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WARTROOPER : L'Enfant et le soldat

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Yann Alidor

WARTROOPER : L'Enfant et le soldat

Editions l'Antre du Khaos 5


Šcopyright : Aout 2007 en ligne sur le site Lulu.com Editions L'antre du khaos, M. ALIDOR Yann 5 rue verlaine -08130 ATTIGNY Email :Yann.alidor@aliceadsl.fr 6


Merci au GR746

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à Stélina et Lou-Anne, deux anges qui illuminent ma vie.

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Note de l'auteur : Au départ, Wartrooper était mon premier jeu de rôles. (il ne fut pas éditer). J'ai écrit par la suite des nouvelles pour agrandir le background de celui-ci. Il est devenu par la suite, mon premier roman de science-fiction basé sur un monde lointain en guerre. « L'enfant et le soldat » est une nouvelle tirée de cet univers. Elle fut écrite pour figurer dans la quatrième anthologie du Groupe GR746. Une compilation de nouvelles sur le thème des rêves intitulée « D'un rêve à l'autre » que l'on peut trouver sur lulu.com. Bonne lecture.

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Système de Shen-Yo, planète Wenshoog, secteur 01-AlphaB/15 — Striker ? Ainsi, c'est comme cela que tu t'appelles ? — Oui, répondit le soldat dans un murmure, en scrutant de nouveau dans ses jumelles. Le tiraillement dans ses jambes et le bas du dos le refit souffrir. Il y jeta un coup d'œil. Rien. Il n'y avait rien. Aucune blessure, pas une goutte de sang et pourtant, la douleur était bien présente. Ce n'était pas une crampe, il n'était pas resté assez longtemps pour en avoir une. Mais il avait extrêmement mal. Bizarre, songea-t-il. — Et que fais-tu, là ? demanda la voix, troublant de nouveau le silence du grenier de la chapelle en ruine. Striker se tourna vers celle-ci. Un enfant drapé d'une toge bleue et blanche, était accroupi à côté de lui. La faible lumière du cyalume éclairait d'une lueur verte, son visage angélique. légèrement sale par la poussière, mais rayonnant de bonté. La misère dont souffraient les autres habitants du village ne l'avait pas, étrangement, affecté. Les joues étaient bien joufflues et il semblait bien portant. Seule la crasse jouait en sa défaveur. À vue d'œil, le soldat lui donnait une dizaine d'années. Une chose l'intriguait : il ne savait pas comment celui-ci était 13


arrivé près de lui sans faire de bruit. Striker ne l'avait pas entendu. Le gamin lui avait même foutu une trouille lorsqu'il lui avait parlé la première fois pour demander ce qu'il faisait dans ce coin de clocher. Le soldat avait pourtant mis en place son radar de détection de mouvement devant lui avant de s'installer sur son emplacement de tir. Celui-ci n'avait pas bipé pour indiquer la présence du mioche. Il se rappelait toutefois avoir fouillé cette partie en ruine de la chapelle et n'y avait trouvé que des gravats et de vieilles statues en marbre blanc. La majorité était en miettes. Résultat de plusieurs impacts d'obus sur l'édifice dont le toit avait été éventré. Striker tenta une nouvelle fois d'appeler son chef d'escouade. Rien. Son oreillette ne laissait entendre qu'un grésillement. Les lignes de communication étaient perturbées depuis un moment. Pourquoi il n'y avait plus de transmission, qu'est-ce qui s'était passé ? se demanda-t-il. Il ne répondit pas à la dernière question du garçon et regarda de nouveau dans ses jumelles. Il scruta les ruines des immeubles qui se situaient à plus d'un kilomètre de lui. Selon le rapport précédent, les ennemis devaient se trouver derrière ceux-ci. L'Armée de Défense Planétaire avait reculé devant l'attaque soudaine des Bolchocks. Les Séparatistes avaient gangrené le pouvoir en place et avaient fomenté des émeutes ultraviolettes. La milice locale avait été exterminée ou s'était retournée contre le gouverneur affilié à la Fédération de Warland. La population loyaliste avait fui ou s'était jointe aux Dissidents. Qu'elle était la rôle de l'escouade Echo-01 des Templiers de 14


