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N°7 Mars - Avril 2010 / En supplément de Femmes de Tunisie

Maisons d’architectes l’architecture contemporaine à l’honneur

Harmonies

DESIGN

insolites

lieux emblématiques pour des meubles d’exception

CULTURE

Spécial photo

TENDANCES

Les plus du bain


SommAIRE Tentations 13

Les plus du bain

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Design Actualités

la salle de bain un lieu de détente

tour du monde des nouveaux projets 25

486 Mina el Hosn, Mémorial de Rafik Hariri Arcitecture d’une ville : Beyrouth

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Sur le toit de Zaghouan

chronique d’une architecture contemporaine

Culture : spécial photo 8

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Patricia Triki

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Faten Gaddes

3 works + 6 dialogues

vestiges d’acier 46

Matthieu Gafsou

«Surfaces» prix de la fondation HSBC pour la photographie

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SommAIRE

architectures rencontre avec trois grandes figures de l’architecture contemporaine : Karim Jeddi Gonzales, Aurélia Bouyssonie et Karim Ben Amor. 52

Architecte de la lumière

Entretien avec Karim Jeddi Gonzales 57 Visite de la Villa du docteur A. Visite de la Villa Zargouni Visite de la Villa Jrad 72

L’élégance et le raffinement

Entretien avec Aurélia Bouyssonnie 74 Rénovation de la villa Boccara Intervention dans la Villa du Golf Réaménagement d’un bureau 88

l’Atelier 13

Entretien avec Karim Ben Amor 91 Visite de la maison du Lac

styles 100

Focus

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Harmonies Insolites

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Caresses architecturales

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Sélection MdT

Dans l’imaginaire du peintre Samir Makhlouf

Assemblages d’objets à la basilique Saint Louis

Assemblages d’objets à la villa Sébastian

pour Monoprix Maison 121

Adresses

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Directeur de la publication Hassen Sfar Directeur excécutif Ismail Ben Miled Rédactrice en chef Shasha Atallah Assistante de rédaction Bochra Boukef Conseiller de rédaction Ahmed Zaouche Rubrique Guide objet : Shirine Guiga Directrice artistique Sonia Sfar Karoui Ont collaboré à ce numéro : Ahmed Zaouche et Fériel Lejri

Direction Commerciale Fakhta Hachicha commercial@femmesdetunisie.com

Contributeurs Pol Guillard

Imprimeur Simpact

Pol Guillard est né le 15 mai 1959 à Charleroi en Belgique. Dès 1982, il est photographe free lance à Bruxelles, puis en Italie dans les années 2000. Il collabore avec de nombreux studios et se consacre pleinement au développement de la photo numérique. Il s’installe en Tunisie en 2006 et travaille sur divers projets. Il enseigne également à l’Institut Supérieur des Arts Multimédia ISAMM.

Contact MDT

Emmanuel Lafay

Directeur technique Ben Ziada Abdallah

Immeuble Comète - 1er étage Avenue Hedi Karray Centre urbain nord Tunis, Tunisie t 00 216 71 707 207// f 00 216 71 707 548//

D’origine franco-italienne, Emmanuel Lafay, est né le 10 Août 1980 à Paris. Après des études de physique, il s’adonne tout entier à la photographie qui le passionne et obtient un BTS de photographie. Dès lors il travaille régulièrement pour le compte de l’Agence France Presse et assiste différents photographes, alternant entre mode et publicité. Il développe ses projets photographiques personnels, notamment au cours de voyages qu’il enchaîne d’un hémisphère à l’autre.

directiongenerale@femmesdetunisie.com

Remerciements Caravansérail, Prestige Project, Zina, Comptoir d’Amilcar, DOM, Loft, Kahenart, l’Acropolim de Carthage, le centre culturel de Hammamet, Karim Jeddi Gonzalez, Aurélia Bouyssonnie, Karim Ben Amor et Khaled Kasmi.

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Pol Guillard

Emmanuel Lafay


édito Plaidoyer pour une architecture contemporaine Le paysage architectural de la Tunisie contemporaine est aussi coloré qu’un kilim. Les pastiches fleurissent avec leur lot de buildings coiffés de ganariah, de verres teintés sur fond d’attique romain, une profusion de faux et de collages qui méritent une attention toute particulière. Serait-ce le reflet d’une crise identitaire ? D’une volonté effrénée de restaurer les fastes de l’architecture romaine ou arabo-musulmane ? Les signes extérieurs d’une richesse pécuniaire se trouvent trop souvent sublimés dans une façade. Ce phénomène n’est certes pas nouveau : le bâtiment est le représentant d’une position sociale, il porte en lui le pouvoir et l’influence de son commanditaire. Mais jusqu’où peut-on laisser pareille agression visuelle ? L’architecture contemporaine ne serait-elle qu’un amas de civilisations déchues ? Ce paysage est aussi sous le coup de démolitions intempestives d’un patrimoine architectural riche d’influences et d’une grande qualité. Peut-on parler de rénovation ? Ce mot semble tabou en dehors de l’enceinte de quelques médinas. La pression économique associée à un historicisme flagrant semble dissoudre notre passé et annonce un futur quelque peu déséquilibré. La Tunisie d’après-guerre a vu naître une architecture « moderne tunisienne » qui a pris forme dans l’union des visions modernistes de l’époque et des savoir-faire ancestraux. L’arrivée du béton, les grands projets et une forte volonté de moderniser annoncent une nouvelle ère et rejettent dans son sillage toutes formes de passé.

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Avec les années 90, l’architecture semble s’ouvrir sur une période architecturale trouble : l’arabisation forcée sème dans les façades les signes d’une appartenance superficielle aux cultures qui ont traversé la Tunisie. La façade devient le porte-parole d’une situation architecturale en dérive. L’Histoire nous a maintes fois prouvé que les choses changent, et à la clôture de cette première décennie du 21e siècle, il était temps de donner la parole aux figures montantes de l’architecture en Tunisie. De parler de volumes, de lumière, de matière, de mise en œuvre mais surtout de l’imaginaire de jeunes architectes comme Aurélia Bouyssonnie, Karim Ben Amor ou Karim Jeddi-Gonzalez. Ils se sont déchargés du poids des clichés en bousculant les idées reçues. Leurs réalisations soufflent un vent nouveau. Sans prétention et avec le souci de répondre à des besoins élémentaires, ils conçoivent chacun à sa manière une architecture surprenante et raffinée. Nous suivons leur parcours dans ce nouveau numéro de Maisons de Tunisie, pour que l’architecture de la lumière persiste ! Shasha

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Tentations

BUL

LIGNE ROSET

Luminaire réglable offrant 2 fonctions suivant l’inclinaison du mât : liseuse de hauteur 145 cm (idem dessin ci-dessus) ou lampadaire de hauteur 185 cm (le mât s’incline sur l’arrière grâce à une rotule incorporée dans le socle, entraînant le relèvement de l’abat-jour). Structure en métal peint noir mat, abat-jour coton noir (avec intérieur coloris aluminium) d’un diamètre de 65 cm, équipé d’un variateur à pied. Livré avec une ampoule E 27 150 W. www.ligneroset.fr

Tentations TENDANCES : : design actualités : : ARCHITECTURE D’UNE VILLE : : CHRONIQUE

les plus du bain ROSEAUX LIGNE ROSET

Vase en céramique émaillée blanche et brillante. www.ligneroset.fr

L 10 BOFFI

Conçue par Norbert Wangen, la vasque L10 est taillé dans un bloc de marbre de Carrare, avec une excavation pour accueillir l’eau. Dimensions : h. 65, l. 700, d. 400 mm. www.boffi.com.

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CURULE LIGNE ROSET

Réédition d’une chaise créée au début des années 80 par Pierre Paulin et qui fut exposée en septembre 1983 au musée des Arts décoratif.. www.ligneroset.fr


Tentations

TRAY TABLE

POTENCE

George Nelson, 1949 La Tray Table se caractérise par son élégance sobre et ses éléments de structure filigranés. Grâce à un réglage en hauteur commandé par un mécanisme simple et à son asymétrie, la table peut être disposée directement auprès d’un fauteuil, d’un canapé ou même d’un lit. Ainsi la Tray Table est un meuble qui trouve sa place dans de nombreux scénarios de l’habitat. Collection Vitra Design Museum. www.vitra.com.

Jean Prouvé, 1950 La lampe murale pivotante Potence conçue pour la maison « Tropique » est considérée à juste titre comme le chef-d’œuvre puriste de Jean Prouvé. Ce luminaire fascine notamment par l’utilisation parcimonieuse des matériaux et par ses formes minimalistes.www.vitra.com.

VITRA

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ICELAND BOFFI

Conçue par Pierro Lissoni, la baignoire Iceland est moulée dans un matériau composite nommé Cristalplant. Dimensions : h 450 L 1800 d 900mm. www.boffi.com.

Tentations

VITRA

SLING BOFFI

Chaise longue conçue par David Trubridge. L’ossature est composée d’une série d’arc en teck reliés aux extrémité. Une invitation à la détente en attendant le bain. www.boffi.com.

EAMES STOOL VITRA

SABBIA BOFFI

Conçue par Naoto Fukasawa , la vasque Sabbia est moulée dans un matériau composite nommé Cristalplant. Dimensions : Sol H.900 L.450 P.400 mm. www.boffi.com.

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Charles & Ray Eames, 1960 En 1960, l’Eames Office se voyait confier par la société Time Inc. l’aménagement de trois halls d’entrées du Rockefeller Center à New York. Outre la transformation totale de l’aménagement intérieur, ce projet engendra également la création des très confortables Lobby Chairs ainsi que d’une série de tabourets en noyer massif. Les tabourets dressés au tour, également utilisables comme petites tables d’appoint ainsi que l’avait souhaité Ray Eames, se différencient dans la partie centrale par des profils différents.www.vitra.com.

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I FIUMI PO BOFFI

COSTANZA LUCEPLAN

Charles & Ray Eames, 1960 La Costanza a fêté ses 20 ans en 2006. Ce luminaire aux lignes simples, élégantes et intemporelles, a été conçu par le designer Paolo Rizatto. Devant le grand succès de la Costanza la maison Luceplan introduit de nouvelles proportions. La petite Costanza grandit tout en conservant les mêmes matériaux et finitions. www.luceplan.com.

Conçue par Claudio Silvestrin, la baignoire Iceland est en pierre calcaire. Existe aussi en Corian blanc. www.boffi.com.


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Tentations

MELAMPO TERRA

ADRIEN GARDERE POUR ARTEMIDE Base en zamac verni, tige en aluminium verni. Le diffuseur, en polycarbonate recouvert de satin de soie, grâce à sa finition originale, permet d’obtenir deux esthétiques différentes : gris aluminium ou écru quand la lampe est éteinte, le diffuseur devient blanc quand la lampe est éclairée. La fissure dans le diffuseur permet trois positions différentes : lumière diffuse et directe réglable ou diffuse et indirecte.. www.artemide.com.

