Livre AllPeople FR

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Patrick Eymard

AllPeople Rendre réelle et accessible l’utopie d’une mémoire collective dont le contenu est inaltérable !


Couverture : Le hibou est le gardien des valeurs du projet AllPeople. Il surveille la transition entre la mémoire (racines) et la navigation (feuilles). © AllPeople (AP) 2021 Auteur : Patrick Eymard Couverture : Frédéric Tonnerre Packaging éditorial : EliLoCom Conseil éditorial : Laurent Petitbon Maquette : Élise Druon Relecture : Jean-Marc Denis Impression : Albe De Coker Achevé d’imprimé : janvier 2021 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. L’auteur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre.

Ce livre est écrit dans une police de caractères un peu plus large de manière à apporter le maximum de confort aux personnes âgées qui ont du mal à lire les petits caractères. La contrepartie est qu’il est un peu plus épais. Bien sûr, dans le format électronique de ce livre, il est possible de le lire à la taille de caractère souhaitée.


Faites vivre ce livre et ce projet Une fois que vous l’aurez lu, plutôt que de le ranger au fond d’une bibliothèque, vous pouvez faire mieux. Vous pouvez le transmettre à une autre personne, le déposer sur un banc, l’offrir à un sansabri, le confier à un ami malade, le donner à un détenu, l’envoyer à un expatrié, etc. Bref, vous pouvez entamer ou poursuivre une chaîne de transmission qui aidera à faire vivre le projet. Date

Nom du lecteur

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 Table des matières

Table des matières Introduction............................................................ 7 La sagesse du crocodile...........................................8 Qu’est-ce que AllPeople ?........................................9 À qui s’adresse ce livre ?........................................ 14 Pourquoi écrire un livre sur AllPeople ?....................................................16 Postulat – La volonté de transmission.............. 20 Postulat – Laisser quelque chose.........................21 Postulat – Obtenir un service public..................23 Postulat – Naviguer sans rechercher..................25 Pourquoi AllPeople ?...........................................27 Le point de lumière (Essai).................................. 28 L’origine de l’idée...................................................32 Pourquoi AllPeople ?..............................................44 D’autres raisons......................................................48 AllPeople sert aux donateurs...............................50 AllPeople sert aux navigateurs............................54 AllPeople sert aux utilisateurs des données......55 AllPeople sert aux participants au projet..............................................................59 AllPeople sert au concepteur original................61 Les valeurs portées par AllPeople...................63 Demain (Fiction).....................................................64 Valeur de partage................................................... 90 4


Valeur d’humanité................................................. 92 Valeur d’audace.......................................................94 Valeur de sérénité.................................................. 96 Valeur d’éternité.....................................................97 Valeur d’espérance.............................................. 100 D’autres valeurs....................................................102 La phrase représentative....................................105

Léguer : cela s’organise !................................... 115 Transmission vs Partage (Vécu)......................... 116 Définitions.............................................................124 Conditions.............................................................125 Séquences...............................................................126 Contenu d’une Séquence....................................128 Catégories et sous-catégories............................. 135 Les Principes à respecter.................................153 Après-demain ! (Fiction)...................................... 154 Principe de gratuité des legs publics................ 177 Principe de refus de l’anonymat.......................178 Principe de l’universalité du legs......................179 Principe d’absence de jugement........................180 Principe de respect de la censure légale.......... 181 Principe d’ergonomie et de simplicité.............182 Principe de propriété responsable....................183 Principe d’intégrité..............................................184 Léguer : un don en confiance !.......................187 Le gardien (Fiction)..............................................188 5


 Table des matières

Léguer par soi-même.......................................... 203 Utiliser de l’aide pour léguer............................. 207 Autres manières de léguer................................. 209

Le financement................................................... 211 L’amitié (Vécu).......................................................212 La partie privée du projet...................................218 Le mécénat........................................................... 223 Le Crowdfunding................................................ 225 L’exploitation des données................................ 227 Un projet : un engagement............................. 229 La vie des animaux (Sagesse)............................. 230 Différentes manières de travailler................... 235 On ne peut pas faire seul....................................237 Plein de ressources.............................................. 240 Comment démarrer ?..........................................241 AllPeople a besoin de vous................................ 244 Comment faire adhérer à AllPeople........... 247 Un bide intégral (Vécu)....................................... 248 Présenter le concept........................................... 250 Les différenciants !...............................................251 Je veux participer : où aller ?............................. 252 Glossaire................................................................253 En résumé.............................................................255 Remerciements...................................................257 6


Introduction Cette idée date des années quatre-vingt du siècle dernier – 1988 de mémoire. C’est un peu flou aujourd’hui. Depuis, j’ai pensé mille fois que comme je n’arrivais pas à développer l’idée seul et à la transformer en réalité, ni à entreprendre à plusieurs pour réussir à la matérialiser et commencer à capitaliser des données de legs, quelqu’un d’autre aurait forcément la même idée et la réaliserait. Finalement cela ne s’est pas produit. Quelques ébauches venues d’un peu partout essaient de récupérer et de numériser des tranches de vie. Mais rien de comparable avec l’ambition du projet dont je vais vous parler. Cette idée va se transformer en 7


 Introduction

projet dans les mois à venir. Je suis absolument convaincu qu’AllPeople est nécessaire. Cela m’est apparu comme une évidence dès le premier jour. Ce livre en est la première pierre.

La sagesse du crocodile Un homme sage, à l’approche de la retraite, m’avait raconté une histoire. « Lorsqu’on est un jeune adulte, on a plein de projets. Et non seulement on en a plein, mais on pense qu’il sera possible de tous les mener à bien, car on a l’énergie et le temps nécessaire. Ensuite, vers le milieu de sa vie, on se rend compte qu’on ne va pas réussir à réaliser tous les projets qu’on s’était donnés comme objectif. Alors, plein d’espoirs renouvelés, on choisit ceux auxquels on tient vraiment, puis on se consacre uniquement à ceux-ci pour pouvoir les achever, de manière certaine. 8


Qu’est-ce que AllPeople ?

Puis, vers le troisième âge, on comprend que même ceux qu’on a choisi de développer, et auxquels on tenait tant, on n’a pas réussi à les achever. Il y en a qu’on ne fera pas ! Enfin, pour ceux qui ont la chance d’arriver au quatrième âge, et qui reposé de leur vie passée acquièrent la sagesse du crocodile, il leur apparaît que finalement, ce n’est pas si grave si on ne réalise pas ses projets. C’était déjà bien d’en avoir ! »

Qu’est-ce que AllPeople ? AllPeople est une nouvelle vision du partage. Aujourd’hui, nous léguons à notre mort des valeurs (argent, objets précieux) et des pierres (précieuses ou immobilières). Bien entendu, l’immobilier se dégrade dans le temps. La plupart des valeurs évoquées aussi. De plus ces legs sont souvent imposés et le legs est alors incomplet et géré par la société dans le cadre d’une juste répartition. 9


 Introduction

Il arrive souvent que nous essayions de laisser autre chose derrière nous. Un écrit, un enseignement ou quelques paroles, simplement. Comme ni les technologies actuelles et passées ni les sociétés n’ont pris cela en charge, on peut considérer que l’humanité subit plus ou moins un éternel recommencement. On ne peut que le constater, compte tenu de la pauvreté des connaissances et expériences de vie qui sont léguées entre les individus depuis si longtemps. Au-delà de l’humain unitaire, l’éducation permet de capitaliser sur les connaissances et fait progresser l’homme dans la culture générale jusqu’aux expertises les plus précises. C’est cela qui nous a fait parvenir jusqu’à notre ère numérique actuelle. La connaissance individuelle et l’expérience unitaire d’un humain se perdent donc généralement avec sa fin de vie et il n’a que rarement l’occasion de léguer à sa descendance et au reste de l’humanité, ce qu’il 10


Qu’est-ce que AllPeople ?

voudrait dire, montrer ou faire savoir de manière générale. AllPeople est le projet qui va permettre aux personnes volontaires de réaliser ce partage. Ils pourront numériser ce qu’ils veulent puis déposer ces legs sur une plateforme pérenne qui deviendra accessible au plus grand nombre. Sur ce support, chaque legs immatériel devient un cadeau, inestimable, d’une personne à l’humanité entière. Ce support se veut pérenne, dans son contenu numérique, mais aussi dans son contenant qui doit assurer la préservation du contenu et la possibilité de le consulter. De cette exigence provient la nécessité de structurer intelligemment et aussi de manière pérenne l’entreprise qui porte les données, ainsi que le mode de fonctionnement entre cette entreprise centrale et les entreprises périphériques adossées.

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 Introduction

À travers une base de données accessible, sur Internet, la consultation des legs est aussi un objectif du projet. AllPeople utilisera un mode de Navigation en trois dimensions (3d), disruptif, immersif et ergonomique (équivalent à un jeu vidéo en «monde ouvert»). Naviguer dans les legs sera alors comme faire une promenade dans la mémoire de tous. L’idée originelle associée à AllPeople est donc composée de deux parties : capitaliser les legs volontaires et gratuits des hommes et des femmes qui le souhaiteraient puis permettre de naviguer dans ces legs à la manière d’une promenade, dans un univers virtuel. Et il y a le nom « AllPeople » qui représente à la fois le projet et l’association déjà créée.

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Qu’est-ce que AllPeople ?

Léguer des pierres qui se dégradent !

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!! ! s a fit p 13


 Introduction

À qui s’adresse ce livre ? Ce livre est à destination de tous ceux qui pourraient être intéressés par le concept AllPeople et qui voudraient participer à l’aventure et au développement de ce projet ambitieux. ➢ Soit en léguant, via AllPeople Et dans ce cas le livre donne un aperçu de l’ensemble des principes qui seront respectés et des Valeurs qui seront portées dès que le projet aura donné naissance à l’application idoine. ➢ Soit en sympathisant avec AllPeople Et il y a plusieurs possibilités de le faire, soit en adhérant à l’association, soit en partageant simplement des pensées, des idées qui soient liées au projet. ➢ Soit en investissant du temps Et il y a tellement de choses à faire sur AllPeople que, franchement, toutes les volontés sont les bienvenues. Il y aura des 14


À qui s’adresse ce livre ?

places à prendre et des compétences nécessaires à la fois dans l’association elle-même, mais rapidement aussi dans les sociétés apporteuses de valeurs autour de AllPeople. ➢ Soit en tant qu’entreprise tierce Les créateurs d’entreprises qui pourraient apporter des fonctionnalités et de la valeur au projet seront les bienvenus dans l’aventure. Cela sous-entend qu’ils respecteront les valeurs du projet en cohérence avec celui-ci. Plusieurs exemples et détails sont donnés dans cet ouvrage. ➢ Soit en tant que mécène et apporteur de moyens Pour ceux qui n’ont pas de temps et qui souhaitent aller plus loin car ils croient au projet, il y a moyen de financer les ressources nécessaires pour le mettre en œuvre. Ces dons ne vous donneront pas la possibilité de déroger aux principes et aux valeurs du projet, mais ils contribueront vivement à l’aider et ces gestes resteront gravés. 15


 Introduction

Et puis il y a aussi les indécis, qui ne savent pas, qui voient cette idée comme innovante mais qui ne souhaitent pas s’investir. Il y aura très rapidement des supports sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, etc.) à suivre, des news, des flux d’informations qui seront mis en place pour se renseigner et recevoir des informations sur les progrès à venir.

Pourquoi écrire un livre sur AllPeople ? Je suis dans mon milieu de vie (sic) et j’ai vraiment envie d’aboutir et de réaliser ce projet AllPeople auquel je tiens tant et qui représente pour moi ma contribution aux personnes que j’aime et au reste de l’humanité. C’est ce qui m’a amené à tenter de poser par écrit les idées que j’ai eues, de manière déjà à me les sortir de la tête, mais aussi avancer dans la définition du projet et m’obliger à 16


Pourquoi écrire un livre sur AllPeople ?

formaliser les principes et les bases auxquels je tiens le plus. Ce dépôt est aussi le garant que s’il y a ensuite des dérives d’usages ou de principes ils ne viennent pas de l’idée originelle. J’y tiens beaucoup. Je n’aimerais pas que l’idée soit mise en pratique et déformée par d’autres personnes, puis dévoyée et qu’on en rende responsable le créateur originel. Au cours de ces années, si je n’ai pas réussi à avancer suffisamment, c’est aussi parce que j’hésitais toujours entre agir, construire, réfléchir et communiquer. Ces quatre axes de travail, tous nécessaires, sont complexes à mener à bien en parallèle. Je compte aussi sur cet ouvrage pour m’aider à rencontrer les personnes qui sauront structurer et animer la réalisation du projet. En écrivant les bases fondatrices et en organisant le travail d’un collectif, plus qu’en ne comptant que sur moi-même, j’espère que ces axes pourront être menés en parallèle par des groupes forts et motivés. Je me laisse une 17


 Introduction

partie de la tâche de coordination et d’être garant du respect des principes essentiels – que l’on retrouve dans ce livre. Cet écrit va aussi permettre une diffusion de l’idée au-delà de mon propre cercle. Même si celui-ci risque de s’agrandir, je m’efforcerai de garder un ensemble constructif, cohérent et de donner ce que je pourrai pour rendre possible le développement de AllPeople. Par ailleurs, AllPeople a besoin de soutiens. De soutiens financiers, car on ne construit pas un service social ambitieux apportant un véritable plus aux personnes sans les moyens nécessaires. Il y a aussi besoin de soutiens sur les idées et les principes, de ceux qui vont apporter de l’envergure au projet et du partage constructif. Nul doute que cette énergie à venir, cette diffusion et ces adhésions à l’idée, vont engendrer une énergie nouvelle. 18


Pourquoi écrire un livre sur AllPeople ?

C’est plein d’espoirs que je ressens déjà cette énergie qui va nous permettre d’avancer sur le projet et de réaliser ce vieux rêve de tous que de rester, après son décès, dans la mémoire de l’humanité. Éternellement. Je sais bien que le pitch de la vie éternelle est un peu orgueilleux et complètement disproportionné, mais j’aime bien l’idée d’y contribuer à ma façon (sic). Ce livre, c’est la première pierre de l’édifice. Si l’idée vous parle, si la transmission générationnelle vous intéresse et que le partage n’est pas un problème pour vous, je vous invite à adhérer au projet – si ce n’est à l’association – et à construire avec nous un édifice pérenne, stable, utile et beau. Qui m’a dit qu’il fallait avoir les deux pieds dans la terre et le regard au loin ? AllPeople n’existe pas encore ! À nous d’y remédier.

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 Introduction

Postulat – La volonté de transmission « Nous voulons donner ce que nous avons aux jeunes générations. » AllPeople peut fonctionner si et seulement s’il existe des personnes qui souhaitent léguer des expériences et les partager avec le plus grand nombre. C’est à cette condition qu’une base de mémoire pourra être créée et deviendra suffisamment étendue pour porter à terme une partie de la mémoire de l’humanité. Cette volonté de transmission peut se conjuguer avec la volonté de faire partie d’un collectif pérenne d’humanité (cf. Laisser quelque chose). AllPeople est responsable de la pérennité des contenus des legs et de l’accès à ceux-ci. Un des aspects de cette volonté de transmission est aussi intergénérationnel. Les anciens ont des choses à dire aux jeunes, à 20


Postulat – Laisser quelque chose

leurs enfants, leurs petits-enfants, mais aussi aux enfants et petits-enfants des autres. C’est une grande vérité humaine, vérifiée depuis l’origine de l’espèce et qui donne du sens à notre parcours en conscience. J’ai l’espoir que le message porteur de sens ainsi apporté pourra soulager quelques personnes et que cela livrera une part de complétude que certains n’auraient pas eue sinon, du fait de l’éloignement, de l’isolement. Nos anciens étant de plus en plus nombreux, ce fléau de l’isolement et de l’absence de sens pourrait alors reculer légèrement.

Postulat – Laisser quelque chose « Nous souhaitons qu’une partie de nous continue d’exister après notre décès. » Je souscris à l’idée de laisser quelque chose de moi-même après ma mort. 21


 Introduction

La volonté de ne pas partir sans laisser un héritage est aussi un postulat de succès de AllPeople. Je la différencie clairement de la transmission qui est ciblée, alors que laisser une trace de son passage reste universel et général. À noter que des supports dédiés à la diffusion privée pourront être structurés et construits sur la base des legs. Le projet AllPeople a aussi l’ambition de stopper cette fuite, ces pertes abyssales constatées à chaque décès. Chaque décès entraîne avec lui son lot de disparition de poésie, de savoir et de mémoire de la vie passée. Cessons de perdre nos expériences, encore et toujours ! Et puis, en donnant une part de nous, nous construisons une histoire collective qui n’est pas matérialisée aujourd’hui, hors quelques individualités. C’est une utopie – on retrouve la phrase fondatrice du livre –, mais « notre histoire de 22


Postulat – Obtenir un service public

l’humanité » est quelque chose à laquelle nous pouvons (devons ?) tous participer.

Postulat – Obtenir un service public « Un service public garantit la gratuité, l’accès à tous et la pérennité. » « L’État c’est nous », disait Vladimir Lénine. On peut ne pas partager l’ensemble des opinions de cette personne et pour autant respecter la justesse de sa citation. Cette citation exprime que la structure étatique appartient, depuis son origine, au peuple qu’elle encadre. De l’État naît la notion de service public. Cette sorte de service qui n’est pas imposé, mais proposé aux citoyens de l’État. Cette sorte de service gratuit, mais qui, à mettre en place, coûte des fortunes et que tous les citoyens acceptent comme un coût utile. 23


 Introduction

Devenir un service public est l’idée la plus ambitieuse que j’ai eue pour le devenir du projet AllPeople. Que ce service soit proposé à tous, sans condition de ressources, sans discrimination et de manière systématique, est mon rêve. Bien sûr, il y a différents États. Mais je ne doute pas que l’humanité, forte de la possibilité de réaliser une utopie, trouvera le chemin pour consolider les legs au-delà des frontières. Chaque femme, chaque homme se verra alors proposer de léguer ce qu’il souhaitera aux générations à venir. Chacun aura la possibilité de s’inscrire dans la mémoire collective. Par cette gigantesque orthèse mémorielle, nous transcenderons nos conditions mortelles, individuelles et limitées, pour nous inscrire dans une nouvelle ère. Oups, je m’égare un peu…

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Postulat – Naviguer sans rechercher

Postulat – Naviguer sans rechercher « Il sera possible de naviguer dans les legs comme on se promène dans un parc. » Construisons une navigation nouvelle, sans objectif prédéfini, dans laquelle on se laisse emporter par les sujets qui nous attendaient sans qu’on le sache. Nous sommes ouverts aux perceptions, aux innovations, aux surprises, aux sentiments et à l’agrandissement de soi-même vers les autres. Se promener dans la mémoire des autres. Vivre cette promenade comme un élément régénérant et constructeur. Retrouver, perdre, s’étonner et oublier juste ensuite. Comme des oiseaux que l’on regarde s’envoler d’un arbre dans un froissement, les idées nous entourent et nous ravissent. Voilà la navigation en trois dimensions que je souhaite vivre, voilà l’expérience qui sera possible dans la mémoire de l’humanité. 25



Pourquoi AllPeople ? Avant d’aller dans une direction, il est nécessaire de se poser la question du « Pourquoi ? ». Autrement dit, pour quelle raison irais-je dans cette direction ? Quelques réflexions : Fondamentalement, meurt seul.

l’homme

naît

et

Il progresse au contact des autres, tout au long de sa vie et, souvent, fait aussi progresser les autres par ses expériences et son point de vue sur la réalité.

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 Pourquoi AllPeople ?

C’est vraiment dommage de ne pas plus exploiter cette richesse individuelle et de ce fait, la perdre à la mort de chacun. C’est la raison fondatrice de l’existence de AllPeople.

Le point de lumière (Essai) Tout au début, il y eut un point, un point de lumière. Ce point, comme étiré par une pulsion extraordinaire devint un cercle, un cercle de lumière. Je le franchis, sans pouvoir retenir un cri. Plus tard, calmé, je considérais alors mon cercle qui, empli de lumière, ne contenait rien. Ce fut d’abord deux choses qui emplirent mon cercle. Lorsque j’eus compris que ces mains étaient à moi, ce fut une révélation. J’avais un cercle à moi, et j’étais dedans, seul. 28


Le point de lumière (Essai)

Puis, très vite, une femme me rejoignit. J’appris que c’était ma mère. J’étais heureux alors, à deux dans mon cercle. Un homme rejoignit ma mère, j’appris que c’était mon père. Puis, aussitôt, un deuxième, j’appris que c’était mon frère. À lui, je fis une large place dans mon cercle, car nous jouions beaucoup ensemble. Ensuite, avec la garderie, puis l’école, j’agrandis mon cercle encore plus. J’en fis un cercle solide et durable. J’appris que ce cercle d’amis était constitué de personnes qui entraient et sortaient sans cesse. Le cercle s’agrandit énormément, jusqu’à devenir presque infini. Ou que j’aille, des amis remplissaient mon cercle, j’étais devenu un citoyen du monde. Mais, agrandissant mon cercle à ce point, je me rendis compte que je m’éloignais de son centre. 29


 Pourquoi AllPeople ?

J’étais un peu perdu dans mon propre cercle. Ma mère et mon père étaient bien loin maintenant. Mon frère aussi, je ne le voyais plus que rarement. Je décidais alors de créer un centre nouveau à mon cercle. Une femme s’appropria ce rôle. Je me mariais et assez vite nous eûmes des enfants que je plaçais dans mon nouveau cercle. Mon cercle était devenu plus petit, plus facile à appréhender. Ma compagne, mes enfants et quelques amis et ma famille. Puis, mes enfants grandirent et sortirent de mon cercle comme je l’avais fait avant eux. Mes parents s’éteignirent et mon frère disparu complètement de mon cercle. Nous restions deux dans mon cercle, qui était un peu devenu le nôtre. 30


Le point de lumière (Essai)

Unis pour la vie. Mais même la vie a une fin. Un triste jour, je fus de nouveau seul dans mon cercle. Seules quelques femmes venaient encore à passer dans mon cercle de lumière. Depuis mon lit d’hôpital. Enfin mon cercle devint un point, un point de lumière, et là je me dis soudain. « Vais-je de nouveau jaillir de ce point et agrandir mon cercle jusqu’à l’infini ? » Mais non, ce point-là était la fin.

Patrick Eymard Sur une idée originale de JC. Chaumette / Le peuple oublié

La question du « Pourquoi ? » est donc une question importante, fondatrice et je me suis mis à creuser, souvent seul et parfois en groupe, quelles étaient les raisons, les motivations autour de cette idée. 31


 Pourquoi AllPeople ?

Souvent l’idée et les Principes « AllPeople » emballent rapidement, ils « parlent ». Pourquoi ? Les personnes réagissent en comparant à ce qu’ils connaissent, en objectant avec des filtres, des limites. Pourquoi ? Peu supportent d’emblée les Principes de gratuité, d’accès libre, d’universalité, de non-jugement. Pourquoi ? Parce qu’AllPeople est un projet complexe qui nous touche au cœur.

