NOMINÉE • Pages 16–41
Josefina Condori Josefina et ses collaborateurs rencontrent beaucoup d’enfants dans les villages andins. Yanapanakusun travaille avec l’école du village pour informer sur la situation des bonnes dans la ville de Cusco.
J Dionisia avait 10 ans, elle était fatiguée et seule dans le noir quand Josefina Condori l’a vue pour la première fois devant l’une des écoles du soir de la ville de Cusco. La famille où Dionisia était bonne l’avait chassée. Elle n’avait nulle part où aller. C’est à ce moment que Josefina a pris la décision. Elle allait offrir aux filles comme Dionisia un foyer, les soins et la connaissance pour se battre pour leurs droits.
osefi na a créé l’organisation Yanapanakusun en 1994 pour aider les fi lles et les femmes qui sont bonnes dans la ville de Cusco au Pérou. Josefi na travaillait elle-même pendant la journée, dans une famille. Le soir elle passait dans les écoles de la ville avec Vittoria et Ronald, avec qui elle avait créé l’organisation. Ils expliquaient que toutes les employées de maison ont droit à un bon salaire, au congé du dimanche et à être traitées avec respect. C’est un de ces soirs-là que Josefi na a rencontré Dionisia. Et la même nuit,
après que Dionisia s’est endormie dans un coin de l’unique chambre de l’appartement, Josefi na a dit à Vittoria et à Ronald: – Nous devons faire plus pour aider les filles. Plus tard, je veux construire une maison où pourront venir toutes les filles qui ont besoin d’aide. Mais jusque là, elles habiteront ici, chez nous. Le rêve de Lima Pour Josefi na tout commence quand elle a sept ans et vit avec sa famille dans un village au sud du Pérou. Elle est assise à sa place préférée, sur une pierre à la forme de Continue à page 18
Josefina Condori est nominée au WCPRC 2008 pour son long combat en faveur des filles qui travaillent comme bonnes au Pérou, souvent dans des conditions proches de l’esclavage. Beaucoup parmi les centaines de milliers de bonnes sont exposées à des sévices dans les foyers où elles travaillent. Josefina, qui elle-même a été bonne, se bat depuis l’adolescence pour les droits des employées de maison. En 1994 a été crée l’organisation Yanapanakusun, qui dirige un foyer pour filles en détresse et un centre pour employées de maison. Josefina et Yanapanakusun font un travail de formation et de prévention dans 30 villages aux alentours de Cusco, diffusent cinq émissions de radio, exploitent un hôtel, une ferme et une école pour filles et garçons travailleurs. 500 filles ont vécu dans le foyer. Des dizaines de milliers ont reçu soutien et aide. Josefina procure aux filles nourriture, vêtements, chaussures, soins, un foyer, la possibilité d’aller à l’école, la sécurité et l’amour. Mais elle travaille surtout pour instruire tous les enfants travailleurs sur leurs droits et leur apporter la connaissance afin qu’ils puissent en exiger le respect.
POURQUOI JOSEFINA A-T-ELLE ÉTÉ NOMINÉE ? colombie ecuador
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TEXTE: JOHANNA HALLIN PHOTO : TOR A MÅRTENS & JOHANNA HALLIN
Les filles invisibles Au moins cinq pour cent des filles au Pérou, c’est-à-dire 560.000 filles, sont bonnes et leur travail est de faire le ménage, la lessive, cuisiner, garder les enfants ou d’autres tâches ménagères. Que les garçons des rues souffrent c’est bien connu, mais les filles souffrent en silence et peu connaissent leurs problèmes.
« Ne sois pas si reconnaissante ! » « Dois-je dire merci parce que je respire ? Non, justement ! » dit Josefina. Ce qu’elle veut dire c’est que beaucoup d’enfants travailleurs ont appris à exprimer leur reconnaissance pour tout. Ils ne s’attendent pas à être bien traités. « Bien sûr que c’est important d’être poli et de dire merci, mais j’essaie d’apprendre aux filles que le fait d’être bien traitée, le respect, pouvoir rencontrer ses parents, jouer et se reposer ce ne sont pas des cadeaux. Ce sont les droits de l’enfant ! »
Bienvenus dans la ville inca Partout à Cusco flotte le drapeau arc-en-ciel. L’arc-en-ciel était un symbole du royaume des Incas qui s’étirait sur toute la chaîne des Andes avant que les Espagnols envahissent la région au XVIème siècle. Cusco était la capitale du royaume inca. À présent le drapeau arc-en-ciel est le drapeau de la ville elle-même.
Salut l’ami ! Il y a beaucoup de façons de saluer de nouveaux amis dans les villages des Andes. Si Edwin, 12 ans, voit quelqu’un avec qui il veut devenir ami, il ramasse un caillou et le lance. Ici il lance un caillou contre Clorinda, 14 ans. Quand elle aura remarqué le caillou à ses pieds, ils pourront commencer à se parler.
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Tous les soirs Josefina et les filles mangent ensemble.
cheval et elle pleure. Son père vient de mourir. Sans père pour s’occuper des champs dans la jungle, la famille va rapidement s’appauvrir. Bientôt ils n’auront plus ni argent pour la nourriture ni vêtements. – Et ce n’est pas la peine de rabâcher que tu veux aller à l’école, dit maman à Josefina. Tu dois aider à la maison, l’école c’est pour les garçons. La vie est vide depuis que
papa est mort. Josefina se met à rêver de partir pour Lima, la capitale. Elle sait que beaucoup de filles de la région y sont allées pour travailler. « Là-bas, je pourrais aller à l’école, acheter de beaux vêtements. Et des chaussures ! Et des bonbons ! » pense Josefina. Alors quand maman dit à Josefina de l’accompagner chez une parente à Lima, elle est très contente.
Battue et chassée À Lima ce n’est pas comme Josefina avait imaginé. Elle devra vivre dans une petite chambre sale avec son cousin et sa famille. « C’était une erreur ! » pense Josefina. Pendant cinq ans elle vit dans la petite chambre. Beaucoup de nuits, couchée sur le sol où elle dort, elle pleure. Le jour, elle s’occupe de l’enfant du cousin, balaye, lave et fait la vaissel-
le. Josefina n’aime pas sortir car les enfants du quartier se moquent d’elle parce qu’elle parle le quechua et non l’espagnol. La femme du cousin crie des ordres en espagnol. Quand Josefina ne comprend pas ce qu’elle dit et se trompe, elle la bat et lui donne des coups de pieds. – Chola, crie la femme. Tu es bête et paresseuse ! Un jour l’enfant de la maison se blesse.
Josefina a sorti des vêtements de bébé pour le bébé de Miriam, qui n’a que deux jours. Miriam, 16 ans, vit dans le foyer depuis trois mois. Elle a été chassée de la maison où elle travaillait quand la maîtresse de maison a découvert qu’elle était enceinte.
Josefina est souvent invitée à l’émission de radio de Yanapanakusun. C’est une bonne façon d’informer les filles qui sont bonnes et que leurs employeurs ne laissent pas sortir.
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Josefina (au centre) avec sa mère dans les environs de son village natal. Quand après dix ans de travail comme bonne, Josefina a retrouvé sa mère, elles pouvaient à peine se parler. Josefina avait presque oublié sa langue maternelle.
