Questions
N° 042 - Février 2021
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Collection Dossiers UNSA Éducation
d’
Éduc.
Comment faire vivre les valeurs de la République ? La fédération UNSA des métiers de l’Éducation, de la Recherche et de la Culture N°042 - Février 2021
Actualités Éducatives
Actualités Éducatives Naissance du CESCE Le Conseil d’Éducation à la Santé et à la Citoyenneté -CESC- s’est vu ajouter un E, pour Environnement. La loi à venir, issue des travaux de la Convention citoyenne pour le climat, vient modifier le code de l’éducation. D’une part, pour y « affirmer le rôle fondamental et continu de l’éducation au développement durable, du primaire jusqu’au supérieur, et d’en fixer l’objectif. Il définit le caractère transversal de cet enseignement particulier pour préparer les élèves et les étudiants à devenir des citoyens responsables, en dispensant tout au long de la formation, les connaissances, compétences et comportements liés à l’environnement et au développement durable ». Le CESCE sera désormais le lieu où les actions pour le développement durable sont pensées, projetées.
Baromètre « Jeunesse et Confiance 2020 » Dans un contexte de crise sanitaire, sociale et politique, 73% des jeunes considèrent que la vie qu’ils mènent correspond à leurs attentes et 74% des jeunes sont confiants dans leur propre avenir. Un résultat en baisse de 3 points par rapport à 2019 selon la 6ème édition du baromètre « Jeunesse&Confiance » OpinionWay pour VersLeHaut, think tank éducation. 76% des jeunes et 72% des parents font confiance au système éducatif pour assurer à tous l’acquisition des savoirs de base. Chez les jeunes, c’est une hausse de 5 points, par rapport à l’année dernière. La compétence qui, selon les parents, fait le plus partie des missions de l’école est l’expression orale (95%), suivie de l’éducation à la citoyenneté (94%).
3 lauréates pour le Prix Valois Le prix Valois est décerné par le Ministère de la Culture, il permet de soutenir la publication de thèses pour leur donner davantage d’écho. Mathilde Provansal, Marie-Sophie de Clippele, et Nina Mansion-Prudhomme ont été récompensées. Artistes femmes, propriété du patrimoine culturel, création des archives d’architectes : chacun des trois sujets de leurs recherches universitaires est en prise directe avec les préoccupations les plus actuelles des politiques culturelles. Pour les découvrir en courte présentation vidéo : https://www.culture.gouv.fr/Actualites/Politiques-culturelles-les-chercheurs-au-diapason-de-l-actualite
Le Centre Hubertine Auclert
accompagne toute structure ou personne désireuse de mettre en place une démarche en faveur de l’égalité filles-garçons dans le champ éducatif. Il mène différentes études dans ce domaine : analyse des manuels scolaires au prisme du genre, première étude française sur les cyberviolences sexistes et sexuelles dans les établissements scolaires, étude triennale sur les freins et les leviers à l’orientation des filles dans les filières numériques et informatiques du lycée. Il crée et promeut des outils éducatifs antisexistes, et propose des formations aux professionnel·les des champs éducatifs et scolaires.
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Actualités Éducatives
L'évènement #metooinceste : briser le silence et agir au-delà des tabous. Les chiffres des violences sexuelles sur mineur sont connus depuis longtemps. Souvent, elles se déroulent dans la sphère familiale. Leur appréhension dévoile la tragique réalité des nombreux témoignages qui affluent sur les réseaux sociaux sous le hastag #metooinceste depuis la parution du livre de Camille Kouchner « La familia grande ». La France selon les statistiques est l’un des trois pays européens les plus violents à l’égard des moins de 15 ans. Cela représente 40% des viols et des tentatives et ils sont perpétrés à plus de 96 % par des hommes. Toutes les catégories sociales sont concernées. Depuis le mouvement de libération de la parole qu’a amorcé #Metoo, les chiffres concernant l’inceste ne cessent d’augmenter. Pour l’UNSA Éducation, la formation de l’ensemble des professionnel.les de l’éducation est donc primordiale dans la détection et la prise en charge des violences faites aux mineurs.
L'action Harcèlement, santé mentale : des problèmes identifiés, donnez-nous les moyens d’agir ! Le rapport du député Erwan Balanant, pour lequel l’UNSA Éducation a été auditionnée, a mesuré l’ampleur du phénomène du harcèlement en milieu scolaire, et est tout à fait éclairant sur les mécanismes qui en sont à l’origine. Les 120 propositions qu’il décline pourraient effectivement contribuer à endiguer ce phénomène toxique dont pas un établissement scolaire n’est aujourd’hui exempt. Il faut préciser que ces propositions dépassent largement le cadre scolaire, à l’image d’un phénomène qui, s’il s’exprime et sclérose la scolarité des jeunes qui en sont victimes, prend bien souvent sa source en dehors de l’école, et surtout, perdure et s’insinue dans la vie quotidienne des victimes grâce (ou à cause) des réseaux sociaux. Nous voulons une école bienveillante ? Qui fait face aux problèmes de société au lieu de les nier ? Alors faisons-le avec des moyens décents. Ne tombons pas dans l’écueil de dispositifs de façade, et ou d’un énième empilement de missions attribuées à des personnels déjà très occupés. Soutenons la proposition 28 « renforcer les effectifs des psychologues de l’Éducation nationale » et formulons le même vœu s’agissant des médecins, infirmiers et assistants sociaux.
Le livre Un livre de plus sur les jeunes « issus de l’immigration » ? Pour dénoncer les discriminations qu’ils subissent, sur fond de relégation sociale dans les quartiers « difficiles » ? Et conclure sur l’échec de leur « intégration » dans notre pays ? Non. L’ambition de ce livre est autre : décentrant le regard habituellement porté sur ce groupe social, il retrace, à partir d’une enquête sur la longue durée, le destin des huit enfants d’une famille algérienne installée en France depuis 1977, dans un quartier HLM d’une petite ville de province. Le récit de leurs parcours – scolaires, professionnels, matrimoniaux, résidentiels, etc. – met au jour une trajectoire d’ascension sociale (accès aux classes moyennes) et essaie d’en expliquer les raisons. Cette biographie à plusieurs voix montre différents processus d’intégration en train de se faire. Elle pointe aussi les difficultés rencontrées par les enfants Belhoumi pour conquérir une place dans le « club France », en particulier depuis les attentats terroristes de janvier 2015 qui ont singulièrement compliqué la donne pour les descendants d’immigrés algériens.
Sortie en format poche, en décembre 2020.
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Comment faire vivre les valeurs de la République ?
Sommaire 2 et 3
Actualités éducatives
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Sommaire
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Entretien avec Frédérique Hannequin, IA-IPR référente mémoire et citoyenneté et membre de l’équipe valeurs de la République de l’académie de Martinique
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La liberté d’expression ne s’apprend que si l’on s’en sert
10 et 11
Pour une citoyenneté active avec l’Éducation populaire
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L’égalité filles/garçons se joue aussi sur le terrain du numérique
16
La coopération en classe : un témoignage d’enseignant
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Les compétences psychosociales
20
Retour sur la journée de la laïcité
22
Ailleurs dans le monde, la laïcité
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Édito
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Philo et bac pro: un mariage de raison
9
Le fait religieux, un savoir laïque au-dessus de toute religion
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Faire vivre les valeurs de la République avec les instances démocratiques des jeunes
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La Coopération : ce qu’en dit la Recherche, des exemples de mise en œuvre au service de l’égalité et la fraternité
17
Cultiver l’empathie dès le plus jeune âge
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Comment la communauté éducative peut développer ces compétences psychosociales chez l’enfant et l’adolescent, dans le but de former des citoyens ?