L’origine de l’idée AllPeople est tout d’abord une idée née de la révolution numérique. La révolution numérique engendre la possibilité de stocker une information sur un support et de pouvoir la copier à l’identique sur un autre. 32


L’origine de l’idée

Auparavant, les messages humains furent stockés sur des murs de grottes, sur des pierres, sur des papyrus, sur des peaux, sur des troncs, sur des tablettes en marbre, etc. Durant l’évolution des différentes civilisations, l’écriture a succédé aux dessins et pictogrammes et a déjà permis de donner un sens proche de l’unicité à deux messages écrits sur des supports différents. Le bond en avant permis par l’écriture réside principalement dans cette capacité à reproduire le contenu d’un message, même si le support, lui, pouvait être différent. Pour autant, la copie provenait de la réécriture du message. Le fossé entre la révolution numérique et l’écriture vient de cette identité de « recopie ». Lorsque nous écrivons quelque chose sur un papier, nous pouvons ensuite le recopier sur un autre papier, mais les deux papiers résultants ne seront pas identiques, même si le sens du contenu l’est. Les différences 33


 Pourquoi AllPeople ?

d’écritures, de placement des mots sur le support, seront nombreuses et permettront l’identification de l’une ou l’autre des copies. Lorsque l’imprimerie a été inventée, elle a permis de recopier de manière quasi identique deux contenus. Mais là encore, les imperfections des supports et des machines d’imprimerie rendent les copies identifiables. Même avec nos imprimantes d’aujourd’hui, nous avons encore la possibilité de distinguer facilement des copies d’une imprimante à l’autre, et même, plus finement, sur une même imprimante. Ce qu’apporte la révolution numérique, c’est que lorsque nous stockons une information sur un ordinateur, celle-ci devient une séquence unique de bits (0 ou 1) puis d’octets (séquence de 8 bits) et que cette séquence est reproductible à l’identique quel que soit le support sur laquelle on l’inscrit. Il devient alors non seulement impossible de différencier le contenu numérique, qu’il soit porté par un support ou par un autre, 34


L’origine de l’idée

mais de plus son contenu devient inaltérable et ne dépend que de la viabilité du support sur lequel il est enregistré. Si nous prenons l’exemple d’une photographie numérique, enregistrée dans un format défini (JPG, par exemple) : que le fichier résultant soit enregistré sur des disquettes numériques, optiques, sur des disques durs ou des clefs USB ou encore d’autres supports moins répandus, l’image contenue restera strictement inchangée. Cette inaltérabilité est un des fondements de AllPeople, car cela donne espoir que les éléments numériques qui seront confiés ne seront pas dégradés dans le temps. Qu’il existe un moyen de les préserver contre toute atteinte – ce qui n’a auparavant jamais été le cas. Par ailleurs, la représentation numérique permet non seulement de remplacer l’écriture (depuis la machine à écrire à l’imprimante actuelle, laser ou encre) mais aussi permet de stocker des images, des sons, 35


 Pourquoi AllPeople ?

des concepts (mathématiques, physiques, etc.), et, finalement, tout ce qu’on arrivera à numériser, c’est-à-dire à représenter en 0 et en 1. Cette fonctionnalité de préservation de tous les contenus numériques dépasse largement la préservation de l’écriture et du message contenu. De plus on peut imaginer que cette numérisation s’étendra à de plus en plus de domaines et de sujets. Cela aussi est une part de la révolution numérique et est constitutif de l’idée AllPeople. Pour mes 11 ans, mon père m’a acheté mon premier ordinateur – un ZX81. J’ai tout de suite adhéré au concept et, armé de mon clavier « mécanique », collé sur le clavier original, de mon lecteur de cassettes (identique à l’époque à ceux pour la musique ou les walkmans), de mon extension 16 Ko (le ZX avait 1 Ko) et de ma petite télévision cathodique à écran bien rond et globuleux, j’ai développé mes premiers programmes et même publié, 36


L’origine de l’idée

dans les magazines de l’époque – TILT, par exemple. Très tôt cette conscience de la puissance du numérique m’a habité. Quelques années plus tard, je suis allé en école d’ingénieur en informatique (IIE, dérivé du CNAM, une des premières écoles d’informatiques), car je savais que j’allais y consacrer aussi ma vie professionnelle. C’est lors d’un stage obligatoire, inclus dans le parcours de cette école, que l’idée de AllPeople m’est venue. Une idée assez simple et évidente, que je pensais voir arriver dans la réalité bien plus tôt depuis toutes ces années, soit de mon initiative (et comme cela n’a pas été le cas, cela montre un vrai déficit d’entreprenariat à mon niveau), soit par l’initiative d’autres personnes ou entreprises, tellement le concept me paraît inévitable. La deuxième source de cette idée réside en la farouche volonté de partage et de transmission qui règne au sein de ma famille, 37


 Pourquoi AllPeople ?

incarnée par mon grand-père, Georges. Non content d’être enseignant, puis proviseur de lycée, il a aussi écrit des livres d’enseignement mais s’est surtout attelé à transmettre à ses enfants et à quelques-uns de ses petits-enfants son amour de la logique, de la physique réaliste et expérimentale et de l’apprentissage en général. Mon père a suivi son exemple et a participé avec lui à cet engagement familial. Du coup, je m’étais dit à l’époque qu’il serait quand même dommage de perdre (même partiellement) cet état d’esprit. Qu’il était nécessaire que cet engagement et cette volonté puissent être témoignés, légués et que cela puisse servir d’exemple à d’autres contextes qui n’en bénéficieraient pas. Et puis, cette idée est devenue très vite plus universelle qu’auto centrée. Il y a tous les jours, dans les Ehpad, les maisons de retraite, mais aussi les SAMU sociaux, les hôpitaux ou, pire, dans la rue, des personnes âgées, sans ressources, dont le savoir 38


L’origine de l’idée

et l’expérience disparaissent irrémédiablement faute de support de transmission. Cette perte est quotidienne, irréversible et de tout temps nous ne recevons du passé que la parole des vainqueurs et des érudits en capacité de la transmettre. Toutes les personnes ont une histoire, une expérience, un savoir-faire ou de toute façon quelque chose à raconter et transmettre. Chaque vie passée a une vraie valeur qu’il faut préserver au maximum. De plus, chaque génération doit pouvoir léguer quelque chose aux suivantes. Les anciens ont toujours beaucoup de savoirs et d’expériences à transmettre. Le projet AllPeople prend forme autour de cette idée qu’il faut préserver et chérir ce témoignage d’humanité qui se perd naturellement et depuis toujours. Du coup, sur cette base d’universalité du legs, la notion d’accessibilité est aussi très vite devenue importante. À la fois dans le lieu de l’accessibilité – Internet n’existait pas en Europe quand l’idée est venue – et dans la 39


 Pourquoi AllPeople ?

forme de cette accessibilité – la navigation en trois dimensions (3d), en bas le passé, en haut le futur, non encore disponible à la date de cet écrit. Au début des années 1990, la numérisation des contenus, vocaux, photos ou autres, nécessitait des moyens importants. Le résultat était de plus bien inférieur à ce que tout un chacun sait aujourd’hui faire avec son smartphone, naturellement. À l’heure actuelle, que ce soit pour capturer, stocker, sauvegarder ou accéder à la masse de données que les legs pourraient représenter, les technologies sont présentes, même si elles ne sont pas forcément simples, ni gratuites, à mettre en œuvre. Les médias sont donc faciles à capter. Et normalement il devrait y en avoir de plus en plus et qui prennent de plus en plus de place. Comment y accéder  ? Comment se débrouiller dans cette masse de données ? Bien entendu, la navigation traditionnelle, par recherche restera possible. Depuis 40


L’origine de l’idée

le Minitel et les recherches simples, la navigation n’a pas beaucoup évolué. On cherche toujours ce qui nous intéresse et rebondissons ensuite sur les éléments qui nous attirent l’œil. Pour AllPeople, et de manière à rester dans un contexte caritatif désintéressé, j’envisage alors la navigation « promenade ». Comme lorsqu’on se promène dans un parc, que l’on flâne sans objectif particulier, sans but précis. On marche, on découvre les éléments et la nature du parc que l’on visite. Imaginons ensemble une navigation promenade dans laquelle on lance AllPeople puis, on découvre les concepts, les idées et on navigue à l’intérieur, on découvre des personnalités, des leçons de vie et d’autres éléments forcément nouveaux car nés des legs des personnes qui nous ont précédés. Une telle navigation, sans direction préétablie, est quelque chose de rare, voire d’inexistant à l’heure actuelle. 41


 Pourquoi AllPeople ?

Aujourd’hui, nous pouvons nous laisser guider par des liens astucieusement placés devant nos yeux, nous pouvons rebondir sur tout ou partie des contenus des sites et nous laisser happer par le parcours prédéfini d’un autre esprit que le nôtre. Mais il est très rare d’accéder à des univers libres dans lequel nous n’avons pas d’influence pour nous guider. C’est une des raisons qui font le succès des jeux à monde ouvert (style Rust, Minecraft, etc.). C’est cette différence, au sein de la mémoire de l’humanité, que je vous propose de créer, en second pilier du projet AllPeople. Pour ce qui concerne le nom « AllPeople » – ou Tous les hommes –, j’ai longuement hésité avec « AllMemory » – ou la Mémoire de tous –, mais je me suis finalement dit que les hommes étaient plus importants que leur mémoire et qu’ils seraient donc plus enclins à partager s’ils étaient évoqués de leur vivant et en capacité de léguer. 42


L’origine de l’idée

AllPeople s’adresse aux hommes ; AllMemory s’adresserait à ceux qui en profiteraient ensuite, voilà la raison. L’outil de Navigation pourrait lui s’appeler AllMemory, sans que cela choque, puisque c’est bien dans la mémoire de tous que nous naviguons. Il y a donc trois sujets majeurs dans le projet AllPeople, dont deux ont été déjà évoqués : ➢ L’explication du projet, la mise en confiance puis la captation des legs, soit en assistant les personnes, soit en leur donnant les moyens de léguer elles-mêmes. ➢ L’organisation des données de legs de manière à les classer et les récupérer de la manière la plus simple et performante, et leur préservation dans le temps. ➢ La navigation dans les legs, de sorte que le contenu soit accessible à tous, de la manière la plus intuitive 43


 Pourquoi AllPeople ?

possible, au fil des générations à venir. Ces trois sujets sont autant de défis à relever pour la création, le maintien et la pérennité du projet AllPeople.

Pourquoi AllPeople ? AllPeople répond à une conjugaison de possibles et d’utopies. Mon objectif était de concilier les deux en proposant quelque chose qui était impossible avant le numérique mais qui depuis l’était devenu (possible) et qui serve l’humanité et permettre à tous d’en profiter. On dit souvent, dans les milieux pour le mieux agnostiques, que la vie éternelle est en fait la survivance dans les mémoires des personnes en vie, des hommes et femmes décédés et de leurs actions. Mais, bien sûr, ceci non plus n’est pas éternel et la précision du souvenir dépend bien souvent des 44


Pourquoi AllPeople ?

circonstances, des courants de pensées ou des opinions politiques. La déformation de la mémoire ne rend pas forcément justice aux hommes et femmes du passé. Le fameux dicton : « Les paroles s’envolent quand les écrits restent », illustre facilement qu’on ne peut garder que les éléments posés sur papier, et encore, souvent sont-ils copiés manuellement, et peut-être déformé ou dénaturés. Comment savoir si les actes, les écrits ou les paroles sont fidèlement retranscrits ? Avec AllPeople, pas besoin d’intermédiaire. Les paroles et les écrits peuvent rester tels quels et ne pas être modifiés dans le temps. Ce projet offre d’une certaine manière un accès à l’immortalité de ses pensées et, en toute modestie, une certaine idée de la vie éternelle. Ceci aussi, comme une « Babel » utopique de nos mémoires et de nos vies passées, est un des fondements de l’idée initiale. Il y avait de surcroît le sentiment permanent de perte ; la vision restrictive de cette 45


 Pourquoi AllPeople ?

humanité qui ne retient que les valeurs des êtres les plus signifiants (riches, influents, etc.) et érudits (en capacité d’écrire livres ou mémoires). Pendant ce temps, quantité d’autres esprits s’éteignent. Des personnes meurent tous les jours sans rien laisser. Des personnes qui ont eu aussi des vies longues et riches. Des gens qui ont vu des choses, des événements et qui ont agi ou laissé agir d’autres personnes. Toutes ces interactions, ces points de vue sur l’histoire, tout disparaît, en permanence. Pourquoi ces vies auraient-elles moins à donner que celles qui sont plus connues ? Pourquoi les riches sauraient-ils donner plus que les moins aisés ? Ce sentiment de perte a généré une urgence, une crainte, un manque dans ma vie. C’est un des sentiments fondateurs de AllPeople. Au fil du temps, je me suis aussi aperçu que dans toutes les familles, y compris dans la vôtre – cher lecteur –, se perdaient les 46


Pourquoi AllPeople ?

souvenirs et les histoires. Que les anciens ne savaient pas forcément comment transmettre, que les jeunes ne s’intéressaient pas forcément aux anciens (quand ils ne les rejetaient pas). Combien d’histoires de familles ne seront jamais découvertes  ? Combien de trésors cachés ne seront jamais révélés… Pouvoir donner un cadre et une possibilité à toutes ces familles, c’est aussi pour cela que AllPeople est devenu plus qu’une idée. C’est aussi, devant cette urgence, que le projet doit prendre forme. Faire quelque chose de sa propre vie m’a aussi longtemps animé. Au-delà de ma propre transmission à assumer, je me suis demandé si je pouvais porter un objectif qui me dépassait, qui enrichirait au-delà de moi-même. Et j’ai trouvé ce concept, cette idée. De toute façon, ce projet est inévitable. Il est évident que l’humanité va bientôt commencer à préserver ses souvenirs, sa 47


 Pourquoi AllPeople ?

mémoire et que le legs de chaque individu va être capitalisé dans un tout numérique inaltérable qui représentera plus dans son ensemble que la somme de ses parties. Du coup, je me suis dit : pourquoi ne pas le faire moi-même ? Voilà les raisons qui ont mené au projet AllPeople. Par ailleurs, ces raisons ne sont pas les seules qui puissent expliquer pourquoi cette idée est en train de devenir un projet. Au-delà de moi-même, d’autres personnes à qui j’ai parlé de l’idée ont adhéré et ont rapidement trouvé des raisons personnelles de se raccrocher au projet et de le faire grandir.

D’autres raisons Beaucoup d’autres raisons sont apparues durant les années passées, venues de moi, ou d’autres personnes qui ont trouvé l’idée originale et ont réfléchi dessus. Ces raisons 48


D’autres raisons

m’ont conforté à avancer et rédiger le présent ouvrage. Il y a aussi des idées parallèles qui m’ont inspiré et en voici quelques exemples. Lorsque j’ai parlé de cette histoire à un ami Sénégalais, il a tout de suite adhéré avec enthousiasme. Pour lui cela résolvait un problème qu’il avait déjà vécu avec ses aïeux, qui étaient partis trop vite et sans laisser assez. Cela résolvait aussi une angoisse en lui que ces pertes se reproduisent. Du coup, il a appelé sa mère et lui a expliqué qu’elle devrait commencer à filmer ses savoirs faire et constituer une base de ce qu’elle pourrait léguer dans AllPeople. Cette urgence m’a inspiré et montre l’importance de ce projet pour certaines situations. « Six milliards d’autres » est une idée originale de Yann Artus Bertrand. Faire décrire par des personnes filmées en plan serré, leurs sentiments sur des sujets prédéfinis. Le bonheur pour un Massaï de la savane africaine ou pour une adolescente américaine 49


 Pourquoi AllPeople ?

de New York, qu’est-ce que cela veut dire ? Des explications différentes mais des visages qui expriment les mêmes joies, les mêmes peines : l’universalité des sentiments et des expressions. Un beau cadeau que ce documentaire relativement confidentiel. Et il y a beaucoup d’autres exemples. Il ne faut pas perdre de vue qu’à terme, AllPeople doit pouvoir se décliner dans un service social, disponible pour tous, hommes, femmes, de conditions économiques et sociales diverses, sans ségrégation. Quels États seront capables de relever le défi avec AllPeople ? Quelles sociétés seront capables d’intégrer entièrement ce concept ? Voyons déjà à qui cela pourrait-il servir.

AllPeople sert aux donateurs Les donateurs sont les personnes qui lèguent des contenus numériques via AllPeople. 50


AllPeople sert aux donateurs

AllPeople est d’abord un moyen d’expression. Le projet donne la possibilité à des personnes qui ne l’avaient pas, de s’exprimer, de témoigner et de partager. Beaucoup de personnes ne savent pas qu’elles pourraient donner des choses aux autres. Et encore moins sous la forme de contenu numérique. Le projet AllPeople va pédagogiquement leur expliquer ce qu’il est possible de faire, puis va aller jusqu’à leur permettre leur don de legs. C’est donc aussi un moyen d’ouvrir certaines populations au numérique et à leur capacité à partager via cette technologie, dans notre nouvelle ère numérique. Par ailleurs, AllPeople permet aussi aux donateurs de revivre et de structurer leur passé et leurs histoires vécues. Ce voyage dans le passé pourra être facile ou difficile, agréable ou éprouvant, mais en tout cas c’est bien une possibilité et un support d’introspection que fourni AllPeople. 51


 Pourquoi AllPeople ?

Dans certains pays, Africains par exemple, la tradition orale est millénaire. Elle est très sérieusement menacée en ce moment car les jeunes sont de plus en plus accrochés à leurs smartphones et aux connaissances générales auxquelles ils peuvent accéder très facilement. Bien entendu c’est un progrès majeur que la connaissance puisse être aussi facilement disponible, mais pour certains anciens, qui possèdent des savoirs, des recettes et des connaissances uniques, c’est la fin d’une transmission nécessaire. Les jeunes ne vont plus voir les anciens, persuadés que le nouveau monde est dans leur main. Ils n’y sont plus obligés et parfois vont jusqu’à mépriser les connaissances qui leur ont permis d’exister et d’arriver sur Terre après tant de générations. Les anciens sont déstabilisés par ce phénomène et constatent amèrement que personne ne souhaite plus les écouter. Nous avons là une urgence majeure à gérer.

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AllPeople sert aux donateurs

Les anciens attendent AllPeople sans le savoir pour préserver les savoirs ancestraux, de manière massive. Et les jeunes, qui demain seront plus vieux, nous en remercieront. Il y a aussi des personnes seules et isolées. L’isolement est un mal très répandu dans nos sociétés industrialisées. Les enfants sont loin, partis, voire décédés, et les personnes âgées se retrouvent seules, soit chez elles, soit dans des établissements spécialisés plus ou moins médicalisés. AllPeople peut donner un élan, un nouvel objectif, une voie de transmission vers l’ensemble de l’humanité, à ces personnes. J’imagine facilement que AllPeople peut leur servir sur de multiples plans. Il y a aussi des personnes qui perdent la mémoire. Quelle meilleure façon de conserver les mémoires d’une personne que de léguer, quand cela est possible et de manière la plus intuitive possible, ses mémoires et legs les plus importants.

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 Pourquoi AllPeople ?

AllPeople sert aux navigateurs Les navigateurs sont les personnes qui utilisent la navigation AllPeople pour accéder aux legs numériques. J’essaie de me projeter dans quelques années. Je suis navigateur et me promener dans la mémoire de l’humanité est devenu une habitude. J’aime me retrouver à flâner dans les contenus dont il m’est toujours impossible de prévoir la teneur. Je suis surpris et curieux de constater à quel point l’humanité est riche de chacun de ses individus et de la masse de connaissance que nous avons tous, au global, mais que nous ne pouvons avoir en chacun. Ce projet me sert donc à me promener, à me détendre, mais aussi à avoir foi en cette humanité qui révèle souvent le meilleur d’elle-même dans les partages qui sont organisés via AllPeople. 54


AllPeople sert aux utilisateurs des données

Cette navigation pourrait aussi servir à explorer de manière différente l’Internet actuellement accessible. En effet, il est possible de parcourir les pages web au sein de l’interface en trois dimensions (3d) de navigation. Cette nouvelle façon de voir le Web pourrait bien se développer rapidement. Mes aïeux ont donné des legs sur AllPeople et, du coup, je peux les retrouver. Je peux me rendre compte de qui étaient mes ancêtres. Je peux les entendre. Je peux les voir. Il ne me manque que la conversation avec eux – que, tristement, je n’aurais jamais plus. Mais je reçois tous leurs legs avec un plaisir immense car cela fait partie de moi et de mon histoire. Ces cadeaux sont inestimables.

AllPeople sert aux utilisateurs des données AllPeople est un chapeau caritatif permettant à chacun de partager avec tous. Et le côté caritatif de ce don s’exprime à travers 55


 Pourquoi AllPeople ?

la gratuité de la possibilité de léguer, mais aussi d’accès aux legs via la navigation. Pour autant, c’est une association qui a besoin de fonds pour permettre l’exploitation informatique et humaine du projet AllPeople. Et ce n’est pas rien. Il relève donc aussi de la responsabilité des entreprises donatrices à AllPeople, et des mécènes, que d’exploiter les données de AllPeople, sans dénaturer ni diffuser via d’autres canaux et d’en tirer de quoi faire subsister le projet dans son ensemble. L’exploitation des données sera réglementée et des conditions contractuelles fortes seront posées pour ne pas dénaturer le projet AllPeople. La possibilité d’exploiter les données sera alors offerte à toute entreprise qui reversera une part de ses bénéfices à AllPeople pour soutenir le projet. Les conditions contractuelles de ces collaborations sont à définir au cas par cas, même si des règles communes régissent ces contrats. 56


AllPeople sert aux utilisateurs des données

L’utilisation des données et mécanismes de gestion du projet AllPeople est donc possible et devrait servir des intérêts privés et collectifs. Des conditions contractuelles garantissent la non-rediffusion et que les contenus ne sont pas dénaturés, ni réexploités en sous-main sans déclaration et validation écrite. Aucune entreprise « fille » ne pourra accéder au projet AllPeople si elle remet en question ses fondamentaux ou la pérennité ou consistance des contenus. La conservation fidèle des legs est un point fondamental du projet et devra être respectée. Certaines applications filles pourront même développer un menu spécial accessible depuis l’application AllPeople permettant d’accéder aux services. Quelques exemples d’entreprises filles : «  AllPeople Private » (APP) pourra permettre aux donateurs d’extraire une sélection de legs afin de les transmettre au-delà de la plate-forme AllPeople. Cette entreprise 57


 Pourquoi AllPeople ?

proposera de créer des supports numériques dédiés au donateur, contenant l’outil de navigation et les legs sélectionnés. Ces supports seront envoyés au donateur ou aux destinataires désignés par celui-ci. « AllPeople Reality » (APR) pourra envoyer au donateur des symboles, autocollants ou autres moyens matériels de relier un élément réel à un legs présent dans AllPeople. Par exemple il sera possible d’avoir des autocollants QR Code pour mettre sous des objets auxquels on tient et à propos desquels un legs a été fait. « AllPeople Collective » (APC) pourra permettre d’agréger des legs sous forme de legs collectifs. Puis un menu spécial pourra permettre aux Donateurs de retrouver les legs collectifs existants – sur des lieux, des faits historiques, des personnes – et d’y participer. « AllPeople Notarial Legs » (APNL) pourra servir à stocker en mode sécurisé, privé et non diffusé avant une capsule temporelle, des éléments de diffusion de patrimoine 58


AllPeople sert aux participants au projet

spécifiques (descriptions notariées de propriétés, appartements, biens, etc.). Il est clair que d’autres idées vont naître et qu’il faudra les organiser pour préserver AllPeople des influenceurs et des déviances potentielles sur les principes fondateurs.

AllPeople sert aux participants au projet Le projet AllPeople donne une occasion aux participants du projet et membres de l’association, de participer à une œuvre plus grande qu’eux-mêmes et plus pérenne aussi. Il va de soi que les membres de l’association sont invités à léguer, lorsqu’ils en auront la maturité – crise de milieu de vie ou événement particulier –, mais ils n’auront pas de passedroits ou de capacité supérieure à léguer que tous les autres utilisateurs de AllPeople. Participer à la capitalisation de la mémoire de l’humanité, rendre quelque part des 59


 Pourquoi AllPeople ?

hommes et des femmes immortels grâce aux legs qu’ils auront faits, imaginer les futurs de AllPeople et y contribuer, sont autant de récompenses et de dons de soi qui valoriseront les parcours de ces personnes indispensables. Venez dans le projet et donnez ce que vous pouvez donner : des idées, du temps, des conseils et savoirs utiles, de l’argent. Vous participerez alors d’un nouvel âge numérique dans un projet constructeur et valorisant, pour vous, vos proches et l’ensemble de vos semblables. Vous aurez aussi mes remerciements les plus appuyés possibles car cette idée naîtra de vos mains, bien plus que des miennes. Ce n’est pas un projet à développer dans un garage et qui va vivre de publicités stériles autogénératrices d’argent. C’est un projet collectif, une envie, un besoin ressenti au fond des tripes. C’est une sorte de sacerdoce, sans en avoir le côté 60


AllPeople sert au concepteur original

habituellement religieux. Il faudra en parler, l’expliquer, le diffuser et le transmettre, avant qu’il ne prenne forme et ne réalise son potentiel. Vous pouvez en faire partie, qui que vous soyez, avec vos moyens. AllPeople a besoin de votre aide.

AllPeople sert au concepteur original Il va sans dire que la réalisation du projet AllPeople me tient à cœur. Depuis 30 ans que cette idée me trotte dans la tête dans tous les sens. Sa réalisation est un des objectifs de ma vie, et je m’y consacrerai forcément entièrement à chaque occasion qu’il me sera donné de promouvoir et de porter cet espoir en une humanité qui progresse de plus en plus en perdant de moins en moins les expériences que les individus voudront partager. 61


 Pourquoi AllPeople ?

Hors du bonheur des membres de ma famille, c’est le projet de ma vie. J’espère le réaliser avec eux, mes amis et les personnes de bonne volonté qui sauront adhérer à l’esprit caritatif, apolitique et bénévole. Je suis aussi un donateur et un navigateur potentiel et j’attends de AllPeople qu’il soit à la hauteur de l’enjeu. Je veux l’utiliser et il est nécessaire que le produit – l’application, les outils – soit ergonomique, intuitif et qu’il me laisse la possibilité de léguer et de naviguer comme bon me semble, en liberté.

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Les valeurs portées par AllPeople Ce qui nous distingue de l’animal n’est pas notre mode de vie, ni notre langage, ni nos pensées. Nous sommes très proches en réalité. Il est probable que les animaux sacralisent des totems, de manière moins consciente et organisée que nous, et tendent à répondre à leurs interrogations existentielles par la vénération. L’homme, par exemple, est un totem fiable pour nos animaux domestiques. Faire des actions en étant motivé par des valeurs, par des principes intellectuels et moraux, n’a pas encore été prouvé dans le 63


 Les valeurs portées par AllPeople

règne animal, au niveau ou cela est possible chez l’homme. À nous de conserver cette avance en ne reniant pas les fondamentaux, en y tenant coûte que coûte au-delà de notre propre intérêt personnel.

