Skip to main content

Du Champ à L'assiette 2021

Page 1

ÉDITION

2021

le mag

2021

le mag

LES ATOUTS DE NOS RÉGIONS ZOOM SUR

35

HÉRITIERS

CDER Conseil gagnant depuis 1956

une_agri.indd 1

20/08/2021 10:22:18


“FACILITER LES CIRCUITS COURTS POUR LES AGRICULTEURS ET LES CONSOMMATEURS.” GROUPAMA AIDE LES EXPLOITANTS À CULTIVER LEUR FIBRE COMMERCIALE

AGRICULTEURS. INDISPENSABLES AU MONDE.

• Des garanties dommages aux biens et responsabilités civiles essentielles. • La protection de l’activité de transformation de la production en cas de contamination accidentelle des produits transformés, stockés ou vendus. • Des actions de prévention et de sensibilisation aux risques spécifiques (accueil du public, risques sanitaires, etc.).

Pour en savoir plus, rendez-vous sur groupama-agri.fr ou contactez votre conseiller Groupama. Pour les conditions et les limites de garanties, se reporter au contrat disponible en agence.

Groupama Nord-Est - Caisse Régionale d’Assurances Mutuelles Agricoles du Nord-Est - 2 rue Léon Patoux - 51686 Reims Cedex 2 - 383 987 625 RCS Reims - Entreprises régies par le Code des Assurances et soumises à l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution - 4 place de Budapest CS 92459 -75436 Paris Cedex 09 - Document et visuel non contractuels - Réf. Com SDB/2021 - Crédit photo : Aurélien Chauvaud - Création : Agence Marcel. Août 2021.

GUIDE_AGRI.indd 2

19/08/2021 10:43:14

2000841172

Développer une activité en circuits courts ne s’improvise pas, c’est pour ça que Groupama accompagne les agriculteurs à chaque étape avec :


Edito • 03

Chapeau les agriculteurs !

01

rouges et tant d’autres petits trésors pour le palais. Elles sont des terres d’innovation, poussant l’expérimentation loin de la table, jusqu’à concevoir des produits de beauté et des carburants issus du végétal. Cet univers devrait rendre les habitants fiers de leur région, mais ils n’en connaissent souvent que le vernis, que les couleurs des champs et la poussière des moissons. Pour combler cette méconnaissance, faire un guide dédié à l’agriculture était devenu une évidence. Il rend hommage aux hommes, aux technologies qui nous permettent de savourer d’excellents produits et il a vocation à épauler le consommateur dans sa quête croissante de circuits courts.

02

Sébastien Lacroix

HORS SERIE des journaux l’Union et l’Est Eclair. Directeur de la publication : Daniel Picault. Éditeurs délégués : Nicolas Fostier, Sébastien Lacroix. Photos : Stéphanie Jayet, Christian Lantenois, Remi Wafflart, Karen Kubena, Adobestock. Régie publicitaire : Global Est Médias, 6 rue Gutenberg, 51083 Reims. CPPAP n° 0425 C 86339. Coordination : Estelle Baudelot. Conception : Prémédias du journal l’Union et l’Est Eclair. Imprimé par Rémy Roto, rue de Rochefort, 211, 5570 Beauraing (Belgique). ISSN : en cours. Dépôt légal : à parution. Les papiers utilisés sont certifiés PEFC 70 % (fibre de bois issue de forêts gérées durablement). L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

03

LES HOMMES QUI LES FONT

LES TECHNOS QU’ILS UTILISENT

P. 04

P. 36

P. 64 « L'énergie est notre avenir, économisons la »

LES PRODUITS DE NOS RÉGIONS

:

50 €

GUIDE_AGRI.indd 3

Du 1er au 30 septembre 2021 PROMOTION LUBRIFIANTS* 1 fût de 208 litres acheté = 1 carte carburant de 50 € offerte

*Hors AdBlue et Clearnox

2000841172

Graisses

40 avenue du Maréchal Joffre 51200 EPERNAY

2000832234VD

D

u champ à l’assiette, il n’y a pas qu’un pas, loin de là. Du champ à l’assiette, il y a des hommes et des femmes qui, depuis la nuit des temps, cultivent la terre et domestiquent les bêtes. Il y a des outils, que l’on appelle aujourd’hui des technologies. Il y a des pratiques et des normes, un savoir-faire, grâce auxquels nous avons dans nos assiettes des produits de qualité. La Champagne-Ardenne et les Hauts-deFrance sont des terres d’excellence pour l’agriculture française. Elles contribuent largement au rayonnement de notre pays en Europe et dans le monde, pas seulement grâce au champagne, mais également aux céréales, à l’andouillette, aux fruits

19/08/2021 16:13:22


01

LES PRODUITS DE NOS RÉGIONS Les marchés en regorgent. Tout ce que la région produit de bon s’y retrouve et la palette est variée. Au point qu’on peut imaginer un repas entier uniquement composé de produits de nos campagnes. Des foies gras aux cidres, des artichauts au colza, de l’agneau à la vodka, découvrez l’incroyable richesse de notre agriculture.

06

Un buffet campagnard géant

GUIDE_AGRI.indd 4

16

Reconnaître les champs en passant

34

Le cidre dans ses beaux quartiers

19/08/2021 16:13:28


Les produits de nos régions • 05

Pas besoin de beaucoup d’imagination pour préparer un repas exclusivement composé de produits locaux.

Un buffet campagnard géant ! Saison estivale, société déconfinée : l’heure est aux retrouvailles festives, aux pique-niques champêtres et aux barbecues joyeux. Côté repas, nos terroirs fournissent tous les produits nécessaires à leur bon déroulement.

O

n n’a jamais autant parlé du locavorisme (acheter auprès des producteurs locaux via les circuits courts) depuis l’avènement de ce satané Covid-19. Pandémie ou pas, le sujet qui suit s’adresse pour partie à tout le monde, tant certains produits régionaux sont quasi-universels, qu’à un public localisé qui ne trouvera son bonheur que dans quelques points de vente de proximité. Il y en a de toute façon pour tous les goûts dans cette sélection, subjective par nature.

AMUSE-BOUCHES • Toasts au foie gras du coin (coin). Il en existe beaucoup plus qu’on ne pense et dans chaque département. Un coup d’œil sur les sites de Bienvenue à la ferme ou des drives fermiers vous permettra de trouver votre bonheur. Le foie gras se décline aussi accompagné, comme celui

GUIDE_AGRI.indd 5

aux biscuits roses de la maison Lefranc à Sacy (51) ou le cou de canard farci au foie gras, à déguster en tranché, de la SARL du Paty d’Arrelles, à Arrelles (10). • Canapés de terrines ou pâtés des environs. Parmi les terrines, citons la Rimbaud, préparée par Michel Collin à Prix-lès Mézières (08) ; celle à la dinde rouge mise au point par Cyriaque et Isabelle Godefroy à Renneville (08) ; celle de campagne au maroilles de l’EARL Marquet à Montaigu (02) ; la terrine de chapon au marc de Champagne de la ferme Terre de cœur à Somme-Tourbe (51), la désormais fameuse Boudintella au boudin noir à la gelée de champagne de la maison Guilleminot à Brienne-le-Château (10)... • Saucisses et saucissons. Tous les bons charcutiers font les leurs. Certains mélangent astucieusement les saveurs. On pense par exemple au P’tit haybois (chez Haybes salaisons, 08), qui marie saucisson sec et fine de champagne.

• Pour les végétariens, nous proposons un houmous fabriqué par Eloi et Aline Verdelet à Heutrégiville (51). Composé à base de pois chiches, huile de colza, jus de citron, ail, graines de sésame, sel et cumin, il se déguste sur des toasts grillés, ou avec des carottes crues coupées en bâtonnets.

ENTRÉES • Commençons par les incontournables de la charcuterie régionale avec le jambon sec des Ardennes et la noix de jambon sec qui sont des spécialités locales (lire par ailleurs). • Le jambon de Reims n’a rien de commun avec le précédent, ni avec celui de Bourgogne, qui est persillé. Celui de la cité des sacres est servi en belles tranches carrées et chapelurées sur les côtés. Quelques charcutiers rémois (Bruno Herbin, aux Gourmets des halles, par exemple) en proposent en direct dans

19/08/2021 16:13:39


06 • Les produits de nos régions

Le jambon de Reims.

leur magasin, bien différent de celui qu’on achète dans la grande distribution et qui, la plupart du temps, est fabriqué non pas à Reims mais dans les Ardennes. • Le pâté-croûte se trouve partout, sur les marchés, auprès de votre charcutier-traiteur favori et sous de multiples parfums et assaisonnements. Dans la région, on dit effectivement pâté-croûte et non pas pâté en croûte, surtout depuis que la maison Piquet’s à Roizy (08) l’a popularisé en vendant dans ses trois magasins rémois et sur de nombreux marchés de la région. • Comme il n’y a pas que la charcuterie dans la vie, on peut servir des tranches de saumon fumé à Mardeuil (Marne, lire par ailleurs), alors que les Aubois sont davantage truite, fumée ou pas, depuis qu’un producteur de la Côte d’Or (Les truites de l’Aube) a intégré le drive fermier de l’Aube.

LÉGUMES CHAUDS OU EN SALADE • Selon que vous pique-niquez en extérieur ou mangez un barbecue à la maison, vous adapterez vos plats de légumes. Passons sur ceux communs à toutes les régions de France pour nous concentrer sur quelques spécialités locales, au premier rang desquelles le haricot de Soissons. Mais attention ! Cette variété, qui passe pour être la plus grosse de France, ne se cuisine pas en un rien de temps comme une fricassée de champignons dits de Paris, dont un petit pourcentage pousse dans l’Aisne. Le haricot de Soissons, acheté en sachet, doit d’abord tremper toute une nuit, sinon douze

heures, dans l’eau, ce qui lui permet de doubler de volume. Heureusement, des bocaux sont là pour nous faciliter la tâche. Ceux cuisinés à la graisse d’oie, produits notamment par la Coopérative agricole du haricot de Soissons à Vaudesson (02) sont disponibles dans la plupart des grandes surfaces. • Dans la famille des légumes secs, le lentillon rosé de la Champagne retrouve des couleurs, du sud des Ardennes à l’Aube, depuis quelques lustres, sans toutefois décrocher l’IGP convoitée. Ce légume sec, riche en protéines, se définit comme un aliment fin et fondant. Il se décline dans toutes sortes de salades pour gourmets végans ou autres, selon qu’on y associe des lardons ou pas. • L’évocation des lardons fait immanquablement penser à la recette de la salade au lard, l’un des étendards de la gastronomie ardennaise. Facile à faire et goûteuse, elle se suffit à elle-même, mais supporte la compagnie de quelques grillades... • Dans cette section légumière, la poivrade à l’artichaut de Laon a elle aussi toute sa place (lire par ailleurs).

Vous ne mangerez plus jamais comme avant !

Gaec Demorgny

Producteur Porc - Bœuf - Veau

Saint-Aubin

2000867272

Le haricot de Soissons.

Volailles fermières et transformation

VENTE EN CAISSETTE ET DÉTAIL

Retrait des commandes : Route de la Cerleau - 08290 PREZ

COMMANDER sur internet www.demorgny.fr / contact@demorgny.fr 06.68.56.24.88 saintaubin08@orange.fr PRÉSENT À LIART le mercredi matin (en face du café Jean) - L’AIRE À GRANGE - Le Châtelet-sur-Retourne Volaille - Bœuf - Veau - Porc et Charcuterie SEDAN - Volailles et poulets rotis

RETROUVEZ-NOUS SUR LES MARCHÉS RENWEZ - Porc et charcuterie

GUIDE_AGRI.indd 6

CHARLEVILLE - Porc, charcuterie, bœuf, veau

19/08/2021 16:13:44


Les produits de nos régions • 07

L’andouillette de Troyes.

SUR LE BARBECUE • Au-delà des ultras classiques pièces de bœuf, « chipos », merguez et autres filets mignons mitonnés par votre artisan-boucher, on ne peut parler de barbecue sans mettre sur le gril la savoureusement parfumée andouillette de Troyes, à base de porc. Chacun sait qu’elle se compose de fines lamelles de chaudins (ou gros intestin), d’un tiers d’estomac, d’assaisonnement équilibré, le tout embossé dans un boyau naturel. Précision : l’appellation « de Troyes » n’oblige pas à une fabrication sur place de l’andouillette, mais garantit le savoir-faire de sa recette originale.

• Dans les boudins à braiser, il y a le blanc labellisé de Rethel, mais aussi le noir qui est une spécialité de moult producteurs du cru. Une petite braise est recommandée afin qu’il ne s’éparpille. On peut aussi le préparer en papillote, accommodé d’un assaisonnement maison. • La volaille se grille volontiers au barbecue : les amateurs de magret de canard ne manquent pas de fournisseurs dans tous nos départements. N’oublions pas le poulet, notamment celui des Éleveurs de la Champagne version Label Rouge (disponible dans la grande distribution), qu’on peut déguster de plusieurs façons, comme en faisant préalablement mariner les blancs dans un jus de citron avec du thym avant de les faire dorer au feu.

de Champagne-Ardenne, balsamique et miel, citron et thym, curry et tutti quanti. Dans l’Aisne, on trouve de l’huile de colza chez Alexis Couvreur à Missy-aux-Bois ; dans l’Aube de l’huile vierge de tournesol ou de colza, ainsi que du vinaigre de cidre à la ferme d’Hotte à Eaux-Puiseaux ; dans les Ardennes des épices (coriandre, piment en poudre, sel aux herbes) à L’Herbier des saveurs à Sault-Saint-Remy, etc.

CONDIMENTS

Le boudin blanc de Rethel.

GUIDE_AGRI.indd 7

• Pour les sauces de salades et autres moutardes, industrielles ou artisanales, la région est très prolifique, avec en tête de liste les saveurs de la marque Clovis, fabriquées à Reims par la société Charbonneaux-Brabant. On pense à ses moutardes à l’ancienne au vinaigre de vin

19/08/2021 16:13:48


08 • Les produits de nos régions

« Il faut vraiment faire les marchés, les drives fermiers et les ventes en direct des producteurs pour dénicher de délicieux fromages frais locaux, de vache, chèvre, brebis, qu’on ne trouvera nulle part ailleurs. »

FROMAGES

DESSERTS

Ici, le plateau est immense ! Il faut vraiment faire les marchés, les drives fermiers et les ventes en direct des producteurs pour dénicher de délicieux fromages frais locaux, de vache, chèvre, brebis, qu’on ne trouvera nulle part ailleurs. Sinon, du côté des fromages affinés, dans l’Aisne, on savoure le manicamp (un cousin du maroilles, mais fabriqué sur un terroir différent) à la ferme de La Pâturelle à Quiezy -; dans l’Aube, on se régale avec les différentes variétés de Champ-surBarse produites dans le village éponyme par l’EARL du Champ-Roy et de l’Ervy fermier du GAEC des Tourelles à Ervyle-Chatel ; dans les Ardennes, la famille Larue, du GAEC du Tarn à Marlemont, propose des camemberts au lait cru, ainsi que le célèbre fromage de régime à 0% de matière grasse appelé ici « le rocroy ». Un produit laitier que fabrique toujours Stéphanie Morin, de la ferme de La Harnoterie à Beaumont-en-Argonne (08), sous la dénomination originale de « rocroi ». C’est même elle qui l’a remis au goût du jour en 2008. Ce ne sont là que quelques exemples.

• Pour les cuisiniers-ères qui ont encore un peu de temps, la charlotte aux biscuits roses de Reims est une recette qui réjouit le plus grand nombre. Plus rapide à mettre en œuvre : le gâteau rémois aux amandes (à base d’amandes, de vanille et de biscuits roses en poudre, de beurre, d’œufs, de sucre et de citron). Du côté des Ardennes, la galette à suc’ est incontournable, en n’omettant pas les typiques glôyes que sont les flaques de noisettes de beurre fondu pendant la cuisson. Beaucoup de pâtissiers-boulangers du département en vendent. • Des glaces, en été, font toujours recette. À déguster : les artisanales d’Anaïs et Romain Soudant, de la ferme de Crécy à Brécy-Brières (08). • Comme les fromages frais, les yaourts de nos contrées pullulent. On peut citer ceux du lycée agricole Saint-Laurent dans les Ardennes ; la faisselle à 0 % de matière grasse de la ferme de La Marque à Champsur-Barse (10) ; les yaourts du GAEC de Lait’Lette à Landricourt (02) ; ceux du GAEC Rabot à Saint-Loup (51), etc.

T

(

P

(

$

C

P

BOISSONS Ce serait potentiellement la rubrique la plus dense du sujet ! Outre les champagnes de la Marne, de l’Aube et de l’Aisne ; les ratafias et autres apéritifs doux, pétillants ou non, les vins tranquilles (vins rouges et blancs) des mêmes départements sans oublier le rosé des Riceys (10), on peut ajouter les bières, cidres, jus de fruits, sirops, limonades et même eaux de source... Bref, jusqu’à plus soif !

GUIDE_AGRI.indd 8

La galette à suc’.

Bes Not est

Où Che 081

19/08/2021 16:13:55


Découvrez l’Acier pour l’Enveloppe du Bâtiment Tôles de Toiture & Bardage (Nombreux coloris au choix)

Panneaux Sandwich (Isolation thermique)

$FFHVVRLUHV GH ùQLWLRQ )DvWLqUHV ULYHV ù[DWLRQ

Construction / Rénovation Projets agricoles 6LWH GH 3URùODJH HQ )UDQFH à 5 minutes de Sedan Prix Usine

59

Gregory Mathieu 03.24.27.87.12 gregory.mathieu@arcelormittal.com

Où nous trouver ? Chemin du culot de la rosière 08140 - Bazeilles

Ainsi que sur : www.galva-service.com

GUIDE_AGRI.indd 9

02

08 51

5

55 54

77 10

19/08/2021 16:13:55

2000865192

Besoin de plus d’informations ? Notre conseiller commercial dédié, est à l’écoute de vos besoins :


10 • Les produits de nos régions

ZOOM

LA PRODUCTION DU JAMBON SEC LES CRÈMES GLACÉES D’ANAÏS DES ARDENNES SOUS IGP A REPRIS ET ROMAIN SOUDANT En 2015, deux producteurs de jambon sec des Ardennes, Didier Villemin (Aux saveurs d’Ardennes) et Frédéric Lorriette, avaient enfin décroché le tant convoité label IGP (affinage d’un an). Une norme qui suppose de lourdes contraintes techniques et administratives, ainsi qu’un investissement financier conséquent. Mise en sommeil quelques temps, l’IGP reviendra en mai 2022. Les noix de jambon sec, dont l’affinage ne dure que trois mois, seront, elles, de nouveau labellisées à partir de septembre 2021.

« Personne, avant nous, n’en faisait en Champagne-Ardenne. Nous avons choisi de produire nos propres crèmes glacées parce que ça plaît aux gens et que c’est un bon créneau pour communiquer », témoigne Anaïs Soudant. La jeune femme, venue de l’administration, fait équipe avec son mari Romain, lui-même associé à son père, au sein de l’exploitation familiale « Au bon lait de Marguerite », à Brécy-Brières, dans le Vouzinois. Le couple a créé son laboratoire et les premières glaces sont sorties en 2017. « Le lait produit par l’équivalent de deux vaches en un an, soit environ 20 000 litres, suffit à l’élaboration de nos crèmes glacées. » Une quinzaine de parfums sont proposés dans quelques restaurants rémois, les magasins de producteurs des Ardennes et de la Marne, dont celui des Sacrés fermiers à Cernaylès-Reims.

EN ENTRÉE, ESSAYEZ UNE POIVRADE DE « GROS VERT DE LAON »

Si vous habitez du côté de Laon, la saison du gros vert bat son plein. Mais qu’est-ce donc que ce gros vert ? Un artichaut. Pas n’importe lequel ! Une rareté comme on n’en fait presque plus, rustique et moins sensible au froid. Deux producteurs se partagent le marché local : Alain Marlier à Chivy-lès-Étouvelles et Gérard Emery à Leuilly-sous-Laon. La particularité du gros vert est sa tendreté, qui lui permet d’être dégusté cru en vinaigrette, sinon en poivrade, poêlé à l’huile d’olive.

GUIDE_AGRI.indd 10

LE SAUMON FUMÉ DE MARDEUIL À l’apéritif ou en entrée, du saumon d’Écosse fumé made in Marne, c’est possible depuis près de neuf ans. Des 140 kilos de saumon vendus par mois à la création de leur poissonnerie « Au saumon champenois », dans le village de Mardeuil,

Angelina Libra et son mari Dominique sont passés à 1,5 tonne ! L’essentiel des ventes se réalise dans le magasin de Mardeuil, les marchés d’Épernay et de Grauves, mais aussi par voie postale. Tous les mercredis, le couple va faire le plein de poissons, crustacés, coquillages et saumons d’Écosse à Boulogne-sur-Mer. Un rituel inextinguible qui se poursuit par la préparation de plats avec un service traiteur et le fumage des saumons. Bon nombre de maisons de champagne et de restaurants du secteur, comme Les Crayères à Reims, se fournissent chez eux.

LE BOUDIN BLANC IGP DE RETHEL SUR LE GRIL

Voilà un produit parfait pour un barbecue à faire griller sur les braises légères d’un barbecue. Le boudin blanc de Rethel s’y prête d’autant plus que le cahier des charges pour l’obtention du label IGP a évolué en 2017. Classiquement, ce boudin blanc (qui ne contient ni mie de pain ni le moindre liant amylacée) à base de viande fraîche de porc, d’œufs, de lait et d’assaisonnement, pèse au maximum 130 g l’unité et est embossé dans un boyau de porc. Depuis 2017, il a le droit de se présenter sous une forme cocktail (entre 8 et 15 g) et une forme barbecue (entre 50 et 80 g), à condition d’être embossé dans un boyau de mouton. Mais attention, s’il existe une gamme bien garnie d’accompagnements, seuls les boudins blancs nature et aux champignons (les variétés aux truffes et forestière sont incluses) sont éligibles à l’IGP. Actuellement, seuls deux producteurs rethélois sont estampillés IGP : l’ancestrale maison Demoizet et l’entreprise Rethel Charcuterie (anciennement Distrial et auparavant Duhem). Jean-Michel François

19/08/2021 16:13:58


AGRIVOLTAÏSME

PUBLI -INFORMATION

ENGIE GREEN L’agrivoltaisme, une nouvelle approche de l’énergie solaire

Modélisation d’une pâture équipée de panneaux solaires verticaux bifaciaux adaptés à l’élevage bovin.

P

our Aline Chapulliot, responsable du service nouvelles offres d’ENGIE Green, leader du solaire et de l’éolien en France, « l’agrivoltaisme consiste à concevoir des installations en fonction d’un projet agricole et non plus d’adapter l’activité agricole aux équipements solaires. C’est une vraie rupture par rapport à la conception traditionnelle du photovoltaïque. Une collaboration étroite avec les exploitants et le développement de nouvelles technologies permet de concevoir ces nouvelles installations ». Cette démarche correspond pleinement aux mutations en cours du monde agricole. « Nous avons identifié trois préoccupations sociétales aujourd’hui incontournables : la protection des terres et des espaces agricoles, indispensable pour préserver les paysages de nos territoires et y maintenir ou y développer l’activité

GUIDE_AGRI.indd 11

économique. L’évolution nécessaire des pratiques agricoles, en lien avec la montée des préoccupations environnementales. Et l’adaptation au changement climatique, synonyme d’aléas météorologiques qui peuvent impacter fortement les rendements. Dans tous les cas, l’énergie solaire peut apporter des réponses pertinentes, si elles sont adaptées aux besoins des exploitants ». Pour atteindre cet objectif, ENGIE Green s’appuie sur des innovations menées avec l’INRAE, les Chambres d’agriculture et les lycées agricoles : « les jeunes qui envisagent de s’installer sont très sensibles à ces thématiques. Nous avons également conclu un partenariat avec la société Sun’Agri, qui a mis au point des panneaux solaires double face et pivotables horizontalement, avec une programmation en fonction des besoins de la plante. En co-construction avec les exploitants agricoles, nous développons aussi

des projets autour de panneaux semitransparents ou des panneaux bifaciaux installés comme des haies en position verticale, qui laissent passer la lumière ou instaurent une protection en fonction du type de culture ou d’élevage et du microclimat sur une parcelle. Ces projets sont applicables dans le Grand Est ».

19/08/2021 16:13:58


12 • Les produits de nos régions

FRUITS ROUGES & CO,

La petite entreprise qui voit la vie en rose Des framboises à la rhubarbe, l’entreprise s’est rapidement diversifiée pour travailler toute l’année.

C PARTENARIATS A l’heure actuelle, Fruits rouges & Co compte plus de 350 partenaires dans le monde entier. 70 producteurs locaux des Hauts-de-France et 100 autres basés dans le reste de la France travaillent en collaboration avec elle. En constante évolution, l’entreprise est actuellement à la recherche de nouveaux partenaires qu’elle aimerait accompagner dans cette belle et savoureuse aventure des fruits rouges.

GUIDE_AGRI.indd 12

réée en 1990 par trois agriculteurs de l’Aisne qui souhaitaient diversifier leur activité, jusqu’alors centrée sur les betteraves et le blé, en se lançant dans la production de framboises, l’entreprise est aujourd’hui co dirigée par quatre actionnaires : Sylvie Cathelain, jeune stagiaire en charge de développer l’aspect commercial devenue depuis PDG, Philippe Cervi, directeur d’usine, Mélanie Marchand, directrice des surgelés transformés et Stéphane Decourcelle, directeur des fruits frais. Si à l’origine Fruits rouges & Co n’était qu’une petite société familiale, elle est devenue au fil des ans l’un des plus gros employeurs de la région laonnoise. Ses productions s’exportent à travers le monde entier. Elle fait travailler actuellement 244 équivalent temps pleins et prévoit encore une trentaine d’embauche d’ici trois ans. Fruits rouges & Co ne cesse d’innover. Basée à Laon depuis sa création, l’entre-

prise possède depuis 2020 une plate forme logistique à Perpignan, ainsi qu’un espace de production de myrtilles en Roumanie. Son chiffre d’affaires atteint les 80 millions d’euros et sa croissance est en hausse constante depuis sa création. « Pourtant à l’époque, raconte Julie Fournier, responsable communication et marketing, l’entreprise ne comptait que quelques salariés puisque le travail d’exportation de framboises était essentiellement estival. Cela obligeait les dirigeants à fermer les lignes de production durant plusieurs mois alors que la demande demeurait forte toute l’année. C’est pour cela qu’il fut décidé très rapidement de varier l’offre, afin de pouvoir répondre à la demande » La société choisit de se diversifier. Petit à petit, elle propose à la vente des fraises, des framboises, des groseilles, des mûres et des myrtilles durant toute l’année. Seules les cranberries, la rhubarbe, le cassis et les cerises ne sont vendus que de manière saisonnière.

19/08/2021 16:14:00


Les produits de nos régions • 13

Petit à petit, elle propose à la vente des fraises, des framboises, des groseilles, des mûres et des myrtilles durant toute l’année. En 1998, afin de répondre à une demande toujours plus forte, l’entreprise innove à nouveau en proposant une nouvelle gamme de produits : les fruits surgelés, dont le succès est immédiat. Vendu sous toutes ses formes (billes, tranches, rondelles), le fruit surgelé à la recette naturelle, certifié sans colorant et sans conservateur, séduit les grossistes, les restaurateurs ou bien encore les industriels. Cette nouvelle activité devient un acteur de poids dans

la société, tant et si bien qu’un agrandissement du site de production est programmé l’année suivant son lancement. En 2003, Fruits rouges & Co se diversifie à nouveau en se lançant dans l’export des surgelés transformés, sous forme de purée ou coulis de fruits. Un produit qui séduit instantanément les pâtissiers et les restaurateurs. Pour faire face à la demande croissante en fraise, l’entreprise développe également sa propre

filiale de production au Maroc. La complémentarité de ces deux activités, celle du frais et du fruit surgelé ou transformé, assure à la société une croissance constante depuis de nombreuses années. Elle multiplie les certifications (Bio, Demain la terre, halal, casher) qui garantissent auprès des consommateurs la qualité de ses produits. Pénélope Milan

M. Jean-Pierre BLANCHARD

ATELIER DE PRES SAGE

DISTILLATEUR depuis 49 ANS

Epicerie fine PRODUCTEUR DE JUS DE FRUITS

FR 002090B0006

2000867245

& Confitures

Passage dans toutes les communes de le Marne , de l’ Aisne et des Ardennes. Ramassage des tonneaux retour de l’ eau de vie à DOMICILE

Plus de 600 produits artisanaux de la région Grand Est

ETS AU VIEUX BOUILLEUR DE CRU 5, rue du Métier SORMONNE 08150 L’abus d’alcool est dangereux pour la santé,à consommer avec modération

2000867376 2 20 200 000 008673 673 7376 7 6

Le Pressoir des Gourmands 31 promenade des Pavant 08000 Warcq - 09 81 27 08 22 www.lepressoirdesgourmands.fr

Pour les communes intéressées par mon passage

CONTACT 06 08 24 97 78 TOUJOURS DE LA QUALITÉ ET DU SÉRIEUX

GUIDE_AGRI.indd 13

19/08/2021 16:14:06


14 • Les produits de nos régions

C'est l'une des cultures emblématiques de l'Aisne, la Marne et les Ardennes. Et pourtant, cette plante dont on récolte la graine, tapissant de jaune les campagnes à la mi-avril, subit les aléas climatiques autant que les assauts d'insectes. Elle pourrait, un jour, quitter le paysage. Pauline Godart

L’

état des lieux, dressé au printemps dernier par le spécialiste « colza » à la chambre d’agriculture de la Marne et alors même que la brassicacée peinait à jaunir dans les champs, n’est guère encourageant : seules 60 % des récoltes habituelles verront le jour à l’été 2021. En cause ? Des cultures retournées en cours d’année, voire pas semées du tout, ou dont la fragilité n’engendrera que de faibles rendements. « Comme d’habitude, c’est très hétérogène. Mais dans des champs trop clairsemés, là où on tombera à 20 quintaux par hectare au lieu de 35, la question de la rentabilité se posera nécessairement », commente Philippe Marion. Et la culture pourrait disparaître, progressivement.

BILAN AUX CHAMPS Comment explique-t-il le phénomène ? « Le fait marquant cette année, comme les deux ou trois précédentes d’ailleurs, consiste en une très mauvaise levée (voire pas de

GUIDE_AGRI.indd 14

levée du tout) des graines à l’automne. Il a fait trop sec aux semis, la plante a manqué d’eau, pris du retard dans sa croissance et est donc devenue la cible des insectes. » Les larves de charançon s’y sont installées dès octobre, épuisant une pousse déjà peu vigoureuse. « Au printemps, la floraison a été d’autant plus laborieuse que d’autres insectes sont arrivés... Beaucoup d’agriculteurs se posent la question d’arrêter. »

PAS D’ESPOIR PHYTOSANITAIRE Quant à espérer lutter chimiquement contre les ravageurs, Philippe Marion n’y croit plus. « Au problème climatique s’ajoutent effectivement des moyens de lutte inexistants pour les paysans. Les insectes développent des résistances aux molécules historiques, d’autres produits sont interdits au fur et à mesure et ceux qu’on nous propose aujourd’hui ont une efficacité très relative. » Le spécialiste évoque alors, pour l’avenir, une « culture d’opportunité : si les conditions sont bonnes pour semer, avec une chance de levée, on sèmera. Sinon, on renoncera. »

19/08/2021 16:14:10


Les produits de nos régions • 15

LE COLZA EST-IL APPELÉ À DISPARAÎTRE ?