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Tolérance, laïcité, deux notions connexes….. et un peu complexes
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Pour aller plus loin
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Comment faire vivre les valeurs de la République ?
Comment faire vivre les valeurs de la République ? Notre organisation syndicale porte des valeurs, elle construit son action sur un projet éducatif et sociétal qui, après un processus démocratique d’élaboration, est voté tous les 4 ans en Congrès.
« Parce que les valeurs sont au cœur du projet défendu par notre fédération, nous rappelons notre attachement au principe de laïcité et aux valeurs républicaines « liberté, égalité, fraternité », à la démocratie, à l’État de droit, aux libertés, à la justice sociale, à la solidarité. C’est pourquoi l’UNSA Éducation souhaite mettre au cœur de son projet l’avènement d’une société humaniste au sein de laquelle les valeurs de justice, de liberté, d’égalité, de laïcité permettent de mieux vivre ensemble. La République doit aussi être sociale pour être démocratique : le maintien de la cohésion sociale garantit le vivre ensemble ». C’est par l’éducation que ses valeurs peuvent non seulement être transmises, mais aussi vécues avec les enfants et les jeunes, car rien n’est plus émancipateur que de mettre en action des savoirs, des savoirs-êtres.
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Le « catéchisme républicain » a fait l’objet de nombreuses critiques négatives. Ce n’est pas notre approche. Des valeurs ne peuvent se transmettre que dans un processus long et dans une complémentarité de temps éducatifs : en famille, dans et hors le système scolaire. C’est tout autant dans un club sportif, lors d’une activité au centre social, lors d’une sortie scolaire au musée, dans une cour de récréation ou une salle de classe que l’on peut faire vivre ces valeurs. Voilà pourquoi ce numéro de Questions d’’Éduc. propose des rencontres, des réflexions, des retours d’expériences. De la diversité, et des idées pour sortir des injonctions -plus facile à dire qu’à faire !- autour de la transmission des valeurs de la République.
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Comment faire vivre les valeurs de la République ?
Entretien avec Frédérique Hannequin
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rédérique Hannequin, IA-IPR, référente mémoire et citoyenneté est membre de l’équipe valeurs de la République de l’académie de Martinique.
Questions d’’Éduc. : La laïcité, une particularité française, comment l’expliquer ?
Frédérique Hannequin : La loi de 1905 représente l’aboutissement d’une laïcisation de la société depuis la révolution, dans le cadre d’une lutte contre les particularismes religieux, linguistiques ou culturels ; c’est une loi de pacification qui garantit la liberté de conscience et de culte et affirme la neutralité de l’État à l’égard des convictions individuelles. La loi du 15 mars 2004 affirme d’ailleurs le droit de l’élève à ne subir aucun prosélytisme au sein de l’École.
Questions d’’Éduc. :
pensable à la formation de la personnalité. C’est un principe positif, non négateur.
Questions d’’Éduc. : Quel rôle de la communauté éducative pour un principe vivant ?
Frédérique Hannequin : La laïcité est au service de l’esprit critique, de l’éducation. L’espace scolaire doit être idéologiquement neutralisé pour cette émancipation. Les acteurs doivent être engagés pour ces valeurs de la République, plaçant leurs convictions intimes, idéologiques, politiques de côté et donner sa chance à chacun.e de sortir des limites de sa communauté, de s’ouvrir à tous les autres, à tous les possibles.
Que représente-t-elle pour toi ?
Frédérique Hannequin : En tant que principe républicain, elle autorise l’existence d’un espace de tolérance, à l’abri des bruits du monde, pour que l’élève construise son raisonnement et son autonomie. Les élèves franchissent le seuil de l’École, quittent l’espace civil ou intime pour celui de cette impartialité autorisant leur émancipation intellectuelle, indis-
Questions d’’Éduc. : La neutralité des agents de la fonction publique est-elle contradictoire avec l’engagement ?
Frédérique Hannequin : « Seul le néant est neutre » disait Jaurès, neutralité n’est pas indifférence ! Celle des fonctionnaires préserve
des convictions personnelles dans la sphère pédagogique et éducative, d’une dérive de la position d’autorité qui stériliserait une pensée autonome. L’École doit aussi nourrir une approche intellectuelle, spirituelle, laïque et scientifique, et aborder le fait religieux ainsi que les questions sociales vives.
Questions d’’Éduc. : L’assassinat de Samuel Paty a bouleversé le monde; la laïcité est-elle remise en cause ?
Frédérique Hannequin : Comment « se préparer à l’impensable1 » à la suite de ce drame ? Je rends hommage à ce professeur, de ma discipline, qui portait avec conviction les valeurs de la République. Il faut ainsi renforcer notre attention aux signaux faibles de décrochage « républicain », l’institution doit également accompagner les enseignant. es dans les contextes qui amènent à l’autocensure de leur enseignement2. Sécuriser la prise de risque par un accompagnement de terrain, renforcer la connaissance juridique et la réactivité face aux menaces est un enjeu collectif qui confortera la laïcité au sein de l’espace scolaire.
1 : Enquête sur les événements au collège du Bois d’Aulne – IGESR, octobre 2020 2 : 37% des enseignant.es s’autocensurent, 53% en REP, pour éviter les difficultés en classe – sondage IFOP-CNAL, février 2018
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Comment faire vivre les valeurs de la République ?
Philo et bac pro : un mariage de raison
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a réforme de la transformation de la voie professionnelle permet la tenue d’ateliers de philosophie en remplacement de la co-intervention en terminale bac pro. Une mesure qui prolonge un programme d’expérimentations assez réussies dans plusieurs académies qui donnent raison à ceux qui veulent gommer une inégalité d’accès aux savoirs et aider ces lycéen·es à élargir l’horizon de leur pleine conscience.
Des concepts accessibles À la question générale : « Pourquoi les bac pro n’auraient pas accès à la philo ? », beaucoup ont évoqué à juste titre une discrimination. Certes, le champ de la philosophie peut apparaître abstrait, et il l’est à travers de nombreux concepts qu’il étudie, et donc complexe à aborder avec les élèves de la voie pro. Mais notre société de l’écrit ne doit pas oublier qu’à ses commencements, la philosophie est d’abord une science du dialogue et de l’écoute, qu’elle prend pleinement son essor avec Socrate, le père de la maïeutique, cette méthode qui consiste à tirer de tout un chacun le fil d’un savoir inné par un jeu interactif de questions-réponses.
L’atelier boxe & philosophie :
Le dico philo des pros :
Comptant parmi l’un des projets les plus originaux, le lycée polyvalent M-L Dissard Françoise de Tournefeuille, près de Toulouse, a ainsi créé un atelier « boxe & philosophie » où les élèves des trois voies de formation (générale, technologique et professionnelle) se sont retrouvés pour une initiation à la boxe, à son langage technique, et pour échanger sur le terrain philosophique de l’adversaire, du combat, de la victoire.
Autre atelier dans le même lycée, avec « le dico philo » des pros, la philo est entrée par la fenêtre du vocabulaire métier de manière curieuse, comme la vente ou la logistique.
Par exemple, à propos de l’adversaire, ils ont été amenés à formuler l’alternative suivante : « s’agit-il de celui qu’il faut vaincre à tout prix ou bien est-ce un partenaire qui nous aide à faire sortir le meilleur de nous même ? ».
À travers ces exemples, la philo a montré qu’elle était donc utile et créatrice de valeurs pédagogiques pour la voie pro et s’est associée à la réussite scolaire des élèves qui ont pu goûter comme dans les autres voies de formation, l’effort de se mettre à « l’exercice réfléchi de son propre jugement » pour reprendre les termes de la présentation des programmes officiels de philosophie.
