Le magazine science et société d’Université Côte d’Azur
N°4 - MARS 2026
INTERVALLE LE MAGAZINE
Raconter la science pour mieux la comprendre
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DOSSIER
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‘‘ ÉDITO
La science n’appartient à personne — elle engage tout le monde
Nous ouvrons cette 4ème édition avec une bonne nouvelle : le partenariat entre Science Azur et Nice-Matin, qui renforce la diffusion de la culture scientifique sur notre territoire. Notre engagement sociétal est également à l’honneur. À travers le développement de la protonthérapie par cyclotron au Centre Antoine Lacassagne, c’est l’excellence scientifique qui se met au service des patients. Les sciences et les arts dialoguent aussi, comme en témoigne le spectacle « La mélodie des neurones », qui fait résonner les découvertes neuroscientifiques dans l’espace sensible de la création. Comprendre, ressentir, partager : la médiation scientifique emprunte des chemins multiples. Ce numéro met également en lumière des avancées majeures en santé, avec une étude sur le mélanome menée au C3M, et des travaux sur la résistance du staphylocoque doré à l’ICN. Autant d’exemples d’une recherche engagée face aux défis médicaux contemporains. Le dossier central, consacré à la mémoire, illustre avec force la richesse interdisciplinaire de notre université. De la maladie d’Alzheimer étudiée à l’IPMC à la mémoire de la Shoah analysée au CMMC, des archives comme levier pour comprendre l’innovation au GREDEG à l’histoire des médias au SIC.lab, jusqu’aux recherches archéologiques sur les Maya au CEPAM, la mémoire apparaît comme un fil conducteur reliant biologie, histoire, économie, anthropologie et sciences de l’information. Explorer la mémoire, c’est interroger ce que nous sommes, individuellement et collectivement.
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© Gaëlle Simon
INTERVALLE porte cette exigence. Plus qu’un magazine, c’est un espace d’ouverture et de confrontation, un lieu où les savoirs rencontrent la société. Ce nouveau numéro affirme clairement cette ambition : faire circuler les idées, provoquer la réflexion, et rappeler que la science ne vaut que si elle est partagée, discutée et mise en débat.
La rubrique Opinion nous invite à réfléchir aux migrations et à la perception de l’Autre, tandis que « Mieux comprendre » décrypte la bulle de l’intelligence artificielle, sujet au cœur des débats contemporains. Là encore, la science joue son rôle : apporter des clés d’analyse, dépasser les idées reçues, structurer la réflexion.
Nous donnons aussi à voir le temps long de la recherche, avec l’histoire des canaux ioniques à l’iBV, et nous mettons à l’honneur la relève scientifique à travers le parcours d’une jeune chercheuse travaillant sur le rôle du chromosome X chez la drosophile. Car la science est une aventure humaine, faite de transmission et d’engagement. Enfin, un an après l’UNOC, nous revenons sur cet événement majeur pour rappeler combien les enjeux maritimes et environnementaux exigent une mobilisation durable des savoirs. Notre dynamique collective a été reconnue en 2024 par l’obtention du label « Science Avec et Pour la Société » (SAPS). Elle consacre notre ambition : valoriser la recherche, former à l’esprit scientifique, encourager la participation citoyenne. La science ne se décrète pas, elle se construit dans l’échange.
Cultiver la science comme un bien commun, c’est faire le pari de l’intelligence collective. À travers INTERVALLE, Université Côte d’Azur renouvelle ce pari : celui d’une université ouverte, engagée et pleinement ancrée dans son territoire. Bonne lecture à toutes et à tous.
Jeanick Brisswalter, Président d’Université Côte d’Azur
SOMMAIRE
SOMMAIRE 5 BONNE NOUVELLE
6
MOMENT FORT
10 12
NOTRE RÉGION
15
VOS QUESTIONS
30
17
INNOVATION
32
MÉMOIRE
COMPRENDRE & TRANSMETTRE
34
HISTOIRE D’UNE RECHERCHE
40 GLOSSAIRE 4 / INTERVALLE / MARS 2026
36
29
OPINION
DOSSIER
MIEUX COMPRENDRE
ACTU ILLUSTRÉE
JEUNE SCIENTIFIQUE
38 UN AN APRÈS
41 NOS INTERVENANTS
BONNE NOUVELLE
SCIENCE AZUR S’ALLIE À NICE ‑ MATIN POUR DIFFUSER LA SCIENCE ! Le projet Science Azur, labellisé Science Avec et Pour la Société (SAPS) par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace a pour ambition de rendre la science accessible à tous et de valoriser les recherches menées sur le territoire. Le projet Science Azur est co-porté par Université Côte d’Azur et par les établissements de recherche azuréens : l’Observatoire de la Côte d’Azur, la délégation Côte d’Azur du CNRS, le centre INRAE Provence-Alpes-Côte d’Azur, le Centre Inria d’Université Côte d’Azur, la délégation régionale Provence-Alpes-Côte d’Azur et Corse de l’Inserm, la délégation régionale Sud-Est de l’IRD, la délégation de Sophia Antipolis de Mines PARIS-PSL et l’Institut de la Mer de Villefranche-sur-Mer (CNRS, Sorbonne Université). Aujourd’hui, Science Azur s’associe au groupe Nice-Matin, premier média régional de la Côte d’Azur, afin de porter la voix de la recherche locale auprès d’un large public. Les scientifiques de la Côte d’Azur explorent chaque jour des sujets qui transforment nos vies : climat, santé, intelligence artificielle, biodiversité, neurosciences…
À travers leurs publications dans Nice-Matin, ils partageront avec vous leur expertise scientifique et leurs réflexions sur les grands enjeux de société.
Ce partenariat permet également de manière inédite aux lecteurs de Nice-Matin de poser directement leurs questions aux chercheuses et chercheurs. Le concept est simple : il suffit de poser une question aux scientifiques sur la rubrique Science Azur et les chercheurs y répondront bientôt… en vidéo !
À travers ce partenariat, Science Azur poursuit son objectif de mieux informer les publics, d’encourager l’esprit critique et d’alimenter le débat public.
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NOTRE RÉGION
CYCLOTRON : L’EXPERTISE NIÇOISE POUR CIBLER LES TUMEURS AVEC UNE PRÉCISION MILLE FOIS PLUS FINE QUE LE MILLIMÈTRE
L’histoire commence au début des années 80. Pierre Mandrillon, jeune chercheur niçois, rencontre le directeur du centre Lacassagne. Il revient de Berkeley, encore impressionné par les premiers accélérateurs de particules à des fins médicales qu’il y a observés. Ensemble, ils imaginent l’impensable : construire une telle machine à Nice. Très vite, une équipe se forme. Jeunes techniciens tout juste sortis de BTS, ingénieurs curieux, passionnés de physique… Tous se retrouvent autour d’un projet un peu fou : créer un cyclotron capable d’accélérer des protons avec pour ambition de traiter les personnes atteintes de cancers. Pour concevoir la machine, ils s’associent directement avec les équipes du CERN (Conseil Européen pour la Recherche Nucléaire) qui les épaulent dans leurs choix techniques et les réglages les plus fins. Ce chantier prendra un nom : Medicyc. En 1991, l’histoire s’accélère : le tout premier traitement français par protonthérapie est réalisé à Nice. Depuis, plus de 8 000 patients y ont été soignés pour des cancers oculaires.
© O. Perrin
À première vue, soigner le cancer avec des particules lancées à des vitesses folles pourrait sembler tout droit sorti d’un film de science-fiction. Et pourtant, à Nice, une équipe d’ingénieurs et de techniciens relève ce défi depuis plus de trente ans. Ils ont été les premiers en France à créer une machine de protonthérapie capable de traiter des patients atteints de cancer. Aujourd’hui, ils soignent plus de 300 patients par an. Ils continuent d’entretenir l’installation d’origine afin de maintenir une qualité de traitement optimale et développer les traitements de demain à travers la recherche en protonthérapie.
UNE AVENTURE NIÇOISE HORS DU COMMUN
Une vue arrière de la ligne accélératrice
6 / INTERVALLE / MARS 2026
NOTRE RÉGION
DEMAIN : LA RADIOTHÉRAPIE FLASH La recherche ne s’arrête pas là. Pour améliorer l’efficacité et le confort des patients, l’équipe se lance dans un nouveau défi : envoyer la même dose de rayons, mais en un temps extrêmement court. En « flashant » la tumeur en quelques millisecondes, on obtient la même efficacité tout en réduisant fortement les dégâts possibles sur les tissus sains. La première phase est déjà réussie : irradier des détecteurs et mesurer précisément les doses délivrées. L’équipe prépare maintenant les premières irradiations sur cellules, puis sur modèles animaux, tout en cherchant à réduire encore ce temps d’impulsion pour explorer de nouvelles configurations.
© O. Perrin
À Nice, cette aventure mêlant physique, ingéniosité et persévérance continue de repousser les limites pour améliorer les traitements.
Medicyc tout juste sorti de terre
Une tumeur, c’est un groupe de cellules qui se multiplient sans contrôle. Dans l’œil, impossible de simplement “enlever” la zone malade : l’organe est trop fragile et complexe. La protonthérapie, elle, permet de viser avec une grande précision la tumeur et d’épargner ce qui l’entoure. Pour cela, on utilise un cyclotron. Imaginez un manège pour particules : les champs électriques accélèrent les protons, les champs magnétiques les
guident en spirale. Lorsque Medicyc les expulse, ils filent à près d’un tiers de la vitesse de la lumière ! Et surtout, les protons ont une propriété magique : ils ne dépasseront jamais les distances prévues par les physiciens. Contrairement aux photons de la radiothérapie classique qui traversent tout, les protons libèrent leur énergie pile au bon endroit. C’est essentiel pour l’œil, où quelques dixièmes de millimètre suffisent à toucher la macula ou le nerf optique, ce qui pourrait avoir des conséquences irréversibles pour les patients.
© O. Perrin
COMMENT LES PROTONS SOIGNENT ‑ ILS ?
Circuit de refroidissement de Medicyc
INTERVALLE / MARS 2026 / 7
NOTRE RÉGION
Comment mesurer l’efficacité des Projets Alimentaires Territoriaux, ces dispositifs conçus pour structurer les systèmes alimentaires locaux et accompagner leur transition socio-écologique à l’échelle d’un territoire ? C’est la question au cœur des travaux d’Andrea Lulovicova, chercheuse au laboratoire d’Études des Structures, des Processus d’Adaptation et des Changements de l’Espace (ESPACE) qui analyse leurs effets à l’échelle des AlpesMaritimes grâce à une approche combinant données de terrain, modélisation et analyse environnementale.
Créés en 2014 et fortement développés après la crise du Covid, les Projets Alimentaires Territoriaux (PAT) permettent aux communes et aux intercommunalités de structurer localement une transition agricole et alimentaire durable. Pour être labellisé par l’État, un PAT doit être co-construit avec un ensemble d’acteurs : agriculteurs, associations, services techniques, établissements scolaires et structures de restauration collective.
L’objectif est d’établir un diagnostic partagé et un plan d’action pour faire évoluer la production, la transformation, la distribution et les pratiques alimentaires du territoire. FOURNIR DES OUTILS POUR ORIENTER LES POLITIQUES LOCALES Dans les Alpes-Maritimes, presque toutes les intercommunalités disposent aujourd’hui d’un PAT. Certaines villes ont déployé leur propre PAT : Mouans-Sartoux, Opio ou Saint-Vallier-de-Thiey. C’est dans ce contexte qu’Andrea Lulovicova étudie les impacts réels et potentiels de ces dispositifs. Son travail repose sur plusieurs volets complémentaires.
