de logements sociaux. Se dessine alors une fragmentation urbaine, due a une valorisation inégale des quartiers sur des critères socio-économiques, filtrant la population. Les zones phares subissent une flambée des prix du marché immobilier, dont divers groupes d’intérêt, exercent des moyens de pression sur les biens fonciers. Permettant aux grandes compagnies de s’implanter sur les périmètres les plus intéressants, quasiment inaccessibles pour l’ensemble des Bucarestois, exploitant au maximum le coefficient d’occupation du sol, détruisant des espaces verts pour l’édification de tours modernes, pour une ville policée, qui pourrait avoir beaucoup plus de caractère si on voulait bien utiliser tout les potentiels qui la constitue en soulignant son identité.

Les axes en rouge correspondent aux axes constitutifs de la ville historiquement et touristiquement, les monuments architecturaux qui les longent sont mis en valeur majoritairement.

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Plusieurs strates se superposent, LA VILLE PALIMPSESTE. Au coeur de l’anneau le tissu (cadastre) noueux oriental, auquel s’ajoutent les nouvelles percées du 19e (en noir), système de façade vitrime développé par les communistes (trame carrée) auquel s’oppose l’habitat informe (trame rayée). La zone marron correspond à la destruction de Ceausescu pour la réalisation du centre civique. Les anciens pôles religieux toujours existant sur les petites collines de la ville, sauf celui détruit par le Palais du Peuple, sont symbolisés par les petites formes géométriques rond/carré/triangle. Le tracé viaire au delà de l’anneau correspond au développement de la ville de la fin du XIX jusqu’aux années 30.

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PATRIMOINE C’est donc la question de l’identité et de la mémoire qui est ébranlée puisque les pouvoirs en place ont voulu avec force supprimer tout les acquis antérieurs, à la manière des régimes totalitaires du XXe siècle, la tentative de recréation de la société roumaine passe par un renouvellement du citoyen en homme nouveau, absorbant de nouveaux principes et pratiques de vie. De cette manière il est alors nécessaire de supprimer, de dissimuler ou de transformer les symboles du passé, et par là l’architecture, puisque le patrimoine bâti influe sur les représentations que la société à sur elle-même, sur son passé, contribuant ainsi à la construction de son identité tout au long de son histoire. Bucarest est alors le théâtre d’un jeu de construction, de destruction et de reconstruction perpétuelle, et tout cela condensé dans un temps très court, qui devient un geste presque anodin et quotidien. Cette suppression de la mémoire de la ville est poussée à son paroxysme, comme il a été dit précédemment lors de la création du centre civique, et en devient le symbole. Pour la création de cet ouvrage architectural et urbain a eu lieu la suppression de trois quartiers majeurs dans l’histoire de la ville, et représentatifs de ses caractéristiques, à savoir, des rues biscornues, auxquelles s’accrochent des maisons individuelles avec cours, témoins de la conjugaison de plusieurs villages, qui conféraient à Bucarest son image bucolique harmonisée à travers un ensemble de bâtiments témoignant du mélange entre occident et orient. 1/8 de la ville fut rasée, plusieurs dizaine d’églises ont disparu et d’autres furent déplacées grâce au système de rail largement utilisé à travers le pays par Ceausescu. Il existe plusieurs théories au sujet de l’implantation de cet ensemble, selon Dana Harhoiu l’ensemble des églises roumaines sur le territoire Bucarestois ont été érigées selon des axes et des cercles radioconcentriques lors de l’époque médiévale en fonction d’un certain nombres de lignes de forces liées au cosmos et l’édification du centre civique entre dans cet ensemble énergétique, en plus du déplacement de l’église Mihai Voda qui viendrait selon elle bouleverser l’ordre, et par la même occasion changer le sens de la ville. Les symboles religieux sont alors remplacés par celui du totalitarisme et de la raison d’état. «l’installation du symbole du totalitarisme dans l’espace sacré de la ville, sur les débris des anciennes constructions, ressemble fort a une tentative d’action sur la mémoire collective en faveur d’un pouvoir politique qui joue autant de la laïcité que de la religion dans une politique urbaine lourdement chargée de symbole» selon Ionan Iosa. Cette théorie, selon laquelle Bucarest serait construite sur le modèle de Jérusalem puisque organisée par trois cercles radio concentriques coupés en leur milieu par deux diamètres en croix, la désignant comme étant la nouvelle ville au service de la religion Orthodoxe est aujourd’hui utilisée pour la construction d’une cathédrale orthodoxe, symbole national de la foi. Ainsi une même théorie peut servir à deux idéaux opposés en des temps différents, en fonction de la lecture que l’on veut bien en faire. Permettant de justifier un ensemble de réalisations urbaines et architecturales. Le centre civique est au cœur des interrogations du pays, et devient l’avatar de la question de ce qu’est le patrimoine aujourd’hui à Bucarest. D’une histoire assumé ou non, qu’elle soit religieuse, politique, ou sociale. Ce haut lieu du pouvoir 72

et de la manifestation du totalitarisme le plus aveugle cristallise ces questionnements. Ce désir perpétuel de ne pas vouloir faire face à son passé, en l’assumant et en le regardant autrement que comme un élément gênant dans le paysage urbain pour toutes les symboliques qu’ils portent, se manifeste encore aujourd’hui de la même manière. Il existe dans plusieurs endroits de la ville, des chantiers en stand by de tours à moitié construites, établies à moins de 10 mètres d’églises vieilles de plusieurs siècles. Ces constructions ont commencé malgré les «réglementations» de sauvegarde du patrimoine. En effet il existe en Roumanie des textes en vigueur, calqués sur les lois françaises en matière de patrimoine, qui ne sont pourtant pas respectés. Se créé alors un combat entre les entrepreneurs privés et les associations religieuses et la ville, qui tente de lutter comme elles le peuvent contre un urbanisme inconscient. Entrant dans cette logique perpétuelle de la déformation du paysage urbain, remplaçant ce qui caractérise la ville et ce qui est constitutif de cette dernière par des outils de la ville moderne et standard.