l'Ordre Noir dont faisait partie le Frère-Soldat Striker ? Extraire cinq hautes personnalités de la mégapole-capitale de la planète Wenshoog et les acheminer jusqu'au point d'extraction 12/R/52 à une trentaine de kilomètres de là. Oui, pensa-t-il. C'était l'objectif de leur mission jusqu'à ce que la section tombe sur une cinquantaine de personnes appartenant à un village voisin de la capitale. Les villageois s'étaient terrés dans les caves de leur maison pour se protéger d'une pluie d'obus meurtriers. Ce n'étaient pas eux qui étaient au départ visés, mais un détachement de l'Armée de Défense Planétaire en fuite. Ils étaient sortis de leur cachette lorsque les Templiers de l'Ordre Noir traversèrent le bourg. Le Frère-Lieutenant Bagwell avait jugé bon de les secourir malgré l'intervention d'une des personnalités. L'opposition de la haute instance fut rapidement réprimée par Bagwell. Il était du devoir des Templiers de sauver toutes personnes appartenant à la Fédération. Striker avait décidé de rester en arrière de la formation pour faire sauter le pont à quatre voies qui reliait le village à la capitale. Celui-ci surplombait un profond ravin. La progression ennemie serait ainsi ralentie et la population secourue. L'escouade avait dissimulé des micro-explosifs de classe Stealth-M4 sur les deux cents mètres d'asphalte. Le seul problème était l'allumage. Les M4 étaient prévus pour ne pas être détectables en faible nombre. Mais les Templiers en avaient placé énormément pour provoquer l'effondrement de la grande structure. Les détecteurs de mines et d'énergie des véhicules ennemis pourraient les trouver si elles étaient mises en fonction trop tôt. La mission de Striker était élémentaire : les activer au moment du passage du convoi Bolchock puis fuir au point de 15


rendez-vous. C'était vraiment simple jusqu'à l'apparition de ce gamin. Il allait devoir se coltiner et protéger le mioche jusqu'au site de ralliement. — Tu es donc un soldat ? — Oui, répondit-il dans un murmure. Un mouvement au-delà du pont attira son attention. Non, juste un buisson arraché poussait par le vent chaud de Wenshoog. — Tu as tué des gens ? — Gamin, je suis un soldat et c'est mon boulot de tuer les ennemis de la Fédération. — Je m'appelle Marc, pas gamin, s'insurgea le garçon en se redressant. — Ok, Marc. Il lui tendit sa main gantée. Moi, c'est Barth. L'enfant la lui serra. Un sourire se dessina sur son visage. — À ta question ? Oui, j'ai tué des gens, car c'est mon... — Boulot, poursuivit Marc en se rasseyant près du militaire. Mes parents m'ont dit que les soldats tuaient tout le temps. — Nous ne faisons pas que cela. Au fait, où sont tes proches ? questionna Striker en se tournant vers Marc. Ils sont avec de la population ? — Non, ils sont morts dans le crash de la navette spatiale. — Désolé, bonhomme. Une odeur âcre mit les sens du guerrier en alerte. Un mélange de bois et de plastique qui brûle, songea-t-il. De la fumée suintait des planches vermoulues du plancher de la chapelle. D'où est-ce que cela pouvait provenir ? Il se releva sur ses coudes pour tenter de voir quelque chose. Une douleur fulgurante au niveau des reins le cloua au sol. Bordel, qu'est ce que c'est encore ? Impossible de se lever 16