JUL & JIL LIGNE ROSET

Jul et Jil ont en commun le même dynamisme des lignes, le même confort et les mêmes dimensions (très logeables), Ils se distinguent en revanche par de subtiles différences d’aspect : Jul décline des formes nettes, carrées, masculines tandis que Jil déploie des courbes plus féminines. La simplicité et l’évidence géométrique de leur dessin permettent à Jul et Jil de s’intégrer dans tous types 20 d’intérieurs, contemporains ou non. www.ligneroset.fr

MONROE

ORA ITO POUR ARTEMIDE Lampe de table. Grâce aux deux pivots situés sur la base et au niveau du diffuseur cette lampe peut s’orienter à 360° et garantir ainsi un ample rayon d’orientation de la lumière sur le plan de travail. Matériaux : base et structure en acier peint; diffuseur en termoplastique couplé avec une feuille avec une texture. www.artemide.com.

TRAY TABLE VITRA

George Nelson, 1949 La Tray Table se caractérise par son élégance sobre et ses éléments de structure filigranés. Grâce à un réglage en hauteur commandé par un mécanisme simple et à son asymétrie, la table peut être disposée directement auprès d’un fauteuil, d’un canapé ou même d’un lit. Ainsi la Tray Table est un meuble qui trouve sa place dans de nombreux scénarios de l’habitat. Collection Vitra Design Museum. www.vitra.com.


Tentations

Tentations t

LONDON Cinderella Présidence La designer Anna Ter Haar des Pays-Bas a créé une série de chaises en bois, dont chacune a une jambe en verre soufflé. Appelé « Présidence de Cendrillon », le projet consiste à souffler le verre directement sur la jambe tronquée de chaque fauteuil. Matériau très malléable une fois chauffé, le verre a été soufflé directement sur la chaise, ce qui confère à chaque objet une « prothèse » unique. Quoique d’aspect aérien et fragile, les jambes de verre sont suffisamment fortes pour supporter des personnes ayant un peu d’embonpoint voire des « poids lourds ». Malgré l’impression première d’instabilité et de déséquilibre, on y est bien assis … comme sur un petit nuage.

THE NETHERLANDS

Companion parrot par Tithi Kutchamuch

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Le designer londonien Tithi Kutchamuch a créé un collier sur le galbe d’un crâne et des entrailles d’un perroquet. Cette espèce de collier-puzzle a pour coffret un corps de Perroquet. En portant la chaîne, les organes quittent le coffret et s’articulent savamment pour donner vie à un organisme singulier qui semble alors flotter autour du cou. Appelée « Companion Parrot », cette création originale fait partie de la collection « Secret d’ami de Kutchamuch » et sera exposée en Mai à la Saatchi Gallery à Londres. Elle illustre un concept novateur de bijoux-domestiques (en référence aux animaux domestiques) d’une inquiétante étrangeté. L’objet d’une présence physique inhabituelle s’apparente en quelque sorte à un « compagnon de vie ». Une seconde génération de bijoux est à l’étude et se distinguera par une taille humaine. MdT suivra cela de très près !

DESIGN ACTUALITES

LAUSANNE Learning center Le Rolex Learning Center, œuvre des illustres architectes japonais SANAA, est un centre d’études universitaires qui vient d’ouvrir à Lausanne, en Suisse. Le centre est situé sur le campus de l’université des sciences et des technologies de l’EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne), et sera accessible aux étudiants et au grand public. Il regroupe un laboratoire de recherche, une bibliothèque de 500.000 volumes et un centre culturel international associé à l’EPFL. S’organisant sur un espace fluide et continu de 20.000 m², il dispose d’un réseau homogène de services, de bibliothèques, d’espaces sociaux, d’espaces d’études et de divers services socioculturels (restaurants, cafés etc.) ainsi que des espaces de plein air. Cette architecture avant-gardiste de distingue par ses pentes douces et ses terrasses en palier, ondulant autour d’une série de patios intérieurs dont les couvertures reposent sur des supports quasi invisibles : un toit incurvé complexe ayant exigé de nouvelles méthodes de construction. Au sujet du « Rolex Learning Center», Patrick Aebischer, président de l’EPFL, a déclaré que l’édifice est témoignage fidèle de la vocation de l’EPFL : les limites spatiales s’estompent à l’image des frontières traditionnelles entre

les disciplines qui sont aujourd’hui largement atténuées au sein de la fameuse université Suisse. En effet, les mathématiciens et les ingénieurs peuvent plus facilement rencontrer les neuroscientifiques et micro techniciens ce qui est susceptible de favoriser de nouvelles opportunités d’échange et de nouvelles technologies ayant un impact déterminant sur notre qualité de vie. En ouvrant l’édifice au public, l’EPFL fait passer également un message séduisant : le travail scientifique se peut avancer que s’il demeure étroitement lié et attentif à l’avancement de la société.

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Tentations

WEIL AM RHEIN

Tentations

VitraHaus MdT vous présente quelques photographies de la VitraHaus, œuvre des fameux architectes suisses Herzog & de Meuron, qui inaugurent le siège de la célèbre maison de design à Weil-am-Rhein en Allemagne. Conçu pour exposer la gamme de mobilier de la maison « Home Collection », ce bâtiment de cinq étages se compose de volumes empilés avec des toits en pente recouverts de stuc et de charbon de bois. Aux extrémités de chaque volume, les pignons consistent en une façade de verre. Le pavillon présente également une série d’encorbellements en porte-àfaux allant jusqu’à cinq mètres, donnant l’impression d’un amas désordonné de petites maisons. A l’intérieur de l’édifice, les escaliers en colimaçon dessinent des lignes blanches et organiques qui valorisent la décoration polychrome intérieure. Le projet VitraHaus vient donc agrandir les pavillons de maître du campus de Vitra et portant la signature de deux autres grands architectes : Frank Gehry et Tadao Ando.

ISTANBUL

Le marché aux poissons d’istanbul Les architectes GAD implantés à New York, Istanbul et Bodrum viennent de livrer le nouveau marché aux poissons d’Istanbul se distinguant par une couverture singulière en béton et en acier. Baptisé « Besiktas Fish Market », sa structure en acier et béton n’a pas de colonnes porteuses intérieures ce qui permet d’élargir considérablement la largeur des espaces d’accès et de circulation. Six comptoirs de vente en acier inoxydable sont éclairés par des ampoules à incandescence suspendue très simplement au plafond. Ce projet dénote l’effort considérable de la communauté de Besiktas pour revitaliser leur vieux quartier. Besiktas est effet située dans un des quartiers les plus denses et diversifiés d’Istanbul. C’est une région vivante avec une ambiance de village trépidante et éclectique et qui est inscrite depuis quelques années dans un processus de préservation et de

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renouvellement urbains. Occupant un site triangulaire de 320m2 au cœur du quartier commerçant, le marché a acquis une grande renommée. Tout au long de la journée, des habitants du village et des visiteurs étrangers viennent de loin pour y acheter du poisson et des produits frais. L’intervention de l’agence GAD a consisté notamment en la rénovation de l’ancienne structure du marché qui était dans un état très décrépi. Pour ce faire, les architectes ont travaillé en étroite collaboration avec la municipalité de Besiktas ainsi que les marchands de poisson locaux afin de mettre en place une stratégie d’intervention efficace. GAD et Gökhan Avcioglu ont entamé ce processus de réflexion avec une série de maquettes permettant de manipuler la surface triangulaire de la parcelle et d’envisager différentes options de couvertures aussi audacieuses les unes que les autres. Les proportions monumentales de la couverture traduisent la volonté de valoriser le caractère symbolique ainsi que la personnalité forte à la fois du site et du projet.

BEYROUTH Hôtel Le GRAY Dans le cœur historique de Beyrouth, face à la place des Martyrs, s’élève depuis octobre 2009 le Gray Hôtel. Un hôtel de luxe aux lignes contemporaines, offre de splendides vu sur la capitale, ses montagnes et la mer. Avec des chambres et des suites généreuses et raffinées, un spa, de nombreux bars et restaurants et une piscine suspendue au dernier niveau, le Gray est l’incontournable de Beyrouth. Le Gray L’édifice permet d’apprécier les belles frondaisons Martyr’s square du parc du Belvédère qui réunit, au cœur de la Central Beirut District ville, une flore d’une richesse exceptionnelle. Lebanon reservations@legray.com

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Tentations

architecture d’une ville

Beyrouth

486 Mina el Hosn Mémorial Rafik Hariri Beyrouth est comme le Phoenix qui renait de ses cendres, la ville est en ébullition. L’urbanisation galopante a fait des grues le nouveau skyline de la ville. Nous avons choisi de présenter deux projets emblématiques qui verront le jour d’ici peu : la tour d’habitation Mina el Hosn et le mémorial de l’ancien premier ministre assassiné Rafik Hariri. C’est sous l’impulsion de l’agence HARETUDES fondée par Milena Cestra et Fahd Hariri que de nombreux projets de ce genre sont initiés et que de nombreux jeunes architectes sont mis en avant. images Mina el Hosn : LAN architecture images Rafik Hariri Memorial : Marc Barani architecte

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Tentations

« À l’opposé d’une logique monumentale, une tour que le regard traverse »

486 Mina el Hosn le miroir de Beyrouth Contexte institutionnel et urbain inédit Le projet de tour 486 Mina El Hosn est né de l’initiative du bureau d’études international HARETUDES dirigé par Milena Cestra et Fahd Hariri. Faisant de l’assistance à maîtrise d’ouvrage, HARETUDES se charge notamment d’analyser et de réponse aux développements urbains des grandes métropoles, de mobiliser les fonds nécessaires pour le financement des opérations immobilières et d’identifier enfin de jeunes et brillants architectes internationaux susceptibles de donner corps à des projets d’exception. Parmi les projets qu’ils ont initiés on peut citer le Mémorial Rafik Hariri et la médiathèque de la Place des Martyrs (deux œuvres de l’architecte français Marc Barani), la tour de Kengo Kuma et bien d’autres.

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Tentations

ment central et le plus visible du projet. Le design inédit de son enveloppe-miroir mobile permet de croiser les diverses facettes lumineuses et multiculturelles de la capitale libanaise. Elle se structure autour d’un volume en forme de croix, enveloppé dans une protection solaire permettant de vider les angles et d’apporter davantage de légèreté. Les éclairages naturels et les angles de vue de l’observateur, reconnectent par le regard des éléments urbains au-delà de leur proximité physique ou matérielle et inscrivent ainsi l’objet dans une réalité qui n’est plus seulement physique ou matérielle mais aussi immatérielle. La légèreté du vitrage et la texture de l’acier finement tramé donnent à cette masse un aspect quasi immatériel. Les façades du volume sont en béton noir, et le dessin des ouvertures suit la logique fonctionnelle des logements. La peau extérieure est constituée de panneaux coulissant en tôle d’inox poli miroir perforé qui servent à la fois pour réfléchir, protéger, et faire pénétrer le regard. La base de la tour est une véritable interface entre les différents éléments qui composent le projet. Elle s’apparent à un espace public d’échelle « humaine » regroupant des galeries marchandes, un parc public en toiture et des venelles inspirées par la morphologie urbaine traditionnelle de Beyrouth. Les trois niveaux de la base totalisent une surface commer-

ciale de 10 000 m² pouvant occuper chacun de 300 jusqu’à 1200 m2. Installé sur une des rares bandes végétales de la ville, le projet a tenu compte de cette spécificité en veillant notamment à s’inscrire dans les dénivellations et inclinaisons existantes du terrain. Entre les bandes végétales du socle, un ensemble de rues ouvre un parcours offert au piéton. C’est là que s’agencent des linéaires de vitrines commerciales et d’espaces publics diversifiés, tantôt place, arcades, galerie, gradins ou encore passages couverts. « Il s’agissait, écrivent les maîtres d’œuvre, à travers l’architecture des boutiques, de figurer les ruelles animées du marché oriental et ses perspectives visuelles étroites ». Cet espace public délibérément resserré, dédié aux piétons, favoriserait les rencontres, concentrerait le regard et la parole. Les blocs, au nombre de cinq, sont des espaces résidentiels intermédiaires, tentant de réinterpréter la maison orientale. Assurant l’interface avec les deux autres éléments du projet, les blocs estompent la dichotomie extérieur/intérieur. Les architectes ont tenté d’offrir une architecture véritablement appropriable, en accord avec des modes de vie méditerranéens contemporains, et de retrouver des filiations historiques. Les surfaces des 20 logements (duplex et triplex) varient de 750 à 1200 m².