Demain (Fiction) Je m’appelle Jean. Je suis né en 1948. Aujourd’hui j’ai 82 ans et nous sommes en 2030. Même si je sais que l’espérance de vie a bien augmenté et qu’en moyenne un homme européen meurt vers 85 ans, je sens bien que je n’en ai plus pour longtemps. Marcher est devenu une souffrance, je suis trop lourd. Je respire mal, j’ai du diabète et, surtout, je suis seul. Mes enfants ne viennent plus me voir. Souvent, ils sont dans d’autres pays que notre France natale. Ils ont aussi des enfants, et même des petits enfants. Et puis, qui 64


Demain (Fiction)

viendrait voir le vieil obèse que je suis, qui ne peut plus se déplacer et qui, très certainement, va se plaindre à ses rares visiteurs. La dernière fois, mon plus grand fils est resté vingt minutes, pas une de plus. Il devait aller travailler, puis faire ceci, puis faire cela. Bref, il a fait trois heures de route pour rester vingt minutes avec son père, puis repartir. Quand je l’ai entendu refermer la porte de ma chambre, je me suis dit que je l’avais vu pour la dernière fois. Je suis triste. Je me souviens des moments heureux, des enfants sur la plage, des anniversaires, des sorties à la piscine, tous ensemble. Et puis sont venus la blessure et le poids. Je suis trop faible. J’aurais dû me restreindre, me maîtriser plus. Et peut-être serais-je encore avec eux en ce moment. Sous l’arbre de mon grand-père, dans notre maison de famille. Hier, Laurence, mon infirmière de jour de la semaine, est venue me parler d’un nouveau 65


 Les valeurs portées par AllPeople

projet qui est mis en place dans tous les Ehpad de France. Le projet AllPeople, a-t-elle dit. AllPeople, encore un truc américain qui débarque chez nous et qui va nous amener son lot d’insupportables publicités débilitantes. Qu’à cela ne tienne, je lui ai dit de repasser aujourd’hui pour m’en dire plus. Ce qu’elle m’avait raconté hier m’a intrigué. Apparemment, l’objectif de AllPeople serait de conserver une part de chacun à travers des témoignages de ce qui a été vécu, ou encore de n’importe quoi qu’on souhaiterait laisser. Je me demande bien ce que je pourrais raconter. Je n’ai rien à dire. Ma vie est finie. Mes enfants sont maintenant devenus une souffrance par leur absence. Que vais-je bien pouvoir lui raconter aujourd’hui de plus qu’hier ? J’ai été bête. Je lui dirai de repartir avec son AllPeople dont je n’ai que faire. Qu’on me laisse tranquille. Qu’on me laisse seul. 66


Demain (Fiction)

Je sens un petit courant d’air qui me signale l’ouverture de ma porte. − « Bonjour Jean », me dit Laurence, « comment allez-vous aujourd’hui ? » − « Je vais bien, je pense à mes enfants, ils me manquent », sortais-je sans y penser. − « Je vais faire votre lit et vous votre toilette, puis je vous montrerai ce dont je vous ai parlé hier. » − « Bien, vous savez, je n’ai pas très envie de faire quoi que ce soit. » − « Mais si, faites-moi confiance ! », me ditelle encore avant de m’aider à me lever pour m’accompagner à la salle de bains. Sous la douche, je ne l’entends plus. Je me lave mécaniquement, sans plaisir. Je n’arrive plus à faire le tour de mon corps pour me laver partout. Qu’à cela ne tienne, je laisse glisser l’eau sur moi. Elle s’immisce partout. Je me souviens que nous sommes composés d’eau à presque 80 %. Finalement est-ce moi qui coule dans le trou au milieu de la pièce ? 67


 Les valeurs portées par AllPeople

Je suis plus propre qu’avant. Je me sèche, pas partout et ressors. Ma fenêtre est ouverte, j’ai froid. Je me jette sur mon lit immaculé et me blottis dans des draps d’hôpital trop courts pour cacher tout mon corps. Je sais que j’aurais dû fermer la fenêtre avant de me recoucher, mais je ne suis pas certain que mes genoux auraient tenu jusque-là. Je sentais déjà mes cartilages crier et se tordre sous mon poids. Laurence nettoie la salle de bains, puis elle revient et ferme la fenêtre. Elle est belle Laurence. Je pense souvent à elle. Elle ressemble à feu ma femme. Elle est rousse, avec de longs cheveux auburn. Belle comme un cœur, et certainement aussi douce. Mes pensées s’égarent. Je m’assoupis. J’ouvre un œil, finalement, juste avant de m’endormir. Laurence est près de moi, assise, avec une tablette Win30 à la main. Elle tapote. Cela me donne un sursaut d’énergie. Qu’est-elle en train de faire ? 68


Demain (Fiction)

− « Jean, je rentre votre profil dans AllPeople et juste après je vous explique », me ditelle, voyant mon œil. Je ne dis rien. Je me demande bien ce qu’elle espère de moi. Que je vais jouer avec cette tablette ridicule ? J’arrive à peine à la tenir tellement elle est fine. On dirait une feuille de papier, juste rigide. Enfin ! Laurence se met en position de liseuse face à moi, puis elle commence. − « Jean, AllPeople est une nouvelle application fournie par le système de santé public. Elle permet à tous les patients de notre établissement de pouvoir laisser derrière eux quelques pensées ou legs numériques qu’ils souhaiteraient donner aux autres. Vous savez, Jean, je vous vois de moins en moins marcher, mais je suis certaine qu’avant vous marchiez et que vos enfants ont encore le souvenir de vous vaillant. Ne voulez-vous pas vous rappeler cette époque ? » 69


 Les valeurs portées par AllPeople

− « Mais, si j’ai bien compris, il faut que je parle dans la tablette pour laisser des histoires de moi. À qui cela va-t-il bien pouvoir servir ? » − « On ne sait pas Jean, cela va aussi dépendre de ce que vous allez laisser. Voilà, j’ai initialisé votre profil, avec toutes les données signalétiques que nous avons sur vous. De toute façon, vous êtes déjà connu de la machine. Allez, essayez-la au moins. Pour me faire plaisir. » Je prends la tablette, difficilement, et déjà elle m’agace. Avant de pouvoir faire quoi que ce soit, son logiciel demande que je mette mon pouce sur l’écran pour signer les conditions particulières. Laurence m’entend grogner et me dit : − « Jean, c’est pour affirmer que c’est bien vous le responsable de ce que vous écrivez, dites ou scannez, jusqu’à la fin. » 70


Demain (Fiction)

− « Vous voulez dire que je peux mettre n’importe quoi comme témoignage ? », dis-je sans y croire. − « Plus que des témoignages, ce sont plutôt des legs qui sont attendus. Qu’est-ce que vous souhaiteriez laisser à ceux qui vont vous lire ou vous voir quand vous ne serez plus là. Il n’y a pas de bon ou de mauvais legs, tout est possible, si l’on reste dans la légalité bien sûr. » J’appose mon pouce. Je commence la lecture d’un premier passage du tutoriel de l’application. Bonjour Jean. Vous avez accepté les conditions d’utilisation de AllPeople et nous vous en remercions. Par vos dons d’expériences, par vos legs, vous allez non seulement laisser une trace de vous-même aux autres personnes, dont vos éventuels descendants, mais aussi vous allez contribuer à enrichir la mémoire collective de l’humanité. Cette démarche est utile, si ce n’est pour 71


 Les valeurs portées par AllPeople

vous-même, surtout pour les suivants qui profiteront de ce que vous écrirez ou souhaiterez numériser comme mémoire. Nous avons le choix, maintenant, de laisser ou de perdre, chacun, nos expériences et nos souvenirs Nous espérons que vous profiterez de AllPeople pour nous aider à compléter notre grand patrimoine. Veuillez appuyer sur Suivant pour continuer.

Je me tourne alors vers Laurence, sans appuyer. − « Mais ils sont fous, ils donnent vraiment cet outil à tous les vieux dans tous les hospices ? » En riant, Laurence me répond. − « Il semble bien, oui. Comme si les vieux avaient des choses à dire… » Je souris aussi alors. C’est vrai que depuis toutes ces années de vie, j’en ai appris des choses ; et j’en ai vu des drôles. Je décide d’appuyer sur Suivant. 72


Demain (Fiction)

Merci. Vous avez maintenant l’occasion de réaliser votre premier legs. Voulez-vous de l’aide pour ce premier don à l’humanité ? Oui / Non

Je m’interroge : est-ce que je veux de l’aide ? Allez, j’appuie sur Oui. Merci. Vous pouvez léguer absolument tout ce qui est numérisable. C’est-à-dire tout ce qui peut être accepté par cette tablette Win30, dernière génération : Écrits - Photos - Scans - Films - Son - Musiques - Paroles Odeurs (avec l’extension I-smell) - Goût (avec l’extension I-taste) - Toucher (avec l’extension I-feel) et bien d’autres choses encore. Pour voir les différentes catégories de legs, appuyez sur Catégories. Pour démarrer un legs, appuyez sur Suivant.

Ces Suivant à répétition m’ennuient déjà. J’appuie cependant dessus. Un menu s’affiche, tout simple. Vous n’avez pas fait de legs. 73


 Les valeurs portées par AllPeople

Première option : Réaliser un legs Deuxième option : Visualiser les legs Aide Quitter

Le truc est mal foutu, comment pourrais-je Visualiser les legs alors que je n’en ai fait aucun ? Je décide donc de choisir la première option Réaliser un legs, avec déjà une certaine curiosité. Un autre menu s’affiche devant moi, avec plein d’icônes représentant tous les médias possibles et numérisables. Je décide de prendre l’appareil photo à selfie. Il m’est venu l’idée de me prendre en photo moi-même. Juste pour laisser l’image de moi. Je pense que cela n’intéresse personne, mais bon, c’est la vérité de moi-même aujourd’hui. Si je laisse quelque chose, autant que ce soit vrai. Laurence, à côté de moi, ne semble pas me regarder. Elle pianote sur son orthèse de 74


Demain (Fiction)

bras gauche – les derniers modèles de smartphones sont aisément fixables à même la peau et communiquent facilement avec les puces biométriques internes que les médecins ne cessent de nous rajouter, soin après soin. J’appuie sur l’icône et me retrouve face à moi-même, en inversé. Je touche encore l’image et le menu s’affiche. Vous avez fait un legs : Première option : Réaliser un legs Deuxième option : Modifier un legs Troisième option : Visualiser les legs Aide Quitter

Voilà qui est simple. Je touche l’icône d’image, juste pour voir. Hop, je me retrouve devant ma photo, que je viens de prendre, avec quelques options en bas : Å Retour, Supprimer, Modifier. 75


 Les valeurs portées par AllPeople

Je reviens en arrière. Et, pris au jeu, je décide de m’enregistrer moi-même sur quelques paroles. Je reviens en arrière, et choisis Réaliser un legs. Puis j’appuie sur le micro, dans les icônes. Un gros micro apparaît sur l’écran et un point rouge m’indique que je peux lancer un enregistrement. J’appuie dessus et dis « Je m’appelle Jean ». J’appuie de nouveau sur le point rouge et l’enregistrement stoppe. Hop, je me retrouve face au menu habituel, avec une petite icône de plus – représentant un enregistrement. Vous avez fait un legs : Première option : Réaliser un legs etc.

Je regarde Laurence qui me sourit. Elle voit bien que je me suis pris au jeu. Et c’est vrai que c’est assez simple d’utilisation. Après, comment vais-je faire pour léguer des choses importantes et surtout qu’est-ce que je vais bien pouvoir léguer ? Je me sens d’un coup assez faible et décide de poser la tablette sur 76


Demain (Fiction)

ma table de nuit. Je vais me reposer un peu. Un dernier au revoir à Laurence et je m’endors comme un enfant. Je me réveille en sursaut, mon rêve était fort cette fois. Il est très tôt. Je rêvais que je jouais au tennis, comme avant. Je courais à toute vitesse, tout en gardant assez d’équilibre pour exécuter mon geste à la perfection. Je bougeais vite, précisément. Mes pieds glissaient en équilibre instable sur la terre battue. Mes jambes ne me faisaient pas mal. Je ne faisais pas de faute, non plus. C’est vrai que j’étais fort en ce temps-là. Ce rêve était clair et lucide. Il m’a réveillé car je me sentais si bien, si fort, si agile, si rapide. Dans mon propre rêve, je me suis demandé si c’était la réalité ou bien encore un rêve. C’est cela qui m’a réveillé. J’aimerais tellement revenir en arrière. Revenir dans le temps. Être de nouveau ce que je ne serai jamais plus. Je me tourne pour prendre à boire, et lorsque je repose le verre d’eau qui était 77


 Les valeurs portées par AllPeople

préparé sur ma table de nuit, et maintenant vide, je vois la tablette qui est là, à côté. Je décide de noter ce rêve pendant que je m’en souviens encore. J’attrape la tablette, mets mon pouce et lance un enregistrement. Je raconte mon rêve et très rapidement, cela tourne aux souvenirs. Je parle pendant 5 à 6 minutes, seul, dans le noir, de mes sensations comme tennisman, celles dont je me souviens en tout cas. À la fin, je conclus en disant que j’ai été bien bête de ne pas en être plus lucide et que maintenant c’est fini et que je suis bien triste. J’arrête l’enregistrement. Vous avez fait un legs : Première option : Réaliser un legs Deuxième option : Modifier un legs Troisième option : Visualiser les legs

Je suis parfaitement réveillé maintenant. Cette application m’intrigue de plus en 78


Demain (Fiction)

plus. Je touche Modifier un legs pour comprendre ce que je peux faire sur les legs que j’ai déposés. Å Retour Vos legs (Jean, né le 15 avril 1948 à Limoges…) Pas de nom, Public, 3 Vues, Selfie, 23 décembre 2030, Ehpad de la Source, 58130… Pas de nom, Public, 3 Ecoutes, Enregistrement, 23 décembre 2030… Pas de nom, Public, 0 Ecoute, Enregistrement…

On voit bien que cette application a été bien pensée ergonomiquement. Étant un ancien informaticien, sur le tard, j’apprécie. Je décide d’appuyer sur Pas de nom sur la première ligne. Puis je rentre le texte : « Depuis son lit de mort ». C’est un peu sinistre, mais bon, je ressens bien cela comme la vérité. 79


 Les valeurs portées par AllPeople

Du coup la ligne devient : « Depuis son lit de Mort », Public, 3 Vues, Selfie, 23 décembre 2030…

C’est vraiment simple. J’appuie sur Public et on me propose plusieurs autres choix comme : Non publié, Public restreint, Après ma mort, Capsule temporelle.

Le dernier choix m’intrigue. J’appuie dessus et m’aperçois que je peux fixer une date précise à laquelle le legs sera diffusé. C’est drôle, je peux la mettre dans 100 ans si je veux, il n’y a pas de limite. Où je peux fixer des règles. Après ma mort, par exemple, et j’imagine que c’est la même chose que si j’avais directement choisi l’option correspondante. Mais je peux aussi fixer le legs après la mort de mes enfants, ou de mes parents (donc immédiatement pour ce qui me concerne), ou encore d’autres règles plus complexes. 80


Demain (Fiction)

Derrière son apparente simplicité, AllPeople cache bien son jeu. C’est tout de même plus complexe qu’il n’y paraît. Je décide de laisser Public et de revenir au menu de modification de mes trois legs. Au lieu de choisir une action précise, je décide alors de toucher la petite icône de mon premier legs. Å Retour Supprimer Sur son lit de mort Version 0

ÅÆ

Public

5 vues

Catégorie Sous-catégorie Selfie de Jean

Pris le 23/12/2030

Reprendre Enrichir Recadrer Informations Tags Contexte

Quand je touche mon image, elle grandit et prend l’ensemble de l’écran, évidence. 81


 Les valeurs portées par AllPeople

J’imagine facilement que si c’était une odeur ou un film, cela aurait été pareil. Là encore AllPeople me surprend. C’est bien plus complexe et riche que cela n’apparaît au premier abord. Je sens bien que si je choisis de Reprendre, d’Enrichir ou de Recadrer, j’aurais une version 1 puis 2 puis encore d’autres. Je sens bien que je vais pouvoir réaliser mon legs de la façon la plus précise, la plus fiable et que je parviendrai exactement à obtenir ce que je voulais. Tiens, il y a des catégories ! Je modifie le titre, reviens, modifie le titre du rêve que j’avais raconté puis décide encore de retourner en arrière, et je supprime le second legs. Dans le menu de modification des legs apparaît alors une dernière ligne : Archive de legs (1 élément) 82


Demain (Fiction)

Cela m’énerve, alors je rentre dans cette Archive et supprime définitivement le legs récalcitrant. Après ces modifications, voici le menu que j’obtiens en modification de legs. Je suis satisfait. Å Retour Vos legs (Jean, né le 15 avril 1948 à Limoges, …) J ean sur son lit de mort, Public, 17 Vues, … Rêve de Tennis, Public, 3 Ecoutes, Enregistrement, … Aide Quitter

Je reviens encore en arrière et touche Visualiser les legs. Je m’attends à ce moment à voir mes propres legs, ceux que j’ai remplis juste avant. Le choc est alors vraiment fort. Je m’aperçois qu’effectivement je peux visualiser mes 83


 Les valeurs portées par AllPeople

propres legs, mais qu’aussi je suis en ligne et que je peux naviguer dans les legs d’autres personnes. Ce n’était donc pas une erreur de l’application que de proposer cela dès le départ. Curieusement, cela me rassure. Å Retour Visualiser les legs :

Publics

Privés

Non Publiés Mes legs

Là encore, le menu m’apparaît clair et concis. Je décide d’abord de visualiser mes propres legs dans l’interface de Navigation. L’image prend toute la surface de la tablette et je peux tourner, appuyer sur les éléments du paysage virtuel pour y rentrer ou accéder au contenu. Je reconnais mon avatar qui ressemble peu ou prou à une image idéalisée de moi-même, bien plus jeune. Mes legs apparaissent de 84


Demain (Fiction)

manière claire sur l’interface. Je touche un de mes legs et hop, il se déploie immédiatement. D’une touche, je reviens juste avant. Une petite icône d’historique de navigation est maintenant apparue – je suis rassuré, car je me dis que mon parcours pourra être retracé et que je n’ai pas à m’en soucier. Je reviens en arrière en effleurant le bouton associé et je décide d’aller dans les legs publics. Claque énorme ! Il y a des milliers et des milliers de pancartes. Je cours entre elles et elles me montrent chacune des visages, j’entends des sons en passant à côté d’elles, je sens des choses. J’ai l’impression que je pourrai me promener des heures dans ces legs. Un bouton m’intrigue, à peine effleuré, je passe à travers le sol, vers des étages inférieurs de Navigation. Immédiatement, je comprends que c’est le passé. Des legs qui font référence à un contexte antérieur. 85


 Les valeurs portées par AllPeople

Un vertige m’étreint. C’est énorme  ! Comment ont-ils fait ? Tous ces legs, ces photos, ces histoires, ces expériences… Je navigue encore en montant et descendant dans tous les sens. J’appuie sur la petite loupe et remplis la zone de texte. « Tennis », ai-je écrit. Tous les legs associés s’affichent aussitôt. Je vois des joueurs, des matches, des textes des histoires racontées, je pourrais y passer des heures. Je retrouve facilement le legs que j’ai déjà fait moi-même sur mon rêve de Tennis. Le temps passe, et passe. Le jour se lève et le soleil entre par la fenêtre. Je reviens en arrière sur le menu de Navigation et je remarque qu’il y a possibilité de Visualiser les legs privés. Je choisis cette option. Là encore une sacrée claque ! Il y a quelques legs qui apparaissent. Je reconnais mon vieux cousin, qui est mort il y a trois semaines. Je vois sa photo, pas loin de mon avatar, un peu en contrebas. 86


Demain (Fiction)

J’effleure l’icône de son legs et suis tellement content de le revoir. Je peux alors suivre le chemin de legs qu’il a défini. Ses legs, photos souvenirs, textes et enregistrements s’enchaînent. Il parle de moi parfois. Je pleure en regardant ce qu’il a laissé derrière lui. J’ai l’impression de revivre un peu de nos moments ensemble. Au bout de quelques heures de Navigation, une infirmière que je ne connais pas entre dans la pièce. Elle voit mon trouble et me regarde en souriant. Elle m’apporte le petit-déjeuner. − « Désolé de vous déranger », dit-elle, « Je vois que vous naviguez dans la Mémoire. » Il me faut du temps pour interpréter ce qu’elle vient de dire. − « Vous connaissez AllPeople ? » − « Mais bien sûr », me répond-elle, « tout le monde connaît à présent  ! C’est génial. Vous savez, mon père est mort il y a un an, et s’il n’avait pas Légué tout ce qu’il 87


 Les valeurs portées par AllPeople

a décidé de léguer, je serais bien plus triste aujourd’hui. » Elle pose le plateau et me salue avant de repartir en me laissant seul, la tablette à la main. Perplexe. Mes legs privés sont finalement assez nombreux. Une dizaine de personnes, dont mon propre fils le plus âgé, ont laissé des éléments à découvrir. Je ne pensais pas qu’il serait si simple, si facile que de découvrir ce qu’ils ont laissé. Parfois ils me nomment. Parfois je me retrouve sur des photos. Je me sens bien, étonné. J’ai l’impression de revivre et d’être connectés à eux. Au fond de moi, je sais bien que rien n’a changé. Que je suis aux portes de la mort. Mais voilà qu’un nouvel objectif m’apparaît. Je vais laisser des choses à mes enfants. Je vais leur dire qui j’étais et ce que j’ai fait. Non pas pour me vanter, car tout n’est pas glorieux et ce n’est pas mon objectif, mais pour qu’ils sachent quelles sont leurs racines et 88


Demain (Fiction)

qui était leur père. Pour qu’ils ne fassent pas les mêmes erreurs aussi, mais là, c’est plus pour mes petits-enfants. En y réfléchissant, je me dis que c’est aussi pour tous les autres que je ne connais pas. Je vais retrouver mes vieilles photos, mes vieux écrits, mes bulletins, plein de choses. AllPeople m’offre cette possibilité et je vais foncer et l’attraper au vol pendant qu’il en est encore temps.

Faut-il plus expliquer ce que AllPeople pourrait apporter aux personnes comme Jean ? C’est à la fois un espoir, un moyen de se retrouver dans un collectif, mais aussi un moyen de revivre et de tirer profit de son passé et de ses expériences.

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 Les valeurs portées par AllPeople

C’est aussi un objectif nouveau quand on ne peut plus réaliser soi-même les choses, que de se souvenir et de partager avec les siens et même au-delà. Il n’y a pas que les personnes qui lèguent qui profitent de AllPeople. Ceux qui naviguent dans les legs aussi. Jean retrouve des amis qu’il oubliait. Les plus jeunes retrouvent ce qui a été légué par les aïeux. C’est aussi un outil pour rencontrer et retrouver.

Valeur de partage Qui ne veut partager ne rejoint AllPeople ! Le partage est omniprésent dans le projet AllPeople. Les personnes qui adhèrent à l’idée et veulent léguer une partie d’euxmêmes doivent pouvoir le faire, et c’est aussi ce qu’elles signent, de leur plein gré, dans un objectif de partage.

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Valeur de partage

Lorsqu’elles sont vivantes et responsables, ces personnes peuvent rendre accessibles leurs legs à qui elles veulent : famille, personnes désignées, tous les autres. Elles peuvent aussi désigner un destinataire ou un groupe de destinataires mais attendre un délai ou un événement pour déclencher le legs (une capsule temporelle peut se déclencher à la mort du donateur, par exemple). À la mort du donateur, tous les éléments qui n’auront pas été désignés comme étant privés ou non diffusables seront mis en ligne et accessibles en domaine public. L’universalité de l’accessibilité (de la capacité à partager ses legs et à accéder aux partages des autres) est une composante fondatrice de l’idée AllPeople. Au-delà de cela, c’est aussi une valeur. On ne rentre dans la démarche que si l’on veut transmettre ; que si le partage de ses legs est une valeur que l’on ressent en soi et que l’on souhaite. 91


 Les valeurs portées par AllPeople

Plutôt que de partir sans rien partager, je choisis de partager mes connaissances et savoirs. Cette valeur est à la fois fondatrice pour moi, le créateur de l’idée, mais elle est aussi partagée avec les personnes qui veulent léguer et transmettre. Bien sûr, rien n’est obligatoire et le donateur peut décider de ne rien partager avec tous. Dans ce cas, il ne respecte pas l’idée initiale, mais contribue peut-être malgré tout à travers ses descendants où les personnes ciblées.

Valeur d’humanité AllPeople révèle l’humanité sans la déformer ! AllPeople est un projet qui atteint la part d’humain que nous avons en nous. Si nous faisons abstraction de nos possessions et de nos contextes. Si nous nous retrouvons nus, face à nous-mêmes, dans notre simplicité 92


Valeur d’humanité

et notre animalité première, alors nous pouvons encore rentrer dans l’aventure AllPeople. Il n’est nul besoin de plus. L’idée AllPeople est au service de l’humanité et des humains la composant. AllPeople ne juge pas, ne supprime pas, ne censure pas (hormis la partie légale, par pays, pour ce qui est de la diffusion des informations). AllPeople respecte le legs comme étant une partie de cette humanité que nous n’avons pas encore su capitaliser et qui nous représente. Beaucoup souhaiteraient que l’humanité ne soit représentée que par du positif ou des pensées constructives. Mais dans la réalité, l’humanité est aussi représentée par des pensées négatives, voire sombres, et nous ne devons pas les nier ni imaginer qu’elles ne font pas partie de nous. L’humanité est aussi composée d’un grand nombre de personnes et parfois les legs peuvent se répéter, sans forcément qu’on puisse percevoir une valeur ajoutée 93


 Les valeurs portées par AllPeople

quelconque dans un legs unitaire. Cette répétition peut aussi d’ailleurs être un legs en tant que tel. AllPeople s’inscrit dans une vérité de cette humanité, non pas telle qu’on pourrait la rêver, mais telle qu’elle est, sans fard, sans jugement.

Valeur d’audace « De l’audace, mon cher, de l’audace… » Apporter la vie éternelle à l’ensemble de l’humanité, au-delà de la préservation corporelle et de la vie terrestre. Donner à tous la possibilité de léguer, sans contraindre ni juger. Offrir cela aux grands comme aux petits. Autant d’objectifs extrêmement ambitieux et qui pourraient paraître arrogants. En cela est l’audace du projet. Voir loin et grand, tout en restant à l’écoute des plus proches et en les respectant. 94


Valeur d’audace

L’idée AllPeople est audacieuse en tant que telle : riche, puissante et universelle. Elle dépasse ma personne et doit entraîner autour d’elle. Elle doit préserver ses valeurs pour rester à la fois caritative et gratuite pour le donateur. En même temps, elle doit trouver des ressources pour devenir le projet de nos rêves et garantir la pérennité des legs dans le temps et dans l’accès. Tous ces objectifs sont difficiles unitairement et le sont encore plus à regrouper ensemble. Sans audace, pas de projet, pas d’envie, pas de révolution. On va me rétorquer tout un tas d’obstacles, de limites, de lois, de contraintes et de blocages. Je dis : passons au-dessus de chacune des difficultés, trouvons les solutions, préservons la force de l’idée et réalisons, avançons et construisons quelque chose qui changera le monde de demain.

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 Les valeurs portées par AllPeople

Valeur de sérénité Je construis et je lègue en sérénité pour rester fidèle à mes valeurs. À la fin de ma vie, je veux pouvoir léguer et partir en me disant que j’ai réalisé et que j’ai transmis. Que vaut mon legs ? Ni plus ni moins que celui de tous les autres. Il sera noyé dans la masse : tant mieux ! Il est petit et insignifiant : tant mieux ! D’autres ont eu les mêmes idées et vécu les mêmes choses : tant mieux ! J’ai existé et j’en témoigne. Mes enfants sont là, et mes petits-enfants, mais moi-même aussi, j’ai existé et je suis encore là : dans AllPeople ! Je survis à travers ma descendance, par mon sang, mais aussi par ce que j’ai voulu laisser, inaltérable, dans l’univers numérique des legs de l’humanité. Alors je peux partir plus serein ; alors j’ai eu l’impression d’exister ; du coup j’accepte ma fin physique plus facilement sans cette 96


Valeur d’éternité

dose de frustration et de nihilisme qui aurait pu m’étreindre et m’envahir, me faisant encore plus craindre cette fin inévitable qui m’attend. La sérénité que je ressens est celle de la complétude. C’est un objectif autant qu’une valeur du projet. D’ailleurs, le projet lui-même se doit d’être serein. Au-delà de vouloir avancer dans le meilleur délai possible, avec une qualité nécessaire qui sera sans-cesse enrichie et un équilibre financier qui devra prouver sa pérennité, il ne doit pas y avoir d’objectif qui parasite le projet. Rien qui puisse remettre en question ses valeurs fondatrices et sa grandeur intrinsèque. La sérénité est donc à la fois un objectif pour les donateurs et le constituant d’un projet AllPeople bien mené.