Ici une carte représentant les 520 ha détruit de la ville pour implanter le centre civique de Ceaucescu. Le dégradé de gris correspond aux différentes typologies d’habitats, Avant 1900 en plus clair, puis de 1901 à 1940, 1945 à 1977, 1978 à 1989, puis le plus foncé aprés 90. Les zones vertes correspondent aux fôrets et espaces verts. Les zones violettes aux industries. Les bâtiments anciens restent dominant, ainsi que l’habitat collectif. Tout deux sont peu ou pas entretenus.

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LES ASSOCIATIONS COMME SAUVEGARDE DE LA VILLE Comme je le soulignais précédemment, il apparaît évident que pour rentrer dans la logique de métropole attractive, certaines zones choisies, sont utilisées pour mettre en lumière la capitale de manière romantique. Exposant un ensemble d’objets architecturaux de qualités, se trouvant sur l’axe nord sud, ainsi que sur un tronçon de l’axe Carol I et sur celui d’Unirii, auquel se rattache le quartier historique Lipscani, mettant également en lumière la rivière de la ville. Ces pôles désignés effacent tout le reste de la ville, et nient l’ensemble des bâtiments classés comme monument historique lors de la création de la commission des monuments, ensembles et sites historiques (CNMESH) en 1990. De plus cette dernière fut menacée en 2010 par le ministère de la culture Kelemen Hunor et par

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Elena Udréa ministre du développement, la commission aurait pu être remplacée par un conseil interministériel, annonçant qu’une augmentation de la destruction de bâtiments historique pourrait avoir lieu. Puisqu’un faible budget fut alloué au programme de restauration des bâtiments classés, 64 millions de lei soit un peu plus de 15 millions d’euros, une somme insuffisante, 15 fois plus faible que ce qu’il faudrait, entraînant le report ou la fermeture d’un certain nombre de chantiers de restauration. Ainsi le patrimoine du pays et de la capitale court le risque de se faire démolir par les géants financiers, et de ne plus pouvoir se faire défendre par les commissions prévues à cet effet. Heureusement l’association «Sauvez Bucarest» permet un ralentissement du démembrement de la capitale. Son but est de sensibiliser et de faire réagir la population trop souvent statique face aux géants financiers, ainsi que les médias, et ils essaient également de soutenir les propriétaires touchés par les projets immobiliers. Les bénévoles ne lâchent pas le conseil municipal et réclament avec force une transparence dans les projets. Grâce à eux, 150 projets ont été bloqués, 10 mises en chantier ont été ajournées, 10 autres attaquées en justice. Le chantier d’un des plus vieux marchés de Bucarest voué à disparaître a été suspendu, et un des nouveaux axes nord sud qui a transfiguré une partie de la ville également. Laissant ces zones dans un chaos étrange. D’autant plus que si les chantiers ne sont pas correctement surveillés, ils sont pris d’assaut, les structures sont démembrées, les matériaux récupérés revendus. Les militants de l’ONG réclament également la restriction de la construction de building de plus de 10 étages quand seulement deux sont autorisés. L’économiste Dorina Banisor qui se bat pour sauver Bucarest déclare «Chez nous, il y a deux catégories de gens, ceux qui s’estiment au-dessus de la loi… et ceux qui pensent qu’ils sont en-dessous et que, de toutes façons, rien ne changera. [...] On ignore trop la loi dans notre pays, on ne lui fait pas confiance, on ne la connaît pas, on ne la respecte pas. La faire appliquer serait déjà un grand pas en avant!»

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Actuellement un immense projet est en standby. Poursuivant le projet de planification urbaine du XIXe siècle, avec un axe Nord/Sud dans le but de désengorger cette ville ou la voiture y est sur présente, les bulldozers on dévasté un tronçon de plusieurs kilomètres pour y installer un axe de type autoroutier impressionnant à 4 voies avec en supplément un tramway. Au même moment qu’une ceinture de type périphérique est en train de se terminer. Faisant se chevaucher des projets qui ne sont pas finalisés. Un axe qui traverse la ville en son cœur sans aucun espace pour les piétons, créant un chaos général dans une zone déjà abîmée par l’ère Ceausescu. Détruisant un ensemble de maisons de qualité qui borde la future artère, un vieux cinéma classé monument historique et qui a menacé une Halle alimentaire toujours en activité, sujet de la révolte de l’association qui après plusieurs années de bataille a réussi à faire stopper les travaux. Une partie du tronçon est en cours de finition en aval de l’objet patrimonial mais tout l’espace l’entourant ressemble à un quartier victime de bombardements. Définitivement défiguré et parce que cela était trop compliqué pour l’état de les faire restaurer, un ensemble patrimonial caractéristique de la ville très important a disparu pour n’être remplacé pour le moment par rien, si ce n’est par un champ de ruines. Dans une zone de la ville déjà sinistrée, et pauvre qui souffre aujourd’hui d’une accentuation de l’insalubrité, et d’aucune plus-value. Un projet, qui, s'il avait suivi, la réglementation, et un processus global de développement urbain, ne paralyserait pas un quartier entier, laissant dans le doute sa future évolution, puisque pour le moment tout est gelé. Ce cas témoigne du dysfonctionnement législatif évident, aucun plan d’aménagement réel, de vision stratégique d’ensemble n’est élaboré. La ville accumule donc les projets sans les terminer, mitant son territoire. Selon les caprices de ceux qui en sont en charge, ne prenant en compte ni le patrimoine du pays, ni la mémoire historique de la ville et de ses habitants.