Située à proximité du port et du quartier Solidere, face à la célèbre tour Murr encore criblée de balles, la silhouette imposante de la nouvelle « tour-miroir » promet de modifier sensibelement le Skyline de Beyrouth. Néanmoins, elle ne sera pas qu’une tour de plus : Sa conception est en effet tout à fait inédite. Réorganisant l’espace public environnant, elle combine habitat privé et circulation publique, verticalité et horizontalité et se compose de trois unités majeurs : La tour, la base mixte de la tour et les blocs de logements. La surface totale avoisinera les 125.000 m2 pour un budget estimé à 120 millions d’euros HT. Œuvre de l’agence LAN Architecture, créée en 2002 par Benoît Jallon et Umberto Napolitano (diplômés de l’École d’architecture de Paris la Villette en 2001), et lauréate en 2004 du prix des Nouveaux Albums de la Jeune Architecture (NAJA) du ministère français la Culture, cette nouvelle tour porte la marque d’un projet architectural ultra-contemporain tirant profit avec brio des ressources culturelles, climatiques et physiques du site.

Ordonnancement et singularités La tour proprement dite, d’une hauteur de 142m et d’une largeur de 25m, en est l’élé-

Un ascenseur permet d’accéder directement à l’intérieur des appartements. L’entrée se fait par une pièce nommée « lobby », créant un filtre entre l’espace public et l’espace privatif et servant à la ventilation naturelle du lieu et à la distribution des différentes pièces. Le principe de distribution est constitué d’un séjour principal de 85 m², un séjour plus intime fonctionnant comme un cabinet de lecture, contigu à la « family room ». Enfin la salle à manger se trouve à l’opposé du séjour, proche des espaces servants. Le patio offre quant à lui un cadrage sur la ville et s’avère totalement modulable : grâce aux parois pivotantes, l’appartement s’ouvre pendant les saisons froides et se protège de la chaleur de l’été, sans confiner pour autant ses occupants à l’intérieur. Chaque appartement dispose de deux terrasses, dans la continuité de la salle à manger et du séjour. Ces terrasses en triple hauteur dégagent un maximum de vues sur la ville, la mer et le ciel. Chaque niveau se caractérise par une grande flexibilité et une circulation autour du noyau : un système de cloisons amovibles et de portes coulissantes permet d’ouvrir en totalité les espaces extérieurs et démultiplient par le regard la surface de l’appartement. Les façades sont traitées d’une manière très minérale, grâce à une peau légère et structurelle réalisée en Ductal. La volumétrie des blocs

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« La question environnementale n’a pas été abordée comme une contrainte (…) mais comme une opportunité, un potentiel de création »


Tentations

« La multiplicité des parcours, des vues, des profondeurs de champs, des cadrages, exacerbée par les jeux altimétriques, contribue à produire un événement sensoriel inattendu qui accompagne la déambulation ou encore l’accès aux commerces et aux logements ».

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s’affine dans la partie supérieure dans un souci de retrouver une échelle humaine.

L’adaptation

climatique

comme

support

d ’ innovation

Selon l’agence LAN, la question environnementale n’a pas été abordée comme une contrainte supplémentaire mais comme une opportunité réelle de création architectonique. Le climat de Beyrouth fut finement étudié pour tirer profit des contextes d’ensoleillement, d’éclairage, de ventilation et de rafraichissement renouant ainsi avec le savoir faire ancestral des architectures vernaculaires des médinas orientales. La prise en compte des données climatiques permet également d’ouvrir un champ de réflexion sur les rapports entre les espaces et les usages. Pour ce faire, la conception s’est appuyée sur une série d’études : l’accès à la lumière des espaces extérieurs ; le potentiels de réflexion des blocs sur la tour et les ombres portées de l’ensemble sur lui-même et sur les alentours ; l’accès à la lumière croisé avec les usages (types d’espace, profondeur des pièces, occupation, etc.) ; les « facettes » de l’enveloppe de la tour ; la possibilité de créer des protections solaires variables selon les orientations; les effets du vent sur les logements, les espaces extérieurs…etc. Les espaces s’inscrivent ainsi pleinement dans la temporalité et le défilement des saisons.

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Galerie Ammar Farhat 3, rue Sidi El Ghemrini 2026 Sidi Bou Said + 216 71 775 087


Tentations

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Mémorial Rafik Hariri La puissance du vide

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L

e mémorial de l’ancien Premier Ministre Libanais assassiné lors d’un attentat en 2005 est l’œuvre de l’architecte français Marc Barani. Lauréat du prix de l’équerre d’argent en 2008 pour la construction d’une station multimodale de Tramway à Nice, Barani est également réputé pour ses projets d’architecture dite mortuaire et notamment le cimetière de Roquebrune-Cap Martin près de Cannes. L’ultime demeure de l’homme politique libanais relève à la fois d’un projet urbain que d’un projet d’architecture. Elle s’insère, en effet, de manière magistrale dans le voisinage immédiat de la Mosquée Mohammed Al-Amin, sur la fameuse place des Martyrs. C’est à l’initiative du fils de Rafik Hariri, Fahd Hariri, architecte DESA et sans doute ancien élève de Barani (qui fût professeur à l’Ecole Spéciale d’Architecture) que ce projet d’exception a vu le jour.

L’ouvrage se distingue par une sobriété extraordinaire et se compose de trois éléments en pierre calcaire de couleur claire, savamment assemblés sur trois niveaux. Ils génèrent un mouvement organique ample du sol et élèvent la crête du bâtiment au niveau de la ligne d’horizon ouvrant ainsi le regard des passants comme une large focale urbaine. « Redonner sa dimension au Sacré, à l’Intemporel », les articuler au tumulte d’une ville dense en pleine explosion immobilière, tel est le pari réussi de l’architecte français. Plutôt que d’édifier un mausolée clos, Barani a choisi de reconstituer un « vide » ouvert à tous les passants et à tous les regards, et de le situer en plein cœur d’un espace urbain dense. Cette horizontalité parfaite qui intègre judicieusement le bâtiment dans son environnement vertical, valorise également les strates visibles d’une histoire mouvementée et riche. Le maître d’oeuvre redonne ainsi à la tombe sa signification fondamentale : ce vide puissant unit directement ciel et terre et gardera bien vivant le souvenir de Hariri.

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Tentations

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CHRONIQUE

Architecture contemporaine

Please log in before building Soupçonnez-vous à quel point Gad El Maleh a révolutionné l’architecture ? Yes, he did ! En inventant le néologisme « content-pour-rien », Gad cingle l’art contemporain et à travers lui ces innombrables objets architecturaux qui n’ont d’autres sens qu’un éclectisme débridé.

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Zone touristique Hammamet Nord - Hôtel Président . Tél. : (216) 26 44 50 31


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U

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n éclectisme qui sous notre beau ciel bleu, risque de s’installer à demeure, et de perdurer, conforté dans son drolatique mauvais goût par une rupture tragique avec les leçons des grandes architectures du passé. C’est du moins ce que nous inspire, une partie significative des pâtés résidentiels d’Ennasr ou d’El Menzah. Ces ensembles bâtis rendent vaine toute tentative de décodage de la production contemporaine, et inutile tout effort de recherche de dénominateurs communs. Le photographe M. Gafsou y voit une « lutte du présent avec le passé, comme un effet de l’homogénéisation du monde sous l’effet de la mondialisation ». Cette tension renvoie en effet à une déconnexion réelle dans la chaîne de transmission du savoir faire architectural. Et cette rupture de chaîne serait, chez nos architectes, un peu plus ancienne qu’on ne le croit… Plusieurs « présents » tentent de cohabiter : des entrelacs mauresques en marbre rose doublent des parois de verre bleu fumé alors que des tours d’escaliers dans le « goût moscovite » cohabitent avec un perron typiquement romain ! Je revois encore mon ancien professeur d’arts plastiques s’exclamer et crier : «Si Salah avec sa Djellaba et coiffé d’une chéchia, danse allègrement le Rock’n’Roll ».

Mais quels sont donc les exemples du passé, ceux que l’on pourrait prendre pour modèle, ceux que nous devrions « développer » à défaut de reproduire ? N’allez pas bien loin ! A la lisière de la jolie médina du Mont Zaghouan, Bernard Zehrfuss a livré un édifice d’un intérêt incontestable. L’intérêt réside autant dans la démarche architecturale et l’intégration au tissu traditionnel de Zaghouan, que dans l’expression fine des éléments architectoniques. Les photos cicontre montrent la finesse des courbes des pignons dont la hauteur épouse celle d’un sabat et annoncent discrètement le gabarit des salles de classe éclairées par des fenêtres hautes. Une syntaxe architecturale très plaisante car elle porte le témoignage direct et sensible d’une époque d’effervescence architecturale et culturelle (La Reconstruction), où innovation, rigueur et «géométrie » étaient les maîtres mots de commandes publiques et privées aux ressources financières très faibles. Les architectures de l’époque (1947-1956) surent tirer profit d’un savoir faire traditionnel magistral et l’adapter aux temps et aux besoins du présent. L’aura qui nimbe aujourd’hui encore cet objet singulier nous renvoie donc à une période hélas encore méconnue et peu « capitalisée ».

L’exposition dédiée à la Reconstruction architecturale qui s’est tenue en 2006 à la Villa Sebastian de Hammamet (à l’initiative de l’association Rencontres Architecturales) était une occasion privilégiée d’accéder à une production longtemps (volontairement) occultée du moins inaccessible. Comment a-t-on pu s’égarer de l’architecture d’après guerre porteuse de tant d’espoir ? Soyons optimistes. (Encore ? !) Une nouvelle génération d’architectes prend les rennes de l’innovation. Elle s’en accommode fort bien et élargit les rangs de quelques maîtres discrets. Elle se « reconnecte » (logging-in) en réinterprétant le legs de leurs prédécesseurs. Les quelques portfolios présents dans cette édition nous font plaisir…. « Le meilleur reste à venir » confie l’une d’eux. K-C

Page précedente : l’école prévoit le logement du directeur, et d’un professeur. Ces petites unités d’habitation s’ouvrent généreusement sur la plaine de Zaghouan. Page de gauche : les salles de classe en enfilade sont protégées par un auvent en béton d’une portée de 3 mètres. Page de droite : l’entrée de l’école depuis le sabbat est signalée par cet imposant mur flanqué une longue fente permettant de ramener de la fraîcheur dans les salles.