plus haut sans que le mal de dos revienne. Ses jambes n'étaient pas douloureuses, mais il n'avait pas l'impression de pouvoir les bouger. Il s'empara de son kit médical accroché à son ceinturon et sortit les injecteurs d'analgésique. Il percuta l'opercule du bout du pouce, pressa l'appareil contre sa cuisse et appuya sur le bouton. Le médicament entra dans son corps. Quelques secondes plus tard, la douleur s'atténua. Il put bouger légèrement sur le sol en rampant et se remit en position derrière les ruines de la fenêtre en ogive de la chapelle. — Et là, qu'est-ce que tu fais ? La fumée avait disparu en même temps que l'affliction. — J'attends l'arrivée des ennemis et je leur bloquerai l'accès du village. Mais, au fait, il n'y a personne qui te recherche ? Qui t'attends ? — Non, je vis ici et il n'y a personne qui m'attend. Barth Striker regarda à nouveau le garçon. Une sorte d'aura lumineuse éclairait l'enfant. Ce devait sûrement venir du cyalume qui se consumait non loin de lui. Son regard ne reflétait aucune peur de se trouver en première ligne avec lui. — Comment vas-tu faire pour arrêter l'ennemi ? — Le pont. Tu vois le pont là bas ? — Oui, je le vois, répondit le garçon après s'être penché pardessus l'épaule du Templier de l'Ordre Noir pour repérer la direction qu'il lui indiquait. — Je les stopperai là, sur ce pont. — Avec ce calibre ? demanda le mioche. — Il pourra m'aider. Striker regarda son Fusil à impulsion modèle I40. Il était placé non loin de lui. Son canon long sortait légèrement des ruines. Une petite couverture de camouflage thermique le recouvrait empêchant ainsi que les signatures calorifiques 17


des éléments électroniques de l'arme apparaissent sur les détecteurs de base. Il était prêt à être utilisé à tout moment. La crosse n'était qu'à quelques centimètres de son épaule droite. La lunette de visée était alignée sur le pont. Le câble neuro-optique reliait le fusil à son casque et offrait de cette façon un pointage directe sur l'œil de Striker. Le microordinateur calculait en permanence les changements de température atmosphérique, de direction des vents permettant ainsi une correction automatique lors du départ du coup. C'était ce qu’il se faisait de mieux en matériel de sniper. — Je peux neutraliser jusqu'à trois personnes en même temps avec cette arme. — Comment fais-tu ? questionna Marc. — J'utilise la lentille de visée qui se trouve dans mon casque. Mon œil marque l'objectif lorsque je le cligne. Je peux ainsi en baliser trois. L'ordinateur du flingue calcule alors, les coordonnées des cibles et les grave dans les microcircuits des cartouches. Je n'ai plus qu'à appuyer sur la détente ou à cligner de l'œil pour annoncer le départ des coups. — Ça marche à chaque fois ? — Normalement, oui. Pour l'instant, il n'avait jamais raté sa cible, songea-t-il. Pas même une fois. Son père lui avait appris à tirer dès son plus jeune âge avec une carabine de chasse puis avec une ancienne version du fusil à Impulsion. Un modèle I15 préFédération comme celui qu'utiliser le sniper de la section du célèbre arrière grand-père de son camarade Fightblue. Que faisait Brian Fightblue en ce moment ? La question était arrivée comme cela. La réponse fut aussi simple : il devait se trouver avec le reste de l'escouade protégeant les habitants du village du jeune Marc. 18


— Qu'est ce que cela te fait de tuer des gens ? demanda le jeune garçon. — Je n'y pense pas. Au début, oui, maintenant, non, songeat-il. Il se cala contre le renforcement en pierre de la fenêtre. L'arche gothique était écroulée et l'ensemble n’abritait plus du vent qui soufflait à l'extérieur du bâtiment. — Tu n'as pas froid, Marc ? Viens par là, sous la couverture thermique. Tes vêtements sont légers par rapport à la température. 15 °C, lut-il sur la visière de son casque. En plus, sa présence ne sera pas détectée par les ennemis. Le jeune garçon se glissa à côté du soldat puis s'immobilisa. — Il ne faudra pas bouger quand je te le dirais. Ok ? — Oui, je le ferais. Pourquoi, faites-vous tout ceci ? — Comment ça ? Striker releva le masque facial de son casque et se tourna vers Marc. Les yeux clairs du gamin étaient étranges. Ils étaient à la fois interrogateurs, rayonnants, perçants, insolites. — Pourquoi, votre section aide notre village ? demanda-t-il enfin après quelques secondes d'attentes . — Votre village appartient à la Fédération et tous les villageois sont sous sa protection. Nous ne pouvons pas vous laisser mourir sur cette planète. —, Mais, c'est notre planète, je ne veux pas la quitter. — Le Haut Commandement organisera votre retour après la fin des hostilités. Vous êtes devenus des réfugiés dès notre premier contact tout à l'heure. La douleur était faible, mais elle revint avec cette étrange odeur de brûlé. Striker bascula sa visière en avant et scruta les environs. Le village était désert. Les bâtiments étaient aux trois quarts en ruines comme cette vieille chapelle. De 19