Page 64: Photo de l’église St Joseph contre laquelle se construit une tour de bureau. Projet ne respectant pas la réglementation s’appliquant aux abords des bâtiments classés.. Eté 2010.

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Page 65 / Le nouvel axe Nord-Sud, les zones bleues foncées sont détruites, les zones rouges ont été classées antérieurement. Il est prévu de créer un tunnel sous la zone arrière du Palais du Peuple.

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UNE HISTOIRE QUI SE REECRIT POUR UNE VILLE DONT ON REVE QU’ELLE SE MONDIALISE

Cette envie dévorante de créer une métropole monumentale en s’alignant sur les normes européennes, depuis le XIXe siècle ne cesse de s’accentuer pour les politiciens roumains. Permettant aux promoteurs d’investissements majeurs un droit total sur la ville, relativement peu contraints par la population en manque de moyens de réactions. Ces transformations changent le cadre de vie des citadins à travers des réalisations surprenantes, nouveaux ensembles résidentiels en régime privé-publics, nouvelles «percées autoroutières» au cœur de la ville, transformation des marchés aux légumes en super mall, reconversion d’un patrimoine historique sous des formes étonnantes.

MNAC, UNE HISTOIRE DES SYMBOLES

Le Palais du peuple. Eté 2010

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Cette question de la mémoire, et de ce que doit être le patrimoine se révèle avec force au travers du centre civique, de nombreux livres, études, thèses ont été réalisés révélant à quel point cet objet urbain et architectural dérange toujours et encore et soulève de nombreux questionnement. La transformation du palais du peuple a été au cœur des polémiques dès 1990, encore aujourd’hui la question de son classement comme monument historique se pose pour certains. Mais surtout il apparaît de plus en plus, à travers le tourisme également, comme étant le symbole de Bucarest, une curiosité qui attire et qui interroge, une forme de fierté pour certains d’avoir sur leur territoire le deuxième plus grand bâtiment au monde. Il apparaît dans les guides comme étant la première «attraction touristique» ainsi que sur leur couverture. Se joue alors une guerre entre ceux qui estiment vouloir exorciser les démons du passé en le réinvestissant et ceux 79


qui se défende d’oublier le sacrifice des Bucarestois pour ériger cet espace monstrueux, révolté par la nouvelle appropriation que l’on en fait. Le combat commence dés 1990, après l’avoir laissé quelques mois à l’abandon on propose de l’ouvrir, le peuple roumain vint de tout les coins du pays pour découvrir ce pour quoi tant fut détruit, on les invita à consigner leurs impressions dans un livre d’or et après plusieurs mois la décision de garder le bâtiment apparu comme une évidence, pour ne pas oublier. Un reportage de TV5 monde consacré par François Mitterrand et diffusé sur plusieurs chaînes du monde, détermina plus encore l’idée de le conserver. Ainsi a la fois le sentiment populaire et le regard des étrangers assurent à l’état qu’il fallait lui conférer un statut particulier. En 1996, ceux qui ont déclaré l’indépendance du pays décidèrent d’y installer le parlement voulant ainsi tirer une croix sur le passé, et lui donner un nouveau sens, puis en 2005 le Sénat y installa également ses bureaux. Refusant ainsi de faire table rase du passé. Pour les opposants il s’agit de poursuivre le désir de Ceausescu d’y installer les outils du pouvoir, Iona Iosa, parle de la réalisation du «testament virtuel» du dictateur. Au-delà de ces investissements de l’espace tyrannique par la politique, un fait curieux fit grand bruit, celui d’installer dans une aile dont la construction n’était pas achevée, le musée d’art contemporain de Bucarest. Les acteurs du pouvoir ont compris assez rapidement que pour que la capitale devienne compétitive, il fallait montrer que les douleurs et les principes du passé, avaient été digérés. Mettant en place des outils de la modernité et de l’ouverture, il fut alors programmé un musée d’art contemporain. Selon les politiques, n’ayant pas le budget nécessaire pour construire en totalité un nouveau bâtiment et étant donné l’espace proposé par le Palais du Peuple, il parut évident que ce dernier était l’endroit idéal pour y installer ce nouvel espace artistique. Selon le directeur du musée «les hommes politiques n’ont jamais inscrit le musée parmi leurs priorités, et l’on ne peut pas dire que la Roumanie a une véritable politique culturelle, néanmoins ils ont financé le projet». Cette décision fut prise, plus ou moins en secret, la question ne fut, en tout cas, pas transparente. Et l’installation fut réalisée dans ce qui devait être les appartements du couple Ceausescu. Drôle de choix ? C’est alors que nait une polémique qui met à jour cette relation étrange entre art et pouvoir en Roumanie, encore aujourd’hui. Pensant que c’était un simple pied de nez au communisme, je n’avais pas réalisé lors de ma première visite à Bucarest à quel point l’installation de ce musée au sein de ce lieu était bien plus lourd de sens et avait un caractère des plus sombres. L’art et la culture ne sont en effet pas, une priorité politique. Arriver à sortir le pays d’une crise sociale, et économique est long et fastidieux, l’argent et le temps sont difficilement mis au service de ce qui peut paraître comme étant du loisir et du passe temps. La transition politique, économique et sociale est longue, et ne vient que plus tard la transition culturelle. Les mutations ne peuvent se faire que durant plusieurs décennies. En Roumanie et dans les autres pays soviétiques avant 1990, l’art et la culture était assimilés a l’état, à la propagande, le peu d’artistes représentés pendant cette période étaient au service de celui-ci, certains pour profiter des différents bienfaits que le parti leurs proposaient, 80