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SPECIAL PHOTO

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La photographie est un art, un outil de communication, une manière de transmettre l’émotion. Elle n’est ni peinture, ni sculpture, elle est aussi comme toute forme d’art née d’une technique, une science de la lumière, des couleurs et du contraste. Ce dossier spécial sur la photographie accompagne Maisons de Tunisie sur la question de l’architecture contemporaine en Tunisie. La photographie est aujourd’hui le meilleur outil de lecture d’une architecture contemporaine. Julius Schulman a rendu célèbres les Cases Study Houses par ses clichés. Les architectes suisses Herzog & de Meuron demandent à Jeff Wall d’immortaliser les chais de la Dominus Winery. Ces deux disciplines sont intimement liées, la photographie a permis à l’architecture de s’exprimer. Les jeunes photographes que nous avons rencontrés en Tunisie représentent une génération qui tente d’imposer la photographie en tant qu’art, de dépasser les préjugés et de pallier le manque flagrant de moyens techniques et de structures adaptées. Ainsi, nous suivrons le parcours de Patricia K. Triki, Faten Gaddes et Matthieu Gafsou, trois univers distincts, trois visions du monde où nous discernons la sensibilité de chacun.


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EXPOSITION : GALERIE EL MARSA

3 works + 6 dialogues avec Patricia K. Triki Propos recueillis par Shasha photos: Patricia K. Triki, Galerie El Marsa Courtesy

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Manel w첫 Saoussen. Patricia Triki (Galerie el Marsa Courtesy)

Manel w첫 Saoussen. Patricia Triki (Galerie el Marsa Courtesy)


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Tunis City. Patricia Triki (Galerie el Marsa Courtesy)

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3 works + 6 dialogues rassemble à la

Galerie El Marsa des œuvres de Patricia Triki. Depuis les années 90, elle développe des dialogues avec divers individus dans leur environnement, une manière de dresser le portrait d’une société à travers quelques personnalités. Ce processus de travail est synthétisé en 2001 dans l’installation Vortex 1 qui évolue deux ans plus tard en Vortex 2, où elle met à contribution quelques personnes de son entourage. Suite à la rencontre avec la chorégraphe Manel Sebai, Patricia considère la relation humaine et les différentes rencontres comme le véritable espace de création. Elle incarne aujourd’hui une photographe très singulière. La photographie n’est que la partie visible de l’iceberg : la partie immergée est un long travail d’investigation sur la ville et de collaboration avec des chorégraphes, des artistes ou des inconnus avec lesquels elle dialogue pour réaliser ces portraits si caractériels. Nous avons le sentiment que ses travaux transpirent l’art naissant de la vie. Elle s’inscrit dans l’expérimentation où la photographie devient un outil de communication et de compréhension des codes sociaux.

Sa démarche est singulière, l’œuvre qu’elle produit réside plus dans l’échange avec ses différentes personnalités que dans la production en elle-même. Ce travail favorise le long terme avec les différents intervenants. « Il est essentiel d’apprendre à connaître les gens, de cerner leur personnalité pour mieux les représenter. » Manel wù Saoussen, Sabrina, Dream City incarnent les multiples facettes de Patricia. Elle crée un univers autour de chacun de ces personnages. Manel wù Saoussen représentées comme deux grandes stars, des produits à leurs effigies mais aussi dans une dénonciation de la société de consommation, accro aux phénomènes de mode, une génération zapping, le tout dans un ton cynique et coloré. La rencontre avec Sabrina Ben Hadj Ali permet à Patricia de réaliser des portraits d’une grande tendresse où nous suivons la transformation de la jeune fille en femme. Dream city est une vision très personnelle du photographe sur la manière dont elle parcourt et perçoit la ville de Tunis. Patricia explore un monde où les expériences humaines en constante mutation interagissent sur un travail en perpétuelle évolution.

Sabrina. Patricia Triki (Galerie el Marsa Courtesy)


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EXPOSITION : GALERIE AMMAR FARHAT

VESTIGES D’ACIER Faten Gaddes Propos recueillis par Shasha photos: Faten Gaddes

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L’

univers photographique de Faten Gaddes est puissant, elle nous entraîne dans un lieu unique : l’ancienne centrale électrique de la Steg, récemment démantelée. Ce bâtiment a marqué son enfance. Jeune, elle prenait la route avec son père jusqu’à Tunis, et la vue de ce monstre de béton et d’acier coiffé de cheminées nourrit en elle de nombreuses histoires. La démolition prochaine de la centrale fut le déclencheur de cette série photographique qui met en exergue l’esthétique machiniste. Force est de croire que la volonté et l’amour de Faten pour ce lieu lui ont ouvert les portes de l’inaccessible. Elle passe alors trois mois à arpenter les entrailles de ce bâtiment couvert d’une couche épaisse de bitume, chaussée de bottes, sous le regard attendri des ouvriers. Chargés de démolir le lieu en quelques mois, ces ouvriers, surpris de voir arriver cette jeune femme pleine d’entrain pour photographier des débris, sont vite pris dans la tourmente artistique. Ils accueillent la photographe comme une des leurs, elle peut désormais partager ses repas avec eux. Le terrain excessivement dangereux nécessitait le soutien de ses occupants provisoires, « leur aide et leur présence ont été précieuses. » (Faten Gaddes)

Les faisceaux lumineux qui transpercent ces volumes gigantesques ont ajouté à la magie des lieux. Trois mois passés à explorer les moindres recoins et à guetter la « bonne » lumière qui allait habiller de mystique ces clichés. Mais pourquoi ces personnages d’Egon Schiele ou encore la silhouette de Pina Bausch ? « Le montage est pour moi quelque chose de nouveau. J’ai voulu humaniser ce lieu mort par des fantômes. » (Faten Gaddes) Les personnages torturés d’Egon Schiele trouvent leur juste place dans l’univers de la déconstruction. Ils sont aussi caractériels que cet environnement et annoncent une fin proche. Il y a une sorte de théâtralisation dans ce décor qui à première vue paraît sans âme. La chorégraphe de talent, Pina Bausch, vient occuper les clichés de Faten comme le signe que la danse est la vie, « c’est beau quand on voit vivre quelqu’un » (Pina Bausch). La fascination du photographe pour l’Ecole picturale viennoise du 19e siècle nous plonge dans son univers décalé qui mélange subtilement les styles et conserve singulièrement la mémoire d’un lieu singulier.

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photo : Faten Gaddes à la Galerie Ammar Farhat


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photo : Faten Gaddes à la Galerie Ammar Farhat

photo : Faten Gaddes à la Galerie Ammar Farhat


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PRIX DE LA FONDATION HSBC POUR LA PHOTOGRAPHIE

« SURFACES »

Matthieu Gafsou Propos recueillis par Ahmed Zaouche photos : Matthieu Gafsou

« (…) ce qui s’offre au regard échappe au sens, ou donne l’illusion d’une réalité qui n’existe qu’en surface. »

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Photographe franco-suisse d’origine tunisienne, Matthieu Gafsou est le lauréat du prix de la fondation HSBC de l’année 2009. Créée en 1995, ce prix prestigieux placé sous l’égide de la fondation de France récompense chaque année les travaux de jeunes photographes professionnels « travaillant sur la représentation du réel ». La série de 43 clichés intitulée « Surfaces » et réalisée lors de deux voyages en Tunisie en avril 2007 et Août 2008 a convaincu le jury. Les travaux de Matthieu Gafsou offrent, en effet, un témoignage original et sans complaisance, très éloigné des représentations de cartes postales et guides touristiques de Tunisie. S’il se définit plus comme un photographe de paysage urbain qu’un photographe d’architecture, l’architecture domestique « contemporaine » tunisienne trouve dans son travail une expression forte et quelque peu dérangeante. Des architectures « incohérentes » peuplant notre paysage quotidien et renvoyant à des quêtes identitaires que le jeune photographe décode brillamment : « J’ai plutôt vu une franche ligne de démarcation entre aspiration (ou engloutissement ?) vers l’Occident, et tradition. ». Les « surfaces » de Gafsou nous renvoient également aux difficultés d’une profession en péril, l’architecture, et interroge la manière dont l’éclectisme architectural décadent fait et défait le paysage de nos villes. La technique enfin est irréprochable. Travaillant à la chambre, l’artiste arrive à restituer ces ensembles bâtis avec une précision extraordinaire. Etonnés que ce travail de très grande qualité soit relativement passé inaperçu en Tunisie, nous l’avons interviewé en espérant voir ses images exposées très prochainement à Tunis. Un catalogue intitulé « Surfaces » a été publié en 2009 aux éditions Actes Sud/ HSBC. Pour en savoir plus sur le Prix HSBC, visitez : www.hsbc.fr/1/2/fondation-photographie et www.ph0.ch

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photo : Matthieu Gafsou

Comment en êtes-vous venu à photographier les maisons de Tunisie ? Il n’y a jamais vraiment de hasard mais je ne peux pas honnêtement dire que ce choix ait été dès le départ, très réfléchi. Je désirai sortir de Suisse pour réaliser un gros projet photographique, j’ai choisi la Tunisie d’une part parce que j’étais curieux de découvrir mes origines (mon père est né à Sfax) et d’autre part parce que les problématiques de développement, de territoire et d’urbanisme propres à la Tunisie correspondaient à mes centre d’intérêts. On peut donc parler de collusion d’intérêts personnels et intellectuels. Lors d’un second voyage, je savais par contre où j’allais, ce que je cherchais. Vous semblez pratiquer la photographie à la chambre ce qui donne à vos photographies une précision extraordinaire. La lumière aveuglante tunisienne favorise également

un rendu précis des détails. Y a-t-il un « style » Gafsou ? Avez-vous développé une technique singulière pour la série tunisienne ? La majeure partie des images sont en effet réalisées à la chambre. Je ne sais pas si j’oserai parler d’un style Gafsou. Il y a d’abord l’héritage du «style documentaire», de Walker Ewans à Thomas Struth en passant bien-sûr par les Becher ; l’influence aussi d’américains, moins conceptuels que les allemands, ce qui me convient bien, comme Stephen Shore ou Lewis Baltz. Ma touche ici je pense se situe en partie dans la relative hétérogénéité du travail – je voulais éviter un discours trop uniformisant car forcément caricatural – et aussi dans le travail sur le rendu des images, assez pictural, libéré des normes du «bon» tirage photographique, blanc, très blanc parfois. L’aveuglement du blanc est à la fois source de plaisir esthétique mais fonctionne comme

opérateur du simulacre, révèle l’inquiétant étrangeté des lieux, les rend paradoxalement angoissants. J’ai le souci d’une forme faite pour le fond, que ces deux aspects deviennent indissociables, mêlés. Dans votre série « Surfaces », vous focalisez sur des maisons tunisiennes contemporaines dont chacune d’elle s’apparente à une construction mythologique. Au delà de l’exotisme, que vous inspire cet éclectisme architectural ? Pour moi – c’est ainsi que je ressens les choses en tant qu’étranger – cette confusion des genres, ce mélange un peu brouillon révèle une forme de crise culturelle, une tentative parfois maladroite de réconcilier tradition et modernité. Le souci du visible, de la mise en scène parfois grandiloquente de l’habitat sont autant de signes d’un bouleversement rapide de la société qui n’est pas encore digéré.