Valeur d’éternité De l’éternité dans chaque action et pour chaque legs. 97


 Les valeurs portées par AllPeople

L’apport du numérique rend le legs inaltérable. Le projet AllPeople bien mené le rend éternel. Il ne s’agit pas d’un essai ou d’un pilote, il s’agit de prendre soin de ce que nous laissent les hommes et les femmes qui ont fait confiance au projet. Il s’agit de pérenniser ce qu’ils ont donné au seuil de la mort ou qu’ils ont extrait de leur vie et qui les représente. AllPeople, idée et projet, se doit de chercher à préserver à tout prix le contenu et de le rendre accessible au plus grand nombre et le plus longtemps possible. Il faut donc privilégier la durée dans l’effort et la conservation des données sans compromis ni dénaturation. Dans le concept d’éternité il y a une utopie : est-il juste possible d’en appréhender le sens ? On pourrait conclure rapidement que l’éternité est impossible, et que même les choses les plus durables ont forcément une fin. Beaucoup de philosophes affirment l’impermanence de toute chose et l’impossibilité 98


Valeur d’éternité

du contraire. Qui sont-ils et que savent-ils de ces choses ? J’aime à croire de mon côté que ce que nous faisons est en soi éternel, que le passé est figé dans une réalité intangible et qui, de ce fait, ne peut plus être altérée. Et si le passé est lui-même éternel et qu’à chaque instant nous y entrons, pourquoi ne le serions-nous pas ? Par conséquent, le fait de travailler l’idée, d’en faire un projet, et de capter les legs de ces membres de l’humanité qui auront le plus confiance, est en soi éternel : nous l’avons fait, alors cela ne peut s’effacer ! De plus, les legs ainsi capitalisés seront accessibles le plus longtemps possible, à travers nos moyens actuels, mais aussi en se servant au fil du temps des moyens de stockage à venir. C’est donc une double éternité qui nous tend les bras : celle de transmettre fidèlement ici et maintenant et celle de tenter de préserver des choses qui ne pouvaient l’être hier. 99


 Les valeurs portées par AllPeople

Valeur d’espérance Une humanité qui progresse au lieu de sans cesse se répéter. Comment faire en sorte que nous avancions tous au lieu de répéter sans cesse les mêmes erreurs, les mêmes essais ? Le « Try and Fail » n’aura-t-il jamais de fin ? C’est cet espoir qui, année après année, m’a relancé sans cesse pour ne pas me faire oublier l’idée AllPeople. C’est cet espoir qui entraîne aussi autour de moi les personnes qui se joignent au projet. C’est cette pure utopie, jamais encore expérimentée, qui nous pousse à la découvrir et qui donne énergie et foi dans cette construction collective. L’humanité va-t-elle tirer parti de ces informations qu’elle n’avait jamais eues à disposition ? Quelle IA (Intelligence Artificielle) va être capable de nous aider à trier ces informations et nous amener vers des chemins plus efficaces et qui nous guideront vers d’autres 100


Valeur d’espérance

horizons ? Je suis Homme, humain et faillible, mais si on me donne le moyen d’aller dans des zones non explorées et dans des directions originales, que vais-je trouver ? Il faudra du temps à AllPeople, avec beaucoup d’extension et de progrès, pour servir l’humanité à ce point et lui permettre de dépasser sa condition mortelle et animale. C’est la première pierre d’une nouvelle ère numérique qui dépassera de loin ce que nous avons connu. Je le sens en moi et je sais que je ne le verrai pas. Cette espérance me porte loin devant et m’engage à réussir. Cette ère numérique qui progresse en agrégeant créativités et évidences, comme cette idée AllPeople, nous pousse à devenir progressivement ce que nous rêvons d’être et à nous élever au-dessus de notre condition animale vers des avenirs inconnus. C’est un début, pas une fin, et une fondation pour l’avenir. 101


 Les valeurs portées par AllPeople

D’autres valeurs Il y a beaucoup d’autres valeurs qui pourraient être portées par ce projet. La transmission pourrait être une des valeurs fondatrices. Je préfère qu’elle ne le soit pas, et qu’elle soit incluse dans la notion de partage. En effet, transmission implique un émetteur et un récepteur. Une vue « Télécoms » de la chose. Or, d’une part il pourrait être dévalorisant de différencier les legs en fonction de l’absence ou de la présence de récepteurs. Et d’autre part, il doit rester possible de léguer sans objectifs précis, ni récepteur nommé, tout en privilégiant l’aspect universel et omnidirectionnel de son legs. Pourquoi ne pas aussi trier les legs en fonction de leur valeur ajoutée de transmission et rassembler ensemble les mêmes idées pour ne faire qu’un legs à l’arrivée ? Ce serait contraire à l’esprit de respect de chaque personne et de la valeur de chaque 102


D’autres valeurs

legs. Le partage ne juge, ne structure ni ne censure, contrairement à l’organisation nécessaire à la transmission qui demande synthèse et efficience pour toucher au mieux l’humain qui reste un récepteur faillible et limité. Le don aussi pourrait être une valeur forte. Le simple fait de vouloir apporter aux autres quelque chose, sans contrepartie, est en soi un acte que, personnellement, j’inclus dans ma définition de la beauté. Il m’arrive de pleurer de joie, ou de surprise, lorsqu’à l’occasion d’un film, d’une lecture ou d’une conversation, je constate quelque chose de beau, d’éthéré et de fugitif qui provient d’un acte désintéressé à l’intention, d’une autre personne qui en a besoin. J’aime à penser que l’idée AllPeople et le projet qui en naîtra seront aussi une forme de don et que, au-delà, cela permettra aux autres de faire aussi des dons désintéressés. C’est un bel objectif et il me rend fort dans le respect des principes et des valeurs qui sont les garantes du projet. L’amitié aussi et 103


 Les valeurs portées par AllPeople

le fait d’avoir envie de développer ce projet avec des personnes de confiance. Accorder sa confiance à un ami est un devoir. Ne rien lui demander, tout lui donner, ne pas attendre de signe de reconnaissance, ne rien imposer, autant de rapprochement entre l’idée AllPeople et ma conception de l’amitié. Si l’amitié signifie cette force décrite au-dessus, les gens normaux ont assez peu d’amis. La relation entre deux amis ne se construit pas seulement dans le temps, elle naît de l’abandon de ses craintes et peut apparaître en un éclair, à l’occasion d’une rencontre fugace. On sait alors, immédiatement, que l’on peut faire confiance à cet homme ou à cette femme, qu’elle ne va pas nous trahir, dévoiler ou utiliser les partages contre nous-même ou pour ses intérêts personnels. Bien sûr, c’est un pari. Le projet AllPeople doit inspirer cette confiance, dès la première approche. Les legs 104


La phrase représentative

ne seront pas utilisés contre la personne, ils ne seront pas déformés ni altérés.

La phrase représentative Rendre réelle et accessible l’utopie d’une mémoire collective dont le contenu est inaltérable. Cette phrase n’est certainement pas la plus représentative de l’idée AllPeople, dans la complétude des sens possibles et la globalité de son potentiel. Elle est cependant la meilleure synthèse trouvée à ce jour pour représenter non seulement la partie captation, mais aussi la partie 105


 Les valeurs portées par AllPeople

navigation, sans renier aucune des valeurs sous-tendues à l’idée originale. Elle commence par un verbe « Rendre ». Ce verbe porte une action. Cela sous-entend d’agir sur l’idée pour la transformer en projet. Il ne faut pas rester passif devant la complexité. Commencer cette phrase par un verbe nous met dans l’action, chacun à notre niveau, en fonction de ce qu’il peut apporter. C’est une accroche d’engagement et d’entraînement des autres personnes, des autres énergies, au-delà de la mienne propre. « Réelle » est très important dans cette phrase car cela distingue bien ce dont on pourrait rêver seulement, de ce que l’on doit construire et réaliser ici et maintenant dans notre temps de vie, pour nous-mêmes et les autres. AllPeople était une idée et c’est devenu un projet. AllPeople devient réel, dans les esprits et dans l’espace numérique global. 106


La phrase représentative

AllPeople contient des données, il est « données » lui-même. AllPeople change autour de lui, il amène des regards et des interprétations, il modifie les points de vue, il transforme autour de lui. Forcément réel, le projet AllPeople existe et rien ne sera plus comme avant. « Accessible  » représente l’universalité, puisque non borné, de l’accès aux données léguées. Il va de soi que les lois, dans chaque pays, vont contraindre le projet à limiter les contenus à ce qui sera légal. Pour autant, les données seront présentes et lorsque les lois évolueront, elles ressortiront alors et redeviendront accessibles aux hommes et aux femmes le désirant. Tous doivent avoir la possibilité de se connecter aux mémoires de l’humanité car c’est à ce prix et dans cette exigence que résident les progrès potentiels que tous pourront réaliser.

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 Les valeurs portées par AllPeople

À aucun moment, dans l’idée comme dans le projet, la notion de filtre autre que légal n’apparaît afin de donner tout son sens et sa puissance à l’idée. « L’utopie » représente la projection dans le futur d’un concept qui forcément n’a pas encore donné le plein de son potentiel. C’est une utopie car ce projet part d’absolument rien pour arriver on ne sait pas encore où exactement. À l’instar des projets « agiles », dont la cible évolue au fur et à mesure de leur construction. AllPeople, dans ce sens, est vraiment agile. Qui peut dire où en sera ce projet dans cinquante ans ? Qui peut dire si le legs sera obligatoire ou non ? Qui peut dire si ce sera le service social dont je rêve aujourd’hui ? Qui peut dire si les hommes et les femmes le comprendront et auront envie d’y participer… Il y a tant d’inconnues et tant d’envie de se projeter que je préfère le dénommer « Utopie », que « prévision » ou « certitude ». 108


La phrase représentative

« D’une » est bien placé ici pour signifier que le projet consiste à unifier les legs de manière à pouvoir avoir une image globale de l’humanité. On pourrait arguer que les bases de données pourraient être séparées et stockées à divers endroits et que de ce fait elles seraient « plusieurs ». Je crois, moi, que la localisation de la donnée est de peu d’importance par rapport au fond du projet qui est d’y accéder sans limitation. Que les bases soient nombreuses ou qu’il n’en existe qu’une n’est pas un vrai sujet. Seuls l’accès et la possibilité de traiter toutes ces informations comme une unique source d’analyse et de réflexion sont essentiels. Il faut pouvoir comparer les chemins, ouvrir des voies nouvelles, reconnaître les voies déjà explorées et en déduire des conséquences ou des expériences et tant d’autres applications de cette mémoire de l’humanité. Ce qui compte c’est justement de bien profiter de l’ensemble pour permettre un 109


 Les valeurs portées par AllPeople

diagnostic le plus fiable et précis possible et qui restera auto-apprenant. « Mémoire  » est un terme générique reprenant à la fois l’idée de la mémoire de chacun d’entre nous, humain, mais aussi l’idée informatique du terme permettant de stocker des informations (ou données) sous forme numérique. Notre mémoire, et vous le savez bien, est faillible, limitée, difficilement accessible, altérable, fragile, sensorielle et qui plus est interprétée en lecture par nos soins, sans même que nous nous en rendions compte. Les legs seront posés et ils seront accessibles. Il faudra d’évidence les prendre pour ce qu’ils sont, chacun, c’est-à-dire un accès temporel et contextuel à un extrait de cette mémoire humaine. Pour autant, la somme de ceux-ci – et je me projette dans un succès massif du projet AllPeople – représentera plus que la somme des parties. Des visions opposables, des tests, des expériences répétées et des témoignages 110


La phrase représentative

devraient rendre plus fiable et plus complète cette mémoire numérique. Aujourd’hui déjà nous confions à nos orthèses intellectuelles (nos smartphones) énormément de sujets (rendez-vous, dates, localisations, savoirs, adresses, etc.). Pour beaucoup, nous avons compris la puissance du numérique car il nous aide au quotidien. Demain, avec AllPeople, nous saurons retrouver dans les expériences vécues et témoignées les erreurs à ne pas faire et les meilleures voies possibles pour parvenir à un résultat. Nous saurons tirer parti de cette «  mémoire  » numérique en sus de notre mémoire « animale » et « physique ». « Collective » montre bien la nécessité du nombre de legs. Si AllPeople n’arrive qu’à rassembler 10 ou 100 ou encore 1 000 personnes et leurs témoignages, cela restera une expérience sympathique mais dont le rayonnement 111


 Les valeurs portées par AllPeople

n’aura pas plus d’impact ni de valeur que les mémoires d’un petit village. Passons à 10 000, 100 000 ou même 1 million de personnes, et nous aurons une bonne vision statistique d’un pays ou même une vision précise de la population d’une ville moyenne. Enfin, si nous envisageons des legs de 10 ou 100 millions de personnes ou même plus, alors nous touchons l’humanité avec précision. Les témoignages vont forcément se croiser. La qualité de l’information se bonifiera – on peut le constater déjà avec une base comme Wikipédia – et la richesse et la fiabilité des données progresseront. L’humanité du résultat sera aussi constatable. Il y aura des gens qui mentiront, il y aura des divagateurs, il y aura ceux qui donneront plus que d’autres et voudront avoir une place plus grande. J’ai la conviction que le collectif global des données reçues prévaudra. Collectif en termes de multitude. Collectif aussi en 112


La phrase représentative

termes d’efforts communs à faire progresser l’ensemble. « Dont le contenu » différencie bien le contenant et le contenu. Ce qui est important est bien le contenu. Le contenant numérique lui est accessoire tant qu’il permet de préserver le contenu. C’est la grande force de l’ère numérique, des bits et des octets. Le legs, quel qu’il soit, devra être numérisé et transformé en 0 et en 1. Tous les médias sont possibles, et toutes les représentations du contenu aussi. Le legs n’est pas altéré, le contenu est la chose la plus précieuse de l’ensemble du projet AllPeople. On peut faire varier les contenants ou les accès, ou même les diffusions, mais le contenu, lui, est sacré et représente la valeur du projet. Le plus petit contenu est inestimable car l’homme qui l’a donné est mortel et va disparaître, s’il n’est pas déjà disparu. Il n’est pas reproductible : il est unique par son auteur, 113


 Les valeurs portées par AllPeople

la date à laquelle il a été créé, les sensations du moment et le contexte, etc. Il faut préserver le contenu à tout prix. « Est inaltérable. » exprime la puissance du numérique et de la capacité de celui-ci à reproduire sans perte un contenu. Une suite de 0 et de 1 peut rester rigoureusement identique d’un contenant à un autre. Rigoureusement n’est pas une fiction, c’est une réalité depuis le début de l’ère numérique. C’est cela la vraie révolution de cette ère. En théorie, on peut préserver un contenu à l’infini si on le change régulièrement de contenant. D’où cette notion d’inaltérabilité présente dans la phrase et ce défi à l’impermanence de la totalité du reste des choses ou des concepts. AllPeople est une structure à préserver sur le long terme et cela fait partie de sa valeur ajoutée. Sur le modèle des grandes associations caritatives du xxe siècle, les structures et les moyens sont à peaufiner pour y parvenir. Beaucoup de travail nous attend. 114


Léguer : cela s’organise ! Comme cela a été déjà énoncé, la transmission est un concept différent du partage. Toutes les familles ont des expériences à partager. Et sur le site AllPeople, vous avez l’occasion de le faire, pour nous aider à mieux comprendre comment passer de notre humanité existante à une humanité assistée dans notre nouvelle ère numérique. Je vous propose une petite histoire vécue pour illustrer cette transmission artisanale, mais aussi les difficultés que nous avons, humains, à entrer dans cette nouvelle ère et à en exploiter au maximum le potentiel. 115


 Léguer : cela s’organise !

C’est mon histoire, je vous la confie et réalise par ce fait, là encore, un partage.

Transmission vs Partage (Vécu) Ma famille est très différente entre le côté de ma mère et celui de mon père. Du côté de ma mère, il n’y avait presque personne. Je n’ai pas connu mon grandpère, avant un âge ou j’aurais pu en avoir une vraie conscience. Ma grand-mère m’a un peu accompagné dans mon enfance, mais une tumeur au cerveau l’a rendue plutôt difficile avant de l’obliger à partir. Je ne sais vraiment pas ce qu’ils avaient chacun comme rêves, espérances, savoirs et humanités. Ma grand-tante maternelle, en revanche, m’a plus marqué. Et son mari, malheureusement parti assez tôt, m’a beaucoup influencé lui aussi. Il m’a emmené pêcher des dizaines de fois. Attendre, sans rien faire, pendant 116


Transmission vs Partage (Vécu)

des heures, sous le soleil ou la pluie, au bord d’une rivière ou d’un étang, a été une des meilleures occupations qu’il m’ait été donné de vivre. J’ai pris goût à une certaine solitude régénératrice. En plus, il fallait se taire. Il n’était pas lui-même un grand parleur, ce qui enrichissait la sacralisation des moments. De lui, j’ai retenu aussi son opiniâtreté, sa rigueur, son courage. Il se levait tous les matins pour son potager – plutôt grand –, ses animaux, ses bricolages. Il est resté responsable de sa vie jusqu’au bout, vaillamment. Elle était la maîtresse de sa maison. Elle en gérait tous les aspects. On la savait économe, à la fois dans ses habitudes et dans son porte-monnaie, mais aussi ouverte aux voisins et à l’ensemble de son petit écosystème. J’ai retenu d’elle son courage dans la douleur – de l’arthrose des mains et des doigts –, sa gentillesse, sa patience avec 117


 Léguer : cela s’organise !

moi et les nombreuses parties de cartes. Sa cuisine aussi, avec les meubles en formica bleu. Et puis ses tricots permanents. Il y avait toujours quelque chose à faire en tricot : des chaussettes, des écharpes, des pulls, absolument tout et n’importe quoi. Je pense qu’elle maîtrisait son art du tricot : c’est perdu ! Ils vivaient à Guérigny, dans la Nièvre, et je ne sais pas encore ce que cette maison va devenir dans le temps. Mais ce n’est pas la maison que je regrette. C’est plus le temps passé et l’insouciance. Du côté de mon père, en revanche, il y a beaucoup plus de monde. Mon père est l’aîné d’une fratrie de six frères et sœurs. Son père à lui, proviseur et professeur de physique, s’était marié à ma grandmère, institutrice. Comme il se doit, tous les enfants ont fait de bonnes études : deux Polytechniciens, trois Normaliens et un ingénieur en aéronautique. Plutôt une superbe réussite scolaire, orientée 118


Transmission vs Partage (Vécu)

majoritairement autour des sciences. Ils ont toutefois tous une appétence musicale forte (chacun a un instrument) et pas mal de compétences en langues et en lettres. Une famille de cartésiens où l’on converse de mécanique quantique entre le pot-aufeu et le fromage. C’est sûr que ce n’est pas dans cette famille que j’ai appris à gérer les conflits et difficultés humaines, qui sont carrément un sujet tabou. Mais bon, c’était sympa de pouvoir jouer aux échecs, à othello, au bridge, etc., avec tous les membres de la famille. Des compétiteurs non émotionnels, en somme. Cette famille, les Zeymard, est ma famille de cœur, au-delà de mon premier «cercle». Ce n’est pas facile pour tous de s’y sentir bien, mais on peut dire qu’il y a un lien commun à tous, une véritable appartenance collective qui défie la verbalisation. C’est solide, cela construit. En dessous des grands-parents et des six frères et sœurs, il y a douze petits-enfants, 119


 Léguer : cela s’organise !

et j’en suis l’aîné. J’ai donc dix cousins et cousines, et un frère, ce qui fait douze : « 2 », puis « 6 », puis « 12 » … Cela aurait pu être une suite informatique, mais non, c’est juste arrivé de cete manière. Et, bien entendu, cela s’étend maintenant bien au-delà avec les enfants des douze. Évidemment, la maison familiale du grand-père explose et l’unité familiale ne pourra pas tenir bien longtemps. Il y a déjà des éloignements, des séparations, des personnes qui se voient moins, des Noëls sans les uns ou les autres. C’est bien normal, et c’est le sort de toutes les familles. Un jour, ma mère trouve dans un placard abandonné, environ 13 ans après le décès de mon grand-père, un manuscrit de sa main, composé de feuilles détachées, écrit à l’encre et la plume – un stylo-plume, n’exagérons pas –, dont le titre, indiqué sur la simple pochette en papier qui contenait les feuilles était : 120


Transmission vs Partage (Vécu)

« À l ’intention de mes enfants et petits-enfants. » Ce livre décrit l’histoire de ma grand-mère, vue de mon grand-père. Son origine, la rencontre entre mon grand-père et ma grandmère et leurs premières années de vie commune, dans les années quarante, puis tout ce qui s’est passé jusqu’à sa mort, en 1985. C’est un livre modeste, écrit d’un jet, avec quelques notes et recherches, mais surtout beaucoup d’émotions et de souvenirs. Mon grand-père tenait même à s’en excuser, alors qu’il venait de terminer un véritable cadeau à sa famille. Ma mère, comprenant l’importance de cette trouvaille, décida de le donner à mon père. Il lut le manuscrit et, au bout de quelques semaines, le confia à son frère le plus âgé. Au bout de six mois, et dans l’ordre d’aînesse, tous les six l’avaient lu. Comme il était écrit que ce livre était à destination des enfants et des petits-­enfants, il me fut confié. 121


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Or, vous le savez, je baigne dans l’informatique depuis mes 10 ans. Instantanément, j’ai eu le réflexe de le scanner, de le préserver. Pendant les six derniers mois, si l’un de mes oncles, tantes, père ou mère, l’avait fait tomber dans une flaque d’eau, il aurait tout simplement disparu. Disparu ! Aucun n’avait pensé à le sauvegarder de manière certaine – peut-être avaient-ils fait des photocopies, j’aime à le penser. Aucun de ces ingénieurs de grandes écoles n’avait couvert le risque de perte de l’original, et n’avait intégré la valeur inestimable de ce legs. Je n’ai pas diffusé son contenu à mes onze cousins et frère, car la polémique est tout de suite venue de la diffusion d’un manuscrit privé et « secret ». Pourquoi le diffuserions-nous via Internet ? Ne va-t-il pas être diffusé ailleurs sans limite ? Ne prenons pas ce risque. Mais de quoi ces ingénieurs ou chercheurs avaient-ils peur ? Du partage ? Que quelqu’un

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Transmission vs Partage (Vécu)

hors de la famille puisse lire ce qui s’était passé ? Pourquoi avaient-ils peur du passé ? Au bout de quelques semaines, chacun des douze a eu son exemplaire numérique, et le manuscrit a pu être mis à l’abri, sans autre risque de détérioration que le temps lui-même.

Quelles leçons tirer de cet exemple ? Quelles leçons tirer de chacun des exemples familiaux de tentatives de transmission, qui réussissent ou échouent sans que personne ne s’en soucie au-delà des familles elles-mêmes. Il n’existe pas de famille qui n’ait vécu des exemples d’essai de transmissions d’autres choses que des pierres ou des valeurs matérielles. Pour autant, la numérisation fait encore peur, y compris à des personnes cartésiennes, instruites, rompues à l’usage des ordinateurs. Le partage numérique est loin d’être naturel.

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 Léguer : cela s’organise !

Je ressens aujourd’hui un changement d’ère, l’influence tardive de notre entrée dans l’ère numérique, étape en cours de l’anthropocène. L’humanité est en train de s’y adapter. AllPeople doit participer à cette évolution.

Définitions Un Média est un fichier numérique, de contenu quelconque, que le donateur veut partager (c’est un média). On enregistrera ce Média dans l’outil proposé par le projet AllPeople et lui sera associé une catégorisation et des éléments signalétiques basiques. La combinaison d’un Média et des informations associées permettant le partage de celui-ci au sein de AllPeople est appelée : Séquence. Une ou plusieurs Séquences publiées représentent un legs. 124


Conditions

Conditions La seule condition pour faire un legs est d’avoir l’intention de faire un partage (le Média, dans sa Séquence) qui survivra à son donateur. Il est probable qu’il soit bien plus facile pour une personne ayant passé la Crise de milieu de vie (CMV) de faire un legs, puisque par définition elle a conscience qu’elle est mortelle. Certains événements de vie peuvent aussi donner une pleine conscience de sa fin prochaine à une personne. Il va de soi que, dans ce cas, le legs est possible. Le legs n’est pas anonyme dans le projet AllPeople. De surcroît, le donateur est à la fois propriétaire et responsable de son legs tant qu’il est en vie. Ensuite, et selon les conditions générales qui sont signées par le donateur avant toute utilisation d’un outil AllPeople ou legs au sein de AllPeople, à la mort du donateur, les 125


 Léguer : cela s’organise !

Séquences qui sont déjà (ou prévues d’être rendues) publiques rentrent à 100 % dans le domaine public. Les autres Séquences sont à gérer par le donateur par anticipation (si personne n’est désigné, elles rejoignent les archives AllPeople).

Séquences Pour chaque legs, il y a des informations signalétiques basiques à renseigner. Il va de soi qu’un donateur enregistré dans un outil AllPeople n’aura pas à répéter les informations à chaque legs. Cependant, ces informations restent à sa main et il pourra les changer à tout moment – à l’exception de ses informations personnelles qui sont figées. Afin à la fois d’organiser en temps réel la captation des Médias fournis par les donateurs et de permettre de proposer des sujets 126


Séquences

potentiels de legs, un premier niveau d’organisation des legs est nécessaire. Des catégories ont été définies, à la fois pour organiser et trier, mais aussi pour inspirer des legs aux donateurs. Dans chacune des catégories, un deuxième niveau de sous-catégories est aussi créé pour indexer de manière efficiente la base de données. Le positionnement du legs au sein des Catégories et Sous-catégories est possible avant la création du legs ou après celle-ci. L’essentiel est que le Média appartienne dans sa globalité à une combinaison unique de Catégorie/Sous-catégorie, au sein de la Séquence. C’est à ce moment que l’ergonomie est nécessaire dans les moyens informatiques portés par le projet AllPeople, à la fois pour la bonne compréhension des Catégories/ Sous-catégories, mais aussi pour l’interface Utilisateur/Donateur (UX : User eXperience). 127


 Léguer : cela s’organise !

Lorsqu’un Média est associé à une catégorie et une sous-catégorie et que les éléments signalétiques basiques sont renseignés (cf. paragraphe précédent), on va l’appeler Séquence au sein de l’outil de captation AllPeople : un Numéro de Séquence (NS) est alors associé et l’identifie numériquement. On peut lier les Séquences entre elles, en précisant la précédente et la suivante. Il est alors possible de chaîner les Séquences par leur numéro d’enregistrement, et de créer des chemins de navigation.