Ascenseur de verre du MNAC

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d’autres pour rester vivant. Le statut de l’art et celui de l’artiste devient alors beaucoup plus complexe, la culture était un service du pouvoir, il n’existait pas de marché culturel, tout était régi par le grand maître. Ainsi s’est formée une relation malsaine, entre l’artiste et le pouvoir. «L’artiste est le premier pionnier du dogmatisme idéologique du régime et devient, sans même s’en apercevoir, le promoteur et protecteur des valeurs idéologiques qui l’ont contaminés». A la sortie du communisme, les regards sont posés sur la prise de position quant à la politique culturelle, devant répondre à diverses problématiques notamment celle de la reconstruction d’une identité nationale en intégrant le passé à retrouver, et de se redéfinir de manière nationale et non plus régionale. Cherchant également à se différencier des autres pays communistes trop souvent amalgamés. Seulement la politique culturelle a peiné à se mettre en place, le ministère en question a changé 10 fois en 12 ans, aujourd’hui une prise de conscience est apparue avec l’idée qu’il est impossible de mettre en place une politique culturelle cohérente à long terme sans institutions fiables. C’est dans les années 2000 que la culture, comme centre d’intérêt refait surface auprès des politique sûrement influencés par les discours européens et internationaux, une certaine partie du peuple roumain voyant ainsi la culture comme facteur de développement et de cohésion sociale et non plus que comme un moyen dangereux de propagande. Cependant il reste un mystère dans la politique culturelle roumaine, à savoir son ministère, intitulé le Ministère de la culture et des cultes. Comment une instance peut-elle regrouper à la fois une dynamique de modernité à travers l’Art, et des cultes religieux, plutôt conservateurs et traditionnels? Comment un ministère peut-il défendre des artistes subversifs quant à la critique sociale et religieuse, tout en défendant des valeurs traditionnelles ? Pour les détracteurs de l’installation du musée d’art contemporain au sein du palais du peuple qu’il partage avec le Sénat et le parlement, tout cela s’inscrit dans la continuité communiste. Soulignant la forte problématique de l’imbrication de l’art et de la politique, symbole à la fois du pouvoir dictatorial passé et pouvoir douteux d’aujourd’hui. 40% du musée sont financés par l’Etat, les 60 autres % par le musée lui-même mais aux yeux d’un grand nombre, l’art continue de se prostituer pour l’état. La poète et essayiste roumaine Magda Carneci évoque un sentiment de trahison symbolique pour le milieu intellectuel et artistique roumain «qui place les arts plastiques les plus avant-gardistes sous l’ombre funeste du lugubre dictateur communiste et sous l’emprise directe du pouvoir politique». Pour le couple Perjovischi, adversaires les plus sévères du nouveau musée, estime que le palais du peuple est «l’icône du délire le plus hideux d’un dictateur haï» ils estiment qu’il est déjà suffisamment grave d’avoir accepté ce palais comme emblème politique d’aujourd’hui. Cela ressemblant à une mauvaise farce, «l’art est à nouveau utilisé à des fins de propagande. L’initiative la plus appropriée aurait été d’ouvrir un musée historique pour exposer le bric-à-brac fumeux de Ceausescu.» Ce lieu devient alors l’emblème d’un travail de mémoire, et de la construction d’un imaginaire national, qui opposent différents camps. Ceux qui défendent le projet utilisent l’idée de modernisme et d’une volonté de provocation qui le légitimeraient comme lieu d’art 82

contemporain. Le MNAC se présente alors «comme un lieu choquant, expérimental, avant gardiste et provocateur dans tout les sens du terme». Pourtant, s'il doit être au service d’un imaginaire national il se heurte à l’impossibilité d’une part de la population à faire abstraction de l’endroit ou il s’est installé, et ainsi, ne remplit pas entièrement sa tâche. Celle de la construction d’un nouvel imaginaire national dans lequel la population n’arrive pas à se reconnaître. D’autant plus que les motivations de la création de ce musée à cet emplacement ne sont pas claires, jugées comme une décision électoraliste. L’acceptation de cette réalisation est complexe puisqu’elle se pose en tant que rupture par rapport au passé, cependant les traumatismes de celui-ci sont encore bien présent. Et ce travail de mémoire doit se faire en plusieurs phases, sur un temps relativement long. De la même façon le théâtre National complètement remodelé par Ceausescu abrite aujourd’hui plusieurs espaces d’expositions ainsi que la plus grande terrasse de la ville sur son toit, accueillant une scène alternative. Pourtant comme le palais du peuple, à moindre échelle, pour tout les Bucarestois, le théâtre porte en lui une histoire peu glorieuse, et autoritaire. Il est également à l’échelle de la capitale le symbole de l’asservissement du peuple face au «génie des Carpates». Selon Benedict Anderson «les musées et l’imaginaire «muséifiant» sont profondément politiques». Le MNAC et le Théâtre National participe ainsi de manière plus ou moins hésitante a la construction d’un imaginaire national dans un double rapport, à la fois par l’histoire des lieux et de leur enjeu mémoriel et par leur rôle muséal de patrimonialisation d’œuvres d’art et de légitimer une certaine esthétique. De plus tout deux résultent de conflits d’influences, de magouilles politiques et d’un manque d’investissements financiers. Cherchant à enfouir les démons du passé, peut être un peu trop vite, l’établissement d’espace artistique dans ces murs ne fait que titiller les plaies encore ouvertes de certains, tiraillés entre l’envie d’avancer et celle de ne pas oublier. Ceci ne permettant pas un retour sur soi, pour honorer le passé, rendre hommage à ceux qui ont été bafoués et l’assimiler comme un moment de l’histoire qu’il ne faut pas oublier. Il semble qu’il n’y ait pas d’entre deux. Assimiler le palais du peuple et le faire évoluer pour l’intégrer dans le paysage urbain tout en n’en faisant pas un symbole de société, mais en lui conférant un statut mémoriel fort, semble très complexe. A la limite de l’envisageable.