– Ce n’est pas ma faute, essaie d’expliquer Josefi na, mais la femme du cousin ne la croit pas. Elle sort un couteau et menace de tuer Josefi na. À douze ans, Josefi na rassemble son courage et demande à son cousin l’autorisation d’aller à l’école. – Fille ingrate, qui s’occupera de notre enfant ? Sors d’ici, dit le cousin. Il ouvre la porte et Josefi na se trouve dans la rue, seule. Mais elle a de la chance. Grâce à un voisin,
elle trouve un nouveau travail dans une famille d’un autre quartier de Lima. Elle peut enfi n commencer l’école du soir. Là, elle apprend lentement à lire, à écrire et à compter. À l’école du soir Josefi na se fait enfi n de vraies amies. Ce sont aussi des fi lles qui travaillent. L’une d’elle emmène Josefi na à la réunion d’une association pour les employées de maison. Elles s’y retrouvent tous les dimanches. Elles parlent de leurs expériences et ensem-
Quand à 12 ans Josefina (à droite) peut commencer l’école, elle entre en contact avec beaucoup d’autres filles qui, comme elle, travaillent comme bonnes. Enfin elle trouve des amies qui la comprennent.
ble, elles essaient de trouver des solutions à leurs problèmes. Et elles rient beaucoup. Maman! À 17 ans Josefi na veut revoir sa famille. Elle retrouve son cousin à Lima qui lui explique comment retourner au village. Le cousin est heureux de la voir, car après que Josefi na avait disparu, sa mère était allée à la police pour signaler sa disparition. Josefi na revoit sa mère. Dix ans ont passé depuis leur dernière rencontre et il y
a beaucoup de choses qu’elle veut raconter. Mais c’est à peine si elle y arrive ! Pendant les années où elle a travaillé, les familles lui ont interdit de parler quechua et elle a presque oublié sa langue maternelle. – Tu m’as tellement manLa recherche des origines des filles et de leur certificat de naissance a mené Josefina à travers la chaîne des Andes. Beaucoup connaissent à présent son travail et soutiennent Yanapanakusun dans son combat pour les droits des filles.
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qué, dit Josefina et elles pleurent ensemble. De retour à Lima Josefina continue à aller à l’école chaque soir. À 23 ans, elle passe enfin son examen. Elle est si fière ! Vittoria, sa nouvelle amie, la félicite. Elles se sont connues à l’association pour les employées de maison et projettent de s’établir à Cusco pour y créer une association similaire. Cusco est une ville sur la chaîne de montagnes des Andes. Il y a quelques siècles c’était la capitale du royaume des Incas et c’est encore un centre où les filles vont travailler. Josefina, Vittoria et Ronald s’installent dans une seule pièce. Quand ils commencent leur travail dans les écoles du soir, ils remarquent que la situation des domestiques à Cusco est encore pire qu’à Lima. La plupart des domestiques sont des petites filles, beaucoup n’ont que cinq ou six ans et sont seules en ville. La plupart viennent de villages tout en haut des montagnes, ne parlent que le quechua et n’ont aucun contact avec leur famille.
les d’état, mais l’organisation de Josefina a aussi créé une école pour filles et garçons qui travaillent à Cusco. Yanapanakusun, l’organisation de Josefina a construit la grande maison pour les filles dont Josefina rêvait. Ils ont aussi un petit hôtel pour des résidents venus du monde entier et un studio de radio pour informer sur le travail domestique des filles. Le travail avance mais Josefina se heurte encore aux oppositions de la police, d’avocats et de juges qui veulent fermer la maison. – Ils ne veulent pas écouter les filles, dit Josefina. – Les filles que nous aidons ont souvent été trompées et ne se sont jamais senties aimées. C’est pourquoi nous voulons montrer que nous sommes vraiment concernés par leur sort.
Jeux et mouvements sont très importants pour la confiance en soi et le plaisir d’aller à l’école. C’est une part importante du programme de formation de Yanapanakusun et de Josefina.
Que font Josefina et Yanapanakusun ? • Dirigent un foyer où les jeunes filles employées de maison ont un logis, des vêtements et la protection. • Recherchent les familles des filles et aident les filles à obtenir les papiers d’identité. • Dirigent un centre d’aide pour les employées de maison de Cusco. • Cinq émissions de radio pour informer sur la situation et les droits des filles, leur famille, leurs employeurs et la société en général. • Travail de prévention dans les villages et les communautés des montagnes aux alentours de Cusco. • École du soir Maria Angola pour les filles et les garçons travailleurs à Cusco. • École professionnelle pour les filles employées de maison. • Exploitation agricole dans la vallée sacrée des Incas. • Exploitent un hôtel et une agence de voyage.
« Nous nous entraidons » Josefina a créé l’organisation Yanapanakusun avec Vittoria Savio Gilardi et Ronald Zarate Herrera en 1994. Yanapanakusun signifie « nous nous entraidons » en quechua. L’organisation a beaucoup de projets. Le plus important, Caith, est le travail de Josefina concernant les filles employées de maison.
Nous nous sentons concernés Très vite le travail de Josefina s’oriente vers l’aide à apporter aux filles travailleuses et invisibles de Cusco. Tout d’abord, on aide les filles à se procurer un certificat de naissance. Mais c’est difficile, car beaucoup ont oublié leur nom de famille et l’endroit de leur village. Josefina doit souvent faire de longues marches jusqu’aux villages des montagnes. Elle profite de ses visites dans les villages pour parler de la situation des filles à Cusco. Quand les filles ont leur certificat de naissance, elles peuvent commencer l’école. La plupart vont dans les éco20
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Rosia Rosia est libre sur la montagne
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osia ne veut pas se lever. Sous la couverture en laine tissée par papa c’est douillet, mais hors du lit il fait froid. De petits cristaux de glace se sont déposés pareils à un voile blanc sur toute la maison et le village. Les sandales de Rosia sont raides par le gel nocturne et le froid lui blesse les pieds. Le petit village se trouve à 4.300 mètres au-dessus du niveau de la mer, alors malgré
la proximité de l’équateur, les nuits sont froides. Rosia court jusqu’au robinet et de nouveau jusqu’à la maison, puis elle saute sur place pour se réchauffer les pieds. Mais au moins le temps est sec. Pendant la période des pluies elle se réveille toujours avec la neige et la boue. Quand le petit-déjeuner est prêt, Rosia réveille son frère et sa sœur, José et Jeovana. Maman et papa ne sont pas là. Ils se sont levés
bien avant l’aube pour descendre la montagne dans une marche de trois heures. En bas la famille possède une culture de maïs. Maman a dit à Rosia de s’occuper du frère et de la sœur. Mais ils trichent avec la toilette, ils se passent seulement un peu d’eau sur le visage. L’eau du puits est glacée. – Ne dites surtout rien à maman, dit Rosia en pouffant. Voit mal Rosia emmène les enfants à son école couleur bleu clair. Derrière le mur en pierre les enfants jouent au foot. Rosia adore le foot. Ils jouent garçons contre fi lles et Rosia n’a pas peur de tacler pour s’emparer du ballon. Elle
Rosia Sencia Peña, 11 Aime : Être sur la montagne avec les moutons. Plat préféré : Pommes de terre bouillies. Désire : Une paire de chaussures claires en cuir. Aime : Mon frère, José 8 ans et ma sœur Jeovana, 5 ans. Jouer au foot. Déteste : Les disputes et les bagarres, quand les enfants sont méchants entre eux. Rêve de : Travailler comme employée de maison, gagner de l’argent et acheter de beaux vêtements. Est fi ère de : La jupe que papa a faite.
