Skip to main content

Intervalle N°4 - Mars 2026

Page 1

Le magazine science et société d’Université Côte d’Azur

N°4 - MARS 2026

INTERVALLE LE MAGAZINE

Raconter la science pour mieux la comprendre

>

DOSSIER


VOTRE AVIS COMPTE ! Vous aimez ce numéro ? Vous souhaitez nous aider à améliorer Intervalle ?

Scannez ce QR code et répondez à un questionnaire de moins de 2 minutes. Cela nous permettra de mieux comprendre vos attentes, d’affiner nos thématiques et de préparer ensemble les prochains numéros.

Retrouvez les autres ressources du service Science et Société d’Université Côte d’Azur sur

science-societe-cotedazur.fr


‘‘ ÉDITO

La science n’appartient à personne — elle engage tout le monde

Nous ouvrons cette 4ème édition avec une bonne nouvelle : le partenariat entre Science Azur et Nice-Matin, qui renforce la diffusion de la culture scientifique sur notre territoire. Notre engagement sociétal est également à l’honneur. À travers le développement de la protonthérapie par cyclotron au Centre Antoine Lacassagne, c’est l’excellence scientifique qui se met au service des patients. Les sciences et les arts dialoguent aussi, comme en témoigne le spectacle « La mélodie des neurones », qui fait résonner les découvertes neuroscientifiques dans l’espace sensible de la création. Comprendre, ressentir, partager : la médiation scientifique emprunte des chemins multiples. Ce numéro met également en lumière des avancées majeures en santé, avec une étude sur le mélanome menée au C3M, et des travaux sur la résistance du staphylocoque doré à l’ICN. Autant d’exemples d’une recherche engagée face aux défis médicaux contemporains. Le dossier central, consacré à la mémoire, illustre avec force la richesse interdisciplinaire de notre université. De la maladie d’Alzheimer étudiée à l’IPMC à la mémoire de la Shoah analysée au CMMC, des archives comme levier pour comprendre l’innovation au GREDEG à l’histoire des médias au SIC.lab, jusqu’aux recherches archéologiques sur les Maya au CEPAM, la mémoire apparaît comme un fil conducteur reliant biologie, histoire, économie, anthropologie et sciences de l’information. Explorer la mémoire, c’est interroger ce que nous sommes, individuellement et collectivement.

© Gaëlle Simon

INTERVALLE porte cette exigence. Plus qu’un magazine, c’est un espace d’ouverture et de confrontation, un lieu où les savoirs rencontrent la société. Ce nouveau numéro affirme clairement cette ambition : faire circuler les idées, provoquer la réflexion, et rappeler que la science ne vaut que si elle est partagée, discutée et mise en débat.

La rubrique Opinion nous invite à réfléchir aux migrations et à la perception de l’Autre, tandis que « Mieux comprendre » décrypte la bulle de l’intelligence artificielle, sujet au cœur des débats contemporains. Là encore, la science joue son rôle : apporter des clés d’analyse, dépasser les idées reçues, structurer la réflexion.

Nous donnons aussi à voir le temps long de la recherche, avec l’histoire des canaux ioniques à l’iBV, et nous mettons à l’honneur la relève scientifique à travers le parcours d’une jeune chercheuse travaillant sur le rôle du chromosome X chez la drosophile. Car la science est une aventure humaine, faite de transmission et d’engagement. Enfin, un an après l’UNOC, nous revenons sur cet événement majeur pour rappeler combien les enjeux maritimes et environnementaux exigent une mobilisation durable des savoirs. Notre dynamique collective a été reconnue en 2024 par l’obtention du label « Science Avec et Pour la Société » (SAPS). Elle consacre notre ambition : valoriser la recherche, former à l’esprit scientifique, encourager la participation citoyenne. La science ne se décrète pas, elle se construit dans l’échange.

Cultiver la science comme un bien commun, c’est faire le pari de l’intelligence collective. À travers INTERVALLE, Université Côte d’Azur renouvelle ce pari : celui d’une université ouverte, engagée et pleinement ancrée dans son territoire. Bonne lecture à toutes et à tous.

Jeanick Brisswalter, Président d’Université Côte d’Azur


SOMMAIRE

SOMMAIRE 5 BONNE NOUVELLE

6

MOMENT FORT

10 12

NOTRE RÉGION

15

VOS QUESTIONS

30

17

INNOVATION

32

MÉMOIRE

COMPRENDRE & TRANSMETTRE

34

HISTOIRE D’UNE RECHERCHE

40 GLOSSAIRE 4 / INTERVALLE / MARS 2026

36

29

OPINION

DOSSIER

MIEUX COMPRENDRE

ACTU ILLUSTRÉE

JEUNE SCIENTIFIQUE

38 UN AN APRÈS

41 NOS INTERVENANTS


BONNE NOUVELLE

SCIENCE AZUR S’ALLIE À NICE ‑ MATIN POUR DIFFUSER LA SCIENCE ! Le projet Science Azur, labellisé Science Avec et Pour la Société (SAPS) par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace a pour ambition de rendre la science accessible à tous et de valoriser les recherches menées sur le territoire. Le projet Science Azur est co-porté par Université Côte d’Azur et par les établissements de recherche azuréens : l’Observatoire de la Côte d’Azur, la délégation Côte d’Azur du CNRS, le centre INRAE Provence-Alpes-Côte d’Azur, le Centre Inria d’Université Côte d’Azur, la délégation régionale Provence-Alpes-Côte d’Azur et Corse de l’Inserm, la délégation régionale Sud-Est de l’IRD, la délégation de Sophia Antipolis de Mines PARIS-PSL et l’Institut de la Mer de Villefranche-sur-Mer (CNRS, Sorbonne Université). Aujourd’hui, Science Azur s’associe au groupe Nice-Matin, premier média régional de la Côte d’Azur, afin de porter la voix de la recherche locale auprès d’un large public. Les scientifiques de la Côte d’Azur explorent chaque jour des sujets qui transforment nos vies : climat, santé, intelligence artificielle, biodiversité, neurosciences…

À travers leurs publications dans Nice-Matin, ils partageront avec vous leur expertise scientifique et leurs réflexions sur les grands enjeux de société.

Ce partenariat permet également de manière inédite aux lecteurs de Nice-Matin de poser directement leurs questions aux chercheuses et chercheurs. Le concept est simple : il suffit de poser une question aux scientifiques sur la rubrique Science Azur et les chercheurs y répondront bientôt… en vidéo !

À travers ce partenariat, Science Azur poursuit son objectif de mieux informer les publics, d’encourager l’esprit critique et d’alimenter le débat public.

INTERVALLE / MARS 2026 / 5


NOTRE RÉGION

CYCLOTRON : L’EXPERTISE NIÇOISE POUR CIBLER LES TUMEURS AVEC UNE PRÉCISION MILLE FOIS PLUS FINE QUE LE MILLIMÈTRE

L’histoire commence au début des années 80. Pierre Mandrillon, jeune chercheur niçois, rencontre le directeur du centre Lacassagne. Il revient de Berkeley, encore impressionné par les premiers accélérateurs de particules à des fins médicales qu’il y a observés. Ensemble, ils imaginent l’impensable : construire une telle machine à Nice. Très vite, une équipe se forme. Jeunes techniciens tout juste sortis de BTS, ingénieurs curieux, passionnés de physique… Tous se retrouvent autour d’un projet un peu fou : créer un cyclotron capable d’accélérer des protons avec pour ambition de traiter les personnes atteintes de cancers. Pour concevoir la machine, ils s’associent directement avec les équipes du CERN (Conseil Européen pour la Recherche Nucléaire) qui les épaulent dans leurs choix techniques et les réglages les plus fins. Ce chantier prendra un nom : Medicyc. En 1991, l’histoire s’accélère : le tout premier traitement français par protonthérapie est réalisé à Nice. Depuis, plus de 8 000 patients y ont été soignés pour des cancers oculaires.

© O. Perrin

À première vue, soigner le cancer avec des particules lancées à des vitesses folles pourrait sembler tout droit sorti d’un film de science-fiction. Et pourtant, à Nice, une équipe d’ingénieurs et de techniciens relève ce défi depuis plus de trente ans. Ils ont été les premiers en France à créer une machine de protonthérapie capable de traiter des patients atteints de cancer. Aujourd’hui, ils soignent plus de 300 patients par an. Ils continuent d’entretenir l’installation d’origine afin de maintenir une qualité de traitement optimale et développer les traitements de demain à travers la recherche en protonthérapie.

UNE AVENTURE NIÇOISE HORS DU COMMUN

Une vue arrière de la ligne accélératrice

6 / INTERVALLE / MARS 2026


NOTRE RÉGION

DEMAIN : LA RADIOTHÉRAPIE FLASH La recherche ne s’arrête pas là. Pour améliorer l’efficacité et le confort des patients, l’équipe se lance dans un nouveau défi : envoyer la même dose de rayons, mais en un temps extrêmement court. En « flashant » la tumeur en quelques millisecondes, on obtient la même efficacité tout en réduisant fortement les dégâts possibles sur les tissus sains. La première phase est déjà réussie : irradier des détecteurs et mesurer précisément les doses délivrées. L’équipe prépare maintenant les premières irradiations sur cellules, puis sur modèles animaux, tout en cherchant à réduire encore ce temps d’impulsion pour explorer de nouvelles configurations.

© O. Perrin

À Nice, cette aventure mêlant physique, ingéniosité et persévérance continue de repousser les limites pour améliorer les traitements.

Medicyc tout juste sorti de terre

Une tumeur, c’est un groupe de cellules qui se multiplient sans contrôle. Dans l’œil, impossible de simplement “enlever” la zone malade : l’organe est trop fragile et complexe. La protonthérapie, elle, permet de viser avec une grande précision la tumeur et d’épargner ce qui l’entoure. Pour cela, on utilise un cyclotron. Imaginez un manège pour particules : les champs électriques accélèrent les protons, les champs magnétiques les

guident en spirale. Lorsque Medicyc les expulse, ils filent à près d’un tiers de la vitesse de la lumière ! Et surtout, les protons ont une propriété magique : ils ne dépasseront jamais les distances prévues par les physiciens. Contrairement aux photons de la radiothérapie classique qui traversent tout, les protons libèrent leur énergie pile au bon endroit. C’est essentiel pour l’œil, où quelques dixièmes de millimètre suffisent à toucher la macula ou le nerf optique, ce qui pourrait avoir des conséquences irréversibles pour les patients.

© O. Perrin

COMMENT LES PROTONS SOIGNENT ‑ ILS ?

Circuit de refroidissement de Medicyc

INTERVALLE / MARS 2026 / 7


NOTRE RÉGION

Comment mesurer l’efficacité des Projets Alimentaires Territoriaux, ces dispositifs conçus pour structurer les systèmes alimentaires locaux et accompagner leur transition socio-écologique à l’échelle d’un territoire ? C’est la question au cœur des travaux d’Andrea Lulovicova, chercheuse au laboratoire d’Études des Structures, des Processus d’Adaptation et des Changements de l’Espace (ESPACE) qui analyse leurs effets à l’échelle des AlpesMaritimes grâce à une approche combinant données de terrain, modélisation et analyse environnementale.

Créés en 2014 et fortement développés après la crise du Covid, les Projets Alimentaires Territoriaux (PAT) permettent aux communes et aux intercommunalités de structurer localement une transition agricole et alimentaire durable. Pour être labellisé par l’État, un PAT doit être co-construit avec un ensemble d’acteurs : agriculteurs, associations, services techniques, établissements scolaires et structures de restauration collective.

L’objectif est d’établir un diagnostic partagé et un plan d’action pour faire évoluer la production, la transformation, la distribution et les pratiques alimentaires du territoire. FOURNIR DES OUTILS POUR ORIENTER LES POLITIQUES LOCALES Dans les Alpes-Maritimes, presque toutes les intercommunalités disposent aujourd’hui d’un PAT. Certaines villes ont déployé leur propre PAT : Mouans-Sartoux, Opio ou Saint-Vallier-de-Thiey. C’est dans ce contexte qu’Andrea Lulovicova étudie les impacts réels et potentiels de ces dispositifs. Son travail repose sur plusieurs volets complémentaires.