TRANSFORMATIONS D’ESPACES IDENTITAIRES, EN NOUVELLE IDENTITE ASEPTISEE D’autres objets architecturaux et axes urbains rentre dans cette logique de polissage de la ville, sous des prétextes plus ou moins valables, plus ou moins vrais, plus ou moins crédibles. Des bâtiments qui ont une charge sentimentale forte, un rapport au passé mais surtout à l’identité des Bucarestois, qui leur permettent de vivre, et de travailler, à savoir les halles alimentaires. Ces espaces commerciaux qui caractérisent bien cette ville anciennement dotée de nombreux caravansérail, voient petit à petit ces lieux dotés d’une forte valeur identitaire disparaître, être démantelés ou transformés en super malls, temples du capitalisme. L’importante privatisation rapide et contradictoire des espaces industriels et leurs rachats par des investisseurs étrangers, à la suite de la révolution, a 83


permis la perte du patrimoine industriel et des valeurs du pays. A l’heure actuelle un des plus grands marchés de la ville, considéré comme les plus modernes d’Europe de l’Est durant la période communiste est entrain de disparaître. Ces halles de briques rouges, privatisées après la révolution, détenant des caractéristiques fortes de la capitale, meurt. Il était l'un des marchés les plus vastes et les moins chers de la ville, il respirait la Roumanie traditionnelle avec ses vendeurs familiaux, et ses produits venus de tout le pays, fabriqués par de petites exploitations. Il devient un lieu aseptisé, sans âme sous prétexte de le rendre plus confortable et agréable, et de le mettre aux normes sanitaires, on y installe des escalators, ascenseurs, chariots, chambres froides et accès d'eau potable pour les producteurs. Au lieu de simplement le réhabiliter et le rendre viable, les investisseurs le transforment, encore une fois en temple de la consommation, deux étages et un immense parking vont le remplacer, seule une partie de l’ensemble reste en place mais le prix de la location d’un stand devient deux fois plus cher, condamnant une grande partie des anciens vendeurs, ne pouvant pas se permettre un tel investissement. C’est donc un sacrifice supplémentaire que fait la ville, n’offrant plus à ses citoyens de quoi vivre, et de faire perdurer une certaine tradition. D’autant plus que l’ensemble des marchés redistribuait des produits d’autres petits producteurs du pays, qui verront alors chuter leurs bénéfices. C’est tout un système qui se voit bouleversé pour un pays qui n’est pas forcement prêt à subir les conséquences d’un libéralisme dévorant. Une population qui n’a peut être pas les clés pour une reconversion des modes de vies si violente. Car si Bucarest cherche à se transformer en une métropole mondiale le reste du pays n’en a pas du tout les caractéristiques, créant des disparités énormes sur l’ensemble du territoire, en accentuant la pauvreté, et en creusant les différences sociales. D’autant plus que ce modèle se multiplie à une vitesse incroyable, sans aucune conscience. Si à Obor, on détruit un lieu dont l'activité est nécessaire pour la vie d’un nombre important de gens, dans d’autres espaces ont fait un pied de nez violent à l’histoire. Dès le début des années 2000 le territoire a vu apparaître ces nouveaux espaces agro- alimentaires sur le territoire et dans des villes dont les états étaient encore plus que vétustes. Ces superbes structures flambant neuves poussent comme des champignons, transformant encore une fois le rapport à la rue, chez nous les commerces courent le long des rues, ici ils sont 84