QUELLE CONSÉQUENCE SUR LE MARCHÉ ? Les graines de colza, dans la région, prennent majoritairement la direction d’usines de biocarburant pour être utilisées comme adjuvant du gazole (au Mériot, dans l’Aube, ou à Verdun). « Les industriels éprouveront une baisse des approvisionnements et autant d’interrogations sur leur pérennité », opine le technicien. Reste à savoir ce que pourra livrer le voisinage européen, aux conditions de culture souvent bien différentes. « La question de l’alimentation du bétail se posera aussi », poursuit Philippe Marion, évoquant le sous-produit que constitue l’enveloppe de la graine (ou tourteau), pour une part importante du marché. Enfin, si l’alimentation humaine utilise aussi le colza, généralement mélangé à d’autres huiles dans l’agroalimentaire, quelques agriculteurs ont choisi le circuit court en commercialisant leur huile directement pressée à la ferme. La part est marginale, cependant.

GUIDE_AGRI.indd 15

PETITS POIS ET TOURNESOLS À LA PLACE Le remplacement de cette tête de rotation (visant à augmenter la fertilité du sol et limiter les attaques entre les semis de céréales), s'avère toutefois complexe. « On n'a pas de culture équivalente en qualité », tranche Philippe Marion, à la chambre d'agriculture. « Le colza est résistant, il se sème sur tous les sols, avec de grosses capacités de compensation. » Cette année, beaucoup de champs initialement prévus en colza ont donc finalement vu s'installer des petits pois. « Ce n'est pas encore l'idéal. La rotation est plus longue que les trois ans du colza, les pigeons les consomment et un printemps trop humide peut pourrir une récolte. » Deuxième option : le tournesol, qui fait son grand retour dans les assolements. « Mais c'est une culture contraignante, exigeante en eau, qui se récolte plus tard et complique les semis suivants. » Il faut aussi prévoir un équipement spécifique sur la batteuse et composer avec d'autres types de nuisibles : les oiseaux. « Les pigeons et corbeaux raffolent des tournesols. C'est difficile de lutter contre car ils s'habituent aux effaroucheurs, aux épouvantails et même aux chasseurs... » Pas de solution miracle à cette heure.

19/08/2021 16:14:23


16 • Les produits de nos régions

RECONNAÎTRE LES CHAMPS EN PASSANT Escourgeon et orge de printemps

Le temps s'est figé le 20 juin 2020, jour de prises de vue des champs ci-dessous. Au fil des saisons, bien sûr, ils évoluent, passant de la graine à la fleur, et vice-versa.

Blé

L'escourgeon, ou orge d'hiver, est la céréale arrivant à maturité le plus précocement – elle est ici bien dorée, signe d'une dessiccation avancée. Semée fin septembre-début octobre, son cycle est long et elle se récolte dès la fin juin par temps sec. L'orge de printemps, autre variété d'une même espèce ne disposant pas de la même résistance au froid, est quant à elle semée en mars. L'orge (mais aussi l'escourgeon) est reconnaissable grâce à ses barbes oscillant au vent. Elle a une destination fourragère (alimentation du bétail) ou brasserie (on en fait le malt incorporé dans la bière).

Le blé est la céréale la plus répandue dans la région. C'est aussi généralement celle qui affiche les meilleurs rendements, en raison d'une technicité (agronomie, sélection génétique...), améliorée depuis 60 ans. L'épi apparaît en mai, donnant aux champs une couleur vert tendre, et sèche progressivement jusqu'à la moisson. Son grain est ovoïde, composé de deux parties tel un abricot, contrairement au grain d'orge, plus allongé et rugueux. Le blé est destiné à l'alimentation du bétail ou à la panification.

Véhicules utilitaires Gator CONTACTEZ-NOUS

2000869215

Troyes : 5 rue des Saules, 10150 CRENEY-PRÈS-TROYES troyes@expertjardin.com 03 25 80 86 94 Bar-sur-Aube : 104 avenue du Général Leclerc, 10 200 BAR-SUR-AUBE barsuraube@expertjardin.com 03 25 57 47 10

WWW.EXPERTJARDIN.COM Un partenaire sûr et fiable pour toutes les tâches, même les plus difficiles avec le confort et la facilité d’utilisation

GUIDE_AGRI.indd 16

19/08/2021 16:14:30


Les produits de nos régions • 17

Pomme de terre

repousse à l'image d'une pelouse. Elle reste en place deux ou trois ans, nécessitant donc peu d'intervention humaine, bien que son semis en été soit compliqué par temps trop sec. Ses fleurs sont prisées des abeilles tandis qu'industriellement, elle est déshydratée et mise sous forme de granulés à destination du bétail. On en fait aussi des balles de foin.

être battue. Le pois est très présent cette année, en raison d'une difficulté rencontrée pour semer le colza.

Colza

Betterave Les champs de pommes de terre sont reconnaissables grâce à leurs buttes longilignes. Les systèmes d'irrigation, apparents, permettent aussi de l'identifier.

Maïs

Le maïs est semé en avril. Il s’agit d’une grande plante aux longues feuilles vertes, produisant des paumes ou épis. Son besoin en eau et chaleur est avéré, il se plait sur des terres argileuses colorées. À sa récolte dès la fin septembre, il prend la destination du fourrage animal ou des conserves alimentaires. Certains agriculteurs commercialisent même du pop-corn en circuit-court.

Également très répandue dans nos régions sucrières, la betterave est semée en mars. C'est une dicotylédone. Deux petites feuilles apparaissent d'abord, puis 4, puis 6, etc. Le tubercule pousse sous terre jusqu'au mois d'octobre, où il est arraché avec un matériel spécifique. Les résidus (ou pulpes) constituent un excellent aliment pour le bétail.

GUIDE_AGRI.indd 17

Œillette

Pois

Luzerne

Sa présentation est touffue dans les champs verts. Cette légumineuse subit quatre coupe à l'année, à mesure qu'elle

La tige principale de cette oléagineuse, semée fin août juste après la moisson, est appelée « canne ». Très rigide, elle porte en mai de nombreuses petites fleurs jaunes ensoleillant la plaine. Les fleurs, en fanant, laissent place aux siliques. Il s'agit de gousses remplies de minuscules graines noires, desquelles on fera de l'huile alimentaire ou un adjuvant du gazole.

Le pois peut être d'hiver ou de printemps, selon sa date de semis et sa résistance au gel. Il s'agit d'une légumineuse riche en protéines, destinée à l'alimentation animale (oisellerie, notamment) ou humaine. Si les petites fleurs blanches sont caractéristiques de la plante en mai, un mois plus tard, les gousses apparaissent. Un tapis végétal vert recouvre alors la plaine avant de virer au brun voire au noir, quand la graine, en forme de bille, est prête à

L'œillette, ou pavot somnifère, est une culture alternative insolite, idéale entre deux cycles de céréales. Elle se présente sous forme de capsule, produisant une belle fleur rose à la fin du printemps. Les graines bleues contenues dans la capsule partent, après récolte, en alimentation humaine pour orner le pain, ou bien dans l'industrie pharmaceutique en tant que célèbre antalgique. Pauline Godart

19/08/2021 16:14:46


18 • Les produits de nos régions

Quatre fromages dans le vent

LE TERROIR SUR UN PLATEAU Rustique, fruité, fondant, fort, épicé... Les qualificatifs ne manquent pas pour définir ces purs produits de nos terroirs. La Cave aux fromages de Julie, place du Forum à Reims, est l’un des rares points de vente de la région où l’on trouve simultanément du chaource, de la tome des Ardennes, du langres et du maroilles de la Thiérache.

Jean-Michel François

La tome des Ardennes

Le Langres

L’apparence du langres, qui bénéficie d’une AOP depuis 1996, est unique. Ce fromage au lait de vache à la croûte jaune clair à brun-rouge, en forme de cylindre, s’il est bien affiné, fait apparaître une petite cuvette sur sa surface, une « fontaine ». Sa profondeur témoigne du vieillissement en cave, car ce fromage à la croûte lavée ne se retourne jamais durant sa maturation. Cette particularité se prête à des accommodements personnalisés. Il suffit de verser quelques gouttes de marc champenois dans la fontaine, d’entourer le langres d’un film fraîcheur et de le laisser reposer deux à trois jours au réfrigérateur. L’alcool va se diffuser dans la pâte molle du fromage qui n’aura plus qu’à être dégusté. Le Langres n’est plus fabriqué que par trois producteurs, un petit industriel et deux artisans, établis dans l’arrondissement de Langres, en Haute-Marne. Jadis, toutes les fermières du cru en produisaient. Le tonnage classique tourne jusqu’à 700 tonnes par an, dont 20 à 25% partent à l’export. En 2020, la production a chuté à 622 tonnes en raison du Covid. La bonne nouvelle, c’est qu’un quatrième artisan devrait prochainement grossir les rangs des producteurs et celui-ci proposera du bio.

GUIDE_AGRI.indd 18

La tomme des Ardennes poursuit doucettement sa progression. Lancée en 2004 par Franck Sellier, à Launois-sur-Vence, elle est maintenant produite par cinq artisans et vendue le plus souvent localement. Ce fruité fromage au lait de vache - il en faut dix litres pour faire un kilo de tomme sachant qu’une pièce pèse autour de trois kilos - réclame d’être retourné tous les deux jours pendant le premier mois d’affinage, lequel peut se prolonger jusqu’à trois mois. En 2016, la chambre d’agriculture des Ardennes envisageait la création d’une fromagerie départementale et un développement de la tomme autour d’une fédération de producteurs pour en faire une marque de terroir. « C’est toujours une piste », indique aujourd’hui la chambre. Franck Sellier, qui se satisfait de ses dixhuit tonnes de fromage fabriquées par an, convient qu’un tel projet supposerait un important investissement financier et humain. En attendant, la tomme des Ardennes, qui se déguste aussi en raclette, enrichit régulièrement sa gamme de parfums : cumin, poivre, bière, fénugrec...

19/08/2021 16:14:53


Les produits de nos régions • 19

Le Chaource

Le Maroilles « Le plus fin des fromages forts » : c’est ainsi que ses producteurs définissent le Maroilles, rustique fromage au parfum puissant, fabriqué sur la partie de la Thiérache frontalière à l’Aisne et au Nord. Connu aussi comme le « fromage des vendanges » (l’automne est la saison où il se vend le plus), le maroilles existe depuis plus de mille ans. Fromage à pâte molle élaboré à partir de lait cru de vache, il s’affine en cave pendant plusieurs semaines : la durée est fonction du format. On en dénombre quatre : le quart (180 g), le mignon (360 g), le sorbais (540 g) et le maroilles tout simplement (720 g). Durant son vieillissement, le maroilles est lavé, frotté à l’eau salée. Starisé en 2008 grâce au film Bienvenue chez les Ch’tis, affecté en 2020 par la crise du Covid-19, ce produit des Hauts-de-France bénéficie d’une AOP depuis 1976. Il s’en fabrique environ 4 200 tonnes par an, grâce à six producteurs fermiers (quatre dans le Nord, deux dans l’Aisne), cinq manufactures (une dans le Nord, quatre dans l’Aisne) et deux affineurs supplémentaires (un dans chaque département) qui achètent le maroilles « en blanc » pour le faire vieillir dans leurs propres caves.

Le renom du Chaource, fromage au lait de vache entier, de forme cylindrique, à pâte molle et croûte fleurie, dépasse largement les frontières de l’Aube. 10% des 2 500 tonnes annuelles sont réservés à l’export, y compris jusqu’au Japon. C’est dire que ce produit laitier, qui tient son nom du village éponyme au sud de Troyes, non loin de l’Yonne et de la Côte d’Or, jouit d’une solide réputation, surtout depuis l’obtention de ses deux labels officiels, une AOC en 1970 et une AOP en 1996. Connu depuis le Moyen Âge, longtemps fabriqué par de nombreux fermiers, le chaource existe grâce au savoir-faire de seulement quelques fabricants qui se comptent sur les doigts des deux mains, à savoir deux producteurs fermiers, un artisan fromager, trois industriels et deux affineurs. Le lait destiné à la fabrication du chaource provient d’une soixantaine d’exploitations. Autant de professionnels qui intègrent le syndicat de défense du fromage de Chaource actuellement présidé par Didier Lincet, de la fromagerie du même nom (Yonne), l’un des poids lourds de la filière. Le chaource existe en deux formats : le petit entre 250 et 380 g, le grand entre 450 et 700 g.

NOUVEAU ISUZU D - MAX A partir de

900 € HT

19

1

Pas d'écotaxe - pas de TVS - TVA récupérable ²

REIMS - Cité de l’Automobile 03 26 86 86 86 EPERNAY - ZA des Bas Jardins 03 26 55 72 32

Offre valable jusqu'au 30/09/2021 - ²version Single et Space uniquement - voir conditions en concession

1

GUIDE_AGRI.indd 19

2000865543

CHALONS - ZAC St Martin sur le Pré 03 26 21 08 08

19/08/2021 16:14:55


20 • Les produits de nos régions

Patrimoine

IL ÉTAIT UNE FOIS FRANCINE

Made in Reims Propriété du groupe coopératif Vivescia appartenant à ses 10 500 adhérents agriculteurs, implantés dans la région du Nord Est de la France, Francine est l’une des marques des Grands Moulins de Paris qui compte huit moulins régionaux : Paris, Reims, Nantes, Nancy, Brienne-le-Château, Verneuill’Etang, Marseille et Bordeaux, et un site de mélanges meuniers à Briare. Ces moulins fabriquent de la farine à partir de blé récolté dans un rayon de 125 km. Quatre moulins fabriquent Francine, dont celui de Reims. Le moulin de Reims a été construit en 1926. Il compte aujourd’hui 68 salariés. Il s’approvisionne en blé venant de la Marne, de l’Aube, de l’Eure et Loire, du Loiret et de l’Yonne. Ce moulin s’approvisionne à hauteur de 219 000 tonnes de blé par an. Il produit 450 tonnes de farine par jour.

GUIDE_AGRI.indd 20

E

lle accompagne le quotidien des Français en cuisine depuis un demi-siècle, la farine Francine est en partie fabriquée à Reims. Retour sur l’une des marques les plus connues de l’hexagone. 1965. Huit meuniers s’associent pour créer cette marque emblématique. Peutêtre le saviez-vous mais « Francine, c’est la contraction de France et de farine. Déjà, il y a plus de 55 ans, Francine était précurseur sur le local », relève Claire Madoré, Directrice Marketing & e-Business et Directrice Commerciale GMS pour les Grands Moulins de Paris. « Sa signature ? On se retrouve en cuisine. Sa mission : simplifier la cuisine de tous les jours et manger le mieux possible. Et, une promesse au coeur de la marque : un peu de nous et beaucoup de vous. »

1970. Les préparations font leur apparition avec Ma pâte à crêpes. « La gamme va s’étoffer au fil des ans ». 1980. Deux nouveautés importantes pour la marque. « Les premières farines à pain sont commercialisées », et les boites de farine (Suprême) font leur apparition pour la première fois dans les rayons. Sortiront « en 2016, la farine à pizza », en 2018, la farine d’Epeautre. « Depuis 1 mois, on a lancé de nouveaux étuis pratiques recyclables, en carton avec un bouchon en plastique végétal, et un système de jauge transparent. » 2009. « C’est une date importante puisque c’est l’année où l’on commercialise pour la première fois la farine biologique Francine. Là encore, on fut précurseur. » En 2019, la levure bio fait son apparition.

19/08/2021 16:14:58


Les produits de nos régions • 21

2020. Francine appose le Nutri-score sur ses produits. La majorité des références Francine sont notées A. « C’est important pour rassurer les consommateurs et montrer la qualité des produits. » 2021. « Pour répondre aux attentes des Français, qui réclament à plus de 91 % de la transparence, on vient de développer pour les produits bio, une blockchain. Grace à un QRcode sur les paquets, vous êtes dirigés vers une webapp dans laquelle il faut renseigner le numéro de lot du paquet et on

découvre la traçabilité complète du produit depuis l’origine des blés (vidéo-témoignage d’un agriculteur ayant participé à la culture du blé) à l’ensachage de la farine du paquet que vous avez entre les mains. On va vraiment de la fourche à la fourchette car ensuite la web app via un chatbot propose des recettes à partir de farine Francine pour varier les plaisirs. » « On le voit, tout au long de son histoire, Francine a su s’adapter aux évolutions des modes de vie, des modes de cuisine et des attentes des Français », commente Claire Madoré. C’est ce qui explique sans doute sa longévité. » Aurélie Beaussart

« Francine a su s’adapter aux évolutions des modes de vie, des modes de cuisine et des attentes des Français » Dixit Claire Madoré.

Une marque patrimoniale 57 millions de produits Francine vendus en France, chaque année. 12 millions de foyers français utilisent Francine. Sur l’année 2020, marquée par le Covid, Francine a été la première marque alimentaire à laquelle les Français ont le plus pensé, ce fut aussi la 5e marque qui a recruté le plus de jeunes foyers de moins de 35 ans. « Les Français se sont remis à cuisiner en 2020 et 20 % des Français projettent de continuer. » Une notoriété qui n’est plus à faire. « Francine est connue par 94 % des Français et 92 % des enfants. » Une marque qui a son site internet qui comprend plus de 1 000 recettes. Elle est présente sur les réseaux sociaux et compte plus de 90 000 fans sur Facebook.

LE BON MOMENT POUR SE LANCER DANS UN PROJET, C’EST QUAND ON A TROUVÉ LE BON PARTENAIRE.

2000846300VD

Une banque de proximité, c’est essentiel.

BPALC – S.A. coopérative à capital variable. 3 rue François de Curel – 57000 Metz – 356 801 571 RCS Metz - ORIAS n° 07 005 127. Crédit photo : IStock.

GUIDE_AGRI.indd 21

19/08/2021 16:15:04


22 • Les produits de nos régions

Laisser la luzerne fleurir permet de reconstituer les populations d’abeilles.

La luzerne

VRAIE FÉE DE L’ENVIRONNEMENT

L

a luzerne est l’alliée incontournable de la biodiversité. Présente dans les plaines champenoises depuis les années 50, cette légumineuse, une fois déshydratée, est d’abord un aliment pour le bétail. 80 % de la luzerne déshydratée de France est produite par chez nous. Et cette production a un bel avenir devant elle. En juin, vu du ciel, on s’éblouit devant de jolis rubans mauves se déroulant à travers quelque 1 200 km de champs des Ardennes, de la Marne, de l’Aube et de l’Aisne. De plus près, ce sont des touffes de fleurs de luzerne. « La luzerne attire les abeilles à condition qu’on laisse les plantes s’épanouir », explique JeanPaul Davesne, secrétaire de Nature et Avenir. Apiluz, portée par l’association Symbiose et ses partenaires, est le nom de cette opération. Elle consiste à laisser des parcelles non fauchées de luzerne. En expérimentation dans le village de Beine-Nauroy (51) depuis 6 ans, la méthode a accru la fréquentation des abeilles et des papillons de 20 %. Ce printemps, 750 communes ont rejoint le dispositif. Cette fée de l’environnement dispose de bien d’autres atouts. Comme ses cousines légumineuses, haricots rouges,

GUIDE_AGRI.indd 22

fèves, pois chiches, elle possède de petites boules sur ses racines appelées nodosités. Des bactéries y abondent qui fixent l’azote présent dans l’air du sol. « Elle nécessite très peu de fertilisants », détaille Benoît Lampson. Elle permet aussi d’absorber les nitrates qui polluent les nappes phréatiques. « Vous la semez une fois pour trois ans. Elle nécessite très peu de travaux mécaniques, donc peu de carburant », complète Thierry Huet.

luzerne déshydratée pour l’alimentation du bétail. De plus, l’énergie utilisée pour faire tourner les fours est de plus en plus verte. « On utilise 75 % de biomasse cette année dans notre mixte combustible, l’an dernier, on était à 60 % et initialement tout était à base de charbon », explique Benoît Lampson. Aujourd’hui, la France importe 60 % de ses besoins protéiques pour son secteur agricole sous forme de soja d’Amérique latine. À travers le Plan

« La luzerne nécessite très peu de travaux mécaniques. Cela veut dire de l’économie de carburant » Grâce à son système racinaire qui s’enfonce en profondeur, la luzerne prévient l’érosion du sol. « Comme je suis en bio, elle me permet d’avoir un très bon rendement pour mon blé bio », ajoute Guillaume Leriche petit agriculteur bio à Brienne-sur-Aisne. « La luzerne permet une conversion rapide des terres en bio. La quatrième année, vous serez en schéma bio », détaille Benoît Lampson. Cette plante est exploitée dans les usines de déshydratation depuis les années 50. Aujourd’hui, le Grand Est est la première région de France productrice de

protéines, le gouvernement français veut augmenter les surfaces dédiées aux légumineuses et aux oléoprotéagineux de 40 % en 3 ans passant de près d’un million à 1,4 million d’hectares. Le but est de s’émanciper de la dépendance étrangère. En plus, c’est bon pour la planète : moins de transport, moins de déforestation et moins de méthane. Les bêtes alimentées par la luzerne sont censées produire 10 % de méthane entérique en moins. Arlyne Jeannot

19/08/2021 16:15:05


VOTRE NOUVELLE SOURCE D’ÉNERGIE

DÉCOUVREZ LES AVANTAGES DE LA TECHNOLOGIE V2X***

L E M E I L L E U R D E L A T E C H N O L O G I E H Y B R I D E R E C H A R G E A B L E PAR MITSUB ISHI 4 roues motrices permanentes

Autonomie 100 % électrique en ville : 55 km**

46 g de CO2 /km**

Consommation 2 l/100 km**

NOUVEAU MITSUBISHI ECLIPSE CROSS PHEV

32 490 €

(1)

à partir de Sous conditions de reprise(2), Bonus écologique 1 000 € et Prime à la conversion 2 500 € déduits(2)

(1) Prix d’un Mitsubishi ECLIPSE CROSS PHEV Invite, déduction faite de 7 500 € d’Avantage Client(2). Modèle présenté : Mitsubishi ECLIPSE CROSS PHEV Instyle à 40 840 € (peinture spéciale à 850 € incluse), déduction faite d’un Avantage Client de 7 500 €(2). (2) Avantage Client de 7 500 € composé de : 3 200 € de remise + 800 € d’aide à la reprise ajoutés à la valeur estimée de votre véhicule aux conditions Argus + 1 000 € de bonus écologique + 2 500 € de prime à la conversion. Aides de l’État valables sous réserve d’éligibilité, conditions disponibles sur www.service-public.fr ou sur www.primealaconversion.gouv.fr. Offres réservées aux particuliers valables jusqu’au 30/09/2021 chez les distributeurs participants, dans la limite des stocks disponibles et non cumulables avec d’autres offres en cours. Selon tarifs Mitsubishi Motors maximum autorisés en vigueur en France métropolitaine au 01/07/2021. Garantie et assistance : 5 ans ou 100 000 km, au 1er des 2 termes échu, selon CGV. M MOTORS AUTOMOBILES FRANCE SAS au capital de 10 000 000 € - RCS PONTOISE n° 428 635 056 - 1, avenue du Fief 95067 Cergy-Pontoise CEDEX. **Selon normes WLTP. ***Service non commercialisé avec le véhicule. V2X disponible selon finition. Valeurs WLTP selon règlements (EC) 715/2007 et (EU) 2017/1347. Consommation cycle combiné (l/100 km) : 2,0. Émissions CO2 (g/km) : 46. Autonomie électrique en ville (EAER City) : 55 km.

2000860003VD

* Dépassez vos ambitions.

Charge rapide à 80 % en 25 min (CHAdeMO)

w w w . m i t s u b i s h i - m o t o r s .f r

JF AUTOMOBILES SARL RENNESSON AUTOS AUTO DISTRIBUTION LAONNOISE

LAON - CHAMBY

GUIDE_AGRI.indd 23

03 23 22 54 74

PIERRY - ÉPERNAY 03 26 54 87 71 REIMS -THILLOIS 03 26 79 08 08 153 avenue Pierre Semard - CHALONS-FAGNIERES

03 26 68 11 63

GARAGE DE LA BECHERIE BELLEU - SOISSONS

03 23 75 81 81

19/08/2021 16:15:05


24 • Les produits de nos régions

Boissons

DES ALCOOLS À BOIRE VRAIMENT AVEC MODÉRATION Il n'y a pas que le champagne en Champagne. Nos terroirs développent moult vins et spiritueux plus ou moins alcoolisés. Focus sur quelques-uns qui titrent au moins 40°.

L

es Bronzés font du ski, ça vous parle ? La scène de la dégustation de la liqueur de crapaud aussi ? Un œnologue de la région révèle que la sensation procurée par une absinthe élaborée par René Bertrand à Hargnies (distillerie artisanale Scaille, Ardennes), « est pire » que celle exprimée avec force par les comédiens du Splendid. « C'est un ovni dans le milieu des alcools forts. Ça emporte tellement la bouche, ça chauffe comme un alambic dans le gosier et ça remonte de suite au cerveau. Mais au niveau du parfum, c'est sublime ! ». Cette verte absinthe-là, une extra-fine, à boire en digestif, titre 72° ! C'est l'alcool le plus fort de la région. René Bertrand, ancien brasseur, est horticulteur de métier. « Je produis à peine cent litres par an de deux variétés d'absinthe à base de plantes, dont la plus répandue est aussi la moins forte, soit 49°. » Rappelons qu'après une interdiction décrétée en 1915, cette boisson a été de nouveau autorisée en France en 1988 sous l'appellation « spiritueux à base de plantes d'absinthe », avant de retrouver son nom d'absinthe en 2011. Dans les Ardennes, poussons jusqu'à Barbaise pour évoquer la Cidrerie de War-

GUIDE_AGRI.indd 24

nécourt. Pas pour son cidre, mais pour sa marque O'Canel spécialisée en spiritueux tels que le Gin ardennais à 42°, la Vodbroska, elle aussi à 42° (une dénomination qui permet d'associer le mot vodka dans le respect de la légalité) qui se décline à la menthe, au citron ou à la framboise. « Cette année, nous débuterons une production de whisky que l'on commercialisera dans trois ou quatre ans », annonce Claude Pavy à la tête de l'entreprise avec son fils Xavier. « Mais notre produit phare reste la Barbencroc, une eau-de-vie de pommes à 52°. Son nom évoque celui d'un bandit local qui détroussait les voyageurs. » Tout cela sans oublier une belle gamme d'eaux-devie aux vapeurs aromatiques et enivrantes. Celles de cidre, de prunes, de pêches, de mirabelles montent à 50°. Une eau de vie de pomme vieillie en fûts de chêne fait 52°. « Nous choisissons de distiller à ces niveaux parce que les arômes sont bien plus prononcés qu'à 40°. » Vodka, gin, whisky... ces breuvages, a priori exotiques se développent pourtant un peu partout dans nos contrées. Dans l'Aube, à Lusigny-sur-Barse, Didier Barbe, distillateur artisanal, élabore pléthore de douceurs dont une vodka... à base de raisins de cépage chardonnay provenant

19/08/2021 16:15:09


Les produits de nos régions • 25

Fine et marc, deux grands classiques vient d'un double vieillissement, d'abord dans des fûts de bourgognes blancs pendant plusieurs années, puis, durant six à huit mois, dans des fûts ayant naguère stocké de grands vins français. On trouve ainsi des Guillon aux finitions banyuls, sauternes, vin de paille, coteaux du Layon, Puligny-Montrachet, Châteauneuf du pape..., sans parler de ceux qui résultent d'un assemblage de plusieurs finitions. L'entreprise de Thierry Guillon produit plus de soixante-dix mille carafes par an. Retour dans l'Aube pour ce rapide survol non exhaustif des alcools forts avec la prunelle de Troyes, mise au point par le Cellier Saint-Pierre. Elle existe depuis 1840 et a même été récompensée d'une médaille d'or à l'Exposition universelle de Paris en 1900. « Il s'agit d'une liqueur de 40° fabriquée à partir de noyaux de prunelles broyés dans de l'alcool, avant une double distillation dans un alambic de 1856. Il faut moins de cent grammes de noyaux pour faire un litre, mais deux cent cinquante grammes de sucre », explique Alexandre Krumenacher, l'œnologue-distillateur de la maison, qui sort environ quinze mille bouteilles par an. Jean-Michel François

Production, transformation & distillation

À partir des vignobles de Champagne, sont élaborées plusieurs boissons, dont deux spiritueux titrant chacun 40° : la fine et le marc. Tous deux bénéficient d’une indication géographique et répondent à un strict cahier des charges qui définit leurs caractéristiques organoleptiques, physiques et chimiques, ainsi que les méthodes d’obtention. La fine (dont l’appellation officielle est « eau-de-vie de vin de la Marne » ou « fine champenoise ») est obtenue à partir de la distillation de vins provenant du vignoble de Champagne. Le marc (dont le vrai nom est « marc de Champagne », « marc champenois » ou « eaude-vie de marc champenois ») est obtenu par la distillation des résidus secs après pressurage des grappes, c’est-à-dire les tiges, peaux et pépins des raisins. Un « vieux » marc de Champagne suppose un vieillissement d’au moins quatre ans, la mention « très vieux » ne s’accorde qu’avec un marc d’au moins huit ans d’âge, tandis que les mentions « hors d’âge » ou « XO » sont réservées aux marcs d’au moins dix ans.

2000867465VD

de la Marne. Mille litres de vin permettent d'obtenir, après plusieurs passes de distillation dans un alambic très rare, environ cent vingt litres de vodka à 40°. Près de deux cents bouteilles sortent chaque année de sa distillerie, disponibles notamment dans la grande distribution régionale. On relève le dessin d'un templier sur l'étiquette : « Hugues de Payns, fondateur de l'ordre des Templiers, est originaire de Troyes. Notre propriété se situe dans la forêt du Temple », explique Didier Barbe. Whisky encore, pardon, « Esprit du malt de la Montagne de Reims » - telle est sa dénomination officielle -, avec la distillerie Guillon à Louvois (Marne) qui, depuis plus de vingt ans, crée des alcools denses et parfumés de 40 à 46°. Leur subtilité aromatique pro-

JUS DE POMME • CIDRE ALCOOL • SPIRITUEUX

Cidrerie de Warnécourt - 8 Grande Rubrique - 08430 Barbaise - www.cidrerie-de-warnecourt.fr

GUIDE_AGRI.indd 25

19/08/2021 16:15:10


26 • Les produits de nos régions

Foires agricoles

L’AGRICULTURE VIENT À VOUS

« L’

histoire des foires de Champagne, c’est le monde agricole, on est une terre agricole, rurale avec les plaines céréalières, le cidre, l’élevage, le champagne évidemment… », considère Emmanuel Saint-Mars, directeur général de la Maison du Boulanger qui, à sa reprise du Cube en 2017, a réintégré l’agriculture dans les foires troyennes qui accueillent en moyenne 30 000 visiteurs durant deux week-end. Qu’elles soient à Troyes ou ailleurs, les foires agricoles sont « une belle vitrine de l’agriculture », qui prend ses quartiers en ville. « Pour être fier de son territoire, il faut le connaître. Les foires, c’est le territoire qui vient vers vous. Au Moyen Age, on venait échanger des idées, des produits, on n’a rien changé de ce côté là », assure Bruno

« Le Grand Est est la deuxième région agricole de France, et la première pour certaines filières » Forget, commissaire général de la foire de Châlons qui réunit 700 exposants et drainait 270 000 visiteurs en 2019. Après l’annulation de l’édition 2020 compte tenu des conditions sanitaires, la 75e foire de Châlons devrait se tenir du 3 au 13 septembre prochains. Si les foires agricoles s’accompagnent souvent d’autres acteurs économiques et d’un volet culturel, elles restent « une tribune de résonance de l’agriculture. On vient rappeler que l’agriculture nourrit, qu’elle participe à la vitalité de la ruralité », résume Bruno Forget. Une vitrine que tous viennent observer, des consommateurs aux politiques, en passant par la jeunesse. « Les citadins connaissent peu le monde agricole, sur les foires, les enfants peuvent voir les animaux en vrai », ajoute Emmanuel Saint-

GUIDE_AGRI.indd 26

Les foires, comme celle de Châlons, sont d’efficaces outils de promotion de l’agriculture auprès du grand public.