Ateliers fondés sur le dialogue Plusieurs enseignant·es volontaires ont donc expérimenté des ateliers fondés sur l’oralité et l’échange, loin de ces cours « ex cathedra » trop théoriques et académiques.
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Comment faire vivre les valeurs de la République ?
La liberté d’expression ne s’apprend que si l’on s’en sert…
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ans une société où l’on donne peu la parole aux enfants et aux jeunes, l’école et les lieux d’éducation populaire doivent ouvrir des espaces et des occasions pour qu’ils exercent leur liberté d’expression. En effet, des “leçons” sur la liberté d’expression n’auraient pas grand sens, c’est en ayant l’occasion de la pratiquer que l’on peut la développer.
Cela suppose un fonctionnement de la structure qui prévoit que la parole des enfants et des jeunes soit sollicitée, accueillie, entendue, tant de façon formelle (via des temps dédiés institutionnalisés) qu’informelle au fil des événements ponctuant la vie collective.
Des conditions favorables de travail Il faut des éducateurs disponibles et à l’écoute (donc des conditions de travail favorables), un positionnement qui ne soit pas surplombant, une pratique régulière de débats (démocratiques, à visée philosophique ou autres) où chacun peut écouter, s’exprimer sans jugement et où la régulation se fait essentiellement via le groupe. L’adulte écoute, reformule, relance, questionne en laissant petit à petit les enfants ou les jeunes gérer eux-mêmes ces aspects. Même et surtout avec les “cas difficiles” il devient possible d’avoir une action éducative quand le premier concerné a pu DIRE, sa colère, sa difficulté, son refus… quand il se tait, rumine, souffre en silence, l’éducateur en est réduit à essayer de “deviner”, ou passe à côté, avec toutes les maladresses et les impasses qui peuvent s’ensuivre.
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S’exprimer via internet On pense souvent, et à raison, qu’il est central que des médias “scolaires” ou “jeunes” soient développés comme les journaux ou les radios, sans oublier les espaces numériques (blogs, sites, forums, réseaux sociaux…). Travailler en groupe une expression large, voire publique, est aujourd’hui la meilleure façon de préparer les enfants à s’emparer de la formidable opportunité, enfin presque universelle, de s’exprimer en ligne. Avant Internet, l’accès aux médias traditionnels supposait un statut social, des relations, des compétences alors qu’aujourd’hui tout un chacun, pour peu qu’il maitrise un minimum un mode d’expression oral ou écrit, peut s’adresser via son compte sur un réseau social, à l’humanité toute entière…
C’est un grand pouvoir mais aussi une immense responsabilité, et nombreux sont ceux qui après avoir commis une maladresse, avoir été mal compris ou s’être pris une volée de réactions négatives, n’osent plus s’exprimer en ligne. Cela aussi se prépare et s’apprend, c’est un enjeu d’éducation essentiel que nous ne remplirons pas en évacuant les smartphones des adoles-
cents de nos lieux, temps éducatifs et d’enseignement ! Enfin, vous me direz et les limites de la liberté d’expression, comment on les aborde ? Et bien, en contexte d’exercice de la liberté d’expression, et ce n’est pas facile… mais sinon ce serait comme vouloir apprendre à nager sur un tabouret au bord du bassin.
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Comment faire vivre les valeurs de la République ?
Le fait religieux, un savoir laïque au-dessus de toute religion
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e site Éduscol le dit clairement : “ L’enseignement des faits religieux, dans notre république laïque, est inscrit dans le socle commun de connaissances, de compétences et de culture. Avec objectivité et méthode, il les décrit et les analyse comme éléments de compréhension des sociétés passées et de notre patrimoine culturel, par le truchement de nombreuses disciplines. ” Retour sur la genèse de ces “ nouveaux ” savoirs. Il n’y a là ni catéchisme, ni prosélytisme. L’enseignement des faits religieux a émergé comme une nécessité il y a vingt ans suite aux constats d’une difficulté galopante des élèves d’accéder au sens du patrimoine culturel sous tous ses prismes : histoire des arts, philosophie et histoire des idées, histoires des peuples et sciences politiques, littérature et langues. Parce que tous ces domaines sont traversés de références religieuses séculaires, il est apparu indispensable d’investir la religion comme n’importe quel objet scientifique observable avec rationa-
ailleurs dressés pour et par le tandem consommation-communication, de rester pleinement civilisés, en assurant leur droit au libre exercice du jugement », fait valoir le philosophe en préambule.
Contrepoids au charlatanisme
des connaissances, favorise la pathologie du terrain au lieu de l’assainir. Le marché des crédulités, la presse et la librairie gonflent d’elles-mêmes la vague ésotérique et irrationaliste. L’École républicaine ne doit-elle pas faire contrepoids à l’audimat, aux charlatans et aux passions sectaires ? ». Car pour Régis Debray, « le principe de laïcité place la liberté de conscience
lité.
Régis Debray, philosophe Le rapport du philosophe Régis Debray sur l’enseignement du fait religieux dans l’école laïque (2002) qui a prévalu à cette impulsion nationale, multiplie les formules pour asseoir le caractère impérieux de l’étude scolaire du fait religieux. « Il ne s’agit pas de réserver au fait religieux un sort à part, en le dotant d’un privilège superlatif, mais de se doter de toutes les panoplies permettant à des collégien·nes et lycéen·nes, par
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Et de mettre en garde contre la menace d’un obscurantisme cultivé dans la sphère privée. « La relégation du fait religieux hors des enceintes de la transmission rationnelle et publiquement contrôlée
(celle d’avoir ou non une religion) en amont et au-dessus de ce qu’on appelle dans certains pays la « liberté religieuse » (celle de pouvoir choisir une religion pourvu qu’on en ait une) ».
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Comment faire vivre les valeurs de la République ?
Pour une citoyenneté active
Depuis le 1er janvier 2021, les personnels jeunesse et sports ont été transférés au ministère de l’Éducation nationale. Cela a été l’occasion d’ouvrir l’école aux acteurs de l’Éducation populaire qui participent à la construction et à la formation citoyenne. Depuis 10 ans, l’Unsa Éducation a revendiqué la création d’un grand pôle éducatif et sportif intégrant tous les personnels Jeunesse et Sports.
Des politiques éducatives L’Éducation populaire est au cœur des politiques éducatives et nous avons toujours défendu la nécessité d’une politique globale pour l’enfance et la jeunesse. Nous pensons que la citoyenneté doit être source de coopération entre l’Éducation populaire et l’Éducation nationale. Pour se faire, il est indispensable de baliser des temps de réunion pour pouvoir construire une culture commune et avoir une véritable continuité éducative. Nous sommes convaincus que la complémentarité des métiers est essentielle pour enrichir la formation citoyenne des jeunes. Dans cette perspective, nous considérons que, les préconisations de la commission de l’Éducation populaire du Conseil d’orientation des politiques jeunesses (COJ), sont véritablement intéressantes1.
1 Comment mieux faire coopérer l’Éducation populaire et l’École pour former de jeunes citoyens actifs ? Avis de la commission de l’éducation populaire et le bureau du COJ adopté le 28 septembre 2020
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Le Conseil d’orientation de la jeunesse (COJ) Le Conseil d’orientation qui a des missions d’expertise, d’initiative et d’évaluation des politiques de jeunesse, a rédigé un rapport sur « Comment mieux faire coopérer l’Éducation populaire et l’École pour former de jeunes citoyens actifs ». L’UNSA via son syndicat SEP-UNSA est représenté dans ce conseil et a apporté une contribution : - l’acquisition des compétences psychosociales à laquelle l’Éducation populaire contribue, est déterminante. Mais elle participe plus largement à la construction de la personne ; - des changements de pratiques professionnelles sont nécessaires pour plus largement ouvrir l’école aux acteurs de l’Éducation populaire ;
Pour faire vivre concrètement la citoyenneté, les professionnel·les doivent être outillé·es à expérimenter le débat, favoriser l’engagement et la conduite de projet.