© Adobe Stock

UNE DÉMARCHE SCIENTIFIQUE AU SERVICE DES PROJETS ALIMENTAIRES TERRITORIAUX

Une des principales mesures des PAT est un changement dans les cantines : utilisation de produits biologiques, locales et ajout de repas végétariens

8 / INTERVALLE / MARS 2026


© Adobe Stock

NOTRE RÉGION

Culture sous serre pour approvisionner les cantines

Le premier consiste en une analyse de cycle de vie des systèmes alimentaires du département. Cette méthode, largement utilisée en recherche environnementale, mesure les impacts d’un produit ou d’un service tout au long de sa chaîne : production, transport et consommation. Dans un département où la production agricole locale représente moins de 1% de l’approvisionnement, cette méthode permet d’évaluer précisément le poids des importations et les marges de progression possibles. Un second volet s’appuie sur une collecte de données de terrain incluant le recensement des friches agricoles ainsi qu’une enquête menée auprès de

2 500 habitants du département. Après analyse et traitement, ces données permettent d’identifier des tendances ainsi que des pistes d’actions pour les collectivités territoriales : disponibilité du foncier pour le redéveloppement agricole, fréquence de consommation de produits locaux, place du bio, ou encore perception des actions engagées par les collectivités. Ces informations permettent la construction de scénarios possibles du développement du système agricole et alimentaire du département avec les acteurs locaux. En combinant modélisation et données territoriales, ces recherches permettent d’identifier

les leviers‑évolution des menus en cantine, relocalisation partielle de la production, réduction des produits ultra‑transformés – nécessaires à activer pour réduire les impacts environnementaux tout en améliorant la résilience alimentaire du territoire. Ce travail de recherche‑action participative fournit ainsi aux collectivités un outil d’aide à la décision, basé sur l’expertise scientifique, et éclaire les conditions nécessaires à une transition agricole et alimentaire territoriale cohérente, réaliste et opérationnelle face aux enjeux climatiques.

INTERVALLE / MARS 2026 / 9


MOMENT FORT

LA MÉLODIE DES NEURONES

À l’origine de « La mélodie des neurones », il n’y a ni une muse ni un coup de théâtre, mais une réponse à un appel à projets Science avec et pour la société - Ambitions innovantes de l’Agence nationale pour la recherche. Deux chercheuses en neurosciences ont voulu raconter leur travail autrement, en quittant le laboratoire pour l’art du spectacle. De cette ambition est né un spectacle musical où science et musique dialoguent.

Cette scène est le point de départ de La mélodie des neurones. Un spectacle né d’une envie très concrète : faire découvrir la recherche sur le cerveau, transmettre les neurosciences par le théâtre et la musique... L’aventure se lance au printemps 2024, pour une première représentation du spectacle faite en octobre 2025, un an et demi de travail, d’allersretours et de dialogues entre métiers. Université Côte d’Azur coordonne un consortium orignal autour de deux chercheuses en neurosciences : Carole Rovère, chercheuse Inserm à Sophia Antipolis et Séverine Samson, enseignante-chercheuse à l’université de Lille.

© Jean-Toussaint Torre

QUAND LA SCIENCE ENTRE EN SCÈNE :

Dans les couloirs feutrés d’un laboratoire de neurosciences, la vie suit d’ordinaire un tempo bien réglé : expériences, réunions, publications. Jusqu’au jour où Doris déboule par erreur. Doris, c’est une chanteuse pleine d’énergie, curieuse de tout, mais peu familière des synapses et des potentiels d’action. Face à elle, la professeure Marie Kepler, chercheuse passionnée par les liens entre cerveau et musique. La collision est inévitable, et surtout fertile.

Leur envie est de parler du cerveau au plus grand nombre avec une équipe artistique formée à la médiation scientifique et au théâtre de science et des médiateurs partageant une même appétence pour la transmission. Très vite, un principe s’impose : liberté artistique, mais rigueur scientifique absolue.

10 / INTERVALLE / MARS 2026


© Jean-Toussaint Torre

MOMENT FORT

La musique originale du spectacle est composée par Jean-Pierre Solvès, qui traduit en notes les mécanismes invisibles du cerveau. Sur scène, les chanteuses Laetitia Hipp et Perle Solvès relèvent un défi peu commun : interpréter des textes scientifiques exigeants, parfois très techniques, sans perdre ni la musicalité ni l’émotion. L’écriture avance par échanges permanents. Chaque scène est discutée, chaque métaphore pesée. Les passages scientifiques sont relus,

vérifiés, parfois corrigés par d’autres spécialistes, pour éviter toutes approximations. Le défi est là : rester juste sans être ennuyeux. L’École des Gobelins a également participé à l’aventure en concevant des éléments de décor, contribuant à donner de l’esthétisme à cet univers scientifique. Sur scène, Doris devient le fil conducteur. Par ses questions naïves, elle oblige Marie à expliquer simplement l’incroyable machinerie cérébrale. Ensemble, elles explorent ce qui s’allume dans notre cerveau quand une mélodie nous donne des frissons ou quand un plat réveille nos souvenirs.

Peu à peu, le laboratoire se transforme en terrain de jeu scientifique et musical. La mélodie des neurones ne se limite pas à un spectacle. Présentée lors de la Fête de la science et la Semaine du Cerveau dans les Alpes-Maritimes, portée par un véritable programme de rencontres et de partenariats. Chaque représentation se prolonge par un temps d’échange avec le public, en présence d’une chercheuse. Questions, discussions, réactions : le dialogue se poursuit au-delà du spectacle, fidèle à l’esprit du projet qui vise à créer une rencontre directe entre science et société.

© Jean-Toussaint Torre

Emmanuel Suarez, auteur et producteur, plonge dans les laboratoires, observe, questionne, demande des explications, de la bibliographie. Les scientifiques, eux, découvrent les contraintes de la scène : le rythme, la narration, l’émotion. Ensemble, ils choisissent les briques essentielles : comprendre d’abord le fonctionnement général du cerveau, du neurone jusqu’au corps tout entier, puis zoomer sur ce qui se passe quand nous écoutons de la musique ou quand nous mangeons. Deux plaisirs universels, deux terrains de recherche bien réels.

INTERVALLE / MARS 2026 / 11


ACTU ILLUSTRÉE

QUAND LE STRESS DEVIENT FATAL AUX CELLULES DE MÉLANOME Observer des cellules de mélanome en train de « craquer » sous la pression, c’est exactement ce que montre l’image issue des recherches du Centre Méditerranéen de Médecine Moléculaire (C3M). Grâce à de nouvelles molécules, les scientifiques exploitent un point faible du cancer : son incapacité à gérer le stress cellulaire.

12 / INTERVALLE / MARS 2026


ACTU ILLUSTRÉE

VOIR L’INVISIBLE : QUAND LA FLUORESCENCE RACONTE UNE HISTOIRE Sur l’image, tout repose sur un code couleur. En bleu, on voit les noyaux : c’est le centre de commande des cellules, là où se trouve leur ADN. En violet apparaît une protéine appelée CHOP. Et cette protéine est un signal d’alerte : lorsqu’elle s’active, cela signifie que la cellule est en état de stress. Mais de quel stress parle-t-on ? À l’intérieur de chaque cellule se trouve une sorte d’atelier miniature, le réticulum endoplasmique. Son rôle est de fabriquer et de plier correctement les protéines, indispensables au bon fonctionnement de la cellule. Quand cet atelier est débordé, les protéines s’accumulent, se replient mal et la cellule déclenche une réponse d’urgence. CHOP fait partie de cette alarme interne. Pour observer ce phénomène, les chercheurs utilisent une technique appelée immunofluorescence. Elle permet d’accrocher un marqueur fluorescent à une protéine précise pour la rendre visible au microscope. Ici, les expériences sont menées sur des sphéroïdes, de petits amas de cellules cultivés en trois dimensions, qui ressemblent davantage à une vraie tumeur qu’une simple couche de cellules au fond d’une boîte. Quatre situations sont comparées : des cellules témoins, des cellules volontairement stressées avec une molécule de référence, et des cellules traitées avec un composé expérimental à deux doses différentes. Le principe est simple : plus la couleur violette est intense, plus le niveau de stress est élevé. En clair, plus la cellule est proche du point de rupture. Et c’est exactement ce que cherchent les chercheurs : pousser les cellules cancéreuses à dépasser ce seuil critique, sans provoquer le même effet dans les cellules saines.

FAIRE CRAQUER LES CELLULES CANCÉREUSES SANS TOUCHER AUX AUTRES Au Centre Méditerranéen de Médecine Moléculaire, neuf équipes travaillent sur des pathologies liées au cancer, dont trois spécialisées dans le mélanome, une forme particulièrement agressive de cancer de la peau. Depuis une dizaine d’années, en collaboration avec l’Institut de Chimie

INTERVALLE / MARS 2026 / 13


ACTU ILLUSTRÉE

de Nice, les chercheurs de l’équipe de Stéphane Rocchi développent de petites molécules capables de cibler le métabolisme spécifique des cellules tumorales. Leur stratégie repose sur l’idée de pousser les cellules cancéreuses dans leurs retranchements. En ciblant une protéine appelée BiP, surexprimée dans le mélanome, certaines molécules déclenchent un stress intense du réticulum endoplasmique.

Résultat : la cellule n’arrive plus à gérer la surcharge et enclenche un programme de mort cellulaire, l’apoptose. Les cellules normales, elles, expriment beaucoup moins cette protéine. Elles encaissent donc le choc sans basculer © C3M

vers la mort, un ciblage fin, qui limite la toxicité.

DU LABORATOIRE AU PATIENT : PLUSIEURS PISTES THÉRAPEUTIQUES Plusieurs pistes sont explorées en parallèle. L’une d’elles concerne une famille de molécules, les thiazoles benzamides. Leur particularité ? Elles sont capables de cibler spécifiquement les cellules de mélanome et de déclencher leur mort, sans affecter es cellules saines voisines. Ces composés ont même été testées sur des cellules issues directement de biopsies de patients, ce qui permet de se rapprocher au plus près de la réalité clinique. Un autre axe de recherche se concentre à une protéine appelée MELK, qui aide les cellules cancéreuses à résister aux traitements. Cette protéine agit un peu comme un bouclier : elle aide

14 / INTERVALLE / MARS 2026

Photo prise au microscope d’un amas de cellules. Le bleu représente le noyau des cellules et le violet met en avant une molécule anti-cancéreuse nommée CHOP

les cellules cancéreuses à survivre et à résister aux traitements. Lorsqu’elle est très active, les thérapies deviennent moins efficaces. Une molécule expérimentale, CRO15, permet de bloquer MELK. En neutralisant ce mécanisme de défense, les chercheurs parviennent à rendre les cellules tumorales de nouveau sensibles aux traitements classiques, mais aussi à l’immunothérapie. L’immunothérapie ne vise pas directement la tumeur : elle stimule le système immunitaire du patient pour qu’il reconnaisse et détruise lui-même les cellules cancéreuses. Ces traitements ont révolutionné la prise en charge du mélanome, mais ils ne fonctionnent que chez environ un patient sur deux. Comprendre les

mécanismes de résistance est donc un enjeu majeur. C’est dans ce contexte qu’intervient une troisième piste, plus inattendue : l’arginine, un acide aminé présent dans notre organisme. Les chercheurs ont observé que les cellules tumorales utilisent cette molécule dans leur microenvironnement pour maintenir leur résistance. En modifiant sa disponibilité autour de la tumeur, ils parviennent à lever certains verrous et à améliorer la réponse à l’immunothérapie. Autant de pistes qui montrent que, parfois, mettre les cellules cancéreuses sous pression peut s’avérer être la meilleure façon de les faire céder..


?

? ?

VOS QUESTIONS Si vous pouviez poser n’importe quelle question à une chercheuse ou un chercheur, quelle serait-elle ? Envoyez-la à : science-societe@univ-cotedazur.fr Vous trouverez peut-être la réponse dans le prochain numéro !

VOS QUESTIONS

LES QUESTIONS ONT PU ÊTRE RÉCOLTÉES LORS DE LA FÊTE DE LA SCIENCE DE NICE.