longues volutes de fumée noire s'élevaient de certaines habitations. Des flammes consumaient les restes d'un transport blindé, modèle standard de la Fédération, mais tous les marquages étaient calcinés. Impossible de savoir à quelle armée il appartenait. Ami ou ennemi ? La jauge de température qui s'affichait dans son optique, grimpa : 50 °C. Étrange ! Rien, il n'y a rien, murmura-t-il . Pas un mouvement. Mais la douleur était toujours présente et il allait devoir consulter le Doc lorsqu'il serait à bord du Red-Templar, Croiseur de guerre des Templiers de l'Ordre Noir. Celui-ci devait être en orbite haute autour de Wenshoog. — Tu as déjà tiré au fusil ? demanda le Templier en pensant à son enfance. — Quelques fois, pour chasser le lapin. Mais je n'ai rien tué. — C'est pas grave. Moi, aussi, continua Barth Striker. C'est durant des parties de chasse que mon père m'a appris à utiliser une arme à feu. Mais, je dois avoir un don, car pour l'instant, je n'ai jamais raté ma cible. Tiens la température est de nouveau de 15 °C, lut-il sur son optique. L'odeur de cramé avait aussi disparu comme sa douleur. — Ah bon ? Jamais, jamais ? Comment fais-tu ? — Tu vois lorsque je prends mon fusil comme cela. Le Frère-soldat s'avança vers son arme. Son épaule se positionna contre la crosse en plastocéramique. Sa main droite prit place sur la poignée-pistolet, son index non loin de la queue de détente attendait sur le pontet. — Il y a une puce à l'intérieure qui identifie le tireur et transmet l'autorisation au micro-ordinateur d'effectuer les réglages qui sont attribués à chaque soldat. Le Templier glissa sa paume gauche le long du fusil et montra le chargeur. 20


— Ici, les cartouches de tirs. Là, la lunette de visée qui est reliée au micro-ordi qui se trouve là-dessous et à mon casque par le câble, là. Le tube, ici, est une sorte de sonde qui permet de connaître l'évolution des conditions atmosphériques aux alentours. Il tourna la tête vers le jeune garçon. Celui-ci l'écoutait avec attention. Il fallait passer le temps, pensait Striker, et valait mieux que cela soit constructif pour l'enfant. — Donc, comme je te l'ai déjà appris. L'optique située dans mon casque permet de viser les ennemis via la lunette de visée. — Dès que tu en as locké un, l'ordinateur inscrit ses coordonnées sur les cartouches qui quitteront ton fusil dés que tu l'auras commandé, poursuivit le bambin. — Tu as bien retenu ce que j'ai dit tout à l'heure. Marc lui gratifia d'un grand sourire. — , Mais bon, ceci n'est qu'une des façons de faire feu sans trop se faire remarquer ou sans exposer son corps à l'ennemi. La seule et bonne manière de tirer et de prendre correctement son calibre, d'enlever son système de visé électronique et de n'utiliser que l'œil et les organes de visées mécaniques de l'arme. C'est là, que l'art du tir se révèle dans tout ses états. — Pourquoi dis-tu cela ? — Je ne sais pas l'expliquer. Mais lorsque je regarde dans mon optique de visée, j'ai l'impression que tout est au ralenti. Comme ces trois drone-éclaireurs qui marchaient sur le pont sans avoir repéré les mines Stealth. Striker cala son épaule contre la crosse de son arme et reprit sa mire. Rien. Il n'y avait plus rien. L'odeur du feu revint aussi fulgurante que la douleur dans son dos.