TEXTE: JOHANNA HALLIN PHOTO : TOR A MÅRTENS
Là-haut sur la montagne Rosia se sent libre. Elle court avec les moutons et joue avec son frère et sa sœur. Aujourd’hui elle rêve qu’elle travaille à Cusco et qu’elle a de beaux vêtements tout neufs. Soudain elle est tirée de son rêve par le cri déchirant d’un mouton ! Elle se précipite vers le mouton et le renard gris, mais trop tard…
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Pommes de terre piétinées – miam-miam ! Tous les jours après l’école, Rosia aide son père à sécher les pommes de terre. La famille peut conserver les pommes de terre séchées tout l’hiver, sans qu’elles se gâtent. 1. Choisis de toutes petites pommes de terre. Mets-les à sécher au soleil.
2. Après deux jours, on peut marcher sur les pommes de terre et les piétiner pour que la peau en craquant laisse passer le liquide. 3. Piétine plusieurs fois. À la fin les pommes de terre sont sèches et noires.
dribble et marque un but ! Les autres filles jubilent et se mettent à sauter et Rosia lève les bras au ciel. Dans la classe, Rosia n’est pas aussi sûre d’elle. Elle aime l’école. Mais le soleil si fort de la montagne lui a endommagé les yeux et elle a de la peine à voir ce que le prof écrit au tableau. Maman voudrait bien la montrer à un médecin, mais ils doivent d’abord économiser pour payer la visite et le long voyage de quatre heures. D’ici là Rosia est obligée de cligner des yeux et avoir mal à la tête jusqu’au déjeuner. Désire des chaussures L’école finit chaque jour à midi. Alors Rosia prend sa sœur par la main et monte vers les sommets de la montagne. Elles vont garder les moutons. – Sur la montagne, je me sens libre, dit Rosia. Elle a une fronde pour lancer des cailloux contre le troupeau de moutons et
les diriger vers la maison, le soir. Rosia aime le bruit de fouet que fait la fronde. Parfois elle joue avec d’autres enfants qui gardent les moutons sur la montagne. Mais en général il n’y a qu’elle, son frère et sa sœur. Alors elle s’assied sur la montagne, regarde les moutons et rêve. Surtout d’aller travailler à Cusco. Rosia a vu beaucoup de filles du village sauter sur la plate-forme d’un camion et disparaître en ville, vers un monde excitant. – J’aimerais travailler et gagner de l’argent. Je pourrais m’acheter de beaux vêtements, d’abord je m’achèterais un cardigan jaune avec des boutons luisants. Et des chaussures ! Je veux vraiment une paire de chaussures, dit Rosia. La mère de Rosia travaillait à Cusco quand elle était jeune. Maman a parlé des voitures et des bancs croulants de fruits où on vend des pommes, des oranges et des mangues. – Mais je ne veux travailler que chez quelqu’un que je connais, pas dans une famille étrangère. Mais je préférerais aller à Cusco avec ma mère, dit Rosia.
4. Mouds les pommes de terre séchées pour en faire une farine et utilise-la dans le ragoût, les soupes et les potées.
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Le renard gris arrive Soudain le cri déchirant d’un mouton arrache Rosia à son rêve. Le frère et la sœur de Rosia se mettent aussi à crier en voyant les dents luisantes du renard s’enfoncer dans le cou du mouton. Le sang jaillit de la toison. Rosia poursuit le renard gris et le mouton. Elle jette une pierre qui effraie le renard mais c’est trop tard. Son mouton blanc est mort. – Qu’est-ce qu’on va faire ? Maman va se fâcher et nous battre, dit José en regardant avec effroi le mouton dans les bras de Rosia. Il arrive souvent que les
parents battent leurs enfants, mais Rosia sait que leur mère ne les battra pas. Mais elle va crier et se fâcher. Sur le chemin du retour Rosia est triste et elle se tait. Elle porte le mouton et le sang se colle à son pull. Le village n’a pas d’électricité, ainsi quand le soleil s’est couché et que maman a fini de l’enguirlander, Rosia reste seule dehors, assise dans le noir. – Je vais m’en aller d’ici, pense-t-elle au milieu des larmes. Tout s’arrangera, pourvu que je m’en aille.
Rosia avec sa famille, devant leur maison qui se trouve au milieu du village.
Beaucoup d’enfants du village n’ont jamais de petitdéjeuner. Avec le ventre vide, la classe est bruyante et agitée. C’est pourquoi certains parents donnent à tous les enfants un verre de bouillie le matin. Une fois par semaine c’est la mère de Rosia qui arrive avec le goûter.
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Pourquoi est-ce que les filles veulent aller à la ville ? • À la campagne, les gens sont souvent pauvres. Certaines filles vont à la ville pour échapper à la faim et au froid. • Les écoles dans les villages sont petites et n’ont que trois ou quatre ans d’études. Certaines filles vont à la ville parce qu’elles veulent continuer d’aller à l’école. • L’alcoolisme et la violence sont les problèmes les plus courants dans les villages pauvres. Certaines filles vont à la ville pour échapper aux abus chez elles.
Sandales en pneus de voitures Rosia et la plupart des enfants des villages aux alentours de Cusco portent des sandales, été comme hiver. Elles s’appellent ushuta et avant elles étaient en peau de lama. De nos jours les sandales sont en vieux pneus.
Au Pérou, la plupart des filles qui vont à la ville ne savent pas très bien ce qui les attend. Les filles qui sont employées de maison doivent souvent travailler dur et sont isolées dans les maisons où elles travaillent, surtout avant qu’elles aient appris l’espagnol. La plupart du temps, elles sont maltraitées et abusées. C’est pour cela que le travail de Josefina, de Yanapanakusun et des écoles du village est d’informer les enfants et les parents sur la vie d’une bonne.
Rosia et ses camarades de classe adorent jouer au foot. Les murs en pierre de l’école servent de lignes de touche.
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Je suis bien !
– Je suis bien ! Je suis bien ! Les cris rebondissent entre les maisons et les montagnes. Dimitri, de l’organisation de Josefina, Yanapanakusun, est arrivé en moto sur la nouvelle route en terre battue, la toute première route à relier le petit village. Il s’agit de l’un des 30 villages que Yanapanakusun visite régulièrement.
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es élèves des premières années de collège, jouent, parlent, font des listes et dessinent toute la matinée. Le sujet c’est la dignité. C’est un mot compliqué et il faut un certain temps pour clarifier ce qu’il signifie exactement. – La dignité c’est se respecter soi-même et les autres, dit Regina. – Exactement, dit Dimitri. Nous sommes peut-être pauvres, mais nous sommes quand même dignes de respect. Vous devez vous appliquer à l’école et être
gentils avec les adultes, mais les adultes doivent aussi être gentils avec vous. Personne n’a le droit de vous battre ou de vous maltraiter. Lidia fronce les sourcils. Quand son père rentre soûl, ça finit souvent en bagarre et en coups. Ce n’est pas du respect, pense Lidia. – Ça me met en colère de voir mon père agir ainsi, dit-elle. Lidia et les autres élèves ont beaucoup parlé des parents et des adultes soûls. Ici, beaucoup d’adultes boivent pour oublier la dureté
Lidia Garate Luza, 13 Aime : Jouer dans la cour de l’école. N’aime pas : Que les adultes se disputent et se battent. Exige : Que papa me respecte moi et mes copains. Regrette : Maman. Elle est morte quand j’étais petite. Admire : Dimitri, qui nous enseigne les droits de l’enfant.
du travail, la faim et la pau vreté. Mais les enfants n’oublient jamais. – Avant je rêvais de partir vivre à Cusco ou à Lima, mais maintenant mon rêve est qu’on construise une école de plus dans notre village, dit Lidia. – Je veux terminer le collège et après ouvrir un magasin. Je vendrai du pain, des nouilles, des pommes de terre et du sucre. Je préfère vivre ici. Mais jamais, jamais je ne boirai et mon mari, quand j’en aurai un, ne boira pas non plus.