COMMENT DÉCOUVRE - T - ON LES FONDS MARINS ? - Julian

Réponse de Cécile Guieu, chercheuse au Laboratoire d’Océanographie de Villefranche (IMEV, CNRS, Sorbonne Université)

Aujourd’hui, seulement 28% du fond de l’océan a été cartographié précisément. Heureusement, les satellites permettent une bonne estimation de la profondeur de l’océan mais beaucoup moins précise que ce que peut mesurer un bateau qui cartographie les fonds à l’aide d’un sonar. Le sonar émet du son vers le fond, ce son va rebondir sur le fond et repartir vers le bateau : c’est le délai entre l’émission du son par le bateau et la réception de son écho qui permet de calculer la profondeur du fond avec précision et de réaliser une carte du fond de l’océan. Pour caractériser la colonne d’eau entre la surface de l’océan jusqu’aux sédiments du fond, il faut mettre à l’eau des instruments lors d’expéditions océanographiques : attachés à un cable ou à des robots autonomes, une multitude d’instruments vont permettre de mesurer la composition chimique, les caractéristiques physiques et d’identifier les organismes vivants. De telles explorations n’ont pas encore permis jusqu’aujourd’hui d’explorer l’ensemble de la colonne d’eau des océans et il existe de larges zones encore très peu documentées.

INTERVALLE / MARS 2026 / 15


VOS QUESTIONS

POURQUOI LA SCIENCE EXISTE ? QUI A INVENTÉ LA SCIENCE ?

QUEL EST L’OBJET LE PLUS ANCIEN QUE LES SCIENTIFIQUES ONT DÉCOUVERT ?

- Salma

- Gabin

Réponse de Jean-Luc Guatero, enseignant-chercheur au

Réponse d’Andrea Chiavassa, chercheur au laboratoire

Centre de Recherches en Histoire des Idées (Université

Lagrange (Université Côte d’Azur, CNRS, OCA, LAGRANGE)

Côte d’Azur)

En astronomie, on peut illustrer des découvertes

La science naît de la curiosité. Elle est sans doute presque

couvrant l’évolution cosmique, des premiers photons

aussi vieille que l’humanité. Depuis toujours, les êtres

à la matière organisée en étoiles, galaxies et planètes.

humains cherchent à comprendre les lois qui expliquent

Le fond diffus cosmologique (rayonnement fossile du

comment fonctionne le monde. Mais dans ce sens très

Big Bang, ~13,8 milliards d’années) est la plus ancienne

large, la science ressemble beaucoup à la philosophie. On

« trace » détectable, marquant la naissance de

parle vraiment de science quand, en plus d’observer ce

l’Univers. Les premières étoiles et galaxies, observées

qui se passe autour de nous, on cherche des réponses en

grâce au télescope James Webb, datent d’environ 13,5

étudiant les effets de nos actions sur la nature, et quand

milliards d’années, révélant les premières structures

on veut utiliser ces réponses pour agir plus efficacement.

lumineuses après le Big Bang. Enfin, les météorites,

Cette manière de faire apparaît environ au XVIIème siècle.

comme celle d’Allende (~4,567 milliards d’années), sont

Elle a plusieurs inventeurs ; parmi les plus célèbres, on

les plus anciens objets matériels du système solaire,

trouve Francis Bacon et Galilée.

témoins de sa formation et l’origine de notre Soleil.

COMMENT LES PLANÈTES ONT - ELLES ÉTÉ CRÉÉES ?

COMMENT LES TREMBLEMENTS DE TERRE SE FORMENT ?

- Siham

- Nathanaël

Réponse de Marco Delbo, chercheur au laboratoire

Réponse de Marianne Saillard, chercheuse à l’IRD,

Lagrange (Université Côte d’Azur, CNRS, OCA,

rattachée au laboratoire Géoazur d’Université Côte d’Azur

LAGRANGE)

(Observatoire de la Côte d’Azur, IRD, CNRS)

Les planètes de notre système solaire se sont formées il y a environ 4,6 milliards d’années, à partir d’un immense nuage de gaz et de poussières qui entourait le jeune Soleil. Ces poussières se sont regroupées en zones très denses qui se sont rapidement transformées en objets de centaines de kilomètres de taille, appelés planétésimaux. En grandissant, ces objets ont attiré d’autres matières grâce à la gravité, jusqu’à devenir des planètes.

Les tremblements de terre, ou séismes, sont principalement dus aux mouvements relatifs des plaques tectoniques entre elles et à la surface de la Terre. Les contraintes accumulées déforment la croûte terrestre jusqu’à la rupture le long d’une faille, libérant ainsi de façon soudaine l’énergie accumulée, en lien avec la magnitude d’un séisme. Cette rupture engendre des ondes sismiques qui secouent le sol et peuvent se propager assez loin du foyer (ou hypocentre) d’un séisme, ce qui explique pourquoi on peut ressentir un séisme parfois à des centaines de kilomètres.

16 / INTERVALLE / MARS 2026


DOSSIER

MÉMOIRE : COMPRENDRE & TRANSMETTRE


DOSSIER

ALZHEIMER E N Q U Ê T E S U R L A PA N N E É N E R G É T I Q U E D U C E RV E AU

L

a maladie d’Alzheimer est une maladie neurodégénérative qui affecte progressivement le cerveau. Elle se manifeste le plus souvent par des troubles de la mémoire, des difficultés à s’orienter, à parler ou à reconnaître les proches, avant d’altérer l’ensemble des fonctions cognitives. Au fil du temps, les neurones perdent leur capacité à communiquer entre eux, puis finissent par mourir.

cette intuition. Elles révèlent une

Longtemps, la recherche s’est concentrée

Les modèles cellulaires (par exemple

sur deux signes pathophysiologiques

des neurones en culture) permettent de

caractéristiques de la maladie : des

reproduire certains mécanismes clés de la

dépôts de protéines appelés plaques

maladie. Ils sont très utiles pour observer

amyloïdes, qui s’accumulent entre les

les premières anomalies, mais trop

neurones et des amas d’une protéine

simples pour refléter la complexité d’un

appelée Tau, qui envahissent l’intérieur

cerveau entier. Les chercheurs travaillent

des neurones et les désorganisent. Mais

aussi avec des cellules humaines. À

aujourd’hui, les chercheurs savent que

partir de cellules de peau, recréent en

ces lésions observables ne racontent

laboratoire des cellules du cerveau,

qu’une partie de l’histoire. Bien avant

comme des neurones ou des cellules

leur apparition, le cerveau commence

qui les entourent. Ils prévoient d’utiliser

déjà à se dérégler, notamment sur le

également des « mini-cerveaux », de

plan énergétique. Les responsables sont

minuscules structures en trois dimensions

les minuscules centrales électriques

où plusieurs types de cellules cérébrales

des cellules : les mitochondries. Elles

interagissent.

diminution de protéines clés entraînant la perte progressive des capacités des mitochondries à produire de l’énergie. DES MODÈLES POUR COMPRENDRE UNE PANNE INVISIBLE L’équipe de Mounia Chami, chercheuse à l’Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire (IPMC) utilise plusieurs modèles complémentaires.

sont donc devenues un angle d’attaque pour mieux comprendre l’origine et la

Les chercheurs se tournent alors vers les

progression de la maladie.

modèles murins : des souris transgéniques qui développent des dépôts amyloïdes

Tout commence dans les services de

ou des altérations de la protéine Tau.

neurologie. Grâce à l’imagerie PETscan,

Certaines sont même “humanisées”,

on observe chez les patients une baisse

grâce à des modifications génétiques qui

nette de l’énergie dans le cerveau.

rendent leurs protéines proches de celles

Certaines zones essentielles à la

des humains.

mémoire consomment beaucoup moins

18 / INTERVALLE / MARS 2026

d’énergie qu’attendu. Or, un neurone

Grâce à cet arsenal d’outils, un

qui manque d’énergie faiblit : il perd sa

autre phénomène s’éclaire : la

capacité à communiquer, se dérègle, puis

neuroinflammation. Quand les

dégénère. Très vite, l’hypothèse s’impose :

mitochondries dysfonctionnent, elles

si le cerveau tourne au ralenti, c’est peut-

déclenchent des signaux d’alerte dans

être que les mitochondries fonctionnent

la cellule. D’autres cellules chargées de

mal et produisent moins d’énergie ?

la défense du cerveau, les microglies,

Des analyses post-mortem confirment

réagissent fortement. Elles nettoient le


DOSSIER

tissu cérébral en éliminant les déchets grâce à l’énergie mitochondriale. Si elles manquent d’énergie, leur réponse peut diminuer ou devenir incontrôlée. Fait marquant : cette inflammation apparaît très tôt, parfois même avant les fameuses plaques amyloïdes. Ces observations amènent les chercheurs à se demander comment s’installe ce cercle vicieux : une mitochondrie défaillante peut-elle déclencher l’inflammation, ou celle-ci finit-elle par altérer les mitochondries ? OBSERVER, MESURER… ET AGIR ? Pour suivre toutes ces anomalies, l’équipe s’appuie sur des technologies de pointe. La microscopie à fluorescence permet d’observer les mitochondries en direct : leur forme, leurs mouvements, leur capacité à se diviser ou fusionner. Les chercheurs utilisent des méthodes d’imagerie pour voir où le cerveau est endommagé et de biochimie pour comprendre ce qui se passe à l’intérieur des cellules. Cela leur permet de repérer quelles cellules sont touchées en premier et comment la maladie progresse.

Au fil des expériences, une piste thérapeutique est apparue : la metformine, un médicament bien connu des patients diabétiques.

ET DANS 5 À 10 ANS ? Difficile de promettre un traitement

Dans le cadre de la campagne de médiation des projets lauréats de l’ANR en 2020, des tableaux augmentés ont été réalisés autour de 6 thématiques de recherche.

Des études cliniques ont montré que

unique : la maladie d’Alzheimer ne

les personnes diabétiques traités par

se manifeste pas de la même façon

metformine développaient moins

chez tout le monde. Son apparition, sa

sévèrement Alzheimer. La molécule

progression et sa gravité dépendent

active un capteur énergétique qui

de l’âge, de la génétique, de l’activité

aide les cellules à mieux gérer leurs

intellectuelle, du mode de vie ou

mitochondries défaillantes. Dans les

de pathologies associées. L’avenir

modèles expérimentaux, les effets

se joue plutôt dans des approches

sont encourageants : diminution des

combinées : diagnostiquer plus tôt,

substances toxiques pour les neurones,

mieux comprendre le profil énergétique

baisse de l’inflammation, préservation de

de chaque patient et combiner plusieurs

structures neuronales. Chez des souris

molécules capables d’agir à différents

traitées très tôt, la molécule semble

niveaux — mitochondries, inflammation,

pièces maîtresses de la maladie. Mieux

même prévenir certaines altérations

protéines toxiques.

comprendre leur dérèglement ouvre

des mitochondries. Ces résultats vont

Pour plus d’informations, scannez le QR code :

une voie prometteuse pour ralentir la

certainement motiver de nouveaux essais

Les mitochondries, longtemps présentées

progression de la maladie, préserver

cliniques centrés sur les mitochondries.

comme de simples usines à énergie,

les fonctions essentielles et préserver

apparaissent aujourd’hui comme des

l’activité des neurones.

INTERVALLE / MARS 2026 / 19


DOSSIER

LA MÉMOIRE CACHÉE DES ORGANISATIONS Q U A N D L E PA S S É FA Ç O N N E L ’ I N N O VAT I O N

Q

uand on parle de mémoire, on pense presque toujours à la mémoire individuelle : celle du cerveau, des souvenirs, des émotions. Mais si la mémoire ne se logeait pas seulement dans nos têtes ? Et si les organisations — entreprises, universités, administrations, réseaux de transport — avaient elles aussi une mémoire ? C’est à cette idée, aussi simple que déroutante, que s’intéresse Lise Arena, chercheuse à Université Côte d’Azur, spécialiste de l’analyse des innovations numériques et des transformations organisationnelles par le prisme du temps long.