centralisés dans un même espace, un nouveau jeu de la polycentralité? Une métaphore des caransérails?. La première des structures étant le Bucarest Mall, construite à l’orée du XXe siècle, nouveau symbole de la consommation occidentale, ostensible opulence, les prix sont les mêmes que chez nous, transformant les allées du centre commercial en vitrines inabordables, pour une grande partie des Bucarestois, accessible pour les nouveaux riches du coin et autres touristes. Et, fait des plus étranges, ce lieu d’abondance a été en réalité construit sur ce qui restait des «cirques de la faim» de Ceausescu. Le tyran avait imaginé mettre au point un système de cantines-réfectoires géants, «complexe agro-alimentaire», supprimant les cuisines des appartements roumains pour augmenter le nombre de logements et pour contrôler la consommation de chacun pour anéantir le système de vente et d’échange alimentaire, ainsi ces structures devaient centraliser la nourriture et la distribuer au bucarestois. "Beaucoup se sont engraissés plus qu'il n'est nécessaire. J'ai constitué une commission d'Etat et du Parti formée de spécialistes, qui, sur la base des normes de l'expérience internationale - mais en tenant compte de la spécificité du peuple roumain-, consomme et en quelles quantités il doit le faire. En tenant compte de la structure des aliments ainsi que de la spécificité des activités, il faudra faire en sorte que nous assurions tout ce qui est nécessaire à la santé physique des gens en même temps agir pour empêcher l'obésité... Nous avons, spécialement chez le citoyen d'âge moyen, de grave phénomènes de malades dues aux excès alimentaire, y compris aux excès de boisson. Nous désions réaliser un programme spécifique d'alimentation... Notre peuple est reconnu comme un peuple intelligent et créateur, nous devons sauvegarder cette intelligence et la développer." Discour à Braïla, novembre 1981. Ceci durant la crise alimentaire des années 80 quand toutes les productions du pays étaient vendues à l’étranger et que seulement 20% revenaient au pays. Ironie de l’histoire, ces constructions communistes ayant pour but l’approvisionnement urbain, ont été transformées en espaces commerciaux modernes. Sans problèmes ? Apparemment non puisque plusieurs autres ont été érigés depuis. Couvrant des centaines de milliers de m², avec des centaines de magasins, cinémas, fast food. De réels centres commerciaux à l’américaine, offrant un choix incroyable dont les investissements sont faramineux. On parle alors d’une soit disant reconversion urbaine, pour justifier ces mutilations. La ville est couverte de plates formes industrielles plus ou moins en marche, très souvent partiellement en friche, dont certains fragments sont plus ou moins investis, et rachetés lors de la privatisation, qui ont engendré un éclatement de 85


la structure productive. La municipalité qui devrait superviser et dresser des nouveaux plans zonaux de la capitale en tenant compte des stratégies des investisseurs tardent. Ce patrimoine est fortement endommagé, les détentrices de ces biens, en fonction de leurs situations économiques sont obligées de vendre ou de reconstruire au lieu d’intervenir en termes de restauration ou de revalorisation. Selon des spécialistes en archéologie industrielle «les propriétaires et investisseurs rechignent à investir dans la reconversion des anciennes usines à cause des problèmes inhérents aux bâtiments». De nombreux propriétaires de ces bâtiments industriels ne font que les démanteler malgré les règles de protection patrimoniale, certes formelles et contradictoires. Ces anciennes usines associées dans la mémoire collective à des souvenirs douloureux et donc identitaires se voient transformées en complexe commerciaux, appartements, city center etc.. Niant les traumatismes du passé, ne donnant aucun crédit à tous ces hommes qui y ont passé leurs vie, qui dans les mémoires, est un passé encore frais.

Les nouveaux pôles commerciaux.Les supers malls.

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Bâtiments réhabilités.1.L’ancienne bourse. 2. L’usine à biere. 3.La librairie. 4. Une ancienne usine transformée en club. 5. Le nouveau cinéma alternatif.

LA LUTTE SILENCIEUSE DE CEUX QUI REHABILITE Heureusement quelques propriétés abandonnées ont été réutilisées, réinvesties et revalorisées par des initiatives privés soucieuses de ne pas laisser tomber dans l’oubli tout un pan d’histoire de la ville et de ses citoyens. Sur les modèles occidentaux il s’agit souvent de structures liées à l’art, à la culture. D’anciens dépôts de tramways en brique rouge ont été transformés en librairie. La chaîne de libraire «Carturesti» a investi également un ancien hôtel particulier au centre de la capitale pour y installer, salons de lecture et de thé, terrasse et restaurant, concept complètement nouveau pour la Roumanie. Une des réhabilitations les plus connues est celle d’un ancien bâtiment industriel utilisé comme bourse, un lieu d’échange de biens, symbole de la connexion entre la Roumanie et l’économie européenne. Abandonné durant 16 années, il garde aujourd’hui son style industriel mais intègre des éléments modernes. Sa fonction actuelle est de développer des entreprises et des organisations indépendantes de l’industrie créative, un nouveau lieu d’échange dans le domaine de la création, avec des espaces publics pour des expositions ainsi qu’un restaurant, ayant pour but la revitalisation d’un monument historique. Sur le trottoir d’en face c’est l’ancienne usine à bière Rahova qui accueille centres commerciaux et bureaux. Malgré le programme rentrant dans cette logique ultra libérale le bâtiment reste intact, témoin d’une histoire et caractéristique de la ville. Une ancienne usine a été transformée en café, on peut y visionner des films sur grand écran et de petites entreprises alternatives s’y sont implantées. Une ancienne douane s’est transformée en cinéma de plein air accueillant 600 places, projetant des films européens et roumains, alternative aux films Hollywoodiens visionnés dans les supers mall. Dans cette même logique un projet, qui n’a hélas pas pu voir le jour prévoyait de créer un musée technique dans une ancienne usine électrique. Créer à la manière de ce que l’on pourrait considérer être un éco musée.