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— Et alors, tout est au ralenti ? Explique-moi, demanda Marc. Le soldat se tourna vers le garçon. La souffrances et l'émanation avaient disparu aussi soudainement. Il poursuivit sa visée. Les drones ennemis n'étaient plus là. Il n'y avait aucune trace d'eux. — Oui, tout ralenti comme dans un rêve, continua Striker en doutant de ce qu'il venait de remarquer. Quelque chose ne va pas, songea-t-il. Il avait bien vu les robots éclaireurs Bolchocks, mais ils s'étaient volatilisés presque aussitôt. — le temps est au ralenti, recommença le Frère-soldat. J'aperçois la trajectoire de la balle comme si j'étais avec elle. — Mais c'est impossible, s'insurgea le jeune enfant. — Bien entendu. Certains tireurs ferment les yeux au moment du tir et apprécient les dégâts qu'après. L'instant peut durer une microseconde et il ne voit pas le nuage rose de la mort. Je ne ferme jamais les yeux au départ d'un coup. C'est pour cela que j’aperçois la faucheuse frappée. Elle n'est jamais belle à regarder, jamais, soupira Striker. Mais je ne pourrais pas vraiment t'expliquer cette sensation de ralenti comme si tout ce qui se passait autour de moi se trouvait dans un autre espace-temps. La chaleur grimpa de nouveau d'une cinquantaine de degrés. L'impression des flammes qui lui léchaient les jambes de son armure de combat se fit pressente. La douleur revint enfin lui tirailler le bas du dos. Striker cramponnait le jeune garçon sous son bras gauche. Celui-ci ne bougeait pas, ne disait rien. Dans son viseur, il voyait clairement le pont qui fumait. Il cligna des paupières. Des lumières rougeoyantes dansaient devant ses yeux. La structure était coupé en deux. Bordel, que ce passe-t-il ? Son oreillette grésillait des appels lointains. Des voix, il entendait 22


des voix appelaient, mais il n'arrivait pas à savoir qui. Une nouvelle dose de calmants fut injectée. — Où sont tes amis, Barth ? Où sont-ils ? — Entrain de sauver le reste de la population de ton village. J'espère qu'ils ont bien avancé, car les Bolchocks ne vont pas tarder. — Ils t'ont laissé tout seuls ici ? Seul contre tous ? — Pas seul. J'ai mon fusil et je suis avec toi, murmura-t-il en caressant de sa main gantée de kevlar, la tête du jeune garçon allongé à côté de lui sous la couverture de camouflage. De toute façon, je ne vais pas rester ici, bien longtemps. L'ennemi est sur le point d'arriver. Nous partirons dès que le pont n'existera plus. — Le pont est la première chose qui a été construite pour relier la capitale à notre village. Au début, ce n'était qu'une passerelle de bois et de corde. Elle est vite devenue une structure en ferrobéton lorsque les transports coloniaux de la Fédération apportèrent les matières premières. Cela n'empêcha pas ma bourgade de rester loin de la folie de la grande ville et de vivre tranquillement. — Je te crois. Là, où je demeure, ma maison est éloignée de la circulation urbaine. Ma famille loge au calme. — La maison où j'habite est très calme. Je ne vois passer que les tracteurs et les moissonneuses pour aller dans les champs. Et toi, tu habites sur quelle planète ? — Donkan, dans le système de Sordol. — Le système principal de la Fédération de Warland. Tu viens de là-bas ? C'est donc vrai. — Quoi donc ? Demanda intrigué Striker. Quelque chose roula sous ses yeux et attira son attention. Deux douilles cuivrées estampillées du crâne et du soleil de 23