Tout le corps participe quand c’est Yanapanakusun qui fait la leçon.
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Assez de profs soûls Jeni Maribel Piñe Pucyura, 9 Aime : Les maths, c’est simple et logique. Déteste : Les adultes soûls. Veut être: Bibliothécaire, pour pouvoir lire tous les livres.
Jeni Maribel adore l’école. Résoudre les problèmes de maths, par exemple. Mais aujourd’hui c’est lundi et la classe ne va rien apprendre de nouveau.
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eni-Maribel et les autres enfants restent assis à leur place complètement immobiles quand ils entendent arriver le professeur. Il sent la sueur et l’alcool. Aussitôt, il se met à crier : – Où est ma chaise ? Vous êtes des bons à rien, espèces de fi ls de paysans idiots ! Qu’est-ce que je fais dans ce trou? Le prof vient de Cusco, mais travaille dans le petit village de Jeni Maribel.
Beaucoup d’adultes de la ville méprisent les gens de la campagne. C’est pour ça que le prof se moque de son travail. Il est souvent soûl et ce jour-là, comme la plupart de lundis, il s’endort la tête sur son bureau. Les enfants restent à leur place en silence toute la journée. Quand le prof se réveille, il ôte sa ceinture pour frapper quelqu’un sur les doigts. À la fi n de la journée d’école, les enfants se ras-
semblent derrière la maison de Jeni Maribel. – Nous devons faire quelque chose, dit-elle. Ils décident d’aller tous à la maison et de parler à leurs parents du prof. Jeni Maribel parle des coups et des réprimandes du prof soûl. Ce soir-là les parents se rassemblent et vont à la police. Le jour suivant le prof ne vient pas. Les élèves restent seuls dans la classe toute la semaine. Mais le lundi suivant arrivent deux nouveaux profs. – Nous connaissons vos problèmes. Mais nous promettons de ne jamais venir à l’école soûls. Nous vous traiterons avec respect comme vous nous respectez en tant que profs, promettent-ils. Jeni Maribel est fière. Avec ses camarades elle s’est débarrassée du prof soûl. – Ils devraient mettre tous les mauvais profs en prison ! dit-elle. Mais pas seulement les profs, tous les adultes qui battent ou maltraitent les enfants.
Jessica Quispe, 11 ans et Juli Borrientos, 9 ans, ont des costumes de la région de Tinta, au sud de Cusco.
Victor Manuel Meza, 10 ans et Marco Antonio Luna Huisa, 11 ans, portent des costumes de la fête des moissons de la région de Tinta.
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La garderobe de Cusco TEXTE: JOHANNA HALLIN PHOTO : TOR A MÅRTENS
Les enfants de la région de Cusco adorent danser et chanter. Il y a beaucoup de beaux costumes à porter et de danses à apprendre. Certains datent des Incas, d’autres ont des origines espagnoles. Pendant les mois de juin et juillet les fêtes se succèdent. Le festival le plus important de Cusco s’appelle Inti Raymi et vient du temps où les Indiens Incas célébraient le solstice d’hiver, le jour le plus court de l’année.
Clorinda Cachira Owepe, 15
Heureuse : Quand je danse. Malheureuse : Quand nos lamas et nos moutons meurent de froid en hiver. Énervée : Contre les adultes qui obligent les filles à travailler jour et nuit sans un seul jour de libre. Désir : Danser de nouveau au bord du précipice.
Rosemery Ugarte, 12 ans porte un costume qui est arrivé au Pérou, il y a quelques centaines d’années, avec les conquistadors espagnols.
Clorinda danse au bord du précipice Reyna Caceres Puma, 10 ans et Carlos Enrique Contreras, 11 ans, portent un costume de Chicchinccha. On les appelle les cowboys des Andes, puisque dans cette région, beaucoup s’occupent de vaches et de chevaux.
Sabina Yahaira, 5 ans, porte un costume Tincus de la région du lac Titicaca dans le sud du Pérou.
Jose Nicolas Ccapatinta Lopez, 12 ans, porte un costume Canchi que l’on met pour exécuter l’une des plus anciennes danses indiennes. Ça consiste à sécher les pommes de terre.
Sur www.childrensworld.org tu peux voir deux films où Clorinda et ses copines d’école dansent.
« J’adore danser ! Mais j’ai besoin de place. Mon village se trouve près de la montagne Apu, dont le nom veut dire dieu en quechua. C’est la montagne la plus haute et la plus sacrée qui entoure Cusco. Chaque hiver nous faisons une grande fête et tout le village danse. Nous les filles sommes particulièrement effrénées. L’endroit où est célébré le festival se trouve sur la montagne près d’un ravin. Les vieux du village racontent de filles à la danse si effrénée qu’elles sont tombées dans le ravin. Une fois j’ai failli tomber dans le précipice ! Mais papa m’a rattrapée. »
Gregorio Cansaya Quispe, 10 ans, porte un costume de diable provenant d’une danse traditionnelle de la région de Paucartamzo, près de la jungle péruvienne.
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TEXTE: JOHANNA HALLIN PHOTO : TOR A MÅRTENS
Fatiguée et seule à
Cusco
La plupart des filles qui viennent à Cusco pour travailler viennent des montagnes qui entourent la ville. Elles rêvent de la ville, d’instruction et de beaux vêtements. Mais le plus souvent la réalité ressemble plus à une prison.
Personne ne me voit
Traitée comme un chien « Je dois rester à la cuisine et manger les restes, comme un chien. Parfois on ne me donne rien à manger. Une fois j’avais tellement faim que j’ai fouillé la poubelle derrière la maison. Alors je me suis dit que j’aurais mieux fait de ne pas exister. » Reyna, 11
« C’est la maîtresse de maison qui fait la cuisine, mais c’est moi qui épluche les légumes et surveille le feu. Après, c’est moi qui fais la vaisselle. Beaucoup de gens disent qu’elle cuisine bien. Ça qui me rend dingue. Il n’y a jamais personne pour voir que je l’aide. » Fany, 12
On lui tire les cheveux « Je lave tous les vêtements de la famille. Le pire se sont les taches de fruits sur le pull blanc de leur enfant. C’est difficile à enlever et si je ne réussis pas, la maîtresse de maison se fâche. Elle crie et me tire les cheveux. » Carmen Celia, 13
Ne sort jamais « Je ne sors jamais. Je me perdrais et à qui je demanderais le chemin ? Je ne parle pas espagnol. Et puis, mon patron dit qu’on peut se faire dévaliser et battre dans la rue ou que la police m’arrêterait. Ça me fait peur. » Laydi, 12
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Valeria s’endort sur son banc
Dit de gros mots « Le maître de maison se fâche facilement contre moi. Quoi que je fasse il crie. De gros mots, très haut. Quand il fait ça, j’ai envie de m’arracher les oreilles. » Juli, 13
À l’école du soir les filles ont l’occasion d’utiliser l’ordinateur. La plupart d’entre elles ne font que dépoussiérer les ordinateurs là où elles vivent.