Pour étudier cette mémoire organisationnelle, Lise Arena travaille à partir d’archives : rapports d’ingénieurs, comptes rendus de réunions, correspondances internes, articles de presse, iconographie, mais aussi entretiens avec d’anciens acteurs…

L’objectif est de reconstituer les trajectoires sur plusieurs décennies, voire plus d’un siècle. La question des innovations dans le tramway niçois est un exemple particulièrement parlant. En remontant

Une organisation accumule des

à la première infrastructure de tramway,

traces : des documents, des routines,

inaugurée au début du XXème siècle puis

des savoir-faire, des infrastructures

démantelée en 1953, la chercheuse montre

techniques, mais aussi des récits que

que pannes, accidents et incidents ne sont

l’on se transmet. Et cette mémoire n’est

pas des anomalies. Ce sont des moments

pas un simple stock passif rangé sur

où l’infrastructure devient visible, où la

des étagères ou dans des serveurs. Elle

mémoire du système refait surface à

agit et elle influence les décisions, rend certaines options évidentes, naturelles et en invisibilise d’autres. Autrement dit, le passé continue de peser sur le présent y compris quand on innove. COMPRENDRE L’INNOVATION… EN REGARDANT EN ARRIÈRE Les travaux de Lise Arena sur les projets informatiques et les systèmes d’information mettent en évidence un constat frappant : les échecs technologiques ne sont presque jamais uniquement techniques. Dépassements Ces problèmes sont souvent liés à des décisions passées, à des habitudes organisationnelles, à des projets antérieurs mal digérés : même quand on innove, on agit avec une mémoire, parfois implicite, parfois mal maîtrisée.

20 / INTERVALLE / MARS 2026

© Lise Arena

de coûts, retards, résistances internes…

Lise Arena dans la bibliothèque de Bodley de l’université d’Oxford


DOSSIER

travers la maintenance, la régulation et les ajustements organisationnels. Derrière un tram qui arrive à l’heure, il y a toute une activité invisible — techniciens, régulateurs, ingénieurs — qui conditionne la robustesse du service. TRADING AUTOMATISÉ, IA, BLOCKCHAIN : RIEN DE VRAIMENT « NEUF » Cette lecture historique s’applique aussi à des technologies beaucoup plus récentes. En travaillant sur les marchés financiers, Lise Arena s’est intéressée à l’émergence des technologies de trading à haute fréquence. En explorant les archives du Wall Street Journal, elle met en lumière des continuités étonnantes : dès le début du XXème siècle, le ticker, une petite machine diffusant les cotations, alimentait déjà des stratégies fondées sur la vitesse de l’information. Même constat pour l’intelligence artificielle ou la blockchain : ces technologies s’inscrivent dans des imaginaires anciens, porteurs de promesses parfois exagérées. Comprendre d’où viennent ces promesses, qui les formulent et comment elles circulent, est essentiel pour en saisir les enjeux © ProQuest Historical Newspapers

éthiques, sociaux et environnementaux. Au cœur de ses travaux se trouvent plusieurs idées fortes. D’abord, l’innovation n’est presque jamais une rupture totale. Elle est faite de recombinaisons, de bifurcations, d’échecs et de retours en arrière. Ensuite, une grande partie de la mémoire organisationnelle est invisible : maintenance, transmission des gestes, savoir-faire discrets mais essentiels. Enfin, la mémoire peut devenir un outil

Publicité du « ticker » en 1919 par le distributeur Dalton

SE SOUVENIR POUR MIEUX DÉCIDER

stratégique. Contrairement à une idée

comprendre ce qu’elles prolongent, ce qu’elles transforment… et ce qu’elles

reçue, elle n’est pas toujours un frein à

Dans une société obsédée par

l’innovation. Dans certaines entreprises

l’immédiateté et la nouveauté, les

familiales, par exemple, l’histoire sert

travaux de Lise Arena invitent à ralentir.

Travailler sur la mémoire des

de repère, de garde-fou. Elle alimente

À se méfier de l’idée selon laquelle

organisations, ce n’est pas être

aussi des stratégies d’image, comme le

toute innovation serait positive par

nostalgique. C’est se donner les moyens

marketing de la nostalgie, de la Renault

nature. Revenir aux trajectoires, aux

d’imaginer des futurs plus lucides, plus

5 électrique au retour des vinyles ou des

archives, aux récits, c’est reprendre du

responsables et plus désirables.

Polaroids.

pouvoir collectif sur les technologies :

rendent impossible.

INTERVALLE / MARS 2026 / 21


DOSSIER

ARCHIVES EN BOUCLE C O M M E N T L E S I M A G E S FA B R I Q U E N T NOTRE MÉMOIRE COLLECTIVE

P

ourquoi se souvient-on tous des mêmes images du 11 septembre ? Pourquoi l’Europe s’incarne-t-elle toujours dans les mêmes visages et les mêmes scènes ? Avec le projet CROBORA, le chercheur Matteo Treleani explore un phénomène puissant mais discret : la réutilisation massive des archives audiovisuelles. Un travail qui révèle comment, à force d’être répétées, certaines images deviennent notre mémoire commune.

comment les archives télévisuelles contribuent à façonner une mémoire européenne. Son équipe a étudié les journaux entre 2001 et 2020, publiques et privées, en France et en Italie de six chaînes, ainsi que leurs comptes YouTube. Première surprise : les images utilisées pour raconter la construction européenne sont presque toujours les mêmes, quel que soit le pays ou la chaîne. Les discours de Robert Schuman, les ruines de la Seconde Guerre mondiale, les poignées de mains entre dirigeants… L’Union

On croit souvent que les images

européenne est systématiquement

d’archives sont des témoins fidèles du

associée à la paix retrouvée après les

passé. Elles seraient la preuve visuelle,

bombardements.

la trace indiscutable d’un événement. Mais que se passe-t-il quand ces images

En revanche, d’autres dimensions sont

sont sans cesse réutilisées, recyclées,

absentes : la question coloniale, pourtant

remontrées dans d’autres contextes ?

structurante dans l’histoire européenne,

Et si, à force de revoir les mêmes

ou encore le rôle des femmes dans

séquences, elles finissaient par façonner

sa construction. On parle des « pères

notre manière de nous souvenir ?

fondateurs », jamais des mères fondatrices. Ce n’est pas forcément un

LE 11 SEPTEMBRE : UNE MÉMOIRE EN BOUCLE Prenons un exemple frappant : le 11 septembre 2001. Quand on évoque cet événement, presque tout le monde visualise les mêmes scènes : les avions percutant les tours du World Trade Center, leurs effondrements, les nuages de

choix idéologique conscient.

C’est souvent une question de facilité et de disponibilité : on réutilise les images déjà indexées, déjà montées, déjà prêtes à l’emploi.

poussière. Ces images ont été diffusées en boucle, reprises dans les documentaires,

LA LOI DU PLUS FACILE

les journaux télévisés, les films. Résultat : nous partageons tous un socle visuel

Produire de nouvelles images coûte cher.

commun. Ces séquences sont devenues

Aller tourner sur le terrain demande

des images emblématiques, des symboles

du temps et des moyens. À l’inverse,

condensés d’un événement complexe.

puiser dans une base de données est

Elles structurent notre mémoire collective.

rapide et gratuit. Quand un journaliste

Pourtant, elles ne montrent qu’une partie

cherche « migrant » dans un moteur

de ce qui s’est passé.

de recherche interne, les premières images qui apparaissent sont souvent

22 / INTERVALLE / MARS 2026

Dans son dernier projet de recherche

des bateaux surchargés traversant la

soutenu par l’Agence Nationale de la

Méditerranée. Dans le corpus étudié,

Recherche (ANR), le chercheur analyse

sur 2000 images liées aux migrants,


DOSSIER

française et au web archivé par l’Institut National de l’Audiovisuel. Grâce à des outils d’annotation automatique et à des méthodes statistiques, les chercheurs détectent les répétitions à grande échelle. Ils travaillent aussi avec des spécialistes en analyse de données pour comprendre les causes structurelles de ces choix visuels. Car la grande question demeure : ces répétitions sont-elles intentionnelles ? © Adobe Stock

Pour y répondre, l’équipe combine

Mémorial de New York pour les évènements du 11 septembre 2001

environ 700 montrent des embarcations

des images dans les réponses des

clandestines. Un tiers ! Pourtant, la

moteurs de recherche.

migration est majoritairement légale et

analyses quantitatives et enquêtes de terrain auprès des professionnels. L’objectif des mois à venir n’est pas de pointer du doigt, mais de comprendre les logiques à l’œuvre. DES IMAGES QUI FONT MÉMOIRE Les archives audiovisuelles ne sont pas

recouvre des réalités multiples : travail,

LA TÉLÉVISION, CHAMPIONNE

de simples illustrations. Elles participent

études, regroupement familial. Mais ces

DE LA RÉPÉTITION

activement à la construction d’une

scènes sont peu visibles.

mémoire commune. En sélectionnant La répétition est massive. En 2023,

certaines images plutôt que d’autres, en

À force de répétition, les images

certaines chaînes diffusent 15 à 23 heures

les répétant, en les rendant familières,

de ces embarcations deviennent

d’images par jour, dont une large part est

les médias contribuent à fixer des

emblématiques. Cette représentation des

composée de rediffusions, de génériques,

représentations durables.

migrations est réductrice, elles réduisent

de publicités ou d’archives réutilisées.

un phénomène complexe à une

Et demain ? Avec les images générées par

représentation stéréotypée. Là encore,

Dans les chaînes d’information en

intelligence artificielle, la frontière entre

il ne s’agit pas toujours d’une intention

continu, l’actualité est en moyenne

document et reconstruction pourrait

délibérée. C’est le plus souvent la

composée aux deux tiers d’images déjà

devenir encore plus floue. Mais, comme le

structure même des bases de données et

produites, recyclées. Ces images ne sont

montre Matteo Treleani, le brouillage du

des logiques de production qui favorise

pas forcément fausses mais le lien avec

lien entre image et réalité ne date pas d’hier.

cette redondance.

l’événement est parfois flou.

La plupart des images que nous voyons ne correspondent déjà pas exactement à ce

Le même mécanisme apparaît dans

Une manifestation illustrée par des

la représentation des frontières

images tournées cinq ans plus tôt.

européennes. Les frontières internes

Une séquence générique pour « faire

Comprendre ces mécanismes, c’est

sont illustrées par des autoroutes, des

comprendre » une situation. En

apprendre à regarder autrement. On

aéroports, des camions, des panneaux

sémiotique, on parle d’indexicalité : le

peut se demander : pourquoi cette

de signalisation : une circulation fluide.

lien entre l’image et l’événement réel

image, et pas une autre ? Car derrière

Les frontières externes, elles, sont

peut être plus ou moins évident. Et

chaque archive diffusée se joue, en

montrées à travers des grillages, des

souvent, il est approximatif. Aujourd’hui,

silence, une bataille pour la mémoire.

patrouilles, des barrages policiers.

les espaces de diffusion se multiplient : sites web, Yotube, TikTok. Il faut remplir

qu’elles prétendent montrer.

Cet article a été rédigé dans le

Pourquoi ces différences ? Parce que

toujours plus d’heure et continuer de

si l’on cherche un objet dans une base

capter l’attention. Réutiliser des images

d’archives, on trouve certaines images

est une solution efficace et économique.

d’Azur qui assure la médiation

manière dont les images sont classées

Le projet AVENIR élargit l’analyse à

financés par l’ANR en 2020

avec des mots clés – structure les choix

l’ensemble du dépôt légal de la télévision

très spécifiques. L’indexation – la

cadre du projet ANR SAPS Côte des projets de recherche

INTERVALLE / MARS 2026 / 23


DOSSIER

MAYAS UNE HISTOIRE DE FORÊT, ENTRE MYTHES ET RÉALITÉS

Q

uand on pense aux Mayas, on voit des pyramides surgissant au cœur d’une jungle impénétrable... Les Mayas l’ont-ils détruite ? Ou protégée ? La recherche de Lydie Dussol, archéologue au laboratoire CEPAM, nous interroge sur la façon dont les Mayas utilisaient les ressources des forêts.

caraïbes... Mais au sein des forêts, comment ont-elles vécu ? Comment les ont-elles utilisées ? Ont-elles provoqué des incendies ? Défriché massivement ? Planté et entretenu des arbres utiles ? LIRE LE PASSÉ DANS LES POLLENS ET LES CHARBONS Pour remonter le temps, les

UNE CIVILISATION SUR LA DURÉE

scientifiques étudient… les traces de pollen et les restes de charbon de bois.