Mars. « Cela permet aux professionnels de communiquer, avec le public, mais aussi entre eux, de se rencontrer. » Si bien que, depuis quatre ans, la foire de Châlons est marraine de la troyenne, qui exporte là-bas ses exposants, trouvant un écho régional voire national. Produits locaux, filières, machines agricoles… Tout est réuni en un seul lieu, autour de professionnels avides de transmettre leur passion. « La vocation du travail agricole, si elle n’est pas innée, il faut qu’elle soit acquise », estime Bruno Forget. Et les foires peuvent y contribuer. Du champ à l’assiette, les foires, c’est aussi découvrir les spécialités régionales. Une dégustation vaut alors mieux qu’un long discours en matière de promotion agricole. « Le Grand Est est la deuxième région agricole de France, et la première pour certaines filières », les foires ont donc tout leur rôle à jouer dans la mise en valeur d’un tel savoir-faire. « La foire rend les habitants fiers de leur territoire. » Anne-Claire Gross

Portes ouvertes du monde rural aubois Chaque année depuis un quart de siècle, 50 à 60 sites – ferme, cave à champagne, élevage… – ouvrent leurs portes au public le temps d’un dimanche printanier dans l’Aube. Le « Dimanche à la campagne », dont la 25e édition a eu lieu le 13 juin et non en avril en raison des mesures sanitaires, est l’occasion de rencontrer des professionnels, mais aussi de déguster des produits du terroir au détour d’un marché ou d’un service de restauration 100 % local. « Sur les foires, les agriculteurs viennent en ville, là les citadins vont à la campagne », souligne Vanessa Serieis, directrice du développement de Terres & Vignes, organisateur de l’événement. « C’est une manière de découvrir son territoire et, pour les producteurs, un moyen de se faire connaître. »

19/08/2021 16:15:12


PUBLI -INFORMATION

QUELLE TRANSITION ÉNERGÉTIQUE POUR LE SECTEUR AGRICOLE ? Un livre blanc ouvre des pistes...

@ EDF-Capa Pictures/Rondeau Pascal

E

N tant qu’opérateur majeur de la production d’énergie en France, nous sommes impliqués de longue date dans la construction d’un avenir énergétique neutre en CO2 qui participe à l’ambition nationale de neutralité carbone d’ici 2050», explique Christine Heuraux, chef de mission Transition énergétique en milieu rural à EDF. « L’engagement du monde agricole est essentiel dans cette démarche, car il s’agit du deuxième secteur émetteur de gaz à effet de serre en France, et surtout car il détient une partie des clés de la réussite (puits de carbone, production d’énergie renouvelable …). Ce Livre Blanc constitue une photo de terrain, permettant de comprendre la manière dont le monde agricole perçoit cette problématique, et de définir comment nous pouvons l’accompagner concrètement dans ses projets ». Pour réaliser cette étude, une cinquantaine

GUIDE_AGRI.indd 27

d’entretiens ont été menés avec des exploitants, mais aussi des acteurs essentiels des territoires (ADEME, syndicats agricoles, chambres d’agriculture, élus locaux, représentants de l’Etat…). En partenariat avec les chambres d’agriculture, plus de 900 agriculteurs ont, en parallèle, répondu à une enquête en ligne. Ces analyses croisées ont permis d’établir de nombreux chiffres clefs : « On retiendra par exemple que seuls 8% des exploitants ne se sentent pas concernés par le sujet, et que 55% sont déjà engagés dans une démarche de décarbonation de leur activité. Nous avons aussi pu identifier les freins qu’ils rencontrent (difficulté à identifier les financements et à les mobiliser, manque de temps et de moyens humains pour monter un dossier…) ». La dernière partie du livre est quant à elle consacrée à l’analyse de 5 études de cas issues de différentes régions : « Il s’agit de réalisations exemplaires, opérationnelles depuis au

moins 2 ans et réplicables dans d’autres exploitations. On citera l’installation de panneaux photovoltaïques sur la toiture de porcheries, qui permettent de chauffer le bâtiment et de vendre une partie de l’électricité produite à EDF ; l’expérimentation de machines fonctionnant à l’hydrogène pour traire les vaches en alpages ; ou un chauffage d’écoserres par valorisation de déchets ménagers ». A noter enfin qu’EDF engage plusieurs projets destinés à réduire le recours aux énergies fossiles, notamment en étudiant le développement de tracteurs et engins agricoles dotés de moteurs électriques ou à hydrogène.

Pour en savoir plus, contacter edf-grand-est@edf.fr

19/08/2021 16:15:12


PUBLI -INFORMATION

CDER Un accompagnement de proximité

F

ondée en 1956 à Châlons-enChampagne par un groupe d’exploitants agricoles et viticoles, CDER est aujourd’hui la plus importante association de gestion et de comptabilité de France. Elle compte près de 12 000 adhérents, dont 2/3 d’agriculteurs ou viticulteurs. Elle emploie plus de 700 collaborateurs, répartis sur 16 agences décentralisées dans le Grand Est (Reims, Châlons, Rethel, Troyes, Epernay, Sainte-Ménehould, Suippes, Vitry-leFrançois, Bar-sur-Aube, Bar-sur-Seine, Montmirail, Fère-Champenoise), les Hauts-de-France (Soissons, Laon, Marle), et l’Ile-de-France (Provins). « Ce maillage serré du territoire nous permet d’entretenir une vraie proximité avec nos adhérents, une valeur qui fait véritablement partie de notre histoire

GUIDE_AGRI.indd 28

et de notre ADN », souligne Bertrand Trepo, responsable marketing et communication de CDER. « C’est pourquoi, au-delà des chiffres et de la comptabilité stricto-sensu, nous plaçons le conseil au cœur de l’accompagnement et des services proposés aux exploitants. Grâce à la collecte et à la saisie des données (recettes, factures, amortissements,TVA…) effectuées par notre service comptable, nous pouvons établir des tableaux de bord et des prévisions que nous ne livrons jamais sans commentaire, explication et conclusion. Nous présentons ces éléments au responsable de l’exploitation lors d’un ou plusieurs entretiens, suivant l’abonnement qu’il a choisi. Généralement, ces rendez-vous se déroulent chez lui, ce qui nous permet de mieux comprendre son contexte professionnel, de découvrir les

équipements et outils dont il dispose. Nous sommes aussi à sa disposition pour l’accompagner dans ses projets d’investissement ou de développement (renouvellement du matériel, méthanisation, mise en place d’un assolement commun, passage au bio…) ».

19/08/2021 16:15:12


Les produits de nos régions • 29

L’andouillette

FLEURON DE LA GASTRONOMIE TROYENNE

N

ul mets ne symbolise mieux Troyes que l’andouillette. Au XIXe siècle déjà, un poème évoque l’andouillette troyenne. « C’est du 100 % porc, 1/3 d’estomac et 2/3 d’intestin », décrit Christophe Thierry, maître reconnu de la spécialité basé à Sainte-Savine dans l’agglomération troyenne et détenteur du diplôme 5A depuis 1995. Son andouillette, tirée à la ficelle sans mécanisation, il la décline aussi en pâté en croûte champenois, en gratin... Pourtant, de l’andouillette exclusivement au porc ça n’est pas réservé à l’Aube, mais la « véritable » andouillette de Troyes, elle, est produite uniquement dans le département. Du porc, donc, et un assaisonnement qui vient donner la touche personnelle de chaque artisan. « On peut y mettre du poivre vert, des épices, du vin blanc ou du champagne... », énumère Patrick Maury l’autre grand nom de l’andouillette à Troyes. Déjà

GUIDE_AGRI.indd 29

50 ans qu’il dresse à la main ses andouillettes. Elles sont le résultat d’un juste dosage d’arômes pour ne pas effacer le goût si particulier de l’andouillette. Mais attention, « si l’odeur est nauséabonde, c’est que c’est mal nettoyé. Elle doit avoir uniquement un parfum. » Elle s’accompagne simplement : au four d’un bout de chaource, pour rester dans l’Aube, chemisée de beurre à la poêle complétée d’un écrasé de pommes de terre… Le secret réside dans la cuisson, il faut réchauffer « lentement et méticuleusement », recommande Jacques-Louis Delpal, président de l'Association 5A, au risque sinon de voir le boyau naturel éclater. En 10 à 15 minutes, la voilà prête. Plus qu’à la déguster, mariée avec un vin blanc ou, si le cœur vous en dit, un bon champagne pour s’ancrer dans le terroir. Anne-Claire Gross

Le secret de l’andouillette, c’est la cuisson qui doit être lente et méticuleuse.

L’andouillette 5 A, c’est quoi ? L’Association amicale des amateurs d’andouillette authentique a vu le jour en 1960, un peu pour rire. De là est né un diplôme devenu sérieux, renouvelé tous les deux ans, et synonyme de bonne andouillette, au sens large, qu’elle soit troyenne ou d’ailleurs.

19/08/2021 16:15:17


30 • Les produits de nos régions

Pétillant de groseille

BAIES, BULLES ET BELLE BOUTEILLE

Si le champagne est en perpétuelle bataille pour protéger son appellation, la méthode traditionnelle, elle, peut s'appliquer à tous les producteurs de fruits qui en auraient l'idée. C'est ce que s'attachent à faire, depuis 2011, trois cultivateurs de groseilles en Argonne ardennaise. Pauline Godart

GUIDE_AGRI.indd 30

Des 50 pieds de groseiller des débuts, le Clos de Gobu est passé à plus de 3 000.

N

ous sommes à 10 kilomètres de Vouziers, sur la commune de Falaise, perchée au sommet d'une colline de gaize dominant la vallée de l'Aisne. C'est un pays de vaches, de pâturages et de vergers : quetsches, mirabelles, prunes et, depuis 2011, champ de groseilliers. Remi Aubrée et Philippe Kaloghiros reviennent sur les débuts du Clos de Gobu (du nom de la ruelle où se trouve l'exploitation). « Mon père bricolait du vin de groseille au village depuis toujours, dans son garage, pour faire plaisir à l'entourage », raconte Rémi. « Mais ça manquait évidemment de régularité. » Après un plan social subi dans leur entreprise, les deux amis se sont donc lancés le défi de la grande échelle, accompagnés par le père de Rémi. Et dès le début, ils n'ont pas pris les choses à la légère. Ainsi, c'est entourés d'oenologues champenois qu'ils ont affiné la méthode dite « traditionnelle », émanant bien des vins effervescents de Champagne. À ceci près que la cueillette des groseilles s'opère en juillet. Foulage, pressurage, mise en cuve, ajout de levures et première fermentation

s'ensuivent jusqu'en octobre, où la mise en bouteille permettra la prise de mousse et l'affinage en cave pendant 18 mois. « Ensuite, c'est le dégorgement. »

« Depuis 2011, on a augmenté la production et surtout, on l'a diversifiée » Loin des 50 pieds de groseilliers du départ (pour 750 bouteilles), l'exploitation en compte aujourd'hui 3 000, dont 10% en variété blanche. Ainsi, deux cuvées sont proposées en bouteille : la Zitavia et le Ribes Rondom (variété rouge). « Notre production est limitée par notre capacité de stockage. On est aujourd'hui à 6 000 cols, traditionnels, demi-bouteilles, magnums et même cuvée de réserve, à commercialiser au bout de 7 ans et non de 2. On va la mettre en flacon cette année et on dégustera l'année prochaine, on l'espère, quelque chose d'assez complexe. » S'y ajoutent le Ti'Gobu (un marc à 45°) et

19/08/2021 16:15:22


LE RATAFIA, DERNIER NÉ DU CLOS Après la cuvée blanche née en 2014, toujours avec un habillage raffiné qui en fait un divin cadeau, le ratafia s’est ajouté au Clos de Gobu en mai 2020. « On a fait beaucoup de test et de dégustations à l’aveugle pour arriver à un produit idéal. Il fallait trouver l’équilibre subtil entre la groseille, le sucre et l’alcool. À la fin, on est tombé sur un résultat qui nous plaisait, pas trop acide, pas trop sucré, avec du goût mais pas trop fort en alcool... L’idée était d’obtenir une belle liqueur, pour l’apéritif ou la fin de repas ». Une dégustation de choix, légère, piquante, acidulée.

UNE RÉCOLTE 2021 EN DEMI-TEINTE Début juillet, lors de notre visite à Falaise, les premières baies s'apprêtaient tout juste à être récoltées. Et c'est par les blanches qu'on commence, généralement en avance d'un mois sur les autres. « Cette année, tout est retardé à cause de la météo », explique Rémi Aubrée. « D'habitude, on commence le 20 juin. » Quant à la qualité des fruits ? « Avec la pluie, les grains grossissent en jus mais pas nécessairement en sucre... Heureusement, la maturation va vite, il suffit de deux-trois jours de soleil pour rattraper. Et comme on ne traite pas, c'est toujours une course contre la montre pour éviter les maladies qui pourraient menacer. » 60% de perte allaient ainsi être déplorés sur la variété blanche. Aujourd'hui, si la bouteille de 75 cl de pétillant de groseille rouge est à 13 euros, la blanche à 16 et le ratafia à 25, il se pourrait, dans les prochains mois, que la note s'élève légèrement.

GUIDE_AGRI.indd 31

8 bases, 4 départements : Aisne, Ardennes, Marne, et Seine-et-Marne, 110 employés, 65 véhicules d’intervention. McCormick, Case et depuis 1986 Claas. Depuis 1919, les établissements Primault s’efforcent de foncer vers l’avenir. Chaque année, chaque jour, les membres des différentes concessions ont la volonté de répondre aux besoins des clients. D’une base à l’autre les besoins différent, les stocks également. Par exemple, pour le département des Ardennes, le matériel et les stocks sont basés sur l’élevage, et pour le département de la Marne, ils sont orientés sur la viticulture et l’agriculture. L’entreprise s’adapte aux caractéristiques des territoires. Effectivement, depuis 1988, les concessions du vignoble se lancent dans la viticulture, en proposant les tracteurs Derot, et les outils de traitement et du travail du sol. Avec l’augmentation constante de la population mondiale et le réchauffement climatique, la société propose à ses clients plusieurs OAD (Outils d’Aide à la Décision) qui répondent à la problématique de notre siècle : l’augmentation des rendements, la réduction des coûts, des intrants et des charges de structures, soit un grand pas pour l’écologie. Grâce à plus de 500 systèmes de guidages et 3.6.5 FarmNet, Primault est en cavale vers l’avenir ! Ces 2 outils visent à faciliter la gestion et l’analyse des exploitations des clients et à soulager le poids de leur travail et ainsi économiser des UTH (Unité de Travail Humain). Pour répondre aux besoins des clients qui sont à 50 % de JA (Jeunes Agriculteurs), l’entreprise met à leur disposition, gratuitement le ClaasConnect. Il permet de bénéficier des éclatés de pièces des matériels Renault et Claas, afin qu’ils réalisent un gain de temps et d’argent. Par ailleurs, avec l’intention de créer un lien avec les agris/vitis, nous publions du contenu de divertissement sur Facebook et Instagram, mais aussi des infos liées à l’entreprise. A très vite sur les réseaux ?! Romigny 03 26 61 84 39 - Bergères/Montmirail 03 26 81 75 12 - Connantre 03 26 81 61 06 Vouziers 03 24 71 30 76 - Reims 03 26 09 76 66 Marolles 03 26 74 77 45 - Guignicourt 03 23 79 89 58 Château-Porcien 03 24 38 93 86

2000869796VD

d'autres produits développés avec des opérateurs partenaires : pâtes de fruits, gelée, bientôt du vinaigre et pourquoi pas, un jour, glace, bière ou chocolat. « On vend principalement sur les marchés de producteurs ou de Noël, les salons gastronomiques, les événements... Également dans les offices de tourisme et les boutiques spécialisées. » Juste avant le Covid, une palette a même été expédiée à un importateur japonnais, pour les hôtels et les restaurants. « Une affaire à suivre », ajoute Rémi, alors même que les livraisons en France seront bientôt proposées et que les investissements matériels peuvent désormais être partagés. Un jus non alcoolisé, tranquille ou gazéifié mais d'un tout autre fruit, pourrait ainsi bénéficier prochainement des installations de Falaise.

Primault en route pour l’avenir.

PUBLI-INFORMATION

19/08/2021 16:15:22


32 • Les produits de nos régions

L’agneau de l’Aube est devenu une marque, gage de qualité.

L’ Jean-Roch Lemoine

est le président de l’association Agneau de l’Aube qui compte une dizaine d’éleveurs adhérents. Sur son exploitation de Champfleury, dans l’Aube, l’éleveur, également céréalier, nourrit 1 800 brebis.

GUIDE_AGRI.indd 32

Aube n’est pas vraiment une terre ovine, on n’y compte qu’environ 16 200 brebis, loin des départements les plus producteurs. Et pourtant, l’Aube détient une marque devenue gage de qualité quand bien même elle n’est pas un label : l’agneau de l’Aube. En 1994, « c’est parti d’un constat des éleveurs : peu d’agneaux produits dans l’Aube y étaient consommés. On était déjà dans l’idée du manger local », explique Jean-Roch Lemoine, président de l’association Agneau de l’Aube. L’éleveur de Champfleury, dans l’Aube, fait partie de la dizaine d’adhérents de l’association, répartis aux quatre coins du département. Une production locale, donc, qui se doit de respecter un cahier des charges : naissance et élevage dans l’Aube, agneaux nourris par la mère durant deux mois minimum, absence d’OGM dans l’alimentation, poids final compris entre 16 et 20 kg… Les acteurs de l’agneau de l’Aube

ont fait le choix du collectif, s’associant à une coopérative et à l’abattoir Sicarev situé à Migennes dans l’Yonne. « On nous le demande souvent mais on ne peut pas faire de vente directe, c’est une démarche collective, souligne le président de l’association. Sinon ça créerait de la concurrence entre éleveurs. » L’agneau de l’Aube ne se trouve pas sur tous les étals ni tout au long de l’année. « Au départ, on commercialisait de la fin janvier au 15 juin, à la fin des Foires de Champagne », indique Jean-Roch Lemoine. Aujourd’hui, avec davantage d’éleveurs, des cheptels plus conséquents et la demande du consommateur, la période s’est étendue : l’agneau de l’Aube se consomme de la fin janvier au 15 septembre. « On joue sur la saisonnalité de nos agneaux », alors que la demande ne se tarit pas. « Si on en avait toute l’année, on en vendrait toute l’année », assure Victor Maman, éleveur à Orvilliers-Saint-Julien et chargé de la commercialisation pour

19/08/2021 16:15:32


Les produits de nos régions • 33

AUBOIS, DE LA NAISSANCE À L’ASSIETTE l’association Agneau de l’Aube. Et à l’achat, côté consommateur, ça donne quoi ? Historiquement plus cher que l’agneau de France, les prix se sont rapprochés ces dernières années avec la hausse du cours de l’agneau afin de ne pas la répercuter sur l’agneau de l’Aube. « Aujourd’hui, c’est 10, 15 centimes de plus par kg que l’agneau classique », précise Jean-Roch Lemoine. « Ce n’est pas la plus-value qui motive les éleveurs mais la mise en valeur de leur territoire et de leur production », garantit Victor Maman, notant les multiples possibilités qu’offre l’agneau en cuisine, du

gigot de sept heures aux côtelettes grillées au barbecue. Toujours label rouge, il est commercialisé pour l’essentiel dans des supermarchés aubois, mais aussi dans quelques boucheries. Uniquement dans l’Aube, jusqu’à présent, alors que des secteurs limitrophes s’y intéressent aussi. Les éleveurs n’excluent pas d’accéder à cette demande, notamment à Champfleury, dans la Marne cette-fois. Une manière de faire connaître la marque au-delà de ses terres.

1 300

C’est le nombre estimatif d’agneaux qui devraient être commercialisés cette année sous la marque Agneau de l’Aube. Le département compte 16 200 brebis, parmi lesquelles environ 6 000 peuvent faire naître des agneaux commercialisables sous la marque.

Anne-Claire Gross

Base de Vervins Avenue Pierre Mendès France - 02140 VERVINS Tél : 03.65.46.00.01

Base d’Athies sous Laon Route de Chambry - 02840 ATHIES SOUS LAON Tél : 03.23.24.67.00 2000855613

Base de Bucy Le Long ZA de la Foselle - 02880 BUCY-LE-LONG Tél : 03.23.72.24.30

Base de Montigny Lengrain 2 Chemin des Osiers - 02290 MONTIGNY LENGRAIN Tél : 03.23.55.50.04

GUIDE_AGRI.indd 33

DACHY MOTOCULTURE Route de Chambry - 02840 ATHIES SOUS LAON Tél : 03.23.24.67.05

19/08/2021 16:15:37


34 • Les produits de nos régions

Boissons

LE CIDRE DANS SES BEAUX QUARTIERS

Les Ardennes ont toujours été une terre d’élection du cidre.

Pour vivre heureux... Quelques pommiers, un pressoir, un peu de patience pour la fermentation… La production de cidre n’est pas un procédé complexe. Ce qui explique sans doute son caractère familial. Les professionnels sont peu nombreux. Outre les bulles ardennaises, les Ardennes en compte deux autres à Warnécourt et à l’Auberge de Gironval, à Thin-le-Moutier. En toute discrétion, Bruno Ayer œuvre depuis 30 ans, à partir de vieilles variétés sans sulfite ni colorant. Un cidre « à l’ancienne et à la bonne franquette », dit-il. Autre producteur local, le « Clos de la Fontaine Hugo » de Grégoire Le Roux est installé en Thiérache axonaise depuis 2008 et produit des cidres « fins et vifs » qui ont l’ambition de rivaliser avec les meilleurs crus du Pays d’Auge, en Normandie bien sûr.

GUIDE_AGRI.indd 34

Le (bon) cidre artisanal revient en grâce. Même les gastronomes le dégustent en toutes occasions et toute l’année.

Q

ue buvaient autrefois les paysans français ? Du vin ? Pas si sûr. Du cidre, probablement. Bon marché et facile à produire, le robuste breuvage connut ses années de gloire à partir du XVIIIe siècle lorsqu’il s’est agi de limiter la consommation par trop ravageuse de bière. Entre Rethel et Signy-l’Abbaye, on vit alors se multiplier vergers et pressoirs. Dans le seul département des Ardennes, au début du XXe siècle, on récoltait les pommes dans plus de 200 villages et la production annuelle dépassait les 60 000 litres. Terre d’abondance, les vergers de Thiérache, dans l’Aisne voisine, faisaient mieux encore. Mais tout cela, c’était avant, avant la « der des der » et les années fastes du « pinard »,

ce gros rouge à deux sous destinés aux poilus. La paix revenue, les rescapés du massacre en gardèrent l’habitude. Le cidre résista longtemps, avant de s’effondrer. En 1940, notre pays en produisait encore 16 à 20 millions d’hectolitres. Soixante ans plus tard, la consommation nationale est tombée à moins de 1 million d’hectolitres ! Les talons d’Achille du cidre ? D’abord son excessive concentration géographique, Normandie et Bretagne en tête. Ensuite et surtout, sa forte saisonnalité. L’épiphanie, l’été et la chandeleur se partagent le gâteau. Images rituelles et sympathiques mais réductrices.

DES DÉBUTS LONGS ET DIFFICILES Du coup, les producteurs ont fondu comme neige au soleil, laissant le marché se partager entre les produits industriels (les cadors du secteur s’appellent aujourd’hui Heineken et Carlsberg) et la confidentialité des producteurs locaux (2 200 aujourd’hui en France). Parmi eux, Etienne et Martine Capitaine. Il était agent d’entretien en collège, elle secrétaire juridique. En 1995, ils se reconvertissent et plantent 4,5 hectares de pommiers (basse, demi et haute

19/08/2021 16:15:38


Les produits de nos régions • 35

tige) près de Signy-l’Abbaye, à Lalobbe, autrefois renommée pour son cidre. Rien à voir avec les abondants vergers du Tourteronnais voisin, paradis des pommes à couteau. Mais assurément, en matière de pomiculture, les Ardennes restent une terre d'élection. Malgré des débuts longs et difficiles, les Capitaine ont bien mené leur barque. Vingt cinq ans plus tard, les « Bulles ardennaises » (leur nouveau nom) ont imposé une large gamme de produits différents (cidres, poirés, jus, vinaigre, spiritueux, eau de vie…) issus d’une soixantaine de variétés de pommes sélectionnées avec soin. En 2012, l’une de leur trois filles, Blandine, les a rejoint puis en 2015, son mari David, un ancien gendarme métamorphosé en maître de chais ! Seul à la barre depuis 2019, le jeune couple imprime sa marque. D’abord en plantant l’an dernier 4 nouveaux hectares en bio, soit quelque 800 arbres. Ensuite en diversifiant les conditionnements et les produits, actuellement

une quarantaine. Enfin, en explorant de nouveaux marchés, notamment à l’international à l‘image de ces 4000 bouteilles récemment vendues en Russie !

L’hommage d’un gourmet

A ce jour, 40 % des 130 000 bouteilles sorties chaque année des pressoirs des « Bulles ardennaises » sont cependant vendues dans le département. « Nous utilisons pour cela une centaine de tonnes de fruits. Avec les nouveaux vergers, nous devrions atteindre les 320 000 bouteilles dans les 8 ans », explique Blandine dont la petite entreprise (3 emplois plus 8 saisonniers) a « beaucoup souffert » en 2020 en raison de la pandémie. « Pendant 5 mois, le chiffre a chuté de 80 %. Nous avons arrêté tous nos investissements ». Le fonds de soutien aux entreprises a permis d’éviter le pire. Mais Blandine et David ont retrouvé le moral à la faveur du regain d’intérêt que suscite le cidre « naturel et sans gluten » auprès des jeunes générations.

Signe de ce revival, quelques bonnes tables figurent parmi leurs clients, à l’image de l’Assiette champenoise, à Reims, qui utilise le brut des « Bulles ardennaises » pour composer l’un de ses cocktails. « Ce cidre est un produit de qualité que nous servons de plus en plus à la carte. Avec le vieillissement en futs de chêne, il devient tout à fait envisageable de composer un repas arrosé au cidre uniquement », assure le chef de l’Assiette, Arnaud Lallement. Gilles Grandpierre

2000869235VD

J’ÉCHANGE MA PARCELLE

GUIDE_AGRI.indd 35

19/08/2021 16:15:41


02

LES HOMMES QUI FONT VIVRE NOTRE AGRICULTURE L’agriculture régionale ne serait rien sans ces hommes et ces femmes qui, depuis des siècles, s’emploient à maîtriser les cultures, à organiser les filières, à faire rayonner les produits à travers le monde. Certains ont marqué l’histoire, d’autres construisent le monde de demain.

47

24h avec un éleveur

GUIDE_AGRI.indd 36

54

56

Madame Raymonde, fée des bulles

Journal d’un betteravier au printemps

19/08/2021 17:36:24


Les hommes • 37

LES HÉRITIERS Ils sont syndicaliste, éleveur, maraîcher, herbager, apiculteur ou céréalier... En première ligne ou anonymes, ces femmes et hommes vivent leur métier passionnément. Gilles Grandpierre

AISNE

Philippe Pinta Ce Soissonnais de 67 ans est partout. Président de l’association générale des producteurs de blé, il préside du même coup l’ORAMA qui fédère producteurs de blés, de maïs et d’oléagineux. Après la FDSEA axonaise ou la chambre d’agriculture, il préside aujourd’hui UNIGRAINS. Entre autres…

Olivier Dauger Christine Gandon

Hugues Bécret

Agricultrice à Gourgançon (51), cette ingénieur agronome a été élue à la présidence du Crédit agricole du Nord Est (Aisne, Marne, Ardennes) en 2017. Elle avait présidé auparavant la caisse locale de Fère Champenoise. Elle symbolise l’engagement du CA pour le développement des territoires.

Le président de la commission environnement de l’Union des syndicats agricoles de l’Aisne (USAA), installé à Toulis-etAttencourt, s’emploie à faire passer le message : « La profession n’a jamais été aussi respectueuse de l’environnement et s’en donne les moyens. Ce qu’on fait, on le fait bien ! »

Il préside depuis 2019 la nouvelle chambre régionale d’agriculture des Hauts-de-France. Auparavant président de la chambre axonaise, cet agriculteur de Guignicourt milite à 53 ans pour une agriculture durable au sein de la commission environnement de la FNSEA.

Robert Boitelle Pascal Lequeux

Henri Brichart

Dans sa ferme d’Anguilcourt-le-Sart où il a aussi lancé il y a une quinzaine d’années un élevage de porcs, cet ingénieur de formation a construit en 2014 l’une des toutes premières unités de méthanisation de Picardie. Parallèlement, il a fondé la société Bio Aisnergies.

Ce Haut-Marnais de 64 ans installé en Thiérache (lait, vaches allaitantes, céréales) a présidé la fédération des producteurs de lait (FNPL) pendant dix ans. Il préside aujourd’hui FranceAgriMer. Parallèlement, il est toujours vice-président de la chambre d’agriculture de l’Aisne.

GUIDE_AGRI.indd 37

Élu en 2019 à la tête de la chambre d’agriculture, il a été prof de maths et techno en collège avant de gérer son exploitation (céréales et colza) à Mauregny-en-Haye. Maire de sa commune jusqu’en 2008, il est très sensible au problème de l’artificialisation des terres agricoles. En dix ans, l’Aisne en a perdu près de 1 500 hectares ! Cet engagement explique son appartenance au Think tank « Sol et civilisation ».

19/08/2021 16:15:54


38 • Les hommes

ARDENNES

Thomas Samyn

Christophe Emon

Thierry Bosserelle

À Arnicourt (08), dont il est le maire, voilà un amoureux des vaches charolaises. Thomas a beaucoup œuvré pour sauver les abattoirs de Rethel et pour lancer le magasin « Sacrés fermiers » à Cernaylès-Reims. Brillant et inventif, il pratique la sélection bovine à très haut niveau.

A 37 ans, cet éleveur de charolaises est un des 36 producteurs de viande à faire de la vente directe dans les Ardennes, les vendredis et samedis matin à Louvergny, les vendredis après midi sur les marchés locaux. Son slogan : « De notre étable à votre table ». Sa fierté : avoir créé 4 emplois de bouchers.

Héritier d’une longue lignée de maraîchers, il est l’un des plus importants maraîchers du Fond de Givonne aux portes de Sedan. Thierry ajoute à son métier une passion experte pour le labour. En 2019, il a été l’un des deux représentants de la France au mondial de labour à Saint-Petersbourg !

Marie Gailliot

Amélie Simon

Agricultrice avec son époux Raphaël à Saint-Etienne-à-Arne (08), viticultrice à Prouilly (51), administratrice de Vivescia (la seule femme sur 25 !) et présidente de « Cœur de Vivescia » qui soutient les projets de territoire. A 42 ans, elle a deux maîtres mots : le collectif et la coopération.

Au sein de la ferme familiale, à La Neuville-en-Tourne-à-Fuy, elle a commencé en 2013 avec 5 ruches. Cette artisane de l’apiculture en a aujourd’hui une centaine. Ses abeilles butinent les cultures gérées en agriculture raisonnée. Pour le miel des forêts, elle installe ses ruches en forêt d’Argonne.

Gaëlle Manceaux Ancienne éducatrice de chiens d’aveugle, elle a quitté Paris en 2013 pour s’installer à Saint-Fergeux dans les Ardennes et y cultiver du safran ! Sans herbicide, sa safranière de 10 ares produit un « or rouge » à partir de fleurs cueillies à la main ! L’entreprise se visite à l’automne, en période de floraison.

Thierry Huet

Catherine Charlier

« La vérité est sur le terrain », aime-t-il à répéter. Depuis sa ferme argonnaise, entre Varennes et Grandpré, le président de la FDSEA des Ardennes cultive une philosophie personnelle faite d’humanisme et d’ouverture. L’un de ses combats, la transmission des exploitations agricoles.