Josefina rencontre les filles à l’école du soir La visite des écoles du soir est une part importante du travail de Josefina et de Yanapanakusun. C’est là qu’elle rencontre les filles qui ont besoin d’aide. Les écoles du soir sont destinées aux employées de maison adultes mais beaucoup d’élèves sont des enfants. Beaucoup d’employeurs ne permettent pas aux filles d’aller dans les écoles ordinaires, mais ils les laissent aller à l’école du soir après les tâches de la journée. Certaines filles n’ont le droit d’y aller qu’une fois par semaine. C’est pour cette raison que les écoles du soir organisent des leçons supplémentaires, le samedi et le dimanche.
Aujourd’hui, Valeria s’est endormie, la tête dans le livre et les bras sur les genoux. Le prof de la plus grande école du soir de Cusco la réveille gentiment. Ce n’est pas la première fois qu’il voit une fille épuisée après un jour de travail. Mais Valeria a honte. Elle veut bien se conduire, mais c’est difficile quand on a du sable dans les yeux et les bras lourds comme du plomb. « Je me lève juste avant six heures du matin. Il fait froid dans toute la maison et je me mets tout de suite à nettoyer pour me réchauffer. Si j’ai de la chance, les deux garçons dorment jusqu’à sept heures et demie. Ce qui me laisse un peu de temps pour mes devoirs avant qu’ils se réveillent. La maîtresse de maison part travailler quand je me réveille, c’est donc moi qui habille les garçons et qui emmène l’aîné à la crèche. Le cadet n’a qu’une année. Je le garde et je joue avec lui toute la journée. J’aime quand il rit et il m’aime aussi. À la mi-journée je fais déjeuner les garçons et je les lave. Puis, je m’occupe d’eux et je lave les vêtements le reste de l’après-midi. En général c’est facile. Mais parfois mes patrons se fâchent. La semaine passée je jouais avec les garçons dans la rue quand le maître est arrivé. Il n’y avait pas de voitures, ce n’était pas dangereux, mais il s’est mis dans une grande colère et m’a traitée d’idiote. J’avais honte et ça m’a rendue triste. Tous les soirs à six heures je vais à l’école du soir. C’est ce que je préfère de toute la journée, mais je suis toujours si fatiguée. J’ai mal à la tête et j’ai à peine la force de tenir ma plume. C’est pour ça que je ne suis pas si bonne à l’école. Je n’ai pas la force de me concentrer sur ce que dit le prof. J’aimerais aller à l’école pendant la journée comme les autres enfants. Mais c’est impossible parce que je dois travailler. À neuf heures et demie je rentre. Je dois alors faire la vaisselle du dîner et essayer de manger quelque chose avant de me jeter sur le lit, morte de sommeil. »
Valeria Llamacehima Churata, 13 Aime : Bricoler et faire des boucles d’oreilles. Est triste : Quand je pense à maman et à comment elle riait et m’embrassait. Rêve : D’être infirmière.
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Luz Garda trouve
un foyer
Luz Garda a 11 ans quand elle se trouve dans le bus en route vers une ville dont elle ne connaît pas le nom. Elle s’est enfuie. Elle est seule, elle a faim et elle est loin de parents qui crient et d’hommes qui la tripotent. Une femme bien habillée s’assied près d’elle. – Tu as besoin d’aide ?
L
uz Garda n’a qu’un mince T-shirt sur elle. La femme l’enveloppe dans une couverture et lui sourit. – Nous allons à Cusco, dit la femme. C’est une grande ville, mais ne t’en fais pas, je m’occuperai de toi. Luz Garda est contente.
Enfi n un adulte qui s’intéresse à elle. Jusque là elle ne s’était jamais sentie à sa place nulle part. Quand elle avait six ans son beau-père l’avait envoyée chez une tante en ville, pour qu’elle aille à l’école. Mais les années avaient passé sans que la tante se décide à payer les taxes scolaires. Au lieu de cela Luz Garda avait dû aider à la maison et dans le petit magasin de la tante. Un jour, Luz Garda trouva ses sœurs qui l’attendaient devant la porte. Elle les embrassa, tout étonnée. Ses
grandes sœurs lui manquaient depuis qu’elles avaient quitté le village bien des années auparavant. – Tu vivras chez nous, lui dirent les sœurs. Alors elle quitta la maison de sa tante sans dire ni adieu ni où elle allait. Mais la vie chez les sœurs n’était pas ce que Luz Garda avait espéré. Elle arrêta l’école pour s’occuper de son neveu. Les sœurs travaillaient tous les après-midi et toutes les nuits dans un bar. Mais le pire c’était le petit ami de l’une des sœurs. Quand la sœur travaillait, il essayait de déshabiller Luz Garda et de la toucher. Quand Luz Garda le dit à sa sœur, celle-ci éclata de colère. – Ne mens pas à propos de mon ami, cria-t-elle en giflant Luz Garda. Fous le camp ! Alors Luz Garda prit la porte, alla jusqu’à la station de bus et acheta un ticket de
Luz Garda et sa meilleure amie Adaluse sont au marché annuel de Cusco. Les familles chez lesquelles elles travaillaient avant ne leur donnaient pas congé. C’est la première fois qu’elles mangent de la barbe à papa, qu’elles font un tour de manège et sur la grande roue.
bus avec tout l’argent qu’elle possédait. C’est ainsi qu’elle se trouva à côté de la belle femme sur l’autobus de Cusco. Le rêve devient cauchemar La première semaine c’est comme dans un rêve. Luz Garda dort bien et le jour elle aide la femme à balayer la maison. Mais ensuite la femme exige que Luz Garda fasse toujours plus. Les repas, la vaisselle, la lessive, la poussière, laver les légumes, les courses, les vitres. Les tâches se multiplient et la femme est de plus en plus mécontente. Comme Luz Garda vient
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Aime : Danser, écouter de la musique, lire, faire du shopping. Livre préféré : Harry Potter. Musique préférée : Reggaeton. Rêve de : Être artiste ou guide touristique. Admire : Josefina. Elle est comme une mère.
Les droits de la bonne Un jour au marché, près du vendeur de pain, Luz Garda rencontre une fi lle. – Salut, tu es aussi bonne ? demande la fi lle.
Luz Garda achète des billets de manège avec l’argent qu’elle gagne dans la famille où elle travaille en ce moment. Ils sont justes et gentils.
TEXTE: JOHANNA HALLIN PHOTO : TOR A MÅRTENS
Luz Garda Callapiña Chani, 16
d’un village sans électricité, elle n’a jamais utilisé un fer à repasser. Un jour elle brûle l’un des chemisiers de la femme. Quand la femme s’en aperçoit, elle se met dans une grande colère. – Tu es une ingrate et une paresseuse. Je devrais t’envoyer à la police, hurle-t-elle. Luz Garda travaille tous les jours de la semaine, de sept heures du matin à neuf heures et demi, l’heure de se coucher. Elle s’applique à la besogne, mais la femme trouve toujours quelque chose à redire.
Luz Garda hoche la tête étonnée. La fi lle dit que même celles qui travaillent comme bonnes ont le droit d’aller à l’école, le droit d’être libres tous les dimanches et le droit à un salaire. Luz Garda n’a rien de tout cela, mais comment oseraitelle dire quoi que ce soit à la femme ?