Contenu d’une Séquence L’organisation en Séquences est faite pour accéder à l’information de manière minimalement structurée. Sans Séquence, il serait possible d’avoir des legs d’une heure avec plusieurs sujets dedans. Et du coup, sans voir de reconnaissance sémantique automatisée, cela rendrait 128


Contenu d’une Séquence

inaccessible certains contenus perdus dans la masse du Média. Par ailleurs, sera-t-il un jour possible de faire confiance à des IA sémantiques pour retrouver nos legs (je doute de la complétude du résultat) ? Titre de la Séquence. Le titre doit avoir un sens explicite, et coller avec ce qui est dans la Séquence. Il faut penser aux utilisateurs qui ne savent pas ce qu’ils vont découvrir. Des titres complexes, ou déconnectés des contenus, rendront difficile le partage. Informations signalétiques du donateur Figé à l’inscription comme donateur AllPeople. On mettra là toutes les informations publiques possibles liées au donateur. D’une part elles doivent être publiques pour ne pas dévoiler des éléments qui pourraient servir contre le donateur, et d’autre part, à la mort du donateur, ces éléments se 129


 Léguer : cela s’organise !

retrouveront (cf. clauses acceptées lors de l’inscription sur AllPeople) accessibles par le plus grand nombre sans pouvoir être modifiés par celui-ci. Il convient alors que ces données soient vérifiées par AllPeople et garanties. Mots-clefs Les tags, ou mots-clefs sont des éléments descriptifs ou intuitifs. Ils permettront de retrouver facilement le Média au milieu de l’ensemble de ceux-ci. Exemple : Dans le cas d’un Média sur le tennis, que cela soit un rêve ou un conseil, ou encore un savoir-faire, le mot Tennis sera indiqué dans les mots clefs. Si, en revanche, le tennis est cité dans un Média mais ne représente pas l’objet de celui-ci, on ne mettra pas Tennis dans les mots clefs.

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Contenu d’une Séquence

Informations de création du Média Souvent inscrites lors de la création du média. Le Média lui-même est réalisé dans un lieu et à une date précise. Il peut aussi être réalisé en ayant fait l’objet de plusieurs versions successives. Ces informations sont consolidées afin de ne pas perdre le contexte dans lequel le Média a été fait. On se fiera aux informations associées à la création des médias, mais le Donateur devra aussi certifier – biométriquement si possible –, lors de la publication, toutes les informations liées à son Média et contenues dans la Séquence. Informations de contexte du Média Au sein du Média, il peut y avoir Lieux et Dates. Le legs représente souvent un contexte précis, des lieux et des dates que nous souhaitons conserver. 131


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Une photo est associée à une date et à un nom, un enregistrement sonore à un lieu et à une date, etc. Ces informations vont déterminer à quel endroit et quand le Média sera visualisable dans l’outil de navigation. De la même façon que les informations de création du Média, ces informations contextuelles seront certifiées par le donateur – avec des imprécisions possibles et les éléments en sa possession. Type de publication du legs Universel, Non Publié, Restreint, Famille, etc. Dans les menus de l’application on retrouvera toutes les possibilités de publication pour la Séquence correspondante au legs. L’option de ne pas publier est forcément présente et pourrait être considérée comme la possibilité de faire des brouillons, avec plusieurs versions. 132


Contenu d’une Séquence

Il y a aussi la possibilité de mettre par défaut des options sur les Séquences, de manière à ne pas publier systématiquement dès qu’on a créé le legs, puis de laisser au donateur la possibilité de travailler dessus ensuite. Date de publication du legs Immédiat – c’est-à-dire 1 jour–, fin du mois, date précise, etc. Cette date de publication est initialisée à un jour dans les paramètres par défaut de l’application. On estime qu’au bout d’un jour après la création de son Média, le donateur a eu le loisir de choisir la bonne publication et éventuellement de modifier cette date de publication. Il pourra évidemment identifier son legs comme brouillon, dès la captation. S’il le souhaite, cependant, il peut mettre la publication instantanée. Dans ce cas, chaque modification réalisée sur la Séquence est automatiquement répercutée sur la base de données de publication correspondante au choix. 133


 Léguer : cela s’organise !

Capsule temporelle Dans le cas de la définition d’une capsule temporelle, la condition de publication est une combinatoire inclusive entre la date du décès du donateur et la date de publication du legs. Si la date de publication est antérieure au décès, on attendra celle-ci (et le donateur pourra la valider) ; si elle est postérieure, AllPeople s’engage à la respecter rigoureusement. Dans le cas d’un legs patrimonial, associé à de la transmission de biens, valeurs ou pierres, des options sont disponibles à travers des partenaires de AllPeople pour accompagner le donateur à une efficience totale et rigoureusement légale en fonction de la nationalité de celui-ci. Organisation des Séquences Les Séquences peuvent être reliées entre elles au sein d’arborescence à la main du donateur. 134


Catégories et sous-catégories

On peut relier plusieurs Séquences différentes à la même Séquence. On peut aussi définir un ordre qui sera alors utilisé pour la navigation.

Catégories et sous-catégories À quoi cela sert-il de catégoriser les Médias ? L’essentiel est de permettre au donateur de s’exprimer de la manière la plus claire possible dans une structure de Séquence qui soit la plus efficace pour la récupération et le classement ultérieur. Dans un long échange entre deux personnes, plusieurs sujets peuvent être abordés sans difficulté. Dans le cas d’une conversation autour d’une démarche de legs qui pourra être portée ensuite par AllPeople, il s’agit de bien préciser, avant ou après la conversation, ce dont il s’agit : quelle catégorie et quelle sous-catégorie. 135


 Léguer : cela s’organise !

La catégorisation permet aussi au donateur d’avoir des idées sur des sujets qu’il pourrait léguer. Actualités La situation actuelle du donateur, son actualité à lui. Pour ce type de legs, il ne peut pas y avoir de date d’application du legs, il est forcément à la date de sa réalisation. ➢ Actualité patrimoniale du donateur (possibilité de passer les legs devant notaire – volet spécifique). ➢ Actualité financière du donateur (extrait de compte, explications associées, conseils pour bien tenir ses comptes). ➢ Actualité liée à la santé du donateur (sur base médicale ou sur du ressenti). ➢ Actualité des d’héritiers du donateur (selon l’état des relations du moment entre les héritiers et le donateur). 136


Catégories et sous-catégories

➢ Actualité sur la vie au quotidien du donateur (les conditions de vie, les ressentis, les leçons à en tirer, comment on en est arrivé là). ➢ Souffrances actuelles ressenties par le donateur (c’est explicite, plusieurs échelles sont possibles pour évaluer la souffrance, mais il y a aussi pu avoir des évolutions et des causes). ➢ Descriptions des sentiments actuels du donateur (peur, joie, tristesse, colère, tous les sentiments sont acceptés – les interprétations le sont aussi, bien sûr). ➢ Actualité des cercles relationnels du donateur (amis, connaissances, ennemis, le point de vue du donateur sur son écosystème relationnel). ➢ Actualité des loisirs du donateur (ce qu’il peut faire, ce qu’il fait, ses scores, comment il en est arrivé là). ➢ Les codes d’accès du donateur. Souvent il y a des mots de passe, des processus pour accéder à certains éléments que l’on veut transmettre. 137


 Léguer : cela s’organise !

➢ Projets actuels du donateur (liste des projets portés actuellement par le donateur, pourquoi vouloir réaliser ces projets, quels sont les objectifs de chacun d’eux, etc.). Thèmes Le point de vue du donateur sur les thèmes clefs. Ce peut-être des leçons de vie, des ressentis, des sentiments vécus ou imaginés, des réflexions. C’est aussi un peu tout ce que le donateur veut léguer. ➢ Enfance. Comment a-t-elle été vécue ? Quelles étaient les motivations d’enfant, les lieux, les expériences ? Ce qui a fait grandir, les moteurs d’enfants, les amis. Était-ce globalement heureux  ? Les pourquoi, les traumatismes, etc. ➢ Famille. Qui était présent dans sa famille  ? Les relations étaient-elles bonnes ? Quelles leçons en tirer ? Quels secrets pourraient être légués ? 138


Catégories et sous-catégories

➢ Transmission. Quel savoir-faire puis-je transmettre ? Quelle leçon de vie ? Quel enseignement et à qui ? Y a-t-il quelque chose que j’aurais aimé qu’on me transmette  ? Les transmissions fondamentales de sa propre vie, etc. ➢ Épreuves. Quelles épreuves ont été constructives ? Quelles épreuves ne l’ont pas été ? Y a-t-il des épreuves nécessaires à passer par tous pour se construire ? Qu’en tirer ? ➢ Ici. Pourquoi suis-je ici ? Qu’est-ce que ce lieu représente pour moi ? Quelles émotions fait-il ressortir ? Qu’en déduire ? ➢ Là-bas. Quels sont pour moi les « là-bas » significatifs ? Pourquoi aurais-je envie d’y retourner ? Ou non. Quels sont les meilleurs souvenirs associés ? ➢ Amour. Ma définition de l’amour. Quels amours ai-je eus ? Ce que je n’ai jamais dit et qui doit rester. Qui aimait le plus, elle ou moi ? Et Dieu dans tout cela ? ➢ Bonheur. Ma définition. Mes moments de bonheur les plus forts dont je me 139


 Léguer : cela s’organise !

souviens. Qu’est ce qui rend le plus heureux ? Pourquoi cherche-t-on à être heureux ? ➢ Peurs. Mes plus grandes peurs vécues. De quoi ai-je vraiment peur ? Si la peur n’était plus un problème, je ferais quoi ? ➢ Dieu. Ma croyance. Les croyances autour de moi. Pourquoi suis-je dans cet état de croyance ? Qu’est ce qui me manque pour croire ? Ai-je vraiment envie de croire ? Depuis que je crois, qu’ai-je appris sur Dieu ? ➢ Sens de la vie. Est-ce que je vis ce que je voulais vivre ? Pourquoi y a-t-il un écart ? À quel moment cet écart est-il apparu ? Qu’aurais-je pu faire pour vivre ce que je voulais vivre ? ➢ Guerre. Les guerres que j’ai connues. Celle que j’aurais voulu connaître. Aurais-je eu le courage de participer ? Qu’ai-je retenu de la Guerre, en général ? ➢ Nature. Qu’est-ce que la nature pour moi ? En quoi je juge cela utile ? Ou non. L’homme est-il naturel ? Est-il opposé ou 140


Catégories et sous-catégories

partie de cette Nature ? Que fais-je pour la respecter ? Suis-je un bon éco citoyen ? ➢ Progrès. Le progrès a-t-il un sens  ? Suis-je capable d’appréhender les progrès actuels ? Suis-je dépassé ? Que faudrait-il faire pour que ma vie progresse ? Les progrès ne me concernent plus ? ➢ Futur. Pensais-je plus souvent au futur, qu’au présent ou au passé ? Quelles sont les choses dont je suis certain qu’elles arriveront ? Que faut-il craindre ? ➢ Passé. Quels sont mes regrets ? Ai-je des regrets ? Suis-je fier de mon passé ? Et de quoi suis-je fier ? Faut-il considérer le passé comme un acquis, ou juste un souvenir ? Le passé est-il important pour moi ? ➢ Mort. Ai-je peur de la mort ? Pour moi, la mort c’est quoi ? Puis-je comparer la mort à ce que j’étais avant de vivre ? Faut-il savourer sa vie ? ➢ Naissance. Me souvenais-je de ma naissance ? De quelles naissances me souvenais-je ? Qu’est-ce que j’ai le plus retenu 141


 Léguer : cela s’organise !

d’une naissance ? Pourquoi la naissance est-elle célébrée selon moi ? ➢ Sexe. Est-ce que je m’en souviens bien ? Faut-il chérir ces moments extrêmes ? De quels moments me souvenais-je précisément ? Avec combien de partenaires ? Pourquoi est-on autant attiré par cette activité somme toute annexe dans nos vies ? Y a-t-il quelque chose de plus important ? ➢ Et cætera. Sagesses et savoirs Les enseignements, éléments de sagesse, savoir-faire ou conseils que le donateur veut partager. La sagesse s’inscrit souvent dans les leçons tirées des expériences vécues. Mais elle peut aussi être venue d’autres sources, de lectures, d’imaginations, d’autres personnes. Il n’y a pas de limite à la sagesse que l’on peut acquérir. 142


Catégories et sous-catégories

➢ Conseils pratiques. Pour bien s’en sortir dans différentes situations. Pourquoi pas des recettes pour faire face à l’adversité ? Ce peut être simple, ou ce peut être une longue vidéo. ➢ Conseils de vie. Dans la vie, il faut faire ceci ou cela. Attitude à adopter. Posture ? Être ou paraître ? ➢ Autres conseils. Quand il pleut, prend ton parapluie. Tout conseil pertinent dont on souhaite faire profiter les autres. ➢ Paroles de sagesse. Peut-être un proverbe ? Peut-être une histoire ? Des éléments reliés entre eux bien après qu’ils sont survenus ? ➢ Enseignements tirés de l’expérience. J’ai expérimenté une situation et voilà ce que je peux en déduire. Vécu par moi, vécu par d’autres ? Peut-on partager des expériences que l’on n’a pas vécues soi-même ? ➢ Enseignement d’un savoir-faire. J’ai appris à faire ceci et du coup je sais le faire. Comment faire telle ou telle chose ? Quelles sont les étapes pour parvenir 143


 Léguer : cela s’organise !

à un résultat ? Je partage mes connaissances sur les sujets que je maîtrise. ➢ Et cætera. Expériences Les expériences personnellement vécues par le donateur. Cette catégorie reprend précisément les descriptions des expériences vécues. Ces descriptions peuvent être assorties d’enseignements liés. Les expériences peuvent alors être triées par période de la vie du donateur. ➢ Expérience du donateur dans son enfance (º Crise d’adolescence ou CDA). ➢ Expérience du donateur dans son adolescence (CDA º Début professionnel ou DP). ➢ Expérience du donateur en tant que jeune adulte (DP º Crise de Milieu de Vie ou CMV) / Événement particulier. ➢ Expérience du donateur en tant qu’adulte (CMV º Retraite professionnelle ou RP). 144


Catégories et sous-catégories

➢ Expérience du donateur en tant que senior (RP º Maison de retraite ou MR). ➢ Expérience du donateur en tant que vieillard (MR º ?). Et il peut y avoir des expériences par situation vécue par le donateur. ➢ Expérience du donateur dans un contexte particulier. ➢ Expérience du donateur qui lui-même est dans un état particulier. Ressentis Les ressentis, émotions ou souvenirs émotionnels que le donateur veut léguer. Les conditions dans lesquelles ces sentiments ont été ressentis. Chaque donateur doit s’assurer que les sentiments sont bien les siens, plutôt que des interprétations. De toute façon, il peut aussi léguer des interprétations. ➢ Souvenirs familiaux du donateur et ressentis associés. La force de ces 145


 Léguer : cela s’organise !

sentiments ? L’influence de la famille sur soi-même ou sur les situations ? L’avis de la famille par rapport au sien ? ➢ Ressentis sur d’autres événements. C’est surtout là-dessus qu’il faut vérifier si les sentiments font bien partie de la bonne liste et ne sont pas dépendants d’autres. ➢ Petits ressentis ponctuels. Des sentiments fugaces ? Des impressions ? Des choses inexpliquées ou inexplicables ? ➢ L’air de mon temps. Les sentiments nés de l’époque. Ce que je pense lié à l’époque et pas à un événement en tant que tel. Image du paradigme : autre temps, autres mœurs. ➢ Moments de bonheur. Qu’est-ce que j’ai ressenti précisément dans les moments de bonheur dont je souhaite faire témoignage  ? Y a-t-il un rapport entre les moments, le ressenti et l’intensité ? ➢ Moments de malheur. Le pire de ma vie passée. Mes souffrances les plus 146


Catégories et sous-catégories

vives. Ce qui m’a détruit, ce qui me coûte encore aujourd’hui. ➢ Appréciation d’un art, parmi les 9+. Libres appréciations pour un domaine aussi large que celui des arts. Il est impossible de guider le donateur sur ce domaine. - 1er art l’architecture - 2e art la sculpture - 3e art l’art visuel (peinture et dessin) - 4e art la musique - 5e art la littérature (avec la poésie) - 6e art l’art de la scène (théâtre, danse, mime, cirque) - 7e art le cinéma - 8e art la photographie - 9e art la bande dessinée - 10e art On met dedans le reste (arts numériques, jeu de rôle, jeu vidéo, développement informatique, modélisme et maquettisme, arts culinaires et gastronomie, art 147


 Léguer : cela s’organise !

de la table, graphisme et art graphique, calligraphie, parfumerie, humour, origami, tatouage, jardinage, le sport). Vérités Les vérités historiques, du point de vue du donateur. Ce peut être juste une remarque du donateur sur un événement vécu par lui selon un point de vue différent, ou une preuve factuelle d’une divergence historique. ➢ Vérités historiques en lien avec l’histoire personnelle du donateur. Quand j’étais là, il s’est passé cela – et pas autre chose (Ex : À cette époque, mes impôts ont augmenté de 30 % à cause de la politique en vigueur et depuis ils n’ont jamais baissé). ➢ Vérités historiques vues à travers les médias par le donateur. Une distinction utile car du coup on peut mettre en 148


Catégories et sous-catégories

avant les dérives médiatiques observées par rapport aux vérités vécues. ➢ Ressentis vécus lors des événements historiques. À la suite d’avoir vécu un événement, le donateur a ressenti quelque chose dans l’instant. Ce ressenti à une valeur historique aussi, car il est dépendant de l’état d’esprit des personnes dans leur époque. ➢ Vérités sur des personnes, des lieux, des événements. Le donateur porte alors témoignage sur des faits qu’il aurait vécus lui-même et pour lesquels il souhaite rétablir la vérité. Volontés Les volontés du donateur. Ce qu’il souhaite faire de ses biens, de ses pensées. Ce qu’il demande à ses descendants, ou à l’humanité en général. Ce qu’il voudrait. ➢ Volontés exprimées par le donateur à l’intention de ses descendants directs (D + 1). 149


 Léguer : cela s’organise !

➢ Volontés exprimées par le donateur à l’intention de tous ses descendants (D + X). ➢ Volontés universelles exprimées par le donateur. ➢ Autres volontés et désirs. Les volontés exprimées à travers un legs sur AllPeople ne sont pas légalement représentables et ne constituent pas un testament – acte spécifique devant être réalisé devant notaire. Créations Ce que le donateur a produit lui-même, artisanalement ou artistiquement. Il s’agit là qu’il puisse garder trace de ses œuvres, de ses créations. ➢ Productions d’écrits, poèmes, poésies, textes, romans, etc. Il ne s’agit pas forcément d’œuvres majeures, mais simplement de ce que la personne souhaite partager et garder comme trace de lui-même. 150


Catégories et sous-catégories

➢ Productions d’images, peintures, tableaux, photographies, dessins, etc. De même on ne jugera pas la qualité de l’œuvre, mais on permettra au donateur de léguer ce qu’il souhaite sur ce thème. ➢ Productions sonores, chansons, musiques, bruits, etc. Il y a certainement des voix en or qui s’éteignent et ne seront plus jamais entendues. ➢ Production de vidéos, films, scènes, sketchs, etc. De la même façon, le donateur peut filmer un legs qu’il souhaite laisser aux autres. Se filmer, bien sûr, mais aussi faire partager des moments rares ou terribles.

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Les Principes ä respecter AllPeople est une association et un projet caritatif. AllPeople n’a pas vocation ni ambition à devenir une entreprise afin de multiplier des bénéfices. Si l’argent rentre via des sociétés périphériques en charge de développer des applicatifs complémentaires, tant mieux. Mais ce n’est pas l’objectif initial. Si des sociétés exploitent les données, sans les détourner, ni les déformer, en tirent des profits d’analyses, encore une fois, tant mieux.

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 Les Principes à respecter

L’argent ne doit pas être au cœur des objectifs. Le respect des principes est en revanche fondamental. Il donne du sens et fait toute la différence entre AllPeople et les plateformes actuelles de contenus.

Après-demain ! (Fiction) Antoine aura 18 ans demain. Nous sommes le 18 janvier 2154. Il a dormi exactement 7 heures 34 minutes, il est 8 heures et il se lève de son lit à mémoire de forme intelligente et compensée. Immédiatement, sa chambre analyse son réveil et l’état dans lequel il se trouve au réveil. Martine dort encore paisiblement. Le mur affiche la liste des choses à faire avant de partir travailler. Il va dans la salle d’eau et se retrouve enveloppé de vapeurs nettoyantes et cicatrisantes. 154


Après-demain ! (Fiction)

Le très léger grattement qu’il ressentait au réveil disparaît alors que l’ébauche de bouton s’efface suite à la vaporisation. Il est immaculé et comme neuf. Sa peau le fait frémir de bonheur lorsque la vapeur s’échauffe et se dissipe en vent pour le sécher. Il prend les habits préparés par son armoire intelligente et propose sa bouche au laveur automatisé. Ses dents sont immédiatement nettoyées et blanchies selon la mode du jour. Ça le fait rire encore car hier la mode était d’avoir les dents bleues, ce qui était proprement ridicule. Heureusement, il n’était pas de sortie. Le mur en face de ses yeux affiche toujours le reste des choses à faire. Il s’assied à la table à nourrir. Il prend dans son tiroir les éléments nécessaires à son petit déjeuner qui devra le tenir alimenté jusqu’à 19 heures. Il savoure ses coquillages nutritifs remplis d’aliments tous plus savoureux les uns que les autres. Sur celui qu’il convient de mâcher 155


 Les Principes à respecter

aujourd’hui, il peut lire : Poulet blanc au curry – mode xxe siècle. Il savoure bouchée après bouchée, puis repasse au laveur de bouche. Il est 8 h 30. Martine est entrée dans son cycle du matin elle aussi. Il lui fait un signe. Il est temps d’aller travailler. Il se dirige vers sa pièce de travail et s’immerge totalement dans son environnement virtuel pour diriger son avatar public. Depuis deux ans, il est crypto ingénieur chez AllPeople, la plus grande entreprise de l’hémisphère nord. Durant son enfance passée dans un « édu-palais » et ses cinq années d’études accélérées, il fut brillant et en sortit deuxième de la promotion 2152. C’est pour cela qu’il a pu rejoindre AllPeople. Son père, à 39 ans, a déjà été recyclé depuis trois ans. C’est un accident stupide qui a eu lieu. Il est sorti de chez lui en pleine journée de travail et a été heurté par un transport 156


Après-demain ! (Fiction)

automatisé  ; une idiotie en somme. Une enquête a eu lieu, le transport était dans son droit, il devait assurer une sauvegarde physique de données AllPeople et porter les supports au plus vite sur un des 135 sites de réplication, juste à ce moment-là. À 760 m/s, il n’avait pas pu éviter le choc et avait envoyé le père d’Antoine contre le mur, 300 mètres plus loin que le choc lui-même. Antoine avait été triste pendant des mois, heureusement que son père avait commencé à léguer sur AllPeople. Souvent il revenait aux Mémoires de son père. Il écoutait ses enseignements dans ses legs privés. Il savait qu’il devrait les dénoncer aux autorités, mais il ne s’y résignait pas. Le côté subversif des legs privés de son père ne l’empêchait pas de les apprécier. En même temps, c’est tout ce qui restait de lui. Le principal sujet subversif était la conviction de son père quant à la dérive historique de l’entreprise AllPeople qui les nourrissait 157


 Les Principes à respecter

tous les deux. Puisque le legs était privé, rien ni personne ne pouvait voir dedans hormis les cibles désignées dans le legs. Antoine était d’ailleurs bien placé pour le savoir, puisqu’il participait à la sécurisation des consultations privées. De plus, ces legs étaient soumis à la législation du non-transfert. Ils ne pouvaient donc pas être copiés ou transférés à quiconque en dehors des cibles. Son père était bien prudent pensait-il. Il disait que AllPeople, né au début du xxie siècle d’un obscur informaticien, était à l’origine complètement gratuit et désintéressé. Antoine, déjà à ce moment, ne pouvait plus croire à la vérité de ce legs absurde. Il disait que son accès était gratuit et que tous pouvaient en profiter à travers un lointain ancêtre de la « sapien-navigation » actuelle. Aberrant ! Son père était-il fou ? Pouvait-on être fou en tant que directeur de l’unité mémorielle du xxie siècle de AllPeople. 158


Après-demain ! (Fiction)

C’était l’un des postes les plus importants de l’entreprise. Pratiquement au COMEX. Et pourtant, ses legs étaient terriblement inappropriés et illégaux. Tout le monde savait que l’entreprise AllPeople dirigeait le monde et que les IA qui avaient été développées régentaient tous les automatismes des pays développés. Il était évident que le grand réseau était en permanence abreuvé de conseils et d’enseignements qui provenaient de la mémoire de l’humanité et que, bien sûr, cela ne pouvait pas être gratuit. AllPeople était depuis bien longtemps aussi la Banque mondiale et les « €$Y » gérés et générés par les profits de cette banque lui donnait un pouvoir et une capacité d’action supérieure à tous les politiciens encore accrochés à leurs idées de pays et de frontières. À chaque fois que Antoine visualisait, même en vitesse x 6,4, les enregistrements chiffrés destinés à lui seul, il tressaillait 159


 Les Principes à respecter

devant l’ineptie des allégations de son père. Ces mensonges évidents remettaient tout en question. AllPeople était par définition pour Antoine la mission la plus sacrée de sa vie. Maintenir confidentielles les données mémorielles de l’humanité – non pas le mélange sans valeur ni intention des contenus des réseaux sociaux étendus, mais ce que chacun décidait en conscience de laisser aux autres – était la grande fierté d’Antoine. Martine était aussi fière de ce qu’il faisait, il le savait. Cela faisait partie de lui. Il pourrait sans doute dans quelques années, progresser encore et devenir responsable d’une partie de la sécurité du « Système-neuroinformatif » global. En prenant possession de son avatar idéalisé, il chassa toutes ces pensées. Il devait le faire car les connexions neuro-transmettrices auraient pu renvoyer des images ou des textes subversifs. 160


Après-demain ! (Fiction)