Des acteurs complémentaires L’École n’est pas seule à éduquer à la citoyenneté. Le rôle éducatif entre les familles, l’École, l’Éducation populaire et les activités sportives sont complémentaires. Le travail éducatif est divisé et pourtant il vise dans sa diversité le même objectif : former les futurs citoyens. Travailler en équipe et reconnaître la complémentarité de tous les acteurs, c’est se donner les moyens d’éduquer dans une démarche globale. Pour faire vivre les valeurs de la République, il est indispensable de dépasser les champs hors l’école.
- la posture des enseignant·es, des éducateurs, éducatrices et de l’ensemble et des acteurs est essentielle pour permettre aux élèves et aux jeunes de vivre des expériences démocratiques. La formation initiale est un levier tout comme le nécessaire développement personnel et le développement des compétences professionnelles.
Classe de CP de Charlotte Rumeau, à l’occasion de la journée d’hommage à Samuel Paty
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Comment faire vivre les valeurs de la République ?
avec l’Éducation populaire 4 recommandations
du rapport pour mieux faire coopérer l’Éducation populaire et le champ scolaire Développer la continuité éducative entre les champs scolaire et de l’Éducation populaire en : construisant des espaces de croisement des temps (scolaire et hors-scolaire), donnant un cadre juridique pour l’Éducation populaire, valorisant l’engagement des jeunes et des enfants. Permettre à différentes pédagogies de s’exprimer et de mobiliser les acteurs autour de la formation pour faciliter l’apparition d’une communauté éducative en : inscrivant le parcours citoyen des enfants et des jeunes dans une politique éducative territoriale, développant l’usage des pédagogies actives et des méthodes participatives. Identifier des clefs de réussite pour construire une éducation à la citoyenneté (croisement des champs) en : appuyant le développement de l’éducation citoyenne sur les réalités et ressources du territoire d’implantation de l’établissement scolaire, définissant des temps de travail des professionnel·les, dédiés au développement d’actions, mobilisant des moyens financiers pour soutenir les projets. Développer la capacité d’agir et de s’engager des jeunes en : les accompagnant vers l’engagement, faisant vivre la démocratie dans les établissements, valorisant les compétences acquises par l’engagement.
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Pour une citoyenneté active : de l’EMC (enseignement moral et civique) à la MDL (maisons des lycéen·nes)
L’EMC est enseigné du CP à la terminale. Il porte sur les principes et valeurs de la République qui doivent être connus. Les réalités sont diverses dans les écoles et établissements autour de cet enseignement. Nous pensons qu’il doit favoriser l’engagement et la pratique du débat. Il peut aussi être l’occasion d’un rapprochement entre l’Éducation nationale et l’Éducation populaire notamment sur l’utilisation des pédagogies actives portées par cette dernière. Les savoirs théoriques de l’EMC doivent impérativement être réinvestis dans les lieux d’engagement au sein des établissements. Les questions de citoyenneté doivent se vivre concrètement et en associant les élèves. D’où la nécessité de promouvoir la participation des élèves aux différentes instances des établissements. Mais sans oublier les possibilités offertes par les « MDL » 2 ou encore les « Junior Association » 3.
2 Une association gérée par les lycéen.nes : https://www.education.gouv.fr/creer-et-gerer-une-maison-des-lyceens-8258 3 Dispositif permettant la création d’une association pour favoriser l’engagement et la prise de responsabilité dans un établissement
Questions d’ Éduc.
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Comment faire vivre les valeurs de la République ?
Faire vivre les valeurs de la République avec les instances démocratiques des jeunes Des instances Pour devenir citoyen, les élèves doivent apprendre et comprendre les principes de la vie démocratique : la participation aux instances représentatives est le meilleur moyen pour exercer sa citoyenneté et expérimenter les valeurs. Deux délégué·ées pour représenter chaque classe, des éco-délégué·ées, des élu·es du conseil de la vie collégienne, des élu·es pour le conseil des délégué·es pour la vie lycéenne… la liste est longue mais elle nous rappelle que l’École est un lieu d’apprentissage de l’exercice individuel et collectif de la citoyenneté. Il est vrai que ces instances ne fonctionnent pas de la même manière dans l’ensemble des établissements. Il n’empêche qu’elles constituent un espace et un moyen important de faire vivre les valeurs de la République. Elles permettent aux élèves d’avoir une première expérience démocratique et favorisent l’égalité. Exercer une responsabilité dans une instance permet d’en saisir les règles et de s’engager au sein de projets. Les initiatives des équipes sont diverses, innovantes et doivent se poursuivre : - organiser des élections avec le matériel de vote (faire vivre les élections) - organiser des rencontres avec des élu·es et visiter les instances républicaines (assemblée nationale, Sénat..) - former les élu·es.
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Zoom sur une initiative à l’Ile Saint Denis : le Conseil Municipal des Enfants et des Jeunes (CMEJ) Madioula Aidara, adjointe au Maire en charge de la jeunesse, nous présente ce conseil. Il amène les jeunes à avoir un esprit critique et participe à les accompagner pour une implication citoyenne et volontaire. Une manière d’inculquer et vivre les valeurs de la République dès le plus jeune âge. Le CMEJ a été créé en 2018 pour favoriser l’expression des jeunes et les impliquer comme des partenaires à part entière dans la ville. C’est une assemblée d’enfants du CM2 et jeunes de la ville dont l’engagement est volontaire et bénévole. Ils et elles partagent la même envie d’agir et d’être au cœur des discussions les concernant afin d’apporter, des solutions aux nouveaux projets. Ils et elles représentent les enfants et jeunes de la ville durant un mandat de deux ans.
Quelles implications pour les enfants et les jeunes ? S’investir dans un mandat d’élu·e lorsqu’on est encore jeune, c’est faire de l’initiation à la citoyenneté en prenant part à la vie municipale et aux initiatives de leur ville. Ils et elles s’impliquent dans la vie locale et découvrent le partage de valeurs aux côtés d’élu·es et de citoyen·nes, quelle que soit la génération. Cette expérience peu ordinaire laissera forcément chez les élu·es en herbe une empreinte dans leur propre construction de la citoyenneté et du civisme. Elle aura dessiné une nouvelle perspective quant à leur capacité à se réaliser à travers l’action citoyenne et solidaire. C’est aussi la marque d’un esprit d’engagement et le sens du collectif. Cette instance amène à avoir un esprit critique. Comment ça marche ? Ils et elles travaillent en commissions thématiques et élaborent des pistes de projets, encadrés par un ou une référente. Trois fois par an, ils se réunissent en séance plénière avec l’élu·e à la Jeunesse et M. le Maire afin de soumettre leurs projets.
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Comment faire vivre les valeurs de la République ?
L’égalité filles/garçons se joue aussi sur le terrain du numérique
C
’est Ada Lovelace qui a créé le premier programme informatique en 1843. Aux balbutiements du numérique, les femmes étaient prisées pour les tâches de programmation... parce qu’elles s’effectuent via un clavier, comme le travail de secrétariat. Et puis cela a changé avec les enjeux financiers et de pouvoir de ce nouveau domaine. Alors que les inégalités femmes/hommes reculent dans notre société, même si ce n’est pas aussi vite et aussi évident qu’on l’espèrerait, est-ce-que les espaces numériques sont une opportunité ou un danger supplémentaire pour les femmes ? En fait les deux, la polarisation à l’œuvre actuellement produit le pire et le meilleur et n’est qu’un reflet de ce qui est déjà présent, souvent de façon souterraine.