© Adobe Stock
UNE DÉMARCHE SCIENTIFIQUE AU SERVICE DES PROJETS ALIMENTAIRES TERRITORIAUX
Une des principales mesures des PAT est un changement dans les cantines : utilisation de produits biologiques, locales et ajout de repas végétariens
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© Adobe Stock
NOTRE RÉGION
Culture sous serre pour approvisionner les cantines
Le premier consiste en une analyse de cycle de vie des systèmes alimentaires du département. Cette méthode, largement utilisée en recherche environnementale, mesure les impacts d’un produit ou d’un service tout au long de sa chaîne : production, transport et consommation. Dans un département où la production agricole locale représente moins de 1% de l’approvisionnement, cette méthode permet d’évaluer précisément le poids des importations et les marges de progression possibles. Un second volet s’appuie sur une collecte de données de terrain incluant le recensement des friches agricoles ainsi qu’une enquête menée auprès de
2 500 habitants du département. Après analyse et traitement, ces données permettent d’identifier des tendances ainsi que des pistes d’actions pour les collectivités territoriales : disponibilité du foncier pour le redéveloppement agricole, fréquence de consommation de produits locaux, place du bio, ou encore perception des actions engagées par les collectivités. Ces informations permettent la construction de scénarios possibles du développement du système agricole et alimentaire du département avec les acteurs locaux. En combinant modélisation et données territoriales, ces recherches permettent d’identifier
les leviers‑évolution des menus en cantine, relocalisation partielle de la production, réduction des produits ultra‑transformés – nécessaires à activer pour réduire les impacts environnementaux tout en améliorant la résilience alimentaire du territoire. Ce travail de recherche‑action participative fournit ainsi aux collectivités un outil d’aide à la décision, basé sur l’expertise scientifique, et éclaire les conditions nécessaires à une transition agricole et alimentaire territoriale cohérente, réaliste et opérationnelle face aux enjeux climatiques.
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MOMENT FORT
LA MÉLODIE DES NEURONES
À l’origine de « La mélodie des neurones », il n’y a ni une muse ni un coup de théâtre, mais une réponse à un appel à projets Science avec et pour la société - Ambitions innovantes de l’Agence nationale pour la recherche. Deux chercheuses en neurosciences ont voulu raconter leur travail autrement, en quittant le laboratoire pour l’art du spectacle. De cette ambition est né un spectacle musical où science et musique dialoguent.
Cette scène est le point de départ de La mélodie des neurones. Un spectacle né d’une envie très concrète : faire découvrir la recherche sur le cerveau, transmettre les neurosciences par le théâtre et la musique... L’aventure se lance au printemps 2024, pour une première représentation du spectacle faite en octobre 2025, un an et demi de travail, d’allersretours et de dialogues entre métiers. Université Côte d’Azur coordonne un consortium orignal autour de deux chercheuses en neurosciences : Carole Rovère, chercheuse Inserm à Sophia Antipolis et Séverine Samson, enseignante-chercheuse à l’université de Lille.
© Jean-Toussaint Torre
QUAND LA SCIENCE ENTRE EN SCÈNE :
Dans les couloirs feutrés d’un laboratoire de neurosciences, la vie suit d’ordinaire un tempo bien réglé : expériences, réunions, publications. Jusqu’au jour où Doris déboule par erreur. Doris, c’est une chanteuse pleine d’énergie, curieuse de tout, mais peu familière des synapses et des potentiels d’action. Face à elle, la professeure Marie Kepler, chercheuse passionnée par les liens entre cerveau et musique. La collision est inévitable, et surtout fertile.
Leur envie est de parler du cerveau au plus grand nombre avec une équipe artistique formée à la médiation scientifique et au théâtre de science et des médiateurs partageant une même appétence pour la transmission. Très vite, un principe s’impose : liberté artistique, mais rigueur scientifique absolue.
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© Jean-Toussaint Torre
MOMENT FORT
La musique originale du spectacle est composée par Jean-Pierre Solvès, qui traduit en notes les mécanismes invisibles du cerveau. Sur scène, les chanteuses Laetitia Hipp et Perle Solvès relèvent un défi peu commun : interpréter des textes scientifiques exigeants, parfois très techniques, sans perdre ni la musicalité ni l’émotion. L’écriture avance par échanges permanents. Chaque scène est discutée, chaque métaphore pesée. Les passages scientifiques sont relus,
vérifiés, parfois corrigés par d’autres spécialistes, pour éviter toutes approximations. Le défi est là : rester juste sans être ennuyeux. L’École des Gobelins a également participé à l’aventure en concevant des éléments de décor, contribuant à donner de l’esthétisme à cet univers scientifique. Sur scène, Doris devient le fil conducteur. Par ses questions naïves, elle oblige Marie à expliquer simplement l’incroyable machinerie cérébrale. Ensemble, elles explorent ce qui s’allume dans notre cerveau quand une mélodie nous donne des frissons ou quand un plat réveille nos souvenirs.
Peu à peu, le laboratoire se transforme en terrain de jeu scientifique et musical. La mélodie des neurones ne se limite pas à un spectacle. Présentée lors de la Fête de la science et la Semaine du Cerveau dans les Alpes-Maritimes, portée par un véritable programme de rencontres et de partenariats. Chaque représentation se prolonge par un temps d’échange avec le public, en présence d’une chercheuse. Questions, discussions, réactions : le dialogue se poursuit au-delà du spectacle, fidèle à l’esprit du projet qui vise à créer une rencontre directe entre science et société.
© Jean-Toussaint Torre
Emmanuel Suarez, auteur et producteur, plonge dans les laboratoires, observe, questionne, demande des explications, de la bibliographie. Les scientifiques, eux, découvrent les contraintes de la scène : le rythme, la narration, l’émotion. Ensemble, ils choisissent les briques essentielles : comprendre d’abord le fonctionnement général du cerveau, du neurone jusqu’au corps tout entier, puis zoomer sur ce qui se passe quand nous écoutons de la musique ou quand nous mangeons. Deux plaisirs universels, deux terrains de recherche bien réels.
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ACTU ILLUSTRÉE
QUAND LE STRESS DEVIENT FATAL AUX CELLULES DE MÉLANOME Observer des cellules de mélanome en train de « craquer » sous la pression, c’est exactement ce que montre l’image issue des recherches du Centre Méditerranéen de Médecine Moléculaire (C3M). Grâce à de nouvelles molécules, les scientifiques exploitent un point faible du cancer : son incapacité à gérer le stress cellulaire.
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ACTU ILLUSTRÉE
VOIR L’INVISIBLE : QUAND LA FLUORESCENCE RACONTE UNE HISTOIRE Sur l’image, tout repose sur un code couleur. En bleu, on voit les noyaux : c’est le centre de commande des cellules, là où se trouve leur ADN. En violet apparaît une protéine appelée CHOP. Et cette protéine est un signal d’alerte : lorsqu’elle s’active, cela signifie que la cellule est en état de stress. Mais de quel stress parle-t-on ? À l’intérieur de chaque cellule se trouve une sorte d’atelier miniature, le réticulum endoplasmique. Son rôle est de fabriquer et de plier correctement les protéines, indispensables au bon fonctionnement de la cellule. Quand cet atelier est débordé, les protéines s’accumulent, se replient mal et la cellule déclenche une réponse d’urgence. CHOP fait partie de cette alarme interne. Pour observer ce phénomène, les chercheurs utilisent une technique appelée immunofluorescence. Elle permet d’accrocher un marqueur fluorescent à une protéine précise pour la rendre visible au microscope. Ici, les expériences sont menées sur des sphéroïdes, de petits amas de cellules cultivés en trois dimensions, qui ressemblent davantage à une vraie tumeur qu’une simple couche de cellules au fond d’une boîte. Quatre situations sont comparées : des cellules témoins, des cellules volontairement stressées avec une molécule de référence, et des cellules traitées avec un composé expérimental à deux doses différentes. Le principe est simple : plus la couleur violette est intense, plus le niveau de stress est élevé. En clair, plus la cellule est proche du point de rupture. Et c’est exactement ce que cherchent les chercheurs : pousser les cellules cancéreuses à dépasser ce seuil critique, sans provoquer le même effet dans les cellules saines.
FAIRE CRAQUER LES CELLULES CANCÉREUSES SANS TOUCHER AUX AUTRES Au Centre Méditerranéen de Médecine Moléculaire, neuf équipes travaillent sur des pathologies liées au cancer, dont trois spécialisées dans le mélanome, une forme particulièrement agressive de cancer de la peau. Depuis une dizaine d’années, en collaboration avec l’Institut de Chimie
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ACTU ILLUSTRÉE
de Nice, les chercheurs de l’équipe de Stéphane Rocchi développent de petites molécules capables de cibler le métabolisme spécifique des cellules tumorales. Leur stratégie repose sur l’idée de pousser les cellules cancéreuses dans leurs retranchements. En ciblant une protéine appelée BiP, surexprimée dans le mélanome, certaines molécules déclenchent un stress intense du réticulum endoplasmique.
Résultat : la cellule n’arrive plus à gérer la surcharge et enclenche un programme de mort cellulaire, l’apoptose. Les cellules normales, elles, expriment beaucoup moins cette protéine. Elles encaissent donc le choc sans basculer © C3M
vers la mort, un ciblage fin, qui limite la toxicité.
DU LABORATOIRE AU PATIENT : PLUSIEURS PISTES THÉRAPEUTIQUES Plusieurs pistes sont explorées en parallèle. L’une d’elles concerne une famille de molécules, les thiazoles benzamides. Leur particularité ? Elles sont capables de cibler spécifiquement les cellules de mélanome et de déclencher leur mort, sans affecter es cellules saines voisines. Ces composés ont même été testées sur des cellules issues directement de biopsies de patients, ce qui permet de se rapprocher au plus près de la réalité clinique. Un autre axe de recherche se concentre à une protéine appelée MELK, qui aide les cellules cancéreuses à résister aux traitements. Cette protéine agit un peu comme un bouclier : elle aide
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Photo prise au microscope d’un amas de cellules. Le bleu représente le noyau des cellules et le violet met en avant une molécule anti-cancéreuse nommée CHOP
les cellules cancéreuses à survivre et à résister aux traitements. Lorsqu’elle est très active, les thérapies deviennent moins efficaces. Une molécule expérimentale, CRO15, permet de bloquer MELK. En neutralisant ce mécanisme de défense, les chercheurs parviennent à rendre les cellules tumorales de nouveau sensibles aux traitements classiques, mais aussi à l’immunothérapie. L’immunothérapie ne vise pas directement la tumeur : elle stimule le système immunitaire du patient pour qu’il reconnaisse et détruise lui-même les cellules cancéreuses. Ces traitements ont révolutionné la prise en charge du mélanome, mais ils ne fonctionnent que chez environ un patient sur deux. Comprendre les
mécanismes de résistance est donc un enjeu majeur. C’est dans ce contexte qu’intervient une troisième piste, plus inattendue : l’arginine, un acide aminé présent dans notre organisme. Les chercheurs ont observé que les cellules tumorales utilisent cette molécule dans leur microenvironnement pour maintenir leur résistance. En modifiant sa disponibilité autour de la tumeur, ils parviennent à lever certains verrous et à améliorer la réponse à l’immunothérapie. Autant de pistes qui montrent que, parfois, mettre les cellules cancéreuses sous pression peut s’avérer être la meilleure façon de les faire céder..
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VOS QUESTIONS Si vous pouviez poser n’importe quelle question à une chercheuse ou un chercheur, quelle serait-elle ? Envoyez-la à : science-societe@univ-cotedazur.fr Vous trouverez peut-être la réponse dans le prochain numéro !
VOS QUESTIONS
LES QUESTIONS ONT PU ÊTRE RÉCOLTÉES LORS DE LA FÊTE DE LA SCIENCE DE NICE.