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Vos photographies révèlent des façades tentant de concilier les attributs de la modernité occidentale et les références issues du vocabulaire architectural traditionnel local. Cette pratique s’étend à tout le territoire tunisien et concerne toutes les couches sociales. D’où vous vient cette volonté de saisir, par le medium photographique, la réalité tunisienne ? Il y a la réalité ; ce qui est là, ce que je perçois. Ensuite, il s’agit d’en faire quelques-chose photographiquement. Paradoxalement, c’est en transformant les choses (la blancheur exagéré, la douceur des tonalités, les cadrages serrés, l’absence de présence humaine) qu’on en parle le mieux. On peut parler je pense de mon travail comme d’un documentaire subjectif et plastique, où cohabitent différents niveaux de lecture. On raconte quelque-chose des lieux tout en les transformant en des objets autonomes, qui échappent aussi à la réalité.

Considérez-vous la photographie d’architecture comme une pratique à part entière? Quelle place tiennent la ville et le paysage urbain dans vos travaux ? La ville et le paysage urbain sont au centre de mes travaux car ils m’offrent le terrain d’une pratique particulière, la flânerie, et qu’ils me semblent porter les signes manifestes du chaos mais aussi de la beauté du monde. La photographie que je pratique dans Surfaces est à mon sens une photographie de paysage en milieu urbain. Ce que l’on nomme photographie d’architecture, que je pratique aussi dans le cadre de commandes et qui me semble en effet être un sous-genre bien particulier de la photographie, procède d’une autre démarche: il s’agit de servir tout autant l’architecture en elle-même, ses singularités (matériaux, points de vue, lumière, espace) que de produire une «belle» image.

Dans la série Surfaces, le souci esthétique l’emporte sur la volonté de servir l’architecte, raison pour laquelle la notion de photographie de paysage en milieu urbain me semble plus pertinente. D’autant plus que les préoccupations qui sont les miennes rejoignent complètement les réflexions associées au paysage – sa dimension culturelle vs le rapport aux phénomènes; la question de la normativité du paysage, une réflexion sur le Beau et le Laid (et leur attirance parfois complexe), l’influence des autres arts, etc.

photo : Matthieu Gafsou

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photo : Matthieu Gafsou

photo : Matthieu Gafsou


architecture DANS L’UNIVERS DE : : KARIM JEDDI GONZALEZ AURELIA BOUYSSONIE KARIM BEN AMOR

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Karim Jeddi Gonzalez architecte de la lumière

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Karim Jeddi Gonzalez est ce qu’on appellerait un citoyen du monde, brassé dans une culture européenne et méditerranéenne. Cet itinérant est né en Espagne. Jusqu’à ses 9 ans, il vit en Tunisie, puis s’envole vers la Turquie où il passe une grande partie de son adolescence. A 18 ans, avec un baccalauréat obtenu en Tunisie, il décide de poursuivre ses études à l’école d’architecture de Rennes. Durant cette période, il profite d’une bourse Erasmus pour étudier à Francfort. Ce contact avec l’Allemagne ne sera pas le dernier. Karim y retournera pour travailler durant deux ans. Ses racines espagnoles le ramènent à Barcelone où il travaille pendant un an, jusqu’en 2002, lorsqu’il obtient sa première commande en Tunisie.

traduisons un lieu de vie par les sensations et l’émotion que procure l’espace. Il n’est pas exclu que l’habitant doive s’adapter à l’architecture. Il peut subir l’espace en toute quiétude. Nous enregistrons de façon inconsciente des modes de vie. Le pouvoir de regarder les choses de l’extérieur est essentiel. Je reproche ce manque de recul et d’ouverture de la part de certains architectes. Nous associons trop souvent l’architecture à l’histoire. Ces liens excessifs nous plongent dans un immobilisme qui touche tous les aspects de la société.

Quelle est votre approche architecturale ? Où puisez-vous votre inspiration et vos influences ?

Pas du tout. L’avancée technique naît de l’exigence de l’architecte. Cela demande beaucoup de temps, d’énergie et d’argent. A mon sens, tout est une question de conviction, car elle est une force de persuasion. Les architectes qui ont percé ont modifié le visage de la société. On ne fait pas d’architecture si on ne favorise pas le changement.

Je n’ai pas de culture architecturale tuniso-tunisienne. Mon approche est européenne et je l’adapte à la société tunisienne. En tant qu’architectes, nous avons la responsabilité d’apporter des changements dans la société. Nos interventions sont soumises à des normes strictes, nous devons composer avec de nombreux facteurs et savoir faire des compromis. De par mon parcours, les influences de mon environnement en Tunisie ne sont pas d’ordre architectural mais d’ordre émotionnel. Nous

« En tant qu’architecte nous avons la responsabilité d’apporter des changements dans la société »

Vous sentez-vous bridé par des moyens techniques locaux limités ?

Pensez vous que devant les choix urban dévastateurs l’architecte trouvera une place de choix avec un pouvoir de décision ? Le songe de la ville idéale n’est pas nouveau dans la discipline architecturale. Projeter une

ville est un acte social. Quand on établit un plan d’urbanisme, l’architecte travaille dans un collectif où des urbanistes, des sociologues, des anthropologues, des écrivains et des politiciens interviennent. Ce travail implique une vision future de la ville. Les choix urbanistiques de la Tunisie s’établissent sur du court terme. Ainsi, les solutions territoriales sont déjà dépassées quand elles sont appliquées. Aujourd’hui, l’intervention des architectes dans l’espace urbain est minime et se limite à l’espace du bâtiment. Néanmoins, c’est dans l’impact visuel que nous intervenons. De ce fait, je provoque constamment le dialogue à travers la façade d’un édifice. Arriver à susciter le questionnement signifie que nous avons touché l’individu.

volonté de réduire l’étalement urbain. Mais le bât blesse quand on sait que la construction est, pour la plupart des Tunisiens, un placement et un investissement. Ils ne construisent pas pour eux mais généralement dans un but lucratif. Cette démarche laisse peu de place à l’innovation et à une meilleure qualité de mise en œuvre. Pour conclure, je dirai que l’architecture doit être vécue comme une passion. On ne fait pas de l’architecture pour gagner de l’argent. L’architecture est une aventure spatiale et humaine : on peut créer des espaces singuliers dans des lieux anodins. Pour cela, il est nécessaire de savoir communiquer un projet et de bousculer les idées reçues.

Que pensez vous du paysage architectural actuel ? Je prends souvent l’exemple d’El Nasr et de la fameuse avenue Hedi Nouira. Je reste très intrigué de voir comment on arrive à rédiger des cahiers des charges si rigides dans un relief si riche. On finit par produire une architecture sans grand intérêt au lieu de favoriser le travail des architectes. L’autre point est en rapport avec la nouvelle loi du R+2. Cette décision est née sous la pression d’une croissance peu maîtrisée et d’une

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images de références : 1 «Scène de prison», 1793-1794, Franscisco de Goya. 2 « Church of the light », Tadao Ando architecte. 3 «A line made by walking», 1967, Richard Long. 4 « L’homme qui marche 1 », 1960, Alberto Giacometti 1

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Façade coté piscine : au RDC le séjour s’ouvre sur la terrasse et la piscine. Celle ci est habillée d’une pierre grise qui donne une teinte originale à l’eau. Le volume en saillie du niveau supérieur est composé de panneaux coulissant en bois et protège la bibliothèque et un petit espace de bureau.

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Façade coté rue : l’accès à la maison se fait en contrebas. Nous retrouvons les volumes en saillie et les panneaux coulissants : ils accompagnent ici une circulation. La saillie permet également de ramener de la lumière dans ce volume, par le bas.

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Notre Dame, Tunis

Villa du docteur A. Sur les hauteurs de Tunis, dans le quartier bucolique de Notre Dame une petite maison s’est nichée dans un terrain escarpé et exigue. Visite des lieux pour une belle leçon d’architecture. texte : Shasha photos : Pol Guillard

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La villa du docteur A est un éloge à la promenade architecturale. La circulation s’organise autour d’un volume central bénéficiant d’une triple hauteur. L’architecte travaille le cheminement comme une aventure visuelle. Les volumes en saillies et en retrait contribuent à créer une véritable expérience sensorielle. De même, la hauteur des plafonds nous amène d’un espace compressé et un espace dilaté. Il n’y a pas de hauteur standard, ici seul le corps subit la morphologie des lieux.

La complexité de cette architecture réside essentiellement dans la volonté d’effacer les limites entre l’intérieur et l’extérieur. L’extérieur est vécu à travers des cadrages aux lumières et aux couleurs différents suivant l’orientation et la hauteur à laquelle nous nous situons. La maison édifiée sur un terrain un peu exiguë et pas tout fait rectangulaire, s’inscrit dans une forte pente. Cette configuration a permis d’aménager une entrée en contrebas et de

généreuses hauteurs sous plafond à certains endroits. Depuis la rue nous notons ces larges fenêtres en bandes flanquées de volets coulissants en bois montés sur une structure métallique. Ce type de façade permet d’occulter partiellement et de filtrer les rayons lumineux. Derrière cette protection se cache un couloir de circulation servant à la desserte des chambres.

De gauche à droite : un petit patio a été aménagé de manière à ramener la végétation et la lumière à l’intérieur de la maison. Il y a une esthétique de la volumétrie et la décomposition dans l’architecture de KJG : chaque volume est souligné par une matière ou un traitement particulier.


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«Je n’ai pas de culture architecturale tuniso-tunisienne. Mon approche est européenne et je l’adapte à la société tunisienne».

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De l’ancienne maison il ne reste que ces grands palmiers, ils vont être le point de départ de ce projet et occupent désormais l’allée principale depuis l’entrée. L’eau est assurément un facteur omniprésent dans ce projet. Un bassin orne l’entrée, la piscine est, quand à elle, pratiquement dans le séjour. La villa Zargouni affiche des volumes plus simples, nous ne retrouvons pas la décomposition volumétrique de la villa du docteur A. Par contre les espace de vie commune sont organisés de la même manière : le séjour, le salon, la cuisine est la salle à manger occupent un espace libre et sont séparés les uns des autres par des cloisons légères, des murets ou encore un grand meuble. Le salon profite encore une fois d’une triple hauteur, aménageant des vues plongeantes depuis les coursives.

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El Menzah

Villa Zargouni 64

Non loin du stade Chedly Zoutein la famille Zargouni s’installe récemment dans une demeure baignée de lumière. Les clients souhaitaient une maison ou nous avons le sentiment d’être constamment dans un jardin, pari réussi ! texte : Shasha photos : Pol Guillard

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Une coursive surplombe le salon et laisse entrevoir le vide traversant la totalité de la maison. Page de gauche : une grande transparence anime le rez de chaussée tandis que le premier étage, plus occulté, s’organise autour de petites terrasses individuelles. Le jardin est libéré à l’arrière de la maison avec une piscine qui s’étire jusqu’au séjour.


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El Menzah

Villa Jrad

L’escalier principal, avec ce palier en demi cercle, n’est pas sans rappeler l’escalier de la villa du docteur La Roche de Le Corbusier. Le béton ciré et teinté en noir tranche avec la blancheur des mur et révèle cet escalier comme un objet singulier.

Dans ce volet consacré à l’architecte Karim Jeddi Gonzalez, notre dernière découverte est la villa du docteur Jrad. Il est intéressant de voir que certains grands principes sont immuables dans son architecture : la promenade architecturale, la dissolution de la limite entre les espaces extérieurs et intérieurs et enfin le rapport changeant des proportions internes. Ces gestes intègrent des nuances plus adaptées aux besoins de chacun. textes : Shasha photos : Pol Guillard

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« (...) l’architecture doit être vécue comme une passion»

Ci contre : la piscine dialogue avec le séjour, l’eau est l’élement constant de son architecture. Différents points de vues sont aménagés que l’on soit assis dans le séjour ou depuis les pièces à l’étage. La terrasse s’inscrit dans le prolongement du béton ciré qui habille l’ensemble du rez de chaussée. La piscine est quand à elle prise dans une plateforme en teck.