Des occasions manquées Alors que l’émergence d’un nouveau domaine aurait pu se faire avec plus d’égalité, libéré d’une histoire pleine de stéréotypes, ces derniers influent fortement encore une fois ! Dans le secteur du numérique. La présence des femmes est même en régression par rapport à 1985. Les jeux vidéos sont très genrés et prioritairement destinés aux garçons. Les adolescentes sont plus actives que les adolescents sur les réseaux sociaux parce qu’elles seraient « naturellement » plus dans l’échange entend-t-on !
Des espaces d’expression Sur les réseaux sociaux, dans les jeux vidéos… les jeunes peuvent expérimenter divers rôles et tester des facettes de leur personnalité notamment en se genrant comme ils le souhaitent.
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À un âge où l’on se cherche, cela ouvre des opportunités très riches. Le pseudonymat permet également la libération de la parole des femmes qui peuvent témoigner de ce qu’elles subissent. « #MeToo » en est un exemple phare mais c’est aussi au quotidien que l’on a accès en direct à des témoignages qui permettent aux victimes de ne plus se sentir seules et aux autres de prendre conscience de l’ampleur du nombre de femmes, y compris parmi leurs proches, qui ont traversé ou traversent encore des expériences traumatisantes
Comme l’a montré l’affaire de la Ligue du LOL, des hommes, apparemment progressistes, peuvent utiliser les espaces numériques pour évincer leurs collègues femmes des postes à responsabilité de leur milieu qu’ils tiennent à se réserver. Éducateurs, éducatrices, invitons les filles à investir les espaces numériques autant que les garçons, selon leurs envies et avec assurance. Cela suppose que ces espaces ne soient pas écartés des activités et discussions que nous leur proposons...
Des espaces violents et sexistes Hélas, la libération de la parole des femmes s’accompagne de la décomplexion du sexisme en ligne. Une femme qui s’exprime sur les réseaux sociaux n’est pas contredite ou moquée sur le même mode que les hommes : elle a droit à des remarques sur son physique, à des commentaires sexistes, à des menaces de viol… et elle est bien plus souvent victime de harcèlement et de « revenge porn ».
Questions d’ Éduc.
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Comment faire vivre les valeurs de la République ?
La Coopération au service de l’égalité et
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aire vivre les valeurs de la République en classe au jour le jour n’est pas si simple qu’il n’y parait. Questions d’’Éduc. a choisi de se pencher sur les classes coopératives, dispositif pédagogique en place tant au premier degré qu’au second. Cette démarche peut-elle être une des clés ? Rencontre avec Sylvain Connac1, chercheur à Montpellier.
1 : Sylvain Connac, enseignant-chercheur en Sciences de l’éducation à l’Université Paul-Valéry de Montpellier et au LIRDEF. Il est issu du corps des professeurs des écoles et participe aux activités de plusieurs associations et mouvements pédagogiques : CRAP-Cahiers Pédagogiques, OCCE, ICEM34 et PIDAPI.
Questions d’’Éduc. : Pouvez-vous expliquer la démarche pédagogique que porte la classe coopérative ?
Sylvain Connac : Une classe coopérative, nous la définissons comme une classe où l’enseignant valorise et compte sur la coopération entre élèves pour améliorer les apprentissages individuels et démocratiser la réussite scolaire. Cela ne correspond donc ni à une seule pédagogie, ni à une méthode, ni à des outils qu’il suffirait d’introduire « correctement ».
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Au sein d’une classe coopérative, les élèves travaillent comme n’importe lesquels de leurs camarades. À certains moments, l’enseignant leur propose de coopérer (ce n’est pas obligé). En fonction de l’instant didactique choisi, ils peuvent travailler en groupe pour confronter leurs avis autour d’une situation-problème, travailler en équipe pour concevoir, faire vivre et mener à terme un projet qui les rassemble, s’aider, s’entraider ou faire appel à un camarade tuteur pour ne pas rester coincés face à un blocage devant une consigne. Il existe d’autres déclinaisons coopératives qui cherchent à rendre serein le climat au sein de la classe. C’est le cas lorsque les élèves se réunissent en conseil, pour penser et décider démocratiquement des conditions les meilleures pour travailler ensemble. C’est aussi le cas avec les jeux coopératifs, surtout utiles lorsque tout va mal, pour fluidifier les relations, ou encore avec les discussions démocratiques pour aborder en réunion une question scientifique, littéraire ou philosophique.
Questions d’’Éduc. : Que dit la recherche sur cette approche en classe ?
Sylvain Connac : Les recherches scientifiques sur la coopération entre élèves sont particulièrement nombreuses et anciennes. Elles sont aussi ambivalentes. Les études scientifiques anglo-saxonnes (qui s’intéressent surtout aux pratiques dites de « cooperative learning ») se montrent très élogieuses : en coopérant, les élèves apprendraient mieux, seraient plus motivés, sauraient mieux travailler avec d’autres et auraient une conscience personnelle supérieure que s’ils étaient en compétition ou travaillaient seuls (Johnson et Jonhson, 1981, 2002). Les conclusions des recherches françaises sont souvent beaucoup plus prudentes, voire même perplexes quant aux conséquences favorables des pratiques coopératives.
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Comment faire vivre les valeurs de la République ?
la fraternité ? Le point de vue d’un chercheur La thèse de Philippe Meirieu (1983) avait montré, par exemple, que lorsque l’on laisse des élèves coopérer en autonomie, ils se répartissent naturellement quatre types de fonctions, profondément inégales et socialement marquées : les concepteurs, les exécutants, les chômeurs et les gêneurs.. Les travaux que nous avons eu la chance de conduire ont souligné d’autres dérives, comme trop de désordre dans la classe, notamment lié au bruit, ou celle dite du « consensus de complaisance », voyant des élèves contourner l’activité réflexive en se disant spontanément d’accord avec le camarade le plus doué, ou encore celle confiant aux plus avancés (par exemple ceux qui ont terminé leurs exercices) la fonction d’aide à un camarade, ce qui accroit les écarts et démotive les plus fragiles… En somme, ce que les études scientifiques soulignent, c’est qu’il ne suffit pas de faire coopérer des élèves pour que cela ait directement des vertus pédagogiques. Tout l’art d’enseigner avec de la coopération est d’user de précautions. Par exemple, celle de former les élèves et ainsi les prévenir des pièges à éviter en travaillant avec d’autres.
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Questions d’’Éduc. On parle souvent des valeurs de la République dans l’école. Cette démarche pédagogique vous semblet-elle de nature à faire vivre ces valeurs au sein de la classe ? Pourquoi ? Pourquoi non ?
Sylvain Connac : Sur le papier, encourager la coopération entre ses élèves est effectivement un pari éducatif très prometteur du point de vue des valeurs que cela développe chez eux. On peut aisément y retrouver la devise de la République : de la liberté parce que coopérer accorde beaucoup d’autonomie aux élèves (agir, choisir et penser par eux-mêmes), de l’égalité parce la coopération leur offre une différenciation évidente et non-stigmatisante (les élèves peuvent solliciter les camarades en qui ils ont le plus confiance, au moment où ils en ont le plus besoin),
C’est au contact de Jean-Paul Delahaye et du Conseil National de l’Action Laïque que j’ai pu me convaincre qu’une organisation scolaire coopérative correspondait pleinement au principe de laïcité : les élèves sont amenés à se rencontrer, à reconnaitre leurs différences comme des richesses et à concevoir un groupe-classe comme une communauté d’apprentissages où chacun peut en retirer un bénéfice. En pratique, c’est autre chose, pour les raisons que nous avons décrites plus haut. Le travail de recherche qui nous anime consiste à avancer dans la découverte des conditions qui feraient de la coopération une chance pour tous les élèves. Je ne saurai jamais comment suffisamment remercier tous les enseignants, de la maternelle au lycée, qui prennent le risque de m’accueillir. À leurs côtés, nous comprenons de mieux en mieux ce qui deviendra très certainement le premier levier d’une école future plus humaine et plus juste.
de la fraternité pour des raisons plus évidentes : des élèves qui coopèrent agissent au quotidien de manière solidaire, généreuse et altruiste.