COMMENT DÉCOUVRE - T - ON LES FONDS MARINS ? - Julian
Réponse de Cécile Guieu, chercheuse au Laboratoire d’Océanographie de Villefranche (IMEV, CNRS, Sorbonne Université)
Aujourd’hui, seulement 28% du fond de l’océan a été cartographié précisément. Heureusement, les satellites permettent une bonne estimation de la profondeur de l’océan mais beaucoup moins précise que ce que peut mesurer un bateau qui cartographie les fonds à l’aide d’un sonar. Le sonar émet du son vers le fond, ce son va rebondir sur le fond et repartir vers le bateau : c’est le délai entre l’émission du son par le bateau et la réception de son écho qui permet de calculer la profondeur du fond avec précision et de réaliser une carte du fond de l’océan. Pour caractériser la colonne d’eau entre la surface de l’océan jusqu’aux sédiments du fond, il faut mettre à l’eau des instruments lors d’expéditions océanographiques : attachés à un cable ou à des robots autonomes, une multitude d’instruments vont permettre de mesurer la composition chimique, les caractéristiques physiques et d’identifier les organismes vivants. De telles explorations n’ont pas encore permis jusqu’aujourd’hui d’explorer l’ensemble de la colonne d’eau des océans et il existe de larges zones encore très peu documentées.
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VOS QUESTIONS
POURQUOI LA SCIENCE EXISTE ? QUI A INVENTÉ LA SCIENCE ?
QUEL EST L’OBJET LE PLUS ANCIEN QUE LES SCIENTIFIQUES ONT DÉCOUVERT ?
- Salma
- Gabin
Réponse de Jean-Luc Guatero, enseignant-chercheur au
Réponse d’Andrea Chiavassa, chercheur au laboratoire
Centre de Recherches en Histoire des Idées (Université
Lagrange (Université Côte d’Azur, CNRS, OCA, LAGRANGE)
Côte d’Azur)
En astronomie, on peut illustrer des découvertes
La science naît de la curiosité. Elle est sans doute presque
couvrant l’évolution cosmique, des premiers photons
aussi vieille que l’humanité. Depuis toujours, les êtres
à la matière organisée en étoiles, galaxies et planètes.
humains cherchent à comprendre les lois qui expliquent
Le fond diffus cosmologique (rayonnement fossile du
comment fonctionne le monde. Mais dans ce sens très
Big Bang, ~13,8 milliards d’années) est la plus ancienne
large, la science ressemble beaucoup à la philosophie. On
« trace » détectable, marquant la naissance de
parle vraiment de science quand, en plus d’observer ce
l’Univers. Les premières étoiles et galaxies, observées
qui se passe autour de nous, on cherche des réponses en
grâce au télescope James Webb, datent d’environ 13,5
étudiant les effets de nos actions sur la nature, et quand
milliards d’années, révélant les premières structures
on veut utiliser ces réponses pour agir plus efficacement.
lumineuses après le Big Bang. Enfin, les météorites,
Cette manière de faire apparaît environ au XVIIème siècle.
comme celle d’Allende (~4,567 milliards d’années), sont
Elle a plusieurs inventeurs ; parmi les plus célèbres, on
les plus anciens objets matériels du système solaire,
trouve Francis Bacon et Galilée.
témoins de sa formation et l’origine de notre Soleil.
COMMENT LES PLANÈTES ONT - ELLES ÉTÉ CRÉÉES ?
COMMENT LES TREMBLEMENTS DE TERRE SE FORMENT ?
- Siham
- Nathanaël
Réponse de Marco Delbo, chercheur au laboratoire
Réponse de Marianne Saillard, chercheuse à l’IRD,
Lagrange (Université Côte d’Azur, CNRS, OCA,
rattachée au laboratoire Géoazur d’Université Côte d’Azur
LAGRANGE)
(Observatoire de la Côte d’Azur, IRD, CNRS)
Les planètes de notre système solaire se sont formées il y a environ 4,6 milliards d’années, à partir d’un immense nuage de gaz et de poussières qui entourait le jeune Soleil. Ces poussières se sont regroupées en zones très denses qui se sont rapidement transformées en objets de centaines de kilomètres de taille, appelés planétésimaux. En grandissant, ces objets ont attiré d’autres matières grâce à la gravité, jusqu’à devenir des planètes.
Les tremblements de terre, ou séismes, sont principalement dus aux mouvements relatifs des plaques tectoniques entre elles et à la surface de la Terre. Les contraintes accumulées déforment la croûte terrestre jusqu’à la rupture le long d’une faille, libérant ainsi de façon soudaine l’énergie accumulée, en lien avec la magnitude d’un séisme. Cette rupture engendre des ondes sismiques qui secouent le sol et peuvent se propager assez loin du foyer (ou hypocentre) d’un séisme, ce qui explique pourquoi on peut ressentir un séisme parfois à des centaines de kilomètres.
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DOSSIER
MÉMOIRE : COMPRENDRE & TRANSMETTRE
DOSSIER
ALZHEIMER E N Q U Ê T E S U R L A PA N N E É N E R G É T I Q U E D U C E RV E AU
L
a maladie d’Alzheimer est une maladie neurodégénérative qui affecte progressivement le cerveau. Elle se manifeste le plus souvent par des troubles de la mémoire, des difficultés à s’orienter, à parler ou à reconnaître les proches, avant d’altérer l’ensemble des fonctions cognitives. Au fil du temps, les neurones perdent leur capacité à communiquer entre eux, puis finissent par mourir.
cette intuition. Elles révèlent une
Longtemps, la recherche s’est concentrée
Les modèles cellulaires (par exemple
sur deux signes pathophysiologiques
des neurones en culture) permettent de
caractéristiques de la maladie : des
reproduire certains mécanismes clés de la
dépôts de protéines appelés plaques
maladie. Ils sont très utiles pour observer
amyloïdes, qui s’accumulent entre les
les premières anomalies, mais trop
neurones et des amas d’une protéine
simples pour refléter la complexité d’un
appelée Tau, qui envahissent l’intérieur
cerveau entier. Les chercheurs travaillent
des neurones et les désorganisent. Mais
aussi avec des cellules humaines. À
aujourd’hui, les chercheurs savent que
partir de cellules de peau, recréent en
ces lésions observables ne racontent
laboratoire des cellules du cerveau,
qu’une partie de l’histoire. Bien avant
comme des neurones ou des cellules
leur apparition, le cerveau commence
qui les entourent. Ils prévoient d’utiliser
déjà à se dérégler, notamment sur le
également des « mini-cerveaux », de
plan énergétique. Les responsables sont
minuscules structures en trois dimensions
les minuscules centrales électriques
où plusieurs types de cellules cérébrales
des cellules : les mitochondries. Elles
interagissent.
diminution de protéines clés entraînant la perte progressive des capacités des mitochondries à produire de l’énergie. DES MODÈLES POUR COMPRENDRE UNE PANNE INVISIBLE L’équipe de Mounia Chami, chercheuse à l’Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire (IPMC) utilise plusieurs modèles complémentaires.
sont donc devenues un angle d’attaque pour mieux comprendre l’origine et la
Les chercheurs se tournent alors vers les
progression de la maladie.
modèles murins : des souris transgéniques qui développent des dépôts amyloïdes
Tout commence dans les services de
ou des altérations de la protéine Tau.
neurologie. Grâce à l’imagerie PETscan,
Certaines sont même “humanisées”,
on observe chez les patients une baisse
grâce à des modifications génétiques qui
nette de l’énergie dans le cerveau.
rendent leurs protéines proches de celles
Certaines zones essentielles à la
des humains.
mémoire consomment beaucoup moins
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d’énergie qu’attendu. Or, un neurone
Grâce à cet arsenal d’outils, un
qui manque d’énergie faiblit : il perd sa
autre phénomène s’éclaire : la
capacité à communiquer, se dérègle, puis
neuroinflammation. Quand les
dégénère. Très vite, l’hypothèse s’impose :
mitochondries dysfonctionnent, elles
si le cerveau tourne au ralenti, c’est peut-
déclenchent des signaux d’alerte dans
être que les mitochondries fonctionnent
la cellule. D’autres cellules chargées de
mal et produisent moins d’énergie ?
la défense du cerveau, les microglies,
Des analyses post-mortem confirment
réagissent fortement. Elles nettoient le
DOSSIER
tissu cérébral en éliminant les déchets grâce à l’énergie mitochondriale. Si elles manquent d’énergie, leur réponse peut diminuer ou devenir incontrôlée. Fait marquant : cette inflammation apparaît très tôt, parfois même avant les fameuses plaques amyloïdes. Ces observations amènent les chercheurs à se demander comment s’installe ce cercle vicieux : une mitochondrie défaillante peut-elle déclencher l’inflammation, ou celle-ci finit-elle par altérer les mitochondries ? OBSERVER, MESURER… ET AGIR ? Pour suivre toutes ces anomalies, l’équipe s’appuie sur des technologies de pointe. La microscopie à fluorescence permet d’observer les mitochondries en direct : leur forme, leurs mouvements, leur capacité à se diviser ou fusionner. Les chercheurs utilisent des méthodes d’imagerie pour voir où le cerveau est endommagé et de biochimie pour comprendre ce qui se passe à l’intérieur des cellules. Cela leur permet de repérer quelles cellules sont touchées en premier et comment la maladie progresse.
Au fil des expériences, une piste thérapeutique est apparue : la metformine, un médicament bien connu des patients diabétiques.
ET DANS 5 À 10 ANS ? Difficile de promettre un traitement
Dans le cadre de la campagne de médiation des projets lauréats de l’ANR en 2020, des tableaux augmentés ont été réalisés autour de 6 thématiques de recherche.
Des études cliniques ont montré que
unique : la maladie d’Alzheimer ne
les personnes diabétiques traités par
se manifeste pas de la même façon
metformine développaient moins
chez tout le monde. Son apparition, sa
sévèrement Alzheimer. La molécule
progression et sa gravité dépendent
active un capteur énergétique qui
de l’âge, de la génétique, de l’activité
aide les cellules à mieux gérer leurs
intellectuelle, du mode de vie ou
mitochondries défaillantes. Dans les
de pathologies associées. L’avenir
modèles expérimentaux, les effets
se joue plutôt dans des approches
sont encourageants : diminution des
combinées : diagnostiquer plus tôt,
substances toxiques pour les neurones,
mieux comprendre le profil énergétique
baisse de l’inflammation, préservation de
de chaque patient et combiner plusieurs
structures neuronales. Chez des souris
molécules capables d’agir à différents
traitées très tôt, la molécule semble
niveaux — mitochondries, inflammation,
pièces maîtresses de la maladie. Mieux
même prévenir certaines altérations
protéines toxiques.
comprendre leur dérèglement ouvre
des mitochondries. Ces résultats vont
Pour plus d’informations, scannez le QR code :
une voie prometteuse pour ralentir la
certainement motiver de nouveaux essais
Les mitochondries, longtemps présentées
progression de la maladie, préserver
cliniques centrés sur les mitochondries.
comme de simples usines à énergie,
les fonctions essentielles et préserver
apparaissent aujourd’hui comme des
l’activité des neurones.
INTERVALLE / MARS 2026 / 19
DOSSIER
LA MÉMOIRE CACHÉE DES ORGANISATIONS Q U A N D L E PA S S É FA Ç O N N E L ’ I N N O VAT I O N
Q
uand on parle de mémoire, on pense presque toujours à la mémoire individuelle : celle du cerveau, des souvenirs, des émotions. Mais si la mémoire ne se logeait pas seulement dans nos têtes ? Et si les organisations — entreprises, universités, administrations, réseaux de transport — avaient elles aussi une mémoire ? C’est à cette idée, aussi simple que déroutante, que s’intéresse Lise Arena, chercheuse à Université Côte d’Azur, spécialiste de l’analyse des innovations numériques et des transformations organisationnelles par le prisme du temps long.