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Page de gauche : le rez de chaussée est un open space organisé autour d’un vide central sur une double hauteur. Dès l’entrée, le regard embrasse l’ensemble. Un escalier dessert l’appartement des parents : ils sont reliés par une coursive qui sert également de bibliothèque. Les hauteurs varient par l’imbrication des volumes et casse la monotonie d’un open space classique.


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73 Page de gauche : la coursive accompagne le séjour en contrebas, un meuble bibliothèque est aménagé tout le long. Le bureau occupe une pièce baignée de lumière avec une baie vitrée en angle. Page de droite : l’arrière de la maison, n’étant pas ensoleillé, profite de grandes baies vitrées.


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Aurélia Bouyssonie texte : Fériel Lejri photos Pol Guillard

Née à Paris en 1975, Aurélia Bouyssonie a vécu quatre ans en France puis quatorze ans en Tunisie avant d’intégrer l’Ecole des Beaux-Arts à Rome pendant une année. De retour à Paris en 1994, elle poursuit des études d’architecture à Paris la Seine puis y travaille pendant trois ans. En 2003, elle fonde à Tunis sa propre agence « Un cinquantième ». Elle nous livre dans un entretien exclusif sa vision de l’architecture et quelques unes de ses réalisations.

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images de références : 1 Sculpture de Richard Serra en acier Corten 2 Sculpture de Richard Long 3 Architectures traditionnelles de Djerba 4 Pavillon de Barcelone, Mies van Der Rohe architecte.

Comment définiriez-vous la « modernité » en architecture ? Et comment vous situez-vous par rapport à la production architecturale contemporaine tunisienne ? A mon sens, une architecture contemporaine, c’est une architecture qui correspond et qui répond à un mode de vie « moderne ». La modernité, c’est aussi des habitudes et des modes de communication qui font que nous utilisons l’espace différemment. Je ne me situe pas vraiment dans la production architecturale contemporaine régnante en Tunisie ni dans un mouvement collectif. La notion de mouvement architectural est à mon sens un peu dépassé. Pour moi, l’architecture contemporaine n’a pas de nationalité ni de frontière ni d’identité, autant que l’art contemporain. La création au sens large naît de valeurs universelles. La Tunisie représente pour moi, par contre, plus une source d’inspiration dans mon travail qu’une identité à retranscrire. Sa végétation, son climat, sa lumière, la sieste aux heures les plus chaudes de l’été influencent beaucoup mes choix de conception d’espace et son expression. Dans vos conceptions, cherchez-vous à réinterpréter des typologies architecturales existantes ou tentez-vous de créer des expériences spatiales nouvelles ? La diversité des styles architecturaux tunisiens m’a donné envie d’être architecte. Je suis passionnée par les bâtiments anciens mais je ne cherche pas à les imiter. Mon travail passe par une analyse aussi bien sentimentale que

rationnelle de leur composition. J’en tire ensuite des règles à suivre et applicables à une typologie plus contemporaine. Je m’impose énormément de contraintes lors du dessin d’un édifice. C’est du sérieux, ce que l’on construit nous dépasse, nous et le client. la construction est un acte social, il faut garder à l’idée qu’un bâtiment est fait pour durer, et fait partie d’un ensemble. Si je devais m’inscrire dans un style, je dirais que ce serait le « minimalisme », des volumes simples, des lignes épurées mais de grands gestes. Je m’intéresse beaucoup à l’architecture vernaculaire Djerbienne ou encore à celle du M’zab en Algérie car d’une part, elle est sobre et d’autre part, elle répond parfaitement au mode de vie de ses habitants. Ma démarche consiste à comprendre les exigences du client et à définir les scénarios de vie qui lui correspondent. L’espace doit produire une émotion. En partant de ce principe, je cultive le « non standard ». Je cherche toujours à surprendre, à manipuler et à « exagérer » les proportions. J’aime concevoir des espaces très hauts ou très petits ou très longs…etc. Les portes sont, par exemple, de hauteur ou de largeur démesurée. Certains clients peuvent alors craindre que l’esthétique l’ait emporté sur le pratique mais j’arrive toujours à défendre ma position : un bel espace fonctionnel et non un espace fonctionnel embelli. J’aime bien dépasser les a priori, mais aussi, anticiper les détails. Dans cette démarche il est essentiel de collaborer en amont du projet avec les ingénieurs.

Je veille toujours sur la bonne exécution des détails dans mes projets. Ce qui m’intéresse aussi quand je conçois des projets en Tunisie, ce sont les matériaux locaux. Ils nous permettent une grande liberté. Par exemple, j’utilise le marbre de Foussana et l’explore sous toutes ses formes et dans différents usages à savoir en revêtement au sol, en revêtement mural, en volume sculpté pour des vasques de salle de bain…etc. Je suis assez fidèle à mes matériaux préférés. Je ne me lasse pas des choses belles, pures et brutes. Que pensez-vous de l’actualité architecturale en Tunisie ? Je me soucie plus du paysage urbain que de la production architecturale en elle-même. Les démolitions systématiques d’un patrimoine architectural, si riche, sont alarmantes, sans oublier un manque flagrant de conservation des gabarits dans certains sites. Les quartiers et les tissus urbains sont en train de changer en perdant de leur qualité. Sans vouloir être nostalgique, il est regrettable de voir les maisons de la Marsa perdre leurs beaux jardins avec leurs citronniers au profit d’un tissu urbain plus dense. En terme d’architecture, nous avons eu une belle production pendant la période de l’après-guerre et de la reconstruction, puis, la Tunisie a connu une longue période de flou. Malgré tout, je pense que le meilleur reste encore à venir. Je suis optimiste. Aujourd’hui, en Tunisie, nous entrons dans une période libérée de toute appartenance pour une production de qualité internationale.

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Marsa Cube

Villa BOCCARA La rénovation de la villa Boccara met l’accent sur le travail subtil de l’architecte Aurélia Bouyssonnie et l’attention toute particulière qu’elle accorde aux détails et aux matières. La pierre marbrière se mélange sans complexe au chêne dans une atmosphère baignée de lumière. textes : Shasha photos : Pol Guillard


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« Ma démarche consiste à comprendre les exigences du client et à définir les scénarios de vie qui lui correspondent. L’espace doit produire une émotion » Aurélia Bouyssonnie

L

e projet de la villa Bocarra est une réhabilitation d’une ancienne demeure coloniale dans le style de l’architecture italienne du début du siècle. La typologie de ces maisons de bord de mer est assez simple : un grand volume cubique flanqué de grandes ouvertures renfermait des chambres de part et d’autre d’un couloir. La rénovation de cette demeure consistait tout d’abord à démolir la totalité des cloisons intérieures. Ainsi vidé, un grand volume se libère pour une distribution plus adaptée aux besoins des nouveaux occupants. La maison originale comportait un rez-de-chaussée de plain-pied avec le jardin et un sous-sol à demi enterré. Les clients souhaitaient aménager un espace indépendant pour leurs enfants. Partant de cette volonté, une partie du jardin a été déblayée afin de libérer une hauteur suffisante au sous-sol et un accès direct vers le jardin.

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Du jardin d’origine, seuls les arbres fruitiers ont été conservés ; ils sont désormais les gardiens d’une pièce extérieure entièrement habillée de travertin (pierre marbrière), duquel l’architecte profite

Ci dessus : La chambre à coucher est séparée des autres pièces par une double porte coulissante de part et d’autre du lit. La salle de bain dans le fond est ouverte sur la chambre afin de profiter de la lumière du jour. Le lit à baldaquin, finition chêne est signé Zina. Page de droite : Le travail sur la transparence et transversalité des espaces reste l’élement clé d’un volume contraint par sa grande profondeur et par conséquent le manque de lumière naturelle.

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pour creuser la piscine. La continuité du travertin donne au jardin une minéralité élégante et sobre. L’appartement occupant le niveau inférieur est distribué par des pièces en enfilade, toutes tournées vers le jardin. La chambre à coucher est séparée du séjour et de la cuisine par un double panneau coulissant. De par sa mono orientation, il était important de pouvoir amener la lumière du jour jusqu’au fond de l’appartement, ainsi la salle de bain reste ouverte sur la chambre. De la même manière, la cuisine profite d’une large baie vitrée la séparant de l’escalier de distribution la reliant à l’étage supérieur. L’architecte compose finement avec une alternance de parquet massif en chêne et du travertin pour la salle de bain, le Corian et le bois laqué. L’habilité de la maîtrise des matières et leur mise en œuvre s’exprime fermement dans la rénovation de la villa Boccara. Aurélia Bouyssonnie explore à l’infini les matières qu’elle affectionne. La persévérance dans son travail nous surprend agréablement.

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Page de gauche : Le séjour profite de la vue sur le jardin et est partiellement séparée de la cuisine par une cloison légère. La banquette et le tapis sont signés Zina. Une lampe sur pied Twiggy (Foscarini) et un ensemble de chaises Tulip (design Eero Saarinen pour Knoll) apporte la touche finale à ce lieux. L’architecte conçoit également des meubles, comme ici le meuble télé laqué blanc. Ci contre : Une petite cuisine d’appoint accompagne cette grande table à manger dessinée par l’architecte. Le laqué vert tranche avec la sobriété des lieux et le long plan de travail en Corian blanc.

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Le Golf Résidence

Villa du Golf

Aurélia Bouyssonie intervient sur un bâtiment existant et réalise un véritable tour de force en opérant de légères transformations tout en finesse. textes : Shasha photos : Pol Guillard


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Récemment livrée la maison du Golf fait partie d’un ensemble de maisons ouvertes sur un terrain de golf. Le projet conçu par Denisot, accueille ces premiers occupants dans un cet hommage à la cité jardin d’Howard. La majorité des maisons ont été légèrement transformées pour une meilleure conformité aux modes de vie de chacun. L’intervention d’Aurélia Bouyssonie sur la maison du Golf concerne essentiellement l’extérieur. Elle aménage une entrée plus généreuse, ou une série de plateforme en teck dialogue avec des bassins latéraux. L’eau et le bois se mélangent pour révéler la volumétrie de la maison. Pour accentuer cet effet, elle propose de repeindre la maison dans une couleur rouge terre. De l’autre côté de la maison, tournée vers le golf, elle décide d’aménager une terrasse en teck et dans son prolongement une piscine, tapissée d’une petite mosaïque de pâte de verre. Ces plateformes viennent dans le prolongement des pièces de séjour. Elles sont une invitation au repos et à la contemplation.

L’intérieur de la maison est quant à lui peu transformé : une bibliothèque, un garde corps vitré et l’habillage de l’escalier La majeure partie du sous-sol de la maison restant inutilisé, les clients proposent de concevoir un hammam. Une grande pièce est donc divisée en trois entités : la pièce humide et chaude, une salle de douche avec un WC et un espace tampon pour échapper aux vapeurs chaude du hammam. L’ensemble est habillé d’une mosaïque de pâte de verre dans les tons du bleu-gris, accentuant l’atmosphère aquatique des lieux.