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Comment faire vivre les valeurs de la République ?
La coopération en classe : un témoignage d’enseignant
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yril Lascassies est enseignant en mathématiques au Lycée Théophile Gautier de Tarbes, depuis 2018, enseignant en technologie de 2002 à 2018 et membre du CRAP (cahiers pédagogiques) et d’autres collectifs. Il partage avec Questions d’’Éduc. sa pratique de la classe coopérative (CC).
Questions d’’Éduc. : Depuis quand pratiquez-vous la CC et pourquoi ce passage en classe coopérative ?
Cyril Lascassies : Je ne peux pas dire que je suis en « classe coopérative » puisque je suis le seul enseignant de l’équipe éducative à travailler ainsi… pour le moment. Toutefois, depuis une dizaine d’années, je mets en place quelques dispositifs utilisés en classe coopérative, au fur à mesure de mes besoins et de l’évolution de mes connaissances dans ce domaine. L’introduction de différents outils (travail en groupe, en équipe, entraide, aide, tutorat, jeux coopératifs, plan de travail, etc.) est induite par les programmes de technologie, alors que c’est pour moi un moyen au service de la différenciation en mathématiques. [...]
Questions d’’Éduc. : Qu’est-ce que cela change pour les élèves ? Les enseignants ?
Cyril Lascassies : En classe coopérative, il faut d’abord savoir qu’on ne travaille pas à plusieurs tout le temps, comme il n’y a pas forcément d’îlots en classe ! Une séance comporte des moments
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où nous avançons toute la classe au même rythme (consignes, situations-problèmes, leçons, quelques corrections...), de façon classique, alternés avec des moments de travail personnalisé (entraînement, auto-correction...), où il est possible de travailler seul, ou à plusieurs. Sans oublier des moments de travail individuel (travaux de recherche, évaluation...), car s’il peut être facilitant d’apprendre à plusieurs en début d’apprentissage, au final, on ne peut apprendre que tout seul. Côté élève, le premier changement est de ne pas être obligé d’attendre que le professeur soit disponible pour être débloqué. Si les élèves ont plus de libertés, ça conduit à davantage de responsabilités. Ceux qui sont autonomes y trouvent alors très vite leur compte, quand d’autres vont être perturbés par cette exigence. C’est pourquoi, ils seront un temps en conduite accompagnée, afin de ne pas être plus désavantagés que dans une situation de classe ordinaire. [...] Côté enseignant, le principal avantage est de développer le don d’ubiquité : impossible de me diviser en 35, alors un plan de travail avec des degrés d’autonomie et la possibilité de coopérer libéreront les élèves les plus aguerris de l’attente de ceux qui ont plus de mal à suivre le rythme commun. Pendant ce temps, je pourrai donner plus à ces derniers, ceux qui en ont le plus besoin. Tout le monde
peut donc y gagner, une fois que l’on apprend collectivement à entretenir le calme (bien rare et précieux) et que chacun devient responsable de ses apprentissages. [...]
Questions d’’Éduc. : Y voyez-vous un moyen de travailler certaines des valeurs de la république dont on parle souvent ?
Cyril Lascassies : Je rappelle que mon objectif premier est d’offrir à chaque élève les conditions pour qu’il progresse : la coopération est aujourd’hui pour moi un moyen, pas un but. Toutefois, ces moments de coopération permettent de vivre des instants de liberté et de fraternité. C’est donc une occasion supplémentaire de prendre conscience des dérives possibles et des conditions de réussite. Le débriefing après un jeu coopératif en est un parfait exemple. [...] Nous savons pertinemment que nos élèves ne partent pas avec les mêmes chances. C’est pourquoi, il faut distinguer égalité, voire égalitarisme, et équité. Il s’agit donc d’équité, qui repose sur la volonté de comprendre les élèves et de donner à chacun ce dont il a besoin pour progresser et s’épanouir.
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Comment faire vivre les valeurs de la République ?
Cultiver l’empathie dès le plus jeune âge Instruire et éduquer sont les deux faces d’une même pièce, indissociables. La qualité de la relation entre les personnes est déterminante. La transmission de savoirs, savoirfaire, savoir- être, est une affaire humaine, entre des personnes porteuses d’émotions, de culture, de comportement, d’histoires singulières. Dès le plus jeune âge, les expériences de lien social serviront à maintenir la cohésion de la société. Pour cela, vivre ensemble ne suffit pas, il faut apprendre à se reconnaître et s’accepter les uns les autres. Et si on ajoute la notion de fraternité, il faut aussi apprendre à se soucier les uns des autres, au-delà d’un cercle proche, familial. Ce n’est pas inné, cela fait partie des processus de socialisation, à l’école, et dans tous les autres groupes que rencontrent un enfant. Il s’agit de « cultiver l’empathie » pour y parvenir. C’est l’invitation que nous font Omar Zanna et Bertrand Jarry dans leur ouvrage éponyme.
Avoir le sens de l’autre comme éthique La société actuelle est dépourvue de grandes transcendances comme par le passé, qu’elles soient religieuses ou politiques. Ce qui permettait de rassembler largement autour d’une idéologie. Les valeurs de notre République sont seules en capacité de créer ce lien et de faire l’unanimité. Parmi celle-ci, la
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fraternité, est souvent passée sous silence, comme si elle s’attrapait à la naissance ! Elle mérite aussi qu’on la voit sous un angle éducatif.
Pour devenir fraternel, il faut avoir le sens de l’autre comme éthique. L’éducation à l’empathie vise cet objectif. Car l’empathie, c’est la disposition à se mettre à la place d’autrui sans s’y confondre. C’est différent de la compassion, de la sympathie, de la bienveillance. Être empathique suppose de prendre en compte les émotions d’autrui.
« Créer de manière régulière et répétée les conditions pédagogiques et la mise en scène collective des émotions partagées pour solliciter l’empathie émotionnelle, cognitive en passant par l’éprouvé des corps ». Ils proposent de nombreux rituels à exercer en groupe, inspirés de techniques pédagogiques venues de la relaxation, de l’écoute, de la coopération. Mais aussi, des séquences d’apprentissages qui impliquent le corps et les émotions, aussi bien pour apprendre les tables de multiplication, que pour réciter de la poésie ou écrire sans erreurs orthographiques.
À l’école, une très grande place est faite à la cognition. C’est encore trop souvent le royaume du contrôle, de la maîtrise, axé sur les savoirs disciplinaires. Et pourtant, dans tout groupe humain, enfants, jeunes et adultes, il y a de fortes charges émotionnelles à chaque fois que l’exposition de soi est en jeu. Il est donc nécessaire de cesser de les ignorer pour développer cette éthique de l’autre.
À toutes celles et ceux qui cherchent à allier théorie et pratique, nous recommandons cette lecture.
Proposition didactique et ancrage pédagogique Omar Zanna et Bertrand Jarry ont expérimenté avec des équipes éducatives de collège et d’écoles une proposition didactique pour amener à cultiver l’empathie.