Pour étudier cette mémoire organisationnelle, Lise Arena travaille à partir d’archives : rapports d’ingénieurs, comptes rendus de réunions, correspondances internes, articles de presse, iconographie, mais aussi entretiens avec d’anciens acteurs…
L’objectif est de reconstituer les trajectoires sur plusieurs décennies, voire plus d’un siècle. La question des innovations dans le tramway niçois est un exemple particulièrement parlant. En remontant
Une organisation accumule des
à la première infrastructure de tramway,
traces : des documents, des routines,
inaugurée au début du XXème siècle puis
des savoir-faire, des infrastructures
démantelée en 1953, la chercheuse montre
techniques, mais aussi des récits que
que pannes, accidents et incidents ne sont
l’on se transmet. Et cette mémoire n’est
pas des anomalies. Ce sont des moments
pas un simple stock passif rangé sur
où l’infrastructure devient visible, où la
des étagères ou dans des serveurs. Elle
mémoire du système refait surface à
agit et elle influence les décisions, rend certaines options évidentes, naturelles et en invisibilise d’autres. Autrement dit, le passé continue de peser sur le présent y compris quand on innove. COMPRENDRE L’INNOVATION… EN REGARDANT EN ARRIÈRE Les travaux de Lise Arena sur les projets informatiques et les systèmes d’information mettent en évidence un constat frappant : les échecs technologiques ne sont presque jamais uniquement techniques. Dépassements Ces problèmes sont souvent liés à des décisions passées, à des habitudes organisationnelles, à des projets antérieurs mal digérés : même quand on innove, on agit avec une mémoire, parfois implicite, parfois mal maîtrisée.
20 / INTERVALLE / MARS 2026
© Lise Arena
de coûts, retards, résistances internes…
Lise Arena dans la bibliothèque de Bodley de l’université d’Oxford
DOSSIER
travers la maintenance, la régulation et les ajustements organisationnels. Derrière un tram qui arrive à l’heure, il y a toute une activité invisible — techniciens, régulateurs, ingénieurs — qui conditionne la robustesse du service. TRADING AUTOMATISÉ, IA, BLOCKCHAIN : RIEN DE VRAIMENT « NEUF » Cette lecture historique s’applique aussi à des technologies beaucoup plus récentes. En travaillant sur les marchés financiers, Lise Arena s’est intéressée à l’émergence des technologies de trading à haute fréquence. En explorant les archives du Wall Street Journal, elle met en lumière des continuités étonnantes : dès le début du XXème siècle, le ticker, une petite machine diffusant les cotations, alimentait déjà des stratégies fondées sur la vitesse de l’information. Même constat pour l’intelligence artificielle ou la blockchain : ces technologies s’inscrivent dans des imaginaires anciens, porteurs de promesses parfois exagérées. Comprendre d’où viennent ces promesses, qui les formulent et comment elles circulent, est essentiel pour en saisir les enjeux © ProQuest Historical Newspapers
éthiques, sociaux et environnementaux. Au cœur de ses travaux se trouvent plusieurs idées fortes. D’abord, l’innovation n’est presque jamais une rupture totale. Elle est faite de recombinaisons, de bifurcations, d’échecs et de retours en arrière. Ensuite, une grande partie de la mémoire organisationnelle est invisible : maintenance, transmission des gestes, savoir-faire discrets mais essentiels. Enfin, la mémoire peut devenir un outil
Publicité du « ticker » en 1919 par le distributeur Dalton
SE SOUVENIR POUR MIEUX DÉCIDER
stratégique. Contrairement à une idée
comprendre ce qu’elles prolongent, ce qu’elles transforment… et ce qu’elles
reçue, elle n’est pas toujours un frein à
Dans une société obsédée par
l’innovation. Dans certaines entreprises
l’immédiateté et la nouveauté, les
familiales, par exemple, l’histoire sert
travaux de Lise Arena invitent à ralentir.
Travailler sur la mémoire des
de repère, de garde-fou. Elle alimente
À se méfier de l’idée selon laquelle
organisations, ce n’est pas être
aussi des stratégies d’image, comme le
toute innovation serait positive par
nostalgique. C’est se donner les moyens
marketing de la nostalgie, de la Renault
nature. Revenir aux trajectoires, aux
d’imaginer des futurs plus lucides, plus
5 électrique au retour des vinyles ou des
archives, aux récits, c’est reprendre du
responsables et plus désirables.
Polaroids.
pouvoir collectif sur les technologies :
rendent impossible.
INTERVALLE / MARS 2026 / 21
DOSSIER
ARCHIVES EN BOUCLE C O M M E N T L E S I M A G E S FA B R I Q U E N T NOTRE MÉMOIRE COLLECTIVE
P
ourquoi se souvient-on tous des mêmes images du 11 septembre ? Pourquoi l’Europe s’incarne-t-elle toujours dans les mêmes visages et les mêmes scènes ? Avec le projet CROBORA, le chercheur Matteo Treleani explore un phénomène puissant mais discret : la réutilisation massive des archives audiovisuelles. Un travail qui révèle comment, à force d’être répétées, certaines images deviennent notre mémoire commune.
comment les archives télévisuelles contribuent à façonner une mémoire européenne. Son équipe a étudié les journaux entre 2001 et 2020, publiques et privées, en France et en Italie de six chaînes, ainsi que leurs comptes YouTube. Première surprise : les images utilisées pour raconter la construction européenne sont presque toujours les mêmes, quel que soit le pays ou la chaîne. Les discours de Robert Schuman, les ruines de la Seconde Guerre mondiale, les poignées de mains entre dirigeants… L’Union
On croit souvent que les images
européenne est systématiquement
d’archives sont des témoins fidèles du
associée à la paix retrouvée après les
passé. Elles seraient la preuve visuelle,
bombardements.
la trace indiscutable d’un événement. Mais que se passe-t-il quand ces images
En revanche, d’autres dimensions sont
sont sans cesse réutilisées, recyclées,
absentes : la question coloniale, pourtant
remontrées dans d’autres contextes ?
structurante dans l’histoire européenne,
Et si, à force de revoir les mêmes
ou encore le rôle des femmes dans
séquences, elles finissaient par façonner
sa construction. On parle des « pères
notre manière de nous souvenir ?
fondateurs », jamais des mères fondatrices. Ce n’est pas forcément un
LE 11 SEPTEMBRE : UNE MÉMOIRE EN BOUCLE Prenons un exemple frappant : le 11 septembre 2001. Quand on évoque cet événement, presque tout le monde visualise les mêmes scènes : les avions percutant les tours du World Trade Center, leurs effondrements, les nuages de
choix idéologique conscient.
C’est souvent une question de facilité et de disponibilité : on réutilise les images déjà indexées, déjà montées, déjà prêtes à l’emploi.
poussière. Ces images ont été diffusées en boucle, reprises dans les documentaires,
LA LOI DU PLUS FACILE
les journaux télévisés, les films. Résultat : nous partageons tous un socle visuel
Produire de nouvelles images coûte cher.
commun. Ces séquences sont devenues
Aller tourner sur le terrain demande
des images emblématiques, des symboles
du temps et des moyens. À l’inverse,
condensés d’un événement complexe.
puiser dans une base de données est
Elles structurent notre mémoire collective.
rapide et gratuit. Quand un journaliste
Pourtant, elles ne montrent qu’une partie
cherche « migrant » dans un moteur
de ce qui s’est passé.
de recherche interne, les premières images qui apparaissent sont souvent
22 / INTERVALLE / MARS 2026
Dans son dernier projet de recherche
des bateaux surchargés traversant la
soutenu par l’Agence Nationale de la
Méditerranée. Dans le corpus étudié,
Recherche (ANR), le chercheur analyse
sur 2000 images liées aux migrants,
DOSSIER
française et au web archivé par l’Institut National de l’Audiovisuel. Grâce à des outils d’annotation automatique et à des méthodes statistiques, les chercheurs détectent les répétitions à grande échelle. Ils travaillent aussi avec des spécialistes en analyse de données pour comprendre les causes structurelles de ces choix visuels. Car la grande question demeure : ces répétitions sont-elles intentionnelles ? © Adobe Stock
Pour y répondre, l’équipe combine
Mémorial de New York pour les évènements du 11 septembre 2001
environ 700 montrent des embarcations
des images dans les réponses des
clandestines. Un tiers ! Pourtant, la
moteurs de recherche.
migration est majoritairement légale et
analyses quantitatives et enquêtes de terrain auprès des professionnels. L’objectif des mois à venir n’est pas de pointer du doigt, mais de comprendre les logiques à l’œuvre. DES IMAGES QUI FONT MÉMOIRE Les archives audiovisuelles ne sont pas
recouvre des réalités multiples : travail,
LA TÉLÉVISION, CHAMPIONNE
de simples illustrations. Elles participent
études, regroupement familial. Mais ces
DE LA RÉPÉTITION
activement à la construction d’une
scènes sont peu visibles.
mémoire commune. En sélectionnant La répétition est massive. En 2023,
certaines images plutôt que d’autres, en
À force de répétition, les images
certaines chaînes diffusent 15 à 23 heures
les répétant, en les rendant familières,
de ces embarcations deviennent
d’images par jour, dont une large part est
les médias contribuent à fixer des
emblématiques. Cette représentation des
composée de rediffusions, de génériques,
représentations durables.
migrations est réductrice, elles réduisent
de publicités ou d’archives réutilisées.
un phénomène complexe à une
Et demain ? Avec les images générées par
représentation stéréotypée. Là encore,
Dans les chaînes d’information en
intelligence artificielle, la frontière entre
il ne s’agit pas toujours d’une intention
continu, l’actualité est en moyenne
document et reconstruction pourrait
délibérée. C’est le plus souvent la
composée aux deux tiers d’images déjà
devenir encore plus floue. Mais, comme le
structure même des bases de données et
produites, recyclées. Ces images ne sont
montre Matteo Treleani, le brouillage du
des logiques de production qui favorise
pas forcément fausses mais le lien avec
lien entre image et réalité ne date pas d’hier.
cette redondance.
l’événement est parfois flou.
La plupart des images que nous voyons ne correspondent déjà pas exactement à ce
Le même mécanisme apparaît dans
Une manifestation illustrée par des
la représentation des frontières
images tournées cinq ans plus tôt.
européennes. Les frontières internes
Une séquence générique pour « faire
Comprendre ces mécanismes, c’est
sont illustrées par des autoroutes, des
comprendre » une situation. En
apprendre à regarder autrement. On
aéroports, des camions, des panneaux
sémiotique, on parle d’indexicalité : le
peut se demander : pourquoi cette
de signalisation : une circulation fluide.
lien entre l’image et l’événement réel
image, et pas une autre ? Car derrière
Les frontières externes, elles, sont
peut être plus ou moins évident. Et
chaque archive diffusée se joue, en
montrées à travers des grillages, des
souvent, il est approximatif. Aujourd’hui,
silence, une bataille pour la mémoire.
patrouilles, des barrages policiers.
les espaces de diffusion se multiplient : sites web, Yotube, TikTok. Il faut remplir
qu’elles prétendent montrer.
Cet article a été rédigé dans le
Pourquoi ces différences ? Parce que
toujours plus d’heure et continuer de
si l’on cherche un objet dans une base
capter l’attention. Réutiliser des images
d’archives, on trouve certaines images
est une solution efficace et économique.
d’Azur qui assure la médiation
manière dont les images sont classées
Le projet AVENIR élargit l’analyse à
financés par l’ANR en 2020
avec des mots clés – structure les choix
l’ensemble du dépôt légal de la télévision
très spécifiques. L’indexation – la
cadre du projet ANR SAPS Côte des projets de recherche
INTERVALLE / MARS 2026 / 23
DOSSIER
MAYAS UNE HISTOIRE DE FORÊT, ENTRE MYTHES ET RÉALITÉS
Q
uand on pense aux Mayas, on voit des pyramides surgissant au cœur d’une jungle impénétrable... Les Mayas l’ont-ils détruite ? Ou protégée ? La recherche de Lydie Dussol, archéologue au laboratoire CEPAM, nous interroge sur la façon dont les Mayas utilisaient les ressources des forêts.
caraïbes... Mais au sein des forêts, comment ont-elles vécu ? Comment les ont-elles utilisées ? Ont-elles provoqué des incendies ? Défriché massivement ? Planté et entretenu des arbres utiles ? LIRE LE PASSÉ DANS LES POLLENS ET LES CHARBONS Pour remonter le temps, les
UNE CIVILISATION SUR LA DURÉE
scientifiques étudient… les traces de pollen et les restes de charbon de bois.