l'Ordre Noir. Des douilles fabriquées par une usine de l'Ordre Noir. Il s'aperçut aussitôt qu'elles avaient été percutées. Qui les avaient tirés ? Ils ne les avaient pas vus à son arrivée. Et pourtant, elles étaient là, en évidence devant lui, à côté de son arme. Choses étranges, elles étaient du même calibre que son fusil. Ses optiques se floutèrent rapidement. Des parasites, sûrement. Lorsque la vision redevint nette, la nuit était calme. Le pont était toujours présent. Pas de trace de drone ou de véhicules ennemis. Pas de grésillement sur la ligne de communication. — C'est donc vrai que tu es un Templier de l'Ordre Noir, continua Marc. — Comment connais-tu cela ? interrogea Striker en scrutant le visage du garçon. — Je sais beaucoup de choses, Frère-Soldat Barth Striker, nom de code « Alpha-trois » et surnommé « Red-impact » par ses frères d'armes, répondit-Marc avec un sourire d'ange. Striker eut subitement un doute. Il avait eu l'impression que les lèvres du bambin avaient été désynchronisées par rapport à la voix. — Les Frères-soldats de l'Ordre Noir de Donkan protègent le gouvernement de la Fédération sans que celui-ci ne soit au courant. Ils ont été créés plusieurs années avant la création de la Fédération de Warland. Les Templiers appartiennent tous à une élite de soldat. Leur mission est simple : tuer les ennemis de la Fédération, là où celle-ci ne peut pas aller. Mais aussi sauver des personnes dans les endroits les plus dangereux. N'est-ce pas ? Striker resta interdit quelques secondes. Le jeune garçon connaissait des choses que peu de personnes à travers l'univers savaient. Très peu de personnes. 24


— Comment es-tu informé de tout cela ? Les lèvres toujours désynchronisées par rapport à sa voix, Marc parla. — En quoi crois-tu, Barth Striker ? — Comment cela ? — Quelles sont tes croyances ? — Je crois en mon travail et en l'Ordre. Je n'ai aucune croyance particulière. Pourquoi cette question ? — La Fédération a fait disparaître à ses débuts les quelques religions qui existaient sur Warland. — Les Religions ont apporté le mal sur Warland et elles ont été abolies par la Fédération, continua Striker. Tous les lieux de prières ont été détruits. Le gouvernement savait bien qu'il ne pouvait pas enlever les croyances de chacun et c'est pour cela que les Pieux ont créé des chapelles, comme celle-ci, sur les colonies planétaires. — Tu es toi aussi au courant de ces choses là. — Marc, qui es-tu ? — Un ami, Frère Striker. Un ami. En as-tu beaucoup des amis ? Les noms des membres de l'escouade Echo-01 se bousculèrent dans sa tête. Félix Bagwell, commandant la section, le Frère-Major Steiner Joachim que tout le monde surnommait Joe, Helliot Siegfried, le Frère Tôt dont le surnom était « Langue de feu », car il n'avait pas son pareil pour faire fonctionner un lance-flamme. Il y avait aussi Brian Fightblue le casse-cou, Rodolf Storm l'expert en explosif, Terkinoviak « main de fer » à cause de sa prothèse cybernétique qu'il avait récoltée lors de la mission sur Caldura-prime. Drux le porteur d'arme lourde que tout la plus part appelait Colosse en raison de sa grande taille et de sa force hors du commun, et enfin Randall « le Doc » et Bellinger. C'était son escouade et ses amis. 25


— Une excellente équipe, n'est-ce pas ? Déclara le garçon avant que le sniper n'est prononcé un nom. Mais où sont-ils maintenant ? — Entrain de protéger les villageois. C'est là qu'ils sont, répondit sèchement Striker. Pourquoi toutes ces questions et qui es-tu, à la fin ? — Je te l'ai dit un ami. Ses lèvres étaient de nouveau synchronisées avec sa voix. Ça y est cela recommençait. La douleur dans le dos et les jambes, l'odeur infecte de brûlé, la température élevée. Les douilles étaient devant lui mais au lieu de deux, il y en avait une dizaine. Dans l'optique de visée de son arme, le pont était en ruine, scindé en deux. Non loin de celui-ci, sur la place en face de la chapelle, un véhicule blindé était en feu. La fumée noire et épaisse montait en direction du ciel à gros bouillon. Plusieurs corps étaient étendus à faible distance du blindé, uniforme camouflage de l'ennemi. Les restes de trois drone-éclaireurs étaient éparpillés sur l'asphalte de l'avenue principale. Qu'est-ce qui s'était passé? L'œil collé à sa lunette de visée, Striker scruta le boulevard, le pont, les cadavres, les drones. L'affrontement avait été violent. Au-delà de la structure effondrée, il vit de nombreuses unités Bolchocks stationnées. De minuscules points bougés tout autour de ceux-ci. L'agitation était énorme. — Tu vois Striker. Ton combat se termine là, déclara Marc en se faufilant jusqu'à lui. Le garçon regardait le champ de bataille qui s'étalait devant la chapelle. La douleur, les odeurs et la température avaient de nouveau disparu. 26