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Les compétences psychosociales Compétences sociales
Les 10 compétences
- Savoir prendre des décisions - Avoir une pensée critique
-
- Avoir une pensée créatrice - Savoir communiquer efficacement
Compétences cognitives
- Être habile dans les relations interpersonnelles - Avoir conscience de soi
- Prise de décision - Pensée critique et auto-évaluation
- Avoir de l’empathie pour les autres - Savoir gérer son stress
Compétences émotionnelles
- Savoir résoudre les problèmes
Communication verbale et non verbale Empathie Capacité de résistance et de négociation Coopération Plaidoyer
- Régulation émotionnelle - Gestion du stress - Auto-évaluation et auto-régulation
- Savoir gérer ses émotions
Quelles sont-elles ?
Lëß Çømpëtëñçëß PßÿçhøSøçïålëß Pourquoi les développer ?
Définition C’est « la capacité d’une
renforcent l’estime de soi, améliorent les relations sociales et familiales, limitent le stress, permettent la résilience, Et surtout … favorisent le BIEN ÊTRE
personne à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne. C’est l’aptitude d’une personne à maintenir un état de bien-être mental, en adoptant un comportement approprié et positif à l’occasion des relations entretenues avec les autres, sa propre culture et son environnement. »
Ce qui permet une bonne santé globale (physique psychique et sociale)
pour une MEILLEURE RÉUSSITE SCOLAIRE
Selon l’OMS en 1993
Comment les favoriser ? Formation des professionnels au CPS
Analyse de pratique
Accompagnement des professionnels
et pour Quelques outils pour développer les Compétences psychosociales
prévenir efficacement les principaux problèmes de santé mentale
prévenir les comportements à risques (alcool, drogues, harcèlement, ...)
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- La communication non-violente - le théâtre forum - la méditation, la sophrologie, le yoga - le débat - l’éloquence - la littérature - l’art -…
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Comment faire vivre les valeurs de la République ?
Comment la communauté éducative peut développer ces compétences psychosociales chez l’enfant et l’adolescent, dans le but de former des citoyens ?
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es interventions précoces développant les compétences psychosociales des enfants dès leur plus jeune âge sont parmi les stratégies de prévention les plus efficaces. En commençant dès l’école maternelle, les élèves acquièrent des habitudes de vie, propices à un développement personnel et favorisant le bien-être.
La respiration en maternelle En classe de petits moyens grands, Sophie commence sa journée par des exercices de respiration. « On apprend à inspirer, bloquer notre respiration 3 temps, puis expirer tout l’air. Chaque jour le rituel est mis en place et peut être également répété lors de moments de grande agitation. ».
Le Yoga en GS CP Eva, enseignante en grande section CP pratique le « petit yoga » tiré de la revue « Pomme d’Api » au retour de la pause déjeuner. Les élèves apprécient beaucoup cet instant car « Même la maîtresse fait le chat et se met à faire le dos rond puis le dos creux pour détendre toute la colonne vertébrale » explique Loan.
La gestion du stress en SEGPA En 4ème SEGPA, Sandrine utilise une technique hypnotique qui consiste à saturer le mental pour le « déconnecter un instant ».
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L’exercice consiste à compter jusqu’à 100 tout en fixant son regard sur ses mains entrecroisées, faire tourner les pouces dans un sens, puis changer de sens à 5 à chaque fois en comptant de 5 en 5. En plus de cela, elle demande de taper des pieds toutes les dizaines. Pendant ce temps, l’enseignante explique le besoin de calmer son mental, pour favoriser la détente et ainsi permettre une bonne concentration pour la suite du travail. Lorsque la gestion émotionnelle individuelle est acquise ou du moins se met en place, les enfants et adolescents peuvent construire ensemble les compétences sociales.
La communication bienveillante en primaire À l’école élémentaire Maurice Genevoix, les enseignantes dans la cour de récréation utilisent les outils de la communication non violente (intitulée également communication bienveillante) pour permettre aux élèves de mieux communiquer entre eux. Cette communication se déroule en 4 temps. Observation, sentiments, besoins et demandes. L’enseignante rassemble les protago-
nistes du conflit en leur donnant leurs responsabilités. Elle les guide comme une médiatrice sans accorder de jugement. L’enfant donne les faits, l’émotion dans laquelle il se trouve, puis explique ce qu’il a ressenti et enfin formule une demande. L’autre protagoniste revient sur les faits avec sa propre vision, puis verbalise ce qu’il a compris de son camarade. Pour conclure, ils trouvent ensemble une solution de réparation et d’évolution de la situation pour prendre soin du besoin de chacun. Les compétences psychosociales jouent un rôle essentiel dans le développement des individus. Elles peuvent également prévenir les comportements à risques. Il semble donc nécessaire de les travailler le plus tôt possible pour former des citoyens. 1. Quand il s’est passé... 2. Je me suis senti... 3. J’ai besoin... 4. Je te propose... et/ou je te demande...
1 2 3 4
: : : :
Observation des faits Émotions, sentiments Besoins, désirs Demandes, propositions, souhaits
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Retour sur la journée de la laïcité
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ette année, le 9 décembre ne fut pas tout à fait comme les autres. Si la date est l’occasion, depuis plusieurs années, d’événements au sein des établissements scolaires français qui commémorent l’anniversaire de la loi de 1905 qui fonde la séparation de l’église et de l’état, le 9 décembre 2020 fut un peu plus que cela.
Des hommages La première journée de la laïcité à l’école a été organisée officiellement en 2015. Sans doute parce le 7 janvier 2015 et le 13 novembre de la même année avaient rendu cet événement nécessaire dans la sphère scolaire. La nécessité d’enseigner la laïcité est, cette année-là particulièrement, apparue comme urgente. Seulement 5 ans plus tard, les équipes, souvent frustrées de n’avoir pas pu rendre dignement hommage à leur collègue tombé face au terrorisme ont souhaité plus qu’à l’accoutumée s’emparer de cette journée pour entretenir avec leurs élèves un dialogue qu’ils n’avaient toujours pas pu avoir lors de l’hommage avorté du 2 novembre. C’est en tout cas de cette façon que les enseignants ont investi la journée de la laïcité au collège Jean Jacques Rousseau de Carvin, dans le Pas-deCalais, et sans doute dans de nombreux autres établissements.
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C’est une demande collective qui s’est faite jour dans le courant du mois de novembre.
Le 9 décembre Le souhait était que l’ensemble des élèves de l’établissement aient un moment d’échange et de réflexion sur le principe de laïcité au cours de la journée du 9 décembre. Pour cela, les enseignants se sont réunis la semaine précédente, préparant leurs interventions et les harmonisant par niveau d’enseignement. Ainsi, de la 6e à la 3e, chaque élève de l’établissement a pu apporter sa contribution à l’arbre de la laïcité qui trône depuis dans le hall du collège. Dans la volonté de marquer l’importance de l’événement et de travailler cette notion à l’échelle d’un établissement, et non pas comme les enseignants peuvent le faire individuellement à l’occasion d’un cours avec une classe, on peut deviner un autre besoin. Celui de se retrouver, entre enseignants et entre enseignants et élèves, autour de ce qui devrait nous unir.
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Tolérance, laïcité, deux notions connexes… et un peu complexes
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n 1996, l’UNESCO publie une déclaration de principes sur la tolérance et la définit comme « le respect, l’acceptation et l’appréciation de la richesse et de la diversité des cultures de notre monde, de nos modes d’expression et de nos manières d’exprimer notre qualité d’êtres humains. » Logiquement, cela concerne le domaine religieux, et la tolérance a parfois été abusivement utilisée contre la laïcité en France. Si les deux notions sont complexes à définir, il faut revenir sur leurs connexions afin de mieux en comprendre leur sens et leur utilité. L’UNSA Éducation fait le point.