La civilisation maya apparaît vers 2000 Chaque plante produit un pollen
dans le sud du Mexique et connaît son
différent. Avec le temps, le pollen est
apogée entre 250 et 900 après J.-C. Mais
fossilisé et conservé dans les sédiments.
l’histoire ne s’arrête pas là : aujourd’hui
La palynologie est la science qui permet
encore, des millions de Mayas vivent
de les analyser et en les identifiant, on
au Guatemala, au Mexique, au Belize
reconstitue les paysages anciens. Forêt
ou au Honduras. On parle de Mayas
dense ? Milieu ouvert ? Végétation
« modernes », héritiers d’une histoire de
aride ? C’est une véritable enquête
plusieurs millénaires.
botanique.
Entre 2000 avant J.-C. et 1000 après
La spécialité de Lydie Dussol, elle,
J.-C., ces sociétés ont occupé des
s’appelle l’anthracologie : l’étude des
milieux très variés : plaines tropicales,
charbons de bois retrouvés sur les
montagnes volcaniques, côtes des
sites archéologiques. Les sociétés
© Christine Heinz
avant notre ère en Amérique centrale et
Photo prise au microscope optique à réflexion de charbon de bois moderne de l’espèce Manilkara zapota
24 / INTERVALLE / MARS 2026
© Lydie Dussol
DOSSIER
Vue de la forêt sur le célèbre site de Tikal, au Guatemala
préindustrielles utilisaient le bois au
la déforestation est la plus marquée,
champions du développement durable
quotidien : pour cuire les aliments,
les charbons révèlent l’arrivée
avant l’heure, vivant en parfaite
construire, fabriquer des outils, s’éclairer,
de bois provenant de zones plus
harmonie avec la forêt. Ces modèles
se chauffer... Les restes de foyers
éloignées. Cela suggère des systèmes
simplistes sont parfois amplifiés
s’accumulent dans les sols et peuvent se
d’approvisionnement et sans doute
par les préoccupations écologiques
conserver pendant des siècles.
des échanges, peut-être des formes
contemporaines : les Mayas servent alors
de marché. Les Mayas s’adaptent,
d’arguments, soit comme avertissement,
Au laboratoire, les échantillons
réorganisent leurs ressources, font
soit comme modèle idéal.
prélevés sur le terrain sont observés au
évoluer leurs réseaux.
microscope à réflexion. En comparant
Quant aux données archéologiques,
les structures microscopiques des
À l’inverse, sur le site paléoindien
elles racontent une autre histoire : celle
charbons avec une « bibliothèque » de
El Gigante au Honduras, occupé il
d’une grande diversité de situations. Les
bois constituée avec des botanistes, on
y a 10 000 ans, l’étude montre une
trajectoires varient selon les régions,
peut identifier les essences : pin, chêne,
évolution naturelle de la végétation
les périodes, les choix économiques et
bois tropical… L’analyse de milliers
depuis la fin de la dernière glaciation
politiques. Il n’y a pas un modèle Maya,
de fragments permet de dresser un
et jusqu’au premier millénaire de notre
mais des adaptations permanentes à des
véritable portrait des forêts exploitées
ère, sans impact humain significatif. La
milieux changeants.
et de suivre leurs éventuelles évolutions
forêt actuelle résulte d’une succession
sur des centaines d’années.
écologique lente et indépendante des
a travaillé sur le site de Naachtun, au
MÉMOIRE, SCIENCE ET ENJEUX
Guatemala. Elle a montré un impact
ACTUELS
Derrière ces fragments noirs ou ces grains microscopiques, se cache une mémoire discrète mais puissante : celle des relations entre les humains et leur environnement.
déforestation importante, sans doute
Pendant longtemps, deux visions
Comprendre comment les sociétés
associée à une pression sur le bois de
opposées ont dominé. La première
mayas ont transformé – et parfois
feu, alors indispensable pour se nourrir.
présente les Mayas comme responsables
préservé – leurs forêts, ce n’est pas
de leur propre effondrement, victimes
seulement parler du passé. C’est aussi
Mais l’histoire ne s’arrête pas à une
d’une surexploitation massive des
réfléchir à nos propres choix face aux
simple surexploitation. Au moment où
ressources. La seconde en fait des
défis écologiques d’aujourd’hui.
activités humaines. NAACHTUN : QUAND LA FORÊT S’ÉLOIGNE
Deux contextes, deux trajectoires très différentes pour les forêts.
Dans le cadre de sa thèse, Lydie Dussol
très fort des habitants sur la forêt :
INTERVALLE / MARS 2026 / 25
DOSSIER
AVANT ET APRÈS LA SHOAH
© Adobe Stock
U N E H I S TO I R E À R E C O N T E X T UA L I S E R
Mémorial de la Shoah de Berlin
C
omprendre le passé ne consiste pas seulement à empiler des dates. C’est aussi essayer de voir le monde avec les yeux de celles et ceux qui l’ont vécu. En travaillant sur les Juifs de France face au nazisme et sur les mémoires de la Shoah, l’historien Jérémy Guedj interroge les idées reçues et éclaire la façon dont les sociétés perçoivent, transmettent et transforment leur histoire.
Ses recherches explorent la circulation du fascisme en Europe. Une approche essentielle pour comprendre que les idéologies ne restent jamais confinées à un pays : elles voyagent, se transforment, s’adaptent aux contextes nationaux et touchent particulièrement les minorités. Un des axes majeurs de son travail
COMPRENDRE LE DANGER AVANT
porte sur l’avant et l’après Shoah. Dans
LA CATASTROPHE
un ouvrage consacré à la manière dont les Juifs français percevaient le nazisme
26 / INTERVALLE / MARS 2026
Et si les Juifs de France avaient décelé
dans les années 30, Jérémy Guedj
la menace nazie ? Et si la mémoire de
remet en cause une idée largement
la Shoah n’avait pas attendu les années
répandue : celle de Juifs inconscients
1980 pour exister ? C’est à ces questions
du danger, aveugles à ce qui se
que s’attaque Jérémy Guedj, historien
préparait. En explorant archives, presse
au Centre de la Méditerranée Moderne
de l’époque, brochures militantes et
et Contemporaine (CMMC), en croisant
témoignages, il montre au contraire
histoire des minorités, circulations
une grande lucidité de leur part, dans
politiques et étude des mémoires.
la mesure des informations disponibles.
DOSSIER
La Ligue internationale contre
une mémoire collective existe dès 1945,
les travaux de sociologues et d’historiens
l’antisémitisme (LICA, future LICRA), par
même si elle n’a pas encore la visibilité
comme Henry Rousso (Le Syndrome
exemple, participe dès les années 30
publique qu’elle prendra plus tard.
de Vichy), Pierre Nora (Les Lieux de
à la traduction de Mein Kampf, précisément pour alerter l’opinion publique française. Personne ne pouvait imaginer la forme terrible, l’entreprise de mort à échelle industrielle que prendrait l’extermination des Juifs, mais le danger nazi était perçu comme
Longtemps, la Shoah est éclipsée par le récit global de la Seconde Guerre mondiale et le génocide des Juifs passe au second plan.
grave, réel et à grande ampleur ; le
mémoire) ou encore Noëlline Castagnez. La mémoire n’est pas figée : elle évolue, se recompose, se mobilise parfois dans le débat public. Ainsi, dans les années 30, l’affaire Dreyfus est une référence centrale pour les Juifs français ; dans les années 1960, l’affaire
terme d’« extermination » fut très tôt
Le film Shoah de Claude Lanzmann en
n’a plus la même force mobilisatrice
prononcé. Les Juifs de France ne sont
1985 positionnera le génocide sur le
même si elle continue de marquer une
donc pas restés passifs : ils ont tenté de
premier plan. Cependant des travaux
mémoire nécessairement lointaine.
comprendre, d’agir et d’alerter.
récents, comme ceux d’Annette Wieviorka, de François Azouvi ou de Simon Perego
Aujourd’hui encore, les mémoires de la
APRÈS - GUERRE : UNE MÉMOIRE PLUS
montrent que cette mémoire était déjà
Shoah et de Vichy continuent d’évoluer
PRÉCOCE QU’ON NE LE CROIT
bien présente avant. Les historiens parlent
au gré des générations, des travaux de
aujourd’hui de régimes de mémoire pour
recherche et des contextes politiques. En
Concernant l’après-guerre, un autre
désigner la manière dont une société se
retraçant à la fois la perception du nazisme
mythe s’est installé : celui du silence de
souvient des différentes époques.
avant-guerre et les formes précoces de
la mémoire. Là encore, l’historien nuance.
mémoire après 1945, les travaux de Jérémy Cette réflexion s’inscrit dans un vaste
Guedj invitent à replacer chaque période
familiale et toujours douloureuse. Mais
renouvellement de l’histoire, nourri par
dans son contexte.
© Adobe Stock
Certes, la mémoire est d’abord intime,
Mur des noms du Mémorial de la Shoah à Paris
INTERVALLE / MARS 2026 / 27
DOSSIER
MASTER SCIENCES COGNITIVES
V
ous souhaitez comprendre comment nous percevons, apprenons, décidons et interagissons avec le monde ? Le Master de Sciences Cognitives offre une formation interdisciplinaire, à la croisée de la psychologie,des neurosciences, de l’intelligence artificielle, de la linguistique et de la philosophie. Les sciences cognitives étudient les mécanismes de la pensée, de la perception, du langage ou encore de la mémoire, en croisant les regards de
construit autour d’un tronc commun enrichi par des options choisies en fonction des intérêts disciplinaires.
Les étudiants et étudiantes se forment au travail en équipe dans des laboratoires de recherche, aux analyse des résultats scientifique, en traitement de données, ainsi qu’en communication scientifique, notamment en anglais.
la psychologie, des neurosciences, de
Le parcours intègre également des
l’informatique et de la linguistique.
stages à la fin de chaque semestre, dont un stage de 6 mois en M2 en
Porté par l’Institut NeuroMod, le
laboratoire de recherche ou en
Master Sciences Cognitives d’Université
entreprise, favorisant une immersion
Côte d’Azur est une formation
professionnelle.
interdisciplinaire de deux ans qui vise à apporter aux étudiantes et étudiants
Ce master prépare à des métiers
les compétences nécessaires pour la
tels que chargé de projet en R&D ou
recherche fondamentale ou appliquée
ingénieur d’études en laboratoire de
dans le domaine des sciences cognitives.
recherche, tout en ouvrant la voie à une poursuite d’études en doctorat dans
L’enseignement, dispensé sur plusieurs
les sciences cognitives ou disciplines
campus niçois (Carlone, Valrose, Saint-
apparentées.
© Adobe Stock
Jean d’Angély) et à Sophia-Antipolis, est
28 / INTERVALLE / MARS 2026
‘
OPINION
MIGRATIONS : QUAND LES PRÉJUGÉS S’EN MÊLENT
Ces données ne font pas disparaître les tensions, mais elles déplacent le débat vers des faits objectivés. Le regard historique apporte un éclairage complémentaire. Les figures de l’« Autre » n’ont cessé d’évoluer : Belges, Italiens ou Polonais hier, populations issues du monde colonial puis postcolonial depuis les années 60. L’altérité se redéfinit au fil
Yvan Gastaut est maître de conférences à l’Unité de Recherches Migrations et Société (URMIS). Il est historien de l’époque contemporaine.