La civilisation maya apparaît vers 2000 Chaque plante produit un pollen

dans le sud du Mexique et connaît son

différent. Avec le temps, le pollen est

apogée entre 250 et 900 après J.-C. Mais

fossilisé et conservé dans les sédiments.

l’histoire ne s’arrête pas là : aujourd’hui

La palynologie est la science qui permet

encore, des millions de Mayas vivent

de les analyser et en les identifiant, on

au Guatemala, au Mexique, au Belize

reconstitue les paysages anciens. Forêt

ou au Honduras. On parle de Mayas

dense ? Milieu ouvert ? Végétation

« modernes », héritiers d’une histoire de

aride ? C’est une véritable enquête

plusieurs millénaires.

botanique.

Entre 2000 avant J.-C. et 1000 après

La spécialité de Lydie Dussol, elle,

J.-C., ces sociétés ont occupé des

s’appelle l’anthracologie : l’étude des

milieux très variés : plaines tropicales,

charbons de bois retrouvés sur les

montagnes volcaniques, côtes des

sites archéologiques. Les sociétés

© Christine Heinz

avant notre ère en Amérique centrale et

Photo prise au microscope optique à réflexion de charbon de bois moderne de l’espèce Manilkara zapota

24 / INTERVALLE / MARS 2026


© Lydie Dussol

DOSSIER

Vue de la forêt sur le célèbre site de Tikal, au Guatemala

préindustrielles utilisaient le bois au

la déforestation est la plus marquée,

champions du développement durable

quotidien : pour cuire les aliments,

les charbons révèlent l’arrivée

avant l’heure, vivant en parfaite

construire, fabriquer des outils, s’éclairer,

de bois provenant de zones plus

harmonie avec la forêt. Ces modèles

se chauffer... Les restes de foyers

éloignées. Cela suggère des systèmes

simplistes sont parfois amplifiés

s’accumulent dans les sols et peuvent se

d’approvisionnement et sans doute

par les préoccupations écologiques

conserver pendant des siècles.

des échanges, peut-être des formes

contemporaines : les Mayas servent alors

de marché. Les Mayas s’adaptent,

d’arguments, soit comme avertissement,

Au laboratoire, les échantillons

réorganisent leurs ressources, font

soit comme modèle idéal.

prélevés sur le terrain sont observés au

évoluer leurs réseaux.

microscope à réflexion. En comparant

Quant aux données archéologiques,

les structures microscopiques des

À l’inverse, sur le site paléoindien

elles racontent une autre histoire : celle

charbons avec une « bibliothèque » de

El Gigante au Honduras, occupé il

d’une grande diversité de situations. Les

bois constituée avec des botanistes, on

y a 10 000 ans, l’étude montre une

trajectoires varient selon les régions,

peut identifier les essences : pin, chêne,

évolution naturelle de la végétation

les périodes, les choix économiques et

bois tropical… L’analyse de milliers

depuis la fin de la dernière glaciation

politiques. Il n’y a pas un modèle Maya,

de fragments permet de dresser un

et jusqu’au premier millénaire de notre

mais des adaptations permanentes à des

véritable portrait des forêts exploitées

ère, sans impact humain significatif. La

milieux changeants.

et de suivre leurs éventuelles évolutions

forêt actuelle résulte d’une succession

sur des centaines d’années.

écologique lente et indépendante des

a travaillé sur le site de Naachtun, au

MÉMOIRE, SCIENCE ET ENJEUX

Guatemala. Elle a montré un impact

ACTUELS

Derrière ces fragments noirs ou ces grains microscopiques, se cache une mémoire discrète mais puissante : celle des relations entre les humains et leur environnement.

déforestation importante, sans doute

Pendant longtemps, deux visions

Comprendre comment les sociétés

associée à une pression sur le bois de

opposées ont dominé. La première

mayas ont transformé – et parfois

feu, alors indispensable pour se nourrir.

présente les Mayas comme responsables

préservé – leurs forêts, ce n’est pas

de leur propre effondrement, victimes

seulement parler du passé. C’est aussi

Mais l’histoire ne s’arrête pas à une

d’une surexploitation massive des

réfléchir à nos propres choix face aux

simple surexploitation. Au moment où

ressources. La seconde en fait des

défis écologiques d’aujourd’hui.

activités humaines. NAACHTUN : QUAND LA FORÊT S’ÉLOIGNE

Deux contextes, deux trajectoires très différentes pour les forêts.

Dans le cadre de sa thèse, Lydie Dussol

très fort des habitants sur la forêt :

INTERVALLE / MARS 2026 / 25


DOSSIER

AVANT ET APRÈS LA SHOAH

© Adobe Stock

U N E H I S TO I R E À R E C O N T E X T UA L I S E R

Mémorial de la Shoah de Berlin

C

omprendre le passé ne consiste pas seulement à empiler des dates. C’est aussi essayer de voir le monde avec les yeux de celles et ceux qui l’ont vécu. En travaillant sur les Juifs de France face au nazisme et sur les mémoires de la Shoah, l’historien Jérémy Guedj interroge les idées reçues et éclaire la façon dont les sociétés perçoivent, transmettent et transforment leur histoire.

Ses recherches explorent la circulation du fascisme en Europe. Une approche essentielle pour comprendre que les idéologies ne restent jamais confinées à un pays : elles voyagent, se transforment, s’adaptent aux contextes nationaux et touchent particulièrement les minorités. Un des axes majeurs de son travail

COMPRENDRE LE DANGER AVANT

porte sur l’avant et l’après Shoah. Dans

LA CATASTROPHE

un ouvrage consacré à la manière dont les Juifs français percevaient le nazisme

26 / INTERVALLE / MARS 2026

Et si les Juifs de France avaient décelé

dans les années 30, Jérémy Guedj

la menace nazie ? Et si la mémoire de

remet en cause une idée largement

la Shoah n’avait pas attendu les années

répandue : celle de Juifs inconscients

1980 pour exister ? C’est à ces questions

du danger, aveugles à ce qui se

que s’attaque Jérémy Guedj, historien

préparait. En explorant archives, presse

au Centre de la Méditerranée Moderne

de l’époque, brochures militantes et

et Contemporaine (CMMC), en croisant

témoignages, il montre au contraire

histoire des minorités, circulations

une grande lucidité de leur part, dans

politiques et étude des mémoires.

la mesure des informations disponibles.


DOSSIER

La Ligue internationale contre

une mémoire collective existe dès 1945,

les travaux de sociologues et d’historiens

l’antisémitisme (LICA, future LICRA), par

même si elle n’a pas encore la visibilité

comme Henry Rousso (Le Syndrome

exemple, participe dès les années 30

publique qu’elle prendra plus tard.

de Vichy), Pierre Nora (Les Lieux de

à la traduction de Mein Kampf, précisément pour alerter l’opinion publique française. Personne ne pouvait imaginer la forme terrible, l’entreprise de mort à échelle industrielle que prendrait l’extermination des Juifs, mais le danger nazi était perçu comme

Longtemps, la Shoah est éclipsée par le récit global de la Seconde Guerre mondiale et le génocide des Juifs passe au second plan.

grave, réel et à grande ampleur ; le

mémoire) ou encore Noëlline Castagnez. La mémoire n’est pas figée : elle évolue, se recompose, se mobilise parfois dans le débat public. Ainsi, dans les années 30, l’affaire Dreyfus est une référence centrale pour les Juifs français ; dans les années 1960, l’affaire

terme d’« extermination » fut très tôt

Le film Shoah de Claude Lanzmann en

n’a plus la même force mobilisatrice

prononcé. Les Juifs de France ne sont

1985 positionnera le génocide sur le

même si elle continue de marquer une

donc pas restés passifs : ils ont tenté de

premier plan. Cependant des travaux

mémoire nécessairement lointaine.

comprendre, d’agir et d’alerter.

récents, comme ceux d’Annette Wieviorka, de François Azouvi ou de Simon Perego

Aujourd’hui encore, les mémoires de la

APRÈS - GUERRE : UNE MÉMOIRE PLUS

montrent que cette mémoire était déjà

Shoah et de Vichy continuent d’évoluer

PRÉCOCE QU’ON NE LE CROIT

bien présente avant. Les historiens parlent

au gré des générations, des travaux de

aujourd’hui de régimes de mémoire pour

recherche et des contextes politiques. En

Concernant l’après-guerre, un autre

désigner la manière dont une société se

retraçant à la fois la perception du nazisme

mythe s’est installé : celui du silence de

souvient des différentes époques.

avant-guerre et les formes précoces de

la mémoire. Là encore, l’historien nuance.

mémoire après 1945, les travaux de Jérémy Cette réflexion s’inscrit dans un vaste

Guedj invitent à replacer chaque période

familiale et toujours douloureuse. Mais

renouvellement de l’histoire, nourri par

dans son contexte.

© Adobe Stock

Certes, la mémoire est d’abord intime,

Mur des noms du Mémorial de la Shoah à Paris

INTERVALLE / MARS 2026 / 27


DOSSIER

MASTER SCIENCES COGNITIVES

V

ous souhaitez comprendre comment nous percevons, apprenons, décidons et interagissons avec le monde ? Le Master de Sciences Cognitives offre une formation interdisciplinaire, à la croisée de la psychologie,des neurosciences, de l’intelligence artificielle, de la linguistique et de la philosophie. Les sciences cognitives étudient les mécanismes de la pensée, de la perception, du langage ou encore de la mémoire, en croisant les regards de

construit autour d’un tronc commun enrichi par des options choisies en fonction des intérêts disciplinaires.

Les étudiants et étudiantes se forment au travail en équipe dans des laboratoires de recherche, aux analyse des résultats scientifique, en traitement de données, ainsi qu’en communication scientifique, notamment en anglais.

la psychologie, des neurosciences, de

Le parcours intègre également des

l’informatique et de la linguistique.

stages à la fin de chaque semestre, dont un stage de 6 mois en M2 en

Porté par l’Institut NeuroMod, le

laboratoire de recherche ou en

Master Sciences Cognitives d’Université

entreprise, favorisant une immersion

Côte d’Azur est une formation

professionnelle.

interdisciplinaire de deux ans qui vise à apporter aux étudiantes et étudiants

Ce master prépare à des métiers

les compétences nécessaires pour la

tels que chargé de projet en R&D ou

recherche fondamentale ou appliquée

ingénieur d’études en laboratoire de

dans le domaine des sciences cognitives.

recherche, tout en ouvrant la voie à une poursuite d’études en doctorat dans

L’enseignement, dispensé sur plusieurs

les sciences cognitives ou disciplines

campus niçois (Carlone, Valrose, Saint-

apparentées.

© Adobe Stock

Jean d’Angély) et à Sophia-Antipolis, est

28 / INTERVALLE / MARS 2026


OPINION

MIGRATIONS : QUAND LES PRÉJUGÉS S’EN MÊLENT

Ces données ne font pas disparaître les tensions, mais elles déplacent le débat vers des faits objectivés. Le regard historique apporte un éclairage complémentaire. Les figures de l’« Autre » n’ont cessé d’évoluer : Belges, Italiens ou Polonais hier, populations issues du monde colonial puis postcolonial depuis les années 60. L’altérité se redéfinit au fil

Yvan Gastaut est maître de conférences à l’Unité de Recherches Migrations et Société (URMIS). Il est historien de l’époque contemporaine.

