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ValaiS ProliFération DeS ZoneS à BÂtir

ValaiS mytHiQue, ValaiS mité! C’est sous ce titre volontairement provocateur que l’association «Altitude 1400» présente actuellement une exposition itinérante destinée à sensibiliser le grand public aux conséquences du mitage du sol. Pascal Perraudin Avocat Asloca Valais

Fondée en 2007 par des professionnels de l’aménagement du territoire et du tourisme, des politiciens et des citoyens soucieux de leur cadre de vie, «Altitude 1400» milite pour une urbanisation des Alpes valorisant des espaces naturels et construits au service d’un développement économique et touristique de qualité et durable. Le mitage, un mot peu courant, signifie la construction désordonnée générée par la multiplication des zones à bâtir surdimensionnées. Pour Philippe Venetz et Lucien Barras, deux architectes sédunois, chevilles ouvrières de ce collectif engagé, «les conséquences de cette politique du mitage deviennent de plus en plus préoccupantes» mais il existe quelques pistes pour tenter de rectifier le tir: • Les zones à bâtir devraient être mieux réparties sur le territoire cantonal. En effet, les régions périphériques et montagneuses en possèdent trop alors que les zones urbai12 — Droit au logement • Juin 2010 n° 195

nes en manquent. • L es petits i m meubles coûtent moins cher à la collectivité. Favorisé par la politique de l’aménagement du territoire actuelle, l’habitat individuel génère des frais importants pour la collectivité publique. Les infrastructures à développer (routes-aménagements des terrains, etc.) coûtent très cher pour desservir un nombre d’usagers relativement limité. Lucien Barras et Philippe Venetz révèlent un chiffre choc: «Les maisons individuelles représentent 40% des logements en Valais mais elles mangent 80% de la surface dévouée à l’habitat. De plus, une maison individuelle coûterait deux fois plus à la collectivité en termes d’infrastructures qu’un petit immeuble de 4 étages.» De là à affirmer que les habitants

Détail de l’exposition «Altitude 1400»

souvent inférieures à celles d’il y a quelques dizaines d’années. L’avenir est donc certainement à l’habitat groupé,

Les maisons individuelles mangent 80% de la surface habitable en Valais

d’immeubles subventionnent les propriétaires de logements individuels, il n’y a qu’un pas, relativement facile à franchir. • L’habitat «groupé» favorise les liens sociaux. Une autre conséquence, assurément négative, du mitage consiste en la perte du lien social, entraînée par l’individualisme et l’isolement du logement individuel et extra-urbain. On constate également que le coût de l’habitat individuel ne cesse d’augmenter, pour des prestations

nettement moins gourmand en surface constructible. Surdimentionnement Les stations de moyenne altitude (du type CransMontana ou Verbier) sont les premières victimes du surdimentionnement des zones à bâtir. Dans ces stations, la prolifération de résidences secondaires, génératrices le plus souvent de lits froids, tout en utilisant le sol à bâtir, ne permet pas à tout un chacun (principalement les locataires)

d’en bénéficier. Le coût très élevé des loyers, induit notamment par le prix soutenu des terrains, achève souvent de dissuader l’éventuel candidat locataire d’un logement situé en station. Il en résulte dès lors un exode vers les zones de plaine, où la pénurie de logements locatifs est déjà sévère (lire à ce propos l’article paru dans le DAL 193, février 2010). Tout espoir n’est cependant pas vain. Les collectivités publiques écoutent de plus en plus les membres d’«Altitude 1400» et certaines commencent même à faire appel à leurs services pour des conseils et des projets d’aménagement du territoire. L’ASLOCA, quant à elle, suit attentivement cette problématique afin de soutenir toute initiative visant à améliorer la situation des locataires valaisans.

Valais mythique, Valais mité! // Le journal de l'ASLOCA: juin 2010  

Valais mythique, Valais mité! // Le journal de l'ASLOCA: juin 2010 C'est sous ce titre volontairement provocateur que l'association "altitu...