Cette citadine fut membre de la chambre d’agriculture et prof d’agronomie à Rethel avant de co-gérer l’exploitation familiale à Launois-sur-Vence. L’un de ses dadas : la cartographie des cours d’eau. Elle représente la Champagne-Ardenne au sein du comité de bassin Rhin-Meuse. Professionnellement, elle se dit « optimiste, pas bio mais à fond locavore ! »

GUIDE_AGRI.indd 38

Benoit Dave Eleveur et producteur de lait à Givry, près d’Attigny, il préside la chambre d’agriculture des Ardennes depuis mars 2018 et la démission de son prédécesseur, Sébastien Loriette. Il a débuté sa carrière comme ingénieur agronome au CIRAD (recherche agronomique) avant de reprendre la ferme familiale en 1994.

19/08/2021 16:16:01


Les hommes • 39

AUBE La transition énergétique est le grand enjeu de l’heure. « Le contexte est favorable parce que la luzerne est une plante magique ! », dit-il.

Joël Hospital

Alain Boulard

Céréalier et producteur de légumes à Jasseines, il préside la FDSEA auboise depuis 2008. Les principaux enjeux agricoles, selon lui : le renouvellement des générations, la gestion de l’eau et les attentes du citoyen. « Pour l’agriculteur qui reste les bras croisés, cela risque de devenir compliqué ! ».

Depuis qu’il en a pris la tête en 2018, la chambre d’agriculture s’est réorganisée en quatre territoires. Le président porte particulièrement l’effort sur l’accompagnement des agriculteurs en difficulté et trois enjeux « capitaux » : le stockage de l’eau, l’enjeu énergétique et l’alimentation locale par les circuits courts.

Pascale Gombault

Benoît Savourat

À Viâpres-le-Petit, elle préside la coopérative Sainfolia qui promeut la culture du sainfoin aux vertus anti-parasitaires et mellifères. Sainfolia a ouvert en 2016 une ferme apicole de 400 ruches. Avec sa soeur Marie-Laure, Pascale a aussi créé une pépinière de conifères.

Agriculteur à La Louptière-Thénard, il préside la plus ancienne et plus importante coopérative chanvrière d’Europe. Créée en 1973, elle rassemble aujourd’hui 450 agriculteurs autour de la valorisation intégrale de cette plante redécouverte dans les années 70 et aux utilisations multiples (papier, textile, alimentation, bâtiment…). « Une mine de bio-raffinerie », dit-il du chanvre, nouvel or noir.

Alain Herbinet Il exploite 150 hectares de cultures, dont 30 de luzerne, à Feuges, et préside la Scara (société coopérative de la région d’Arcis-sur-Aube). Il est passé au bio en 2016 par plaisir du métier, sens de l’économie et souci de s’adapter à l’attente des consommateurs. Il supporte aussi le projet « ++AB » destiné à agrandir le périmètre de CAPDEA pour couvrir la demande en luzerne bio.

Florence Sezeur Elle préside depuis 4 ans le groupement sanitaire de l’Aube et depuis peu son alter ego régional. Coordination technique, mutualisation, conseil, formation, innovation… Les groupements sanitaires sont devenus les partenaires incontournables des éleveurs. « La santé animale, c’est le pare-feu de la santé humaine », dit cette militante du bio.

Sonia Meiraeghe Elle préside depuis un an le groupement agricole bio de l’Aube auxquels adhèrent une centaine d’agriculteurs. Dans le département, le bio concerne 14 200 hectares (3,8 % du total) et 268 exploitations (5 %). Le grand enjeu ? En priorité, la communication. « Nous devons davantage promouvoir le bio local et français. Mais le bio progresse ».

GUIDE_AGRI.indd 39

Thierry Maudoux Il préside France Luzerne Marne et la CAPDEA, la coopérative de déshydratation de l’Aube, née en 2006 de la fusion de trois coopératives. 745 adhérents, 7 300 hectares de surface cultivée, 115 salariés dont 75 permanents.

19/08/2021 16:16:04


40 • Les hommes

MARNE

Christophe Rupp-Dahlem

Bruno Forget

Philippe Ravillon

Il prend la suite de Yvon Le Hénaff et préside le pôle Industries et Agro-ressources (IAR) depuis le 15 décembre 2020. « La bioéconomie est une partie de la réponse collective aux grands défis économiques, sociétaux et écologiques de demain ». Tel est son programme pour trois ans.

L’emblématique et jovial patron de la foire de Châlons a fait de l’évènement la deuxième foire agricole de France après Paris. En 2019, la dernière édition avait attiré 760 entreprises et 260 000 visiteurs. Pour Forget, la foire est aussi l’occasion de dénoncer « les hystéries de l’agribashing ».

En 1996, il a pris la tête de l’entreprise familiale avec sa soeur Sylvie et son frère Patrick au décès de leur père Robert. Ils ont fait de la société de Vert-Toulon le plus gros négociant de machines agricoles de la région. L’entreprise compte aujourd’hui 175 employés et une dizaine de bases.

Frédérique Elbé Elle dirige depuis octobre le lycée viticole d’Avize, seul établissement régional à enseigner la production et la commercialisation du champagne. Elle dirigeait autrefois le lycée agricole de Chartres. Ici, elle veut faciliter et renforcer le recrutement des élèves et diversifier les formations.

Hervé Lapie À 50 ans, il préside la FRSEA Grand Est depuis 2017. Eleveur de porcs à La Cheppe, il a participé à la création de l’association Symbiose pour des paysages de biodiversité. « Il faut consacrer 0,5 à 1 % des terres agricoles au réaménagement de la Champagne pouilleuse », dit-il.

GUIDE_AGRI.indd 40

Joseph Garnotel

Véronique Blin

Les grandes histoires méritent de grands conteurs. Natif de Lavannes, Joseph Garnotel a consacré sa vie à raconter et enseigner l’économie agricole de la Champagne, à l’université et aussi dans ses livres dont « Champagnes au pluriel », bible incontournable (Editions du Labyrinthe).

Elle a d’abord travaillé dans les vignes de son père, à Brugny-Vaudancourt, avant d’être trésorière de la coopérative de Viney puis de présider, depuis 2012, le centre vinicole Champagne Nicolas Feuillatte (CV CNF), troisième opérateur du Champagne. De la vigne à la coopération, le parcours sans faute d’une femme remarquable.

Maximin Charpentier

Maxime Toubart

À 47 ans, il préside la Chambre Régionale d’Agriculture depuis 2019. Il préside aussi Terrasolis, un réseau chargé de développer l’innovation au service de la neutralité carbone. Maximin dirige enfin sa ferme de Lachy, près de Sézanne, où il cultive les pommes de terre et anime un centre équestre.

Vigneron à Le Breuil, il préside le syndicat des vignerons (SGV) depuis 2016. Il fonde son action sur le sens du collectif. Une vertu appréciable alors que le monde du champagne - vignerons et négoce traverse avec les effets commerciaux de la pandémie la pire crise de son histoire depuis la seconde guerre.

19/08/2021 16:16:11


Les hommes • 41

MARNE

Jacques Rouchaussé

Christoph Büren

L’ancien responsable du vignoble de Lanson a monté une société de consultant sur les sols vivants. Ses clients sont éleveurs, maraîchers, arboriculteurs, jardiniers privés et bien sûr viticulteurs. « Jérôme Courgey ADV » développe son activité au sein de l’association « Arbres et Paysages de Champagne ».

Maraîcher à Mardeuil, près d’Epernay, il est l’emblématique président (réélu) des producteurs de légumes de France. Son ambition : produire et faire consommer 70 % de légumes français dans les cinq ans. La crise de la Covid a prouvé que l’objectif n’est pas fou.

Cet ingénieur diplômé de l’école supérieure d’agriculture d’Angers préside le groupe Vivescia depuis décembre 2016. Il avait repris l’exploitation familiale de Pocancy en 1991 (céréales, oléo-protéagineux, betteraves, pommes de terre). Avant de présider Vivescia, il a été secrétaire général de l’AGPB (producteurs de blé) et président d’ELO (European landowners organization).

2000831327

Jérôme Courgey

GUIDE_AGRI.indd 41

19/08/2021 16:16:15


42 • Les hommes

DIX PIONNIERS Du Marnais Gustave de Bohan à l’Aubois Michel Soufflet, ces dix Champenois ont mis l’agriculture régionale sur orbite mondiale. Gilles Grandpierre

GUSTAVE DE BOHAN

DÉSIRÉ LINARD

L’ANCÊTRE

LE PASSEUR

Un village belge sur la Semois, où plongent leurs racines médiévales, leur a donné son nom. Mais la vraie saga des fermiers de Bohan commence en Champagne au XVe siècle. A la fin du XIXe, Gustave (1849-1928) dirige une ferme de 200 hectares à Fresne-lèsReims. Pour soustraire les agriculteurs à l’exploitation des négociants, ce fervent catholique social fonde en 1897 le Syndicat Agricole de la Champagne, mutualise la vente de la laine, créée les caisses rurales de crédit et la première coopérative régionale, « la Providence », future Champagne Céréales (aujourd’hui Vivescia). Sa devise « Faisons nos affaires nous-mêmes ! ». Il a tenu parole.

Sans lui, des dizaines de milliers de jeunes gens n’auraient peut-être pas embrassé la carrière agricole. Industriel sucrier, député, sénateur et maire de Saint-Germainmont, l’Ardennais Désiré Linard, né en 1839 à Fromelennes, avait fait don de terres à sa commune et à Rethel, ici pour y fonder un hospice de vieillards, là pour y ouvrir en 1891 l’un des premiers lycées agricoles de France. Il en paya en partie la construction. La notoriété de l’établissement, inauguré par Jules Develle, le ministre de l’agriculture, dépassa vite les Ardennes. Désiré Linard avait créé sa première sucrerie à SaintGermainmont en 1861, à l’âge de 22 ans ! Il fonda par la suite un Cercle agricole (un syndicat professionnel avant l’heure) auquel adhéra la presque totalité des agriculteurs ardennais. Le lycée agricole a quitté le centre de Rethel pour s’installer en 1962 en sortie de ville, route de Novion. Il accueille 230 lycéens et 150 apprentis. Le buste en bronze de Désiré Linard est en bonne place.

GUIDE_AGRI.indd 42

ROBERT MANGEART

LE PAYSAN Né en 1900 à Lavannes, Robert Mangeart a toujours refusé d’assumer les responsabilités nationales que lui autorisaient pourtant ses compétences. Président de la Providence de 1947 à 1974 et de la FDSEA marnaise de 1947 à 1965 il a très vite fait, comme Jacques de Bohan après lui, le choix de l’industrialisation de l’agriculture. Sous son égide fut notamment signé un accord de salaire puis la première convention collective entre employeurs et salariés d’exploitations. Il oriente la Providence vers la transformation agro-alimentaire, contribue en 1960 à la création de la première malterie coopérative de France puis en 1953 de la sucrerie coopérative de Bazancourt, première pierre du futur Cristal Union. Robert Mangeart est décédé en 1996. L’un de ses 14 enfants, Georges, lui a succédé à Bazancourt.

19/08/2021 17:35:27


Les hommes • 43

GEORGES GARINOIS

LE PRAGMATIQUE Né en 1921 à Boult-sur-Suippe, voilà l’homme qui contribua à faire de la Champagne le fer de lance de l’industrie betteravière mondiale. La seconde guerre ayant contrarié sa vocation d’agronome, Georges Garinois s’est retrouvé après son mariage à la tête d’une exploitation de 120 hectares à Villers-Franqueux. Pragmatique et patient, il prend en 1960 la présidence du syndicat betteravier du Nord-Est, puis dix ans plus tard celle de la puissante Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB). Le patron, désormais, c’était lui ! Garinois œuvre beaucoup auprès de BéghinSay pour la construction en 1975 de la sucrerie de Connantre, la cinquième de Champagne après Sillery, Bazancourt, Châlons et Arcie-sur-Aube. Il est décédé en 2016.

JACQUES DE BOHAN

ROBERT-JEAN DE VOGÜE

Arrière petit-fils de Gustave, Jacques de Bohan (1934-2005) reprend la ferme familiale de Fresne-lès-Reims dans les années soixante et ajoute à la polyculture l’élevage de taurillon. Fondateur en 1966 de la Coopérative des jeunes bovins de Champagne, il contribue à rénover la filière élevage dans la Marne, en se lançant notamment dans l’alimentation à partir de déshydratés. A la tête de la Providence en 1974, il fait de Malteurop le 3e malteur mondial et encourage le regroupement des coopératives marnaises sous le nom de Champagne Céréales (1991), qui deviendra la première coopérative céréalière d’Europe. Jacques de Bohan a aussi impulsé les premiers liens entre l’agroindustrie et l’université.

Ses admirateurs l’appelaient « le Marquis rouge » pour sa propension à nouer des relations d’amitié avec les syndicats du champagne. Le patron emblématique de Moët-et-Chandon pendant 42 ans (de 1930 à 1972) ne fut pas seulement l’une des grandes figures de la Champagne, il fut aussi à 45 ans le premier président du CIVC (Comité interprofessionnel des vins de Champagne) fondé en 1941 par le gouvernement de Vichy. Entré en Résistance en 1943, il est arrêté par la Gestapo, condamné à mort, gracié (sur l’intervention de René Bousquet !) puis déporté en Allemagne jusqu’en juin 1944. Après la guerre, Robert-Jean de Vogüe reprend les rênes de Moët-etChandon. Il se diversifie, rachète Dior et ses concurrents Ruinart et Mercier en 1962. Le « marquis rouge » a aussi contribué à pacifier les relations entre négociants et vignerons et inventé le prestigieux Dom Pérignon.

LE RASSEMBLEUR

LE RÉSISTANT

LES CHAMBRES D’AGRICULTURE accompagnent depuis près de

100 ans l’Agriculture française, primée 2000867227

« MODÈLE LE PLUS DURABLE DU MONDE »

GUIDE_AGRI.indd 43

pour la 3e année consécutive (Source : The Economist 2018)

19/08/2021 17:35:30


44 • Les hommes

MICHEL SOUFFLET

PHILIPPE DUVAL

ALBERT VECTEN

De la graineterie familiale fondée par son grand-père en 1927 à Nogent-sur-Seine (Aube) au premier céréalier-malteur qu’elle est devenue, la successstory est d’abord celle d’un homme, Michel Soufflet, qui prend les rênes de l’entreprise en 1957. A 26 ans, son ambition est grande. Il développe les exportations, et ouvre des filiales à l’étranger Stratégie gagnante... Troisième plus gros exportateur français de céréales dans les années 80, Soufflet se diversifie et s’impose aujourd’hui dans tous les secteurs de la production céréalière, du champ à la transformation. Le pari des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine) est le bon aussi. Michel Soufflet a passé la main à son fils Jean-Michel en 2001, mais à 90 ans, il préside toujours le conseil de surveillance d’un groupe resté à 100 % « familial et indépendant ».

D’Origny-Sainte-Benoîte à... OrignySainte-Benoîte, vingt huit ans séparent l’arrivée en 1984 de Philippe Duval à la tête de la petite sucrerie axonaise et le second rang mondial où il l’a propulsé. Succédant à son père à 40 ans, Philippe Duval a été l’un des principaux artisans de la métamorphose de la coopérative en un poids lourd spécialisé dans la transformation et la valorisation de la betterave et de la canne à sucre, des céréales et de la pomme de terre. Sous son mandat s’est opérée en 2002 la fusion de l’Union des sucreries et distilleries agricoles avec Béghin-Say sous le nom de Téréos. L’implantation de sites à l’étranger (République Tchèque, Mozambique, Espagne, Belgique, Chine, Roumanie et surtout Brésil) ont ouvert au nouveau mastodonte les voies de la réussite internationale. Téréos rassemble aujourd’hui 12 000 agriculteurs associés dans le monde, 23.000 salariés et dispose de 50 usines dans 18 pays. Philippe Duval est mort en 2019 à l’âge de 75 ans.

Après l’émergence du mouvement coopératif et le virage industriel, le développement de l’agro-alimentaire franchit un troisième cap. Il en fallait un quatrième, la valorisation de la plante entière par la bio-raffinerie végétale. Mais point de développement de cette sorte sans recherche et structures porteuses. Au début des années 90, la création d’Europol’Agro et le lancement d’ARD (agro-industrie, recherche et développement ) s’inscrivent dans cette dynamique. A chaque fois un homme porte les projets à bout de bras. Albert Vecten n’est pas le seul bien sûr mais le poids du président du Conseil départemental (général à l’époque) de la Marne compte beaucoup. Sous son impulsion, les collectivités et l’université s’engagent. A ARD, le Département accorde ainsi un prêt de 30 millions de francs sur trente ans et 109 autres millions pour financer le département de biotechnologies de l’université régionale. Privé et public pouvaient travailler sur un pied d’égalité. Du jamais vu.

LE CONQUÉRANT

LE VISIONNAIRE

LE POLITIQUE

ALAIN DELAUNOY

LE DÉFRICHEUR

Ce Lorrain né en 1926 n’était pas destiné à l’agriculture. Il y fit pourtant carrière. Installé en 1946 à Courdemanges, il s’emploie d’abord avec son frère à transformer, après défrichage, un terrain boisé en exploitation de 580 hectares ! Humaniste chrétien et centriste affiché, il participe en 1964 à la création du Cenag, un centre de réflexion sur l’agriculture et met sur pied le CETA Sud-Marne, spécialisé dans les relations intra-entreprises. Delaunoy a aussi prouvé qu’il était un créateur en fondant la sucrerie-coopérative d’Arcis-sur-Aube. Après rachat, il présida ensuite aux destinées de Sucre Union, spécialisée dans la commercialisation du sucre produit par des coopératives et des indépendants locaux. Alain Delaunoy a aussi présidé la caisse régionale du Crédit agricole de 1973 à 1989. Enfin, il a grandement participé à la création en 1983 de SRD (Sucre-RechercheDéveloppement) qui deviendra ARD six ans plus tard, après l’arrivée de Champagne Céréales.

GUIDE_AGRI.indd 44

19/08/2021 17:35:31


2000856063

GUIDE_AGRI.indd 45

19/08/2021 17:56:40


PUBLI -INFORMATION

CREDIT AGRICOLE DU NORD EST Accompagner les agriculteurs dans leurs projets et la couverture de leurs risques

P

remier banquier-assureur du territoire, le Crédit Agricole du Nord Est dispose de solutions adaptées à toutes les exploitations, quels que soient leurs projets ou les risques auxquels elles sont confrontées. Pour Frédéric Allaux, directeur marketing & communication du Crédit Agricole du Nord Est : « nous connaissons d’autant mieux les 9 agriculteurs sur 10 qui nous font confiance, que nous les accompagnons de leur phase d’installation à leur transmission. Nous les finançons dans tous les moments de leur développement et de leur activité. Plus d’un tiers de nos clients sont dans une logique d’extension ou de diversification de leur modèle. Les projets de production d’énergies renouvelables se multiplient et nous voyons aussi émerger des projets de vente directe, d’agrotourisme...

GUIDE_AGRI.indd 46

Dans tous les cas, nous mettons en place les meilleurs financements et des couvertures des risques inhérents à chaque type d’activité ». Les risques climatiques et de vols sur les exploitations augmentent Souvent isolées, les fermes sont exposées aux vols de métaux, de véhicules, d’animaux... Avec de plus en plus de technologies embarquées, les tracteurs sont la cible de réseaux organisés. « Contrairement aux aléas climatiques pour lesquels l’assurance est la seule protection adaptée, les risques de vols peuvent être réduits via des mesures de prévention adaptées. Nos experts réalisent ainsi plus de 400 audits / an qui permettent de mettre en place des mesures et de vérifier l’adéquation du périmètre des risques couverts. » précise Emmanuel Foissy, responsable des marchés agricoles au Crédit Agricole du Nord Est.

Pour de plus amples renseignements, venez nous rencontrer dans l’un de nos 17 centres d’affaires. Nos conseillers et experts sauront vous informer et vous accompagner de la réflexion de votre projet à sa mise en œuvre, avec des solutions de financement et d’assurances adaptées.

19/08/2021 17:35:32


Les hommes • 47

24h avec un éleveur

Aurélien et Julie ont repris la ferme familiale à Somme-Suippe.

Aurélien Clément est éleveur de vaches laitières et agriculteur à Somme-Suippe, à 30 km au nord-est de Châlons-en-Champagne. Il a d’abord rejoint ses parents en 2005 pour travailler à leurs côtés puis a repris les rênes de l’exploitation. Il possède 70 vaches trayantes et leur lait est en partie transformé par Julie Hazeaux, sa compagne, qui fabrique des yaourts et des fromages. Ensemble, mais chacun dans leur domaine, ils contribuent à la prospérité de la ferme familiale.

GUIDE_AGRI.indd 47

19/08/2021 17:35:41


48 • Les hommes

24h avec un éleveur

«Q

uand j’arrive en retard, elles se font entendre. Il y a quelques mois, je n’étais pas rentré comme d’habitude sur le coup des 18 heures, car j’avais encore du travail dans les champs. Les vaches se sont mises à hurler et à alerter tout le voisinage. Elles avaient faim et tenaient à le faire savoir ! », se remémore, en souriant, Aurélien Clément du GAEC Clément, à Somme-Suippe. Ce dernier a repris l’exploitation à la retraite de ses parents. Poursuivre le travail entamé par la précédente génération allait de soi pour le jeune homme d’alors. « C’est un passionné d’élevage ! », souffle sa compagne Julie Hazeaux qui produit, depuis 2010, du fromage et des yaourts à partir du lait du cheptel. « Oui c’est vrai, cela a toujours été mon truc », reconnaît Aurélien.

GUIDE_AGRI.indd 48

Des journées chargées entre les bêtes et les champs Tous les matins, l’agriculteur rejoint ses bêtes réparties dans deux enclos fermés dans un grand hangar. D’un côté, les 70 vaches trayantes, de l’autre, celles au repos parce qu’elles attendent de mettre bas et celles âgées de 15 à 24 mois qui vont être inséminées et qui ne sont pas encore entrées en production de lait. Selon l’activité dans les champs, c’est souvent dès potron-minet qu’il se lève pour semer, pulvériser, récolter. Mais quoi qu’il en soit, il retrouve son cheptel aux alentours de 7 h 30. « Pour que les vaches donnent un lait riche en oméga 3, c’est un savant équilibre alimentaire à trouver. »

19/08/2021 17:35:47


Les hommes • 49

La fromagerie de Julie Hazeaux Après des études dans la transformation alimentaire et six mois en fromagerie pour acquérir de l’expérience, Julie Hazeaux, compagne d’Aurélien Clément, a monté sa propre affaire, en 2010, dans la zone industrielle de la Louvière, à Suippes. « Nous avions le lait donc je me suis dit que ce serait une belle opportunité de proposer à la vente des fromages et des yaourts et donc de valoriser cette matière première », souligne la jeune femme. En moyenne, elle vient chercher sur l’exploitation 450 litres de lait par semaine qu’elle transforme dans son laboratoire du lundi au mercredi. Puis ensuite, à travers les livraisons qu’elle assure, elle vend ses produits, pour moitié des yaourts (nature ou aux fruits) le reste en faisselle, camemberts au lait cru et autres fromages frais et affinés, dans quelques magasins dans le secteur mais aussi à Sainte-Ménehould. Elle est également présente sur les marchés de Suippes et du Boulingrin à Reims. « Aurélien est un passionné d’élevage » souffle sa compagne Julie.

Après un petit tour afin de saluer Octavia, Orly, Première, et toutes les autres – ce sont les deux enfants du couple qui prénomment les bêtes – Aurélien Clément se rend dans le local qui lui sert de bureau où il peut observer les résultats du robot. En effet, depuis 2013, la traite a été automatisée. « On a gagné du temps et de la souplesse », fait-il remarquer. Avec cependant un gros point négatif : cela nécessite une astreinte 24 heures sur 24 et sept jours sur sept au cas où le robot tombe en panne. Chaque vache est donc autonome pour se rendre jusqu’à la machine. Mais il faut qu’elle réponde à des critères de temps et de quantité : elle sera refusée si elle a moins de 9 kg de lait dans le pis et si la traite précédente date de moins de 6 heures. En quelques minutes, il est capable de repérer les vaches qui peuvent avoir un problème : si elles ont moins ruminé que la moyenne, si la quantité de lait est anormalement faible, etc. Ensuite vient le plus gros du travail. Il faut nettoyer, repailler les logettes,

« Pour que les vaches donnent un lait riche en oméga 3, c’est un savant équilibre alimentaire à trouver » nourrir les bêtes, effectuer les soins, donner le biberon aux veaux… « A 9 h 30, on est normalement bien avancé », commente Aurélien. Selon la saison, il se rend ensuite dans les champs ou effectue des réparations sur l’exploitation. En fin de journée, rebelote. Les vaches sont nourries principalement avec du maïs, de la luzerne, du colza deshuilé, du lin extrudé et de la pulpe de betterave. « C’est un savant équilibre à trouver pour qu’elles donnent un lait riche en oméga 3 », explique l’agriculteur qui doit répondre au cahier des charges de la laiterie, située dans la Meuse, avec laquelle il travaille. L’éleveur cultive 160 hectares de terres qui lui permettent donc de subvenir aux besoins de l’ensemble de ses bêtes, 130 environ tous âges confondus. Hormis la période de décembre à février où l’activité est calme dans les champs, le reste de l’année, son temps est donc réparti entre son métier d’éleveur qui lui prend environ 70 heures par semaine et celui d’agriculteur. La plupart de ses journées se terminent aux alentours de 20 heures.

Le saviez-vous ? Une vache laitière pèse en moyenne 650 kg. A l’âge adulte, elle mange entre 55 et 60 kg par jour contre 22 kilos entre 15 et 24 mois. Un veau, de sa naissance jusqu’à 3 mois, ne consomme que du lait, jusqu’à six litres par jour. Une vache a un veau en moyenne tous les ans. Comme chez la femme, la gestation dure neuf mois. Ces mammifères sont sensibles à la chaleur. Au-delà de 20 degrés, ils vivent moins bien leur journée. Aurélien Clément a donc investi l’an dernier dans d’imposants ventilateurs sous le hangar à la toiture isolée.

Adriane Carroger

GUIDE_AGRI.indd 49

19/08/2021 17:35:49


50 • Les hommes

JE SUIS “#AGRICULTEUR 3.0”

Cyprien Renard et Thibaut Derval tiennent à soigner la qualité de leurs photos et vidéos.

Ils partagent leur passion pour leur métier sur les réseaux sociaux. Ils ne sont pas en quête de célébrité mais des milliers d’internautes découvrent leur quotidien d’agriculteur du XXIe siècle grâce à leurs photos et vidéos.

GUIDE_AGRI.indd 50

I

ls ne sont pas “influenceurs”. S’ils sont devenus actifs sur les réseaux sociaux c’est avant tout pour casser les clichés. Certainement pas pour s’offrir de nouveaux revenus à coups de selfies et de promotion de produits. Montrer que les fermes d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec celles que l’on voit dans les vieux films, partager leur passion pour les bêtes, mettre en lumière les nouvelles technologies qui sont devenues le quotidien des agriculteurs de 2021… C’est ce qui anime ces “#agriculteurs3.0” A tout juste 20 ans, Cyprien Renard est né avec un téléphone portable dans une main et un tracteur dans l’autre. Fils d’exploitant, cet étudiant en génie des équipements agricoles à Somme-Suippe dans la Marne anime avec son complice Thibaut Derval la chaîne Youtube et le compte Instagram Les Bons Copains. « Un peu comme tout le monde, j’ai eu un compte Facebook quand j’étais au collège » explique le jeune homme qui aujourd’hui publie plus facilement sur Instagram. « On a fait le choix d’Insta parce que c’est plus jeune que Facebook. Aujourd’hui, Facebook c’est

dépassé, on sait qu’on touchera plus de jeunes sur Insta. Et on utilise Youtube pour les vidéos parce que ce sont des formats plus longs. » Sur cette dernière plateforme, les deux apprentis agriculteurs sont suivis par 450 abonnés.

PARTAGER LEUR PASSION EN VIDEO Un début timide mais où tout peut s’envoler en un clic. « Hier on avait autour de 300 abonnés. Mais un Youtubeur célèbre a parlé de nous et hop, on est passé à 450 » s’amuse-t-il. Leur crédo ? Le qualitatif ! Surtout pas des photos toutes les deux

78

23

19/08/2021 17:40:19


Les hommes • 51

« Je ne m’attendais pas à une telle popularité. C’est impressionnant. Mais j’aime trop mon métier pour faire autre-chose. » minutes prises dans tous les sens. « On veut montrer notre vision de l’agriculture aux gens et que cela soit accessible à tous. On veut montrer la réalité de ce qui se passe dans les fermes, que les gens comprennent le monde agricole » détaille Thibaut Derval. Alors les deux comparses se donnent les moyens de leur ambition : drône, smartphone haute qualité, micro… Ils ont économisé pour investir dans du matériel qui va leur permettre de tourner et monter des reportages justes et beaux. « Pour le moment nous avons fait des vidéos basiques, qui collent aux standards de Youtube pour se créer une communauté, explique Thibaut Derval. On va maintenant se concentrer sur des projets qui nous ressemblent plus, plus pédagogiques, des vidéos plus construites. » Une communauté solide, Amélie Cartel en a une. Cette jeune apprentie agricultrice des Ardennes compte 10 700 followers sur Instagram, 10 200 abonnés à sa chaîne Youtube et 11 400 sur sa page Facebook. Ses comptes « Une fille, l’agriculture et les vaches » montrent eux-aussi le quotidien d’une agricultrice et surtout celui de ses bêtes. « J’aime montrer aux gens ce que c’est vraiment la vie à la ferme. Il y a plein de choses qui sont dites et qui sont fausses. Les gens ne savent pas toujours ce qui se passe dans une exploitation. » Une image positive et réaliste de l’agriculture d’aujourd’hui qui a fini par attirer des marques. Amélie travaille en effet avec une dizaine de marques spécialisées qui profitent de sa notoriété pour faire la promotion de leurs produits. Mais la jeune femme ne veut surtout pas en faire son métier. Sa vie, sa passion, c’est et cela reste l’agriculture. « Je ne m’attendais pas à une telle popularité. C’est impressionnant. Mais j’aime trop mon métier pour faire autre-chose. » Pour Amélie Cartel comme pour Les Bons copains, l’essentiel n’est pas de s’enrichir. Mais de véhiculer une autre image de l’agriculture. Une image moderne, positive, proche des gens « On essaie de dynamiser le métier, confirme Cyprien Renard. De faire vivre nos campagnes. Et pour cela, il n’y a pas de bonne ou de moins bonne façon. » Thomas Delobelle

GUIDE_AGRI.indd 51

Amélie Cartel anime des comptes Instagram, Facebook et une chaîne Youtube qui dépassent les 10 000 abonnés. Elle y partage sa vie d’apprentie éleveuse.

19/08/2021 17:40:30


52 • Les hommes

Jeunes agriculteurs

ILS SE PRÉPARENT À PRENDRE LA RELÈVE A quelques semaines de leur examen terminal : le Bac pro Conduite et Gestion de l’Exploitation Agricole (CGEA), trois élèves du lycée agricole de Somme-Vesle ont accepté de mettre en suspens leurs révisions pour se confier sur leur avenir d’agriculteurs. Entre passion, gravité et détermination.

Malgré les exigences du métier Claire, Baptiste et Antoine ne doutent pas de leur envie de faire ce métier.