Son avatar décolla de son appartement à travers les murs informatisés. En quelques secondes, il parcourut en vol simulé les 250 kilomètres qui le séparaient des bureaux virtuels AllPeople. La petite tour grise, protégée par des murs de deux kilomètres d’épaisseurs, des corridors et des barbelés, était aussi recouverte par deux globes vitrés de 10 mètres d’épaisseur en « cristacier ». Au niveau Cybernet, Antoine passa sans difficulté les quelques dizaines de protections infranchissables pour qui n’était pas appelé à les franchir. Pour lui, les informations signalétiques chiffrées biométriques et psychométriques, l’identifiaient formellement et toutes les protections le reconnaissaient immédiatement. Même le léger trouble qu’il ressentait parfois en venant (qui provenait sans doute de ses expériences précédant son départ au 161


 Les Principes à respecter

travail) était identifié comme faisant partie de sa personnalité. Il parvint donc en un temps record à la tour et dans son espace personnel et réaligna ses données avec les souvenirs de la veille au soir avant de rentrer chez lui – chacun laissant ses souvenirs de travail le plus possible au travail. La tour était bien plus grande en virtuel qu’elle ne l’était en réel. Il était prêt. Il travaillerait toute la journée en x 3, vitesse acceptable par l’ensemble du personnel, même si lui-même aurait pu aller bien plus vite. La matinée se passa au mieux, ses nombreux collègues étaient heureux de le voir agir avec efficacité et son score relationnel était au beau fixe, selon le baromètre social permanent entretenu par les notations de tous sur tous. Il avait rendu service à sept personnes rien que ce matin-là. Aucune altercation ni mésentente n’avaient affecté son service. Il était comme un poisson dans 162


Après-demain ! (Fiction)

l’eau dans ce travail que beaucoup auraient considéré comme extrêmement difficile. Le soir, à son retour du travail, il attendit de rentrer chez lui, de mettre toutes les protections nécessaires à son isolement complet du reste du réseau, puis il se déconnecta complètement. Il savait que Martine n’arriverait que dans une heure, car elle devait rattraper un peu de temps perdu qui avait affecté son score au travail. Rien de grave, mais il fallait qu’elle le fasse pour rétablir la pente ascendante qui était nécessaire à son avenir. Impatient et toujours fasciné, il reprit l’analyse du legs de son père en mode privé. AllPeople était décrit comme une organisation caritative, dans un monde dans lequel aucune transmission entre héritiers n’avait lieu en dehors d’une archaïque façon de léguer des biens et des valeurs, sans même parfois que l’État n’y collecte sa part. Heureusement, ceci avait été aboli depuis 163


 Les Principes à respecter

longtemps, afin de favoriser une redistribution efficace des richesses et de supprimer ces évidentes inégalités. Voilà quelque chose qui avait été bien fait, se dit-il. Comment aurait-il été possible de faire profiter ses descendants de valeurs qu’ils n’auraient pas gagnées par eux-mêmes. Ce serait vraiment choquant, et complètement contraire aux principes et aux valeurs d’aujourd’hui. Il poursuivit son écoute. Son père disait comment AllPeople, qui avait fait surgir de rien le concept de legs immatériel et de mémoire de l’humanité, était rapidement devenu l’unique organe de transmission, puis avait remplacé au bout de quelques dizaines d’années tous les legs possibles entre les hommes. Ce n’est qu’après, lorsque les IA eurent été installées pour mieux gérer cette mémoire et les enseignements qu’on pouvait en tirer, que le legs de son père devenait vraiment difficile à suivre. 164


Après-demain ! (Fiction)

Il suggérait que les IA avaient finalement tiré parti des enseignements de cinquante années de legs d’une portion importante de l’humanité pour définir des règles à suivre, afin que chacun ne puisse plus tomber dans les travers du passé et les inévitables comportements destructeurs qui avaient été décrits. Il le disait avec une connotation négative. Les gouvernements du monde entier avaient reconnu l’intelligence de la démarche et avaient tous voté pour une gouvernance globale par AllPeople et l’enseignement savant tiré de la mémoire de l’humanité. Selon mon père, c’est à partir de ce vote que tout est devenu différent. AllPeople est devenu obligatoire pour tous. Chacun, à partir de son milieu de vie, estimé passé dès l’âge de 25 ans par AllPeople, devait léguer les enseignements qu’il tirait de sa vie. Chacun était à la fois responsable de ce qu’il léguait, soit en public, soit en privatif 165


 Les Principes à respecter

– comme cela se faisait au démarrage de AllPeople – mais était aussi jugé sur l’importance de ses legs publics et sur la pertinence de ceux-ci. Une personne qui apporterait beaucoup à la mémoire et à l’humanité aurait alors une ascension sociale bien plus grande qu’une personne qui ne ferait pas l’effort de construire un legs structuré et enrichissant. Bien entendu, plus le temps passait plus les legs originaux et enrichissants étaient rares, et plus le niveau social global s’uniformisait. De temps en temps, une idée géniale surgissait et la personne était alors considérée comme une vedette, une star de son vivant. On avait pu constater que pour ces personnes, ayant un niveau de vie extrêmement supérieur aux autres membres de la Société, la durée de vie était en général plus courte. Elles ne supportaient pas de voir leur indice mémoriel tendre vers l’infamante moyenne au fil des années, alors qu’elles avaient connu 166


Après-demain ! (Fiction)

la gloire. Mais les bonnes idées sont rares et il est difficile d’en avoir toute sa vie. En somme, AllPeople était devenu à la fois l’organe de promotion sociale, de classement des individus entre eux, mais aussi l’entreprise la plus profitable de toutes et, finalement, avait imposé sa loi à tous les gouvernements depuis que ceux-ci lui avaient donné tout pouvoir. Son père allait même jusqu’à suggérer que AllPeople avait influencé le vote initial pour que justement il soit en sa faveur. Après tout, une IA supérieure, même de l’époque, aurait très bien pu connaître tous les leviers nécessaires pour faire voter en sa faveur. Il ne donnait aucune preuve à cette monstrueuse accusation. Antoine en était à la fois triste, car il constatait la folie profonde de son père qui remettait tout en question, mais aussi il était soulagé, car savoir qu’il était possible que AllPeople fut une énorme IA, centrée sur elle-même, au 167


 Les Principes à respecter

pouvoir gigantesque qui supervisait l’humanité et tirait profit de toutes les idées qu’elle était capable de générer, aurait été vraiment au-delà de ce qu’il aurait pu supporter. AllPeople était une entreprise formidable. Antoine en restait convaincu. Elle était au service de l’humanité et donnait encore aujourd’hui à chacun la chance de pouvoir survivre à son corps physique et d’accéder à l’immortalité de ses idées et des autres éléments signalétiques de sa personne. C’était, d’évidence, un bienfait incroyable qui avait été apporté à l’humanité. Et il remercia intérieu­rement l’obscur créateur, qui avait permis d’en arriver là. Il entendit le chuintement électronique – bien entendu un bruit synthétique prévu uniquement pour prévenir les autres occupants d’une demeure – caractéristique du retour du travail de Martine. Il referma sa connexion avec la partie privée de AllPeople pour se mettre en promenade 168


Après-demain ! (Fiction)

sur la partie publique. Ainsi elle pourrait le rejoindre. C’est, bien entendu, ce qui se passa. Ils ne tardèrent pas à se promener tous les deux dans l’espace infini des legs des cent dernières années. Ce moment de détente absolu, qu’ils partageaient tous les deux depuis bientôt une année, était devenu leur petit rituel. Ils voyaient bien que d’autres faisaient pareil, en constatant la présence d’avatars isolés ou en groupe. Ensuite, ils allèrent dans la nouvelle attraction mise en place sur le « Secteur 27 » : la foire aux idées. C’était un jeu formidable. À partir d’indices, chacun devait retrouver une idée ou un legs original des cinquante dernières années. Bien sûr il y en avait des millions. Mais la capacité des joueurs à retrouver l’idée léguée à partir du minimum d’indice d’une part augmentait leur score mémoriel – et c’était donc bon pour soi et pour son couple – mais pouvait permettre d’augmenter son classement 169


 Les Principes à respecter

en ligne et monter dans l’échelle de valeur AllPeople. Antoine était très fort à ce jeu. Bien sûr il n’avait pas encore passé sa crise de milieu de vie et ne pouvait léguer, mais il savait que son score mémoriel était déjà très élevé et que lorsqu’il atteindrait ses 25 ans, il serait déjà très haut sur l’échelle mémoire. Avec Martine, de plus, ils pouvaient jouer à deux, comme un couple formé, de manière à booster leurs chances de monter. Ils s’étaient connectés à la recherche d’un savoir-faire. Le premier indice était simple : « Chaque élément vivant vient d’un autre élément vivant le précédant. » Antoine avait déjà plein d’idée. Il pensait à la reproduction, aux organes inutiles qui affublaient tous les hommes – même s’ils tendaient à disparaître et à se rétrécir de plus en plus au fil des générations –, aux mimétismes qu’il y avait déjà entre les hommes qui tendaient souvent à se comporter de la 170


Après-demain ! (Fiction)

même façon. Mais il n’était pas prêt encore à répondre. Il passa son tour de réponse et Martine en fit de même. Le deuxième indice était le suivant : « Petite d’abord, elle croît dans la terre pour devenir nourriture. » Alors là, en revanche, il ne comprenait plus le sens et le rapport. Déjà que le premier indice lui paraissait vague, le rapport entre le premier et le deuxième était complètement incompréhensible. Les notions de terre associée à celle de vivant, déjà lui paraissaient vraiment antagonistes. Seuls les morts vont « à la terre », et encore, ils sont recyclés. La terre, c’est la mort. Il ne comprenait pas. Il regarda Martine, confuse, qui n’osait lui parler de peur qu’il puisse mal la juger. Il lui fit un signe rassurant de manière qu’elle s’apaise : ils ne comprenaient rien tous les deux, ils étaient en phase. Un troisième indice était nécessaire. La plupart des 171


 Les Principes à respecter

28 000 participants avaient déjà opté pour le troisième et dernier indice. Le troisième était encore plus abscons : « Pour obtenir une plante adulte que faut-il faire ? » Il rechercha rapidement la notion de plante dans son orthèse intellectuelle. Du coin de sa conscience, il vit que Martine en faisait autant. Des espèces vivantes à la base de la nourriture du passé. Des espèces comestibles ou toxiques, variées, avec des éléments nutritionnels aléatoires et chaotiques. D’un œil intrigué, il regarda au-delà du réseau, par la fenêtre de son appartement. Elle était petite, mais il pouvait voir que les immeubles de ses voisins étaient bien présents tout autour d’eux et il en fut rassuré. Il ne voyait pas le sol, car il aurait fallu passer la tête par la fenêtre, et bien sûr, cela était impossible. Les fenêtres de sécurité ne le permettaient pas et leur taille était 172


Après-demain ! (Fiction)

justement adaptée à ce qu’il ne fût pas possible de prendre ce risque. Il était confus, il ne savait quoi répondre. Le temps de réflexion sur le dernier indice était plus important que la somme des temps des deux premiers. De toute façon, il était excessivement rare qu’une personne trouve l’idée avant le troisième indice. Le temps s’étirait et il savait qu’il n’arriverait pas à répondre. Tout d’un coup, une sonnerie retentit dans le jeu. Une personne avait fait une formulation acceptée pour l’idée en question. La solution s’affichait donc : «  Pour avoir une plante adulte, il faut mettre un bébé plante dans la terre ». Antoine n’en revenait pas. L’idée était folle. Pour avoir une plante adulte – et, déjà, cela il ne pouvait le concevoir, n’en ayant jamais vu – il fallait mettre dans la terre / mort une autre plante. Un « bébé plante » ? Mais, c’est quoi ça ? « Bébé plante ». Inconcevable. Ce sont les hommes qui ont des bébés. 173


 Les Principes à respecter

Il regardait en accéléré les informations sur les plantes et ne voyait rien qui relie les plantes aux bébés. Il ne comprenait rien. Martine était elle aussi confuse. Antoine eu l’idée de regarder le profil de celui qui avait répondu juste à l’intrigue. Stupéfaction  ! C’était un criminel de mémoire qui avait gagné le jeu, devant finalement 35 000 personnes. Il vivait dans un espace cloisonné, sans travail, sans ultraconnexion, à quelques étages du sol et de la terre. Ainsi, qu’aurait-il pu savoir des bébés et des plantes ? Il n’avait même pas accès à une orthèse… Antoine n’en revenait pas. Cela bouleversait ses valeurs. Une personne de classe basse, avec des scores mémoriels et sociaux pratiquement à zéro, avait pu gagner le jeu du jour dans son secteur. Bien sûr, sa condition allait évoluer. Avec le gain lié à ce jeu, il allait pouvoir reprendre 174


Après-demain ! (Fiction)

sa vie, peut-être au-dessus de la condition qu’il avait au départ. AllPeople permettait cet ascenseur social rapide. Si Antoine avait gagné, il n’aurait eu qu’une montée infime de ses scores, puisqu’il était déjà proche des tops. Mais pour cette personne, le gain était faramineux. Antoine décida de mettre un score maximal au vainqueur, car il n’en revenait pas. Il voyait le score du vainqueur augmenter de manière explosive. Il allait pouvoir refaire sa vie. Avec un peu de chance, Antoine pourrait parler au vainqueur dans une prochaine réunion sociale à son niveau. AllPeople était vraiment formidable. La Mémoire montrait encore sa force et les idées étaient fortes aujourd’hui. Merci AllPeople.

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 Les Principes à respecter

On voit bien dans ce court extrait d’un possible futur lié à AllPeople que la frontière est mince entre un projet humaniste et social et la création d’un monstre qui aura les moyens de s’approprier des contenus inestimables et d’en tirer profit. Il convient du coup de se préparer juridiquement et de rester fidèle à des valeurs fortes au sein de l’entité qui représente AllPeople afin d’éviter au maximum son exploitation pour des objectifs non louables. Il y a et il y a aura toujours de bonnes raisons pour ne pas respecter les principes fondateurs de AllPeople. La facilité, l’économie, la recherche d’un profit supérieur, les études sur la psychanalyse des masses, la religion et encore plein d’autres bonnes ou mauvaises raisons… Il faut rester fort dans les principes du projet et garder AllPeople inaltéré et indissociable de ses Valeurs.

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Principe de gratuité des legs publics

Principe de gratuité des legs publics L’accès et le don de legs doivent être gratuits. Que ce soit pour l’accès aux legs, pour le don de legs, ou pour la navigation dans le legs, le postulat de gratuité est essentiel. Il préserve AllPeople de devenir un énième projet de biographie réservé aux nantis, érudits et aux personnages publics. La cible est l’entièreté de l’humanité et non juste une portion congrue. Dans les conditions d’accès à AllPeople par les donateurs, la libération des droits d’auteur et de consultation est incluse. La liberté d’accéder aux données est donc totale via l’interface de navigation AllPeople. Ceci concerne les legs qui sont publiés sur la partie publique. Bien entendu, les legs en mode brouillon (non publiés) ne peuvent pas

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 Les Principes à respecter

être accédés par une autre personne que le donateur, et le legs privé est une autre affaire. Il est envisagé que la possibilité de faire des legs privés puisse être payante et soit donc une source de financement pour la partie gratuite publique. Il est envisageable d’avoir des abonnements mensuels ou annuels pour la partie privée.

Principe de refus de l’anonymat Le Donateur est un individu identifié. Il y a, bien sûr, l’obligation liée à la censure légale par pays, qui fait que le Donateur est responsable de ses contenus jusqu’à sa mort. Au-delà de cette contrainte, si l’absence d’anonymat est un principe fort, c’est surtout car le donateur est un individu reconnu comme tel. Un monde à lui tout seul qui entrouvre sa porte pour nous montrer son intérieur.

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Principe de l’universalité du legs

Rendre le legs anonyme, c’est aussi lui enlever toute vérité. N’importe qui peut alors dire n’importe quoi. Les informations de contexte et les preuves sont caduques. S’il est toujours possible d’envoyer des bouteilles à la mer sans les signer, ce ne sera pas sur AllPeople.

Principe de l’universalité du legs Tout le monde a le droit de faire des legs. Le fait même d’avoir existé, d’avoir été unique et d’avoir eu un point de vue sur l’histoire et sur les événements qui se sont déroulés est une expérience passionnante à l’échelle de l’humanité. Et puis, chacun a passé sa vie à faire plein de choses. Le clochard dans la rue a réussi à survivre, il a connu des galères, il en a tiré des leçons, il peut les raconter. Et avant qu’il soit à la rue, il a eu une enfance,

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 Les Principes à respecter

une adolescence, une vie, des batailles, des échecs, des réussites. Tout le monde a vécu des expériences qui peuvent enrichir les autres et le collectif. La richesse des savoirs et des expériences est l’apanage de tous.

Principe d’absence de jugement Un legs, offert par un donateur, ne peut être jugé d’aucune manière. Les legs (témoignages, expériences, connaissances, etc.) ne sont ni ne seront pas jugés. Il n’y a pas de bons ou de mauvais legs. Certains peuvent trouver qu’un contenu est représentatif de leur culture ou de leur croyance et d’autres pourraient en être offusqués. Ces aspects de jugement ne sont pas gérés par AllPeople et en aucun cas AllPeople ne peut être tenu responsable des jugements 180


Principe de respect de la censure légale

des uns et des autres sur des contenus de legs, au-delà de la censure légale.

Principe de respect de la censure légale Seule la censure légale doit s’appliquer sur la diffusion des contenus. Cette censure dépend des pays qui accèdent aux contenus. Un legs est donc valide, ou invalide, à la diffusion, pour un pays donné, selon son contenu qui en aucun cas ne sera retouché ou tronqué. On ne diffusera pas de portion d’un legs (ou d’une Séquence) ; ce sera tout ou rien, par legs / Séquence. Si on l’écrit autrement : une Séquence est indivisible. Tant que le donateur est vivant, il doit gérer cet aspect de légalité et à sa mort, AllPeople prend le relais. Bien sûr, les législations peuvent bouger, ce sera donc à AllPeople de vérifier les 181


 Les Principes à respecter

contenus des legs des personnes décédées, de telle façon que les législations en vigueur soient respectées.

Principe d’ergonomie et de simplicité L’application AllPeople se doit d’être simple et ergonomique. Que ce soit le donateur qui puisse enregistrer directement ses legs, ou une autre personne de sa famille qui l’aide (un enfant, un petit-enfant), une des conditions de succès est un environnement parfaitement ergonomique. Actuellement, tout le monde n’est pas encore à l’aise avec un smartphone ou une tablette, et en particulier ceux qui seraient en capacité, dès maintenant, de léguer. Il va sans dire que, à part pour ceux qui feront de leur volonté de legs une vraie

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Principe de propriété responsable

mission, les autres doivent aussi pouvoir léguer le plus simplement possible.

Principe de propriété responsable Quand tu es vivant, tu es responsable de ce que tu lègues ; après ton décès cela rentre dans le domaine public. Les personnes vivantes sont responsables de ce qu’elles lèguent. Elles peuvent être poursuivies si elles publient un contenu illégal dans un pays. À leur mort, il y a plusieurs cas : ➢ Si la diffusion était publique, les contenus deviennent publics aussi. ➢ Si la diffusion était privée, les contenus deviennent alors propriétés des destinataires de la diffusion (qui sont eux-mêmes inscrits chez AllPeople).

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 Les Principes à respecter

➢ Bien sûr, si les contenus n’étaient pas diffusés, ils deviennent alors des archives et ne seront pas diffusés. Les règles de gestion des contenus sont encore à définir précisément, selon les législations en vigueurs pour les donateurs. Ces règles seront signées par les donateurs avant leur accès aux outils AllPeople.

Principe d’intégrité Le legs d’une personne a une valeur inestimable. C’est un peu de son monde qu’il met à disposition des autres. Il doit être respecté toujours indépendamment de la « valeur » que l’on peut donner à la personne qui a fait le legs ainsi que de sa situation – maladie, sociale, classe, etc. De la même façon, le contenu est inestimable, quel qu’il soit, malgré les répétitions, le caractère parfois anodin du contenu.

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Principe d’intégrité

Il n’y a pas beaucoup de valeur plus importante dans le projet AllPeople que ce respect absolu des legs. Du coup, les legs sont des médias à protéger. Ils ne peuvent pas être découpés, divisés, ou même extrait de leurs Séquences qui définissent les conditions et autres paramètres qui ont permis de léguer. Séquences et legs sont des éléments indivisibles et précieux.

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Léguer : un don en confiance ! Tout d’abord une petite histoire de fiction qui illustre la difficulté à capter le legs d’une autre personne. Lorsqu’un donateur exprime ou capte luimême un legs, il est son propre juge. Lorsqu’une autre personne sert d’intermédiaire, il est absolument nécessaire que cette personne s’efface complètement, de peur que le legs soit altéré. S’il est de la famille, bien sûr, c’est plus facile, car l’intimité permet de partager le jugement mais aussi de lui faire naturellement confiance. 187


 Léguer : un don en confiance !

Sinon, il faut faire un effort sur soi pour ne pas modifier, ne pas intervenir. Le legs est précieux, et encore plus s’il est direct, non modifié, non altéré.

Le gardien (Fiction) J’ai rendez-vous à 15 heures avec Étienne. Je suis en retard, les grèves seront une explication facile, mais je me sens quand même honteux. Je n’avais qu’à partir plus tôt et prendre plus de marge. Je vois Étienne depuis trois semaines maintenant, et je le trouve plutôt sympathique au fond. C’est sûr qu’il est un peu conservateur, voire excessivement. C’est un homme très pieux qui ne tolère pas les croyances des autres au point que parfois je me sens un peu coupable de l’aider à léguer des paroles qui vont contre mes valeurs. Surtout quand il affirme qu’il n’y a qu’un seul Dieu, et qu’une seule vraie religion. Depuis le fond de son lit, 188


Le gardien (Fiction)

l’entendre affirmer cela avec force et conviction, alors qu’il ne peut même plus aller à sa fenêtre contempler le soleil, est un peu risible. Disons, pas risible, mais pathétique. Comment saurait-il quoi que ce soit sur le monde ou même Dieu en ayant un regard sur seulement quelques mètres cubes d’air et de chambre de son Ehpad ? Enfin, en tant que « gardien AllPeople », je me dois de rester strictement fidèle aux principes fondateurs de la démarche. Par exemple : pas de jugement. Tant qu’il ne me dit pas qu’il faut tuer les personnes qui pensent différemment… Il me reste encore 5 minutes de marche ! Juste ce qu’il me faut pour me préparer mentalement à rester concentré sur les legs d’Étienne. Je dois être à la fois à l’écoute, pour bien comprendre les Séquences et les enchaînements nécessaires à la structuration de son legs, mais aussi je dois être transparent et neutre côté idées et jugements. Pas 189


 Léguer : un don en confiance !

simple. Mais bon, si j’en suis là, c’est que j’ai réussi mon examen officiel de gardien. Depuis deux ans que je suis gardien, j’ai pu aider une bonne centaine de personnes en fin de vie. Ce n’est pas un métier toujours très facile, mais au moins il n’est pas difficile d’en comprendre le sens. Depuis dix ans que AllPeople est devenu un service d’État, tout le monde sait qu’on peut léguer des savoirs et des expériences et que c’est considéré comme un acte civique fort. J’avoue, au fond de moi, être assez fier de participer à cela. Quand je surprends des sourires sur ces visages ravagés par la souffrance, la maladie ou la fatigue, j’ai une sorte de fierté en moi qui m’apparaît. C’est un beau métier. J’arrive à l’entrée de l’Ehpad des Grivettes et je me présente à l’accueil. Marguerite est là, comme d’habitude et m’accueille avec un sourire à faire refleurir des fleurs fanées. Elle prend ma carte d’identité et je peux monter 190


Le gardien (Fiction)

au 3e étage, celui des soins palliatifs. C’est triste à dire, mais il ne reste que quelques jours à Étienne, quelques semaines peut-être. Cet étage est assez caractéristique des soins palliatifs. Des portes coulissantes pour ne pas se coincer derrière, des couloirs élargis, des chambres petites, mais individuelles, des portes et des murs isolés sonorement, etc. Bref, tout pour mourir tranquillement. Et puis cette odeur, mélange de tristesse, d’abandon et d’efforts. C’est dur de mourir, c’est long et court à la fois. Je parviens, en m’étant conditionné comme je sais le faire, à la porte 1123 d’Étienne. Il dort sans doute, comme presque toujours. Je suis certain qu’un jour prochain, je vais arriver et il sera mort, sans que personne ne s’en soit aperçu. Je me reprends, frappe à la porte, puis entre sans attendre. Il dort, effectivement. Je m’assois à côté de lui, tranquillement. J’apprécie ces moments de calme, ces moments presque de 191


 Léguer : un don en confiance !

recueillement. Comme auprès d’un mort qui ne l’est pas encore tout à fait. Je le regarde et le trouve paisible, tellement différent de ce qu’il est quand il est réveillé et conscient. Le temps s’étire, mon regard est perdu dans mes propres pensées indistinctes. Je m’assoupis aussi, en silence et participe activement à l’immobilisme ambiant. Un grognement me réveille, nous ouvrons tous les deux un œil ensemble. Sans bouger plus, nous nous regardons. Il a compris qu’il n’était pas seul, mais je ne suis pas sûr qu’il comprenne que maintenant c’est moi qui l’attendais. La situation perdure un moment. Il finit par me lâcher des yeux, il les ferme, les rouvre et se redresse un peu. J’en fais autant pour rester à son niveau et paraître motivé à l’écouter et à enregistrer ce qu’il va me raconter cette fois-ci. Il boit un peu d’eau. Cette eau d’hôpital, croupie à peine arrivée, jamais froide dans ces verres ridicules de cantines pour enfants. 192


Le gardien (Fiction)

Quand ils ne sont pas en plastiques. Il boit lentement, précautionneusement. Il ne veut pas montrer de faiblesse. Je suis à peu près certain qu’il ne m’aime pas. Qu’il me considère comme une sorte de vampire. Que je suce son cerveau pour je ne sais quel dessein malade. Il oublie tout le temps que c’est bien lui qui a demandé à participer à AllPeople et que, il y a quelques semaines, il a signé la décharge correspondante. Je décide de prendre les devants. − « Bonjour Étienne, je savais que vous ne m’aviez pas oublié. Je suis Roger, gardien AllPeople, et conformément à ce que vous avez souhaité, je suis là pour vous aider à partager ce que vous désirez partager de votre vie passée. » Je dois dire ce texte, à la fois parce que j’y suis obligé par la loi, mais aussi, il faut bien le dire, parce que pour la plupart de mes patients, il est aussi utile de leur rappeler le contexte et de me présenter à nouveau. Ils 193


 Léguer : un don en confiance !

perdent la notion du présent et ne vivent plus que dans leur passé. C’est cela la vieillesse souvent, un retour aux sources, à l’enfance, à ce qui a marqué notre limbique, au-delà de la réalité du temps actuel. Étienne me reconnaît. Je le vois dans son regard et ses mimiques. Il ne me rejette pas encore. Il est curieux. Ses mimiques faciales et les petits tremblements de ses mains me disent aussi qu’il est inquiet. Je suis à peu près sûr qu’il ne sait pas ce qu’il va raconter aujourd’hui. La conscience de la situation lui apparaît progressivement, comme le sommeil s’éloigne. Je le vois maintenant réfléchir profondément. Il comprend la situation et sa vive intelligence le pousse à chercher un contenu pertinent à raconter. Il doit aussi avoir peur de se répéter. C’est cela, je crois, qui le rend hostile, plus que les autres. Il comprend, il sait que je lui dirais s’il radote, et il déteste cela. Je crois qu’il lui est très difficile de se sentir mentalement déficient. Au 194


Le gardien (Fiction)

fond de lui, il me l’a d’ailleurs dit, il partirait bien de cette chambre dans sa Porsche qu’il avait il n’y a pas si longtemps. Et s’il pouvait en passant m’écraser avec, je crois que cela ne lui déplairait pas non plus. Je l’incite du regard à démarrer quelque chose. Il le comprend, sans un mot, et panique de plus belle. Je décide alors de l’aider un peu.