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Splendide Onyx Les petits espaces impliquent une grande agilité dans la maîtrise de la lumière, dans le choix des matériaux et des meubles. Visite guidée dans cet écrin d’onyx et de cuir. textes : Shasha photos : Pol Guillard

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C

e petit projet d’aménagement d’un espace de bureau nécessitait une grande attention aux détails et aux choix des matériaux. l’enjeu fut aussi d’occulter finement la vue et d’amener de la lumière dans l’espace. L’élément fédérateur est assurément cette boite à lumière habillée de grand panneaux d’onyx. Semblable à l’albâtre l’onyx est une pierre fine, semi transparente et précieuse. Les panneaux d’environ 1m de côté sont montés sur une structure en acier poli. L’effet est assez surprenant et se marie parfaitement aux meubles de cuirs qui occupent cet espace. Le fauteuil Barcelona de Mies van der Rohe dialogue avec le canapé blanc signé Poltrona Frau. L’espace réunion est quand à lui composé de la table de la collection Tulip dessinée par Eeero Saarinen (édité chez Knoll), les chaises en cuir avec une armature en avier inoxydable sont également éditées par Knoll. Ce bureau bénéficie d’une petite pièce d’eau accessible par une porte discrètement découpée dans le mur. La vasque et le meuble attenant ont été dessinée par l’architecte et sont en marbre de Foussana.

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K ar i m B en Am o r. Atelier 13 Karim Ben Amor est né à Tunis en 1974. Il effectue son cursus à l’école d’architecture de Tunis. Son diplôme en poche, il part à Paris et travaille durant trois ans dans une agence. Nous le rencontrons dans les locaux de son agence, aux allures d’atelier maquette.

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« C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche » Pierre Soulages

l’Atelier 13 est une jeune agence, quelle approche architecturale prônez vous ? Avec ma femme Emna, nous avons fondé l’Atelier 13 il y a près de cinq ans. Les débuts furent en quelque sorte très pragmatiques dans le sens où nous avons fait essentiellement du pilotage de chantier. Cette expérience a transformé notre regard et notre approche du projet. L’architecture est pour nous un savoirfaire artisanal puis un savoir-faire conceptuel. La forme va naître des besoins et souhaits du client avant tout puis des contraintes économiques, techniques et écologiques. Un client, c’est un caractère et un budget avec lequel il faut composer. Nous sommes dans une réalité constructive et non formelle. Dans quoi puisez vous quand vous concevez un lieu ? Je suis habité par une banque d’images, des envies de textures, de matières et de lumières. Les rencontres sont aussi essentielles dans le processus de création. Il y a aussi mon environnement : la Tunisie. Je retiens avant tout la pluralité de son architecture. Car contrairement à l’opinion générale, l’architecture tunisienne ne se limite pas à l’architecture arabo-musulmane. Elle est aussi multiple et riche que les cultures qui l’ont traversée depuis des siècles.

Comment situez vous votre architecture ? Je compose avec le lieu avant tout. Les moyens techniques mis à notre disposition restent limités, nous tournons à notre avantage cette contrainte qui produit une architecture sans excès. Elle est à l’image d’une photo en noir et blanc, l’essentiel transparaît dans un minimum d’ingrédients. Dans le Portugal d’après-guerre, l’architecte Alvaro Siza a exploré, en réaction à l’académisme d’inspiration nationale prôné par le régime de Salazar, le chemin d’un certain modernisme en puisant aux sources locales, aux techniques artisanales, et en revenant à la tradition des maisons populaires blanches et dépouillées. Kenneth Frampton a appelé ce phénomène le « régionalisme critique ». J’ai le sentiment que mon approche architecturale s’inscrit dans la volonté de faire émerger une esthétique puisée dans des principes simples et évidents liés au milieu. Un mur blanc peut être porteur d’émotions. A mon sens, la complexité n’est pas la clé en architecture. D’un point de vue plus global, les architectes sont aussi les acteurs majeurs d’une ville en évolution. Pensez vous avoir un impact sur ce phénomène ? Il y a aujourd’hui un réel phénomène de densification de l’espace urbain. Nous devons

images de références : 1 Vase Black Collection, Lalique : le luxe est aussi dans le dépouillement, le brut, le retour à l’essentiel. 2 Pierre Soulages «Estampes» la lumière nait du noir, l’émotion provient du contraste.

l’assumer et mieux le canaliser. L’urbanisation existante pose de nombreux problèmes et se fait généralement dans l’urgence. Notre impact est très faible malheureusement, il se situe à l’échelle de la maison ou de l’immeuble : une toute petite échelle où nous tentons de respecter au mieux l’environnement et d’anticiper certaines évolutions.

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Berges du Lac, Tunis

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La maison du Lac

La maison s’articule autour d’un patio central à la végétation luxuriante. Ce vide amène ainsi la lumière dans les pièces de vie (salon, séjour, salle à manger). L’architecte réinterprète ici un élément clé de l’architecture méditerranéenne. Le patio, que nous retrouvons autant dans les villas romaines que dans les maisons de la médina, a de multiples fonctions : il est source de lumière dans les tissus urbains les plus denses et permet une meilleure circulation d’air dans les périodes les plus chaudes de l’année. La maison du lac est à la fois tournée vers son patio et vers un jardin. Il y a deux points d’attraction qui permettent d’avoir des espaces traversant. Le regard se pose constamment sur un point de verdure.

L’ensemble de l’édifice forme un bloc compact assez massif. Les murs très épais confèrent une plus grande inertie et un minimum de déperdition de chaleur ou de fraîcheur. La maison est légèrement surélevée par rapport au niveau de la rue. Le rez-de-chaussée est de plain-pied avec le jardin à l’arrière, un sous-sol à demi enterré permet d’aménager des locaux techniques et un appartement pour recevoir des amis. Les flux énergétiques sont ici maîtrisés dans un réel souci d’économie et d’architecture durable. A l’abri des nuisances de la rue, à l’autre bout de parcelle, un jardin avec une piscine en forme de T est aménagé. Le plan d’eau est dans la continuité de la terrasse et du séjour. L’articulation des espaces et le choix d’un patio central ont permis de restituer une transparence dans un volume à première vue massif et opaque. La cuisine, également tournée vers le jardin, offre un espace généreux. Elle est en quelque sorte le foyer de la demeure, le plan de travail central permet d’aménager un coin-repas où toute la famille se réunit.

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Ci dessus : détail de la toiture et du traitement des acrotères soulignées par une dalle de pierre. Ci contre : Vue en contre plongée du patio central autour duquel s’ouvre la bibliothèque-séjour, le salon et la salle à manger.

L’architecture de la maison du lac, dans sa grande simplicité, a su composer avec l’introversion d’un patio central et l’ouverture d’un vaste jardin.

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La maison du lac est la première réalisation de l’Atelier 13. Cette maison commandée par les parents de Karim Ben Amor lui permettra de mettre en forme certains principes fondamentaux de son architecture. textes : Shasha photos : Pol Guillard

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Ci dessous, ci contre : Le séjour est partitionné en deux zones de polarité : la cheminée d’une part et la terrasse d’autre part. La cheminée est ici aménagée dans la continuité de la fenêtre, elle est soulignée par une tôle d’acier pliée. Elle est accompagnée d’une encre de bateau repêchée par l’architecte. Le support d’allège est en pierre grise de Foussana.

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Ci contre : La partie du séjour ouverte sur la terrasse est présente une table basse en acajou dans un design art nouveau. La table de chevet est taillé dans un tronc d’arbre et est conçue par Fériel Mezgheni Denisot. Le tableau est signé Jmech.


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Page de gauche : Vue de la salle à manger depuis le séjour-bibliothèque. Le patio central procure à l’ensemble du volume plusieurs niveaux de lecture et de transparence. Page de droite : Une large bibliothèque occupe tout un mur du séjour. L’architecte en a profité pour y glisser les battants de la porte coullissante.

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Page de gauche : Vue de la terrasse depuis la piscine. Le regard est ici porté jusqu’au hall d’entrée par la transparence des lieux. Page de droite : Une fenêtre en bande cadre la vue depuis la cuisine.

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Styles Focus : : h : : shopping : : Sélection MdT : : ADRESSES

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Vous êtes architecte de formation mais vous vous êtes entièrement dévoué à la peinture. Estce un choix ou un hasard de parcours ? Je dirai que c’est un hasard de parcours. Quand j’ai vu le succès inattendu de ma première exposition en 1992, j’ai décidé de continuer dans cette lignée. Cela dit, je ne suis pas entièrement dévoué à la peinture. Disons que la peinture n’est pas mon moteur d’existence ni de travail. L’architecture non plus. Mon activité principale et mes recherches se situent plutôt au niveau de la pensée et de la réflexion sur certains phénomènes cognitifs. La peinture est un moyen de manipuler plastiquement ces phénomènes au niveau visuel. Donc, la peinture n’est pas un but en soi mais un des domaines d’expérimentation de mes réflexions sur les logiques de fonctionnement du cerveau. Je développe un travail de recherche sur les mécanismes du cerveau pour comprendre l’état singulier d’harmonie auquel tend tout être vivant, y compris l’homme. Quand je peints, je ne m’arrête que lorsque cet état de singularité harmonique et rythmique est atteint et maintenu au niveau de l’œuvre. L’architecture est toutefois très présente dans vos peintures. Vous semblez revendiquer aussi bien votre regard d’architecte que votre regard

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d’artiste sur le monde et ses espaces. Ne pensez-vous pas que percevoir le monde à travers l’effervescence de l’imaginaire revient aussi bien à l’artiste qu’à l’architecte ? C’est vrai. C’est très juste parce que la matière principale de l’architecte c’est l’émotion. L’architecte est sensé installer des atmosphères, des univers. Si je dessine beaucoup d’architecture dans mes peintures, c’est principalement à cause de ma formation. J’ai des facilités à décoder les espaces et à les manipuler librement. Je distords les bâtiments, je les change…etc. Et quand on les distord, le regard est décalé. Ce décalage permet par la suite de charger les espaces d’histoires, d’émotions, de sentiments et de générer des situations nouvelles…Quand on extrait des phénomènes de leurs contextes, on peut par la suite les manipuler de manière plus précise et plus libre. Dick Hillenius a dit : « nos cerveaux nous poussent constamment à changer notre environnement de façon à ce que nous y cadrons, mais lorsque la limite de cet effort de changement est atteinte, l’on obtient l’effet contraire : nos attentes et nos besoins sont modifiés jusqu’à ce qu’ils épousent l’environnement. Le premier scénario est celui de l’enfance, le second, celui de l’âge adulte. Seuls les artistes parviennent à rester dans la première attitude ». Cette pensée n’expliquerait-elle pas indirectement votre peinture

l’univers enchanté de

Samir Makhlouf propos recueillis par Fériel Lejri

« ludique » et « fantasmagorique » exprimant une vision du monde libre de tout a priori ?* Oui. Il se trouve que les enfants sont moins contraints par des responsabilités ou par la nécessité vitale d’ordonner le monde qui les entoure. Les enfants n’établissent pas au préalable les connexions entre les événements ou les phénomènes qui les entourent. Ils peuvent donc manipuler leur environnement et le recomposer selon leurs envies et leurs sensations de l’instant. Chez l’enfant, la sensation est plus dominante que l’obligation. Et je m’identifie dans ce mécanisme de fonctionnement physiologique. L’aspect ludique se situe lui aussi au niveau de ce mode de fonctionnement. Quand on distord les choses, qu’on les sort de leur contexte et qu’on les manipule avec liberté, c’est un jeu !