GUIDE_AGRI.indd 52

A

u premier abord, l’exercice semble aussi fastidieux que la préparation à l’oral du baccalauréat qu’ils sont en train de manquer. Comment parler de ce qui relève davantage de l’évidence que d’une véritable vocation ? Heureusement, la familiarité de cette deuxième maison, perdue au milieu des champs entre Châlons-en-Champagne et Sainte-Ménehould et la présence bienveillante de Madame Bonnefond, leur Conseillère principale d’éducation, délie peu à peu les langues. À commencer par celle de Claire Varlot. À l’aube de sa majorité, cette élève en Terminale est un pur produit de transmission familiale. Papa éleveur, « je suis en contact avec des animaux depuis toute petite ». Si la crise du lait a conduit son paternel a stoppé son activité

« On n’a pas la même vision avec mon père, peut-être est-ce dû à mon manque d’expérience » au profit des cultures, la jeune femme a un objectif en tête : « reprendre l’exploitation et remettre des animaux. » Et plus précisément « des prim’ (vaches de race prim’holstein, Ndlr) » Comme son maître de stage, qui est avant tout son frère. Un retour en arrière sujet à débat. « On n’a pas la même vision avec mon père, peut-être est-ce dû à mon manque d’expérience », analyse la Marnaise originaire de Saint-Hilaire-au-Temple. À l’autre bout de la rangée, Antoine Robert, 18 ans, se présente comme l’exception à

20/08/2021 10:27:22


Les hommes • 53

jeune homme n’est pas contre intégrer un cabinet comptable de type CDER. Avant de reprendre l’exploitation familiale avec son frère et sa petite soeur qui, du haut de ses 10 ans, se voit déjà enfiler la cote. Une fois installé, il conjuguera cultures et apiculture « car l’un ne va pas sans l’autre ». Une réflexion qui oriente la conversation vers les grands enjeux de l’agriculture. Le futur apiculteur constate fréquemment les conséquences des traitements sur ses ruches. « Souvent, les abeilles ne reviennent pas. » Sans compter le réchauffement climatique et l’image

« Généralement, les éleveurs font tout pour que les bêtes soient bien »

la règle. Chez lui, les tracteurs sont un peu plus petits et sur les terres familiales croissent des vignes. Déjà petit, son regard filait vers la plaine champenoise.

« j’aimerais implanter de la production végétale dans l’exploitation viticole de mes parents. » « À la base, c’était le machinisme qui m’intéressait. » Au fil de ses études, le lycéen originaire de Bouilly découvre les facettes du métier. « On ne s’ennuie jamais ! » Une expérience qu’il entend bien prolonger avec un BTS Acse (Analyse et Conduite des Systèmes d’Exploitation, Ndlr) et une

GUIDE_AGRI.indd 53

année à l’étranger « pour apprendre l’anglais ». Au final, « j’aimerais implanter de la production végétale dans l’exploitation viticole de mes parents. » Surprenant. Au tour de Baptiste Delecroix, 20 ans. L’aînée de la bande justifie son grand âge par un changement de parcours. « Je voulais être mécanicien moto, jusqu’à ce que l’on me dise qu’il n’y avait pas de travail. » Heureusement, l’Argonnais ne se passionne pas uniquement pour les deux-roues. Son deuxième dada est plus petit et un peu moins bruyant, quoique. « Ma mère est apicultrice. Quand elle va en formation, je viens avec ». Désormais, « j’aimerais poursuivre mon Bac pro avec un BTS Acse car en stage, je vois beaucoup de cultures différentes, j’ai de la chance. Le problème c’est que l’on voit moins la partie gestion. » Diplômé, le

du paysan, dégradée au fil des années par l’excès de la chimie. « On nous traite de pollueur », s’agace Antoine Robert. « Ou alors, on nous dit que l’on est blindé », sourit jaune Baptiste Delecroix. Pourtant, « il y a eu beaucoup de progrès. Tous les traitements sont réfléchis », assure Claire Varlot. Quant à l’élevage, « les gens résument ça aux vidéos de L214. » Bien sûr, « il y a des choses qui ne sont pas oufs ». Mais « généralement, les éleveurs font tout pour que les bêtes soient bien ». « On a moins ce problème avec les abeilles. Sauf quand elles piquent les gens », s’amuse son camarade. Ces problématiques, pas plus que les exigences du métier ne les font douter. Le peu de repos n’effraie pas le pendant féminin du trio : « Si j’ai le bonheur d’avoir des vaches, ce n’est pas grave. » « Ce ne sont pas des contraintes, c’est un mode de vie », abonde le fils de viticulteurs. Et puis, « le métier et les machines ont beaucoup évolué. C’est moins dur physiquement ». « Tu ne te dis pas que tu vas travailler », conclut Baptiste Delecroix. Alice Beckel

20/08/2021 10:27:48


54 • Les hommes

Champagne

MADAME RAYMONDE, FÉE DES BULLES

S

Sophie Michel déjoue les codes du champagne par l’image et un marketing osé.

Sur les coteaux vitryats, Sophie Michel vole dans les plumes des raideurs champenoises. « Madame Raymonde » a l’impertinence des jeunes pousses.

es parents écarquillaient les yeux. « Tu es sûre ? C’est un peu olé olé, non ? ». Oui, Sophie était sûre. N’en déplaise aux gardiens du temple, son champagne allait décoiffer. Elle l’appellerait « Madame Raymonde », en tendre hommage à sa grand-mère paysanne… Elle l’affublerait d’un animal totémique : l’autruche. Et sa com’ surferait volontiers sur le calembour leste, à l’image de son slogan vedette, « le champagne qui pétille plus haut que son cru ! » Puisqu’elle avait décidé un jour de 2010 de reprendre avec son frère Mathieu l’entreprise familiale, pourquoi ne pas lui imprimer sa marque et sortir des sentiers battus ? Depuis toujours, Sophie Michel est comme ça, créative, têtue et pétillante, forcément.

A PORTÉE DE BETTERAVE Tout avait commencé en 1968 ! Belle année pour les agitateurs… Sophie nait à Saint-Lumier-en-Champagne, à portée de betterave de Vitry-le-François. Hubert et Raymonde viennent de passer la main à Gérard et

GUIDE_AGRI.indd 54

Marie-Claude. Lui s’occupe des cultures, elle des vaches. Les vallonnements crayeux du Vitryat ont perdu leurs vignes au début du XXe siècle, ravagées par le phylloxéra. Les droits de plantation reviennent dans les années 70. Les Michel se reconvertissent, revendent les vaches et achètent des plants. Leurs vignes s‘étendent sur 4,5 hectares, du chardonnay à 94 %, pour 4 % de pinot noir et 2 % de meunier. Une centaine de paysans-vignerons les imitent, qui alimenteront la toute nouvelle coopérative, la bien nommée « Renaissance » dont se gaussent alors les rois du pétrole, du côté d’Epernay et Reims… Pendant ce temps, la petite Sylvie est devenue grande et bon élève. Bac en poche, la voilà en « prépa » Roosevelt à Reims, puis à Grenoble où elle décroche un diplôme d’ingénieur en hydraulique ! Pourquoi Grenoble ? « Pour partir », dit-elle. Alors, elle part, en l’occurence à Tours où l’appellent un premier emploi et une passion inattendue pour le trapèze et le théâtre de rue ! Le souvenir d’une prestation en majorette lui arrache encore des fous rires.

19/08/2021 16:16:54


Les hommes • 55

« Je voulais à la fois revendiquer nos origines paysannes et déjouer les codes. Ne pas faire un sous champagne de grande maison, mais mettre en valeur le côté festif (...] » Comme le grand écart ne l’effraie pas, la jeune femme en profite pour acheter en 1995 un chapiteau de cirque avec Pascal, futur père de ses deux enfants. Le couple cabotin est à son affaire. Mais le cirque nourrit mal son homme. Sophie reprend un travail de prof de maths ! « Du trapèze à l’équerre, logique ! », sourit-elle en une formule bien rodée.

TROIS ESPÈCES DE BRUT C’est à ce moment-là, vers 2010, que le départ en retraite de ses parents lui ouvre une nouvelle porte. Le témoin est à prendre. Sophie et son frère Mathieu, formé au lycée viticole d’Avize, s’en saisissent. Mais ce sera, cette fois, pour faire leur propre champagne. A lui la composition du vin, à elle sa publicité. « Le champagne a fédéré toutes mes passions ». Dans son esprit, l’aventure sonne surtout comme un défi. « Je voulais à la fois revendiquer nos origines paysannes et déjouer les codes. Ne pas faire un sous champagne de grande maison, mais mettre en valeur le côté festif, décalé et terrien de ce vin d’exception, rompre avec l’image rigide et compassée du produit ». D’où ce nom peu banal ; d’où encore l’autruche, censée symboliser l’ancienne timidité d’un terroir enfin décidé à redresser la tête et dont les chardonnay à la typicité exotique font désormais autorité. Depuis 2018, Madame Raymonde développe une gamme de trois cuvées (tradition, blanc de blancs et rosé) baptisées « Espèce de brut ! » On ne se refait pas ! Confidentielle encore, la production vise les 4 000 bouteilles. Des marchés, des cavistes locaux et quelques bonnes tables y ont pris goût. On trouve aussi Madame Raymonde sur les tables du Cagibi, le café-théâtre que Sophie et Pascal animent à Tours depuis 2018 ! Elle n’a pas abandonné pour autant ses métiers d’enseignante et de viticultrice. Dans une autre vie, cette femme-là devait être un chat. Gilles Grandpierre

GUIDE_AGRI.indd 55

19/08/2021 16:16:57


56 • Les hommes

JOURNAL D’UN BETTERAVIER AU PRINTEMPS

SEMAINE 12, LA BETTERAVE LUNDI 22 MARS, INCARNE BIEN LES TERRE ENCORE NUE QUESTIONNEMENTS La betterave, pour être semée, a besoin d’un sol réchauffé et QUOTIDIENS ANIMANT d’humidité. Alors que quand j’étais LES CHOIX DES gamin la question commençait à se poser fin avril, on peut maintenant AGRICULTEURS. SOL, réfléchir au dossier dès la mi-mars. MÉTÉO, TRAITEMENTS... Pourquoi ? Changement climatique, UN PAYSAN DE JUNIVILLE logique, et risque de sécheresse après cette date. Au 23 du mois, (ARDENNES) NOUS A l’heure est venue pour moi d’atteler le semoir. LIVRÉ SA VERSION DU PRINTEMPS 2021. C’est une machine à part, qui ne sert qu’à ça. Des disques tournent sur le sol et déposent la graine

(2 mm, environ) à intervalles réguliers. Mieux vaut ne pas se rater car la semence, c’est pas donné. 240 euros la boîte, soit 3 900 euros pour un champ de 13 hectares. La météo est top, le sol encore suffisamment humide et bien structuré : la levée devrait se faire dans de bonnes conditions. Cette année, après nombre de débats législatifs, les néonicotinoïdes ont fait leur retour et les graines de semence sont parées de l’insecticide. C’est un enrobage coloré, on dirait un Smarties mais ne vous y trompez pas : ma graine ne deviendra jamais la fleur où l’abeille pourrait butiner. Après une récolte déplorable en 2020, les jours meilleurs sont à venir.

SEMAINE 13 Annonce du gel. Un vent polaire va s’abattre sur la Champagne. On attend. Chaque jour, je vais au champs vérifier l’état d’avancée des levées. Rien. Sur un site spécialisé, je consulte la météo à quatre semaines. Fiabilité : très faible. Pourtant, ils l’avaient annoncé,

GUIDE_AGRI.indd 56

19/08/2021 16:17:08


Les hommes • 57

« L’agriculture, c’est 50 % d’intuition, 50 % de gestion du stress » le coup de froid. Celui qui aurait mérité qu’on attende pour semer, en dépit des contraintes logistiques et du partage de matériel.

dessine un rectangle de 10 m2 et on compte les vivants. Chaque jour, le climat réchauffe un peu la terre et les graines lèvent à la force de la lumière.

Justement, on fait un tour des parcelles entre voisins, accompagnés par un technicien de Cristal Union. Semées le même jour ou à 24 heures d’intervalles, sur la route d’en face ou la champ d’à côté, les disparités sont criantes. Certains champs vont matcher, d’autres, pas du tout : vue la population de betteraves en place, il faudra ressemer. Les plantules apparentes sont-elles endommagées ? Celles sous-terre vont-elles finir par lever ? Il faut attendre le soleil pour prendre la décision d’un nouveau semis.

MERCREDI 21 AVRIL

ET LA SUITE...

Ce matin, Cristal Union repasse une ultime fois. J’annonce le résultat du comptage, c’est validé. Pour moi comme pour un seul confrère du secteur, c’est ok : je ne ressemerai pas. « L’agriculture, c’est 50 % d’intuition, 50 % de gestion du stress », m’avait dit un jour un collègue. Mon père, qui passe par là, est confiant. « Tu verras, tu auras de belles betteraves. » Rendez-vous dans six mois.

SEMAINE 14

SI J’AVAIS DÛ RESSEMER :

Lundi 3 mai, les betteraves ont toujours froid. Quelques-unes sont sorties, les autres sont momifiées. Fin mai-début juin, tout a poussé, lentement mais sûrement. Il faut maintenant désherber. Les chardons, ultra-résistants, ne sont pas une mince affaire et la betterave est beaucoup plus fragile que tous ses opposants dans le champs. Ce qui n’a pas fonctionné à la chimie devra être repris à la main. La fin du printemps a été particulièrement humide. Contrairement aux années passées, et alors qu’on était au bord d’abandonner la filière, les betteraves se portent bien au mitan de l’été. Mi-août cependant, un nouveau scandale éclate, obligeant les producteurs à détruire leurs parcelles en raison de l’usage d’un herbicide non-conforme. Je n’en ai pas fait usage cette année mais je m’interroge (encore...) sur cette drôle de nouvelle.

Cristal Union appelle pour un nouveau bilan. A-t-on encore, par hasard, des boîtes de semences pour dépanner des confrères en détresse ? « J’en ai deux, si tu veux ». Et un peu de chance, aussi. Quelques jours plus tard, on refait des comptages. Voit-on une densité de minimum 60 000 pieds par hectare (j’en ai semé 130 000, quand même) ? Pour procéder, on

GUIDE_AGRI.indd 57

Une passée de glyphosate aurait été nécessaire pour détruire les pousses et les adventices qui, elles, ne gèlent pas. Ensuite, nouveau passage du semoir. Mais avec des graines dépourvues de l’enrobage de néonicotinoides, cette fois, puisque la réglementation autorise une quantité précise. Les nouvelles graines semées dans les parcelles sinistrées seront donc dépourvues de protection.

Pauline Godart

19/08/2021 16:17:14


58 • Les hommes

L’entretien // Sébastien Abis

D

irecteur du club Demeter et chercheur associé à l’Iris, Sébastien Abis montre comment l’agriculture française est prise entre les impératifs environnementaux et les nécessités économiques. Quelle est votre définition de la souveraineté alimentaire ? La souveraineté en géopolitique est la capacité collective d’un Etat, avec ses parties prenantes, entreprises, ONG ou experts, à regarder comment réduire les dépendances et cultiver les performances. On a fait le choix depuis l’après-Seconde Guerre mondiale d’avoir une moindre dépendance agricole. La France et l’Europe se sont donné les moyens de développer leur agriculture. C’est une performance importante sur le plan stratégique, cultivée sur la durée avec la PAC, des budgets importants, des politiques publiques et des investissements en termes de recherche. La souveraineté, ce n’est donc pas du tout la fermeture de frontières ou le repli localiste.

« Je ne pense pas qu’il y ait un affaiblissement radical mais plutôt un ramollissement de l’intensité stratégique autour des agricultures européennes et françaises » Y a-t-il un affaiblissement de cette souveraineté en France ? Ce qui est en question depuis une grosse décennie, c’est la compatibilité des objectifs stratégiques. La France et

GUIDE_AGRI.indd 58

« La souveraineté ce n’est pas le repli localiste » l’Europe restent de grandes puissances agricoles. Elles déploient des moyens non négligeables pour le développement de leur agriculture. Elles ont une sécurité alimentaire exceptionnelle. Elles ont plein d’outils en qualité et en diversité qui leur permettent d’être dans un état de souveraineté remarquable. Mais nous avons mis depuis une grosse décennie, et à juste titre, énormément l’accent sur l’environnemental, en oubliant peut-être la compétitivité économique. En fait, il faut être bon sur les deux car les exploitations agricoles sont des entreprises qui ont besoin de prévisibilité. Or, on a un peu moins de prévisibilité sur le cadre de gouvernance, les règles, les normes, les moyens de la recherche et sur l’acceptation par la société de l’innovation, que l’on refuse parfois avant d’avoir cherché des raisons scientifiques et d’avoir cultivé le débat nécessaire. Donc je ne pense pas qu’il y ait affaiblissement radical mais plutôt ramollissement. Tout est de la faute de l’Europe ? Il y a trois choses qu’il faut mettre sur la table. C’est l’urbanisation : on a grignoté les terres agricoles, les grands responsables sont les urbains. C’est le renouvellement générationnel : il n’y aura pas de souveraineté agricole demain si on n’est pas capable de renouveler les générations d’agriculteurs et d’employés de l’agro-industrie où l’on a aussi un déficit d’attractivité. C’est enfin la question de la souveraineté alimentaire solidaire. C’est la solidarité avec les producteurs, entre les régions, les cultures, les filières. Cette solidarité doit se mettre en œuvre aussi au niveau européen, en termes de normes, de marché commun, de transition climatique. Cette solidarité doit se faire aussi avec le reste de la planète.

Car, d’une part les produits français et européens sont attendus sur les marchés mondiaux, et d’autre part, on importe nous-mêmes des produits du monde entier.

« Il ne faudrait pas que produire et nourrir devienne la prime de la performance environnementale » L’impression que l’environnemental prédomine l’économique s’observet-elle aussi hors d’Europe ? Ce n’est pas la caractéristique des EtatsUnis ou de la Chine qui, quand ils mettent le turbo sur la décarbonation et la transition climatique, le font qu’à condition que les mondes agricoles restent compétitifs. Ce qui me gêne dans le débat européen ou les injonctions politiques, c’est que l’on oublie la temporalité longue de l’agriculture et qu’il faut que l’on donne des moyens. Et les moyens, ce ne sont pas que des subventions. La PAC doit être stimulante et incitative. On ne va pas juste rémunérer un agriculteur parce qu’il est en décarbonation mais aussi parce qu’il produit des choses qui correspondent à des marchés et à une demande des consommateurs. Il ne faudrait pas que produire et nourrir devienne la prime de la performance environnementale. On demande aux agriculteurs aujourd’hui quelque chose d’immense : nourrir la population et réparer la planète. Il faut donc rémunérer cette double mission et pas seulement l’une des deux.

Propos recueillis par Julien Bouillé

19/08/2021 16:17:17


Outlander Max XT-P

Traxter

Spyder RT

Ryker

® MC et le logo BRP sont des marques de commerce de Bombardier Produits Récréatifs

Maverick

REIMS - 03 26 03 75 02 TROYES - 03 25 82 36 50 LANTAGES - 03 25 40 01 25 GUIDE_AGRI.indd 59

19/08/2021 16:17:17


CDER Conseil gagnant depuis 1956

« le label AB est délivré par un organisme certificateur, qui effectue ensuite chaque année un contrôle très strict des semis, des récoltes et du stockage. »

PASSAGE AU BIO

Indispensable motivation

«E

n moyenne, il faut compter 3 années de conversion avant d'obtenir la certification Agriculture Biologique », souligne Thomas Herbin, ingénieur conseil chez CDER. « Durant cette période, il faut prévoir une baisse des rendements liée aux productions bio, et qui ne sera pas compensée par des prix de vente en hausse jusqu'à l'obtention du label. Il est donc fortement conseillé d'avoir une trésorerie suffisante avant de se lancer dans cette démarche. Et pour bénéficier d'une expérience concrète, il est possible de rencontrer des adhérents qui ont déjà franchi le pas. » Autre élément essentiel de réflexion : « même si les productions bio se vendent jusqu'à 40% de plus que celles qui sont issues de l'agriculture conventionnelle, cela ne doit pas être la seule motivation de l'exploitant. C'est d'ailleurs le premier sujet que nous abordons lorsque nous sommes sollicités par

GUIDE_AGRI.indd 60

un adhérent, pour cerner le sens de sa démarche (préoccupations environnementales, diminution forte de l'exposition aux pulvérisations et aux produits chimiques, meilleure prise en compte du bien-être animal, envie de protéger les autres …). Le passage au bio est un choix à long terme, qu'il faut minutieusement préparer. » Dans un deuxième temps, les conseillers CDER réalisent un profil de l'exploitation, et évaluent l'impact économique de la transition. En collaboration avec la Chambre d'Agriculture, ils établissent un schéma agronomique, autrement dit un plan de conversion détaillé, adapté aux caractéristiques du sol et de la production sur l'exploitation, et peuvent assurer un suivi après l'obtention de la certification : « le label AB est délivré par un organisme certificateur, qui effectue ensuite chaque année un contrôle très strict des semis, des récoltes et du stockage. Une parcelle peut par exemple être déclassée, et il faut reprendre tout le processus pour qu'elle soit à nouveau labellisée. »

19/08/2021 16:17:22


PUBLI -INFORMATION

METHANISATION

Un investissement à long terme

E

xpert-comptable spécialiste du secteur agricole à l’agence CDER de Rethel, Estelle Galichet constate « une forte hausse des demandes des exploitants autour de l’installation d’un méthaniseur. Il s’agit d’un investissement lourd, qui peut atteindre 3 millions, voire 5 millions d’euros, financés sur 15 ou 20 ans. C’est pourquoi la quasi-totalité des projets sont menés par un groupe de 3 à 6 agriculteurs. Leurs exploitations sont le plus souvent situées à proximité l’une de l’autre, pour réduire les coûts de transport des déchets animaux et végétaux qui alimenteront l’unité de production de gaz. Mais ils ne se connaissent pas forcément. Ils doivent donc commencer par définir très précisément la manière dont ils vont travailler ensemble, l’utilisation qu’ils feront du méthaniseur en fonction de leurs apports respectifs au projet (apport financier, accueil de l’unité de production sur leur terrain…) ». Pour les accompagner, CDER met en place un groupe spécialisé composé d’un juriste, d’un conseiller en gestion et d’un expert-comptable. « Nous travaillons avec eux lors de plusieurs

CDER Conseil gagnant depuis 1956

GUIDE_AGRI.indd 61

« Nous travaillons avec eux lors de plusieurs réunions, où nous prenons en compte toutes les dimensions de leur dossier [...] » réunions, où nous prenons en compte toutes les dimensions de leur dossier : dimensionnement et construction du bâtiment, obtention des autorisations, ce qui peut prendre 1 an et demi, recherche de financements, accès aux aides versées par l’Etat ou la Région, conséquences possibles d’un éventuel recours juridique de riverains inquiets d’éventuelles nuisances, évaluation précise des coûts d’exploitation (recrutements, transports…) et des recettes générées par la vente du biogaz à GDF. » Cet accompagnement se concrétise par la rédaction d’un pacte d’associés : « ce document d’une dizaine de pages détermine précisément le fonctionnement du groupement et les engagements de chaque exploitant. Il est révisé chaque année, pour l’adapter à l’expérience et aux demandes des associés. C’est une démarche essentielle à la réussite d’un projet, à ne surtout pas négliger. »

SIÈGE SOCIAL CDER Mont Bernard Route de Suippes CS 10511 51006 Châlons-en-Champagne Cedex 03 26 66 76 00

19/08/2021 16:17:27


CDER Conseil gagnant depuis 1956

« La répartition des résultats est effectuée en fonction de l’apport de chaque exploitant ou de son temps de travail sur la parcelle ». ASSOLEMENTS EN COMMUN

Une manière différente de travailler

«L’

idée de regrouper des parcelles appartenant à plusieurs exploitants sur une même structure sans fusionner les exploitations concernées n’est pas nouvelle, mais elle connaît depuis quelques années un regain d’intérêt, en lien avec les mutations en cours des pratiques agricoles », constate Thomas Herbin, ingénieur conseil chez CDER. « Principaux avantages de cette formule : elle permet de rompre la solitude parfois pesante des exploitants, qui travaillent souvent seuls dans leur coin. Elle permet de tester de nouvelles cultures en limitant les risques financiers, grâce à une mutualisation des coûts de production, de main d’œuvre et des charges de mécanisation, pour réaliser de significatives économies d’échelle. En moyenne, elle réunit entre deux et quinze exploitants, ce qui correspond à la taille critique permettant de négocier de meilleurs prix pour les approvisionnements d’engrais et de semences, et pour se positionner auprès des organismes stockeurs ».

GUIDE_AGRI.indd 62

Cette démarche nécessite toutefois une réflexion poussée en amont : « nous conseillons nos adhérents sur le choix d’un cadre juridique adapté à leur projet. Dans la plupart des cas, nous recommandons la création d’une société d’exploitation, qui ne doit pas être enregistrée au registre du commerce, permet d’émettre des factures et de réaliser des achats, mais pas de détenir de matériel ou de rémunérer des salariés. Pour cela, il est nécessaire de créer une autre entité, SARL, Cuma ou GIE, ce qui peut aussi simplifier les déclarations PAC. Dans tous les cas, la répartition des résultats est effectuée en fonction de l’apport de chaque exploitant ou de son temps de travail sur la parcelle ». Autre analyse indispensable pour la réussite d’un projet : « il faut adopter dès le départ une stratégie ressources humaines, autrement dit définir précisément le rôle de chaque associé, ce qui nécessite de se connaître pour bien cerner les tâches de chacun, en respectant un business plan établi par nos conseillers ».

19/08/2021 16:17:29


PUBLI -INFORMATION

RENOUVELLEMENT DU MATÉRIEL

Se poser les bonnes questions

«L

es charges de mécanisation pèsent de plus en plus fortement sur le budget des exploitations », analyse Alexandre Fougedoire, ingénieur-conseil chez CDER, qui accompagne une cinquantaine d’agriculteurs. « La taille des surfaces agricoles des exploitations a augmenté de 50 % en 20 ans, ce qui implique d’acquérir des machines plus grandes et plus performantes. Cela a aussi entraîné une forte hausse du coût des moissonneuses-batteuses et des tracteurs depuis 10 ans. Le prix d’une machine neuve varie aujourd’hui de 150 000 à 300 000 E. Si l’amortissement comptable est calculé sur 5 ans, cela peut véritablement écraser le revenu d’une exploitation, notamment en cas de mauvaises récoltes ou de chute brutale des cours. » D’autres options sont toutefois possibles : « le marché de l’occasion, l’acquisition en leasing, la location d’une machine à l’heure, le recours à un sous-traitant durant une période limitée, et l’achat à plusieurs, de plus en plus prisé par la nouvelle génération des exploitants, qui s’interrogent sur l’intérêt de devenir propriétaire d’un équipement qu’ils utiliseront

CDER Conseil gagnant depuis 1956

GUIDE_AGRI.indd 63

« Que ce soit pour une étude ponctuelle ou dans le cadre d’un suivi comptable, nous l’accompagnons notamment grâce à une analyse statistique qui lui permet de comparer ses chiffres clés [...] à ceux des autres agriculteurs. » peu dans l’année. Le temps d’utilisation d’une machine par un exploitant peut être déterminé en fonction de sa quote-part dans l’investissement. On peut aussi créer une société qui loue le matériel aux exploitants ou une Coopérative d’Utilisation des Matériels Agricoles (CUMA). » Chacune de ces formules possède ses avantages et ses inconvénients : « pour bien calibrer son investissement, un exploitant doit se poser les bonnes questions. Que ce soit pour une étude ponctuelle ou dans le cadre d’un suivi comptable, nous l’accompagnons notamment grâce à une analyse statistique qui lui permet de comparer ses chiffres clés (rendements, prix de vente, achats, marge, charges de mécanisation, coûts de main d’œuvre…) à ceux des autres agriculteurs. »

SIÈGE SOCIAL CDER Mont Bernard Route de Suippes CS 10511 51006 Châlons-en-Champagne Cedex 03 26 66 76 00

19/08/2021 16:17:30


03 LES TECHNOLOGIES ET NOTRE AGRICULTURE Il y a la terre, il y a les hommes, mais aussi les machines. Dans notre région, les technologies évoluent depuis toujours, optimisant les rendements, certes, mais également la qualité des productions. Elles soulagent les agriculteurs dans leur travail et, désormais, elles sont tournées vers la préservation de l’environnement. L’histoire n’est pas finie…

74

Dans l’Aisne, le biogaz a le vent en poupe

GUIDE_AGRI.indd 64

80

82

Comment le drone se fait une place dans l’agriculture

Labour ou Non Labour ?

19/08/2021 17:36:35


Technologies • 65

Tereos est présent en Chine au travers d’une joint venture.

Les coopératives à l’épreuve de leur gigantisme Avec leurs chiffres d’affaires en milliards d’euros et leurs grosses usines, les structures s’écartent peu à peu de leur modèle originel. Un dévoiement pour certains. Une planche de salut pour d’autres.

L

orsqu’ils mettent dans leur chariot de course, un kilo de farine Francine, un carton de sucre Daddy et une bouteille de Nicolas Feuillatte, les Français ne savent pas toujours que derrière ces marques il y a des coopératives. Elles appartiennent à des agriculteurs ou viticulteurs coopérateurs, producteurs de blé, de betterave ou de raisin. Ils se sont unis pour vendre ensemble, et donc mieux, la matière première qu’ils

GUIDE_AGRI.indd 65

produisent, mais aussi pour acheter ensemble, et donc mieux, leurs fournitures ou leurs intrants. Ils ont investi aussi pour transformer eux-mêmes leur production et capter ainsi davantage de valeur. Si ces coopératives sont en concurrence avec les grands groupes agroalimentaires privés, elles ont un actionnariat, et des statuts, définis par le code rural, bien différents. « Les coopératives sont avant tout des sociétés de personnes où la démocratie doit prévaloir c’est en cela qu’elles

se distinguent des sociétés de capitaux », rappelle le marnais Joseph Garnotel, agroéconomiste et membre de l’Académie d’agriculture.

45 0000 AGRICULTEURS, 85 MILLIARDS DE CHIFFRE D’AFFAIRES Ces coopératives sont omniprésentes en France où elles regroupent 450 000 agriculteurs, réalisent 85 milliards

19/08/2021 16:17:35


66 • Technologies

« Aspirées par une course à la taille, les coopératives ont parfois négligé la rentabilité des activités »

Le gigantisme des coopératives a pu fragiliser le lien avec les agriculteurs.

GUIDE_AGRI.indd 66

d’euros de chiffre d’affaires, et pèsent 40 % de l’agroalimentaire. Les terres champardennaises et picardes recèlent de quelques poids lourds. Le groupe coopératif sucrier Tereos, dont le siège et le berceau se trouvent à Origny-Saint-Benoite, au nord de l’Aisne, affiche 4,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires (2019/2020) il est présent dans 18 pays et a 22 300 collaborateurs… Ces derniers sont plus nombreux que les agriculteurs partenaires. Le groupe coopératif Vivescia, collecteur et transformateur de grains, affiche lui 3,2 milliards de chiffre d’affaires. Avec des coopératives associées, il fait de la farine à Paris, du malt en Australie et ouvre des cafés-boulangeries à la française partout dans le monde dans lesquels Japonais ou Indonésiens dégustent quelques-unes des 1,8 milliard

de viennoiseries produites par le groupe chaque année… On comprend que cela puisse dépasser l’entendement de l’agriculteur qui trace des sillons dans ses parcelles.

GROS CHIFFRE D’AFFAIRES, PETITE RENTABILITÉ ?