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L’ensemble de ces projets a pour but de développer de façon progressive des fonctions économiques, artistiques, culturelles, de loisirs et de détente ainsi qu’une valorisation de la mémoire. Il s’agit de faire des sites des lieux modernes et tournés vers l’avenir. Transfigurant les «vieilles usines rouillées» en objet esthétique, leurs permettant de changer de statut et de passer de lieu d’abandon en lieux de destination, elles deviennent lieux de culture et de vie, elles acquièrent une nouvelle légitimité plastique et culturelle. Le paysage que crée ce type d’intervention peut devenir le nouvel élément d’identification d’une ville, d’une région quand cela est mis en place à l’échelle du territoire. Ceci permet la transformation des habitudes du regard, contribuant à la préservation de l’histoire et à l’amélioration de la lisibilité des caractéristiques de la ville. La programmation culturelle permet de se reconnaître et de s’identifier. Hélas ces opérations de reconversion grâce à la culture n’intègrent pas une politique culturelle émanant de l’état mais de conscience personnelle et spontanée encore trop rare. Ou alors à coup de grosse structure électoraliste comme le MNAC, ne rentrant pas du tout dans un processus sensible, mais plutôt massif à l’image de la proposition d’intégrer dans la capitale un musée Guggenheim. En effet l’aménageur de l’avenue Unirii proposait d’amener à se développer la fondation pour créer une image et un symbole à la capitale, donnant une raison supplémentaire aux investisseurs de venir s’implanter, permettant également au tourisme de se développer. Selon l’ancien ministre de la Culture qui a développé le MNAC, il manque de projets de prestige au sein de la ville, le maire fait lui référence à Paris qui s’est enorgueilli grâce a des projets coûteux et controversés, et stipule que «La ville manque de l'architecture moderne et doit prendre en compte l'évolution des autres villes européennes et doit suivre la même direction».

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LES NOUVEAUX SYMBOLES DE LA VILLE Ainsi le maire a autorisé l’édification du projet Esplanada, d'un coût de 800 millions d’euros, développée par la compagnie Tri Granit, en régime privé-public. Un ensemble de bureaux, centres culturels et commerciaux dans des tours de 20 étages en verre et acier réparti sur 107 000m². Un soi- disant pôle culturel dans la zone «sud» de la ville qui reste en réalité dans le centre, pour élever le standing et diminuer la pression au nord. TriGranit annonce sur son site que «Esplanada sera le nouveau symbole de l’avenir de Bucarest et de la Roumanie, comme un nouveau centre ville, un lieu de vie 24h/24». En 2006 le ministre des travaux publics et de l’aménagement du territoire annonçait qu’il n’était «pas normal qu’il y eut un terrain vague pendant 15ans au cœur de Bucarest et que l’emblème de la ville ne devait pas être le palais du peuple mais plutôt un pôle commercial, comme c’est le cas de ce projet conçu comme un centre civique». A la manière de la casa radio, en construction lors de la révolution et qui devait accueillir un musée en l’honneur du communisme transformé en complexe résidentiel, avec galeries commerciales, restaurants, hôtels, bureaux et hôpital grâce à l’édification de trois énormes tours supplémentaires. Le bâtiment initial scindé en deux accueillera une grande roue…. Image d’opulence et de richesse... on finit par se demander comment de tels structures si nombreuses pourront survivre vu le salaire moyen des roumains, d'autant plus que les tours de luxe en standby sont nombreuses, pas seulement car les associations font des leurs mais aussi puisque des problèmes budgétaires évident apparaissent. Laissant les carcasses de ces buildings vacant, réinvestit par les squatteurs.

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Quelques nouveaux projets en cour, en standby, en projet ou terminés.

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L’ETERNEL OUTIL DE L’EXPRESSION DU POUVOIR, CONCLUSION

Bucarest est donc multiple et complexe, faite de différents visages qui s’opposent et se télescopent. Pour celui qui s’y promène les ruptures d’échelles sont violentes, la dégradation de l’espace bâti interpelle, les chantiers en standby de tours gigantesques interrogent. Se confrontent rues animées de type oriental, axes Haussmannien, grands ensembles soviétiques, rues le long desquelles courent maisons et jardins. Ne permettant pas une lecture claire de la capitale roumaine. Le tissu de la ville est le résultat d’un processus urbain rapide et violent. Longtemps village, on lui a imposé de devenir ville mondiale durant un siècle et demi. S’opposent alors deux identités fortes, celle de l’habitant, et celle du politique. Le modèle de l’individuel à travers la cellule habitée de type rural auquel s’oppose le désir de monumentalité à travers une urbanité puissante. Modèle rural contre idéologie urbaine se télescopent alors. Les idéologies politiques successives ont amené la ville à se modifier niant les opérations précédentes tout en imitant leurs processus, celui de transformer la rue et l’espace public en une vitrine, une façade au service du pouvoir. Et ceci qu’il s’agisse des opérations de la fin du XIXe siècle et du début du XXe à la mode parisienne à travers des percées et de l’édification d’objets architecturaux majestueux, villas, palais parcs, alignements des hauteurs et des rues. Qu’il s’agisse encore des traces du communisme et de l’utilisation du béton armé sur le modèle de la Chartes d’Athènes, le long des artères principales cachant le tissu ancien, diffus et noueux. Ce béton rend la ville gigantesque et imposante, de même que la réalisation du centre civique, inspiré de Pyong Yang. Un siècle après la refonte des autres capitales européennes, Bucarest a cherchée son identité. Et si les constructivistes des années 20 et leurs prédécesseurs ont voulu 92