‘‘

du temps, souvent au prix de nouvelles stigmatisations. Les archives, les médias, le cinéma, la chanson ou encore la publicité témoignent de ces oscillations entre rejet, tolérance et célébration de la diversité. Sommes-nous pour autant plus tolérants qu’hier ? L’histoire invite à une réponse nuancée. Des progrès sont indéniables, mais ils ne garantissent pas

Le préjugé est une opinion a priori,

Pierre-André Taguieff dans La force

l’absence de repli ni de basculement

favorable ou défavorable, que l’on

du préjugé, le racisme ne se limite pas

rapide, souvent déclenchés par des

se forge sur quelqu’un ou quelque

à des attitudes explicites : il s’inscrit

crises ou des événements médiatisés.

chose à partir de critères personnels,

aussi dans des catégories de pensée,

Dans ce contexte, le rôle des chercheurs

d’expériences limitées ou d’apparences.

des raccourcis et des associations

est d’ajouter des éléments factuels et

Lorsqu’il s’applique aux migrations, il ne

durables, tels que ceux analysés par

d’argumenter les réflexions : rappeler les

relève pas seulement de l’individuel :

Laurent Mucchielli entre banlieue et

évolutions, déconstruire les amalgames

il devient un fait social à part entière,

délinquance.

et remettre des nuances là où dominent

structurant les débats publics, les

les simplifications.

politiques et les représentations

Les sciences sociales disposent

collectives. C’est ce que montrent

d’outils pour dépasser les premières

Car comprendre les migrations, c’est

depuis longtemps les travaux d’Yvan

idées. En s’appuyant sur de grandes

aussi accepter que les sociétés se

Gastaut qui invitent à regarder

enquêtes statistiques comme

racontent elles-mêmes à travers leurs

l’immigration non seulement comme

Trajectoires et Origines (Ined-Insee)

peurs et leurs espoirs. Les préjugés ne

une réalité démographique, mais

ou le panel Génération 1998 du

disent pas seulement quelque chose des

aussi comme un objet de discours,

Céreq, Jean-Luc Primon a montré

migrants ; ils parlent avant tout de celles

d’émotions et de fantasmes.

comment ces dispositifs permettent de

et ceux qui les produisent.

« sociologiser » le racisme : Étudier les préjugés suppose une approche à deux étages : d’un côté, la réalité des situations migratoires ; de l’autre, leur représentation sociale. Ces dernières, même lorsqu’elles reposent sur des amalgames ou des peurs, ne sont jamais secondaires. Elle alimente les récits médiatiques, façonne l’opinion et peut devenir un moteur central des controverses sur l’immigration. Comme l’a montré

Non plus seulement comme une somme de préjugés individuels ou d’agressions visibles, mais comme un ensemble de mécanismes structurels, institutionnels ou systémiques.

Yvan Gastaut

INTERVALLE / MARS 2026 / 29


MIEUX COMPRENDRE

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE :

DERRIÈRE LA MAGIE ET L’ENGOUEMENT, UNE ÉCONOMIE BIEN RÉELLE

Première question clé : quelles entreprises produisent quels modèles d’IA, et à quels prix ? Aujourd’hui, le secteur est dominé par un très petit nombre de grandes firmes technologiques. Elles investissent des sommes colossales dans les centres de données - on parle de centaines de milliards de dollars engagés. Un niveau d’investissement si élevé que ces entreprises ne peuvent plus faire marche arrière. Résultat : tout le monde se lance dans l’IA, souvent avec des modèles très similaires, tout en se livrant une concurrence sans encore réussir à dégager de profits massifs.

INNOVATION OU CONCENTRATION ? Dans l’histoire économique, l’innovation a souvent rimé avec concurrence. Mais dans le cas de l’IA, la situation est plus complexe. Très peu d’acteurs dominent un marché extrêmement stratégique.

Image générée par IA

L’intelligence artificielle (IA) est partout : dans nos téléphones, nos moteurs de recherche, nos voitures et même nos conversations. Mais derrière les prouesses technologiques et les discours futuristes, se cache une réalité moins visible : une industrie complexe, coûteuse et très concentrée.

Quand on parle d’IA, on pense de suite aux algorithmes surpuissants, à des machines qui apparaissent comme intelligentes. Pourtant, pour Simone Vannuccini et son équipe du Groupe de Recherche en Droit, Economie, Gestion (GREDEG), l’IA est avant tout un marché, avec ses acteurs, ses règles, ses paris… et ses risques. Les chercheurs ne se contentent pas d’observer les technologies, son travail consiste à analyser l’IA comme un secteur économique.

30 / INTERVALLE / MARS 2026


© Adobe Stock

MIEUX COMPRENRE

Salle de serveurs permettant de stocker et de faire fonctionner les intelligences artificielles

Est-ce une bonne nouvelle pour les consommateurs ? Pour l’innovation ? Pas forcément. Moins de concurrence peut signifier moins de diversité, moins de choix et une dépendance accrue à quelques entreprises. C’est pourquoi les travaux de Simone Vannuccini s’intéressent aux relations entre firmes, à leur pouvoir de marché et aux conséquences pour l’économie dans son ensemble. Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, l’équipe a choisi de comparer l’IA aux grandes révolutions technologiques du passé. Fin du XIXème siècle, âge d’or du chemin de fer, bulle internet des années 2000… À chaque fois, une technologie prometteuse attire des investissements massifs, alimente l’enthousiasme, puis traverse une phase de désillusion. L’IA suivra-t-elle le même chemin ? Les ressemblances sont troublantes : promesses spectaculaires, spéculation, course aux investissements et difficultés à transformer l’innovation en bénéfices réels.

DES DONNÉES POUR COMPRENDRE, PAS POUR DEVINER Les chercheurs collectent de grosses quantités de données sur les entreprises : leur âge, leur taille, leurs collaborations, leurs chances de survie. À l’aide de modèles mathématiques et statistiques, ils identifient des tendances : les jeunes entreprises grandissent-elles plus vite ? Les alliances augmentent-elles les chances de succès ? Ironie du sort : l’IA elle-même est utilisée pour étudier l’IA, grâce au web scraping (récupération et organisation automatisées des données Web) et au machine learning (création de systèmes qui apprennent) qui permettent d’analyser automatiquement des milliers d’informations en ligne. L’équipe explore aussi la robotique, un domaine où les modèles de langage sont intégrés directement à des machines physiques, rendant les robots plus adaptables. Autre axe fascinant : la scientométrie. En analysant les publications

scientifiques et leurs citations, les chercheurs cartographient les réseaux de recherche mondiaux : qui innove, où, et avec quels partenaires ?

Au fond, le message est clair : l’IA n’est ni une force surnaturelle ni une simple mode. C’est une technologie puissante, comparable aux grandes innovations du passé, avec des impacts économiques, sociaux et politiques majeurs. Elle pose des questions essentielles sur la concentration du pouvoir, la protection des données, l’emploi, la créativité et les politiques publiques. Plutôt que de céder à la peur ou à l’enthousiasme aveugle, Simone Vannuccini plaide pour une analyse rigoureuse et informée. Car pour décider comment encadrer et utiliser l’IA demain, encore faut-il comprendre comment elle fonctionne… aujourd’hui.

INTERVALLE / MARS 2026 / 31


L’INNOVATION

RÉINVENTER L’ANTIBIOTIQUE CONTRE LE

STAPHYLOCOQUE DORÉ

Chaque année, des bactéries deviennent plus fortes que nos médicaments. À l’Institut de Chimie de Nice, le chercheur Cyril Ronco s’attaque à un ennemi redoutable : le staphylocoque doré résistant à tous les antibiotiques. Son équipe conçoit de nouvelles molécules pour éviter l’impasse thérapeutique qui menace déjà les hôpitaux.

La résistance aux médicaments est souvent présentée comme un problème du futur. En réalité, il existe déjà là. Lorsqu’on tente d’éliminer un système vivant, une bactérie ou une cellule cancéreuse, celui-ci fait tout pour survivre. Résultat : au fil du temps, ces systèmes vivants vont muter et certains traitements antibiotiques ou anti-cancéreux deviennent inefficaces. C’est dans ce contexte que s’inscrivent les travaux de Cyril Ronco. Son objectif : concevoir de nouveaux outils moléculaires capables de contourner ces mécanismes de résistance. Parmis les menaces les plus urgentes, le staphylocoque doré est la plus fréquente des infections nosocomiales. Cette redoutable bactérie provoque des infections graves et est l’un des premiers agents responsables d’infections nosocomiales. Le problème ? Certaines souches sont désormais multirésistantes, c’est-à-dire qu’elles échappent à presque tout l’arsenal d’antibiotiques disponible. En pratique, les médecins utilisent un traitement de « première ligne », puis un second, puis un troisième… Pour le staphylocoque doré, certains patients arrivent malheureusement déjà au bout de la liste, en situation d’échec thérapeutique.

UNE NOUVELLE IDÉE NÉE DU DIALOGUE ENTRE CHIMIE, BIOLOGIE ET CLINIQUE Le projet porté par Cyril Ronco est né d’une collaboration étroite entre son équipe de chimistes et celle de Laurent Boyer, chercheur au Centre Méditerranéen de Médecine Moléculaire (C3M), en lien direct avec les cliniciens de l’hôpital de l’Archet.

Face à cette impasse, il faut innover. L’idée de départ est ingénieuse : créer un nouveau type d’antibactérien en fusionnant deux éléments chimiques distincts. L’un est très courant dans les antibiotiques existants, l’autre est plus rare et particulièrement modulable. En les combinant, les chercheurs espèrent obtenir une structure chimique totalement inédite, capable de déjouer les mécanismes de résistance connus. Pour tester cette hypothèse, plus de 300 molécules différentes incorporant cette structure de fusion ont d’abord été synthétisées au laboratoire. Elles

32 / INTERVALLE / MARS 2026


L’INNOVATION

ont ensuite été testées contre deux souches de staphylocoque doré. Le verdict est sévère : seules deux molécules appartenant à une même famille chimique montrent une activité prometteuse. En recherche, on les appelle des molécules « hits ». Mais ce n’est que le début. À partir de ces molécules hits, les chimistes entament un travail minutieux d’optimisation. Ils modifient chaque partie de la molécule, un groupe chimique après l’autre, pour comprendre ce qui déclenche l’activité antibactérienne et comment l’amplifier. Cette approche permet d’établir des corrélations entre une structure 3D et l’activité de la protéine : une véritable cartographie d’activité moléculaire.

DU LABORATOIRE À LA SOURIS… ET AU - DELÀ

Les résultats sont très encourageants. Les composés sont actifs aussi bien contre des bactéries « naïves » que contre des bactéries déjà résistantes à plusieurs antibiotiques. Mieux encore : aucune résistance ne semble apparaître lors d’expériences prolongées. Une performance rare, qui peut s’expliquer par le caractère totalement nouveau de cette classe chimique. Les tests se poursuivent in vivo, chez la souris. Là encore, les résultats sont au rendez-vous : les molécules sont solubles, bien distribuées dans

l’organisme et efficaces contre l’infection, avec des propriétés comparables à celles de médicaments déjà sur le marché. Reste désormais à franchir une étape clé : le passage vers le développement industriel. Le projet a donné lieu au dépôt d’un brevet en 2022 protégeant la famille de molécules et leur activité. Lauréat du concours national d’innovation i-Lab, le projet dispose de financements suffisants, et une start-up est en cours de structuration pour mener à bien la suite du développement : des phases précliniques jusqu’aux essais cliniques. Aux côtés de Laurent Boyer et de Juan Garcia-Sanchez, Cyril Ronco prépare désormais la suite. Il faut mettre ces molécules en forme pour qu’elles deviennent de vrais traitements : crème ou comprimé, production à plus grande échelle, tests de stabilités... En route vers un futur médicament !

© Institut Pasteur

Grâce à ces ajustements successifs, les chercheurs obtiennent des

molécules lead, des molécules plus actives et les plus sélectives vis-à-vis de la cible thérapeutique. Elles sont ensuite soumises à une série de tests indispensables : absence de toxicité pour les cellules humaines, efficacité contre des souches cliniques de staphylocoque doré prélevées chez des patients, y compris des souches multirésistantes.

Observation d’un groupe de staphylocoque doré vu au microscope électronique

INTERVALLE / MARS 2026 / 33


L’HISTOIRE D’UNE RECHERCHE

COURANTS, CANAUX ET MIGRAINES :

LE VOYAGE ÉLECTRIQUE DE NOS NEURONES Depuis plus de deux siècles, les scientifiques traquent un phénomène étonnant : notre corps produit de l’électricité, et nos neurones l’utilisent pour communiquer à grande vitesse. De la grenouille de Galvani aux techniques modernes capables d’ouvrir ou de fermer un canal ionique avec un simple flash lumineux… l’histoire de la bioélectricité est pleine de coup de théâtre. À l’Institut de Biologie Valrose, l’équipe de Guillaume Sandoz explore aujourd’hui une famille de canaux cruciale pour comprendre la douleur et la migraine.