‘‘
du temps, souvent au prix de nouvelles stigmatisations. Les archives, les médias, le cinéma, la chanson ou encore la publicité témoignent de ces oscillations entre rejet, tolérance et célébration de la diversité. Sommes-nous pour autant plus tolérants qu’hier ? L’histoire invite à une réponse nuancée. Des progrès sont indéniables, mais ils ne garantissent pas
Le préjugé est une opinion a priori,
Pierre-André Taguieff dans La force
l’absence de repli ni de basculement
favorable ou défavorable, que l’on
du préjugé, le racisme ne se limite pas
rapide, souvent déclenchés par des
se forge sur quelqu’un ou quelque
à des attitudes explicites : il s’inscrit
crises ou des événements médiatisés.
chose à partir de critères personnels,
aussi dans des catégories de pensée,
Dans ce contexte, le rôle des chercheurs
d’expériences limitées ou d’apparences.
des raccourcis et des associations
est d’ajouter des éléments factuels et
Lorsqu’il s’applique aux migrations, il ne
durables, tels que ceux analysés par
d’argumenter les réflexions : rappeler les
relève pas seulement de l’individuel :
Laurent Mucchielli entre banlieue et
évolutions, déconstruire les amalgames
il devient un fait social à part entière,
délinquance.
et remettre des nuances là où dominent
‘
structurant les débats publics, les
les simplifications.
politiques et les représentations
Les sciences sociales disposent
collectives. C’est ce que montrent
d’outils pour dépasser les premières
Car comprendre les migrations, c’est
depuis longtemps les travaux d’Yvan
idées. En s’appuyant sur de grandes
aussi accepter que les sociétés se
Gastaut qui invitent à regarder
enquêtes statistiques comme
racontent elles-mêmes à travers leurs
l’immigration non seulement comme
Trajectoires et Origines (Ined-Insee)
peurs et leurs espoirs. Les préjugés ne
une réalité démographique, mais
ou le panel Génération 1998 du
disent pas seulement quelque chose des
aussi comme un objet de discours,
Céreq, Jean-Luc Primon a montré
migrants ; ils parlent avant tout de celles
d’émotions et de fantasmes.
comment ces dispositifs permettent de
et ceux qui les produisent.
« sociologiser » le racisme : Étudier les préjugés suppose une approche à deux étages : d’un côté, la réalité des situations migratoires ; de l’autre, leur représentation sociale. Ces dernières, même lorsqu’elles reposent sur des amalgames ou des peurs, ne sont jamais secondaires. Elle alimente les récits médiatiques, façonne l’opinion et peut devenir un moteur central des controverses sur l’immigration. Comme l’a montré
Non plus seulement comme une somme de préjugés individuels ou d’agressions visibles, mais comme un ensemble de mécanismes structurels, institutionnels ou systémiques.
Yvan Gastaut
INTERVALLE / MARS 2026 / 29
MIEUX COMPRENDRE
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE :
DERRIÈRE LA MAGIE ET L’ENGOUEMENT, UNE ÉCONOMIE BIEN RÉELLE
Première question clé : quelles entreprises produisent quels modèles d’IA, et à quels prix ? Aujourd’hui, le secteur est dominé par un très petit nombre de grandes firmes technologiques. Elles investissent des sommes colossales dans les centres de données - on parle de centaines de milliards de dollars engagés. Un niveau d’investissement si élevé que ces entreprises ne peuvent plus faire marche arrière. Résultat : tout le monde se lance dans l’IA, souvent avec des modèles très similaires, tout en se livrant une concurrence sans encore réussir à dégager de profits massifs.
INNOVATION OU CONCENTRATION ? Dans l’histoire économique, l’innovation a souvent rimé avec concurrence. Mais dans le cas de l’IA, la situation est plus complexe. Très peu d’acteurs dominent un marché extrêmement stratégique.
Image générée par IA
L’intelligence artificielle (IA) est partout : dans nos téléphones, nos moteurs de recherche, nos voitures et même nos conversations. Mais derrière les prouesses technologiques et les discours futuristes, se cache une réalité moins visible : une industrie complexe, coûteuse et très concentrée.
Quand on parle d’IA, on pense de suite aux algorithmes surpuissants, à des machines qui apparaissent comme intelligentes. Pourtant, pour Simone Vannuccini et son équipe du Groupe de Recherche en Droit, Economie, Gestion (GREDEG), l’IA est avant tout un marché, avec ses acteurs, ses règles, ses paris… et ses risques. Les chercheurs ne se contentent pas d’observer les technologies, son travail consiste à analyser l’IA comme un secteur économique.
30 / INTERVALLE / MARS 2026
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MIEUX COMPRENRE
Salle de serveurs permettant de stocker et de faire fonctionner les intelligences artificielles
Est-ce une bonne nouvelle pour les consommateurs ? Pour l’innovation ? Pas forcément. Moins de concurrence peut signifier moins de diversité, moins de choix et une dépendance accrue à quelques entreprises. C’est pourquoi les travaux de Simone Vannuccini s’intéressent aux relations entre firmes, à leur pouvoir de marché et aux conséquences pour l’économie dans son ensemble. Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, l’équipe a choisi de comparer l’IA aux grandes révolutions technologiques du passé. Fin du XIXème siècle, âge d’or du chemin de fer, bulle internet des années 2000… À chaque fois, une technologie prometteuse attire des investissements massifs, alimente l’enthousiasme, puis traverse une phase de désillusion. L’IA suivra-t-elle le même chemin ? Les ressemblances sont troublantes : promesses spectaculaires, spéculation, course aux investissements et difficultés à transformer l’innovation en bénéfices réels.
DES DONNÉES POUR COMPRENDRE, PAS POUR DEVINER Les chercheurs collectent de grosses quantités de données sur les entreprises : leur âge, leur taille, leurs collaborations, leurs chances de survie. À l’aide de modèles mathématiques et statistiques, ils identifient des tendances : les jeunes entreprises grandissent-elles plus vite ? Les alliances augmentent-elles les chances de succès ? Ironie du sort : l’IA elle-même est utilisée pour étudier l’IA, grâce au web scraping (récupération et organisation automatisées des données Web) et au machine learning (création de systèmes qui apprennent) qui permettent d’analyser automatiquement des milliers d’informations en ligne. L’équipe explore aussi la robotique, un domaine où les modèles de langage sont intégrés directement à des machines physiques, rendant les robots plus adaptables. Autre axe fascinant : la scientométrie. En analysant les publications
scientifiques et leurs citations, les chercheurs cartographient les réseaux de recherche mondiaux : qui innove, où, et avec quels partenaires ?
Au fond, le message est clair : l’IA n’est ni une force surnaturelle ni une simple mode. C’est une technologie puissante, comparable aux grandes innovations du passé, avec des impacts économiques, sociaux et politiques majeurs. Elle pose des questions essentielles sur la concentration du pouvoir, la protection des données, l’emploi, la créativité et les politiques publiques. Plutôt que de céder à la peur ou à l’enthousiasme aveugle, Simone Vannuccini plaide pour une analyse rigoureuse et informée. Car pour décider comment encadrer et utiliser l’IA demain, encore faut-il comprendre comment elle fonctionne… aujourd’hui.
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L’INNOVATION
RÉINVENTER L’ANTIBIOTIQUE CONTRE LE
STAPHYLOCOQUE DORÉ
Chaque année, des bactéries deviennent plus fortes que nos médicaments. À l’Institut de Chimie de Nice, le chercheur Cyril Ronco s’attaque à un ennemi redoutable : le staphylocoque doré résistant à tous les antibiotiques. Son équipe conçoit de nouvelles molécules pour éviter l’impasse thérapeutique qui menace déjà les hôpitaux.
La résistance aux médicaments est souvent présentée comme un problème du futur. En réalité, il existe déjà là. Lorsqu’on tente d’éliminer un système vivant, une bactérie ou une cellule cancéreuse, celui-ci fait tout pour survivre. Résultat : au fil du temps, ces systèmes vivants vont muter et certains traitements antibiotiques ou anti-cancéreux deviennent inefficaces. C’est dans ce contexte que s’inscrivent les travaux de Cyril Ronco. Son objectif : concevoir de nouveaux outils moléculaires capables de contourner ces mécanismes de résistance. Parmis les menaces les plus urgentes, le staphylocoque doré est la plus fréquente des infections nosocomiales. Cette redoutable bactérie provoque des infections graves et est l’un des premiers agents responsables d’infections nosocomiales. Le problème ? Certaines souches sont désormais multirésistantes, c’est-à-dire qu’elles échappent à presque tout l’arsenal d’antibiotiques disponible. En pratique, les médecins utilisent un traitement de « première ligne », puis un second, puis un troisième… Pour le staphylocoque doré, certains patients arrivent malheureusement déjà au bout de la liste, en situation d’échec thérapeutique.
UNE NOUVELLE IDÉE NÉE DU DIALOGUE ENTRE CHIMIE, BIOLOGIE ET CLINIQUE Le projet porté par Cyril Ronco est né d’une collaboration étroite entre son équipe de chimistes et celle de Laurent Boyer, chercheur au Centre Méditerranéen de Médecine Moléculaire (C3M), en lien direct avec les cliniciens de l’hôpital de l’Archet.
Face à cette impasse, il faut innover. L’idée de départ est ingénieuse : créer un nouveau type d’antibactérien en fusionnant deux éléments chimiques distincts. L’un est très courant dans les antibiotiques existants, l’autre est plus rare et particulièrement modulable. En les combinant, les chercheurs espèrent obtenir une structure chimique totalement inédite, capable de déjouer les mécanismes de résistance connus. Pour tester cette hypothèse, plus de 300 molécules différentes incorporant cette structure de fusion ont d’abord été synthétisées au laboratoire. Elles
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L’INNOVATION
ont ensuite été testées contre deux souches de staphylocoque doré. Le verdict est sévère : seules deux molécules appartenant à une même famille chimique montrent une activité prometteuse. En recherche, on les appelle des molécules « hits ». Mais ce n’est que le début. À partir de ces molécules hits, les chimistes entament un travail minutieux d’optimisation. Ils modifient chaque partie de la molécule, un groupe chimique après l’autre, pour comprendre ce qui déclenche l’activité antibactérienne et comment l’amplifier. Cette approche permet d’établir des corrélations entre une structure 3D et l’activité de la protéine : une véritable cartographie d’activité moléculaire.
DU LABORATOIRE À LA SOURIS… ET AU - DELÀ
Les résultats sont très encourageants. Les composés sont actifs aussi bien contre des bactéries « naïves » que contre des bactéries déjà résistantes à plusieurs antibiotiques. Mieux encore : aucune résistance ne semble apparaître lors d’expériences prolongées. Une performance rare, qui peut s’expliquer par le caractère totalement nouveau de cette classe chimique. Les tests se poursuivent in vivo, chez la souris. Là encore, les résultats sont au rendez-vous : les molécules sont solubles, bien distribuées dans
l’organisme et efficaces contre l’infection, avec des propriétés comparables à celles de médicaments déjà sur le marché. Reste désormais à franchir une étape clé : le passage vers le développement industriel. Le projet a donné lieu au dépôt d’un brevet en 2022 protégeant la famille de molécules et leur activité. Lauréat du concours national d’innovation i-Lab, le projet dispose de financements suffisants, et une start-up est en cours de structuration pour mener à bien la suite du développement : des phases précliniques jusqu’aux essais cliniques. Aux côtés de Laurent Boyer et de Juan Garcia-Sanchez, Cyril Ronco prépare désormais la suite. Il faut mettre ces molécules en forme pour qu’elles deviennent de vrais traitements : crème ou comprimé, production à plus grande échelle, tests de stabilités... En route vers un futur médicament !
© Institut Pasteur
Grâce à ces ajustements successifs, les chercheurs obtiennent des
molécules lead, des molécules plus actives et les plus sélectives vis-à-vis de la cible thérapeutique. Elles sont ensuite soumises à une série de tests indispensables : absence de toxicité pour les cellules humaines, efficacité contre des souches cliniques de staphylocoque doré prélevées chez des patients, y compris des souches multirésistantes.