Introduire les bases d’une société harmonieuse, leurs successeurs ont, eux, réalisé des espaces sans réelles qualités, aujourd’hui à l’abandon. Avec pour but, toujours et encore, de la recherche du monumental et du masque. Masquer ce que l’on n’assume pas et ce que l’on réfute. Les acteurs du pouvoir ne semble pas vouloir assumer leur histoire, leur passé, et le mettent à distance en modifiant ce qui le leur rappelle, et en utilisant de nouveaux modèles au gré des époques et de leurs tendances. Aujourd’hui encore c’est une ville où se jouent deux réalités qui s’ignorent, d’un côté, politiciens et investisseurs de l’autre les habitants modestes qui la peuplent. Tours de verres, et gated communities contre habitations informelles provoquent un étalement urbain sans limite. Plus de 20 ans après la chute du communisme, et sans une réelle tradition de culture démocratique, la ville rejoue ses oppositions. Et se réécrit elle-même, mutilant son identité, pour une course vers l’image, rejetant sa mémoire et son histoire. Malgré la lutte silencieuse des citoyens qui continuent a imposer en douceur leur mode de vie traditionnel identitaire jouant du manque de rigueur des lois pour bâtir de quoi vivre, ou celle des associations défenseuses du patrimoine et de ceux qui réhabilitent comme ils peuvent les vestiges du passé, les marques de la mémoire. De ce qui fait la ville. Bucarest semble réprimée, par une administration et des investisseurs douteux, un manque de prises de décisions, un système de gouvernance sectorielle, et une envie dévorante de regarder vers l’avenir. En édifiant des objets monstrueux à l’image de notre époque de surconsommation, sans retour nécessaire sur soi. Il manque à ceux qui font la ville, ce regard critique, qui leur permettrait d’assumer et de reconnaitre ce de quoi celle-ci est faite. Pour la transformer non pas en une ville compétitive policée mais en identifiant ses caractères pour les mettre à jour et les sublimer. Pour permettre à ceux qui y vivent de profiter de meilleures qualités de vie, en les reconnaissant et non en les niant. 20 ans après la révolution le bilan est complexe, la ville semble figée par la présence dominante de la corruption, mêlée à un désir de certains de lutter contre ce système. Il semblerait que Bucarest, à travers son architecture et son urbanisme, reste l’outil de l’expression d’idéaux qui s’opposent aux seins de conflits d’identité.

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BIBLIOGRAPHIE Ville et territoire post communiste L'architecture des régimes totalitaires face à la démocratisation, Iosa Ioana, coll. Aujourd'hui l’Europe, L’Harmattan, 2008. L'héritage urbain de Ceaucescu: Fardeau ou saut en avant? Le centre civique de Bucarest. IOSA Ioana, Coll. Aujourd'hui l'Europe, L'Harmattan, 2006. The Post-Socialist City, continuity and change in urban space and imagery. Kliemps Alfrun/ Dmitrieva Marina, Jovis Diskurs, 2010. Transition post socialiste et vulnérabilité urbaine à Bucarest, résumé de la thèse, Samuel Rufat, UMR 5600 - Environnement, ville et société, Université de Lyon. 2009 Bucharest as a Battle-Ground, 1989-2009, IOAN Augustin, Jovis Diskurs, 2009. La Roumanie post 1989, Catherine Durandin, Zoé Pètre, L'Harmattan, 2008 Atlas de la roumanie, Violette Rey, collection « dynamique du territoire », aux éditions du CNRS, 2007 Roumanie, un piège, Durandin Catherine, Editions Hesse, 2000 Bucarest, mémoires et promenades, Durandin Catherine, Editions Hesse, 2000 Balkan-Transit, François Maspero, Editions du Seuil, 1997 Ville et histoire Bucarest et l'influence française, entre modèle et archétype urbain 1831-1921, Fezi Bogdan Coll. Aujourd'hui l'Europe, L'Harmattan, 2005. Bucarest une ville entre Orient et Occident, Harhoiu Dana, Edition Simetria, Uniunea Arhitectilor din România, 1997 94

Projet bucarestois Bucuresti 2000: concours international d'urbanisme, Tureanu Ileana, Edition Simetria, 1997. La fragmentation fonctionnelle du périphérique de Bucarest et le modèle d’un espace de soutien pour le développement de perspective de la capitale, Ioan Ianos, Andreea-Loreta Cepoiu, Radu-Daniel Pintilii, étude réalisée d’après le séminaire de Dimitri Cantemir à l’institut géographique de Bucarest, séminaire n°28/ 2007 L’ouverture du Musée National d’Art Contemporain à Bucarest : la victoire de la pensée libre sur le totalitarisme, dans Le courrier des Balkans, 27 octobre 2004 Revue Dossier : Axa Buzesti-Uranus, Ghenciuluscu Stefan, Revue Zeppelin, article paru dans le n°92/mars 2011 Identité et mémoire Vivre et survivre en Roumanie communiste, Karnoouh Claude, L'Harmattan, Collection Aujourd'hui l'Europe, 2000. Roumains déracinés, Miclau Paul, Publisud, 1995. La création des identités nationales, Thiesse Anne-Marie, Editions du Seuil, Paris, 1999 La mémoire collective, Maurice Halbwachs, Albin Michel, 1997 Les cadres sociaux de la mémoire, Maurice Halbwachs, Albin Michel Territoire De la ville au patrimoine urbain : histoires de forme et de sens, André Corboz , Textes choisis et assemblés par Lucie K. Morisset .- Québec : Presses de l'université du Québec , 2009 . L’urbanisme, utopie et réalités, Françoise Choay, Editions du Seuil, 1979 Passage du temps sur le paysage, David Lowenthal .-Folio, 2008 Le territoire comme palimpseste et autres essais, André Corboz, présenté par Sébastien Marot, L'Imprimeur , 2001 95


SITES INTERNET www.balkanologie.revues.org www.balkans.courriers.info www.institut-francais.ro www.lepetitjournal.com www.salvatibucurestiul.ro www.salvatibucurestiul.wordpress.com

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Profile for Anastasia Procoudine-Gorsky

Memoire Bucarest le palimpseste d'une densification urbaine  

Mémoire de recherche Master

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