— Ils devront faire un grand détour, continua-t-il, le prochain pont est à plus de vingt kilomètres en amont du fleuve. Tu as réussi Frère-soldat Striker, proclama le gamin joyeux. Le Templier hocha de la tête. Il semble que j'y suis parvenu, pensa-t-il. Comment je ne sais pas, mais maintenant il allait falloir quitter les lieux. — Oui, tu as réussi. Tes amis ne vont pas tarder à arriver et notre chemin se terminera ici, bientôt. L'enfant enleva une chaîne qu'il avait autour du cou. Un médaillon rond en or y était pendu. Il le tendit au soldat qui le prit dans sa main gantée de kevlar. — Que s'est-il passé? demanda Barth Striker en examinant le motif imprimé sur le bijou, un ange sortant ou couvrant une fusée de ses ailes. Je ne me rappelle pas de l'affrontement. — Oh, tu t'en souviendras. Tout te reviendra quand ce sera le moment. — Red-Impact, répondez. Où êtes-vous? La ligne de communication sécurisée des Templiers grésilla dans l'oreillette du sniper. Quelqu'un était présent. Le soldat se tourna vers Marc. Le jeune garçon le regardait en souriant. Des flammes surgirent devant l'ouverture en ruine de la chapelle. La température grimpa de nouveau. — Alpha-3, bon sang, répondez ! Ici, Alpha-1. Le Frère-Major Steiner était dans le coin. Sacré Joe, toujours aux bons soins de ses gars. Il voulut s'exprimer, mais aucun son ne sortit de sa bouche. La douleur revint dans son dos et ses jambes. Striker ne pouvait pas se relever ni se retourner. Une chose lourde était posée sur lui. Il le sentait clairement maintenant. Il entreprit de se débattre pour se dégager. Rien n'y fit. L'objet était trop pesant et l'écrasait. Le soldat commença à paniquer. Le feu 27


se rapprochait dangereusement de lui. Il n'avait pas envie de mourir comme ça. Les filtres de son casque intégral filtraient les gaz nocifs et lui permettaient de respirer, mais le brasier allait dans peu de temps être sur lui. — N'aie pas peur, Barth, tes camarades sont là. Marc toujours souriant était assis à ses côtés. Les flammes qui léchaient le mur en ruine éclairaient son visage angélique. Ses mains étaient posées sur ses genoux. Il ne semblait pas souffrir de la chaleur et du désagrément de la fumée. — Je l'ai trouvé, entendit-il dans son oreillette. Doc, Drux ramenez vos culs par là dans le grenier. Le Frère-Soldat Barth Striker ferma les yeux ou les rouvrit. Il ne savait plus si c'était la réalité ou un rêve. Tout basculait autour de lui. Des bottes apparurent dans son champ de vision, cachant Marc. Il perçut le chuintement caractéristique d'un extincteur. — Drux aide moi à soulever ça. Vite. Doc, le point sur sa santé ! — Hémorragie faible à la jambe gauche. La barre en fer lui a transpercé l'abdomen. Possible hémorragie interne. Il faut le dégager immédiatement. Je cautérise la plaie dès que vous aurez viré tout ceci. Striker se sentait de plus en plus faible. Les sons devenaient au fur et à mesure ténus. Il voyait dans le tourbillon de lumière : les flammes, le jeune garçon, ses camarades qui le sortaient de cet enfer. Quelque chose glissa à travers ses entrailles. C'était froid et long. La douleur revint, mais il ne pouvait plus bouger, plus crier. Puis il ressentit qu'on le retournait sur le dos. Trois personnes s'affairaient autour de lui. Les ombres étaient mouvantes et portaient l'uniforme des Templiers de l'Ordre 28