Observation d’un groupe de staphylocoque doré vu au microscope électronique
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L’HISTOIRE D’UNE RECHERCHE
COURANTS, CANAUX ET MIGRAINES :
LE VOYAGE ÉLECTRIQUE DE NOS NEURONES Depuis plus de deux siècles, les scientifiques traquent un phénomène étonnant : notre corps produit de l’électricité, et nos neurones l’utilisent pour communiquer à grande vitesse. De la grenouille de Galvani aux techniques modernes capables d’ouvrir ou de fermer un canal ionique avec un simple flash lumineux… l’histoire de la bioélectricité est pleine de coup de théâtre. À l’Institut de Biologie Valrose, l’équipe de Guillaume Sandoz explore aujourd’hui une famille de canaux cruciale pour comprendre la douleur et la migraine.
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DES GRENOUILLES QUI TRESSAILLENT : NAISSANCE DE LA BIOÉLECTRICITÉ Tout commence en 1756, à Padoue. Le médecin Leopoldo Caldani applique des décharges électriques sur des muscles et sur un cœur isolé. Et là, miracle : ça bouge ! La grenouille devient rapidement l’animal star des expériences : hyper-sensible, elle dévoile que les nerfs réagissent à l’électricité comme de petits câbles vivants. Quelques années plus tard, en 1780, Luigi Galvani remarque qu’une cuisse de grenouille tressaute lorsqu’elle est reliée à deux métaux. Il y voit la preuve d’une « électricité animale » produite par le corps. Mais tout le monde n’est pas d’accord. Alessandro Volta, lui, pense que le courant vient des métaux, pas du corps. Pour soutenir son idée, il invente en 1799 la première pile électrique. Un désaccord fécond : des débats entre Galvani et Volta naît l’électrophysiologie moderne.
LE LANGAGE ÉLECTRIQUE DES NEURONES Pourquoi l’électricité ? Parce que c’est ultra-rapide. Les neurones transforment les informations en impulsions électriques qui filent le long des fibres nerveuses en quelques millièmes de seconde. Au cœur de ce mécanisme : les canaux ioniques, de minuscules portes intégrées dans la membrane des cellules. En s’ouvrant ou en se refermant, elles laissent passer des ions et génèrent des courants électriques. À partir des années 1940, puis en 1960, Alan Hodgkin et Andrew Huxley étudient l’axone géant du calamar – tellement large qu’on peut y glisser une électrode. Leurs travaux, récompensés par un Nobel en 1963, décrivent le fonctionnement électrique du neurone avec une précision inédite. À la fin des années 1970, la méthode du patch-clamp apparaît, se perfectionne et permet pour la première fois d’enregistrer le courant d’un seul canal ionique. Puis en 2003, Rod MacKinnon obtient le Nobel pour la première structure 3D d’un canal ionique. En 2021, David Julius et Ardem Patapoutian sont également récompensés pour la découverte des canaux permettant de sentir la chaleur, le froid ou la pression. En un siècle, nos neurones ont cessé d’être des boîtes noires.
À l’Institut de Biologie Valrose, l’équipe de Guillaume Sandoz se concentre sur une famille de canaux découverte en 1996 : les canaux K2P, pour « deux domaines pore ». Leur rôle ? Laisser s’échapper des ions potassium pour maintenir le calme électrique des neurones. Quand ces portes se ferment, les neurones deviennent plus sensibles. Cette plus grande sensibilité peut faire basculer vers plusieurs pathologies, notamment les douleurs chroniques et les migraines – ces dernières touchant trois fois plus les femmes que les hommes. En 2010, une étude montre qu’une mutation du canal TRESK est associée à une forme familiale de migraines. Neuf ans plus tard, l’équipe niçoise démontre que certaines mutations ne bloquent pas seulement TRESK, mais aussi deux cousins : TREK1 et TREK2. Quand ces trois canaux sont mis hors service, les neurones deviennent hyperexcitables, et la migraine s’installe. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’en ciblant TREK1 et TREK2, on peut restaurer un fonctionnement normal, ouvrant la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques.
© iBV
L’HISTOIRE D’UNE RECHERCHE
Enregistrement de l’activité d’un canal ionique. Les pics correspondent à l’ouverture du canal
TÉLÉCOMMANDER LA DOULEUR : LA LUMIÈRE COMME NOUVEAU MÉDICAMENT Reste une question : comment piloter finement ces canaux ? En 2023, les chercheurs et chercheuses modifient une molécule et obtiennent LAKI. Résultat : une molécule photosensible qui change de forme selon la lumière reçue. Sous la lumière violette, elle bloque certains canaux et sous la lumière verte, la molécule redevient inactive. Chez la souris, dans le noir, rien ne se passe. Mais un flash violet de 20 secondes suffit à réduire la sensibilité mécanique… puis l’effet disparaît. La douleur peut même être modulée au millimètre près, comme on réglerait la luminosité d’une lampe.
© iBV
Et ce n’est pas tout : même le ver C. elegans, qui ne possède que 302 neurones, modifie son comportement sous lumière violette en présence de LAKI.
Représentation du canal TRAAK réalisée par l’intelligence artificielle générative
Plus récemment, l’équipe a montré que, chez la souris, certains de ces canaux peuvent être directement activés par la lumière UV. Une simple exposition à cette lumière suffit, chez le rongeur, à réduire la douleur. Des analyses moléculaires révèlent
qu’un acide aminé précis rend le canal TRAAK sensible aux UV. Si on le remplace, la sensibilité disparaît. La lumière active donc réellement le canal, hyperpolarise les neurones… et diminue la douleur.
UNE PISTE POUR DE FUTURS ANALGÉSIQUES ? Chez la souris, on teste le seuil de tolérance à la douleur en mesurant le temps de retrait de la patte. L’activation lumineuse du canal permet de doubler ce temps ; elles sont donc moins sensibles à la douleur. Cet effet est efficace pendant plusieurs heures. L’effet dépasse même celui de certains analgésiques classiques comme l’ibuprofène, y compris pour les douleurs chroniques. Testée chez le rat, la méthode fonctionne tout aussi bien.
Cette approche ouvre une nouvelle voie : manipuler les canaux K2P avec la lumière pour offrir une analgésie précise, réversible et non invasive. Une idée audacieuse et des résultats prometteurs qui pourront transformer la prise en charge de la douleur.
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JEUNE SCIENTIFIQUE
DROSOPHILE : LE PETIT INSECTE QUI RÉVÈLE LES GRANDS MYSTÈRES DU X
Comment une cellule devient muscle, cerveau ou poumons ? Et pourquoi le fait d’avoir un chromosome X ou deux peut parfois tout faire basculer ? Océane Tournière, post-doctorante à l’institut de Biologie Valrose (iBV) explore les coulisses du développement embryonnaire chez la mouche drosophile. Elle révèle comment un déséquilibre génétique entre mâles et femelles peut devenir fatal.
UNE MÊME RECETTE POUR TOUS, OU PRESQUE Au départ, toutes les cellules d’un embryon se ressemblent. Pourtant, très vite, certaines se spécialisent. Ce grand jeu appelé différenciation repose sur une orchestration extrêmement précise de gènes, activés ou éteints au bon moment, au bon endroit. Parmi les plus importants : les chromosomes sexuels. Chez l’humain, comme chez la mouche, les femelles possèdent deux chromosomes X , les mâles un seul. Problème : ce chromosome contient de nombreux gènes essentiels au développement. Comment faire pour que mâles et femelles, malgré un nombre différent de chromosomes X, produisent la même quantité de protéines ? La réponse tient en un mécanisme clé : la compensation de dose.
QUAND L’ÉQUILIBRE SE ROMPT, TOUT S’ARRÊTE Les mâles compensent leur unique chromosome X en amplifiant l’expression des gènes du chromosome X grâce à un groupe de protéines appelées MSL (male-specific lethal, traduit en français par mort spécifique des mâles). Ces protéines sont capables de cibler spécifiquement l’unique chromosome X des mâles afin d’en compenser son unique exemplaire. Si ce ré‑équilibrage ne s’établit pas correctement, le résultat est sans appel : les mâles meurent. Chez l’humain, un défaut comparable peut être observé dans le syndrome de Turner où les individus ne possèdent qu’un seul chromosome X. Les conséquences sont lourdes avec des anomalies du développement. Pendant près d’un siècle les scientifiques se sont surtout demandé comment fonctionnaient cette compensation… sans vraiment chercher pourquoi son absence est létale, ni dans quels tissus elle est réellement indispensable.
UNE LÉTALITÉ… TRÈS CIBLÉE C’est précisément cette question qu’a voulu explorer Océane Tournière pendant son post-doctorat. En utilisant la mouche drosophile, un modèle idéal grâce à ses innombrables outils génétiques et ses quelques 150 types cellulaires bien décrits, elle a observé l’effet de l’absence du complexe MSL dans l’organisme.
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JEUNE SCIENTIFIQUE
Drosophile observée à sa taille réelle
Étonnamment, cette machine génétique n’est pas vitale dans tous les organes. Les neurones, par exemple, semblent étonnamment résistants. En revanche, dans certaines cellules souches des poumons, son absence déclenche un mécanisme radical : l’apoptose, c’est-à-dire la mort programmée des cellules. En utilisant la microscopie confocale et des marqueurs fluorescents spécifiques, la jeune chercheuse a pu visualiser précisément les tissus pulmonaires et suivre leur dégénérescence.
sont cruciaux dans des contextes très précis du développement. Identifier ces gènes, comprendre comment leur dosage est régulé — ou dérégulé — ouvre la voie à une meilleure compréhension de maladies développementales encore mal expliquées.
COMPRENDRE AUJOURD’HUI LES MALADIES DE DEMAIN
En biologie, tout est une question d’équilibre : un léger déséquilibre peut parfois suffire à mettre la vie en danger.
Ces résultats montrent que les gènes du chromosome X ne jouent pas le même rôle selon les tissus. Certains
Ces travaux montrent que le chromosome X n’agit pas de la même façon dans toutes les cellules. Dans certaines, il est indispensable, dans d’autres beaucoup moins.
Photo prise au microscope d’une mouche adulte. Le signal vert correspond à l’expression du gène btl (breathless), exprimé uniquement dans les poumons
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UN AN APRÈS
UNOC :
REGARDER DE L’INTÉRIEUR UN MÉGA - ÉVÉNEMENT INTERNATIONAL
Anthropologue à l’IRD et chercheuse à l’URMIS, Élisabeth Cunin travaille depuis plusieurs années sur les politiques multiculturelles en Amérique latine. À l’occasion de l’UNOC, la Conférence des Nations Unies sur l’Océan coorganisée par la France et le Costa Rica à Nice, elle a utilisé une approche bien connue en anthropologie : l’ethnographie, adaptée ici à un événement international.
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Traditionnellement, l’ethnographie consiste à partager le quotidien d’un groupe sur une longue durée afin d’en comprendre les règles, les pratiques et les tensions « de l’intérieur ». Cette méthode, utilisée autrefois pour étudier des communautés rurales ou autochtones, s’est étendue à des objets contemporains : quartiers populaires, supporters de football ou encore organisations internationales. Élisabeth Cunin l’a expérimenté lors d’un séjour de quatre ans à la Cour interaméricaine des droits de l’homme, au Costa Rica, pour observer la fabrication du droit au quotidien. Concernant l’UNOC, cela posait toutefois un défi inédit. Sur deux semaines, plus de 1000 événements se sont succédé, rendant impossible une observation exhaustive. Les chercheurs ont donc procédé par « fragments », en suivant certaines réunions, espaces ou acteurs. Cette expérience met en lumière les spécificités des méga-événements internationaux : sentiment de désorientation partagé par de nombreux participants, impression d’ « entre-soi » lié à des mécanismes d’accréditation complexes, et difficulté à identifier qui participe réellement. Les travaux menés interrogent aussi la relation entre science et politique.
Si le congrès scientifique associé à l’UNOC visait à produire des recommandations pour les décideurs, les logiques d’action des deux mondes restent largement distinctes. Les échanges existent, mais sans circulation automatique des savoirs. Un an après, la question du « retour au local » demeure centrale. Entre annonces internationales et effets concrets sur les territoires, l’écart peut être important. L’UNOC a a minima contribué à rendre les enjeux océaniques plus visibles dans l’espace public et à structurer des communautés d’acteurs autour de ces questions. Pour les chercheurs, l’enjeu est désormais de poursuivre l’analyse lors de ces évènements : les sciences sociales ont un rôle à jouer en analysant les conditions sociales de production et la circulation des connaissances.