On assiste en effet aujourd’hui dans de nombreux pays étrangers à des incompréhensions sur la laïcité française. Cela ne concerne pas seulement les pays où les musulman·es sont majoritaires, mais aussi d’autres territoires en Amérique ou en Europe du Nord. Une telle confusion peut être partagée par une partie de l’opinion en France, où les débats sur ce principe républicain sont trop souvent confus.
religion au détriment d’autres et où tous les cultes sont traités à égalité.
Cela signifie concrètement que la laïcité est un principe qui va au-delà de la notion de tolérance religieuse. La tolérance est justement permise par la laïcité qui s’incarne dans la séparation des Églises et de l’État.
Régime de tolérance et régime de laïcité
Les connexions entre les deux notions Opposer tolérance et laïcité, c’est s’enfermer dans une série de contresens. Faire de la loi de 1905 et des lois laïques précédentes et suivantes des principes d’intolérance, c’est également se fourvoyer et ne pas comprendre le fonctionnement de la société française contemporaine. Pourtant, on assiste aujourd’hui à de telles incompréhensions. Des débats entre le monde anglosaxon et la France, mais aussi avec le monde musulman, doivent permettre d’établir sereinement les complémentarités de la tolérance et de la laïcité, dans une perspective d’universalité et d’affirmation de paix entre les aires culturelles.
L’incarnation de la tolérance dans un régime politique implique que l’on cherche à faire exister ensemble plusieurs religions et différentes communautés qui partagent des valeurs. Ce qui prime ici, c’est donc avant tout la liberté religieuse. Cependant, faire de cette notion un axe contradictoire à la laïcité à la française serait toutefois un contresens.
La laïcité est garante de la paix civile. C’est pourquoi l’UNSA Éducation combat toutes celles et tous ceux qui l’instrumentalisent pour en faire un vecteur d’exclusion. De plus, notre fédération demande que tou·tes les agent·es engagé·es dans une mission de Service public puissent bénéficier d’une formation à la laïcité dans le cadre de la formation initiale et continue.
Le principe de laïcité établi par la loi de 1905 va au-delà du régime de tolérance. La laïcité, articulée avec la liberté de conscience et la liberté d’expression, permet aux croyances et incroyances de vivre dans un espace politique où l’État ne reconnait aucune Hommage à Samuel Paty, installation du collège René Cassin, Baumes les Dames (Doubs)
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Ailleurs dans le monde : la laïcité
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Liberté de conscience, égalité de traitement », des lois dessinent une sphère publique, tracent une séparation entre Églises et États. Ces principes invitent à dépasser nos certitudes d’exceptionnalisme.
Les références varient linguistiquement et géographiquement : non spirituel, non clérical (« Laizität » en allemand) ; le public ne doit pas subir d’intervention religieuse (« secularism » en anglais) ; religion et croyance ne doivent pas influer sur la société (« seculiere karakter » en néerlandais).
Éducation ou enseignement ? En France Pour Régis Debray, déjà en 2002, son enseignement passe par « du fait religieux dans l’école laïque ». Outre une journée nationale le 9 décembre, une « morale laïque » est au programme transversal d’enseignement moral et civique (EMC) de 2015, du cycle 2 au cycle terminal.
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Au Royaume-Uni Dans les quatre provinces du Royaume-Uni, une éducation à la « citoyenneté » a été inégalement introduite dans le cursus scolaire en 2000 puis 2002. L’éducation religieuse (RE) obligatoire s’y décline du fait de l’autonomie des établissements et des territoires.
Au Quebec Des clauses de la Constitution canadienne, abolies en 1997, garantissaient le caractère confessionnel des écoles publiques. L’enseignement religieux est remplacé par un enseignement culturel des religions (ECR). Depuis 2008, un cours mixte, optionnel d’éthique et de culture religieuse est déployé pour tous, du primaire au second cycle du secondaire.
Contenus et évaluations correspondent à chaque cycle du parcours. « La place de la religion » trop importante selon le ministre de l’éducation, cet enseignement sera remplacé à la rentrée 2022-2023 par un programme pluridisciplinaire, jugé potentiellement « fourre-tout » par nos collègues de la FSE-CSQ ( Fédération des syndicats de l’enseignement). Enseignement, éducation, aconfessionnel ou pas, optionnel, facultatif ou obligatoire, s’il y a autant de situations éducatives que de pays, il existe des constantes. Les modèles d’enseignement sont confrontés à des enjeux similaires.
Cet ECR est construit autour de trois volets de compétences : réfléchir sur des questions éthiques ; manifester une compréhension du phénomène religieux ; pratiquer le dialogue.
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Frédéric MARCHAND
Secrétaire général - UNSA Éducation CPE
Morgane VERVIERS
Secrétaire générale adjointe CPE
Pour aller plus loin
Pierre CHÂTEAU
Secrétaire national Secteur Trésorerie, Numérique, Communication et Hors de France Professeur des écoles
Des livres
Béatrice LAURENT
Secrétaire nationale Secteur Éducation et Culture Professeure des écoles - Formatrice INSPÉ
ont coordonné ce numéro auquel ont participé :
Secteur Éducation et Culture Hawa SALL
Conseillère nationale, Chargée de mission Conseillère Principale d’Éducation
Christian CHAMPENDAL
Des sites
Conseiller national IA - IPR Langue
La plateforme de Réseau Canopé dédiée à la transmission des valeurs de la République avec proposition de webinaires, documentations, références. https://www.reseau-canope.fr/les-valeurs-de-la-republique.html
Stéphanie DE VANSSAY
La discussion à visée philosophique avec Sylvain Connac sur le site de Canopé : https://www.reseau-canope.fr/bsd/sequence.aspx?bloc=885639
Conseillère nationale Professeure des écoles
Gilles LELUC
Conseiller national Professeur de Lettres modernes
Émilie FOUCRET
Conseillèr nationale Professeure des écoles
Sylvaine PRUVOT
Le site de l’Observatoire de la Laïcité : https://www.gouvernement.fr/observatoire-de-la-laicite
Conseillère nationale Professeure des écoles
Frédéric DAVIGNON-RORIOL Conseiller national Professeur d’anglais Formateur académique
Le site de l’association Fraternité Générale : https://www.fraternite-generale.fr/le-mouvement-fraternite-generale Le centre Hubertine Auclert propose L’Égalithèque une banque de donnée unique en France recensant plus de 3500 guides, expositions, ouvrages, affiches, vidéos, spectacles vivants, diaporama, formations, quiz, etc. sur l’égalité femmes-hommes : https://www.centre-hubertine-auclert.fr Les médias scolaires sur le site du Clemi : https://www.clemi.fr/fr/medias-scolaires.html
Caroline SOREZ
Conseillère nationale Cheffe d’établissement, principale adjointe de collège
Secteur Communication Laurence JACQUEY Conseillère nationale Professeure EPS
Un billet acide de Michel Guillou “ 15 ans après, les ados des skyblogs sont devenus des salariés du Slip français… ou des médecins ” : https://www.culture-numerique.fr/?p=8045
Des vidéos Le webinaire de l’UNSA Éducation consacré à la « laïcité à l’école » en podcast et vidéo https://www.unsa-education.com/Webinaire-La-laicite-a-l-ecole-podcast-et-video Les films de la collection « Les fondamentaux », Graines de citoyens et Le racisme, c’est pas sport https://lesfondamentaux.reseau-canope.fr/discipline/instruction-civique-histoire-geographie/ respecter-autrui.html
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Comment faire vivre les valeurs de la République ?
Questions Éduc.
N° 041 - Octobre 2020
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Collection Dossiers UNSA Éducation
d’
Éduquer autrement ? La fédération UNSA des métiers de l’Éducation, de la Recherche et de la Culture N°041 - Octobre 2020
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Vous pouvez aussi retrouver tous les anciens numéros ici : https://urlz.fr/8SB1
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Snia-ipr
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