Mais il y encore plus gros. Les terres champenoises ont vu l’irruption de l’énorme groupe coopératif InVivo qui a repris le négoce de céréales et malteurs aubois Soufflet. En croquant une société privée affichant pratiquement le même chiffre d’affaires, la constellation de 192 coopératives, présente dans le grain, les jardineries, la distribution ou le vin pèse désormais 10 milliards de chiffre d’affaires. C’est comparable à ceux des entreprises du CAC 40. « Les milliards cela peut faire rêver des gens mais pour moi cela ne veut rien dire. Ce qui est important, c’est le résultat », déclare Marc Braidy, président de la

19/08/2021 16:17:39


Technologies • 67

« Les coopératives sont avant tout des sociétés de personnes où la démocratie doit prévaloir c’est en cela qu’elles se distinguent des sociétés de capitaux » Coopération Agricole dans les Hauts-deFrance. Et justement, le résultat n’est pas toujours celui des entreprises du CAC 40. « Aspirées par une course à la taille, les coopératives ont parfois négligé la rentabilité des activités, observe Joseph Garnotel. C’est pourquoi de petites sucreries peuvent mieux payer la betterave que des grandes coopératives sucrières. »

UN LIEN FRAGILISÉ AVEC LA BASE Le gigantisme des coopératives a pu fragiliser le lien avec les agriculteurs. « Parfois les adhérents ne s’y retrouvent plus, ils ont l’impression que les pouvoirs de décision sont très lointains, et à un certain moment ils ne se sentent plus comme des coopérateurs mais comme des consommateurs de produits d’approvisionnement ou de simples vendeurs de produits agricoles », observe Joseph Garnotel. La question de la gouvernance se pose

aussi. Elle est au cœur de la fronde qui a frappé dernièrement Tereos. Une partie de la base avait en effet le sentiment que la destinée du groupe lui échappait. L’affaire a montré aussi la relation délicate entre d’un côté un président et des élus, chargés de définir la stratégie de la coopérative, et de l’autre un directeur, et des cadres salariés, chargés de la mettre en œuvre. « Il faut que chacun soit à sa place et ne fasse pas le métier de l’autre », estime Marc Braidy (lire aussi page suivante). Cet équilibre subtil et parfois fragile n’est pas la moindre des particularités des coopératives. Des entreprises pas comme les autres qui parviennent finalement à traverser les époques et les crises tout en faisant évoluer leur modèle. Julien Bouillé

Joseph Garnotel, agroéconomiste.

HÉRITIÈRES DES FRUITIÈRES DU JURA L’histoire des coopératives remonte aux fruitières du Jura. Au Moyen Âge, des éleveurs laitiers confiaient le fruit de leur travail à des fromagers pour qu’ils le valorisent. Créée en 1844 en Grande-Bretagne par 28 tisserands mécontents de leur sort, « la Société des Équitables Pionniers de Rochdale » est considérée comme la première coopérative moderne. Ils ont ouvert un magasin coopératif pour garantir aux consommateurs des prix raisonnables, une bonne qualité de produits tout en rémunérant bien les ouvriers. « En France les coopératives apparaissent dans le cadre de syndicats boutiques qui en plus de défendre leurs adhérents, avaient des activités d’approvisionnement puis le législateur a décidé de séparer les deux activités », rappelle Joseph Garnotel. Dans la région, le syndicat agricole de la Champagne, fondé par Gustave de Bohan, est scindé entre une fédération de syndicats et une coopérative, la Providence Agricole de la Champagne, ancêtre de Vivescia.

Collecteur et transformateur de grains, le groupe Vivescia affiche un chiffre d’affaires de 3,2 milliards d’euros.

GUIDE_AGRI.indd 67

19/08/2021 16:17:42


68 • Technologies

L’entretien

« LA COOPÉRATIVE A BESOIN DE SE TRANSFORMER POUR RESTER UTILE »

P

résident de la Coopération agricole dans les Hautsde-France, l’agriculteur de Vervins Marc Braidy explique les raisons pour lesquelles les structures ont grandi et se sont diversifiées. Dans la succession des fusions voire la course au gigantisme, les coopératives perdent-elles leur âme et leur ADN ? On a créé les coopératives pour rassembler des agriculteurs et structurer le marché. Par le passé, les agriculteurs étaient face à un marché totalement libre et désorganisé, ils ne faisaient pas le poids, ils subissaient. Au sortir de la guerre et durant les années 60, la coopération a été un acteur majeur qui a permis de structurer le développement agricole à un moment où l’Europe avait besoin d’assurer son indépendance alimentaire. Depuis, le monde a changé, les attentes politiques et sociétales ont évolué. Alors que l’Union Européenne a maintenu pendant longtemps les marchés par un mécanisme de prix, ils se sont ouverts. Toutes les digues de protection des prix ont disparu. La coopération a dû structurer l’offre par rapport à des acteurs économiques privés dont les dimensions sont progressivement devenues régionales, nationales pour devenir mondiales. Face à eux, si vous n’avez pas une dimension suffisante, ils vous mènent par le bout de nez. Laisser les coopératives dans leurs fonctions, dans leurs dimensions d’origine, c’est faire une erreur d’analyse. La coopérative a donc besoin de se transformer pour rester utile. Sinon, elle se mettrait en déconnexion des besoins des agriculteurs qui sont nos patrons, nos actionnaires, nos clients et nos fournisseurs.

GUIDE_AGRI.indd 68

« Les agriculteurs sont nos patrons, nos actionnaires, nos clients et nos fournisseurs »

Certaines coopératives agricoles historiquement de collecte et de distribution ont-elles eu raison de devenir aussi des industriels ? Certains acteurs ont choisi d’aller dans des activités allant au-delà de la relation avec l’agriculteur pour aller chercher de la valeur parfois en inventant des outils industriels agroalimentaires. Que se serait-il passé dans l’ex-région Champagne-Ardenne si la coopération n’avait pas été là ? Dans les Hauts-de-France des acteurs industriels agroalimentaires étaient en place avant les coopératives. Mais que faut-il faire quand ces acteurs sont à vendre ? Laisser partir à l’international ou faire appel à des acteurs coopératifs locaux ? Je rappelle qu’au début des années 2000, Tereos a rassemblé des coopératives pour racheter des amidonneries mises en vente par des financiers. Plus récemment Soufflet, fleuron privé de l’agroalimentaire français, était à vendre. Si la coopération agricole

française ne s’était pas rassemblée pour réfléchir à ce dossier, quel acteur privé en France aurait été en capacité de s’intéresser à un domaine où il y moins de valeur ajoutée que dans la téléphonie et les nouvelles technologies ? A ma connaissance personne. En absorbant Soufflet, le groupe coopératif In Vivo pèse aujourd’hui 10 milliards de chiffres d’affaires. Pour l’agriculteur élu à la présidence du conseil d’administration, le costume ne devient-il pas trop large ? C’est tout l’enjeu. Le personnel politique représentant les agriculteurs doit être en évolution par rapport à la dimension que prennent nos entreprises. Il faut être à la fois les pieds sur terre, dans les champs, pour comprendre les enjeux de nos exploitations agricoles, et être en capacité de maîtriser les enjeux d’un outil industriel et en définir les stratégies. A ce niveau la relation entre le président élu et le directeur opérationnel salariés ne devient-elle pas délicate ? L’enjeu est que le conseil d’administration, qui représente les agriculteurs, doit décider la stratégie. Puis il revient aux opérationnels de la mettre en œuvre. Il faut que chacun soit à sa place, ne fasse pas le métier de l’autre, mais qu’il soit suffisamment en connexion pour comprendre l’enjeu de l’autre. A l’usage, il faut de la nuance. Si en tant que président de coopérative, on est dans un rapport fermé en disant, “je décide, il exécute”, la compréhension de la problématique est lointaine. Et puis d’un côté, il y a aussi le bureau, le conseil d’administration, de l’autre, le comité de direction, avec un partage des responsabilités qui se développe à mesure que la structure grandit.

Propos recueillis par Julien Bouillé

19/08/2021 16:17:42


Technologies • 69

Matériel

Les charrues Charlier s’adaptent à la demande Depuis deux ans, l’entreprise historique basée à Vitry-la-Ville s’adapte aux changements de pratiques culturales.

«P

our obtenir un bon travail du sol, il faut alterner les techniques », commence Frédéric Charlier, patron de sept salariés, fort d’une hausse de 28 % d’activité entre 2019 et 2020. « On a du travail, des commandes en cours, on recrute », ajoute-t-il, avant d’en expliquer les raisons. « On observe un regain d’intérêt pour la charrue, notamment en raison de la réduction des intrants herbicides. Or, il faut bien continuer à désherber ! Mais pas n’importe

comment. Le labour à 25-30 cm, c’est fini, d’autant qu’une mauvaise graine ne germe pas en dessous de 12 cm. » Et puis il y a la météo, aussi : « quand tu as trois mois de sécheresse et trois semaines de pluie derrière, seule la charrue permet de tirer son épingle du jeu. » Une nouvel outil hybride, charrue-déchaumeuse, a donc été développé chez Charlier pour pratiquer un labour très peu profond, à 6-8 centimètres. « Avec ce travail superficiel, on ne dilue pas la matière organique. C’est un matériel qui s’adresse notamment aux exploitations bio. » Et ce n’est pas tout. Une nouvelle gamme d’outils de déchaumage à disques et à dents est arrivée, disponible exclusivement en ligne, onglet « boutique », à des prix qualifiés de « compétitifs. On a noué un partenariat technique avec une société qui existe depuis 70 ans. On assure le suivi et le stock de pièces de rechange. »

L’année dernière, 100 m2 de bureau et vestiaire sont également venus s’ajouter au magasin pour un confort de travail optimal, assorti de nouvelles machines de production. « Cette année, on part également dans le vignoble, autour du désherbage mécanique. » Pauline Godart

FCN VINÉA vous propose une offre de missions complète dans le but de vous conseiller au quotidien et d'optimiser la gestion de votre exploitation viticole.

ÊçòÙ þ ½ΖÊ¥¥Ù s®Ä ÄÝ ÝÊÄ ®Äã ¦Ù ½®ã ͊

EÊÝ çÙ çø ç Ý ã çÙ ò®ã® ʽ ͗

Gestion de patrimoine Accompagnement et gestion

Les équipes de FCN, experts-comptables, commissaires aux comptes et juristes connaissent ďŝĞŶ ůĞƐ ƉĂƌƟĐƵůĂƌŝƚĠƐ ĚĞƐ ǀŝƟĐƵůƚĞƵƌƐ Ğƚ ƐĂƵƌŽŶƚ ǀŽƵƐ ĂĐĐŽŵƉĂŐŶĞƌ ĂƵ ƋƵŽƟĚŝĞŶ͘

Bar-sur-Aube | Bar-sur-Seine | Châlons-en-Champagne | Charly-sur-Marne | Château-Thierry | Dormans | Epernay | Reims | Sézanne | Troyes | Vitry-le-François

GUIDE_AGRI.indd 69

2000870207

Ressources humaines Juridique

www.fcn.fr

19/08/2021 16:17:45


70 • Marché agricole

L’entretien // Laure Lesme-Berthomieux

« Dans dix ans, les agriculteurs auront diversifié leur modèle économique » La directrice générale du Crédit Agricole du Nord Est, qui accompagne 9 exploitants sur 10 dans l’Aisne, la Marne et les Ardennes, se livre à un exercice de prospective sur l’évolution du modèle agricole.

A

quoi ressemblera l’agriculteur dans dix ans ?

Il y a un fort enjeu en termes de renouvellement. Près d’un agriculteur sur deux pourrait partir à la retraite dans les cinq à dix ans. Une nouvelle génération va s’installer. Nous accompagnons environ 220 installations d’agriculteurs et viticulteurs chaque année. Il y a donc un certain dynamisme. Surtout, il faut noter qu’un agriculteur sur trois en installation a plus de quarante ans. Ce sont des gens qui s’installent en étant riches d’un vécu et d’une expérience professionnelle venant de domaines variés. Toutefois, ce sont massivement des enfants d’agriculteurs de notre territoire qui reviennent à l’agriculture. Il y a aussi des néoruraux. Ce sont souvent des couples dont l’un des conjoints est issu du milieu agricole et dont l’autre conjoint s’investit dans le projet. L’agriculteur verra-t-il ses missions et ses compétences se démultiplier encore ? Plus qu’aujourd’hui, il n’y aura pas un agriculteur mais plusieurs agriculteurs, pas une agriculture mais plusieurs agricultures. D’un côté, il peut y avoir des fermes spécialisées grandes cultures avec une taille croissante au fil des générations, avec de nouvelles méthodes de travail s’appuyant sur la robotisation et l’agriculture de

GUIDE_AGRI.indd 70

« Ce que veut le consommateur encore plus fort que le bio, c’est le circuit court et l’achat de proximité » précision. De l’autre côté, il peut y avoir une diversification en parallèle de l’activité principale comme de la production de chips, de l’apiculture ou de l’élevage. Il y a de plus en plus de conversions au bio aussi. Actuellement, entre un tiers et 40 % des jeunes qui s’installent font soit du bio, soit de la haute valeur environnementale. Aujourd’hui, cela ne représente que quelques pourcents mais forcément dans dix ans, l’impact sera important. Il va se développer aussi une agriculture de proximité, en lien direct avec le consommateur et avec une plus grande valeur ajoutée à l’hectare. Dans dix ans, des agriculteurs auront diversifié leur modèle économique, d’autres se lanceront sur des modèles économiques nouveaux. Comment le banquier pourra-t-il accompagner ces nouvelles tendances ? La transition vers le bio implique une perte de revenu car dans un premier temps, on a les charges de cette agriculture sans en avoir encore les bénéfices. Il faut accompagner ceux qui se convertissent. Pour les agriculteurs qui s’adressent aussi au client final, nous avons une offre d’e-commerce concernant la création de sites internet avec des modules de paiement et diverses

19/08/2021 16:17:45


Marché agricole • 71

A l'avenir il n'y aura pas une agriculture mais plusieurs agricultures.

formes de paiement liées au click & collect. C’est un mouvement qui a déjà pris de l’ampleur que nous allons continuer à accompagner. Les néoruraux qui s’installent pourront-ils acquérir une exploitation grandes cultures dans un territoire où le foncier est cher ? Les néoruraux s’installent avec des cultures qui ont une valeur ajoutée forte à l’hectare. La rentabilité du blé ou des grandes cultures est assez réduite à l’hectare, cela ne serait pas un bon choix pour eux. Les néoruraux sont plus tournés vers le consommateur, vers la transformation et vers le marché dans le but de dégager de la rentabilité assez rapidement et un salaire. Ce que veut le consommateur encore plus fort que le bio, c’est le circuit court et l’achat de proximité. Et on manque d’offre dans la région. Il y a de la place pour qui veut se développer dans ce domaine.

GUIDE_AGRI.indd 71

« La transition vers le bio implique une perte de revenu car dans un premier temps, on a les charges de cette agriculture sans en avoir encore les bénéfices » Comment allez-vous accompagner ce virage dans les dix années à venir ? Nous avons déjà développé des marketplaces comme « j’aime mon producteur local » qui, contrairement à d’autres, ne prélève pas de commissions. Lors du premier confinement, nous avions développé une cartographie sur internet pour faire connaître les commerçants qui proposaient du click & collect. Et à notre grande surprise, nous avons vu s’inscrire beaucoup plus d’agriculteurs et de viticulteurs que nous ne le pensions. Mais nous ne faisons cela pas uniquement pour eux. Notre vocation est de créer du lien. Notre raison d’être, c’est d’agir pour nos clients et la société. Propos recueillis par Julien Bouillé

19/08/2021 16:17:49


72 • Technologies

Sécurité

LES VOLEURS LABOURENT LA CAMPAGNE Réservoirs siphonnés, vols de métaux et d’outillages... voire d’animaux. La sécurisation des exploitations devient une priorité. Aurélie Beaussart

DES SMS POUR ALERTER Face à la recrudescence des vols subis par les agriculteurs et viticulteurs, des dispositifs d’alerte par SMS ont été mis en place, dans les trois départements, en partenariat avec les chambres d’agriculture, les préfectures et les forces de l’ordre. Dans la Marne, le dispositif est intitulé Alerte agriculteurs. Le principe : les adhérents (inscription gratuite) reçoivent des SMS provenant de la gendarmerie ou de la police, les avertissant de faits délictuels qui viennent d’être commis ou constatés au préjudice d'agriculteurs pour attirer leur vigilance. Un dispositif qui fonctionne 24h/24 et 7 jours/7. Dans l’Aisne, « Alerte agriculture Aisne », en service depuis décembre 2014, compte 257 adhérents. Dans les Ardennes, « Alerte sms 08 - Vols dans les exploitations », repose sur le même principe.

GUIDE_AGRI.indd 72

« Il y a un vrai ras-le-bol de la profession. »

« S

ans être parano ou naïf, il faut avoir conscience de la vulnérabilité de son exploitation. Il faut se résigner : accepter que l’on soit la cible des voleurs, que l’on ne puisse pas protéger ses biens. » Antoine Letinois est aide familial au sein de l’exploitation de son père et conseiller technique et terrain pour la Chambre d’Agriculture des Ardennes sur le secteur de l’Argonne ardennaise. « Notre exploitation familiale a déjà été victime plusieurs fois de vols de métaux mais aussi de vols de fioul. » Valentin Tailliart est secrétaire général des jeunes agriculteurs des Ardennes et du Grand Est, il élève des moutons du côté de Tagnon, depuis 3 ans. Lui a été victime d’un autre type de vol : celui de son cheptel, « à trois reprises ». « Des vaches retrouvées dépecées sont également dans la liste des choses qui arrivent », relève Antoine Letinois.

AUCUNE SOLUTION INFAILLIBLE Les menaces sont diverses. « Aucun équipement peut protéger à 100 % : ni les caméras de surveillance, ni les systèmes d’alerte anti-intrusion. Nous avons plusieurs bâtiments à protéger, parfois très isolés. Et, on ne peut pas surveiller les pâtures », déplore Valentin Tailliart. « Ces dispositifs de sécurité sont en plus très onéreux. Il suffit qu’un gibier passe près de l’exploitation pour que le système anti intrusion se déclenche et alerte à tort l’agriculteur. On ne peut pas non plus tout barricader, tout grillager. Faire surveiller notre exploitation par des chiens dressés, peut se révéler dangereux pour les proches, les voisins ou les amis », continue Antoine Letinois. Des actes de délinquance qui seraient en hausse, « même si les chiffres des gendarmes ne le montrent pas forcément, car un agriculteur ne va pas aller déposer une main courante pour un vol de petits outils ou de carburant », assure Antoine Letinois.

19/08/2021 16:17:51


Technologies • 73

L’EXPERTISE DES GENDARMES

« On attend aussi des réponses de l’État mais rien ne vient » « Il y a, c’est vrai, un ras-le-bol de la profession. Ce n’est pas forcément le fait d’être volé, mais de voir qu’il n’y a pas de sanction, que les auteurs ne sont pas retrouvés », déplore Antoine Letinois. « Aujourd’hui, on attend beaucoup des forces de l’ordre, on attend aussi des réponses de l’État mais rien ne vient », lâche Valentin Tailliart.

MILICE ET COUPS DE FEU

BANDES ORGANISÉES Le monde agricole est aussi la cible de véritables bandes organisées. Mais les gendarmes veillent au grain. En avril dernier, au terme d’une enquête de l’office central de lutte contre la délinquance itinérante, les gendarmes ont interpellé huit Roumains, (sur Charleville-Mézières et Soissons) qui ont sévi sur l’ensemble du Grand Est. Leur butin ? Une quarantaine de GPS agricoles pour un préjudice estimé à 400 000 euros. La bande a notamment opéré dans l’Aisne, la Marne et les Ardennes, privilégiant à chaque fois les secteurs céréaliers et agissant de nuit. Le matériel dérobé était ensuite revendu, en Europe de l’Est. Mis en examen pour association de malfaiteurs, vols par effraction et en réunion, ils ont été placés en détention provisoire.

2000867440VD

Le risque, c’est que les agriculteurs à bout se mettent à jouer les justiciers, ce que craignent par-dessus tout les forces de l’ordre. En novembre 2019, des viticulteurs de Vert-Toulon (Marne), excédés par les vols de bouteilles, avaient fini par monter une milice pour faire des rondes la nuit et assurer la sécurité de leurs exploitations. En janvier 2020, à Ambrières (Marne), un agriculteur, victime de vols de carburant à répétition (une cinquantaine de plaintes en 5 ans) a tiré sur un cambrioleur, venu lui dérober du carburant. Mis en examen pour tentative d’homicide volontaire, l’éleveur marnais est aujourd’hui sous contrôle judiciaire après un placement en détention provisoire, et l’information judiciaire suit son cours.

Régulièrement, sur les trois départements, les gendarmes organisent des rendez-vous avec des agriculteurs. Dans la Marne, ces rencontres sont appelées « Gend’Agri », ou « café-ferme ». Ces rendez-vous permettent de prodiguer « des conseils généraux pour mieux protéger une exploitation agricole », explique le major Maryline Hubert, référente sûreté pour la gendarmerie marnaise. Elle peut apporter son concours pour la sécurisation des exploitations agricoles. Un second référent sûreté est actuellement en formation. 27 correspondants sûreté implantés au niveau des communautés de brigades ont été formés pour réaliser des consultations de sûreté au profit des agriculteurs (mais également des commerçants, entreprises, artisans....). Des conseils parfois relevant du bon sens, des préconisations « sur-mesure » et adaptées au site : « faire en sorte de n'avoir qu'un seul lieu de passage obligé pour accéder à l'exploitation. Ce passage sera alors sécurisé par un portail solide et surtout fermant à clé, mais aussi stationner tous les véhicules (fermés à clé) dans un lieu verrouillé également », installer des projecteurs qui détectent les mouvements. Autres conseils : sécuriser la cuve à gasoil, ne pas hésiter à afficher la présence d’une alarme ou d’une vidéoprotection.

GUIDE_AGRI.indd 73

19/08/2021 16:17:52


74 • Technologies

Méthanisation

DANS L’AISNE, LE BIOGAZ A LE VENT EN POUPE

Les méthaniseurs permettent de produire du biogaz à partir des résidus des exploitations agricoles. Un investissement coûteux mais rentable tant au niveau financier qu’environnemental.

L’Aisne est le deuxième département de France en nombre de méthaniseurs, derrière l’Ille-et-Vilaine.

GUIDE_AGRI.indd 74

1. DES INSTALLATIONS QUI FLEURISSENT

2. UN INVESTISSEMENT DE PLUSIEURS MILLIONS D’EUROS

Au milieu de nos campagnes, de grands dômes verts commencent à apparaître ici et là. Dans ces installations, les pulpes de betteraves, le lisier ou les rebus de paille permettent de produire du biogaz. Du gaz qui rejoint directement les foyers des environs. Actuellement, une dizaine de méthaniseurs fonctionnent dans le département de l’Aisne, qui est l’un des mieux équipés de France. « Nous avons mis en service la onzième unité à Gauchy le 11 mai dernier. Six autres projets sont en cours dans le département », observe Jean-Philippe Michel, responsable commercial biométhane Aisne et Oise chez Gaz réseau distribution de France (GRDF). « Le département est le deuxième plus équipé au niveau national. La totalité des projets sont d’origine agricole, autrement dit porté par une ou plusieurs exploitations. » La première installation date de 2014.

Installer un méthaniseur est « un projet complexe techniquement et financièrement », préviennent Jean-Philippe Michel et Bruno Waterlot, respectivement responsable commercial et chef de projet biométhane chez Grdf. « Il faut en moyenne 4 à 5 ans pour le concrétiser et le coût moyen est de 5 à 6 millions d’euros. Souvent, les projets sont portés par un regroupement d’agriculteurs ». Ceux qui se lancent s’y retrouvent. « L’activité de production de gaz est complémentaire de l’activité agricole. Elle permet aux exploitants d’aller au bout de leur cycle, de valoriser l’ensemble de leur production jusqu’au bout. » Le circuit est le suivant : les déchets organiques récupérés au fil de l’activité de la ferme vont dans le méthaniseur. Le biogaz est produit. La matière restant à la fin du processus, appelée digestat, est utilisée comme engrais. La vente de gaz, les économies sur l’utilisation d’engrais, permettent d’assurer la rentabilité de l’installation. « C’est une activité vertueuse », commentent Jean-Philippe Michel et Bruno Waterlot. Ils observent d’ailleurs qu’une large majorité de projets s’effectue « dans le cadre d’une reprise d’activité ou de la préparation d’une cession d’exploitation. »

19/08/2021 18:02:45


Technologies • 75

3. UN PROCESS MAÎTRISÉ MAIS COMPLEXE

4. UN VRAIE SOLUTION ENVIRONNEMENTALE

Sans entrer dans les détails, la production de biogaz n’est pas chose facile. « Tout d’abord, comme on manipule du gaz, il y a énormément de notion de sécurité à prendre en compte. », explique Bruno Waterlot, chef de projet méthanisation au sein de Grdf. Ensuite, il y a la façon de « nourrir » le méthaniseur. « Nous appelons cela la ‘‘ration’’. En fonction de ce que vous mettez (pulpes de betteraves, lisier, paille...), le gaz ne sera pas de la même qualité. Il faut en quelque sorte trouver la bonne recette. » Par exemple, une ration trop riche en lisier, qui a vu son méthane s’évaporer bien avant d’arriver, ne produira pas un gaz de qualité. Face à ces contraintes, les porteurs de projets bénéficient de nombreux interlocuteurs. « Nous avons une équipe dédiée pour accompagner les projets », précise Grdf, qui garantit le fonctionnement technique des installations. « Nous faisons une étude détaillée pour ceux qui veulent se lancer. Elle permet d’aller chercher les financements et d’assurer la pertinence du projet. »

La production de biogaz est l’un des axes de développement majeur pour le gestionnaire de réseau Grdf. « Les réserves mondiales de gaz naturel baissent d’années en années. Même s’il nous reste encore plusieurs décennies avant d’épuiser les stocks, il faut développer une solution de gaz renouvelable », observe le chef de projet biométhane Hauts-de-France de Grdf Bruno Waterlot. « Ce sont les agriculteurs qui détiennent les gisements permettant de le produire, à savoir les déchets organiques issus de l’agriculture. » De surcroît, le biogaz présente deux autres vertus : il pollue moins et sa production permet de réduire l’utilisation d’engrais chimiques. Premièrement, « le bilan carbone du biogaz est beaucoup plus favorable que celui du gaz naturel. Un m³ de biogaz brûlé par votre chaudière produit 10 fois moins de CO2 qu’un m³ de gaz naturel. » Deuxièmement, le processus de méthanisation génère un résidu, le digestat, qui est ensuite épandu. « ça permet de limiter le recours aux engrais chimiques. En moyenne, dès la première année de mise en service, c’est environ 50 % de consommation en moins pour les agriculteurs concernés », observe le chef de projet.

ON VOUS EXPLIQUE

À savoir

11

L’Aisne compte 11 méthaniseurs en service. C’est le deuxième département de France en nombre d’installation derrière l’Ille-et-Vilaine. Un méthaniseur permet d’alimenter au minimum 1 500 foyers (2 000 en moyenne) soit environ 6 000 personnes. Une unité de méthanisation fonctionne environ durant 8 200 heures par an. En comparaison, une éolienne fonctionne entre 2 000 et 2 500 heures. Le biogaz peut aussi servir à faire fonctionner des bus en ville. Ainsi, à Laon, dans l’Aisne, une campagne est lancée pour que les transports urbains roulent avec. Les avantages : du carburant moins cher et moins de bruit. L’inconvénient : ces bus coûtent encore assez cher à l’achat.

Julien Assailly

Déchets organiques

Cuisson

DIGESTEUR DE BIOGAZ Station biogaz Lisier / Fumier

Chauffage

Cultures énergétiques

Congénérateur Electricité FERTILISANT ORGANIQUE

GUIDE_AGRI.indd 75

19/08/2021 16:17:53


76 • Technologies

Risques climatiques

« NOUS SOMMES DANS UNE ABERRATION, IL FAUT PRENDRE UNE DÉCISION » Au moment où, à cause du gel récent, la profession agricole fait de nouveau face à un aléa climatique majeur, la question de la gestion des risques agricoles se pose encore plus. Les assureurs s’inquiètent de la faillite du système des contrats multirisques climatiques (MRC) si rien n’est fait.

Si les exploitations agricoles sont trop fragilisées par les menaces climatiques, c’est notre souveraineté alimentaire qui est en jeu.

GUIDE_AGRI.indd 76

L

aurent Poupart, vous êtes président de la caisse régionale NordEst de Groupama et agriculteur dans le Pasde-Calais (62). En quoi les aléas climatiques sont-ils un problème aujourd’hui ? Les aléas sont de plus en plus récurrents et de plus grande ampleur. C’est un problème pour les assureurs, mais avant tout pour les agriculteurs. Nous sommes dans une aberration où l’assurance qui est censée protéger les agriculteurs est fragilisée à cause du risque pour lequel elle les couvre. Comment se traduit cette situation sur le terrain ? En 2020, sur les 6 départements de notre périmètre, nous avons versé 35 millions d’euros d’indemnisation pour un portefeuille (cotisations, NDLR) compris entre 24 et 25 millions d’euros. En somme, les comptes sont déséquilibrés. En 2020, c’est la sécheresse qui a impacté le plus les cultures. En 2021, c’est le gel qui aura de lourdes conséquences : nous sommes déjà à 53 000 hectares sinistrés, principalement des betteraves, du blé tendre et du colza. La pire année fut 2016 où les excès d’eau ont entraîné une baisse de rendement. Nous avons réglé deux fois ce que nous avions reçu en cotisation. Pourrez-vous encore continuer dans la configuration actuelle ? Depuis 5 ans, nous indemnisons plus au titre de l’assurance multirisque climatique que nous ne percevons. Et les frais liés à la gestion des dossiers et aux expertises viennent s’ajouter.

Laurent Poupart, président de Groupama Nord-Est

En tant que premier assureur du milieu agricole, nous ne cherchons pas des profits démesurés, mais au moins à équilibrer les comptes. Pour que le système ne s’effondre pas, il faut prendre des décisions. Augmenter les cotisations serait-il la voie à suivre ? La cotisation est actuellement calculée à l’hectare et elle varie selon les cultures, le rendement que l’on assure, le montant de la franchise, etc. Côté garanties, nous couvrons dix-sept aléas dans nos contrats (sécheresse, coup de soleil, gel, excès d’eau, poids de la neige, etc.). D’autre part, une partie de la cotisation (entre 45 et 65 % environ, NDLR) peut être subventionnée par la Politique agricole commune (PAC). Cependant, et c’est l’un des problèmes, cette aide n’est versée que pour des contrats avec des franchises à 30 % (25 % chez Groupama). Or, 30 % de dégâts, c’est déjà beaucoup pour des exploitants. Beaucoup ne voient donc peut-être pas l’intérêt de s’assurer contre les risques climatiques. Du coup, beaucoup d’agriculteurs renoncent-ils à une couverture risques climatiques ? C’est le principal problème : la faible proportion d’assurés à une multirisque climatique (MRC). Aujourd’hui, seul 30 % des exploitations ont souscrit une MRC. Or, le principe de l’assurance c’est la mutualisation, autrement dit, d’avoir une base de cotisation suffisamment large afin de pouvoir indemniser tout le monde tout en équilibrant les comptes. Pour la MRC, la seule solution est de la rendre plus attractive.

19/08/2021 16:17:55


Technologies • 77

« Pour simplifier, le problème est qu’avec la multiplication des aléas climatique, il n’y aura plus de réassurance possible sur les événements exceptionnels. » Avez-vous déjà fait des propositions dans ce sens ? Nous demandons à ce que la part de la cotisation subventionnée par la PAC passe à 70 % (contre 65 % maximum aujourd’hui) et ce, pour des taux de franchise plus bas, 20 % (contre 30 % et au mieux 25 % actuellement). Nous avons une autre demande : que l’État soit prêt à intervenir en cas de très gros événements. Quelle est la problématique sur les événements exceptionnels générant de gros dégâts ? C’est un enjeu pour nous assureurs, car nous nous réassurons auprès d’autres acteurs, comme notre caisse nationale, qui peuvent eux aussi s’assurer à leur tour. C’est un mécanisme un peu complexe. Pour simplifier, le problème est qu’avec la multiplication des aléas climatiques, il n’y aura plus de réassurance possible sur les événements exceptionnels. C’est un enjeu pour nous, les agriculteurs mais aussi pour la population. Si les exploitations agricoles sont trop fragilisées par les menaces climatiques, c’est notre souveraineté alimentaire qui est en jeu.