UN AN APRÈS
LA LOI DOIT-ELLE ALLER JUSQU’AU FOND ?
UN MOUTON DE MER, ÇA VOUS PARLE ?
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Exploiter sans détruire, surveiller sans faillir, protéger pour demain.
À nos femmes et nos hommes politiques, non plus.
Dans un monde confronté à des défis écologiques croissants, il est impératif d’adopter une exploitation raisonnée des richesses naturelles, qui permette de répondre aux besoins actuels, sans compromettre ceux des générations futures. Pour cela, une vigilance constante et une surveillance rigoureuse des écosystèmes sont nécessaires. Mais au-delà du simple constat, il s’agit aussi d’agir, de mettre en place des mesures de protection concrètes, durables et adaptées aux réalités locales. Préserver la biodiversité, restaurer les milieux abîmés, encourager les pratiques durables : autant d’actions indispensables pour garantir un avenir viable et harmonieux entre l’être humain et la planète.
Amenons l’océan à l’Elysée, formons nos élus aux enjeux océaniques et nous sortirons la tête de l’eau. Trop de décisions liées à l’océan sont prises sans tenir compte du contexte local ni des savoirs scientifiques. Il est temps d’agir. Former et informer les élus sur les enjeux sociaux et environnementaux de notre océan, pour des choix ancrés dans le réel et éclairés par des données scientifiques. L’océan mérite mieux que l’ignorance.
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On a le droit de savoir. La pollution chimique (métaux traces) est omniprésente malgré son invisibilisation, mais elle reste tout autant dévastatrice pour notre santé et celle de la biodiversité aquatique. N’êtes-vous pas révoltés de la non transparence de l’impact de ces produits quotidiens ?
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À l’occasion d’UNOC3, l’Ifremer et les Petits Débrouillards ont organisé la première édition du Congrès Jeunes Engagés pour l’Océan à Nice les 5, 6 et 7 mai 2025. Les 76 jeunes ont écrit aux côtés de scientifiques des plaidoyers et à destination des décideurs publics. Retrouvez ici la série d’affiches réalisées pour l’occasion. Suite au succès et à la mobilisation des jeunes autour des enjeux océaniques, une 2eme édition sera organisée à Paris début septembre 2026.
POUR UNE PÊCHE À FAIBLE IMPACT. • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •
Des Engins sélectifs, non destructifs. Promouvoir une pêche durable en alliant savoir-faire traditionnels et innovations techniques est essentiel pour préserver les écosystèmes marins. Favoriser les engins sélectifs, éviter les captures accidentelles et préserver les habitats marins sont les objectifs prioritaires.
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UNE POLLUTION INVISIBLE MAIS NUISIBLE.
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ÉCLAIRONS LES DÉCISIONS ! • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •
Unifions la science. Vers un organisme intergouvernemental pour unifier les savoirs sur l’océan, la biodiversité et le climat. L’objectif ? Rendre visible et mettre en commun les résultats des recherches pluridisciplinaires sur l’océan et ses services écosystémiques, afin d’informer et d’accompagner les États et la société civile à une gestion et une préservation plus responsables des écosystèmes marins.
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Scannez et retrouvez
DU PAPIER AU CONCRET.
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CHAQUE MAILLON RENFORCE LA CHAÎNE.
Les Petits Débrouillards
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Vers une approche écosystémique.
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Pour en finir avec les Aires Marines de Papier.
Gestion durable des pêches : Établir les quotas de pêche en fonction de modèles scientifiques qui incluent les interactions entre les espèces limiterait l’effet de la pêche sur l’écosystème marin à long terme. Aquaculture multitrophique intégrée : Produire en combinant des espèces à différents niveaux trophiques afin d’atténuer l’impact sur le fonctionnement des écosystèmes hôtes.
Il est essentiel de renforcer les missions de l’UNESCO en ajoutant la responsabilité de trouver une définition commune des critères écologiques qu’ une Aire Marine Protégée (AMP) doit respecter. Elle devrait pouvoir être considérée en tant que telle lorsqu’au minimum : elle exclut les méthodes d’extraction des ressources considérées comme destructrices par la communauté scientifique ; les trajet maritimes et les nuisances sonores y sont réduits ; un plan de lutte contre la pollution y a été défini ; et son périmètre est clairement délimité pour tous.
et ifremer
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GLOSSAIRE
GLOSSAIRE Agence Nationale de la Recherche (ANR) : c’est un
Inserm : l’Institut National de la Santé et de la Recherche
établissement public administratif placé sous la tutelle du
Médicale est un organisme national de recherche
ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et
entièrement dédié à la santé humaine.
de l’Innovation. Elle est chargée de financer des projets de recherche, en soutenant la coopération entre opérateurs
IRD : l’Institut de Recherche pour le Développement
publics, ainsi qu’entre ces derniers et les entreprises.
est un organisme de recherche public français
CNRS : le Centre National de la Recherche Scientifique qui est le plus grand organisme public français de recherche scientifique.
Chercheur : il est recruté à la suite d’un concours dans
pluridisciplinaire qui, depuis près de 80 ans, s’engage dans des partenariats équitables avec les pays du Sud et dans les Outre-mer français.
Laboratoire de recherche (ou unité de recherche) : sous la responsabilité d’un directeur d’unité identifié, il vise
la fonction publique dans un des Organismes Nationaux
à mener à bien un projet scientifique disciplinaire soumis
de Recherche pour développer et réaliser des projets de
à évaluation. Il est rattaché à une ou plusieurs tutelles
recherche.
qui apportent des ressources financières, humaines et
Enseignant-chercheur : il est recruté à la suite d’un
logistiques au laboratoire.
concours dans une université et il a la double mission de
Organismes Nationaux de Recherche (ONR) :
développer et réaliser des projets de recherche et aussi
ce sont les structures où les activités de recherche
d’enseigner aux étudiants de l’université qui bénéficient
publique sont menées. Il peut s’agir d’organismes tels que
ainsi pour leur formation des dernières avancées
le CNRS, l’Inria, ou l’Inserm par exemple.
scientifiques.
Post-doctorat : après avoir soutenu sa thèse, le doctorant
Doctorat : c’est un passage obligé pour tout étudiant
devient chercheur postdoctorant. Il s’agit la plupart du temps
souhaitant devenir chercheur, quelle que soit sa
d’une période transitoire avant de passer des concours pour
discipline : philosophie, littérature, biologie, économie,
être recruté chercheur ou enseignant-chercheur.
mathématiques, sociologie ou autre. La préparation d’un doctorat se fait après un master 2 (bac+5) sur une durée
Thèse : il s’agit du document rédigé par un doctorant sur
de 3-4 ans. Le doctorant s’engage, sous la supervision d’un
une thématique particulière dans le but de de devenir
directeur de thèse, dans un projet de recherche et après la
chercheur. Il s’agit d’adopter une démarche scientifique
rédaction et la soutenance d’une thèse, il pourra obtenir le
pour pouvoir étayer, infirmer ou confirmer une hypothèse
titre de Docteur.
ou une affirmation en se fondant sur des résultats de
INRAE : l’Institut National de Recherche pour
recherche, des observations et des analyses.
l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement est
Université : il s’agit d’une institution d’enseignement
un organisme national de recherche œuvrant pour un
supérieur, d’étude et de recherche..
développement cohérent et durable de l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.
Inria : l’Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique est un organisme national de recherche dédié aux sciences et aux technologies du numérique.
NOS SOURCES
SUR LES MOTS MARQUÉS D’UN *
De quoi prolonger la lecture et approfondir certains sujets.
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NOS INTERVENANTS
N O S I N T E RV E N A N T S Lise Arena est enseignante-chercheuse au Groupe de
Guillaume Sandoz est chercheur à l’institut de Biologie
Recherche En Droit, Économie et Gestion - GREDEG
Valrose – iBV (Université Côte d’Azur, CNRS, INSERM).
(Université Côté d’Azur, CNRS, INRAE).
Elisabeth Cunin est chercheuse à l’Unité de Recherches Migrations et Société - URMIS (Université Côte d’Azur, CNRS, IRD, Université de Paris).
Lydie Dussol est enseignante-chercheuse au laboratoire Cultures et Environnements, Préhistoire, Antiquité, Moyen-Âge - CEPAM (Université Côte d’Azur, CNRS).
Yvan Gastaut est enseignant-chercheur à l’Unité de
Océane Tournière est post-doctorante à l’institut de Biologie Valrose – iBV (Université Côte d’Azur, CNRS, INSERM).
Matteo Treleani est enseignant-chercheur au laboratoire de recherche en Science de l’Information et de la Communication - SIC.lab (Université Côte d’Azur).
Simone Vannuccini est enseignant-chercheur au Groupe de Recherche En Droit, Économie et Gestion - GREDEG (Université Côté d’Azur, CNRS, INRAE).
Recherches Migrations et Société - URMIS (Université Côte d’Azur, CNRS, IRD, Université de Paris).
Jérémy Guedj est enseignant-chercheur au Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine – CMMC (Université Côte d’Azur).
Andrea Lulovicova est chercheuse au laboratoire d’Études
SUR LA RUBRIQUE « VOS QUESTIONS »
Andrea Chivassa est chercheur au laboratoire Lagrange (Université Côte d’Azur, CNRS, OCA, LAGRANGE).
des Structures, des Processus d’Adaptation et de Changements
Marco Delbo est chercheur au laboratoire Lagrange
de l’Espace - ESPACE (Université Côte d’Azur, CNRS, AMU,
(Université Côte d’Azur, CNRS, OCA, LAGRANGE).
Avignon Université).
Mounia Chami est chercheuse à l’Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire – IPMC (Université d’Azur, CNRS, INSERM).
Sullivan Marafico est ingénieur de recherche au Centre Antoine Lacassagne.
Jean-Luc Guatero est enseignant-chercheur au Centre de Recherches en Histoire des Idées - CRHI (Université Côte d’Azur).
Cécile Guieu est chercheuse CNRS rattachée au Laboratoire d’Océanographie de Villefranche - LOV (IMEV, CNRS, Sorbonne Université).
Stéphane Rocchi est chercheur au Centre Méditerranéen
Marianne Saillard est chercheuse à l’IRD, rattachée au
de Médecine Moléculaire - C3M (Université Côte d’Azur,
laboratoire Géoazur d’Université Côte d’Azur (Observatoire de
INSERM).
la Côte d’Azur, IRD, CNRS).
Cyril Ronco est enseignant-chercheur à l’Institut de Chimie de Nice – ICN (Université Côte d’Azur, CNRS).
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REMERCIEMENTS Le service Science et Société tient à remercier chaleureusement les enseignantes-chercheuses et enseignants-chercheurs, les chercheuses et chercheurs, les doctorantes et doctorants pour leur investissement et leur disponibilité dans la réalisation de ce magazine INTERVALLE, encore merci !
Direction de la publication Jeanick Brisswalter, Président d’Université Côte d’Azur Direction éditoriale Anne-Sophie Coldefy et Olivier Lubrano (Université Cote d’Azur) Rédaction Gabrielle Lefort - Service Science et Société, Direction de la Recherche, de la Valorisation et de l’Innovation Conception et design graphique Direction de la Communication et Marque Crédits photos Université Côte d’Azur | Adobe Stock
MAGAZINE GRATUIT NE PEUT ÊTRE VENDU
ISSN : 3096 - 8801 120 chemin du Moulin de la Clue - 06140 Vence - France www.imprimerietrulli.com
Pour ce magazine le pelliculage est un film recyclable.
Nice
Théâtre des Franciscains 4-6 Pl. Saint-François, Nice
17 mars 2026 à 17h30
Clarté, passion et conviction… Qui saura décrocher votre vote ?
#MT180
SEMAINE DU CERVEAU Du 6 au 22 mars 2026
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