34 / INTERVALLE / MARS 2026

DES GRENOUILLES QUI TRESSAILLENT : NAISSANCE DE LA BIOÉLECTRICITÉ Tout commence en 1756, à Padoue. Le médecin Leopoldo Caldani applique des décharges électriques sur des muscles et sur un cœur isolé. Et là, miracle : ça bouge ! La grenouille devient rapidement l’animal star des expériences : hyper-sensible, elle dévoile que les nerfs réagissent à l’électricité comme de petits câbles vivants. Quelques années plus tard, en 1780, Luigi Galvani remarque qu’une cuisse de grenouille tressaute lorsqu’elle est reliée à deux métaux. Il y voit la preuve d’une « électricité animale » produite par le corps. Mais tout le monde n’est pas d’accord. Alessandro Volta, lui, pense que le courant vient des métaux, pas du corps. Pour soutenir son idée, il invente en 1799 la première pile électrique. Un désaccord fécond : des débats entre Galvani et Volta naît l’électrophysiologie moderne.

LE LANGAGE ÉLECTRIQUE DES NEURONES Pourquoi l’électricité ? Parce que c’est ultra-rapide. Les neurones transforment les informations en impulsions électriques qui filent le long des fibres nerveuses en quelques millièmes de seconde. Au cœur de ce mécanisme : les canaux ioniques, de minuscules portes intégrées dans la membrane des cellules. En s’ouvrant ou en se refermant, elles laissent passer des ions et génèrent des courants électriques. À partir des années 1940, puis en 1960, Alan Hodgkin et Andrew Huxley étudient l’axone géant du calamar – tellement large qu’on peut y glisser une électrode. Leurs travaux, récompensés par un Nobel en 1963, décrivent le fonctionnement électrique du neurone avec une précision inédite. À la fin des années 1970, la méthode du patch-clamp apparaît, se perfectionne et permet pour la première fois d’enregistrer le courant d’un seul canal ionique. Puis en 2003, Rod MacKinnon obtient le Nobel pour la première structure 3D d’un canal ionique. En 2021, David Julius et Ardem Patapoutian sont également récompensés pour la découverte des canaux permettant de sentir la chaleur, le froid ou la pression. En un siècle, nos neurones ont cessé d’être des boîtes noires.


À l’Institut de Biologie Valrose, l’équipe de Guillaume Sandoz se concentre sur une famille de canaux découverte en 1996 : les canaux K2P, pour « deux domaines pore ». Leur rôle ? Laisser s’échapper des ions potassium pour maintenir le calme électrique des neurones. Quand ces portes se ferment, les neurones deviennent plus sensibles. Cette plus grande sensibilité peut faire basculer vers plusieurs pathologies, notamment les douleurs chroniques et les migraines – ces dernières touchant trois fois plus les femmes que les hommes. En 2010, une étude montre qu’une mutation du canal TRESK est associée à une forme familiale de migraines. Neuf ans plus tard, l’équipe niçoise démontre que certaines mutations ne bloquent pas seulement TRESK, mais aussi deux cousins : TREK1 et TREK2. Quand ces trois canaux sont mis hors service, les neurones deviennent hyperexcitables, et la migraine s’installe. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’en ciblant TREK1 et TREK2, on peut restaurer un fonctionnement normal, ouvrant la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques.

© iBV

L’HISTOIRE D’UNE RECHERCHE

Enregistrement de l’activité d’un canal ionique. Les pics correspondent à l’ouverture du canal

TÉLÉCOMMANDER LA DOULEUR : LA LUMIÈRE COMME NOUVEAU MÉDICAMENT Reste une question : comment piloter finement ces canaux ? En 2023, les chercheurs et chercheuses modifient une molécule et obtiennent LAKI. Résultat : une molécule photosensible qui change de forme selon la lumière reçue. Sous la lumière violette, elle bloque certains canaux et sous la lumière verte, la molécule redevient inactive. Chez la souris, dans le noir, rien ne se passe. Mais un flash violet de 20 secondes suffit à réduire la sensibilité mécanique… puis l’effet disparaît. La douleur peut même être modulée au millimètre près, comme on réglerait la luminosité d’une lampe.

© iBV

Et ce n’est pas tout : même le ver C. elegans, qui ne possède que 302 neurones, modifie son comportement sous lumière violette en présence de LAKI.

Représentation du canal TRAAK réalisée par l’intelligence artificielle générative

Plus récemment, l’équipe a montré que, chez la souris, certains de ces canaux peuvent être directement activés par la lumière UV. Une simple exposition à cette lumière suffit, chez le rongeur, à réduire la douleur. Des analyses moléculaires révèlent

qu’un acide aminé précis rend le canal TRAAK sensible aux UV. Si on le remplace, la sensibilité disparaît. La lumière active donc réellement le canal, hyperpolarise les neurones… et diminue la douleur.

UNE PISTE POUR DE FUTURS ANALGÉSIQUES ? Chez la souris, on teste le seuil de tolérance à la douleur en mesurant le temps de retrait de la patte. L’activation lumineuse du canal permet de doubler ce temps ; elles sont donc moins sensibles à la douleur. Cet effet est efficace pendant plusieurs heures. L’effet dépasse même celui de certains analgésiques classiques comme l’ibuprofène, y compris pour les douleurs chroniques. Testée chez le rat, la méthode fonctionne tout aussi bien.

Cette approche ouvre une nouvelle voie : manipuler les canaux K2P avec la lumière pour offrir une analgésie précise, réversible et non invasive. Une idée audacieuse et des résultats prometteurs qui pourront transformer la prise en charge de la douleur.

INTERVALLE / MARS 2026 / 35


JEUNE SCIENTIFIQUE

DROSOPHILE : LE PETIT INSECTE QUI RÉVÈLE LES GRANDS MYSTÈRES DU X

Comment une cellule devient muscle, cerveau ou poumons ? Et pourquoi le fait d’avoir un chromosome X ou deux peut parfois tout faire basculer ? Océane Tournière, post-doctorante à l’institut de Biologie Valrose (iBV) explore les coulisses du développement embryonnaire chez la mouche drosophile. Elle révèle comment un déséquilibre génétique entre mâles et femelles peut devenir fatal.

UNE MÊME RECETTE POUR TOUS, OU PRESQUE Au départ, toutes les cellules d’un embryon se ressemblent. Pourtant, très vite, certaines se spécialisent. Ce grand jeu appelé différenciation repose sur une orchestration extrêmement précise de gènes, activés ou éteints au bon moment, au bon endroit. Parmi les plus importants : les chromosomes sexuels. Chez l’humain, comme chez la mouche, les femelles possèdent deux chromosomes X , les mâles un seul. Problème : ce chromosome contient de nombreux gènes essentiels au développement. Comment faire pour que mâles et femelles, malgré un nombre différent de chromosomes X, produisent la même quantité de protéines ? La réponse tient en un mécanisme clé : la compensation de dose.

QUAND L’ÉQUILIBRE SE ROMPT, TOUT S’ARRÊTE Les mâles compensent leur unique chromosome X en amplifiant l’expression des gènes du chromosome X grâce à un groupe de protéines appelées MSL (male-specific lethal, traduit en français par mort spécifique des mâles). Ces protéines sont capables de cibler spécifiquement l’unique chromosome X des mâles afin d’en compenser son unique exemplaire. Si ce ré‑équilibrage ne s’établit pas correctement, le résultat est sans appel : les mâles meurent. Chez l’humain, un défaut comparable peut être observé dans le syndrome de Turner où les individus ne possèdent qu’un seul chromosome X. Les conséquences sont lourdes avec des anomalies du développement. Pendant près d’un siècle les scientifiques se sont surtout demandé comment fonctionnaient cette compensation… sans vraiment chercher pourquoi son absence est létale, ni dans quels tissus elle est réellement indispensable.

UNE LÉTALITÉ… TRÈS CIBLÉE C’est précisément cette question qu’a voulu explorer Océane Tournière pendant son post-doctorat. En utilisant la mouche drosophile, un modèle idéal grâce à ses innombrables outils génétiques et ses quelques 150 types cellulaires bien décrits, elle a observé l’effet de l’absence du complexe MSL dans l’organisme.

36 / INTERVALLE / MARS 2026


© Adobe Stock

JEUNE SCIENTIFIQUE

Drosophile observée à sa taille réelle

Étonnamment, cette machine génétique n’est pas vitale dans tous les organes. Les neurones, par exemple, semblent étonnamment résistants. En revanche, dans certaines cellules souches des poumons, son absence déclenche un mécanisme radical : l’apoptose, c’est-à-dire la mort programmée des cellules. En utilisant la microscopie confocale et des marqueurs fluorescents spécifiques, la jeune chercheuse a pu visualiser précisément les tissus pulmonaires et suivre leur dégénérescence.

sont cruciaux dans des contextes très précis du développement. Identifier ces gènes, comprendre comment leur dosage est régulé — ou dérégulé — ouvre la voie à une meilleure compréhension de maladies développementales encore mal expliquées.

COMPRENDRE AUJOURD’HUI LES MALADIES DE DEMAIN

En biologie, tout est une question d’équilibre : un léger déséquilibre peut parfois suffire à mettre la vie en danger.

Ces résultats montrent que les gènes du chromosome X ne jouent pas le même rôle selon les tissus. Certains

Ces travaux montrent que le chromosome X n’agit pas de la même façon dans toutes les cellules. Dans certaines, il est indispensable, dans d’autres beaucoup moins.

Photo prise au microscope d’une mouche adulte. Le signal vert correspond à l’expression du gène btl (breathless), exprimé uniquement dans les poumons

INTERVALLE / MARS 2026 / 37


UN AN APRÈS

UNOC :

REGARDER DE L’INTÉRIEUR UN MÉGA - ÉVÉNEMENT INTERNATIONAL

Anthropologue à l’IRD et chercheuse à l’URMIS, Élisabeth Cunin travaille depuis plusieurs années sur les politiques multiculturelles en Amérique latine. À l’occasion de l’UNOC, la Conférence des Nations Unies sur l’Océan coorganisée par la France et le Costa Rica à Nice, elle a utilisé une approche bien connue en anthropologie : l’ethnographie, adaptée ici à un événement international.

38 / INTERVALLE / MARS 2026

Traditionnellement, l’ethnographie consiste à partager le quotidien d’un groupe sur une longue durée afin d’en comprendre les règles, les pratiques et les tensions « de l’intérieur ». Cette méthode, utilisée autrefois pour étudier des communautés rurales ou autochtones, s’est étendue à des objets contemporains : quartiers populaires, supporters de football ou encore organisations internationales. Élisabeth Cunin l’a expérimenté lors d’un séjour de quatre ans à la Cour interaméricaine des droits de l’homme, au Costa Rica, pour observer la fabrication du droit au quotidien. Concernant l’UNOC, cela posait toutefois un défi inédit. Sur deux semaines, plus de 1000 événements se sont succédé, rendant impossible une observation exhaustive. Les chercheurs ont donc procédé par « fragments », en suivant certaines réunions, espaces ou acteurs. Cette expérience met en lumière les spécificités des méga-événements internationaux : sentiment de désorientation partagé par de nombreux participants, impression d’ « entre-soi » lié à des mécanismes d’accréditation complexes, et difficulté à identifier qui participe réellement. Les travaux menés interrogent aussi la relation entre science et politique.

Si le congrès scientifique associé à l’UNOC visait à produire des recommandations pour les décideurs, les logiques d’action des deux mondes restent largement distinctes. Les échanges existent, mais sans circulation automatique des savoirs. Un an après, la question du « retour au local » demeure centrale. Entre annonces internationales et effets concrets sur les territoires, l’écart peut être important. L’UNOC a a minima contribué à rendre les enjeux océaniques plus visibles dans l’espace public et à structurer des communautés d’acteurs autour de ces questions. Pour les chercheurs, l’enjeu est désormais de poursuivre l’analyse lors de ces évènements : les sciences sociales ont un rôle à jouer en analysant les conditions sociales de production et la circulation des connaissances.


UN AN APRÈS

LA LOI DOIT-ELLE ALLER JUSQU’AU FOND ?

UN MOUTON DE MER, ÇA VOUS PARLE ?

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

Exploiter sans détruire, surveiller sans faillir, protéger pour demain.

À nos femmes et nos hommes politiques, non plus.