Les pouvoirs publics ont-ils conscience de ces difficultés ? Un rapport rédigé par le député Frédéric Descrozaille, et déposé en avril 2021 au ministre de l’agriculture, en fait longuement état. Il propose des pistes pour rendre la MRC plus attractive, mais également que l’État intervienne plus en cas de catastrophe majeure. D’ailleurs, nous avons une illustration très récente. A la suite de l’épisode de gel de ce mois d’avril 2021, le gouvernement a annoncé déclencher le régime des calamités agricoles. Pourtant les vignes sont normalement exclues de ce régime depuis 2010, car elles sont considérées comme assurables par le secteur privé, comme les cultures céréalières. En cas d’épisode de gel comme celui-ci, c’est donc le contrat d’assurance multirisque climatique récolte qui devrait les indemniser. Ce cas récent illustre que nous avons besoin d’un outil d’assurance efficace et protecteur en cas de grande catastrophe. Propos recueillis par Julien Assailly

À SAVOIR

Groupama est une mutuelle d’assurance. En France, elle compte 9 caisses régionales. La caisse Nord-Est regroupe six départements : Aisne, Aube, Ardennes, Marne, Nord, Pasde-Calais. Son conseil d’administration est composé de sociétaires, principalement des agriculteurs. Elle compte 220 caisses locales et 285 000 clients et sociétaires.

GUIDE_AGRI.indd 77

UN RAPPORT PARLEMENTAIRE POUR RÉFORMER LE RÉGIME DES ALÉAS CLIMATIQUES En avril 2021, le député du Val-deMarne Frédéric Descrozaille (LREM) a rendu au ministre de l’Agriculture un rapport (21 pages hors annexes ; 329 pages avec) sur la gestion des risques en agriculture. Il évoque de nombreuses pistes afin de gérer les aléas climatiques, qui se multiplient ces dernières années. Il écarte la notion d’assurance obligatoire pour tous les agriculteurs face à ce risque et plaide pour un renforcement de la solidarité nationale en cas d‘événement climatique majeur. Le député développe ses orientations en trois parties. La première propose des leviers afin d’accentuer la prévention : l’investissement dans les équipements de prévention, de protection, la gestion de l’eau. Ensuite il s’agit de favoriser le développement de l’assurance multirisques climatiques (MRC). Le député préconise de la simplifier et d’abaisser le seuil et le niveau de franchise à 20 %, tout en augmentant la part subventionnée à 70 %. Pour inciter à souscrire l’assurance récoltes, le rapporteur propose aussi une déduction pour épargne de précaution (DEP). Enfin, Frédéric Descrozaille propose que l’État s’implique pour gérer les risques forts. Le fonds national de gestion des risques en agriculture (FNGRA) n’interviendrait plus pour les pertes pouvant relever de l’assurance mais serait réservé aux événements d’ampleur (à partir de 50 % de pertes). Contrairement à aujourd’hui, il serait mobilisable par toutes les cultures. Une augmentation des recettes du FNGRA serait nécessaires et des propositions sont dans le rapport.

19/08/2021 16:17:55


Des agriculteurs engagés et innovants pour une agriculture durable En tant qu’acteur économique majeur du territoire, le groupe Cérèsia, présent sur 8 départements du nord-est et fort de 630 collaborateurs, a pour ambition de développer une agriculture s’appuyant sur l’innovation et la performance.

FLAVIEN BERGER

LAURENT VIET

VINCENT CONTAL

Plein gaz sur la méthanisation

De l’âge du fer à l’ère robotique

Du champ au biscuit bio

Installé à La Caure (Marne), Flavien Berger, 33 ans, porte avec neuf confrères un projet d’unité de méthanisation dans la Brie des Etangs. « L’idée est de dégager de la valeur ajoutée sur mon exploitation et de nouveaux revenus », résume le céréalier. « Dans ce projet, Cérèsia est à nos côtés. Ils seront apporteurs de capital et de matière, au même titre que les agriculteurs. » Chaque projet étant unique et fonction de ceux qui le portent, ce méthaniseur se différencie car « il utilisera essentiellement des coproduits de la ferme. Fumiers, lisiers, paille, vinasse avec la distillerie Goyard, pulpe de betterave... » Cérèsia apportera quant à elle des issues de silos (grains cassés, hors norme, poussière…). « Avec ce projet, je boucle la boucle. Je mets mes pailles dans le méthaniseur, je produis une énergie durable et je récupère le digestat pour enrichir mes sols. »

Basé à Rozet-Saint-Albin (Aisne), le technophile Laurent Viet, 55 ans, développe une machine robotisée pour désherber sans herbicide. « J’ai présenté mon prototype aux Culturales, en juin 2021 sur le stand de Cérèsia, qui a une forte dynamique d’innovation », commente-t-il, motivé par l’urgence de la transition écologique. Le modèle de démonstration expose donc les possibilités techniques de son invention : reconnaissance et analyse des adventices à la caméra, arrachage dirigé, usage d’une mini-herse rotative ou même brûlage ultra-précis au laser, selon le souhait de l’agriculteur. « Les outils actuels datent de l’âge de fer alors qu’il existe une palette de technologies inexploitée, notamment la robotique et l’intelligence artificielle. » Une machine à commande numérique, fixée sur un châssis lui-même relié au tracteur, est en cours de développement. Avec cet outil, ce sera l’agriculteur qui impulsera une nouvelle dynamique.

Cultivateur de goût. Passionné du bon et des produits d’exception. Vincent Contal, à Banogne-Recouvrance (Ardennes), a diversifié son activité en décembre 2019 en créant sa biscuiterie bio au sein de l’exploitation familiale de 148 hectares, dans la continuité de la meunerie déjà présente. « Nous transformons notre matière première en farine de sarrasin et de lentilles vertes pour fabriquer des biscuits sucrés, salés et surtout sans gluten », détaille-t-il. Le résultat, parmi neuf produits : une friandise à la saveur proche du financier, mais sans poudre d’amande. « C’est parfait pour accompagner le champagne. Nous proposons aussi une gaufrette ou encore un biscuit consommable en forme de tasse. » Cérèsia, ayant su anticiper la demande en produits issus de l’agriculture biologique et ce, de l’assolement à la commercialisation, est pour lui un partenaire important. Ses produits seront référencés prochainement dans les magasins Gamm vert du réseau.

GUIDE_AGRI.indd 78

19/08/2021 16:17:56


PUBLI-INFORMATION

C

oopérer autrement, c’est la capacité du groupe à se réinventer, à répondre aux enjeux liés à ses métiers ainsi qu’à une société en pleine mutation. Objectif : concilier les attentes sociétales et environnementales avec les résultats économiques et les contraintes des exploitations agricoles. Des

partenariats porteurs de valeur sont donc scellés au profit des agriculteurs, viticulteurs et éleveurs de Cérèsia (ils sont 4 400 au total). Les agriculteurs ont tous un rôle à jouer dans cette transition. Grâce à leur travail, ils sont les premiers maillons de la chaîne alimentaire et ont à cœur de répondre aux attentes en matière de sécurité, de qualité, de gestion de l’environnement et de préservation des ressources naturelles. En voici quelques exemples.

ANGÉLIQUE LACROIX

JEAN-CHARLES BLANCKAERT

VINCENT GUYOT

Pour une viticulture durable

Qualité et bien-être animal

Roi des réseaux sociaux

Cérèsia accompagne ses agriculteurs et viticulteurs dans la démarche Haute Valeur Environnementale, en faveur de l’amélioration des pratiques (biodiversité, fertilisation des sols, produits phytopharmaceutiques, gestion de l’irrigation…). Vigneronne à Châtillon-sur-Marne, Angélique Lacroix fait partie des convertis. « Nous sommes en phase d’audit et de préparation de l’exploitation. Nous devrions être prêts en 2022, même si cette année est compliquée d’un point de vue climatique et qu’il a fallu à tout prix sauver la récolte », explique la viticultrice. « Cette démarche répond aux attentes des consommateurs qui souhaitent des produits de qualité issus d’une viticulture durable. Pour l’instant, le label HVE est moins connu que le bio mais nous en espérons une valorisation et une reconnaissance commerciale prochainement. »

Conseils techniques, rationnement, solutions alternatives pour une production durable... Cérèsia, via ses filiales Cap vert et Talian, accompagne la modernisation des élevages dont celui de Jean-Charles Blanckaert. Depuis 2 ans, cet éleveur laitier à Saint-Hilaire-au-Temple (Marne), attaché au bien-être animal et à une production laitière de qualité, a diversifié ses cultures pour répondre au cahier des charges des magasins U. L’exigence ? Un lait enrichi en oméga 3 selon la démarche Bleu Blanc Cœur, non OGM et dans le respect du bien-être animal, pour répondre aux attentes des consommateurs en matière de santé. Cette production adopte en effet des modes de production plus respectueux de la biodiversité et de l’environnement. « Je suis devenu un ambassadeur de la marque. L’alimentation de mes 85 vaches est également sans OGM et, grâce à l’accompagnement technique des filiales de Cérèsia, totalement optimisée. »

Vincent Guyot, à Étaves-et-Bocquiaux (Aisne), mise sur les réseaux sociaux pour faire connaître au plus grand nombre son métier d’agriculteur avec ses joies et difficultés. Il dispose d’un compte Twitter depuis 7 ans, créé à l’occasion d’une formation. « J’y raconte mon quotidien, ma vie de paysan. Tous les soirs vers 18 heures, je poste 3 ou 4 photos de ma journée, quand les gens sont sortis du bureau. » 14 200 abonnés suivent son compte. « J’explique comment travaille aujourd’hui un agriculteur, les techniques agricoles que j’utilise... Il faut positiver le message et parler d’une agriculture moderne contributrice de la réduction du réchauffement climatique grâce aux techniques bas carbone. Au-delà du partage d’information, j’interagis avec mes abonnés. » Pour lui, l’objectif n’est pas de « parler du réglage de la batteuse » mais bien d’expliquer et de montrer simplement, avec de belles photos et vidéos, la réalité du travail d’un agriculteur du 21e siècle.

SIÈGE SOCIAL 16, boulevard du Val de Vesle - CS 110005 51684 REIMS CEDEX 2 03 26 85 75 70 - contact@ceresia.fr www.ceresia.fr

GUIDE_AGRI.indd 79

19/08/2021 16:17:57


80 • Technologies

Innovations

DANS L’AGRICULTURE, LE DRONE A DU MAL À DÉCOLLER

L’agriculture se modernise, elle est de plus en plus connectée. Le drone est un outil permettant notamment de cartographier, analyser et traiter les cultures. Dans le milieu agricole, l’utilisation du drone se heurte à de nombreuses contraintes.

LE DRONE DANS LES VIGNES Sylvain Gallo-Selva, fondateur de Sparnacus Drone, près d’Epernay explique son activité : « On fait de l’épandage par drone, très utile lorsque les vignes sont très en pente, et donc pas trop accessibles aux tracteurs et chenillards. C’est notre première année d’activités ». L’entreprise sparnacienne n’est autorisée qu’à utiliser un certain type de produits, classés dans la catégorie des substances naturelles à usage biostimulant. « Le drone va sur la parcelle et fait le traitement en automatique. Pour le viticulteur, c’est un gain de temps. Concernant la dérive des produits, elle est moins importante qu’avec les chenillards. » Entre impatience et méfiance, le système ne laisse pas de marbre les viticulteurs marnais. Avec ce drone, « on peut aussi lutter contre les chenilles processionnaires », explique Sylvain Gallo-Selva. « Les arboriculteurs l’utilisent aussi. »

GUIDE_AGRI.indd 80

L

es « ageekulteurs » sont de plus en plus nombreux. Notre région n’échappe pas à cette tendance. « Le système agricole se remet toujours en question pour gagner en marge, pour être plus compétitif, pour produire plus en polluant moins. On place donc notre espoir dans les technologies, qui pouvaient être le cheval pour les anciens, puis le tracteur et maintenant la technologie de pointe. Mais ça a un coût, l’agriculteur doit se former, et sur le terrain, le drone n’apparait pas toujours aussi utile que sur le papier », explique Antoine Letinois, conseiller technique et terrain pour la Chambre d’agriculture des Ardennes, sur le secteur de l’Argonne ardennaise.

AGRICULTEURS ÉCHAUDÉS ET DÉVELOPPEMENT DU DRONE LIMITÉ Gadget ou non ? Utilisation limitée ou en devenir ? Pour le Soissonnais JeanLuc Hau, ingénieur civil de la défense spécialiste des drones et de l’environnement, expert international drones du

programme des Nations unies pour le développement, mais aussi expert drones à la Société française de droit aérien et spatial (SFDAS) et conseiller technique bénévole de l’office d’innovations et de technologies (OITECH) et notamment de son département drones (ADT drones), le développement du drone dans l’agriculture se heurte à plusieurs obstacles : « les agriculteurs sont pas mal échaudés. Beaucoup ont cru en ce que proposait il y a quelques années, la société Airinnov. Mais il s’est avéré qu’en réalité, c’était du flan. Comme d’autres, et notamment des chercheurs de l’INRA, j’ai étudié de près leur fonctionnement afin de comprendre comment ils arrivaient à déterminer la quantité d’azotes qu’il fallait ajouter dans les champs, juste à partir d’une mesure de la puissance photosynthétique des plantes, et sans réaliser aucune analyse de terre. En réalité, leur algorithme n’était pas réellement scientifique. Au lieu de favoriser le développement de la plante, ça pouvait favoriser son pourissement. Airinnov a fermé, mais ça a jeté l’opprobe sur les drones. »

19/08/2021 16:18:01


Technologies • 81

« L’avenir, c’est sans doute d’envoyer par drone des insectes auxiliaires qui mangent d’autres insectes. » Le développement du drone civil en France est aussi plombé par la réglementation de vol, qui est « instable et très contraignante. Beaucoup de zones sont interdites de survol. Ce n’est qu’en 2023 que la situation va se stabiliser. Des solutions alternatives au sol se sont développées. Plusieurs industriels de l’agriculture, comme John Deere, ont mis au point des capteurs pouvant être intégrés sur des tracteurs à l’avant pilotant la pulvérisation à l’arrière du véhicule, ce qui, à mon sens, limite à l’avenir le développement du drone. » Dégâts de gibiers et surveillance du cheptel « En France, la réglementation interdit, depuis le 1er janvier 2016, de pulvériser par les airs des produits phytopharmaceutiques. Pour la viticulture, c’est possible de faire de l’expérimentation, valable pen-

dant 3 ans pour les vignobles qui ont une pente de coteaux supérieure à 30 %, et il faut remplir de sacrés dossiers », rappelle Jean-Luc Hau. « L’avenir, c’est sans doute d’envoyer par drone des insectes auxiliaires qui mangent d’autres insectes. On le fait déjà en Côte d’Ivoire mais en France, pour l’instant, nous n’avons pas eu l’autorisation du ministère de l’environnement. » Dans la vie de tous les jours, les agriculteurs de la région utilise les drones « pour mesurer avec précision les dégats de gibiers sur les cultures, mais aussi pour surveiller le cheptel, notamment pour les agriculteurs qui aiment aller voir régulièrement leurs vaches », détaille Antoine Letinois.

Jean-Luc Hau

Aurélie Beaussard

« L’AVENIR DU DRONE PASSE PAR LE SUR-MESURE »

Arnaud Gilotin

GUIDE_AGRI.indd 81

Arnaud Gilotin, pilote et instructeur, président de Artech’Drone, implanté sur le site de l’ex BA112, près de Reims dresse le constat : « Le milieu agricole constitue 30 % des prestations de services de l’entreprise et 70 % en recherche et développement. On ne travaille que sur des projets protypes : des acteurs du secteur agricole et viticole font appel à nous pour résoudre des problématiques. On développe des vecteurs aériens que ce soit drone, ULM ou hélico, les systèmes puis les solutions embarqués techniques. » L’entreprise a ainsi travaillé au développement de systèmes de pulvérisation, de largage mais aussi de cartographie. On travaille actuellement sur la détection des maladies. La pulvérisation par drone « a ses limites » : un travail peu précis et une autonomie faible des machines, « quand on s’attaque sur du grand parcellaire, le drone n’a aucun intérêt ». Deux faiblesses que tente

de gommer l’entreprise. « Au-delà des efforts entrepris pour renforcer l’autonomie, on travaille sur des drones intelligents qui seraient capables de s’adapter à la cartographie du terrain. » Concernant le largage, Artecdrone a développé en partenariat avec Cérésia et Bioline, un système mécanisé d’épandage de plaquettes de trychogrammes afin de lutter contre la pyrale du maïs. « Le drone a d’abord été perçu comme un objet technologique puis un gagdet », analyse Arnaud Gilotin. Pour que le drone puisse trouver toute sa place dans l’agriculture, « il faut faire du sur-mesure, développer les solutions en adéquation avec les besoins du terrain. » L’utilisation du drone dans l’agriculture « a tendance à stagner. On a pas encore été capable d’adapter le drone, c’est-à-dire son utilisation à la bonne fonction. Le drone n’est qu’un moyen de portage pour des solutions embarquées. »

19/08/2021 16:18:28


82 • Technologies

Débat

LABOUR OU NON LABOUR ?

Le labour permet d’éviter la germination des graines indésirables. Mais il est cruel pour le ver de terre.

Si elle n'est pas totalement tabou car perpétuellement remise en cause à l'arrière des tracteurs, la question du labour est au moins très clivante, avec ses adeptes et ses détracteurs.

GUIDE_AGRI.indd 82

«L

es laboureurs sont pris à partie car ils sont accusés de détruire la vie et la structure du sol tout en accélérant son érosion », commence Sylvain Duthoit, spécialiste du sujet à la chambre d’agriculture de la Marne. « En cas d’orage, on le voit de plus en plus, le sol fragmenté par le labour est plus facilement entraîné. L’eau et la boue ruissellent. » « A contrario, ceux qui ne labourent pas ne sont pas forcément moins agressifs. Ils dépendent davantage d’autres techniques de désherbage, notamment chimiques. Plusieurs déchaumages sont nécessaires après la moisson, les sols se fissurent plus facilement... Bref, le sujet est complexe. » Et l’Histoire n’a eu de cesse de le prouver.

UTILE MAIS LOURD À METTRE EN ŒUVRE La notion de labour remonte ainsi à l’âge du bronze, au deuxième siècle avant notre ère. À l’époque, il s’agissait simplement de faciliter le semis en enfouissant les résidus pour dégager les lignes. « C’était le premier élément pour pouvoir commencer à cultiver », poursuit l’expert. « Mais très différent du labour d’aujourd’hui. » La pratique a, ensuite, pris de nombreux virages. Dans les années 50, la mécanisation l’a systématiquement remise au goût du jour avant, finalement, d’aboutir à sa quasi-supression. « La simplification du travail du sol a d’abord correspondu au besoin de gagner du temps. Dès les années 80-90, les paysans ont dû faire face à de plus en plus d’hectares pour de moins en moins

19/08/2021 16:18:31


Technologies • 83

« On sait maintenant que la notion de non-labour favorise la fertilité des sols car sa structure n’est plus détériorée. » d’hommes. Le labour est chronophage, il fallait mieux organiser le travail. » Le type de sol, évidemment, n’est pas étranger au dossier. « Les terres très argileuses ou caillouteuses compliquent un labour déjà gourmand en énergie. Il est plus facile à mettre en œuvre dans la craie ou de bons limons, où sa réduction est arrivée plus tard. » Les cultures importent également : derrière une betterave que la météo a rendue difficile à récolter, il peut se justifier. Enfin, dans les années 2000-2010, le labour est revenu en tant qu’outil de désherbage et de lutte contre les adventices : en retournant la terre sur 25 ou 30 centimètres, on évite la germination des graines indésirables. Les exploitations biologiques en sont donc friandes pour obtenir un sol propre, bien que « les nouveaux bio cherchent aussi à réduire leur travail du sol pour retrouver la notion de fertilité. Il faut simplement adapter les rotations pour limiter les résidus. »

GUIDE_AGRI.indd 83

VERS DE TERRE, COUVERTS ET FERTILITÉ Pendant ce temps, d’immenses progrès agronomiques ont été faits. « On sait maintenant que la notion de non-labour favorise la fertilité des sols car sa structure n’est plus détériorée. Le ver de terre, c’est bien connu, enfouit la matière organique, la digère, la rend assimilable, amène de la porosité pour la circulation de l’eau... Son activité de digestion crée des bactéries et des champignons. En gros, il fait le boulot de la charrue. » Et répond à une ambition commune : se montrer, coûte que coûte, moins dépendant des engrais minéraux. Toutefois, le propos reste à relativiser. « Le système en non-labour revendique qu’il améliore sa matière organique mais ce n’est pas lié qu’à cela. La production de biomasse en interculture, grâce au système de couverture des sols, est un levier presque

plus lourd que la question du labour. Il permet, en plus, de capter du carbone. » Si le labour n’est plus systématiquement nécessaire, c’est aussi parce que d’autres outils, notamment à dents, permettent d’opérer un travail de restructuration moins profond, tout en gardant la matière organique. Certains agriculteurs, à l’inverse, ne pratiquent même aucun travail du sol : c’est l’agriculture de conservation. « Les semoirs actuels opèrent directement dans les résidus, sans toucher au sol. » On retrouve alors une notion de fertilité mais aussi de portance. « Il est plus facile d’accéder dans les parcelles. L’eau s’infiltre mieux, on réduit la consommation de carburant, de temps, de personnel. » Pauline Godart

19/08/2021 16:18:36


84 • Technologies

DU PRODUCTEUR AU PAYEUR

COMMENT SONT DÉCRYPTÉS LES MARCHÉS AGRICOLES ? Créée il y a 10 ans, la société AgriTechtrade, basée à Marson, analyse les cours des matières premières au service des agriculteurs. Présente uniquement en ligne, elle a développé des outils innovants pour accompagner la commercialisation.

«L

e producteur travaille toute une année pour obtenir la meilleure récolte. Mais il n’est pas spécialisé dans les marchés », commence le patron d’AgriTechtrade, Claude Georgelet. « Notre but est donc de décrypter pour lui l’information, mettant en perspective les données du marché agricole (climat, offre et demande) avec celles de la macroéconomie mondiale. Tout est lié et si le marché est porteur, on aura plus de chance de voir les prix monter. » Blé, colza, orge, maïs, soja... Tout passe sous les radars de l’entreprise pour aboutir, au sein de l’exploitation, à une prise de décision.

GUIDE_AGRI.indd 84

C'EST QUI, LE PATRON ?

COMMENT ÇA MARCHE ?

Passionné par la bourse, Claude Georgelet, 50 ans, a commencé sa carrière dans l'univers des semences agricoles. « Puis je me suis formé aux hautes finances dans les années 2010. Crise des subprime, impact sur les matières premières, inflation... J'ai étudié toutes ces questions et compris les mécaniques monétaires à l’œuvre. » Ensuite, il a fallu transposer les connaissances boursières au domaine des cours céréaliers financiarisés. « Car les matières agricoles bougent beaucoup moins vite que les actions. Il faut coller à cette réalité. » Émission d’argent, valeur fluctuante du dollar, cours et pouvoir du pétrole, stock de matières premières, alimentation mondiale, équilibre et stabilité… Ces données dépassent bien souvent le citoyen lambda non-initié.

Au sein de sa société, discrètement mais sûrement, il a donc mis au point dès 2017 des outils mathématiques et des modèles quantitatifs d’analyse des marchés. « On scrute en permanence ce qui se passe sur les 5 continents, grâce à des sites de référence. Amériques, Australie, Europe, mer Noire... Puis on livre les éléments synthétiques. » Résultat : une vision sereine du marché à moyen terme et de belles performances, avec un prix de vente de 10 à 20% supérieur au prix moyen. « Logiquement, le producteur ne fait pas d’erreur. Quand le point haut est atteint, on intervient en conseil, par SMS. » À d’autres moments, il faut simplement résister, patienter et se « laisser porter par le marché haussier. »

19/08/2021 16:18:45


Technologies • 85

ET LA MÉTÉO DANS TOUT ÇA ? « La météo a évidemment son rôle mais à échelle mondiale, le climat est vite gommé. Ainsi, quand l’hémisphère nord a récolté, on regarde le sud... Au final, il y a toujours de la marchandise qui arrive, à flux tendu. » Cette année, c’est la prudence qui a été conseillée et globalement, « très peu de ventes ont été réalisées. On s’attend donc à des marchés qui ont encore un potentiel de hausse. » Une chose est sûre : avec le retour de l’inflation, le producteur doit réaliser de meilleures ventes que les années précédentes pour faire face à l’augmentation de ses charges. Pauline Godart

FCA FERTILISANTS

FERTILUX

PROMOTEURS DE LA FERTILITÉ DES SOLS ET DE LA SANTÉ DES PLANTES

AMENDEMENTS CALCAIRES ET COMPLÉMENTS FOLIAIRES D’ORIGINE VÉGÉTALE

LA SYMBIOSE AGRICULTURE ENVIRONNEMENT

2000867402

FERTILISANTS GRANULES D’ORIGINE NATURELLE ET COMPLÉMENTS DE FERTILISATION ACTIVATEURS DE LA VIE DES SOLS

T É L É C H A R G E Z V O T R E A P P L I C AT I O N F E R T I L I N F O WWW.FCA-FERTILISANTS.COM

GUIDE_AGRI.indd 85

WWW.FERTILUX.LU

19/08/2021 16:18:54


86 • Technologies

Prix des terres L’impact de la pandémie sur le prix des terres est variable, presque nul dans les grandes cultures, plus sensible dans le vignoble. Mais ça peut changer cette année.

Forêts : une embellie en trompe l’oeil 4 660 euros dans l’Est, 6 530 dans le Nord et le bassin parisien, 4 190 en moyenne nationale … En 2020, le prix de l’hectare de forêt s’est rarement aussi bien tenu. « Selon sa nature et son emplacement, la forêt connait une très grande amplitude de prix, de 2 000 à 20 000 euros l’hectare (à comparer avec la courte amplitude des terres agricoles en Champagne crayeuse, de 15 000 à 17 000 euros l’hectare). L’industrie du bois doperait-elle les prix ? A la marge seulement car l’embellie est surtout fiscale. « Pour beaucoup d’investisseurs - banques, assurances -, la forêt est un vecteur de compensation carbone, donc un placement sûr. Non seulement les prix se tiennent mais souvent, ils augmentent ! » On peut donc s’acheter une bonne conscience écolo en se payant quelques hectares de bois, quand bien même ils seraient ravagés par les invasions de scolytes. On appelle ça le greenwashing. Pour la morale, on verra plus tard.

GUIDE_AGRI.indd 86

SEULE LA VIGNE SOUFFRE… UN PEU

U

ne pandémie n’empêche pas de manger. Tant mieux pour l’agriculture. « L’effet est mécanique. Le virus n’ayant eu aucun impact sur la production et la consommation de biens alimentaires, il n’en a pas eu non plus sur le prix des terres agricoles en 2020 », résume le Rémois Olivier Baranski, directeur opérationnel de la Safer Grand Est. Les terres de vignes ne peuvent en dire autant. Après deux décennies de hausse continue, les prix ont poursuivi l’an dernier la descente amorcée en 2018. Ce n’est peut-être qu’un début. Mais le virus n’expliquerait pas tout.

VIGNOBLE : LE PIRE EN 2021 ? Le chiffre est connu. La pandémie a pesé l’an dernier sur les ventes et la consommation de champagne. De l’ordre de - 30 %, le manque à gagner est historique. Mais la crise sanitaire a bon dos. « L’impact est réel mais il faut nuancer », estime Olivier Baranski. « Les difficultés économiques du secteur sont surtout liées à la structure du marché français du champagne, lequel a continué de s’affaisser en 2020. La pandémie a eu un effet accélérateur. Mais les difficultés préexistaient ». De plus, les aléas économiques se répercutent toujours sur le foncier un à deux ans après... « Cela signifie qu’on n’a pas encore

vraiment perçu l’effet Covid. En 2021, on va rentrer dans le dur. Il y aura un effet cumulé de la pandémie et de l’affaissement du marché, notamment international ». Cela confirmerait, en l’accentuant, la tendance baissière du foncier viticole. Les -4,2 % enregistrés l’an dernier dans la Marne y portent le prix moyen de l’hectare de vigne à 1,145 M€ (1,196 en 2019). C’est un peu mieux dans l’Aube où les prix n’ont chuté « que » de 3,5 % (927 000 euros contre 958 000 en 2019). Le vignoble axonais s’en tire moins mal (857 000 euros), soit 1,4 % de moins que l’année précédente. Si le nombre des transactions est resté stable (une centaine d’hectares a changé de main dans la Marne et l’Aube en 2019 et 2020), les prix diffèrent d’un vignoble à l’autre. « Ils se tiennent dans les grands crus et premiers crus. Au pire, ils stagnent. La Côte des Bancs (Avize, Chouilly, Cramant, Le Mesnil-sur-Oger, Oger, Oiry) reste une valeur refuge avec des pics à 1,8 M€. » Seuls secteurs en hausse (+ 2 %), la Montagne de Reims et la grande vallée de la Marne recèlent des parcelles recherchées, autour d’Ambonnay et Ay notamment où l’hectare grimpe parfois à 1,5 M€. Le mouvement est inverse pour les crus secondaires. « Dans les vallées de la Marne et de l’Ardre, les transactions ont fortement baissé et les négociations sont âpres. Entre les vendeurs qui veulent maintenir les prix

PRIX DE L’HECTARE DE VIGNES ET DE TERRES en 2020

Vignes

Champagne

1 108000 E

Marne

1 145 000 E

Ardennes

Terres libres 10 740 E 6 620 E

Aisne

857 000 E

8 490 E*

Aube

927 000 E

9 870 E

Alsace

Haut-Rhin : 126 000 E Bas- Rhin : 108 000 E

7 050 E*

* (valeur 2019)

19/08/2021 16:18:54


Technologies • 87

CULTURES : PAS ASSEZ D’OFFRES

et la prudence des acheteurs, la rencontre ne se fait pas ». Résultat : en 2020, les prix se sont parfois effondrés (- 8,7 % en vallée de la Marne, - 7,3 % sur les coteaux sud d’Epernay).

UNE TENDANCE DURABLE ? Les prix du vignoble champenois sont-ils condamnés à une baisse durable ? Olivier Baransky en doute : « La reprise d’après crise sera forte et le champagne coulera à flot. Mais ce sera conjoncturel. Si les prix des terres ne vont pas augmenter immédiatement, les transactions seront dopées. Le vigneron qui hésite aujourd’hui à investir dans du foncier cher n’hésitera plus à se lancer dans un an ou deux… Mais rien n’exclue que dans quinze ans, les prix n’atteindront pas de nouveaux records... »

Gilles Grandpierre

Vignes : qui sont les acheteurs ? Des vignerons certes, mais plutôt des récoltants-manipulants déjà propriétaires de 6 à 15 hectares de vignes. Prudentes, les maisons de Champagne se sont recentrées en 2020 sur les grands et premiers crus pour lesquels elles sont toujours capables de dépenser beaucoup. En matière d’acquisitions, MHCS reste en tête mais des maisons comme Billecart-Salmon ou Lallier sont toujours très présentes.

PUBLI -INFORMATION

OXYGÈNE, LE NOUVEL INTERLOCUTEUR de vos projets photovoltaïques

Lancée en janvier 2021, la société OXYGENE

couvrir) lui permet par ailleurs de mettre en œuvre

réalise des projets photovoltaïques à destination

ses compétences techniques, acquises durant

du secteur agricole, de l’installation à la mainte-

5 ans dans l’énergie solaire, un domaine d’acti-

nance, en passant par le conseil.

vité jeune et en pleine croissance, où les évolu-

Ex-directeur technique de Silicéo, spécialiste

tions technologiques se multiplient.

de l’énergie photovoltaïque, Quentin Boiteux

Basé dans la Marne, près de Châlons-en-Cham-

a eu envie d’entreprendre. Il a créé sa société

pagne, Quentin Boiteux se déplace dans la

OXYGENE en début d’année, avec l’objectif

région Champagne-Ardenne et dans les dépar-

d’accompagner les projets photovoltaïques

tements limitrophes. Il gère personnellement

dédiés aux bâtiments agricoles. « L’idée, c’est

chaque projet, de l’étude jusqu’à la mise en ser-

de proposer un accompagnement global, pour

vice avec Enedis.

apporter une rentabilité au projet permettant de

Chez OXYGENE, chaque projet fait l’objet d’un

financer tout ou partie d’une rénovation ou d’un

accompagnement sur mesure. « L’objectif, c’est

bâtiment neuf », explique Quentin Boiteux.

de proposer un projet personnalisé, cohérent,

Pour cela, l’ingénieur généraliste peut compter

viable financièrement et durable puisque l’éner-

sur son expérience et sur sa très bonne connais-

gie photovoltaïque possède une vraie dimen-

sance du secteur. « Je suis fils d’agriculteur, je

sion environnementale », confirme Quentin Boi-

connais bien le métier et ses problématiques »,

teux. Avec flexibilité et réactivité, le jeune chef

confirme-t-il. La surface conséquente des pro-

d’entreprise se tient prêt à répondre à toutes les

jets concernés (200 m2 à 2000 m2 de toiture à

demandes pour des projets en cours ou futurs.