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Luz Garda ne revoit plus la fi lle. Parfois elle pense que c’était un ange qu’elle a rencontré au stand de pain. Elle pense tous les jours à ce que la fi lle a dit. Mais chaque fois qu’elle essaie de faire valoir ses droits, la femme se met à rire. Un soir, Luz Garda s’enfuit à nouveau. Elle court jusqu’à ce qu’elle pense que ses poumons vont éclater et que personne ne la suit. Cette nuit-là elle dort sur la place de Cusco. Quand la police la réveille, elle est transie et elle a peur. La police garde Luz Garda enfermée plusieurs jours. Mais fi nalement on l’envoie chez Josefi na et Yanapanakusun. Une quinzaine de fi lles de tous âges
partagent le même dortoir. Toutes proviennent de petits villages aux alentours de Cusco et ont travaillé dans des familles qui les maltraitaient. Josefi na pose beaucoup de questions, mais Luz Garda ne répond pas. Elle la fi xe simplement en silence. Elle n’a plus confiance en personne. A confiance en Josefina Longtemps Luz Garda se donne beaucoup de peine pour irriter Josefi na. Elle est désagréable, refuse d’aider et ne veut être l’amie d’aucune autre fi lle. Mais Josefi na est patiente. Elle comprend que c’est une façon pour Luz Garda de montrer qu’elle est malheuLe certificat de naissance de Luz Garda était nécessaire pour lui permettre de reprendre l’école.
La garde-robe de Luz Garda Vêtements de danse Deux valises constituent la garde-robe vestimentaire de Luz Garda.
– J’adore danser le reggaeton. J’ai pris plusieurs cours de danse pour apprendre à mieux danser. C’est important d’avoir des chaussures à talons quand on danse.
Vêtements de travail – Ils ne sont pas si élégants, alors ça ne fait rien si je me salis.
Chaussures de travail Chaussures de danse
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reuse et en colère. Après une année dans la maison Josefi na dit : – Je crois que nous devrions rechercher ta famille. D’abord Luz Garda a peur. Elle ne veut pas rencontrer les membres de sa famille qu’elle a fuis. Mais fi nalement elle accepte. Pendant le long voyage en bus elle parle avec Josefi na. C’est comme si c’était la première fois qu’elles parlaient vraiment. Chez sa tante Luz Garda reçoit une copie de son certificat de naissance. Cela signifie qu’elle peut reprendre l’école. Ensuite Luz Garda prend son courage à deux mains. – Pardon de m’être sauvée, dit-elle. – Pardon pour les fois où on ne t’a pas traitée comme
on aurait dû, dit la tante. Sur le chemin du retour vers Cusco tout est différent. Luz Garda a fi nalement décidé de faire confiance à Josefi na. Ma nouvelle famille Aujourd’hui Luz Garda a 16 ans. La journée elle travaille dans une famille qui paye bien et le soir elle va à l’école. Ensuite elle revient à la maison chez Josefi na dans la pièce qu’elle partage avec Fortune et Adaluse. – Le plus beau c’est que j’ai une famille ici à Yanapanakusun. Mes camarades de chambre sont comme des sœurs, dit Luz Garda. – Maintenant je suis heureuse et tranquille. Et quand je suis triste je peux pleurer sans crainte.
Les bonbons préférés de Luz Garda.
Luz Garda et sa meilleure amie, Adaluse, sont toutes les deux en dernière année à l’école Maria Angola de Yanapanakusun.
Vêtements de sport – Je mets mes vêtements neufs pour jouer et faire du sport. Ce que je préfère c’est le saut à la double corde. Comme il fait très froid ici à Cusco je fais souvent du sport pour me réchauffer.
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Essaie le quechua
Le droit à deux langues
Salut Je vais bien, frère (à un garçon) Je vais bien, sœur (à une fille) Comment tu t’appelles ? Oui Non Merci Salut/ Au revoir Je t’aime
L’espagnol et le quechua sont toutes deux langues officielles au Pérou. Mais l’espagnol est jugé supérieur puisque dans les villes où se trouve l’argent et le pouvoir, on ne parle que l’espagnol. Beaucoup de gens pauvres dans les montagnes ne parlent que le quechua. Souvent quand une fille arrive en ville pour travailler, elle ne peut parler avec personne. La famille où elle travaille refuse de parler quechua et elle n’a jamais appris l’espagnol. Après quelques années quand elle a appris l’espagnol, il n’est pas rare qu’elle oublie le quechua. Ce qui signifie qu’elle ne pourrait pas parler avec sa famille si elle la revoyait. – Il est donc important que les filles apprennent l’espagnol tout en conservant leur langue maternelle, dit Josefina. Ce n’est pas uniquement une question de langue, il s’agit aussi de pouvoir conserver son histoire et son amour- propre.
Allillanchu kashanki Allillanmi waykey Allillanmi panay Ima’n sutiki? Ari Manan Diospagarasunki Tupananchis cama Noka munakuyki
Gregorio t’apprend à compter jusqu’à dix en quechua sur www.childrensworld.org!
Le cartable et le matériel scolaire de Luz Garda.
Les livres sur Harry Potter sont les préférés de Luz Garda. « J’aime la loyauté entre les trois amis. Et puis Harry a des talents magiques qu’il développe au fur et à mesure qu’il apprend. Je veux développer mes talents de la même manière »
Vêtements d’été
Vêtements d’hiver
– Ce sont mes vêtements de plage. Une fois je suis allée à Lima et j’ai vu l’océan pacifique ! Lunettes de soleil
Chapeau de soleil – Je mets ce chapeau quand je me promène dans la montagne. Il faut se protéger la tête de la forte lumière du soleil, sinon on risque de perdre connaissance.
Le sac à forme de canard vient du lac Titicaca dans le sud du Pérou.
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L’organisation de Josefina dirige l’école du soir Maria Angola. Elle est ouverte aux enfants qui travaillent, filles et garçons. Les filles travaillent souvent dans les maisons ou avec des parents. Les garçons vivent généralement seuls, parfois ils louent un lit et parfois ils vivent dans la rue. Ils travaillent par exemple comme aide-serveur, marchand ambulant, aide dans une boulangerie ou un garage. Mais aussi bien les filles que les garçons sont souvent très seuls et ont le sentiment de n’être bons à rien. Ils doivent travailler très dur et sont souvent fatigués. Beaucoup trouvent que c’est difficile de travailler en groupe, car ils n’ont jamais appris à collaborer en jouant ou en potassant avec d’autres enfants. Les élèves à l’école Maria Angola apprennent beaucoup de choses différentes, mais le plus important c’est d’apprendre : • que tous les enfants ont des droits. • que filles et garçons ont la même valeur. • que chaque personne a droit au respect, à la liberté et à la connaissance. • à travailler ensemble. • à exiger le respect de ses droits.
Un jour à Yanapanakusun 07.15 L’heure de se réveiller En hiver, Josefina réveille les filles à sept heures et quart. Elles ont juste le temps de faire leur lit, se préparer et prendre le petit-déjeuner avant que certaines d’entre elles se mettent en route pour l’école. – Comme il fait froid, elles restent au chaud dans leur lit le plus longtemps possible, dit Josefina. En été, quand le soleil chauffe plus vite, elles se lèvent à six heures et demi.
07.45 Vers l’école Clorinda, 15 ans, descend vite la rue qui mène à l’école. Elle et la moitié des filles de la maison vont à l’école de jour. Les autres vont dans une école du soir.
TEXTE: JOHANNA HALLIN PHOTO : TOR A MÅRTENS
Une école pour filles et garçons
09.00 Nourrir les oies Fortunata et Youana donnent à manger et à boire aux oies. – Elles mangent de l’herbe, des pelures d’orange et d’autres restes. Nous avons sept oies et elles pondent chacune un œuf par jour, dit Fortuna.
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10.00 Arroser les plantes Sonia, 12 ans et Elisabeth, 11 ans ont planté des graines dans de petits pots. Les plantes poussent et grandissent de jour en jour.