Étienne, la dernière fois, vous me − «  racontiez la manière dont vous aviez aidé ce jeune homme sans foi à entrer dans votre paroisse et à trouver un travail. Voulez-vous continuer ? » − « Je sais oui, je sais », éructe-t-il ! Moi je sais aussi qu’il avait complètement oublié, mais cette petite accroche a suffi à lui remémorer toute son histoire. − « Pourquoi pas continuer cette histoire, en effet », dit-il, déjà lassé et épuisé de notre échange semi-verbal. − «  C’est alors, après que j’eus donné sa chance à cet être malfaisant et faussement 195


 Léguer : un don en confiance !

croyant, qu’il commit le crime auquel je m’attendais. − C’était un jeudi, ou un vendredi, je crois. Le curé avait préparé les bancs pour la messe de 18 heures. Et cet homme était avec lui pour répartir les cierges dans les boîtes afin que les fidèles puissent donner un peu d’argent et allumer les bougies sacrées. − De mon côté, je le regarde. Il ne sait pas que je suis là, derrière la porte du sas d’entrée de l’église. Il ne sait pas non plus qu’entre la porte et son montant, il y a une fente qui me permet de le surveiller. Il ne me voit pas, mais moi je le vois. − Subrepticement, il met dans sa poche l’argent qu’il vient de récupérer des ventes de cierges de la veille. Il pense que personne ne l’a vu. Même son faux dieu, si faillible, qu’il croit qu’il peut le berner avec des actes petits et faibles. Son dieu doit vraiment être faible, lui aussi, s’il ne peut pas voir ce que chacun de ses fidèles corrompus fait de son temps. S’il n’est pas comme notre vrai 196


Le gardien (Fiction)

Dieu, omniscient, et capable de tout voir, jusqu’au cœur de ses fidèles. − Il vole, une fois, puis une deuxième fois la table d’à côté. Là, je regrette amèrement la bêtise dont j’avais fait preuve en espérant qu’il soit différent des autres. En espérant que la force de Jésus allait le convertir au Bien, et qu’il pourrait devenir un homme libéré de ses pêchés. − Je fais un petit bruit, puis je décide d’entrer, officiellement. Il ne me regarde pas, il s’est remis à la tâche de remplir les boîtes à cierges pour la journée. Je passe à côté de lui, le salue et lui donne même une tape dans le dos. Autant faire comme d’habitude, pensais-je. − Je marche dans l’allée, en direction du transept et rejoins le curé, qui met en place l’autel. Dès qu’il me voit, il se fige et m’interroge du regard. Je me rapproche de lui, à le toucher, et lui raconte ce que j’ai vu, dans le détail. Il recule d’un pas, et me regarde encore attentivement. Il n’a pas 197


 Léguer : un don en confiance !

l’air surpris de ce que je viens de lui dire. Ma bouche tremble encore de colère à ce que j’ai vu, mais il reste calme. Au bout de quelques secondes, je comprends qu’il sait. Il est conscient que cet homme le spolie. Tous les jours, lorsqu’il prend les sous que les fidèles ont donnés contre les cierges, et je ne sais quoi encore qu’il pourrait voler. − Il me regarde et baisse un peu la tête, sans un mot. Il me signifie ainsi qu’il a compris ce que je voulais lui dire et qu’il prend en charge le problème. − Je pars, interloqué, insatisfait, un peu perdu. Ce curé, auquel je tenais beaucoup, n’applique pas la justice. Il ne va rien faire. Il va laisser ce mécréant, avec son faux dieu, abîmer et piller les ressources si rares dont nous avons besoin pour porter aux nues notre foi et notre vrai Dieu. Il est fou ce curé, il ne se rend pas compte. − Je repasse à côté de l’être diabolique et il me sourit. Le serpent ! Il me sourit comme une araignée qui regarde sa proie et qui va se 198


Le gardien (Fiction)

glisser dans son cou pour mordre et mordre encore de ses crocs impurs. Je ne peux soutenir son regard. Je fuis cette église condamnée. Je fuis ce centre du mal et suis étreint d’un dégoût profond. Mon propre curé est complice des vols dans son église. Il voit, et ne fait rien. J’irai le dénoncer. J’écrirai une lettre à la paroisse et à son évêque. Je pars, ébranlé, et déçu, en me répétant intérieurement mes prières d’ancrage. » Il relève la tête, il me voit taper la fin de la Séquence sur mon enregistreur public. Puis, je relance un enregistrement et je le regarde. − « Si je raconte cette histoire c’est pour que sa morale soit claire. Nous ne pouvons faire confiance aux mécréants. Ils nous volent, pillent nos biens et violent nos femmes. Ils corrompent les meilleurs d’entre nous. Ils l’ont toujours fait. Ils ne respectent pas la grandeur de notre Dieu. Nous devons fermer nos portes et nos cœurs à leurs malheurs. Qu’ils restent dans leurs pays. Qu’ils croient en leurs faux dieux. 199


 Léguer : un don en confiance !

− Voilà la morale de cette histoire. Je veux que cela reste, que cela soit écrit. Je veux protéger les jeunes filles et même les jeunes hommes des dangers venus de ces gens-là. Avez-vous bien tout noté ? » J’acquiesce d’un hochement de tête. Moi aussi je suis dégoûté, mais je ne montre rien. C’est mon travail, je dois prendre les legs, et ne pas les juger. Même si je pense différemment. Même si probablement, le prêtre agissait comme cela par compassion et s’apprêtait sans doute à pardonner et à expliquer le sens des choses à cet homme jeune et probablement bien plus perdu qu’abominable. Étienne ne comprendra jamais le sens de la compassion, du don, de la patience. Il ne voit pas à côté de quoi il est passé, sans le reconnaître. Il ne voit pas la beauté cachée sous la simple humanité souffrant de tentations. Je lui fais écouter ses paroles, une première, puis une deuxième fois. Étienne se relâche légèrement. Il est content. Son message est 200


Le gardien (Fiction)

passé. Il a pu exprimer cette histoire, qui lui tenait à cœur depuis des années. Il a pu prévenir les autres de l’infamie qu’il imagine dans les cultures et les cœurs différents du sien. Et, après tout, qui a raison ? Y a-t-il une raison à tout cela ? Il s’apaise. Je le vois qui marmonne. Probablement des prières. Je sais qu’il faut que je parte maintenant. J’ai Georgette, en 1232, à aller voir ensuite. Elle est sympathique Georgette. Rien que son nom l’est ! Mais je sais que je ne dois pas m’oublier. Je suis la même personne pour Georgette que pour Étienne. Mon jugement n’a pas de place dans l’affaire. C’est mon métier. C’est en faisant cela que je vis et c’est là que je suis doué. AllPeople m’a permis de devenir un homme meilleur, qui écoute sans intervenir, qui entend en le supportant, et qui, au final, voit la vraie humanité, dans sa beauté et ses imperfections. C’est cela mon travail. Rendre fidèlement cette beauté imparfaite et parfois 201


 Léguer : un don en confiance !

fracturée. Offrir un peu d’éternité à des mourants, c’est aussi participer à l’humanité. Je quitte Étienne qui s’endort déjà. Peutêtre ne se réveillera-t-il plus. Son legs, son don, est dans la boîte et lui survivra !

AllPeople n’est pas un support orienté selon une direction prédéfinie. Ce n’est ni politique, ni religieux, ni bon, ni mal, ni grand, ni petit. AllPeople, c’est l’humanité nue, vraie. C’est pour cela que le projet doit rester fidèle à ses valeurs. AllPeople doit témoigner vraiment de ce que nous sommes. De qui nous sommes. Cela doit permettre aux générations futures de mieux s’accepter, et d’avoir aussi plus confiance dans ce que les personnes ont partagé aux autres. Lorsque mon descendant de la sixième ou septième génération à venir tombera sur mon 202


Léguer par soi-même.

visage et m’écoutera parler, il saura que c’est bien moi qui témoigne et non pas une transcription dont on pourrait douter. C’est alors qu’il comprendra la valeur de l’idée, en sachant qu’il pourra lui aussi en faire partie, et que ce qu’il donnera ne sera pas déformé.

Léguer par soi-même. L’outil mobile AllPeople permet de léguer soi-même l’ensemble des éléments numériques simples captables via les outils actuels (smartphones, tablettes, ordinateurs, scanners, etc.). Charge au Donateur d’utiliser à bon escient ces outils et d’en tirer le meilleur parti. Cette possibilité de construire et d’organiser soi-même ses Séquences est une idée relativement récente et date de l’apparition et de la grande diffusion publique des smartphones et autres périphériques à usages personnels. Avec un smartphone on peut vraiment faire beaucoup de choses et construire une bonne 203


 Léguer : un don en confiance !

partie de son legs global et des Séquences le constituant. Avant l’apparition de ces outils personnels ergonomiques, les legs numériques n’étaient possibles qu’avec des outils professionnels ou semi-professionnels et surtout avec une connaissance approfondie des techniques de numérisation, des formats et des méthodes permettant de manipuler les médias numériques. Prendre une photo numérique de soimême (mettre un pied, positionner la zone de photographie, prendre la photo, extraire la carte mémoire, la mettre dans un ordinateur, extraire le fichier, le transformer dans un format manipulable et exploitable, la trier, la nommer, etc.) était une vraie difficulté et rendait AllPeople inaccessible pour le plus grand nombre et encore plus à utiliser seul. Depuis le milieu des années 2000, les smartphones ont envahi nos vies et rendent possible l’auto-capitalisation des legs. Le donateur est donc devenu la personne la plus à même d’utiliser l’application AllPeople 204


Léguer par soi-même.

pour léguer. Cela signifie qu’il faut qu’elle soit formée, ou que l’application soit si simple qu’elle ne nécessite quasiment pas de temps d’apprentissage. Il existe de très nombreuses applications dans ce cas, et c’est évidemment un objectif fort du projet AllPeople. On peut se poser la question aussi du sens qu’il y a à léguer soi-même des contenus sur sa propre vie, ses propres expériences. C’est là que l’explication du projet aux personnes et que la prise de recul du donateur prend son sens. On ne peut léguer que si l’on comprend qu’il y a une fin, soi-même, et donc qu’on a passé la crise de milieu de vie ; ou encore qu’on a vécu, ou qu’on est en train de vivre, une situation particulière qui nous rapproche de la mort. Comprendre que nous avons une fin, pour moi, c’est aussi comprendre que tout ce que l’on a été va disparaître et que ce que nous n’avons pas écrit ou transmis va aussi disparaître. Après nous, il ne restera que quelques souvenirs, dans quelques têtes, sauf si on 205


 Léguer : un don en confiance !

laisse derrière nous quelque chose de matériel ou de numérique. Cette compréhension intime peut/doit donner du sens à l’usage de AllPeople par soi-même. C’est aussi une course contre la montre, contre la fin. Mais c’est aussi une réflexion intime. Faut-il donner cet élément, ou puis-je mieux le préciser ? Est-ce vraiment un bon conseil ? Suis-je fier de ce que j’ai fait, vraiment, ou ai-je eu de la chance ? Beaucoup de réflexions sont nécessaires avant de léguer un contenu. Imaginez que vous léguiez un fouillis de documents et d’histoires sans queue ni tête. Est-ce cela que vous souhaiteriez que l’on retienne de vous ? Bref, vous êtes libres, mais pour autant, vous devez réfléchir à ce que vous faites. Vous devez prendre en compte la censure légale car vous êtes responsables de ce que vous léguez, de votre vivant.

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Utiliser de l’aide pour léguer

Utiliser de l’aide pour léguer Comme il est écrit auparavant, léguer par soi-même était inenvisageable à la naissance de l’idée. Du coup, une aide intergénérationnelle était envisagée pour que les personnes âgées puissent être assistées et déposer leurs legs. Le fait que chacun puisse faire ce qu’il veut avec son smartphone et enregistrer pratiquement tous les contenus numériques possibles n’empêche pas que se faire aider soit possible, voire enrichissant. Il est plus facile de parler à un humain qu’à un terminal mobile d’enregistrement. Il est aussi plus motivant de le faire. Un fils, une petite-fille, sont normalement des personnes de confiance auxquelles il est normal de se confier. De plus, enregistrer un legs au moment de ses confidences n’empêche pas la transmission directe, elle la complète. Il faut toutefois utiliser l’application AllPeople de manière qu’elle ne se mette pas en travers de la relation humaine de 207


 Léguer : un don en confiance !

proximité. Un mode spécial sera développé dans AllPeople pour faciliter le legs de contenus durant une conversation avec un proche. On peut penser aussi à l’équivalent pour ce qui serait de se faire filmer. Ce mode spécial est la délégation de captation de contenu à une tierce personne utilisant aussi l’application AllPeople. Pour les autres legs de contenus numériques (scans, enregistrements audio, photos, etc.) il suffit que l’assistant utilise l’application de manière simple avec la personne, en son nom. Ce rôle d’assistant intégré dans l’application AllPeople permet à une personne de déléguer la possibilité d’une captation à une autre personne. Il devient possible de confier à ses enfants la lourde tâche de scanner toutes les photos de famille et de laisser ensuite au donateur la possibilité de trier et de ne laisser que ce qu’il souhaitera laisser. Chacun peut ainsi se faire aider en famille. 208


Autres manières de léguer

Des familles entières pourront se mobiliser pour capter ce qu’elles souhaiteront au nom d’une ou d’un patriarche familial et lui donner la possibilité d’organiser ses legs. Attention toutefois à ne pas faire « à la place » de la personne et de bien respecter sa capacité à choisir ce qu’elle souhaite léguer en son nom. Aucune autre personne que le donateur lui-même ne sait ce qu’il souhaite léguer. Toute tentative d’appropriation ou d’influence ne peut qu’être jugement et fausser la véracité du legs.

Autres manières de léguer Il y aura certainement de la créativité dans la manière de léguer. Organisation de jeux, encouragements collectifs, gamification de la production de legs, etc. Il faut rester fidèle aux principes et aux valeurs. 209


 Léguer : un don en confiance !

Les histoires de Roger, d’Étienne, de Marguerite ou Georgette sont autant de vues sur un futur ou des gardiens AllPeople auront la capacité d’aider des anciens à léguer ce qu’ils souhaiteront. Ces gardiens seront formés à écouter sans juger. Ils sauront récupérer, trier et rassembler les legs des personnes, sans les déformer, et selon leurs volontés.

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Le financement S’il y a bien un problème lié au projet AllPeople, c’est le financement. AllPeople est à l’origine un projet caritatif : le legs public et la navigation au sein des legs publics sont gratuits. Le contraire ne différencierait pas le projet d’un simple support à mettre des biographies pour les gens qui ont les moyens. L’objectif est d’en faire un service social accessible à tous, sans distinction. Du coup, le financement n’est pas évident à trouver. De surcroît, le concept d’argent associé à l’idée AllPeople est un problème en soi. Depuis l’origine de l’idée, le financement a 211


 Le financement

représenté un blocage car le projet paraissait ambitieux et non finançable. J’espérais que l’idée étant forte cela pourrait « naturellement » permettre de financer le projet. Il s’avère que l’attente en ce domaine est nocive et non fructueuse et qu’il faut aborder frontalement le problème : il n’y aura pas de AllPeople sans argent pour démarrer et faire tourner les outils associés. Ce paragraphe évoque donc les différentes sources possibles de financement.

L’amitié (Vécu) S’il y a une raison qui me fera moi-même utiliser AllPeople quand ce projet sera devenu une réalité pour tous, c’est l’amitié. L’amitié est un concept curieux. C’est un sentiment, mais c’est aussi difficile à décrire. C’est proche de l’amour, mais reste inférieur en priorité et engagement public. 212


L’amitié (Vécu)

Pareil pour la famille qui reste au-dessus en termes de priorité. C’est extrêmement fort, peut arriver d’un coup, peut durer toute une vie, et pourtant rien ne représente l’amitié. Il n’y a pas de règle à l’amitié. Il n’y a pas d’église. Il n’y a pas de livre fondateur, ni de parole divine autour de cela. Tout le monde en parle et a des « amis », des « amis virtuels » aussi. C’est un concept que pourtant tout le monde comprend. Tout le monde base une partie de sa vie dessus. Personnellement, je n’ai que très peu d’amis. Moins que de doigts sur une seule main. Des connaissances oui, j’en ai plein. Lointaines ou proches, intimes ou non. Mais des amis, des amis qui comptent, des amis pour lesquels je pourrais donner une part de moi-même, j’en ai très peu. Qu’est-ce qu’un ami ? Il y a sans doute de très nombreuses définitions. J’essaye alors de m’en créer une à moi, qui corresponde à mon vécu et mes valeurs. 213


 Le financement

Un ami, c’est une personne en laquelle tu décides d’avoir confiance au maximum de ce que tu es capable d’accorder, en réciprocité. Même à un ami je ne pourrai pas tout dire. Mais ce que je dirai, je le dirai avec une confiance totale. Totale dans le sens de refuser de brider cette confiance du fait même que c’est un ami. C’est un peu illogique comme raisonnement : j’ai confiance donc c’est un ami, et c’est un ami alors je lui accorde ma confiance. On comprend vite le caractère circulaire. Le pari qu’on est obligé de faire ! Et l’amitié, est-ce pérenne, pour la vie ? Difficile de le dire alors que je n’en suis qu’au cours de celle-ci. J’ai envie que ce soit pour la vie. J’ai envie d’y croire. De vivre un sentiment absolu sur ce sujet. J’ai un ami, par exemple, qui est loin de moi, géographiquement parlant. Il est loin et il fait ce qu’il veut. Et je ne sais pas toujours quoi. Et j’ai quand même confiance 214


L’amitié (Vécu)

en lui. Il y a le passé qui l’explique. Les histoires communes ! Et il y a aussi cette envie de donner mon amitié au-delà de la raison, de l’éloignement, de l’ignorance. Dans le parcours « Vivre et aimer », que je recommande aux personnes qui souhaitent approfondir leurs relations de couple, on apprend que l’amour est une décision. La « Décision d’aimer ». Et que si on ne l’a pas décidé, il est difficile à entretenir et va s’étioler au fur et à mesure. L’amour est un petit animal fragile qui nécessite une attention de tous les jours, sans quoi il risque de disparaître. L’amitié c’est un peu cela, mais sans avoir besoin de l’entretenir chaque jour, car l’amitié n’existe que sans dépendance, dans un équilibre de personne à personne. J’ai un ami et je ne lui dois rien ! Voilà une phrase assez juste aussi. Je ne lui dois rien et il ne me doit rien. C’est une condition, peut-être, pour être ami. Du coup, peut-on se rendre service ? Je crois que oui, mais 215


 Le financement

sans contrepartie, sans mesurer ni compter, dans un esprit de don et de liberté. Encore un acte de confiance. Je donne et mon ami doit savoir que je donne pour ne rien recevoir en retour. J’ai déjà tout : son amitié ! Comment découvrir et vivre une telle amitié ? Comment la reconnaître ? Comment savoir si elle existe toujours ? Comment ne pas douter ? Il n’y a pas de réponse simple à ces questions. Mais ce qui m’amène à parler de cela c’est que l’amitié est typiquement quelque chose qui ne dure pas au-delà de la mort, de l’un comme de l’autre. Aucun état, aucune structure, ne propose de garder témoignage officiel d’une telle relation. Et pourtant, parfois, elle a été plus importante que beaucoup de choses dans la vie passée. On sait retrouver des érudits qui exposent leurs correspondances d’amitiés, et qui nous permettent de comprendre la relation qu’ils avaient entre eux. 216


L’amitié (Vécu)

Mais alors, faut-il être un écrivain pour exposer son amitié, alors que le pire des imbéciles a toute sa famille décrite sur sa tombe et dans les registres ? J’y vois un manque, une injustice, une incompréhension d’une partie de la nature de l’humanité. AllPeople pourra peut-être résoudre une partie du problème. Il sera possible d’exprimer que telle personne a été son ami, depuis longtemps et les valeurs qui étaient partagées. Peut-être aussi de décrire une autre définition de l’amitié. Peut-être d’exposer au grand jour les relations vraies, ni d’amour, ni de famille, qui ont conduit à la vie que l’on a menée. J’espère que AllPeople le permettra pour remettre l’amitié au cœur de la pensée et de la préoccupation des hommes et des femmes, dans la mémoire de l’humanité. Et je remercie mon meilleur ami, qui se reconnaîtra !

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 Le financement

La partie privée du projet La partie caritative du projet concerne tout ce qui est public, legs comme navigation. Du coup, il est éthiquement possible, en respectant ce principe, de créer une partie privative du projet, laquelle pourra ne pas être gratuite et donc financer en partie le projet. On peut imaginer une facturation intégrée à l’outil, mensuelle, et qui ouvre la possibilité aux utilisateurs donateurs de dédier leurs legs à des personnes déterminées. Dans ce cas, les personnes cibles en question doivent aussi être des utilisateurs. Il sera aussi possible de gérer des populations distinctes vers lesquelles envoyer des legs. Ces informations devront être stockées au sein de la Séquence, dans le cas où celle-ci est celle d’un legs privatif. Les utilisateurs cibles de legs privés ont aussi à payer l’abonnement. Et, bien sûr, ils peuvent naviguer et léguer sur la partie gratuite et publique. Les legs privés sont 218


La partie privée du projet

identifiés clairement et facilement reconnaissables à travers la navigation. Seules les personnes qui veulent léguer ou qui reçoivent de manières privatives devraient alors payer. Et si la personne ne paye plus, ses legs disparaissent-ils de la partie navigation des personnes cibles des legs ? Une chose est certaine : les legs privés ne seront pas effacés. Ils seront conservés par AllPeople, et archivés, même si le donateur associé ne paye plus. Plusieurs cas se posent alors : ➢ Lorsqu’on ne sait pas si le donateur est vivant, mais qu’il ne paye plus. Il est nécessaire de savoir s’il est vivant ou décédé avant de décider ce qu’il convient de faire avec ses legs privés. Les organismes d’état associés pourront être consultés. Des indicateurs de présence sur l’applicatif AllPeople aussi – cas où le donateur continue d’utiliser la partie publique gratuite du produit. 219


 Le financement

➢ Lorsque le donateur est vivant, mais ne paye plus l’abonnement AllPeople. Il convient alors de lui expliquer que ses legs privés sont bien sûr conservés, mais qu’il ne peut plus y accéder, ni les modifier, ni en rajouter et qu’ils ne sont plus disponibles pour la navigation des personnes cibles de sa partie privative. S’il reprend son abonnement, les menus lui permettront à nouveau d’accéder aux legs et la navigation permettra aux cibles d’utilisateurs d’y accéder. ➢ Lorsque le donateur décède et, dans ce cas, n’est plus en capacité de payer. Premier cas : ses legs qui ont été identifiés comme passant dans le public suite au décès du donateur. Ceux-là rejoignent la partie publique. Deuxième cas : ses legs n’ont pas été identifiés comme devant passer en mode public. Dans ce deuxième cas, si le donateur a désigné un « héritier » au sens AllPeople, pour ses legs privés, alors ils rejoignent la partie 220


La partie privée du projet

privée de l’utilisateur désigné. Ce sera donc à lui de gérer, comme un donateur vivant, les legs privés qui lui auront été attribués. Si, cas le pire, le Donateur n’a donné aucune consigne, les legs privés deviennent alors sans gestionnaires. La question de ce qu’on en fait, hormis déjà les préserver car c’est le devoir de AllPeople, reste à creuser. Combien de temps les donateurs doivent payer pour réaliser des legs privés ? Selon les principes écrits ci-dessus : tant qu’ils souhaitent que ceux-ci soient accessibles par eux et publiés vers les navigations des utilisateurs cibles. Du coup, il n’y a pas de limite de principe à la durée de paiement du donateur, si ce n’est son décès. Tout dépend après du coût à payer par le donateur. Il me vient à l’esprit que le coût à payer pourrait être très simplement calculable. Par exemple, 1 € par mois et par donateur, soit 12 € par an. 221


 Le financement

Ce n’est pas élevé en France. Cependant il faut aussi reconnaître que dans d’autres pays, 12 € peuvent représenter beaucoup plus. Il convient donc d’adapter la facturation au pays. Si on reprend un principe de juste répartition entre les coûts du service et les revenus des personnes, il pourrait aussi être pensable d’adapter le coût aux revenus, ou à l’âge des personnes. Les personnes cochent « OK » si 1 € par mois leur convient, sinon, elles tombent sur un menu et peuvent choisir un prix entre 10 centimes et 90 centimes au choix selon leurs revenus. En mode « Donativo » ou « Je paye selon ce que je pense pouvoir ou devoir payer », avec une limite à la baisse pour que le revenu de AllPeople ne descende jamais en dessous de 1 € par personne et par an – au maximum 12 € par an. Selon les pays, on pourrait se baser sur le même principe, avec 1 par mois, de la monnaie locale. 222


Le mécénat

Et là, on comprend que le modèle ne suffira pas à financer la totalité de AllPeople. En particulier au démarrage. Il faut donc un apport de fonds supplémentaire au départ, même si au final ce mode de financement est récurrent et me semble plutôt acceptable, y compris pour les revenus les moins élevés.