GUIDE_AGRI.indd 87

Quentin Boiteux vient de lancer en janvier 2021 son entreprise OXYGENE, spécialisée dans l’accompagnement de projets photovoltaïques pour les bâtiments agricoles ou de grandes surfaces.

ELECTRICITÉ - PHOTOVOLTAÏQUE

Olivier Baranski

S’il existe un marché stable, c’est bien celui-là. Bon an mal an, la terre de Champagne garde le cap : « Depuis une quarantaine d’années, son prix augmente de 2 à 4 % par an. En 8 ans, les terres libres non bâties (prix de référence) ont pris 30 % dans la Marne », explique Olivier Baranski. A 10 740 €, l’hectare marnais de terre libre restait en 2019 le plus cher du Grand Est, devant l’Aube (9 600) et les Ardennes (6 310). Dans l’Aisne, le prix moyen est à 8 490 €. La Champagne crayeuse reste toujours le secteur le plus onéreux mais le Tardenois, moins cher mais avec de bons rendements, offre de belles perpectives de rentabilité. Seul problème, où qu’on se trouve, il y a dans la région plus de demandes que d’offres. « La terre agricole reste un bon investissement mais les revenus sont insuffisants. C’est devenu une valeur patrimoniale plus qu’économique. Pour les jeunes exploitants, c’est un vrai problème. »

OXYGENE - Quentin Boiteux Tél. 06 46 36 81 79 q.boiteux@oxygene-pv.fr www.oxygene-pv.fr

19/08/2021 16:18:56


PUBLI -INFORMATION

CMQ D’EXCELLENCE BIOECO ACADEMY

Formations qualifiantes pour filière d’avenir

Le campus des métiers et des qualifications (CMQ) BIOECO ADEMY porté par l'université de Reims Champagne-Ardenne (URCA) associe partenaires industriels, collectivités, enseignement secondaire et supérieur autour de la bioéconomie, un secteur en plein essor dans la région. Ce réseau facilite l'insertion des jeunes dans l'emploi et permet aux entreprises d'embaucher des salariés "bien formés".

L'

URCA est aujourd'hui reconnue comme un leader de la formation et de la recherche en agro-sciences, l'environnement, les biotechnologies et la bioéconomie. C'est pourquoi avec le soutien de la Région et de l'Académie de Reims, nous avons construit autour de cette identité forte le projet BIOECO ACADEMY qui a démarré en 2018. En 2020, ce projet a été retenu dans le cadre de l'action « Territoires d'innovation pédagogique » du Programme d'Investissements d'Avenir (PIA3) puis a été labellisé « Campus d'excellence », explique Christophe Clément, Vice-Président de l'URCA, et porteur initial du projet.

Construire l’après-pétrole Le label "Excellence", octroyé à seulement 40 des 100 CMQ en France, constitue

GUIDE_AGRI.indd 88

la reconnaissance de notre capacité à sensibiliser le public aux enjeux de la bioéconomie et à faire connaître les formations et métiers qui y sont liés. Il reflète également notre vocation à rapprocher les mondes de l'enseignement et de l'industrie pour une meilleure adéquation entre les parcours de formation et les emplois à pourvoir dans une industrie de l'après-pétrole, basée sur la valorisation des produits agro-sourcés.

Christophe Clément

19/08/2021 16:18:59


Technologies • 89

S'inscrivant dans la stratégie régionale de développement économique du Grand Est, ce secteur en pleine expansion est un formidable pourvoyeur d'emplois.

Des formations du CAP au Doctorat au plus près des besoins industriels Le CMQ d'Excellence BIOECO ACADEMY regroupe aujourd'hui 24 établissements dans l'ex Champagne-Ardenne (CFA, lycées polyvalents ou agricoles, centres de formation continue, universités, écoles d'ingénieurs ou de commerce...) qui proposent des formations variées du CAP au Doctorat : « ces cursus, qui correspondent aux besoins en recrutement dans la région, ont été identifiés grâce aux partenaires du CMQ (entreprises, organisations professionnelles, laboratoires de recherche ou Pôle de compétitivité IAR). Le campus intervient pour faire connaître ces diplômes, les faire évoluer en cohérence avec les besoins des industriels du secteur et les articuler entre eux, dans une logique de parcours de formations visant à permettre et encourager la montée du niveau de qualification des apprenants et une insertion professionnelle facilitée. » Infos : https://www.univ-reims.fr/cmq

« Une clef pour la réussite des projets » Pour la Présidente du Grand Reims Catherine Vautrin, le CMQ d'Excellence BioEco Academy s'inscrit pleinement dans une stratégie de développement de l'économie du vivant sur le territoire. « Dans les années 90, on ne comptait que quelques chercheurs en bioéconomie sur le territoire de ce qui s'appelle aujourd'hui le Grand Reims. Ils sont aujourd'hui près de 200 scientifiques à travailler sur ce sujet », souligne Catherine Vautrin pour illustrer la rapidité du développement d'un secteur aussi innovant que prometteur dans la communauté de communes qu'elle préside. « Notre territoire regroupe 700 exploitations, qui emploient 5 000 personnes, soit deux fois plus que la moyenne nationale. Pour ces entreprises, la conversion de la biomasse

GUIDE_AGRI.indd 89

et la valorisation des coproduits agricoles correspond à une vraie optimisation de la valeur ajoutée de leur production. C'est pourquoi, depuis plus de 20 ans, les grandes coopératives du territoire se sont associées à des projets de recherche et de développement ambitieux. L'écosystème créé autour de cette dynamique fait de notre territoire un véritable fer de lance de la bioéconomie dans le Grand Est, qui ambitionne de devenir la 1re région européenne dans ce domaine. » Le soutien apporté par le Grand Reims au CMQ d'Excellence BioEco Academy correspond à cette logique : « la possibilité de recruter des salariés formés à des métiers nouveaux, dont certains n'existent pas encore, constitue une clef pour la réussite des projets développés sur le territoire. »

Le campus au service des apprenants et des entreprises Etudiant en Cursus Master en Ingénierie bioraffinerie à l'URCA, Arthur Chevalier s'est découvert une vraie passion pour la bioéconomie durant ses études. Le CMQ BioEco Academy l’accompagne aujourd’hui pour la réalisation de son stage de 5e année en Italie au travers des chèques mobilité internationale qu’il a mis en place. « J'ai vraiment envie de m'investir dans ces solutions durables d'avenir. Après l’obtention de mon master, je vais préparer une thèse sur la valorisation des biomasses ligno-cellulosiques (bois, paille…), en partenariat avec un grand groupe de production et de distribution d'énergie. » D’après Arthur, « le CMQ BioEco Academy est un vrai plus pour se former en région, mais aussi au-delà. » Une analyse partagée par les employeurs potentiels du secteur. « Le CMQ est moteur pour la mise en place de formations correspondant à notre besoin en recrutement, notamment pour notre pôle d'activités Bioline Solutions, implantée à Bezannes », explique Nathalie Barotte, DRH de Invivo, première union coopérative française, présente dans 19 pays.

19/08/2021 16:19:01


90 • Technologies

Certifications

UNE DEMARCHE D’AVENIR

Clothilde Hennequière et ses parents produisent du champagne dans l’Aube.

Plébiscitées par les consommateurs et les distributeurs, encouragées par les pouvoirs publics, les certifications environnementales représentent pour les exploitants une opportunité de plus-value sur leur production, et un atout supplémentaire pour décrocher un appel d’offres. A condition de choisir un label en cohérence avec leurs pratiques et leur projet.

GUIDE_AGRI.indd 90

«E

n juin dernier, nous avons obtenu la certification Haute Valeur Environnementale », explique Clothilde Hennequière, qui gère avec ses parents une exploitation viticole à Avirey-Lingey, dans l’Aube. « Nous avons dû réaliser peu d’adaptations sur notre exploitation, car nous étions déjà engagés depuis plusieurs années dans une démarche de limitation des intrants. Le pré-audit réalisé par la Chambre d’agriculture et son accompagnement tout au long du processus ont été précieux, et nous avons bénéficié de subventions de l’Etat pour les investissements nécessaires, notamment l’acquisition d’un logiciel d’aide à la conduite du vignoble. Il calcule le pourcentage d’intrants à partir de nos interventions mécaniques, manuelles ou phytos, des données essentielles lors des contrôles

« Le supplément de revenus varie de 15 à 30 centimes pour un kilo de raisins » effectués après la certification. Elle nous permet de répondre à une demande de plus en plus fréquente de notre clientèle, notamment étrangère, mais aussi des entreprises qui lancent un appel d’offres. Nous n’avons pas assez de recul pour évaluer la plus-value que l’inscription HVE sur nos bouteilles nous amènera, mais nous sommes convaincus qu’il s’agit d’une vraie nécessité pour rester compétitifs. » « Le supplément de revenus lié à une certification environnementale pour un viticulteur varie de 15 centimes pour un kilo de raisin HVE à 30 centimes pour une labellisation Viticulture Durable en Champagne, plus difficile à obtenir car elle intègre la durabilité et la qualité écologique des bâtiments », précise Jean-Michel Ecochard, responsable de l’équipe interdépartementale chargée

19/08/2021 16:19:05


Technologies • 91

de la viticulture au sein des Chambres d’agriculture du vignoble champenois, dans l’Aisne, la Marne et l’Aube. « La viticulture est le secteur le plus en pointe sur ce sujet, car l’interprofession s’est fixé l’objectif de 100% de vignobles certifiés en 2030. Pour chacun des dossiers qui nous sont confiés, nous organisons en premier lieu des formations à l’autodiagnostic, qui permettent au viticulteur de se positionner par rapport aux critères d’une certification, puis nous assurons un accompagnement personnalisé jusqu’à son obtention, et un suivi après ». Du côté des agriculteurs, les demandes de certification augmentent chaque année. Gérant de la ferme du Châtel, à Aulnay-l’Aître, près de Vitry-le-François, Eric Scieur fait partie des pionniers dans ce domaine « nous sommes certifiés HVE depuis 2013. C’est un argument très porteur pour nos ventes directes à la ferme, auprès d’une clientèle qui privilégie la qualité et notre prise en compte du bien-être animal au prix de nos viandes de porc et de nos préparations ».

« La certification HVE est un argument très porteur pour nos ventes directes » Autre précurseur, Jean-Luc Villain, co-gérant de la Ferme de la Petite Prée à Archon, en Thiérache de l’Aisne, labellisée Agriculture Biologique depuis près de 20 ans : « cette certification coïncide avec notre conception de l’élevage des bovins et ovins, et nous permet d’obtenir 30 à 40% de plus sur la vente de nos produits par rapport à l’agriculture traditionnelle. Mais cela implique de redevenir agronomes, pour respecter un cahier des charges très strict, en matière d’alimentation des animaux, de respect des cycles végétaux, ou de traitement des maladies. En 2019, nous n’avons administré que 16 antibiotiques pour 120 vaches laitières, car nous travaillons beaucoup avec l’homéopathie et les extraits de plante, ce qui nous a permis de diviser par trois nos coûts vétérinaires ». Jacques Taquet

5

CERTIFICATIONS ENVIRONNEMENTALES sont aujourd'hui proposées aux agriculteurs de la Marne, l'Aisne et l'Aube (HVE, VDC, Terra Vitis, Global Gap, AB…). Pour Jean-Michel Ecochard : « leur nombre devrait diminuer dans les années qui viennent, car l'Etat a choisi d'encourager la certification HVE. » Jean-Michel Ecochard, responsable viticulture des chambres du Vignoble champenois.

GUIDE_AGRI.indd 91

19/08/2021 16:19:10


PUBLI-INFORMATION

BIENVENUE À LA FERME Mangez et vivez fermier

C

RÉÉ en 1988, le réseau Bienvenue à la Ferme regroupe aujourd’hui 8000 agriculteurs en France, dont une cinquantaine dans la Marne, plus de trente dans l’Aisne et autant dans l’Aube. Eleveurs, maraîchers, viticulteurs, producteurs d’escargots, de glaces, de savons ou de cosmétiques, ils pratiquent tous la vente en circuit court, sur leur exploitation ou sur des marchés paysans et des magasins fermiers. Ce volet « Mangez fermier » est complété par une offre « Vivez fermier », qui fédère des propositions d’hébergements touristiques à la ferme de type gites, chambres d’hôtes ou accueil de campings cars. Dans les deux cas, ces exploitants, dont la liste est disponible sur internet, identifiables grâce à la petite fleur jaune du logo aujourd’hui bien connu (et qu’ils peuvent apposer sur leurs produits s’ils le souhaitent) ont signé une charte de qualité établie par le réseau des Chambres d’agriculture, gestionnaire du réseau. Ils s’y engagent notamment à proposer des produits fermiers de qualité, en suivant des règles d’approvisionnement et de transformation qui garantissent transparence et traçabilité, et à être les ambassadeurs d’une agriculture durable et responsable, enracinée dans les territoires. Les activités de séjour, de restauration ou de découverte sont quant à elles encadrées pour une qualité maximale de l’accueil et de la pédagogie. Car le rôle des

GUIDE_AGRI.indd 92

Chambres d’Agriculture ne se limite pas à l’instruction d’un dossier de demande. Elles informent régulièrement les adhérents, par exemple sur les normes de sécurité en vigueur, et mettent à leur disposition les services d’une animatrice pour des interventions lors de visites de l’exploitation ou sur des événements comme la foire de Châlons, où ils sont accueillis sur l’Espace Ferme de la Chambre. Pour intégrer ce réseau, qui correspond plus que jamais à une vraie demande sociétale, les viticulteurs et agriculteurs peuvent contacter directement les conseillères dédiées au sein des chambres départementales (coordonnées ci-dessous).

R Aisne : aude.delcourt@aisne.chambagri.fr Aube : louise.legrain@aube.chambagri.fr Marne : aurelie.cortes-pretel@marne.chambagri.fr

19/08/2021 16:19:12


Artisans, producteurs, marquez votre différence

MARQ A L Z GNE I O J E R

UE

r u e l l i e m e l t n e t i r é m ts i u d o r os p

La marque "Made in Marne" signe l'origine, la qualité et l'authenticité de produits et savoir-faire marnais et reflète le talent des producteurs et artisans locaux.

Rendez-vous sur

GUIDE_AGRI.indd 93

sevcommunication.com

"Made in Marne", la signature qui marque la différence !

19/08/2021 16:19:12


94 • Technologies

Analyse

LA BETTERAVE N’A PAS DIT SON DERNIER MOT

Depuis 2017, les surfaces consacrées à la culture de la betterave ont diminué de 100 000 hectares, pour s’établir l’an dernier à 369 000 hectares en France (source AGRESTE). Mais cette apparente désaffection semble davantage liée à une conjoncture difficile qu’à une tendance de fond.

Les cours ont dégringolé, mais rien ne dit qu’ils ne remonteront pas.

GUIDE_AGRI.indd 94

«O

n peut véritablement dire que la betterave a fait, durant 30 ans, la richesse de notre région », souligne Jean-Marie Lett, Directeur des métiers-conseil chez CDER. « Durant cette période, ses rendements n’ont pas cessé de progresser, et sa production dégageait en moyenne une marge doublée par rapport aux céréales ou aux oléoprotéagineux. Les quotas fixés par l’Europe permettaient quant à eux de garantir des prix de vente intéressants ». En octobre 2017, « la betterave est descendue de son piédestal. Bruxelles a mis fin aux quotas betteraviers et au prix minimum garanti. Au même prix que les autres cultures, la betterave est aujourd’hui dépendante des marchés mondiaux, plu-

« La marge dégagée à l’hectare reste supérieure de 200 à 300 euros par rapport aux autres cultures » tôt dépréciés depuis 4 ans, puisqu’on est passé de 30 E la tonne dans les années 2 000 à un peu plus de 20 E aujourd’hui, soit une perte de 30%. Les rendements ont diminué en moyenne de 10 tonnes par hectare, à cause de trois épisodes consécutifs de sécheresse estivale, et de maladies de la plante que les exploitants ont du mal à maîtriser techniquement ». Pour autant, « les agriculteurs de notre région ont intérêt dans leur grande majorité à maintenir les niveaux actuels de leurs surfaces consacrées à la betterave dans leurs assolements, dès lors

19/08/2021 16:19:13


Technologies • 95

qu’ils atteignent un niveau de rendement moyen correct (de l’ordre de 85 tonnes en Champagne crayeuse et en Picardie). En comparaison avec toutes les autres cultures concurrentes, la marge dégagée à l’hectare, en tenant compte des frais de récolte, reste supérieure de 200 E à 300 E. De plus, on peut raisonnablement espérer que les rendements retrouvent leur niveau normal d’ici quelques années, si on observe ce qui se passe au niveau européen. D’autant que notre région fait partie de celles qui dégagent les meilleurs rendements, notamment en Champagne crayeuse, où l’arrachage des betteraves peut être réalisé jusque tard dans la saison. » Même optimisme raisonné pour l’évolution des prix : « le cycle du sucre a toujours connu des hauts et des bas. Aujourd’hui, nous sommes dans un creux, car la consommation est inférieure à l’offre. Cela amène des grands pays comme le Brésil à basculer leur production du sucre vers l’éthanol. À moyen terme, les marchés vont sans doute retrouver un équilibre synonyme d’augmentation des prix. » Autre argument de poids : « les exploitants savent que la diversification des assolements représente un moyen sûr de limiter les risques agronomiques et économiques, en ne mettant pas tous ses œufs dans le même panier. Plus le

nombre de cultures est élevé, moins on est confronté à des problèmes de résistance des plantes aux maladies ou aux désherbants. Cette démarche est également indispensable pour préparer les assolements

« La diversification des assolements permet de limiter les risques économiques et agronomiques » futurs ». La place de la betterave dans l’agriculture régionale représente enfin un enjeu collectif majeur : « beaucoup des régions qui nous entourent aimeraient inclure des betteraves dans leurs assolements, mais ne le peuvent pas car elles ne disposent pas des infrastructures locales nécessaires. L’ex Champagne-Ardenne a mis en place un réseau complet d’entreprises (ETA assurant les récoltes, transporteurs qui amènent les betteraves dans les sucreries et distilleries…). La diminution des surfaces, même temporaire, pourrait fortement perturber leur activité. Il faut savoir qu’une sucrerie qui ferme ses portes ne les rouvre quasiment jamais. »

Jean-Marie Lett, Directeur des métiers-conseil chez CDER

Jacques Taquet

5 255 PLANTEURS

sont recensés dans le Grand Est, dont 2 797 dans la Marne. 2e région française pour la production de betteraves sucrières, elle assure 25% de la production française de betteraves. La filière sucreéthanol y représente 955 emplois directs dans les usines, et 3 000 emplois indirects.

GUIDE_AGRI.indd 95

19/08/2021 16:19:15


96 • Annuaire

LES BONNES ADRESSES DE LA RÉGION

Vous préférez les circuits courts et les produits de qualité ? Voici une sélection de producteurs de notre région où s’approvisionner les yeux fermés.

MARNE BAGNEUX

OGER BLANCS-COTEAUX

PLEURS

Au Potager de Becheret

Champagne Chinchilla Père & Fils

L'Escargotière Champenoise

19 rue de la Sodoyere 51260 Bagneux + 33 (0)6 08 26 26 39 www.au-potager-de-becheret.com

19, rue du Docteur Choquart 51230 Pleurs 03 26 42 65 08 escargotiere-champenoise@orange.fr

4 rue de Montmort 51190 Oger Blancs-Coteaux 06 32 19 9 331 bertrand.chinchilla@orange.fr

Les petits Rémois Dans leur café épicerie en circuit court, Elise et Louis vous concoctent une cuisine 100 % maison, locale et de saison en travaillant exclusivement avec maraîchers, éleveurs, céréaliers, arboriculteurs, brasseurs et viticulteurs situés à moins de 100 km de Reims. Côté boutique, plus d’une centaine de produits fermiers et gourmandises artisanales de la Marne, l’Aisne et des Ardennes sont à découvrir sur place ou à la maison.

@Maggy Photographie

22, rue Thiers 51100 Reims + 33 (0)3 26 61 99 81 - www.lespetitsremois.fr

Au paradis du porc

Conversion en Agriculture Biologique. Eleveur de moutons. Vente de viande d’agneaux, saucisses et merguez sur réservation

Ouvert les vendredis de 15h à 19h et samedis de 9h à 12h30

Ferme des Marais 51260 La Chapelle-Lasson 06 75 06 48 02 aymeric@laprun.com

27 route de St Oulph 51260 CLESLES +33 (0)6 33 97 34 69 www.facebook.com/auparadisduporc

Des fruits et des légumes frais, directement chez le producteur, dans une structure familiale. La Cueillette de la Pompelle est une cueillette de fruits et de légumes aux portes de Reims. Venez cueillir vous-même vos fruits et légumes de saison. @Adobe Stock

Ferme des Marais

La Cueillette de la Pompelle

Site d’exploitation : Croisement RD944/RD964 51500 Saint-Léonard www.lacueillettedelapompelle.com www.facebook.com/lacueillettedelapompelle lacueillettedelapompelle@sfr.fr

Châtel Gourmet Notre ferme familiale élève depuis 1989 nos porcs sur paille dans un bâtiment bois avec lumière et ventilation naturelles : ils sont nourris avec 99 % de nos céréales produites sur notre ferme certifiée HVE depuis 2013. Nos viandes et cochonnailles élaborées dans nos cuisines aux normes CE sans additif, sans colorant, sans conservateur, sont proposées en vente directe chaque vendredi (14 h-19 h) et samedi (10 h-18 h). Ferme du Châtel 51240 Aulnay l’Aitre +33 (0)3 26 72 95 91 - Ferme.chatel@gmail.com

GUIDE_AGRI.indd 96

19/08/2021 17:43:50


Annuaire • 97

ARDENNES

La ferme des Domoiselles

SARL Lescieux Entreprise familiale spécialisée dans la production et commercialisation de la pomme de terre. Nous sommes certifiés HVE3 et IFS pour le centre de conditionnement. Nous sommes sensibles à notre environnement et au goût du terroir.

Azéline, Johan et le troupeau vous accueillent pour vous faire découvrir leurs produits fermiers. Fromages de chèvre ou yaourts, chacun trouvera de quoi se régaler. Accueil de groupe possible pour visite ou médiation animale. 1, route Nationale 08160 Dom-le-Mesnil 06 68 56 21 47 La ferme des Domoiselles

Allée André Barrois 08310 Juniville +33 (0)3 24 38 62 40 mcdevulder@laretourne.fr

@Coralie Paris

AUBE

Confiserie artisanale À les champs Bonbons traditionnels sucre cuit 100 % artisanal, 100 % local 100 % d’origine végétale, 100 % made in ferme, 100 % arômes naturels

Loriette Sophie 08220 Banogne-Recouvrance 06 76 42 36 71 www.a-les-champs.fr

AISNE GRAND ROZOY Miels La Rusca

AISNE

9 Rue du Montier 02210 Grand Rozoy 06 42 00 34 55 www.larusca.fr

La Ferme du Petit Fontenay Producteur de pommes de terre Vente directe : frites fraîches, lamelles, pommes de terre épluchées Pommes de terre en sac

Le Petit Fontenay 10330 Chavanges 06 63 06 54 23 (infos et livraisons) laferme@petitfontenay.com

Le P’tit Chèvre d’Arrelles Vous accueille tous les jours du 1er/03 au 25/12 de 17 h à 19 h 30.Vente de fromages, traite des chèvres et visite.

3, rue des Petites Côtes 10340 Arrelles 06 08 84 55 63 www.facebook.com/Le-ptit-chèvre-d-arrelles

La ferme du Marraud pommes de terre... Canardises des 3 Vallées

Les asperges du Soissonnais

Producteur de canards FOIE GRAS, magrets, terrines Boutique produits fermiers

Ouvert du mardi au vendredi de 10 h à 12 h et de 16 h à 18 h 30 samedi et dimanche de 10 h à 12 h

A 10 minutes du centre-ville de Troyes, Valérie et Hubert, pionniers du distributeur automatique dans l’Aube, vous accueillent aussi les samedis matins de septembre à juin avec des produits locaux, bio et raisonnés à prix sympa.

2, rue du Cahot 02330 Condé-en-Brie +33 (0)3 23 82 74 96 www.canardises.fr

1, chemin de la Montagne 02380 Leuilly-sous-Coucy 06 80 34 99 29 www.facebook.com/LesaspergesduSoissonnais/

Chemin des Goguenettes 10600 Barberey-Saint-Sulpice 06 10 65 23 69 https://bienvenue-a-la-ferme.com

Production d’arbres d’ornement, fruitiers, arbustes, conifères en motte ou racines nues, de qualité extra et d’excellente reprise. Possibilité de venir choisir vos végétaux en pépinière sur RDV avec conseils d’une professionnelle. Livraison possible avec camion grue. 5, rue Principale hameau de Violaine 02220 Maast-et-Violaine 06 88 32 12 33 www.lespepinieresdeviolaine.fr

GUIDE_AGRI.indd 97

@Maggy Photographies

Les pépinières de Violaine

Pulvexper

EARL du Courbier

Spécialisé dans la pulvérisation, notre magasin est ouvert du lundi ou vendredi.

Volailles et poules pondeuses plein air, vente directe à la ferme sur commande ou magasin de producteurs Tendance Fermière

ZA rue Martel 10240 Ramerupt +33 (0)3 25 47 30 21 www.pulvexper.com

9, rue voie de Puiseaux 10130 Eaux-Puiseaux +33 (0)3 25 42 00 23 Facebook @EARL du Courbier

19/08/2021 16:19:19


98 • Technologies

Innovation

LES ROBOTS ÉCOLOS FONT LEUR NUMÉRO FarmDroid, Bakus et Naïo travaillent désormais dans les vignes et les champs. Ils proposent des solutions aux contraintes du bio et à la pénurie de main-d'œuvre.

A

vec son gabarit ramassé, ses roues crantées, il ressemble aux rovers que l’on envoie sur la planète Mars. Mais c’est bien sur Terre que le FarmDroid évolue. Imaginé par deux frères agriculteurs danois, ce robot autonome en énergie, grâce à ses panneaux solaires, sait faire deux choses : semer et biner. Dans les deux parcelles où Damien Blondel l’a lâché, près de Ludes, au pied de la montagne de Reims, il s’occupe des betteraves. Il les a semées au mois de mars puis revient régulièrement biner avec une précision d’orfèvre. L’emplacement de chaque grain étant enregistré au millimètre près au moment de la mise en terre, il est très facile pour la machine de faire un désherbage de grande précision. Le FarmDroid sait biner entre les rangs de 45 centimètres mais également à l’intérieur des lignes, dans l’espace de 18 centimètres qui sépare chaque graine. Ce travail est fait grâce à un bras escamotable qui fait des va-et-vient sur les lignes. Le désherbage automatique et de précision est particulièrement intéressant pour la betterave bio. Dans les exploitations classiques, la chasse aux mauvaises herbes engendre un fort besoin de main-

GUIDE_AGRI.indd 98

d’œuvre à la fois coûteux et variable. Damien Blondel est le premier agriculteur français à avoir reçu, début 2021, le petit bolide vert. « Pour l’instant cela a l’air prometteur, le binage se passe bien, il n’y a pas de mauvaise découverte », témoignait-il au mois de mai. Après l’épisode de températures négatives, qui a affecté l’exploitation de Damien Blondel comme beaucoup d’autres, le FarmDroid a dû ressemer. Sa mémoire a été remise à zéro, et il est reparti comme si de rien n’était. La particularité du FarmDroid, c’est qu’il peut rester sans être humain à proximité. Damien Blondel peut le laisser jour et nuit travailler pour vaquer à ses autres occupations ou dormir. En cas de problème,

« Pour l’instant cela a l’air prometteur, le binage se passe bien, il n’y a pas de mauvaise découverte » Damien Blondel, agriculteur à Ludes, premier utilisateur du FarmDroid en France.

l’alerte arrive sur son smartphone. Les robots ne sont pas uniquement dédiés à la betterave. Avec le robot français Dino, de Naïo Technologies, la coopérative Cérésia (Reims) tente le désherbage de colza sur des parcelles d’essai semées en septembre 2020. « On va pouvoir faire la comparaison entre ce qui a été fait par les robots et ce qui a été fait par les produits de santé végétale », explique François Carpentier, responsable innovation agroéquipement chez Cérésia. Deux essais ont commencé aussi pour le désherbage de champs de betteraves. Il s’agit de désherbage interrangs et sur les rangs, après le stade plantule, une fois que la culture est bien implantée. On est encore loin de l’application en exploitation. « Pour l’instant, on commence à vendre des robots pour le maraîchage en Alsace mais on fait surtout énormément de démonstrations »,

R fait savoir François Carpentier. Avant de passer à l’acte, les agriculteurs doivent se creuser la tête voire se réinventer. « Il faut adapter la parcelle à la taille du robot, à sa vitesse d’avancement ou au travail qu’on peut lui confier, précise M. Carpentier. Si on veut optimiser le robot, il faut parfois faire évoluer ses modes de culture ». La vedette des vignes, c’est le robot Bakus, de la start-up champenoise Vitibot, dont 15 exemplaires évoluent dans les vignobles français, en Champagne bien sûr (5 unités) mais aussi en Bourgogne, dans le Bordelais ou en Provence. Le robot a fait ses preuves dans le travail du sol grâce à une belle palette d’outils passifs ou électriques, allant de l’intercep à la gyrotondeuse. Mais les ingénieurs de Vitibot sont en train de mettre au point de nouveaux équipements. Annoncé pour 2022, un bloc de pulvérisation confinée va lui permettre de mettre la bonne dose d’intrants au bon endroit, tout en permettant des économies de produit. Surtout, il éloignera les hommes de la chimie. Un autre bloc rendra des services de rognage, d’effeuillage et de prétaillage. Contrairement au FarmDroid, Bakus doit rester à portée de vue. On ne peut pas le laisser circuler sur les chemins où il pourrait croiser des promeneurs ou d’autres engins. Mais l’enjambeur évite aux hommes de s’exposer aux accidents de conduite. Le jeune robot “made in Reims” attire déjà les vignerons du monde entier. Pour cela ont été créés deux modèles, « S » et « L », pouvant s’adapter à toutes les typologies de vigne. Attendus prochainement dans la Vallée du Rhône et le Languedoc, des Bakus devraient franchir les frontières pour poser leurs roues en Italie, dans le Veneto, en Espagne, dans la Rioja. Bon pour les cultures, les robots sont bons aussi pour l’industrie française.

gr

Julien Bouillé

19/08/2021 16:19:20


À L’EST LE RENOUVEAU

© Anthony Doennlen / Alabama Productions / Région Grand Est

Terre de transition énergétique, le Grand Est est la première région productrice de biocarburants durables de France.

grandest.fr

GUIDE_AGRI.indd 99

Le soleil se lève à l’Est

19/08/2021 10:43:31


GUIDE_AGRI.indd 100

19/08/2021 10:43:54


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
Du Champ à L'assiette 2021 by VDN - Issuu