09.30 Nettoyer la cage du cochon d’Inde Les filles ont 14 cochons d’Inde dans une cage du jardin. Mais ce ne sont pas des animaux domestiques avec lesquels on peut jouer. Au Pérou le cochon d’Inde est un met délicat et on le mange. – Mais nous ne mangeons pas nos cochons d’Inde. Ils sont si mignons et on a pitié d’eux, dit Vittoria, 11 ans.
10.15 Laver Trapo Le chien s’appelle Trapo, ce qui veut dire torchon ou déchet. Ce nom lui vient de quand il était chiot et que Josefina a voulu le jeter en croyant qu’il s’agissait d’un déchet sur le sol. Adaluse et Sonia lavent Trapo chaque semaine. Le chien vit dans la cour et aboie quand un étranger essaie d’entrer.
10.30 Lapin câlin Il y a un lapin dans le jardin et Fortuna, 17 ans l’a baptisé Meggi. Le lapin arrive en courant quand elle l’appelle.
– Nous soignons les ani maux et les animaux nous soignent. Beaucoup de filles viennent de la campagne et ont grandi avec des animaux, dit Josefina. C’est important qu’elles aient la possibilité de maintenir ce contact. Qui plus est les animaux domestiques leur font du bien, car les filles qui ont été trahies par les adultes, peuvent se retrouver au contact des animaux. Il s’agit de soins, de confiance et d’amour.
Rosalbina, 14 ans, adore jouer à llajes. Sur www.childrensworld.org tu peux apprendre comment on fait.
11.00 Cercle de discussion chez le psychologue Une ou deux fois par semaine, Elisabeth, 11 ans et les autres filles voient le psychologue de Yanapanakusun. Ils parlent des choses graves qui sont arrivées aux filles, mais aussi de comment elles vont maintenant et du futur. – Nous apprenons à respirer lentement, à parler avec nos camarades, à écouter et à raconter. Beaucoup de gens au Pérou pensent que c’est honteux de parler à un psychologue, mais moi je pense que c’est bien, dit Elisabeth.
12.30 Tricot et jeu Quand les tâches du matin sont terminées, Vittoria, 11 ans, se repose. Tous les dimanches, des filles qui travaillent viennent à la maison pour faire des choses amusantes. Il y a quelques semaines elles ont appris à tricoter. Vittoria est déjà en train de faire sa troisième écharpe. Elle se l’enroule autour du cou et continue à la tricoter.
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Bientôt le déjeuner Mariam, 16 ans et Sonia préparent le déjeuner. Toutes les filles déjeunent ensemble, souvent d’une potée aux pommes de terre, maïs et autres légumes.
L’heure des leçons Gracelia, 12 ans et Jeni-Maribel, 9 ans font leurs devoirs à la bibliothèque. Elles vont à l’école le matin, alors quand les autres filles partent pour l’école du soir, elles font leurs devoirs ensemble.
Dans la bibliothèque il y a des puzzles et des bandes dessinées sur les filles qui sont employées de maison.
17.30 Parc de jeux Quand un adulte a le temps de les accompagner, les filles vont au parc de jeux. Il y a des toboggans, des terrains de foot, mais le plus amusant c’est les balançoires.
16.30 Moment de luxe avec DVD Le week-end, après avoir terminé leurs devoirs, les filles peuvent regarder la télé. Ce qu’elles préfèrent ce sont les DVD avec des vidéo musicales. Clorinda a plusieurs DVD avec la chanteuse péruvienne Fresialinda. – Elle est toujours gaie et chante si bien. Et j’aime huayno, c’est de la musique indienne traditionnelle, dit-elle.
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20.30 Dîner Quand toutes les filles sont revenues de l’école du soir, c’est l’heure du dîner. Après le repas, on leur donne une cuillerée de miel. En hiver il fait très froid la nuit et beaucoup s’enrhument. Le miel ça fait du bien et c’est doux pour la gorge.
Écoute et regarde Fresialinda, l’artiste préférée de Clorinda, sur www.childrens world.org!
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18.00 Exercice antitremblement de terre Beaucoup de bâtiments au Pérou ont des cercles marqué d’un S pour les séismes. C’est l’endroit le plus sûr du jardin. C’est là que les filles doivent se rendre en cas de séisme.
22.00 Bonne nuit Elisabeth et Vittoria se brossent les dents en chahutant encore un peu avant que Josefina entre. C’est l’heure d’aller au lit. – Sueña con los angelitos ! Rêve avec les anges ! dit-elle.
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TEXTE: JOHANNA HALLIN PHOTO : TOR A MÅRTENS
La radio des filles Jeudi matin. L’aiguille des minutes s’approche avec son tic-tac de la demie de huit heures. Les lampes s’allument. L’émission des bonnes commence. – Bienvenues ! Aujourd’hui nous parlerons du droit d’être traitées avec justice et respect, dit Inés Kcorahua Cruz. Quand Inés était petite, elle travaillait comme bonne
et c’est Josefi na qui l’a sauvée. Maintenant elle fait une émission de radio pour informer les autres enfants qui se trouvent dans la même situation où elle se trouvait. Amanda, 14 ans, est aussi au studio, elle est employée de maison et une fidèle auditrice.
– Je sais qu’il y a beaucoup de fi lles un peu partout qui sont en train d’apprendre le travail d’employée de maison, dit Inés, il faut du temps pour apprendre. Même quand on fait une erreur on a droit à la justice et au respect. Quand la maîtresse de maison se fâche, crie et tape, tu crois que c’est facile d’apprendre ? Moi, je ne le crois pas ! – Je ne le crois pas non plus ! dit Amanda dans le
Les droits à la radio « J’écoute toujours l’émission des filles. J’ai une petite radio à piles couleur argent. Ce qui me plaît le plus c’est quand on parle des droits des filles. Je travaille tous les jours, je vends des bonbons, des biscuits et des glaces dans la rue. Maintenant je sais que j’ai le droit d’être bien traitée. Le droit d’aller à l’école du soir. Maintenant que je connais mes droits, je me sens plus forte, plus intelligente et plus sûre. Avant je ne savais jamais quoi dire quand quelqu’un me maltraitait. Maintenant je sais ! Il y a des lois qui protègent les enfants et les travailleurs. J’écoute l’émission avec mes parents, comme ça eux aussi peuvent apprendre les droits de l’enfant. »
micro et sur les ondes. Tout le monde fait des erreurs et on apprend un peu à la fois. Mais pas avec des cris et des coups. La radio des bonnes émet cinq heures par semaine, en espagnol et en quechua. La plupart des filles qui sont employées de maison n’ont pas le droit d’écouter la radio. C’est pour cela que l’émission passe le matin, quand les filles peuvent écouter en cachette. – Nous savons que vous êtes beaucoup à ne pas avoir le respect que vous méritez, simplement parce que vous êtes soumises, seules et sans défense, dit Inés. – Mais souviens-toi que si tu as besoin d’aide, Yanapanakusun est là pour toi. Note notre adresse et notre numéro de téléphone pour pouvoir nous écrire et nous rendre visite ! Sur www.childrensworld.org tu peux écouter l’émission.
Zaida Ines Canahuri Quispe, 12
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Félicitations ! Aujourd’hui est un jour très spécial à Yanapanakusun. Aujourd’hui tout le monde a son anniversaire !