Enceinte (le mur d’-) (ex le mur et l’arbre) Acrylique sur mdf/ 100X100 / 2009 L’arbre porte ses fruits; les fruits portent leurs arbres. Le mur porte la demeure et la demeure ses êtres. Dans toutes ses portées, que de mon tableau demeure la matrice qui fait naitre chaque jour d’autres portes aux abords de nos murs.

Vous accompagnez vos peintures par l’écriture. Parfois, l’histoire révélée par le texte n’est pas entièrement superposable avec celle suggérée par la toile. Le texte semble alors être le prolongement de vos peintures et non leur traduction directe. C’est quoi donc exactement le rôle que vous attribuez au texte dans la présentation de vos œuvres picturales ? Le texte fait partie d’un dispositif. Une fois que je finis de peindre, je photographie mes toiles et je les raconte dans un texte. Ce texte n’est pas toujours narratif. Il peut raconter l’historique de la toile ou son processus ou bien la technique utilisée. Il peut aussi n’y avoir aucun rapport direct entre le texte et la toile. Le texte est là pour installer autre chose. C’est une œuvre sur l’œuvre. Le texte ne guide pas forcément celui qui découvre la toile mais lui donne d’autres repères pour explorer l’oeuvre. J’aime bien écrire. Le fait que la toile soit photographiée, imprimée et accompagnée par un texte, cela crée un dispositif qui donne de la valeur à l’œuvre, une sorte d’attention et d’écoute par rapport à l’oeuvre exposée. Ce dispositif génère parfois chez les personnes qui regardent mon œuvre des réactions inattendues, drôles…etc. Je m’amuse beaucoup avec les personnes qui regardent mes toiles.

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Ménages (ex ménage volant) Acrylique sur mdf/ 95X95 / 2009 « Si dans ce tableau tu as vu le chat c’est que tu sais leur science des endroits. Si tu as vu le linge qui sèche, c’est que tu sais l’alchimie des vents. Si c’est plutôt le caleçon de la dame qui a attiré ton regard, je ne saurais te dire ce que tu penses que tu sais. Si par contre la construction du tableau te questionnes, c’est que l’architecture est toujours frivole. Enfin, si le ciel est trop bleu c’est parce que la petite fille est heureuse dans ce manège du ménage dont les grandes personnes ne retiennent que l’ennui.»

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La chambre (ex immeuble doudou) (aphorisme de la métamorphose) Acrylique sur mdf/ 93X93 / 2009 « La chambre attend que son locataire revienne. Elle est une pièce parmi les pièces qui composent l’immeuble, parmi les immeubles qui composent la ville; elle sera un palace de sorciers, la forêt aux peuples de hasards, les fragments jaloux des éclats de rires et des overdoses de rêves ou de peines. Mon tableau retient ou tend, l’une sans l’autre, cette double existence; il marque, en somme, l’aphorisme de la métamorphose.»


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Harmonies Insolites Construite en 1884 sur la colline de Byrsa, la cathédrale Saint Louis s’est transformée le temps de quelques heures en un décor baroque pour des objets inédits. Les styles se mélangent pour créer des ambiances uniques dans une architecture aux influences byzantines. mises en scène : Shasha photos : Pol Guillard assisté par Sofiane Ben Hadad remerciements : Prestige Project, Loft, Comptoir d’Amilcar, Zina, Caravansérail,

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Prestige Project : Tabouret Strings Stool par Shin Azumi (Magis) 625 DT LOFT : Lampadaire Styles Tolomeo Mega (Artemide) 2380 DT, Cubo geoline (slide) version extérieure 380 DT, version intérieure 265 DT. Le Comptoir d’Amilcar : Couffin rauyé noir et blanc, 150 DT l’unité. Tapis Margoum 140x70cm, 140 DT.

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Prestige Project : Boîte de rangement Box par Ronan & Erwan Bouroullec (Vitra), 820 DT. Chaise noire en plastique Chair First par Stefano Giovannoni (Magis), 315 DT. Le Comptoir d’Amilcar : Tapis rouge 200 DT Loft : Lampadaire rouge Twiggy (Foscarini) 2500 DT.

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Zina : lit + tête de lit disponibile sur mesure, houssé de lin teint à la main 1950 DT. Parure de drap en coton satiné 470 DT. Taie de coussin en lin teint à la main 65 DT. Coussin en lin teint PM rectangulaire 75 DT. Plaid en lin teint à la main molletonné 210x210 cm 410 DT. Lampadaire «chocolat» blanc 220 DT. Parure de bain 95 DT.Savon 6 DT. Pouf en céramique PM 150 DT. Lanterne «Basly» en verre et cuivre 290 DT. Tapis «haute-laine» gris 2x3 550 DT. .

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LOFT : Cubo geoline (slide) version extérieure 380 DT, version intérieure 265 DT. Lampadaire Tobe (Kartell) 895 DT.

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Zina Plateau en cuivre nickelé diam 60 cm ,220 DT Vaisselle «Kélibia» céramique fait à la main Etoile en céramique 6 DT. Parure de drap en coton satiné, 470 DT. Taie de coussin en lin teint à la main ,65 DT. Coussin en lin teint PM rectangulaire, 75 DT. Plaid en lin teint à la main molletonné 210x210 cm, 410 DT.

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Le Comptoir d’Amilcar : Banquette. Table d’appoint en tôle pliée noire, grande taille 220 DT, petite taille 200 DT. Kahenart : Disque en cuivre avec pompom rouge. Trio de bougeoir. Pouf en cuivre. Boites noir en bois et cuivre 32, 26, 21, 18 cm. Plateau surélevé rouge. Verres à thé. Tagine en cuivre. (Prix sur demande)

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L’ancienne maison de vacances de Monsieur Sébastian devenue le centre culturel de Hammamet est probablement le plus bel exemple d’une architecture née de la rencontre des savoir-faires des maalems de Hammamet et d’un mode de vie « moderne ». Dans la blancheur de cette architecture des meubles et des objets de décoration ont pris place pour annoncer les belles journées d’été. mises en scène : Shasha photos : Pol Guillard remerciements : Prestige Project, Comptoir d’Amilcar, Zina, Caravansérail, Kahenart, DOM

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Prestige Project : Chaise à bascule, (Rocking Arm Rod Base) par Charles & Ray Eames, 1950. 980,500 DT. Tabouret en bois et armature métallique (Rocking stool) par Isamo Nogushi, 1954. 1275 DT. DOM : Pouf poire turquoise, 130 DT. Saladier blanc 40 cm, 115 DT. Saladier blanc 35 cm 80.500 DT. Saladier blanc 30 cm 47.900 DT Kahenart : boite en cuivre et bois. Saladier en cuivre martelé. Grand plateau, pompon rouge. (Prix sur demande)

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Prestige Project : Table basse métallique noire Prismatic Table par Isamo Nogushi, 1957. 850 DT. Lampe japonaise Akari 3X par Isamo Nogushi, 1951. 337.50 DT. DOM : Pouf miami cuir ecru 220 DT. Siège astra blanc 520 DT. Saladier blanc 40 cm, 115 DT. Saladier blanc 35 cm 80.500 DT. Saladier blanc 30 cm 47.900 DT Kahenart : Goblets en cuivre (Prix sur demande).

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Prestige Project : Chaise The Worker (Hella Jongerius 2006) 4942,500 DT. Tabouret Butterfly Stool (Sori Yanagi 1954), 867,500 DT Tabouret Rocking Stool, (Isamu Noguchi 1954) 1275.000 DT. Table Metal Side Table (Ronan and Erwan Bouroullec 2004)875,000 DT. Kahenart ::Verres à thé + sous verres Verres à eau Broc en cuivre Tagine Plateau surélevé (Prix sur demande).

Prestige Project : Chaise en vert Panton Chair par Verner Panton 1999, 402,500 DT Chaise en rose Panton Chair par Verner Panton 1999, 402,500 DT. Chaise en blanc Panton Chair par Verner Panton 1999, 402,500 DT.

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Serviettes de table 33x33 cm décor olive 3,300Dt les 20 Styles

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Petit encas entre amis chez MONOPRIX Avec l’arrivée du beau temps il y a comme un air de fête. Quoi de mieux qu’un petit apéro entre amis ou en famille. Bien que spontané, vous pouvez toutefois apporter une petite touche déco à ce petit rituel. Rien de plus facile avec les plats et les coupelles apéritif que vous propose Monoprix Maison.

Plateau à servir 45x30 cm avec planche en verre 15x20cm et 3 coupelles en porcelaine 14 cm 43,890Dt

Ensemble apéritif : 1 plateau en bambo, 1 planche en verre, 2 bols en porcelaine 23,690Dt (les 2 verres à pied ne sont pas inclus dans le prix) Assiettes dessert en porcelaine 19 cm 19,900Dt les 4

Plateau 30x25 cm avec plat à compartiments en porcelaine 33,990Dt

Plateau en mélamine décor fromage 52x37cm 21,800DT

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Plat à pizza en porcelaine 35cm et un coupe pizza 19.900DTT Planche à découper pour fromage 34cm en verre support bois + 3 couteaux 46,400Dt

Sélection MdT pour Objets pour un quotidien tout en beauté !


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Reimex 41, Rue 8600, ZI Charguia 1 Tél. : 71 773 680 - Fax : 71 799 510 commercial@reimex.com.tn www.reimex.com.tn

Chateau d'Ax Immeuble le Dôme Rue du lac Tchad 1053 Les berges du lac 71 965 727

Rochebobois Avenue de l'UMA, La Soukra. Tél. : 70 948 420 Fax : 71 868 701 k.benali@roche-bobois.com www.roche-bobois.com

Valentino Avenue Fattouma Bourguiba 2036 La Soukra 70 948 816

Salottitalia ZI MghiraI Lot 65, Fouchana , Ben Arous. Tél: 79 408 709. - Fax : 79 408 783 info@salottitalia.net www.salottitalia.net Reimex 41, Rue 8600, ZI Charguia 1 Tél. : 71 773 680 - Fax : 71 799 510 commercial@reimex.com.tn www.reimex.com.tn Salah sfar D.A.B s.a.r.l. 20 rue du Grenadier 2070 La Marsa – Tunisie Tel/Fax: +(216) 71 74 73 68 philippedab@hexabyte.tn Tanit Center Résidence Jinène Eddonia, La Marsa Mitoyen Carrefour. Tél. : +21670 938 667 - Fax : 70 938 727 carthago@carthagoceramic.com.tn Valpaint Tanit Center, Résidence Jinène Eddonia, La Marsa Mitoyen Carrefour Tél : +216 72 681 051 - Fax : 72 681 071 valpaint.tunisie@valpaint.com.tn Zina Paris 2 rue Habib Thameur 2078 La Marsa tel : + 216 22 251 701 fax : + 216 22 647 134 zinatunisie@yahoo.fr

Adresses

Eddiar Route de la marsa km 9 2046 Laouina 71 761 373 Technobat 62 bis, avenue de l'UMA 2080 Ariana 70 837 406 Artinox 9 rue 6809 ZI la charguia I 2035 Tunis 71 773 706 Tuline 8 bis rue Apollo 11 1082 Cité Mahrajène 71 894 211 Sia Home Fashion Route de la marsa km 9 2046 Laouina 70 726 082


MDT : Mars - Avril 2010  

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