Dans un monde confronté à des défis écologiques croissants, il est impératif d’adopter une exploitation raisonnée des richesses naturelles, qui permette de répondre aux besoins actuels, sans compromettre ceux des générations futures. Pour cela, une vigilance constante et une surveillance rigoureuse des écosystèmes sont nécessaires. Mais au-delà du simple constat, il s’agit aussi d’agir, de mettre en place des mesures de protection concrètes, durables et adaptées aux réalités locales. Préserver la biodiversité, restaurer les milieux abîmés, encourager les pratiques durables : autant d’actions indispensables pour garantir un avenir viable et harmonieux entre l’être humain et la planète.

Amenons l’océan à l’Elysée, formons nos élus aux enjeux océaniques et nous sortirons la tête de l’eau. Trop de décisions liées à l’océan sont prises sans tenir compte du contexte local ni des savoirs scientifiques. Il est temps d’agir. Former et informer les élus sur les enjeux sociaux et environnementaux de notre océan, pour des choix ancrés dans le réel et éclairés par des données scientifiques. L’océan mérite mieux que l’ignorance.

Affi-Océan-A1.indd 2

07/06/2025 13:50

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

On a le droit de savoir. La pollution chimique (métaux traces) est omniprésente malgré son invisibilisation, mais elle reste tout autant dévastatrice pour notre santé et celle de la biodiversité aquatique. N’êtes-vous pas révoltés de la non transparence de l’impact de ces produits quotidiens ?

07/06/2025 13:50

Affi-Océan-A1.indd 5

À l’occasion d’UNOC3, l’Ifremer et les Petits Débrouillards ont organisé la première édition du Congrès Jeunes Engagés pour l’Océan à Nice les 5, 6 et 7 mai 2025. Les 76 jeunes ont écrit aux côtés de scientifiques des plaidoyers et à destination des décideurs publics. Retrouvez ici la série d’affiches réalisées pour l’occasion. Suite au succès et à la mobilisation des jeunes autour des enjeux océaniques, une 2eme édition sera organisée à Paris début septembre 2026.

POUR UNE PÊCHE À FAIBLE IMPACT. • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

Des Engins sélectifs, non destructifs. Promouvoir une pêche durable en alliant savoir-faire traditionnels et innovations techniques est essentiel pour préserver les écosystèmes marins. Favoriser les engins sélectifs, éviter les captures accidentelles et préserver les habitats marins sont les objectifs prioritaires.

Affi-Océan-A1.indd 6

Affi-Océan-A1.indd 3

UNE POLLUTION INVISIBLE MAIS NUISIBLE.

07/06/2025 13:50

ÉCLAIRONS LES DÉCISIONS ! • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

Unifions la science. Vers un organisme intergouvernemental pour unifier les savoirs sur l’océan, la biodiversité et le climat. L’objectif ? Rendre visible et mettre en commun les résultats des recherches pluridisciplinaires sur l’océan et ses services écosystémiques, afin d’informer et d’accompagner les États et la société civile à une gestion et une préservation plus responsables des écosystèmes marins.

Affi-Océan-A1.indd 7

Scannez et retrouvez

DU PAPIER AU CONCRET.

07/06/2025 13:50

07/06/2025 13:50

CHAQUE MAILLON RENFORCE LA CHAÎNE.

Les Petits Débrouillards

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

Vers une approche écosystémique.

• • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

Pour en finir avec les Aires Marines de Papier.

Gestion durable des pêches : Établir les quotas de pêche en fonction de modèles scientifiques qui incluent les interactions entre les espèces limiterait l’effet de la pêche sur l’écosystème marin à long terme. Aquaculture multitrophique intégrée : Produire en combinant des espèces à différents niveaux trophiques afin d’atténuer l’impact sur le fonctionnement des écosystèmes hôtes.

Il est essentiel de renforcer les missions de l’UNESCO en ajoutant la responsabilité de trouver une définition commune des critères écologiques qu’ une Aire Marine Protégée (AMP) doit respecter. Elle devrait pouvoir être considérée en tant que telle lorsqu’au minimum : elle exclut les méthodes d’extraction des ressources considérées comme destructrices par la communauté scientifique ; les trajet maritimes et les nuisances sonores y sont réduits ; un plan de lutte contre la pollution y a été défini ; et son périmètre est clairement délimité pour tous.

et ifremer

Affi-Océan-A1.indd 8

07/06/2025 13:50

Affi-Océan-A1.indd 10

07/06/2025 13:50

INTERVALLE / MARS 2026 / 39


GLOSSAIRE

GLOSSAIRE Agence Nationale de la Recherche (ANR) : c’est un

Inserm : l’Institut National de la Santé et de la Recherche

établissement public administratif placé sous la tutelle du

Médicale est un organisme national de recherche

ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et

entièrement dédié à la santé humaine.

de l’Innovation. Elle est chargée de financer des projets de recherche, en soutenant la coopération entre opérateurs

IRD : l’Institut de Recherche pour le Développement

publics, ainsi qu’entre ces derniers et les entreprises.

est un organisme de recherche public français

CNRS : le Centre National de la Recherche Scientifique qui est le plus grand organisme public français de recherche scientifique.

Chercheur : il est recruté à la suite d’un concours dans

pluridisciplinaire qui, depuis près de 80 ans, s’engage dans des partenariats équitables avec les pays du Sud et dans les Outre-mer français.

Laboratoire de recherche (ou unité de recherche) : sous la responsabilité d’un directeur d’unité identifié, il vise

la fonction publique dans un des Organismes Nationaux

à mener à bien un projet scientifique disciplinaire soumis

de Recherche pour développer et réaliser des projets de

à évaluation. Il est rattaché à une ou plusieurs tutelles

recherche.

qui apportent des ressources financières, humaines et

Enseignant-chercheur : il est recruté à la suite d’un

logistiques au laboratoire.

concours dans une université et il a la double mission de

Organismes Nationaux de Recherche (ONR) :

développer et réaliser des projets de recherche et aussi

ce sont les structures où les activités de recherche

d’enseigner aux étudiants de l’université qui bénéficient

publique sont menées. Il peut s’agir d’organismes tels que

ainsi pour leur formation des dernières avancées

le CNRS, l’Inria, ou l’Inserm par exemple.

scientifiques.

Post-doctorat : après avoir soutenu sa thèse, le doctorant

Doctorat : c’est un passage obligé pour tout étudiant

devient chercheur postdoctorant. Il s’agit la plupart du temps

souhaitant devenir chercheur, quelle que soit sa

d’une période transitoire avant de passer des concours pour

discipline : philosophie, littérature, biologie, économie,

être recruté chercheur ou enseignant-chercheur.

mathématiques, sociologie ou autre. La préparation d’un doctorat se fait après un master 2 (bac+5) sur une durée

Thèse : il s’agit du document rédigé par un doctorant sur

de 3-4 ans. Le doctorant s’engage, sous la supervision d’un

une thématique particulière dans le but de de devenir

directeur de thèse, dans un projet de recherche et après la

chercheur. Il s’agit d’adopter une démarche scientifique

rédaction et la soutenance d’une thèse, il pourra obtenir le

pour pouvoir étayer, infirmer ou confirmer une hypothèse

titre de Docteur.

ou une affirmation en se fondant sur des résultats de

INRAE : l’Institut National de Recherche pour

recherche, des observations et des analyses.

l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement est

Université : il s’agit d’une institution d’enseignement

un organisme national de recherche œuvrant pour un

supérieur, d’étude et de recherche..

développement cohérent et durable de l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.

Inria : l’Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique est un organisme national de recherche dédié aux sciences et aux technologies du numérique.

NOS SOURCES

SUR LES MOTS MARQUÉS D’UN *

De quoi prolonger la lecture et approfondir certains sujets.

40 / INTERVALLE / MARS 2026


NOS INTERVENANTS

N O S I N T E RV E N A N T S Lise Arena est enseignante-chercheuse au Groupe de

Guillaume Sandoz est chercheur à l’institut de Biologie

Recherche En Droit, Économie et Gestion - GREDEG

Valrose – iBV (Université Côte d’Azur, CNRS, INSERM).

(Université Côté d’Azur, CNRS, INRAE).

Elisabeth Cunin est chercheuse à l’Unité de Recherches Migrations et Société - URMIS (Université Côte d’Azur, CNRS, IRD, Université de Paris).

Lydie Dussol est enseignante-chercheuse au laboratoire Cultures et Environnements, Préhistoire, Antiquité, Moyen-Âge - CEPAM (Université Côte d’Azur, CNRS).

Yvan Gastaut est enseignant-chercheur à l’Unité de

Océane Tournière est post-doctorante à l’institut de Biologie Valrose – iBV (Université Côte d’Azur, CNRS, INSERM).

Matteo Treleani est enseignant-chercheur au laboratoire de recherche en Science de l’Information et de la Communication - SIC.lab (Université Côte d’Azur).

Simone Vannuccini est enseignant-chercheur au Groupe de Recherche En Droit, Économie et Gestion - GREDEG (Université Côté d’Azur, CNRS, INRAE).

Recherches Migrations et Société - URMIS (Université Côte d’Azur, CNRS, IRD, Université de Paris).

Jérémy Guedj est enseignant-chercheur au Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine – CMMC (Université Côte d’Azur).

Andrea Lulovicova est chercheuse au laboratoire d’Études

SUR LA RUBRIQUE « VOS QUESTIONS »

Andrea Chivassa est chercheur au laboratoire Lagrange (Université Côte d’Azur, CNRS, OCA, LAGRANGE).

des Structures, des Processus d’Adaptation et de Changements

Marco Delbo est chercheur au laboratoire Lagrange

de l’Espace - ESPACE (Université Côte d’Azur, CNRS, AMU,

(Université Côte d’Azur, CNRS, OCA, LAGRANGE).

Avignon Université).

Mounia Chami est chercheuse à l’Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire – IPMC (Université d’Azur, CNRS, INSERM).

Sullivan Marafico est ingénieur de recherche au Centre Antoine Lacassagne.

Jean-Luc Guatero est enseignant-chercheur au Centre de Recherches en Histoire des Idées - CRHI (Université Côte d’Azur).

Cécile Guieu est chercheuse CNRS rattachée au Laboratoire d’Océanographie de Villefranche - LOV (IMEV, CNRS, Sorbonne Université).

Stéphane Rocchi est chercheur au Centre Méditerranéen

Marianne Saillard est chercheuse à l’IRD, rattachée au

de Médecine Moléculaire - C3M (Université Côte d’Azur,

laboratoire Géoazur d’Université Côte d’Azur (Observatoire de

INSERM).

la Côte d’Azur, IRD, CNRS).

Cyril Ronco est enseignant-chercheur à l’Institut de Chimie de Nice – ICN (Université Côte d’Azur, CNRS).

INTERVALLE / MARS 2026 / 41


REMERCIEMENTS Le service Science et Société tient à remercier chaleureusement les enseignantes-chercheuses et enseignants-chercheurs, les chercheuses et chercheurs, les doctorantes et doctorants pour leur investissement et leur disponibilité dans la réalisation de ce magazine INTERVALLE, encore merci !

Direction de la publication Jeanick Brisswalter, Président d’Université Côte d’Azur Direction éditoriale Anne-Sophie Coldefy et Olivier Lubrano (Université Cote d’Azur) Rédaction Gabrielle Lefort - Service Science et Société, Direction de la Recherche, de la Valorisation et de l’Innovation Conception et design graphique Direction de la Communication et Marque Crédits photos Université Côte d’Azur | Adobe Stock

MAGAZINE GRATUIT NE PEUT ÊTRE VENDU

ISSN : 3096 - 8801 120 chemin du Moulin de la Clue - 06140 Vence - France www.imprimerietrulli.com

Pour ce magazine le pelliculage est un film recyclable.


Nice

Théâtre des Franciscains 4-6 Pl. Saint-François, Nice

17 mars 2026 à 17h30

Clarté, passion et conviction… Qui saura décrocher votre vote ?

#MT180


SEMAINE DU CERVEAU Du 6 au 22 mars 2026

RETROUVEZ NOS CAPSULES VIDÉOS FAKE NEWS

RETROUVEZ NOS DERNIÈRES VIDÉOS DE VULGARISATION SCIENTIFIQUE


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
Intervalle N°4 - Mars 2026 by Université Côte d'Azur - Issuu