Le mécénat Cette source de financement est à creuser et il devrait être possible de trouver des personnes et/ou des associations ou fondations qui soient intéressées pour investir dans AllPeople parce qu’elles croient au projet. Il faut trouver les bons cercles et les bonnes personnes pour développer cette idée. Puis il faut préparer une présentation, un pitch volontaire et emballant qui permette de porter l’idée et de donner envie d’investir. Enfin, il faut centraliser les contacts, prendre les rendez-vous et y aller : il faut agir ! 223


 Le financement

Que va devenir la relation avec les mécènes une fois leur investissement donné ? Tout d’abord, je propose que les candidats mécènes puissent lire le présent ouvrage, de manière à vérifier leur adéquation avec les valeurs du projet. Il ne s’agira pas de rentrer dans une négociation des principes avec eux. L’idée doit rester la plus simple, complète et pure possible, indépendamment des sources de financement. L’argent des mécènes ne leur donne pas le droit de toucher aux fondamentaux du projet AllPeople ! Cela aussi c’est un principe. Pour autant, ces mécènes croient en le projet et y participent. Ils ont le droit d’être au courant des avancées et des progrès réalisés. Et nous, créateurs du projet et chevilles ouvrières de sa réalisation, devons entretenir une relation avec les personnes qui nous permettent de le réaliser. Cette relation d’indépendance et de partage consenti est à travailler pour qu’elle ne devienne pas une contrainte, 224


Le Crowdfunding

mais aussi pour qu’elle ne frustre pas, ni ne décourage, des contacts de mécènes potentiels ou d’autres investisseurs donateurs. ➢ Indépendance vs respect ➢ Liberté vs engagement ➢ Principes vs partage Ces notions ne doivent pas s’opposer, mais davantage cohabiter. Comment réunir les personnes qui croient en ce projet ? Comment recueillir les bonnes idées sans cliver ni décourager les initiatives ? Nous devons rester ouverts tout en protégeant les valeurs et rester ferme tout en examinant l’ensemble des idées pour en tirer le meilleur.

Le Crowdfunding Cette piste est assez vraisemblable aussi et pourrait donner de bons résultats. C’est une piste à creuser avec la réalisation d’un pitch 225


 Le financement

attirant et l’idée seule devrait convaincre. De la même façon, les bonnes personnes qui connaissent déjà le sujet devraient pouvoir le présenter synthétiquement assez facilement. Là aussi il faudra rester ferme dans les principes et les valeurs. L’écriture du présent ouvrage est une base nécessaire pour poser ces principes. Le crowdfunding n’est pas comme le mécénat et n’engendre pas la nécessité d’un retour obligatoire individuel vers l’ensemble des personnes qui ont participé. En revanche, il faudra à coup sûr communiquer sur les avancées et un fil d’actualité lié au projet AllPeople, au fur et à mesure que les réalisations s’enchaînent et que les usages progressent. Il est probable dans ce cas qu’une traduction en anglais sera nécessaire – tout comme ce livre – et qu’un effort devra être systématiquement fait dans les deux langues – français et anglais donc. Cet effort devra aussi être fait dans les communications autour du projet. 226


L’exploitation des données

L’exploitation des données AllPeople est une association à but caritatif, son objectif n’est donc pas de faire du profit et de dégager résultats et dividendes. Cependant, des entreprises devront se greffer sous le chapeau AllPeople – une société de la fondation AllPeople – et exploiter les données de manière à générer des revenus. Ces sociétés reverseront alors à AllPeople un pourcentage de leurs revenus à titre de participation. Il y a plusieurs idées en cours de construction qui devraient à la fois être rentables et permettre de financer le projet et qui sont décrites auparavant. Le problème de dépendance est à peu près le même que pour le mécénat. Il s’agit de trouver un équilibre entre la participation financière de l’entreprise et l’influence que celle-ci pourrait avoir sur AllPeople. Les principes AllPeople doivent être protégés à tout prix, il est en revanche envisageable que les entreprises puissent ajouter 227


 Le financement

des fonctionnalités dans l’outil de AllPeople liées à leurs objectifs, si ceux-ci ne dénaturent pas la mission principale. Ces partenariats devront être validés par le bureau de l’association AllPeople et par une réunion validant une compatibilité entre l’entreprise partenaire et les valeurs de AllPeople. Un contrat, spécifique à ces accords, reste à construire afin d’entériner les accords passés entre une entreprise partenaire et AllPeople. Les entreprises « filles » évoquées plus tôt dans cet ouvrage sont des exemples de partenariats potentiels.

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Un projet : un engagement Durant toutes ces années de réflexion, j’ai fait des essais, des tentatives avortées. J’ai rédigé des cahiers des charges. Je les ai proposés à des associations, des entreprises. J’ai même un business plan, mais avec trop peu de rentabilité pour que cela puisse avancer. J’ai hésité entre avancer et réfléchir encore un peu plus. Je n’ai pas pris le taureau par les cornes. Je n’ai pas démontré suffisamment la valeur du projet pour qu’elle soit reconnue et partagée par d’autres personnes. Il faut que cela change, il faut que cette incapacité à agir cesse. 229


 Un projet : un engagement

AllPeople doit naître, il doit surgir du fond de nous tous pour préserver ce que nous souhaitons donner aux autres. Il est temps.

La vie des animaux (Sagesse) Si vous êtes un salarié, alors vous êtes une vache. Une vache peut sembler heureuse, elle broute dans le pré dans lequel l’a conduit son fermier. Ce pré est entouré de clôtures, elle n’est pas libre, mais elle a beaucoup à brouter et ne manque pas d’ombre non plus. Elle peut se nourrir et paresser tout à son aise. Lorsque la vache est malade, ou fatiguée, le fermier la ramène à l’étable. Il fait venir le vétérinaire qui la soigne et tout redevient comme avant. Elle peut ensuite continuer de brouter et de faire prospérer le fermier. Tous les jours elle lui donne du lait. De même, lorsque le temps est mauvais, orage ou sécheresse, le fermier la met à l’abri pour la protéger et il la nourrit au foin. Elle 230


La vie des animaux (Sagesse)

ne craint pas les fluctuations du marché et les périodes de disette. De temps en temps, le fermier lui présente un sérieux client. Un taureau reproducteur. Il lui fera faire un veau et augmentera encore le profit du fermier. À la fin, la vache ira à l’abattoir et ne tirera pas spécialement avantage de sa vie de labeur consacrée au profit du fermier. Mais elle aura vécu une bonne vie et probablement eu des plaisirs et des passions. Cela représente bien la vie des salariés passée à enrichir leurs patrons. Ils travaillent pour l’entreprise qui les nourrit. Pour ce qui me concerne, j’ai été une vache durant une large majorité de mon temps de carrière. Lorsque vous passez à un statut d’entrepreneur individuel, ou autrement dit d’ « indépendant », vous ne changez pas seulement de travail, vous changez en profondeur. Vous évoluez dans la grande chaîne alimentaire des animaux. 231


 Un projet : un engagement

De vache, au profit d’un fermier, vous passez à coyote. Le coyote ne travaille pour aucun fermier. De temps en temps, il profite de l’exploitation d’un fermier pour récupérer des proies mais globalement il chasse seul. Sa famille dépend de lui, il doit l’abriter et la nourrir. Sa responsabilité est difficile à porter car elle repose sur lui seul. Ils sont tous dans un terrier bien profond dans la forêt, et le coyote sort pour chasser et ramener de quoi manger. Le problème c’est qu’il peut pleuvoir ou que la forêt peut brûler – le marché du travail devient difficile –, il se peut aussi que le lion rôde dans la forêt – gros concurrent. Il se pourrait aussi que le coyote tombe malade, qu’il soit fatigué, mais curieusement il faut vraiment que le coyote soit presque mort pour qu’il n’aille pas chasser pour sa famille, car s’il n’y va pas, c’est la disette pour tous. Du coup, le coyote est très rarement malade et jamais fatigué. 232


La vie des animaux (Sagesse)

C’est une vie difficile que celle du coyote, mais il est libre : pas de fermier, pas de barrière ; vous pouvez travailler comme vous voulez, où vous voulez. Après, de coyote il devient possible de passer lion, c’est-à-dire patron d’une petite entreprise. Votre situation s’améliore. Globalement les lionnes chassent pour vous et vous vous reposez sous un arbre. Vous les regardez faire et de temps en temps un rugissement bien appliqué remet tout le monde en ordre. Quand il faut planter vos crocs dans un rhinocéros – un gros client –, vous vous mettez même à apprécier de vous être déplacé. L’entreprise tourne et fait des petits, elle progresse. Pour autant, vous n’êtes pas le vrai roi de la savane, votre nom n’est pas en haut des tours de la Défense. Pour cela, il vous faut devenir éléphant. 233


 Un projet : un engagement

C’est lui le vrai roi de la savane. Il trône sur l’ensemble des animaux du pays, rien ne semble pouvoir l’atteindre. Mais, malheureusement, je ne peux pas vous raconter encore cette histoire, n’ayant jamais atteint le statut d’éléphant.

Il ne faut pas être une vache pour créer AllPeople. Aucun fermier n’a encore eu l’idée de faire une ferme pour héberger la mémoire de l’humanité. Un coyote seul ne le peut pas non plus. Il faut démarrer comme un petit lion, directement, en sachant que si l’idée prend, le lion devra pouvoir se transformer rapidement en éléphant. C’est clairement une mutation pour moimême et pour certaines des personnes qui connaissent l’idée AllPeople et qui auraient envie de la créer, puis d’y participer.

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Différentes manières de travailler

Différentes manières de travailler Lorsqu’on démarre dans la vie, dans notre France, nous recevons un discours bien rodé : « Apprends, fait des études, et tu auras un travail. Plus tu réussiras tes études, et plus ton travail a des chances de correspondre à ce que tu voulais et te rapportera de l’argent, te permettant de vivre confortablement. » Ce discours commun est répété sans cesse tout au long des études de chacun et sert aussi de mantra de motivation. « Travaille pour réussir », « Si tu as de bonnes notes, tu auras un bon métier », etc. Il peut aussi être mis en contraposée et servir à motiver par le bâton : « Si tu ne travailles pas, alors tu n’auras pas de métier… », ou encore « Tu dois avoir de bonnes notes, je ne veux pas t’entretenir toute ma vie », etc. Et puis les études se terminent et tu te retrouves sur le marché du travail. Et c’est là

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 Un projet : un engagement

que ma petite histoire sur la vie des animaux prend son sens. Les trois manières de travailler sont, couramment, les suivantes. ➢ Être salarié : à plein temps ou temps partiel. ➢ Avoir son autoentreprise : être indépendant, en profession libérale. ➢ Avoir une entreprise à soi, porteuse de son activité avec éventuellement des salariés – on distinguera les petites et moyennes entreprises (PME) des grandes entreprises, groupes ou multinationales. Mon propos n’est pas, ici, de vous dissuader de travailler en vous disant que de « travailler pour de l’argent vous rend moins libre qu’avoir de l’argent qui travaille pour vous », mais plutôt de vous donner une métaphore relative aux trois façons de travailler. Pour ce qui me concerne, j’ai été élevé pour appartenir à la première catégorie. J’ai toujours travaillé dur, pour gagner ma vie. Sans 236


On ne peut pas faire seul

adhérer directement à une doctrine bénédictine : « Travailler, c’est prier », je me suis plié et astreint à une rigueur monacale et un engagement total vis-à-vis de mes employeurs. En voyant les réussites des uns et des autres, et par goût du défi et de l’inconnu, j’ai expérimenté la deuxième catégorie des indépendants, pendant plusieurs années. Pour que AllPeople se lance et serve l’humanité, je dois maintenant muter en lion rassembleur, concentrateur des énergies, des idées, des bonnes volontés, sans perdre de vue les bases du projet.

On ne peut pas faire seul J’ai décidé de partager l’idée première de AllPeople avec des personnes intelligentes, en qui j’ai confiance. À la fois cette idée vient de moi et, à la fois, elle appartient à tous. Pourquoi aurais-je l’exclusivité de porter la mémoire de l’humanité ? 237


 Un projet : un engagement

Comme cela a été évoqué, ce ne peut être qu’un projet collectif. Un seul homme, dans son garage, ne peut pas réaliser un projet de cette ampleur. Il lui faut un réseau, de la ressource, des sponsors, des idées aussi, tous les éléments qui feront de cette idée un succès et qui dépassent largement un seul individu. C’est aussi pourquoi j’ai décidé ce partage. Et les personnes qui sont maintenant au courant sont les bonnes personnes. Ces personnes sont porteuses de l’idée, au-delà de moi seul, et sauront la réaliser, en être garant et la finaliser si je n’arrive pas à tout réaliser – même avec eux. C’est aussi un legs, d’une certaine manière. Comment ai-je choisi ces personnes ? Pour la plupart, ce sont des personnes connues de longue date, avec des valeurs fortes. Ce sont des personnes dont j’ai moimême l’expérience de leur sincérité et de leur intelligence. Certains sont arrivés récemment dans ma vie. Et donc il y a une hétérogénéité dans le 238


On ne peut pas faire seul

processus. Il n’y a pas de durée minimale, ni de passage obligé. Il y a du feeling. De l’intuition dans ma démarche. Je peux me tromper. Il se peut que certains ne soient pas à l’image de ce que j’espérais et qu’ils se servent de l’idée à leurs profits ou déforment l’idée liée à AllPeople. Je prends le risque car sinon je devrai rester toujours seul et figer complètement ce projet qui est nécessaire à tous. Je ne pense pas qu’hésiter ou faire signer un pacte de sang soit plus utile. Si une personne de ce groupe décide de partir seule dans une direction parallèle au projet, elle le fera avec, ou sans, son sang posé sur une promesse. La parole est encore l’engagement le plus important. Et lorsqu’il n’y a même pas d’engagement, quand il n’y a pas besoin de parole, on touche à la bienveillance de l’âme. Il y a dans ce groupe, des personnes – probablement toutes – de grandes valeurs, d’esprit 239


 Un projet : un engagement

et d’âme, auxquelles j’accorde une confiance totale, au risque de perdre une partie de moi. Ceux qui trahissent, qui rompent des serments (prononcés ou non) ne sont pas parmi nous.

Plein de ressources Du coup, nous voilà plusieurs, bien plus que moi tout seul. Avec des mains et des pieds, des bouches et des oreilles. Avec des esprits, ensembles, orientés durablement dans une direction commune. Comment chacun peut-il aborder cette aventure ? Comment chacun peut-il apporter le meilleur de lui-même au projet ? C’est là mon travail et, je l’espère, une partie de mes compétences. Chacun va être mis en posture de pouvoir aider en contribuant au projet. Je devrai alors trier, tirer et pousser, pour que les 240


Comment démarrer ?

forces soient utiles. Et pour cela aussi j’aurai besoin d’aide. Il y a dans ce panel de personnes, des jeunes et des moins jeunes. Des personnes qui démarrent dans la vie active et des personnes qui sont à la retraite, des créateurs d’entreprise et des salariés. Ce petit noyau doit être encore enrichi. Il va créer un cadre dans lequel d’autres pourront se placer et avancer sur le projet et contribuer avec nous. C’est pour cela que j’ai écrit ce manifeste qui porte l’idée, les principes et les valeurs portées par le projet AllPeople.

Comment démarrer ? Pour son lancement, plusieurs éléments sont nécessaires : Un cadre global pour AllPeople, une association loi 1901 par exemple, puis une 241


 Un projet : un engagement

fondation – au bout de trois années de fonctionnement. L’association est créée depuis septembre 2020 : j’ai sauté le pas. Il faut des entreprises « partenaires » qui fourniront à AllPeople les services nécessaires pour fonctionner. Ces entreprises et fournisseurs devront être financés pour tout ou partie par AllPeople. Il s’agit d’étudier le business case permettant de les financer. Il y aura des filiales qui seront associées à AllPeople à travers des services qu’elles proposeront aux abonnés AllPeople. Par exemple, l’entreprise (APR) qui produira les étiquettes de QR codes (reconnus de AllPeople sur smartphones) pour rattacher les témoignages à la réalité. Ces entreprises apporteront des ressources à AllPeople en provenance de leurs bénéfices (les pourcentages seront à déterminer par entreprise, en fonction des services rendus aux abonnés). 242


Comment démarrer ?

Cet écosystème reste à construire et il est fondamental pour démarrer (en particulier les entreprises partenaires). Exemple de services nécessaires en provenance d’entreprises partenaires : ➢ Hébergement des données ➢ Hébergement des frontaux de site ➢ Hébergement des applicatifs ➢ Sauvegarde des données ➢ Services juridiques/contentieux ➢ Services de support (N0-3) ➢ Services d’édition ➢ Services comptables ➢ Développement des sites ➢ Développement autour des données ➢ etc. Les exemples d’entreprises partenaires nécessaires sont nombreux et devront être listés afin de figer des partenariats pour les années à venir. On ne pourra s’appuyer que sur le bon vouloir et la bonne volonté des membres de l’association, il va falloir trouver un équilibre 243


 Un projet : un engagement

économique dans lequel tout le monde trouve son compte. Le Business Plan AllPeople est donc un objectif à court terme nécessaire. Entrées : mécènes, abonnements, entreprises filles. Sorties : entreprises partenaires. Je m’y attelle dès la parution de ce livre.

AllPeople a besoin de vous On a besoin de vos motivations, de vos idées, de vos forces de travail, des moyens que vous pourrez apporter comme des participations bénévoles au projet. C’est un grand projet caritatif avec une ambition relativement illimitée : se priver de l’apport de quiconque serait une faute. C’est aussi porteur de sens, et si vous partagez cette envie de participer, d’exister, d’aider et de servir, alors venez et nous vous ouvrirons les bras. 244


AllPeople a besoin de vous

Nous vous aiderons à déterminer comment votre contribution pourra participer du succès du projet. C’est sans doute un pan entier d’activité de AllPeople que de recevoir ces aides et de les organiser. Il est possible de concevoir une intégration structurée dans le projet, basée sur les envies et la capacité de chacun. Tenter de ne pas frustrer ni décevoir les futurs participants qui ont tant à donner est un objectif aussi du projet AllPeople.

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Comment faire adhérer ä AllPeople L’humanité a vécu pendant des millénaires sans avoir AllPeople. Ce n’est donc pas un besoin vital pour les hommes. De la même façon, c’est un projet qui se veut large et d’accès universel : il n’est pas destiné à quelques-uns mais à tous, et à tous ceux qui auront envie de partager. Pour faire adhérer vos amis, vos voisins, mais surtout les personnes que vous connaissez et qui en ont le plus besoin, il faut avoir en tête les valeurs essentielles du projet qui sont expliquées dans cet ouvrage. 247


 Comment faire adhérer à AllPeople

Ces Valeurs sont faciles à expliquer, elles ne mentent pas et le projet parviendra (c’est mon engagement) à les faire respecter tout au long de la mise en place et surtout après, quand AllPeople sera disponible pour tous.

Un bide intégral (Vécu) Il y a quelques années, plus de dix ans pour être plus précis, j’étais allé présenter le concept, les valeurs et les principes à une association de ma ville dont l’objectif était de faciliter l’accès à l’informatique aux personnes âgées et en particulier à ceux qui en avaient peur ou avaient développé une sorte de technophobie. L’accueil n’aurait pas pu être plus froid. Les personnes qui étaient présentes, au moins 70 % des membres, soit une trentaine de personnes, étaient âgées elles aussi. Elles savaient expliquer les rudiments de la suite Office de Microsoft et connecter des PC au réseau local de la Box. Mais elles 248


Un bide intégral (Vécu)

n’avaient pas plus de compétences techniques et nul besoin de les approfondir. Leur réaction collective a été de dire que personne n’avait envie de parler de soi, de décrire sa vie ou ses expériences. Pour eux il n’y avait aucun intérêt à léguer, ni pour soi, ni pour les éventuelles personnes qui en prendraient connaissance. Un bide absolu : une compréhension absolument nulle du sujet et de son ambition. Et pourquoi ? Ces personnes n’avaient, pour la très grande majorité, par d’activité sur Internet, ne connaissaient pas les réseaux sociaux, ne chattaient pas, ne discordaient pas, etc. Et du coup, toute la révolution des pratiques et des attitudes vis-à-vis de l’espace communicationnel d’Internet n’étaient pas arrivées jusqu’à eux. Je n’avais pas insisté plus. Je m’étais rendu compte qu’il était peut-être encore un peu tôt pour amener AllPeople à ces personnes. Une excuse de plus pour ne pas avancer ! 249


 Comment faire adhérer à AllPeople

Présenter le concept Vous qui êtes convaincus, comme moi, de l’intérêt du projet et qui souhaitez participer, vous aurez sans doute l’occasion d’expliquer le concept à beaucoup et de le promouvoir. Je mettrai en ligne sur le site de l’association qui a été créée des supports, en français et en anglais, qui permettront de porter le message sans le dénaturer. Éventuellement, des vidéos seront conçues pour expliquer AllPeople de manière ludique. Des plaquettes et des planches de présentation seront préparées pour présenter le concept en une ou deux pages. Ce livre est aussi là pour vous aider à passer le message. Il contient l’essentiel des principes et valeurs absolument nécessaires au projet pour ne pas dériver dans le temps et qui feront la différence avec les projets d’exploitation et de marchandisation de la production des hommes et des femmes d’aujourd’hui et de demain. 250


Les différenciants !

Les différenciants ! Voici ce qui différencie AllPeople des autres projets existants. ➢ Les principes et les valeurs : lesquelles sont expliqués dans ce manifeste ➢ Le côté universel et gratuit : associé à un service public ➢ L’utopie portée par le projet AllPeople : sa pérennité d’apport de valeur dans le temps ➢ La beauté du geste : que ce soit celui de donner, d’aider aux legs ou d’explorer en naviguant, ce qui aura été posé ➢ L’écosystème technique de 2020 est maintenant adapté et cohérent avec les besoins du projet AllPeople. 251


 Comment faire adhérer à AllPeople

Je veux participer : où aller ? Un mail : contact@allpeople.me Un site : www.allpeople.me Une association : AllPeople (AP) Un livre : eh bien vous l’avez entre les mains, vous savez où le trouver ! Et bientôt : une application pour PC (Windows), pour Smartphones (IOS et Android), multilingue, ergonomique, disponible pour tous ! Des liens sur les réseaux sociaux ! Et d’autres manières de suivre ce projet.

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Glossaire AllPeople : (AP) association (loi 1901) à but non lucratif dont l’objectif est de permettre aux personnes ayant passé leur crise de milieu de vie (des personnes qui sont conscientes de leurs morts à venir et que leurs blessures ne guériront peut-être pas) de léguer des contenus numériques (Séquences) de manière durable et d’en rendre possible l’accès à l’ensemble de l’humanité. Patrick Eymard : Jeune informaticien, né en 1968 et apporteur de l’idée AllPeople depuis l’année 1988. Conscient de l’urgence de ne plus perdre infiniment les savoirs et les legs potentiels, il décide en 2020 de lancer le projet et de publier son manifeste. L’association AllPeople est alors créée et 253


 Glossaire

l’ensemble des besoins et outils nécessaires suivront. C’est parti ! Principe : les principes de AllPeople sont des règles à ne pas violer afin de préserver l’idée originale et ne pas dénaturer les aspects universels et caritatifs du projet. Le respect des principes est la condition fondamentale pour qu’une société puisse travailler avec les données de AllPeople. Les huit principes essentiels à respecter : gratuité des legs publics, refus de l’anonymat, universalité du legs, absence de jugement, respect de la censure légale, ergonomie et simplicité, propriété responsable, intégrité des legs. Valeurs : ce sont les valeurs portées par l’association AllPeople et les sociétés tierces qui rendent possible le projet. Ce sont les guides spirituels des membres et des collègues qui partagent l’idée et la volonté de servir l’humanité. Les six valeurs portées par le projet AllPeople : partage, humanité, audace, sérénité, éternité et espérance.

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En résumé AllPeople est un projet. Le projet de donner à tout un chacun la possibilité de léguer au reste de l’humanité les contenus numériques qu’ils souhaitent léguer. Puis la possibilité de naviguer à l’intérieur de ces contenus. C’est un projet caritatif, avec l’espoir de devenir un service social accessible à tous. Le don et la navigation dans les legs collectifs doivent être gratuits. Les legs doivent rester accessibles à tous sans limite de temps et représentent la matière la plus précieuse du projet. Ils doivent être respectés sans être jugés, ne doivent pas être déformés, coupés ou altérés d’une quelconque manière, ils ne sont pas anonymes. Tout le monde peut léguer à AllPeople. Tant que le donateur est vivant il est responsable 255


 En résumé

du contenu de son legs. Ensuite, AllPeople devient propriétaire des legs publics et devra respecter les contraintes légales de chaque pays pour leur diffusion. L’application AllPeople est la plus simple et la plus ergonomique possible, de manière à rendre son accès universel. Quand AllPeople sera devenu un service public, tout le monde pourra léguer quelque chose indépendamment de son statut social. Cette volonté naturelle de transmission sera alors parachevée par la possibilité donnée à tous de naviguer librement dans les legs. Il est temps de donner à l’humanité la possibilité de conserver les petites parts de voyages et d’enseignements de chacun d’entre nous, à travers le temps. AllPeople  : Rendre réelle et accessible l’utopie d’une mémoire collective dont le contenu est inaltérable. Patrick Eymard contact@allpeople.me 256


Remerciements Je tiens d’abord à remercier les nombreuses personnes qui m’ont écouté durant les 32 dernières années et qui sont restées positives malgré l’absence d’avancement. Je tiens aussi à remercier mon épouse Nathalie qui me soutient toujours (pas simple) et mes quatre enfants, Kim, Florent, Arthur et Antoine (et leurs compagnons actuels) qui m’aident avec leurs commentaires et leurs critiques bien souvent justifiées. Enfin, les membres du groupe de travail sur le projet m’ont donné la force d’avancer et de franchir ce premier pas, en particulier Thibault (TDC) avec lequel nous avançons ensemble dans la construction du projet. Et je nomme : Angie, Cheikh, Danny, David, Ji-becque, Jean-Marc, Jérôme, Jiashan, Loubnaa, Nicolas, Sandra, Sébastien. 257