Noir. On lui injecta de nouveau analgésiques et antibiotiques. Il n' éprouva pas les différentes opérations médicales de premiers soins que lui fit son camarade docteur. Son esprit perçut qu'on le soulevait de terre. Sa tête ballotta de droite et de gauche. Le plafond était en flamme. La chaleur de plus en plus incommodante. Il avait envie de crier à ses amis d'aller sauver le gamin. Il ne fallait pas l'oublier : aucun son ne sortit de sa bouche. Un liquide chaud et amer lui monta dans la gorge. Le sang s'écoula lentement entre ses lèvres. Il emplit son masque facial. Le Frère-soldat Randall s'en aperçut et lui retira d'un geste rapide de la main. — Bordel, Doc, il pisse le sang, cria Drux. — plus qu'un étage, les gars. On se magne, commanda Steiner. Quelques minutes après, un vent frais caressa le visage ensanglanté de Barth Striker. Ses yeux toujours ouverts, il sembla entrevoir sous le porche de la chapelle dévorée par les flammes, Marc le petit garçon. Il ne bougeait pas, insensible au feu et à la fumée. Une aura plus rayonnante que le brasier qui l'entourait, avait l’air d'illuminer l'enfant. Il s'en est sorti, pensa Barth Striker avant que sa vision s'obscurcisse. Système de Sordol, planète Donkan, Commanderie des Templiers de l'Ordre Noir, emplacement Top secret. Quelques semaines plus tard. Après un long passage en Cuve Médical de Soin Intensif IV ou CMSI modèle IV et quelques opérations chirurgicales, le 29


Frère-Soldat Barth Striker s'était remis de ses blessures. Une chose importante le turlupinait depuis qu'il avait repris connaissance à bord du croiseur de Guerre Red-Templar. Que c'était-il passé sur Wenshoog ? Et où se trouvait Marc, le garçon qui était avec lui. Le Frère-Major Steiner, Drux et Randall lui avaient certifié qu'il n'y avait aucun gamin dans la chapelle. Ils avaient localisé le sniper seul et grièvement blessé. Striker resta un long moment a épluché les données de la mission de l'escouade. Les armures de combat des Templiers possédaient des capteurs reliés par ondes à l'ordinateur du médecin du groupe. Randall avait ainsi tout de suite vu que le tireur d'élite était en danger. Steiner s'était au plus vite porté volontaire pour aller le secourir avec Drux et le Doc. Les micro-caméras montées sur le casque de chaque Frèresoldat avaient filmé ce qui s'était passé. Celui de Striker avait montré le conflit. Les drone-éclaireurs avaient traversé le pont suivi de prés par un véhicule blindé ennemi. Le reste du convoi arrivé cent mètres après. Le film décrivait une explosion qui scinda la structure en deux et projeta dans le ravin de nombreuses unités Séparatistes. Les drones furent les premières victimes des tirs du sniper. Les soldats évacuèrent le blindé, mais furent fauchés par les projectiles micro-guidés. Un coup chanceux dans un des réservoirs du véhicule le fit explosé. Ce n'est que quelques secondes après que l'ennemi se trouvant de l'autre côté du pont fit pleuvoir une pluie d'obus meurtrier sur la chapelle. L'image fut coupée dès la première déflagration. La caméra du Frère-major Steiner montrait l'arrivée des trois Frères-Templiers dans l'enceinte religieuse en flammes. Joe Steiner découvrit le sniper allongé sous plusieurs débris de statues. Une barre en fer provenant de la charpente de l'édifice était plantée dans le bas de son dos. 30


Barth Striker passa et repassa au ralenti les films de cette intervention. Une statuette était posée à côté de son corps. C'était celle d'un enfant qui priait. En faisant un zoom sur celle-ci, « RedImpact » serra fortement le médaillon qu'il tenait dans sa main. Il lut l'inscription suivante sur la base en marbre : « Saint Marc de Wenshoog, fils du ciel »

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L'enfant et le soldat