L
’anniversaire est un jour important au Pérou. La plupart des enfants et des adultes le célèbrent par une grande fête avec tourte, ballons, clowns, cadeaux, la piñata et beaucoup de bonnes choses. Mais les fi lles qui travaillent n’ont personne pour organiser le festin. Alors, plutôt qu’un jour de joie, l’anniversaire se transforme en un jour de chagrin où on se sent encore plus seul. Plusieurs fi lles qui sont chez Josefi na ne connaissent même pas le jour de leur anniversaire. Elles ont perdu contact avec les membres de leur famille et ne savent plus quand et où elles sont nées. C’est pourquoi Josefi na organise une fête pour célébrer l’anniversaire de toutes les filles en même temps. Rebeca vient d’apprendre que son anniversaire c’est le 13 mai. Ça fait bizarre. Elle sait qu’elle a fêté son anniversaire avant, mais elle ne s’en souvient pas. C’était
avant que sa mère tombe malade et meure. – J’avais alors six ans et après ça mon père se soûlait tous les jours, raconte Rebeca. Je sortais tôt le matin et ne rentrais que le soir. Tout dans la maison n’était que cris et bagarres. Rebeca allait marcher sur la montagne avec les moutons et les lamas de la famille. Là elle pouvait pleurer et penser à maman. À la maison, elle se taisait et faisait attention à ne pas irriter papa. Quand elle avait dix ans, son cousin est venu les voir. – Tu dois la laisser aller à l’école comme les autres enfants, a dit le cousin au père de Rebeca. – Non, elle restera à la maison avec moi, a tonné papa. Mais le cousin a vu que Rebeca avait peur et était triste. Tôt le jour suivant, avant que papa se réveille, ils ont fait le long chemin jusqu’à la ville la plus proche et ont pris le bus pour Cusco.
La liste de Rebeca • Livres d’aventures, de préférence sur les dragons. • Une voiture rouge, pour rendre visite aux gens de mon village. Qu’est-ce qu’ils seraient étonnés ! • Une chambre à moi avec une petite fenêtre, un lit bleu, un lecteur CD et un micro pour chanter.
Rebeca Aguilar Condori, 12 Rêve : D’une chambre tranquille, à elle. Veut être : Chanteuse et écrire des chansons. Admire : Gabatshwane, membre du jury du Prix des Enfants du Monde.
Raconte ton jour spécial ! Célèbres-tu ton anniversaire ou as-tu un autre jour spécial ? Va sur www.childrensworld.org et raconte comment tu célèbres.
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Des princesses
en excursion dans la vallée – Whow! dit Luz Garda en étirant les bras comme un condor, l’oiseau sacré des Incas. Bien qu’elle et les autres filles qui vivent chez Josefina aient toutes grandi dans la campagne autour de Cusco, c’est la première fois qu’elles visitent une ruine inca.
TEXTE: JOHANNA HALLIN PHOTO : TOR A MÅRTENS
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rès d’un million de touristes venus du monde entier visitent Cusco chaque année. Ils viennent pour voir les fouilles archéologiques, pour marcher sur les sentiers des Incas et pour admirer la culture inca. Josefi na, Luz Garda et les autres fi lles se promènent le long d’étroits sentiers et d’escaliers. Arrivées à la ville inca de Pisac elles s’asseyent près du Temple du soleil à la forme arrondie. Je sais que beaucoup d’entre vous ont honte parce qu’elles viennent de la campagne, dit Josefi na. Mais regardez autour de vous ! Vos ancêtres ont bâti tout en haut des montagnes et ils étaient rois. Il n’y a pas de quoi avoir honte. Vous êtes des princesses ! Luz Garda et Sonia se regardent en pouffant de rire. On n’a pas vraiment l’impression d’être une princesse quand on a lavé les sous-vêtements de son patron toute la journée. – Je sais, dit Josefi na en riant avec elles. Parfois on a l’impression d’être moins que rien, surtout quand les patrons sont méchants et le travail est dur. C’est alors que c’est important de se souvenir de ses origines. Pisac se trouve dans la val-
lée sacrée des Incas. Le fleuve Urubamba coule à travers la vallée où poussent au moins quinze sortes de maïs. – Pourquoi les Incas habitaient si haut dans la montagne ? demande Luz Garda. – Parce que les montagnes étaient sacrées et que les Incas riches préféraient vivre près de Inti, le dieu du Soleil, raconte Josefi na. Et c’était aussi plus facile de défendre la ville en cas de guerre. – Il y avait Dieu quand le peuple inca vivait ici? demande Elisabeth. – Oui, je crois, dit Josefina. Nous sommes catholiques et croyons en Dieu. Mais les Incas voyaient Dieu dans le
soleil, la terre, les montagnes, les étoiles et l’eau. Certains rites de leur religion sont restés. Par exemple, c’est très important pour nous qui vivons dans les Andes, de respecter la nature. – Est-ce que Cusco existait au temps des Incas ? demande Luz Garda. – Oui, les Incas croyaient que Cusco était le centre de l’univers puisque c’était la capitale de leur royaume. Les fi lles rient de nouveau. – Quelle belle excursion ! s’écrie Luz Garda. Je suis heureuse de connaître les choses dont je peux être fière.
Un étroit escalier dans la montagne mène les filles à la ville inca de Pisac.
L’Inca Kola est la boisson la plus bue au Pérou.
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Les Incas construisaient des terrasses sur les parois escarpées des montagnes pour y cultiver du maïs, des pommes de terre et des céréales.
Le peuple des rois
Si j’étais un roi inca, je… « … construirais une école seulement pour les filles et ce serait la meilleure école du monde. Avec les meilleurs profs et les plus gentils et tout le monde aurait tous les jours un excellent déjeuner » Graciela Games, 12 « … donnerais à tous les enfants seuls des tas de jouets. Et puis ils seraient libres d’école tous les mercredis pour avoir le temps de jouer avec les nouveaux jouets » Rosalbina Nina Condori, 15
« … construirais un parc seulement pour les enfants ! Il y aurait des toboggans, des balançoires, de grandes bascules et tous les enfants pourraient manger tous les bonbons qu’ils veulent. Le dimanche les enfants se reposeraient, mais le reste de la semaine ils joueraient. Le parc serait ouvert aux riches comme aux pauvres, mais pas aux adultes » Vittoria Carreño, 11 år
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« … ferais en sorte qu’aucun enfant ne soit obligé de travailler ou faire des choses tristes. Tous les enfants devraient pouvoir jouer pendant la journée. Le soir les enfants devraient être avec leur père et leur mère » Sonia Poña Hoyta, 12
« … distribuerais tout mon or, pour que plus personne ne soit pauvre. De cette façon aucun enfant ne devrait travailler ! » Zulma Panique Escolante, 14
• La grandeur des Incas n’a duré que 100 ans, mais pendant ce temps ils régnèrent sur une région qui s’étendait de la Colombie du sud jusqu’au centre du Chili. • Inca signifie roi. • Les Incas n’avaient pas de langue écrite et n’utilisaient pas la roue, mais ils étaient experts dans la construction de maisons en grands blocs de pierre et dans l’acheminement de l’eau depuis les vallées encaissées jusqu’aux sommets des montagnes. • Le Machu Picchu, la ruine inca la plus connue, aussi dans la vallée sacrée, était la résidence d’été du roi. On oublia la belle ville en pierre lorsque les Espagnols envahirent Cusco, mais ses ruines furent retrouvées par un archéologue au début du XXème siècle. • Longtemps, le chemin des Incas fut le seul moyen d’atteindre le Machu Picchu, mais aujourd’hui des milliers de touristes visitent chaque jour l’endroit par train et par bus. • Le Machu Picchu a été déclaré Patrimoine Mondial Culturel par l’UNESCO. 41
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